Carnets sur sol

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mardi 6 avril 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 4 : cycles Pfleger, Cherubini, Schubert 13, Kreutzer, Dupuy, jeune Verdi, meilleurs Offenbach, Mahler-Tennstedt, Tapiola, femmes, Polonais, concertos pour violon, duos de piano, quatuors avec harmonium…


Toujours la brève présentation des nouveautés (et autres écoutes et réécoutes) du mois écoulé. Je laisse une trace pour moi, autant vous donner des idées d'écoutes…

heise

Conseils

Opéra

Trois opéras très peu présents au disque :
Les Feſtes d'Hébé de Rameau dans leur version révisée de 1747 ;
Drot og marsk de Heise, généreux opéra romantique suédois ;
Constellations d'Efrain Amaya d'après la vie de Miró (2012).

Hors nouveautés, retour aux fondamentaux : Isis de LULLY, La mort d'Abel de Kreutzer (six fois…), les meilleurs Verdi de jeunesse dans leurs meilleures versions (Oberto, Nabucco, Alzira, Stiffelio et sa refonte Aroldo… ne manquait qu'Il Corsaro !), Tristan de Wagner dans une version ultime (C. Kleiber, Scala 1978), les deux meilleurs Offenbach comiques (Barbe-Bleue et Le roi Carotte), Barbe-Bleue de Bartók en japonais, Saint François d'Assise de Messiaen dans la souple version Nagano !


Récitals


♦ Romances, Ballades & Duos, parmi les œuvres les plus touchantes de Schumann, par les excellents spécialistes Metzer, Vondung, Bode et Eisenlohr.
♦ Un autre cycle de Jake Heggie : Songs for Murdered Sisters.
♦ Yoncheva – disque au répertoire très varié, culminant dans Dowland et surtout une chaconne vocale de Strozzi éblouissante.
♦ Piau – grands classiques du lied symphonique décadent (dont les R. Strauss).

Hors nouveautés : j'ai découvert le récital composite de Gerald Finley avec le LPO et Gardner, tout y est traduit en anglais.


Sacré

♦ Cantates de la vie de Jésus par Pfleger, objet musical (et textuel) très intriguant.
♦ Couplage de motets de M.Haydn et Bruckner par la MDR Leipzig.

Hors nouveautés : Motets latins de Pfleger (l'autre disque), motets latins de Danielis (merveilles à la française), Cherubini (Messe solennelle n°2 par Bernius, aussi l'étonnant Chant sur la mort de Hayndn qui annonce… Don Carlos !), Messe Solennelle de Berlioz (par Gardiner), Service de la Trinité et Psaumes de Stuttgart de Mantyjärvi.


Orchestral

Hors nouveautés : Cherubini (Symphonie en ré), Mahler par Tennstedt (intégrale EMI et prises sur le vif), Tapiola de Sibelius (par Kajanus, Ansermet, Garaguly, plusieurs Berglund…), Pejačević (Symphonie en fa dièse)


Concertant

Hors nouveautés : concertos pour violon de Kreutzer, Halvorsen, Moeran, Harris, Adams, Rihm, Dusapin, Mantovani. Concertos pour hautbois de Bach par Ogrintchouk. Concerto pour basson de Dupuy par van Sambeek.


Chambre

♦ Trios de Rimski et Borodine, volume 3 d'une anthologie du trio en Russie.
♦ Pour deux pianos : Nocturnes de Debussy et Tristan de Wagner arrangé par Reger.
♦ Meilleure version de ma connaissance pour le Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen par le Left Coast Ensemble (musiciens de la région de San Francisco).

Hors nouveautés : Matteis (disque H. Schmitt et disque A. Bayer), Bach (violon-clavecin par Glodeanu & Haas, souplesse garantie), Rondo alla Krakowiak de Chopin avec Quintette à cordes, disques d'arrangements du Quatuor Romantique (avec harmonium !) absolument merveilleux, Messiaen (Quatuor pour la fin du Temps par Chamber Music Northwest).
Et pas mal de quatuors à cordes bien évidemment : d'Albert, Smyth (plus le Quintette à cordes), Weigl, Andreae, Korngold, Ginastera (intégrale des quatuors dans la meilleure version disponible)…


Solo

♦ Récital de piano : Samazeuilh, Decaux, Ferroux, L. Aubert par Aline Piboule.

Hors nouveautés : clavecin de 16 pieds de Buxtehude à C.P.E. Bach.


La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ * Vert : réussi !
→ ** Bleu : jalon considérable.
→ *** Violet : écoute capitale.
→ ¤ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)


piboule

Liste brute suit :




Nouveautés : œuvres

Rameau – Les Feſtes d'Hébé (version de 1747) – Santon, Perbost, Mechelen, Estèphe, Orfeo Orchestra, Vashegyi (radio hongroise)
→ Premier enregistrement de la version remaniée de 1747, très vivement animée par Vashegyi (davantage tourné vers l'énergie cinétique que la couleur). Des réserves fortes sur Santon ici (vibrato vraiment trop large, instrument surdimensionné), en revanche Estèphe (mordant haut et verbe clair) exhibe l'un des instruments les mieux faits de toute la scène francophone.
Audible sur la radio hongroise avant parution CD dans quelques mois…

Rimski-Korsakov, Cui, Borodine – Trios piano-cordes (« Russian Trio History vol.3 ») – Brahms Piano Trio (Naxos 2021)
→ Élan formidable du Rimski. Très beau mouvement lent lyrique de Borodine.

Brahms, Sonate à deux pianos // Wagner-Reger, Prélude et mort d'Isolde // Debussy, Nocturnes – « Remixed » –  Grauschumacher Piano Duo (Neos 2021)
→ Splendides timbres, textures et couleurs du duo. Ainsi transcrits, Tristan et les Nocturnes constituent une approche originale, et marquante.

Koželuch : Concertos and Symphony par Sergio Azzolini, Camerata Rousseau, Leonardo Muzii (Sony 2021)
→ Avec un son de basson très terroir.

Pfleger – Cantates « The Life and Passion of the Christ » – Vox Nidrosiensis, Orkester Nord, Martin Wåhlberg (Aparté 2021)
→ Musique du Nord de l'Allemagne au milieu du XVIIe siècle. Œuvres inédites (seconde monographie seulement pour ce compositeur.
→ Plus ascétique que ses motets latins (disque CPO, plus expansif), je vous promets cependant de l'animation, avec ses solos de psaltérion, ses évangélistes qui fonctionnent toujours à deux voix, ses structures mouvantes qui annoncent l'esthétique des Méditations pour le Carême de Charpentier.
→ Par ailleurs, curiosité d'entendre des textes aussi composites (fragments des Évangiles mais aussi beaucoup d'Ancien Testament épars), ou encore de voir Dieu s'exprimer en empruntant les mots d'Ézéchiel et en émettant des notes très graves (mi 1 - ut 1) sur des membres de phrase entiers.
→ On y rencontre des épisodes peu représentés d'ordinaire dans les mises en musique – ainsi la rencontre d'Emmaüs, ou la Cananéenne dont la fille est possédée – écrits en entrelaçant les sources des Évangiles, des portions des livres prophétiques, les gloses du XVIIe et les chants populaires de dévolution luthériens, parfois réplique à réplique…
→ De quoi s'amuser aussi avec le contexte (je vous en touche un mot dans la notice de ma main), avec ces duels à l'épée entre maîtres de chapelle à la cour de Güstrow (le dissipé Danielis !), ou encore lorsque Pfleger écarte sèchement une demande du prince, parce que lui sert d'abord la gloire de la musique et de Dieu. (Ça pique.)
→ Et superbe réalisation, conduite élancée, voix splendides et éloquentes.

SCHUMANN, R.: Lied Edition, Vol. 10 - Romanzen und Balladen / Duets (Melzer, Vondung, Bode, Eisenlohr)
→ Superbe attelage pour les lieder en duo de Schumann, de petits bijoux trop peu pratiqués.

Michael Haydn, Bruckner – Motets – MDR Leipzig, Philipp Ahmann (PentaTone 2021)
→ La parenté entre les deux univers sonores (calmes homorythmies, harmonies simples) est frappante. La couleur « Requiem de Mozart » reste prégnante chez M. Haydn. Très beau chœur rond et tendre.

Monteverdi, Ferrabosco, Cavalli, Strozzi, Stradella, Gibbons, Dowland, Torrejón, Murcia, traditionnel bulgare… – « Rebirth » – Yoncheva, Cappella Medeiterranea, García Alarcón (Sony 2021)
→ La voix est certes devenue beaucoup plus ronde et moins focalisée, mais le style demeure de façon impressionnante, pas le moindre hors-style ici.
→ Accompagnement splendide de la Cappella Mediterranea, parcourant divers climats – l'aspect « ethnique » un peu carte postale de certaines pistes, façon Arpeggiata, étant probablement le moins réussi de l'ensemble.
→ Le disque culmine assurément dans l'ineffable chaconne de l'Eraclito amoroso de Mlle Strozzi, petite splendeur. . Come again de Dowland est aussi particulièrement frémissant (chaque verbe est coloré selon son sens)… !

Samazeuilh, Le Chant de la Mer // Decaux, Clairs de lune // Ferroud, Types // Aubert, Sillages – Aline Piboule (Printemps des Arts de Monte-Carlo 2021)
→ Déjà célébrée par deux fois dans des programmes français ambitieux chez Artalinna (Flothuis, Arrieu, Smit, Fauré, Prokofiev, Dutilleux !), grand retour du jeu plein d'angles d'Aline Piboule dans quatre cycles pianistiques français de très haute volée :
→ le chef-d'œuvre absolu de Decaux (exploration radicale et approche inédite de l'atonalité en 1900),
→ première gravure (?) du Ferroud toujours inscrit dans la ville,
→ lecture ravivée de Samazeuilh (qui m'avait moins impressionné dans la version ATMA), et
→ scintillements argentés, balancements et mélodies exotiques fabuleuses des Sillages de Louis Aubert  !
→ bissé

PÄRT, A.: Miserere + A Tribute to Cæsar + The Deer's Cry, etc. – BayRSO, œsterreichisches ensemble fuer neue musik, Howard Arman (BR-Klassik 2021)
→ Belle version de belles œuvres de Pärt – pas nécessairement le Balte le plus vertigineux en matière de musique chorale, mais sa célébrité permet de profiter souvent de ses très belles œuvres, servies ici par ce superbe chœur.

Michał BERGSON – Piano Concerto / Mazurkas, Polonaise héroïque, Polonia!, Il Ritorno,  Luisa di Montfort [Opera] (excerpts) – Jonathan Plowright au piano, Drygas, Kubas-Kruk ;  Poznan PO, Borowicz (DUX 2020)
→ Le père d'Henri – principale raison d'enregistrer ces œuvres pas majeures.
→ Concerto très chopinien (en beaucoup moins intéressant). La Grande Polonaise Héroïque, c'est même du pillage de certaines tournures de celle de Chopin… (en beaucoup, beaucoup moins singulier)
→ L'Introduction de Luisa di Montfort est écrite sur le thème « Vive Henri, vive ce roi galant », plus original et amusant. Mais ensuite : cabalette transcrite pour clarinette, on garde donc juste la musique belcantiste pas très riche et la virtuosité extérieure, sans le théâtre.
→ Il Ritorno, une petite pièce vocale en français, galanterie ornementale virtuose parfaitement banale de 4 minutes. Pas enthousiaste.
→ Première déception chez DUX !  (mais au moins c'est rarissime et plutôt bien joué… donc toujours une découverte agréable)

Efrain AMAYA – Constellations [2012] – Young, Kempson, Shafer ; Arts Crossing Chb O, Amaya (Albany 2020)
→ Très tonal, sur jolis ostinatos, déclamation sobre pour trois personnages, un opéra inspiré par la vie (et les opinions) de Joan Miró. Il y discute de ses ressentis d'artiste (sur Dieu, dans le premier tableau…)  avec sa femme, parfois en présence de sa fille silencieuse. Également quelques échanges avec un oiseau, muse du peintre (incarné par la chanteuse qui fait l'épouse), et entre l'épouse et l'esprit de la maison.
→ Même le final, lorsque la famille fuit tandis que les bombes se mettent à pleuvoir sur le village, sonne plutôt « oh, regarde la télé, c'est absolument dément ce qu'ils font, tu y crois toi ? ».
→ Ce n'est pas du drame très brûlant, mais tout ça est très joli et délicat, assez réussi. À tout prendre beaucoup plus satisfaisant que ces opéras qui, en voulait être simultanément un laboratoire musical ou poétique, ne sont tout simplement pas opérants prosodiquement et dramatiquement – devenant vite mortellement ennuyeux. Choix peu ambitieux ici, mais plutôt séduisant.

STANCHINSKY : Piano Music (A Journey Into the Abyss) (Witold Wilczek) (DUX 2021)
→ Impressionnant pianiste, très découpé et enveloppant à la fois !
→ Le corpus en est ravivé (pièces polyphoniques, nocturne, mazurkas). Mais le plus intéressant demeure les Fragments, absents ici.

STANCHINSKY : Piano Works (Peter Jablonski) (Ondine 2021)
→ A beaucoup écouté Chopin... Très similaire dans les figures et l'harmonie, à la rigueur augmenté de quelques effets retors typés premier Scriabine.
→ Les Fragments sont plus intéressants que les Sonates et Préludes ; beaucoup plus originaux et visionnaires, plus scriabiniens, voire futuristes.
→ Pianiste assez lisse.

HEISE, P.A.: Drot og marsk (Royal Danish Opera Chorus and Orchestra, Schønwandt) (Dacapo 2021)
→ Superbe drame romantique, dans la veine de Kuhlau, remarquablement chanté et joué. Tout est fluide, vivant, inspiré, œuvre à découvrir absolument !  (il en existait déjà une version pas trop ancienne chez Chandos)

HEGGIE, J.: Songs for Murdered Sisters (J. Hopkins, J. Heggie)
→ Toujours dans le style fluide et très bien pensé rhétoriquement de Heggie. Songs très bien chantées.



Nouveautés : versions

Bach: 'Meins Lebens Licht' - Cantatas BWV 45-198 & Motet BWV 118 – Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe (Phi 2021)
→ Approche très douce et caressante, comme voilée… Agréable, mais on peut faire tellement plus de ce corpus !
→ (Déçu, j'ai beaucoup lu que c'était ultime…)

Messiaen – Quatuor pour la fin du Temps – Left Coast Ensemble (Avie 2021)
→ Captation proche et très vivante, interprétation très sensible à la danse et à la couleur, une merveille où la direction de l'harmonie, le sens du discours apparaissent avec une évidence rare !
+ Rohde:  One wing (Presler, Anna; Zivian, Eric)
→ Très plaisante piécette violon-piano, congruente avec Messiaen, écrite par l'altiste membre de cet ensemble centré autour de San Francisco.

R. Strauss, Berg, Zemlinsky – Lieder orchestraux : Vier letzte Lieder, Morgen, Frühe-Lieder, Waldesgespräch – Piau, O Franche-Comté, Verdier (Alpha 2021)
→ Beau grain de cordes (pas du tout un fondu « grand orchestre », j'aime beaucoup), cuivres moins élégants.
→ Piau se tire très bien de l'exercice, même si captée de près (et pour ce format de voix, j'aime une articulation verbale plus acérée), très élégante et frémissante.

Verdi – Falstaff – Raimondi, OR Liège, Arrivabeni (Dynamic)
→ Raimondi vieillissant et éraillé, mais toujours charismatique. En revanche, tout est capté (y compris le très bon orchestre) atrocement, comme rarement chez ce label pourtant remarquable par ses prises de son ratées : on entend tout comme depuis une boîte sous la fosse, les chanteurs sont trop loin l'orchestre étouffé, c'est un carnage.
→ À entendre pour la qualité des interprètes, mais très peu agréable à écouter.

Beethoven:  König Stephan (King Stephen), Op. 117 (revised spoken text by K. Weßler) – Czech Philharmonic Choir, Brno; Cappella Aquileia; Bosch, Marcus (CPO 2021)
+ ouvertures de Fidelio
→ Version très informée et sautillante, avec un récitant (à défaut du texte d'origine) ce qui est rarement le cas.


heise




Autres nouvelles écoutes : œuvres

Offenbach – Le roi Carotte – Pelly, Lyon (vidéo France 3)
→ Les sous-entendus grivois les plus osés que j'aie entendus sur une scène d'opéra… Formidable composition étonnamment libre pour du Offenbach, livret d'une ambition bigarrée assez folle, une petite merveille servie au plus haut niveau (Mortagne, Beuron, Bou !).
→ Grand concertato des armures qui évoque Bénédiction des Poignards, superbe quatuor suspendu d'arrivée à Pompéi, impressionnante figuration des chemins de fer…

Danielis – Motets – Ensemble Pierre Robert, Desenclos (Alpha)
→ Petites merveilles à la française de ce compositeur wallon ayant exercé en Allemagne du Nord, où – à Güstrow notamment – il s'est illustré par ses frasques, insultes, caprices, chantages au départ…
→ Interprétation à la française également, d'une sobre éloquence, comme toujours avec Desenclos.
→ Bissé.

Buxtehude, Böhm, Weckmann, J.S. Bach, C.Ph. Bach, W.F. Bach – Vom Stylus phantasticus zur freien Fantasie – Magdalena Hasibeder sur clavecin 16’ de Matthias Kramer (2006) d’après un clavecin hambourgois (vers 1750) (Raumklang 2013)
→ Impressionnante majesté du clavecin doté d'un jeu de seize pieds (au lieu du huit-pieds traditionnel), capté de façon un peu trouble. Mais la superbe articulation de M. Hasibeder compense assez bien ces limites. Un pont entre deux esthétiques de l'affect différentes, sur un rare modèle reconstitué.

Moeran – Concerto pour violon – (Lyrita)
→ Lyrique, atmosphérique, dansant, très réussi. Mouvements lents encadrant un mouvement rapide très entraînant et bondissant.
+ Rhapsodie en fa# avec piano (aux formules digitales très rachmaninoviennes)
+ Rhapsodie en mim pour orchestre, très belle rêverie !

Roy Harris & John Adams: Violin Concertos – Tamsin Waley-Cohen, BBC Symphony Orchestra, Andrew Litton (Signum)
→ Deux concertos très vivants et colorés, où l'orchestre jou sa part.
→ Bissé.

Halvorsen – Concerto pour violon  – Henning Kraggerud, Malmö SO (Naxos 2017)
→ Très violonistique, mais beaucoup des cadences simples et sens de la majesté qui apportent de grandes satisfactions immédiates.

Rihm, Gedicht des Malers – R. Capuçon, Wiener Symphoniker, Ph. Jordan
+ Dusapin, Aufgang – R. Capuçon, OPRF, Chung
+ Mantovani, Jeux d'eau  – R. Capuçon, Opéra de Paris, Ph. Jordan
→ Mantovani chatoyant et plein de naturel, Rihm lyrique et privilégiant l'ultrasolo et le suraigu, Dusapin plus élusif.

Svendsen: Violin Concerto in A major, Op. 6 / Symphony No. 1 in D major, Op. 4 – Arve Tellefsen, Oslo PO, Karsten Andersen (ccto), Miltiades Caridis (symph) (Universal 1988)
→ Timbre d'une qualité surnaturelle… Sinon belle plénitude paganino-mendelssohnienne, et plus d'atmosphères que d'épate.
→ Symphonie plus naïve, en bonne logique vu le langage.

Matteis – False Consonances of Melancholy – A. Bayer,  Gli Incogniti, A. Bayer (ZZT / Alpha 2009)
→ Très beau disque également, mais de consonance plus lisse.

Matteis – Ayrs for the Violin – Hélène Schmitt (Alpha 2009)
→ Œuvres magnifiques, déjà tout un art consommé de doubles cordes notamment, mais toujours avec poésie.

Saint-Saëns – Suite pour violoncelle et orchestre – Camille Thomas, ON Lille, A. Bloch (DGG 2017)
→ Suite d'inspiration archaïsante mais extrêmement romantisée, très réussie.
+ des Offenbach arrangés

Boccherini, Couperin-Bazelaire, Frescobaldi-Toister, Monn-Schönberg – Concertos pour violoncelleJian Wang, Camerata Salzburg (DGG 2003)
→ Boccherini G. 482 en si bémol, plein de vie. Le reste du corpus est moins marquant, surtout Monn, assez terne. Très belle interprétation tradi-informée.

PabstTrio piano-cordes (« Russian Trio History vol.2 ») – Brahms Piano Trio (Naxos)
→ Bissé. Beau Trio à la mémoire d'A. Rubinstein, bien fait, mais je n'ai pas été particulièrement saisi.

Dupuy:  Flute Concerto No. 1 in D Minor – Petrucci, Ginevra; Pomeriggi Musicali, I; Ciampi, Maurizio (Brilliant Classics 2015)
→ On y retrouve les belles harmonies contrastées et expressives propres à Dupuy, mais l'expression galante et primesautière induite par la flûte n'est pas passionnante.

Édouard Dupuy – Bassoon Concerto in A Major – van Sambeek, Sinfonia Rotterdam, Conrad van Alphen (Brilliant 2012)
→ Orchestre hélas tradi-mou. Belle œuvre qui mériterait mieux, quoique en deçà du gigantesque concerto en ut mineur…

KreutzerViolin Concerto No. 14 in E Major – Peter Sheppard Skærved, Philharmonie Slovaque de Košice ; Andrew Mogrelia (Naxos 2007)
→ Quelle grâce, on pense à Du Puy ! 
+ n°15, Davantage classicisme standard, mais interprétation très belle (quel son de violon, quelle délicatesse de cet orchestre tradi !) qui permet de se régaler dans les moments les plus lyriques.
(Arrêtez un peu de nous casser les pieds avec Saint-George et faites-nous entendre du Clément et du Kreutzer, les gars !)

Kreutzer:  42 Etudes ou caprices – Masayuki Kino (Exton 2010)
→ Vraiment des études de travail, certes plutôt musicales, mais rien de bien passionnant à l'écoute seule, si l'on n'est pas dans une perspective technique. Un disque pour se donner des objectifs plutôt que pour faire l'expérience de délices musicales…
→ (mieux qu'Aškin et E. Wallfisch, paraît vraiment difficile à timbrer)

Marschner ouv Vampyr, Korngold fantaisie Tote Stadt, R. Strauss Ariadne Fantaisie, Meyerbeer fantaisie Robert le Diable – « Opera Fantasias from the Shadowlands » – Le Quatuor Romantique (violon, violoncelle, piano, harmonium) (Ars Produktion 2010)
→ Arrangements passionnants qui ne se limitent pas aux moments instrumentaux les plus évidents mais parcourent l'œuvre (le pot-pourri d'Ariadne est particulièrement exaltant !), et dans un effectif typique de la musique privée de la fin du XIXe siècle, un ravissement – qui change radicalement des disques qu'on a l'habitude d'entendre.
→ Trissé.

Wagner – Wesendonck, extraits de Rienzi, Lohengrin, Meistersinger,  Parsifal – « Operatic Chamber Music » – Suzanne McLeod, Le Quatuor Romantique (violon, violoncelle, piano, harmonium) (Ars Produktion 2013)
→ À nouveau des arrangements qui (échappent un peu moins aux grands tubes mais) renouvellent les équilibres sans déformer l'esprit ni l'impact des œuvres. Très persuasif !

Tchaïkovski, Casse-Noisette (extraits), Waldteufel Patineurs, Humperdinck ouverture Hänsel & Noëls traditionnels allemands – « CHRISTMAS MUSIC - A Late Romantic Christmas Eve » – (Elena Fink, Le Quatuor Romantique) (Arsk Produktion 2010)
→ Encore un délice…

BRAHMS, J.: Piano Quintet become String Quintet, Op. 34 (reconstructed by S. Brown) / WEBER, J.M.: String Quintet in D Major (Divertimenti Ensemble) (Cello Classics 2007)
→ Belle œuvre de Weber (Joseph Miroslav).
→ Transformation réussie du Quintette avec piano en quintette à cordes, les contrastes et les effets rythmiques demeurent vraiment de façon convaincante – davantage que dans la version Sonate pour deux pianos, pourtant de la main de Brahms !

Mantyjärvi – Service de la Trinité, Psaumes de Stuttgart et autres motets – Trinity College Cambridge, Layton
→ Excellent exemple de la belle écriture chorale de la baltique, avec une progression harmonique simple, des accords riches, un rapport éttroit au texte, une lumière intense.

Smyth – Quatuor en mi mineur – Mannheim SQ (CPO)
+ quintette à cordes
→ Œuvres remarquablement bâties, avec une belle veine mélodico-harmonique de surcroît. Le Quintette (de jeunesse) plus marqué par une forme de folklore un peu rustique, le quatuor plus sophistiqué (peut-être encore meilleur).

Bosmans – Quatuor –
→ Bien bâti, particulièrement court.

Honneur à la patrie (Collection "Chansons de France") – Chants patriotiques – Thill, Lucien Lupi, Dens, Arlette Deguil, Legros, Roux, Michèle Dorlan… (Marianne Melodie 2011)

Cherubini, Galuppi, Clementi, Bonazzi, Busi, Canneti… – Sonatas for two organs – Luigi Celeghin, Bianka Pezić (Naxos 2004)
→ Cherubini avec des marches harmoniques alla Bach, Galuppi tout bondissant en basses d'Alberti… quelles étranges choses. Assez sinistre sur ces pleins-jeux blanchâtres (pourtant des orgues italiens de 1785), pièces pas passionnantes…   et l'effet de dialogue est complètement perdu au disque (la matière musicale seule ne paraît pas justifier l'emploi de deux organistes.
→ Seul Cherubini m'a un peu intéressé, par sa tenue et son décalage avec l'habitude. Sinon, l'arrangement par Francesco Canneti du grand concertato à la fin du Triomphe d'Aida est un peu divertissant et tuilé, à défaut de subtil.

CherubiniSciant gentes – Keohane, Maria; Oitzinger, Margot; Hobbs, Thomas; Noack, Sebastian; Stuttgart Chamber Choir; Hofkapelle Stuttgart; Bernius, Frieder (Carus 2013)
→ Gentil motet sans éclat particulier, bien joué sans électricité excessive non plus.

CherubiniChant sur la mort de Haydn, Symphonie en ré – Cappella Coloniensis, Gabriele Ferro (Phoenix 2009)
→ Début de la mort de Haydn contient pas mal d'éléments du début de l'acte V de Don Carlos !  Culture sacrée commune aux deux, ou souvenir de Verdi ?

Cherubini
Pimmalione – Adami, Berghi, Carturan, Ligabue, RAI Milano, Gerelli (libre de droits 1955)

Cherubini – Les Abencérages – Rinaldi, Dupouy, Mars ; RAI Milan, Maag (Arts)
→ Quelques variations (orchestrales !) sur la Follia en guise de danses de l'acte I.
→ Ne semble pas génialissime (récitatifs médiocres en particulier), mais joué ainsi à la tradi-mou avec une majorité de chanteurs à fort accent et plutôt capté, on ne se rend pas forcément compte des beautés réelles… M'a évoqué le Cherubini-eau-tiède d'Ali Baba et de Médée, eux aussi très mal servis au disque…

Cherubini – Messe Solennelle n°3 en mi (1818) // 9 Antifona sul canto fermo 8 tona // Nemo gaudeat  – Ziesak, Pizzolato, Lippert, Abdrazakov ; BayRSO, Muti (EMI)
→ Mollissime. Il y a l'air d'y avoir de jolies choses, mais Muti, pourtant sincère amoureux de cette musique, noie tout sous une mélasse hors style.
→ Quand même la très belle découverte du motet Nemo gaudeat, très belles figures chorale, curieux de réentendre cela en de meilleures circonstances…

Bartók, Le Château de Barbe-Bleue (en japonais) – Ito, Nakayama, NHK Symphony, Rosenstock (1957, édité par Naxos)
→ Pas très typé idiomatiquement en dehors du Prologue, mais très bien chanté et joué, beaucoup d'esprit !

Górecki:  String Quartet No. 3, Op. 67, "Pieśni śpiewają" ( … Songs Are Sung) – DAFÔ String Quartet (DUX 2017)
→ Aplats et répétitions, pas aussi détendant que son Miserere ou sa Troisième Symphonie, clairement, mais dans le même genre à temporalité lente et au matériau raréfié.
→ Premier mouvement un peu sombre, le deuxième est au contraire un largo en majeur, en grands accords lumineux et apathiques, les deux scherzos intermédiaires apportant un brin de vivacité, jusqu'au final largo, plus sérieux et prostré. Assez bel ensemble, plutôt bien fait (mais très long pour ce type de matière : 50 minutes !).

CHOPIN : Rondo alla Krakowiak (Paleczny, Prima Vista Quartet, Marynowski) (DUX 2015)
→ Réjouissante version accompagnée par un quintette à cordes, pleine de saveur et de tranchant par rapport aux versions orchestrales forcément plus étales et arrondies – et ce même du côté du piano !



Autres nouvelles écoutes : interprétations

Chabrier, ouverture de Gwendoline, España, Bourrée fantasque, Danse villageoise / Bizet, Suite de l'Arlésienne  / Lalo Ys ouverture / Berlioz extraits Romé / Debussy Faune / Franck Psyché extts / Pierné Cydalise extts, Ramuntcho extts, Giration, Sonata da Camera – Orchestre Colonne, Pierné (Malibran)
→ Quelle vivacité, quel élan !  Et le son est franchement bon pour son temps.

Berlioz – Messe Solennelle (Resurrexit) – ORR, Gardiner (vidéo 1993)
→ La folie pure.

Messiaen – Saint François d'Assise – Hallé O, Nagano (DGG)
→ Quel naturel par rapport à Ozawa !  On sent que la partition fait désormais partie du patrimoine et que son discours coule de source.

Walton – Concerto pour violon – Suwanai (Decca)
→ Toujours son très beau son, mais l'œuvre me laissant assez froid…

Mahler – Symphonie n°5 – LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Tourbillon dément.  Même l'Adagietto est d'une tension à peine soutenable.

MONN, G.M.: Cello Concerto in G Minor (arr. A. Schoenberg) (Queyras, Freiburg Baroque Orchestra, Müllejans) (Harmonia Mundi)
→ Un peu aigre comme son d'orchestre pour du classicisme, serait sans doute très bien dans une œuvre intéressante mais ici…

Saint-Saëns, Berlioz – « French Showpieces (Concert Francais)  » – James Ehnes, Orchestre symphonique de Québec, Yoav Talmi (Analekta 2001)

Bach – Oboe Concertos – Alexei Ogrintchouk, Swedish ChbO (BIS 2010)
→ Quel son incroyable, et quel orchestre aussi…

Verdi Oberto (version originale), acte I – Guleghina, Stuart Neil, Ramey ; Saint-Martin-in-the-Fields, Marriner (Philips)
→ Tire beaucoup plus, joué ainsi, vers Norma et le belcanto plus traditionnel. Plus formel, moins stimulant.
→ Avec Marriner, les formules d'accompagnement restent de l'accompagnement. Et même Ramey semble un peu prudent, composé. (Manque d'habitude de ces rôles en scène, probablement aussi : la plupart n'ont dû faire que ce studio.)

Verdi – Oberto – Dimitrova, Bergonzi, Panerai ; Gardelli (Orfeo)
→ Grande inspiration mélodique et dramatique pour ce premier opéra. Distribution qui domine ses rôles !  Et des ensembles furibonds étourdissants !

♥  Verdi – Alzira – Cotrubas, Araiza, Bruson, Gardelli (Orfeo)
→ De très très beaux ensembles… Un des Verdi les moins joués, et vraiment sous-estimé.

Sibelius – Symphonie n°2 – Suisse Romande, Ansermet (Decca 1962)
→ Belle version pleine d'ardeur, avec des timbres toutefois très aigrelets. Tout ne fonctionne pas à égalité (le mouvement lent manque peut-être un peu de plénitude et de fondu ?), mais la toute fin est assez incroyable de généreuse intensité.

Sibelius – Tapiola – Helsinki PO, Berglund
→ Un peu rond, mais rapide et contrasté, extrêmement vivant !
+ Kajanus
→ Orchestre limité et problématique (justesse, disparité de timbres), mais élan irrésistible, conduite organique du tempo, saveur des timbres !

Messiaen – Quatuor pour la fin du Temps – Chamber Music Northwest (Delos 1986)

Messiaen – Quatuor pour la fin du Temps
– Jansen, Fröst, Thedéen, Debargue (Sony)
→ Très soliste, manque un peu de cette fièvre commune (trop facile pour eux ?). Même Thedéen, mon idole d'éloquence élégance dans Brahms, paraît un peu forcer son timbre.

Verdi – Nabucco (extraits en allemand) – Liane Synek, Lear, Kónya, Stewart, Talvela ; Deutsche Oper Berlin, H. Stein (DGG)
→ Version très bien chantée (en particulier le ferme mordant de Stewart et la tendreté de Lear).
→ Les extraits sont étrangement choisis (pas d'ensembles, pas d'Abigaille hors sa mort !).

Verdi – Aroldo – Vaness, Shicoff, Michaels-Moore ; Maggio Firenze, Luisi (Philips 2001)
→ Distribution, orchestre, captation de luxe pour  cette refonte de Stiffelio, dans le contexte plus consensuel des croisades. Les meilleurs morceaux (le grand ensemble du duel à l'acte II, l'air du père au début du III…)  sont cependant conservés, à l'exception du prêche final, hélas. (La version Aroldo de la fin Deest non seulement musicalement fade, mais aussi dramatiquement totalement ratée.)
→ Meilleure version disponible au disque pour Aroldo, à mon sens.
→ bissé

Schubert – Quatuor n°13 – Diogenes SQ
+ Engegård (plus vivant)
+ Ardeo (un peu gentil)
+ Takacs (vrai relief, son grand violon)
+ Terpsycorde réécoute (instruments anciens)
+ Mandelring (belle mélncolie)
+ Chilingirian SQ (autant leur Quintette est fabuleux, autant ce quatuor, épais et mou me déçoit de leur part)

Sibelius – Tapiola – Suisse Romande, Ansermet
→ Ce grain incroyable, cette verdeur, cette clarté des timbres et du discours !
(+ Davis LSO, très bien)
(+ Berglund Radio Finlandaise, contrastes incroyables !)

Cherubini – Medea acte I – Forte, Antonacci, Filianoti ; Regio Torino, Pidò
→ Toujours aussi mortellement ennuyeux… et malgré Pidò (il faut dire que la distribution n'aide guère…).

Debussy, œuvres à deux pianos  –  Grauschumacher Piano Duo (Neos 2021)

récital : Weber (Euryanthe), Wagner (Tannhäuser, Meistersinger), Verdi (Otello), Tchaïkovski (Iolanta), Bizet (Carmen), Adams (Doctor Atomic), Turnage (The Silver Tassie)… en anglaisFinley, LPO, Gardner (Chandos 2010)
→ Très beau récital très varié et original, splendidement chanté sur toute l'étendue des tessitures et des styles…
+ réécoute de l'air d'Adams avec BBCSO & Adams (Nonesuch 2018)
Quel tube immortel !

Haendel – Jephtha (disco comparée)
Gardiner, c'est plutôt un de ses disques tranquilles (mous). Pas du niveau de son Penseroso par exemple.
Biondi est très bien mais attention, il utilise un orchestre moderne, les cordes sont en synthétique et très ronde même si ça vibre peu, couleurs des vents plutôt blanches aussi, et on entend que les archets sont modernes, ça n'a pas le même tranchant à l'attaque : c'est très bien pour un orchestre pas du tout spécialiste, mais vu qu'on a du choix au disque, n'en attends pas un truc comparable à ses enregistrements de Vivaldi.
Budday sonne un peu écrasé, Grunert plutôt triste. Même Christophers n'est pas très électrique.
Creed reste un peu tranquille, mais un des plus animés et équilibrés en fin de compte.
Harnoncourt a un peu vieilli, mais ça a le grain extraordinaire et l'engagement du Concentus des débuts… Il faut voir sur la longueur ce que ça donne, mais l'effet Saül n'est pas à exclure !  En tout cas, c'est nettement la plus habitée, je trouve. (Avec Biondi, mais instruments modernes…)

Schumann – Szene aus Goethes Faust, « Mitternacht » – Jennifer, Vyvyan Fischer-Dieskau ;  ECO, Britten (Decca)
+ réécoute Harding-BayRSO <3
+ réécoute Abbado-Terfel
+ réécoute Wit-Kortekangas
+ réécoute Harnoncourt-Concertgebouw
(avec partition d'orchestre)

Smetana:  Má vlast – Bamberg SO, Hrůša (Tudor 2016)
→ Beaux cuivres serrés, superbes cordes, grand orchestre assurément et par la légèreté de touche d'un habitué du folklore. Ensuite, je trouve toujours cette œuvre aussi univoque, faite de grands aplats affirmatifs, sans discours très puissant, une suite de grands instantanés grandioses. À tout prendre, dans le domaine du mauvais goût pas toujours souverainement inspiré, l'Alpestre de Strauss m'amuse autrement !




Réécoutes : œuvres

LULLY – Isis (actes III, IV) – Rousset

Pierné – Cydalise & le Chèvre-pied – Luxembourg PO, Shallon (Timpani)
→ Très joli, dans le genre de Dapnis (en plus rond). Le sujet versaillais n'induit pas vraiment d'archaïsmes. Très beau ballet galant et apaisé.

Pierné – La Croisade des Enfants (en anglais) – Toronto SO, Walter Susskind
→ Un peu lisse, en tout cas joué / chanté ainsi.

Pierné – L'An Mil – Peintre, ON Lorraine, Mercier (Timpani)
→ Aplats vraiment pauvres des mouvements extrêmes, mais ce scherzo de la Fête des Fous et de l'Âne est absolument extraordinaire, et illustre de façon éclatante le génie orchestratoire de Pierné – certains éléments, comme l'usage des harmoniques de violon pour créer des résonances dynamiques, sont abondamment réutilisés dans L'Oiseau de feu de Stravinski…

Moulinié: Le Cantique de Moÿse – par les Arts Florissants, William Christie (HM)
→ Toujours pas convaincu par cet corpus qui regarde bien plus vers la Renaissance et la polyphonie assez austère que vers les talents extraordinaires de mélodiste que manifesta par ailleurs Moulinié.

Pfleger – Motets latins – CPO

Kreutzer – La mort d'Abel – Droy, Bou, Pruvot ; Les Agrémens, van Waas (Singulares 2012)
→ six fois

Édouard Dupuy – Concerto pour basson – van Sambeek, Swedish ChbO, Ogrintchouk (BIS 2020)
→ Un des disques les plus écoutés en 2020, pour ma part !  Le thème lyrique et mélismatique du premier mouvement est une splendeur rare. Et ces musiciens sont géniaux (meilleur bassoniste du monde, meilleur orchestre de chambre du monde, dirigés par le meilleur hautboïste du monde…).

Ginastera – Quatuors 1,2,3 – Cuarteto Latinoamericano (Brilliant)
→ Folklore et audace de l'harmonie, des figures… du Bartók à l'américaine (australe).

ANDREAE : String Quartets Nos. 1 and 2 / Divertimento (Locrian Ensemble) (Guild)

Weigl – Quatuors 7 & 8 – Johann Christian Ensemble (CPO)

d'Albert – Quatuors – Sarastro SQ (Christophorus)

Joni Mitchell – Blue (1975)
→ La parenté avec la pensée du lied schubertien me frappe à chaque fois…

PEJACEVIC, D.: Symphony in F-Sharp Minor, Op. 41 / Phantasie concertante (Banfield, Rheinland-Pfalz State Philharmonic, Rasilainen)
→ Symphonie expansive et persuasive, riche !  Pas du tout une musique galante.

Cherubini Messe solennelle n°2 en ré (1811) – Ziesak, Bauer ; Stuttgart Klassische Ph, Bernius (Carus)
Qui tollis a l'aspect de volutes du début du Songe d'Hérode chez Berlioz (source de sa parodie). Et puis marche harmonique très impressionnante.
→ Dans le Sanctus / Benedictus, Hosanna en contraste, façon Fauré, très réussi.
→ Spectre orchestral qui respire beaucoup, réussite de Bernius.

BACULEWSKI, K.: String Quartets Nos. 1-4 (Tana String Quartet) https://www.nml3.naxosmusiclibrary.com/catalogue/item.asp?cid=DUX1238

DOBRZYŃSKI, I.F.: String Quartet No. 1 / MONIUSZKO, S.: String Quartets Nos. 1 and 2 (Camerata Quartet) (DUX 2006)
→ Beau romantisme simple, où se distingue surtout le Premier de Moniuszko.



Réécoutes : versions

Offenbach – Barbe-Bleue (duos de l'assassinat au II, entrée et duel de BB au III)
versions Pelly (Beuron), Cariven (Sénéchal), (Legay), Campellone (Vidal), Harnoncourt
« Le ciel, c'est mon affaire » (Zampa)
« Non dans un vain tournoi, mais au combat mortel » (Robert Le Diable)
« Le ciel juge entre nous » (Les Huguenots)

Mahler – Symphonie n°3 – LPO, Tennstedt (Ica, concert de 1986)

Verdi – La Forza del Destino (adieux et duel de l'acte III) – Del Monaco, Bastianini, Santa Cecilia, Molinari-Pradelli (Decca)
→ Quel verbe, quelles voix, quel feu !
→ (bissé)

Bach – Sonates violon-clavecin – Glodeanu, Haas (Ambronay 2007)
→ Merveille de souplesse, d'éloquence, la pureté et la chair à la fois.

Mahler – Das Lied von der Erde – K. König, Baltsa, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Un peu plus terne, manque de cinétique, un peu décevant. Les couleurs mordorées de Baltsa sont un peu inhibées par son allemand qui paraît moins ardent que son italien ou son français.

Offenbach – Barbe-Bleue (acte III) – Collart, Sénéchal, Peyron… Cariven

Mahler – Symphonie n°2 – Soffel, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Très très bien, mais pas aussi singulier / tendu / abouti que le reste de l'intégrale. Quand même le plaisir de profiter des frémissements de Soffel dans un tempo d'Urlicht ultra-lent.
→ On entend tout de même remarquablement les détails, les doublures, l'ardeur individuelle aussi (quelles contrabasses !). Le chœur chante avec naturel aussi, voix assez droites qui sonnent à merveille ici.

Mahler – Symphonie n°1 – LPO, Tennstedt  (EMI)

Mahler – Symphonie n°4 – Popp, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Excellent aussi.

Mahler – Symphonie n°3 – Wenkel, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Tellement tendu de bout en bout, et très bien capté !

Verdi – Nabucco – Souliotis, Prevedi, Gobbi ; Opéra de Vienne, Gardelli (Decca)
→ Chœur superbement articulé. Splendide distribution. Pas l'accompagnement le plus ardent, mais un sens du pittoresque qui n'est pas dépourvu de délicatesse.

Verdi – Nabucco – Theodossiou, Chiuri, Ribeiro, Nucci, Zanellato ; Regio Parma, Mariotti (C Major)
→ La version moderne idéale de l'œuvre, fouettée et dansante à l'orchestre (vraiment conçue sèche comme un os, aucune raison d'empâter ces harmonies sommaires conçues pour le rebond), chantée avec un luxe et une personnalité très convaincants.

Verdi – Stiffelio – Regio Parma, Battistoni (C Major)
→ La version sans faute de ce bijou trop peu joué.  Comme Traviata, un drame de mœurs contemporain  (l'adultère de la femme d'un pasteur).

Rott  – Symphonie en mi – Radio de Francfort, P. Järvi (RCA)
→ La superposition des deux thèmes du I est vraiment génialissime… et que de traits qui tirent le meilleur de Bruckner et annoncent le meilleur de Mahler !

Korngold – Quatuor n°3 – Flesch SQ (ASV / Brilliant)
Korngold – Quatuor n°2 – Brodsky SQ ()
Korngold – Quatuor n°1 – Franz Schubert SQ (Nimbus)

Verdi:  Aida: Act II Scene 2: O re pei sacri numi (Il Re, Popolo) – Hillebrand, Nikolaus; Bavarian State Orchestra; Muti, Riccardo (Orfeo)

Wagner – Tristan, acte III – Ligendza, Baldani, Wenkoff, Nimsgern, Moll ; Kleiber Scala 1978 (MYTO)






Autres nouvelles parutions à écouter

Suite de la notule.

samedi 6 mars 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 3 : LULLY, Biber, Rameau, Cherubini, Meyerbeer, Dubois, Karnavičius, Hahn, Tauber, Pejačević, Schmitt, Heggie…


À nouveau, brève présentation, communication de mon tableau d'écoutes commenté, et en texte brut son contenu en corps de notule. (Je vous renvoie donc au tableau pour la mise en page la plus lisible.)

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office).

Que retenir des parutions de février ?  (Et de quelques découvertes personnelles hors actualité.)

cherubini faniska borowicz DUX

Opéra
→ Sacrée surprise de la versatile Faniska de Cherubini ;
→ parution moderne (et réussie) d'Ô mon bel inconnu de Hahn ;
→ coffret Orfeo d'opéras rares (Don Giovanni de Gazzaniga, Djamileh de Bizet, Armida de Dvořak, Šarká de Fibich, Thérèse de Massenet, La Bohème de Leoncavallo…) dans des versions pas ultimes mais qui restent abouties ;
Dardanus de Rameau dans une nouvelle version Vashegyi étonnamment stimulante (peut-être la meilleure parue pour cet opéra) ;
Aida parisienne de Verdi sur Arte (remarquablement jouée-chantée, avec Radva Regina) ;
Alimelek de Meyerbeer (certes une déception quant à l'ambition très limitée de la partition, un peu son Abu Hassan à lui).
♦ Hors nouveautés, je me suis régalé en découvrant enfin le Sigurd de Reyer intégral (autrement que sur mon piano), sans coupures : grâce à Nancy (Chaslin, avec notamment Bou en Gunther !), capté sur les genoux et transmis par un amis.
♦ Et réécouté quelques indémodables classiques personnels : Céphale & Procris de Grétry (van Waas), Léonore de Gaveaux (R. Brown), Les Diamants de la Couronne chef-d'œuvre de tout Auber (Colomer), L'Aiglon d'Ibert-Honegger (Nagano).

Récitals
Deux disques incluant des cycles de Jake Heggie qui paraissent à quelques semaines d'intervalle (Songs from the Violins of Hope, Songs for Murdered Sisters), peu après le cycle statuaire avec Jamie Barton.
Remarquable pot-pourri de sucreries tudesques des années 1930, interprétées splendidement (c'est radieux, mais c'est sobre) Mitterrutzner et Poppen.

Sacré
Motets funèbres de LULLY dans la luxueuse interprétation de Fuget, essayant une tension installée dans un fondu orchestral. (Réécoute dans la foulée de García-Alarcón, dont le caractère expansif, déclamatoire et contrasté me séduit considérablement plus.)
Aussi réécouté le Requiem de Foulds et la deuxième Missa Solemnis de Cherubini (par Rilling), deux petites merveilles de l'art sacré.

Orchestral
Tout le monde a loué avec raison la Neuvième de Beethoven par Pittsburgh & Honeck. Parution également sur la chaîne YouTube de la Radio de Francfort de la version originale (deux fois plus longue) de la Tragédie de Salomé de Schmitt, chaleureusement exécutée par Altinoglu.
    Hors nouveautés, je me suis plongé dans la Symphonie en fa dièse de Pejačević, compositrice qui sait charpenter un discours, petite merveille. Et puis je me suis émerveillé de l'art de Hannu Lintu que je connaissais mal (aussi bien dans Vieuxtemps que dans Sibelius), j'ai totalement réévalué les Nielsen de Kuchar (en réalité très vivants et d'une très bonne finition), et ai découvert quelques versions marquantes de Tapiola (A. Davis & Bergen, Lintu & Radio Finlandaise, Rosbaud & Berlin…).
    Et quelques réécoutes de bijoux : Beethoven 9 par Mackerras et l'Age of Enlightenment (on ne fait pas plus net et ardent), Nielsen par Jensen (première intégrale enregistrée, mais d'une ardeur et d'une fermeté d'exécution qu'on n'atteint à nouveau que dans les versions les plus récentes !), les 3 symphonies de Madetoja, Älven (« Le Fleuve ») d'Atterberg (pendant à l'Alpestre de R. Strauss), et la grisante monographie Cecil Coles, pleine de beautés subtiles et très diverses.

Chambre
Simples et beaux Quatuors de Karnavičius. Parution d'un trio avec piano de Pejačević, pas très marquant en soi, mais l'occasion d'aller retrouver dans le fonds CPO son Quintette avec piano et son Quatuor piano-cordes, des merveilles qui ne sonnent en rien galants / mélodiques / limités au divertissement de salon ; de la musique formellement ambitieuse, quoique généreuse mélodiquement. Bijoux.
Autres belles publications, une nouvelle version du Quintette avec hautbois de Dubois (avec Triendl – un peu sérieuse, mais réussie) et une anthologie Santiago de Murcia qui étonne par son choix de pousser l'aspect « improvisé », paraissant réalisé au débotté comme une séance de flamenco.
    Hors nouveautés, plongée dans les sonates pour deux violons, originales et denses, de Leclair (car…) et dans le cycle du Rosaire de Biber par Manze & Egarr, version musicologiquement respectueuse, mais très confortable, sans recherches extrêmes sur le son, et remarquablement phrasée. Très confortable quand on n'est pas d'emblée dans son univers parmi la musique instrumentale baroque d'Europe centrale.

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office). J'espère qu'il vous sera lisible et utile.

La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ * Vert : réussi !
→ ** Bleu : jalon considérable.
→ *** Violet : écoute capitale.
→ ¤ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

Liste brute :




Nouveautés : œuvres

** HEGGIE, J.: Songs for Murdered Sisters (J. Hopkins, J. Heggie)
→ En cours d'écoute.

** KARNAVIČIUS, J.: String Quartets Nos. 1 and 2 (Vilnius String Quartet) (Ondine 2021)
→ De la tonalité très stable, mais remarquablement écrite, un peu la suite logique des quatuors de Stenhammar. Je ne sais si ça conservera sa fraîcheur à la réécoute, mais grisant (et très accessible) à la découverte !  (1913-1917)
→ Le Quatuor de Vilnius se montre assez fulgurant ici – et généreusement capté.

** Cherubini – Faniska – K. Adam, Poznan PO, Borowicz (DUX 2021)
→ L'œuvre débute comme de l'opéra belcantiste, avec ses rigidités… mais du Cherubini, donc un sens véritable de la déclamation (incluant grands ensembles et mélodrame !), des chœurs très marquants et personnels (le renforcement des cors dans « Di queste selve » !), des efforts d'orchestration patents… Et quand on arrive au final de l'acte I, qui évoque très fortement Fidelio (Faniska a été commandée en 1805, l'année de la première représentation du Beethoven), on se dit qu'on n'a pas commis beaucoup d'opéra italien aussi personnel, composite et exaltant que celui-ci, puisant à toutes les inspirations nationales simultanément !  Les cavatines belcantistes, la grande déclamation à la française, le soin tout germanique de l'orchestration et de la matière musicale pure (l'Introduction du II !) …
→ Comme toujours chez Dux ou avec Borowicz, interprétation pleine de style et de vie, au plus haut niveau. (DUX est l'un des meilleurs labels au monde, peut-être même celui dont la qualité, aussi bien des œuvres retenues que de l'exécution, n'est jamais prise en défaut).

* Thalberg –  L'art du chant appliqué au piano, Op. 70 – Paul Wee (BIS 2021)
→ Belle initiative de graver plutôt l'ensemble que des morceaux choisis comme souvent. Beau son de piano bien timbré et lyrique.
→ Thalberg, ici comme ailleurs, fait plutôt dans la transcription littérale : les mélodies sont utilisées en entier, les répétitions de l'original respectées, un thème accompagné reste un thème accompagné, il ne faut pas du tout en attendre les mutations opérées par Liszt. Dans ce cadre, c'est bien écrit pour le piano et tout à fait plaisant à entendre – mais écouter ça au disque quand on peut avoir les opéras entiers (ou quelquefois des arrangements originaux), ça paraît moins indispensable que lorsque c'était le sel moyen de découvrir ou de faire écho à une soirée.
[Par ailleurs, quand on peut jouer pour soi les réductions piano de ces opéras, le bénéfice d'écouter quelqu'un d'autre jouer les réductions de Thalberg n'a pas un intérêt incommensurable.]

* PEJAČEVIĆ – Trio en ut – trioW (Stefan Welsch, Ingrid Wendel, Katharina Wimmer) (Naxos 2020)
(tiré du disque « Unerhörte Schätze, Musik von Komponistinnen », pas encore écouté)
→ Très vivant postromantisme, très réussi. Mais il faut surtout découvrir le Quatuor avec piano (et le Quintette) chez CPO !

*** Schmitt – La Tragédie de Salomé, version complète originale – Radio Francfort, Altinoglu (YT HRSO)
→ Version pour petit orchestre, qui contient deux fois plus de musique (notamment tout le liant dramatique entre les danses). Œuvre majeure, interprétée ici avec chaleur et couleur.
(Au disque, on n'a que la belle version Davin chez Marco Polo, mais avec le moins chatoyant Philharmonique de Rhénanie-Palatinat).
https://www.youtube.com/watch?v=fmRCZQ2vID4

Biber, Bernhard, JM Nicolai, Fux – Requiem, motets, Sonates – Vox Luminis, Freiburg Baroque Consort, Meunier (Alpha 2021)
→ Cordes rares et très étroites, ce n'est pas fabuleusement chaleureux à écouter, pour mon goût. Le contraste avec le beau chœur (pour autant pas dans son meilleur répertoire / jour) est un peu frustrant.

* Eklund:  Symphony No. 3, "Sinfonia rustica", 5 « Quadri », 11 « Piccola »  –Norrköping SO, H. Bäumer (CPO 2020)
→ 3 : Postromantisme sombre, quelque part entre entre les aplats simples de Schjelderup, les bizarres tintements de la Sixième de Nielsen, les menaces de Chostakovitch (on y entend très clairement le début et la fin de la Cinquième…). Il ne faut pas s'attendre à du pastoralisme ici
→ 5 : Sensiblement même esprit (avec des bouts de la folie d'Hérode chez R. Strauss, mêmes lignes ascendantes bancales de trompettes folles ).

Alfano – Risurrezione – (Dynamic)
→ Opéra vraiment peu exaltant, bâti de façon très prévisible, peu de contrastes ni de couleurs orchestrales. Quand on compare aux symphonies (et encore davantage à la musique de chambre d'Alfano), tout ceci paraît particulièrement incompréhensible.
→ Sans avoir jamais été convaincu qu'il s'agissait d'un chef-d'œuvre, je trouve cette dernière version, quoique très bien chantée, particulièrement peu colorée orchestralement.

Respighi – transcriptions de Bach (Prélude & Fugue, Passacaille & Fugue en utm, Chorals) et Rachmaninov (Études-tableaux) – OPR Liège, Neschling (BIS 2021)
→ Pas très subtilement orchestré, orchestre pas splendide non plus… mais le Choral du Veilleur fonctionne très bien.

** Hahn – Ô mon bel inconnu – Gens, Dubruque, Dolié ; ON Avignon-Provence, Samuel Jean (Bru Zane 2021)
→ Interprétation orchestrale pleine de d'élan, naturel général des interactions, prise de son extrêmement confortable… une œuvre-légère délicieuse qui fonctionne parfaitement ici, ravivée avec esprit.
→ Belles voix pas complètement idéales : l'émission de Gens paraît vraiment  molle pour le registre comique, Dubruque n'a pas énormément de séduction timbrale, Dolié couvre toujours beaucoup trop (toutes les voyelles sont modifiées, fermées, le timbre artificiellement assombri) – pour autant, c'est lui qui manifeste le plus de sensibilité dans l'incarnation de son texte, très réussie.

* MEYERBEER : Wirth und Gast, oder Aus Scherz Ernst [Opera] (Alimelek) (Kobow, Woldt, Stallmeister, Württembergische Philharmonie Reutlingen, Rudner) (Sterling 2021)
→ Un nouveau Meyerbeer en allemand, comme on n'en entend guère, par une superbe équipe (Reutlingen !) et le librettiste du Vampyr ! 
→ Sympathique Singspiel (dont l'ambiance a quelque chose d'une Zauberflöte ou d'un Oberon de Weber qui aurait entendu Rossini et Boïeldieu). C'est agréable, mais rien à voir, jusque dans la langue proprement musicale (les harmonies, les rythmes, l'orchestration, les mélodies, la prosodie…) avec ce qu'il produit pour l'Italie (qui est moins bien) et pour la France (qui est infiniment plus personnel).



Nouveautés : versions

* Liszt – Réminiscences de Norma
(+ Sonate en si + Sonnets des Années de Pélerinage, non écoutes) – Grosvenor (Decca 2021)
→ Très ferme toucher, traits très bien articulés… Capté avec un peu de dureté. Manque un peu de couleur pour mon goût. La maîtrise technique fait toutefois la différence dans le final, absolument flamboyant, où l'abondance de traits ne rallentit en rien l'énonciation de la mélodie du bûcher. Bravo.

*** Tauber, Hans May, Carste, Grothe, Ernst Fischer, Winkler, Cottrau, Stolz, Sieczynski, Kalman, De Curtis, Ralph Erwin, Spolianski, Karl Böhm, Marini, Tosti, Capua – « Heut' ist der schönste Tag - Tenor Hits of the 1930s »Martin Mitterrutzner, German Radio Saarbrücken-Kaiserslautern Philharmonic. C. Poppen (SWR Classic 2021)
→ Sobre (malgré tout) accompagnement de l'excellent Poppen, et voix splendide de cet élégant ténor ferme, plutôt léger mais assez glorieux, ne négligeant pas l'art (sacrilège) du fading !  Superbe album dans ce genre, si l'on n'a pas peur du sirop (moi un peu, on se lasse vite).

* Weber – Der Freischütz (extraits !) – van Oostrum, Barbeyrac, Baykov ; Skerath, Immler ; Insula Orchestra, Équilbey (Erato)
→ Quelle étrange chose, un disque de 80 minutes qui ne contient que les moments de bravoure (ouverture, pantomime de la fonderie, airs), pas de dialogues et très peu d'ensembles… mais complété par un DVD documentaire sur la production. Pourquoi faire ?
→ Dommage, production très réussie (incluant la magie, très adéquate ici), couleurs superbes (et individualités musiciennes !) de l'orchestre sur instruments, très beau plateau (Agathe en particulier). Cela méritait une diffusion de l'intégrale…

* MURCIA, S. de: Baroque Guitar Music (Entre dos almas) (Stefano Maiorana) (Arcana 2021)
→ Jeu très généreux et mélismatique, évoquant davantage une improvisation de flamenco. Accord surprenant (quel tempérament utilisé ?), jeux de distorsion, bruits de caisse…

** Verdi – Aida – Radvanovsky, Kaufmann, Tézier ; Opéra de Paris, Mariotti (Arte Concert 2021)
→ Amants absolument merveilleux, souples et nuancés tout en restant glorieux. Orchestre très bien mis en valeur par Mariotti. Entourage impeccable. Un plaisir.

** Rameau – Dardanus version de 1744 – Wanroij, Santon, Dubois, Christoyannis, Dolié ; Orfeo O, Vashegyi (Glossa 2021)
→ Vocalement, vraiment pas ce que je voudrais entendre ici (Dolié outrageusement couvert, Christoyannis en petite forme, peut-être à cause de la tessiture basse du rôle), à l'exception de Dubois qui, avec son timbre grêle et perçant, rayonne à sa façon.
→ Mais l'excellente surprise vient de Vashegyi qui, malgré des couleurs un peu grises, insuffle une véritable animation, même aux récitatifs plus convenus et aux airs longs. Contrairement à ses autres Rameau et aux pastorales un peu dénervées qu'il a faites ces dernières années, un véritable sens dramatique se déploie. Peut-être bien la meilleure version de Dardanus à ce jour, si l'on considère l'effet d'ensemble !

** Beethoven – Symphonie n°9 – Pittsburgh SO, Honeck (Reference Classics 2021)
→ Très allégé et informé, extrêmement vif dans le premier mouvement, interprétation très tendue, pleine de détails d'orchestration, d'explosions, de fièvre !  Du vrai Beethoven.
→ Le final est très beau, mais m'accroche moins, trop de timbre, de maîtrise peut-être.

* LULLY – Dies iræ, De Profundis, O Lachrymae – Les Épopées, Fuget (Château de Versailles)
→ Captation également disponible en vidéo chez Arte. → Son très profond d'un vaste orchestre, solistes ***** (Lefilliâtre, Auvity, Goubioud, Mauillon, Arnould, Brès…). Sur le choix esthétique, un peu difficile de passer après les mêmes motets l'an dernier par Millenium Orchestra et García Alarcón : chez Fuget tout est très fondu (et poisse un brin, acoustique de la Chapelle Royale aidant), là où la respiration, la discontinuité, l'éclat, la déclamation triomphante prévalaient de façon saisissante chez Alarcón (de loin le plus beau disque de grands motets de LULLY, il faut dire – qui avait marqué le millésime 2020).
→ La vidéo, très bien filmée, apporte un supplément en voyant tout ce monde frémis à l'unisson !




Nouveautés : rééditions

** Gazzaniga (DG), Bizet (Djamileh), Dvořák (Armida), Fibich (Šarká), Massenet (Thérèse), Leoncavallo (La Bohème) – « Opera Rarities » – (Orfeo)
→ Coffret contenant ces œuvres intégrales (passionnantes) dans de belles versions (pas les meilleures, certes). Il doit cependant manquer les livrets, certains se trouvent en ligne (mais pas sûr pour La Bohème et à peu près sûr que non, hors monolingue, pour Armida.





Autres nouvelles écoutes : œuvres

** PEJACEVIC, D.: Symphony in F-Sharp Minor, Op. 41 / Phantasie concertante (Banfield, Rheinland-Pfalz State Philharmonic, Rasilainen)
→ Symphonie expansive et persuasive, riche !  Pas du tout une musique galante.

* VIEUXTEMPS, H.: Violin Concerto No. 4 (Hahn, Bremen Deutsche Kammerphilharmonie, P. Järvi) (DGG 2015)
→ Final exceptionnellement virtuose. Un peu plus superficiel musicalement aussi, trouvé-je.

*** Pejačević – Quintette piano-cordes, Quatuor en ut, Quatuor piano-cordes  – Sine Nomine SQ, Triendl (CPO 2012)
→ Quintette : Belles modulations, beau lyrisme du mouvement lent, dernier mouvement virevoltant !  Postromantisme enrichi de recherches début XXe chez cette compositrice croate.
→ Beau quatuor à cordes apollinien.
→ Quatuor piano-cordes : très marqué par Debussy et Fauré, une petite merveille très frémissante et prenante, à rapprocher par exemple de ceux de Chausson et Fauré (n°1).
→ Cordes du Sine Nomine pas fabuleuses (manquent vraiment de fermeté et de mordant, grincent un peu).

*** Reyer – Sigurd (version intégrale) –  Bou ; Opéra National de Lorraine Nancy, Chaslin (bande pirate sur les genoux)
→ Première présentation de l'œuvre sans coupures ! 

* Cherubini:  Mass in A Major de 1825 pour le Couronnement de Charles X – Cologne Radio Chorus; Cappella Coloniensis; , Gabriele Ferro (Capriccio)

* Emilie Mayer – Quatuor piano-cordes – Mariani PiaQ (CPO 2017)
→ Chouette. Manque quand même d'un petit quelque chose de marquant.

* Foulds – Le cabaret Overture // Pasquinades symphoniques // April-England // Hellas // 3 Mantras – LPO, Wordsworth (Lyrita 2006)
→ Des choses sympathiques, mais globalement surtout marquant du côté des Mantras.

Rangström – Symphonies n°3 & 4  – Norrköping SO, Mikhaïl Jurowski (CPO)
→ La 3 : sombre ostinato et structure simple favorisant la mélodie simple, je pense à Libertas venit de Hendrik Andriessen, petite merveille… mais en moins prégnant.
→ La 4 : là encore de grands aplats pas très complexes structurellement malgré une harmonie travaillée. Pas totalement séduit par cette alternance de blocs en pleins et en creux, un brin sommaire (et en tout cas, dans ses effets de contraste, peu propice au disque).

* Rangström – Intermezzo Drammatico – Norrköping SO, Mikhaïl Jurowski (CPO)
→ Simple mais persuasif et personnel. Par moment un côté danses de Salomé chez Schmitt…

FOULDS, J.: Dynamic Triptych / April England / April England / The Song of Ram Dass (Donohoe, City of Birmingham Symphony, Oramo)
→ Aimable, galant, moins nourrissant que l'autre monographie.

** LECLAIR, J.-M.: Sonatas for 2 Violins (Complete) - Opp. 3 and 12 (Ewer, LaMotte) (Dorian Sono Luminus 2014)
→ L'opus 3 n°1 est celui qui figure, sur la gravure-portrait de Leclair tirée d'un pastel… Après avoir passé en revue ses partitions, j'ai fini par trouver l'extrait assez substantiel qui apparaissait dans ses mains…
→ Ce n'est pas la seule raison pour laquelle écouter ces duos qui font figure de sonates en trio sans basse continue !

LECLAIR,
J.-M.: Sonatas for 2 Violins, Op. 3, Nos. 1-6 (Hoebig, Stobbe) (Analekta 2018)
→ Un peu lourd.

* Rangström – Symphonie n°1 – Norrköping SO, MIkhaïl Jurowski

** FOULDS, J.: 3 Mantras / Mirage / Lyra Celtica / Apotheosis (City of Birmingham Symphony, Oramo)
→ Très varié et réussi. Les Mantras en particulier, ou la Lyra qui inclut un soprano sans texte. Même la concertante (avec violon) Apotheosis me touche beaucoup (l'élan majestueux au centre de son Andante !).

*** Foulds – World Requiem – BBC SO, Botstein (Chandos)
→ Très varié et expansif, remarquable écho (moins idiosyncrasique, certes) au War Requiem.



Autres nouvelles écoutes : interprétations

** Cherubini – Missa solemnis n°2 en ré mineur – Rilling (Hänssler)
→ Très bel ensemble remarquablement écrit, comparable au style de ses requiems (riches en prosodie, travaillés sur la déclamation et au besoin le contrepoint), mais avec des solistes très bien mis en valeur. Le tout joué avec la rondeur et la rhétorique dramatique formidable de Riling.
* Meyerbeer – « Meyerbeer in France » – Thébault, Pruvot, Sofia PO, Talpain (Brilliant 2016)
→ Très beau disque (cette précision d'articulation orchestrale dans du Meyerbeer, c'est pas tous les jours !). Pruvot magnifique, Thébault plus problématique (timbre peu dense, aigus un peu criaillés).
→ Les extraits choisis sont pour large part de l'ordre décoratif, pas nécessairement le meilleur du compositeur, mais joli voyage néanmoins, atypique !:

* Leroy Anderson, Typewriter Concerto
→ Dans le style Wolf-Ferrari…

* Vieuxtemps:  Violin Concerto No. 5 in A Minor, Op. 37, "Gretry": –  Corey Cerovsek ; Lausanne Chamber Orchestra :  Lintu, Hannu (Claves 2008)
→ L'Adagio cite le duo d'amour Isabelle-Alonze de l'acte II ?  D'où le nom ?
→ Superbe version pleine de vie.

* Sibelius 5, Radio Finlandaise, Lintu (DVD)
→ Très beau, remarquable progression, mais quelques moments qui manquent d'angle, d'ampleur, de relance épique – en particulier les appels de cor du dernier mouvement, étrangement allentis et lissés, ce qui ne manque pas de grâce, mais un peu d'apothéose comme ce l'est usuellement… Néanmoins, splendide final sur le bout des pieds, très étonnant.

* BIBER – Sonates du Rosaire – Manze, Egarr (HM 2004)
→ Superbement phrasé, version HIP sans trop d'acidité / aridité, assez confortable pour moi qui ne suis pas toujours à l'aise avec cette ensemble monumental que j'ai peut-être tort d'écouter d'une traite… Variations et traits de virtuosité (écrits par Biber) impressionnants.
→ La Présentation au Temple, le jeune Jésus préchant, le Christ au Pilier, Crucifixion me touchent tout particulièrement… Version ou maturation de ma part, l'impression d'enfin accéder à l'œuvre !
 
*** Sibelius:  Tapiola – Radio Finlandaise, Berlin, Rosbaud (Ondine)
 
* Sibelius:  Tapiola – Radio Finlandaise, Lintu (Ondine)

* Williams – Star Wars VII – CD de la BO
→ La qualité a bien baissé. Hors le thème de Rey, très réussi, vraiment de la tapisserie sage et de la fanfare pétaradante. Dommage, quelle distance avec l'art consommé des IV et V.

CHERUBINI, L.: Mass No. 2, "Messe Solennelle" en ré mineur (Wiebe, Jungwirth, Orrego, Friedrich, Munich Motet Choir, Munich Symphony, Zobeley)
 
** Sibelius:  Tapiola, Op. 112 – Royal Stockholm Philharmonic Orchestra; Davis, Andrew (Finlandia)
 → Très belle surprise, très belle couleur. Toujours un peu extérieur à l'œuvre répétitive et très cordée.

** Nielsen – Symphonie n°2 – Janáček PO Ostrava, Kuchar (Brilliant)
→ En réalité vraiment très bien, nerveux, belle finition, j'avais beaucoup sous-estimé cette intégrale je crois.

Nielsen
– Symphonie n°1 – Stockholm RPO, Tor Mann (fin 40s début 50s)
→ Pas en place, orchestre dépareillé, tout le monde joue comme il peut cette musique hautement inusuelle, sous l'étiquette « Nielsen's Prophet in Sweden »… Je ne suis pas sûr de détester complètement (quelle typicité des bois, tout de même !), mais c'est clairement très loin des standards professionnels qu'on attend désormais (voire des bons amateurs d'aujourd'hui…).

* Sibelius – Symphonie n°7, Tapiola – Atlanta SO, Spano (ASO Media)
→ Étonnante lecture frontale et voluptueuse, avec un sens dramatique primaire, un côté verdien – qui rappelle l'énergie communicative de ses incroyables récentes symphonies de Bruch. Dans Sibelius, c'est exotique mais pas du tout inopérant.

* Sibelius – Symphonie n°5 – Berliner Philharmoniker,  Rattle (Berliner Philharmoniker)
→ Très vivant. Un excellent souvenir de la version vidéo (assez ultime), assez étonné par les timbres plus étroits ici (cordes délibérément sèches, mais trompettes un peu nasillardes, étonnant). Bois toujours aussi vertigineux.
+ final Maazel Pittsburgh, Karajan Philharmonia, Karajan Berlin, Bernstein Vienne

* Sibelius – Symphonie n°4 – Berliner Philharmoniker,  Rattle (Berliner Philharmoniker)
→ Étrangement, je ressens un petit manque de soyeux des cordes ici. Mais l'ascétisme, la transparence, les couleurs, sont magnifiques.

* Sibelius – Symphonie n°7, Océanides, Symphonie n°5 – LSO, C. Davis (LSO Live)
→ Tiré de la troisième intégrale de Colin Davis, la seconde avec le LSO.
→ La Septième, malgré des cuivres un peu massifs par endroit, se distingue par sa remarquable suspension et sa cinétique permanente. Son large, typiquement du dernier Davis. La Cinquième manque un peu de folklore à mon gré, évidemment, mais sans comparaison avec ses deux précédentes intégrales plutôt conformistes et ternes.

* Sibelius – Symphonie n°6 – Berliner Philharmoniker,  Rattle (Berliner Philharmoniker)
→ Cordes droites, peu vibrées, étonnant début très résonant quoique soyeux. Manque un peu de tension sur la durée pour moi, j'en avais un meilleur souvenir (d'après la version vidéo : je découvre sa déclinaison CD).

Sibelius – Symphonies n°3 – Stockholm RPO, Ashkenazy (Exton)
→ Oh, un peu décevant ici, niveau plus juste de l'orchestre que ce qu'il est habituellement, ou que la concurrence.

Sibelius – Symphonies n°2,3 + Night Ride & Sunrise – Radio Finlandaise, Saraste (RCA)
→ Intégrale de studio antérieure à l'intégrale Finlandia, elle vient d'être rééditée après une longue indisponibilité.
→ Autant je trouvais la version Finlandia structurellement singulière, exaltant les transitions en une sorte de nuage permanent (plutôt que d'appuyer sur la mélodie), autant je trouve cette lecture beaucoup plus traditionnelle et assez peu grisante : comme pour Salonen, les timbres captés par RCA paraissent vraiment mats et sans résonance. À côté de l'explosion des couleurs dans les grandes versions récentes (Oramo, Rattle, Storgårds…), c'est un peu frustrant, et en tout cas pas vraiment indispensable.

* Lully – Dies iræ, Te Deaum – Allabastrina, E. Sartori (Brilliant)
→ Spectre sonore à l'italienne (peu de corps dans les parties intermédiaires, respiration du spectre), qui fonctionne très bien, avec beaucoup d'élan et de solennité.




Réécoutes : œuvres

** Kreutzer – La mort d'Abel – Droy, Bou, Pruvot ; Les Agrémens, van Waas (Singulares 2012)
→ trissé

*** Coles – Fra Giacomo…

*** HONEGGER, A. / IBERT, J.: Aiglon (L') [Operetta] (Gillet, Barrard, E. Dupuis, Guilmette, Lemieux, Sly, Montréal Symphony, Kent Nagano) (Decca 2016)

*** Foulds – World Requiem – Charbonnet, Wyn-Rodgers, Skelton, Finley ; Hickox (Chandos)

*** Auber – Les Diamants de la Couronne – Colomer (Mandala)
→ Sommet du livret haletant (merci Scribe) et d'une musique divertissante pourtant pleine de modulations, d'ensembles travaillés, de surprises… Un des plus beaux opéras comiques jamais écrits. (Peut-être même le plus beau en langue française…)  Distribution fabuleuse et orchestre audiblement passionné. Mise en scène tradi pleine de vie.

** Gaveaux – Léonore ou l'amour conjugal – Mc Laren, Richer, Côté, Lavoie ; Opéra Lafayette, Ryan Brown (bande-son du DVD Naxos 2019)

*** Grétry – Céphale & Procris (actes I & II) – van Waas (Ricercar)

** Madetoja – Symphonies 1 & 3 + Suite Okon Fuoko – Helsinki PO, Storgårds (Ondine)
→ Bissé.

*** Madetoja – Symphonie n°2 – Helsinki PO, Storgårds (Ondine)

** Atterberg – älven – Hanovre, rasilainen (CPO)



Réécoutes : versions

* Rameau – Dardanus – Edda-Pierre, Gautier, van Dam, Soyer ; Leppard (Erato)

* Rameau – Dardanus – Arquez, Richter, Buet, Fernandes, Devieilhe, De Negri ; Pygmalion, Pichon (Alpha)

*** Beethoven – Symphonie n°9 – Enlightenment Mackerras (Signum)

* Sibelius – Symphonie n°5 – NZSO, Inkinen (Naxos)
→ Vraiment une très belle exécution, le meilleur volume de cette excellente intégrale. Dernier mouvement très réussi (à part la perte de tension à la fin du mouvement), premier mouvement doté de très belles couleurs et de très beaux équilibres, même si certains accompagnements paraissent un peu plats et certaines syncopes un peu inconfortables.

* Nielsen – Symphonie n°3 – Ireland NSO, Leaper (Naxos 1995)
→ Intégrale que j'adore, parmi les moins luxueuses orchestralement, mais d'un esprit et d'une tension assez fous, parmi les meilleurs. Pas à son sommet dans la Troisième plus étale, qui appelle davantage la volupté sonore, mais toujours ces merveilleuses qualité.

Nielsen – Symphonie n°3 – BBCPO, Storgårds (Chandos)
→ Contrairement à son Sibelius, je trouve leur Nielsen beau mais assez froid, cherchant plus la maîtrise et la chatoyance que l'esprit. Même un peu frustré par cette Troisième.

** Nielsen – Symphonie n°1 – Radio Danoise, Jensen (Naxos, remastering 1952)
→ Splendide restauration pour une version remarquablement maîtrisée, au trait fin et nerveux, bâtie avec grande clarté et sens des progressions, pourvue de belles couleurs… parmi les plus convaincantes de la discographie, malgré son âge vénérable (sachant que les propositions réellement satisfaisantes pour Nielsen sont presques toutes arrivées à partir de la fin des années 90…).
→ Je n'en avais pas du tout un souvenir aussi enthousiaste !

Nielsen – Symphonie n°1 – LSO, Ole Schmidt
→ Bien, mais vraiment en deçà du potentiel de cette musique.

*** LULLY – Dies iræ, De Profundis, Te Deum – Junker, Wanroij, Auvity, Lenaerts, Buet ; Millenium O, Alarcón (Alpha 2019)




Autres nouvelles parutions à écouter

→ GRAUPNER, C.: Easter Cantatas (Jerlitschka, S. Hübner, J. Hill, Capella Vocalis Boys Choir, Pulchra Musica Baroque Orchestra, Bonath)
→ Schulhoff Intégrale des Lieder. Sunhae Im, soprano ; Tanja Ariane Baumgartner, mezzo-soprano ; Hans Christoph Begemann, baryton ; Britta Stallmeister, soprano; Klaus Simon, piano ; Delphine Roche, flute ; Myvanwy Ella Penny, violon ; Filomena Felley, alto ; Philipp Schiemenz, violoncelle .
→ clarinette copland bernstein rozsa orchid
→ étienne richard fabien armengaud
→ Jake Heggie: Songs for Murdered Sisters Joshua Hopkins
→ HEISE, P.A.: Drot og marsk (Royal Danish Opera Chorus and Orchestra, Schønwandt)
→ frid quintet
→ beethoven aquileia
→ breath angels
→ Stanchinsky: Piano Works Peter Jablonski
→ Antti Auvinen & Sampo Haapamäki: Choral Works Helsinki Chamber Choir 
→ Michael Jarrell: Orchestral Works Tabea Zimmermann
→ John Mayer & Jonathan Mayer: Orchestral Works Sasha Rozhdestvens
→ kontski piano sonatas anna parkita
→ daniel jones symphs 3 5 lyrita thomson
→ Bergson: Orchestral Works Jonathan Plowright
→ vlagiderov cctos
→ Holmboe quats vol. 1 nightingale SQ
→ carte postale royaumont bunel
→ tempesta di passaggio : solo pour cornetto
→ gál 'hidden treasures' lieder inédits immler deutsch
→ british music strings I pforzheim
→ schnittke daniel hope
→ kalafati piano
→ respighi transcriptions
→ eccles semele
→ maconchy , lefanu, swayne « relationships » violon piano
→ alex freemann, requiem (BIS)
→ Cesti, La Dori
→ hasse enea in caonia
→ ruders, nørgård, violoncelle solo
→ Grigory Krein piano
→ F.G. Scott piano
→ worgan harpsichord julian perkis chez toccata
→ Goldmark vol 2, mokranjac piano, the laundy grondahl legacy, graun orchestral, trattamento dell'harmonia, platti chamber, marx mosè
→ farkas chamber, braga santos, chamber 3, telemann christmas cantatas CPO, jenner piano
→ Johan Nepomuk David : intégrale des trios à cordes (David-Trio), chez CPO.
→ fra diavolo strade napoli
→ Schulhoff Flammen very vermillion billy
→ stikhina salomé  https://www.youtube.com/watch?v=YU0jlgd9Pas
→ clair-obscur piau
→ kopatchinskaja (plaisir illuminés)
→ ballades vinnitskaya
→ fanciulla foster
→ musicalische exequien
→ haydn 76 chiaroscuro
→ buxtehude par Les Timbres
→ locatelli concertos violon gringolts helsinki baroque
→ catoire chambre & concerto, triendl
→ messiaen 20 regards chen
→ beethoven solemnis jacobs
→ ariadne botha schmeckebecher
→ telemann ouvertures, orfeo barockorchester
→ telemann concerti camerata köln
→ josquin 7e livre, visse
→ weinberg 2,5,6 arcadia SQ
→ nouvel an 2021 muti
→ bagatelles beethoven feltsman
→ boffard beethoven berg boulez
→ krieger 12 sonates en trio
→ pettersson symph 12 lindberg



Projets d'écoutes ou réécoutes pour les semaines à venir

tout DUX, tout CPO

Jēkabs Jančevskis - Chœurs
Mäntyjärvi - Chœurs
Foulds - Quatuors
SEHS

heggie violins of hope
pejavevic symph réécoute

vieuxtemps cctos vcl CPO
vieuxtemps cctos vln davin

nielsen jensen
nielsen kuchar
nielsen bernstein

« Flury. Son quatuor No. 5 est bien ficelé dans une optique assez traditionnelle, le No. 6 possède un II d'une grande mélancolie et déploie un cœur suspendu dans le III à fondre. Le No. 7 est peut-être le plus intéressant, qui démarre en fugue à quatre voix avant de virer à une pièce romantique tout en pizzicatti. Ces deux derniers sont couplés avec une suite pour orchestre à cordes assez déconcertante (III), variée (Atterberg dans le II, marche instable dans le IV) qui ne manque pas de sel. Le quintette pour piano, bien que souvent d'un sentimentalisme parfois caricatural, n'aura pas dépareillé avec les pièces ultra-lyriques écoutées récemment. Plaisir sûrement coupable mais plaisir malgré tout. »

« Plus ancien et susceptible de te plaire, Bargiel. Le deux premiers quatuors évoquent Beethoven, respectivement opus 18 et 59, les troisièmes et quatrièmes sont plutôt d'obédience Schumann/Brahms/Mendelssohn (même si j'ai pensé aux gémissements utilisés par Onslow au début du No. 4). Plus sophistiqués, moins immédiats en ce qui me concerne, avec un pathos un peu forcé parfois, mon goût désordonné ne doit pas empêcher d'y trouver maintes satisfactions. Mais c'est bien son octuor, d'une noirceur incroyable, qui m'a cueilli et que j'enjoins d'essayer sans attendre. Sa symphonie est au menu prochainement, je ne saurais rien en dire à l'heure actuelle.  »

« Blackford, des choses passionnantes dans tous les registres. En musique de chambre, ses Hokusai Miniatures aux atmosphères variées et particulièrement évocatrices. À l'orchestre, outre sa réorchestration du Carnaval de Saint-Saëns et sa propre symphonie pour animaux qui mange à tous les râteliers (de Rautavaara à Williams), son concerto pour violon Niobe avec des vrais morceaux de Banks et de Szymanowski m'a fortement convaincu. »

(vous aurez reconnus les conseils personnalisés de Mefistofele)

hausegger, graener

cherubini messes

lintu

goetz quintette triendl

wolf-ferrari (segreto, etc.)

respighi vetrata, metamorphoseon
Den Utvalda rangström nylund schirmer

cctos violon : st-sns, godard, vieuxtemps, graener goetz, børresen

vieux temps hahn, vcl cctos

scriabine symph 1

FOULDS, J.: Dynamic Triptych (Shelley, Royal Philharmonic, Handley)

foulds chambre quartetto intimo

nielsen bo holten vocal

leclair

kirchner quatuor piano

CHAYNES, C.: Visions concertantes / 4 Poèmes de Sappho (Mesplé, Ponce, Trio à cordes Français, Toulouse Chamber Orchestra, Armand)
Rangström : Havet sjunger, Bön till natten, Partita

RANGSTRÖM, T.: Sånger (Hagegard, Scheja)

elisir : dalla benetta De Marchi, valletti bruscantini gavazzeni, bonney winbergh panerai ferro, gigli taddei gavazzeni,
Jules Massenet (1842-1912) :

Le Carillon, ballet ; Richard Bonynge, National Philharmonic Orchestra (Decca, avril 1983)

Opéra Oleg Prostitov "Ermak"
stanford R. Williams
gubaidulina quat 1
tichtchenko 4,3
schnittke rubackyte
Lokshin - Variations for piano - Maria Grinberg, piano
schoeck piano ritornelle
jacques mercier sony
adamek https://www.youtube.com/watch?v=xOPdjCxHJ8A
requiem verdi, gounod (+ mors et vita)
krug https://www.youtube.com/results?search_query=arnold+krug
lully alarcón
hartmann rickenbacher nimsgern n°2
bax avec pttn, rott avec pttn
Jekabs Jančevskis : Aeternum and other works (Jurģis Cābulis /Riga Cathedral Choir School Mixed Choir)
Jaakko Mäntyjärvi : Choral music (Stephen Layton / Choir of Trinity College Cambridge)
→ boutsko : i]Nuits blanches[/i] ([i]Белые ночи[/i]
lebendig begraben nagy
ina boyle
diamants couronne paul paray
zaderatski : sonates, préludes
→ keuris laudi, michelangelo, antologia…
→ roy harris symph 3, symph 5, ccto violon
→ Alexander KASTALSKY (1856-1926), Requiem for Fallen Brothers (1914-1917)
→ Musgrave Helios, ina boyle
Tournemire : Symphonie Sacrée (van der Ploeg)
→ børresen ccto vln par garaguly
→ weber : mélodies italiennes, lieder
diogenes SQ
CPO
kalliwoda 2, kalliwoda 5 spering
kallstenius 1
kozeluch moisè in egitto
Maconchy, compositrice Symphony for double string orchestra
Lajtha: Symphonie n°1/Pasquet
→ reinecke dornröschen
→ Let There Be Cello
→ Bainton 3, Ruth Gippz 4
→ consortium classicum (moscheles, tribensee)
→ DUSSEK, J.L.: Piano Sonata, Op. 43 / MOSCHELES, I. / CRAMER, J.B. / HUMMEL, J.N. / KALKBRENNER, F.: Variations on Rule Britannia (M. MacDonald)




(Notule réalisée les yeux pleins de roman auvergnat et provençal. Parce que la vie de certains a du style.)

mercredi 10 février 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 2 – contemporains de Beethoven (inspirés en plus) : Gossec, Salieri, A. Romberg, Druschetzky, Dotzauer, A. Vranický, Vorišek, Rejcha…


Cette fois-ci, je tente d'inclure mes commentaires (au format brut, pour gagner quelques heures de mise en page) dans la notule en plus de renvoyer vers le tableau – considérant que la précédente livraison n'a suscité aucune réaction, j'en déduis que le format était moins pratique. Pour autant, je souhaite conserver mon temps de notulage pour les sujets gourmands en énergie que j'ai décidé de favoriser cette année. Donc pas d'apprêts, mais le contenu brut en annexe du corps de notule, en plus du tableau mis en page que vous pourrez toujours récupérer.

Que retenir de la seconde moitié de janvier et de la première de février ?

andreas_romberg_symphonies_phion

Beaucoup de contemporains de Beethoven remarquablement en verve : Gossec (La Nativité), Salieri (Armida), A. Romberg (Symphonies 1 & 2), Quatuors hautbois-cordes de Dotzauer (et Druschetzky), concertos d'Antonín Vranický (deux altos), Rejcha (cor), Vorišek (triple), un rare de Beethoven (violon en ut).

Côté interprétations, de très belles versions de symphonies de Haydn (Gardino-Antonini), Beethoven (n°3, ONDIF-Scaglione), Sibelius (n°3, Bergen-Gardner), de motets de Josquin (Stile Antico), d'airs sacrés divers (Rebeka), d'arie verdiane (Tézier). Et même une nouvelle version du Quintette avec hautbois de Dubois, par Triendl !

Hors nouveautés, je me suis régalé des Victoria de The Sixteen (pureté, souplesse, expression verbale, résonance !), des lieder chambristes bizarres de Schoeck, des mélodies et poèmes symphonies de Cecil Coles, de la musique symphonique de Heiniö.

Et puis dans mes réécoutes, Corrette (le Phénix), Vaňhal (Double concerto pour bassons), Kreutzer (La mort d'Abel), Ropartz (Requiem) et tant d'autres choses.

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office). J'espère qu'il vous sera lisible et utile.

La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ * Vert : réussi !
→ ** Bleu : jalon considérable.
→ *** Violet : écoute capitale.
→ ¤ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

Liste brute :




Nouveautés : œuvres

** A. Romberg – Symphonies 1,2 + Ouv Die Großmut der Scipio – Gelderland & Overijssel O, Kevin Griffiths (CPO déc. 2020)
→ Très belles œuvres postclassiques, d'une grande fluidité, pourvues de belles intuitions mélodiques.
→ Kevin Griffiths est beaucoup plus convaincant que l'autre Griffiths qui officie chez CPO avec une tendance à l'interprétation tradi un peu trop prononcée. Bel orchestre aussi, plein de moelleux, et splendidement capté comme toujours chez CPO.
→ Écouté six fois de suite.

** Gossec – Nativité (La) / Christe Redemptor / Messe des Morts – Ex Tempore, Les Agrémens, Mannheimer Hofkapelle, Heyerick (CPO 2021)
→ Palpitations pastorales de l'Aurore dans Céphale & Procris. Un des airs du Triomphe de la République en est repris.
→ Un peu déçu par le Requiem, déjà pas du niveau de sa haute réputation à mon sens, et assez peu saisissant dans cette interprétation à la fois sèche et très aérée.

* Lalande – Les Fontaines de Versailles + Concert d'Esculape – Boston Early Music Festival Vocal & Chamber Ensemble, O'Dette, Stubbs (CPO 2021)
→ Fontaines : Œuvre sympathique et interprétation un peu formelle comme souvent chez les baroqueux de Boston. Pas prioritaire, mais agréable découvertes.
→ Esculape : Débute par une ouverture-chaconne, et réjouissances assez plaisantes (« Chantons » façon Prologue d'Armide). Musicalement du moins, car le texte reste de la pure louange.

Saint-Saëns – Music for Wind Ensemble (Royal Air Force College Band, Märkl) (Naxos 2021)
→ Marches diverses, arrangées pour orchestre d'harmonie. Du Saint-Saëns pittoresque ranscrit sans cordes, donc. Sympa.

* Friedrich Dotzauer, Charles Bochsa, Georg Druschetzky, Alessandro Rolla, Johann Christian Bach, Mozart Quatuors avec hautbois, « Around Mozart :. A Journey Through the Golden Age of the Oboe Quartet » – Quartetto Bernardini (Arcana 2021)
→ Assez strident hautbois (d'époque, j'ai l'impression), œuvres assez légères et pas très nourrissantes. Celle qui retient vraiment mon attention est due à Dotzauer, plus dense.

Alkan – Paraphrases, Marches & Symphonie for Solo Piano, Op. 39 – Mark Viner (Piano Classics 2021)

** « Passacaglia della vita » – Cembaless (Naxos 2021)
→ Passacailles vocales espagnoles, italiennes, allemandes, avec grande générosité de percussions. Absolument délicieux !

** Antonín Vranický Concerto pour deux altos, Rejcha « Solo de Cor Alto », Vorišek Grand Rondeau Concertant pour piano violon violoncelle, Beethoven concerto pour violon en ut (fragment), dans la série « Beethoven's World » – Radio de Munich, Goebel (Sony)
→ Suite de l'incroyable parcours de Goebel qui documente des compositions concertantes et orchestrales de contemporains de Beethoven, avec des pépites (Clément, Romberg, Salieri…). Ici, très beau double concerto de Vranický, grandes pièce de Rejcha aux belles mélodies…

** Salieri – Armida – Ruiten, Valiquette, Iervolino, ashley Riches, Les Talens lyriques, Rousset (Aparté 2021)
→ Enchaînements très fluides et tournures assez originales et vivantes, encore un opéra personnel et réussi du meilleur compositeur de son temps !
→ Puissamment original dans le cadre formel italophone d'alors, laissant les airs à da capo au profit d'une réelle continuité du discours musical, faisant la part belle aux ensembles.
→ Belle distribution (Renaud comme Armide sont tenus par des sopranos !), en particulier le baryton Ashley Riches extrêmement charismatique (et très très beau vocalement).



Nouveautés : versions

* Debussy  – Pelléas – Eröd, Keenlyside ; Marelli, Vienne, Altinoglu (2012, diffusion en flux de l'Opéra 2021)
→ Très bon français d'Eröd et de tout le plateau (Keenlyside un peu court en médiums graves pour Golaud). Pas très convaincu par certains détails de la mise en scène qui a servi aussi avec Bernard Richter – la grotte dans la barque est sympathique, mais la fin du duo d'amour du IV gâché par l'attente du coup fatal de Golaud, sans rien de la course éperdue.

** Verdi – Airs pour baryton – Tézier, Bologne, Chaslin (Sony 2021)
→ Très beau et maîtrisé. Reste la réserve du petit empâtement et de la couverture un peu épaisse à mon goût (et du vibrato un brin blanchi par endroit), mais vraiment très belle tenue vocale (mordant, patine…), et assez expressif, sur une sélection intéressante (Ford, Renato, Macbeth notamment).
→ Très impressionné aussi par l'engagement verbal, pas si fréquent dans un récital, et pas vraiment le point fort de Tézier d'ordinaire. Ici tout semble très vécu, comme mûri.

* Dubois – Quintette avec hautbois, Quatuor piano-cordes – Schilli, Karmon, Kreynacke, Spahn, Triendl (CPO 2021)
→ Une nouvelle version de ces deux bijoux !  Un brin sérieuse, un peu froide peut-être, mais habitée et très réussie. (Je reste très marqué par la version des Hochelaga, très, très souvent écoutée.)

** Sibelius – Symphonie n°3, Valse triste – Bergen PO, Gardner (Vimeo de l'orchestre, 2021)
→ Élégance, ardeur, lisibilité, couleurs épatantes… c'est grand, et je veux l'intégrale !

** Josquin des Prez  – « The Golden Renaissance: » : Missa Pange Lingua, motets – Stile Antico (Decca)
→ J'avoue ne toujours pas être passionné par les messes de Josquin, mais le Salve Regina à 5 qui ouvre le disque est une petite merveille !
→ Conduite suprême et incarnation frémissante, qui mettent véritablement en valeur la fluidité et la nécessité  des enchaînements chez Josquin. Enthousiasmant !

Wagner – Walküre I, Parsifal II, Tristan Prélude & mort – DeYoung, O'Neill, ONDIF, Scaglione (NoMadMusic 2021)
→ Très engagé, mais en morceaux. Et il existe mieux dans cet exercice qui met en valeur les orchestres très virtuoses.

** Beethoven – Symphonie n°3 – ONDIF, Scaglione (NoMadMusic 2021)
→ Toujours grisant d'entendre le moindre archet de fond de pupitre entrer avec autant de passion dans la corde et la musique… tout l'orchestre palpite sans cesse !  Il existe conceptions plus originales, radicales, orchestres plus chatoyants et virtuoses… mais ce frémissement-là, c'est assez unique. Raison pour laquelle ce sont mes chouchous en concert… et il s'avère que cela s'entend très bien au disque !

* Schubert – Die Winterreise – Roderick Williams, Iain Burnside (Chandos 2021)
→ Dernier volume de la série de cycles de lieder gravés par les deux compères : après une Ferne Geliebte et une Meunière invraisemblablement naturelles et poétiques, un fin et frémissant Chant du Cygne, voici un Voyage d'Hiver qui me déçoit un peu – les saveurs paraissent fades, l'allemand pas parfait non plus. Peut-être ne fallait-il pas se forcer à boucler le cycle (mais on l'aurait regretté si on n'avait pas entendu ?).
→ Belle version quoi qu'il en soit, mais absolument pas prioritaire.

* Debussy  – Pelléas – Charvet, Richardot, Huw Montague Rendall, Courjal, Teitgen ; Ruf, Opéra de Rouen  (Facebook, YouTube 2021)
https://www.youtube.com/watch?v=6f8Q5sLHtbs&t=27s
→ Distribution incroyable sur le papier.
→ Assez déçu, je l'avoue. Le son n'est vraiment pas bon (compression, mais prise et mixage pas terribles non plus). Orchestralement, ça paraît un peu naviguer à vue, sans grande ligne de force. Et Charvet assez terne et lisse, Courjal surtout une voix splendide (mais sans doute sa prise de rôle – il mûrira, tu verras), Richardot aussi assez couverte, pas à fond dans le mot…
→ J'ai adoré Huw Montague Rendall en Pelléas, dans la veine des Pelléas assez graves, un vrai rayonnement. Et Teitgen merveilleux comme toujours. → Mais globalement assez déçu – même visuellement, j'avais adoré la mise en scène au TCE, et là je n'y comprends rien, tout est filmé de près, on ne voit pas où on est, qui fait quoi…

** Haydn  – « Haydn 2032, Vol. 9: L'Addio », Symphonies 15, 35, 45 –  Il Giardino Armonico, Antonini (Alpha 2021)

** « Credo » – Marina Rebeka (Prima Classics 2021)
→ Florilège de prières d'origines très diverses (messes, opéra, baroque, pastiches XXe, patrimoine romantique…), chantés avec le timbre capiteux et la maîtrise souveraine qui sont ceux, bien documentés, de Rebeka. Même le Pie Jesu de Fauré, chanté par une voix aussi immense, fonctionne bien, à rebours de tout ce qu'on peut imaginer du style juste.




Autres nouvelles écoutes : œuvres

* Schönberg, Schilkret, Tansman, Milhaud, Castenuovo-Tedesco, Toch, StravinskiGenesis Suite – Berlin RSO, G. Schwarz (Naxos 2004)

Gounod – Mors et Vita – Plasson (EMI)
→ Très peu prosodique, suite de grands aplats un peu arbitraires et pas très mélodiques. Décevant.

Gounod – Requiem / Messe chorale sur l'intonation de la liturgie catholique – Einhorn, Immler ; Lausane Instrumental and Vocal Ensemble, Corboz (Mirare 2011)
→ Simili grégorien, assez terne et sinistre.

** Victoria – Motets & Requiem – The Sixteen, Harry Christophers (CORO)
→ Très belles œuvres polyphoniques mais non dépourvues d'expression verbale.
→ Interprétation : pureté et souplesse, très expressif, pur, résonant, une splendeur !

* Wolf-Ferrari, Suite Concertino // Otmar Nussio, Variations sur un thème de Pergolèse // Donatoni Concerto // Rota Concerto – Christopher Millard (Basson), CBC Vancouver O, Mario Bernardi (CBC)
→ Concertos italiens pour basson volontiers rétro.

Johann Nepomuk David – Four String Trios, Op. 33 No. 1-4 David-Trio (with Lukas David, Subylle Langmaack & Clemens Krieger)  (Sedina 2000)
→ Encore hindemithien, mais ici un peu simple et sinistre à la fois. Pas mon truc.

Johann Christian Bach  – Concertos pour basson (Capriccio)
→ Bien faits, sans être bouleversants, et interprétation tradi pas très tendue.

** Corrette – Le Phénix – chez Turnabout

Boismortier
– Concerto pour basson – Niquet (Naxos)
+ vieille version Edmund LaFontaine chez Orion
→  Très jolies figures un peu scolaires à nos oreilles, pour un ensemble très court (7 minutes). Début de l'exercice du concerto.

Heiniö – Riddaren och draken (Le Chevalier & le Dragon) – Juntunen, Hellekant, Turku PO, Söderblom (BIS)
→ tribal post-orffien. Mouais.

** Heiniö – Vuelo de alambre, Possible Worlds – Mattila, Turku PO, Mercier (Finlandia)
→ J'aime beaucoup !  Joli lyrisme un peu dégingandé pour Vuelo de alambre, et profusion charmante de tonalité élargie avec pas mal d'atmosphère et de danse pour Possible Worlds. Très réussi !

* Heiniö –  Champignons à l'herméneutique (flûte et guitare) – Melanie Sabel, Stepan Matejka (Castigo 2006)
→ Très sympathique. Et quel titre !

Couperin – Concerto for 2 Bassoons in G Major – George Zukerman, Jurgen  Gode, Württemberg Chamber Orchestra of Heilbronn, Jörg Faerber
+ Devienne:  Quartet in C Major, Op. 73, No. 1
+ Corrette:  Concerto in D Major, "Le Phenix" (double ccto)

* Devienne – Quartets, Op. 73 / Duos Concertants for Bassoon and Cello (Thunemann, Zehetmair, Zimmermann, Henkel) (Claves 1987)
→ Très plaisant.

Devienne – Bassoon Concerto No. 4 in C Major – Slovak Chamber Orchestra, Bohdan Warchal (CPO 1992)
→ Agréable. Pas majeur.

* Howard Blake – String Trio, Op. 199 – Edinburgh Quartet (Naxos 2011)
→ Franc et animé, très chouette.
→ bissé.

*** Cecil Coles – Fra Giacomo, 4 Verlaine, From the Scottish Highlands, Behind the lines – Sarah Fox, Paul Whelan, BBC Scottish O (Hyperion)
→ Belle générosité (Highlands à l'élan lyrico-rythmique réjouissant, qui doit pas mal à Mendelssohn), remarquable éloquence verbale aussi dans les pièces vocales. Bijoux.
→ Bissé.

*** Schoeck – Das stille Leuchten, Wandersprüche, Gaselen, Sommernacht, Unter Sternen – N. Berg, English Chamber Orchestra, Griffiths (Novalis)
→ Cycles avec petit ensemble, très étrange, en particulier les délicieux Wandersprüche sur Eichenforff (ténor, clarinette, cor, piano, percussions).
→ Bissé.

* Schnittke – Symphonie n°4 – Rozhdestvensky (CDK 2016)
→ Les aplats superposés, les cloches, ténor solo très proche d'Alfvén 4, tout cela est délicieux.



Autres nouvelles écoutes : interprétations

Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Ricciarelli,  Carreras, Nucci, Trimarchi, RAI Chorus and Symphony Turin, Scimone (Philips)
→ Voix un peu lourdes, orchestre très peu spirituel. Mais quand même de grands chanteurs… !

* Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Gueden, Di Stefano, Capecchi, Corena ; Maggio Musicale,  Molinari-Pradelli (Decca 1955)

** Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Ruffini, La Scola, Frontali (Naxos 1996)

* Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Peters, Bergonzi, Guarrera, MET, Schippers (Sony)

Schönberg, Schilkret, Tansman, Milhaud, Castenuovo-Tedesco, Toch, Stravinski Genesis Suite – Los Angeles Janssen SO, Werner Janssen (Warner)
→ A vraiment vieilli comme son. Schwarz tellement plus naturel aussi dans la conduite !

* Beethoven – Sonate pour piano n°4 – Jandó

* Mozart – Sonate 13 K.333 Sib – Jandó (Naxos)
→ Généreux et élancé, mais difficile en venant d'une verison (pourtant moins sophistiquée dans l'interprétation) sur pianoforte.

* Mozart
– Sonate 13 K.333 Sib – Brautigam (BIS)
→ Très bien.
+ Fantaisie en ut mineur

Schubert – Doppelgänger, Erlkönig – Souzay, Jacqueline Robin (1950, réédition Naxos)

** Beethoven, Schubert , Liszt – Ferne Geliebte, Müllerin, Schwanengesang, Liebestraum… (en russe) – Kozlovsky, P. Nikitin (Aquarius)
diverses versions Passacaglia della vita

Beethoven – Symphonie n°5 – ONDIF, Scaglione (NoMadMusic 2018)
→ Assez sec, pas fan.
→  Très sec, ça file droit sans beaucoup d'impact dramatique, et la prise de son siphonne toute la résonance. Ça regarde du côté baroqueux, mais sur instruments modernes, sans beaucoup de couleurs, avec zéro réverbération, le résultat est surtout que ça file droit.
→ C'est très bien, mais pas vraiment marquant vu l'offre discographique.

Corrette : Concerto « Phénix  »
→ versions BNF, Les Voix Humaines, Foulon, + réécoute Turnabout…

** Morales – Requiem –  Musica Ficta; Raúl Mallavibarrena (Cantus)

*** Victoria – Requiem – The Sixteen, Christophers (Coro)

** Victoria – Requiem – Tallis Scholars (Gimell)

* Bruckner – Symphonie n°7 – Radio Bavaroise, Jansons (BR Klassik 2020) 
→ Le détail de chaque phrasé est fascinant, tout est au cordeau, enfle, reflue, vit dans chaque geste. En revanche l'architecture générale manque vraiment de nerf, la nécessité du la grande arche échappe un peu. En particulier dans le mouvement lent assez atone et décoratif, très peu tendu…
+ début Jochum Dresde, Inbal Tokyo Met , Blomstedt Leipzig, Rögner

** Schnittke – Concerto pour piano & cordes  –  Emma Schmidt, Badische Staatskapelle Karlsruhe, Günter Neuhold (Antes)
→ Piano un peu métallique, mais bien découpé. Orchestre aussi peu russe que possible, mais toujours cet élan propre à Neuhold, malgré des cordes pas vraiment voluptueuses !

*** Hérold, Auber – Ouvertures de Zampa et des Diamants de la Couronne – Detroit SO, Paray (Mercury)
→ Deux des toutes plus belles ouvertures du répertoire français, avec une netteté, une alacrité et une prise de son assez démentes !

*** Schmidt – Symphonie n°2  – Wiener Philharmoniker, Leinsdorf
→ Pour un Schmidt viril et rayonnant, non sans délicatesses (ce début tendre !), merveilleuse version.

*** Debussy – Pelléas – Kožená, Gerhaher, Finley, Fink, Selig ; LSO, Rattle (LSO Live)
→ Comme ça file, avec tension et transparence. Irrésistible !  Et quelle distribution idéale… Finley à la fois d'une plénitude vocale immense et d'un finition verbale extraordinaire. Gerhaher très subtil et original, sans un pouce de mièvrerie. Kožená un peu arrondie, mais dans un français toujours parfait.
→ Malgré la prise de son qui rejette l'orchestre un peu loin (et opaque), ce que font le LSO et Rattle est un miracle de transparence, l'impression d'entendre chaque instrument, chaque motif, énormément de textures et de couleurs… Le cinquième acte, diaphane comme du dernier Sibelius, est particulièrement au-dessus de toutes les autres versions… !  (incluant Rattle lui-même avec Berlin dans les années 2000)
→ J'avais adoré la vidéo avec Berlin pour un concert mis en espace par Sellars, quelques semaines avant la session du LSO, mais je crois que dans ce disque tout est encore à un degré de variété et de naturel supérieurs !

*** Haendel – Concerto pour orgue n°13 – Ghielmi, Divina Armonia, Ghielmi (Passacaille 2012)
→ Vie, couleurs, textures, passionnant !
+ Koopman / Amsterdam Baroque : très détaché et orné, jeux de registration ++
+ Tachezi / CMW / Harnoncourt : registration aigrelette  et orch un peu mince qui a un peu vieilli +
+ Ghielmi / Divina Armonia : là, vraiment des couleurs orchestrales, une pensée complète.  +++

** Haendel – Concerto pour orgue Op.7 n°4 – Asperen, Enlightenment, Asperen (Virgin-Erato 2013)
→ Orchestre un peu tradi (avec couleurs qui évoquent périodes plus tardives), mais articulation organistique splendide et registration d'une limpidité merveilleuse.
→ Le plus beau des concertos pour orgue de Haendel, avec l'emprunt à la Tafelmusik de Telemann.

Haendel – Concertos pour orgue Op.4 – Lindley, Northern Sinfonia, Bradley Creswick (Naxos)
→ Totalement lisse et tradi, ça a pas mal vieilli, mais se laisse écouter.




Réécoutes : œuvres

** Kreutzer – La mort d'Abel – Droy, Bou, Pruvot ; Les Agrémens, van Waas (Singulares 2012)
→ bissé

* Ropartz – Requiem – Piquemal
→ Assez déçu à la réécoute. Un peu lisse (harmonies gommées par le chœur amateur ?).

* Vaňhal – Double concerto pour basson – Saraste (BIS)
→ Essentiellement écrits à la tierce (ou alors agilité de l'un sur les tenues de l'autre), pas très virtuosement composé, mais bien fait et agréable.



Réécoutes : versions

** Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I, final du II – Cotrubas, Domingo, Wixell, Evans ; Covent Garden, Pritchard (Sony)

*** Bruckner – Symphonie n°6 – Sk Dresden, Jochum (EMI)
→ Le premier mouvement et le mouvement lent figurent parmi les sommets de tout Bruckner, malgré la réputation modeste de cette symphonie.  Immense interprétation, où les cuivres stridents impressionnent et où les cordes douces et homogènes se couvrent de gloire !

*** Bruckner – Symphonie n°5 – Sk Dresden, Jochum (EMI)
→ Pas le plus vif ni le plus précis dans les attaques de pupitres, mais pour ce qui est d'exposer les plans et la logique cinétique des phrasés, on est au sommet !
+ début Herreweghe, Inbal Tokyo Met, Eichhorn

*** Rott  – Symphonie en mi – Radio de Francfort, P. Järvi (RCA)
→ Avec partition pour la première fois. La superposition des deux thèmes du I est vraiment génialissime… et que de traits qui tirent le meilleur de Bruckner et annoncent le meilleur de Mahler !

** Mozart
– La Clemenza di Tito – Rebeka, DiDonato, Villazón ; COE, Nézet-Séguin (DGG 2017)
→ Très vive et belle version.




Projets d'écoutes ou réécoutes pour les semaines à venir

rosaire biber
Opéra Oleg Prostitov "Ermak"
stanford R. Williams
gubaidulina quat 1
foulds
tichtchenko 4,3
schnittke rubackyte
Lokshin - Variations for piano - Maria Grinberg, piano
schoeck piano ritornelle
jacques mercier sony
adamek https://www.youtube.com/watch?v=xOPdjCxHJ8A
requiem verdi, gounod (+ mors et vita)
krug https://www.youtube.com/results?search_query=arnold+krug
lully alarcón
hartmann rickenbacher nimsgern n°2
bax avec pttn, rott avec pttn
Jekabs Jančevskis : Aeternum and other works (Jurģis Cābulis /Riga Cathedral Choir School Mixed Choir)
Jaakko Mäntyjärvi : Choral music (Stephen Layton / Choir of Trinity College Cambridge)
→ boutsko : i]Nuits blanches[/i] ([i]Белые ночи[/i]
lebendig begraben nagy
ina boyle
diamants couronne paul paray
zaderatski : sonates, préludes
→ keuris laudi, michelangelo, antologia…
→ roy harris symph 3, symph 5, ccto violon
→ Alexander KASTALSKY (1856-1926), Requiem for Fallen Brothers (1914-1917)
→ Musgrave Helios, ina boyle
Tournemire : Symphonie Sacrée (van der Ploeg)
→ børresen ccto vln par garaguly
→ weber : mélodies italiennes, lieder
diogenes SQ
CPO
kalliwoda 2, kalliwoda 5 spering
kallstenius 1
kozeluch moisè in egitto
Maconchy, compositrice Symphony for double string orchestra
Lajtha: Symphonie n°1/Pasquet
→ reinecke dornröschen
→ Let There Be Cello
→ Bainton 3, Ruth Gippz 4
→ consortium classicum (moscheles, tribensee)
→ DUSSEK, J.L.: Piano Sonata, Op. 43 / MOSCHELES, I. / CRAMER, J.B. / HUMMEL, J.N. / KALKBRENNER, F.: Variations on Rule Britannia (M. MacDonald)




(Notule réalisée entre deux promenades dans la neige fraîche et beaucoup de meurtres d'Abel.)

mercredi 20 janvier 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 1 : Emilie Mayer, Salieri, Fesca, Gade, Rott, Rubinstein, Fried retransfiguré, Schreker, Kienzl, Lazzari, Jeral… et même du bon Donizetti


Cette année, envie de favoriser des notules soit de fond, soit un peu plus transversales, en tout cas avec une valeur ajoutée par rapport à la simple recension au fil des parutions, qui doivent rester simplement un à-côté…

Envie de poursuivre les séries «  une décennie, un disque » (1580-1830 jusqu'ici, et on inclura jusqu'à la décennie 2020 !), « les plus beaux débuts de symphonie » (déjà fait Gilse 2, Sibelius 5, Nielsen 1…), « au secours, je n'ai pas d'aigus »… Envie de débuter une série au long cours autour de la mise en musique d'épisodes bibliques (avec pour but de pouvoir couvrir le maximum de moments illustrés par des compositeurs), et peut-être même de convertir cette notule sur les causes de l'étrangeté prosodique de Pelléas dans un format vidéo… !

Dans le même temps, je trouve dommage d'écouter autant de disques, de suivre les nouveautés, d'explorer les raretés… et de ne pas leur faire de publicité.

Je cherche encore le format adéquat.

Pour cette première livraison de l'année, donc, j'ai fait le choix de partager mon tableau brut, incluant tous mes relevés.

Je vous laisse y naviguer. De gauche à droite, trois types d'écoutes : nouveautés, découvertes personnelles, réécoutes. Inclut aussi ma programmation à venir et le relevé de quelques nouveautés pas encore essayées. Les items les plus récents figurent en haut, et vous pouvez remonter le temps en descandant dans le tableau – les cases grises avec les numéros indiquent la limite du dernier relevé, comme cela vous saurez jusqu'où aller.

En résumé depuis la fin de décembre ? 

lazzari_kienzl_jeral_trios_cpo.jpg


De fantastiques disques de musique de chambre :
Bach (Sergey Malov, Solo Musica), 6 Suites pour cello di spalla,
Fesca (Quatuor Amaryllis, CPO),
Gade (Midvest Ensemble, CPO),
Emilie Mayer (Mariana Klavierquartett, CPO), Quatuors piano-cordes beaucoup plus intéressants que ses symphonies, pour documenter la première femme à vivre professionnellement de ses compositions ;
Rubinstein (Quatuor Reinhold, CPO),
Reger, une version superlative du Quintette clarinette-cordes et du Sextuor à cordes (Quatuor Diogenes, CPO)
Kienzl / Lazzari / Jeral (Trios par le Thomas Christian Ensemble, CPO),

de belles parutions d'opéra :
Rossi, Orfeo, imparfaite mais intéressante nouvelle version (Sartori, Glossa),
Haendel de Zaïcik & Le Consort, très plaisant,
Beethoven & Salieri « in Dialogue » (dont je viens de faire une notule : fragments d'oratorios par les Heidelberger Symphoniker, chez Hänssler),
Donizetti, Il Paria (Elder, Opera rara), superbe version d'un Donizetti tout particulièrement réussi mélodiquement, avec de très beaux ensembles,
♦ la bande son du Ring de Jordan, dont il faut entendre l'Or du Rhin exceptionnel,

un peu de symphonique :
♦ une belle nouvelle version de la Symphonie en mi de Rott (Gürzenich, Ward, Capriccio), qui réussit admirablement les variations finales,
Fried, Korngold et Schönberg autour de la Nuit Transfigurée, seconde version discographique du chef-d'œuvre de Fried (Rice, Skelton, BBCSO, Gardner, Chandos),
♦ une belle interprétation un peu lisse d'œuvres mineures de Schreker (Bochum, Sloave, CPO),
♦ la bizarre mais plaisante Symphonie en sol de Gulda (mélangeant orchestre symphonique et orchestre de danse).

… Et un délectable « Le Coucher du Roi » avec des pièces de Visée, LULLY, Lalande, Charpentier, Couperin (Monnié, Mauillon, Roussel, Rignol, CVS).

Du côté de mes découvertes personnelles hors nouveautés, des déceptions chez le Draeseke symphonique, un bonheur variable chez Korngold, beaucoup d'enthousiasme pour les quatuors de Dittersdorf, les symphonies de Reinecke, le Grand Septuor de Kalkbrenner (son Sextuor piano-cordes aussi), le Quatuor piano-cordes de Georg Schumann (les Trios sont beaux aussi), les très bizarres Wandersprüche de Schoeck (ténor, clarinette, cor, piano et percussions), une quasi-hystérie pour le Quintette et le Sextuor de Koessler (ainsi que sa musique chorale, du niveau de Brahms !), sans parler de la musique de chambre de Krug immédiatement présentée par une notule !
Vous y rencontrerez aussi les étranges « meilleurs classiques » façon cross-over, le violon de Brahms interprété sans vibrato, l'Ouverture 1812 avec réels canons en plein air…

Quant aux réécoutes, que dire ?  Les habitués : la musique de chambre de Michl, Schoeck, Tarkmann, les symphonies de Messieurs Fesca, B. Romberg, Macfarren, Bruch, d'Indy, Georg Schumann, Alfvén…

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office). J'espère qu'il vous sera lisible et utile.

La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ Vert : réussi !
→ Bleu : jalon considérable.
→ Violet : écoute capitale.
→ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)



(Les disques, quelle bénédiction du Ciel.)

jeudi 7 janvier 2021

Le classique et L'ARGENT – cross-over, meilleures ventes & autres modèles économiques du disque classique


Meilleures ventes : le mensonge

Qobuz, la meilleure source éditoriale pour les principales nouveautés classiques n'ayant publié que des playlists thématiques rétrospectives (Beethoven, Noël) pendant deux semaines, j'ai cherché une autre source bien hiérarchisée des parutions.

Quelles sont les meilleures ventes de nouveautés classiques chez la suivante de Penthésilée, ces jours-ci ?

#1 Vincent Niclo et les Prêtres orthodoxes.
[Pas du tout du classique, des boîtes à rythme totalement retravaillées en studio, avec compression dynamique, il y a simplement une technique de chant qui est partiellement de style lyrique – du cross-over, certes, mais même pas du cross-over contenant du « classique ». Erreur de classement.]
#2 André Rieu de Noël
[Cross-over classique / cantiques : des valses de Strauss et autres classiques favoris, mêlés avec des chants de Noël anglais accompagnés au synthé.]
#3 Gautier Capuçon « Émotions » (avec la Tour Koechlin dessus) ]
[Cross-over classique / chanson / BO. Pour bonne part des arrangements de thèmes hors classique, comme L'Hymne à l'Amour ou la BO de The Leftovers, le tout arrangé par Jérôme Ducros. Et des choses planantes comme Einaudi. Je ne trouve pas que le timbre très sombre et large, le jeu peu contrasté de G. Capuçon soit idéal pour l'exercice, au demeurant.]
#4 Philippe Jaroussky « La vanità del mondo »
[Récital lyrique. Le premier disque entièrement consacré à de la « musique classique ». Airs extraits d'oratorios baroques italiens très rares (Bononcini, Chelleri, Torri, Fago, A. Scarlatti, Caldara, Hasse et une seule piste de Haendel – pour le référencement ?).]
#5 Coffret Debussy 11 CDs « discothèque idéale Diapason »
[Coffret de musique classique. Le premier de la liste à contenir des œuvres intégrales. Mais je m'interroge sur le matériel d'écoute fourni (livret pour Pelléas) ?]
#6 Hauser « Classic Deluxe », arrangements divers
[Cross-over. Entre le classique et d'autres répertoires (piano planant, Caruso de Dalla et sur le DVD Pirates of the Caribbean, Game of Thrones…). Cross-over à l'intérieur même du classique au demeurant, puisque le violoncelliste interprète notamment le Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov, le Concerto pour clarinette de Mozart, un Nocturne de Chopin…
Au demeurant un très beau son, un travail sur le phrasé pour reproduire un effet « chanté », mais il est difficile de juger de quoi que ce soit tant le matériau est retravaillé en post-production, avec des effets de zoom et réverbération localisée sur le violoncelle ! Très belle finition pour du cross-over, je dois dire. La vidéo filmée à Dubrovnik sur les thèmes de Pirates des Caraïbes focntionne à merveille – même si les musiqueux dans mon genre sont tout de suite gênés par le difficile rapport visuel entre la réverbération de cathédrale et le jeu d'un instrument à cordes en terrasse par grand vent – qu'on n'entendrait donc presque pas en réalité. Ses vidéos de Noël, non incluses dans le DVD, où il est courtisé par des danseuses trémoussantes et court-vêtues en habit de saint Nicolas, sont beaucoup plus… perturbantes.]
#7 Kaufmann de Noël « It's Christmas »
[Cross-over. Chanteur lyrique, mais sur des chansons de Noël.]
#8 Tartini, Concertos et Sonates pour violoncelle piccolo (Brunello, Doni)
[Premier album de la liste consacré à un projet identifié, et contenant exclusivement du « classique ».]
#9 Takahashi (Yoko), Evangelion
[Pop. Chant amplifié accompagné de boîtes à rythmes, clairement le classement comme « classique » paraît discutable – ou plus exactement aberrant.]
#10 Muffat & Haendel par Flora Fabri (clavecin)
#11 Rossini, « Amici e Rivali » (Brownlee & Spyres)
#12 Auber, Ouvertures volume 3 (Philharmonique de Moravie, Dario Salvi)
etc.

Les plus gros succès ne sont donc pas du classique, ou pour certains partiellement du classique (mélangeant les styles ou adoptant des approches davantages « mises en scène »).

Sur les 10 premiers : 2 ne sont pas du tout du classique, 4 sont du cross-over (répertoire non classique avec des instruments ou chanteurs classiques, notamment), 1 est un récital fait de fragments d'œuvres, 1 est un gros coffret, et donc 2 seulements sont de véritables albums cohérents contenant des œuvres complètes !

Outre le sourire suscité (et la découverte de choses sympathiques, comme les films de Hauser à Dubrovnik, très jolis et il joue très bien), tout cela pose la question de la possibilité, pour un style musical qui, déjà pas le plus vendeur, n'est même pas le premier au sein de son propre classement des ventes… d'équilibrer ses comptes.




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Vendeur.




Suivez l'argent

Car les chiffres de vente du classique, même sur les gros labels, sont dérisoires – alors même que son public est globalement plus attaché à l'objet disque que les autres (plus vieux, quoi). Tellement de versions différentes des mêmes œuvres, pour un auditoire assez restreint numériquement.

Quand on voit CPO sortir des intégrales de compositeurs inconnus… Même la vingtaine de volumes de lieder du célèbre Carl Loewe, y a-t-il vraiment des amateurs de lied qui les achètent tous un par un ?  J'avoue en avoir écouté une demi-douzaine seulement, parce qu'il n'y a pas que ça à faire, même en restant chez CPO (facilement 3-4 nouveaux disques par semaine)… Comment est-ce viable économiquement, et ce depuis 35 ans… ?

Je n'ai pas vraiment de réponses définitives, mais au fil de lectures et de conversations, j'ai relevé quelques tendances que je partage avec vous.

Les labels ont plusieurs options :

        a) Embaucher les quelques très rares artistes qui font vendre des disques (Alagna, Kaufmann, Netrebko, Bartoli, Grimaud, les Capuçon…). Seules les Majors Universal (DGG & Decca), Sony et Warner en ont réellement les moyens. Ou s'appuyer sur quelques titres raisonnablement vendeurs, comme ce fut le cas pour Harmonia Mundi – dont le modèle économique a largement changé depuis la mort du fondateur (se tournant aussi vers le cas e), je ne suis plus trop sûr de ce qu'il en est à présent.

        b) Intégrer les pertes au sein d'un catalogue plus vaste, en conservant le secteur classique comme un domaine de prestige, de plus en plus restreint. Là aussi, essentiellement possibles pour les Majors, les frais de l'enregistrement d'une intégrale d'opéra étant à peu près impossibles à couvrir avec les ventes, même pour des affiches de prestige (le public pour un opéra complet est trop restreint).

        c) Considérer le label comme une fondation philantropique. Typiquement CPO, adossé à la boutique en ligne http.://www.jpc.de, présente dès les débuts de l'expansion de la vente classique en ligne, et dont le chiffre d'affaires doit permettre d'avancer une partie des financements – beaucoup de disques sont des enregistrements déjà réalisés par les radios, qu'il suffit de sélectionner et presser (avec, je suppose, une petite redevance, ou les radios publiques subventionnent-elles au contraire la diffusion de leur fonds ?). J'ai toujours supposé (sans jamais réussir à trouver de réponse précise) que CPO devait être un peu représenter la danseuse du patron de JPC, et qu'une partie des bénéfices étaient volontairement réinvestis dans cette œuvre de bienfaisance.

       d) Concevoir le disque comme un aspect supplémentaire de la communication d'une maison, d'un orchestre. Les labels d'orchestre se multiplient ainsi (captations déjà existantes pour la radio, et en tout cas concert de toute façon donné), offrant une visibilité inédite au London Philharmonic ou au Seattle SO, qui n'ont plus à attendre le bon contrat avec le bon label sur un projet spécifique pour être écoutés et admirés dans le monde entier. (Je suppose qu'il existe aussi un public local qui doit être fidèle et assurer un nombre de ventes minimum, par rapport à un disque d'un concert où on n'a pas été, avec un orchestre qu'on ne connaît pas.)

        e) Maintenir des coûts de production suffisamment bas pour amortir très tôt le prix d'une série et devenir prépondérant sur le marché. Politique de Naxos qui a pu devenir le n°1 aux États-Unis. Ils embauchaient des artistes inconnus (souvent des homonymes d'artistes célèbres, ai-je remarqué, je me suis toujours demandé si c'était le hasard des patronymes les plus banals ou une réelle volonté de confusion), leur payaient une indemnité forfaitaire dérisoire et vendaient le tout quasiment sans décoration ni livret. Cela a beaucoup changé, désormais les grands artistes s'y bousculent, les projets ambitieux aussi (intégrales d'opéra, grandes symphonies par des orchestres qui ne sont pas les plus célèbres mais certainement pas les plus mauvais !), là encore dans des répertoires très discrets où je vois mal comment l'amortissement est possible. Il y aurait des ouvrages entiers à écrire sur la question, des enquêtes journalistiques à mener, des thèses à préparer… Je n'ai accès à cet univers que par touche, et j'ai l'impression que chaque label ne sait pas complètement comment fonctionnent les concurrents.

        f) Recueillir les financements de producteurs extérieurs : collectivités publiques, mécènes, afin d'assurer l'équilibre financiers en amont de la commercialisation. Recevoir des subsides de la région de naissance du compositeur, de l'association liée à la mémoire du poète, au mécénat soutenant tels jeunes artistes…

        g) Et de plus en plus souvent, variante du précédent, servir de prestataire technique pour des artistes qui viennent non seulement avec leur projet, mais même avec l'argent de la production. Soit leur argent propre (le disque restant une carte de visite, un objet de prestige qui permet de se faire connaître et de se légitimer pour ensuite recevoir des engagements pour réaliser des concerts), soit des sommes elles-mêmes issues de subventions que l'artiste a préalablement sollicitées.




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Invendable.




Quels enseignements pour l'auditeur ?

Le disque classique reste donc un univers à part : à tel point une niche que même ses œuvres-phares et nombre d'interprètes bien identifiés ne peuvent suffire à rivaliser avec les ventes de disques plus ou moins lâchement assimilables à du classique. Et il est encore plus difficile d'en tirer un bénéfice ou simplement un équilibre, comme on peut s'en douter.

Document indispensable à la pérennité des œuvres aux oreilles de la plupart du public – même dans les grandes capitales musicales, on ne joue qu'une partie très limitée du répertoire discographique, même le plus usuel, à l'échelle d'une poignée d'années… –, le disque repose donc sur un équilibre tellement précaire (boudé de surcroît par les jeunes générations) que son avenir est difficile à entrevoir. Rééditer le fonds sous de gros coffrets qu'on vend en masse, comme l'ont essayé Brilliant Classics puis les Majors, aurait pu fonctionner… si l'on ne publiait plus du tout de nouveautés… et si le public classique était suffisamment conséquent pour acheter en masse.

Quant à l'économie du dématérialisé, les coûts restent beaucoup trop élevés, même avec abonnements (et ne parlons pas des solutions gratuites), tandis la rémunération des artistes par piste écoutée demeure dérisoire (sauf millions d'écoutes…).



Pourquoi cette notule qui ne révèle rien ?  Juste partager l'étonnement de voir les meilleures ventes occupées par du pas-du-tout-classique ou du partiellement-classsique, et le plaisir de causer un peu, au fil des miettes glanées çà et là, des modèles économiques du disque. Je n'ai pas de révélations ni de solutions à proposer. Pourtant, on n'a jamais publié autant, aussi varié (ni peut-être même aussi bon…) ; et dans le même temps on ne voit pas comme ce modèle pourrait rester pérenne. J'ai essayé de donner un aperçu de quelques conceptions économiques de l'objet. Je ne sais lesquelles survivront.

En attendant, il ne faut pas se priver de profiter de cette abondance absolument déraisonnable, qui permet aussi bien à chaque interprète de valeur mais confidentiel de graver son petit disque de trios ou de symphonies qu'à des œuvres rares incapables de remplir une salle d'exister, d'être à disposition, d'être réécoutables à l'infini. Le disque nourrit véritablement la connaissance, là où le concert célèbre la vie.

Profitons de l'Âge d'or du disque en attendant la renaissance de la musique vivante ouverte au public !

jeudi 31 décembre 2020

Schoeck, Das Schloß Dürande & Venzago : nazis, blackfaces & récriture de l'Histoire ?


(Ah, et aussi un opéra fabuleux, mais ça vous aurait pas autant incité à cliquer, avouez.) (Note pour 2021 : mettre davantage les mots « morts-vivants » et « apocalypse nucléaire » dans mes titres.)

Voici une notule que je vous invite tout particulièrement à lire en entier. (Attention, plot twists à prévoir.)




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Le début de Das Schloß Dürande, version Venzago.




Chapitre I – Il Davidde deluso

    En 2018, événement : la résurrection de Das Schloß Dürande, opéra tardif d'Othmar Schoeck d'après le roman d'Eichendorff. L'entreprise est menée par Mario Venzago, directeur musical du Symphonique de Berne.

    Mais voilà : il s'avère que le texte n'est pas le livret d'origine, mais une réécriture, décidée par un collectif universitaire de berne, coordonné par Thomas Gartmann. Schoeck a fait représenter son œuvre (débutée avant la guerre mondiale) pour la première fois dans le Berlin de 1943, compromission (pas du tout idéologiste, mais concrète) inacceptable qui rendrait impossible d'écouter à nouveau l'œuvre, et le livret serait trop connoté. Si mon amour pour les bidouillages me place au-dessus de tout soupçon de psychorigidité en matière d'interprétation et d'arrangements, j'étais tout de même assez mécontent de découvrir ceci. Pour de multiples raisons, que ne me paraissent pas toutes dérisoires.

1) J'espérais une résurrection de l'œuvre depuis longtemps, après en avoir entendu des extraits totalement exaltants… et je me rends compte que non seulement ce n'est pas la véritable œuvre que j'entends, mais qu'on me théorise que de toute façon personne ne remontera jamais la version originale. Du coup, pourquoi ne pas avoir fait l'effort, pour ce hapax, de remonter la version authentique de Schoeck ?
Mon mouvement d'humeur s'est un peu apaisé depuis : je n'ai découvert qu'en préparant cette notule qu'il en existe en réalité déjà deux versions captées.
    a) Une publication commerciale intégrale (que je croyais seulement fragmentaire !) de la bande radio de 1943 – certes chez un label qui repique à la louche, pratique des coupes indéfendables pour comprimer en 2 CDs, n'inclut aucune notice et encore moins livret… les gars sont capables de publier une Walkyrie en deux disques… Mais cela existe.
    b) Sans doute une bande radio de Gerd Albrecht en 1993– version remaniée du vivant de Schoeck et coupée pour être montée sur scène, comme le faisait souvent Albrecht avec les musiques qu'il défendait.

2) En tant qu'amateur d'art, d'histoire, de musiques anciennes, j'ai envie de connaître l'objet d'origine, de pouvoir le replacer dans son contexte, d'entendre les échos (et au besoin les tensions, les contradictions) entre l'auteur et son époque. En proposant une œuvre composite, on me met face à de la musique certes sublime, mais hors sol (elle ne tombe pas sur les mots qu'a connus l'auteur, et Venzago a même retravaillé les rythmes pour coller au nouveau livret !).
Je suis tout à fait intéressé par des propositions alternatives, mais pour le seul disque disponible (car l'autre publication, dans un son ancien, confidentielle et sans livret, est épuisée depuis longtemps), n'avoir qu'une version retravaillée, c'est vraiment dommage – tout ce que la postérité aura, c'est un bidouillage dont l'auditeur ne sera jamais trop sûr des contours.

3) Surtout, ce qui m'a réellement scandalisé, c'est l'argumentaire qui l'accompagnait.
    a) Argumentaire esthétique : « de toute façon le livret n'était pas bon ». Pour les raisons précédemment évoquées, j'aimerais qu'on me laisse en juger !
    b) Argumentaire politique, celui que je trouve le plus insupportable. Il y aurait (j'y reviens plus tard) un lexique qui à l'époque évoquait la phraséologie nazie, donc on ne peut pas le monter sur scène. Qu'en tant que citoyen, on suppose que monter un opéra qui contienne les mots Heimat ou Blut (oui, ce sont vraiment les exemples retenus dans la notice de Thomas Gartmann !) me change instantanément en racialiste buveur de sang, je me sens profondément insulté.

Toutefois, le résultat demeure très enthousiasmant, un des disques de l'année 2020, et bien au delà – je reparlerai plus loin du détail. Je m'en suis bruyamment réjoui.




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Photographie (Sebastian Stolz) de la production de Meiningen (novembre 2019) qui a suivi le concert de Berne.


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Gabriele et les pierreries (acte II), version Venzago.




Chapitre II – Le passé dérobé

Je m'en suis bruyamment réjoui, oui. Et j'ai dit mon humeur.

Cette notule était censée faire écho à ma perplexité face à cet air du temps… Je trouve salutaire qu'on ne déifie plus les grands hommes du passé et qu'on rende à ceux que nous admirons pour d'autres raisons leurs vilains traits racistes, misogynes, mégalomanes… mais ne puis me résoudre à comprendre que nous les jugions ou pis, les effacions de la mémoire collective – comme si seul ce qui est identique à nous-mêmes et à notre opinion du jour pouvait être intéressant. Comme si le passé, fût-il imparfait, ne pouvait apporter ses satisfactions et ses enseignements.

La question légitime du regard critique sur le passé (un philosophe des Lumières misogyne, un politicien émancipateur qui vit au milieu de ses esclaves, un général vénéré comme un faiseur de paix…) mérite le débat, et non l'iconoclasme en son sens le plus concret, l'effacement du passé, le rejet sans nuance de tout ce qui nous est différent.

    Le comble de la stupidité s'est incarné devant moi à la Sorbonne, le 25 mars 2019, lorsqu'un groupe d'étudiants militants – et manifestement plutôt incultes – s'était infiltré pour empêcher la représentation par d'une mise en scène des Suppliantes d'Euripide s'inspirant de la tradition antique sous l'égide de Philippe Brunet, spécialiste éprouvé de la question. Certaines comédiennes portaient un maquillage sombre, ce qui se serait apparenté à un blackface – car, bien sûr, Euripide a tout volé aux chansonniers américains du XIXe siècle.
    (Outre l'incohérence chronologique / culturelle de cette hantise du blackface, je trouve absolument invraisemblable d'accepter d'habiller des femmes en homme, de faire de gros Falstaff avec des coussins sur le ventre, de mettre des valides en fauteuil roulant, mais d'interdire absolument de rappeler, dans des œuvres dont ce peut être un ressort capital – et un joli symbole – comme Aida, sorte de Roméo & Juliette égyptien interethnique, qu'il existe des gens noirs. Ou alors il faudrait cantonner les interprètes à leur couleur de peau et leur phyique, et les noirs n'y seraient pas gagnants – sans parler de la quête de sopranos dramatiques de seize ans pour faire Isolde…)

D'une manière générale, et ceci concerne le cas de notre livret, ne pas faire la différence entre la défense d'une théorie racialiste (« les noirs sont inférieurs aux blancs »), les motifs qui peuvent rappeler cette théorie (comme le blackface ou le vocabulaire utilisé par les nazis, qu'on peut employer dans plein d'autres contextes qui ne sous-entendent aucune infériorité), et la capacité des gens à ne pas être racistes même s'ils utilisent mal certains mots (aux USA, le mot race reste consacré dans le langage courant, à commencer par ceux qui ne sont absolument pas des racists) demeure un problème de notre temps.

Et autant le blackface reste une coquetterie de mise en scène dont je me passe très bien si cela peut ménager les sensibilités, autant récrire des œuvres me gêne vraiment. Pas si ce sont des œuvres disponibles par ailleurs (qu'il existe une traduction amendée des Dix petits nègres ne lèse personne, chacun peut choisir la version de son choix), mais pour un opéra qui ne sera diffusé que par le biais de ces représentations et de ce disque, c'est prendre une responsabilité considérable dans l'occultation de l'histoire des arts.

Se pose ainsi la question de la documentation historique : si l'on récrit Mein Kampf en remplaçant toutes les occurrences de « ce sont des êtres inférieurs » par « on voudrait leur faire des bisous », on risque de passer à côté du sujet. (Et ce n'est même pas un point Godwin, puisqu'il est précisément question d'affleurements nazis dans ce livret…)

En somme, j'aurais beaucoup aimé pouvoir découvrir l'œuvre originale d'abord, et disposer de refontes fantaisistes ensuite, ce qui ne me paraissait pas trop demander : ce livret ne contient pas de manifeste nazi ; les fascistes ne gouvernent pas le monde ; les spectateurs sont capables de ne pas devenir instantanément des chemises brunes parce qu'il est écrit Feuerquelle (« jet de feu »)…




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Schoeck dirige à Lucerne l'Orchestre de la Scala de Milan (1941).
(Une des illustrations saisissantes que j'ai empruntées à la Neue Zürcher Zeitung.)


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Malédiction de Penthésilée, Penthesilea version Venzago.




Chapitre III – La puissance de ma colère

Et j'ai donc partagé avec mes camarades mon excitation et ma réprobation, que je réaménage ici en lui conservant toute sa véhémence échevelée.

Vous pouvez aussi consulter la notice complète (lien vers le site de l'éditeur Claves) pour vous faire votre propre opinion.

Je ne comprenais pas pourquoi j'avais entendu le thème mais pas le texte du duo emblématique « Heil dir, du Feuerquelle ».

Comme ils trouvaient le texte « lexicalement trop nazi », le groupe scientifique en charge de cette résurrection a embauché un librettiste – qui a bidouillé le texte pour le rendre plus acceptable.

Celui-ci a donc réintégré de gros bouts d'Eichendorff dedans (ce qui se défend), en prenant en certains endroits le contrepied de la littéralité du livret d'origine, pas simplement en expurgeant de mots trop connotés « comme Heil », dit la notice !  Sérieux, vous êtes allemands et vous n'avez entendu Heil que dans les films de nazis ??  J'attends avec impatience l'argumentation sur la censure du final de Fidelio et de l'Hymne à sainte Cécile de Purcell…

Je trouve assez aberrant, lorsqu'on est dans une démarche patrimoniale (c'est un partenariat avec l'Université de Bern), de bidouiller une œuvre, alors que justement, quand on a le texte d'origine, on peut se faire une représentation des idées du temps, on peut débattre des présupposés idéologiques… D'autant que Schoeck n'est pas précisément un compositeur de cantates aryanisantes sur des accords parfaits – et vu qu'il n'y a plus guère de nazis, on ne peut même pas dire qu'on risque de servir la soupe à un parti actuel menaçant…

À l'écoute avec le livret, c'est encore plus saugrenu : à cause des inclusions (non adaptées… mais qu'a fichu le nouveau librettiste ?) les personnages se mettent à parler d'eux-mêmes à la troisième personne – typiquement Gabriele, pendant sa scène d'amour ou lorsque son frère les surprend, décrit ses propres actions : « Gabrielle tint fermement son bras, le fixant d'un air de défi ». Les têtes d'œuf de Bern, ils ont trop cru Eichendorff c'était une interview d'Alain Delon !

Le problème est que l'argumentaire du conseil scientifique de l'Université de Berne, pour justifier cette démarche, porte largement le fer sur le plan littéraire… de façon assez peu brillante. (En tout cas dans le compte-rendu de Gartmann publié dans la notice, je ne doute pas que leurs débats furent plus riches.)

Je vous laisse juge :

“Heil dir, du Feuerquelle,
Der Heimat Sonnenblut!
Ich trinke und küsse die Stelle,
Wo deine Lippen geruht!”
“Heil”, “Feuerquelle”, “Heimat”, “Sonnenblut” – all these are core words in the vocabulary of the Third Reich (the Lingua Tertii Imperiias Victor Klemperer called it). They are here condensed in a pathosladen context and intensified by the exclamation marks and the end rhymes. The alliteration “Heil – Heimat”, with its echoes of Stabreim, serves to dot the i’s, as it were. The second half of the strophe is pedestrian, pretentious and crassly different in tone. These four lines alone demonstrate how the duo of Burte and Schoeck accommodated themselves to the Nazi regime and how the vocabulary, pathos, rhymes and linguistic banalities of the text disqualified their opera for later generations. The solution proposed by Micieli is radically different – it is a kind of textual counter-proposition, though one that actually reflects the pianissimo that Schoeck wrote in his score at this point.
These four lines alone demonstrate how the duo of Burte and Schoeck accommodated themselves to the Nazi regime.

Je suis prêt à entendre l'argument qu'un opéra proto-nazi soit difficile à encaisser pour un public germanique (mais pourquoi joue-t-on toujours Orff, loue-t-on les enregistrements de Böhm et Karajan, témoignages autrement vifs, me semble-t-il, de l'univers nazifié ?), et mieux vaut cette tripatouille que de ne pas rejouer l'œuvre, commele Saint Christophe de d'Indy (toujours présenté comme un texte insupportablement antisément… je n'en ai pas fini la lecture, mais je n'ai pour l'instant rien repéré de tel…)
Mais Heimat ?  Les allitérations en [h] ?  Les points d'exclamation ?  Les rythmes et les banalités linguistiques… nazies ?  Qu'on n'ait pas eu envie de donner la dernière tirade de Sachs après la guerre, je comprends, mais récrire un livret en 2018 parce qu'il y a des mots comme Heimat et des points d'exclamation, j'avoue que ça m'échappe vigoureusement.


La démarche d'avoir dénazifié le livret, qui pouvait paraître légitime, est expliquée, dans le détail par un jugement littéraire sur la qualité des rimes (qu'on a simplement retirées, pas remplacées, en fait d'enrichissement…). Cela démonétise même la justification de départ, accumulant « le texte a été créé au mauvais endroit au mauvais moment », « on ne peut plus représenter ça, et c'est tant mieux », « de toute façon le livret est mauvais » dans un désordre assez peu rigoureux. On a l'impression que les gars ont besoin de convoquer des arguments totalement hétéroclites pour empêcher à tout prix qu'on puisse entendre son livret, parce que ça pourrait déclencher la venue de l'Antéchrist…
On n'est pas des niais, ce n'est pas parce qu'il y a une idéologie qui préside à un livret qu'on va rentrer à la maison pour brûler nos voisins sémites le soir… En revanche, disposer d'œuvres données en contexte, ça permet d'informer, de nourrir la curiosité… j'ai envie de voir ce qu'on représentait en 43 à Berlin, même si c'est un peu dérangeant – car je perçois davantage des allusions, un registre lexical, qu'une apologie articulée de quelque sorte que ce soit.

Je l'aurais sans doute mieux accepté si l'on m'avait dit : « ce pourrait être violent pour le public encore marqué par cet héritage, on a bidouillé, c'est mal mais c'était la condition ». Plutôt que d'inventer des justifications esthétiques et de les mêler à du commentaire composé de seconde…

Convoquer la versification, tout de même – le fameux mètre Himmler ? la rime croisée-de-Speer ? – pour attester de sa nazité, ça me laisse assez interdit.

Avec leur raisonnement, je me demande dans quel état on jouerait les opéras de Verdi et bien sûr Wagner.

(Au demeurant, ça reste le meilleur disque paru depuis un an voire davantage, donc si c'est le prix pour avoir cet opéra et cette version, je l'accepte volontiers.)
Car l'essentiel reste qu'on ait l'opéra, dans une version exportable (il y a ensuite eu une version scénique, à Meiningen en 2019), et sur disque ; mais me voilà frustré, ils n'ont pas mis en italique les parties du livret qui ont été modifiées, et comme ils se vantent d'avoir inversé la signification de certains passages, changé les psychologies des personnages, etc. – je ne suis plus trop sûr de ce que j'écoute.

D'autant que, pour ce que j'en avais lu en cherchant des infos sur l'œuvre, Schoeck a été boudé à son retour en Suisse parce qu'il était resté faire de la musique alors que l'Allemagne hitlérienne était ce qu'elle était, mais personne ne l'a accusé de collaborer – juste d'avoir été imperméable à de plus grands enjeux que sa musique.

Que le vocabulaire puisse mettre mal à l'aise est autre chose (dans Fierrabras de Schubert, il est devenu courant de remplacer l'épée du chef (« Führer ») par celle du roi (« König »), quitte à saccager la rime. Pourquoi pas, ce n'est qu'un détail ponctuel, on pouvait faire ça. (Même si, enlever des références nazies dans du Schubert, là aussi je reste plutôt perplexe.)

Pour couronner le tout, le chef d'orchestre a récrit les rythmes pour s'adapter au nouveau poème, ils ont tout de bon recomposé un nouvel opéra (60% du texte !). Et comme les extraits du roman d'Eichendorff étaient trop bavards, il a fait chanter simultanément certains extraits par les personnages…

Cela dit, une fois informé, cette part de la démarche ne m'est pas antipathique : si le livret est vraiment mauvais (je pressens hélas que leur avis est d'abord idéologique), essayer de réadapter la musique en puisant directement dans Eichendorff, ce fait plutôt envie. C'est un exercice de bricolage auquel je me suis plusieurs fois prêté, et qui donne parfois de beaux résultats par des rencontres imprévues entre deux arts qui, sans avoir été pensés ensemble, se nourrissent réciproquement.
Cela a aussi permis de remonter l'œuvre, et potentiellement d'éviter de compromettre sa reprise. Le livret d'arrivée, malgré ses défauts, fonctionne très décemment, et la musique absolument splendide ne peut qu'inciter à franchir le pas. On ne peut pas trop râler. (Mais je n'aime quand même pas beaucoup qu'on me traite implicitement de pas-assez-raisonnable-pour-ne-pas-devenir-nazi.)




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La seule autre version, des fragments de la création.

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Extrait de Besuch in Urach, lied en version orchestrale par Rachel Harnisch et Mario Venzago.




Chapitre IV – La démarche (re)créatrice

    Venzago est un radical, un libre penseur : très grand chef, il propose des options extrêmes pour exécuter Schubert aussi bien que Bruckner, avec une sècheresse et une urgence rarement entendues. Il reconstruit, sur le fondement des éléments qui nous restent, mais aussi d'une fiction de son cru, l'Inachevée de Schubert. Il brille également, de façon plus consensuelle sans doute, dans la musique du vingtième siècle (version incroyablement frémissante du Roi Pausole d'Honegger), et en particulier dans le grand postromantisme décadent, notamment Schoeck qu'il sert comme personne : version symphonique du grand lied Besuch in Urach, enregistrements absolument enthousiasmants Penthesilea (d'après Kleist) et Venus (d'après la nouvelle de Mérimée)…

    Il ne faut donc pas s'étonner qu'il soit celui qui explore et remette à l'honneur ce dernier opéra de Schoeck (son sixième ou son neuvième, selon le périmètre qu'on donne à la définition d'opéra…), dont la postérité discographique se limitait à la publication d'extraits entrecoupés d'explications du speaker de la radio officielle (50 minutes sprecher compris), lors de la création – à la Staatsoper Berlin le 1er avril 1943 avec Maria Cebotari, Marta Fuchs, Peter Anders, Willi Domgraf-Fassbaender et Josef Greindl, commercialisée tardivement chez des labels relativement confidentiels (Jecklin 1994, qui complète de quelques lieder son CD, et Line / Cantus Classics en 2014, à ce qu'on m'en a dit les mêmes 50 minutes réparties sur les 2 CDs dans le son épouvantable habituel du label).

    Seulement, voilà : l'œuvre (composée de 1937 à 1941) a été créée en 1943. À Berlin. Le livret est d'un poète, Hermann Burte, activement völkisch, membre de partis nationalistes, puis du parti nazi, travaillant sous une croix gammée de sa confection, écrivant des hymnes à Hitler, espionnant pour le compte des S.S.… Schoeck, malgré l'accueil favorable de la presse lors de la création suisse, fut immédiatement très critiqué pour cette compromission.
    Pis, Burte a été entre autres travaux l'artisan d'une version aryanisée de Judas Maccabeus de Haendel, ouvrant la porte à la suspicion d'un travail idéologique – le livret fut jugé mauvais par Hermann Göring, qui écrivit une missive courroucée à Heinz Tietjen (directeur de le la Staatsoper Unter den Linden), causant semble-t-il l'annulation de la suite des représentations. Globalement, la presse jugea favorablement la musique et sévèrement le livret.

    On voit bien la difficulté de jouer aujourd'hui un opéra (potentiellement, j'y reviens…) ouvertement pro-nazi. C'est pourquoi l'Université des Arts de Berne, financée par la Fondation Nationale Suisse pour les Sciences, a réuni autour de Thomas Gartmann, musicologue, un groupe d'experts qui a envisagé la réécriture du livret, confiée à Francesco Micieli.

    Le principe était simple : dénazifier le livret, et si possible le rendre meilleur. Micieli en a récrit 60% (et Venzago a modifié en conséquence les rythmes des lignes vocales, voire superposé des lignes lorsque roman était trop bavard !), enlevant les mots connotés, modifiant l'intrigue, supprimant les rimes (jugées mauvaises). Le tout en insérant des morceaux de poèmes d'Eichendorff et surtout du roman-source. (Quand on connaît un tout petit peu l'océan prosodique qui sépare un roman d'une pièce de théâtre, on frémit légèrement.)  Et, de fait, les personnages parlent souvent d'eux-mêmes à la troisième personne, s'agissant de citations littérales du roman – je peine à comprendre le sens de la chose, tout à coup ces figures fictionnelles cessent de dire « je » et se commentent elles-mêmes sans transition, comme un mauvais documentaire pour enfants.

    Le résultat n'a pas soulevé la presse (qui n'a pas toujours pleine clairvoyance, certains des auteurs étant manifestement peu informés – tel Classiquenews.com qui parle de sprachgesang [sic] pour dire plutôt durchkomponiert) d'enthousiasme, mais on y a trouvé quelques échos aux grandes questions soulevées par cette re-création. La presse suisse a salué la tentative (en appréciant l'œuvre diversement) de rendre cette œuvre jouable et représentable, tandis que la presse française a semblé gênée par cette réécriture de l'Histoire.



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Le télégramme imprécatoire de Göring qui mène à l'annulation de la suite des représentations.

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Monologue d'Horace à la fin de l'acte II de Venus. James O'Neal, Mario Venzago.




Chapitre V – Où s'éteint ma haine

Alors que je me lançais dans cette notule pour exprimer à la fois mon enthousiasme débordant pour l'œuvre (j'y viens) et ma gêne (en tant qu'auditeur curieux, en tant que citoyen aussi)… en ouvrant un peu des livres, mon indignation s'émousse.

a) L'avis de Schoeck
Les lettres de Schoeck laissent entendre qu'il avait écrit une large partie de la musique avant que n'arrive le texte du livret – et qu'il fut déçu de sa qualité littéraire. Il n'y a donc pas nécessairement de lien très étroit entre le texte et sa mise en musique en cette occurrence – ce fut aussi le cas pour Rigoletto de Verdi, figurez-vous, on n'imaginerait pas que la musique fut en partie composée avant les paroles !

b) Le prix de la résurrection
Il existe quantité de livrets médiocres, celui-ci rafistolé fonctionne bien, c'est suffisant. Si cela peut permettre aux tutelles de financer des reprises, aux théâtres d'oser le monter sans se soumettre à toutes sortes d'anathème, et aux spectateurs d'oser franchir la porte des théâtres pour découvrir une œuvres qui ne renforce pas les stéréotypes opéra = musique de possédants et de collaborateurs, ce n'est pas mal. On a même eu un disque et une série de représentations scéniques, qui n'auraient sans doute pas trouvé de financements sans cela !
À l'heure de la cancel culture, où l'on peut empêcher par la force des représentations d'Euripide qui fait l'apologie de la Ségrégation à l'américaine, on n'est jamais trop prudent.

c) La réalité du nazisme
Le plus déterminant fut la découverte du pedigree du librettiste. À l'origine, je jetais un œil là-dessus simplement pour vous tenir informés… Et je dois dire que la lecture de ses faits d'armes comme poète officiel de l'Empire, et même aède-courtisan enthousiaste du court-moustachu porte à la réflexion. J'ai lu avec plus de sérieux les recensions, assez cohérentes entre elles, de la presse germanophone, qui soulignait que, non, le lexique nazi, ça mettrait trop mal à l'aise sur scène.
Ma maîtrise de cet univers est insuffisante pour déterminer si – comme je l'avais cru tout d'abord – il s'agissait de sentiment de culpabilité mal placé, repris ensuite par conformisme par toute la presse qui veut montrer patte blanche et ne pas avoir d'ennuis en encensant par erreur des allusions racistes qui lui échappent… ou bien si, réellement, quand on est de langue allemande et qu'on a un peu de culture, si, en entendant cette phraséologie, on entend parler des nazis. (Ce qui peut être assez peu engageant lorsqu'on va se détendre au spectacle et que les jeunes premiers nous évoquent ces souvenirs-là.)  Découvrir l'œuvre de Hermann Burte (ah oui, quand même, c'est un de ceux-là…) m'a en effet rendu moins réticent au principe de ce remaniement.
Par hasard, d'autres de mes lectures m'ont confirmé, ces jours-ci, qu'une certaine forme de discours (à base de formulations qui paraîtraient anodines en français) était immédiatement assimilable à cette période. De ce fait, je peux comprendre qu'on ait peine à redonner des cantates à la gloire du régime – même si, étrangement, on le fait volontiers pour les cantates staliniennes (sans doute parce qu'en Russie on ne rejette pas aussi radicalement ce passé et qu'en Europe de l'Ouest ce souvenir se pare d'un côté exotique qui le met à distance).

d) Le résultat
Le résultat est artistiquement remarquable, l'œuvre sonne très bien, et le livret, qui tente de redonner la parole à l'immense Eichendorff, fonctionne plutôt bien. Le résultat est très original (quoique bancal par endroit, comme avec ce problème de troisième personne…) et contre toute attente, Venzago a vraiment bien réussi à inclure la prosodie d'un récit dans un flux de parole typique de la langue de Schoeck – on n'entend vraiment pas que c'est un autre artiste que celui de Venus ou Massimilia Doni !

e) La cause de mon indignation
En réalité, le problème provient surtout de la notice, qui m'a initialement mis en fureur : outre que les exemples paraissent très peu convaincants (ils n'avaient vraiment rien d'autre pour discréditer Burte que des « rimes mauvaises » qui prouveraient son nazisme ?), le mélange avec les considérations esthétiques brouillent tout, et l'on a l'impression tenace qu'ils veulent à tout prix détester ce poème parce que son auteur était nazi. (Ce qui n'a pas de sens, ce sont deux postulats distincts : on peut très bien admirer la facture d'un bon poème aux mauvaises idées, ou à l'inverse choisir par principe de boycotter un bon poème à cause de ses connotations…)
Il aurait été plus pertinent d'insister sur son rôle très actif dans le régime, et la peur de que cela transparaisse et mette mal à l'aise musiciens et public. Voire le refus de glorifier les tristes sires.

schoeck das schloss dürande venzago
La feuille de distribution de la première représentation, avec les symboles qui font bien frémir. (Et altèrent la lucidité des conseils scientifiques ?)

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Extrait de Massimilla Doni, version Gerd Albrecht.

f) Opinion sur sol
Ensuite, si vous me demandez mon avis : moi (petit français et né bien après tout ça) je n'aurais rien changé. Le passé est ce qu'il est. Si l'on devait tout récrire… Tancrède tant vanté par le Tasse était semble-t-il un rançonneur et un parjure, faudrait-il récrire le Combattimento de Monteverdi pour ne pas ménager de gloire à ce criminel de guerre ? 
Pourquoi pas, et devant la façon dont notre représentation de l'histoire ne laisse place qu'aux politiciens et aux combattants (donc, pour faire simple, à ceux qui tuent), je m'interroge sur l'intérêt qu'il y aurait à enseigner l'histoire selon un paradigme totalement nouveau : en n'enseignant que les avancées des techniques et en plaçant l'histoire de l'humanité sur une frise où n'apparaîtraient que les fondateurs d'œuvres de bienfaisance. En rendant anonymes dans le roman national les gens qui ont pris le pouvoir ou fait la guerre, en leur réservant seulement les livres des spécialistes et en inondant le marché de biographies de fondateurs de bonnes œuvres.
(Petite difficulté, outre que c'est moins amusant à lire pour un vaste public : si on exclut les bienfaiteurs qui ont aussi été des hommes de pouvoir, des racistes et des violeurs, on va se limiter à faire la biographie du bon voisin dont on ne connaît que la date de baptême…)

En somme, même si je comprends (et approuve par certains côté) le désir de retirer certains sentiments mauvais du monde, je ne suis pas sûr que le faire en maquillant le passé soit une solution réaliste. Qu'on ne commande pas d'opéras nouveaux glorifiant les nazis, c'est entendu ; qu'on trafique le passé, à une époque où les représentants de l'époque ont à peu près tous disparu (et où l'héritage politique du parti n'est plus que repoussoir), je suis plus dubitatif.

Mais encore une fois, si c'est le prix à payer pour découvrir cette musique, je l'accepte, je veux bien le comprendre. Je crains toutefois que ce ne soit pas une démarche pérenne – ni complètement saine.




schoeck das schloss dürande venzago
Répétitions à Berne.

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« Peuple de Paris ! », début de l'acte III de Das Schloß Dürande, version Venzago.




Chapitre VI – Un peu de musique ?

À présent que j'ai partagé ces interrogations sur les démarches mémorielles, et aussi cette expérience personnelle, dans ma chair pour ainsi dire, que l'indignation se nourrit souvent de l'insuffisante compréhension des choses… peut-être le moment d'évoquer pourquoi cette œuvre m'intéresse aussi vivement.

Sur les 6 « véritables » opéras de Schoeck, 3 sont d'inspiration française, dont les 2 derniers.
Venus (1921) est adapté de la Vénus d'Ille de Mérimée (et de Das Marmorbild d'Eichendorff).
Massimilla Doni (1936), empruntée à Balzac (une nouvelle qui met en scène une représentation du Mosè in Egitto de Rossini à Venise).
Das Schloß Dürande (1941), tiré du roman homonyme d'Eichendorff, dont l'action se déroule en Provence pendant la Révolution française.

Les trois sont écrits dans la même langue sonore, très différente du pudique postromantisme d'Erwin ou Elmire (1916) ou de la furie d'une Grèce hystérique à la mode d'Elektra dans Penthesilea (1925) : ici, domine une grande chatoyance, un grand esprit de flux, qui favorise la parole et la mélodie, sans jamais atteindre tout à fait l'épanchement. Un très bel équilibre entre la couleur, l'élan propre aux décadents germaniques, sans jamais tomber dans l'écueil du sirop (façon Korngold) ou des longs récitatifs ascétiques (comme il s'en trouve beaucoup même chez R. Strauss ou Schreker). Un équilibre assez miraculeux pour moi, dans les trois. Un peu plus de lyrisme dans Venus (où certains moments décollent réellement), un peu de plus de drame frontal avec de la déclamation un peu plus « verdienne » dans Massimilla, et pour Dürande, un équilibre permanent où l'on remarque la grande place, étonnante, du piano dans l'orchestration.

On se situe donc dans le domaine du postromantisme légèrement décadent, très lyrique et sophistiqué, mais toujours d'un sens mélodique assez direct… quelque part entre Die Gezeichneten pour la qualité du contrepoint et de l'harmonie et la capacité d'élan et de lumière de Die tote Stadt, tirant un peu le meilleur des deux mondes – ou du moins tombant assez exactement dans mon goût.

Un des grands opéras méconnus de la période (Venus aussi !) avec Oberst Chabert de Waltershausen !

Je recommande donc très chaudement. Le livret est fourni en monolingue, mais comme il peut se trouver sur le site de Claves, il n'est pas très difficile d'opérer des copiés-collés dans Google Traduction (qui est devenu très décemment performant pour ce genre de tâche).



À l'année prochaine pour tester de nouveaux formats, poursuivre quelques séries et, n'en doutons pas, découvrir ensemble quelques merveilles inattendues !  Peut-être même dans une salle avec de vrais gens, qui sait.
Portez-vous bien.

mardi 22 décembre 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 16, l'ultime livraison : ferne Geliebte, Lysistrata, la relève du chant, CoViD fan tutte, symphonistes japonais, Kevlar


Je suppose peu de nouveautés le jour même de Noël, et elles sont donc pour cette dernière bordée, vendredi dernier, quasiment à l'arrêt hors quelques millièmes réenregistrements beethoveniens.

Du fait de l'enfermement et du délai un peu plus long de publication, la liste est devenue un peu épaisse. J'essaie de la subdiviser mais espère qu'elle demeurera lisible (suivez le rouge pour les nouveautés, les 2 ou 3 cœurs pour les albums exceptionnels).

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Du vert au violet, mes recommandations… en ce moment remplacées par des .
♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
♦ Gris : pas convaincu. ♠
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

En rouge, les nouveautés 2020 (et plus spécifiquement de l'automne).
Je laisse en noir les autres disques découverts.
En gris, les réécoutes de disques.




1. OPÉRA

nouveautés CD

OPÉRA ITALIEN


♥♥ Monteverdi – Orfeo – Boden, Pass à Amsterdam (YT)

♥♥ Monteverdi – Orfeo – Auvity, Wilder, Arts Flo, Agnew (YT)

♥♥♥ Rossi – Orfeo, acte I – Pichon
→ Tellement étonnant qu'en salle, Bridelli marque plus qu'Aspromonte !

Vivaldi – Farnace « Gelido in ogni vena » – Maggio Musicale, Sardelli (Dynamic)

♥♥ Graun – Cleopatra e Cesare (acte I) – Jacobs

Salieri – Armida (air) – Rousset (Aparté 2021)
→ En avant-première en flux… Juste deux pistes, l'Ouverture et un air. Jolie écriture dramatique. Évidemment loin du ravissement de ses opéras français… ou même de ses délicieux bouffes – mais pour du seria, on sent tout de même l'empreinte de Gluck et du goût français, ce qui est un avantage pour garantir un peu de ma patience. Exécution pleine d'ardeur des Talens Lyriques, tout de même bien hâte de découvrir cela (à défaut d'avoir entendu le concert de mai).

Mozart – Il Sogno di Scipione – Boncompagni, Fenice, Sardelli (Operavision 2020)
→ Mozart seria de jeunesse : statique et ennuyeux. Sardelli apporte un peu de tranchant à l'orchestre de la Fenice, qui reste toujours assez terne et à la peine, depuis tant d'années… (je ne l'ai jamais entendu vraiment bon, je crois)

Mozart – Le Nozze di Figaro – McLaughlin, Mattila, Gallo, Pertusi ; Mehta (Sony)
→ Tradi un peu lisse, mais duo comtal chouette.

Mozart – DG – Fuchs, Leonard, Sly, Nahuel Di Pierro ; Rhorer (YT)

♥♥ Mozart – Così – Behle, Priante, Lhote, Lyon, Montanari (YT)

Verdi – La Traviata, « Fragment » (acte III jusqu'à Addio del passato) – MusicAeterna, Currentzis
→ Tout à fait lunaire : récitatifs totalement étirés comme s'ils étaient des airs en largo, voix artificiellement réverbérées et gonflées, un délire très révélateur de sa conception purement musicale (et narcissique…) de l'opéra.
→ Ce n'est pas moche du tout, mais ça ne ressemble plus à grand'chose, en tout cas pas à un opéra de Verdi (mais j'aime assez).
→ Je ne comprends pas le quart d'heure (du moins bon passage de l'opéra, en plus). Vendu en dématérialisé ?  Teasing pour une intégrale qui prend son temps ?  Chute d'une intégrale avortée mais monétisable ? « Single long » ? Marché numérique ?

♥♥♥ Verdi – Simone Boccanegra – Homoki ; Rowley, Jorijikia, Nicholas Brownlee, Gerhaher, Fischesser ; Zürich, Luisi (Arte 2020)
→ Direction d'acteurs formidable, et l'usage de ce simple décor tournant qui nous mène de coursive en antichambre… Homoki à un sommet de maturité.
→ Orchestre mordant, N. Brownlee fabuleux. Rowley assez pharyngée mais expressive comme une actrice au temps du Code Hays.
→ Très content d'entendre chanter Verdi comme Gerhaher.

Verdi – Aida, début inédit de l'acte III – Scala, Chailly (euroradio)
→ 100 mesures coupées avant la création. Moment suspendu de prières douces aux registres étagés, très réussi, à comparer à l'ambiance du temple avant « Nume custode e vindice ». Méritait d'être entendu, et mériterait d'être systématiquement joué.
→ (en revanche, vocalement, quoique tout à fait honnête, ça laisse vraiment entendre la crise du chant verdien – alors que dans les autres répertoires, l'opéra se porte vraiment bien…)

♥♥ Verdi – Otello – Torsten Ralf & Stella Roman - Dio ti giocondi (Met, 1946)



OPÉRA FRANÇAIS

♥♥♥ Lully – Isis – Rousset

♥♥♥ Lully – Armide (acte I) – Herreweghe II (HM)

♥♥♥ Lully – Armide (actes I, III, IV & V) – Rousset (Aparté)


♥♥ Mozart – La Flûte enchantée en français – M. Vidal, Scoffoni, Lécroart, Lavoie ; Le Concert Spirituel, Niquet (France 5)
→ Très vivante version raccourcie et en français, dans une distribution française de très grand luxe.

Rossini – Le Barbier de Séville (en français) – Berton, Giraudeau, Dens, Lovano, Depraz, Betti, Pruvost ; Opéra-Comique, Gressier (EMI 1955)

♥♥ Boïeldieu – La Dame Blanche – Jestaedt, Buendia, Ratianarinaivo, Hyon, (Yannis) François, Les Siècles, Nicolas Simon (France 3)
→ Les qualités de charisme vocal de Buendia et Ratia souffrent de la retransmission (un peu proche des voix, on entend les aspérités, les micro-défauts), mais quand on les connaît, on mesure le bonheur incommensurable qu'aurait été cette série de représentations itinérantes… Voix franches (superbe découverte de Yannis François également, baryton-basse clair et avec de vrais graves riches !), chaleur des instruments d'époque… La mise en scène n'est pas passionnante, mais le bonbon est très apprécié !

♥♥ Offenbach – M. Choufleuri – Mesplé, Rosenthal (EMI)
→ Avec des citations de Nonnes qui reposez, de bouts de Verdi, thème du premier numéro du Freischütz…

♥♥ Offenbach – Ba-ta-clan – avec Corazza
→ Très bonne musique, même si d'une certaine façon sans texte !

♥♥♥ Bizet – Carmen – Angelici, Michel, Jobin, Dens ; Opéra-Comique, Cluytens (réédition The Art Of Singing 2014)
♥♥♥ Bizet – Carmen – Horne, McCracken Bernstein (DGG)



OPÉRA ALLEMAND

Mozart – Zauberflöte – Della Casa, Simoneau, Berry ; Opéra de Vienne, Szell
→ Orchestre très imprécis et hésitant, peu frémissant. Della Casa un peu surdimensionnée dans le legato. Berry alors très clair. 

♥♥♥ Wagner – Lohengrin – Bieito ; Miknevičiute, Gubanova, Alagna, Gantner, Pape, Berliner Staatsoper, Pintscher (Arte Concert)
→ Splendide orchestre et chœurs (et surpris par le lyrisme et la tension de Pintscher dont j'avais un très mauvais souvenir dans le « grand répertoire »), splendide distribution.
→ J'attendais évidemment Martin Gantner, l'une des voix les mieux projetées du marché (ça paraît nasal et étroit en captation, mais en salle, c'est une proximité et d'une expressivité miraculeuses). Telramund pas du tout noir, très clair et concentré, très convaincant dans un genre absolument pas canonique.
→ Roberto Alagna chante un allemand de grande qualité ; toutes les voyelles sont un peu trop ouvertes, mais ceci va de pair avec la clarté caractéristique de son timbre et la générosité jamais en défaut de son médium. Un régal de bout en bout, élocution limpide et splendeur vocale. Le second tableau de l'acte iII le voit se fatiguer, et les aigus deviennent vraiment blancs et métalliques, le médium un peu plus aigre. Tout le reste se montre à la fois original et très marquant.
→ La mise en scène de Bieito m'a paru laide, sans propos clair ni animation scénique, sans cohérence psychologique ni lien avec le sujet. Sans parler de son tic de faire trembler ses personnages pendant vingt minutes , récupéré de la pire idée de son Boccanegra… Dire que ce fut un si grand metteur en scène… Trop d'engagements. Trop d'empâtement.

Wagner – Götterdämmerung, Janowski I : prologue.
→ assez scolairement égrené, mais super prise de son. chanteurs valeureux mais déjà un côté « déclin ».

Schoeck – Vom Fischer un syner Fru, Op. 43 – Harnisch, Dürmüller, Shanaham , Winterthur, Venzago (Claves 2018)
Harnisch en-dessous de ses standards, Dürmüller un peu dépassé, Venzago un peu froid, version décevante d'une œuvre qui a déjà bien moins de saillances que le Schoeck habituel (son principal intérêt étant d'être composée directement sur le vieux dialecte allemand).La version Kempe-Nimsgern est à privilégier.

♥♥ Schoeck – Massimilia Doni – Edith Mathis, G. Albrecht
→ Décadentisme consonant dans le goût de Venus et Das Schloß Dürande, en plus lyrique et plus basiquement dramatique, comme mâtiné de Verdi.

Dusapin – Faustus – Nigl (extrait)



OPÉRAS D'AUTRES LANGUES

♥♥ Mozart & Minna Lindgren – Covid fan tutte – Mattila, Hakkala, Opéra de Helsinki, Salonen (Operavision 2020)
→ Così (plus Prélude de Walküre et air du Catalogue) en très condensé (1h30), sur un texte finnois inspiré de nos mésaventures pandémiques. Point de départ dramaturgique : Salonen vient diriger la Walkyrie et la situation sanitaire impose le changement de programme.
→ Tout y passe : les opinions rassurantes ou cataclysmiques, les avis contradictoires, les (inter)minables visios, la détresse de la mauvaise cuisinière, la doctrine des masques, les artistes désœuvrés… Parfois avec beaucoup d'esprit (« Bella vita militar » pour la mission papier hygiénique), par moment de façon confuse ou un peu plate (la vie des sopranos).
→ Les récitatifs sont changés en dialogues menés par « l'interface utilisateur », sorte de directrice de la communication hors sol.
→ Hakkala (Alfonso) fantastique, Mattila remarquablement sa propre caricature, avec toujours un sacré brin de voix (les poitrinés rauques en sus).
→ Globalement, un jalon de notre histoire s'est écrit – on aurait pu creuser davantage quelque chose de cohérent, avec les mêmes éléments, ménager une arche qui soit un peu moins une suite de moments dépareillés… Pour autant, le résultat est la plupart du temps très amusant, et marquera le souvenir artistique de la Grande Pandémie des années 2020 pour les archéologues du futur – du moins si notre éphémère technologie numérique n'a pas tout laissé disparaître…

Moniuszko – Halka – Paweł Passini ; Mych-Nowika, Piotr Fiebe, Golinski ; Poznan, Gabriel Chmura  (Operavision 2020)
→ Pas fabuleux vocalement (aigus blancs de la soprano et du ténor, bon baryton). Superbes scènes de ténor, mais œuvre vraiment ennuyeuse dramatiquement : Halka reste debout trahie, son comparse le lui explique longuement, et c'est l'essentiel, malgré le terrible condensé de tragédie contenu dans la pièce.
→ Musicalement peu fulgurant aussi, quoique moins gentillet que le Manoir hanté.

♥♥ Hatze – Adel i Mara – Zagreb 2009 (YT)

Britten – A Midsummer Night's Dream – M.-A. Henry, Montpellier (Operavision 2020)
→ Belle version d'une œuvre aux belles intuitions mais qui patine un peu, à mon sens, dans le formalisme de ses duos et ensembles intérieurs (livret très bavard, également).




2. MUSIQUE DE SCÈNE / BALLETS

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Marais – Suites à joüer d'Alcione – Savall (Alia Vox)
→ Bien mieux que le concert. (Mais ces suites ont-elle un grand intérêt isolées?)

♥♥♥ Rameau – Hippolyte (Prélude du III) dans « Tragédiennes » #1 – Talens, Rousset

Piron
– Vasta – Almazis (Maguelone 2020)
→ Pas très séduit, ni par le texte (vraiment plat, comparé aux pièces grivoises de Grandval qui m'amusent assez), ni par les musiques (pas passionnantes, et textes assez pesants aussi).
→ Musicalement, pas séduit non plus par les timbres instrumentaux. Dommage, c'était très intriguant.
→ Il existe une lecture très vivante de la Comtesse d'Olonne de Grandval en complément d'un disque de ses cantates, je recommande plutôt cela pour se frotter à ce type de théâtre leste.

Cannabich – Electra – Hofkapelle Stuttgart, Bernius (Hänssler 2020)
→ Mélodrame dans le style classique, très réussi et ici très bien joué et dit (par Sigrun Bornträger).

Wagner – Die Meistersinger, ouverture – Vienne, Solti

Tchaikovsky –  The Tempest, Op. 18 – Orchestra of St. Luke's; Heras-Casado (HM 2016)

♥♥ Humperdinck – « Music for the Stage » : Das Wunder, Kevlar, Lysistrata…  – Opéra de Malmö, Dario Salvi (Naxos)
→ Très belle sélection de scènes d'opéras et autres œuvres dramatiques, variées, pleines de la naïveté et de l'emphase pleine de simplicité propres à Humperdinck. Extrêmement persuasif, délicieux, très bien joué. Hâte de découvrir ces œuvres intégrales désormais, une très belle ouverture vers cet univers encore chichement documenté !  (Et la générosité accessible de cette musique plairait à un vaste public, a fortiori en Allemagne dont l'imaginaire populaire est une référence récurrente…)




3. RÉCITALS VOCAUX

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Haendel, Vivaldi… – « Queen of Baroque » – Cecilia Bartoli (Decca 2020)
→ Pot-pourri de différents disques. Très bons, mais autant profiter des programmes cohérents. Si jamais vous voulez comparer les orchestres et les répertoires, pourquoi pas.

Salieri, Strictly private, Heidelberg SO (Hänssler)
→ Lecture nerveuse d'airs et duos très spirituels, qui évoquent les Da Ponte mozartiens, un délice.

Rossini – « Amici e Rivali » – Brownlee, Spyres, I Virtuosi Italiani, Corrado Rovaris (Erato 2020)
→ Impressionnant Spyres en baryton et bien sûr en ténor (même si le coach d'italien devait être covidé, à en juger par certains titres). Brownlee a perdu de son insolence, mais pas de sa clarté et de son moelleux.
Superbe attelage, pour un répertoire purement glottique qui n'a pas forcément ma prédilection d'ordinaire, accompagné par un orchestre très fin (instruments d'époque ?) et discret, petit effectif, cordes sans vibrato.

Gounod, Bizet, Tchaïkovski, Puccini – « Hymnes of Love » – Dmytro Popov
→ Pas fini, ça a l'air bien. Mais la rondeur de la voix est davantage conçue pour le répertoire slave que pour l'éclat des spinti.

Massenet par ses créateurs (Malibran 2020)
→ Scindia par Jean Lasalle
→ Salomé par Emma Calvé
(ouille)





4. MUSIQUE SACRÉE

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Un disque mystérieux (Aparté 2021)…
… de cantates luthériennes du Schleswig, totalement inédites – pour lesquelles je viens d'écrire une notice le nez plongé dans des interpolations vétérotestamentaires tirées de la Bible de Luther, et qui devraient paraître en fin d'année prochaine. (Avec des textes d'époque très denses, des chanteurs très éloquents et un continuo imaginatif, pour ne rien gâcher.)

Pfleger – Cantates sacrées en latin & allemand – Bremen Weser-Renaissance, Cordes) (CPO)
→ Splendide !  Entre Monteverdi et Bach, un côté très Steffani… Airs quasiment tous à deux voix !

♥♥♥ Steffani – Duetti di camera – Mazzucato, Watkinson, Esswood, Elwes, Curtis… (Archiv)

Legrenzi  – Compiete con le letanie e antifone della Beata Vergine – Nova Ars Cantandi, Giovanni Acciai (Naxos 2020)
→ Un des plus grands compositeurs du XVIIe siècle, Legrenzi excelle dans toutes formes d'audace, un contrepoint riche et libre, une harmonie mouvante, une agilité qui préfigure le seria du XVIIIe siècle…
→ Première gravure discographique de ces Complies Op. 7, la dernière prière du jour. Superbes voix franches et articulées… sauf le soprano masculin, très engorgé, vacillant, inintelligible, qui tranche totalement avec le reste et distrait assez désagréablement. Étant la partie la plus exposée, le plaisir est hélas un peu gâché.

Bach – Cantates format chambre – Nigl

Haendel – Dixit Dominus – Scholars Baroque (Naxos)
→ Première fois cette version en entier. Génial 1PP.

Haendel – Dixit Dominus
Réécoutes et nouvelles écoutes : Gardiner-Erato, Scholars Baroque, haïm, Toll, Fasolis, Creed Alte Musik, Öhrwall Drottningholm, Zoroastre Rochefort, Meunier, Parrott, Minkowski, Chistophers-Chandos, Christophers-Coro, Rademann, Dijkstra, Gardiner-Decca, Bates, Preston.

du baroque à Satie – « War & Peace, 1618-1918 » – Lautten Compagney (DHM 2018)
→ Amusant mélange (avec la Gnossienne n°3 revisitée par cet ensemble baroque), plaisant et bien interprété (avec une soprano au fort accent britannique).

Pergolesi – Stabat Mater – Galli, Richardot ; Silete venti, Toni (La Bottega Discantica, 2016)

Borodine – Requiem (arr. Stokowski) – BBC Symphony Chorus, Philharmonia Orchestra, Geoffrey Simon (Signum 2020, réédition)
→ Cinq minutes de paraphrase sur le thème grégorien, avec des harmonies typiques de l'avant-garde russe du second XIXe. Les doublures pizz-bois alla Godounov sont incroyables !
+ Suite Prince Igor, Petite Suite…




5. CONCERTOS

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Rejcha – Symphonies concertantes flûte-violon, puis 2 violoncelles  – Kossenko, Stranossian, Coin, Melknonyan ; Gli Angeli Genève, MacLeod (Claves 2020)
→ Flûte-violon : aimable. Entre le son un peu aigrelet des solos sur instruments d'époque (pas faute d'aimer ces quatre artistes pourtant) et la progression harmonique très traditionnelle, les mélodies vraiment banales, je n'y trouve pas le grand Rejcha que j'aime. Joli mouvement lent tout de, qui débute par violon et flûte seuls.
→ La symphonie à deux violoncelles est bien plus intéressante, en particulier le premier mouvement inhabituellement varié (dont le premier fragment thématique est similaire à celui de Credeasi misera) et le final assez foisonnant. Mais pour cette œuvre, le disque Goebel-WDR (aux couplages passionnants) de cette même année 2020 m'avait davantage convaincu.

B. Romberg – Cello Concertos Nos. 1 and 5 (Melkonyan, Kölner Akademie, Willens) (CPO 2016)
→ Décevant, du gentil concerto décoratif et virtuose, rien à voir avec ses duos de violoncelle, très musicaux et variés !

Lalo, Ravel  – Symphonie espagnole ; La Valse, Tzigane & Bolero – Deborah Nemtanu, Pierre Cussac, La Symphonie de Poche, Nicolas Simon (Pavane 2017)
→ Sympathique, mais la partie concertante et le mixage permettent moins d'apprécier l'exercice que dans le disque Beethoven.

Elgar – Concerto pour violoncelle – Johannes Moser, Suisse Romande, Manze (PentaTone 2020)
→ Très sérieux et dense, nullement sirupeux, avec un orchestre à la belle finesse de touche, qui fait entendre le contrechant avec netteté.
→ Parution du seul concerto, uniquement en numérique (avant un futur couplage en disque physique ?).

♥♥♥ Schmidt, Stephan – Symphonie n°4, Musique pour violon & orchestre – Berlin PO, K. Petrenko (Berliner Philharmoniker 2020)
→ Interprétations très fluides et cursives, dans la veine transparente du nouveau Berlin issu de Rattle, vision assez lumineuse de ces œuvres à la taciturnité tourmentée.

Hisatada Otaka : Concerto pour flûte (version orchestre) – Cheryl Lim, Asian Cultural SO, Adrian Chiang (YT 2018)
→ Décevante orchestration : les harmonies sont noyées dans des jeux de cordes très traditionnels (et un peu mous), on perd beaucoup de la saveur de la verison Op.30b avec accompagnement de piano, à mon sens.

♥♥ Mossolov, Concerto pour harpe, Symphonie n°5 – Moscou SO (Naxos)
→ Très festif, très décoratif, très « Noël », cet étonnant concerto pour harpe que je n'aurais jamais imaginé une seconde attribuer à Mossolov !
→ Dans la Symphonie, on entend surtout des chants populaires traités en grands accords. Joli, mais pas très fulgurant par rapport à sa période futuriste.

♠ Lubor Barta – Concerto pour violon n°2 1969 – Ivan Straus, Otakar Trhlik (1969)




6. SYMPHONIES & POÈMES ORCHESTRAUX

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SYMPHONISTES GERMANIQUES

♥♥ Beethoven / Robin Melchior  – « Beethoven, si tu nous entends » – La Symphonie de Poche, Nicolas Simon (Klarthe 2020)
→ Jubilatoire blind-test pot-pourri dont les développements sont (très bien !) récrits. Le tout étant joué pour quatuor, contrebasse, flûte, clarinette, clarinette basse, saxhhorn baryton, accordéon, harpe et percussions… !
→ Il m'a fallu quelques secondes pour retrouver le fantastique mouvement lent du Concerto n°5 ainsi transfiguré… dont la cadence de harpe débouche sur les pointés du mouvement lent de la Quatrième Symphonie !  Mazette.
→ Ou encore la fin sur une boucle minimaliste autour du thème de l'Ode à la Joie.
→ Par des musiciens de très très haute volée, la densité sonore et l'engagement individuel comme collectifs sont exceptionnels.
→ La fièvre de la nouveauté s'empare de nous en réécoutant Beethoven pour la millième fois.

Haydn – les Symphonies Parisiennes – Orchestre de Chambre de Paris, Boyd (NoMadMusic 2020)
→ Petite frustration en première écoute : attentivement, j'y retrouve tout l'esprit (quel sens de la structure !) de cette association formidable, mille fois admirée en concert… Mais à l'écoute globale, j'entends plutôt l'épaisseur des timbres d'instruments modernes, comme une petite inertie – alors qu'ils jouent sans vibrato, et pas du tout selon le style tradi !
→ Quelque chose s'est perdu via le micro, la prise de son, l'ambiance du studio… Pincement au cœur, je les adore en concert, mais à côté des nombreuses autres propositions discographiques « musicologiques », ce n'est pas un premier choix.

A. Romberg – Symphony No. 4, "Alla turca" – Collegium Musicum Basel, K. Griffiths (CPO 2018)

♥♥♥ B. Romberg – Symphonies Nos. 2 and 3 / Trauer-Symphonie (Kolner Akademie, Willens) (Ars Produktion 2007)
→ Symphonies contemporaines de Beethoven (1811, 1813, 1830), qui en partagent les qualités motoriques et quelques principes d'orchestration (ballet des violoncelles, traitement thématique et en bloc de la petite harmonie, sonneries de cor qui excèdent Gluck et renvoient plutôt à la 7e…).
→ Je n'avais encore jamais entendu de symphonies de l'époque de Beethoven qui puissent lui être comparées, dans le style (et bien sûr dans l'aboutissement). En voici – en particulier la Troisième, suffocante de beethovenisme du meilleur aloi !

Brahms
– Symphonies – Pittsburgh SO, Janowski (PentaTone 2020)
→ Très tradi, sans doute impressionnant en vrai connaissant l'orchestre et le chef, mais pas très prenant au disque par rapport à la pléthore et à l'animation enthousiasmante des grandes versions. Assez massif, peu contrasté et coloré, pas très convaincu (vu l'offre) même si tout reste cohérent structurellement et inattaquable techniquement.
→ Tout de même très impressionné par la virtuosité de l'orchestre : rarement entendu des traits de violon aussi fluides, les cuivres sont glorieux, la flûte singulièrement déchirante…

Brahms – Symphonie n°3, lieder de Schubert orchestrés, Rhapsodies hongroises, Rhapsodie pour alto – Larsson, Johnson, SwChbO, Dausgaard (BIS)

Mahler – Totenfeier – ONDIF, Sinaisky (ONDIF live)
→ Cet entrain, ces cordes graves !

Nielsen – Symphonie n°1 – LSO, Ole Schmidt (alto)
→ Très énergique, mais trait gras.

Nielsen – Symphonie n°1 – LSO, C. Davis (LSO Live)

♥♥ Nielsen – Symphonie n°1 – BBC Scottish SO, Vänskä (BIS)

♥♥♥ Nielsen – Symphonie n°1 – Ireland NSO, Leaper  (Naxos)

♥♥♥ Nielsen – Symphonies n°1,2,3,4,5,6 – Stockholm RPO, Oramo (BIS)
→ Lyrisme, énergie mordante, couleurs, aération de la prise… une merveille, qui magnifie tout particulièrement la difficile Sixième Symphonie !

Mahler – Symphonie n°5 – Boulez Vienne (DGG)
→ Un peu terne et mou, du moins capté ainsi.

Schmidt – Symphonies – Frankfurt RSO, Paavo Järvi (DGG)
→ Au sein de ce corpus extraordinaire, voire majeur, le plaisir d'entendre une version qui s'impose d'emblée comme colorée, frémissante, captée avec profondeur et détails, par un orchestre de première classe, et surtout articulée avec ce sens incroyable des transitions qui caractérise l'art de Järvi. Chacune des symphonies en sort grandie. Indispensable.

Graener – Variations orchestrales sur « Prinz Eugen » – Philharmonique de la Radio de Hanovre, W.A. Albert (CPO 2013) → On ne fait pas plus roboratif… mon bonbon privilégié depuis deux ans que je l'ai découvert par hasard, en remontant le fil depuis le dernier volume de la grande série CPO autour du compositeur (concertos par ailleurs tout à fait personnels et réussis).




SYMPHONISTES SLAVES

Tchaïkovski – Symphonie n°5, Francesca da Rimini – Tonhalle Zürich, Paavo Järvi (Alpha 2020)
→ Ébloui en salle par le génial sens des transitions organiques de Järvi, où chaque thème semblait se verser dans l'autre (avec l'Orchestre de Paris), je le trouve ici plus corseté, plus raide. Je ne sais quelle est la part de la différence de culture des orchestres (Zürich a toujours eu un maintien assez ferme) et d'écoute un peu distraite au disque au lieu de l'attention indivisée en salle sur tous les détails splendides. Peut-être la prise de son un peu lointaine et mate, aussi ?  Mais ce fonctionnait très bien avec les Mahler de Bloch…
→ Très belle lecture pas du tout expansive, très sobre et détaillée, en tout état de cause.
→ Francesca da Rimini confirme cette impression d'interprétation très carrée – on y entend encore l'orchestre de Bringuier !

Borodine – Symphonie n°1 – URSS SO, Svetlanov
→ Là aussi, des thèmes populaires, quoique plus tourmentés. Pas très développé mais grand caractère.
→ bissé

Borodine – Symphonie n°2 – Royal PO, Ashkenazy (Decca 1994)

Balakirev, Kalinnikov – Symphonies n°1 – Moscou PO, Kondrachine (Melodiya)
→ Foisonnement de thèmes folkloriques !  Interprétation pas si typée…

Kalinnikov – Cedar and Palm - Bylina - Intermezzos - Serenade & Nymphs –
The Ussr Symphony Orchestra, Evgeniy Svetlanov, (Svetlanov 1988)

Novák – Suite de la Bohême méridionale + Toman & la Nymphe des Bois – Moravian PO Olomouc, Marek Štilec (Naxos 2020)
→ Généreux slavisme qui a entendu Wagner. Le grand poème Toman de 25 minutes est une très belle réussite, qui culmine dans des élans richardstraussiens irrésistibles.
→ Bissé.

Vladigerov – Symphonies 1 & 2 – Radio de Bulgarie, Vladigerov (Capriccio)
→ Le partenariat Capriccio avec les Bulgares se poursuit !  J'avais beaucoup aimé ses concertos pour piano…



SYMPHONISTES BRITANNIQUES & IRLANDAIS

Bax – Symphonie n°2 – LPO, Myer Fredman (Lyrita)

Scott – Symphonie n°3 « The Muses » – BBCPO, Brabbins (Chandos)
→ Debussyste en diable (le chœur de Sirènes…), de bout en bout, et très beau.
+ Neptune
→ Très debussyste aussi, remarquablement riche (un côté Daphnis moins contemplatif et plus tendu). Splendide.

Scott – Symphonie n°4 – BBCPO, Brabbins (Chandos)

Kinsella – Symphonies Nos. 3 and 4 – Ireland NSO, Duinn (Marco Polo 1997)
→ étagements brucknériens à certains endroits.

♥♥ Kinsella :
Symphony No. 5, "The 1916 Poets":  – Bill Golding, Gerard O'Connor, ; Ireland RTÉ National Symphony Orchestra; Colman Pearce
Symphony No. 10 – Irish ChbO, Gábor Takács-Nagy (Toccata Classics)
→ n°5 : avec basse et partie déclamée. Très vivant.
→ n°10 : Néoclassicisme avec pizz et percussions prédominantes, très dansant. Vrai caractère, très beaux mouvements mélodiques ni sirupeux ni cabossés.



SYMPHONISTES JAPONAIS

Hisatada Otaka – Sinfonietta pour cordes 1937 – Sendai PO, Yuzo Toyama
→ Assez lisse.

Hisatada Otaka – Suite japonaise (1936, orch. 1938) –  Shigenobu Yamaoka
→ Orchestration de la suite piano.

Hisatada Otaka – Midare pour orchestre – NHK, Niklaus Aeschbacher (1956)
→ Un peu néo, du xylophone, du romantique un peu univoque, avec un côté mauvaise imitation occidentale du japin, à la fin de la pièce. Mitigé.

Akira Ifukube - Symphonie concertante avec piano (1941)  –Izumi Tateno, Japon PO, Naoto Otomo
→ Du planant sirupeux fade, pas trop mon univers.

Akira Ifukube – Ballata Sinfonica (1943)  – Tokyo SO, Kazuo Yamada (1962)
→ Entre Turandot et l'Oiseau de feu, en plus simple (tire sur Orff).
→ (bissé par curiosité trois jours plus tard)

♥ Yasushi Akutagawa – Prima Sinfonia 1955 – Tokyo SO, Akutagawa
→ Étonnant, et très riche, pas du tout sirupeux (pas mal de Mahler et de Proko, mais dans un assortiment personnel). J'aime beaucoup.
→ Pas du tout dans le genre du symphonisme japonais post-debussyste ou, horresco referens, post-chopinien.




7. MUSIQUE DE CHAMBRE

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SONATES
♥♥♥ J. & H. Eccles, Matteis, Daniel Purcell – « The Mad Lover » – Langlois de Swarte, Dunford (HM 2020)
→ Les Matteis et (Henry) Eccles sont fulgurants !  Quelle musique rare, sophistiquée et jubilatoire ! Dunford improvise avec une richesse inouïe et la musicalité de Swarte emporte tout.

Rossini, Castelnuovo-Tedesco… – « Rossiniana » (pour violoncelle & piano) – Elena Antongirolami (Dynamic 2020)
→ Toutes sortes de variations & paraphrases, très sympa.

Mendelssohn – Les 3 Sonates violon-piano – Shlomo Mintz, Roberto Prosseda (Decca 2020)
→ Violon très baveux, dont le timbre s'altère au fil des phrasés, je n'aime pas du tout. Et conception générale assez figée… voyage dans le passé (et pas forcément chez les meilleurs). Pas du tout aimé.

♥♥♥ Gédalge, Marsick, Enescu – Sonate violon-piano n°1 / Poème d'été / Sonates 1 & 2 – Julien Szulman, Pierre-Yves Hodique
→ Œuvres très rares, incluant celles des professeurs d'Enescu, lui dédiant leurs nouvelles œuvres alors qu'il n'a que seize ans ! 
→ Martin-Pierre Marsick, son professeur de violon, écrit clairement de la « musique d'instrument ».
→ En revanche André Gedalge, assistant (et véritable professeur officieux) de la classe de composition de Massenet puis Fauré, nous livre un vrai bijou, écrit dans une veine mélodique un peu convenue, mais où tout effet est pesé – et pèse –, avec un sens de la structure remarquable (quels développements !). La superposition en décalé des thèmes, dans le faux scherzo, est un coup de maître assurément.
→ Pas très séduit par la Sonate n°2 d'Enescu : trop de complexités, une expression contournée qui déborde de partout dans l'harmonie ultra-enharmonique, le rythme (premier mouvement en 9/4, à quoi bon), sa fin nue anticlimactique. Plus de complexité pour moins d'effet…
→ Car la n°1, au contraire (à 16 ans !) manifeste une générosité mélodique et un lyrisme très emportés, certes pas du tout subversifs, mais focalisés dans une forme maîtrisée qui en accentue le caractère profusif, jusqu'aux bouts de contrepoint du final !
→ Interprètes de premier choix (Julien Szulman, qui finit une thèse sur Enescu au CNSM, vient d'être nommé violon solo au Philharmonique de Radio-France), avec un violon au son assez international, dense, d'une virtuosité immaculée et chaleureuse, sise sur la musicalité attentive, exacte et subtile de Pierre-Yves Hodique.

Dupuis  – Sonate violon-piano – Prouvost, Reyes (En Phases)

♥ Hisatada Otaka – Concerto pour flûte version avec piano – Miki Yanagida, Takenori Kawai (YT 2016)
→ Captation sèche qui ne fait pas épanouir toute la poésie de la pièce. Mais plus convaincant qu'à l'orchestre, clairement, avec ses très belles couleurs debussystes.



DUOS

♥♥ Rameau – Suites à deux clavecins tirées des Indes, Zoroastre… – Hantaï, Sempé (Mirare)

♥♥ A. Romberg & B. Romberg – Duos for violin and cello – Barnabás Kelemen, Kousay Kadduri (Hungaroton 2002)
→ Interprétation très tradi, pas très exaltante, de ces duos remarquablement écrits, quoique moins fascinants que ceux pour violoncelle.
→ Les variations finales du troisième duo Op.1 sont écrites sur le premier air d'Osmin de l'Enlèvement au Sérail !
→ Quant au premier duo d'Andreas Romberg, il se fonde sur « Se vuol ballare » des Noces de Figaro ; le second, sur « Bei Männerm », le duo Pamina-Papageno…

A. Romberg & B. Romberg – Duo for Violin and Cello in E Minor, Op. 3, No. 3 – Duo Tartini (Muso 2019)

Wagner – Götterdämmerung final par Tal & Groethuysen sur deux pianos (Sony)
→ Chouette initiative, mais manque un peu de fièvre.

Fauré, Widor, Dupré, D. Roth, Falcinelli, Mathieu Guillou, J.-B. Robin – « L'Orgue chambriste, du salon à la salle de concert » –Thibaut Reznicek, Quentin Guérillot (Initiale 2020)
→ Beau programme (en particulier Roth, intéressé aussi par l'inattendue Sonate de Dupré), beau projet, où je découvre un violoncelliste au grain extraordinaire, Thibaut Reznicek, sacré charisme sonore !

Hisatada Otaka – Midare capriccio pour deux pianos – Shoko Kawasaki, Jakub Cizmarović (YT 2015)



TRIOS

Beethoven – Trios Op.1 n°3 et Op.11, arrangement anonyme pour hautbois, basson et piano – Trio Cremeloque (Naxos, octobre 2019)
→ On perd clairement en conduite des lignes et en nuances, avec les bois. Mais très agréable de changer d'atmosphère.

♥♥ B. Romberg:  3 Trios, Op. 38:  – Dzwiza, Gerhard; Fukai, Hirofumi; Stoppel, Klaus (Christophorus 2007)
→ Étonnant effet symphonique de ces trois cordes graves !

Tchaïkovski-Goedicke – Les Saisons – Varupenne, Trio Zadig (Fuga Libera 2020)
→ La redistribution de la matière pour piano seul à trois instruments (dont le piano…) n'est pas la chose la plus exaltante du monde (mélodies au violon, piano simplifié…), mais c'est une occasion d'entendre un des meilleurs trios de l'histoire de l'enregistrement dans un répertoire qu'ils servent merveilleusement – hâte qu'ils gravent le Trio de Tchaïkovski, qu'ils jouent mieux que personne.
→ Et en effet, (Ian) Barber particulièrement en forme, Borgolotto toujours d'une présence sonore impérieuse, Girard-García un peu sous-servi par l'encloisonnement dans un disque, mais on sent toute son élégance néanmoins. D'immenses musiciens à l'œuvre, on l'entend.

Saint-Saëns – Violin Sonata No. 1, Cello Sonata No. 1 & Piano Trio No. 2 – Capuçon, Moreau, Chamayou (Erato 2020)
→ Surtout impressionné par le grain et la présence de Moreau, saisissants. Le son très rond / vibré de Capuçon convient un peu moins bien à Saint-Saëns (surtout la Sonate) qu'aux Brahms et Fauré où il a fait merveille avec sa bande !

♥♥ Magnard – Piano Trio in F Minor / Violin Sonata in G Major – Laurenceau, Hornung, Triendl (CPO) 
→ Merveille, et à quel niveau !  (lyrisme de Laurenceau, et comme Hornung rugit !)

♥♥♥ Clarke – 3 Mvts for 2 violins & piano / Sonates violon-piano : en ré, fragments en sol / Trio Dumka / Quatuor– Lorraine McAslan, Flesch SQ, David Juriz, Michael Ponder, Ian Jones… (Dutton Epoch 2003)
→ Le trio à deux violons et surtout la Sonate en ré sont des sommets de la musique de chambre mondiale, d'une générosité incroyable, et sises sur une très belle recherche harmonique qui doit tout à l'école française.

♥♥ Graener – Trios avec piano – Hyperion Trio (CPO 2011)
→ Lyrique et simple pour la musique aussi tardive, ce fait remarquablement mouche !  (Plus proche de Taneïev que des décadents allemands.)



QUATUORS À CORDES

Beethoven, Quatuor n°1 / Bridge, Novelettes / Chin, Parametastrings – « To Be Loved » – Esmé SQ (Alpha)
→ Très vivante version de l'excellent n°1 (enfin, dans l'ordre d'édition) de Beethoven. (Testées en salle : énergie folle dans le n°11.)
→ Pépiements sympas de Chin.

♥♥♥ Beethoven, Quatuor n°3, Orford SQ (Delos)
→ Superbe détail.
+ Cremona, Takács, Bartók, Jerusalem, Belcea

♥♥♥ Beethoven, Quatuor n°4, Orford SQ (Delos)
→ Pas très tendu, mais remarquablement articulé !
+ Quatuor n°15 : là aussi pas un sommet émotionnel, mais j'aime beaucoup certe individualisation extrême des voix !

♥♥ Arriaga – Quatuors – La Ritirata (Glossa 2014)
→ Très belle lecture sur instruments anciens. Reste un corpus bien plus mineur que ses œuvres orchestrales, d'un jeune romantisme encore assez poliment classique.
→ Le rare Tema variado en cuarteto est en revanche une petite merveille !

♥♥♥ Stenhammar : Quatuors 3 & 4 – Stenhammar SQ (BIS)

♥♥♥ d'Albert – Quatuors – Sarastro SQ (Christophorus)

♥♥ Weigl String Quartet No. 3 // Berg Op.3 – Artis SQ (Orfeo)
→ Richesse et véhémence remarquables de ce corpus sans comparaison avec les pâles symphonies !  Parmi les très grands quatuors du premier XXe siècle.
→ Le Berg est vraiment très beau, d'une tonalité tourmentée.

Weigl
– 5 Lieder pour soprano & quatuor Op.44, Quatuor n°5 – Patricia Brooks, Iowa SQ (NWCRI 2010)
→ Son ancien.

♥♥ Weigl String Quartets Nos. 1 and 5 (Artis Quartet) (Nimbus)
→ Richesse et véhémence remarquables de ce corpus sans comparaison avec les pâles symphonies !  Parmi les très grands quatuors du premier XXe siècle.

♥♥ Weigl – String Quartets Nos. 7 & 8 – Thomas Christian Ensemble (CPO 2017, parution en dématérialisé le 3 juillet 2020)
→ Weigl est donc un grand compositeur… mais certainement pas de symphonies !  Ces quatuors, plus sombres, mieux bâtis, d'une veine mélodique très supérieure et d'une belle recherche harmonique, s'inscrivent dans la veine d'un postromantisme dense, sombre, au lyrisme intense mais farouche, à l'harmonie mouvante et expressive. Des bijoux qui contredisent totalement ses jolies symphonies toutes fades. (On peut songer en bien des endroits au jeune Schönberg, à d'autres à un authentique postromantisme limpide mais sans platitude.)
→ Aspect original, le spectre général est assez décalé vers l'aigu : peu de lignes de basses graves, et les frottements harmoniques eux-mêmes sont très audibles aux violons, assez haut. avec pour résultat un aspect suspendu (le Quatuor de Barber dans le goût des décadents autrichiens…) qui n'est pas si habituel dans ce répertoire.

♥♥ Weingartner – Quatuor n°5, Quintette à cordes –  Sarastro SQ, Petra Vahle (CPO)
→ Rien trouvé de très saillant, à réessayer encore ?
→ trissé. toujours rien.

♥♥♥ Hahn – Quatuors à cordes, Quintette piano-cordes – Tchalik SQ, Dania Tchalik (Alkonost 2020)
→ Encore un coup de maître pour l'élargissement répertoire avec le Quatuor Tchalik !  La sophistication souriante de la musique de chambre de Hahn, où le compositeur a clairement laissé le meilleur de sa production (particulièrement dans ces œuvres, ainsi que dans le Quatuor piano-cordes qui manque ici), se trouve servie avec une ardeur communicative.
→ Le déséquilibre antérieurement noté entre violon I & violoncelle très solistes d'une part (les frères), petite harmonie très discrète d'autre part (les sœurs) s'estompe au fil des années vers un équilibre de plus en plus convaincant. Et toujours cette prise de risque maximale, au mépris des dangers.
→ Grandes œuvres serives de façon très différente des Parisii :(qui étaient plus étales et contemplatifs, plus voilés, moins solistes, très réussis aussi).
→ Saint-Saëns, Hahn, Escaich… en voilà qui ne perdent pas leur temps à rabâcher le tout-venant !  (Merci.)
→ Bissé.

Novák – Quatuor n°3 – Novák SQ (SWR Classic Archive, parution 2017)
→ Très folklorisant et en même temps pas mal de sorties de route harmoniques, sorte de Bartók gentil. On sent la préoccupation commune du temps.

♥♥♥ Scott – Quatuors 1,2,4 – Archeus SQ (Dutton Epoch 2019)
→ Très marqués par l'empreinte française (on y entend beaucoup Debussy, le Ravel de Daphnis également), des bijoux pudiques, d'une sophistication discrète et avenante. Un régal absolu !

♥♥ Bridge, Holst, Goossens, Howells, Holbrooke, Hurlstone –  « Phantasy » – Bridge SQ (EM Records)
→ Goossens impressionnant. Howells frémissant…



AUTRES QUATUORS

Ritter – Quatuors avec basson – Paolo Cartini, Virtuosi Italiani (Naxos 2007)
→ Très joliment mélodique. Moins riche et virtuose que Michl.

B. Romberg:  Variations and Rondo, Op. 18 – Mende, Trinks, Pank & piano (Raumklang 2012)
→  Très beau postclassique.



QUINTETTE

Bax – Quintette avec piano – Naxos

♥♥♥ Scott, Bridge – Quintette avec piano n°1 / en ré mineur – Bingham SQ, Raphael Terroni (Naxos 2015)
→ Beau Quintette de Bridge, splendide de Scott, avec son premier mouvement très… koechlinien-2 !
→ Bissé Scott.



SEXTUOR ET AU DELÀ

♥♥♥ Weingartner – Sextuor pour quatuor, contrebasse & piano / Octuor pour clarinette, cor, basson, quatuor & piano – Triendl (CPO)
→ Complètement fasciné par le Sextuor pour piano et cordes (la pochette dit Septuor à tort). Un lyrisme extraordinaire.
→ bissé

Chabrier – Souvenirs de Munich (arrangement David Matthews pour ensemble) – Membres du Berlin PO, Michael Hasel (Col Legno 2009)
→ Doublures étranges qui accentuent le côté foire de ces réminiscences de Tristan façon quadrille.

Roussel, Koechlin, Taffanel, d'Indy, Messager, Françaix, Chabrier, Bozza, Tansman – musique française pour vents et piano – V. Lucas, Gattet, Ph. Berrod, Trenel, Cazalet (solistes de l'Orcheste de Paris), Wagschal (Indésens 2020)
→ Joli ensemble, pas le meilleur de la production chambriste française (excepté les extraits de la Suite de d'Indy), avec des timbres assez blancs, il existe plus exaltant ailleurs même si le projet est très beau et mérite d'être salué !



HORS DES FRONTIÈRES

♥♥ de Mey – Musique de table – James Cromer, Corey Robinson, Gregory Messa (vidéo culte d'Evan Chapman)




8. SOLOS

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Froberger – Œuvres pour orgue – Temple Saint-Martin de Montbéliard, Coudurier (BNL)

Folías par Frédéric Muñoz à l'orgue de Guimiliau –  https://www.youtube.com/watch?v=EX8OSpPboz4 (YT 2017)
→ Superbe orgue XVIIe en état de jeu. Pourquoi ne s'en sert-on pas davantage pour les enregistrements, plutôt que des instruments contemporains de la composition (qu'il y avait moins de probabilité de pouvoir jouer à l'époque, car en petit nombre), voire postérieurs ?

Gabrielli, Biber, Young – « Jacob Stainers Instrumente » – Maria Bader-Kubizek, Anita Mitterer, Christophe Coin (Paladino 2020)
→ La Partita 6 de l'Harmonia artificiosa-ariosa est marquante par son vaste air à variations de 13 minutes et son langage un peu original.
→ La parenté des traits de (Domenico) Gabrielli avec les figures des Suites pour violoncelle de Bach reste toujours aussi frappante. (Coin fait merveille dans ce grand solo.)  Elles sont assez bien documentées au disque, ce sont des bijoux.

♥♥ Gabrielli – Œuvres complètes pour violoncelle – Hidemi Suzuki, Balssa, Otsuka (Arte dell'arco 2012)
→ Quels solos bachiens, en plus rayonnants !
→ Bissé.

♥♥ Giuliani – Le Rossiniane – Goran Krivokapić, guitare (Naxos 2020)
→ Réellement des arrangements (virtuoses) de grands airs rossiniens, en particulier comiques (Turco, Cenerentola…), très bien écrits (quel symphonisme !) et exécutés avec une rare qualité de timbre et de phrasé.

Bach, Chorals / Elgar, Sonate 1 / Lefébure-Wély Boléro / Karg-Elert 3 Impressions / John Williams, 3 arrangements de Star Wars – Nouvel orgue de la cathédrale Saint-Stéphane de Vienne, Konstantin Reymaier (DGG 2020)
→ Splendides Bach pudiques sur jeux de fonds, une transcription de Williams réussie, les frémissements du trop rare Karg-Elert, un joli Elgar sérieux inattendu… Superbe récital.





9. MADRIGAL, AIR DE COUR, LIED & MÉLODIE

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MADRIGAL & AIR DE COUR

♥♥♥ Monteverdi – Combattimento – Beasley & Regenc'hips en concert (YT)

Lanier, Ramsey, Jenkis, Banister, Lawes, Webb, Hilton… – « Perpetual Night » – Richardot, Correspondances, Daucé (HM 2018)
→ Ni les œuvres ni la manière ne me font dresser l'oreille, je l'avoue. Très rond, confortable, contemplatif, le tout manque vraiment d'arêtes, d'événements.

♥♥ Jacquet de La Guerre – Le Déluge – Poulenard, Verschaeve, Giardelli, Guillard (Arion)

Monteverdi, Purcell, Haendel – « Guerra amorosa » – Nigl, Pianco, Ghielmi (Passacaille 2012)

♥♥ Cerutti, Auletta, Tartini, Mayr, anonymes – « Il Gondoliere veneziano » – Holger Falk, Nuovo Aspetto (WDR 2020)
→ Varié et réjouissant, chanté avec verve !

Steffani, Vivaldi, Hahn, Satie… – « Eternity » Kermes & Gianluca Geremia, théorbe (Simone Kermes 2020)
→ Très joli album planant et délicat, sur son propre label. 30 minutes de musique, un format uniquement dématérialisé je suppose.



LIEDER ORCHESTRAUX

♥♥♥ Schubert – An Schwager Kronos (orchestration Brahms)
→ Monteverdi Choir ♥
→ Schroeder, AMSO, Botstein (horriblement engorgé)
→ Steffeb Lachenmann, Brandenburger Pkr, gernot Schulz (mou et pas ensemble)
→ Johan Reuter, SwChbO Dausgaard (orch en folie) ♥♥♥

♥♥♥ Schubert – «  Nacht und Träume » (orchestrations de Berlioz, Liszt, Reger, R. Strauss, Britten) – Lehmkuhl, Barbeyrac, Insula O, Equilbey (Warner 2017)
→ Splendidement chanté, accompagné sur instruments d'époque, un régal.
→ bissé

♥♥ Schubert – Lieder orchestrés par Max Reger – Ina Stachelhaus, Dietrich Henschel, Stuttgarter Kammerorchester, Dennis Russell Davies (MDG 1998)

Schubert – Lieder orchestrés (Liszt, Brahms, Offenbach, Reger, Webern, Britten…) – von Otter, Quasthoff, COE, Abbado (DGG 2003)
→ Orchestrations pas nécessairement passionnantes en tant que telles, même si entendre Schubert dans ce contexxte dramatisé fait plaisir. (Les Webern sont franchement décevants.) 
→ Splendide orchestre (même si direction un peu hédoniste), von Otter un peu fatiguée mais fine, Quashoff à son faîte.
→ Étonnement : les attaques de l'orchestre sont de façon récurrente désynchronisées des chanteurs (pas mal de retards, quelques-fois de l'avance). Typiquement, Die Forelle, Ellens Gesang…
On parle d'Abbado, du COE, de von Otter qui a chanté du R. Strauss à la scène, je ne sais pas trop comment / pourquoi c'est possible. (Je ne vois pas à quoi ça sert si c'est volontaire, pour moi ça ressemble au chef qui attend le phrasé de la chanteuse mais qui réagit un peu tard.)
Peut-être est-ce que l'attaque est au bon endroit mais que le gros du son parvient plus tard. (Mais justement, en principe c'est anticipé par les musiciens, les contrebasses attaquent toujours avec un peu d'avance pour cette raison.)

♥♥♥ Fried – Die verklärte Nacht – Ch. Rice, Skelton, BBCSO, Gardner (Chandos 2021)
Chef-d'œuvre absolu du lied orchestral décadent, tout en vapeurs, demi-teintes et éclats aveuglants, cette Nuit transfigurée bénéficie à présent d'une seconde version, aux voix très différentes (Rice plus charnue et timbrée, Skelton plus sombre) et à la direction très lyrique. Je conserve ma tendresse pour Foremny qui privilégie le mystère initiatique plutôt que les couleurs orchestrales (et la clarté éclatante de Rügamer dans la transfiguration est un bonheur sans exemple !), mais disposer d'un second enregistrement, et de niveau aussi superlatif, est absolument inespéré – et quoique dès longtemps attendu.
→ Parution en janvier 2021, mais les chanteurs ont déjà fait fuiter sur les comptes YouTube respectif la plupart des pistes vocales…
→ (déjà écouté une dizaine de fois)

♥♥♥ Fried – Die verklärte Nacht – Foremny
→ (réécouté à peu près autant de fois le mois passé…)

♥♥ Schoeck – Nachhall – Arthur Loosli, ChbEns Radio de Berne, Theo Loosli –  (Jecklin 2015)
→ Tout est plus clair, l'orchestre (moins dramatique, certes), le chant…

♥♥ Schoeck – Nachhall – Hancock, AmSO, Botstein (AmSO)
→ Splendide ambiance de fin du monde mélancolique.

♥♥♥  Fefeu & Gérard Demaizière – L'An 1999 – François Juno (RGR 1979)
→ et diverses parodies (version metal, version symphonique, version épique…), voire son interprétation imaginaire de Quelque chose en nous de Tennessee…



LIED & MÉLODIE

Schubert, Spohr, Weber, Giuliani – Lieder arrangés  avec guitare – Olaf Bär, Jan Začek (Musicaphon 2007)

♥♥ Beethoven – Lieder (An die ferne Geliebte) – Bär, Parsons (EMI 1993)

♥♥♥ Beethoven, Schubert, Britten… – « I Wonder as I Wander » – James Newby, Joseph Middleton (BIS 2020)
→ Splendide voix de baryton-basse, mordante, clairement dite, sensible aux enjeux dramatiques, aussi à l'aise dans la demi-teinte a cappella des Britten que dans la gloire mordante des poèmes les plus expansifs. Grand liedersänger très à son aise ici, et une fois de plus très bien capté par BIS.

♥♥♥ Beethoven ferne Geliebte, Schubert, Rihm – « Vanitas » – Nigl, Pashchenko (Alpha)
→ Accompagné sur piano d'époque.
→ Emporté d'emblée par les mots et le phrasé de cette ferne Geliebte ; splendeur de cette voix claire et souple, adroitement mixée et extraordinairement expressive (Beethoven !).
→ Concentration et la clarté de cette voix assez incroyables, on dirait un représentation de l'époque glorieuse des années 50-60, j'entends la concentration du son des très grands ténors d'autrefois (quelque part entre Cioni et Tino Rossi pour l'allègement délicat).
→ (Mais je ne comprends pas pourquoi il est noté baryton, c'est assez clairement un ténor pour moi, même s'il chante dans des tessitures centrales… Peut-être l'équilibre harmonique de la voix est-il différent en personnel.)
→ Et tout cela lui permet une finesse d'expression assez extraordinaire. (Rihm très réussis, je ne suis pas sûr que cet univers un peu raréfié m'aurait autant séduit sinon !)

♥♥ Schubert – Die junge Nonne
→ Ameling, Baldwin ♥♥
→ Ludwig, Gage

♥♥ Mahler – Wundherhorn – Gerhaher, Huber (RCA)

Mahler – Ruckert-Lieder / Des Knaben Wunderhorn– Bauer, Hielscher (Ars Musici 2003)
→ Voix vraiment claire, manque d'assise et d'incarnation pour une fois !

♥♥ Schoeck – Notturno – Gerhaher, Rosamunde SQ
→ Gerhaher très peu vibré, un peu sophistiqué, mais remarquable. Le grain du quatuor est fantastique.

Mitterer – Im Sturm – Nigl, Mitterer (col legno 2013)
→ Très mélodique (et le naturel de Nigl !), sur poèmes romantiques, avec bidouillages acousmatiques un peu stridents (trop proches dans la captation, on reçoit tout dans les oreilles sans distance) mais pas déplaisants.
→ Beaucoup de citations (Ungeduld de la Meunière), quasiment de l'a cappella avec des effets atmosphériques autour… Fonctionne très bien grâce à l'incarnation exceptionnelle de Nigl !




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LISTE D'ÉCOUTES à faire – nouveautés

→ reich eight lines
→ philippe leroux : nous par delangle (BIS)
→ Ch Lindberg
→ kontogiorgos, kaleidoscope pour guitare
→ adiu la rota
→ australian music two pianos « the art of agony »
→ elisabetta brusa ulster O
→ rossini matilde di shabran passionart O
→ haydn messe st tolentini naxos

→ vivaldi argippo eura galante
→ fürchtet euch nicht
→ letters chamber choir ireland
→ stanford chamber somm
→ alcione Marais
→ arte scordatura
→ trios alayabiev glinka rubinstein, brahms Trio (naxos)
→ martynov : utopia
→ boesmans & cornet à bouquin

→ asperen louis couperin
→ tabarro puccini janowski jagde
→ quartetto cremona : italian postcards
→ dmytro popov hymns of love
→ gurrelieder thielemann
→ Schubert: Lieder (orchestrations de Mottl, Britten, Liszt, Brahms, Berlioz, Strauss, Reger, Webern...)/Barbeyrac, Lehmkuhl, Equilbey
→ mahler lied erde bloch

(plus tous les autres des listes précédentes…)



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LISTE D'ÉCOUTES à (re)faire – autres

→ Christie Combattimento
→ symphs Romberg
→ Bruch symphs
→ legrenzi sedecia
→ legrenzi missa lauretana
→ LEGRENZI, G.: Concerti musical per uso di chiesa, Op. 1 (Oficina Musicum Chorus, Favero)

→ GOOSENS, E.: Violin Sonata No. 1 / HURLSTONE, W.: Violin Sonata in D Major / TURNBULL, P.: Violin Sonata in E Minor (Mitchell, Ball)
→ Chamber Music - LALLIET, C.-T. / POULENC, F. / RACHMANINOV, S. / RAVEL, M. (Trio Cremeloque)
→ BACH, C.P.E.: Oboe Concerto, Wq. 164 and 165 / Solo, Wq. 135 (Ebbinge, Amsterdam Baroque Orchestra, Koopman)
→ wellesz symph 1
→ alwyn symph 3
→ křenek symph 2
→ oratorium fanny
→ farrenc sextuor & trio
→ schoeck notturno bär
→ froberger moroney org robert-dallam de lanvellec

→ lebendig begraben

→ bax 2 lloyd ou lyrita

→ rééd rückert minton boulez
→ coin
→ mosaïques SQ der Beeth

→ Blancrocher - L’Offrande. Pièces de Froberger, Couperin, Dufaut et Gaultier:
→ forqueray intégral devérité & friends, rannou…

→ schoeck nathan berg griffiths) + opéras
→ lalande laudate
→ bär gelibte

→ Lamia de Dorothy Howell

→ vivaldi baiano cctos clvcn
→ holger falk + nigl + newby

→ Lugansky franck debussy

→ Rawsthorne McCabe, Hoddinott,  Mathias.   Bate et Benjamin, coles. swayers.
→ Solemnis gardiner

→ A. Rawsthorne, Symphony No. 2
→ reutter op.58,56,jahreszeiten
→ Robert Simpson, Symphonie n°9, Bournemouth SO, Vernon Handley.
→ rubbra ccto pia
→ Coles : je réécoute les Four Verlaine Songs pour la dixième fois aujourd'hui, c'est véritablement renversant.
→ e préfère moi aussi la No. 2 de Boughton et pas qu'un peu,

→ stephan sieben saiteninstrumente, horenstein ensemble ( et suite pour quatuor de butterworth)
→ Michel dens
→ Goublier - Mélodies lyriques populaires (6) : baryton, choeurs, et Orchestre - Michel Dens - HD

→ The Primrose Piano Quartet : Hurlstone, Quilter, Dunhill, Bax
→ BRITISH PIANO QUARTETS : Mackenzie, Howells, Bridge, Howells, Stanford, Jacob, Walton (The Ames Piano Quartet)
→ Viola Sonatas, Idylls & Bacchanals : McEwen, Maconchy, Bax, Jacobs, Rawsthorne, Milford, Leighton (Williams/Norris)

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… et voici pour la dernière livraison de l'année 2020, deux ans complets de traque aux pépites nouvelles – et il y en a beaucoup, même en mettant l'accent sur les répertoires délaissés ou les interprétations hors du commun !

Je n'ai pas encore décidé si je poursuivais l'aventure en 2021 : je fais ce repérage pour moi-même, mais la mise en forme lisible prend à chaque fois plusieurs heures, et j'ai plusieurs séries de notules que j'aimerais davantage achever, poursuivre ou débuter. Je me disais que ce pouvait être utile, puisque j'écoute beaucoup et laisse des traces écrites, mais en fin de compte, devant la masse, je crains de noyer mes lecteurs plus que de les éclairer. Et cela suppose aussi que mon agenda soit gouverné par les parutions plutôt que par ma fantaisie (ce qui n'est pas bien).

Ce qui est sûr, c'est que je n'aurai pas le temps de faire la remise des prix des disques de l'année. Ce serait absurde de toute façon : même en choisissant un disque par genre et par époque, je serais obligé de trancher de façon parfaitement arbitraire. Il y a beaucoup de choses à découvrir, avec leurs commentaires à chaque fois, aussi je vous invite, si vous souhaitez façonner votre propre bouquet, à remonter la piste du chapitre correspondant dans CSS, et à faire votre choix parmi les disques mentionnés en bleu-violet ou 2-3 cœurs !

Si jamais vous vous interrogiez sur la conclusion l'année Beethoven, j'ai ici commis une petite suite de tweets où je relève ce qui m'a paru marquant, en classant par genre – et en incluant les disques traitant des contemporains, puisqu'il y a eu beaucoup de parutions majeures autour de Salieri / Rejcha / B. Romberg / Hummel / Moscheles que vous seriez fort avisés de ne pas négliger… (En revanche, il y eut extrêmement peu de raretés du catalogue de Beethoven à proprement parler.)

Belles explorations à vous, et à bientôt, sous d'autres formats sans doute !

mardi 17 novembre 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 15 : trios de référence, cycle RVW, Garanča apprivoisée, diamants brésiliens, Charpentier ultramontain, Verdi gallican


L'enfermement favorisant l'exploration discographie, une nouvelle et prompte livraison s'imposait.

winterreise_nawak.jpg

Du vert au violet, mes recommandations… en ce moment remplacées par des .
♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
♦ Gris : pas convaincu. ♠
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

En rouge, les nouveautés 2020 (et plus spécifiquement de l'automne).
Je laisse en noir les autres disques découverts.
En gris, les réécoutes de disques.



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OPÉRA


Haendel – Rinaldo – Aspromonte, Galou, Luigi De Donato ; Accademia Bizantina, Dantone
→ Déçu par cette lecture assez terne d'un des plus beaux seria de Haendel : Dantone a toujours été  un accompagnateur probe qu'un inventeur de textures, mais ici, sans le renfort du drame, c'est assez frustrant. D'autant plus qu'Aspromonte blanchit terriblement dans le seria (c'est dans le XVIIe déclamatoire qu'elle fait merveille), que Galou est dans un jour peu propice (ou bien est-ce l'aspect héroîque du rôle, à rebours de sa personnalité vocale ?)… il n'y a que Luigi De Donato qui, comme d'habitude (cf. le récent Samson d'Alarcón dans la livraison précédente, n°14), impose présence et mordant charismatiques. Dommage, l'œuvre mérite vraiment une discographie abondante et il y a encore de la place pour de nouvelles propositions…

[vidéo en direct de l'Opéra-Comique] : Rameau, Hippolyte & Aricie, Pichon (avec Elsa Benoit, Mechelen, Brunet…)
→ Orchestre splendide (ampleur, couleurs, énergie), œuvre toujours aussi peu passionnante pour moi, livret misérable, et voix qui vibrent quand même beaucoup pour ce répertoire (Benoit était fulgurante dans la Dame Blanche).

♥♥♥ Auber – Les Diamants de la Couronne – Raphanel, Einhorn, Arapian, Médioni ; Colomer (Mandala)
♥♥♥ Auber – Les Diamants de la Couronne – Raphanel, Einhorn, Arapian, Médioni ; Colomer (vidéo de la même production, Compiègne)
→ Sommet du livret haletant (merci Scribe) et d'une musique divertissante pourtant pleine de modulations, d'ensembles travaillés, de surprises… Un des plus beaux opéras comiques jamais écrits. (Peut-être même le plus beau en langue française…)  Distribution fabuleuse et orchestre audiblement passionné. Mise en scène tradi pleine de vie.

♥♥ Donizetti – Lucia di Lammermoor (Sextuor) – Rost, Ford, Michaels-Moore, Miles, Hanover Band, Mackerras
→ Ma version chouchoute (instruments anciens, vivacité)… version française exceptée évidemment.
Autres écoutes :
López-Cobos (Caballé, Carreras, Ramey)
Bonynge (Sutherland, Pavarotti, Milnes)

♥♥♥ Verdi – Rigoletto (extraits en français) – Robin, Michel, Maurice Blondel, Dens, Depraz, Noguera ; Opéra de Paris, Dervaux (Marianne Mélodie publication 2013)
→ Des fulgurances et des étrangetés dans la traduction… étonnant comme le mot juste qui éblouit alterne avec les laborieuses maladresses prosodiques (ou affadissements inutiles du sens). Exécution foudroyante.
→ trissé

♥♥ Verdi – Traviata (extraits en français) – Robin, Finel, Dens ; Opéra de Paris, Dervaux (Marianne Mélodie publication 2013)
→ Le livret est assez mutilé par les pudibonderies fadissimes de la traduction, mais entendre cette qualité de chant et d'incarnation demeure inestimable, et dans un français sublime.
→ trissé

Verdi – Le Trouvère (extraits en français) –  Juyol, Laure Tessandra, Poncet, Dens ; divers orchestres, Delfosse / Etcheverry / Dervaux (Marianne Mélodie publication 2013)
→ bissé

Verdi – Aida – Milanov, Thebom, Del Monaco, London, Hines ; Met, Cleva (Pristine)
→ Surtout remarquable par l'ardeur orchestrale (et bien disciplinée pour le Met de l'époque !). Mais si l'on veut le Del Monaco le plus sonore et glorieux, clairement la bonne adresse – je l'aime davantage, plus fragile et approfondi, plus tard.

Verdi – Aida (extraits en français) – Irène Jaumillot, Élise Kahn, Poncet, Borthayre (x2), Koberl ; Orchestre inconnu, Robert Wagner (Marianne Mélodie publication 2013)
→ bissé

♥♥ Verdi – Otello (extraits en français) – Jeanne Segala, Thill, José Beckmans ; Opéra de Paris, François Ruhlmann (Marianne Mélodie publication 2013)
→ trissé

♥♥ Offenbach – Barbe-Bleue – Séchaye, Vidal, Félix… ;  Opéra de Rennes, Campellone (plan fixe d'archives)

♥♥♥ Offenbach – Barbe-Bleue – Mas, Beuron, Mortagne ; Pelly, Opéra de Lyon (vidéo France 2, diffusion 2020)

Prokofiev – Guerre & Paix – Markov, Stanislavsky… (vidéo du Stanislavsky 2020)
→ Pas la soirée la plus voluptueuse musicalement ni inspirée scéniquement, mais très belles voix des jeunes premiers.



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MUSIQUE DE SCÈNE / BALLETS

Delibes – Ballets Sylvia, La Source, Coppélia – N. Järvi (Chandos)
→ Pas le plus marquant de Delibes, mais contenu de ploum-ploum plutôt magnifié par le grand geste unifiant de Järvi.

Grieg – Peer Gynt, les 2 Suites – Bergen PO, Ruud (BIS)
→ Un peu déçu à la réécoute, pas aussi singulier et coloré – ou bien était-ce davantage le cas dans la musique de scène totale par les mêmes ?

♥♥ Schmitt – Oriane & le Prince d'Amour, Tragédie de Salomé, Musique sur l'eau, Légende – Susan Platts, Nikki Chooi ; Buffalo PO, Falletta (Naxos 2020)
→ Passionnant ensemble de raretés (des premières ?) de Schmitt. Outre l'incontournable suite de Salomé (les pas d'action sont supprimés et le tout réorchestré pour très grand orchestre), que je trouve admirablement interprétée par Buffalo-Falletta, dont je n'avais pas de tels souvenirs d'excellence et de style (plus massifs et moins finement articules), on y rencontre la précieuse Oriane, une mélodie avec orchestre qui tire un réel profit des qualités de sophistication et de naturel conjugués dont peut faire preuve Schmitt !

Vaughan Williams – Job – Bergen PO, Andrew Davis (Chandos 2017)
→ Moins intéressé dans cette version (par rapport à Hallé-Elder présenté dans la livraison n°14), plus lisse, plans moins détaillés pour une œuvre déjà étale et homogène.



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MUSIQUE SACRÉE

Beretta, Merula, Cazzatti, Giambelli, Benevolo, Cavalli, Charpentier – Messes à chœurs multiples – Correspondances, Daucé (HM)
→ Il manque hélas les deux plus belles pièces de la tournée de concerts (de Legrenzi, évidemment), mais pour le reste, ce tour de la moitié Nord de l'Italie autour des messes et motets à chœurs multiples est un enchantement : découverte de traitements variés, du plus hiératique (Cavalli évidemment, toujours le dernier de la classe celui-là) aux irisations de Beretta. Rarissime, passionnant, très convaincant.
→ Le résultat semble avoir beaucoup mûri depuis les concerts de 2017 (entendu pour ma part dans l'acoustique peu favorable de la Seine Musicale) : j'avais été frustré par le choix de Daucé de magnifier les coloris au détriment de la danse dans ce Charpentier (qui n'est déjà le meilleur de son auteur en termes d'audace et de personnalité)… alors qu'ici, avec encore plus de chatoyances (infinies, réellement), l'impression de mobilité n'est jamais prise en défaut. Grand disque, même pour la version du Charpentier.

♥♥♥ Charpentier – Méditations pour le Carême – Camboulas (Ambronay)
→ Déjà présenté. Et notule en préparation.

♥♥♥ Campra – Exaudiat te Dominus, De Profundis – Christie (Erato)
→ Tantôt guerrier, tantôt tendrement méditatif, un chef-d'œuvre servi par les meilleurs !

♥♥♥ Beethoven – Missa Solemnis – Hanover Band, Kvam (Nimbus)

Berlioz – L'Enfance du Christ, arrivée à Saïs – Graham, Le Roux ; OSM, Dutoit (Decca)
→ Sympa, mais il existe tellement mieux.

Mendelssohn – Church Music, Vol. 2 - Vom Himmel hoch / Ave maris stella / Te Deum in D Major (Bernius) (Carus)
→ Un peu servilement du néo-Bach, sur cet album. Chœur et orchestre de Bernius un peu plus ternes qu'à l'habitude aussi.

♥♥ Mendelssohn – Church Music, Vol. 3 - 3 Psalms / Christus / Kyrie in D Minor / Jube Domine / Jesus, meine Zuversicht (Stuttgart Chamber Choir) (Carus)

Mendelssohn – Church Music, Vol. 6 - Psalm 115 / O Haupt voll Blut und Wunden / Wer nur den lieben Gott lasst walten (Bernius) (Carus)

♥♥♥ Mendelssohn – Chœurs sacrés Op. 39, 115, 116, Te Deum, Herr sei gnädig… Vol.7 – Bernius (Carus 2006)
→ Collection de merveilles riches et épurées… un sérieux candidat pour la livraison 1830 d' « Une décennie, un disque ».

Bruckner – Motets – Chœur de la Radio Lettonne, Kļava (Ondine 2020)
→ Belle version où l'on retrouve à la fois les motets bien connus et les sopranos mêlant voix lyriques et techniques droites « de cristal », caractéristiques de la Radio lettonne.
→ Belles lectures apaisées, même si ma préférence va à des chœurs encore plus ecclésiaux (St Mary's d'Édimbourg, cathédrale de Bergen) ou dotés de courbures plus généreuses (Collegium Vocale de Gand) – par exemple.



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CONCERTOS

Mozart – Concertos pour hautbois et basson – Koopman
→ Très beau et fin, même si désavantagé par la facture qui lime l'impact des solistes et les places toujours à la frontière du refus d'obstacle !

♥♥ Martinů – Concertos pour violon 1 & 2 // Bartók, Sonate pour violon solo – F.P. Zimmermann, Bamberg SO, Hrůša (BIS)
→ Le premier d'un postromantisme tourmenté (comme « soviétisé »), le second typique des coloris orchestraux néoclassique. Pas du niveau des concertos pour violoncelle, mais change considérablement des habitudes. La virtuosité n'y empêche pas la musicalité, a fortiori avec Zimmermann qui ne cherche pas la chatoyance facile et mise tout sur l'élan irrésistible de son discours !
→ Pas particulièrement marqué par Bamberg-Hrůša-BIS, pourtant tiercé de chouchous, mais j'ai peu écouté ces œuvres, je ne mesure pas nécessairement à quel point ils en tirent le meilleur.
→ (J'ai distraitement écouté le Bartók, désolé.)

John Williams – Concerto pour basson – Robert Williams, Detroit SO, Slatkin (Naxos single)
→ Sans être le chef-d'œuvre ultime, l'un des tout meilleurs concertos pour basson.




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SYMPHONIES & poèmes orchestraux

Schubert – intégrale des Symphonies – Chamber Orchestra of Europe, Harnoncourt (ica / COE, publié en 2020 mais capté en 1988)
→  Parution d'un concert inédit de 1988, qui paraît moins essentielle alors que depuis dix ans, les parutions de verisons « musicologiques » des symphonies de Schubert se sont multipliées, avec des propositions très stimulantes ou plus radicales qu'ici.
→ Pour autant, l'association produit de belles choses, le chant des cuivres, les sforzati secs mais non excessifs dans cette acoustique réverbérée, les beaux aplats de cordes. Loin de l'Harnoncourt débordant de couleurs de la dernière période, mais une belle lecture, à défaut d'être désormais prioritaire.

Berlioz – Sara au bain pour chœur, quelques mélodies irlandaises orchestrées – OSM, Dutoit (Decca)
→ Captation assez lointaine et floue, dommage. Les pièces, avec le chœur vraiment moyen de l'OSM ou les chanteurs peu idiomatiques, ne sont pas servies au mieux – alors qu'il y a des merveilles, et que Dutoit-OSM ont montré leur valeur dans ce répertoire.

Berlioz –  Roméo et Juliette – Dragojević, Staples, Miles ; Radio Suédoise, Ticciati (Linn 2016)
→ Limpide, du côté d'un Berlioz fin et épuré, pas du tout son versant coloré et sauvage. (Pour la force intérieure, privilégier Ozawa, et Dutoit pour la couleur.)

♥♥♥ Czerny – Symphonie n°1 – Frankfurt (Oder), Athinäos (Christophorus)

♥♥♥ Roth – Symphonie en mi – Rückwardt

♥♥♥ Bowen – Symphonies 1 & 2 – Andrew Davis (Chandos)

♥♥♥ H. Andriessen – Libertas venit – PBSO Enschede, Porcelijn (CPO)
→ Quelle sombre épopée, mi-grandiose, mi-intérieure… !

♥♥♥ Graener – Variations orchestrales sur « Prinz Eugen » – Philharmonique de la Radio de Hanovre, W.A. Albert (CPO 2013)
→ On ne fait pas plus roboratif… mon bonbon privilégié depuis deux ans que je l'ai découvert par hasard, en remontant le fil depuis le dernier volume de la grande série CPO autour du compositeur (concertos par ailleurs tout à fait personnels et réussis).

Vaughan Williams – Symphonie n°2 – Hallé O, Elder (Hallé)
→ Transparence debussyste très bienvenue dans cette symphonie contemplative à laquelle je trouve, ainsi, de très belles qualités.

Vaughan Williams – Symphonie n°3 – LSO, Hickox (Chandos)
→ Remarquablement articulé, comme toujours (avec fond un peu brouillé à cause de Chandos, mais tout est très audible, capté de près), superbes gradations.

Vaughan Williams – Symphonie n°3 (premier mvt)
¶ LPO, Norrington (Decca 2017) *
→ Captation un peu frontale et dure.
New Philharmonia, Boult (EMI) *** **
→ Détaillé, tranchant et debussyste, superbe pensée.
LPO, Haitink (EMI)  *** *
→ Calme, mais très bien équilibré.
LSO, Hickox (Chandos) *** *** *
→ Remarquablement articulé, comme toujours (avec fond un peu brouillé à cause de Chandos, mais tout est très audible, capté de près), superbes gradations.
¶ Hallé O, Elder (Hallé) *** ***
→ Superbe lisibilité et aération, assez statique alla Faune
LPO, Boult (Decca) **
→ Prise de son un peu ancienne, par blocs, mais toujours très beau détail.
LSO, Previn (Sony) ***
→ Beau, un peu étale et hédoniste, frémissements intéressants, fond un peu brouillé.

Vaughan Williams – Symphonie n°4 – Atlanta SO, Spano (ASO Media)
→ Superbe réalisation plastique qui rend moins suffocante l'atmosphère, sans renoncer à la tension. (On peut considérer que c'est passer à côté du propos, mais ça correspond bien à ce dont j'ai besoin, n'aimant pas trop le paroxysme permanent et terrifiant de cette symphonie.)

Vaughan Williams – Symphonie n°4
¶ Philharmonique de ?, Mitropoulos (Music & Arts)
→ Énergie débordante et sale, impressionnant. Sonne tellement Chostakovitch (en plus nourrissant).
¶ New Phia, Boult II (EMI)
→ Cuivres vraiment pouêt-pouêt anglais, mais cassant et impressionnant, véritable énergie.
¶ Atlanta SO, Spano (ASO Media)
→ Très rond, mais est-ce le but ?
¶ NYP, Bernstein (Sony)
→ Lent et écrasant.

Vaughan Williams – Symphonie n°5 – Royal PO, Menuhin (Virgin)
→ Cordes très phrasées, comme toujours. (Un peu trop pour cette symphonie suspendue, sans réelle prépondérance thématique ?)

Vaughan Williams – Symphonie n°5 – Brandebourg StO, Hilgers (Genuin)
→ Très lisse, un peu impavide, déçu malgré les colorations toujours exceptionnelles de la petite harmonie de Frankfurt sur l'Oder…
(puis Philharmonia & Collins chez BIS, pas beaucoup de relief non plus malgré la belle prise de son)

♥♥♥ Diamond – Symphonies 2 & 4 – Seattle SO, Schwarz (Naxos)
→ Toujours aussi motorique, roboratif et exaltant !



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MUSIQUE DE CHAMBRE

♥♥ Michl – Quatuors avec basson (Naxos)

♥♥ Beethoven – 6 Trios piano-cordes Op.1, Op.70, Op.97 – Trio Sōra (Naïve)
→ Très belle anthologie (manquent l'opus 11 qui existe aussi avec clarinette, l'opus 38 qui transcrit le Septuor, ainsi que la réduction de la Deuxième Symphonie, toutes des pièces de moindre importance que les 6 présents ici), interprétée avec l'ardeur admirable qu'on leur connaît. Profondeur de son, piano à la belle finesse de touche jusque dans les traits périlleux, et structurant le discours, violoncelle intense…
→ Deux petites réserves qui ne tiennent pas à l'interprétation en tant que telle : d'abord la lassitude qu'impose la suite de ces trios très similaires – et qui n'ont ni la variété ni la profondeur des Sonates pour piano ou Quatuors à cordes du Grand Sourd. J'aurais aimé avoir l'Op.1 n°1 et l'Archiduc couplés par exemple avec les Wieck-Schumann et Mendelssohn-Hensel qu'elles promeuvent formidablement en concert, ou leur Chausson, ou le contemporain (Kagel, des compositrices…) qu'elles servent magnifiquement.
→ Seconde réserve, un peu injuste, mais depuis le départ de leur violoniste Magdalena Geka (pour l'ONDIF), l'équilibre du trio s'est redistribué, plutôt autour de Pauline Chenais au piano, qui assure fabuleusement ce rôle, mais la personnalité généreuse des cordes se trouve bridée par ce nouvel agencement, ne leur permettant pas la même expansivité, et je ne peux m'empêcher de le regretter en les entendant.
→ Pour autant, si l'on n'écoute pas ce disque pour ce qu'il ne veut pas (un programme équilibré plutôt qu'une monographie) ou ne peut pas (l'ancienne équipe) être, c'est là une très, très belle et lecture des œuvres présentées, pleine de panache et d'une finistion remarquable.

Schubert – « In Stille Land », lieder pour quatuor à cordes (sans voix) + Quatuors 6 & 14 – Signum SQ (PentaTone)
→ Beaux lieder (pas les plus marquants, et la Jeune Fille & la Mort simplement dans sa première partie !), démarche originale. Tout est joué comme soufflé, susurré, de façon assez poétique et convaincante.
→ Le 6 (un de ses très beaux de jeunesse) est remarquablement joué, le 14 claque dans ses paroxysmes (mais la tension baisse brusquement dans les moments plus calmes). Une très très belle version de plus, qui aurait révolutionné la discographie il y a vingt ans, et qui aujourd'hui s'ajoute aux propositions superlatives des Jerusalem, Ehnes, Cremona, Leipziger, Debussy, Novus…

♥♥ Cherubini – Quatuors 3,4,5,6 – Venezia SQ (Decca)
→ Très beau, équilibré, détaillé dans une veine traditionnelle qui respire remarquablement entre les pupitres. (Un peu moins impressionné par les œuvres à la réécoute, en revanche.)

Fanny Mendelssohn-Hensel – Quatuor – Asasello SQ (CAvi)
Fanny Mendelssohn-Hensel – Quatuor – Ébène SQ (Virgin)

Schumann – Quatuor n°3 – Kuijken SQ
→ Très décevant : pas du tout tranchant, et assez mou, toujours doux et ne claque jamais, même dans les paroxysmes du scherzo – j'ai peut-être été trop bien habitué par les jeunes quatuors !

Schumann – Quatuor n°3 pour piano quatre mains – Duo Eckerle (Naxos)
→ Survol. Toute tension est perdue, pas intéressant (et interprétation assez molle).

♥♥♥ Arenski, Chostakovitch, Mendelssohn – Trios n°1 – Trio Zeliha (Mirare)
→ Trois chefs-d'œuvre ultimes, dont le rare Arenski, d'où émane une générosité thématique russe au carré, à la façon de ce que fait Kalinnikov dans la symphonie. La structure et l'harmonie ne sont pas aussi inventives que chez Tchaïkovski, mais l'expansivité mélodique y est réellement comparable. L'étonnant Chostakovitch de jeunesse demeure tout aussi grisant par ses poussées de sève à la fois conquérantes et désolées. Quant au sommet de sombre fièvre que constitue le trio de Mendelssohn, on l'aura peu souvent entendu aussi généreux et lisible.
→ Dans un son pur à la française, le Trio Zeliha se distingue, pour chaque pupitre, par une netteté, un charisme, un abandon absolument hors du commun, du diamant soyeux… Ce n'est ni très russe, ni très allemand, mais le discours de chaque pièce semble porté à son point d'ébullition, là où la musique nous renverse par delà les styles – avec une sobriété d'exécution qui leur fait honneur, a fortiori à leur âge, dans un répertoire qui appelle facilement l'emphase.
→ Je les ai entendus jouer ce programme en salle, une des grandes expériences de ma vie de mélomane. Je n'ai tout simplement jamais entendu un trio, en plus de son grand élan collectif, qui soit à ce point à un tel niveau individuel (Galy, Quennesson, Gonzales Buajasan) dans chaque partie. Rare d'avoir une violoniste aussi intouchable techniquement, un violoncelliste avec un tel grain, un pianiste à ce point souple dans les nuances et intégré au discours… Ma crainte est donc que les offres avantageuses d'une carrière soliste ne finissent bientôt par les séparer.
→ (Je ne sais pas ce qui s'est passé avec la pochette.)

♥♥ Debussy – Quatuor, les 3 Sonates – Orlando SQ (Accord)

Goldmark – Quintettes piano-cordes Op.30 & 54 – Quatuor Sine Nomine, Triendl (CPO)

♥♥♥ Weingartner – Sextuor pour quatuor, contrebasse & piano / Octuor pour clarinette, cor, basson, quatuor & piano – Triendl (CPO)
→ Complètement fasciné par le Sextuor pour piano et cordes (la pochette dit Septuor à tort). Un lyrisme extraordinaire.
→ bissé

Schoeck – Sonate pour clarinette basse & piano – Henri Bok, Rainer Maria Klaas (Clarinet and Saxophone Classics 1999)
→ Étrange influence rhapsodique et déhanchée du jazz sur du Schoeck !  Capté de trop près, timbres assez vilains des instruments. Se trouve aussi, en version orchestrée par Willy Honegger, dans le disque Venzago contenant notamment la version ultime de Besuch in Urach (avec Rachel Harnisch, en version orchestrale).

N. Boulanger, Stravinski-Piatigorski, Piazzolla, Carter – « Dear Mademoiselle », violoncelle & piano – Astrig Siranossian, Nathanaël Gouin, Daniel Barenboim (Alpha)
→ Bel album original d'hommage à Nadia Boulanger. Je n'ai pas totalement été saisi par les œuvres, mais le plaisir de la rencontre est grand, avec un violoncelle aux teintes très mélancoliques. Les Boulanger sont même accompagnés par Barenboim, que je suis stupéfait de retrouver dans un répertoire si peu couru, comme accompagnateur d'une jeune artiste et sur un label moins internationalement exposé – de plus humbles que lui auraient refusé !  Occasion aussi d'écouter Gouin, fabuleux pianiste (voir ses récents Bizet) et la rare Sonate de Carter, qui hésite entre romantisme, atonalité et jazz.

♥♥♥ Takemitsu – Bryce, Toward the Sea I… – Aitken (Naxos)



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PIANO SOLO

Beethoven – Sonate pour piano n°4, écoute comparée
→ Say, Nat, Goode, Buchbinder II, Grinberg, Pommier, Kovacevich, Bellucci, Barenboim DGG, Lortie, Barenboim 2020, Backhaus II, Bilson, Barenboim 66…
(Choisi seulement des grandes versions. Placées dans mon ordre d'appréciation personnel, les six premiers, et plus singulièrement les trois, m'éblouissant tout à fait.)

♥♥♥ Beethoven – Complete Piano Sonatas – Fazil Say (Warner)
(pour l'instant écouté les 1-2-4-5-6-7-27-28-29-30-31)
→ Poursuite de l'écoute amorcée il y a quelques mois lors de la parution.
→ Outre l'aisance de Say dans les plus redoutables défi techniques, on bénéficie aussi d'une riche palette harmonique, où la résonance remplit réellement les interstices de la musique, tout en restant d'une limpidité exemplaire (à laquelle la prise de son rend justice). À l'usage ces derniers mois, je n'ai pas trouvé version qui magnifie mieux l'ambition et l'ardeur de ces pages, et avec une telle qualité de réalisation. Beaucoup de pédale, mais toujours pour créer des rencontres harmoniques, jamais par réflexe ou paresse. Seul défaut (il y en a toujours un) : le micro étant proche, Say grogne beaucoup pendant les mouvements rapides avant de frapper les accords, c'est un peu impatientant dans les sonates de facture plus classique du début du corpus.

♥♥ Beethoven – Sonates pour piano n°28, 30, 32 – Lugansky (HM 2020)
→ Toujours ce toucher incroyablement présent et plein, avec ce sens du phrasé qui permet de donner du liant très bienvenu aux âpretés de Beethoven. On sent la grande maturation – il jouait peu Beethoven, dans sa jeunesse, à l'époque où je suivais ses concerts de plus près.
→ 28 sublime. 32 acérée, presque dure, très animée et découpée, d'une tension remarquable. 30 davantage dans la norme du très haut niveau.
→ Sonne avec une qualité d'attaque légèrement dure et cristalline, une palette harmonique compacte qui évoquent les pianos d'époque.

Schumann – Fantasiestücke Op.12
¶ Nat (3 premiers chez Documents)
¶ Frankl

♥♥ Schumann – Fantasiestücke Op.12 & Intermezzi Op.4 – Daniela Ruso (Amadis)
→ Captation sèche et proche, mais superbe son, jeu très découpé et charismatique !  Pour  des œuvres de  qui ne sont pas les plus jouées, mais pas les moins inspirées de son auteur !




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LIED & MÉLODIE

Schubert – Die schöne Müllerin – Ian Bostridge, Saskia Giorgini (PentaTone)
→ Très belle version, en particulier pour le piano de diamant de Giorgini, acéré comme peu dans ce cycle (on peut songer, dans un style plus détaché, à l'épique tranchant de Gothóni).
→ Bostridge y est comme toujours sophistiqué, frémissant et habité, mais la voix, un peu plus terne désormais, en fait sa Meunière la moins extraordinaire, que ce soit son étrange première avec Johnson ou le point d'équilibre assez ultime entre sinuosité et classicisme avec Uchida.

♥♥♥ Schumann, Frauenliebe und Leben // Brahms, lieder – Garanča (DGG)
→ Divine surprise… Garanča, impératrice des volapüks, livre une interprétation vibrante, tétanisante d'intensité de ces Brahms denses et sublimes, et même du très-enregistré Frauenliebe de Schumann !  Avec une voix qui a peut-être vieilli et où elle tire des couleurs très inhabituelles, davantage replacées vers le nez, un léger mixte obtenu en teintant de couleurs de poitrine, elle obtient une interprétation qui semble remonter le temps, et produit un effet charismatique immédiat, sans du tout négliger la diction. Splendide programme, exécution très prenante – un petit coup de foudre pour moi qui, d'ordinaire, n'aime pas sa diction brumeuse et son chant à la fois lisse et légèrement hululant. Le lied révèle une tout autre artiste !
→ bissé

Mahler – Lieder eines fahrenden Gesellen (arr. A. Schoenberg) – Bär, Linos Ensemble (Capriccio)
→ Bär manque un peu d'assise et de mordant ici, pour une fois !



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LISTE D'ÉCOUTES à faire – nouveautés

→ alcyone Marais
→ vladigerov symphs 1 & 2
→ schmitt salomé ( & raretés) falletta
→ arte scordatura
→ trios alayabiev glinka rubinstein, brahms Trio (naxos)
→ martynov : utopia
→ rasi art de la fugue consort de violes
→ vasks viatore, distant light, radio munich
→ boccherini les ombres
→ leningrad concertos
→ albums toccata classics : fürstenthal, carrillo, sivelöv, osca da silva
→ auvinen lintu
→ rudolf wagner genesis
→ passacaglie d'amore nisini
→ grondahl legacy

→ britten saint nicolas
→ nigl rihm beethoven lieder
→ proko 5 miasko 21 v.petrenko oslo
→ brahms trios le sage
→ schubt s2 & 3 zender basel kamO
→ huvé beeth pianoforte
→ gran partita ogrintchouk ccgbw BIS
→ dall'abacco il tempio armonico
→ barenboim beethoven intégrale n°5
→ monteverdi terzo libro alessandrini naïve

(plus tous les autres des listes précédentes…)



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LISTE D'ÉCOUTES à (re)faire – autres

À nos morts ignorés Antoine - Boulanger - Caplet - Debussy - Hahn - Gurney  Mauillon Le Bozec

bär cantates bach (olaf bär)

weingartner

triendl :
fibich dohnanyi sext,
kiel piaQ,
gernsheim quint
goetz quint
gilse tanzskizzen
magnard trio laurenceau

Rutland Boughton : Symphonie No. 3, concerto pour hautbois No. 1 (Vernon Handley) (hyperion)

Wolf Bostridge

fervaal hogué et bardes

koechlin thal & grothuysen

chaîne mathias vidal

RVW 4 : spano, bernstein, boult-phia, berglund
RVW 5 : Hilgers-FkftOder, collins-BIS, menuhin, boult-phia, elder, marriner, barbirolli,
RVW 6 : boult-LSO, elder, berglund, a.davis BBCSO, c.davis BayRSO,
RVW 8 : Jurowski-LPO

tout CPO
tout Hortus
(Timpani c'est à peu près fait)

(plus tous les autres des listes précédentes…)




… et à bientôt pour une prochaine livraison ! 

(Notez que je ne suis pas certain de poursuivre le format l'an prochain, trop de notules plus stimulantes en souffrance pour faire la chronique des disques, je le crains.)

mardi 3 novembre 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 14 : minorités – Israël, Satan, Philistins, piano japonais, lied arabe, Schubert en polonais, Dumas poète, Mahler pianiste, Goethe fendard


Le petit bilan des pépites récemment parues (et d'autres simplement récemment écoutées…).

winterreise_nawak.jpg

Du vert au violet, mes recommandations… en ce moment remplacées par des .
♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
♦ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

En rouge, les nouveautés 2020 (et plus spécifiquement de l'automne).
Je laisse en noir les autres disques découverts.
En gris, les réécoutes de disques.



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OPÉRA


♥♥♥ Haendel – Samson – Millenium Orchestra, García-Alarcón (Ricercar)
→ Une merveille : Haendel à son plus haut sommet d'inspiration, quantité d'airs ineffables (ou de fureur impressionnante), de chœurs tuilés superbes (façon Israel in Egypt) ou, plus rare chez Haendel, d'action (l'effondrement du temple !), dans une interprétation versatile en atmosphères, rutilante de couleurs, servie par des chanteurs formidables (le charisme dévorant de Luigi De Donato !). Si vous cherchez l'équivalent du Messie en opéra, c'est par ici.
→ (bissé)

Kayser – Scherz, List und Rache – L'arte del mondo (DHM)
→ Comédie sur un livret de Goethe. La musique, typiquement XVIIIe, en est très réussie, mais tellement éloignée de l'imaginaire sonore qu'on relie à Goethe – la musique évoluant toujours plus lentement que les autres arts, elle en est encore à la galanterie et au seria quand la littérature est déjà romantique. Phénomène fascinant qui s'incarne ici dans une rencontre historique, réelle, mesurable !
→ Sur le plan strictement musical, quoique fort bien conçu, pas relevé de fulgurance particulière qui appelle l'écoute pour elle-même, dans l'immensité de l'offre. Mais excellente idée de documenter cela, d'autant quela vivacité de l'excellent Arte del mondo accueille des chanteurs aux voix et à l'abattage dignes de louanges.

♥♥♥ HahnL'Île du Rêve – Guilmette, Morel, Dubois, Dolié, Gombert, Sargsyan ; Chœur du Concert Spirituel, Radio de Munich, Niquet (Bru Zane)
→ Premier enregistrement pour cet opéra de Hahn. L'enregistrement luxueusement distribué et capté permet de confirmer mes impressions sur les bandes d'autres productions et sur scène : l'intrigue (l'impermanence des amours des îles, rebattue de Madama Butterfly au Pays de Ropartz) est assez peu prenante, mais l'acte II, où circule en permanence le même choral recueilli, pendant le chant et l'action, est un bijou absolu. Pour le tour de force structurel, mais aussi pour l'impression de plénitude que sa musique même dispense.
→ (bissé)



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CANTATES

Vaughan Williams – Five Tudor Portraits – LSO & Chorus, Hickox (Chandos)
→ Grande fresque chorale et orchestrale dans l'esprit de la Première Symphonie, avec un côté moins élancé, plus poétique. Très réussi.
Vaughan Williams – 5 Variants of Dives and Lazarus (même disque)
→ Grand choral pour cordes et harpe, très belle atmosphère à la fois archaïsante et très romantique. Grande réussite dans le goût de ses Tallis, en plus vibrant.

Jacobson: A Cotswold Romance (after R. Vaughan William's Hugh the Drover) – LSO, Hickox (un autre Chandos)
→ Délicieux chants d'inspiration populaire, en grande pompe, réjouissants !



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MUSIQUE DE SCÈNE / BALLETS

♥♥ Vaughan Williams – Job, Songs of Travel – Neil Davies, Hallé O, Elder (Hallé)
→ Inspiré par des gravures (de William Blake) illustrant une nouvelle édition biblique en 1826, Vaughan Williams écrit ce masque (il n'aime pas le mot de ballet, pour une raison que j'ignore) et le propose à Diaghilev – qui refuse. L'œuvre est ensuite bel et bien créée, mais réorchestrée par Constant Lambert pour faire tenir les musiciens dans une fosse de taille plus standard.
→ Je suis assez fasciné par le résultat : une musique assez étale, mais non sans tension (belles harmonies étranges), qui évoque remarquablement bien le désert – on dirait un Appalachian Spring de Copland,  quelques maigres poussées épiques en sus. Cette contemplation infinie et toujours mouvante s'incarne particulièrement bien dans la Sarabande des Fils de Dieu, au début, et la Pavane des Fils du Matin, vers la fin.
→ Tous les épisodes de tentation sont assez éludés musicalement, il ne se passe pas grand'chose dramatiquement, mais c'est cette évocation étale, immobile (un comble pour un ballet !) qui me touche ici.
→ Il est vrai que ce ballet peu marqué par la danse n'a qu'un rapport lâche à son programme narratif biblique… mais en écoutant la musique seule et en la reliant à un imaginaire, je trouve qu'il capte quelque chose de ce monde hors sol du début de la Genèse, où les premiers humains rencontrent d'autres tribus venues d'on ne sait où, le monde se crée dans un halo un peu nébuleux, de grandes étendues qu'on ne sait vierges ou déjà habitées…
→ Comme toujours, prise de son superlative pour Hallé, et conduite très frémissante par Elder – même si je trouve, cette fois-ci, les cuivres un peu durs et les cordes un peu envloppantes. [Et beaucoup de bien aussi à dire des Songs of Travel très bien orchestrées et servies !]

R. Strauss – Tanzsuite, Divertimento – New Zealand SO, Märkl (Naxos)
→ Suite de danses d'après des pièces pour clavecin de Couperin : rendez-nous Paillard ! Il existe de très beaux arrangements du genre par Rosenthal, mais mais cette réécriture lourde toute en doublures (même le clavecin double la mélodie des violons, ce qui est particulièrement laid…), en régularité, avec des basses de trois tonnes (il y a du trombone contrebasse là-dedans ou quoi ?), vraiment pénible quand on aime sincèrement la souplesse et la subtilité des phrasés nécessaire à ce répertoire d'une élégance suprême… (Et aucune surprise harmonique, ce sont vraiment des orchestrations, d'un grand compositeur mais d'une époque qui ne comprend plus rien à ce qu'était l'essence de cette musique…)
→ Sur les mêmes fondements, le Divertimento ménage davantage de surprise, avec des alliages instrumentaux plus originaux et dépaysants : il offre véritable une autre vision de ces pièces, les métamorphose en jouant avec l'instrumentation. Ce n'est pas forcément beau ou réussi (un peu l'impression qu'on a repeint un Poussin au surligneur fluo…), mais assez divertissant et plutôt à agréable à écouter, pas du tout la même lourdeur difforme que dans la Suite.
→ (Ce n'est absolument pas de la faute de ces interprètes d'excellence, que j'aime beacoup partout ailleurs, et même ici.)

Vaughan Williams – The Death of Tintagiles – LSO, Hickox (Chandos)
→ Début vraiment pelléassien. Comme les deux univers se sont contaminés ! Comme Job, assez étale, ici tout en grondements souterrains. À la réécoute, ce n'est pas si mal articulé à l'esprit, finalement, même si l'intensité retombe par rapport au texte qui, lui, ne lâche pas le spectateur.



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RÉCITALS VOCAUX (pouah)

Donizetti – Reines Tudor – Damrau, Santa Cecilia, Pappano (Warner)
→ Après avoir adulé une des voix les mieux focalisées et une des expressions les plus fines et charismatiques de notre temps (Marguerite de Valois, Susanna, la Reine de la Nuit, la Gymnaste de 1984…), puis déploré qu'elle se tourne exclusivement vers le belcanto, en en imitant des codes dévoyés (en essayant de rendre sa voix opaque et flottante, perdant au passage ses aigus, s'affligeant d'un vibrato large et disgracieux), j'avoue avoir écouté ce disque par acquit de conscience, prévoyant de le détester.
→ J'ai bien sûr beaucoup aimé la finesse de trait de l'accompagnement de Pappano, dans des œuvres de Donizetti qui de surcroît, me semblent dans la partie faible de son catalogue (j'ai conscience que les glottophiles ne partagent pas mon avis, mais je ne sais pas trop ce qu'on en penserait si ces œuvres ne disposaient pas de leur discographie imposante, par rapport au Diluvio universale autrement soigné, par exemple ?).
→ Très séduit aussi par Domenico Pellicola, ténor assez léger mais très fin, franc et charismatique dans Stuarda.
→ Et Damrau ?  Pas du tout le naufrage craint, plutôt une bonne surprise : la voix est émise en arrière, est devenue à la fois plus pâteuse et plus aigre, vibre trop… cependant le contrôle demeure réel, et on entend bel et bien l'artiste aux commandes dans la finition des phrasés. Pas à la hauteur de ce qu'elle aurait pu continuer d'être, pas non plus le chant que je soubhaite entendre dans ce répertoire, mais tout à fait respectable.

♥♥ Verdi – fin de Rigoletto – Panerai, Galliera (libre de droits)

♥♥♥ Tchaïkovski – Pikovaya Dama, II,2 (scène de Lisa) – Gorchakova Met, puis Serjan Jansons

Moniuszko, Smetana, Tchaïkovski, Dvořák, Rachmaninov – « Slavic Heroes » – Mariusz Kwiecień, Radio Polonaise de Varsovie, Łukasz Borowicz (HM 2012)
→ Oh, il s'empâte un peu russe par rapport à son polonais tellement franc ! Normal vu l'articulation de la langue, mais il perd en projection manifestement, et en franchise / éclat en tout cas. Reste magnifique : le mordant du timbre, l'expression très généreuse…

♥♥♥ Rachmaninov – cavatine d'Aleko (avec partition) – Kwiecień ♥♥, puis Leiferkus ♥♥♥, puis Gerello ♥



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MUSIQUE SACRÉE

traditionnels, Gade, Sullivan, Bruckner, Saint-Saëns, Holst, Rachmaninov, Nystedt, Chesnokov, ViðarChristmas in Europe – Balthasar-Neumann Ensemble, Hengelbrock (DHM)
→ Étoudissant tour d'Europe des Noëls, des chants traditionnels jusqu'aux compositeurs les plus établis, à travers les nations qui la composent. 
→ J'admets que le résultat n'est pas aussi électrisant, en première écoute, que les interprètes et le projet semblaient le promettre (tout l'inverse du disque de Noël du SWR Vokalensemble cette année, qui se révèle passionnant et aussi peu dépendant de Noël que possible). Néanmoins, parcours passionnant – où je retrouve, toutefois, surtout les semi-tubes attendus de chaque compositeur, lorsqu'il s'agit de Noël.
→ Pour autant, parcours remarquable que je recommande chaleureusement à tous ceux qui sont un peu moins blasés que moi – je rougis de faire la fine bouche sur cette proposition exaltante.

♥♥ Bruckner – Messe n°2, Te Deum – Herreweghe (Phi)
→ Enregistrement composite (Te Deum capté en 2012 à Lucerne, Messe à Essen en 2019) qui démontre la maturité croissante de l'ensemble et de Herreweghe (qui, certes, ne joue que la même poignée d'œuvres).
→ Délicatesse souveraine du chœur, frémissement des phrasés, une des très grandes lectures de cette messe, qui s'ajoute à celle, différente (notamment pour les timbres de vents, plus verts) parue chez Harmonia Mundi il y a un peu plus de dix ans.
→ (bissé)

Reger, 8 Geistliche Gesänger Op.138 – Rundfunkchor Berlin, Dietrich Knothe (Berlin Classics)
→ Ce sont de grands chorals saisissants (avec beaucoup de subdivisions ; le premier requiert même un double chœur), qui doivent vraiment beaucoup au modèle de Bach, peu au Reger le plus modulants, mais qui vont tout de même chercher de belles progressions harmoniques à la marge, colorant le tout, sinon de surprises, de progressions prenantes. L'ensemble, assez monumental, constitue un jalon essentiel du compositeur – même si je ne suis un peu moins saisi lors de cette enième réécoute partition et textes en main, je l'admets.
→ Seuls les 4 premiers figurent sur ce disque. Le chœur de la Radio berlinoise n'est pas encore aussi beau qu'aujourd'hui, davantage de rondeur, moins de contrastes et d'articulation, mais plutôt un moelleux remarque – la Radio de Leipzig proposait mieux, dans les mêmes années.

Reger
– 8 Geistliche Gesänge, op.138 – Chœur de la NDR ♠, Rademann (Carus 2013)
→ Chœur assez terne (polyphonie peu lisible, timbres mats anonymes, basses qui manquent beaucoup de graves), pour cette œuvre capitale du legs choral de Reger.



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CONCERTOS

Dvořák – Concerto pour violoncelle n°1 en la majeur (arr. J. Burghauser & M. Sadlo) – Milos Sádlo, CzPO, Neumann (Supraphon, réédition 2001)
→ Le premier concerto de Dvořák, évidemment moins saisissant que le le grand second, mais doté de belles chouleurs dans une interprétation typée, pleine de grain et de couleur !

Dvořák – Concerto pour violoncelle n°2 en si mineur (arrangement pour alto de Joseph Vieland & David Aaron Carpenter) – David Aaron Carpenter, London PO, Ono (Warner 2018)
→ Très amusant resserrement du timbre, l'impression d'entendre un 33 tours en avance rapide. La musique reste toujours aussi sublime, la majesté du résultat est évidemment davantage sujette à caution. Mais c'est très divertissant – j'ignore si c'était le but.



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SYMPHONIES & poèmes orchestraux

♥♥♥ Debussy – Première Suite – Les Siècles, Roth (Actes Sud)
→ Régal de la maîtrise de Debussy dans une forme chatoyante et accessible !

Debussy – La Mer – Les Siècles, Roth (même disque)
→ Son d'orchestre sec pour mon goût dans cette œuvre.

♥♥ Debussy : La Mer, le Faune // Ravel : Rhapsodie espagnole – LSO, Roth (LSO Live)
→ Net, limpide, élancé, couleurs impressionnantes, très bien capté (de près mais avec de l'espace), une grande version !

Casella: Pagine di guerra, Op. 25bis, Suite en ut Op.13, Concerto pour orchestre Op.61 – Rome SO, La Vecchia (Naxos 2012)
→ Marquant, le motorisme des chars tudesques, la désolation suspendue de la cathédrale ruinée de Reims ou des croix de bois des champs d'Alsace… mais beaucoup trop bref, oui, pour s'installer. Vraiment dommage, la musique est un art du temps, et il donne l'impression, d'une certaine façon, d'être dérobé ici.
→ Plus joli-archaïsant pour la Suite, moins personnel pour le Concerto.

Respighi – Vetrate di chiesa – PBPO, Ashkenazy ♥♥ (Exton 2006)
→ Ces chatoyantes (mais étonnamment sobres, à l'exception de la grandeur de saint Grégoire) pièces d'orchestre, décrivant chacune le vitrail d'un saint, trouvent ici une exécution remarquablement aérée et articulée par maître Ashkenazy !
→ Prêtez l'oreille tout particulièrement au superbe solo de trompette ménagé par Respighi dans le mouvement dévolu à saint Michel.

Ravel – Gaspard de la nuit (orchestration Marius Constant) – Lyon NO, Slatkin (Naxos)
→ Belle réussite.

♥♥ Georg Schumann – Symphony in F Minor / Ouvertüre zu einem Drama / Lebensfreude (Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Feddeck)
→ Un peu moins enthousiasmé lors de cette réécoute (pourtant pas la première), où je remarque davantage les aspects postromantiques plus standards que les (réelles) fulgurances richardstraussiennes, mais j'admire tout de même intensément cette capacité à mener la tension sur des pics maintenus. Très belle œuvre, à reprendre et creuser, assurément.
→ bissé

♥♥♥ Graener – Variations orchestrales sur « Prinz Eugen » – Philharmonique de la Radio de Hanovre, W.A. Albert (CPO 2013)
→ On ne fait pas plus roboratif… mon bonbon privilégié depuis deux ans que je l'ai découvert par hasard, en remontant le fil depuis le dernier volume de la grande série CPO autour du compositeur (concertos par ailleurs tout à fait personnels et réussis).

♥♥ Ben-Haim – Pan, Pastorale variée, Symphonie n°1 – Barainsky, John Bradbury, BBCPO, Omer Meir Wellber (Chandos)
→ Une nouvelle version de la Première Symphonie du syncrétique Paul Ben-Haim, mêlant beaucoup de caractéristiques des langages décadents germaniques ; moins magistrale que la Seconde, la Première demeure un petit régal, remarquablement magnifié par le directeur musical du Teatro Massimo de Palerme et la prise de son Chandos au service du radieux Philharmonique de la BBC.
→ Pan, enregistré pour la première fois, est une petite cantate remarquablement écrit dans ce postromantisme à la fois lyrique et vénéneux, tandis que la rare Pastoral variée pour clarinette, cordes et harpe, inspirée du final de son quintette pour clarinette et cordes, développe des atmosphères suspendues, mélancoliques, d'un charme (assez britannique) ineffable.
→ Superbes œuvres remarquablement servies ici.



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MUSIQUE DE CHAMBRE

Beethoven – Sonates violon-piano – F.P. Zimmermann, Helmchen (BIS)
→ Écouté beaucoup trop distraitement, je dois y revenir. (L'on m'en a dit le plus grand bien, et j'espère beaucoup de l'intelligence suprême de Zimmermann, ne cédant jamais rien à la joliesse.)

♥♥ Beethoven – Quatuor n°1 – Leipziger Streichquartett (MDG)
→ Toujours leur lumière singulière.

♥♥ Beethoven – Quatuors 4,6 – Jerusalem SQ (HM)

MendelssohnTrio n°1 (version avec flûte), Sonates violoncelle-piano – Root, de Hoog, Balyan (Vivat)
→ Ce disque confidentiel a l'intérêt de présenter (pour la première fois sur instruments d'époque) la version du premier trio de Mendelssohn arrangée par le compositeur lui-même pour flûte, violoncelle et piano. Après l'avoir publié chez Breitkopf, Mendelssohn sollicite Novello pour l'Angleterre, qui refuse craignant que ce ne se vendre très peu « chez notre public ignorant », et obtient l'accord de Buxton… qui lui réclame une partie alternative de flûte, « indispensable dans ce pays ». Mendelssohn précise que les mouvements extrêmes s'y prêtent très peu et suggère de ne proposer que les centraux dans cette version, mais tout est publié.
→ À l'écoute, très peu de modifications – Mendelssohn évite de trop solliciter le grave peu projeté de la flûte (où elle est en effet couverte par les autres instruments) et supprime évidemment les trémolos, mais l'ensemble demeure très proche. On peut se rendre compte que Mendelssohn avait très bien pressenti à la fois la difficulté et le manque de contraste permis par la flûte dans les mouvements extrêmes. C'est évidemment le mouvement lent l'ensemble sonne le mieux.
→ Sans être forcément convaincu par la transcription elle-même, une rare occasion d'entendre différemment ce chef-d'œuvre ultime, et aussi de mesurer ce que le violon apporte de conduite, de tension et de variété de textures. (J'aurais, par conséquent, été plus intéressé par une version pour hautbois (et basson ?), qui aurait certes nécessité davantage d'ajustements (et suscité moins de ventes en son temps).
→ On bénéficie d'une interprétation sur instruments du temps (et copies), très vivante et proposant de beaux équilibres et coloris, un autre avantage de ce disque, ainsi qu'ne notice bien détaillée sur les œuvres et la démarche. [Je n'ai pas encore écouté les sonates pour violoncelle.]

Duparc – Sonate violoncelle-piano en la mineur – Meunier, Le Bozec (Maguelone)
→ Intéressant ; pas majeur.

♥♥ Beach, Ives, Clarke – Trios piano-cordes – Gould Trio (Resonus Classics)
→ Trois trios très rares, par l'un des superbes ensembles qui fit longtemps les beaux jours des explorations Naxos.
Beach d'un romantisme assez peu singulier, comme toujours.
Ives plus que jamais dans la polytonalité et les jeux de superpositions, chaque instrument joue son propre thème dans sa propre tonalité, l'impression d'écouter, vraiment, plusieurs œuvres en même temps… intéressant quoique peut-être plus affirmatif (et un peu moins convaincant) que dans ses œuvres symphoniques, plus élusives dans leurs procédés.
Clarke dans une veine plus hardie qu'à son habitude, moins lyrique-univoque que dans sa Dumka pour trio, plus sophistiquée dans les harmonies, mais toujours aussi passionnée, héritière des fièvres romantiques.
→ L'ensemble très original et très bien servi mérite vraiment le détour !

Weber, Gaubert, Martinů, Damase – « Aquarelles », trios pour flûte, violoncelle & piano – Bonita Boyd, Doane, Snyder (Bridge)
→ Comme l'y pousse l'effectif, pièces rafraîchissantes et délicates, qui n'ont décidément pas l'envergure des trios avec violon, et ne constituent pas les sommets de compositeurs pourtant aussi subtiles que Weber, Gaubert ou Damase. (Je n'ai pas réécouté le Martinů, souvent enregistré, je n'en dis rien pour cette fois.)  La flûte ne permet pas de grands écarts de dynamique, sa tessiture aiguë (pour être suffisamment sonore) attire toute l'attention du côté de la mélodie, moins de possibilité d'équilibres, de demi-teintes, de contrates. En tout cas elle n'a ps tiré le meilleur de ces compositeurs.
→ Côté exécution, on trouve aussi plus beaux timbres, même si l'on ne peut faire que des éloges sur l'originalité du programme et l'investissement dans l'exécution. (J'aurais aimé en dire beaucoup plus de bien !)

Moussorgski – Tableau d'une exposition (arrangement Stephan Schottstadt pour 8 cors, & percussions) – (Genuin 2015)
→ Inclut également, pour le même effectif, Mont chauve, extraits du Roméo de Prokofiev et de Casse-Noisette. Fonctionne assez bien, la longue étendue des cors permettant de couvrir beaucoup de spectre et de textures.

♥♥ Moussorgski, Tableaux d'une exposition (arrangement Stephane Mooser) – Pentaèdre (ATMA 2012)
Stravinski, Le Sacre du Printemps (arrangement Michael Byerly) – Pentaèdre (même disque)
→ Très stimulant et élégant pour Moussorgski, vraiment insuffisant pour le Sacre, où le début ressemble au début (simplifié), et où la suite ne plus plus gagner en ampleur et en contraste.



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PIANO SOLO

Chopin: 4 Ballades & des Nocturnes – par Nelson Goerner (Institut Chopin)
→ Moins marquant : la limite des instruments s'entend dans les ambitieuses Ballades, moins de possibilités de contraste, d'étagement des strates, tout est davantage sur le même plan, on ne peut pas non plus jouer avec la longueur de résonance…
→ Par ailleurs Goerner, dans les moments moins exigeants, me paraît à un niveau de poésie moindre que dans ses meilleurs volumes – plus proche ici de ce qu'il fait, un peu blanc, dans ses enregistrements sur piano moderne.

♥♥ Scarlatti, Rameau, Ravel, Wiener, Le Flem, Ladmirault, Tharaud, etc. – « Le Poète du piano »  – Tharaud (Erato)
→ 3 CDs incluant rééditions, nouveautés, fragments d'albums confidentiels (comme celui publié pour accompagner le catalogue Ar Seiz Breur au Musée de Bretagne de Rennes, en 2000 !). On y trouve donc quelques-uns de ses enregistrements bien connus, dont ses magiques Rameau, mais aussi des pièces rares (un cycle de Le Flem), des arrangements (de la 5e de Mahler, de chansons…) et ses propres compositions, qui puisent avec talent à beaucoup de sources de la danse, pour un résultat à la fois dégingandé et lyrique (j'espère qu'il continuera à écrire et publier de la musique !).
→ Le caractère disparate du parcours laisse un peu dubitatif, mais son originalité suscite un réel intérêt, et son approche sinueuse du phrasé me séduit assez.


♥♥♥ Hisatada Otaka, Japan Suite (2 extraits) + Ibert, Histoires (3 extraits) + Debussy, L'Isle Joyeuse, Préludes livre I – Ryutaro Suzuki, album « Ce qu'a vu le vent d'Est  » (Hortus, janvier 2020)
→ Il existe évidemment, dans l'immense discographie de pianistes confirmés, spécialistes, charismatiques, Isle et Préludes plus saisissants, mais la filiation debussyste est magnifiquement mise en valeur avec les Histoires d'Ibert (inhabituellement denses et profondes chez lui !) ou la Suite japonaise d'Otaka (il existe quelques autres choses très dignes d'intérêt, comme une jolie Sonatine pour piano ou son splendide Concerto pour flûte, là aussi très debussysé), qui emploie certes des modes orientaux, mais d'une façon qui évoque totalement la Danse de Puck ou Et la Lune descend, vraiment construit dans le même langage harmonique, rythmique, pianistique.
→ Ces deux cycles ont de surcroît la particularité, je trouve, d'être aussi aboutis que leur modèle, ce qui n'est pas un mince hommage. Reste à graver ceci en entier !

♥♥♥ Otaka: Piano Sonatina // Terauchi: Hoodo to Uncho kuyo bosatsu hattai (The Phoenix Hall and 8 Putto-Figures worshipping the Sacrifice Ceremony in the Clouds) // Ichiyanagi: Cloud Atlas // Takemitsu : Litany, Uninterrupted Rests // Yashiro: Piano Sonata (1961 revised version) – Miwa Yuguchi (Thorofon 1996)
→ Parcours absolument passionnant, depuis le postdebussyste d'Otaka et Terauchi jusqu'aux langages défragmentés mais toujours éloquents d'Ichiyanagi, Takemitsu et Yashiro, comme un parcours progressif exposant l'évolution de la musique du Japon occidentalisé, à travers des cycles de toute beauté – et pourtant, les Otaka et Takemitsu figurent plutôt dans le spectre bas de leur qualité habituelle !  Une merveille de découvertes, indispensable pour qui veut s'échapper des habituelles propositions viennois classiques / germaniques romantiques / impressionnistes français.



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LIED & MÉLODIE

Schubert – Winterreise (en polonais sur des poèmes de Baranczak !) – Konieczny, Napierała (Institut Chopin)
→ Prosodie très naturelle et réussie, pour une voix qui sonne claire dans Wagner, mais riche, sombre et grave dans le lied. Néanmoins, même si cela entrave un peu sa mobilité expressive, rien de lourd ni de placidement homogène, une belle incarnation de ces lieder dans sa propre langue, très réussi, et accompagné de façon inhabituelle sur un piano ancien très chaleureux.

♥♥♥ Chopin: Songs – par Aleksandra Kurzak, Mariusz Kwiecień, Nelson Goerner (Institut Chopin)
→ Oui, cette intégrale tient vraiment sa promesse du Real Chopin : real au sens anglais, avec les sonorités totalement différentes de ces pianos anciens aux couleurs beaucoup plus vives, au médium bien plus exposé ; real au sens dialectal italien (ou espagnol), royalement servi par des artistes très inspirés qui ne se contentent pas de jouer ces vénérables antiquités mais en tirent réellement des propositions très originales, de véritables interprétations radicales et pensées qui magnifient le matériau.
Vraiment une expérience incomparable. (à écouter ici)

♥♥ Reber, Thomé, Duprez, Doche, Guion, Berlioz, Liszt, Duparc, Franck, Godard, Massenet, Chaminade, Messager, Varney – « Alexandre Dumas et la musique » – Garnier, Deshayes, Boché ; Jouan, Cemin (Alpha)
→ Splendide collection, très rare et de grande qualité, de mélodies, qui bénéficient du violoncelle chaleureux de Jouan, de la précision tranchante et spirituelle de Cemin, de la diction subtile de Boché, du charisme immédiat de Deshayes (qui mûrit décidément formidablement). Un peu plus de réserves sur Garnier : on entend l'artiste, mais l'instrument large demande encore à être domestiqué pour éviter l'impression d'émission en force et rendre le texte plus net. C'est difficile, et pour ce type de voix vient avec le temps ; elle a toujours eu la sensibilité d'une grande artiste (on le mesure ici encore, avec la tension des progressions qu'elle ménage !), on attend que cela s'incarne pleinement dans les années à venir.
→ (bissé)

♥♥ Mahler – extraits du Wunderhorn, lieder de jeunesse, cycle Rückert – Karg, Mahler (!), Martineau (HM)
→ Grâce à des rouleaux perforés, on peut entendre l'accompagnement de Mahler lui-même (beaucoup de tangage dans le rubato !) accompagner Christiane Karg.
→ La voix a beaucoup mûri, moins d'oscillations un peu grises, une pâte un peu plus épaisses, on y gagne et on y perd, mais l'artiste demeure toujours très musicale, attentive au texte, et le timbre agréable. Pureté de Martineau appréciable également. Très bel album.
→ (bissé)

♥♥ Berlioz, Bizet, Gaubert, Ravel, Falla, Serrano, Obradors, Lorca, chansons égyptiennes – « El Nour » – Fatma Saïd (Warner)
→ Sous l'apparence d'un usuel récital « Orient-Occident » par une jeune interprète à la mode, en réalité une collection de pièces remarquablement habitées (la qualité du français est digne d'éloges !), une technique très maîtrisée qui se prête avec souplesse aux divers styles (la grâce lascive de la mélodie française, la saveur corsée des mélodies espagnoles), incluant même un inédit (ce me semble) de Gaubert (Le Repos en Égypte). Et finissant par des chansons égyptiennes en émission vocale (partiellement) populaire, où frappent l'élégance et l'éloquence. Impressionnant ensemble – les Shéhérazade (avec piano… et ney !) de Ravel sont même très réussies, dotées d'un sens du texte précis.
→ (trissé)

chansons
diverses : Alagna « Le Chanteur »

→ Difficile à écouter pour moi : accompagnements assez caricaturaux (Casar, je suppose ?) avec couleurs de carte postale exagérées, mixage vraiment pénible (voix écrasée à l'avant, ploum-ploum gonflés).
→ Dommage, avec une guitare sèche (ou un archiluth !) et capté avec naturel, ce serait très beau, la diction est belle, le chanteur engagé (même s'il y a un rien trop d'épaisseur lyrique qui demeure par endroit).
→ En somme très bien chanté, mais dans un répertoire de chansons « pittoresques » qui n'a déjà pas ma faveur, les arrangements ambiance coloniale et le mixage agressif m'empêchent d'y prendre du plaisir…



nouveautés CD

LISTE D'ÉCOUTES à faire – nouveautés

THOMSON, V.: Portraits, Self-portraits and Songs (Tommasini, Leventhal, N. Armstrong, F. Smith)
rabhari compositeur
barry beethoven par adès
roland-manuel par akilli
bruckner 8 thielemann ( :( )
vivaldi tamerlano dantone

→ bach &fds corti
→ rvw job hallé elder songs travel neal davies
→ clyne

→ armand-louis couperin rousset
→ hammerschimidt, jesus stirbt, vox luminis
→ amirov, 1001 nuits
→ rubinstein le bal pour piano
→ zipoli in diamantina
→ "O! solitude, my sweetest choice" de Purcel/Britten (adaptation) sur le texte de Marc-Antoine Girard de Saint-Amant.
→ toccata classics : mihalovici, proko by arrangement, szentpali, ruoff…
→ anima rara par jaho
→ mzt van kuijk
→ vienne 1905-1910, richter ensemble
→ bruch ccto é pias
→ bach sons controcorrent
→ london circa 1720
→ il genio inglese alice laferrière
→ rathaus & shota par stoupel
→ bruckner symph 0 hj albrecht orgue
→ weinberg symph 6 altenburg gera
→ turalngalila mannheim
→ nielsen œuvres violon-piano hasse borup naxos
→ fuchs sonates violon
→ fasch clavier
→ hithcock spinet : burney & others
→ venice and beyond concerti da camera sonate concertate pour vents
→ leclair complete sonatas 2 violons
→ Petite Renarde Rattle
→ respighi chailly
→ ysaÿe 6 sonates par niklas valentin
→ earth music cappella de la torre

→ novak piano ccto, wood nymph
→ titelouze messes retrouvées vol.2
→ bronsart Jery
→ Bo, Pstrokońska-Nawratil & Moss: Chamber Works
→Łukasz Długosz
→ vermeer bologna
→ standley et ens contrast schubt
→ nature whispering
→ Petite Renarde Rattle
→ chant de la Terre I.Fischer RDS
→ lamento (alpha)→ fasch
→ earth music capella de la torre
→ nielsen complete violin solo & piano, hasse borup
→ manén violon cc
→ quintette dubughon holst taffanel françaix
→ fuchs sonates vln
→ meyerbeer esule
→ bononcini polifemo
→ graund polydorus
→ polisu kaleidoscope ravel pia duo
→ aho symph 5 currie
→ anima gementem cano
→ purcell royal welcome songs
→ gombert messe beauty farm
mahler 4 turku segerstam
chosta 5 jansons bayrso
bruckner 4,5,6,7 munich PO gergiev
beethoven 7 saito kinen ozawa
beethoven sonates 8-11 giltburg
beethoven concertos piano sw chb bavouzet
ardeo SQ xiii
schwanengesang behle
→ bizet sans paroles gouin
→ respigni chailly scala
→ st-saêns chopin callaghan
→ Mülemann mztwohlhauser (neos)
john thomas duos harpe piano vol.1 (toccata)
arnold rosner requiem (toccata)
moszkowski orchestral vol 2
idenstam metal angel (toccata)
corigliano caravassius siegel pour guitare (orchid)
iannotta : earthing (wergo)
imaginary mirror hasselt (challenge)
lundquist symphonies (swedish society)
eklund symphs 3 5 11 norrköping (CPO)
peaceful choir
spisak works (dux)
zemlinsky, rabl : quatuors (Zimper, gramola)
goleminov SQ par sofia SQ
gombert masses beauty farm
rachma par babayan DGG

huelgas the magic of polyphony

debussy intégrale alessandra ammara

mozart arias II regula mühlemann

bells, album athony romaniuk

Rééditions :
♦ secrets live annie fischer
♦ brahms piano rafael orozco
♦ vierne 24 pièces de fantaisie litaize



nouveautés CD

LISTE D'ÉCOUTES à (re)faire – autres

ben haim chambre

chaconne schmidt (et org)

Vocal Recital (Baritone): Duncan, Tyler - HAHN, R. / MILHAUD, D. / POULENC, F. / SAINT-SAËNS, C. (English Songs à La Française)

Constant Turner : Orchestral Music - DANIEL-LESUR, J.Y. / CONSTANT, M. / ROUSSEL, A. / TOMASI, H. (Luxembourg Radio Orchestra, Froment)

Nordic Autumn rangström

réécoute chopin centre chopin (listing)

RÖNTGEN-MAIER, A. / SMYTH, E.: String Quartets (Rendezvous: Leipzig) (The Maier Quartet)

job Andrew Davis / Bergen

Debussy / Tôn-Thât Tiêt - Mélodies, musique de chambre et piano

ziesak wolf eisenlohr 1992

réécoute walton quatuors

khovanchtchina stravinski (et ravel?)

Mefisto
: « Rawsthorne est un des compositeurs que j'ai exploré de façon systématique et qui m'a procuré de nombreuses satisfactions. Pas le plus immédiatement séduisant, mais des choses fascinantes. Le concerto de chambre, Pierrette, son thème et variations pour 2 violons, ses Bagatelles pour piano et son premier concerto pour piano pour les choses qui m'ont ébourriffé. J'ai noté plein d'autres pièces pour y revenir aussi : les sonates, celle pour violon pas charmeuse pour un sou et pourtant étrangement attirante, ou celle pour alto avec son scherzo diabolique, certains quatuors, certaines symphonies... »

Mefisto
: « Blake, plus direct, a beaucoup de belles choses à son catalogue et offre un primat à la mélodie, avec parfois des choses plus retorses (musique de chambre). Pareillement, j'ai écouté pratiquement tout, beaucoup de satisfaction avec ses pièces pour quatuor (comme Spieltrieb, Walk in the Air ou Month in the County, quel bel adagio !) ou son trio à cordes avec cette introduction martiale. Également notables, un très beau concerto pour flûte, assez cinématographique, et un concerto pour piano qui se vautre dans la facilité (thème ronge-méninges, envolées lyriques franchement lourdes parfois, dédicace à Lady Di) et qui pourtant fonctionne admirablement si on accepte le postulat de départ. Les concertos pour clarinette et celui pour basson s'écoutent bien, les Diversions avec violoncelle ont de très beaux moments. »




… à vous de vous amuser à présent !

jeudi 22 octobre 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 13 : Huygens, Gedalge, van Waas, de Vriend, Strauss à vent, Winterreise nawak


Que s'est-il passé au disque en octobre ?

Je change un peu de présentation pour classer autrement que par arbitraire ordre d'écoute.

Du vert au violet, mes recommandations… remplacées par des .
♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
♦ Gris : pas convaincu.   (aucun cette semaine)
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

En rouge, les nouveautés.


winterreise_nawak.jpg


OPÉRA & musiques de scène


Côté opéra, qui l'eût cru, c'est un Donizetti enfin documenté qui attire le plus mon attention…

Monteverdi – Orfeo – I Gemelli, Gonzalez-Toro (Naïve)
→ Belle version dynamique et nette, qui ne m'a pas paru apporter de nouveautés marquantes dans l'instrumentation et autres choix esthétiques, et dont les voix ne sont pas typées. Une excellente version, néanmoins pas prioritaire dans le cadre de la très riche discographie. (Petit plaisir d'entendre Zachary Wilder dans son rôle étendu de Berger !)

Lully - La Grotte de Versailles, Georges Dandin - Jarry (CVS)
→ La Grotte n'est pas le Lully le plus palpitant, et la manière assez tendre, pour ne pas dire indolente, de Jarry accentue sans doute encoe cet aspect peu tendu de l'œuvre – de même que les voix moelleuses, un peu ouatées, peu typées… (Le disque Reyne faisait une proposition autrement colorée et évocatrice !)
→ Sous ce traitement, le charmant Dandin sombre lui aussi dans une uniformitée policée qui, je dois l'aouer, m'exalte assez peu.
(→ Pourtant, les vidéos prises lors de l'enregistrement sont beaucoup plus électrisantes – lissage artificiel lors de la post-production ?)

Donizetti – L'Ange de Nisida – El-Khoury, David Junghoon Kim, Naouri, Priante ; ROH, Elder (Opera rara, mars 2019)
→ Double histoire d'inachèvement que cet Ange. Commandé en 1834 par le Théâtre de la Renaissance Donizetti y inclut des éléments de son Adelaide inachevée. La partition est écrite en 1839, mais alors même que les répétitions avaient commencé, la troupe fait faillite. L'œuvre n'est jamais représentée. De ce fait, vous retrouverez dans cette partitions beaucoup d'endroits que Donizetti réutilise, la même année, pour confectionner La Favorite, sur une intrigue similaire (le jeune homme éperdu d'amour idéal qui se retrouve à épouser la maîtresse du roi), passant de l'Italie à l'Espagne, et remaniée par Eugène Scribe.
→ Belle interprétation ; Elder a peu de mordant ici, mais la captation qui rend très présents à la fois les chanteurs et l'orchestre, permet une écoute optimale.
→ Vocalement, très belle version, en particulier chez les hommes, bon français, et très expressif comme on s'en doute chez les électrisants Naouri et Priante.
→ Belle découverte qui manquait, parmi le legs français de Donizetti ! Je trouve même le livret plus palpitant que celui de La Favorite : des épisodes comiques menaçants (façon Fiesque ou Ruy Blas, disons), moins d'airs, des échanges / affrontements / contrats plus mobiles, un peu plus de mystère aussi. Mais n'en attendez pas de révélation si vous connaissez la Favorite : les meilleurs morceaux y ont été réutilisés, et il y manque ses solos marquants.

Donizetti – L'Ange de Nisida – Lidia Fridman, Konu Kim, Sempey, Roberto Lorenzi ; Donizetti Opera O, Tingaud (Dynamic, octobre 2020)
→ Étrange initiative de publier, à si peu d'intervalle après la luxueuse version d'Opera Rara il y a dix-huit mois, cette version plus fruste – ténor certes intéressant (beau timbre, bonne prononciation, mais il reste des raucités fréquentes chez les chanteurs chinois et coréens), mais la justesse moyenne des cordes, accentuée par la prise de son comme souvent très contre-productive de Dynamic (zoom sur les trous dans le spectre orchestral, voix rejetées en arrière), rend l'écoute moins confortable.
→ Version tout à fait décente au demeurant, mais paraissant juste après une autre sensiblement plus aboutie, la nécessité de l'acquérir (voire de l'écouter) ne paraît pas évidente. [Oh, je me rends compte que la version physique de l'objet est un DVD et non un CD, ce qui change en effet l'intérêt de la chose… ce doit être très agréable avec le visuel !]

Moniuszko
– Paria – Poznan PO, Borowicz (DUX)
→ Opéra de jeunesse de Moniuszko, écrit sur un thème non local (intrigue bouddhique à Bénarès) pour séduire le public européen d'après une pièce de Casimir Delavigne… sur un livret en italien d'un auteur polonais.
→ Résultat assez standard comme on pouvait le craindre, un des opéras d'école italienne comme on en a tant produits, sans grande inspiration mélodique, impact dramatique ni effets d'harmonie ou d'orchestration. L'équipe de chanteurs polonais prononce de surcroît un italien assez peu savoureux.
→ Donc assez secondaire, en rien une urgence, sauf pour la curiosité d'entendre Moniuszko en italien. L'œuvre n'eut pas de succès non plus en son temps.

Verdi – La Traviata – Duo Germont-Violetta par Santini-Callas-Savarese, Mugnai-Callas-Campolonghi, Giulini-Callas-Bastianini, Rizzi-Grubverová-Zancanaro, Callegari-Devia-Zancanaro, Muti-Fabriccini-Coni, Pritchard-Sutherland-Merrill, Votto-Scotto-Bastianini…

Verdi – La Traviata – Studer, Pavarotti, Pons ; Met, Levine (DGG 1992)
→ De mauvaise fame et pourtant chantée au plus haut niveau, de façon impeccable techniquement et très frémissante.

Godard – Le Dante – Gens, Montvidas, Lapointe; Radio de Munich, Schirmer (Singulares)
→ Livret toujours aussi nul, de jolies choses dans la musique et une distribution de feu !


RÉCITALS VOCAUX (pouah)

Haendel – « La Francesina, Handel's nightingale » – Sophie Junker, Le Concert de l'Hostel Dieu, Franck-Emmanuel Comte (Aparté)
→ Beau disque, programme original pour un récital Haendel (beaucoup d'airs d'opéras anglais peu joués), et interprètes remarquables de style et de vivacités, très bien captés. Avouerai-je une petite frustration d'entendre Sophie Junker, très grande déclamatrice (adorée dans Erlkönigs Tochter de Gade aussi bien que dans le premier XVIIe italien chez Rossi…), se prêter à l'agilité ostentatoire du seria où l'aération de son timbre paraît moins un atout ? Ce n'était pas le répertoire où j'avais envie de l'entendre s'épanouir : j'entends un bon disque Haendel là où l'on pourrait avoir du lied ou des cantates XIXe absolument saisissants, voire du XVIIe de haute volée.


MUSIQUE SACRÉE

Abondance de biens comme chaque semaine de ce côté : disque particulièrement abouti de la SWR, varié et prenant, très loin des habituelles joliesses des albums de Noël (si vous êtes abonné à Qobuz, on m'y a commandé, il y a un an, une présentation de l'ensemble de la discographie du chœur) ; formidable démarche et intégration du disque Jarry que j'avais commenté en son temps, et encore tout récemment ; une excellente surpris de Jommelli ; Huygens le meilleur compositeur de petits motets à la française ?

Constantijn Huygens: Pathodia Sacra & Pathodia Profana – Auvity, Rignol, Van Rhijn (Glossa)
→ Corpus majeur du motet à voix seule, on ne fait pas plus prosodique / harmonique / rhétorique que ça ! Mais déception après les avoirs entendus en concert : Auvity est mal capté, la voix sonne avec dureté et étrangeté, trop près des micros, sans respirer dans un espace plus vaste… Un peu inconfortable à l'écoute alors que le niveau artistique est fabuleux. (De ce fait je recommande en priorité le disque Kooij, excellent aussi, qui ne souffre pas cette réserve.)

Constantijn Huygens: Pathodia Sacra & Pathodia Profana – Anne Grimm, Brummelstroete, van der Meel, Kooij – Leo van Doeselaar (NM Classics)

Balbastre, Dandrieu, Daquin : noëls populaires et pour orgue – Pages du CMBV, Jarry (CVS)
→ Déjà commenté à sa sortie en novembre 2019, puis dans une notule spécifique.

Jommelli – Requiem – Piau, Vistoli, R. Giordani, M. Lombardi, Rillevi, Cadel, Salvo ; Ghislieri O, GIulio Prandi (Arcana)
→ Connu pour ses opéras seria dans un style à la jointure du dernier baroque et du premier classique (dont les caractéristiques sont les airs très longs et l'effort d'adjoindre des contrechants de vents dans l'orchestre), Jommelli révèle ici une tout autre facette (il n'en existait, je crois, qu'un autre enregistrement, chez Bongiovanni).
→ Épuré, recueilli, persuasif, peu d'effets extérieurs, son harmonie apparaît beaucoup plus sophistiquée qu'à l'ordinaire, approchant une grâce digne des grands Mozart.

♥  Gibbons, Parsons, Byrd, Ord, Wishart, Howells, Holst, Vaughan Williams, Britten, Ravenscroft, Poston, Wilcocks, Adès, traditionnels – Christmas Carols – SWR Vokalensemble (Hänssler / SWR Classik)
→ Nombreux cantiques de Noël de langue anglaise, remarquablement choisis (pièces toutes passionnantes, pas trop homogène à l'écoute, mais interprétation qui leur procure une cohérence malgré leurs provenances très diverses), parcourus avec une simplicité frémissante par l'Ensemble Vocal de la SWR (au legs exceptionnellement divers). Vivement recommandé.


CONCERTOS


Émerveillement pour l'interprétation de Weber. Et retour à mon chouchou bassonné Hummel.

Vivaldi – Les Quatre Saisons – Jaap van Zweden, Combattimento Consort Amsterdam (Challenge Classics, 2016)
→ Sur instrument modernes (me semble-t-il à l'oreille), mais sans vibrato, version d'une virtuosité impressionnante permise par les instruments récents, tout en exposant une netteté et une fureur propre aux versions « musicologiques », une très belle proposition !

Dussek, Eberl, Beethoven, Eybler – « Beethoven's World » : concertos pour deux pianos, Gratulations-Menuett, Follia d'après Marais – Tal & Groethuysen, Radio de Francfort, Goebel (Sony)
→ Encore une superbe réussite de Goebel sur instruments modernes, mais ce volume me séduit moins que les précédents : pas de révélation vertigineuse sur le plan du programme. Des concertos pour piano bien faits parmi tant d'autres – et ce n'est pas mon genre de prédilection. Les volumes consacrés aux concertos pour violon de Clément ou aux concertos pour deux violoncelles de Reicha et Romberg étaient autrement stimulants !

Weber, Kurpinski – Concertos pour clarinette – Hoeprich, Orchestre du XVIIIe s., van Waas (Glossa)
→ Ces timbres, ces gradations en dynamiques, harmonies, en grain ! Van Waas transfigure ces œuvres qui paraissaient un peu monumentales en un univers frémissant de vie, très théâtral, comme issu en ligne directe de la dramaturgie de Gluck, la palette compositionnelle étendue des romantiques en sus !
(→ Le court concerto en un mouvement de Kurpinski est moins marquant, d'où le classement en section « interprétations ».)

Hummel – Concerto pour basson – Luoma, Tapiola Sinfonietta, Nisonen (Ondine)
→ Bijou de légèreté (très informée musicologiquement), ma version chouchoute pour ce concerto à la verve merveilleuse !

♥  Hummel – Concerto pour basson – Kuuksman
→ Pour du grain et du terroir, le sommet. Le Mozart est aussi superbement réussi, une de ses grandes lectures !

Paganini – Violin Concertos 1 and 2 – Rudolf Koelman, PBSO, de Vriend (Challenge Classics, 2012)
→ Très belle version mobile et vivalnte, mais moins radicale qu'avec La Haye dont de Vriend est directeur musical, évidemment. Ouverture très réussie de Matilde di Shabran, crescendo rossinien remarquablement maîtrisé.

Mendelssohn – Concertos pour 2 pianos – Ammara, Prosseda, Den Haag, Vriend (Decca 2019)
→ Celui en la bémol procède vraiment de l'imaginaire mozartien. Œuvres de prime jeunesse sans doute, assez peu marquantes (ce qui en fait, en soi, des œuvres à connaître : c'est si rare chez Mendelssohn !).

Moszkowski: Piano Concerto in E Major – Matti Raekallio,Tampere PO, Leonid Grin (Ondine)
→ Correspond bien davantage que la découverte émerveillée de ses Suites orchestrales… au préjugé que j'en avais. Du gentil néo-Chopin (très) bien fait, certes, mais pas particulièrement décoiffant de singularité. (Petit côté fanfare de cirque qui me plaît bien dans le final…)

Finzi, Vaughan Williams, Holst, J.  Gardner, Arnold, Stanford, J. Horovitz, P. Hope, G. Jacob, Rawsthorne, Leighton, H. Blake, Gunning, C. Lambert, Fogg – « My England », concertos anglais pour bois – Groves, Wordsworth, Bolton, P. Daniel… (Universal 2015)
→ Des raretés absolues dont certaines très stimulantes !  En cours d'exploration.


SYMPHONIES & poèmes orchestraux

Exploration partielle du fonds La Haye / de Vriend. Très convaincant dans l'ensemble, avec un faible particulier pour cette Neuvième de Schubert qui vient de sortir, et cette Première Sérénade de Brahms hors du commun. Sinon, Arriaga dans une lecture plus tradi que Savall, mais tout aussi aboutie… La Symphonie de Mantovani tient ses promesses, plutôt le meilleur de l'auteur – en revanche il ne faut pas en attendre de neuf, c'est du vrai Mantovani typique.

Beethoven – Intégrale des Symphonies et des Concertos – Den Haag, de Vriend (Challenge Classics)
→ Belle intégrale dans le genre « musicologique », sur instruments modernes (pas les cuivres manifestement, à l'oreille !), qui fouette avec un brin de sècheresse ces œuvres, très animées mais à mon sens un peu au détriment de la structure : lecture très verticale, dont les lignes s'interrompent vraiment lors des sforzati (dans l'esprit, à comparer avec Harnoncourt dans son intégrale avec le COE).
→ Des aspects électrisants, mais dans le même genre, on dispose de discours plus fouillés, variés, colorés.

Schubert: The Complete Symphonies Vol. 1. Symphony No. 2, D. 125 / Symphony No. 4, D. 417, Residentie Orkest The Hague, Jan Willem de Vriend (Challenge Classics, septembre 2018)
→ Moins convaincu que par les autres volumes. Vif et claquant, mais pas très touchant.

Schubert: The Complete Symphonies Vol. 2 (Symphony No. 1, D. 82 / Symphony No. 3, D. 200 / Symphony No. 8, D. 759 – Residentie Orkest Den Haag, Jan Willem de Vriend (Challenge Classics, mai 2019)
→ Vivement fouetté comme ses Beethoven, cela fonctionne très bien pour ces symphonies. (J'aime moins pour le couplage 2 & 4 de 2018.) Là encore, pas le lieu de la poésie, plutôt une façon très dynamique de susciter ces œuvres, avec une certaine homogénéité dans la durée.

♥  Schubert: The Complete Symphonies Vol. 3: Symphony No.9, D.944 – Residentie Orkest Den Haag, Jan Willem de Vriend (Challenge Classics)
→ Splendide Neuvième atypique, pleine de vivacité, qui semble courir sans fin pendant sa vaste durée, on perd de vue l'impression de longueur, et l'infini se ressent dans la perpétuation de la précipitation. J'aime beaucoup – même si la dimension poétique des belles courbes mélodiques ou de certaines modulations est moins au premier plan que la dimension motorique ajoutée.

Arriaga – Symphonie – Mackerras (Hyperion)
→ Mackerras encore tradi (pas le baroquisant des dernières années), avec un son d'orchestre moelleux (un peu trop même lorsqu'adviennent les doublures de bois sur les cordes vibrées), mais on sent qu'un très grand chef est aux manettes dans le frémissement constant des phrasés ! Seule petite réserve, le thème B de l'Andante (point culminant de la symphonie pour moi, un peu comme le climax du mouvement lent du Quatuor de Debussy – il faut impérativement le réussir !) qui n'est pas ineffable au même point que Savall, mais pour tout le reste, c'est absolument passionnant, en effet une alternative complètement valable et exaltante, quoique non « musicologique », de cette œuvre qui méritait pleinement ces grandes lectures !

Brahms – Sérénade n°1, Variations sur un thème de Haydn – Den Haag, De Vriend (Challenge Classics)
→ Incroyable de parvenir à produire une Première Sérénade d'un tel éclat, pas du tout dans la contemplation pastorale, mais spectaculaire comme peuvent l'être les Variations sur Haydn (moins surprenantes de ce fait). Grande lecture très originale de cette page, qui sonne totalement différemment de la pâte brahmsienne habituelle, plus élancée et insolente !

Massenet – Brumaire, Visions, Espada, Les Érinnyes, Phèdre – Royal Scottish NSO, Tingaud (Naxos)
→ Impressionné par Brumaire, Visions et Phèdre, qui témoignent d'un sens dramatique avancé ; les deux Suites plus spécifiquement attachées à la scène sont beaucoup moins passionnantes à mon gré.
→ Un peu déçu que Tingaud tire moins de couleurs du prestigieux Royal Scottish que de (l'excellente, certes) RTÉ irlandaise, mais belle lecture dynamique, malgré les timbres assez blancs – et la prise de son un peu dure.

Strauss: Metamorphosen, TrV 290 – Sinfonia Grange au Lac; Salonen, Esa-Pekka (Alpha, septembre 2019)
→ Grain individidualisé, tension de l'arche, grande version !

Prokofiev – Symphonies 1,2,3 – Bergen PO, Litton (BIS)
→ Versions captées avec l'aération de BIS et la beauté de Bergen, mais je ne leur ai pas trouvé la fermeté directionnelle ni la netteté (réverbération un peu forte pour cette musique ?) des grandes intégrales que je fréquente d'ordinaire (Weller par-dessus tout, Kitajenko, Gergiev…).

Pino Donaggio – Prélude pour Blow Out de De Palma – Sinfonica di Milano
→ Thème sirupeux postrachmaninovien assez standard, avec un petit côté variétaire dans le solo (sous-Concerto en sol), moui.

Bollon – Œuvres orchestrales – Radio de Sarrebrück, Nicholas Milton (HM)
→ Par le grand chef qui nous a révélé les mérites de Magnard dans ses récentes parutions des Symphonies, voici des compositions.
→ Étrange pièce avec flûte à bec amplifiée et modifiée par ordinateur (inconfortables disproportions, lorsqu'on écoute au disque), puis pièces assez planantes et tendues, avec des frottements menaçants assez habituels, des cordes dans le suraigu, des bouts de beat, tout cela surnageant dans une forme que je n'ai pas réussi à définir. Pas déplaisant, mais je n'ai trouvé cela ni très singulier ni très passionnant, je l'avoue.

♥  Mantovani – Symphonie n°1 « l'idée fixe », Abstract – Coppey, Monte-Carlo PO, Rophé (Printemps des Arts de Monte-Carlo)
→ Toujours cette écriture où l'on semble glisser d'un motif à l'autre par les timbres, au sein d'une pensée orchestrale en strates vraiment riche, animée, ludique à suivre. Une musique totalement atonale qui suit un parcours accessible, il y a de quoi toucher un plus vaste public qu'à l'ordinaire.
→ Et le Philharmonique de Monte-Carlo est superbement capté !


MUSIQUE DE CHAMBRE

Grand coup de cœur pour les œuvres pour vents de Strauss, qui n'a pas beaucoup brillé dans la musique de chambre… sauf, manifestement, lorqu'elle peut faire du bruit !  Savoureusement interprétées ici. Gedalge également, très belle découverte (sa Première Sonate aussi, pas enregistrée mais entendu au concert il y a quelques jours) !

Schubert – Quatuors n°4, 12 & 14 – Arod SQ (Erato)
→ Encore un jalon dans la jeune génération de quatuors très ardents dans ces pages depuis la rupture épistémologique des Jerusalem, qui ont ouvert une brèche depuis brillamment empruntée par les Ehnes, Novus, Cremona… À un degré de nouveauté certes moindre, les Arod impressionnent aussi par l'engagement absolu, le soin des textures et la tension qui émanent de leur appropriation d'aujourd'hui de ce quatuor.
→ Dernière variation du mouvement lent à pleine force, très impressionnante. Moins convaincu par la strette finale du quatuor : de loin la plus rapide jamais enregistrée, mais au point que le phrasé devient impossible, dommage.
→ Pas fanatique non plus que leur Quartettsatz, là encore surtout rapide, dans une œuvre qui a beaucoup d'autres choses à livrer ; en revanche leur Quatrième très fouillé permet de mettre à l'honneur la part de jeunesse des œuvres pour quatuor de Schubert, pas du niveau de ses derniers évidemment, mais parfaitement dignes d'intérêt dans un genre beaucoup moins typé et contrasté !

André Gedalge – Sonate violon n°2, concours trompette, trombone, mélodies – Laurenceau, Hacquard (Polymnie 2007)
→ Langage assez naturel et simple, ses mélodies chant-piano coulent de source, mais sa Sonate manifeste davantage d'ambition, très stimulante.

R. Strauss – Œuvres pour vents : Suite en si bémol, Sérénade en mi bémol, Sonate n°2 en mi bémol – Octophoros, Dombrecht (Passacaille)
→ Étrange mélange entre le Strauss contrapuntique sinueux qui affleure par moment et une écriture pour vents beaucoup plus traditionnelle, mélodique, sans ombre, une musique de véritable plein air, très homorythmique. Le vaste final de la Sonate est un modèle du R. Strauss lumineux, profusif et jubilatoire.
→ Je retrouve avec plaisir Octophoros et ses instruments anciens nasillards et capiteux, qui n'avaient pas trouvé de débouché disographique, me semble-t-il, depuis leur période chez Accent dans la décennie 2000.

♥  Walter Kaufmann – Quatuors, Septuor – Chamber ARC Ensemble (Chandos)
→ Incluant du folklore, assez calme et sombre, de belles œuvres accessibles mais sans superficialité. À approfondir.


SOLOS


Bach – Variations Goldberg – version harpe de Parker Ramsay (Label du King's College de Cambridge)
→ Très fondu et romantique, peu de contraste entre les sections, beaucoup de réverbération… je trouve qu'on y perd en richesse.
→ À l'opposé, je révère la lisibilité de la version de Catrin Finch (DGG 2009), acérée, variée, n'hésitant pas à travailler l'irrégularité des phrasés, à changer le tempo entre variations. Une très grande lectures de ces pièces, qui mène au niveau supérieur le changement d'instrument. Dommage pour Ramsay, donc.

Chaminade : Callirhoé Op.37 n°3 : pas des écharpes, Erik Parkin (Chandos 1991)
→ Charmant. Mais le lien avec Callirhoé n'est pas évident.


LIED & MÉLODIE

Splendides duos rares, un Winterreise totalement bizarre, une réédition salutaire d'un des meilleurs disques d'airs de cour de tous les temps… De quoi être content cette semaine.

♥  Lambert – Airs de cour – Mellon, Feldman, Laurens, Visse, Cantor… ; Les Arts Florissants (réédition HM)
→ Réédition.
→ La façon d'orner et de gérer le tempo a changé depuis l'enregistrement de ce disque vénérable, mais tout reste merveilleux ici, notamment la typicité de ces voix étroites, qui mettent le timbre et le texte au premier plan, loin des profils beaucoup plus couverts / ouatés qui prévalent aujourd'hui (même chez Christie).
→ Un Lambert vibrant et plein de poésie, chanté souvent à plusieurs mais avec la précision d'inflexion d'une interprétation monodique, pour un corpus qui sert lui aussi l'expression d'un goût suprême.

Schubert – Die Winterreise (arrangement Wolf & Siegmeth pour récitant, sax et archiluth) – Stefan Hunstein, Axel Wolf, Hugo Siegmeth (Oehms)
→ Encore un Winterreise bizarre. Mais celui-ci ne se contente pas de faire jouer la musique par des instruments exotiques, il offre une lecture intégrale des poèmes (remarquablement dits par Hunstein), accompagnée / entrecoupée par l'interprétation des thèmes écrits par Schubert. Quelquefois en entier, quelquefois avec variations, quelquefois par bribes, ou encore des sortes d'improvisations vaguement inspirées par le motif d'origine. Des bouts d'atmosphères qui surnagent autour du poème.
→ Et par deux instruments tout à fait inattendus (le sax ténor fait vraiment trop musique de cave enfumée pour l'esprit recherché, mais le sax soprano, la clarinette basse, et surtout le théorbe et l'archiluth parviennent capturer de réelles beautés bien présentes dans le cycle initial, et à le redéployer (ce qui est rarissime) sans le ridiculiser ni l'affaiblir. J'y retrouve tout le plaisir du Winterreise, mais selon une autre méthode, en quelque sorte. À essayer pour renouveler son approche, en particulier poétique !

Mendelssohn, Brahms, Gounod, Delibes, Massenet, Fauré, Chausson, Saint-Saëns… – Lieder & mélodies en duo « Deux mezzos sinon rien » – Deshayes, Haidan, Farjot (Klarthe)
→ Programme enthousiasmant, qui n'a rien (comme aurait pu le suggérer son titre) d'un récital de bis aimables, mais propose des pièces pleines de saveur, légères comme profondes.

Duparc – Phydilé – Sen Ren (sur son Facebook)
→ Belle diction, voix sonore et saine.

Mélodies suédoises (flonflons Björling, « art song » de Söderström, von Otter, monographie Melartin…)


LISTE D'ÉCOUTES à (re)faire

(cette section contient beaucoup de citations de mes mécènes en suggestions, copiées-collées dans mon dossier !)

L'Oiseau de feu, Suite du ballet (1945)
= Igor Stravinsky, Orchestre philharmonique de New York
(Columbia, janvier 1946)dusapin nigl

Die Bakchantinnen wellesz

Nordic Autumn? Ce sont des mélodies avec orchestre de Rangström, Madetoja et Palmgren et Luonnatar de Sibelius - par Camilla Nylund et Ulf Schirmer avec le Münchner Rundfunkorchester?lazarevitch îles britanniques / getchell
• Nobody’s Jig. Mr Playford’s English Dancing Master
- elfin knight frederiksen

Christoph Prégardien: ténor Christoph Schnackertz: piano Moniuszko:traduits en français par Alfred des Essarts.
Paderewski: Douze mélodies Catulle Mendès op.22.

Rihm – Das Rote

tintagiles RVW, loeffler

Sous l'eau du songe
Lieder and melodies by Lili Boulanger (1893-1918), Alma
Mahler (1879-1964) and Clara Schumann (1819-96)
Maria Riccarda Wesseling (mezzo-soprano), Nathalie Dang (piano)
→ Krogulski/Nowakowski (Goerner)
→ Stolpe

HIGH ROAD TO KILKENNY (THE) - Gaelic Songs and Dances from the 17th and 18th Centuries (Getchell, Les Musiciens de Saint-Julien, Lazarevitch)→ Lazzari, . Effet de Nuit fait son effet, par contre, la symphonie est interminable et les autres pièces symphoniques pas palpitantes (j'ai même trouvé la rhapsodie spécialement niaise). son trio pour piano et sa sonate pour violon ravi

→ Joubert (hors quatuors, je n'ai pas pris de notes), : la symphonie No. 2 (moment ineffable dans le II avant un finale diabolique), le concerto pour hautbois (sombre et véhément) et les pièces chambristes. Le cycle vocal Landscapes, le trio pour piano avec beaucoup d'atmosphères, ses sonates pour piano, surtout la No. 2,
→ tailleferre
→ final choral 2e partie Theodora
→ hummel
→ Marshall-Luck pour la Sonate violon d'Elgar
→ Requiem de Kastalsky par Slatkin
→ dallapiccola vol de nuit→ Alla Pavlova musique de film sous étiquette symphonique. C’est très sucré
→ Stacey Garrop l’aspect narratif de ses pièces (sa symphonie Mythology collection de poèmes symphoniques
→ Ses quatuors
→ Lea Auerbach sa musique de chambre, souvent autour des variations, jeux de miroirs au sein de la même pièce ou entre les pièces (les mouettes du I dans son premier trio), ses motorismes, toutes ces choses et plus encore me transportent.
→→ Ses deux trios pour piano et ses 24 préludes (surtout ceux pour violoncelle et piano, même si violon et piano, un autre numéro d’opus, sont de haute volée) seraient mes premières recommandations.

→ Gloria Coates Noir, tourmenté, très râpeux
→ Rosalind Ellicott quelle verve mélodique ! Ses deux trios pour piano
→ En vitesse, Lucija Garuta a laissé un très beau concerto pour piano, Louise Héritte-Viardot 3 quatuors de belle facture, Rita Strohl un saisissant duo violoncelle/piano Titus et Bérénice. Elisabeth Lutyens m’a été très difficile d’approche, mais elle a définitivement des choses à dire.
→ Australiennes, comme Myriam Hyde, Elena Kats-Chernin et Margareth Sutherland (Women of Note, permet de se faire une idée des noms qui accrochent).

schleiermacher

moszkowski catalogue

hauer opéra

rubbra ccto pia, botstein

mephisto minnesota oue

callirhoe chaminade

tailleferre cc 2 pianos, hommage à rameau

barber sonata kenny
copland sonata

trauermusik haydn

voces8 marcello

compét' symphonistes brits

sawyer 4vaccai sposa messina

polonia panufnik

cantates jacquet
kinkel
holmès
bosmans
sokolovic
kapralova

nowowiejski org

comala

tout gold MDG : leipziger (gade, sibelius, schoeck), consortium…

tout Hortus Gde guerre

opéras CPO : pfitzner, fibich, weingartner, feuersnot…

delius mass of life

DUX bacewicz vln-pia

saygunmoeran songs

Emile Jaques-Dalcroze: La Veillée
par Le Chant Sacré Genève, Orchestre de Chambre de Geneve, Romain Mayor

abraham, hollaender





… de quoi vous amuser sous couvert d'échapper aux flammes.

samedi 10 octobre 2020

Dandrieu, Ives, Terterian : quand les disques expliquent – thèmes traditionnels émergés


Je voulais mentionner ici une nouvelle tendance qui semble se dessiner au disque et au concert : la mise en relation entre les œuvres canoniques et leurs sources populaires.

Ce concept, qui peut paraître évident (tant cette filiation récurrente se trouve partout soulignée dans les commentaires musicologiques) me semble en réalité assez rare, considérant le nombre de concerts (200) et de disques (pas loin d'un millier) que je peux consommer (enfourner ?) en une année. Et c'est grand'pitié, car on passe facilement à côté de l'esprit qui a présidé à la création, si l'on ne repère pas que la plupart des Requiem adaptent simplement les mélodies grégoriennes, ou que les plus géniaux thèmes de Tchaïkovski (les symphonies, les opéras…), Moussorgski (Boris Godounov, La Khovanchtchina en sont saturés !) et Stravinski  (final de L'Oiseau de feu…) proviennent du folklore ukrainien.

Combien de fois ne m'a-t-on fait la remarque « tiens, Kharachosovietski emprunte tel thème à Tchaïkovski », alors qu'il s'agit d'un thème populaire – non seulement la référence pensée par le compositeur n'était pas à Tchaïkovski, mais de surcroît Tchaïkovski lui-même doit être pensé comme un emprunteur. Le sujet est même éclairant sur le champ d'une perception culturelle plus vaste : quand on constate la quantité de thèmes populaires essentiellement ukrainiens (quelques imports de la Volga également) qui innerve la grande musique russe, on mesure mieux en quoi les destinées politiques de l'Ukraine peuvent apparaître comme un sujet de politique interne, pour ne pas dire intime, aux yeux (et oreilles) d'un Russe.
[Les Français ont fait de même, sous l'impulsion de d'Indy, mais leurs œuvres n'atteignent pas un tel degré d'intrication, sont moins diffusées au concert et au disque… et les mélodies moins reconnaissables que les modes ukrainiens traditionnels.]

De même, lorsqu'on se rend compte du nombre de thèmes grégoriens présents partout dans la musique (le Dies iræ est loin d'être le seul !), on mesure aussi tout ce que l'on manque sans la conscience de ce matériau essentiel. Pas seulement dans la musique sacrée.

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Or, dans ces tous derniers mois, trois disques (et un concert) ont paru en épousant cet méthode : donner au public les clefs. En concert, ce peut être facile et interactif, comme l'a fait dès 2019 l'Ensemble Poséidon d'Arnaud Condé pour son programme de Noël – les noëls traditionnels du XVIIe étaient chantés avant de faire entendre la Messe de Minuit et le Noët sur les instruments de Charpentier, ce qui permettait de relier non seulement les mélodies, mais aussi l'implicite des textes (« Joseph est bien marié », « Mais où vont ces gais bergers », etc.), à l'œuvre d'arrivée.

Au disque, cela signifie occuper de la place pour des œuvres non nobles – beaucoup d'auditeurs vont, au fil de leurs écoutes, laisser le disque tourner sans nécessairement y chercher la dimension pédagogique, surtout après l'avoir découverte une première fois –, donc prendre le risque d'un support moins « écoutable » que ceux qui enfilent les œuvres « principales ». (Une des raisons également pour lesquelles on n'enregistre pas toujours les dialogues parlés des opéras, ce qui constitue une erreur considérable à mon sens.)

Et pourtant, le résultat en est réellement stimulant intellectuellement, enrichit l'écoute même pour des oreilles ingénues, et surtout l'on peut découvrir des œuvres du folklore dans des conditions absolument optimales, avec de nouveaux doudous qui peuvent s'ajouter à nos expériences d'écoutes passées…




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Shoger Jan, de l'emblématique Komitas. (Pour deux zukras.)
(Disque du 4 novembre 2019.)

Ainsi, lorsque Karabits publie chez Chandos une nouvelle version des symphonies de Terterian, dont la Troisième qui convoque une paire de duduks (hautbois caucasiens) ainsi qu'une paire de zurnas aiguës (hautbois anatoliens, en bois d'abricot), il insère après sa symphonie deux duos-improvisations traditionnels pour faire entendre les zurnas (ou plutôt zukras, en arménien) dans leur habitat modal naturel. On entend ainsi à nu ces timbres très spécifiques – utilisés en musique de film pour évoquer les univers archaïques, tels Gladiator ou Game of Thrones… –, et jouant les intervalles qui leur sont habituels. Témoignage intéressant, qui évite de tendre l'oreille pendant la symphonie, et de n'entendre que la bizarrerie de leur emploi, dans une œuvre soviétique ambitieuse de 1975…

Je ne suis pas certain de recommander les œuvres en tant que telles – j'ai détesté les aplats uniformes, longs, très bruyants, un côté Orff-à-l'usine assez peu subtil –, mais des amis de confiance ont beaucoup aimé… et la démarche méritait en tout cas ce coup de chapeau !  (Œuvre très rare – il existe seulement une autre version, beaucoup plus confidentielle, de ces deux symphonies au disque –, et accompagnée du matériau pour en comprendre certains aspects.)




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In the Sweet By and By, cantique composé par Joseph Philbrick WEBSTER.
(Disque du 8 novembre 2019.)


Cette fois tourné vers le matériau thématique et non vers l'instrumentarium, le San Francisco Symphony, fidèle à sa vocation de vulgarisation de haut niveau sous Michael Tilson-Thomas, produit sous sa propre étiquette un enregistrement (très réussi par ailleurs) des deux dernières symphonies de Charles Ives, précédé à chaque fois de plusieurs cantiques que le compositeur-colleur inclut dans les strates inextricables de ses œuvres. Cantiques présentés sans coquetterie, très bien exécutés par le Chœur de l'orchestre avec simple accompagnement d'orgue : on entend réellement le matériau nu tel qu'il est présenté lors des cultes auxquels Ives a pu assister.

Or, si tout le monde sait que ces chœurs représentent réellement une part capitale des contenus thématiques de ces symphonies, tous les auditeurs (et en particulier de pays de tradition catholique !) n'ont pas du tout dans l'oreille les mélodies (ni les textes) des cantiques de Mason, Marsh, Webster, Bradbury, Glaser, Converse, Stites ou Zeuner !

L'écoute n'en est pas passionnante musicalement à proprement parler, mais demeure très brève (pas de reprises, juste le premier couplet), et surtout nourrissante et éclairante pour redécouvrir ensuite les références d'Ives, cette fois en les ayant soi-même partagées dans sa chair (pavillonnaire).

Ce protocole pourrait être appliqué régulièrement pour beaucoup de disques (ou concerts) classiques : présenter les thèmes (même les thèmes originaux, par exemple pour les formes sonates ?) et faire entendre ensuite l'œuvre. Ce privilège se rapproche de la mise à disposition du texte pour du lied ou de l'opéra : cela change réellement, profondément l'expérience.




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Laissez paître vos bêtes, noël traditionnel tissé avec les variations pour orgue de Dandrieu sur ce thème célèbre.
(Disque du 15 novembre 2019.)


Enfin, le sommet de l'art : inclure musicalement les œuvres folkloriques dans le programme du disque. Ce disque du label extraordinaire du Château de Versailles (plutôt un label au service du répertoire musical qu'au service de la communication du lieu touristique), Gaëtan Jarry fait jouer simultanément les cantiques traditionnels du XVIIe et leurs grandes paraphrases pour orgue de Dandrieu, Corrette, Daquin et Balbastre, avec le chant en alternance entre les variations – et quelquefois accompagné par l'orgue.

Outre l'excellence du résultat (orgue idéal, registration savoureuse et agilité mordante de Jarry, meilleur chœur d'enfants au monde pour ce répertoire…), on est frappé par ce qu'il révèle : la juxtaposition permanente de l'original et de son altération permet de mesurer les parts respectives de la tradition et du compositeur : c'est-à-dire la façon de s'emparer d'une mélodie ou de ses diminutions, chez chacun d'eux.

Pour couronner le tout, l'alternance des timbres instrumentaux & vocaux évite grandement la lassitude (ou du moins l'anesthésie d'oreille) qui peut naître en n'écoutant qu'une suite de pièces solo – dont les logiques de composition, isolément, peut d'ailleurs sembler bien plus arbitraires.

Étrangement, même pour ces œuvres qui s'y prêtent de façon si évidente, leur filitation étant explicite et les originaux solidement documentés, ce n'est pas du tout la norme – plutôt l'exception.



Je me réjouis donc hautement de cette tendance, et espère qu'elle devienne de plus en plus courante : même pour les auditeurs aguerris, disposer des références (ou même des thèmes originaux) aide vraiment à se repérer dans la structure, et permet au plaisir de prendre une dimension moins superficiellement mélodique, de véritablement suivre les méandres de tout un discours dont la richesse, on le sait, peut être vertigineuse.

J'espère en voir d'autres. Car la pédagogie nous sauvera de l'obscurantisme – qui, comme chacun sait, consiste à écouter du Bach, du Beethoven ou du Mahler pour leurs mélodies. Si vous aussi, vous observez un changement de comportement chez un proche, qui se met brutalement à commenter les lignes vocales chez Wagner ou le génie mélodique de Schönberg, appelez le Numéro Vert gouvernemental de l'Observatoire de Prévention des Radicalités.

Vigilants. Ensemble.

dimanche 4 octobre 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 12 : Carême, Boréades, Cœur de Lion, Solemnis, Ķeniņš, mini-Mahler, ballet moisi, mort aux Turcs


(… lesquels Turcs composent pourtant une musique qui vaut bien celle de Zajc, mais j'en ai déjà parlé dans une précédente notule.)

Longue période à préparer des notules – et à (beaucoup trop) aller au concert, 22 soirs sur les 30 de septembre… –, aussi les commentaires discographiques, quoique ralentis, se sont un peu accumulés. Je vous les livre avant qu'ils ne soient décidément trop nombreux. J'ai un peu rattrapé mon retard sur les nouveautés très appétissantes qui ont déferlé ces deux dernières semaines.

S'il faut choisir seulement trois disques, je dirai Les Méditations de Charpentier, Statuesque de Heggie et le Hummel-Beethoven de Visovan. Voilà, vous pouvez vaquer. (Ou lire le reste.)

Les nouveaux enregistrements les plus marquants de ces quelques dernières semaines.

BAROQUE
Méditations pour le Carême de Charpentier par Bestion de Camboulas, œuvres sublimissimes dans une interprétation très dramatique (et à un par partie).
Les Boréades de Rameau par Luks, enfin une version moderne au disque, dans une distribution superlative. (Gardiner, outre qu'il est aléatoirement trouvable, a vraiment vieilli dans les récitatifs. Christie n'est disponible qu'en DVD et moins abouti que Luks par ailleurs.)

CLASSIQUE ET POST-CLASSIQUE
Richard Cœur de Lion de Grétry par Niquet, résurrection tant attendue qui permet de réévaluer massivement l'œuvre.
¶ Fantastique Sonate de Hummel et transcription pour tout petit ensemble de la Première Symphonie de Beethoven, sur piano d'époque, des merveilles absolues.(Aurelia Visovan)
¶ Une belle Missa solemnis de Cherubini (Bernius).

SYMPHONIQUE
¶ Beethoven 1-9 par WDR-Janowski, au sommet de ce qui peut être fait en tradi.
¶ Brahms 1 par Gewandhaus-Blomstedt, où triomphe la décantation poétique.
¶ Mahler 7 par Lille-Bloch, furie, détails, mordant.
¶ Chant de la Terre réduit par De Leeuw, plus mahlérien que l'original.
¶ Sibelius par RPO-Hughes, timbres moyens mais conception galvanisante.
¶ Ķeniņš 1 & 2, belle personnalité à découvrir.

LIED
¶ Schumann (Kerner, ballades…) par Hasselhorn, dont quelques nouvelles références absolues (Die Löwenbraut).
¶ Schmitt, les mélodies très peu documentées et très bien chantées.
¶ Heggie, l'irrésistible Statuesque par Barton.

OPÉRAS DU MONDE
Nikola Šubić Zrinjski de Zajc, le tube culturel croate, dans une exécution de niveau exceptionnel.

Paraissent aussi deux histoires du quatuor, l'une du quatuor baroque, l'autre des contemporains de Beethoven. Pas forcément des disques superlatifs en eux-mêmes, mais le parcours est passionnant, en particulier le premier (de Musica Fiorita) qui révèle les origines mal connues (au disque) du quatuor à cordes sans basse continue, à une période qui précède Haydn et Boccherini.

Deux déceptions notables :
♠ les Schubert de Jacobs (sans surprise, certes, me concernant), très bien mais qui n'apportent rien de neuf (à quoi bon, alors, alors qu'il a tant à dire sur les siècles précédents ?), confirmant la sclérose de l'inspiration et du répertoire chez ce chef qui fit tant de merveilles (et exhuma tant de perles servies au plus haut niveau), hélas.
♠ Le nouveau ballet de Boismortier, ni une partition exaltante, ni une réalisation saillante – tant d'énergie et de fonds pour des ballets moyennement convaincants, alors qu'on dispose des interprètes formés pour monter les tragédies de première intérêt de Desmarest, Campra, Destouches, La Coste, et, si l'on veut vendre des exemplaires, du Régent !

¶ Hors nouveautés, enfin trouvé les Leçons de Ténèbres de Gilles (de forme atypique, avec soliste et chœur en antiphonie), mais dans une interprétation qui ne me satisfait pas totalement. Régal avec les mélodies françaises par Dumora et les lieder par von Otter. Superbe disque Saint-Saëns de Maazel également.

¶ Réécoute de Volo di notte de Dallapiccola dans sa version française (œuvre déjà très accessible, rien à voir avec l'hermétique Ulisse ou même avec l'expressionniste Il Priogioniero) et dans une distribution à faire tourner les têtes, toujours un délice ; du Quatuor avec clarinette de Hummel (si vous aimez le Quintette de Mozart, un des nombreux prolongements possibles), et du savoureux Moby-Dick de Heggie, de l'opéra épique d'aujourd'hui.

¶ Écoutes comparées pour Les Méditations pour le Carême de Charpentier (toute la discographie) et Die Löwenbraut de Schumann (l'essentiel de ce qui est actuellement disponible).

Les détails dans les tableaux ci-après.

Nikola Subic Zrinsjki Opéra - Ivan Zajc - CD album - Achat & prix | fnac

Du vert au violet, mes recommandations.

♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
♦ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)




commentaires nouveautés : œuvres commentaires nouveautés : versions


Dussek – Messe solennelle –  Academy of Ancient Music, Egarr (AAM)
→ Surtout célèbre pour son piano, et en particulier sa grande pièce rhapsodique et narrative autour de le mort de Marie-Antoinette, Dussek bénéficie ici d'un enregistrement d'une œuvre de grand format, et sur instruments anciens !
→ L'œuvre tient son contrat de densité, d'ampleur et de spectaculaire, elle s'écoute avec beaucoup de bonheur. L'écoute n'est pas achevée, j'en dirai davantage lors de la prochaine livraison.
Beethoven – Intégrale des Symphonies – WDR, Janowski (PentaTone)
→ J'ai déjà commenté les 5 & 6, sommets de la discographie des exécutions « traditionnelles » des symphonies de Beethoven.
→ L'intégrale me convainc plus diversement, beaucoup de chair d'orchestre (les cordes débordent un peu sur le reste du spectre), peu de contrastes de couleurs, on dispose de beaucoup d'autres propositions plus stimulantes désormais, même en laissant de côté les conceptions très affirmées de Hogwood ou Gardiner, avec des propositions de Dausgaard à Savall, par exemple.
Wellesz – Die Operfung des Gefangenen – ÖRF, Cerha (Capriccio) → Grands aplats et unissons avec tambours battants : essentiellement de la musique symphonique chorégraphique (pas du tout dansante) et des chœurs à l'unisson… peu exaltant.
→→ suite →→ 
→ Pour autant, l'énergie constante (voyez la 5, la Marche funère de la 3…) et la beauté impressionnante des phrases – la façon dont Janowski laisse toujours respirer la musique sans jamais la lâcher, ou dont il fait entendre le détail du contrechant dans la section des bois – en font une fréquentation particulièrement stimulante, satisfaisante et inspirante !
→ J'espérais qu'elle règle la question de l'intégrale « traditionnelle » (Dohnányi-Cleveland reste au firmament, mais Telarc a disparu, tout est épuisé), ce n'est pas forcément le cas, mais le résultat reste particulièrement exaltant.
Werner – Der gute Hirt – Orfeo Orchestra, Vashegyi (Accent)
→ Bel oratorio des années 1730, très statique, donc la langue musicale évoque l'univers de Haendel et surtout Bach, en bonne logique. Le livret en est très statique, peu de saillances musicales même si tout est beau (notamment les récitatifs) ; de même pour l'exécution, valeureuse mais sans personnalité proéminente. Intéressant pour cette période très peu documentée hors des grands noms.
Schubert – Winterreise – Benjamin Hewat-Craw, Yuhao Guo (Ars Produktion)
→ Chant vraiment couvert et cravaté, le baryton cherche à faire le plus grosse voix possible, et ce nuit à la diction et à l'expres​sion – il refuse résolument les résonances par le nez, pourtant le fondement d'une technique lyrique efficace.
→ Au demeurant, une belle étoffe de voix et une interprétation pleine de conviction. Pas indispensable du tout, mais pas déplaisant à la découverte.
Boismortier – Les Voyages de l'Amour – Santon, Watson, Wanroij, Dolié ; Orfeo Orchestra, Vashegyi (Glossa)
Don Quichotte chez la Duchesse est l'œuvre que je recommanderais en priorité pour faire découvrir l'opéra à un néophyte. Tellement condensé, fantaisiste,coloré  et immédiatement séduisant !  Aussi, un nouveau ballet de Boismortier suscitait toute mon attention.
→ Il s'avère que le livret témoigne du néant littéraire du ballet du temps (il ne se passe rien, une enfilade d'airs stéréotypés sur une action qui se limite à peu près au titre – une fausse fuite dans des jeux d'amants).
→ Par ailleurs, la distribution, malgré toute sa science du style, souffre de voix formées à une technique XIXe (et même XXIe) : diction lâche, timbres assez opaques, émission trop couverte, vibratos flottants… De même pour l'orchestre, qui réussit très bien dans les formules hiératiques post-gluckistes mais qui manque ici de l'élan et de la couleur qui caractérisent l'opéra français de troisième génération (époque Rameau).
→ Tout ce qui aurait pu compenser les faiblesses de l'œuvre, avec des voix fraîches, une diction au cordeau, un orchestre qui déborde d'invention et de coloris, manque pour renverser la tendance. Hors amateurs forcenés intégralistes, cette découverte me paraît dispensable.
Sibelius – Symphonies n°1 & 3 – Royal Philharmonic, Hughes (Rubicon)
→ Il y avait fort longtemps que je n'avais pas entendu le Royal Philharmonic, qui ne fut jamais l'orchestre le plus intéressant, le plus virtuose ou le plus engagé des royaumes unis… Les derniers enregistrements de lui qui ont passé par-devers moi doivent remonter à des captations des années 90… Il s'avère que nous n'avons toujours pas affaire au phénix des hôtes de ses bois.
→ J'aime beaucoup Hughes, qui parvient à animer des orchestres secondaires avec une certaine ardeur bien tenue et une belle aération, comme ici. Dans Sibelius, un peu de plus de structure et de chatoyance aurait sans doute été nécessaire pour rivaliser avec les grandes versions, mais je trouve les transitions très réussies, la mutation thématique s'y entend remarquablement. Je vais donc y revenir et le laisser maturer, peut-être que, malgré les timbres limités, j'en ferai un véritable compagnon de route !
anonymes, Eccles, Lawes, Oswald, Purcell – The Queen's Delight (English Songs and Country Dances of the 17th and 18th Centuries) – McGown, Musiciens de Saint-Julien, Lazarevitch (Alpha)
→ Délicieux ensemble de chansons délicates et entraînantes, avec les sonorités acides et vivantes des Musiciens de Saint-Julien et la savoureuse Fiona McGown.
→→ suite →→
→ Et, de fait, la Troisième me passionne par son grain, ses transitions infinies, sa verve folklorisante qui ne masque jamais la complexité de conception… Une merveille de chef, alors même que l'orchestre n'a pas l'insolence des plus grandes formations – mais réagit très bien. Une grande version !
Tālivaldis Ķeniņš  –Symphonies : 1, 2, Concerto (de chambre) flûte, clarinette, piano & cordes ; Concerto piano, percussions & cordes – National de Lettonie, Poga (Ondine)
→ Concerto de chambre : belle prolifération babillarde de sons disparates au sein d'une langue assez romantique… on songe par exemple à Martinů.
→ Concerto piano-percus : ambiance lyrique très étale, avec jolies superpositions harmonies (on songe par endroit au Premier Concerto pour piano de Schnittke).
→ Très belles choses dans les symphonies, qui n'accrochent pas nécessairement l'oreille distraitement, mais le détail contient de belles tournures sibeliennes, et manifestement une structure soignée et stimulante. À laisser mûrir, je crois qu'on tient un disque de qualité !
Mozart – La Betulia liberata – Piau, Forsythe, Iervolino, Pablo Bemsch, Di Pierro ; Les Talens Lyriques, Rousset (Aparté)
→ Seul oratorio achevé de Mozart, commandé pour Padoue (et manifestement jamais représenté sur place, ce titre étant lié dans les archives à l'œuvre d'un compositeur local), c'est l'œuvre d'un compositeur de 15 ans, sur un livret de Métastase, où Holopherne a la particularité d'être totalement absent – sa mort est rapportée par Judith elle-même dans un long récitatif accompagné par les cordes, à la façon du viol raté de Donna Anna. Seule incarnation du camp ennemi, son allié Achior, prisonnier impuissant qui se convertit au judaïsme devant la puissance du Dieu hébraïque.
→ L'œuvre consiste uniquement en une suite de récitatifs et d'airs, quelques chœurs (peu marquants) mis à part ; à cette âge, on ne dispose pas encore du meilleur Mozart évidemment.
Klengel, Schumann – Concertos pour violoncelle – Gromes, Berlin RSO, Nicholas Carter (Sony)
→ Timbre moins impressionnant qu'en musique de chambre, moins rond, plus « poussé ».
→ Très belle composition généreuse de Klengel, quoique très conditionnée par les démonstrations de virtuosité (qui ne sont néanmoins pas banales ni laborieuses).
→ Beau Schumann, lecture expansive, très ronde (le spectre sonore est écrasé par les cordes) et lyrique, évoquant davantage les années 1890 que le style milieu-de-siècle, mais réalisé avec une force de conviction considérable !
→→ suite →→
→ Je déplore que les Talens Lyriques mettent leur énergie (et leurs disques) au service d'une œuvre réellement mineure d'un compositeur-vedette, mais je dois admettre qu'ils en fournissent ce faisant de loin la meilleure version disponible au disque. L'Ouverture qu'ils colorent à la Gluck est tétanisante, tandis que la mobilité d'ensemble épargne l'ennui. Belle distribution également, en particulier Iervolino – Bemsch qui change de voyelle en cours de vocalisation et Di Pierro qui les hache rencontrent quelques limites dans les coloratures, mais déclament remarquablement. Dommage que la prise de son les mette très en avant, à l'ancienne – les chanteurs font plus de bruit dans un récitatif que l'orchestre entier dans l'Ouverture !
→ En effet, je n'ai pas écouté la version historique de Rossi ni la très tradi de Hager (mais je vois ce que c'est), et Gaigg (Orfeo Barockorchester) ou le très beau Favero (Oficina Musicum) ne sont pas aussi luxueusement aboutis.
→ C'est donc recommandé si vous souhaitez absolument écouter du seria de Mozart mineur mais bien servi.
Bononcini, Sonata da camera a 4 
A. Scarlatti, Sonate a 4 senza cembalo 
Maddalena Lombardini Sirmen, Quartetti
– Musica Fiorita (Pan Classics)
→ Véritables origines du quatuor à cordes que ces sonates pour 2 violons, alto et basse continue… sans clavecin ! Très beau projet.
→ Les œuvres demeurent dans la veine « décorative » de la musique de chambre baroque, sans l'ambition formelle de l'ère classique ni bien sûr émotionnelle des romantiques. Mais suivre la filiation dans une exécution aussi nette est passionnant !
→ La fugue lente de la Deuxième Sonate de Scarlatti est remarquable, dans un genre cependant très rétro, davantage évocateur du premier XVIIe, voire de la Renaissance, que de l'avenir du quatuor. Et pourtant les couleurs harmoniques obtenues évoquent le taciturne n°16 de Beethoven !
→ Lombardini Sirmen écrit déjà en revanche, une langue classique, sans formules toutes faites, vraiment stimulant – ce mériterait réécoute pour mesurer son apport au genre, mais ce ne me semble pas du tout anodin.
Charpentier – Méditations pour le Carême – García, Candela, Bazola ; Guignard, Galletier, Camboulas (Ambronay)
→ Avec Médée, le fameux Te Deum et le Magnificat H.76, on tient là la plus belle œuvre de Charpentier, inestimable ensemble de dix épisodes de la passion racontés en latin (et s'achevant au miroir du sacrifice d'Isaac, sans sa résolution heureuse !) par des chœurs tantôt homorythmiques tantôt contrapuntiques, et ponctués de récitatifs de personnages (diversement sympathiques) des Écritures. Merveille absolue de l'harmonie, de la prosodie et de la poésie sonore.
→ Ce que font Les Surprises est ici merveilleux, sens du texte et des textures hors du commun, d'une noirceur et d'une animation dramatique inhabituelles dans les autres versions de cette œuvre, et servi au plus suprême niveau de naturel chanté. Un des disques majeurs du patrimoine sacré français.
Bach Sons – Symphonies by J. C. Bach, J. C. F. Bach, W. F. Bach & C. P. E. Bach – Controcorrente Orchestra (Passacaille)
→ Écouté distraitement en travaillant, il faut que j'y revienne. Semblait très bien (exécution remarquable en tout cas).
Mahler – Symphonie n°7 – ON Lille, Bloch (Alpha)
→ Je n'aime pas trop la prise de son assez mate, cependant elle permet de profiter avec précision de cette lecture au plus haut niveau, marquée non seulement par la qualité technique, mais surtout par l'énergie inextinguible imprimée par Bloch – qui a décidément transfiguré cet orchestre en une phalange de classe mondiale !
→ Structure, tension permanente, il n'y a que sur la couleur où l'on puisse trouver plus luxueux chez des orchestres plus célèbres. Grande, grande version. J'attends avec impatience le prochain disque de Bloch, quel qu'il soit !
Bizet sans paroles : Chants du Rhin, transcriptions – Gouin (Mirare)
→ Quelle douceur de toucher !
→ La Romance de Nadir récrite par Gouin se mêle au « vent d'hiver » (Op.25 n°11) de Chopin, impressionnant.
→ Les colossales Variations chromatiques brillamment soutenues (avec plus d'éclat et peut-être moins d'intériorité que Wagschal, il me faudra réécouter les deux),
→ Transcription par Bizet du Concerto n°2 (déjà cyclopéen) de Saint-Saëns, qui en accroît encore les difficultés et les rend constantes, en exigeant d'autant plus de musicalités que tous les thèmes sont au pianiste, ainsi que le fondu. Gouin survole tout cela avec une aisance à peine concevable.
→ Pas nécessairement séduit par tous les choix de répertoire, mais panorama très original de Bizet pianiste, Bizet transcrit, Bizet transcripteur !
Bach – Motets – Pygmalion, Pichon (HM)
→ Après des Messes incomparables et une Saint-Jean très stimulante, j'avais été désappointé, sur le vif, par ces Motets. Au disque, on est tout de même ébloui par la beauté des timbres du chœur – même si les s'il est bien sûr difficile de retrouver la même mobilité expressive que dans les versions à « un par partie ».
→ Dans le domaine des versions à chœur, vraiment une belle version aux couleurs remarquablement généreuses, qui a manifestement mûri au fil des concerts de ces dernières années.
Gyrowetz 20-3, Haydn 77-1, Beethoven 1, Boccherini 90, Hansel 20-3, Beethoven 9, Donizetti 17, Beethoven 16, Schubert 14, Mendelssohn 2, Schumann 3, Czerny 28 Ab – Beethoven's World 1799-1851 : The Revolutionist & His Rivals – Casal SQ (Solo Musica)
→ Quelle brillante idée ! Par un quatuor très allant et légèrement acide, adéquat pour donner de l'élan à des œuvres de la période.
→ L'ajout des quatuors de Mendelssohn et Schumann laisse un peu dubitatif, la génération n'étant clairement plus la même, contrairement à Czerny qui était connu et estimé de Beethoven, quoique ses quatuors soient plus tardifs que les autres corpus présentés ici.
→ Pas véritablement de découverte fabuleuse dans les quatuors présentés ici. Même le Czerny, dont tous les autres quatuors m'ont jusqu'ici émerveillé – il est d'essence particulièrement classique par rapport aux autres écrits dans ces mêmes années 1840-1850, bien qu'en la bémol…
Brahms – Symphonie n°1 – Gewandhaus, Blomstedt (PentaTone)
→ Tempo assez modéré, pour une introduction pleine de majesté, un Brahms qui fascine par la clarté de sa structure plutôt que par la vaine séduction des timbres ou par sa rage. Pour autant, une version très animée, qui ne rugit pas mais qui interpelle sans cesse. Grande, grande lecture d'une décantation impressionnante.
Ivan Zajc (1832–1914) – Nikola Šubić Zrinjski – Rijeka SO, Matvejeff (CPO)
→ Parution de l'œuvre la plus célèbre de tout le répertoire croate (sur le versant semi-comique, CPO vient de publier Ero le farceur de Gotovac) dans une version moderne remarquablement chantée et captée avec une aération formidable, caractéristique des publications de CPO, qui permet de goûter l'épopée dans toute son ambition.
→ Même si musicalement, j'attends plutôt avec impatience la parution des opéras de Hatze (plus riches), il faut avouer que ce Zajc-ci, avec sa façon verdienne assez directe, réussit très bien à exalter son sujet – la résistance de Zrinjski à Vienne face aux Turcs, s'achevant dans le tableau vivant de la bataille finale !
→ Plaisir intense d'entendre un orchestre « provincial » d'un tel niveau, et surtout une école de chant encore assez typée, avec des émissions à la fois slaves et assez frontales (un peu à la tchèque, toutes proportions gardées).
Schubert – Symphonies 2 & 3 – B'Rock Orchestra, Jacobs (Pentatone)
→ Sous une pochette impersonnelle marquée des initiales RJ, se trouve effectivement la trace d'un parcours égotique dont le point d'arrivée me laisse sceptique. Pourquoi tous les anciens chefs d'ensembles baroques veulent-ils diriger du XIXe siècle ? Certains en ont réellement renouvelé l'approche, comme Gardiner ou le Freiburger Barockorchester, ou bien ont remis au goût du jour des répertoires peu courus, comme Niquet… mais René Jacobs semble se contenter de jouer dans son style un peu raide (que ne compensent plus la richesse et l'inventivité des ornements ou réorchestrations, dans ce répertoire…) les tubes déjà multi-enregistrés.
Heggie – Unexpected Shadows – Jamie Barton (PentaTone)
→ Très tonal, puisant à tout un imaginaire contemporain grand public, Heggie produit une musique à la fois sophistiquée et très accessible. Cet album ne fait pas exception et Jamie Barton s'y montre déchaînée, déployant de nombreuses facettes sonores de son talent – je ne l'avais jamais entendue aussi bien timbrée, et elle maîtrise fort bien, malgré le vibrato, le genre canaille de la chanson.
→ Hors contexte dramatique (Moby-Dick, Dead Man Walking !), la musique de Heggie ne bouleverse pas autant, mais ce reste un très bel album de musique tonale et vocale d'aujourd'hui, avec des atmosphères quasi-cabaretières tout à fait charmantes (Iconic Legacies autour des quatre First Ladies Roosevelt, Lincoln, Kennedy, Bush).
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→ Le résultat est bon, mais ressemble à tout ce qu'on a déjà entendu à ce jour, les attaques plus franches, les tempi plus vifs, les orchestres plus colorés… mais ici avec un systématisme (et dans les tutti un côté orphéon pas toujours très réussi) qui ne me passionne pas particulièrement.
→ C'est dans l'absolu un très bel enregistrement, mais il n'y a aucune raison, dans le genre « informé », d'écouter ce disque plutôt que d'aller du côté des intégrales de Goodman, De Vriend, Immerseel ou Minkowski, dont les qualités instrumentales et stylistiques sont comparables, mais avec un sens poétique bien plus développé. Symétriquement, une petite déception qu'un chef aussi talentueux que Jacobs fasse de bons Schubert plutôt que des résurrections magistrales d'œuvres inconnues, comme il le fit avec Conti ou Graun…
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→ Le tout culmine dans l'irrésistible Statuesque qui présente plaisamment des sculptures (Moore, Picasso, d'Hatchepsout, Giacometti, Victoire de Samothrace…)… qui s'expriment à la première personne ! Dans une harmonie riche, mais qui épouse uniquement l'expression et ne vole pas la vedette : drôle et persuasif, peut-être le grand cycle de Songs de ce début de XXIe siècle !
→ La Victoire de Samothrace : « You don't even know where I was raised » / « No interest in what I'm thinking or dreaming […], don't you notice anything you self-centered son of a […], don't you notice or care : I don't have a HEAD ! ».
Gossec, Symphonie à 17 parties ; Beethoven, Symphonie n°5 — Les Siècles, Roth (HM)
→ Interprétation vigoureuse et abrupte de la Cinquième, qui place le tranchant du trait avant la polyphonie – on entend assez peu les parties intermédiaires, les vents colorent les cordes, mais le geste général reste impressionnant. Le tout souligne davantage la filiation avec l'écriture très verticale de Gluck (grands accords dramatiques) que la personnalité de Beethoven (avec un soin de chaque contrechant, un étagement de chaque couleur au sein de l'orchestre) ou sa modernité (impression cinétique et linéaire, moins d'insistance sur le motif circulaire).
→ Dans le scherzo, les bassons et les cordes sul ponticello grincent d'une façon assez fantastique, très atmosphérique – même si la prise de son augmente articificiellement leur dynamique.
Grétry – Richard Cœur de Lion – de Hys, Mechelen, Loulédjian, Perbost, Boudet ; Le Concert Spirituel, Niquet (CVS)
→ Enfin une version moderne, informée – avec les dialogues conservés sur disque, Dieu merci ! – et remarquablement chantée, essentiellement par des chouchous (de Hys, Loulédjian, Perbost, Boudet), aux voix claires et expressives, le tout trépidé par Niquet. La production visuelle de Pynkoski, d'un traditionnel luxueux (et non sans un second degré salvateur), ajoutait à la splendeur, le DVD paraîtra peut-être.
→ Je comprends mieux, dans ce contexte, l'enthousiasme soulevé par la pièce ; avec les dialogues, l'intrigue complète paraît un peu plus trépidante ; avec une exécution informée, beaucoup de numéros qui semblaient ternes révèlent de véritables beautés. Ce n'est pas le grand opéra comique ni le plus grand Grétry, mais c'est un divertissement particulièrement rafraîchissant et séduisant !
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→ Très belle interprétation très aboutie de Beethoven, au grain superbe typique des Siècles (assez sombre pour un orchestre sur instruments d'époque), dans un genre qui n'est pas celui qui a ma faveur. Comme les Haydn par Guy van Waas, c'est l'occasion de découvrir comment pouvaient sonner ces œuvres telles que comprises et jouées par des artistes français de l'époque.
→ Le beau Gossec est ici joué, de même, avec une allure un peu militaire, très verticale et régulière, qui ne tire pas tant, là encore, le parti des lignes intermédiaires que de l'élan général.
Schmitt – Mélodies – Diethelm, Haug, Gmünder, Perler ; Romer, Rushton (Resonus Classics)
→ Massif complexe et varié, tantôt dans l'épure contemplative (Op.4), tantôt explorant des textures qui préfigurent quasiment les grandes superpositions trillées d'accords à la Messiaen (Kérob-Shal).
→ Superbes voix, en particulier masculines, et diction tout à fait décente dans l'ensemble malgré les accents forts (mais des camarades soutiennent au contraire que c'est trop peu articulé, divergence entre nous).
→ À connaître : singulier, évocateur, et bien servi.
Mozart – « Magic Mozart », airs d'opéra et de concert, pantomimes de Pantalon & Colombine – Devos, Piau, Desandre, Barbeyrac, Felix, Sempey ; Insula Orchestra, Équilbey (Erato)
→ Insula Orchestra, formé d'invidividualités extraordinaires, a ses bons jours et quelquefois, suivant le chef et la préparation, un petit manque de cohésion et/ou de vision. On entend un peu cette limite ici : la prise de son ne révèle complètement pas les beautés souveraines des timbres, et l'interprétation qu'imprime Équilbey ici paraît demeurer assez traditionnelle, sans prendre le parti de l'orchestre à cordes.
→ Jolis airs très courus, pas forcément dans des versions de référence, en dehors du second air de la Reine de la Nuit avec Jodie Devos, où les respirations orchestrales, la focalisation vocale extrême et le geste expressif des deux produisent l'une des plus belles interprétations jamais gravées de cette pièce rebattue !
Hummel – Sonate en fa mineur, arrangements de Mozart (Concerto n°24) et Beethoven (Symphonie n°1) pour piano, flûte, violon et violoncelle – Visovan, Besson, Bernardini, Munckhof (Ricercar)
→ Très belle interprétation, souple et frémissante, mettant en valeur les (toutes petites) tensions et les progressions par de minuscules ralentissements et détours de phrasé, dans une Sonate à la langue postclassique, mais qui ménage de forts contrastes entre les épisodes majeurs et mineurs, parcourues de fureurs soudaines qui sentent leur Beethoven. Quant au final, et en particulier à son grand fugato, il explose tout à fait la forme traditionnelle et évoque la démesure de la Hammerklavier !
Couperin, Leclair, Blavet, B. Gilles, Naudot… – « Versailles » – Gábor Boldoczki (Flügelhorn, trompette), Cappella Gabetta (Sony)
→ La Cappella Gabetta est toujours aussi frémissante, mais le cuivre moderne posé par-dessus (accentué par la prise de son qui le met à l'avant) tend à tout écraser, inévitablement, à rester déconnecté des timbres mats et chaleureux des cordes en boyaux.
→ On se retrouve ici, malgré le programme très original, devant une suite de jolies mélodies qui ne tiennent pas beaucoup au corps. Des extraits d'opéras auraient sans doute été plus pertinents, comme le montre la Contredanse finale des Boréades.
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→ Dans la Symphonie de Beethoven, malgré l'effectif très réduit, le piano d'époque (avec la douceur de ses aigus et la force de son médium, sur un Graf éblouissant de 1835) permet de dynamiser extraordinairement le discours, mieux qu'avec n'importe quel orchestre cinglant ! Les éléments d'origine sont tous présents car les parties sont réellement récrites et réattribuées (ce qui est rare dans ce type d'exercice : beaucoup plus de travail, un véritable travail de compositeur), de façon à éviter d'omettre des lignes intéressantes au profit de celles plus insignifiantes conservées pour les instruments qu'on a conservés. Grâce à cela, on n'a jamais mieux entendu toutes les lignes intermédiaires et contrechants de cette symphonie !
Single de Siobhán Stagg – Listen (feat. Paul Hankinson & Dermot Tutty). (Records DK)
→ Mignon. Pas trouvé l'album.
Mahler – Das Lied von der Erde (réduction De Leeuw) – Richardot, Saelens ; Het Collectif, De Leeuw (Alpha)
→ Très belle et moderne réduction au grain remarquable (l'harmonium remplit et colore très bien les espaces restants du spectre, le célesta aussi). Direction furieuse de Reinbert De Leeuw, décidément un immense chef, et instrumentistes absolument fulgurants et possédés !
Saelens et Richardot sont merveilleux, timbre et expression inclus ; il existe évidemment des diseurs plus précis, mais je ne crois pas, globalement, avoir entendu version aussi enthousiasmante !
Schumann – Kerner-Lieder, Ballades ('Stille Liebe') – Hasselhorn, Joseph Middleton (HM)
→ L'impression de l'accentuation de son côté « baryton » (alors que le matériau est potentiellement celui d'un baryton très aigu, voire d'un ténor), qui étouffe un peu la voix et diminue l'aspect direct de la voix (qui conserve ses problèmes de couverture inégale).
→ Pour autant, le charisme qu'il manifeste dans ce répertoire, qu'il chante depuis toujours (il allait loin dans les compétitions de lied, où il m'avait beaucoup impressionné, bien avant qu'il ne finisse ses études et ne remporte Reine Élisabeth !), demeure très persuasif, on sent la respiration poétique qui s'allie à la musique, même si la voix, de surcroît pas très phonogénique, conserve des lacunes techniques – il lui sera difficile de s'imposer à l'opéra, ne serait-ce que pour passer l'orchestre sans être happé ni s'épuiser.
→ Très bel album néanmoins, qui touche juste, et avec naturel ! On n'a pas beaucoup de versions aussi fluides des Kerner !
Melani – L'Empio Punito (1669) – Auser Musici (Glossa)
→ J'avais de meilleurs souvenirs de cette variante donjuanesque (Montpellier au début des années 2000 ?), tout de même un très hiératique drame façon recitar cantando ; il se passe beaucoup de choses par rapport à la concurrence des décennies antérieures, mais on est loin de la générosité mélodique et dramatique des meilleurs opus. Par ailleurs, l'accompagnement un peu chiche en couleurs et les voix pertinentes mais pas très séduisantes n'aident pas.
À réécouter en m'immergeant plus activement dans le livret (cette fois-ci, à l'oreille seule, ce n'est pas suffisant), il semble y avoir tout de même de bien belles choses.
Rameau, Les Boréades – Luks (CVS)
→ Contre toute attente peut-être, les Tchèques qui ont brillé intensément dans la musique italienne et habsbourgeoise se révèlent aussi remarquablement rompus au style français. Jusqu'aux chanteurs (émission claire, mixée, moelleuse et très projetée du baryton Tomáš Šelc en Borilée, on croirait entendre un élève de Courtis !), tous excellents – Cachet, Vidal, Kristjánsson, Brooymans… à couper le souffle.
→ Seule réserve, la prise de son que je trouve un peu frontale, très proche des micros, assez massive et agressive, manquant d'atmosphère où se déployer. Autrement, une interprétation d'opéra français comme on n'en a pas tous les jours, pour un opéra où l'on avait le choix entre Gardiner (distribution moins parfaite, récitatifs qui ont beaucoup vieilli) et Christie (très dynamique, mais avec peu de couleurs, et là aussi une distribution moins intéressante).
Cherubini – Missa solemnis en ré mineur – Bernius (Carus)
→ Très bel ensemble remarquablement écrit, comparable au style de ses requiems (riches en prosodie, travaillés sur la déclamation et au besoin le contrepoint), mais avec des solistes très bien mis en valeur. Le tout joué avec la finesse de trait et de style de Bernius.
Rameau, Pygmalion (air et danses), Suites de Dardanus ; Dahlin, Orfeo Barockorchester, Michi Gaigg (ints-1) (CPO)
→ Savoureuse interprétation très réussie (qui aurait mérité une intégrale, pour une oeuvre déjà remarquablement servie au disque).
« Su le sponde del Tebro » : Frescobaldi, Haendel, Verdi arrangés pour Quintette de cuivres – Stagg, membres du DSOB (Capriccio)
→ Chouette projet (cantate de Haendel qui donne sont nom à l'album, extraits des Vêpres Siciliennes…), mais franchement, les timbres d'un quintette de cuivres, ça manque de grâce – tout le monde s'accorde à dire que le tuba n'aurait jamais dû être inventé.

Montéclair – Cantates Ariane & Bacchus, Le Dépit Généreux, Concert n°1 pour flûte – Carrie Henneman Shaw, Leela Breithaupt, Les Ordinaires, Vinikour (Naxos)
→ Belles cantates, chantées par une voix très typée américaine (beaucoup de souffle dans la voix pour faire léger) à la diction moyenne. Superbe Concert pour flûte joué avec chaleur.

« Futurisme », la jeune école italienne  – Schleiermacher (MDG 2019)
→ Francesco Balilla Pratella (1880-1955) La Battaglia. (1913) // Très martelé.
Malipiero (1882-1973) Preludi autunnali (1914). Toujours cette galanterie un peu élusive chez Malipiero.
→ Alberto Savinio (1891-1952) Les chants de la Mi-Mort (1914) /// Mélange de masses menaçantes et d'échos de chants populaires, tellement futuriste et très convaincant.
Casella (1883-1947) La notte alta (1917) // 25 minutes en seul mouvement, dans des harmonies et des atmosphères qui évoquent les Clairs de lune de Decaux. Impressionnant.
→ Silvio Mix (1900-1927) Stati d’animo (1923), Profilo sintetico musicale di F.T. Marinetti (1924) // Belle solennité répétitive et aux échos étranges, pour le Profil de Marinetti.
→ Et toujours la fermeté de touche de Schleiermacher, démiurge du piano alternatif du premier XXe siècle. Son legs, incroyablement vaste, est capital pour notre compréhension de plusieurs mouvements musicaux fondamentaux.

BECK, F.I. / HAYDN, J. / GLUCK, C.W. / JOMMELLI, N. / TRAETTA, T. (Sturm und Drang, Vol. 1) - Symphonies and Opera Arias - (Skerath, The Mozartists, Iain Page) (SIgnum 2020)
→ Beau disqued dans la veine dramatique postgluckiste aux cavalcades régulières et au geste hiératique. Très réussi.







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Bouzignac – Motets – Pages de la Chapelle, Arts Florissants, Christie (HM)
→ Le hiératique précurseur Bouzignac mériterait de véritables versions d'élite, mais le disque ne le sert pas très bien. Cet enregistrement des jeunes Arts Flo ne fait pas exception : techniques vocales hésitantes, style encore empesé (le sens du rebond est plus celui de Paillard que des Arts Flo actuel), son général plus mou qu'incisif…
→ Version estimable, mais qui ne rend pas vraiment justice à ces œuvres déjà sévères, dont les beautés ne sont pas très bien mises en valeur.
lambert airs de cour arts flo

secrets live annie fischer

brahms piano rafael orozco

vierne 24 pièces de fantaisie litaize
Mahler – Symphonies 1,4,5,6,7,9 – SWR Baden-Baden, Rosbaud (SWR Classic)
→ Pour les symphonies que j'ai écoutées, des versions au spectre sonore un peu disjoint (pas de lissage des timbres), mais d'une hauteur de vue remarquable, profitant de l'aération pour donner sens et articulation au discours, sans du tout sonner dépareillé. De grandes lectures qui n'ont pas besoin du confort du studio avec un orchestre plus luxueux pour se révéler. Très hautement recommandé.







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Hummel – Quintette piano-cordes – Hausmusic (warner)
→ Belle version avec piano ancien, d'une œuvre un peu formelle, mais bien construite et dotée de mélodiques agréables, à défaut d'être le Hummel le plus irrésistible (on peut tout de même songer par endroit au Nonette de Czerny, ce qui n'est pas un mince compliment).
Zemlinsky – Der Traumgörge – J. Martin, Protschka, Welker ; Frankfurt RSO, G. Albrecht (Capriccio)
→ Le niveau au-dessus de Conlon (interprétation et captation), bien plus liquide et transparent… Je redécouvre un beau drame décadent. Pas le plus original ni paroxystique, mais tant de belles choses à écouter à l'orchestre (solos de hautbois, de trompette qui sont assez merveilleux…).
Vivaldi, Hummel – Concertos pour mandoline –Kruglov, Northern Crown Soloists Ensemble
→ Les Vivaldi, très bien documentés, ne sont pas leur version de référence (un peu lisse, quoique très valeureux), mais rayonnent toujours de leur veine mélodique hors du commun. Le Hummel met en valeur le même type d'atouts.

Saint-Saëns – Symphonie n°3, Phaëton, Danse Macabre, Bacchanale – Anthony Newman, Pittsburgh SO, Maazel (Sony)
→ Brillante exécution qui pétarade avec beaucoup de vigueur de trait et de structure !
Heggie – Dead Man Walking – DiDonato, Cutlip, von Stade, Brueggergosman, Mentzer ; Houston, P. Summers (Virgin 2012)
→ Agréable, dans un goût musical assez mainstream ; je ne suis peut-être pas assez saisi par l'histoire elle-même (prévisible dès le premier tableau) pour que la musique d'accompagnement m'emporte assez. À essayer à la scène.
Saint-Saëns – Africa, Symphonie n°2 – Laura Mikkola, Tapiola Sinfonietta, J.J. Kantorow (BIS)
→ Limpide et furieuse version de la sombre et vive Deuxième de Saint-Saëns !
Leila Huissoud, (Album) L'Ombre (Label 440)
→ Toujours cette difficulté de saisir au vol des chansons marquantes, mais un corpus général plus banal ou, comme ici, dans la même veine. Mais j'apprécie beaucoup cette voix pincée qui permet de focaliser avec dynamisme (et en décalage volontaire avec le propos parfois frontalement leste ou désabusé).

Le vendeur de paratonnerres de Huissoud /
L'Orage de Brassens
Gassenhauer : trio de Beethoven œuvres pour clarinette, contrebasse et piano : Vera Karner, Dominik Wagner, Aurelia Visovan, Matthias Schorn…
Charpentier – Miserere pour les Jésuites – Tubéry
Charpentier – Miserere pour les Jésuites – Daucé
- Belle œuvre dont l'aspect mouvant demeure caché dans ses plis internes, absolument pas ostentatoire.
- Tubéry me séduit davantage (plus vif, plus déhanché), mais Daucé, au diapason bien plus bas, dispose comme toujours de superbes couleurs (et d'un certain manque de rebond assez préjudiciable, à mon goût).
Haendel / Mozart – Der Messias – H. Max (EMI)
Leïla Huissoud : La Vieille, Infidèle… (bandes de concerts) Schumann – Lieder (Kerner, Ballades…) – von Otter, Forsberg (DGG)
→ Von Otter dans sa grande période, en pleine gloire et fruité, et toujours ce sens du texte extraordinaire, ce goût de phrasé hors du commun qu'elle n'a jamais perdus. Die Löwenbraut est à couper le souffle. (Couplé avec son formidable Frauenliebe que je n'ai pas réécouté.)
Viardot – Scène d'Hermione – Patricia Adkins Chiti, Gianpaolo Chiti (YT)
- Belle scène dramatique, d'un Viardot inhabituellement rempli d'emphase et de sérieux. Interprétation inintelligibles : joli chant dans les joues, mais diction étrangère au français.
Dumora dans Fauré, Haendel...
Wildhorn – Dracula (dans sa version anglaise cette fois) – représentation Broadway, puis studio
→ Impressionné, à Broadway maintenant les héroïnes finissent toutes nues (les deux). L'aspect allusif autour de l'attraction physique pas univoquement magique est devenu une assertion assez frontale… Pas fanatique non plus, dans le studio, des voix qui gémissent à chaque attaque, point trop n'en faut – tic stylistique très répandu aujourd'hui quel que soit le répertoire (en pop au sens très large).
→ Sinon, la partition et l'intrigue demeurent toujours très prenantes, l'ensemble fonctionne vraiment bien – moins, évidemment, quand on colle les jolies chansons planantes les unes à la suite des autres dans un enregistrement de studio, il faut vraiment avoir vu une production complète au préalable pour goûter l'objet.

Gilles – Toutes les leçons de Ténèbres pour le Mercredy – Boston Camerata
→ Un peu de rigidité pour ce chef-d'œuvre absolu (qui traite les Lamentations en antiphonie soliste-chœur, et où la déclamation est grande maîtresse), mais c'est au moins l'occasion de pouvoir l'entendre !
Première fois que je parviens à toutes les entendre.

Niedermeyer – Le Lac – Novelli
→ Étrange voix nasale, qui sonne peut-être bien avec plus de rayonnement en vrai. Diction très claire grâce à ce biais pas très gracieux.

Gluck, Symphonies ; Orfeo Barockorchester, Michi Gaigg (CPO)
→ On y retrouve le sens de la tension propre à Gluck, plutôt à son meilleur ici (même si le but n'est pas du tout d'atteindre le même pathétique et la même qualité mélodique que dans les opéras). Très réussi, exécution incluse ; il n'y a pas de raison de se priver de cette partie de son legs.

Holzbauer, Symphonies ; Orfeo Barockorchester, Michi Gaigg (CPO)
→ Belles œuvres qui ne frappent pas par leur originalité mais fonctionnent agréablement, dans le genre classique (et légèrement dramatique) qui est le leur. Belle interprétation énergique, quoique très peu colorée (on y entend surtout le tranchant des très belles cordes).
(Je recommande en revanche vivement les opéras.)







réécoutes œuvres (dans mêmes versions) réécoutes versions


Dallapiccola – Vol de nuit – Isabelle Vernet, soprano (Madame Fabien) Hélène Le Corre, soprano (Une voix intérieure) François Le Roux, baryton (Rivière) Jérôme Corréas, baryton-basse (Robineau) Yann Beuron, ténor (Pellerin) Guy Gabelle, ténor (Le radiotélégraphiste) Jean-Marc Salzmann, baryton (Leroux) Daniel Durand, Pierre Vaello, Patrick Radelet, Bernard Polisset, ténors, basses (quatre employés) Choeur de Radio France Orchestre Philharmonique de Radio France diretti da Marek Janowski. Registrazione live effettuata alla Cité de la musique, Parigi, il 12 gennaio 1999. Charpentier – Méditations pour le Carême
→ en chapelle, Les Arts Florissants, Christie (HM) ***
→ en chapelle, Le Concert Spirituel, Hervé Niquet (Glossa) **
→ en chapelle, M.-C. Alain (BNF) **
→ Beekman, Getchell, Robbert Muuse ; Bolton, Benjamin Perrot, Desenclos (Alpha) ****
→ García, Candela, Bazola ; Guignard, Galletier, Camboulas (Ambronay) *****
Hummel – Quatuor avec clarinette – Finotti (Naxos)
→ Veine très mozartienne (même début), la virtuosité des cordes en sus. Une petite merveille, comme il en existe un certain nombre dans la période pour la musique de chambre avec clarinette (Krommer, Cartellieri, Neukomm, Weber, Hoffmeister, Bachmann…).
Schumann, Die Löwenbraut : ****Hasselhorn-Middleton, ***DFD-Demus, ***Bauer-Eisenlohr, **Goerne-Schneider, ***Gerhaher-Huber, *Hotter-Raucheisen, ***J.Prégardien-Piau-LeSage, **Karg-Martineau, ****vonOtter-Forsberg
Heggie – Moby-Dick (EuroArts)




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Bollon orchestral works

walter kaufmann chamber ARC ensemble Chandos
goldberg harpe : ramsay

Xmas carols SWR vocal Ens

→ beeth sonates violon FP Zimmermann BIS

arod schubt 14
→ bach &fds corti
→ rvw job hallé elder songs travel neal davies

→ armand-louis couperin rousset
→ hammerschimidt, jesus stirbt, vox luminis
→ amirov, 1001 nuits
→ rubinstein le bal pour piano
→ zipoli in diamantina
→ "O! solitude, my sweetest choice" de Purcel/Britten (adaptation) sur le texte de Marc-Antoine Girard de Saint-Amant.
→ toccata classics : mihalovici, proko by arrangement, szentpali, ruoff…
→ anima rara par jaho
→ mzt van kuijk
→ vienne 1905-1910, richter ensemble
→ bruch ccto é pias
→ bach sons controcorrent
→ london circa 1720
→ il genio inglese alice laferrière
→ rathaus & shota par stoupel
→ bruckner symph 0 hj albrecht orgue
→ weinberg symph 6 altenburg gera
→ turalngalila mannheim
→ nielsen œuvres violon-piano hasse borup naxos
→ fuchs sonates violon
→ fasch clavier
→ hithcock spinet : burney & others
→ venice and beyond concerti da camera sonate concertate pour vents
→ leclair complete sonatas 2 violons
→ Petite Renarde Rattle
→ deshayes haidan 2 mezzos sinon rien
→ respighi chailly
→ ysaÿe 6 sonates par niklas valentin
→ earth music cappella de la torre
→ jommelli requiem
→ novak piano ccto, wood nymph
→ titelouze messes retrouvées vol.2
→ bronsart Jery
→ Bo, Pstrokońska-Nawratil & Moss: Chamber Works
Łukasz Długosz
vermeer bologna
→ standley et ens contrast schubt
→ nature whispering
→ Petite Renarde Rattle
→ chant de la Terre I.Fischer RDS
→ lamento (alpha)
→ fasch
→ earth music capella de la torre
→ nielsen complete violin solo & piano, hasse borup
→ manén violon cc
→ quintette dubughon holst taffanel françaix
→ fuchs sonates vln
→ meyerbeer esule
→ bononcini polifemo
→ graund polydorus
→ polisu kaleidoscope ravel pia duo
→ aho symph 5 currie
→ anima gementem cano
→ purcell royal welcome songs
→ gombert messe beauty farm
mahler 4 turku segerstam
chosta 5 jansons bayrso
bruckner 4,5,6,7 munich PO gergiev
beethoven 7 saito kinen ozawa
beethoven sonates 8-11 giltburg
beethoven concertos piano sw chb bavouzet
ardeo SQ xiii
schwanengesang behle
→ bizet sans paroles gouin
→ respigni chailly scala
→ st-saêns chopin callaghan
→ Mülemann mzt
wohlhauser (neos)
john thomas duos harpe piano vol.1 (toccata)
arnold rosner requiem (toccata)
moszkowski orchestral vol 2
idenstam metal angel (toccata)
corigliano caravassius siegel pour guitare (orchid)
iannotta : earthing (wergo)
imaginary mirror hasselt (challenge)
lundquist symphonies (swedish society)
eklund symphs 3 5 11 norrköping (CPO)
peaceful choir
spisak works (dux)
zemlinsky, rabl : quatuors (Zimper, gramola)
goleminov SQ par sofia SQ
rachma par babayan DGG

huelgas the magic of polyphony

debussy intégrale alessandra ammara

mozart arias II regula mühlemann

bells, album athony romaniuk






écoutes à (re)faire

→ Krogulski/Nowakowski (Goerner)
→ Stolpe


HIGH ROAD TO KILKENNY (THE) - Gaelic Songs and Dances from the 17th and 18th Centuries (Getchell, Les Musiciens de Saint-Julien, Lazarevitch)
→ Lazzari, . Effet de Nuit fait son effet, par contre, la symphonie est interminable et les autres pièces symphoniques pas palpitantes (j'ai même trouvé la rhapsodie spécialement niaise). son trio pour piano et sa sonate pour violon ravi

→ Joubert (hors quatuors, je n'ai pas pris de notes), : la symphonie No. 2 (moment ineffable dans le II avant un finale diabolique), le concerto pour hautbois (sombre et véhément) et les pièces chambristes. Le cycle vocal Landscapes, le trio pour piano avec beaucoup d'atmosphères, ses sonates pour piano, surtout la No. 2,
→ tailleferre
→ final choral 2e partie Theodora
→ hummel
→ Marshall-Luck pour la Sonate violon d'Elgar
→ Requiem de Kastalsky par Slatkin
→ dallapiccola vol de nuit
→ Alla Pavlova musique de film sous étiquette symphonique. C’est très sucré
→ Stacey Garrop l’aspect narratif de ses pièces (sa symphonie Mythology collection de poèmes symphoniques
→ Ses quatuors
→ Lea Auerbach sa musique de chambre, souvent autour des variations, jeux de miroirs au sein de la même pièce ou entre les pièces (les mouettes du I dans son premier trio), ses motorismes, toutes ces choses et plus encore me transportent.
→→ Ses deux trios pour piano et ses 24 préludes (surtout ceux pour violoncelle et piano, même si violon et piano, un autre numéro d’opus, sont de haute volée) seraient mes premières recommandations.

→ Gloria Coates Noir, tourmenté, très râpeux
→ Rosalind Ellicott quelle verve mélodique ! Ses deux trios pour piano
→ En vitesse, Lucija Garuta a laissé un très beau concerto pour piano, Louise Héritte-Viardot 3 quatuors de belle facture, Rita Strohl un saisissant duo violoncelle/piano Titus et Bérénice. Elisabeth Lutyens m’a été très difficile d’approche, mais elle a définitivement des choses à dire.
→ Australiennes, comme Myriam Hyde, Elena Kats-Chernin et Margareth Sutherland (Women of Note, permet de se faire une idée des noms qui accrochent).
schleiermacher

moszkowski catalogue

hauer opéra

rubbra ccto pia, botstein

mephisto minnesota oue

callirhoe chaminade

tailleferre cc 2 pianos, hommage à rameau
barber sonata kenny
copland sonata

trauermusik haydn

voces8 marcello

compét' symphonistes brits

sawyer 4
vaccai sposa messina

polonia panufnik

cantates jacquet
kinkel
holmès
bosmans
sokolovic
kapralova
nowowiejski org

comala

tout gold MDG : leipziger (gade, sibelius, schoeck), consortium…

tout Hortus Gde guerre
opéras CPO : pfitzner, fibich, weingartner, feuersnot…

delius mass of life

DUX bacewicz vln-pia

saygun
moeran songs

Emile Jaques-Dalcroze: La Veillée
par Le Chant Sacré Genève, Orchestre de Chambre de Geneve, Romain Mayor

abraham, hollaender

… les lecteurs assidus reconnaîtront que cette dernière liste est largement constituée de copié-collés des explorations du seigneur Mefistofele, pilier des conversations interlopes de céans.




… de quoi vous occuper quelque temps au coin du feu tandis que le monde brûle.

samedi 1 août 2020

Pourquoi joue-t-on trop peu / trop les compositrices ? — La liste des grands noms


francesca caccini
Prologue de La Liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina (Francesca Caccini), chef-d'œuvre absolu de la déclamation en musique.


Dans le sillage de l'évolution des mœurs, nous assistons à un véritable changement de paradigme : d'abord la dénonciation (légitime) de l'occultation des compositrices dans le champ de nos programmes de concert, puis la surreprésentation désormais dans les programmes de concert et festivals – en termes de proportion entre le nombre de compositrices exerçant dans la période et le nombre de celles jouées.

D'où il émane plusieurs questions, auxquelles je vais tâcher de répondre d'un point de vue musical.

1 – Est-il légitime d'avoir écarté les femmes des programmes de concert ?
2 – Est-il explicable d'avoir écarté les femmes des programmes de concert autrement que par des représentations misogynes ?
3 – Ce retour en grâce massif est-il excessif ?
4 – Liste de compositeurs féminins avec la cote (nécessairement subjective) que je leur associe.

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Clara WIECK-SCHUMANN, Lorelei.
Une notule a été consacrée à la structure musicale très aboutie de ce lied.

Christina Högman, Roland Pöntinen (BIS 1996). Album incroyable qui regroupe, au plus haut niveau de poésie (interprètes !), les bijoux de Fanny Mendelssohn, Clara Wieck et Alma Schindler.




1. Les femmes bannies

Je laisse de côté toute la question de la généalogie du contrôle (mi-génétique, mi-sociétal, je suppose, contrôle de la filiation par les pères oblige) imposé sur les femmes, de la place qui leur a été imposée et explique leur peu de visibilité dans le domaine de la composition musicale. À présent que nous en sommes conscients, oui, il est mal d'exclure les femmes de domaines auxquels elles peuvent légitimement prétendre. Mais musicalement, ce bannissement a-t-il un sens ?

a) Il existe des corpus mal connus de femmes (la plupart élevées dans des familles de musiciens et découvertes presque accidentellement comme assez talentueuses pour composer, il était autrement quasiment impossible de s'orienter vers une carrière) qui sont absolument extraordinaires, fondamentaux, au minimum passionnants, voire majeurs dans l'histoire de la musique – alors même qu'elles n'ont pas pu avoir, du fait de leur statut, d'influence considérable. Francesca Caccini, Élisabeth Jacquet de La Guerre, Fanny Mendelssohn (épouse Hensel), Clara Wieck (épouse Schumann), Alma Schindler (épouse Mahler), Rebecca Clarke, Nadia & Lili Boulanger, Grażyna Bacewicz, Galina Ustvolskaya… proposent des corpus qui frappent par leur richesse et leur intérêt, il n'aurait pas de sens de s'en passer dans l'histoire de la musique.

b) Les femmes compositrices à l'époque contemporaine sont en revanche nombreuses et reconnues, même celles qui ne me paraissent pas exactement les phares musicaux de leur époque (Édit Canat de Chizy, Olga Neuwirth, Lucia Ronchetti dont je ne raffole vraiment pas mais qui sont littéralement couvertes d'honneur), avec un grand nombre de merveilles très bien diffusées chez Sofia Gubaidulina, Isabelle Aboulker, Sally Beamish, Michèle Reverdy, Sheila Silver, Anna Clyne… Il faut à mon sens (même s'il existe très possiblement toujours des discriminations) distinguer entre le patrimoine (où la relégation est indiscutable) et les compositrices en activité ces vingt ou trente dernières années (qui, peut-être au prix d'efforts supplémentaires, parviennent réellement à se faire diffuser).

Il n'y a donc pas de doute : il existe largement de quoi occuper les programmes avec des œuvres de qualité de femmes. Et il est donc injuste de les en exclure.

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Henriëtte BOSMANS, Sonate pour violoncelle et piano, l'altier premier mouvement.
Franz Bartolomey, Clemens Zeilinger (Gramola 2019).



2. Quelques bonnes (et mauvaises) raisons

Si l'on est tout à fait honnête, il existe tout de même quelques raisons objectives à cette occultation des compositrices.

a) Du fait de leur rôle social et des limitations de ce qu'il leur était permis de faire, les compositrices n'ont pas pu exercer avant le XXe, pour l'immense majorité d'entre elles, dans les mêmes genres que les hommes. Les œuvres qu'elles ont produites s'apparentent ainsi à des genres de salon, conçus pour l'agrément, et non à de grandes pièces ambitieuses sur le plan de la forme (peu de fugues hardies), de l'effectif (peu de symphonies et d'opéras), du langage (peu d'œuvres très hardies harmoniquement), du ton (très peu d'outrances et d'effets, en général).
On peut gloser tout ce qu'on veut sur le « moindre besoin peut-être inné ou acquis des femmes de se démarquer », mais en tout cas, concrètement, le contexte dans lequel elles évoluaient les empêchait de penser seulement au même type de relation à la musique.
D'où il découle que les œuvres qui nous parviennent ne sont que rarement des révélations fulgurantes d'originalité. Structurellement, non seulement il existe beaucoup moins de compositrices que de compositeurs, mais au sein même de ce corpus réduit, la proportions d'œuvres originales est encore inférieure. Ce qui accroît la difficulté, même a posteriori, de les programmes. (Ce n'est donc pas seulement de la mauvaise volonté.)

b) Tout cela nous amène à la logique des programmations : en général, les programmateurs jouent (de façon écrasante) ce qui est déjà connu. Les femmes ayant été structurellement moins nombreuses et davantage défavorisées en visibilité, il en figure moins parmi les compositeurs célèbres, et donc on en joue moins. Sans qu'il y ait le moindre mécanique de ségrégation volontaire là-dedans : les compositeurs qui sont déjà les plus célèbres sont tous des hommes, et il se produit pour les femmes (moins célèbres) exactement la même chose que pour les compositeurs blancs de bonne famille moins connus – on ne les joue pas.

Je crois que ces deux points sont importants à considérer sérieusement pour ne pas se laisser abuser par l'utopie d'un second répertoire (équivalent au « répertoire masculin ») qui dormirait dans les bibliothèques : ce répertoire existe, mais il est moins abondant, et consiste surtout – à ma connaissance – en musique de salon. Parfois de très bonne qualité, mais ce n'est pas le genre de chose qui est actuellement recherché par les mélomanes, et encore moins ce qu'on joue au concert ou enregistre au disque.
Par ailleurs, il est important de ne pas se méprendre sur les ressorts de la négligence envers ces corpus, de façon à bien choisir les batailles pertinentes : elles le sont pour les bonnes compositrices, mais vouloir mettre 50% de femmes dans les programmes, par exemple, n'aurait pas de sens (ni proportionnellement, ni qualitativement). C'est un héritage historique auquel on ne peut pas grand'chose. Ce serait beaucoup plus facile avec des compositrices vivantes, dont le legs est plus abondant et beaucoup plus varié.

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Nadia BOULANGER, Soleils couchants (Verlaine).
Nicole Cabell, Lucy Mauro (Delos 2017).



3. Indignation sélective

Pour ma part, aspirant à davantage de variété dans les programmes, je suis absolument ravi de l'engouement actuel pour les festivals de compositrices. Récent programme chambriste de l'ONDIF passionnant (Fanny Mendelssohn, Clara Wieck, Imogen Holst, Caroline Shaw), que des œuvres de très très grande qualité, festival du Château Rosa Bonheur dévolu aux compositrices (avec de grands hommages à Grandval ou Bosmans), c'est un plaisir !

Néanmoins, sur le plan du principe, j'avoue être un peu triste qu'on limite notre spectre de redécouvertes aux femmes parce que ce sont des femmes. J'ai envie d'entendre des musiques peu entendues, mais avant tout parce qu'elles sont intéressantes !  J'aime assez Mel Bonis (musique sacrée surtout), Amy Beach et Ethel Smyth, mais il existe tout de même beaucoup de compositeurs qui leur sont contemporains, qui ne sont pas joués, et qui sont d'un intérêt incomparablement supérieur.

De même, si l'on voulait jouer des compositeurs noirs (de « musique classique », hein), on serait vite limité, ne serait-ce que parce qu'ils sont peu nombreux. Et ceux qui sont parvenus à en vivre n'ont pas forcément eu accès aux meilleures formations, ce qui peut renforcer le côté « autodidacte / maladroit ». Typiquement, le Chevalier de Saint-George ou William Grant Still, c'est sympa, mais on les joue parce qu'on cherche des compositeurs noirs ou parce qu'ils ont eu une vie intéressante qui pique notre curiosité… à l'aveugle, il y aurait d'autres minorités (les Tchèques, pour les contemporains de Saint-George !) qui leur passeraient devant, en terme d'intérêt musical. Ce n'est pas grave, on n'est pas obligé de jouer seulement ce qui est le meilleur (sinon on ne jouerait que les symphonies de Beethoven toute l'année – comment ça, un peu comme on fait depuis deux siècles ?), mais quand une programmation s'impose la contrainte « rare = femme », on s'interdit un immense pan de compositions qui pourraient être passionnantes aussi (voire davantage).

Je sais bien qu'il faut vendre les concerts et les disques, et qu'on n'aime pas jouer devant des salles vides. Donc, choisir un compositeur qui aurait un patronyme peu distinctif et aurait été chouchou des nazis (coucou Franz Schmidt) est clairement, indépendamment de l'intérêt de sa musique, un choix moins pertinent en termes d'image, de communication, de remplissage, de subventions. Il n'est que de voir le nombre d'associations (pas forcément spécialisées dans la musique) qui louent les initiatives de mise en valeur des musiciennes. Une force de frappe non négligeable, qui aide simultanément à ouvrir le répertoire – même si ce n'est pas, en réalité, l'objectif.

Faute de mieux – c'est-à-dire d'un libre choix fondé sur l'intérêt des œuvres –, l'engouement actuel pour les compositrices me ravit. Avec la pointe de frustration quand j'ai l'impression que l'une prend la place d'un contemporain que j'aurais vraiment aimé voir mis à l'honneur, mais aussi avec le grand frisson lorsque je découvre un authentique génie étouffé… et quelquefois pas seulement en germe, avec un véritable corpus souterrain qui ne demandait qu'à être publié et joué !

C'est pourquoi, afin d'essayer de se retrouver un peu dans les propositions actuelles, qui mettent à disposition de plus en plus de compositrices, je propose une petite liste de noms en indiquant leur genre de prédilection (salon ou concert, disons) et l'intérêt de leur legs. Invitation à la découverte avec le but de faire la part des choses : car, en fin de compte, s'émerveiller parce que « c'est bien pour une femme » me paraît plus dégradant que de ne pas jouer une œuvre parce que c'est pas intéressant – même si c'est la faute, au départ, à la société. (Pour les femmes en activité, c'est différent, il peut y avoir un sens à être militant, à favoriser leur insertion de leur vivant. Pour les mortes, les jouer juste pour montrer qu'on est sensible à la notion d'égalité me paraît moins immédiatement utile, même si j'entends bien l'argument de la mise à disposition de modèles.)

[[]]
Vítězslava KAPRÁLOVÁ, dernière variation et coda sur le Carillon de Saint-Étienne-du-Mont.
Giorgio Koukl, pour sa très belle intégrale (Grand Piano 2017).




alma_schindler_mahler_chien_large.jpg
Alma Schindler, déjà simple et accessible.

4. Liste de compositrices

… où je donne mon opinion sans fard : pour certaines, j'ai l'mpression qu'on a cherché un nom féminin pour la période et qu'on a pris ce qu'on a pu trouver, pour d'autres, leur place comme « femme de » ou « compositrice intéressante » me révolte, tant leur apport au patrimoine me paraît fondamental. Je n'ai pas cherché à lisser ces impressions.

Par ailleurs vous le verrez, quand on cherche à caractériser leur parcours, on se retrouve inévitablement – la société ayant été ce qu'elle a été – à mentionner leurs maris libéraux ou tyranniques !

Liste évidemment incomplète. J'ai essayé de penser à celles que je connaissais / qui me paraissaient notables. Sentez-vous très libres de compléter !

Cotation :
♥♥♥ capital
♥♥ passionnant
♥ très réussi
♠ sans intérêt (pour moi)
♠♠ vraiment pénible

J'ai laissé de côté Hildegard von Bingen et Beatriz de Dia (pour ne rien dire de Psapphô !), n'étant pas assez instruit en musique pré-XIVe pour  en sentir les spécificités – le corpus écrit en compositeurs nommés est aussi assez réduit, ce qui facilite encore moins l'affaire pour distinguer les particularités qui tiennent du lieu d'apprentissage ou d'exercice… et la singularité du compositeur (compositrice en l'occurrence).

[[]]
Alma SCHINDLER-MAHLER, Hymne (sur le poème mystico-érotique de Novalis).
Ruth Ziesak, Cord Garben (CPO 2000).


XVIIe (première moitié)

Francesca Caccini : fille de compositeur (co-détenteur de la prétention au premier opéra jamais composé), on lui doit La Liberazione de Ruggiero dall'isola d'Alcina (1625), sur un livret magnifique, l'un des plus beaux opéras de tout le XVIIe siècle italien. Personnellement, il n'y a que L'Orfeo que Monteverdi que je place aussi haut. Un naturel de déclamation remarquable, sans les raideurs de Cavalli, les tunnels qu'on peut trouver entre deux tubes chez Landi ou Rossi. Pas nécessairement beaucoup de mélodies, mais une véritable pensée dramatique en musique, pleine de poésie.

[[]]
Francesca CACCINI, La Liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina.
Melissa (Gabrilla Martellacci) vient réveiller Ruggiero (Mauro Borgioni) de son sommeil enchanté au pouvoir d'Alcine. (Version Elena Sartori chez Glossa.)


XVIIe (seconde moitié)

Barbara Strozzi : De beaux airs chez elle, mais à mon sens en-dessous des meilleurs représentants du milieu du XVIIe.

Élisabeth Jacquet de La Guerre : Claveciniste originale (des chaconnes remarquables dans le style de Louis Couperin), autrice de Sonates pour violon d'une veine mélodique altière et prégnante, de cantates aux contrastes saisissants (les fameux Passage de la Mer Rouge ou Sommeil d'Ulysse) et d'un opéra particulièrement réussi (là aussi sur un très beau livret), Céphale et Procris, rempli de modulations inhabituelles, et d'une grande liberté formelle.

[[]]
Élisabeth Claude JACQUET DE LA GUERRE, Le Sommeil d'Ulysse. La tempête instrumentale et vocale.
Isabelle Desrochers, Les Voix Humaines (Alpha 2000).


XIXe (première moitié)

Hélène de Montgeroult : Le piano de Montgeroult est de premier intérêt ; il ne faut pas en attendre de rupture, mais la romantisation de la grammaire classique s'y fait avec une grande élégance, et l'on profite, ce qui n'était pas forcément la norme chez des compositeurs plus courus, même ultérieurs (Hummel, Kalkbrenner…), de belles modulations aux effets poétiques. On y sent l'écriture non pas automatique, mais où chaque élément, même simple, même les formules figées, ont été pesés pour obtenir la grâce particulier qui sied au style du tournant du XIXe.

Maria Szymanowska : Influente figure comme concertiste, compositrice et maîtresse de salon, Szymanowska écrit tôt Nocturnes, Préludes, Mazurkas où l'on sent une partie de la grammaire utilisée ensuite par Chopin. Sa musique reste plaisante et plutôt décorative, dans le style brillant de la plupart des pianistes d'alors (même chez les compositeurs de grand intérêt comme Hummel ou Czerny, une partie du catalogue en est garni), mais recherchant moins la virtuosité que le caractère. Un jalon impressionnant dans la mesure où il s'agit de porter un véritable discours musical, des affects affirmés, nettement au-dessus de la plupart de la concurrence des pianistes d'alors.

Fanny Mendelssohn : Une des rares compositrices à avoir eu accès à un peu de grandes formes. Musique de chambre très belle, lieder de qualité, et oratorios tout à fait saisissant par leur ampleur et leur ambition. Le fond du langage reste moins hardi que chez (Felix) Mendelssohn ou (Robert) Schumann, mais il y a dans l'exploration formelle des éléments assez personnels.

Clara Wieck : L'un des plus grands compositeurs de lied du XIXe siècle, à mettre aux côtés de Schubert et Schumann, à mon sens (bien plus passionnante que Mendelssohn, Loewe ou Brahms). Atmosphère, veine mélodique, façon très astucieuse de mobiliser la structure musicale pour rendre les enjeux des poèmes, du très grand art. (Peut-être même mon corpus liederistique préféré de tout le XIXe…)
Le chopino-schumannien Concerto pour piano est beau, le Trio formellement assez peu aventureux mais d'une grande grâce. Les pièces pour piano (et violon) sont, à quelques exceptions près, plutôt marquées par une écriture « domestique », pas forcément de premier intérêt.

Louise Bertin : Fille du directeur du Journal des débats, pour laquelle Hugo a écrit son seul livret (pas fabuleux), La Esmeralda. La musique n'en est pas très marquante, mais le seul enregistrement n'est pas très bon. Rumeurs invérifiables sur la part de son maître Berlioz dans la composition (orchestration, paraît-il, ce qui ne s'entend en tout cas absolument pas).

Louise Farrenc : Grande figure de la musique instrumentale XIXe, avec, chose rare, des symphonies. Pour ma part, je n'en ai jamais trouvé la saveur particulièrement prégnante : du Rejcha en moins roboratif.

Johanna Kinkel : Une des meilleures plumes pour les lieder, dans un goût essentiellement strophique et mélodique, mais avec une grâce persuasive rare. (Vie incroyable au demeurant, finançant le ménage tandis que son mari qui la trompait se ruinait en projets politiques… qui conduisirent à son bannissement !)

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Johanna KINKEL, Vorüberfahrt (sur son propre poème !).
Verena Rein, Axel Brauni (Dreyer Gaido).


XIXe (seconde moitié)

Emilie Mayer : La première femme, à ce qu'il semble, à vivre de son métier de compositrice. De la génération Verdi-Wagner, le langage n'est pas très hardi dans les Symphonies mais manifeste de jolies délicatesses. Je n'ai pas été convaincu par l'interprétation qui en est disponible, j'aimerais vraiment pouvoir comparer pour me faire un avis plus étayé.

Pauline Viardot : D'abord chanteuse (créatrice de Fidès dans Le Prophète), elle laisse de charmantes mélodies de caractère, bien faites et pleines d'esprit, dont la vocation est de servir un texte piquant plutôt que d'explorer des aspects inhabituels de la composition musicale. Réussi.

Clémence de Grandval : On ne dispose hélas de presque rien au disque (un peu de musique de chambre), alorsque Grandval a écrit de grandes pièces sacrées (Stabat Mater, Sainte Agnès), une poème lyrique avec orchestre, solistes et chœurs (La Forêt) et plusieurs opéras (dont un Mazeppa alléchant). La musique de chambre est plutôt dans le genre du salon, très bien écrite mais sans ambition sur le plan de la personnalité ou du langage, alors que la musique sacrée m'a frappé par la simplicité de ses lignes mélodiques très persuasives, qui évoquent Verdi.

Augusta Holmès : Très marquée par Wagner, elle écrit une musique pour de vastes ensembles inscrite dans une geste très Seconde République, avec de grands chœurs ou de grands sujets dramatiques, comme sa Lutèce qui célèbre la défaite glorieuse de 1870 avec un panache époustouflant.

Agathe Backer-Grøndahl : Du plein romantisme, avec de beaux élans au piano, plus mesuré dans ses mélodies ; la prégnance mélodique y est diverse, mais on trouve beaucoup de belles pièces qui vont au delà de la simple élégance de salon dans ses œuvres pour piano solo. Particularité : non seulement elle conserva son nom de jeune fille, Backer, mais leur fils Fridtjof, compositeur lui aussi, portait le nom composé de ses deux parents.

Cécile Chaminade : Pour le coup, de la musique purement décorative, « de caractère », de salon. Même dans ce contexte, je n'y ai jamais rien entendu de saillant. Typiquement, à mes yeux, une musique qu'on ne jouerait pas s'il n'y avait l'histoire de la femme à raconter – ce qui est légitime aussi, au demeurant, on peut aimer raconter des histoires. Même dans ce répertoire léger, il existe infiniment mieux (Hans von Bülow !).

Marie Jaëll : Legs essentiellement de piano, ambiance plutôt salon, mais aussi des cycles vraiment ambitieux, vastes et virtuoses, comme la série d'études autour de la Divine Comédie. Le langage n'en est pas très personnel ni subversif, mais le geste compositionnel est assez intéressant en général.

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Augusta HOLMÈS, Ludus pro Patria (interlude « La Nuit et l'Amour », dans un goût tristano-berliozien !).
Philharmonique de Rhénanie-Palatinat, Patrick Davin (Naxos Patrimoine 1994).


XXe (première moitié)

Mel Bonis : Pièces de musique de chambre de salon très aimables (sans être particulièrement saillantes), en revanche très impressionné par le métier de sa musique chorale, où l'équilibre des voix et la simplicité très maîtrisée de la progression harmonique font réellement mouche !  Il existe aussi des œuvres pour chanteur soliste et orchestre, qui n'ont bien sûr jamais été enregistrées.

Amy Beach : Assez souvent citée parmi les compositrices, car la première femme américaine (semble-t-il) à s'imposer comme une compositrice de concert – on notera que pour elle comme pour Wieck ou Schindler, le mari a été un obstacle à la carrière (bien qu'elle ait eu tendance à signer ses œuvres avec Mrs + les initiales de son mari !), exigeant explicitement qu'elle « tienne son rang » de maîtresse de maison, en n'enseignant pas le piano, et en limitant ses concerts à deux par an. Néanmoins, elle pouvait composer, et s'y dédia d'autant plus. Le résultat ne m'a jamais frappé par son intensité (musique très consonante, agréable, sans relief très notable), plutôt un jalon historique qu'une œuvre qui doive absolument s'imposer au concert – mais je n'ai pas exploré tout son fonds, des pépites s'y trouvent peut-être.

Rebecca Clarke : Surtout célèbre pour sa sonate alto-piano, dans un goût qui doit beaucoup à Chausson et Debussy, mais traversé aussi par les autres influences du siècle, une belle personnalité pas nécessairement originale, mais aboutie.

Alma Schindler : Admiratrice forcenée de Wagner (elle se serait cassé la voix en chantant tout Siegfried à son piano), Alma Schindler est surtout passée à la postérité, paradoxalement, sous le nom d'épouse de celui qui lui a interdit de composer (en substance « un seul génie à la fois sous mon toit, et toi ton rôle est de me dorloter »), Gustav Mahler. Almschi a cependant repris la composition plus tard (et même édité un premier groupe avec le soutien de son mari). Malgré le fait (lié à la qualité réellement épouvantable de sa graphie ?) que très peu de ses œuvres aient été éditées (moins de 20 lieder à ce jour), son legs demeure absolument exceptionnel, on y rencontre une liberté de geste impressionnant, en particulier dans les enchaînements harmoniques. Elle est le parfait miroir de son mari : chez elle, la structure est au contraire très libre, épousant le texte ou sa fantaisie sans suivre de grands patrons formels, mais l'harmonie se libère tout à fait des parcours communs pour creuser un sillon profondément original et toujours surprenant. Un des compositeurs majeurs du premier XXe, malgré son minuscule catalogue – à l'image d'Abel Decaux et de ses Clairs de lune, par exemple. Hélas, ses biographes ne parlent quasiment que de ses maris et de ses affaires de cœur, ce qui constitue un scandale assez éhonté – imagine-t-on une biographie de Beethoven qui se centre uniquement sur ses amis et ne parle jamais de ses œuvres ?

Nadia Boulanger : Quoique ayant cessé la composition à la mort de sa sœur, soit très tôt dans sa carrière, Nadia Boulanger a laissé des bijoux en musique de chambre et surtout en mélodie, où se fait à mon sens sentir l'influence du format lied, avec une manière moins évanescente ou galante que ce que produisait la filiation Debussy-Cras ou Fauré-Dupont. Jusqu'à ces deux dernières années, nous ne disposions même que d'un seul disque (totalement épuisé depuis 20 ou 30 ans) contenant ses œuvres. Nous en sommes à quatre albums désormais, dont un double.

Lili Boulanger : Prix de Rome (ex-æquo avec Delvincourt) pour sa cantate Faust & Hélène, un talent précoce qui, en disparaissant à 24 ans, a sans doute alimenté une légende qui repose sur un solide fond de vérité – une figure reconnue comme importante par ses pairs de son vivant, et, de fait, un langage original, qui ose des harmonies très personnelles. Si j'aime moins son univers que celui de la grande sœur, on peut admettre que Lili la surpasse en audace dans les quelques œuvres qu'elle a laissées, notamment ses trois Psaumes orchestraux, son étrange cycle de mélodies Les Clairières dans le ciel. Elle a aussi ébauché, regret des regrets, une Princesse Maleine d'après le drame de Maeterlinck. (Nous n'aurons donc jamais la tirade de la Salade de sa main !) Pour autant, malgré sa notoriété considérable et le fait qu'elle soit désormais plutôt régulièrement programmée, ses œuvres avec orchestre ne sont presque jamais données en concert, et certaines autres (notamment ses deux premières cantates pour Rome, Maïa et Frédégonde), n'ont jamais été enregistrées.

Imogen Holst : Fille de Gustav. Je ne connais d'elle que le Phantasy Quartet, en réalité un véritable quatuor à cordes complet (où les mouvements ne sont pas segmentés), qui puise beaucoup aux influences françaises de la musique britannique, une œuvre tout à fait remarquable.

Vítězslava Kaprálová : Peut-être le meilleur compositeur de mélodies tchèques, riches et expressives, là où Smetana, Dvořák, Janáček et Martinů ne paraissent pas toujours à leur faîte d'inspiration. Des merveilles à goûter (en piano aussi).

Germaine Tailleferre : Avec Louis Durey, elle incarne le « mauvais tiers » du Groupe des Six, celui qu'on joue le moins (et qui, de fait, a le moins d'intérêt). Je n'ai toujours pas, à ce jour, rencontré d'œuvre intéressante sous sa plume, d'un néoclassicisme livide, aux harmonies souvent pauvres / répétitives / prévisibles, aux effets rares et peu efficace. De mon point de vue d'auditeur, je n'ai pu m'expliquer qu'on la diffuse quelquefois qu'en raison de sa société avec d'autres compositeurs de très haute volée – et peut-être même un bonus pour constituer l'une des rares figures féminines visibles chez les compositeurs de sa génération, car le pauvre Durey, qui vaut à peine mieux (quelques jolies mélodies, mais aussi des œuvres orchestrales pires que du Tailleferre…), n'a pas obtenu le même bénéfice du doute.

Henriëtte Bosmans : Excellente compositrice néerlandaise, dont le disque (et quelquefois le concert, comme en ce moment même le Festival Rosa Bonheur à Thomery, qui la programme pour deux grandes œuvres dans deux concerts distincts) permet d'entendre une musique de chambre écrite avec beaucoup de densité et de sophistication, comparable aux grands compositeurs français (Ropartz, Cras) ou britanniques (Bowen, Ireland, Bridge) d'alors.

Grażyna Bacewicz : Grande figure de la musique de chambre, qui épousa les évolutions de langage de ses contemporains. L'écoute des sept Quatuors, toujours dans son idiome propre, reflète la modification de l'esprit du temps, depuis un postromantisme sophistiqué jusqu'aux influences (externes) de l'atonalité et de l'épure, toujours de façon très aboutie – je trouve particulièrement remarquables les 1 & 4. Il existe aussi un Quatuor pour quatre violons qui soutient l'enjeu (et, moins étonnant, un Quatuor pour quatre violoncelles). Le disque, à défaut du concert en Europe occidentale, l'a plutôt bien servie ces dernières années.

Zara Levina : Facette soviétique plus aimable d'un postromantisme qui doit beaucoup à Tchaïkovski et Rachmaninov, en en conservant le souffle et les richesses. Elle a la particularité d'être mariée à un compositeur moins célèbre qu'elle, Chemberdzhi… et d'être la grand-mère de l'actuelle vedette du piano Alexander Melnikov !

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Grażyna BACEWICZ, Andante central du Quatuor n°4.
Lutosławski SQ (Naxos 2015).


XXe (seconde moitié)


Galina Ustvolskaya : Héritière des futuristes et de leurs figuralismes motorisques forcenés (Lyatoshynsky !), Ustvolskaya écrit une musique radicale, sans concession à la joliesse, à base de brutalités enchaînées avec beaucoup de relief et d'atmosphère, ou de fugatos désolés, d'aplats décimés. Ses Sonates constituent l'un des plus intéressants corpus pour piano soviétiques, où la concurrence est pourtant vaste et rude.

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Galina USTVOLSKAYA, Sonate n°6. Bouclez vos ceintures.
Markus Hinterhäuser (Col Legno 2012).


Compositrices vivantes

Austriņa (?) : Je ne connais d'elle qu'un Salve Regina, absolument remarquable, à placer aux côtés grandes réussites des autres compositeurs choraux lettons : Skulte, I. Kalniņs, Amoliņs, Ešenvalds, Dubra, Zaļupe…

Betsy Jolas (1926) : Très implantée dans la création française, elle écrit dans une tonalité non fonctionnelle ou une atonalité très tonalisante, à la limite des deux mondes. En général assez plaisant – pas forcément tendu.

Sofia Gubaidulina (1931) : Puisant à une tradition renouvelée en utilisant des formes connues et parfois de grands formats, un univers qui a été célébré partout dans le monde et les salles de concert.

Isabelle Aboulker (1938) : Souveraine de la musique légère ultratonale, Aboulker dispose d'un esprit ravageur (voyez son Douce et Barbe-Bleue), toujours associée à des textes très vifs. Beaucoup de compositions à destination des enfants – commandes multiples de la glorieuse Maîtrise de Radio-France.

Michèle Reverdy (1943) : Grande figure de l'écriture atonale polarisée, rendant accessible un langage pourtant complexe. En particulier un bel opéra autour de Médée, qui tient sa courbe dramatique.

Sheila Silver (1946) : Héritière de la tradition (on entend pas mal de Chopin dans son concerto notamment), l'évoquant aussi dans ses titres (son trio avec cor, To the Spirit Unconquered…), elle propose une musique accessible où miroitent beaucoup de belles influences.

Édith Canat de Chizy (1950) : De l'atonalité « gentille », un peu formelle. Je ne suis pas très séduit, j'y entends beaucoup d'effets, de recherches de modes de jeu, de couleurs, mais le discours échappe – et ce n'est pas clair non plus quand elle donne des masterclasses, laissant les artistes s'approprier à leur façon le matériau sans trancher elle-même.

Kaija Saariaho (1952) : Passant des nappes orchestrales (au besoin à électronique ajouté) à la stabilité néotonale de ses œuvres vocales, plusieurs univers à la fois. Très en cour elle aussi, elle dispose de l'avantage d'être à la fois dans l'esthétique « officielle » qui peut obtenir des crédits en France… et assez accessible pour ne pas épouvanter le public. Hors ses mélodies, je ne suis pas vraiment bouleversé ni par les brumes planantes de son orchestre, ni par la lenteur plus tonalisante de L'Amour de loin. Mais tout cela se laisse très bien écouter.

Sally Beamish (1956) : Compositrice de l'un des meilleurs concertos pour alto du répertoire (son premier, je n'ai pas écouté le second), dans une tonalité un peu élargie, très lyrique, avec des réponses et des vides orchestraux assez saisissants.

Unsuk Chin (1961) : Atonalité profusive, qui a l'avantage de ses chatoyances exubérantes. Très bien insérée dans le milieu, elle reçoit beaucoup de commandes, je suis loin d'avoir tout écouté. C'est plutôt convaincant.

Suzanne Giraud (1958) : Dans la lignée du spectralisme français. De beaux poèmes-minute Renaissance avec trompette, bien habillés. Moins enthousiasmé par sa musique purement instrumentale – mais je n'aime pas du tout les spectraux en général.

Jennifer Higdon (1961) : Héritière des recherches minimalistes, elle en tire le meilleur en travaillant la variation, en exploitant la beauté d'aplats d'accords enrichis, mais avec une mobilité discursive plus grande (plus traditionnelle aussi). Intéressant !

Lucia Ronchetti (1963) : Quoique titulaire d'une thèse sur l'influence de Wagner sur le style orchestral de Chausson, Ronchetti écrit des pièces tout à fait atonales, marquées par l'influence du spectralisme, et en certains endroits assistées par ordinateur. Je n'aime rien de ce que j'ai entendu, toujours assez moche dans les couleurs et très peu captivant dans le discours distendu, même lorsque des jeux de référence pourraient permettre de se raccrocher à des événements.

Olga Neuwirth (1968) : Typiquement l'atonalité-moche qui ne me touche pas. Un univers qui de plus, à en juger par ses sujets (elle avait projeté un opéra, avec Jelinek, parlant d'un médecin pédophile), n'illumine pas vraiment l'imaginaire. Il existe vraiment très peu de compositeurs dont je pourrais dire avec simplicité que je ne les aime pas, mais si Glass est premier, Neuwirth et quelques spectraux sont de très sérieux candidats à la seconde marche.

Ana Sokolović (1968) : Je n'ai à ce jour sérieusement écouté que Svadba, son opéra sans orchestre et sans texte, simplement des glossolalies par six femmes. Une merveille absolue, dansante, incantatoire, jubilatoire, très personnel, absolument pas engluée dans un langage prédéfini. Une liberté et une poésie merveilleuses. Il semble par ailleurs y avoir de jolies choses en musique de chambre, en survolant distraitement son catalogue sonore.

Elena Langer (1974) : Je n'ai écouté que son Figaro Gets a Divorce, dont je n'ai pas compris l'intérêt. L'intrigue ne fait pas vraiment référence aux épisodes précédents (les noms sont là, mais le fan service est en vacances), et la musique vraiment pas non plus, une atonalité linéaire et grise, avec des lignes vocales de surcroît très ternes. J'étais assez gêné en essayant d'écouter cela, j'espère qu'elle a produit mieux.

Anna Clyne (1980) : Au disque, le principe des grandes forces paraît un peu sommaire. Écoutée en concert, à la fois très accessible et utilisant les outils peaufinés par les hardiesses du second XXe siècle, très bien orchestré, structurellement intelligible, complètement pensé pour l'impact physique en salle… une voix que j'ai hâte de réentendre !  Sa carrière semble vraiment lancée, avec des commandes du London Philharmonic et du Chicago Symphony.

Caroline Shaw (1982) : Un des compositeurs d'aujourd'hui qui parviennent à jouer du clin d'œil, de la référence, de la tradition, avec un résultat très accessible et séduisant, sans ressembler à la musique du passé. De quelles choses dans le domaine du quatuor.

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Ana SOKOLOVIĆ, Sirènes. Sur un principe proche de Svadba.
Queen of Puddings Music Theatre Vocal Ensemble, Dáirine Ní Mheadhra  (ATMA 2019).




caroline shaw
Caroline Shaw, benjamine de la liste.


5. Envoi

La liste, bien sûr partielle, laisse assez bien voir, je trouve, les deux aspects de la question : beaucoup de femmes, même talentueuses, ont effectivement été limitées à de petits formats et à des genres « de caractère ». Il ne leur est sans doute même pas venu à l'esprit d'explorer les frontières du langage, de le subvertir, de chercher l'originalité – et l'on peut supposer que cela aurait été fort mal vu de Mr Beach, peut-être même de M. Schumann.
Pour autant, il existe des figures singulières qui vous saisissent tout de suite par le bras et vous font sentir avec la dernière vigueur qu'elles ont quelque chose d'important à dire. Je vous laisse les découvrir.

Ainis je crois que cette liste illustre, mieux que n'importe quel discours de principe, combien il est indispensable de jouer les compositrices. Néanmoins il serait davantage loisible d'entendre les compositrices intéressantes (et qui sont, de fait, fort peu / pas jouées pour la plupart) que des compositrices en tant que telles, parce que femmes ; il y a donc des noms qu'on pourrait avantageusement remplacer par des hommes (de n'importe quelle autre minorité opprimée si l'on veut : milieu modeste, pays dont on ne parle jamais, handicapés, etc.). Isang Yun, Coréen victime de la torture ; Waltershausen, amputé de la moitié des membres et volontairement retiré de la vie publique à l'arrivée des nazis…

J'avoue hésiter, par pure provocation, à constituer sur ce modèle une liste des compositeurs méconnus ayant pratiqué le vélo ou le point-de-croix. Peu importe l'angle, il y a tellement à exhumer que, quelle que soit la figure imposée, on trouvera de quoi se remplir (de découvertes) la panse auditive – et les femmes n'y font pas exception !  Ce serait l'occasion d'essayer un sillon moins à la mode. Car, vu le faible nombre de femmes compositrices, on est limité dans ses choix – du côté du symphonique et de l'opéra, il n'y a à peu près rien avant le XXe siècle, et étrangement, je n'ai pas de noms illustres à citer au XVIIIe !  [Il serait sans doute plus intéressant, à la vérité, de procéder par aire géographique et de proposer une histoire de la musique tchèque ou de la musique suédoise, par exemple. Mais ce serait moins ouvertement du mauvais esprit, donc moins amusant.]

Ensuite, encore une fois, je comprends bien le sens de la démarche d'affirmer massivement, par une programmation spécialisée, l'existence de ce corpus largement occulté dans les histoires de la musique, de célébrer la persévérance de ces individu.e.s, bien entendu. C'est un choix d'ordre politique et sociétal, auquel on peut soumettre la programmation, de façon par ailleurs légitime. Mais en tant qu'auditeur, ce qui intéresse demeure avant tout la musique elle-même, sans quoi l'on ne jouerait pas Wagner ou Orff – et c'est sur ce critère musical que j'aimerais entendre les programmations des concerts.
Ce serait d'autant plus utile à la cause, au demeurant : on ne courrait pas le risque de nourrir les préjugés (historiquement partiellement fondés, mais partiellement seulement) « musique de femme = musique de salon ».

Quoi qu'il en soit, et quelle que soit la position (de principe / de mélomane) qu'on souhaite adopter, il faut découvrir impérativement certains de ces jalons de l'histoire musicale. Peu, du fait de leur faible diffusion à l'époque, ont pu influencer leurs successeurs – en tant que professeur éventuellement, mais pas en tant que modèle de composition ; en revanche un certain nombre marquent réellement leur temps, à l'instant T, de leur empreinte singulière.

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Isabelle ABOULKER, 1918, L'homme qui titubait dans la guerre (« Prologue : La guerre au Luxembourg » ; texte d'Arielle Augry).
Chœur Capriccio, Orchestre de la Musique de la Police Nationale, Jérôme Hilaire (Hortus 2018).

dimanche 26 juillet 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 9 : Bruch, Weigl, Schillings, Reznicek, Usandizaga, Alwyn, Killmayer…


Petit bilan du mois écoulé. Nouveautés écoutées de ces dernières semaines.

Du vert au violet, mes recommandations.

♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
♦ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques.)

Quelle jolie brassée !  Je suis frappé par le nombre de noms particulièrement confidentiels (Ramhaufski, Hochreither, Romberg, Johansen, Kuljerić, Mihajlović…) qui s'ajoutent à d'autres minorités opprimées des programmateurs (les femmes avec Emilie Mayer, les « petites langues » avec Gotovac, le second XXe très-tonal avec Kuljerić…). Dans ces nouveautés, quelques merveilles absolues, en particulier les Quatuors de Weigl, fiévreux échos de ce que le style décadent début-de-siècle a produit de meilleur, à la fois ardent, complexe et jubilatoire (tout l'inverse de ses symphonies, en somme) et l'intégrale des Symphonies de Bruch par Bamberg et Trevino, dont la réalisation de qualité supérieure magnifie les beautés postschumaniennes… La Première Symphonie en particulier ménage des trouvailles merveilleuses.

Côté interprétation, vu la pléthore d'offre, c'est sans surprise Beethoven qui triomphe : moitié d'intégrale étourdissante par Savall, concertos de la plus belle finition par le gigantesque Bellucci, timbres inédits par le Freiburger Barockorchester

Dans mes découvertes personnelles, quantité de grands coups de cœur du côté des opéras d'Alwyn, Usandizaga, Killmayer, Reznicek, Schillings bien sûr, la musique de chambre de ces deux derniers.
Et écoutes comparées des Partitas pour clavier de Bach et d'Unis dès la plus tendre enfance. J'ai aussi enfin fini Barbe-Bleue d'Offenbach, un de ses meilleurs opéras à mon gré, dont je n'avais pas achevé l'écoute lorsque commencée (faute de temps simplement, car tout y est magnétique de tout en bout).




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Milan Mihajlović: Bagatelles pour violon, clavecin et cordes, Memento… – Brandebourg StO, Griffiths (CPO)
→ Violon ultra lyrique et clavecin en agrégats hors tonalité.
→ L'élégie, à la voix à base de lyrisme, pizz et glissandi, sonne très contemporain malgré ses bases totalement tonales. Ce n'est pas le grand vertige, mais l'orchestre splendide de Frankfurt (Oder) y resplendit.
DUPONT, G.E.X.: Songs (Je donnerais mes jours) (Rachel Joselson, Bo Ties) (Centaur)
→ Dans un des plus beaux corpus de mélodie française, un piano remarquablement timbré, présent, exact et versatile, un régal. La voix en revanche, heureusement captée en retrait, vibre terriblement, élimée, instable… difficile de traduire l'espièglerie ou la tendresse avec ce matériau, même si la proposition de l'artiste est, comme ici, de qualité.
(À choisir, j'aime nettement mieux que les mélodies chantées par Florence Katz dans l'album Peintre / Jacquon.)
Fibich – Symphonie n°3 ; Ouvertures Šarka, Bouře, marche funèbre Messine – Janáček PO Ostrava, Marek Štilec
→ Les bois sombres du début de la Troisième font belle impression ! Fibich écrit une musique romantique non sans richesses, à défaut d'une personnalité très singulière.
Beethoven – Symphonies 1,2,3,4,5 – Le Concert des Nations, Savall (Alia Vox)
→ Couleurs splendides, mais surtout une structure au cordeau et une ardeur débordante, qui en font un tout premier choix pour une version sur instrument d'époque, avec des cordes plus fondues et capables de legato que chez Gardiner (où la disjonction cordes / vents est totalement assumée), une ardeur semblable à Hogwood (dont les choix sont plus extrêmes). Du niveau de ces deux-là en tout cas.
→ Le premier mouvement de l'Héroïque est d'assez loin le plus rapide que j'aie entendu, sans doute assez proche de l'indication métronomique ! La Quatrième rend remarquablement justice, elle aussi, à son écriture à la fois fragmentée et très structurée.
→ Il faut préciser, pour les oreilles les plus sensibles, quelques moments (vraiment fugaces) où les vents ne sont pas justes (hautbois-clarinettes dans la 1, cors dans le II de la 3). Ça ne couaque jamais, et ça ne gêne pas du tout à mon sens, mais il reste, au sein de cette exécution superlative, ces détails qui peuvent gêner les plus sensibles (à la réécoute surtout, je suppose).
Nielsen: The Mother, Op. 41, FS 94 – Odense SO (Da Capo)
→ Musique de scène pour un Nielsen peu fantaisiste et pittoresque, de la musique qui bouscule peu le langage, même si l'on y entend des harmonies et trouvailles communes à la quatre.
→ Pas subversif, mais délectable, avec de très belles intuitions (l'émergence des cors mélodiques dans le rêve-saga !).
→ Amusante série d'hymnes nationaux.
Mozart y Mambo – Sarah Willis (cor), Havana Lyceum Orchestra, José Antonio Méndez Padrón (Alpha)
→ Le programme du disque correspond exactement au titre : des pièces de Mozart pour cor et orchestre… et du mambo ! (dont un pastiche de Mozart)
Je n'aime pas trop le timbre très britannique (rond, sombre, un peu poisseux) du cor de Willis, qui a un côté trombone / tuba pas tout à fait dans mon idéal (limpide) de l'instrument. Chez les mêmes solistes berlinois, Neunecker ou Dohr me séduisent autrement…
Kabalevsky: Complete Preludes – Michael Korstick (CPO)
→ Symphonies et concertos pour piano absolument remarquables, dans des genres assez différents (symphonies sombres quoique mélodiques, concertos pour piano avenants mais bien intégrés à l'orchestre, dotés d'une réelle substance musicale). Ces Préludes sont plus nus et aimables, mais avec l'implication et la pensée structurelle de Korstick (à qui l'on peut tout au plus reprocher un toucher toujours légèrement cassant), on peut goûter cette simplicité avec un diamantin éclat.
Zemlinsky – Die Seejungfrau – PBPO, Marc Albrecht (Pentatone)
→ Fluidité et clarté, élan, une grande version de cette œuvre, par un orchestre rompu depuis des années aux décadents germaniques, qu'il joue désormais avec un naturel déconcertant !
Beethoven: Symphonies Nos. 1 & 2 - C.P.E. Bach: Symphonies, Wq 175 & 183/17
Akademie fur Alte Musik Berlin, Bernhard Forck (HM)
→ Superbe projet que ces jumelages de symphonies (on a eu du Knecht avec la 6, aux parentés édifiantes !). Les CPE sont belles en première écoute, sans être nécessairement ses meilleures (et sans que les parentés directes m'aient frappé, à réentendre).
→ Sur le résultat, l'Akademie avec Forck ne dispose vraiment pas, à mon sens, du même feu qu'avec Goebel (qui fait maintenant des étincelles à la WDR de Cologne…) : les œuvres, très bien jouées, manquent de ce surplus de personnalité ou d'abandon qu'ajoutent les grandes interprétations.
→ J'ai donc envie de recommander l'album… sans avoir été tout à fait bouleversé.
Beethoven – Concertos pour piano – Bellucci, Biel Solothurn SO, Kaspar Zehnder (Calliope)
→ Bellucci encore une fois le virtuose des virtuoses (quelle netteté !) : chez lui la pédale sert à gagner en résonance et en ampleur, jamais à compenser le legato qui est déjà totalement maîtrisé. Chaque strate musicale est audible, et les phrasés élégants – dans Beethoven, il joue de plus à fond le raptus, l'ardeur, la hardgne (sa Hammerklavier est d'une insolence assez incroyable).
→ Orchestre vif, fin, engagé, très belle surprise de la part d'une phalange qu'on aurait pu croire secondaire (et qui est bien plus engagée et précise que la moyenne).
→ En bonus, un grand nombre de cadences alternatives sont enregistrées (Reinecke, Liszt, Brahms, Fauré, Busoni, Gould… !). Passionnant.
Alwyn – Miss Julie – Oramo (Chandos)
→ Splendide mise en valeur du texte, très intelligible dans cette mise en musique, dans une atmosphère typiquement anglaise (degradés de gris sophistiqués mais faciles d'accès), avec un véritable sens dramatique, un bijou.
→ Néanmoins, j'aime bien davantage la version Lyrita, chantée avec des voix moins vaporeuses et captée avec davantage de franchise.

Emilie Mayer .: Symphonies Nos. 1 and 2 (North German Radio Philharmonic, McFall)
→ Une des premières femmes à vivre de ses compositions (1812–1883), et non seulement à composer en plus de ses cours ou concerts.
→ À l'écoute, l'impression d'une belle musique, instrumentée avec délicatesse, sur des carrures d'accompagnements assez classiques, peu tournée vers les contrastes… Mais le résultat n'est pas très enthousiasmant ; j'aimerais vraiment en entendre une version avec plus de mordant, d'allant, d'accents. Quelque chose d'assez tranquille et terne domine, alors qu'en tendant l'oreille vers le détail, on peut penser aux plus belles ouvertures d'Auber, par exemple, un beau galbe mélodique, une simplicité qui a ses séductions, dans des couleurs plutôt mendelssohniennes.
→ Album peu exaltant en l'état, mais j'aimerais en avoir deux ou trois autres versions avant de me prononcer sur les compositions, qui ont l'air touchantes. En tout cas la Première Symphonie – la suivante a peu sollicité mon intérêt.

Krommer: Symphonies Nos. 6 & 9 – Svizzera Italiana, Griffiths (CPO)
→ Entre les accords dramatiques post-Gluck et un premier romantisme un peu plus aimable, de belles compositions, hélas lissée comme d'habitude par Griffiths (pourquoi confier aussi souvent ce répertoire à quelqu'un qui le joue à rebours de ses spécificités de contrastes, de textures et de coloration ?). Le résultat manque de relief, joué avec plus de « conscience » musicologique et de feu, il y aurait là un beau potentiel. Tout à fait respectable au demeurant, beau disque.

Ramhaufski, Hochreither – Festive Masses for Lambach Abbey – Ars Antiqua Austria, Gunar Letzbor
→ Son typiquement autrichien, assez rococo (cuivres très présents, notamment les trombones en contrechant dans les chœurs), qui sert des messes baroques joliment contrapuntiques. Sans paraître du niveau des fleurons du temps comme les grands Zelenka, de belles découvertes correspondant à un style européen identifié, très bien exécutées.

David Johansen (c-1) : Concerto pour piano, Pan, Épigrammes sur des motifs norvégiens, Variations symphoniques & Fugue – Triendl superstar, Kristiansand SO, Aadland (CPO)
→ Vraiment un univers sonore original, concerto pour piano un peu sombre, où l'évocation de l'orchestre tient une large part.

Reinecke : Symphonies 3 & 1, Radio de Munich, Henry Raudales (CPO)
→ Les cordes dominent dans ces symphonies typiquement romantiques, mais élancées et non sans charme mélodique. Pas des découvertes fondamentales, mais aussi bien jouées et enregistrées, un plaisir auquel on revient très volontiers !

Bruch: Symphonies Nos. 1-3 & Overtures
Bamberger Symphoniker, Robert Trevino (CPO)
→ Très mendelssohnien lorgnant vers Brahms, et joué avec un tel élan ! (quelle prise de son limpide et ample, aussi !) Il faut dire que Bamberg / Trevino, ce n'est pas une alliance de seconds couteaux !

Reznicek: String Quartets, Minguet Quartett (CPO)
→ Beaux quatuors romantiques tardifs, bien réalisés. Plutôt le meilleur de l'instrumental de Reznicek, en réalité !

Weigl: String Quartets Nos. 7 & 8
par Thomas Christian Ensemble (CPO 2017, parution en dématérialisé le 3 juillet 2020)
→ Weigl est donc un grand compositeur… mais certainement pas de symphonies ! Ces quatuors, plus sombres, mieux bâtis, d'une veine mélodique très supérieure et d'une belle recherche harmonique, s'inscrivent dans la veine d'un postromantisme dense, sombre, au lyrisme intense mais farouche, à l'harmonie mouvante et expressive. Des bijoux qui contredisent totalement ses jolies symphonies toutes fades. (On peut songer en bien des endroits au jeune Schönberg, à d'autres à un authentique postromantisme limpide mais sans platitude.)
→ Aspect original, le spectre général est assez décalé vers l'aigu : peu de lignes de basses graves, et les frottements harmoniques eux-mêmes sont très audibles aux violons, assez haut. avec pour résultat un aspect suspendu (le Quatuor de Barber dans le goût des décadents autrichiens…) qui n'est pas si habituel dans ce répertoire.

Avenue Beat – the quarantine covers
→ Très sympathique. Le sommet étant l'hors-album : « In december 2019 » avec son clip dépressif.

Kuljerić: Hrvatski glagoljaški rekvijem - Gotovac: Himna slobodi (Live) – Radio de Munich (BR Klassik)
→ Très mignon, néoromantisme minimal. Pas forcément passionnant, mais de jolies trouvailles dans les essais orchestraux – un peu massifs, mais originaux par endroit (un peu cette façon de court-circuiter l'orchestration traditionnelle qu'ont Orff ou Kancheli, toutes proportions gardées…).



commentaires nouveautés : rééditions
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BRAHMS, J.: Piano Trios Nos. 1-3 (I. Stern, L. Rose, Istomin) (Sony)
→ Un des rares volumes de cet extraordinaire trio qui ait un peu trop vieilli à mon gré (timbres pincés, moindre fondu général). Par ailleurs le piano très en retrait, qui fonctionnait fort bien dans Schubert, voire Mendelssohn, est un problème dans l'architecture du Brahms. Dommage.

telemann magnificat CPO mozart mass C minko


gál music for voices (toccata) Mélodies britanniques Bostridge / Pappano


Sange fra grænselandet
Musica Ficta



Graupner : Das Leiden Jesu: Passion Cantatas, Vol. 4
Ex Tempore



katsaris original works used fot mozart concertos


dallapiccola prigioniero chandos


rodrigo orchestral works, comunitat valenciana


rossini nozze teti e peleo (Naxos)


weinberg works for cello and orchestra, wallfisch (CPO)


barmotin piano (Grand Piano)


Barjansky piano (Grand Piano)


Gotovac : Ero the Joker (CPO)


Les 4 autres volumes du concours Moniuszko (DUX)


Mélodies britanniques Gilchrist

autres nouvelles écoutes : œuvres autres nouvelles écoutes : versions


Offenbach – Barbe-Bleue – Sénéchal, Duvaleix, Revoil, Collart , Peyron, Daguerssard, Dassy ; Radio-Lyrique, Cariven (Cantus Classics 2010, enreg. 1958)
→ Très plaisante musique, assez spirituelle, pas seulement truculente, et livret tout à fait amusant, avec enjeux multiples et déplacement du conte.
Offenbach – Barbe-Bleue – Leguay, Lenoty, Dachary, Doniat, Terrasson… Radio-Lyrique, Doussard (Orfeo d'Oro 1999, enreg. 1967)
→ Remarquable relief de Leguay dans son meilleur rôle. Orchestre plus vif, moins articulé que chez Cariven ; même savoir-faire déclamatoire.
Stockhausen – Mantra – (New Albion 1988)
→ Très joli et agréable, tintinabulant.
Bach – Partita n°1 pour clavier – Dubravka Tomšić (Indésens, VOX à l'origine ?)
→ Lecture pour piano tradi mais très nettement articulée. Il n'y a pas la même liquidité vivace que dans ses Scarlatti (inégalés, pour mon usage), mais ce reste de belle facture.
→ Fun fact : la gigue évoque très fortement le grand air « Je t'implore et je tremble » que Gluck met dans Iphigénie en Tauride plusieurs dizaines d'années plus tard.
Nikolaï ARTZIBOUTCHEV : Sérénade / Nicolaï SOKOLOV : Polka, Mazurka / Maximilien d'OSTEN-SACKEN : Berceuse / Anatole LIADOV : Mazurka, Sarabande / BLUMENFELD : Sarabande / Nikolaï RIMSKI-KORSAKOV : Allegro / BORODINE : Scherzo / Alexandre KOPILOV : Polka / GLAZOUNOV : 5 Novelettes – « Les Vendredis » de Belaïev – Vertavo SQ (Simax 2004)
→ Musique plaisante d'ambiance de salon, remarquablement jouée par les Vertavo.
Bach – Partita n°1 pour clavier – Buchbinder (Sony)
→ Très romantique, mélodique, fluide, très plaisant à écouter, en lissant la complexité contrapuntique.

Bach – Partita n°2 pour clavier – Buchbinder (Sony)

Bach – Suite anglaise BWV 808 – Buchbinder (Sony)
→ Se prête moins bien à ce jeu (manque de danse).
Marteau – Quatuor n°2, 8 mélodies avec quatuor – Deshayes, Isasi SQ (CPO 2018)
→ Seul le Quintette avec clarinette, qui sert quelquefois de couplage au Reger, est un minimum représenté.
→ Le Deuxième Quatuor est dans la même veine, très sérieux et contrapuntique, franchement peu extraverti ni mélodique, malgré l'impressionnante contruction fuguée du dernier mouvement, qui mérite le détour.
→ Mélodies plus riantes, avec davantage de relief sensible.

Bach – Intégrale des Partitas pour clavier – Pinnock (Hänssler 2007)
→ Vivacité et fondu, une version pour clavecin « symphonique » qui fonctionne remarquablement ! Variété de phrasé, confort des résonances, lisibilité des directions…
Bosmans & Bridge: Music for Cello and Piano – Mayke Rademakers / Matthijs Verschoor (Quintone 2007)
→ Robuste construction de la Sonate d'Henriëtte Bosmans, impressionnante de rigueur, de geste, d'élan. Bridge très réussie également.
Bach – Partita n°1 pour clavier – Zhu Xiao-Mei (Mirare)
→ Même atmosphère douce, mais davantage de travail sur le contrepoint, plus de sous-texte, attaques un peu plus tranchantes.

Bach – Partita n°1 pour clavier – Verlet (Naïve)
→ Phrasé toujours avec beaucoup de liberté et de reliefs inégaux, mais clavecins trop riches qui fatiguent vite (et sonnent un peu faux dans ces harmonies complexes).

Bach – Partita n°1 pour clavier – Belder (Brilliant)
→ Clavein assez aigre, pas très agréable, malgré la vivacité de Belder.
WEIGL, K.: String Quartets Nos. 1 and 5 (Artis Quartet) (Nimbus)
→ Richesse et véhémence remarquables de ce corpus sans comparaison avec les pâles symphonies ! Parmi les très grands quatuors du premier XXe siècle.
Bach – Partita n°1 pour clavier – Leonhardt (néo-Erato)
→ A clairement vieilli, on sent le surlié imposé par l'instrument, le tempo est un peu contraint aussi ; beau hiératisme mais il existe beaucoup plus brillant désormais.

Bach – Partita n°1 pour clavier – Ashkenazy (Decca)
→ Joli piano rond, avec des modalités de trille pas tout à fait adaptées et une pensée qui reste très pianistique.
SCHILLINGS, M. von: Hexenlied (Das) / Symphonic Prologue / Ein Zwiegesprach / Dance of the Flowers (Mödl, Cologne Radio Orchestra, Stulen)
→ Clairement pas le Schillings le plus dense ni le plus inspiré, du très gentil romantisme translucide.

Bach – Partita n°1 pour clavier – Vinikour (Dorian)
→ Très beaux contrechants, mais clavecin aux résonances un peu acides, qui diminue le confort.

Bach – Partita n°1 pour clavier – Alard (Dorian)
→ Remarquablement réalisé, très sûr (et beaux placements d'agréments !), avec un certain manque de déhanché.

Bach – Partita n°1 pour clavier – Perahia (Sony)
→ Très rond, très fluide (et trilles très pianistiques), très fluide. A son charme, en lissant le discours en quelque chose de plus aimable.
Reznicek – Symphonies 2 & 5 – Bern SO, Beermann (CPO 2005)
→ Très sympathique, orchestration peu distinctive.
Beethoven, Quatuor n°13 – Vertavo SQ (Simax 2009)
→ Organique et virtuose version, pleine d'élan et de textures.
SCHILLINGS, M. von: String Quintet in E-Flat Major / String Quartet in E Minor (Vienna String Quintet) (CPO 2011)
→ Délicieusement postromantique, encore généreux et quelquefois voilé / vénéneux, beaucoup de beautés mélodiques et de climats à goûter !
Grieg & Debussy: String Quartets ; Vertavo SQ (Simax 2000)
Schillings – 2 Symphonische phantasien / Glockenlieder / Préludes pour Ingwelde et Moloch – Worle, Berlin Radio Symphony, Soltesz (CPO 1997)
→ Très beau postromentisme décadent postwagnérien, en particulier les préludes intermédiaires des deux opéras et le cycle de lieder.
Wagner – Ouverture du Vaisseau, extraits et arrangements orchestraux de Tristan, du Crépuscule, de Parsifal – Sk Berlin, Schillings (1926-1928 édition Jube 2013)
→ Très vif, fin, dramatique !
Schillings – Mona Lisa – Bilandzija, Bonnema, Wallprecht, Kiel PO , Klauspeter Seibel (CPO 1995)
→ Très schrekero-schoeckien, avec moins de surprises et de contrecourbes, à la fois riche et assez apaisant. Ressemble un peu aux meilleures parties des Oiseaux de Braunfels. Un régal.
Schillings – Mona Lisa – Borkh, Beirer, Ahlersmeyer, Opéra Municipal de Berlin, Robert Heger (1953, éditions Walhall ou The Art of Singing)
→ Orchestre évidemment moins détaillé, mais valeureux et généreux, chanteurs excellents bien sûr (le métal de Beirer, le grain d'Ahlersmeyer). Borkh assez fine et juvénile par rapport à ses rôles habituels.
Presque aussi superlatif que la version CPO – qui dispose certes en outre du livret bilingue anglais et surpasse cependant légèrement cette version d'Âge d'Or, même vocalement !
Killmayer – Musique de chambre (Quatuor à cordes, Trio à cordes, Quatuor piano-cordes, Brahms-Bildnis, 5 Romances…) – (CPO)
→ Effets de nappes et boucles, atonales et minimales, pas très passionnantes. Le Trio fonctionne mieux que le reste.
Fibich – Symphonie n°2, Au crépuscule, Idylle pour clarinette – Tchèque NSO, Marek Štilec (Naxos)
→ Plus primesautière que la 3, peut-être moins de relief aussi. Dans cette nouvelle version, elle bénéficie d'espace sonore et mérite d'être écoutée.
Killmayer – Heine-Lieder – Prégardien
→ Grande nudité, très proche des textes, avec un langage très tonal-naïf et des sorties de route assez marquantes. Très bel exercice de poésie musicale, chanté divinement.
Brahms quintette à cordes 2 – Mandelring SQ (Audite)
→ Version énergique, aux timbres pas toujours raffinés et aux inflexions un peu brutes, comme si tout était joué assez fort. Mais belle version très habitée.
Killmayer – Yolimba – Radio de Munich, Peter Schneider (Orfeo)
→ Mélange improbable de thèmes d'opérette très entraînants façon Misraki (le thème principal évoque beaucoup la loterie de Normandie…) et de véritable sprechgesang, ensemble assez étrange, riche et réjouissant !
Britten, Albert Herring, Hickox (Chandos)
→ Bons chanteurs, prise de son aérée (quelquefois un peu lointaine). Pour le meilleur opéra de Britten. Avec Gilchrist et R. Williams !
Usandizaga – Mendi Mendiyan (High in the Mountains) – Bilbao SO (Marco Polo 2005)
→ Grand romantisme lyrique très réussi pour cet opéra-étendard de la culture basque. Très bien chanté.
Alwyn – Miss Julie – (Lyrita)
→ Splendide mise en valeur du texte, très intelligible dans cette mise en musique, dans une atmosphère typiquement anglaise (degradés de gris sophistiqués mais faciles d'accès), avec un véritable sens dramatique, un bijou.
→ Version bien plus définie (et mieux captée et mieux chantée) que la récente parution Chandos, très honorable au demeurant.
Herzogenberg – Colombus – Oper Graz (CPO)
→ Œuvre très largement chorale assez recueillie, émaillée de quelques tirades solo un peu plus exaltées – elle n'évoque pas très spectaculairement les grands espaces, ni le frisson de l'épopée. Sorte de méditation profane assez plaisante – mais les interprètes de Graz ne parviennent pas complètement à la joliesse espérée. Plaisant.
Beethoven Sonates 26, 6, 29 – Bellucci
→ Net et claquant, impressionnant dans les 26 et 29. Un peu sec peut-être dans la 6, qui appelle à mon sens davantage de rondeur et de forme que de virtuosité et d'ardeur.
Johann Nepomunk David: Symphonies Nos. 2 & 4 – ÖRF, Wildner (CPO 2018)
→ Hindemithien en diable : pour la 2 un aspect affligé, des côtés néos, assez ouvertement sophistiqué – je n'adore pas forcément. En revanche la 4, quel contrepoint ! Malgré son sérieux et sa grisaille, particulièrement réjouissante (la fugue infinie du II !). On a l'impression d'entendre les deux meilleures minutes de Mathis der Maler développées pendant 30 minutes, tout à fait génial – et bien meilleur que Hindemith, en réalité !

Reznicek – Ritter Blaubart – Pittman-Jennings, Radio Berlin, Janowski (CPO)
→ Déclamation acérée, ambiances puissantes, grandes plages orchestrales plus simples que du Strauss (le premier interlude a cependant un vrai côté Rosenkavalier) mais qui ne sont pas du postromantisme répliqué, vraiment quelque chose de personnel dans ces consonances tuilées. J'adore, absolument.

Avenue Beat – the quarantine covers
→ Très sympathique. Le sommet étant l'hors-album : « In december 2019 » avec son clip dépressif.



écoutes à (re)faire
réécoutes œuvres (dans mêmes versions) réécoutes versions




The Aspern Papers, de Michael Hurd.

harris s3

reznicek schlemihl, s5 tanz

concours Moniuszko

robert still symphs 3-4 lyrita

van Gilse Symphonie n°3 – Porcelijn (CPO) Ô Richard, ô mon roi – Dens, Doneux
pausole honegger venzago, spanjaard

impros bartók

Cozzolani: Vespro
par I Gemelli, Emiliano Gonzalez Toro

Johann Nepomuk David: Symphonies n°1 en la mineur, op. 18 et n°6, op. 46:

Aho symph 12

Braunfels : Große Messe – Jörg-Peter Weigle (Capriccio 2016)
→ D'ample ambition, une œuvre qui ne tire pas Braunfels vers du Bruckner complexifié comme son Te Deum, mais vers une véritable pensée généreuse et organique, dotée en outre de fort belles mélodies.

(bissé)
Rott , Symphonie en mi / Pastorales Vorspiel – ÖRF, Dennis Russell Davies (CPO)
→ Plus fondu que d'autres, très beaux timbres. Meilleurs trois premiers mouvements, seul le final est un peu moins trépidant que Rückwardt ou P. Järvi.
ireland bax bowen cello watkins

georg schumann chb CPO

honegger quatuors

krumpholtz

Music for Piano Solo / Ronal Center (Christopher Guild, piano)

Pfitzner: Von deutscher Seele, Op. 28 (Live)
par Münchner Philharmoniker, Horst Stein
→ Étonnante audace, en particulier dans les interludes, pour un compositeur aux convictions ouvertement conservatrices. Quelque chose de presque décadent.
« Unis dès la plus tendre enfance », quelques grandes versions
Winbergh (Muti) 4,5T
Beuron (Minkowski) 5T
Alagna (Billy) 3,5T
Thill (Bigot) 4,5T
Chauvet (Etcheverry) 4T
Alxinger 3,5T
Aler (Gardiner) 3T
trafalgar sur un volcan

moeran quat

Roussel ccto pia : https://www.deezer.com/fr/album/4091751

trios dvo, rimski, raff, korngold

dohnanyi symph 1 capriccio

Bruch: Symphonies Nos. 1-3 & Overtures
Bamberger Symphoniker, Robert Trevino (CPO)
→ Très mendelssohnien lorgnant vers Brahms, et joué avec un tel élan ! (quelle prise de son limpide et ample, aussi !) Il faut dire que Bamberg / Trevino, ce n'est pas une alliance de seconds couteaux !

(bissé)
Gluck – Iphigénie en Tauride – Vaness, Winbergh, Allen, Surjan ; Scala, Muti
→ Lecture ample et tendue, avec des dictions variables mais une ampleur vocale qui suscite indiscutablement le respect. Les moments les plus déclamés et contemplatifs s'amollissent clairement (il ne sont pas pensés, tout simplement), mais les éclats dramatiques y sont presque aussi réussis que dans les grandes versions musicologiquement soignées.


Kilpinen mélodies, hynninen / gothoni

- Von Schacht, celle en si bémol majeur (vol 1 disque CPO)
- Eberl, celle en si bémol majeur (concerto Köln)

Arnold Bax, Edward Elgar, William Mathias Jonathan Lloyd

Reznicek: String Quartets, Minguet Quartett (CPO)
→ Beaux quatuors romantiques tardifs, bien réalisés. Plutôt le meilleur de l'instrumental de Reznicek, en réalité !

(bissé)
Massenet – Le Roi de Lahore – Martínez, Gipali, Stoyanov, Zanellato ; Marcello Viotti (Dynamic)
→ Œuvre fabuleuse, version mal captée et un peu frustrante. Bonynge reste le premier choix, même imparfait.


Musique de chambre pour alto, flûte et harpe :
(...)
Rachel Talitman, harpe
Marco Fregnani-Martins, flûte
Pierre-Henry Xuereb, alto

ginastera quatuors
kalliwoda quatuors
einem quatuors



HAUSEGGER, S. von: Aufklänge / Dionysische Fantasie / Wieland der Schmied (Bamberg Symphony, Hermus)
scène finale Salomé Dreisig Montpellier Schønwandt
→ Orchestre et chanteuse superbes.

• Firminus CARON: Chanson «Accueilly m’a la belle». Missa «Accueilly m’a la belle»
The Sound and the Fury: David Erler (contre-ténor), John Potter, Christian Wegmann (ténors), Colin Mason, Michael Mantaj (basses)
Mauerbach, 2012
Fra Bernardo «Paradise Regained»

SCHILLINGS, M. von: String Quintet in E-Flat Major / String Quartet in E Minor (Vienna String Quintet) (CPO 2011)
→ Délicieusement postromantique, encore généreux et quelquefois voilé / vénéneux, beaucoup de beautés mélodiques et de climats à goûter !

hölderlin : holliger, killmayer, ligeti Sommer

messiaen quatuor fin temps

Hallberg & Dente: Orchestral Works PER ENGSTRÖM




Vocal Recital: Carewe, Mary - BARRY, J. / WEILL, K. / DUKE, J. / HOLLAENDER, F. / COWARD, N. / BARBER, S. / VINE, C. / BOLCOM, W. (Serious Cabaret)



graener prinz eugen, NDRP Hanovre, W.A. Albert x4


Gilse, concerto pour piano tanzskizzen
→ Quelle merveille, beaucoup trop organique et intéressante pour être qualifiée de concerto (pour célesta, de surcroît, dans le premier mouvement !)



Gilse, variations sur saint Nicolas, PBSO, Porcelijn (CPO)
→ Dans le genre de Graener, mais bien moins virtuose



Davichi 8282


Reznicek – Donna Diana – Kiel (CPO)


Méhul – Joseph en Égypte – Dale (Chant du Monde)
→ Hors les airs de Joseph, très touchants, pas le plus grand Méhul. Mais superbe distribution, chantée dans un français de haute volée.






En chasse, en chasse, et que Dieu vous protège !

(Et toi qui tousses là-bas… ce soir, tu ne chanteras pas !)

lundi 20 juillet 2020

Max von SCHILLINGS – Mona Lisa : la Joconde violée, le coffre qui assassine


(Vous pouvez écouter l'œuvre en question ici sur Deezer avec un compte gratuit (ou autres plates-formes de flux, Spotify, NaxosMusicLibrary, Qobuz… Le livret bilingue allemand-anglais peut se trouver sur le site de Chandos, qui distribue CPO (onglet « Media », puis cliquez sur « Download booklet »).




1. Mona Mona Mona

Cette semaine, alors que je reviens du concert du Quatuor Mona, un ami me demande en passant la Salle des États – tandis que nous déambulons paresseusement dans le Louvre réaménagé, nous arrêtant au hasard de notre humeur pour commenter tantôt les pièces présentées, tantôt les murs inamovibles :

— Mais au fait, pourquoi la Joconde est-elle aussi célèbre ?
— Je peux te donner une réponse, mais elle va te décevoir.
— Je sais, tu es comme ça.
— Parce qu'elle est célèbre.

(S'ensuit une courte tirade où je tempère cette affirmation avec quelques remarques distraitement lues çà et là sur l'art du sfumato, la nature « moderne » de ce genre de portrait, l'incertitude du modèle, la figure même de Vinci Léonard, les qualités picturales propres. Banalités lues partout, dont j'ai peine à déterminer la pertinence, tant je suis moi-même né avec Mona Lisa comme emblème de ce qu'est la peinture même. Ce que je m'empressai de préciser, naturellement – je doute de toute façon que j'aie pu l'abuser, il me connaît trop bien ce brigand-là.)

Je ne sais pas bien, à la vérité, à quand remonte cet engouement. Je lis (dans Wikipédia qui cite un ouvrage pas du tout spécialisé de Philip Freriks Le Méridien de Paris) que Sade en aurait déjà fait « l'archétype de la femme fatale » et me demande si, à nouveau, on ne prête pas trop aux riches. (Je ne vois pas bien Sade faire ce genre de comparaison – je me souviens plutôt des fraises écrasées évoquées dans La Philo –, et encore moins abonder un mythe qui apparaît près d'un siècle plus tard.) 
En tout cas, dès le milieu du XIXe siècle, alors même qu'elle ne figurait pas parmi la sélection retenue pour l'ouverture du Musée Central des Arts de la République en 1793 (prélude au Musée du Louvre), elle se diffuse sous forme de gravures pour les particuliers, est citée par les poètes (Gautier, D'Annunzio, sûr pour eux), fait l'objet d'une comédie de Jules Verne (Monna Lisa, débutée en 1851 – amour réciproque du peintre et de son modèle). La conscience de sa valeur touche même les autorités, puisque le tableau est mis à l'abri des incursions fridolines en 1870 (à l'Arsenal de Brest).

mona lisa max von schillings
Mona Lisa dans son nouveau scaphandre au Louvre, le 10 juillet dernier.

Une chose est sûre, à la fin du XIXe siècle, la Joconde dispose déjà d'un statut particulier – emblème d'une féminité rêvée, peut-être à cause du caractère équivoque de son sourire créé par le sfumato (ses contours sont si incertains qu'on a l'impression qu'il glisse d'une position à l'autre) ; c'est en tout cas mon hypothèse, et les causes sont sans nul doute cumulatives. Léonard était aussi un modèle rêvé pour les romantiques, cet homme-démiurge qui à lui seul invente des mondes et maîtrise tous les arts.

De l'avis général, ce qui la fait basculer du statut de tableau révéré, très célèbre, intriguant, au statut de tableau le plus célèbre du monde est sans doute l'incroyable affaire de son vol décontracté (et de sa conservation, puis de son écoulement tout aussi désinvoltes), en 1911. Le fait divers ajoute au chemin déjà tracé par l'histoire de l'art prolongée par l'imagination. S'ensuivent les mille détournements que l'on connaît, à commencer par Duchamp en 1919.

Lorsque, au printemps 1913, le tableau reparaît de façon inespérée (à cause d'une erreur de recel d'un niveau assez décevant), alors que la police française s'était épuisée en vain pendant des mois, Beatrice Dovsky, actrice et autrice viennoise de la génération Richard Strauss, écrit une Mona Lisa, une pièce de théâtre inspirée par le tableau, retraçant une vie possible et imaginaire du modèle de Léonard. En excluant Léonard des personnages, soit dit en passant – et en changeant la réalité historique, puisque le tableau qu'on voit dans le palais florentin ne fut jamais livré à Francesco del Giocondo (ce qui a ouvert la discussion à propos du réel commanditaire).

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La situation-cadre de l'opéra, version Kiel-Seibel (CPO).

Beatrice Dovsky devait fournir un livret à Max von Schillings, directeur de l'Opéra de Stuttgart qui avait peu eu le loisir de composer depuis son passage du côté administratif des arts – ce dont il se plaignait abondamment. Celui-ci l'avait rencontrée car il souhaitait utiliser sa pièce Lady Godiva (la comtesse de Mercie qui aurait traversé Coventry nue sur son cheval pour forcer son mari à abaisser les impôts) ; mais en lisant sa toute récente Mona Lisa, ce fut l'enthousiasme (dès l'été, une esquisse pour piano de l'opéra !). Et la partition fut finie à la guerre, tandis que Schillings était affecté aux services sanitaires allemands en Belgique et en france. En 1915, l'opéra est créé à Stuttgart (alors que Vienne, Berlin et New York étaient volontaires !). Il laisse la critique réservée (sur le ton du livret en particulier) mais remporte un réel succès auprès du public, dépassant les 2000 représentations toutes maisons confondues.




2. La musique de Mona Lisa

Max von Schillings, formé à Munich aux côtés de son condisciple Richard Strauss, avec lequel il partage une longue amitié (lui succédant à au moins trois postes sur sa recommandation expresse), est surtout resté célèbre pour sa pratique du mélodrame (déclamation parlée accompagnée), en particulier Das Hexenlied où s'illustra Martha Mödl dans les années 90 (!). Pour autant, il demeure un véritable compositeur d'opéra, inscrit dans cette première vague de modernité germanique (ce mélange d'expressionnisme et de postromantisme décadent) chez les continuateurs de Wagner –  avec R. Strauss ou Pfitzner, qui deviennent au fil des ans des figures au contraire conservatrices, face aux nouveaux compositeurs explorant des dispositifs nouveaux (musique ouverte chez Schreker, jazz chez Křenek…), voire des langages radicalement nouveaux (Seconde École de Vienne évidemment).

À l'écoute, l'œuvre a en effet quelque chose de très conforme au goût de ces années 1910 (les Gezeichneten de Schreker, composés au fil de la décennie, sont créés en 1918), proche de Schreker ou du Schoeck chatoyant de Venus ou Das Schloß Dürande, disposant d'un talent déclamatoire particulier – le débit des paroles est rapide, les appuis de la langue naturels, le texte très intelligible malgré le grand orchestre. Schillings ne cherche pas les grandes lignes lyriques, longues, mélodiques qui segmentent le texte, et lui-même considérait que cette « froideur » – qu'on lui a quelquefois reprochée – était un symptôme de la finesse supérieure de son art, qui n'empruntait pas de formules stéréotypées ou attendues. Les leitmotive eux-mêmes ne sont pas soulignés, ni nécessairement structurés – plusieurs thèmes différents pour les mêmes idées… (Pour autant, je trouve ses formules très caractéristiques de la période, mais il est vrai que le débit musical a tendance à couler, à ne pas chercher l'effet d'une mélodie forte, d'une rupture…)
Le duo d'amour, très tristanien, ainsi que la double fin (récit enchâssé et récit-cadre), sont néanmoins composés avec une intensité musicale assez remarquable – tout l'opéra gravit doucement les échelons d'une tension qui ne redescend pas, c'est impressionnant.

mona lisa max von schillings

La nomenclature orchestrale est atypique et intéressante (pas si gigantesque à la vérité), incluant les versions graves des familles : 3 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 1 heckelphone (hautbois baryton), 2 clarinettes, 1 clarinette basse, 3 bassons (dont contrebasson), 6 cors, 4 trompettes, 3 trombones, tuba basse, beaucoup de percussions (dont l'incontournable célesta !) et même une mandoline !  Dans les deux versions discographiques, il n'apparaît pas qu'il en fasse un usage particulièrement subversif ni coloré : son orchestre est généralement assez homogène, tout en fluctuations fines (permanentes !) et peu en contrastes (rares). En vérifiant sur la partition aussi : les lignes du heckelphone, notamment, sont en général des doublures des autres bois, ou des cuivres.

Parmi les belles trouvailles, le sourire du tableau évoqué par le violon solo (ponctuellement doublé de célesta), l'écho du dernier appel du mari (« Lisa ! ») à l'orchestre, amplifié par paliers via l'orchestration, comme si la parole réverbérait dans un esprit épouvanté. Et beaucoup de choses qui en rappellent ou annoncent d'autres : les personnages qui chantent non dans le masque mais dans les murs, façon Tosca ; la découverte des amants façon paroxysme d'Elektra, ou les servantes qui commentent (même source), la reprise de la sérénade par le mari en grotesque valse d'Ochs (ou du II d'Arabella), les cloches du Mercredi des Cendres dans une ambiance très procession-Tote Stadt
Pas de copies, mais un état d'esprit général qui s'inscrit dans cette généalogie-là, dans ce théâtre qui invente de nouveaux dispositifs, qui se sert aussi de la musique pour exprimer avec des moyens variés ce qui peut manquer au texte.

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Le tristanien duo d'amour, version Kiel-Seibel (CPO).

Pour autant, bien que la musique en soit saisissante et sublime – toute cette montée de tension par paliers, des conversations presques blanches de la présentation du coffre à perles à l'explosion d'amour du duo du balcon… puis à l'explosion de haine du mari Francesco envers Lisa, puis de Lisa elle-même envers Francesco –, la valeur distinctive de l'œuvre tient dans son livret, que j'ai découvert en lecture seule, frémissant à chaque nouvelle page…




3. Le livret tétanisant

Je suppose que Beatrice (von) Dovsky avait produit initialement une ébauche plus développée pour la scène parlée (mais ne dispose pas d'éléments là-dessus, juste une hypothèse sachant comme les choses se passent en général).

Partir du tableau pour imaginer une histoire d'amour, cela avait déjà été fait (notamment par Jules Verne au début des années 1850), mais B. Dovsky invente un dispositif assez puissant, pour enchâsser une intrigue elle-même assez paroxystique – ce serait d'ailleurs la faiblesse principale de ce livret, tant d'énergie s'en dégage, en s'inspirant d'un tableau dont émane tant de tranquillité.

mona lisa max von schillings

L'histoire de Mona Lisa (renommée Fiordalisa et devenant Lisa par diminutif, ce qui n'est pas attesté, je crois) est racontée par un frère convers qui conduit la visite de la Chartreuse surplombant l'Arno, et mentionne l'appartenance ancienne de ces murs à Francesco del Giocondo, rendu célèbre par sa jeune femme. Deux étrangers sont là, un homme sensiblement plus âgé, et une femme portant un collier de perles ; celle-ci se montre immédiatement fascinée par l'histoire rapportée. Le moine raconte donc les malheurs qui ont entouré ce tableau et la vie de cette femme. L'opéra, après le dénouement, se termine par un bref retour à la Chartreuse et à ses touristes. Après qu'ils ont pris congé, le moine s'exalte, croyant avoir vu dans l'étrangère la figure de Mona Lisa, puis retourne à son travail.

Plusieurs enjeux s'entrecroisent de façon assez dense et virtuose :

¶ Le récit-cadre est chanté par les mêmes chanteurs principaux. Le vieux mari est tenu par le baryton dramatique qui chante Francesco Del Giocondo, sa jeune épouse par le grand soprano qui interprète Mona Lisa, et le frère lai par le ténor lyrique chargé de Giovanni De' Salviati (l'amour de jeunesse de Lisa).
Le dénouement est ainsi ambigu : le moine reconnaît-il une figure de Mona Lisa (mariée à un vieil homme, séduisante, dotée des mêmes perles qu'on lui impose de porter), ou a-t-on affaire à une prise de conscience de métempsychose, le convers étant le seul à se rendre compte de leurs identités profondes ?  Rien ne l'explicite dans le texte, mais le choix de confier ces rôles aux mêmes chanteurs, ainsi que la mention d'une très claire attraction entre le moine et la visiteuse (« Les regards des deux jeunes gens se rencontrent. D'un geste brusque la femme veut ouvrir le col de son manteau. »), soutient souterrainement cette impression. Effet d'écho entre les actions.

¶  Le portrait n'est pas central en lui-même dans l'action, mais il constitue un moteur (et une singularité), en particulier pour l'époux jaloux. Contrairement à ce qu'on sait de l'histoire réelle du tableau (emporté inachevé en France par Léonard), la Joconde se trouve accrochée chez Francesco Del Giocondo, et le sourire aimable de la froide Fiordalisa rend fou le mari : il ne connaît pas cet aspect de sa propre femme, capté par le génial peintre. Il surprend par la suite ce sourire lorsque Lisa vient de laisser partir son amour de jeunesse ; et c'est pour le revoir paraître qu'il la viole tandis qu'il laisse mourir son amant (oui, il y eut quelques réactions dans la presse devant la dureté de l'action).
Le tableau de Léonard ne joue donc pas de rôle prépondérant dans l'action, mais agit comme un motif psychologique pour le mari, qui lui-même met en branle l'essentiel de l'intrigue. Par ailleurs, il révèle quelque chose de la nature mélancolique, de la blessure primordiale du personnage féminin – l'apparition-disparition de ce sourire aura aussi, en fin de compte, des connotations potentiellement démoniaques.

¶ L'action repose sur un traditionnel triangle amoureux (vieux mari jaloux, jeune nouvelle épouse triste, et son amour de jeunesse qui réapparaît soudain), avec quelques particularités qui lui procurent un relief singulier. L'amant (l'envoyé du Pape pour le commerce des perles) n'a pas vraiment de caractère développé, mais il est tout de suite surpris par le mari et sa mort très tôt dans l'œuvre (à la moitié environ) est une audace rarement explorée – il y a bien l'exemple d'Athamas dans Philomèle de Roy, musique de La Coste (qui est arrêté à l'acte III et dont on apprend la mort par la suite), dont j'ai déjà souligné l'effet, mais l'œuvre n'appartient pas au répertoire (jamais rejouée depuis sa création au début du XVIIIe siècle, où elle n'eut pas vraiment de succès) et reste très marginale dans son procédé, volontairement à couper le souffle, façon Psycho de Hitchcock.
    Autre particularité : il ne meurt pas soudainement, mais par étouffement – enfermé dans le coffre-fort, suffoquant tandis que Lisa est violée par son mari, puis s'endort… Et sa mort reste incertaine jusqu'à la toute fin de l'histoire (45 minutes plus tard).
    Oui, c'est assez dur, sans être du reste du tout sordide : le texte reste assez tenu, et la musique de Schillings ne cherchant jamais la description, on sent les affects plus qu'on ne décrit musicalement les situations (ce n'est pas Lady Macbeth de Mtsensk L'atmosphère demeure étrangement assez peu poisseuse, disons), plutôt une histoire qu'on nous raconte.

¶ Tout à fait absents du tableau, les perles et le coffre constituent deux éléments-clefs du dispositif dramatique.
    Le coffre est un système inviolable, utilisé par Francesco Del Giocondo pour conserver ses perles et décrit à ses amis au début du récit enchâssé, suite de clefs uniques et de combinaisons, permettant aux perles de reposer dans l'eau de l'Arno, et ne laissant pas même passer l'air. Il est l'arme par destination des morts du drame : une fois enfermé à l'intérieur, seul le possesseur de la clef peut vous sauver. Et si elle est jetée à la rivière…
    Objet original autour duquel se déroulent les aveux sur le balcon, les regards jetés par le mari, les tentatives de fuite, les accès de désespoir, les meurtres.

Les perles sont plus ambiguës : Mona Lisa les porte au cou la nuit, pour les nourrir « de son jeune sang », selon la formule de son mari, tandis qu'elle se sent dévorée et empoisonnée. Dans la scène-cadre, l'étrangère, émue par son échange de regard avec le jeune convers, arrache par mégarde son collier en voulant ouvrir son col et elles tombent une à une… Le texte évoque explicitement les larmes, mais le contexte invite à songer à des gouttes de désir, ou à une perte de force vitale, s'étant pour ainsi dire vendue…
    Comme le coffre, leur présence innerve beaucoup de scènes.

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La jalousie implacable de Francesco Del Giocondo ayant surpris les amants… et le sourire.
Version Kiel-Seibel (CPO).


→ Beatrice Dovsky a ainsi développé une simple figure de tableau non seulement en replaçant son histoire au sein d'une scène-cadre contemporaine, qui rend compte de la célébrité de l'œuvre désormais, mais aussi en adjoignant beaucoup d'éléments à sa simple présence dans l'histoire des époux Del Giocondo : sans surprise les amours contrariées de deux jeunes gens, mais aussi toute cette intrigue commerciale autour des perles, le thriller du coffre fermé-ouvert, la fascination pour le sourire fugace et mystérieux, le tout s'enroulant et gagnant en intensité pour culminer d'une part dans la scène du viol (viol voyeur de surcroît, qui est imposé dans le but d'être entendu par l'amant en train de suffoquer dans le coffre), d'autre part dans la vengeance terrible de Fiordalisa.
    Cette façon de tisser simultanément plusieurs thématiques d'importance équivalente évoque vivement la manière du livret des Gezeichneten de Schreker (politique de la cité, intrigue médicale, triangle amoureux difforme, enlèvements). Les répliques se resserrent et gagnent en véhémence (en particulier celles de Francesco), de façon impressionnante, à défaut de grands effets orchestraux spectaculaires comme l'auraient fait Strauss ou Korngold.

Œuvre d'art total en effet, la musique tempérant la violence du livret, lequel en retour anime une musique qui pourrait paraître un peu trop tranquille sans un texte aussi propre à soulever la curiosité. (On se demande vraiment ce qui va arriver : est-ce qu'il est possible d'échapper à ce coffre, est-ce que Lisa va lever la suspicion de son mari, comment allons-nous enfin savoir ce qui est enfermé, comment va-t-elle manifester sa haine envers Francesco… Rien qu'à la lecture seule, on peut y prendre beaucoup de plaisir.)

Pour couronner l'intrication : Dovsky fait appel à divers aspects de couleur locale, comme les invitations au repentir par un chœur de moines de Savonarole (par-dessus les chansons des joyeux compagnons) ou de la poésie… de Laurent de Médicis, incluse comme un des chants de jeunes gens qui ponctuent l'action et lui donnent de l'ampleur en la projetant dans la ville.




4. Les deux faces de Schillings

Le nom de Schillings, comme pour beaucoup de mélomanes de ces 25 dernières années, je crois, m'est venu en découvrant son mélodrame Das Hexenlied, où déclamait Martha Mödl… en 1994 !  Il en existait par ailleurs déjà une captation bien antérieure, sous la baguette du compositeur.

La musique n'en était pas particulièrement impressionnante ni variée, accompagnement / ponctuation postromantique où la personnalité musicale ne paraissait pas le plus évident enjeu. (J'ai réécouté à l'occasion de cette notule : impressions sensiblement identiques.)

mona lisa max von schillings

J'ai donc considéré pendant longtemps Schillings comme un postromantique de second intérêt, une sorte de sous-Pfitzner. Et, de fait, certaines de ses œuvres orchestrales (notamment celles du disque de 1994, dont le Dialogue pour violon et orchestre) ne sont pas tout à fait électrisantes.
    Pour autant, les extraits des drames (Ingwelde, Moloch), les deux Fantaisies symphoniques Op.6 (« Salut de la mer », « Matin en mer ») possèdent un très bel élan, et le cycle de lieder orchestraux Glockenlieder, très vivant et éloquent (là encore dans sa relation avec le texte plutôt que dans son expansivité musicale, à rapprocher peut-être des Vier dramatische Gesänge de Gurlitt plutôt que des derniers lieder de Strauss ou Schreker) mérite véritablement un grand détour.
    Sa musique de chambre aussi (Quatuor en mi mineur, Quintette à cordes en mi bémol) se révèle très avenante, délicieusement postromantique, encore généreux et quelquefois voilé ou vénéneux, avec davantage de beautés mélodiques que d'ordinaire et une belle variété de climats à goûter !

mona lisa max von schillings mona lisa max von schillings

Mona Lisa est, me semble-t-il, son unique opéra publié, mais il en existe une seconde version, dirigée à l'Opéra Municipal de Berlin (l'actuelle Deutsche Oper) par Robert Heger (élève de Schillings en composition !), avec Inge Borkh (plus légère que dans ses grands rôles Salomé-Elektra-Teinturière), Hans Beirer (radieux ce jour-là, sans comparaison avec son enregistrement le mieux connus, son Tannhäuser avec Karajan), Mathieu Ahlersmeyer (quel grain, le Vanni-Marcoux allemand en quelque sorte !). Très vivant, très abouti, mais l'équilibre orchestre-voix (et même les chanteurs eux-mêmes) me paraît supérieur dans la version Seibel chez CPO (Bilandzija, Bonnema et Wallprecht avec le Philharmonique de Kiel).
 
 mona lisa max von schillings   mona lisa max von schillings
L'édition Walhall adjoint une version de studio du duo d'amour dirigée par Schillings lui-même, avec Barbara Kemp (créatrice du rôle) et Josef Mann.

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La vengeance de Fiordalisa, version Kiel-Seibel (CPO).

Il existe donc toute une face de Schillings à redécouvrir, où se manifeste un compositeur plus riche et personnel qu'il peut sembler de prime abord. Comme sa vie.




5. Politique et postérité

Schillings a peut-être aussi pâti de son rôle sinon politique, institutionnel (je connais trop mal sa vie pour connaître le caractère actif ou passif de celui-ci) : il devient Président de l'Académie Prussienne de Musique en 1932 et reçoit, à sa mort en 1933, les honneurs du pouvoir.
    Il était par ailleurs réputé (il faut toujours vérifier les informations sur ces questions, où l'on trouve toujours des zélotes pour noircir les caractères a posteriori, ou au contraire des fans musicaux pour dédouaner leurs idoles – et je n'ai pas eu le loisir ni les documents, état d'accessibilité des bibliothèques oblige, pour évaluer sérieusement ce point) être hostile à la République de Weimar et ouvertement antisémite. C'est en tout cas sous son mandat que furent exclus Thomas Mann ou Franz Werfel, que Schönberg perdit sa place de professeur, et que Schreker fut invité à se retirer.
    Il va de soi que le programmateur a davantage envie de louer des figures de victime incontestable comme Schreker ou Schulhoff, ou de combattant du handicap (sensible au « génie national » mais pas du tout ami des nazis, se retirant même dès 1933 pour donner des cours particuliers) Waltershausen – auquel il manquait le bras droit et la jambe droite. Considérant qu'on ne joue plus guère que du patrimoine dans les salles, l'implication de jouer des sales types comme Wagner n'a pas du tout la même gravité à mon sens.

(Mais je suis ouvert à toute contre-proposition si l'on préfère boycotter Schillings et Orff, et jouer plutôt Waltershausen et Gilse. Tant qu'on exhume le patrimoine et qu'on renouvelle un peu le répertoire…)




6. Richard Strauss et son double

Fils de la petite-nièce de Brentano, Schillings étudie (bien sûr) le droit, mais aussi l'histoire de l'art et la littérature à Munich à la fin des années 1880. Il y rencontre Richard Strauss et les deux demeurent liés toute leur vie : ils reçoivent l'enseignement de Thuille (progressiste postwagnérien, même si les quelques pièces de chambre que l'on joue encore ne le montrent pas avec éclat), successeur de Rheinberger (école germanique romantique « formelle »), tout comme Mottl (l'orchestrateur des Wesendonck-Lieder) ou Hausegger.

Au moins par deux fois, il succède à Strauss sur sa recommandation (la dernière étant en 1930, soit assez tard dans leurs vies !).

Schillings est donc à classer idéologiquement dans le camp des postwagnériens et même des novateurs (malgré la sagesse de son expression musicale), exactement comme Strauss, dépassé par la suite par la nouvelle génération, plus hardie encore (Schreker, pour ne rien dire de la Seconde École de Vienne !). Il faut considérer aussi que, quoique mort en 1933, il ne compose plus beaucoup à partir de 1908, devenant directeur de l'Opéra de Stuttgart (il se plaint, dans une belle intemporalité, de gâcher son temps en tâches administratives superflues), et plus du tout à partir de 1918, lorsqu'il prend la tête de l'Opéra d'État (Staatsoper) de Berlin. L'essentiel de son legs se situe donc dans les années 1890-1900, où il figure, en effet, plutôt parmi les hardis – quoique en deçà de ce qui se fait ensuite, le style de Mona Lisa évoque les opéras, même novateurs, des années 1910-1920…

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Le duo d'amour dirigé par Schillings lui-même en studio, avec Barbara Kemp et Josef Mann.

Il était aussi chef d'orchestre (son dernier poste en la matière fut celui de chef invité à l'Opéra d'État de Berlin, après en avoir été chassé comme directeur), et nous a laissé plusieurs témoignages : extraits orchestraux du Vaisseau fantôme, de Tristan, du Crépuscule, de Parsifal (interprétations pleines de vivacité, très loin du Wagner monumental qui prévaut majoritairement dans les décennies suivantes), une Troisième Symphonie de Beethoven, et même son propre Hexenlied.

Ceci a beaucoup moins d'intérêt proprement musical, mais sa carrière a été assez difficile. Il obtint certes la création d'Ariadne auf Naxos – mais était-ce bien un exploit en 1912 (version originale, sans le Prologue), considérant ses liens avec le compositeur ? –, mais sa liaison avec Barbara Kemp, la soprano qui crée Mona Lisa (le seul nouvel opéra qu'il ait composé après 1908) fait scandale, dans la mesure où sa première femme refuse le divorce, si bien que son contrat est résilié en 1918.
    De même, à la Staatsoper de Berlin de 1919 à 1925, il est accusé (admirez l'écho) de ne pas faire venir assez de personnalités vocales, de grands chefs, de ne pas renouveler le répertoire, ainsi qu'une mauvaise gestion financière et de contrats avantageux pour son épouse. (Là encore, il faudrait observer quelle est la part de jeux d'influence politique, et quelle est la réalité des accusations, je n'ai pas fait les recherches pour en juger.) Il suffit simplement de savoir que refusant l'administrateur « commercial » qui devait l'épauler, ni de négocier son budget, il fut mis à la porte par le ministre de la Culture.

mona lisa max von schillings
Barbara Kemp, soprano et seconde épouse de Schillings à partir de 1923. Les chefs (et les compositeurs) épousent les sopranes.

Après un exil à Riga, il revient comme chef invité à l'Opéra d'État de Berlin, puis obtient l'année de sa mort le poste de directeur de l'Opéra Municipal de Berlin (Städtische Oper Berlin, l'actuelle Deutsche Oper, deuxième opéra le plus important de la ville).




7. Monna Vanna, la Joconde nue ?

Vous vous demandez peut-être si la Monna Vanna de Février (1909) d'après le drame de Maeterlinck (1902) procède de la même fascination pour l'œuvre de Léonard.

mona lisa max von schillings
La Joconde nue, ou Monna Vanna, par Salai, inspiré par le dessin du maître Léonard.

Non : la « Joconde nue » ne reçoit son surnom de Monna Vanna (« Dame Vaine ») qu'en 1939. Il faut sans doute y voir une référence (vague, vu le ressort assez différent de la pièce !) à l'amie de Beatrix chez Dante. (De la même façon, par exemple, qu'Alladine n'est pas un personnage oriental chez Maeterlinck.)

Mais écoutez Monna Vanna si vous aimez Pelléas : le texte est plus directif, a moins de recoins à s'approprier, mais l'esprit de la mise en musique en est comparable, une déclamation très singulière, qui met remarquablement en valeur les étrangetés de Maeterlinck.




8. Streetcred de Schillings

Je m'étonne (et me lamente un peu) qu'on ne joue pas une œuvre aussi facile à publiciser : un opéra sur Mona Lisa, avec un trésor et des assassinats, servi par un livret tellement efficace qu'il n'y aurait pas beaucoup à imaginer en mise en scène pour le faire réussir…

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Le retour final à la situation-cadre, version Heger (Walhall).

Ne serait-ce pas (j'insiste là-dessus) une façon d'élargir le public, de donner envie de découvrir des histoires palpitantes, de faire travailler la culture commune / uniserselle au service de la diffusion de l'opéra ?

Vous me direz que ça fera des polémiques parce qu'il était antisémite.

Pourtant, Saint-Saëns fréquentait de très jeunes gens en Afrique du Nord et on joue souvent Samson, Orff était aussi un compositeur officiel des années nazies et on joue tout le temps Carmina burana (et même quelquefois ses autres œuvres).
Non, il s'agit vraiment soit d'un manque de connaissance du répertoire par les programmateurs, soit (plus vraisemblablement) d'une peur du manque de remplissage. Une Traviata avec Dessay, on sait comment ça marche, on balance un nom de chanteur qui fait les couvertures de magazine… et on fera les couvertures des magazines. Un opéra plus rare avec un thème pareil, on remplirait aussi bien, mais il faudrait penser différemment la communication (et organiser davantage de répétitions, chercher plus longuement les titulaires, avec le risque en cas de défection de devoir annuler…).

Promouvoir le répertoire demande d'être plus vertueux pour un succès souvent moindre… Mais précisément, en choisissant intelligemment des titres (réussis et) susceptibles d'attirer, il y aurait de quoi retrouver le frisson de découvrir une intrigue en s'asseyant dans son siège – émotion très différente de celle de la comparaison des voix, et qui devrait aussi pouvoir être accessible dans les théâtres lyriques.

Un grand, grand merci à Mefistofele pour la recommandation !

mercredi 24 juin 2020

L'Athénée Louis Jouvet : élu meilleure saison et meilleur plan 2020-2021


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Extrait vidéo de Normandie joué par les Frivolités.

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L'Athénée a dévoilé sa nouvelle saison.

L'exemple de la maison qui fait varié – théâtre (dont musical ou en langue étrangère),  opérette, recoins inexplorés du répertoire (seria de langue allemande, opéra comique dodéphonique…), opéra contemporain, récitals de lied (Wolf !) et mélodie (Messiaen !) –, qui fait ambitieux, qui propose du neuf dans les meilleures conditions d'exécution… En termes de mise en scène, on y fait toujours très animé, même avec des moyens limités – véritables directions d'acteur, pensée de l'espace scénique au delà des automatismes…

Je ne compte plus les découvertes ou expériences extraordinaires en ces murs : Les Bains macabres de Connesson, The Lighthouse de P.M. Davies, The Importance of Being Earnest de Gerald Barry, Trouble in Tahiti de Bernstein, Le Testament de la Tante Caroline de Roussel… Si bien que j'ai fini par appliquer la règle : « l'Athénée fait une création, je cherche pas à deviner si ça vaut la peine, je viens ». Je m'en suis toujours félicité depuis.

De surcroît, cette saison, la salle est en tarif unique (on était à un double tarif 32/26€, je crois), à 26€ la place, déjà raisonnable… mais en abonnement, on peut avoir 50% de réduction, sachant que les places sont déplaçables et même remboursables sans justification. 13€ en première catégorie pour de l'inédit toujours original et servi avec soin… de quoi prendre le goût du risque !
Il faut ajouter à cela qu'il s'agit d'un des plus jolis théâtres de Paris, qu'on y est proche des artistes, y voit bien et entend bien de partout… et que le personnel est le plus aimable de toute la capitale, toujours prévenants et adorables – d'ailleurs beaucoup de ces petits jeunes assistent au spectacle, on les sent vraiment intéressés par ce qu'ils font.

Pour entendre de l'opéra à Paris, c'est avec l'Opéra-Comique (dans un autre genre), l'adresse où l'on peut vraiment se lancer aller écouter un opéra en toute confiance : on sera bien servi.

(C'est tout de même plus agréable à écrire – mais peut-être moins amusant à lire – que mon opinion sur l'Opéra de Paris, qui constitue à peu près le miroir parfait de l'Athénée : hors de prix, inconfortable pour les fesses, les yeux, les oreilles, accueil standardisé, répertoire rabâché, mises en scène paresseuses, orchestre d'une désinvolture sidérante…)

En théâtre, je ne goûte en général pas trop la dominante, des pièces pour initiés (un peu du théâtre méta-, beaucoup de Tchekhov et de Beckett) jouées parfois en langue étrangère, mais dans des approches assez austères / abstraites qui ne m'ont pas beaucoup touché. Non que ce soit fait à la légère, mais pas du tout mon genre, je ne suis pas le public cible.

Je puis donc seulement conseiller à propos de leur saison musicale, particulièrement avenante cette année !

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Déjà, les soirées de lied.
Pass-Cemin dans des ballades hugoliennes, Ives et les Australiens ;
Röschmann-Martineau ;
Kleiter-Drake dans Wolf ;
Boché-Cemin.

Et puis les opéras. Ma sélection :

1) Normandie de Misraki par les Frivolités Parisiennes. Hilarant, interprété au plus haut niveau (l'humour grivois à la française, tout dans l'innuendo jubilatoire, même pour moi dont ce n'est pas le fonds de commerce), avec de beaux numéros musicaux. J'ai déjà vu la production, c'est un moment assez grisant. ·

2) Pour les Fêtes, Le diable à Paris de Lattès avec les Frivolités à nouveau, mis en scène par l'excellent Édouard Signolet (qui fait énormément avec très peu !). Dans le domaine du léger, Yes ! la saison dernière avec la même équipe était un enchantement.

3) Von Heute auf Morgen de Schönberg (scène maritale assez intense, de loin son meilleur opéra) en réduction pour 5 instrumentistes par l'excellent Némoto (notamment auteur d'un Winterreise pour ensemble très opérant), couplé avec un Offenbach diabolique rare.
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4) L'eau-péra de Lavandier ; je ne sais ce que ça vaut, mais Lavandier a les qualités de caméléon nécessaires pour éviter l'ennui à l'opéra. Il écrit aussi correctement pour la voix, même si je n'avais pas été ébloui par son dernier cycle de mélodies, et orchestre redoutablement bien.

5) Mr Shi and his Lover, théâtre chinois avec musique de scène, me tente beaucoup. Mais expériences pas toujours probantes dans cette salle du théâtre étranger – Strindberg en italien – ou musical – Ismène de Rítsos avec la musique d'Aperghis, subjectivement la pire expérience en salle depuis 10 ans (ce n'était objectivement pas mal réalisé du tout, mais musicalement peu dense, et la pièce se contentait de ressasser le mythe d'Antigone dans un dispositif visuel qui me mettait mal à l'aise).

6) Les Sept Péchés capitaux de Weill & Brecht : un ballet chanté (écrit pour Balanchine), organisé autour d'Anna qui tente de faire fortune aux USA, commentée par la voix moralisatrice de sa sœur et un quatuor vocal masculin…  Beaucoup plus lyrique que le Weill cabaretier, à peine si l'on peut comparer.

7) Powder Her Face d'Adès : sorte de remix un peu jazzy de l'histoire de Lulu, célèbre dans la presse pour la faveur buccale qui y est représentée, mais ici le fond de sauce brittenien du langage d'Adès est vraiment teinté d'irrémédiable déréliction – ambiance Wozzeck dans la solitude de l'hôtel-lupanar désert.
(Pas très réjouissant, je le trouve aussi moins prenant que The Tempest, ni que ses jeux chambristes ou orchestraux… mais indéniablement bien écrit musicalement, et théâtralement assez marquant.)

8) Croesus de Keiser (auteur de la Passion selon saint Marc un temps attribuée à Bach, que je trouve bien plus intense que la Matthieu et aime peut-être même davantage que la Jean – quels chorals !), du seria hambourgeois (l'exception écrite en allemand, donc), très bien fait. Ce restent des récitatifs secs entrecoupant des airs clos, mais la qualité musicale en est réelle et séduisante.

9) 10) Je suis moins optimiste sur le mash-up Salomé (ce peut être jubilatoire comme laborieux, à tester) et sur le Mélisande & Pelléas revu par Stücklin avec musique pour claviers électroniques (je crains que ça ne rejoigne pas le Maerterlinck taiseux, évanescent et parfois grotesque que l'on aime). Mais je n'ai pas vraiment d'éléments pour m'en faire une opinion.

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Voilà une maison qui mérite de franchir le pas… en particulier si votre budget est mince et votre curiosité étendue !

[Dois-je préciser que je n'ai aucun partenariat, aucune invitation avec l'institution, et n'y connais même personne, malgré les aspects de publi-reportage de cette notule : éloge sincère.]

samedi 6 juin 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 7 : Rule, Britannia, rule the (sound) waves


Quoique trop en balade (et au travail) pour nourrir proprement CSS, je n'ai pas cessé d'écouter de la musique ni de mettre des notes de côté pour l'observatoire discographique du site.

Petit bilan du mois écoulé. Nouveautés écoutées de ces dernières semaines.

Du vert au violet, mes recommandations.

♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques. Dans les cas où je ne recommande pas forcément l'écoute, je place le texte en italique.)

Dans ce très vaste choix, j'ai tout particulièrement été ébloui par des contributions britanniques : la musique symphonique de (Richard) Bennett (par le BBC Scottish SO et John Wilson), les sonates violon-piano de Bowen et Ireland (par Tasmin Little), le Schwanengesang par Roderick Williams. Par ailleurs, Super flumina Babylonis d'extrême jeunesse de Fauré (et son Requiem dans une version particulièrement différente, limpide et aboutie) et les compositions de Sinigaglia, Wölfl, Dussaut, Groven ou C.P.E. Bach ont attiré mon attention.
Bonne chasse !




commentaires nouveautés : œuvres commentaires nouveautés : versions


WÖLFL, J. / CLEMENTI, M. / HUMMEL, J.N. / DUSSEK, J.L.: Piano Sonatas (The Beethoven Connection, Vol. 1) (Bavouzet) (Chandos)
→ Projet passionnant de remettre Beethoven en contexte, par un pianiste de renommée qui vient justement de livrer une intégrale Beethoven. Et l'on n'esst pas déçu du voyage : on connaissait les talents d'évocation de Dussek (sa grande narration pianistique figurative autour de la mort de Marie-Antoinette), moins ses sonates ; Clementi a eu aussi ses défenseurs (l'archistar Horowitz en glissait souvent dans ses programmes), et éclaire assez bien l'écriture des premières périodes de Beethoven (cette ardeur, ces arpèges en escalier).
→ Mais le grand prix de cet album provient surtout de Wölfl, où l'on retrouve non seulement l'énergie, mais aussi l'esprit de Beethoven, avec un langage original qui travaille très différemment le matériau thématique par rapport aux classiques précédents et aux romantiques suivants. Sonate en outre très belle et aboutie.
→ En termes d'interprétation, le piano moderne capté de près sonne un peu blanc et lisse à mon goût, le toucher de Bavouzet un peu dur (ce qui ne transparaissait pas du tout dans ses Ravel chez MDG, ni même pour ses Debussy chez Chandos). Mais la qualité d'exécution et l'intérêt du programme lèvent tout début de réserve.
Nielsen, Symphonies 1 & 2, Seattle SO, Dausgaard (Seattle SO)
→ Un brin déçu par ce cycle : réussi dans l'absolu, mais venant d'un orchestre aussi engagé dans la découverte, d'un label aux prises de son de qualité aussi excellente (ce qui est ici confirmé) et surtout d'un chef ayant démontré ces dernières années, sont goût des angles, je m'attendais à un Nielsen assez fouetté, plutôt proche de Göteborg-N.Järvi. Or, au contraire, c'est un Nielsen tout en rondeur, plus proche de Schønwandt (miam), Gilbert (bof) ou Vänskä (splendide). Beau, mais qui va dans le sens d'une écriture aux basses très mélodiques qui manquent un peu de fermeté de pulsation, de rebond – et que j'aime bien voir compensée par les interprètes.
→ Le mouvement lent de la Première est tout de même exceptionnellement allant et exaltant, d'un souffle proprement inouï.
Ervind GROVEN (c-1) : Symphonies Nos. 1 & 2 – Kristiansang SO, Peter Szilvay (ints-1)
→ Sorte de romantisme avec la légèreté de touche du néoclassicisme, très séduisant et frais !
Saint-Saëns Concerto 3,4,5 ; A.Kantorow, Tapiola Sinfonietta, J.Kantorow (BIS, 2019)
→ Vraiment lisse, malgré les couleurs que devraient apporter la captation BIS (or on perçoit surtout les cordes, comme trop souvent avec cet orchestre). Toucher immatériel très impressionnant, à peine effleuré mais très timbré ; résultat calme et doux, pas très efficace dramatiquement.
CPE Bach : Trios piano-cordes (Linos piano trio)

→ Il faut s'habituer au son des cordes non vibrées (avec piano, c'est toujours un peu inconfortable pour ma part), mais le corpus est absolument passionnant, à la naissance du genre, avec un piano très volubile qui échappe totalement au modèle initial de la Sonate en trio, véritablement les premières explorations d'un vrai trio pour / avec piano. (Et de très belles œuvres réellement nourrissantes, qui ont déjà un sens de la grande structure.)
Massenet – Thaïs – Wall, Staples, Joshua Hopkins ; Toronto SO, A. Davis (Chandos)
→ Le plus bel orchestre de la discographie, d'assez loin, enfin une version où les couleurs remarquables de cet Orient s'épanouissent à plein – dans l'esprit, on se rapproche enfin de Salome !
→ Vocalement une fête aussi : superbes voix très bien faites, personnelles, mordantes, et dans un français de très bonne qualité.
Lalo, Vieuxtemps, desenclos, Philippot : « Miroir ». Trio avec piano 1, Sonate alto… Daufresne (saxhorn), Alexandre Collard (Cor), Mathilde Nguyen (pia) (Klarthe 2020)
→ Quel instrument remarquablement moche que le saxhorn ! Mais belles œuvres, en revanche !
Kurzak « Desire »
→ Toujours voix impressionnante, et étrange méli-mélo des rôles très larges (Elvira d'Ernani) aux lyriques plutôt légers et assez haut placés (Micaëla), de toutes les langues (italien, français, tchèque, polonais, russe) des architubes italiens avec du Verdi moins courant, des standards slaves de Tchaïkovski et Dvořák aux (plus locaux) succès de Moniuszko…
→ De ce fait, le récital impressionne (surtout quand on connaît l'impact de cette voix en vrai, dont les moirures saturées fendent l'espace !), mais je n'ai pas eu la sensation qu'il construise autre chose qu'un récital. Pas d'histoires racontés, de singularités affirmées – en tout cas, je ne les ai pas senties. Mais c'est globalement inattaquable sur le plan vocal.
Schumann & Christian Jost , Dichterliebe – Stella Doufexis, Peter Lodahl, Daniel Heide, Horenstein Ensemble, Christian Jost (DGG 2019
→ Très belle relecture avec arrangement de ritournelles, pour accompagnement de nonette : quatuor, flûte, clarinette, harpe, célesta (et piano), marimba (et vibraphone). Ajoute un côté contemplatif / planant à l'américaine, comme dans un quatuor de Hillborg ou un opéra de Spears… Très plaisant ! (et remarquablement interprété)
→ Dichterliebe et les Eichendorff Op.39, dans leur version d'origine sont merveilleux par Stella Doufexis, qui les chante avec une fois qui semble venir des temps anciens, capiteuse et franche à la fois !
Lassus: Inferno ; Cappella Amsterdam, Reuss (HM)
→ Voix assez rondes (un brin de pâte non nécessaire), exécution au cordeau, très nette, plutôt allante.
Saint-Saëns & autres, Si j'ai aimé, Sandrine Piau, Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (2019) Bizet: Carmen Suite No. 1 & Symphony in C - Gounod: Petite Symphonie – Scottish Chamber Orchestra, François Leleux (Linn)
→ Carmen inhabituellement nerveuse (et en petit effectif), symphonie qui manque un peu de tension et d'enjeu pour moi – pas très séduit par les phrasés non plus (inutilement sophistiqués, souvent).
Debussy (Étude retrouvée, Charbon), Ravel (Menuet), Messiaen (À vue, Canyons, Fauvette), Boulez (Toccata, Notations, Éphéméride) – « French Piano Rarities » – Ralph Van Raat (Naxos)
→ Très bel ensemble de raretés (quel legs passionnant que celui de Van Raat !). L'Ardeur du charbon toujours aussi bouleversante, les oiseaux messiaeniques fascinants. Et cette étrange triade Prélude, Toccata & Scherzo de Boulez, dans goût déframenté mais pas du tout aussi épars que son style de maturité.
Belle interprétation dans l'ensemble, pas très convaincu par les Notations (toutes d'une pièce, alors qu'on peut vraiment jouer avec les strates comme dans la vertigineuse version Fray).
Beethoven – Folk Songs – Bohnet, Johannsen, Kimbacher… (Naxos)
→ Extraits des cycles irlandais, écossais, gallois et britannique, interprétés par de belles voix simples. Accompagnement un peu tradi / blanc, pas très dansant.
Fontana, Marini, Uccellini, Kapsberger… – Seicento ! – Onofri, Imaginarium Ensemble
→ Très bel ensemble de raretés généreuses, servies avec un violon droit et fin mais très expressif, et un ensemble remarquablement coloré et souple !
Haendel – airs « La Francesina  » (Iole, Dejanire) – Sophie Junker, Le Concert de L'Hostel Dieu
→ Seules deux (très belles !) pistes disponibles (sortie le 16 octobre !).
Somervell: Maud & A Shropshire Lad
Roderick Williams (Somm)
→ Sobre écriture fin XIXe, très bien servie évidemment par Roderick Williams.
« Clara - Robert - Johannes: Darlings of the Muses »
Wieck : Improvisations, Concerto. / Messieurs : symphonies n°1 — Gabriela Montero, Canada's National Arts Centre Orchestra, Alexander Shelley (Analekta)
→ Montero propose une interprétation très vigoureuse (virile, même) des Improvisations (animées) de Wieck. Étrange couplage entre les symphonies (bien interprétées) des Messieurs et le piano (dont le Concerto) de Madame.
Leone Sinigaglia, Œuvres pour quatuor n°1 – Archos SQ (Naxos)
→ Palpitations grisantes du Concert-Étude. Interprétation d'une rare richesse et fermeté de timbres, captée avec une lisibilité suprême.
Schubert – Der Schwanengesang
Beethoven – An die ferne Geliebte
Roderick Williams, Iain Burnside (Chandos)
→ Chaque mot a sa couleur propre, on n'a jamais aussi bien senti les inflexions de ces poèmes, l'immense diseur R. Williams, déjà le meilleur interprète de songs, frappe à nouveau, après sa Müllerin miraculeuse, dans le lied.
→ Un peu déstabilisé au départ par la postproduction étrange (la distance et la réverbération ne sont pas la même pour le piano et le chant, comme s'ils avaient été enregistrés dans deux pièces différentes…), mais l'on s'y fait. Un peu déçu aussi par Burnside, que j'avais toujours trouvé merveilleux jusqu'ici, et chez qui m'ont manqué un peu de fondu, d'inflexions et de couleurs, pour cette fois.
→ On n'a jamais aussi bien dit ce cycle, en particulier les Rellstab. Et le timbre, quoique doté de peu d'assise, reste très beau (et varié). Une des plus belles propositions pour ce cycle (selon les goûts bien sûr).
The Secret Fauré III : Super flumina Babylonis, Messe des Pêcheurs de Villerville (avec Messager), Prélude de la Passion, Cantique Racine, Requiem – BNeumann Ch, Basel SO, Bolton (Sony)
→ Un peu de toupet d'inclure le Requiem dans cette troisième livraison, toujours d'un niveau suprême d'exécution, et mettant en lumière des pépites écrasées par les corpus plus connus. Très recommandable !
Wagner : Die Walküre – Theorin, Westbroek, Kulman, Skelton, Rutherford, Halfvarson – BayRSO, Rattle (BR Klassik)
→ Distribution incroyable (les meilleurs pour ainsi dire, à commencer par Skelton et Rutherford, voix démentes et diseurs éloquents !), et en walkyries Simone Schröder, Alwyn Mellor, Anna Gabler, Jennifer Johnston, de très grandes dames qui tiennent aussi les premiers rôles dans ce répertoire, au plus haut niveau aussi bien en termes de salles que de résultat !
→ Direction pleine de transparence : les détails ne sont pas exaltés par la prise de son, mais la pâte laisse passer la lumière sous des liquidités de Debussy, ses reflets troubles en moins.
Bennett : Orchestral vol.4, concerto piano, Country Dances Book 1, Anniversaries, Troubadour Music – BBC Scottish, John Wilson
→ Concerto pour piano atypique et passionnant, un des plus beaux entendus jusqu'ici, Troubadour Music archaïsant très réussi, un superbe témoignage !
Donizetti: String Quartets Nos. 4-6 ; Pleyel Quartett Koln (CPO)
→ Toujours fascinant d'entendre Donizetti… composer. De beaux quatuors postclassiques (voire franchement haydniens), bien faits, qui n'ont pas encore la personnalité des derniers, mais déjà quelques tounures fugacement dramatiques (ou quelques frottements de secondes mineures très vivaldiens !) qui ne manquent pas de charme.
→ Superbe exécution sur instruments d'époque, au sein d'une discographie déjà riche (avec notamment le Kodály SQ et une précédente intégrale CPO, avec le Revolutionary Drawing Room !).
Dussaut & Covatti-Dussaut – Mélodies – González, Oyón (Audax)
→ Univers riche et frémissant, par une voix certes un peu large, mais témoignage passionnant qui donne envie d'en entendre davantage !

Jean Cartan – Mélodies – Boché, Tacquet-Fabre (Hortus)
→ Mélodies intimes, sophistiquées, presque sévères, par des deux des plus sensibles artistes actuels pour ce répertoire !
Les pièces pour piano m'ont, je l'avoue, assez peu impressionné : jolies harmonies enrichies, mais peu de réelles surprises, en particulier rythmiques, à l'exception d'allusions de jazz dans l'Hymne à Dante.

Bowen, Ireland, Alwyn, Brown, Coates – Sonates violon-piano – Tasmin Little, Piers Lane (Chandos)
→ Chefs-d'œuvre rarissimes et remarquablement habités !

Dubra: Symphony No. 2 & Mystery of His Birth – Liepāja SO, Lakstīgala (Skani 2020)
→ Mélodies simples, orchestre par masse, qui évoque les grandes boucles de Kancheli (avec un peu plus de lyrique) et les tintinnabulements de Pärt, de façon vraiment réussi. Il ne faut pas en attendre un discours sophistiqué, ni une progression, mais des atmosphères planantes ou de grands carillons, assez insinuants et persuasifs.
→ (Cette simplicité fait merveille dans la musique choral de Rihards Dubra, que je recommande vivement.)

Mayr : Le Due Duchesse, Franz Hauk (Naxos)
→ Opéra semiserio (sur un livret de Felice Romani !) à la veine mélodique limitée (comme d'habitude), mais beaucoup plus mobile que le Mayr scénique jusqu'ici documenté… et enfin servi correctement par un orchestre informé (et décent), ainsi que de très bons chanteurs.
→ Les scènes les plus dramatiques sont réellement réussies, en particulier le dernier quart de l'opéra, avec une réelle atmosphère et une très belle déclamation tendue.


commentaires nouveautés : rééditions

Verdi, Nabucco (extraits en allemand) – Synek, Lear, Kónya, Stewart, Talvela – Deutsche Oper, Stein (DGG)
→ Superbe interprétation très intense, qui traite vraiment l'orchestre de Verdi comme s'il était aussi riche que celui des autres grands du XIXe, et le résultat en est saisissant. Et voix incroyables.

(Dans les extraits retenus, il manque étrangement « Salgo già ».)

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Autres découvertes hors nouveautés :

autres nouvelles écoutes : œuvres autres nouvelles écoutes : versions


Atterberg: Suite No. 5, Op. 23, "Suite barocco" / Atterberg: Double Concerto in G Minor-C Major, Orebro ChbO ; Thord Svedlund (Danacord)
→ Pas très palpitant, surtout dans cette version empesée.
Siaint-Saëns concertos 1 & 2 :
Descharmes Malmö Soustrot
Rogé LPO Dutoit
→ La poésie de Descharmes dans la cadence liminaire du 2, pourtant démonstrative, c'est quelque chose.
Tippett: Concerto for Double String Orchestra ;
BBCSO, A. Davis (Teldec)
→ Assez morne. Mais mouvement lent planant réussi et final plus champêtre sympathique, malgré l'épaisseur de trait d'un orchestre à cordes.
Chabrier, Le roi malgré lui, AmSO, Botstein
→ Vraiment lent, distribution inégale malgré Goncalves en Fritelli. Décevant, mais comme les versions Bigot et Dutoit sont actuellement indisponibles, on est bien embarrassé pour disposer d'une version accessible et recommandable de ce chef-d'œuvre assez considérable !
Ólafur Arnalds (c-1), Island Songs, Nanna Bryndís Hilmarsdóttir (Mercury 2016)
→ Que du planant, mais Particles avec voix est du très joli folk minimaliste.
Franck Chasseur maudit, Scottish RNO, Tingaud (Naxos)
→ Pas très mystérieux (timbres, direction, prise de son), mais bien mené, sans pesanteur.

Psyché, même disque.
→ Toujours cette composition très fine, beaucoup plus française qu'à l'accoutumée.

, T.: Verbena de la paloma (La) [Zarzuela] (Ohio Light Opera), version anglaise (Albany)
→ Version anglaise de cet archi-standard de la zarzuela.
Arriaga: Orchestral Works, 1818-1824 ; Il Fondamento, Paul Dombrecht (Fuga Libera 2006)
Arriaga: Vocal Works, 1821-1825 ;Violet Serena Noorduyn, Robert Getchell, Mikael Stenbaek, Hubert Claessens, Il Fondamento, Paul Dombrecht, 2006 | Fuga Libera – bissé
→ Très belles versions sur instruments anciens des cantates et ébauches d'opéras (Herminie, Agar, Médée, Colone, Tante Aurore) et de la musique sacrée (O salutaris, Stabat).
Arriaga, symphonie en ré, esclaves, ouv en fa – Savall (Alia Vox 1994) – trissé
→ Dans cette symphonie, on entend passer la Deuxième de Beethoven (l'ouverture), Haydn (structure du mouvement), Rossini (formules d'accords), avec un naturel mélodique typique du premier romantisme. Excessivement touchant, surtout dans cette interprétation sur instruments anciens qui combine le meilleur de tous les mondes : couleurs très chaleureuses, relief du spectre, et pour autant aucun problème de legato ni de fondu. Tout à fait idéal.
Holliger: Scardanelli-Zyklus
par Heinz Holliger, Terry Edwards, Aurele Nicolet, Ensemble Modern, London Voices
→ Chœurs planants très bien prosodiés, frottements atonals mais splendide déploiement organique en tension-détente, très lié au texte.
STRAUSS, R.: Symphony No. 2 / Concertouvertüre (German Radio Saarbrücken-Kaiserslautern Philharmonic, Bäumer) CPO 2019
William Bennett : Sextuor piano-cordes (Naxos)
→ Joli post-brahmsisme.
Rimski Shéhérazade, CzPO, Válek (Supraphon)
→ Belle tension et timbres fins ! Violoncelles pas très justes dans le III.
Richard Bennett : Hickox vol.1 Partita, vieilles danses, mélodies anglaises.
→ Bien, mais pas du tout le nerf de la nouvelle version John Wilson.
Mahler 5 Birmingham Oramo
Rossini – Concerto pour basson – Accademia d'Archi di Bolzano (Arts)
→ Pas passionnant.

Puis Introduction et vars p clar. mieux (déjà essayé)

Puis variations hautbois en ut. Nettement plus raccord avec son style virtuose.
Vidéos : G&P stanislavski, schmiedt gent, rheingold amsterdam 2014, Pikovaya stanislavski, pikovaya gorchakova met, pikovaya mariinsky tat borodina…
Pleyel, Concerto pour basson et symphonies concertantes (CPO)
→ Sympa, de beaux alliages dans la symphonie avec flûte, hautbois, cor et basson. Moins passionnant sur la durée
tchaï lisitsa intégrale (testé aussi deux autres, Dynamic mal captée et nikova très bonne)

Tchaikovsky: Nutcracker arr. pia Taneyev par Michael Nanasakov (testé aussi claudio Colombo et Akira Wakabayashi, excellents également, plus nets)

The Nutcracker Suite, 4 Hands – Double Sharp Piano Duo
Vanhal, concerto en fa pour 2 bassons (+ 2 sinfonie), Umeå Sinfonietta, Saraste (BIS)
→ Volutes enchâssées qui ressemblent à un duo tiré de Così…
Sinfonie peu intéressantes.
Wieck : intégrale piano Grützmann (Hänssler)
Wieck : intégrale piano CPO (extts)
Wieck : intégrale mélodies Fontana CPO (extts)
Wieck : intégrale mélodies Naxos
Wieck : Maximilian Schmitt et autres
Wieck-Mendelssohn-Schindler : Högman (BIS)… quel disque !
Vivaldi, Concerto pour basson, Rie Koyama (lauréate musikwettbewerb 2012), chez Genuin.
Avec Pferzhim ChbO, Sebastian Twinkel (Genuin 2013)
→ Découvertes d'interprètes, de ce concerto précis aussi je crois, très réussi. (et véritable effort baroqueux avec clavecin très présent)
Wieck : soirées musicales (extts) sur le piano de Clara, Eugénie Russo.
→ que le nocturne est une parodie servile de Chopin !
→ Impromptu Op.9 sur l'hymne impérial de Haydn « souvenir de Vienne »
Richard Bennett : Orchestral vol.2, Concerto for Stan Getz (sax), Symphonie n°2, Serenade, Partita – BBC Scottish, John Wilson
→ Peu séduit par le Concerto, en revanche la Partita plus naïve mais généreuse dispense de très belles couleurs
Fauré : Requiem Op.48 : Michel Corboz
→ Lent, avec petits braillards très frémissants, très recueilli.

Fauré : Requiem Op.48 : Bonney Hagegård, Boston, Ozawa
→ Lent, avec petits braillards très frémissants, très recueilli.
Richard Bennett : Orchestral vol.1 : Concerto pour marimba, Symphonie n°3, Sinfonietta – BBC Scottish, John Wilson
→ Le concerto pour marimba évoque par moment From Me Flows de Takemitsu, avec ses bouts de gammes obstinés, traitemnent original là encore de la forme concertante, et qui s'adapte vraiment au caractère de l'instrument. La minuscule Sinfonietta de moins de dix minutes semble un pastiche (très réussi) des Fêtes des Nocturnes de Debussy !
Bruckner 7 mvt I
♦ Furtwängler berlin 42, accélérations organiques
♦ Giulini Vienne : très belles cordes précises, impressionnante filiation avec le dernier schubert
♦ Wand NDR : allant mais un peu large de trait
♦ Beinum : allant, mais surtout lyrique, pas très détaillé
♦ Inbal Tokyo Met : grande courbe lente et superbe
♦ Böhm Vienne : son beaucoup plus clair et nasal que les autres, assez univoque dans la conception
♦ Kabasta : allant, élancé, manque un peu de mystère
♦ masur : très lent, violoncelles pas beaux, belle progression infinie. choral du II un peu lisse (pas d'attaques de cordes)
♦ von Dohnányi Cleveland : bien, peu contrasté
♦ Wand, Berlin : orchestre somptueux, tempo allant, pas énormément de tension
♦ Wand Cologne : là aussi très bien, allant, mais pas un relief phénoménal.
♦ Keizberg Wiener Symphoniker : bel allant et construction organique
♦ Jochum Berlin
♦ Jochum Dresde
Eriks Ešenvalds Passion and Resurrection/Rihards Dubra Te Deum
→ Planant sympa.
Cherubini – Médée – Phyllis Treigle, Brewer ChbO, Bart Folse (Newport)
→ Sur instruments anciens mais assez mou. Ensemble tolérable.
Juri Tetzlaff: Hänsel und Gretel (music by E. Humperdinck) (arr. A. Tarkmann) (Helbling 2015)
→ Un conte avec fond sonore.
Debussy, Pelléas, Vienne 2017, Marelli, Altinoglu
→ Production géniale (les hors scène, Yniold mi-autiste mi-Chérubin…). Et puis Eröd, Schaer, Selig, Keenlyside !
Arrangements beeth 1,2,3,4,5;8 Egmont Beethoven 7, Maximianno Cobra
Mozart Requiem, Cobra
Schubert 9, Cobra (et samples !)
→ Là aussi 2x plus lent !
Beethoven, Symphonie n°1 pour SQ – Locrian Ensemble (Guild)
→ Fonctionne bien, réutilise bien les effets orchestraux

Beethoven, Symphonie n°1 pour vents – The Albion Ensemble (Somm)

Beethoven, Symphonie n°1 pour orgue (Heywood) – Thomas Heywood (Pro Organo)
Beethoven, Symphonie n°3 – Ensemble28, Daniel Grossmann (NEOS)
→ Acide de tout côtés, mais très vif.
VERDI / TARKMANN / MUZIO, Verdiana (Verdi in Arrangements) (Guber, Arte Ensemble de Hanovre) (CPO 2002)
→ Son aigrelet de l'ensemble (vents et cordes). Musique forcément un peu carrée, donne un côté militaire.
→ Et après inclut du chant, perd son intérêt – intéressant pour un concert dans une petite salle et à moindre coût, mais au disque, pas vraiment d'intérêt majeur, le chant écrase tout à nouveau… (et chanteuse pas particulièrement extraordinaire)
→ Dans le Luisa Miller, le son du quatuor geint un peu (malgré la belle qualité de discours.
Beethoven: Symphony No. 10 in E-Flat Major (realized and completed by B. Cooper) – Birmingham, Weller (Chandos)
→ Très opaque.

Beethoven: Symphony No. 10 in E-Flat Major (realized and completed by B. Cooper) – Czech Chamber Philharmonic Orchestra; Bostock, Douglas (ClassicO)
→ Hautbois qui joue trop bas, ouille. La partition ainsi réalisée n'est vraiment pas exaltante.
The Ring - Symphonic (Arr. for Orchestra by Andreas Tarkmann)
par Daniel Klajner, Nordwestdeutsche Philharmonie
Beethoven – Symphonie n°7 pour ensemble à vent – Les Vents de Montréal (ATMA)
→ Très chambriste, disjonctions du spectre. Intéressant !

Beethoven – Symphonie n°7 pour octuor à vent – Oslo Kammerakademi (LAWO)
→ Très symphonique (ces attaques éclatantes de cor !).
Haydn, Trio Hob. XV:14, Van Swieten Trio (Brilliant)
→ Délicieux adagio tout gracieux. (Cordes qui grincent un brin, il doit y avoir mieux, mais l'initiative sur instruments anciens est plaisante.)
Mozart, Marche en ré, Sénérade n°3, Sérénade n°13, Harnoncourt
→ Ni œuvres ni exécution passionnantes.
The Prodigy, The Fat Of The Land (XL 2012)
→ Ouille.

The Prodigy, Invaders Must Die (XL 2009)
→ Davantage de la musique de danse, moins sexuée, plus détendue, plus agréable. (Mais tout à fait hors sol pour moi.)
Mozart, Sérénades 10,11,12, COE (Teldec)
→ Saveur… et discours ! Splendide, en particulier la 12 très tendue…

Mozart, Sérénade n°10, Wiener Mozart Bläser, Harnoncourt (RCA 1982)
→ Ça joue faux avec un grain extraordinaire, un entrain terrible et une véritable poésie dans les mouvements lents. Épatant.

Mozart, Sérénade n°10
disco

Bruckner 9, esquisses du final, Olso PO, Talmi (Chandos)
Bruckner 9, final version Carragan – Olso PO, Talmi (Chandos)
→ Belles acidités, belle tension, et ce final est bien beau, dommage de l'ôter, et la VO fonctionne en réalité assez bien !

Bruckner 6, Suisse Romande, Janowski (Pentatone)
→ Fines nuances, orchestre un peu opaque, manque de fluidité sur la durée.

Bruckner 6,
¶ Wand / Munich PO (Profil)
¶ Wand / Köln RSO (RCA)
¶ Rögner / Berlin RSO (Berlin Classics)

Bruckner 2, Wand / Köln RSO (RCA)
→ Cor solo incroyablement à l'aise !

Bruckner 1, Wand / Köln RSO
→ Malgré le son (non sans une légère dureté, même si retravaillé par RCA en lui donnant de l'espace très agréable), une merveille élancée et naturelle, la symphonie se déploie sans jamais paraître traîner ou se contempler, un bonbon qui passe comme un songe !

Cherubini – Les Deux Journées – Beecham
→ Quelle direction vivifiante, quelle distribution de feu où le moindre second rôle brille par son timbre éclatant et son élocution exemplaire !
Contrairement au studio Spering, les dialogues sont enregistrés, ce qui change tout à l'intelligibilité et au rythme d'ensemble. On saisit enfin la saveur d'une l'œuvre qui a marqué son temps!

Bruckner 1 (survol)
¶ Wand / Köln RSO (très allant et convaincant)
¶ Janowski / Romande (pâte sombre)
¶ Venzago / Tapiola (très fin net)
¶ Sawallisch / BayRSO (battements très dramatiques et th B lyrique)
¶ Young / Hambourg (trait de cordes un peu large)

Bruckner 7, Ccgbw, Beinum (Music & Arts)
→ Très fluide, doux et poétique. Fonctionne très bien.



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réécoutes œuvres (dans mêmes versions) réécoutes versions


bliss enchantress finnie handley (et essayé rudolf schwarz, andrew davis) Chabrier, Le roi malgré lui, Pidò Lyon (bande France Mu)
Bowen, symphonie n°2, BBCPO, Andrew Davis
Moeran, Symphony in Gm, Bournemouth, Lloyd-Jones
Moeran, Sinfonietta, Bournemouth, DLJ
Nielsen: Symphonies Nos. 3 & 4, Seattle, Dausgaard
Gounod, Cinq-Mars, Schirmer d'Albert, Tiefland : fin du Prologue
versions Janowski, Schmitz, Rudolf Albert (int-1) avec aldenhoff (Walhall)
R.Strauss, Friedenstag, Sinopoli (partie la paix) Wagner, Die Meistersinger, Solti I (Vienne), Decca
→ Énergie motorique grisante et distribution superlative.
Lully, thésée, acte I – Legay, Novelli, Lannion, Immler ; Ambronay, Christie (vidéo hors commerce) Beethoven, Sonates 2 & 3, Say

Mahler 5 Stokholm RPO, Oramo

Mahler 8, Nézet Philadelphie
Méhul, Adrien, Vashegyi (Bru Zane)

et en particulier :
Méhul, Adrien, II, « Oui, vous voyez mon trouble extrême »
Cherubini, Médée, Fournillier
→ Superbe distribution et orchestre vraiment engagé et tempêtueux… Hélas Tamar gâche tout, difficile à supporter, cette pâte épaisse et presque cirée.
Méhul, Uthal, rousset (Bru Zane) Beethoven 9 Mackerras Enlightenment (Signum)
Méhul, Adrien, Vashegyi (Bru Zane)
Beethoven: Fidelio, Op. 72 (arr. A. Tarkmann) (excerpts):German Chamber Philharmonic Wind Soloists (Berlin Classics)
+ Nozze + Carmen



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Dans l'immensité des nouveaux disques à écouter que je n'ai pas mentionnés, il reste beaucoup de choix !

liste nouveautés : œuvres liste nouveautés : versions liste nouveautés : rééditions



Brandl orchestral CPO Fauré – Ballades, Nocturnes… Matvievskaya (Artalinna)
→ La notice est un fascinant guide d'écoute, aussi bien à travers les œuvres qu'à travers la cohérence interne du programme et du jeu de la pianiste – s'autorisant des exclamations admiratives qui, loin d'être de pure forme, permettent d'entrer dans la logique interne de ce récital exigeant.
DFD Edition Orfeo vol 2
Henze – Der Prinz von Homburg – Meister (Capriccio) tchaikovski ; symphonie n°4 ; pittsburgh, honeck Rudolf Schock Opera in German, Vol. 1 Rias-Kammerchor Und Rias-Sinfonieorchester
Kabalevski Préludes – Korstick, CPO brahms intermezzi sirodeau Beethoven Symphonies, Pittsburgh, william Steinberg (DGG)

→ Réédition volume par volume.
Górecki: Art Songs
Ewa Guz-Seroka
Penderecki – Passion selon saint Luc – (BIS) Tchaikovsky: Violin Concerto in D Major, Op. 35, TH 59 (Live Recording, Lausanne 1973) ; Igor Oistrakh
The Harp in the Vienna of Maria Theresa
Margret Köll
beethoven Sonates, Immerseel (Alpha) Brahms: Piano Concerto No. 1. Op. 15 (Live Recording, Lausanne 1978) ; Claudio Arrau
Un'Arpa Straordinaria: Italian Music of the 17th Century for Double Harp
Das kleine Kollektiv
Chopin sonate 3, mazurkas, geniušas
Aliotti: Il trionfo della morte
Les Traversées Baroques
haydn organ concertos ian quinn
Caldara: Works for Cello
Josetxu Obregón
Mendelssohn ; Walpurgisnacht ; Bernius (Carus)
Cyrillus Kreek - The Suspended Harp of Babel
Vox Clamantis
Schumann : Complete Works for pedal piano or organ
Daniel Beckmann

Bononcini: La conversione di Maddalena
La Venexiana
walküre duisburger PO, axxel kober
Arde el Furor
Diego Fasolis
Beethoven Symphonies Malmö SO, Robert Trevino
Carl Philipp Emanuel Bach: Empfindsam
New Collegium
London Calling
Amandine Beyer

Anna Clyne: DANCE - Edward Elgar: Cello Concerto
Inbal Segev
Barricades
Jean Rondeau

Emil Tabakov: Complete Symphonies, Vol. 5
Bulgarian National Radio Symphony Orchestra
1892 Reflections albéniz debussy grieg brahms
Uta Weyand



Nixon: Complete Orchestral Music, Vol. 3
Kodály Philharmonic Orchestra

rimski shéhérazade oslo v.petrenko
Rob Keeley: Orchestral Music Malaga Philharmon The Happiest Years ; Judith Ingolfsson
Skoryk: Complete Violin Concertos, Vol. 2
Andrej Bielow
Schumann, Cassadó, Fauré & Rachmaninoff: Works for Cello ; Denis Severin
Gál: Recorder & Piano Works
Sabrina Frey
mahler symphonie 9 ádám fischer
Gabriel Prokofiev: Concerto for Turntables No. 1 & Cello Concerto
Ural Philharmonic
Beethoven: A Chronological Odyssey ; Cyprien Katsaris
Roberto Sierra: Cantares, Loíza & Triple Concierto
Cornell University
Beethoven : The Piano Sonatas (Live) ; Andras Schiff
Sleeper's Prayer: Choral Music from North America
Choir of Merton College, Oxford
Schoenberg: Erwartung, Op. 17 & Pelleas und Melisande, Op. 5 ; Bergen PO, Gardner
Will Todd: Lights, Stories, Noise, Dreams, Love and Noodles The Bach Choir Haydn: String Quartets Op. 76 Nos. 1-3 ; Chiaroscuro Quartet
« Atonement » Caput Ensemble Tchaikovsky: All-Night Vigil & Other Sacred Choral Works ; Latvian Radio Choir
Smetana & Liszt: Piano Works
Miroslav Sekera
J.S. Bach: The Well-Tempered Clavier, Book 1, BWV 846-869 ; Trevor Pinnock
Heavenly Songes
La Quintina
Liszt, Schubert & Brahms: Works ; Christopher Park
Giovanni Battista Pergolesi: Stabat Mater, P. 77
Capriola di Gioia
Beethoven: Complete Piano Sonatas, Vol. 5 ; Konstantin Scherbakov
Façades
Andrew West (Somm)
Beethoven: Piano Concertos, Vol. 2 ; Inon Barnatan
ichmouratov symphonie chandos Beethoven: String Trios, Op. 9 Nos. 1-3 ; Trio Boccherini
Guastavino: Song Cycles
Letizia Calandra
Composing Beethoven ; Kilian Herold
Alessandro Scarlatti: Il Martirio di Santa Teodosia
Les Accents
Keyboard Variations ; Ewald Demeyere
Chinese Dreams
Lydia Maria Bader
R. Schumann: Waldszenen, Nachtstücke & Humoreske ; Zoltan Fejervari
menut les îles (HM) 90 Scriabin Complete Piano Preludes ; Daniel Pereira
Nebra Vendado es amor, no es ciego Beethoven: Complete Works for Fortepiano and Violoncello ; Nicolas Altstaedt
Bassoon Concertos - WEBER, C.M. von / BITSCH, M. / JOLIVET, A. / CRUSELL, B.H. (Plath, Deutsche Radio Philharmonie, McFall)
Label Genuin
Arion: Voyage of a Slavic Soul ; Natalya Romaniw

BYRD, W.: Keyboard Music (William Bird and Japan) (Emi Nakamura)
Label le petite dis
Chroma ; Matthieu Stefanelli
AHO, K.: Chamber Music - Prelude, Toccata and Postlude / Lamento / Halla / Violin Sonata (Chamber Music) (J. and P. Kuusisto, Peltonen, Fräki) Care pupille ; Samuel Marino
Carlisle Floyd: Prince of Players ; Keith Phares Saints inouïs ; Ensemble Scholastica
Lindberg: Accused & Two Episodes ; Anu Komsi Mirabile mysterium: Choral Music for Christmas ; Sächsisches Vocalensemble
Melchior Franck: Geistliche Gesäng und Melodeyen ; Cantus Thuringia Sweet Dreams ; Varduhi Yeritsyan
Scharwenka: Chamber Music ; Laurent Albrecht Breuninger Brahms: Klavierstücke, Op. 76 | Rhapsodies, Op. 79 | Piano Sonata No. 3, Op. 5 ; Peter Orth
Bennett: Orchestral Works, Vol. 4 ; BBC Scottish Symphony Orchestra Intermissions ; Svetozar Ivanov
John Pickard: The Gardener of Aleppo & Other Chamber Works ; Gavin D’Costa Haydn: String Quartets, Op. 20, Volume 2, Nos. 1, 4 & 6 ; Dudok Quartet Amsterdam
Penderecki: Concertos, Vol. 8 ; Maciej Frackiewicz

Penderecki: Concertos, Vol. 9 ; Maja Bogdanovic

Pēteris Vasks: Distant Light, Piano Quartet & Summer Dances ; Vadim Gluzman

Paradeis, sonates « Paradiso Plays Paradisi » ; Anna Paradiso

Valls: Missa Regalis ; The Choir of Keble College, Oxford

Augusta Read Thomas: The Auditions

Caleb Burhans: Evensong (Bonus Version) ; The Choir of Trinity Wall Street

They that in Ships to the Sea down go: Music for the Mayflower ; Passamezzo

Steve Elcock: Orchestral Music, Vol. 2 Siberian Symphony Orchestra

Tcherepnin: My Flowering Staff ; Inna Dukach

Bellman: Am I Born, Then I'll Be Living ; Torsten Mossberg

Persichetti: Organ Music ; Tom Winpenny

Zimmermann: Violin Sonatas Nos. 1-3 ; Mathilde Milwidsky



dimanche 3 mai 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 6


L'enfermement (partiel) facilitant les écoutes, voici déjà une sixième livraison assez copieuse.

Nouveautés écoutées et commentées de ces dernières semaines.

Du vert au violet, mes recommandations.

♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques. Dans les cas où je ne recommande pas forcément l'écoute, je place le texte en italique.)

Quelques albums vraiment incroyables ont paru ces derniers jours, notamment les motets allemands du XVIIe par Clematis, les concertos pour basson (dont l'excellentissime de du Puy !) par Sambeek, la Phèdre de Lemoyne, les arrangements pour nonette de Dvořák, Puccini & R.Strauss, côté interprétation d'œuvres connues les R. Strauss de Lan Shui avec Singapour (mais j'ai bien aimé aussi le concerto pour contrebasson de Beethoven par Currentzis), et bien sûr la réédition en coffret des R. Strauss (décidément !) du Museum de Francfort et Weigle.




Commentaires nouveautés : œuvres

Hermann Goetz & Hans Huber – Piano Trios (Music from the Zentralbibliothek Zürich) – Trio Fontane (Solo Musica)
→ Le final du Huber est scherzo-brahmsien en diable ! Le reste est très plaisant, du simili-Brahms un peu moins ambitieux.
Flosman, Feld & Bodorová - Czech Viola Concertos ; Jitka Hosprová, Prague Radio Symphony Orchestra (Supraphon)
→ Atonal doux ou tonal élargi, un spectre très intéressant de la composition au XXe siècle – pas repéré de chef-d'œuvre vertigineux, mais tout est très bien écrit et se suit avec beaucoup d'intérêt.
Michl, quatuors basson-cordes – Ben Hoadley, The Hall String Trio (Naxos)
→ Effectif original, traité comme un gentil concerto pour piano plus mélodique que virtuose. Pas de l'immense musique, mais un point de vue différent sur les nomenclatures du temps, disons.
Anonymes, Walter, Cracoviensis, Rein, Buchner, Finck, des Prés – Orgue de Rysum – Ghielmi, Biscantores (Passacaille)
→ Belle évocation d'un répertoire pérbaroque à l'orgue et au chant d'église, sous forme d'un service de messe imaginaire. Très réussi et vivant.
Magnard – Ouverture, Chant funèbre, Hymnes Justice & Vénus, Suite dans le style ancien – Fribourg PO, Bollon (Naxos)
→ Quel élan nouveau, quelle pâte limpide apportées à ce corpus qui était certes un peu mieux servi (Timpani !), mais qui méritait cette mise en lumière ! Une partie du programme a été très peu enregistrée.
→ Les appels pointés du début du grand duo de Tristan dans l'Hymne à Vénus (et sa fin ressemble carrément à un final de poème symphonique de Strauss, ou à celui de la Femme sans ombre !).
Martini, requiem pour Louis XVI, Niquet (CVS)
→ Très lumineux et même léger, avec cette Séquence du Dies iræ en majeur, accompagnée de douces batteries de cordes et de trompettes plus triomphales que menaçantes, et parcourue d'une grande douceur… Vision consolatrice, à moins que ce ne soient les limites intrinsèques du langage lui-même de Martini.
Intéressant, encore un aspect manquant au répertoire du temps !
Reger, Trios à cordes, ensemble Il Furibondo (Solo Musica)
→ Pas trop sévère pour du Reger, mais évidemment essentiellement contrapuntique et quasiment pas mélodique, il faut aimer l'abstraction musicale germanique à son plus haut degré, voire avoir quelques notions d'écriture pour apprécier l'originalité des emprunts et modulations, la beauté de la conduite des voix simultanées… Un peu aride autrement, mais pas dépourvu de beauté.
Čiurlionis: The Sea, In the Forest & Kęstutis ; Lithuanian NSO, Modestas Pitrenas (Ondine)
→ Grand postpostromantisme assez franc, et bien fait, exécuté avec beaucoup d'élan et comme toujours remarquablement capté.
Rebel & Boismortier : Les caractères d'Ulysse. Suites pour deux clavecins ; Loris Barrucand, Clément Geoffroy (CVS)
→ Programme très original (Ulisse, Les Élémens, Ballets de Village, Daphnis, Les Plaisirs Champeſtres) à deux clavecins, par deux artistes majeurs (en particulier fan de Clément Goeffroy, l'un des clavecinistes les plus éloquents de notre temps, jusque dans les répertoires germaniques les plus sévères).
→ Le résultat sonore n'est que partiellement convaincant, capté de près, la richesse des deux clavecins mêlés paraît un peu agressive, alors qu'il n'y a rien de plus physiquement harmonieux lorsque leurs harmoniques se mêlent dans l'espace d'une pièce…
Pour autant, superbe voyage, qu'il faut s'imaginer écouter avec un peu de recul, à l'autre bout du salon ou à quelques rangs d'intervalle dans l'église.
Antheil : Serenades 1 & 2, Württembergische Philharmonie Reutlingen, Fawzi Haimor (CPO)
→ Musique bigarrée américaine, assez réussie, bien jouée et captée. Pas perçu de pépite particulière néanmoins : mériterait réécoute.
Adams – Must the Devil Have All the Good Tunes ? – Wang, LAP, Dudamel (DGG)
→ Plus planant que profond, pas du grand Adams. (Et sans le potentiel ravissant et jubilatoire de Grand Pianola Music !
Rosenmüller, Buxtehude, Pfleger, Hammerschmidt, Scheidemann, Monteverdi, Bernhard – Nun danket alle Gott – Clematis (Ricercar)
→ Motets allemands à voix seule influencés par l'Italie, trouvés dans une bibliothèque suédoise : un témoignage passionnant, des œuvres sobres et poignantes, une exécution au cordeau, frémissante et généreuse. Et des découvertes en pagaille (jamais entendu Bernhard pour ma part, pas sûr pour Pfleger et Hammerschmidt).
Gerald Barry : « Beethoven » & Concerto pour piano – Britten Sinfonia, Adès
→ Couplé avec les trois premières symphonies de Beethoven (la Troisième rebondit bien, très belle réussite), une cantate en anglais dans le style de Barry (avec sa tonalité dégingandée et ses chorals de cuivres issus de l'univers mental de Copland). Concerto pour piano qui joue avec les codes, en proposant des bouts d'exercices de Hanon-Déliateur au milieu d'un orchestre déhanché et martelant, jazzy et très amusant. Très rafraîchissant !
Różycki: Orchestral Works – Olga Zado, Lower Silesia PS Orchestra (DUX)
→ Du grand postromantisme expansif, pas la part la plus aventureuse de son catalogue, en particulier le très néo-chopinien Concerto pour piano (et sur des instruments plus limités que ceux des grands orchestres de l'Europe riche), mais beaucoup d'élan, d'atmosphère, de belles mélodies – ce n'est pas neuf, mais ce reste très abouti.
(Je recommande plutôt d'écouter son opéra Psyché, par exemple, qui tire davantage sur Szymanowski, en moins retors et davantage debussysé.)
Albena Petrović, Bridges of Love, Mangova (Solo Musica)
Daniel-Lesur, Messiaen, Pfitzner, Ives, Bernstein, Crumb, Eisler, Schumann, Ravel, Debussy, Fauré, Stravinski, Wolf, Brahms, Britten… – Paradise Lost – Prohaska, Drake (alpha)
→ Programme assez peu festif (contemplatif-mélancolique, voire carrément désolé), la voix de Prohaska a un peu mûri aussi (large pour du lied), mais on retrouve la même intelligence de la constitution thématique et musicale des pièces, la même finesse d'interprétation (on peut discuter sur l'accent français, mais l'ensemble reste tout à fait convaincant), qui font de chacun de ses nouveaux récitals un événement.
Lemoyne: Phèdre – Vashegyi (Bru Zane)
→ « Les murs de mon palais semblent crier vengeance / Je cherchais le bonheur, je trouve des forfaits »
→ (Dans ce livret, c'est Œnone qui fait le choix de la calomnie.)
→ La version complète de cette très belle tragédie du contemporain de Sacchini, Vogel et Cherubini. Son Électre était réputée d'une hystérie à peine soutenable, Bru Zane a retenu ce drame plus équilibré, dont la fluidité naturelle et la beauté de langue séduisent plus que l'éclat de moments isolés. À découvrir absolument pour compléter notre perception du répertoire classique de la tragédie en musique, par l'un des très rares compositeurs français à l'avoir exercée dans les années 1770-1780 – Gossec et Grétry (si on ne le tient pas pour belge) étant les deux autres grandes figures.
→ Moments forts : les trois grands airs, inhabituellement développés, des personnages principaux, très fouillés (celui de Phèdre aux confins du silence, celui de Thésée terrible…), et la mort d'Hippolyte, véritablement terrifiante, qui avec ses trombones furieux annonce le style de la mort de Sémiramis chez Catel.
→ Superbe distribution (Wanroij et Behr dans la soirée de leur vie, Christoyannis toujours aussi fascinant), Vashegyi très engagé !
« Unknown Debussy » (réductions & compléments par Orledge, versions originelles…) – Nicolas Horvàth (Grand Piano)
→ À part les étonnants chromatismes du Toomai des éléphants, , l'essentiel est assez bien connu (des réductions de musiques scéniques, des versions alternatives de tubes…) et sa nouveauté peut échapper, mais l'atmosphère de l'ensemble reste délicieuse, et je suis frappé par la beauté de timbre obtenue par Nicolas Horvàth (alors que Grand Piano ne flatte pas forcément de ce point de vue), chaque attaque chante avec rondeur, sans empêcher une belle variété de textures.
De quoi renouveler son Debussy avec délices.
Je n'ai pas encore pu me plonger dans la note de programme très complète écrite par l'artiste – qui a encore bien des inédits sous le coude.
Strauss, Puccini, Dvořák, Opera Suites for Nonet : Rosenkavalier, Tosca, Rusalka ; ensemble minui (Ars Produktin)
→ Jubilatoire sélection, qui comprend aussi bien interludes que parties vocales (le duo d'amour du I de Tosca, la Présentation et le Trio final du Chevalier, le duo du Cuistot et l'entrée du Prince de Rusalka…). Les arrangements restent relativement prévisibles (beaucoup de violon solo), mais le niveau de réalisation est tel ! Le corniste est hallucinant, tellement sûr et glorieux, aussi bien chez Strauss que Puccini…
Indispensable pour tous les amoureux de transcription, d'autant que contrairement à Mozart, on est là dans un terrain peu fréquenté !
J.S. Bach: Complete Keyboard Vol. 3 « à la française » ; Benjamin Alard (HM)
→ Une Suite anglaise, deux Suites isolées, une Partita… trois disques, essentiellement des suites à la française (en dépit de leurs dénominations),
pour un programme à la fois thématique et transversal vraiment stimulant, jouées avec la maîtrise habituelle d'Alard, mais qui me paraît dans ce répertoire de danses un peu rigide et sérieuse, où j'espérais davantage d'élan, d'inégalité, de déhanché.
J'aime pourtant bien ces pièces d'ordinaire (sans être un des grands admirateurs de Bach), et me suis un peu ennuyé ici.
Bortnianski, Berezovski – « Nuits Blanches » : Le Faucon, Alcide, Demofoonte – Gauvin, Pacific Baroque (ATMA)
→ Opéras en français et italien de compositeurs russes (célèbres pour leur contribution liturgique au fonds de l'Obikhod !), dans un style postgluckiste ou classique-allemand. Très étonnant, passionnant.
(Le français de Karina Gauvin est ce qu'il est, son émission un peu molle pas la plus adéquate non plus, mais on ne peut lui dénier le feu !)
du Puy, Weber, Mozart : Bassoon Concertos ; van Sambeek, SwChbO, Ogrintchouk (BIS)
→ On peut donc faire ça avec un basson ! Cette finesse (changeante) de timbre, cette netteté des piqués, cette perfection du legato, j'ai l'impression de découvrir un nouvel instrument. J'aurais aimé la Chambre de Suède un peu moins tradi de son (comme avec Dausgaard), mais je suppose que le chef russe a été formé à un Mozart plus lisse (ça ploum-ploume un peu dans les basses…).
Quand au du Puy, c'est une petite merveille mélodique et dramatique qui sent encore l'influence du dramatique gluckiste dans ses tutti trépidants en mineur, une très grande œuvre qui se compare sans peine aux deux autres !
Ropartz, La Tombelle, Widor, Louigny… ; Nuits ; I Giardini, Véronique Gens (Alpha)
→ La voix mûrit doucement, et la rondeur du timbre, la saveur de la diction demeurent souverains. Parcours assez original où l'on gagne notamment une Chanson perpétuelle d'anthologie.
Jommelli : Requiem & Miserere, Il Giardellino
→ Très jolie musique baroque-classique, agréable, avec du verbe et des atmosphères.
Vivaldi / Tarkmann ; Concerto Köln, Martin Fröst (Sony)
→ Le grand arrangemeur Tarkmann, qui a transcrit magistralement tant d'opéras de Mozart, Beethoven ou Schubert pour petits ensembles à vent, a aussi proposé sa version pour clarinette de concertos de Vivaldi… ici joués sur l'un des meilleurs ensembles sur instruments anciens (quel grain sonore !) et par la clarinette la plus naturelle, fluide et transparente (quel son flûté !) de la scène actuelle.

Un régal absolu, où l'on retrouve en outre quelques thèmes récupérés d'oratorios (le grand air de bravoure de Giudita Triumphans) et opéras (le figuralisme pluvial d'Il Giustino).
Pēteris Vasks: Viola Concerto & Symphony No. 1 "Voices" ; Maxim Rysanov (BIS)
→ Planant et délicat, TB, et quel altiste toujours incroyable !
Naoumoff: Cinq valses pour piano quatre mains, par Soojin Joo, Emile Naoumoff (Melism)
Aimables valses de salon au langage à peine enrichi. Très mignon, comme certaines pièces de caractère un peu subverties du début du XXe siècle.
N. Boulanger / Pugno : La Ville morte (d'après D'Annunzio et non Rodenbach), Göteborg 2020 (vidéo du théâtre)
→ Dans l'esprit d'Uscher de Debussy, du français très sombre et un peu germanisé… mais difficile de se rendre compte avec la diction épouvantable de la distribution – on ne comprend rien, on ne voit pas trop où ça va…
Dommage, quel inédit exaltant ! (celui qui me tentait le plus de toute la saison!)
Firenze 1350
→ Interprétation et sélection extrêmement directes, qui évoquent le naturel des plus grandes œuvres de la période suivante (Dufay !).






commentaires nouveautés : versions

R. Strauss – Macbeth, suite du Rosenkavalier, Tod und Verklärung – Singapore SO, Lan Shui (BIS)
→ L'orchestre n'est clairement pas auix mêmes standards que les plus beaux d'Europe (cordes peu douces ni fondues, bois assez acides et durs, cuivres peu ronds), mais l'aération toujours fabuleuse des captations BIS et la tension imprimée par Lan Shui en font peut-être le plus beau disque symphonique Strauss que j'aie entendu…
→ Macbeth extraordinairement tendu, toujours tempêtueux, qui échappe à son habituel aspect aimable (j'y entends beaucoup le compositeur d'Aus Italien !).
→ Rosenkavalier d'une grâce ineffable malgré l'enfilade de tubes – chaque frottement dans chaque tuilage est tenu, si bien que tout semble d'une progression infinie (Hab mir's gelobt semble s'étendre à l'infini comme un final de Mahler, ne jamais se reprocher sur sa séduction mélodique, toujours aller chercher la beauté de l'harmonie et du contrepoint en rebfort).
→ Tod und Verklärung, tant de fois entendu en concert avec une vague indifférence, devient ici véritablement une question de vie ou de mort, donc l'élan ne se limite pas aux quelques tutti plus mélodiques.
Verdi – Attila – Monatyrska, Stefano La Colla, Petean, D'Arcangelo ; Munich RSO, Ivan Repušić (BR Klassik)
→ Ouille. La Colla (malgré quelques aigus en arrière), Petean et D'Arcangelo sont séduisants, quoiqu'on les devine peu sonores en vrai, et qu'ils ne brûlent pas exactement les planches par leur intensité dramatique ; mais Monatyrska qui crie tout ce qu'elle peut (que lui est-il arrivé ? méforme, usure prématurée par le stress de la carrière ?), et Repušić éteint l'orchestre sous une mollesse digne des studios de Gardelli…
Décidément impossible pour moi de trouver un disque BR Klassik un peu exaltant (excepté ceux de Dijkstra, tous superlatif), la captation froide n'aidant pas non plus.
Chausson « le littéraire » – Chanson perpétuelle, La Tempête (arr. Némoto), Concert – Pancrazi, Musica Nigella (Klarthe)
→ Très belle version de la Chanson perpétuelle, instrumentalement très vivante, nette et aérée – moins enthousiaste sur le chant trop en arrière, pas assez mordant et intelligible (la tournure que prend E. Pancrazi, une chouchoute, me préoccupe un peu), surtout pour de la mélodie aussi délicate – et sans enjeu de couleur ni de puissance.
Les deux autres pièces sont très réussies, mais disposent de versions plus animées (Kantorow est assez formidable pour la véritable version de la Tempête, et la discographie du Concert est large).
Widor: Organ Symphonies, Vol. 2 (s3 & s4) – Rübsam (Naxos)
→ Incroyable les points communs de la Troisième Symphonie avec les pièces de circonstance de Théodore Dubois ! Je n'avais jamais remarqué à ce point.
Belle interprétation habitée de Rübsam, aux belles respirations, dans les prises de son toujours assez peu physiques et un peu blanches de Naxos (pas le meilleur label d'orgue, clairement).
Shostakovich / Schnittke / Lutosławski – Concertos chambristes – Kammerorchester Wien-Berlin, Denis Matsuev (DGG)
→ Superbe lecture du concerto piano-cordes de Schnittke, avec un orchestre au grain plus fin qu'à l'accoutumée, et Matsuev qui sonne ici ample et majestueux (ce qui ne m'a jamais frappé au concert ni dans ses autres disques).
Programme par ailleurs assez ambitieux pour un disque de concertos !
Haendel: Messiah, HWV 56 (1742 Version) ; Gaechinger Cantorey, Rademann
→ Grosse déception : tout semble retenu vers l'arrière, comme si chaque note était arrachée à la glaise, impression désagréable d'un retard permanent sur son propre tempo – sans doute lié aux choix d'attaque des cordes ? Solistes et chœur plaisants mais assez lisses, on est vraiment loin du grand Rademann d'il y a quelques années. (J'avais eu cette impression aussi en concert, depuis qu'il varie les ensembles avec lesquels il travaille…)
Gesualdo – Tenebræ – Graindelavoix
→ Lecture archaïsante qui met en valeur le plain-chant et lent contrepoint plutôt que la déclamation théâtrale, en tirant l'esthétique vers le XVIe siècle. Toutes choses qui se défendent, mais les timbres assez blancs de l'ensemble m'empêchent d'y prendre le même plaisir. Beaucoup plus séduit par la lecture résolument XVIIe, beaucoup plus incarnée, de l'ensemble Tenebræ – parue deux semaines plus tôt.
Monsieur de Sainte-Colombe, Pierlot, Lucile Boulanger, Rignol, Lislevand (Mirare)
→ Superbes versions, vivantes et lumineuses, du catalogue de Sainte-Colombe.
Bach: Sonatas for Violin and Basso Continuo, BWV 1021-1024 – La Divina Armonia (Hirasaki, Camporini, Lorenzo Ghielmi)
→ Sensiblement plus rares au disque, me semble-t-il, que les sonates violon-clavecin (BWV 1014-1020+1022) qui sont un rare cas de partition d'accompagnement clavier entièrement écrite. Celles avec basse continue (BWV 1020-1-3-4) évoquent davantage la tradition italienne, paraissent moins sorties d'un univers parallèle, mais regorgent de beautés.
→ Beau son de violon très fin, aux phrasés courts, belle gambe délicate, et clavecin un peu timide, tout cela est fort joli.
Dvořák, Smetana & Suk : Piano Trios (intégrale) ; Irnberger, Geringas, Kaspar (Gramola)
→ Beaucoup de grain et d'engagement dans ce très bel ensemble, qui comprend les quatre trios de Dvořák servis au plus haut niveau, ainsi que les plus rares bijoux de Smetana et Suk.
Comme d'habitude Gramola se révèle une référence à suivre les yeux fermés en matière de musique de chambre.
Beethoven – Complete Trios : Triple concerto, « Septuor » ; Van Baerle Trio, De Vriend (Challenge Classics)
→ Par le trio qui a magnifié la version originale du Premier Trio de Mendelssohn, une intégrale Beethoven qui approche ici deux formats insolites : la transcription du Septuor et le Triple Concerto ! Avec un brio (et un orchestre bien-dialoguant et tranchant !) qui reste comparable à la réussite du Mendelssohn !
Schumann: Overture, Scherzo & Finale ; LSO, Gardiner (LSO live)
→ Toujours cette pâte très légère de Gardiner-LSO (le petit volume était même très surprenant en concert). Beau travail fin, qui perd un peu en puissance épique.
Vu la durée (20 minutes), je suppose que ce n'est disponible qu'en dématérialisé.
Couperin / Gesualdo : Tenebræ, par Tenebræ & Nigel Short (Signum)
→ Très belles versions, sobres et habitées, de deux des plus belles compositions pour la Semaine Sainte. On admire vivement la maîtrise conjointe de ces deux esthétiques très différentes.
Beethoven: String Quartets, Opp. 132, 130 & 133 ; Tetzlaff Quartett
→ Très belle interprétation, forcément, de ces quatuors de maturité – avec un ringraziamento du Quinzième entièrement en diamant, sans vibrato.
Pour autant, dans ce corpus saturé, il y a encore plus inventif / cohérent / absolu à mon avis chez des ensembles constitués (Italiano, Pražák, Takács, New Orford, Leipziger, Belcea, Brentano, Cremona…).
La Grande Fugue est tout de même stupéfiante d'aisance technique, comme à peu près nulle autre je crois bien.
Couperin, Leçons de Ténèbres – Mutel, Deshayes, Martin Bauer, d'Hérin (Glossa)
→ Continuo extraordinaire, Bauer éloquent à la gambe, et surtout les réalisations au clavecin riches, mélodiques, élancées, originales de Sébastien d'Hérin, pleines de dynamisme et de couleurs !
Vocalement, c'est moins idyllique : Deshayes reste très « globale » mais plie sa grande voix avec grâce à l'exercice, tandis que Mutel reste toujours aussi floue, et la voix vieillissant, le blanchiment et le vibrato sur le timbre deviennent assez désagréables, a fortiori dans ce type d'orfèvrerie – or sa technique l'empêche de dire précisément le texte pour compenser…
Mérite néanmoins grandement l'écoute pour l'intérêt tout particulier de l'accompagnement instrumental, parmi les plus aboutis de la vaste discographie ! (et le meilleur de ceux avec clavecin, Christie inclus)
Vivaldi: Concerti per flauto ; Antonini (Alpha)
→ Très vivace interprétation de concertos largement documentés… Reste la limite de l'instrument, en particulier le flautino pépiant (et pas toujours juste), qui n'est pas l'instrument le plus admirable ni le moins agaçant qui soit.
Zemlinsky — Sinfonietta, , 6 Songs, Op. 13 & Der König Kandaules — ÖRF (Capriccio)

→ Très belles versions (en particulier les extraits du Roi Candaule avec Siegfried Lorenz !). Je n'ai pas vérifié si les Maeterlinck avec Petra Lang sont aussi une réédition.
Beethoven: Symphony No. 5 ; MusicAeterna, Teodor Currentzis (Sony)
→ Excessivement rapide, tendue comme un arc, une version qui ose le tempo extrême suggéré par Beethoven, qui fait par endroit exploser le col legno et les timbales, avec des cuivres plus capiteux qu'à son ordinaire, et un véritable concerto pour contrebasson final !
Il existe versions plus construites (de Markevitch à Janowski, en passant par Dohnányi, Hogwood et le dernier Harnoncourt), moins fondées sur la seule énergie cinétique, mais le résultat demeure assez irrésistible, et pour une fois particulièrement neuf – ce qui était beaucoup moins patent dans leur tournée l'an passé.




commentaires nouveautés : rééditions

Strauss – les grands poèmes symphoniques – Museum de Francfort, Weigle (Oehms)
→ Rééditions sous forme de coffret contenant tous les volumes précédents.
On dit toujours que Kempe-Dresde constitue l'horizon indépassable de ces poèmes, et c'est tout à fait vrai, mais Zinman-Tonhalle et désormais Weigle-Museum peuvent tout à fait prétendre au titre.
→ Cette fluidité et cet élan miraculeux, servies par ce qui est possiblement l'orchestre le plus déraisonnablement virtuose d'Allemagne (et donc du monde), en font un jalon discographique capital – comme tous les Wagner-Strauss-Berg de Weigle, au demeurant.
→ Parmi les œuvres rares, une Deuxième Symphonie d'un romantisme flamboyant, pas du tout décadent, servie avec un feu étourdissant.
Beethoven – Symphonies – Sk Dresden, Blomstedt (Edel Kultur)
→ Remasterisation de ce beau cycle tradi mais habité, qui a connu une diffusion large grâce à la reparution sous licence chez Brilliant (déjà dans un son excellent).





Hors nouveautés, beaucoup de jolies découvertes pour moi !  (Les Hummel, je ne les avais pas écoutés depuis tellement longtemps…)

Voici les découvertes hors nouveautés :

Suite de la notule.

jeudi 2 avril 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 5


Et voici la cinquième livraison de l'année ! 

Nouveautés écoutées et commentées de ces dernières semaines (mises à jour au fur et à mesure dans ce tableau – il contient même la planification d'écoutes à faire ou refaire, que je vous ai épargnées ici).

Du vert au violet, mes recommandations.

♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques. Dans les cas où je ne recommande pas forcément l'écoute, je place le texte en italique.)

Voici :

Suite de la notule.

lundi 10 février 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 3


Nouveautés écoutées et commentées de ces dernières semaines (mises à jour au fur et à mesure dans ce tableau).

Du vert au violet, mes recommandations.



écouté œuvres
Moniuszko: Cantates Milda & Nijoła ; Poznan PO, (DUX)
→ Superbe déclamation polonaise très bien mise en valeur, chantée et accompagnée, la qualité mélodique de Moniuszko en sus. À découvrir, peut-être même supérieur aux opéras !
Ninna nanna: Lullabies from Baroque Italy ; Pino de Vittorio
→ Très beau programme original. Étrange captation très proche et très sèche, un peu déstabilisante (voulue par l'artiste pour faire plus 'folk'?)
Clairières: Songs by Lili & Nadia Boulanger ; Nicholas Phan, Myra Huang
→ La documentation du (court) legs de Nadia Boulanger arrive enfin ! Ses mélodies, particulièrement abouties dans leur rapport au texte, et nourrissantes musicalement, commencent à être enregistrées. Jolie voix de ténor ici, mais la diction reste légèrement inexacte et pas toujours assez claire pour ce répertoire, à mon gré.
Bonis, Chaminade, L. Boulanger ; Compositrices : À l'aube du XXe siècle ; Juliette Hurel (Alpha)
→ Œuvres assez légères, délicieuses (en particulier les Bonis, comme toujours), très bien exécutées.
Tishchenko: Complete Works for Harp ; Mikhail Lermontov (Naxos)
→ Le
concerto est très surprenant, vraiment des alliages minimaux (harpe solo, et puis un hautbois et une clarinette, ou bien un piano…) : chambriste à l'extrême, à côté le concerto pour violon de Berg (ou le second de Szymanowski), c'est Also sprach Zarathustra…
Surtout
, les deux mélodies vocales sont in-cro-yables. Très accessibles et gentiment mélodiques en apparence, mais remarquablement subtiles. Avenant pour tous, nourrissant pour les oreilles affûtées.
Arianna (Scarlatti, Haendel, Haydn) ; Kate Lindsey, Arcangelo, jonathan Cohen (Alpha)
→ Trois cantates autour d'Ariane, et sans Monteverdi ! Kate Lindsey, électrique dans Mozart, a une émission plutôt calibrée pour les répertoires plus tardifs (beaucoup de fondu), ce qui lui donne un