Carnets sur sol

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[concert] Lully / Moulinié / La Fontaine / Scarron / Saint-Amant - Textes et airs à boire

Ce soir, ouverture de notre saison culturelle korrigane avec ce concert à l'Archipel, une petite salle (parisienne) dont nous avions déjà signalé l'originalité de la programmation.

In Taverna Ou le Triomphe de Bacchus

Avec
Julien Cigana, comédien
Dagmar Saskova, soprano
Manuel de Grange, luth et guitare [baroque, ndl]

Oeuvres musicales du XVIIè siècle d'Etienne Moulinié, Jean-Baptiste Lully et vers de Jean de La Fontaine, Paul Scarron et Marc-Antoine Girard de Saint-Amant.

Juste un mot pour dire le plus grand bien de cette salle très intimiste et de l'excellent concert de ce soir, en en rappelant le concept : autour d'un thème agréable (l'éloge du vin), une époque s'exprime (le XVIIe siècle français) au moyen d'un récitant, d'une soprane et d'un luthiste.

Hors la péroraison en manière de prêche qui est dite en français moderne, tout est donné en français restitué (sauf, bien entendu, la romance slave et l'élégie italienne). On suit ici les préceptes d'Eugène Green, c'est-à-dire une lecture très archaïsante et franchement systématique de la prononciation XVIIe : toutes les finales sonnent, y compris au milieu des vers. Et on prononce la finale des verbes du premier groupe [èrr], alors qu'on sait par Jean Hindret (Art de bien prononcer et de bien parler la langue françoise, 1687) que les recommandations de Vaugelas contre la prononciation normande avaient été si bien suivies par Molière qu'il en aurait éradiqué l'usage chez les acteurs. Il en va de même pour plusieurs autres préceptes de Green, qui ont l'avantage de leur systématisme et de leur exotisme, ce qui peut être assez valorisant pour les interprètes.

La très belle voix de Julien Cigana, timbrée, riche, flexible, expressive, jamais ostentatoire, jamais gauche, lève de toute façon toutes les préventions. On se prend même à penser que c'est mieux ainsi : le relief de toutes ces consonnes qui retrouvent la parole donne un tour nouveau à la langue, qui prend une pose quasiment sculpturale, et s'accorde très bien à l'écriture généreuse des poètes convoqués.
De surcroît, il maîtrise les phrasés et les respirations de ces odes en telle harmonie avec la couleur plus nasale et l'aspect plus rugueux de ce français restitué qu'on ne peut être que confondu d'admiration devant le résultat.

Dagmar Saskova chantait également en français greené. Voix fraîche, légère, qui maîtrise à la perfection toute la palette technique du premier baroque : timbre fruité, sons droits très bien timbrés, expression française parfaite de clarté, expression du lamento italien sans le moindre écho geignard. Tonique, sobre, gracieux, et pas sans une certaine noblesse de ton jusque dans les trivialités.

Le luth de Manuel de Grange débute et ponctue très agréablement le spectacle, avec des développements manifestement inventés par le luthiste qui permettent par exemple de disposer d'introductions un peu vastes où l'on puisse entrer dans un climat et goûter le timbre de l'instrument - même un soprano tout à fait léger couvre en partie ses harmoniques chétives. Techniquement, et sans doute aussi à cause de la qualité moyenne d'instruments récents, ce n'est pas irréprochable (timbre qui tire vers la guitare, cordes mal maintenues sur la touche), et même vaguement de la déroute lorsqu'il s'empare pour la dernière pièce de la guitare baroque et doit jouer quelques traits un peu agiles.
C'est sans doute l'explication pour laquelle il n'enregistre pas à la place de Paul O'Dette, mais l'imagination dans les variations et le goût des phrasés est absolument sans pareille ; voilà quelqu'un qui vit le rebond dansé à la française comme les plus grands maîtres du répertoire...

Surtout, l'alternance entre les pièces et les réponses d'un interprète à l'autre progressaient en toute harmonie, baignées dans la beauté verbale du XVIIe.

On leur souhaite à tous trois la plus brillante carrière, ils y peuvent prétendre.


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