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Parlons Lied III - Waldesgespräch

Présentation de ce lied fameux de Schumann/Eichendorff, extrait des Liederkreis Op.39.

LIEDER NARRATIFS

Waldesgespräch ("Conversation en forêt", Schumann, Eichendorff)


1) Présentation

Un des lieder les plus diffusés de Schumann, puisqu'il s'agit du troisième du cycle des Liederkreis Op.39, le plus joué avec ceux du Dichterliebe.

Le texte d'Eichendorff se constitue de quatre quatrains d'octosyllabes, avec en alternance le personnage masculin principal et la jeune femme qu'il rencontre - et à qui revient la conclusion. J'admire beaucoup la simplicité de ce romantisme assez optimiste d'Eichendorff dans tout le cycle, et Schumann y a écrit des merveilles de dépouillement éloquent – Auf einer Burg, par exemple. (presque le modèle du Via Crucis de Liszt, quand on y pense)


2) Texte, traduction et partition

[traduction personnelle, donc sujette à caution]

Es ist schon spät, es ist schon kalt, / Il est déjà tard, il fait déjà froid,
Was reitest du einsam durch den Wald? / Pourquoi chevauches-tu seule à travers les bois ?
Der Wald ist lang, du bist allein, / Les bois sont vastes, tu es seule,
Du schöne Braut! Ich führ dich heim! / Belle fiancée, je te conduis à la maison !



"Groß ist der Männer Trug und List, / Les appétits et la malice des hommes sont infinis,
Vor Schmerz mein Herz gebrochen ist, / Mon coeur est brisé par la peine
Wohl irrt das Waldhorn her und hin, / Le cor s'éloigne ici et là,
O flieh! Du weißt nicht, wer ich bin. / Oh fuis ! Tu ignores qui je suis. "



So reich geschmückt ist Roß und Weib, / Si richement parés sont le cheval, la femme,
So wunderschön der junge Leib, / Si splendide le jeune corps
Jetzt kenn ich dich - Gott steht mir bei! / Je te connais - Dieu me vienne en aide !
Du bist die Hexe Lorelei. - / Tu es Loreleï - l'enchanteresse.



"Du kennst mich wohl - vom hohen Stein / Tu me connais bien - depuis les hauts rochers Schaut still mein Schloß tief in den Rhein. / Mon château contemple, silencieux, les profondeurs du Rhin Es ist schon spät, es schon kalt, / Il est déjà tard, il fait déjà froid, Kommst nimmermehr aus diesem Wald./ Plus jamais tu ne quitteras cette forêt."



3) Version arrangée en français par mes soins :
http://piloris.free.fr/waldes_fr.mp3 (lien temporairement inactivé).
Non versifiée, pour coller au maximum à l'ordre des mots allemands. Le but n'en est pas un très improbable résultat esthétique, mais une aide au repérage.

Il est bien tard, il fait bien froid ;
Pourquoi chevaucher seule dans le bois ?
Le bois est grand, tu es bien seule,
Belle épousée, je te reconduis.

– Grande est la malice des hommes,
De peine mon coeur fut brisé,
Entends-tu le cor ici et là ?
Ah fuis ! Tu ne sais qui je suis.

Si richement paré l'équipage
Et sublime le jeune corps...
– Je te connais ! Dieu me soutienne !
Tu es l'enchanteresse Loreleï.

– Tu me connais, certes tu me connais, de leur rocher
Tous mes Etats contemplent le Rhin,
Il est bien tard, il fait bien froid,
Plus jamais ne sortiras de la forêt, plus jamais, de la forêt.

Il à présent temps d'écouter la version allemande (en ré) : http://piloris.free.fr/waldes_de.mp3 (lien temporairement inactivé).


4) Bref commentaire du lied :

De même que le texte fait alterner ses personnages, de même le compositeur fait alterner la caractérisation musicale. Initialement, le personnage masculin est accompagné par les traditionnelles tierces, quintes et sixtes (sur les degrés 2, 5, 1 au lieu des cadences plagales habituelles en 2, 4, 1) qui figurent les symphonies de cors de chasse et identifient clairement le locuteur. La suite de son discours est soutenue par des harmonies plus tendues, des accords enflammés, le tout culminant avec un trille au piano, dans une tessiture barytonnante, épousant les palpitations grandissantes devant la découverte de la charmante apparition féminine.
La proposition qu'il lui fait est ambiguë, Golaud avant l'heure : quelle est la part de la sollicitude, quelle est la part de la concupiscence ?

Première réponse de la jeune femme, sur une brusque modulation, au son aérien d'une harpe dissimulée, son surnaturel dans cette circonstance. Sous forme de proverbe, puis de confidence, elle s'adresse à l'homme. "Les appétits et la malice des hommes sont infinis / Mon coeur est brisé par la peine." La première sentence semble être la déduction de la seconde et sa cause : une jeune femme qui se défie de la proposition bien avenante d'un étranger.
En réalité, la première phrase est déjà la sentence qui se matérialisera par le dernier vers, et la seconde est l'indice qui permet à son interlocuteur

de le comprendre. 

Les deux derniers vers du quatrain quittent le chant suave pour imiter narquoisement l'embasement du premier quatrain - une très belle trouvaille de Schumann, qui tout en préservant l'homogénéité musicale de son lied, crée du sens, et cela en rejoignant le procédé d'Eichendorff lui-même, qui fait reprendre in fine les paroles du séducteur par la Loreleï. Le quatrain s'achève dans une douce attente harmonique.

Reprise de parole par l'homme. Sur le thème du cor, mais plus désarticulé, l'accompagnement cesse au milieu du quatrain dans un récitatif épouvanté, entrecoupé de silences essoufflés, à peine scandé par quelques accords d'une sécheresse sans appel.

Seconde réponse de la Loreleï, qui confirme l'intuition du promeneur, sur le même motif que la première fois, plus aigu, jusqu'au cri, mais toujours paré des mêmes absurdes broderies. L'ironie mordante de la réponse culmine lors de la répétition prévue par Eichendorff du premiers vers du poème, initialement attribué à l'homme. Le postlude, chargé de sens comme toujours chez Schumann, fait entendre l'extinction du cor, seul lien qui demeurait avec le monde des vivants et des humains.

Au total, quelque chose de très homogène, doté d'un élan très impressionnant. Comme souvent chez Schumann, on a ici un minidrame d'une concision et d'une justesse extrêmes - un opéra de trois minutes pour cadres dynamiques pressés, avec optimisation du rapport action / temps d'écoute.

DavidLeMarrec – lyricmanager


5) Discographie :

Si vous avez survécu aux extraits proposés, et bien que ce ne soit pas une preuve sûre de votre bon goût musical au vu de l'interprétation proposée, il ne vous reste plus qu'à vous procurer un enregistrement de la chose.

Quelques suggestions dans une discographie de grande qualité :
- Margaret Price / Graham Johnson, HYPERION. Pour la pertinence absolue de la caractérisation
- Matthias Goerne / Eric Schneider, DECCA. Pour le soin du vers, la capacité de Goerne à envelopper entièrement l'auditeur, et la musicalité extrême de Schneider.

Felicity Lott (dans une optique similaire à M. Price), Sebastian Bluth (meilleur diseur que chanteur), Ian Bostridge / Julius Drake valent également le détour.

Le jeune Fischer-Dieskau est un tout petit peu décevant à mon goût.

Version (peu ou prou) html de cette page disponible et téléchargeable ici : http://davidlemarrec.ifrance.com/waldes.mht .


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Commentaires

1. Le mercredi 1 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Je suis très impressionnée par vos 3 "articles" sur le lied. Cela m'inspire quelques commentaires, mais il faut que j'y travaille ! Donc à bientôt. SE

2. Le jeudi 2 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Lied I, II et III, parlons groupés.

Votre idée de traduction « en phase » avec la musique me plait bien.

Je me suis déjà trouvée devant ce problème : un texte dans une langue dont je ne connais qu’un mot par-ci par-là mis en regard d’une traduction française sans état d’âme absolument pas logique avec ce que j’entendais. Frustrant car le plaisir musical n’est pas complet !

Alors, pour une fois, en effet, je crois que contrairement à ce qu’on nous enseigne dans les cours de langues, il faut penser traduction littérale et non plus littéraire…

La seule expérience concrète que j’ai dans ce domaine, c’est d’avoir traduit le livret de l’Orphée et Eurydice de Gluck de l’italien au français (il s’agissait donc de la version viennoise). La version française me semble beaucoup plus jouée que celle en italien et c’est peut-être pour cela que je n’ai pas trouvé de traduction en français de la version de 1762.
Mais, sachez que je n’ai jamais appris l’italien, je dois les quelques mots que j’en connais à… l’opéra ! Alors, entre dictionnaire et traducteur automatique, j’ai patiemment établi des correspondances mot à mot dès que c’était possible, et surtout très fidèles rythmiquement et « sonorement », de manière à pouvoir suivre presque uniquement le texte français tout en écoutant bien sûr le chant italien… ça change l’écoute et ça change la vie !

Devant les traductions qui nous étaient proposées, nous avons donc constaté l’un comme l’autre que la traduction du livret d’opéra et du lied doit revêtir un aspect musical.
Mais que pensez-vous du vocabulaire généralement aseptisé proposé par ces mêmes traductions, souvent un peu anciennes et reprises telles quelles depuis des générations (ou presque) ?

Aux interprètes le dépoussiérage musical, mais à qui le dépoussiérage textuel ?

D’autre part, l’incidence du choix des mots sur l’esprit du poème est immédiate et ne semble généralement guère prise en compte dans ce type de traduction, même si bien sûr le sens général demeure…

Exemple :
Schubert, Le Chant du Cygne, Sérénade D 957 n°4, les 4 derniers vers.
Texte original en allemand de L. Rellstab :
Lass auch dir die Brust bewegen,
Libchen, höre mich !
Bebend harr’ich dir entgengen !
Komm, beglücke mich !

Traduction 1 (livret du CD van Dam/Afanassiev) :
Que ton âme enfin s’émeuve,
Chère, écoute-moi !
Ah ! je veux après l’épreuve
Etre heureux par toi.

Traduction 2 (livret CD Fassbaender/Reimann) :
Laisse-toi émouvoir toi aussi,
Mon amour, entends-moi !
Tremblant d’impatience, je vais à ta rencontre ;
Viens, rends-moi heureux !

Dans le choix de son vocabulaire, la traduction 1 semble volontairement « soft» et est assez éloignée du sens littéral d’origine (cf le 3ème vers). La 2, qui colle plus au texte allemand, est bien mieux « en phase » avec la musique qui termine cette douce Ständchen, et aujourd’hui les interprètes n’hésitent plus à rendre ses accents passionnés !
Mais aucune des deux traductions n’a fait attention à garder le « ! » de la fin du 3ème vers…

Je trouve que la traduction italien-français est plus aisée que la traduction allemand-français, aussi je ne me hasarderai pas à proposer une version pour ce lied. Je ne sais d’ailleurs pas plus l’allemand que l’italien, même si j’ai « appris » cette langue au lycée !

Vérification faite, cette « traduction » 1 est un peu particulière puisqu’il s’agit du texte français que l’on chante (traduction des Boutarel); cette remarque atténue beaucoup la portée de mon exemple, mais je suis sûre qu’on peut faire bien mieux même avec la contrainte de la partition.

Alors pour être tout à fait pertinente, voici un autre petit exemple qui se passe de commentaire :
« Waldesgespräch », Liederkres op. 39 n°3, deuxième strophe, juste le premier vers (comme par hasard…).
Texte original : Gross ist der Männer Trug und List
Traduction 1 (livret CD Stutzmann/Collard) : Les hommes sont terriblement traîtres et trompeurs
Traduction 2 (la vôtre) : Les appétits et la malice des hommes sont infinis
Dois-je préciser que je préfère, et de loin, votre traduction et cela bien sûr pour des raisons purement musicales !

J’ai également « essayé » votre traduction de « Der Atlas ». Le choix des mots, leur longueur et leur ordre fonctionnent bien, et il est très facile de suivre le texte français (sans un regard sur l’allemand) en même temps que le chant. Cependant, je n’ai pas trouvé que les apostrophes m’aient aidée car je n’ai pas toujours entendu les accentuations (ça doit dépendre des versions) ! D’autre part, pourquoi utiliser deux traductions différentes pour les deux premiers vers puisque comme vous le soulignez, il s’agit d’une reprise due à Schubert ?


Sur l’Auberge (Das Wirtshaus) extrait du Voyage d’Hiver, D 911 n°21.
Coincée entre le terrible « Der Wegweiser» et le revigorant « Mut », cette « Wirtshaus » est en effet une merveille.
À peine a-t-on pris le chemin « d’où nul n’est jamais revenu » qu’il nous conduit très prosaïquement « vers un cimetière ». La fatigue pesante est très doucement exprimée par les premiers accords du piano. Puis la voix, très lente et étirée, n’est qu’un murmure, elle peine à articuler et traduit ainsi la difficulté de marcher, d’avancer encore. On peut même, suivant l’interprète, craindre l’arrêt de la musique tellement l’épuisement complet est proche. Avec les deux derniers vers le voyageur se persuade de poursuivre son chemin, mais comme en effet ce n’est pas suffisant vient le « Courage ».

Je ne connais pas « Der Zwerg ». Je le regrette d’autant plus que j’aime particulièrement les lieder où s’expriment plusieurs personnages. Ils permettent d’apprécier l’expressivité du chanteur et sa capacité à changer très rapidement de timbre et d’ambiance. Le Roi des Aulnes est de ce point de vue très révélateur, je n’en connais que peu de versions mais apprécie beaucoup celle de DFD avec G. Moore (en 1968).

Quant au problème posé par la traduction lors d’un récital, peut-être que le sur-titrage, comme pour l’opéra, serait un bon soutient ? Mais ça risque peut-être de trop distraire de la musique et des interprètes ? Pas simple. Personnellement, je « révise » le texte avant le récital (quand je l’ai), et tâche de retenir quelques mots-clés qui me permettront de retrouver le sens général du lied, mais c’est du travail. En plus, ça ne marche pas tellement parce que lors de la prestation en direct, j’ai plutôt envie de me laisser porter sans rien faire !

3. Le jeudi 2 février 2006 à , par DavidLeMarrec

Vous posez là des questions passionnantes. Je suis trop épuisé pour y répondre convenablement, je me réserve ça pour ce week-end !

4. Le samedi 4 février 2006 à , par DavidLeMarrec

Me revoici !

"ça change l’écoute et ça change la vie !"
Félicitations ! Quel courage ! A force, ça peut entrer directement dans la langue, et c'est encore mieux. Mais la traduction chantable est un excellent palliatif - auquel je ne me résous généralement que pour faire partager ces textes. Pour mon usage personnel, je m'acharne jusqu'à comprendre le texte original, lorsque c'est possible.


"Mais que pensez-vous du vocabulaire généralement aseptisé proposé par ces mêmes traductions, souvent un peu anciennes et reprises telles quelles depuis des générations (ou presque) ?"

Ne m'en parlez pas ! Je suis aux prises avec les mélodies de Chopin. J'ai pourtant quatre traductions (en anglais, allemand, français), et aucune n'est fidèle (alors que trois d'entre elles sont chantables !). Certains vers sont totalement réécrits et inventés, mutilant ainsi les poèmes originaux. Je suis donc obligé de tâtonner, mais comme les textes sur lesquels je me fonde sont farcis de fautes et de barbarismes polonais... Dur, dur.

Quant aux traductions de lieder, la correspondance des termes allemands les affadit tellement qu'il n'est pas possible de les lire en français. Et puis qui voudrait se priver de la fraîcheur de la langue d'Eichendorff ?


"Aux interprètes le dépoussiérage musical, mais à qui le dépoussiérage textuel ?"

Un instant, j'attrape mon haubert et j'arrive.


"Dans le choix de son vocabulaire, la traduction 1 semble volontairement « soft» et est assez éloignée du sens littéral d’origine (cf le 3ème vers). La 2, qui colle plus au texte allemand, est bien mieux « en phase » avec la musique qui termine cette douce Ständchen, et aujourd’hui les interprètes n’hésitent plus à rendre ses accents passionnés !"

C'est très juste, la première est d'une pudeur assez hors de propos, qui tente de relever le vocabulaire, peut-être pour ne pas dénaturer l'original, mais qui aboutit justement à lui faire perdre partie de son sens.


"Je trouve que la traduction italien-français est plus aisée que la traduction allemand-français, aussi je ne me hasarderai pas à proposer une version pour ce lied."

C'est un exercice périlleux auquel je me soumets volontiers, mais sans illusion sur mes mérites, hélas.


"Vérification faite, cette « traduction » 1 est un peu particulière puisqu’il s’agit du texte français que l’on chante (traduction des Boutarel); cette remarque atténue beaucoup la portée de mon exemple, mais je suis sûre qu’on peut faire bien mieux même avec la contrainte de la partition."

La version chantée, donc effectivement atténuée, voire aseptisée, c'était fréquent. Il n'est que de voir la traduction de Rigoletto en français, je crois que nous en avions déjà parlé (et j'avais fait une note ici même à ce sujet).
Elle est versifiée, cela dit, ce qui corse l'affaire pour améliorer.


"Alors pour être tout à fait pertinente, voici un autre petit exemple qui se passe de commentaire :
« Waldesgespräch », Liederkres op. 39 n°3, deuxième strophe, juste le premier vers (comme par hasard…).
Texte original : Gross ist der Männer Trug und List
Traduction 1 (livret CD Stutzmann/Collard) : Les hommes sont terriblement traîtres et trompeurs
Traduction 2 (la vôtre) : Les appétits et la malice des hommes sont infinis
Dois-je préciser que je préfère, et de loin, votre traduction et cela bien sûr pour des raisons purement musicales !"

Je suis rouge de confusion.

En traduction, la première fonctionne très bien, mais l'inversion est pourtant arbitraire, elle existe en allemand et on peut tout à fait la rendre en français. Faire de "Trug" et "List" des adjectifs peut aussi être contesté. Sans compter que, pour une adaptation musicale, on ne peut pas changer l'ordre.


"J’ai également « essayé » votre traduction de « Der Atlas ». Le choix des mots, leur longueur et leur ordre fonctionnent bien, et il est très facile de suivre le texte français (sans un regard sur l’allemand) en même temps que le chant."

Je l'utilise assez fréquemment, à vrai dire - contrairement à Waldesgespräch, qui sonne infiniment inférieur dans l'adaptation que je suggérais.


"Cependant, je n’ai pas trouvé que les apostrophes m’aient aidée car je n’ai pas toujours entendu les accentuations (ça doit dépendre des versions) !"

Ce que vous dites là est intéressant. Normalement, j'ai tâché de faire coïncider les accents français avec les accents musicaux. Il faut pour cela modifier certaines valeurs agogiques, et c'est pourquoi j'ai indiqué les "pôles". Mais il est précieux de savoir que ce n'est pas un repère suffisant.


" D’autre part, pourquoi utiliser deux traductions différentes pour les deux premiers vers puisque comme vous le soulignez, il s’agit d’une reprise due à Schubert ?""
Parce que j'ai du mal à choisir.
A l'usage, je n'emploie que "le poids du monde", beaucoup plus naturel en français, et plus confortable en termes de rythme et de couleurs pour le chanteur comme pour l'auditeur.

Mais je suis gêné de m'éloigner de l'original, aussi j'ai conservé la suggestion de la variante. Il vaut mieux en choisir un seul, bien évidemment.

Vous avez une préférence, pour le chant ? (pour la traduction, mieux vaut la plus fidèle)


"Sur l’Auberge (Das Wirtshaus) extrait du Voyage d’Hiver, D 911 n°21.
Coincée entre le terrible « Der Wegweiser» et le revigorant « Mut », cette « Wirtshaus » est en effet une merveille.
À peine a-t-on pris le chemin « d’où nul n’est jamais revenu » qu’il nous conduit très prosaïquement « vers un cimetière ». La fatigue pesante est très doucement exprimée par les premiers accords du piano. Puis la voix, très lente et étirée, n’est qu’un murmure, elle peine à articuler et traduit ainsi la difficulté de marcher, d’avancer encore. On peut même, suivant l’interprète, craindre l’arrêt de la musique tellement l’épuisement complet est proche. Avec les deux derniers vers le voyageur se persuade de poursuivre son chemin, mais comme en effet ce n’est pas suffisant vient le « Courage »."
C'est admirablement décrit. Qu'ajouter ? Votre remise en perspective est très précieuse.


"Je ne connais pas « Der Zwerg »."

On va tâcher d'arranger ça. Je vais regarder si j'ai ça sous la main dans une version potable, je voudrais vous épargner la version que j'ai moi-même enregistrée...


"Je le regrette d’autant plus que j’aime particulièrement les lieder où s’expriment plusieurs personnages. Ils permettent d’apprécier l’expressivité du chanteur et sa capacité à changer très rapidement de timbre et d’ambiance. Le Roi des Aulnes est de ce point de vue très révélateur, je n’en connais que peu de versions mais apprécie beaucoup celle de DFD avec G. Moore (en 1968)."
DFD est à peu près imabattable là-dedans. Il y a beaucoup de lieder où sa suprématie théorique peut être largement contestée, tant il y a de merveilles aussi ailleurs, mais là, je ne connais pas mieux.


"Quant au problème posé par la traduction lors d’un récital, peut-être que le sur-titrage, comme pour l’opéra, serait un bon soutient ?"

Je crois que c'est une excellente idée. Question de coût, ou idée qu'il n'y a pas d'action, donc rien à comprendre ?? Je vais faire la suggestion à "mon" théâtre.


"Mais ça risque peut-être de trop distraire de la musique et des interprètes ? Pas simple."

Ca vaut toujours mieux que la méconnaissance du texte !


"Personnellement, je « révise » le texte avant le récital (quand je l’ai), et tâche de retenir quelques mots-clés qui me permettront de retrouver le sens général du lied, mais c’est du travail. En plus, ça ne marche pas tellement parce que lors de la prestation en direct, j’ai plutôt envie de me laisser porter sans rien faire !"

Le surtitrage serait vraiment une solution, parce que l'accès très partiel du public aux textes implique qu'on joue sempiternellement les mêmes cycles, ce qui est fort dommage.


Merci pour ces lumières !

5. Le samedi 4 février 2006 à , par DavidLeMarrec

Je viens d'ajouter la version Bostridge/Drake dans la radio ci-jointe, à gauche.
Elle est prise très lentement, très piano, avec un effet de mystère très prononcé. Généralement, le tout est joué de façon beaucoup plus dramatique et emportée. Les deux conceptions se tiennent, mais les deux compères sont plus proches de l'esprit de la partition. "In trüben Licht", en somme...

6. Le vendredi 10 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Je ne vous oublie pas, mais cette semaine j'ai été complètement débordée ! Je tâche de vous mitonner une réponse ce week-end.
Donc A+, S.

7. Le lundi 13 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

J’enrage contre mon vieil ordinateur qui plante dès que je veux écouter les extraits que vous me proposez ! C’est pareil pour I. Bostridge au droit des lignes que vous lui consacrez ailleurs. Merci tout de même pour ces attentions.

Je reviens aux accents que vous avez mis pour aider à suivre votre traduction de Der Atlas. Pouvez-vous me faire un petit cours sur ce que veut dire : « Il faut pour cela modifier certaines valeurs agogiques, et c’est pourquoi j’ai indiqué les pôles » ? Je suis d’une telle ignorance pour tout ce qui concerne le vocabulaire musical !

Quant à ma traduction « préférée » des deux premiers et derniers vers… c’est bien difficile !

Texte original :
Ich unglücksel’ger Atlas ! Eine Welt,
Die ganze Welt der Schmerzen muß ich tragen !

1 : traduction livret CD Stutzmann/Södergren :
Ah, malheureux Atlas que je suis !
Je porte le monde, le monde entier de la souffrance.

2 : traduction de A. et F. Boutarel (donc chantable) :
D’Atlas je suis le frère, c’est un monde
Tout entier d’angoisses, de souffrances,
Un monde entier que je porte.

3 : votre traduction :
Moi l’infortuné Atlas ! Moi l’infortuné Atlas !
Le monde,
Le monde entier des peines/le poids du monde, je dois le porter.

Ce que j’aime dans votre proposition, c’est que vous mentionnez les répétitions des mots et conservez leur ordre. Pour suivre la traduction d’un texte dans une langue qu’on ne connaît pas ou très mal, c’est capital.
Par contre, vous traduisez « Schmerzen » par « peines » que je trouve un peu faible. Mon « dramatisme » naturel associe ce mot aux français « douleur » ou « souffrance ». De plus, auditivement, je trouve que le « ou » de ces deux mots répond bien au « è » de « SchmErzen », mais c’est très personnel ! Alors, je ne vous cache pas qu’ici je préfère la traduction n° 1 : « le monde entier de la souffrance », même si pour cela on doit passer du pluriel « Schmerzen » au singulier « souffrance ». En fait l’idéal serait pour moi :

Moi l’infortuné Atlas ! Moi l’infortuné Atlas ! Le monde,
Le monde entier de la souffrance, je dois le porter !

Quant à la répétition finale de ces deux vers, je garderais la même traduction, sinon ça risque de déstabiliser l’auditeur (ou moi en tout cas !).

Pour une traduction chantable, je ne suis pas compétente ! Mais vous ? À travers plusieurs remarques que vous faites, j’ai eu l’impression que vous-même vous étiez chanteur. Est-ce que je me trompe ?

S.

8. Le lundi 13 février 2006 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie,

"J’enrage contre mon vieil ordinateur qui plante dès que je veux écouter les extraits que vous me proposez ! C’est pareil pour I. Bostridge au droit des lignes que vous lui consacrez ailleurs. Merci tout de même pour ces attentions."
Je vais voir si je peux faire quelque chose.


"Je reviens aux accents que vous avez mis pour aider à suivre votre traduction de Der Atlas. Pouvez-vous me faire un petit cours sur ce que veut dire : « Il faut pour cela modifier certaines valeurs agogiques, et c’est pourquoi j’ai indiqué les pôles » ? Je suis d’une telle ignorance pour tout ce qui concerne le vocabulaire musical !"
C'est très simple : pour que la traduction soit la plus proche possible du texte, il y a quelques rythmes qui sont différents en passant en français. Alors, pour conserver une accentuation naturelle des mots en français, j'ai indiqué des accents secondaires, comme par exemple sur la première syllabe d' "Atlas". Les apostrophes précèdent (c'est la notation standard) la syllabe accentuée.


"1 : traduction livret CD Stutzmann/Södergren :
Ah, malheureux Atlas que je suis !
Je porte le monde, le monde entier de la souffrance."
La traduction en rajoute légèrement, c'est presque de l'exégèse, mais c'est loin d'être mauvais.

"2 : traduction de A. et F. Boutarel (donc chantable) :
D’Atlas je suis le frère, c’est un monde
Tout entier d’angoisses, de souffrances,
Un monde entier que je porte."
C'est un peu fantaisiste. On va dire qu'il recrée le poème dans un esprit français. Pourquoi pas, après tout, la traduction affaiblit tant. C'est une option qui ne me déplaît pas.


"3 : votre traduction :
Moi l’infortuné Atlas ! Moi l’infortuné Atlas !
Le monde,
Le monde entier des peines/le poids du monde, je dois le porter."
Pour des raisons d'accentuation et aussi d'aspect sonore, je préfère "je le dois porter".


"Par contre, vous traduisez « Schmerzen » par « peines » que je trouve un peu faible. Mon « dramatisme » naturel associe ce mot aux français « douleur » ou « souffrance ». De plus, auditivement, je trouve que le « ou » de ces deux mots répond bien au « è » de « SchmErzen », mais c’est très personnel ! Alors, je ne vous cache pas qu’ici je préfère la traduction n° 1 : « le monde entier de la souffrance », même si pour cela on doit passer du pluriel « Schmerzen » au singulier « souffrance ». En fait l’idéal serait pour moi :

Moi l’infortuné Atlas ! Moi l’infortuné Atlas ! Le monde,
Le monde entier de la souffrance, je dois le porter !"
Alors, à moi de vendre ma camelote. ;-)
- Je ne trouve pas que "peines" soit faible dans un contexte poétique ; c'est une litote si on veut, mais "souffrance" a quelque chose de beaucoup plus terre à terre.
- Je suis d'accord que le "ou" donne une équivalence sonore intéressante. Mais il faut bien voir qu'on reçoit la traduction seule, donc ce critère me semble un peu théorique et en tout cas pas primordial. Je comprends néanmoins très bien ce que vous voulez dire.
- Pour que le texte "entre", "souffrance" est trop long. Surtout qu'au singulier, il implique de dédoubler l'article défini contracté "des" en "de la". Ca fait deux syllabes supplémentaires.
- "Peines" a un double avantage :
=> il respecte le pluriel. L'idée est tout de même celle d'un accablement sous un nombre impossible à quantifier de douleurs, comme sous la charge de toutes celles ressenties par le monde.
=> il est calqué sur l'allemand "Schmerzen", en termes prosodiques. Première syllabe accentuée, la seconde assez faible (un peu plus faible en français qu'en allemand). Ca permet de coller au plus près du texte lorsqu'il faut le chanter.

Mais entendons-nous : si j'avais fourni une traduction pour un livret bilingue, ou encore une traduction "littéraire" isolée, j'aurais proposé deux textes différents de celui-ci.


"Quant à la répétition finale de ces deux vers, je garderais la même traduction, sinon ça risque de déstabiliser l’auditeur (ou moi en tout cas !)."
Je suis d'accord. Ma présentation était plus simple pour une note sur un carnet de Toile, mais dans les faits, l'exhaustivité n'est pas possible.

Je dois avouer que j'ai une nette préférence pour "le poids du monde". Pas parce que ça évoque plus à un français, mais parce que :
- l'expression est plus concise, ce qui rend mieux la force de l'original, paradoxalement
- la quantité du mot "poids" (consonne explosive + semi-voyelle + voyelle ouverte) est plus saisissante, à l'usage.


"Pour une traduction chantable, je ne suis pas compétente ! Mais vous ? À travers plusieurs remarques que vous faites, j’ai eu l’impression que vous-même vous étiez chanteur. Est-ce que je me trompe ?"
Non, non, il m'arrive de commettre des choses de ce genre. Avoir le contact avec le texte littératire et le texte musical, directement, c'est toujours une expérience privilégiée. Tout particulièrement pour le lied.


En tout cas, soyez remerciée pour vos fines remarques et vos précieuses recommandations sur ces affaires de traduction.

Si cela vous intéresse, je tâcherai de vous en soumettre d'autres.

Merci encore, et au plaisir (non dissimulé) de vous lire !

9. Le mercredi 15 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Eh bien, vous vendez bien votre « camelote » puisque je ne trouve rien à redire à vos arguments :-) !
Je crois même que je commence à m’habituer un peu à « peines », et tâche de relier son « ei » (è) au « è » de Schmerzen…

Merci pour l’explication des « valeurs agogiques », et si vous avez le courage de vous lancer dans d’autres comparaisons de ce type, j’adorerais !

En marge de la traduction mais pour rester dans le domaine des lieder de Schubert, avez-vous écouté le récent CD d’A. Gastinel et C. Désert ?
Il s’agit entres autres, de transcriptions pour le violoncelle de 8 lieder bien connus. J’ai beaucoup apprécié que dans le livret du CD soient présentés les textes des lieder en question, c’est une vraie marque de respect des auditeurs de la part des producteurs !

En clin d’œil à mes remarques sur la fin de « Ständchen », j’ai trouvé celle de ces deux musiciennes bien sage mais vraiment très ample et belle.
Dans « An die Musik », « Auf dem Wasser zu singen » et « Der Müller und der Bach » Anne Gastinel fait superbement parler et chanter son violoncelle ; il déclame réellement d’une manière touchante avec des nuances très douces proches de celles de la voix.
« Der Doppelgänger », plein de silences, glace le sang comme il faut, et sa dernière phrase me fait presque autant d’effet que lorsqu’elle est chantée !

Vous ai-je déjà dit combien j'apprécie nos échanges ? Non ? alors c'est fait :-) et vraiment merci pour tout !!! S.

10. Le mercredi 15 février 2006 à , par DavidLeMarrec

"Merci pour l’explication des « valeurs agogiques », et si vous avez le courage de vous lancer dans d’autres comparaisons de ce type, j’adorerais !"

Je l'ajoute donc sur la liste des billets à faire.
Je me suis amusé à le faire avec les mélodies polonaises de Chopin, mais le parallèle risque d'être plus délicat à faire, j'imagine ?


"En marge de la traduction mais pour rester dans le domaine des lieder de Schubert, avez-vous écouté le récent CD d’A. Gastinel et C. Désert ?
Il s’agit entres autres, de transcriptions pour le violoncelle de 8 lieder bien connus. J’ai beaucoup apprécié que dans le livret du CD soient présentés les textes des lieder en question, c’est une vraie marque de respect des auditeurs de la part des producteurs !"

Non, je ne connais pas. C'est qu'à vrai dire, je n'achète jamais de nouveautés. J'attends toujours que ça se décante un brin.


"En clin d’œil à mes remarques sur la fin de « Ständchen », j’ai trouvé celle de ces deux musiciennes bien sage mais vraiment très ample et belle.
Dans « An die Musik », « Auf dem Wasser zu singen » et « Der Müller und der Bach » Anne Gastinel fait superbement parler et chanter son violoncelle ; il déclame réellement d’une manière touchante avec des nuances très douces proches de celles de la voix.
« Der Doppelgänger », plein de silences, glace le sang comme il faut, et sa dernière phrase me fait presque autant d’effet que lorsqu’elle est chantée !"
Ce doit être vraiment saisissant, alors !!


Pour ce qui est des extraits musicaux, pourrais-je, si ce n'est pas indiscret, savoir votre système d'exploitation ainsi que votre navigateur ? Ca pourrait m'aider à y voir plus clair pour régler l'affaire. Sinon, je tenterai autre chose.
Quel problème rencontrez-vous exactement ? Plantage du navigateur, absence de son ?

Merci encore.

11. Le mercredi 15 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Ne perdez pas trop de temps à me trouver une solution pour les extraits musicaux, si je le veux vraiment, je peux me procurer les œuvres dont on parle ! De toutes façons, d'ici peu, j'envisage de changer d'ordinateur.
Sinon, je suis sur un Mac OS FU 1-8.6, le navigateur est Internet Explorer.
Un grand merci pour le soin que vous prenez de moi !

12. Le mercredi 15 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Ah, j'ai oublié de vous dire que le navigateur "tourne à vide", mais j'ai aussi du mal lorsque je vais trop vite avec les ascenseurs, et là l'ordi plante carrément ! Non, non, vraiment il faut que j'en change !

13. Le jeudi 16 février 2006 à , par DavidLeMarrec

Un vieux Mac avec Internet Explorer, je n'ai jamais vu ça ! Evidemment, ce n'est pas idéal du tout... (Je n'en reviens pas que ce soit compatible !)

Comme navigateur, je recommande Opera : opera.com/download/index.... .

- ouvertures des pages automatiquement par onglets
- pop-up signalées mais bloquées
- raccourcis souris qui permettent de naviguer
- zoom via la souris
- cadre de navigation le plus grand du marché
- possibilité de désactiver instantanément les images
- identification au choix pour les fureteurs
- gestion très intuitive et efficace des flux RSS
- cadre de recherche Google en haut à droite, sans avoir besoin de se connecter
- possibilité d'installer des raccourcis sur la basse d'adresses
- signets automatiquement disponibles sur les pages blanches
- liste des sites les plus fréquemment visités
- flash et autres joyeusetés automatiquement disponibles
- léger, souple, rapide et stable
- cache disponible depuis le navigateur (récupérer une page fermée ou au contraire purger facilement le cache)
- mémorisation de la situation de l'ensemble des onglets, même en cas de fermeture accidentelle : vous pouvez vous retrouver sur les trente sites que vous visitiez simultanément avant la fermeture.
- signets par abréviation
- Opera "brise" aussi les liens trop longs, en maintenant le lien, là où d'autres navigateurs les rendent inactifs ou déforment le cadre.


J'en oublie certainement, mais peu de navigateurs ont tout ça à la fois. Internet Explorer n'a _aucune_ de ces fonctionnalités. Il en manque bon nombre à Netscape. Firefox n'atteint pas tout cela non plus, je crois bien.

Il me reste d'autres mesures en poche si d'aventure ça ne fonctionnait toujours pas.

14. Le lundi 20 février 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Un grand merci pour vos conseils très avisés. J'essaye dès que j'ai un peu plus de temps. À bientôt, S.

15. Le mercredi 15 mars 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Bonjour, cher David !
J'ai été très occupée par le compte-rendu ci-dessous :-) !
Je le place ici, mais bien-sûr, vous pouvez en disposer comme bon vous semble.
En espérant qu'il vous plaise, je réponds à votre question sur les lieder que j'aimerais vous voir traduire : "Ich grolle nicht" et "Mein schöner Stern" !!! Merci pour tout.


Fontainebleau, Théâtre municipal, vendredi 10 mars 2006,
21h.
Récital Robert Schumann :
Liederkreis op. 39 (poèmes d’Eichendorff)
Dichterliebe op. 48 (poèmes d’H. Heine).
Nathalie Stutzmann : contralto, Inger Södergren : piano.


À proximité des grilles du célèbre château, le Théâtre de Fontainebleau est un beau petit bâtiment en pierres de taille blondes et briques, dans le style Louis XIII mais construit au début du XIXe siècle.

La petite salle à l’italienne est un superbe espace dans les beige - marron clair aux stucs rehaussés d’or, les fauteuils sont en velours rouge foncé et le sol est composé d’un parquet aux larges lattes de bois. L’orchestre, surplombé de deux niveaux de petit balcon, est divisé par deux allées qui alimentent une douzaine de rangs.

La scène, proportionnée à la salle, est occupée par le Steinway de concert au couvercle plus rabattu que lors des récitals de ces interprètes auxquels j’ai déjà assisté (je trouve que cela a permis un meilleur équilibre chant / piano). Le fond de la scène est tendu d’un écran blanc éclairé en rose fuchsia (heureusement que pendant le chant, cette couleur, à mon avis sans rapport avec Schumann, se trouve en grande partie remplacée par du blanc…).

Un porte-partitions, devant le creux du piano et assez bas, indique que la chanteuse, pour une fois, a besoin de ce soutien ; elle ne jettera pourtant que très rarement un bref coup d’œil à la partition. Schubert est actuellement le compositeur qu’elle interprète le plus en récital, c’est donc une réelle chance de l’entendre dans les lieder de Schumann qu’elle semble chanter de moins en moins.

Le public est composé de personnes d’allure modeste, d’un peu tous les âges, je repère un couple d’anglais et un petit groupe de 4 ou 5 personnes qui parlent allemand. On devine des mélomanes sincères, le bon silence et la qualité de l’écoute viendront confirmer cette impression.
Malheureusement, comme à Bordeaux, les lieder semblent bien peu « populaires » parmi les amateurs de musique, et la salle n’est guère remplie, peut-être au 2/3, et encore, ce qui doit faire environs 150 personnes présentes…

Il est 21h10 et annoncées par le bruit de leurs pas sur la scène, les deux musiciennes entrent par la droite.

Très rapidement sont échangés saluts, légers sourires, applaudissements, et les deux artistes prennent « leurs marques ».

Mais déjà débute « In der Fremde ».
Dès les premiers mots, on est tout de suite « dedans ». Il n’y a pas ce soir de temps d’adaptation, ni pour les musiciennes, ni pour le public. Pas de nervosité visible, encore moins de trac perceptible, la voix est là immédiatement entière et sûre d’elle-même.

Je ne peux m’empêcher de « comparer » les deux cycles de ce récital aux versions enregistrées par la contralto, voilà plus de 10 années déjà, avec la regrettée Catherine Collard. Ce sont ces versions que j’ai dans l’oreille, ce sont elles qui m’ont fait découvrir ces œuvres.
Je sens bien que cette comparaison-là est difficile (et même inutile ?), mais j’aimerais vraiment arriver à qualifier en quoi la voix de Nathalie Stutzmann a évolué, j’entends bien qu’elle a changé, mais comment le décrire ?

Le jeu des accents et des timbres me semble beaucoup plus divers et flamboyant que par le passé, les nuances déjà nombreuses sont encore plus extraordinaires par leur diversité et la force de leur inventivité. On entend réellement un grand nombre d’intonations vraiment spéciales, qui lui sont entièrement propres. L’agilité vocale est peut-être encore plus grande, le vibrato n’est pas systématique et me paraît plus « léger » (bien qu’il était déjà la plus-part du temps discret). Beaucoup plus de notes ne sont plus vibrées du tout, bien que cela ne donne pas pour autant un « son blanc ». Et à moins que cela soit pure imagination de ma part, je ressens moins la recherche du beau son pour lui-même.

L’écoute en directe n’a rien « à voir » avec l’écoute d’un disque : l’histoire est racontée non seulement par le chant mais aussi par l’attitude et les gestes qui vont avec ; elle est vécue devant nos yeux, et nous marque bien autrement que dans la solitude de l’écoute « en aveugle ».
Nathalie Stutzmann possède une belle présence scénique et un charisme certain. Cela lui permet de montrer qu’elle vit ce qu’elle chante, mais si on n’y réfléchit pas trop, on qualifie son jeu de sobre et retenu. Ce n’est qu’une apparence. Que voit-on ? Par l’expression du visage et l’attitude du corps, la chanteuse « colle » au texte de la manière la plus « simple » qui soi : elle prend un air tout guilleret ou assombrit son regard au gré du sentiment immédiat que procure le poème.

Quand le lied est léger (pour autant qu’ils y en aient de légers…), vif, rythmé, plus heureux ou faussement joyeux (« Waldesgespräch », « Die Stille », « Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne », « Das ist ein Flöten und Geigen », « Ein Jüngling liebt ein Mädchen », « Aus alten Märchen winkt es »), Nathalie Stutzmann se redresse de toute sa taille, bombe le torse, et bien ferme sur ses jambes, elle chante à plein poumons avec une parfaite candeur, une innocence bien feinte, l’air « faussement désolé », le front plissé de soucis joués, le regard haut et clair, le sourire malicieux et entendu.
Le chant est alors rapide et piqué, puis soudain il s’étend, se traîne à la limite de la fausse note, il s’étire presque jusqu’à la dislocation (« Zwielicht »), se relâche, faussement désinvolte et négligent… La chanteuse s’amuse visiblement de la prononciation : « wissent soll » à la reprise dans « Die Stille », ou joue avec l’articulation : « schütteLST » (« SECOUES ta blonde tête »), répété deux fois avec un plaisir évident dans « Allnächtlich im Traume ».
Une impression de force, de puissance qui s’extériorise sans aucune gêne se dégage alors, mêlée au bonheur visible de chanter librement, sans contraintes, ni techniques, ni musicales !

Un autre type de lied, plus triste ou tout à fait dramatique, voit Nathalie Stutzmann prendre une attitude beaucoup moins démonstrative, ou carrément introspective. « Mondnacht », « Auf einer Burg », « Wehmut », « Hör’ich das Liedchen klingen » ou « Ich hab’im Traum geweinet » appartiennent à cette catégorie. Ce sont des lieder lents et douloureux, les poèmes sont bouleversants et il y est souvent question de cœurs qui se brisent, de douleurs, et de pleurs. Une intention très dramatique est toujours liée à l’accent sur le « e/è » de « SchmErzen » particulièrement propice à l’expression de la peine, à l’accent sur le « ä/è » de « Tränen » (larmes) ou encore au timbre pris sur le « ei » décomposé en « è-i », dans les nombreux « weinen » ou « geweinet, », différentes formes du verbe pleurer ! D’une dignité touchante, la chanteuse est ici visiblement retirée en elle-même, quand le regard n’est pas vers le sol, les yeux sont souvent fermés, et paradoxalement très au-delà des sentiments, son attitude immobile laisse percevoir une tension extraordinaire.

Un troisième groupe de lieder pourrait rassembler « les passionnés », si bien sûr on ne les qualifie pas tous ainsi… Y seraient par exemple placés « Frühlingsnacht », « Ich will meine Seele tauchen », « Ich grolle nicht », « Und wüßten’s die Blumen, die kleinen ». Nathalie Stutzmann prend alors un regard bien douloureux et dramatique, mais jamais outré dans son aspect démonstratif, l’attitude est effectivement passionnée, le corps en avant, les genoux fléchis, accrochée de toutes ses forces au piano et tout contre lui. Les deux derniers vers de « Ich grolle nicht » sont particulièrement représentatifs : « Je l’ai vu dévoré par l’avide serpent / Je t’ai vue, mon amour, dans toute ta misère ». L’intensité vocale est ici la plus forte de tout le récital, la tension et le « dramatisme » culminent dans cette terrifiante vérité. Très proche de cette voix si forte et si impérieuse qu’elle repousse l’auditeur au fond de son siège, citons toujours deux derniers vers, ceux de « Und wüßten’s die Blumen, die kleinen » : « Oui, elle qui a déchiré / De ses mains déchiré mon cœur », ce « Zerrisen mir das Herz », la carotide saillante sous la pression sanguine, est crié plus que chanté, sans aucune retenue, éperdument.

À l’opposée de cette extériorisation, la chanteuse est aussi à l’aise dans l’expression de la tendresse et de la douceur. « Hör’ich das Liedchen klingen », lent, recueilli, bien triste et très doux, le « auf in Tränen » dit des bouts des lèvres dans un pianissimo d’un poids extraordinaire, même remarque pour le tendre et murmuré « Sei unsrer Schwester nicht böse » dans « Am leuchtenden Sommermorgen ».

Les descentes dans et sur les graves sont toujours d’une magnifique fluidité, d’une aisance et d’une netteté parfaites : le « munter » à la fin de « Zwielicht », la descente sur le « un » de « Herzensgrunde » lors de la reprise de « Im Walde », le « die Eine » (« Die Rose… »), le « genau » final de « Im Rhein… ».
L’expression des sentiments est d’une délicatesse remarquable : le « bitterlich » final de « Wenn ich in deine Augen seh’ » pas trop appuyé sur les « tt ». Les plaintes ne sont jamais excessives, mais toujours bouleversantes par leur pudeur. Aucun effet dramatique « facile » ne vient ternir l’élégance et la noblesse du ton.

En plus de l’art du chant, Nathalie Stutzmann possède celui de raconter. « Auf einer Burg », pris bien lentement, montre un sens aigu de la construction et révèle l’architecture du lied. On avance pas à pas, la tension augmente par degré, et cette montée en puissance, méthodique et inévitable, se dissout dans les larmes de la mariée !
« Die alten, bösen Lieder » donne la même impression. Tantôt décidé, tantôt relâché et traînant, chaque mot est une pierre, chaque vers est une assise de l’édifice. Même si on n’en comprend pas précisément chaque détail, on sent le Dom se construire, et on devine bien avant la fin de l’œuvre que la clé de voûte qui scellera l’ensemble sera monumentale !

De sa main droite, la chanteuse est en permanence arrimée au piano. Sa présence semble la rassurer, il lui transmet ses vibrations et lui permet un appui sûr, éventuellement presqu’un refuge (« Ich grolle nicht »).
Parfois, entre deux lieder, les musiciennes se regardent rapidement, la chanteuse souriant discrètement à la pianiste, ou bien d’un signe de la tête à peine perceptible elle lui indique qu’elle peut débuter.

Inger Södergren a un jeu visuellement sobre avec des gestes puissants, lents et amples. Au-dessus du clavier, sa main gauche, doigts écartés, caresse voluptueusement l’air. La main droite attaque les touches vigoureusement et horizontalement, faisant preuve d’une force totalement maîtrisée.
Quand elle joue, la pianiste bouge les lèvres et chantonne tout bas, sans que je puisse dire s’il s’agit du texte ou de la mélodie, voire même de sa « propre musique ». Elle chante non pas comme si le piano ne lui suffisait pas, mais plutôt comme pour rejoindre sa partenaire, et partager un peu plus encore la même émotion musicale.
Son piano est d’une grande tendresse, « moelleux » (« Schöne Fremde »), très descriptif dans l’évocation des paysages visuels et sonores (« Waldesgespräch »), il prend des accents « à la Debussy » (« Mondnacht »), semble chercher ses notes « au hasard » (« Zwielicht ») ou bien en impose par la grandeur de ses accords (« Im Rhein… »), entraîne dans une danse tourbillonnante qui finit par s’abîmer dans un chaos d’une douceur surprenante (« Das ist ein Flöten und Geigen »), laisse place à la voix seule après une note ferme, répétée cinq fois (« Ich hab’ im Traum geweinet »), ou bien encore il se fait tout simplement chant (« Aus alten Märchen winkt es).

Est-ce parce qu’il s’agit du dernier son du lied que je raffole littéralement du « s » de « Haus » si délicat et seul, sans note de musique (« Mondnacht »), et du deuxième « t » de « tot » (« Im der Fremde »), détaché du reste, tout petit et pourtant si précis ?
De même, s’il ne concluait pas le lied, aurais-je remarqué l’effet de « poussé-tiré » comme pour l’archet du violoncelliste sur les deux dernières syllabes de « Verlangen » (« Im wunderschönen Monat Mai ») ? Ou bien le « hinein » de « Die alten, bösen Lieder » me paraîtrait-il aussi terrifiant s’il n’était pas le dernier souvenir emporté de ces Dichterliebe ? Nathalie Stutzmann lui donne une intonation vraiment spéciale, puisqu’elle n’est utilisée que pour lui seul, le « i » bien étiré et les deux « n » parfaitement articulé jusqu’au bout !
C’est d’ailleurs une intonation similaire que l’on entend à la fin des deux cycles de Schubert, pour le Winterreise, « Deine Leier dreh’n » (le «é/è » de « dreh’n »), et pour le Schwanengesang , « So manche Nacht, in alter Zeit ? » (le « a » de « alter »).

Le long postlude du piano permet de sortir du chant le plus doucement possible, de parcourir à regret le chemin entre la musique et la vie réelle.
Les deux musiciennes vivent la musique jusqu’au bout, elles y restent absorbées au-delà de la dernière note. Comme il est dur aussi pour elles de revenir, cela se voit ! La pianiste semble enivrée par la musique, quant à la chanteuse, on sent l’effort qu’il lui faut pour sortir du lieu où elle s’était transportée.

Mais les applaudissements et les bravos effacent très vite cet instant presque insupportable, ce passage entre le tout et le vide. Inger Södergren sourit timidement à ces manifestations d’enthousiasme et Nathalie Stutzmann a l’air vraiment heureux, mais toujours un peu étonné. Et le plus extraordinaire c’est que ce sont leurs yeux qui brillent de gratitude !

Est-ce parce que je pense très fort au lied « Mein schöner Stern !» que c’est celui-là que Nathalie Stutzmann décide de donner en bis ? Non, je crois savoir qu’elle l’aime particulièrement ! Avec « Mondnacht » et « Stille Tränen », il fait partie de ceux que j’aime le plus !

Alors elle annonce de sa superbe voix parlée : « Toujours de Schumann, Mein schöner Stern ! ».
(extrait de Minnespiele op. 101 n°4, texte de F. Rückert)

Mein schöner Stern ! ich bitte dich,
Ma bonne étoile ! je t’en prie,
o lasse du dein heit’res Licht
ô ne permets pas que ta joyeuse lumière
nicht trüben durch den Dampf in mir,
soit troublée par le brouillard en moi,
vielmehr den Dampf in mir zu Licht,
ce brouillard en moi, à la lumière
mein schöner Stern, verklären hilf !
plutôt aide-le à s’éclairer, ma bonne étoile !

Mein schöner Stern ! ich bitte dich,
Ma bonne étoile ! je t’en prie,
nicht senk herab zur Erde dich,
ne te rabaisse pas vers la terre,
weil du mich noch hier unten siehst,
comme tu me vois toujours ici-bas,
heb auf vielmehr zum Himmel mich,
élève-moi plutôt vers le ciel
mein schöner Stern, wo du schon bist !
là où toi tu est déjà, ma bonne étoile !


Par la voix de Nathalie Stutzmann, la musique nous donne le sentiment de notre grandeur, de notre puissance sûre d’elle-même, de notre fermeté, de notre force inouïe, et en même temps, elle nous révèle notre extrême sensibilité, notre si précieuse fragilité, notre compréhension absolue, délicieuse et affaiblissante.

Qu’est ce que j’entends dans son chant que je ne discerne pas chez les autres ? Je devine que cela tient de la grâce, c’est à la fois le bonheur total et une expérience éprouvante. On en ressort plus fort, plus complet, mais aussi plus seul face à soi-même.

S. Eusèbe, 11-15 mars 2006.

16. Le mercredi 15 mars 2006 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie !

Je vois avec plaisir où vous étiez passée !
Si je puis en disposer à ma guise, alors mon choix est fait. 8-)

Savez-vous que vous êtes toujours "blacklistée" par mon antispam ? Oui, sans doute, puisqu'il doit vous répondre un petite phrase hypocrite du type "votre commentaire sera en ligne bientôt". Je ne comprends pas d'où ça vient.
A présent, je me méfie et j'y passe en même temps que je regarde les commentaires...


"je réponds à votre question sur les lieder que j'aimerais vous voir traduire : "Ich grolle nicht" et "Mein schöner Stern" !!! "

Bien ! Fin de semaine un peu chargée, mais je m'en occupe dès que possible !

17. Le mercredi 15 mars 2006 à , par DavidLeMarrec

Pour les futurs retardataires, on débat du compte-rendu par ici :

davidlemarrec.ifrance.com...

18. Le vendredi 22 février 2008 à , par cupidon

Mais qu'est ce que t'attend trouillard! Chope la ta Catin de Silvie! Chante lui un lied et son Leib sera touit à toi!

19. Le vendredi 22 février 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Cher petit amour,

Vous faites erreur ; avant que, tel le cor d'Eichendorff, vous erriez à travers la forêt et les symboles familiers de CSS, vous étiez à la recherche de la sorcière Lorelei, si j'en crois vos traces modérément discrètes.

Je sais bien que depuis Genève vous ne devez pas voir clair sur nos contrées sudistes, surtout si le temps est couvert par chez vous, mais vous faites erreur sur la personne, à ce qu'il semble.

Une ou deux paires d'excuses à l'offensée et tout rentrera dans l'ordre. Tout est si simple en fin de compte.

Ce sera tout pour votre service ?

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David Le Marrec


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