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L'ordalie Siegfried


Au commencement

À€ la suite d'une conversation sur le caractère supposé très médiocre de Manfred Jung (le Siegfried honni du Ring Boulez / Chéreau dans la version vidéo), j'ai réuni ici quelques exemples concrets.

25 Siegfried célèbres d'hier et d'aujourd'hui, réunis dans cette archive : http://piloris.free.fr/siegfried_ordalie.zip .

Il s'agit du même extrait, une petite tirade à la fin du grand duo final de Siegfried, où est repris le thème du héros. Évidemment, c'est très loin de rendre compte de ce que les uns et les autres font sur l'ensemble des deux journées qui les concernent ; néanmoins les caractéristiques techniques et les tempéraments affleurent assez bien, même en si peu de temps (cet extrait est révélateur de beaucoup de paramètres).
Ce n'est donc pas du tout suffisant pour porter un jugement, en revanche pour se représenter un peu l'évolution des esthétiques vocales, il y a déjà un peu de matière.

Principe

J'invite donc les lecteurs de CSS qui le souhaitent à se joindre au premier panel, accessible ci-dessous ou à cette adresse (conseil pratique : relisez-vous avant d'envoyer, il n'est pas commode de supprimer des lignes dans le tableau une fois les données entrées).

Évidemment, il faut bien sûr préciser que ce qu'on entend change selon la prise de son (et on se doute ici ou là que la voix, quoique séduisante, ne passerait pas forcément bien la rampe) et les conditions d'enregistrement (fatigue à la fin d'une prise sur le vif en public dans une grande salle !). L'objectif étant de remettre en cause concrètement certains jugements répétés automatiquement, le principe est de s'en tenir à ce qu'on entend, sans considération de qui chante, de sa qualité dans l'ensemble de l'œuvre, de ce qu'il produirait en vrai ou avec une autre prise de son... Bien sûr, on n'est pas obligé de se limiter à la technique et au timbre (sinon on peut tout de suite récompenser Melchior et tout arrêter) ; la musicalité, la tension, la mise en valeur du texte ont toute leur place.

Évidemment, chacun est invité à dire un mot de ses choix en commentaires. Les références de chaque extrait seront fournies dans quelques jours. Dans l'attente, pour accéder aux résultats détaillés des participants, il faut aller voir ici (demander l'autorisation via Google Documents si nécessaire).

Conséquences ?

Malgré le caractère profondément superficiel de ce type d'exercice, j'aime le fait que, très concrètement, il permet en peu de temps d'écarter certains préjugés reproduits pendant des décennies dans la critique, à se demander si les commentateurs croient leurs oreilles ou ce qu'ils ont lu sur ce qu'ils écoutent. Et en l'occurrence, à mon humble avis, l'expérience remet pas mal de choses en perspective (et notamment en ce qui concerne Manfred Jung)...

Ce serait plus intéressant avec des compositeurs, et je projette depuis longtemps de proposer un QCM « Mozart ou Salieri », mais cela prend un peu plus de temps à préparer. De toute façon, le caractère surprenant des résultats dans ce simple questionnaire glottophile tend à montrer qu'on peut toujours tirer profit d'aller réellement écouter les choses au lieu de s'en remettre à la musicographie. C'est encore plus vrai pour les compositeurs que pour les œuvres, et vaut pour bien des damnés de l'Histoire, comme Piccinni, Salieri, Grétry, Czerny ou Meyerbeer ; et, plus près de nous, les « perdants » de la bataille institutionnelle des années 60-70 en France, largement écartés du disque (Damase, Constant, Landowski, Daniel-Lesur...).

(le formulaire est toujours disponible via le lien ci-dessus)


Et moi et moi

A titre personnel, sur les 6 choix possibles :

  • Option 1 : Supplice
  • Option 2 : Moche
  • Option 3 : Moyen
  • Option 4 : Bon
  • Option 5 : Très bon
  • Option 6 : Merveilleux


je n'ai proposé qu'un 1 (et encore, c'était pour faire bonne mesure, on reste tout à fait dans le domaine de l'écoutable, le rôle est tenu de bout en bout), et trois 6 (tous de grands anciens... un des rares rôles où le mythe de l'Âge d'Or supporte l'observation des faits). Mais j'ai eu en réalité beaucoup de bonnes surprises (dans les 4 et 5).

Il faut dire que le passage est plus lyrique et facile solfégiquement (les appuis tombent naturellement) que les autres, et donc qu'il y a moins de carnage que dans des endroits où il est plus difficile d'être en rythme (ce qui a forcément des conséquences sur la voix). Je l'ai néanmoins choisi parce qu'il révélait bien la technique de chacun (legato, attaques, couleurs, tenue de la tessiture, déclamation), avec une certaine variété de procédés.

En lisant les résultats, je constate que mon grand chouchou est le plus apprécié pour tout le monde (son nom sera donc révélé plus tard) ; Melchior ne raffle pas tous les suffrages (alors que le principe de la comparaison masque pour partie sa monotonie de timbre et son manque de musicalité) ; je vois aussi avec surprise les appréciations modérées, voire négatives, sur Windgassen, même jeune. J'ai lu qu'il était jugé un peu trop clair et naïf, et il est vrai qu'il est le seul à faire usage (en tout cas à ce point, car Jerusalem s'en approche) d'une émission mixte, ce qui a sans doute paru exotique au sein de la sélection.

Et, comme je le prévoyais, Manfred Jung est accueilli fort honorablement (3 disent "moyen", 3 "bon", 1 "très bon" –€ moi –€, 1 "merveilleux"), très loin de sa réputation abominable –€ qui doit sans doute beaucoup à son âge visible chez Chéreau, et à son jeu de scène crispé. Pourtant la voix est efficacement placée, le timbre pas disgracieux, la tessiture maîtrisée, et rien de ces attributs fâcheux qui sont devenus coutumiers aujourd'hui dans le rôle (montée par le nez, vibrato irrépressible, engorgement pour assombrir artificiellement le timbre).


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