Carnets sur sol

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Le défi 2020 des nouveautés – épisode 14 : minorités – Israël, Satan, Philistins, piano japonais, lied arabe, Schubert en polonais, Dumas poète, Mahler pianiste, Goethe fendard


Le petit bilan des pépites récemment parues (et d'autres simplement récemment écoutées…).

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Du vert au violet, mes recommandations… en ce moment remplacées par des .
♦ Vert : réussi !
♦ Bleu : jalon considérable.
♦ Violet : écoute capitale.
♦ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

En rouge, les nouveautés 2020 (et plus spécifiquement de l'automne).
Je laisse en noir les autres disques découverts.
En gris, les réécoutes de disques.



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OPÉRA


♥♥♥ Haendel – Samson – Millenium Orchestra, García-Alarcón (Ricercar)
→ Une merveille : Haendel à son plus haut sommet d'inspiration, quantité d'airs ineffables (ou de fureur impressionnante), de chœurs tuilés superbes (façon Israel in Egypt) ou, plus rare chez Haendel, d'action (l'effondrement du temple !), dans une interprétation versatile en atmosphères, rutilante de couleurs, servie par des chanteurs formidables (le charisme dévorant de Luigi De Donato !). Si vous cherchez l'équivalent du Messie en opéra, c'est par ici.
→ (bissé)

Kayser – Scherz, List und Rache – L'arte del mondo (DHM)
→ Comédie sur un livret de Goethe. La musique, typiquement XVIIIe, en est très réussie, mais tellement éloignée de l'imaginaire sonore qu'on relie à Goethe – la musique évoluant toujours plus lentement que les autres arts, elle en est encore à la galanterie et au seria quand la littérature est déjà romantique. Phénomène fascinant qui s'incarne ici dans une rencontre historique, réelle, mesurable !
→ Sur le plan strictement musical, quoique fort bien conçu, pas relevé de fulgurance particulière qui appelle l'écoute pour elle-même, dans l'immensité de l'offre. Mais excellente idée de documenter cela, d'autant quela vivacité de l'excellent Arte del mondo accueille des chanteurs aux voix et à l'abattage dignes de louanges.

♥♥♥ HahnL'Île du Rêve – Guilmette, Morel, Dubois, Dolié, Gombert, Sargsyan ; Chœur du Concert Spirituel, Radio de Munich, Niquet (Bru Zane)
→ Premier enregistrement pour cet opéra de Hahn. L'enregistrement luxueusement distribué et capté permet de confirmer mes impressions sur les bandes d'autres productions et sur scène : l'intrigue (l'impermanence des amours des îles, rebattue de Madama Butterfly au Pays de Ropartz) est assez peu prenante, mais l'acte II, où circule en permanence le même choral recueilli, pendant le chant et l'action, est un bijou absolu. Pour le tour de force structurel, mais aussi pour l'impression de plénitude que sa musique même dispense.
→ (bissé)



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CANTATES

Vaughan Williams – Five Tudor Portraits – LSO & Chorus, Hickox (Chandos)
→ Grande fresque chorale et orchestrale dans l'esprit de la Première Symphonie, avec un côté moins élancé, plus poétique. Très réussi.
Vaughan Williams – 5 Variants of Dives and Lazarus (même disque)
→ Grand choral pour cordes et harpe, très belle atmosphère à la fois archaïsante et très romantique. Grande réussite dans le goût de ses Tallis, en plus vibrant.

Jacobson: A Cotswold Romance (after R. Vaughan William's Hugh the Drover) – LSO, Hickox (un autre Chandos)
→ Délicieux chants d'inspiration populaire, en grande pompe, réjouissants !



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MUSIQUE DE SCÈNE / BALLETS

♥♥ Vaughan Williams – Job, Songs of Travel – Neil Davies, Hallé O, Elder (Hallé)
→ Inspiré par des gravures (de William Blake) illustrant une nouvelle édition biblique en 1826, Vaughan Williams écrit ce masque (il n'aime pas le mot de ballet, pour une raison que j'ignore) et le propose à Diaghilev – qui refuse. L'œuvre est ensuite bel et bien créée, mais réorchestrée par Constant Lambert pour faire tenir les musiciens dans une fosse de taille plus standard.
→ Je suis assez fasciné par le résultat : une musique assez étale, mais non sans tension (belles harmonies étranges), qui évoque remarquablement bien le désert – on dirait un Appalachian Spring de Copland,  quelques maigres poussées épiques en sus. Cette contemplation infinie et toujours mouvante s'incarne particulièrement bien dans la Sarabande des Fils de Dieu, au début, et la Pavane des Fils du Matin, vers la fin.
→ Tous les épisodes de tentation sont assez éludés musicalement, il ne se passe pas grand'chose dramatiquement, mais c'est cette évocation étale, immobile (un comble pour un ballet !) qui me touche ici.
→ Il est vrai que ce ballet peu marqué par la danse n'a qu'un rapport lâche à son programme narratif biblique… mais en écoutant la musique seule et en la reliant à un imaginaire, je trouve qu'il capte quelque chose de ce monde hors sol du début de la Genèse, où les premiers humains rencontrent d'autres tribus venues d'on ne sait où, le monde se crée dans un halo un peu nébuleux, de grandes étendues qu'on ne sait vierges ou déjà habitées…
→ Comme toujours, prise de son superlative pour Hallé, et conduite très frémissante par Elder – même si je trouve, cette fois-ci, les cuivres un peu durs et les cordes un peu envloppantes. [Et beaucoup de bien aussi à dire des Songs of Travel très bien orchestrées et servies !]

R. Strauss – Tanzsuite, Divertimento – New Zealand SO, Märkl (Naxos)
→ Suite de danses d'après des pièces pour clavecin de Couperin : rendez-nous Paillard ! Il existe de très beaux arrangements du genre par Rosenthal, mais mais cette réécriture lourde toute en doublures (même le clavecin double la mélodie des violons, ce qui est particulièrement laid…), en régularité, avec des basses de trois tonnes (il y a du trombone contrebasse là-dedans ou quoi ?), vraiment pénible quand on aime sincèrement la souplesse et la subtilité des phrasés nécessaire à ce répertoire d'une élégance suprême… (Et aucune surprise harmonique, ce sont vraiment des orchestrations, d'un grand compositeur mais d'une époque qui ne comprend plus rien à ce qu'était l'essence de cette musique…)
→ Sur les mêmes fondements, le Divertimento ménage davantage de surprise, avec des alliages instrumentaux plus originaux et dépaysants : il offre véritable une autre vision de ces pièces, les métamorphose en jouant avec l'instrumentation. Ce n'est pas forcément beau ou réussi (un peu l'impression qu'on a repeint un Poussin au surligneur fluo…), mais assez divertissant et plutôt à agréable à écouter, pas du tout la même lourdeur difforme que dans la Suite.
→ (Ce n'est absolument pas de la faute de ces interprètes d'excellence, que j'aime beacoup partout ailleurs, et même ici.)

Vaughan Williams – The Death of Tintagiles – LSO, Hickox (Chandos)
→ Début vraiment pelléassien. Comme les deux univers se sont contaminés ! Comme Job, assez étale, ici tout en grondements souterrains. À la réécoute, ce n'est pas si mal articulé à l'esprit, finalement, même si l'intensité retombe par rapport au texte qui, lui, ne lâche pas le spectateur.



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RÉCITALS VOCAUX (pouah)

Donizetti – Reines Tudor – Damrau, Santa Cecilia, Pappano (Warner)
→ Après avoir adulé une des voix les mieux focalisées et une des expressions les plus fines et charismatiques de notre temps (Marguerite de Valois, Susanna, la Reine de la Nuit, la Gymnaste de 1984…), puis déploré qu'elle se tourne exclusivement vers le belcanto, en en imitant des codes dévoyés (en essayant de rendre sa voix opaque et flottante, perdant au passage ses aigus, s'affligeant d'un vibrato large et disgracieux), j'avoue avoir écouté ce disque par acquit de conscience, prévoyant de le détester.
→ J'ai bien sûr beaucoup aimé la finesse de trait de l'accompagnement de Pappano, dans des œuvres de Donizetti qui de surcroît, me semblent dans la partie faible de son catalogue (j'ai conscience que les glottophiles ne partagent pas mon avis, mais je ne sais pas trop ce qu'on en penserait si ces œuvres ne disposaient pas de leur discographie imposante, par rapport au Diluvio universale autrement soigné, par exemple ?).
→ Très séduit aussi par Domenico Pellicola, ténor assez léger mais très fin, franc et charismatique dans Stuarda.
→ Et Damrau ?  Pas du tout le naufrage craint, plutôt une bonne surprise : la voix est émise en arrière, est devenue à la fois plus pâteuse et plus aigre, vibre trop… cependant le contrôle demeure réel, et on entend bel et bien l'artiste aux commandes dans la finition des phrasés. Pas à la hauteur de ce qu'elle aurait pu continuer d'être, pas non plus le chant que je soubhaite entendre dans ce répertoire, mais tout à fait respectable.

♥♥ Verdi – fin de Rigoletto – Panerai, Galliera (libre de droits)

♥♥♥ Tchaïkovski – Pikovaya Dama, II,2 (scène de Lisa) – Gorchakova Met, puis Serjan Jansons

Moniuszko, Smetana, Tchaïkovski, Dvořák, Rachmaninov – « Slavic Heroes » – Mariusz Kwiecień, Radio Polonaise de Varsovie, Łukasz Borowicz (HM 2012)
→ Oh, il s'empâte un peu russe par rapport à son polonais tellement franc ! Normal vu l'articulation de la langue, mais il perd en projection manifestement, et en franchise / éclat en tout cas. Reste magnifique : le mordant du timbre, l'expression très généreuse…

♥♥♥ Rachmaninov – cavatine d'Aleko (avec partition) – Kwiecień ♥♥, puis Leiferkus ♥♥♥, puis Gerello ♥



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MUSIQUE SACRÉE

traditionnels, Gade, Sullivan, Bruckner, Saint-Saëns, Holst, Rachmaninov, Nystedt, Chesnokov, ViðarChristmas in Europe – Balthasar-Neumann Ensemble, Hengelbrock (DHM)
→ Étoudissant tour d'Europe des Noëls, des chants traditionnels jusqu'aux compositeurs les plus établis, à travers les nations qui la composent. 
→ J'admets que le résultat n'est pas aussi électrisant, en première écoute, que les interprètes et le projet semblaient le promettre (tout l'inverse du disque de Noël du SWR Vokalensemble cette année, qui se révèle passionnant et aussi peu dépendant de Noël que possible). Néanmoins, parcours passionnant – où je retrouve, toutefois, surtout les semi-tubes attendus de chaque compositeur, lorsqu'il s'agit de Noël.
→ Pour autant, parcours remarquable que je recommande chaleureusement à tous ceux qui sont un peu moins blasés que moi – je rougis de faire la fine bouche sur cette proposition exaltante.

♥♥ Bruckner – Messe n°2, Te Deum – Herreweghe (Phi)
→ Enregistrement composite (Te Deum capté en 2012 à Lucerne, Messe à Essen en 2019) qui démontre la maturité croissante de l'ensemble et de Herreweghe (qui, certes, ne joue que la même poignée d'œuvres).
→ Délicatesse souveraine du chœur, frémissement des phrasés, une des très grandes lectures de cette messe, qui s'ajoute à celle, différente (notamment pour les timbres de vents, plus verts) parue chez Harmonia Mundi il y a un peu plus de dix ans.
→ (bissé)

Reger, 8 Geistliche Gesänger Op.138 – Rundfunkchor Berlin, Dietrich Knothe (Berlin Classics)
→ Ce sont de grands chorals saisissants (avec beaucoup de subdivisions ; le premier requiert même un double chœur), qui doivent vraiment beaucoup au modèle de Bach, peu au Reger le plus modulants, mais qui vont tout de même chercher de belles progressions harmoniques à la marge, colorant le tout, sinon de surprises, de progressions prenantes. L'ensemble, assez monumental, constitue un jalon essentiel du compositeur – même si je ne suis un peu moins saisi lors de cette enième réécoute partition et textes en main, je l'admets.
→ Seuls les 4 premiers figurent sur ce disque. Le chœur de la Radio berlinoise n'est pas encore aussi beau qu'aujourd'hui, davantage de rondeur, moins de contrastes et d'articulation, mais plutôt un moelleux remarque – la Radio de Leipzig proposait mieux, dans les mêmes années.

Reger
– 8 Geistliche Gesänge, op.138 – Chœur de la NDR ♠, Rademann (Carus 2013)
→ Chœur assez terne (polyphonie peu lisible, timbres mats anonymes, basses qui manquent beaucoup de graves), pour cette œuvre capitale du legs choral de Reger.



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CONCERTOS

Dvořák – Concerto pour violoncelle n°1 en la majeur (arr. J. Burghauser & M. Sadlo) – Milos Sádlo, CzPO, Neumann (Supraphon, réédition 2001)
→ Le premier concerto de Dvořák, évidemment moins saisissant que le le grand second, mais doté de belles chouleurs dans une interprétation typée, pleine de grain et de couleur !

Dvořák – Concerto pour violoncelle n°2 en si mineur (arrangement pour alto de Joseph Vieland & David Aaron Carpenter) – David Aaron Carpenter, London PO, Ono (Warner 2018)
→ Très amusant resserrement du timbre, l'impression d'entendre un 33 tours en avance rapide. La musique reste toujours aussi sublime, la majesté du résultat est évidemment davantage sujette à caution. Mais c'est très divertissant – j'ignore si c'était le but.



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SYMPHONIES & poèmes orchestraux

♥♥♥ Debussy – Première Suite – Les Siècles, Roth (Actes Sud)
→ Régal de la maîtrise de Debussy dans une forme chatoyante et accessible !

Debussy – La Mer – Les Siècles, Roth (même disque)
→ Son d'orchestre sec pour mon goût dans cette œuvre.

♥♥ Debussy : La Mer, le Faune // Ravel : Rhapsodie espagnole – LSO, Roth (LSO Live)
→ Net, limpide, élancé, couleurs impressionnantes, très bien capté (de près mais avec de l'espace), une grande version !

Casella: Pagine di guerra, Op. 25bis, Suite en ut Op.13, Concerto pour orchestre Op.61 – Rome SO, La Vecchia (Naxos 2012)
→ Marquant, le motorisme des chars tudesques, la désolation suspendue de la cathédrale ruinée de Reims ou des croix de bois des champs d'Alsace… mais beaucoup trop bref, oui, pour s'installer. Vraiment dommage, la musique est un art du temps, et il donne l'impression, d'une certaine façon, d'être dérobé ici.
→ Plus joli-archaïsant pour la Suite, moins personnel pour le Concerto.

Respighi – Vetrate di chiesa – PBPO, Ashkenazy ♥♥ (Exton 2006)
→ Ces chatoyantes (mais étonnamment sobres, à l'exception de la grandeur de saint Grégoire) pièces d'orchestre, décrivant chacune le vitrail d'un saint, trouvent ici une exécution remarquablement aérée et articulée par maître Ashkenazy !
→ Prêtez l'oreille tout particulièrement au superbe solo de trompette ménagé par Respighi dans le mouvement dévolu à saint Michel.

Ravel – Gaspard de la nuit (orchestration Marius Constant) – Lyon NO, Slatkin (Naxos)
→ Belle réussite.

♥♥ Georg Schumann – Symphony in F Minor / Ouvertüre zu einem Drama / Lebensfreude (Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Feddeck)
→ Un peu moins enthousiasmé lors de cette réécoute (pourtant pas la première), où je remarque davantage les aspects postromantiques plus standards que les (réelles) fulgurances richardstraussiennes, mais j'admire tout de même intensément cette capacité à mener la tension sur des pics maintenus. Très belle œuvre, à reprendre et creuser, assurément.
→ bissé

♥♥♥ Graener – Variations orchestrales sur « Prinz Eugen » – Philharmonique de la Radio de Hanovre, W.A. Albert (CPO 2013)
→ On ne fait pas plus roboratif… mon bonbon privilégié depuis deux ans que je l'ai découvert par hasard, en remontant le fil depuis le dernier volume de la grande série CPO autour du compositeur (concertos par ailleurs tout à fait personnels et réussis).

♥♥ Ben-Haim – Pan, Pastorale variée, Symphonie n°1 – Barainsky, John Bradbury, BBCPO, Omer Meir Wellber (Chandos)
→ Une nouvelle version de la Première Symphonie du syncrétique Paul Ben-Haim, mêlant beaucoup de caractéristiques des langages décadents germaniques ; moins magistrale que la Seconde, la Première demeure un petit régal, remarquablement magnifié par le directeur musical du Teatro Massimo de Palerme et la prise de son Chandos au service du radieux Philharmonique de la BBC.
→ Pan, enregistré pour la première fois, est une petite cantate remarquablement écrit dans ce postromantisme à la fois lyrique et vénéneux, tandis que la rare Pastoral variée pour clarinette, cordes et harpe, inspirée du final de son quintette pour clarinette et cordes, développe des atmosphères suspendues, mélancoliques, d'un charme (assez britannique) ineffable.
→ Superbes œuvres remarquablement servies ici.



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MUSIQUE DE CHAMBRE

Beethoven – Sonates violon-piano – F.P. Zimmermann, Helmchen (BIS)
→ Écouté beaucoup trop distraitement, je dois y revenir. (L'on m'en a dit le plus grand bien, et j'espère beaucoup de l'intelligence suprême de Zimmermann, ne cédant jamais rien à la joliesse.)

♥♥ Beethoven – Quatuor n°1 – Leipziger Streichquartett (MDG)
→ Toujours leur lumière singulière.

♥♥ Beethoven – Quatuors 4,6 – Jerusalem SQ (HM)

MendelssohnTrio n°1 (version avec flûte), Sonates violoncelle-piano – Root, de Hoog, Balyan (Vivat)
→ Ce disque confidentiel a l'intérêt de présenter (pour la première fois sur instruments d'époque) la version du premier trio de Mendelssohn arrangée par le compositeur lui-même pour flûte, violoncelle et piano. Après l'avoir publié chez Breitkopf, Mendelssohn sollicite Novello pour l'Angleterre, qui refuse craignant que ce ne se vendre très peu « chez notre public ignorant », et obtient l'accord de Buxton… qui lui réclame une partie alternative de flûte, « indispensable dans ce pays ». Mendelssohn précise que les mouvements extrêmes s'y prêtent très peu et suggère de ne proposer que les centraux dans cette version, mais tout est publié.
→ À l'écoute, très peu de modifications – Mendelssohn évite de trop solliciter le grave peu projeté de la flûte (où elle est en effet couverte par les autres instruments) et supprime évidemment les trémolos, mais l'ensemble demeure très proche. On peut se rendre compte que Mendelssohn avait très bien pressenti à la fois la difficulté et le manque de contraste permis par la flûte dans les mouvements extrêmes. C'est évidemment le mouvement lent l'ensemble sonne le mieux.
→ Sans être forcément convaincu par la transcription elle-même, une rare occasion d'entendre différemment ce chef-d'œuvre ultime, et aussi de mesurer ce que le violon apporte de conduite, de tension et de variété de textures. (J'aurais, par conséquent, été plus intéressé par une version pour hautbois (et basson ?), qui aurait certes nécessité davantage d'ajustements (et suscité moins de ventes en son temps).
→ On bénéficie d'une interprétation sur instruments du temps (et copies), très vivante et proposant de beaux équilibres et coloris, un autre avantage de ce disque, ainsi qu'ne notice bien détaillée sur les œuvres et la démarche. [Je n'ai pas encore écouté les sonates pour violoncelle.]

Duparc – Sonate violoncelle-piano en la mineur – Meunier, Le Bozec (Maguelone)
→ Intéressant ; pas majeur.

♥♥ Beach, Ives, Clarke – Trios piano-cordes – Gould Trio (Resonus Classics)
→ Trois trios très rares, par l'un des superbes ensembles qui fit longtemps les beaux jours des explorations Naxos.
Beach d'un romantisme assez peu singulier, comme toujours.
Ives plus que jamais dans la polytonalité et les jeux de superpositions, chaque instrument joue son propre thème dans sa propre tonalité, l'impression d'écouter, vraiment, plusieurs œuvres en même temps… intéressant quoique peut-être plus affirmatif (et un peu moins convaincant) que dans ses œuvres symphoniques, plus élusives dans leurs procédés.
Clarke dans une veine plus hardie qu'à son habitude, moins lyrique-univoque que dans sa Dumka pour trio, plus sophistiquée dans les harmonies, mais toujours aussi passionnée, héritière des fièvres romantiques.
→ L'ensemble très original et très bien servi mérite vraiment le détour !

Weber, Gaubert, Martinů, Damase – « Aquarelles », trios pour flûte, violoncelle & piano – Bonita Boyd, Doane, Snyder (Bridge)
→ Comme l'y pousse l'effectif, pièces rafraîchissantes et délicates, qui n'ont décidément pas l'envergure des trios avec violon, et ne constituent pas les sommets de compositeurs pourtant aussi subtiles que Weber, Gaubert ou Damase. (Je n'ai pas réécouté le Martinů, souvent enregistré, je n'en dis rien pour cette fois.)  La flûte ne permet pas de grands écarts de dynamique, sa tessiture aiguë (pour être suffisamment sonore) attire toute l'attention du côté de la mélodie, moins de possibilité d'équilibres, de demi-teintes, de contrates. En tout cas elle n'a ps tiré le meilleur de ces compositeurs.
→ Côté exécution, on trouve aussi plus beaux timbres, même si l'on ne peut faire que des éloges sur l'originalité du programme et l'investissement dans l'exécution. (J'aurais aimé en dire beaucoup plus de bien !)

Moussorgski – Tableau d'une exposition (arrangement Stephan Schottstadt pour 8 cors, & percussions) – (Genuin 2015)
→ Inclut également, pour le même effectif, Mont chauve, extraits du Roméo de Prokofiev et de Casse-Noisette. Fonctionne assez bien, la longue étendue des cors permettant de couvrir beaucoup de spectre et de textures.

♥♥ Moussorgski, Tableaux d'une exposition (arrangement Stephane Mooser) – Pentaèdre (ATMA 2012)
Stravinski, Le Sacre du Printemps (arrangement Michael Byerly) – Pentaèdre (même disque)
→ Très stimulant et élégant pour Moussorgski, vraiment insuffisant pour le Sacre, où le début ressemble au début (simplifié), et où la suite ne plus plus gagner en ampleur et en contraste.



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PIANO SOLO

Chopin: 4 Ballades & des Nocturnes – par Nelson Goerner (Institut Chopin)
→ Moins marquant : la limite des instruments s'entend dans les ambitieuses Ballades, moins de possibilités de contraste, d'étagement des strates, tout est davantage sur le même plan, on ne peut pas non plus jouer avec la longueur de résonance…
→ Par ailleurs Goerner, dans les moments moins exigeants, me paraît à un niveau de poésie moindre que dans ses meilleurs volumes – plus proche ici de ce qu'il fait, un peu blanc, dans ses enregistrements sur piano moderne.

♥♥ Scarlatti, Rameau, Ravel, Wiener, Le Flem, Ladmirault, Tharaud, etc. – « Le Poète du piano »  – Tharaud (Erato)
→ 3 CDs incluant rééditions, nouveautés, fragments d'albums confidentiels (comme celui publié pour accompagner le catalogue Ar Seiz Breur au Musée de Bretagne de Rennes, en 2000 !). On y trouve donc quelques-uns de ses enregistrements bien connus, dont ses magiques Rameau, mais aussi des pièces rares (un cycle de Le Flem), des arrangements (de la 5e de Mahler, de chansons…) et ses propres compositions, qui puisent avec talent à beaucoup de sources de la danse, pour un résultat à la fois dégingandé et lyrique (j'espère qu'il continuera à écrire et publier de la musique !).
→ Le caractère disparate du parcours laisse un peu dubitatif, mais son originalité suscite un réel intérêt, et son approche sinueuse du phrasé me séduit assez.


♥♥♥ Hisatada Otaka, Japan Suite (2 extraits) + Ibert, Histoires (3 extraits) + Debussy, L'Isle Joyeuse, Préludes livre I – Ryutaro Suzuki, album « Ce qu'a vu le vent d'Est  » (Hortus, janvier 2020)
→ Il existe évidemment, dans l'immense discographie de pianistes confirmés, spécialistes, charismatiques, Isle et Préludes plus saisissants, mais la filiation debussyste est magnifiquement mise en valeur avec les Histoires d'Ibert (inhabituellement denses et profondes chez lui !) ou la Suite japonaise d'Otaka (il existe quelques autres choses très dignes d'intérêt, comme une jolie Sonatine pour piano ou son splendide Concerto pour flûte, là aussi très debussysé), qui emploie certes des modes orientaux, mais d'une façon qui évoque totalement la Danse de Puck ou Et la Lune descend, vraiment construit dans le même langage harmonique, rythmique, pianistique.
→ Ces deux cycles ont de surcroît la particularité, je trouve, d'être aussi aboutis que leur modèle, ce qui n'est pas un mince hommage. Reste à graver ceci en entier !

♥♥♥ Otaka: Piano Sonatina // Terauchi: Hoodo to Uncho kuyo bosatsu hattai (The Phoenix Hall and 8 Putto-Figures worshipping the Sacrifice Ceremony in the Clouds) // Ichiyanagi: Cloud Atlas // Takemitsu : Litany, Uninterrupted Rests // Yashiro: Piano Sonata (1961 revised version) – Miwa Yuguchi (Thorofon 1996)
→ Parcours absolument passionnant, depuis le postdebussyste d'Otaka et Terauchi jusqu'aux langages défragmentés mais toujours éloquents d'Ichiyanagi, Takemitsu et Yashiro, comme un parcours progressif exposant l'évolution de la musique du Japon occidentalisé, à travers des cycles de toute beauté – et pourtant, les Otaka et Takemitsu figurent plutôt dans le spectre bas de leur qualité habituelle !  Une merveille de découvertes, indispensable pour qui veut s'échapper des habituelles propositions viennois classiques / germaniques romantiques / impressionnistes français.



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LIED & MÉLODIE

Schubert – Winterreise (en polonais sur des poèmes de Baranczak !) – Konieczny, Napierała (Institut Chopin)
→ Prosodie très naturelle et réussie, pour une voix qui sonne claire dans Wagner, mais riche, sombre et grave dans le lied. Néanmoins, même si cela entrave un peu sa mobilité expressive, rien de lourd ni de placidement homogène, une belle incarnation de ces lieder dans sa propre langue, très réussi, et accompagné de façon inhabituelle sur un piano ancien très chaleureux.

♥♥♥ Chopin: Songs – par Aleksandra Kurzak, Mariusz Kwiecień, Nelson Goerner (Institut Chopin)
→ Oui, cette intégrale tient vraiment sa promesse du Real Chopin : real au sens anglais, avec les sonorités totalement différentes de ces pianos anciens aux couleurs beaucoup plus vives, au médium bien plus exposé ; real au sens dialectal italien (ou espagnol), royalement servi par des artistes très inspirés qui ne se contentent pas de jouer ces vénérables antiquités mais en tirent réellement des propositions très originales, de véritables interprétations radicales et pensées qui magnifient le matériau.
Vraiment une expérience incomparable. (à écouter ici)

♥♥ Reber, Thomé, Duprez, Doche, Guion, Berlioz, Liszt, Duparc, Franck, Godard, Massenet, Chaminade, Messager, Varney – « Alexandre Dumas et la musique » – Garnier, Deshayes, Boché ; Jouan, Cemin (Alpha)
→ Splendide collection, très rare et de grande qualité, de mélodies, qui bénéficient du violoncelle chaleureux de Jouan, de la précision tranchante et spirituelle de Cemin, de la diction subtile de Boché, du charisme immédiat de Deshayes (qui mûrit décidément formidablement). Un peu plus de réserves sur Garnier : on entend l'artiste, mais l'instrument large demande encore à être domestiqué pour éviter l'impression d'émission en force et rendre le texte plus net. C'est difficile, et pour ce type de voix vient avec le temps ; elle a toujours eu la sensibilité d'une grande artiste (on le mesure ici encore, avec la tension des progressions qu'elle ménage !), on attend que cela s'incarne pleinement dans les années à venir.
→ (bissé)

♥♥ Mahler – extraits du Wunderhorn, lieder de jeunesse, cycle Rückert – Karg, Mahler (!), Martineau (HM)
→ Grâce à des rouleaux perforés, on peut entendre l'accompagnement de Mahler lui-même (beaucoup de tangage dans le rubato !) accompagner Christiane Karg.
→ La voix a beaucoup mûri, moins d'oscillations un peu grises, une pâte un peu plus épaisses, on y gagne et on y perd, mais l'artiste demeure toujours très musicale, attentive au texte, et le timbre agréable. Pureté de Martineau appréciable également. Très bel album.
→ (bissé)

♥♥ Berlioz, Bizet, Gaubert, Ravel, Falla, Serrano, Obradors, Lorca, chansons égyptiennes – « El Nour » – Fatma Saïd (Warner)
→ Sous l'apparence d'un usuel récital « Orient-Occident » par une jeune interprète à la mode, en réalité une collection de pièces remarquablement habitées (la qualité du français est digne d'éloges !), une technique très maîtrisée qui se prête avec souplesse aux divers styles (la grâce lascive de la mélodie française, la saveur corsée des mélodies espagnoles), incluant même un inédit (ce me semble) de Gaubert (Le Repos en Égypte). Et finissant par des chansons égyptiennes en émission vocale (partiellement) populaire, où frappent l'élégance et l'éloquence. Impressionnant ensemble – les Shéhérazade (avec piano… et ney !) de Ravel sont même très réussies, dotées d'un sens du texte précis.
→ (trissé)

chansons
diverses : Alagna « Le Chanteur »

→ Difficile à écouter pour moi : accompagnements assez caricaturaux (Casar, je suppose ?) avec couleurs de carte postale exagérées, mixage vraiment pénible (voix écrasée à l'avant, ploum-ploum gonflés).
→ Dommage, avec une guitare sèche (ou un archiluth !) et capté avec naturel, ce serait très beau, la diction est belle, le chanteur engagé (même s'il y a un rien trop d'épaisseur lyrique qui demeure par endroit).
→ En somme très bien chanté, mais dans un répertoire de chansons « pittoresques » qui n'a déjà pas ma faveur, les arrangements ambiance coloniale et le mixage agressif m'empêchent d'y prendre du plaisir…



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LISTE D'ÉCOUTES à faire – nouveautés

THOMSON, V.: Portraits, Self-portraits and Songs (Tommasini, Leventhal, N. Armstrong, F. Smith)
rabhari compositeur
barry beethoven par adès
roland-manuel par akilli
bruckner 8 thielemann ( :( )
vivaldi tamerlano dantone

→ bach &fds corti
→ rvw job hallé elder songs travel neal davies
→ clyne

→ armand-louis couperin rousset
→ hammerschimidt, jesus stirbt, vox luminis
→ amirov, 1001 nuits
→ rubinstein le bal pour piano
→ zipoli in diamantina
→ "O! solitude, my sweetest choice" de Purcel/Britten (adaptation) sur le texte de Marc-Antoine Girard de Saint-Amant.
→ toccata classics : mihalovici, proko by arrangement, szentpali, ruoff…
→ anima rara par jaho
→ mzt van kuijk
→ vienne 1905-1910, richter ensemble
→ bruch ccto é pias
→ bach sons controcorrent
→ london circa 1720
→ il genio inglese alice laferrière
→ rathaus & shota par stoupel
→ bruckner symph 0 hj albrecht orgue
→ weinberg symph 6 altenburg gera
→ turalngalila mannheim
→ nielsen œuvres violon-piano hasse borup naxos
→ fuchs sonates violon
→ fasch clavier
→ hithcock spinet : burney & others
→ venice and beyond concerti da camera sonate concertate pour vents
→ leclair complete sonatas 2 violons
→ Petite Renarde Rattle
→ respighi chailly
→ ysaÿe 6 sonates par niklas valentin
→ earth music cappella de la torre

→ novak piano ccto, wood nymph
→ titelouze messes retrouvées vol.2
→ bronsart Jery
→ Bo, Pstrokońska-Nawratil & Moss: Chamber Works
→Łukasz Długosz
→ vermeer bologna
→ standley et ens contrast schubt
→ nature whispering
→ Petite Renarde Rattle
→ chant de la Terre I.Fischer RDS
→ lamento (alpha)→ fasch
→ earth music capella de la torre
→ nielsen complete violin solo & piano, hasse borup
→ manén violon cc
→ quintette dubughon holst taffanel françaix
→ fuchs sonates vln
→ meyerbeer esule
→ bononcini polifemo
→ graund polydorus
→ polisu kaleidoscope ravel pia duo
→ aho symph 5 currie
→ anima gementem cano
→ purcell royal welcome songs
→ gombert messe beauty farm
mahler 4 turku segerstam
chosta 5 jansons bayrso
bruckner 4,5,6,7 munich PO gergiev
beethoven 7 saito kinen ozawa
beethoven sonates 8-11 giltburg
beethoven concertos piano sw chb bavouzet
ardeo SQ xiii
schwanengesang behle
→ bizet sans paroles gouin
→ respigni chailly scala
→ st-saêns chopin callaghan
→ Mülemann mztwohlhauser (neos)
john thomas duos harpe piano vol.1 (toccata)
arnold rosner requiem (toccata)
moszkowski orchestral vol 2
idenstam metal angel (toccata)
corigliano caravassius siegel pour guitare (orchid)
iannotta : earthing (wergo)
imaginary mirror hasselt (challenge)
lundquist symphonies (swedish society)
eklund symphs 3 5 11 norrköping (CPO)
peaceful choir
spisak works (dux)
zemlinsky, rabl : quatuors (Zimper, gramola)
goleminov SQ par sofia SQ
gombert masses beauty farm
rachma par babayan DGG

huelgas the magic of polyphony

debussy intégrale alessandra ammara

mozart arias II regula mühlemann

bells, album athony romaniuk

Rééditions :
♦ secrets live annie fischer
♦ brahms piano rafael orozco
♦ vierne 24 pièces de fantaisie litaize



nouveautés CD

LISTE D'ÉCOUTES à (re)faire – autres

ben haim chambre

chaconne schmidt (et org)

Vocal Recital (Baritone): Duncan, Tyler - HAHN, R. / MILHAUD, D. / POULENC, F. / SAINT-SAËNS, C. (English Songs à La Française)

Constant Turner : Orchestral Music - DANIEL-LESUR, J.Y. / CONSTANT, M. / ROUSSEL, A. / TOMASI, H. (Luxembourg Radio Orchestra, Froment)

Nordic Autumn rangström

réécoute chopin centre chopin (listing)

RÖNTGEN-MAIER, A. / SMYTH, E.: String Quartets (Rendezvous: Leipzig) (The Maier Quartet)

job Andrew Davis / Bergen

Debussy / Tôn-Thât Tiêt - Mélodies, musique de chambre et piano

ziesak wolf eisenlohr 1992

réécoute walton quatuors

khovanchtchina stravinski (et ravel?)

Mefisto
: « Rawsthorne est un des compositeurs que j'ai exploré de façon systématique et qui m'a procuré de nombreuses satisfactions. Pas le plus immédiatement séduisant, mais des choses fascinantes. Le concerto de chambre, Pierrette, son thème et variations pour 2 violons, ses Bagatelles pour piano et son premier concerto pour piano pour les choses qui m'ont ébourriffé. J'ai noté plein d'autres pièces pour y revenir aussi : les sonates, celle pour violon pas charmeuse pour un sou et pourtant étrangement attirante, ou celle pour alto avec son scherzo diabolique, certains quatuors, certaines symphonies... »

Mefisto
: « Blake, plus direct, a beaucoup de belles choses à son catalogue et offre un primat à la mélodie, avec parfois des choses plus retorses (musique de chambre). Pareillement, j'ai écouté pratiquement tout, beaucoup de satisfaction avec ses pièces pour quatuor (comme Spieltrieb, Walk in the Air ou Month in the County, quel bel adagio !) ou son trio à cordes avec cette introduction martiale. Également notables, un très beau concerto pour flûte, assez cinématographique, et un concerto pour piano qui se vautre dans la facilité (thème ronge-méninges, envolées lyriques franchement lourdes parfois, dédicace à Lady Di) et qui pourtant fonctionne admirablement si on accepte le postulat de départ. Les concertos pour clarinette et celui pour basson s'écoutent bien, les Diversions avec violoncelle ont de très beaux moments. »




… à vous de vous amuser à présent !


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Commentaires

1. Le jeudi 5 novembre 2020 à , par Benedictus

Bonsoir, David!
Je ne fais que passer, juste pour signaler:

Bruckner – Messe n°2, Te Deum – Herreweghe (Phi)
[...] une des très grandes lectures de cette messe, qui s'ajoute à celle, différente (notamment pour les timbres de vents, plus verts) parue chez Harmonia Mundi il y a un peu plus de dix ans.


La première version de la Messe en mi mineur par Herreweghe est parue il y a beaucoup plus de 10 ans, en fait: en 1990! (Je me souviens de l'avoir achetée à sa sortie, ce qui pour le coup ne me rajeunit pas...)
Bon, en espérant avoir le temps d'écouter cette nouvelle version (ainsi que L'Île du Rêve) avant l'Apocalypse...
À bientôt!

2. Le jeudi 5 novembre 2020 à , par Benedictus

Au fait, j'ai oublié de te demander: penses-tu que le Samson par Alarcón et le disque Mahler de Christiane Karg soient prioritaires pour moi?

3. Le vendredi 6 novembre 2020 à , par Benedictus

Ah, tiens, et puis une dernière chose: ta description du Chœur de la NDR de Hambourg avec Rademann ne correspond qu'en partie à ce que j'entends (mais oui: captation bizarrement grise et indistincte pour du Carus choral), mais bon... du coup, tu recommandes qui pour l'op. 138 de Reger?

4. Le lundi 9 novembre 2020 à , par DavidLeMarrec

Merci d'avoir pris le temps, en cette période chiche en loisirs, Benedictus, d'un petit passage ici.

Herreweghe : Je parlais de la version parue en 2008 chez Harmonia Mundi, à la suite du concert donné à Saintes en 2007, qui n'est pas la même (d'une verdeur encore plus affirmée, mais moins subtile, dans mon souvenir :) ) que celle que tu mentionnes. Soit : Herreweghe I (HM 1990), Herreweghe II (HM 2008), Herreweghe III (Phi 2020).

Samson : Je désespérais de réentendre un jour un oratorio à action de Haendel qui me fasse l'effet du Saul d'Harnoncourt. Celui-ci comble mes espérances par la mobilité de sa composition (pourtant je connaissais Samson, dans d'autres interprétations…) et la variété du coloris orchestral, le charisme des chanteurs (Maxime Melnik, Luigi Di Donato), avec en outre une urgence qui n'existait pas dans la poésie plus suspendue d'Harnoncourt. Les voix sont tout de même typées, l'ensemble moins bizarre, donc tu aimeras sans doute moins que Saul, mais les atouts de la proposition d'Alarcón, qui font échapper l'œuvre à son format initialement contraint de seria sacré assoupli, devrait au minimum t'intéresser, voire te charmer.

Mahler-Karg : Je suppose que la sobriété de l'approche a tout pour te plaire, oui. Je ne suis pas sûr que la typicité soit suffisante pour t'enthousiasmer absolument, mais je doute que tu sois dépité de l'avoir écouté. Probablement pas prioritaire pour toi, cela dit, vu que tu as beaucoup à écouter pour l'instant.

Reger Opus 138 : Il faudra que tu me dises tes divergences sur Rademann.
Je n'ai pas de solution miracle : Knothe-Radio de Berlin est un peu gentiment rond et sur l'album que j'ai, ne figure que la première moitié du cycle (couplage particulier, ou le reste ne fut-il tout simplement jamais gravé à cause des durées sur vinyle ?) ; j'ai beaucoup écouté le Norddeutscher Figuralchor (Thorofon), plus frémissant mais les sopranos ne sont pas bien beaux (on dirait de bons amateurs ou des voix un peu vieillies) ; à l'opposé le KammerChor Saarbrücken (Carus) se situe dans une esthétique plus sèche et claire, mais qui n'est pas forcément l'approche la plus regerienne (il faut aussi supporter les petits braillards, certes bons).
Sinon, je n'ai croisé que des pièces isolées, c'est tout ce que j'ai. (Donc j'écoute surtout le Figuralchor et Berlin, n'ayant pas encore apprivoisé Saarbrücken.) Dans tout cela, ça reste quand même Rademann qui me frustre le plus, vraiment terne.

Bonnes écoutes, et bon courage !

5. Le vendredi 13 novembre 2020 à , par Benedictus

Heu… Pour Bruckner / Herreweghe, je ne trouve aucune trace d’un enregistrement de la Messe en mi mineur en 2008. Je ne trouve que l’enregistrement de 1990 (le disque avec un ange de Rossetti en couverture.) En 2008, en revanche, Herreweghe a enregistré la Messe fa mineur (avec cette fois un ange de Redon en couverture.) Mais je viens d’écouter le nouveau disque (mi mineur et Te Deum): superbe!

Pour Reger / Rademann: j’ai été comme toi frappé par le manque de grave chez les basses et les timbres peu distinctifs; en revanche, je trouve la polyphonie tout à fait lisible - même si en effet, la captation est très en-deçà des standards de Carus (ne serait-ce que par rapport à l’autre Reger / Rademann de la même collection - les arrangements de Volkslieder avec le Dresdner Kammerchor.)

Bon, sinon: L’Île du rêve est un petit bijou (les tuilages, et ce prélude du II qui semble sorti d’une tragédie lyrique!) Et je suis en train d’écouter Alcione de Marais par Savall: l’œuvre est ce qu’elle est, mais quelle fête! On a l’impression d’être revenu dans le paradigme d’avant (je veux dire: d’avant Watson-Van Mechelen-Santon-Vashegyi.)

Ah, et puis, dans les découvertes: les lieder de Reutter par Soffel / Bauni et DFD / Reimann: du sur mesure moi (du germanique postromantico-moderne assez regerien, sombre et sobre, très déclamatoire avec des climats harmoniques assez lourds ou raréfiés - et du Hölderlin en veux-tu en voilà.)

6. Le samedi 14 novembre 2020 à , par DavidLeMarrec

(Bruckner) Oui, après vérification plus sérieuse tu as raison : le disque de 1990 a été réédité dans les années 2000, d'où la date que j'avais trouvée – et j'ai donc réécouté la même chose à quelques années de distance.

(Reger-NDR) Partition en main, les lignes de basse disparaissent, c'est assez spectaculaire – pour le répertoire sacré, il faut toujours quelques réelles basses profondes dans un chœur pour pouvoir faire sonner les fa1 et atteindre les ré1 occasionnels… Ici, on dirait qu'ils n'ont que des barytons-basses. Les lignes intermédiaires ne s'entendent pas très bien non plus, indépendamment de la prise de son : d'ordinaire, les ténors se distinguent bien dans le spectre central (les altos, pour des raisons intrinsèques de timbre et de projection, sont en général plus discrets, surtout lorsque ce sont des femmes), alors qu'ici, il faut vraiment tendre l'oreille. Et puis ces timbres blancs-gris, sur du Reger, c'est un peu la double peine. Vraiment déçu qu'un chœur germanique de haut niveau fasse ça : des blanchâtres, il y en a, mais par exemple le SWR Vokalensemble propose en échange une netteté, une légèreté de touche qui sont appréciables.
À leur décharge, le chœur de la NDR fait beaucoup d'opéra en concert et de gros oratorio (opéraïsant), le sacré chambriste ou a cappella n'est pas forcément sa spécialité ni son mode prioritaire de recrutement (un peu comme Radio-France, même si Jeannin et Batič ont commencé à changer cet aspect).
La prise de son ne m'a pas semblé si différente des autres Carus, il y a souvent un peu d'espace entre le point de captation et le chœur, chez les Bernius c'est particulièrement évident – effectivement, dans les disques pour chœurs a cappella, ils tendent à faire mieux, mais les ensembles sont meilleurs également (celui de Saarbrücken dans la même œuvre l'atteste !).

Oui, le tuilage infini du II dans L'Île du Rêve, c'est incroyable.

Tout à fait d'accord avec toi sur Alcyone (tel que vue en salle, pas encore écouté le disque sorti hier !) : couleurs et danse à l'orchestre (quand on a parfois ailleurs des choix uniquement motoriques ou uniformément colorés-contemplatifs), Mauillon et Auvity (même s'il était un peu fatigué le soir où j'y étais), chœur superbe aussi… J'avais été moins convaincu par Desandre, dont la voix n'a aucun impact en salle (on l'entend, mais il faut être concentré, la voix ne vient pas nous chercher) et dont la joliesse de timbre ne s'appuie pas sur un sens déclamatoire très saillant. Pour un rôle qui ne contient aucune difficulté particulière et peut être distribué à peu ou prou n'importe quelle voix de soprano ou mezzo du marché, on aura sans doute pu faire mieux, plus « dans le goût d'avant », avec une belle focale et un sens des mots plus acérés. (Mais c'est très bien, hein, je ne lui en veux pas.)

Une des raisons de cette réussite : Le Concert des Nations est simplement un label. Les musiciens ne sont pas du tout les mêmes que pour les Beethoven de Savall ! Quand tu regardes les noms, et singulièrement dans le chœur, il a tout simplement embauché les meilleurs spécialistes français issus du CRR de Paris, du CMBV, des Arts Flo, etc. De mémoire, c'était Dunford (et Roussel ?) au théorbe… Donc, bien dirigés, le résultat est très convaincant, ce n'est pas comme s'ils avaient le style à apprendre !

Ah oui, Reutter, c'est assez peu avenant (mais comme Reger, j'aime beaucoup). Ça m'a toujours évoqué le côté épais / sombre de Loeffler, le romantisme en moins. ^^ Reimann, je ne sais pas si j'ai essayé ses lieder, peut-être. En tout cas j'aime pas suffisamment sa musique pour me précipiter tout de suite dessus, vu tout ce qui me reste à découvrir par ailleurs…

Merci d'être (re)passé !

7. Le samedi 14 novembre 2020 à , par Benedictus

En fait, je ne te recommandais pas les lieder de Reimann (j'adore mais à mon avis tu n'aimeras pas): quand j'écrivais:

les lieder de Reutter par Soffel / Bauni et DFD / Reimann


c'était juste pour dire que le disque Reutter dans l'«edition zeitgenössisches lied» d'Orfeo était interprété pour moitié par Doris Soffel et Alex Bauni et pour moitié par Dietrich Fischer-Dieskau et Aribert Reimann.

8. Le samedi 14 novembre 2020 à , par DavidLeMarrec

Ah oui, j'avais lu ça comme un témoignage d'une écoute de bandes (nouvellement parues ?) de DFD dans Reimann. La nuance tenait dans la typographie rigoureuse, désolé pour la mauvaise lecture !

Effectivement, Soffel-DFD-Reimann (je ne connais pas Bauni) fait excessivement envie – quelle que soit, d'ailleurs, la tranche d'histoire du lied.

9. Le samedi 14 novembre 2020 à , par Benedictus

Axel Bauni, c'est le disciple de Reimann: il a été son élève puis son assistant, avant d'avoir à son tour une classe de lied à la Hochschule der Künste de Berlin.
Il a créé comme accompagnateur des cycles de lieder de Reimann et de compositeurs de la Neue Einfachheit (Trojahn, von Bose...)
Bauni et Reimann sont co-directeurs de cette «edition zeitgenössisches lied» chez Orfeo - on les trouve d'ailleurs sur à peu près toutes les monographies de la collection (outre Reutter, donc, Blacher, Fortner, Reimann, Rihm, Dessau, Eisler, Krenek, Hindemith...) En dehors de disques de cette collection, j'ai aussi son intégrale des lieder de Ullmann avec Christine Schäfer, Liat Himmelheber et Yaron Windmüller et son anthologie de lieder de Krenek avec la seule Christine Schäfer en Orfeo «Musica Rediviva», et un disque Reimann avec Christine Schäfer et Liat Himmelheber chez Wergo.

10. Le samedi 14 novembre 2020 à , par DavidLeMarrec

Merci pour ces précisions acérées, Benedictus ! J'ai bien dû écouter l'un ou l'autre de ces albums (Rihm ? Dessau ? Křenek ?). Je n'avais jamais relevé le nom de cet accompagnateur, tellement spécialisé dans sa discographie que je n'y ai pas été exposé assez souvent pour me souvenir de son nom. Ça remet en perspective, merci !

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