Carnets sur sol

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[Carnet d'écoutes n°82] – Le Ballet de la Nuit, Haendel transcrit par Babell, Sto olé-olé, Chopin sur boyaux, Andreae compositeur, Pikovaya-Jansons…


1. VASTE MONDE & GENTILS

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En ouvrant mon Playboy



Très douée en langues, la pianiste spécialisée Vanessa Benelli Mosell est avide de découvertes.

Sérieusement, il faudra un jour s'interroger sur la corrélation entre l'emballage et le public… Est-ce qu'on peut vendre, comme la chair fraîche d'une jeune première tout juste pomponnée et promue par une major dans Oops I Did It Again Susanna ou Lulu, un récital de mélodies victoriennes tardives de Griffes et Quilter par une chanteuse à l'image aussi convenable que Barbara Bonney ?


Pourquoi pas aussi en couverture de TÊTU les aveux d'une fin de carrière de speedo-model par Krzysztof Penderecki :


(La première capture d'écran est tirée de Resmusica, par ailleurs une très bonne source sur l'actualité musicale, qui n'est pas responsable de l'état du book des artistes entretenus interviewés.)

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En catimini : amphi Bastille

L'Opéra de Paris aura finalement une saison à l'Amphithéâtre (et au Studio), qui ne s'appellera plus Convergences, forcément, mais qui contiendra de même des récitals de mélodie et de lied, de musique de chambre, et une plus grande mise en valeur (bienvenue, même si je n'aime pas du tout les présupposés esthétiques de leur recrutement, et m'abstiendrai donc) de l'Atelier Lyrique.

Il y a de belles choses, j'ai repéré pour moi les Beydts (relativement célèbre pour ses opérettes, mais ses mélodies, jamais enregistrées, sont beaucoup plus hardies et assez passionnantes) de Cyrille Dubois, le récital anglais de Damien Pass, et bien sûr le récital franco-russe d'Elena Tsallagova. Aussi des choses très exaltantes (quatuors de Ries et surtout d'Andreae !) le midi, plus difficilement accessibles pour le commun des mortels.

Je n'avais vu nulle part mention de cette publication, qui n'apparaissait pas avant l'été… et pourtant le premier concert a déjà eu lieu ce soir ! Communication à retravailler.

[Flûte, entre le début de la rédaction de cette notule et sa publication, c'est fait, ils l'ont annoncé – le jour de l'ouverture des réservations !]

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2. MUSIQUE INSTRUMENTALE

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« Vo' far guerra » : Rinaldo pour clavecin solo


Une merveille inattendue trouvée chez Stradivarius : des airs de Rinaldo transcrits (et avec diminutions abondantes comme sur « Lascia ch'io pianga » ou tout de bon de longues séries de variations comme pour le chœur final « Vinto è sol della virtù ») pour clavecin solo. Plus encore que la virtuosité formidable (« Vo' far guerra », qui contient pourtant une célèbre cadence à deux clavecins, parvient à fonctionner à la perfection en solo), c'est la plénitude harmonique et la densité musicale qui surprennent… certainement pas du clavecin mélodique et décoratif, à un doigt par main, comme souvent dans les pièces solos (la richesse de la résonance sympathique le permettant parfaitement), mais un déluge d'accords et d'agréments, assez étourdissant, et plus encore lorsqu'on y retrouve les charmes d'un des plus beaux opéras seria de tout le répertoire !

L'arrangement n'est pas crédité dans ce disque de Claudio Astronio, mais ressemble beaucoup à ceux de William Babell, contemporain de Haendel, qui a écrit plusieurs de ces paraphrases (notamment sur Rinaldo) dans un goût très similaire. De quoi convaincre ceux qui n'aiment pas la fausse raideur poudrée et la monotonie dynamique du clavecin solo – et de quoi enchanter les amateurs.

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Les Quatuors de Volkmar Andreae


Essentiellement passé à la postérité pour ses interprétations très vives et dramatiques, dépourvues d'alanguissements mystiques, des symphonies de Bruckner (et, de fait, il faut absolument découvrir cette lecture alternative, particulièrement si l'on croit ne pas aimer Bruckner – comme l'islam ou le wagnérisme, on y appartient tous en naissant, il faut simplement en accepter la Grâce), Volkmar Andreae était aussi un compositeur.

Comme la plupart des chefs, ce n'est pas un révolutionnaire, mais plutôt un excellent connaisseur des mécaniques d'écriture. Ses Quatuors à cordes révèlent une remarquable maîtrise en la matière, oscillant entre une forme de classicisme et des climats plus décadents, sorte de postromantisme vénéneux. En réalité, on songe beaucoup (en moins audacieux et un peu moins dense) aux quatuors d'Othmar Schoeck ! Un goût pour la consonance qui n'interdit pas les écarts et les flottements étranges, de subtils grincements – baignés dans une lumière globalement beaucoup moins trouble, il est vrai.

De très belles choses qui se trouvent en deux volumes par The Locrian Ensemble of London chez Guild. Si vous aimez les quatuors de Larsson ou de Schoeck, ce prolongement qui vous ravira.

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Jacques Ibert, Ballade de la Geôle de Reading


L'œuvre existait déjà au disque (Latham-Koenig & Philharmonique de Strasbourg), mais elle vient de paraître dans une nouvelle interprétation de grande qualité (Adriano & Radio Slovaque, chez Naxos) et des couplages très intéressants (dont une Suite élisabethaine illustrant le goût pour l'archaïsme extrême, comme la Suite du Temps de Don Quichotte de Raoul Laparra, même si ce n'est pas complètement du niveau de l'Henry VIII de Saint-Saëns ou des Danses de cour de Pierné).

Elle surprend par sa densité et sa noirceur, inhabituelles dans l'univers d'Ibert. C'est pourtant sa première œuvre symphonique (créée par Pierné et l'Orchestre Colonne), un triptyque inspiré par trois extraits de la Reading Gaol d'Oscar Wilde, mais elle se situe dans des contrées assez lointaine de l'Ibert primesautier et limpide dont on a l'habitude. De la très belle ouvrage symphonique (qui n'est pas sans convergences avec l'art de Casella…), à découvrir.

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Cinquième Symphonie de Bruckner, Radio de Frankfurt-am-Main, Paavo Järvi


Les 4 et 6 viennent de paraître, et je m'aperçois que j'avais coupablement laissé passer la 5, malgré la Symphonie de Rott ébouriffante laissée par la même association.

Et, de fait, j'y retrouve toutes les qualités du Järvi d'aujourd'hui : dans une œuvre dont ce n'est pas le trait principal, je suis flatté par la délicatesse des épisodes, le respect des respirations, et comme toujours un sens suprême de la structure, de l'enchaînement naturel, de l'impression de nécessité (le plus difficile à réussir, dans l'écriture « juxtaposée » de Bruckner). Cette symphonie, pourtant l'une des plus complexes à transmettre, l'une des plus hermétiques aux brucknériens eux-mêmes, respire à la perfection ici, et s'écoule sans le moindre soupçon de lourdeur.

La seule à réussir le pari à ce point – à l'opposé, dans une plénitude beaucoup plus « sonnante », il y a bien sûr Günter Wand avec le DSO Berlin (coffret Hänssler).

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Chopin concertant par Frans Brüggen et l'Orchestre du XVIIIe siècle


Publié en disque par l'Institut Chopin, on peut entendre Nelson Goerner interpréter Chopin sur un Érard d'époque, accompagné par un orchestre spécialisé dans la musique du siècle précédent, ce qui entend donner des perspectives sur la façon dont les pièces pouvaient sonner. Perspectives inévitablement fantasmatiques, dans la mesure où les orchestres du XVIIIe n'avaient manifestement pas du tout la discipline parfaite ni l'idiosyncrasie des ensembles spécialistes d'aujourd'hui… mais le décentrement reste fascinant, et permet sans doute de remettre l'église au milieu du village, au moins en matière d'équilibres sonores, avec un piano beaucoup moins puissant, au son plus chaleureux et « harpé », et un orchestre moins enveloppant… tout glissant vers une forme de chambrisme très dépaysant.

Contrairement aux autres volumes de l'intégrale, parfois ébouriffants, les interprétations ne sont pas très exaltantes, un rien aimables même, tirant le jeune Chopin vers sa dimension de virtuose mondain et soulignant davantage sa réutilisation des conventions que ses originalités pourtant déjà assez fortes dans ces pièces de jeunesse. Néanmoins, la découverte de nouvelles couleurs est très intéressante, à défaut de pouvoir se comparer aux interprétations supérieurement abouties qui abondent dans la discographie.

L'Institut a mis en ligne des vidéos de concerts (à Varsovie, en 2005) qui reprennent avec le même orchestre les œuvres concertantes, jouées sur un Érard de 1849 (Goerner dans le Rondo alla Krakowiak, Dang Thai Son dans le Premier Concerto, Janusz Olejniczak dans le Second). De quoi se faire une idée, le plaisir de la visualisation en sus.

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Classique au vert : concertos pour piano n°3 & 5 de Beethoven

Pour clôturer août, l'occasion d'entendre ces œuvres que je révère, mais que la course aux hapax me laisse peu le loisir de voir en concert – au bout de quinze ans de fréquentation assidue des salles, malgré ma fanitude absolue pour le Cinquième, c'était ma première fois pour les deux œuvres.

Une fois de plus totalement conquis par l'Orchestre de Chambre de Paris, décidément un des meilleurs orchestres possibles pour la musique de l'ère classique et du début du romantisme : la netteté des attaques, l'équilibre entre la tension des sons droits et la discrète vibration des tenues, la légèreté du trait et le soin du style en font un ambassadeur de tout premier plan. Que de chemin parcouru depuis le début de l'ère Nelson, où sous le nom d'Ensemble Orchestral, la pâte sonore évoquait davantage les orchestres de chambre d'antan, façon English Chamber Orchestra ou Saint-Martin-in-the-Fields, qui jouaient la musique ancienne en petit effectif mais un style postbrahmsien, usant d'un très beau son parfaitement homogène, uniformément vibré, sans soin de la danse, résolument joli et ennuyeux.

Plus partagé sur François-Frédéric Guy, que j'ai toujours beaucoup apprécié, mais dont l'absence de netteté dans des œuvres aussi courues m'a étonné (déconnexions au sein des arpèges par exemple) ; mais il est vrai que l'amplification, cette fois mal équilibrée, abîmait le timbre (pas extraordinaire) et exagérait la moindre irrégularité.
En revanche, sur l'ensemble des concertos, il joue avec goût et dirige avec un soin du style juste extrêmement rassérénant (et vivifiant !).

En bis, un premier mouvement « au clair de lune » conçu pour complaire au public, absolument terrifiant : lentissime, les pointés funèbres inaudibles, et les arpèges joués comme une mélodie, et pis que tout, césurés comme le font les pianistes débutants (avant de sentir la nécessité du flux musical et la nature des appuis). Vraiment façon pianiste du dimanche, j'étais pantois. Et ce n'est pas un manque de culture ou de style (dont il a fait ample usage dans les concertos), mais vraiment un choix pour donner au public ce qui lui fait plaisir… j'en ai été un peu mal à l'aise. (mais après tout, ce n'est qu'un bis, il faut le voir comme quelque chose d'un peu festif, pas forcément sérieux)

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3. MUSIQUES SCÉNIQUES

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Résurrection du Ballet Royal de la Nuit


Non pas à l'identique, mais la restitution de Sébastien Daucé tente d'en rendre l'esprit et les équilibres. Constitué de multiples entrées (réparties au sein de quatre « veilles », plus le ballet solaire final) allégoriques et mythologiques, il reste dans les consciences, avant même l'intronisation de Lully, comme le grand exemple d'usage des arts comme auxiliaire du pouvoir : en 1653, au sortir de la Fronde, Louis XIV victorieux danse en personne le Soleil vainqueur de la Nuit, tandis que les jeunes membres des grandes familles naguère révoltées tournent à bonne distance en simples planètes et satellites.

L'entendre en entier (fût-ce de façon reconstituée et approximative) procure aussi un véritable frisson musical : un ballet encore très Louis XIII, marqué la déclamation égale et amélodique du début du siècle et le goût de la polyphonie vocale, qui se déploie dans son entièreté. Un univers encore très marqué par le goût de Guédron, Boësset et Lambert.

Si l'on s'abstrait du livret, on est forcément frappé par une forme de monotonie (peu de modulations, peu de surprises), mais en contexte (avec un visuel ou en suivant les indications de scène), c'est une rêverie formidable qui est proposée. Et la qualité des interprètes (Daucé & Correspondances toujours au sommet) permet d'en goûter toute la plénitude : le grain, la perfection du français et la finition ornementale exceptionnelle de Dagmar Šašková vous imposent au moins d'écouter le grand récit de la Lune amoureuse, au début de la troisième entrée.

Les musiques sélectionnées par Daucé sont dues aux grands représentants du temps : Cambefort, Boësset, Constantin, Lambert… et pour les parties en italien Cavalli et Rossi. Lully dansait dans le ballet, mais n'avait manifestement pas encore assez d'entrées comme compositeur ; hormis les parties vocales dues à Cambefort, aucune certitude n'existe sur les auteurs de la musique.

Le ballet est donné en concert (donc sans effets d'aucune sorte, a priori ?) à Versailles cette saison.

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Herculanum de Félicien David


Donné à Versailles par Hervé Niquet il y a 18 mois, Herculanum restait encore assez confidentiel, considérant la faible diffusion sur place, et surtout l'aphonie de Karine Deshayes, qui avait héroïquement assumé la représentation (mais en marquant en permanence, et tous ses soli furent amputés). Bref, impossible d'en faire la promotion, mais le CD paraît à présent !

Félicien David a connu un véritable retour en grâce ces dernières années, où l'on a multiplié les résurrections (opéras, oratorios, mélodies, musique de chambre…) ; jusqu'ici, j'avoue que tout m'a semblé assez plat, même si son Christophe Colomb, d'une structure assez originale, contient des trouvailles particulièrement intéressantes.

Mais il en va tout autrement d'Herculanum, dans lequel le compositeur, souvent un peu tiède (ni un grand mélodiste, ni un grand maître de la structure, ni un grand orchestrateur, ni un dramaturge naturel…), semble avoir concentré tous ses savoirs pour tirer le meilleur d'un format de grand opéra à la française. Après écoute du premier acte, je suis frappé par la qualité mélodique remarquable de lignes pourtant très déclamatoires, produisant une qualité suprême du récitatif, au sein de configurations orchestrales qui se renouvellent assez abondamment. De la très belle ouvrage, une œuvre qui marque par sa singularité et sa beauté très travaillée mais qui sonne avec un naturel sans apprêt. Impatient d'entendre la suite, mais je peux d'ores et déjà encourager les amateurs du genre à se ruer dessus – après la grosse déception de Dimitri de Joncières. Ce n'est pas aussi singulier (on n'est qu'en 1859) que les Barbares de Saint-Saëns (sorte de Tristan à la française !), mais cela figure tout de même parmi les innombrables grandes découvertes promues par Bru Zane !

Pour ne rien gâter, outre Karine Deshayes qui n'a jamais aussi bien chanté, on y retrouve Véronique Gens et Nicolas Courjal (chacun candidat au titre de meilleur chanteur français en exercice, unanimement salués comme des monuments d'expression, de style et de beauté pure) et Edgaras Montvidas, ténor lithuanien d'une grande souplesse et doté d'un excellent français.

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Tchaïkovski – La Dame de Pique – Jansons, Radio Bavaroise


Contrairement à Onéguine, La Dame de Pique dispose d'une discographie irrégulière : les grandes versions anciennes ne manquent pas, mais les versions modernes, pas si nombreuses de toute façon, ont toutes leurs déséquilibres et leurs insuffisances. Mes deux chouchoutes, au sein des publications officielles, restent Samosud (avec Derzhinskaya, la seule Lisa gracile de la discographie, et le décoiffant Khanayev) et Baranovich (pour son orchestre totalement acide, mordant et méchant), deux des plus anciennes (1937 et 1955).

Dans les versions dotées d'un son moderne (à partir des années 1970, disons), il faut en général composer avec des Lisa exagérément mûres, que ce soit dures (Milashkina chez Ermler, Vishnevskaya chez Rostropovitch) ou pis, invertébrées (Várady chez Shuraitis, Freni chez Ozawa) et en général très larges (au sommet desquelles Gwyneth Jones en allemand ou Gutafson chez A. Davis ou Guleghina chez Gergiev). Les chefs ne sont pas toujours très ardents non plus (Ozawa très « studio », même dans la version sur le vif, Gergiev particulièrement indolent, toutes les articulations amollies)… Si bien que le choix devient vite frustrant, quelle que soit la plus-value de la prise de son. En CD, à part les extraits d'Orbelian avec Prokina et Larine, on est vite limité.

Il est vrai que Rozhdestvensky en DVD, certes lent, est assez parfaitement distribué (Papian-Galouzine), mais il faut peut-être l'écouter sans le visuel de Lev Dodin qui tend à mettre à distance toute l'histoire.

De mon côté, outre les deux grands anciens, j'écoute surtout les bandes de Gergiev de la fin des années 90, très habitées, et dotées de distributions autrement fascinantes : Gorchakova-Galouzine au Mariinsky (intouchable !), Lisa Borodina-Galouzine au même endroit, Gorchakova-Domingo au Met… Mais rien de tout cela n'étant paru officiellement, il est difficile de les recommander.

Aussi, la parution du nouveau disque Jansons m'intéressait. Je redoutais tout de même un hédonisme orchestral un peu paresseux et, de fait, il ne faut pas en attendre de grandes poussées d'ardeur, tout est très joli et très à sa place, l'acte I étrangement lent… Néanmoins, cela ne fait pas du tout sombrer l'entreprise, et la distribution splendide permet de suppléer l'absence d'urgence orchestrale : à commencer par Tatiana Serjan, sombre et élancée, qui assume avec beaucoup de tension dramatique (et pas du tout vocale, même si l'impact paraît assez explosif !) son rôle, sans rivale hors (pas officiellement) Gorchakova ou (dans la plus vieille version !) Derzhinskaya, vraiment. Juvénile et tourmentée, ductile et sombre, elle dispose de toutes les qualités à la fois (sauf la diction, extrêmement floue mais suppléée par son expressivité). Misha Didyk, le fameux ténor-cluster, semble taillé pour Hermann, avec son émission massive et sombre, parcourue de nuances de grain plus que de couleur, exprimant avec beaucoup de justesse une forme de mélancolie violente (même si la prise de son semble étrangement l'occulter et le hacher). Autre excellente recrue, Alexey Markov en Yeletsky, amplement timbré mais d'une distinction et d'un legato parfaits.

Malgré cette tendance orchestrale à la joliesse – mais Jansons réussit magnifiquement les divertissements grétrystes et impériaux de l'acte II, lui qui est capable de faire « du » Menuet de Boccherini une chef-d'œuvre abyssal –, le plateau maintient une véritable tension, et l'on dispose enfin d'une version discographique moderne suffisamment cohérente pour être recommandée sans arrière-pensée.

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Et l'horrible Richard Wagner ?

… Oui, en effet, il manque notre traditionnelle apostille Wagner, et nous détenions pas moins de trois enregistrements candidats, mais ce sera pour une autre fois. De toute façon, il faudra dire un mot de la suite de la parution de l'intégrale des quatuors de Grażyna Bacewicz par le Quatuor Lutosławski (où l'on perçoit, dans des œuvres passionnantes, le progressif abandon de la tonalité rigoureuse vers des formes de plus en plus libres – et sombres), des derniers volumes de l'intégrale Beethoven de Thomas Dausgaard (a-t-on fait mieux ?), de l'album Schumann-Berg (Liederkreis Op.39, Frauenliebe, Frühe-Lieder) de Röschmann-Uchida, des œuvres orchestrales de Dvořák et Janáček par Anima Eterna Brugge et Immerseel, aux colorations inédites…

Mais dans l'intervalle, j'espère achever quelques notules monographiques qui attendent depuis longtemps la caresse de la lumière.


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Commentaires

1. Le jeudi 10 septembre 2015 à , par Diablotin :: site

1. Tu devrais arrêter Playboy : trop d'images pour toi !
2. J'ai lu ton passage sur le Bruckner d'Andreae : dans les 8 et 9 que je connais, avec le symphonique de Vienne, c'est quand même très alternatif, comme lecture, et avec un orchestre plutôt vilain et assez vert ! Dans le genre cursif et un peu sec, on peut préférer Schuricht, me semble-t-il -même si, personnellement, ce n'est pas ainsi que j'aime mon Bruckner : je préfère les visions un peu plus larges-.

2. Le samedi 12 septembre 2015 à , par David Le Marrec

Ah oui, c'est tout sauf chatoyant et confortable : effectivement, on est dans la veine de Schuricht (ou plus proche, Kabasta), en encore plus cursif (plus radical et moins coloré, aussi), mais il a l'avantage décisif d'avoir fait l'intégrale. Avec Andreae, je trouve vraiment plus facile d'enchaîner les œuvres – alors qu'à la moitié d'une lecture traditionnelle, je suis déjà repu…

Je conçois très aisément qu'on n'aime pas, mais il a l'immense mérite de rendre les structure plus intelligibles, les enchaînements plus urgents – les mouvements lents n'y sont pas les meilleurs (mais pas bâclés pour autant), mais même si ce n'est pas individuellement toujours le sommet pour chaque symphonie (pour les 3, 6 et 8, je trouve tout de même qu'on se place très haut), c'est finalement l'intégrale qui me satisfait le plus, et à laquelle je reviens vraiment plus souvent que les autres.

(Sinon, c'est étrangement plutôt Karajan que Jochum ou Inbal que j'écoute, et quand je veux du neutre, je vais plutôt voir Paternostro, voire Maazel BayRSO, mais en réalité, hors Andreae, je prends plutôt des versions isolées de très diverses obédiences : Rozhdestvensky, Dohnányi, K. Sanderling, Fedoseyev, Neuhold, Weller, P. Järvi, Boulez, Furtwängler, bandes de Blomstedt, Prêtre ou Inbal…)

Néanmoins, à part la version berlinoise de la Septième par Celibidache (l'union parfaite pour réussir une vision aussi extrême), je me tourne assez peu vers les lectures-cathédrales. Même avec Jochum que je révère au plus haut point, je finis par trouver ça trop lisse, trop épris de soi-même…

3. Le samedi 12 septembre 2015 à , par Diablotin :: site

Ce n'est pas non plus vers Jochum que je me dirige en premier -l'aura de son intégrale brille d'ailleurs nettement moins fort à l'étranger qu'en France, au moins dans la presse spécialisée-. J'aime bien Wand à Cologne -mais moins après-, Karajan dans les 4 à 9, et même chez EMI- et Furtwängler, malheureusement dans des éditions peu idéales. Ainsi que quelques autres isolées...

4. Le dimanche 13 septembre 2015 à , par antoine

Bon, si Vanessa nous rince aussi l'oreille...Quant à Bruckner, je suis un peu déçu que sa deuxième, l'une de mes préférées, passe comme souvent à la trappe.

5. Le dimanche 13 septembre 2015 à , par David Le Marrec

Hé bien Antoine, on vous attendait pour la devinette du mois ! Quelle déception…
La Deuxième est fantastique en effet, la seule avec la Quatrième dont le scherzo soit plus exaltant que pénible. :) Mais Järvi ayant enregistré la 6 aussi, il semblerait qu'on se dirige vers une intégrale.
Je n'ai pas d'opinion sur cette pianiste, que je n'ai pas écoutée… la qualité n'est pas corrélée à l'emballage de toute façon, en bien comme en mal. Mais vendre de la musique de Sirius avec de la chair fraîche, c'est un contrepied étrange, comme s'il n'y avait qu'une seule façon de photographier une pianiste (celle des starlettes de pube).

@ Diablotin : Wand à Cologne est effectivement plus énergique que ses versions classiques mais un peu lisses après, néanmoins dans Bruckner, c'est surtout avec le DSO Berlin qu'il m'intéresse. Furtwängler n'est vraiment pas dans le registre du Bruckner large, comme Andreae, c'est un contrepied parfait de la veine mystique extatique ; très dépaysant, et j'aime beaucoup.
Quant à Jochum, je visais surtout la fameuse intégrale Bavière/Berlin chez DG – la version EMI avec Dresde est, pour moi qui adore les cuivres russes et nordiques, les plus acides possibles, difficile à supporter à cause de sa section très individualisée et agressive, avec une construction générale par ailleurs moins soignée.

En une seule journée, je crois qu'on a évoqué les deux seuls disques où les cuivres brament trop pour moi (Norrköping dans Rott et Dresde dans Bruckner).

6. Le dimanche 13 septembre 2015 à , par antoine

David, sorry pour la devinette, mais je ne l'avais pas écoutée. Vous auriez pu proposé un extrait du scherzo plus immédiatement identifiable. Je ne partage pas tout à fait vos choix préférés de versions enregistrées. J'ai un faible pour le Cincinnati et notamment son scherzo totalement échevelé mais c'est peut-être le syndrome de la première écoute. Quant à Bruckner, je ne trouve pas ses scherzi pénibles car toujours assez réussis. Pour ce qui est de la deuxième, c'est le mouvement lent qui me fait le plus grand effet, à condition que les cordes soient à la hauteur et que les dernières mesures soient exécutées au cor.

7. Le dimanche 13 septembre 2015 à , par antoine

Re-sorry : lire "proposer" au lieu de "proposé"...

8. Le mercredi 16 septembre 2015 à , par David Le Marrec

David, sorry pour la devinette, mais je ne l'avais pas écoutée.

Ce qui est mal.

L'extrait de la devinette du mois est toujours volontairement insolite, c'est davantage une invitation à la surprise ou à la découverte qu'une véritable chasse au trésor.

Nous en avions déjà devisé, le scherzo avec Cincinnati est effectivement impressionnant, mais le reste n'est vraiment pas de la même eau, beaucoup plus terne à tous les étages.

J'aime tout dans la Deuxième, mais son scherzo réussi lui permet effectivement de se hausser par rapport à la concurrence… Celui de la Huitième me tue vraiment la symphonie, merveilleuse par ailleurs.

9. Le mercredi 16 septembre 2015 à , par antoine

David, encore toutes mes excuses mais je vois que, comme pour tous les nouveaux convertis, votre enthousiasme surpasse celui des pionniers!
Je vous trouve un peu dur pour la scherzo de la huitième qui est un mélodieux trio encadré par des rythmes percutants, forme ainsi renouvelée par Bruckner. L'essentiel est que nous soyons d'accord pour considérer qu'il s'agit d'un beau monument symphonique.

10. Le jeudi 17 septembre 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir Antoine !

Oui, tout à fait, j'ai vraiment eu le sentiment de voir la Lumière. :) En réécoutant les versions que j'avais écoutées (les seules alors disponibles…), je me suis rendu compte que la faute ne m'incombait pas tout entière, vu l'empâtement un peu paresseux qui y prévalait et qui, même après la Révélation, me paraissaient assez ternes. Mais en réécoutant la bande de la soirée, ou les deux derniers disques parus depuis, comme tout devient évident ! Et ce n'est pas une question de musique fragile, simplement qu'il faut la jouer proprement et pas dans un style visqueux post-mauvais-Brahms.

Le thème principal du scherzo de la Huitième, déjà pas la trouvaille du millénaire, est répété combien de fois ? — la première fois, je suis séduit par sa sévère affirmation, et très vite je n'en puis plus, d'autant qu'il se répète lui-même à l'intérieur de chaque phrase… (mais effectivement, si on le coupe, j'aime vraiment beaucoup cette symphonie !)

11. Le vendredi 18 septembre 2015 à , par antoine

David, si vous voulez, mais il faut que le scherzo de Rott soit tétanisant (notamment à partir du magnifique passage fugué) et pour trouver mieux que le Cincinnati..
Etonnant que l'originalité de celui de la huitième ne vous ait pas séduit.

12. Le mardi 22 septembre 2015 à , par David Le Marrec

En effet, il n'y a pas vraiment mieux que Cincinnati de ce côté-là, mais Järvi le fait tout de même remarquablement (plus dans le concert avec l'Orchestre de Paris que dans le disque avec la Radio de Francfort, il est vrai).

(C'est davantage le ressassement que la nouveauté qui m'a dégoûté – et puis on dirait quand même une resucée du même patron, en moinsbien que les précédents.)

13. Le mardi 22 septembre 2015 à , par antoine

Vous avez gagné, je n'ai pas assisté au concert. Il ne reste plus qu'à espérer qu'une symphonie (toutes, un rêve!)de Casella soit jouée dans les mêmes conditions!

14. Le dimanche 27 septembre 2015 à , par David Le Marrec

… mais il a été diffusé par la radio !

Effectivement, Casella par Järvi, je prends très volontiers.

De toute façon, quand c'est inhabituel, je me déplace en général. (J'aurai droit à la Première de Walton cette saison, par exemple – mais je l'aime déjà beaucoup.)

En revanche, Tubin (par Järvi) m'avait déçu en salle, le spectre sonore paraissait étroit, vraiment pas bien orchestré – et ça manquait probablement un peu de répétitions pour affiner les équilibres et sonner moins grumeleux. Mais il est vrai que Tubin n'est, sans lui faire injure, pas de la même farine que les autres dont nous parlions.

15. Le lundi 28 septembre 2015 à , par antoinr

Ah bon, quelle radio, quand, par qui? Et je l'ai raté?

16. Le mardi 29 septembre 2015 à , par David Le Marrec

Le concert dont je parlais, précisément (Orchestre de Paris / Paavo Järvi) ; j'y étais, mais ça a aussi été diffusé par Francce Musique. Et doit donc dormir quelque part dans le fonds.

17. Le mercredi 30 septembre 2015 à , par antoine

Rien trouvé, que dalle! Seulement un concert par Noseda, un excellent chef qui, comme La Vecchia, sait bien faire du Casella.

18. Le jeudi 1 octobre 2015 à , par David Le Marrec

En demandant aux bonnes personnes…

(colonne de gauche)

19. Le samedi 3 octobre 2015 à , par antoine

?????

20. Le samedi 3 octobre 2015 à , par David Le Marrec

Bonjour Antoine !

Je cherchais à suggérer discrètement que vous me contactiez (je n'ai plus votre courriel suite à divers événements techniques successifs) pour que j'essaie de vous venir en aide. Mon adresse figure dans la colonne de gauche du site.

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