Carnets sur sol

Aller au contenu | Index des notules | Aller à la recherche

Daniel François Esprit AUBER - La ballade des enfants de la nuit (Les Diamants de la Couronne)

Puisque la conversation commençait déjà plaisamment à dériver avec Morloch, pourquoi ne pas proposer une entrée pleine et entière sur le sujet ?


Voici donc cette fameuse ballade, avec ses entrelacements entre choeurs et soli typique de l'esthétique meyerbeerienne, et ce second degré charmant qui met les personnages principaux à distance, tout aussi caractéristique.

Les octaves bizarres entre voix aiguë et graves, en quinconce ; la belle écriture pour choeur qui rappelle la taverne de la Damnation de Faust, tout cela en fait incontestablement pour nous le plus beau moment de toute l'histoire de l'opéra comique.

[1]
Inutile de détailler les effets qui pimentent cette scène triplement obligée (repas joyeux, récit en chanson, ballade) : le travail sur les tessitures dans l'introduction qui crée ces effets percussifs (les entrées des voix graves par leur aigu), les répliques plaisantes à la meyerbeerienne qui se répondent au milieu de la séquence, le choeur à l'unisson qui se dédouble dans le chant final, la chanson délicate comme celle de présentation qui vient d'avoir lieu, prétexte à ces développements. Avec l'histoire fantastique qui est narrée, obligée aussi. Mais ici, pour une fois (contrairement à la Dame Blanche [2] ou à Robert le Diable, par exemple), sans lien avec l'action. Quoique. Toute la résolution de la pièce se trouve en vérité dans cette séquence : bien que dans le péril au sein de la terre, le héros, sain et sauf, obtiendra sa belle et des biens en cascade, par le truchement de forces secrètes dont il devra conserver les arcanes pour lui. Clin d'oeil trop discret que le spectateur a commodément oublié. Mais Scribe est si facétieux...




On comprend bien pourquoi Scribe était la garantie d'une vente extraordinaire de places. A travers ces moments attendus qui nous rappellent beaucoup les éléments obligés du scénario hollywoodien d'aujourd'hui, une capacité de disposition, de fantaisie, un recul toujours plaisant sur ses personnages, un savoir-faire de la juste tension dramatique, une nécessité dans la progression jamais mise en défaut, des échos très finement ménagés qui permettent relecture et réécoute sans déception.

Dans cette version où les dialogues ont été aménagés, on note plusieurs incohérences mineures (La Catarina est-elle connue ou non des brigands ? Quelle est la véritable nature de Rebolledo ?), peut-être dues aux adaptations, ou au choix délibéré par Scribe d'une intrigue linéaire, « à clef ». Etrange, tout de même, vu son degré de maîtrise, sur des choses aussi faciles à faire coïncider.




Il s'agit de la version Colomer, issue bien entendu de Compiègne (avec un bon orchestre pour cette fois !), qui existe aussi en vidéo - encore préférable, avec ces acteurs épatants, qui disent leur texte comme ils le chantent - ce qui n'est pas peu dire.

Mandala / Harmonia Mundi 5003/05 (3 CDs)

Catarina - Ghyslaine Raphanel [3]
Don Henrique - Christophe Einhorn
Rebolledo - Armand Arapian

Diana - Mylène Mornet
Don Sébastien - Dominique Ploteau

Comte de Campo Mayor - Paul Medioni
Mugnoz - Nicolas Gambotti
Barbarigo - Sébastien Lemoine

Orchestre de Picardie et Choeur Spezzati

Edmón COLOMER

L'oeuvre est un régal de théâtre ; quelque chose dans cette candeur brigandine de vraiment ineffable.

Excellente idée aussi, dans cet univers de pacotille (aussi bien du point de vue du spectateur que des personnages, là est la réussite de Scribe !), de fournir un accent plaisamment exotique aux brigands - en l'occurrence marseillais... Dans un univers de fantaisie comme celui-ci, le trait est à la fois efficace théâtralement et tout à fait justifiable par son versant verroterie.

Notes

[1] Vous aurez au passage remarqué la féminisation de « chef ». Fût-ce ironique, nous sommes en 1841.

[2] Cette ballade raconte assez, en somme, une partie de la trame de la Dame Blanche. La mise en garde du choeur étant comparable à la ballade de Jenny - étrange mise en abyme. Scribe s'amuse toujours.

[3] Ce prénom diabolique se trouve aussi pour la même personne orthographié Ghylaine, Ghislaine ou même plus improbablement Ghilaine, sans que nous ayons jamais pu obtenir de réponse définitive à ce sujet. Operabase opère le même choix que nous.


--

Autres notules

Index classé (partiel) de Carnets sur sol.

--

Trackbacks

Aucun rétrolien.

Pour proposer un rétrolien sur ce billet : http://operacritiques.free.fr/css/tb.php?id=776

Commentaires

1. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par Xavier :: site

Intéressant. En quelle année cela a été écris ? (on dirait que c'est récent... ou j'ai dû mal comprendre).

2. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par Xavier :: site

écrit*

3. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par Morloch

Ah, c'est ici qu'il fallait poster.

J'adore les histoirs bébêtes avec des bandits et des pirates qui chantent. Je ne remercie pas CSS pour son incitation pernicieuse à me faire écouter plein de choses même pas décadentes.

4. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonsoir Xavier !
Ca date de 1841, comme signalé en note 1. :-)

@ notre Morloch :
Non, ce n'était pas ici qu'il fallait poster, j'ai créé ça exprès pour alimenter notre causerie.

Et ce n'est pas une histoire bébête ! C'est du Scribe, à la fin !

5. Le mercredi 21 décembre 2011 à , par Edith :: site

Merci pour ce merveilleux moment passé à découvrir cette ballade des enfants de la nuit. J'en chantonnerai l'air la prochaine fois que je traverserai la gare RER Auber, la nuit. Les noms de rues et de station alentour du 9°arrondissement sont des appels à redécouvrir des œuvres qui remontent le moral.

6. Le mercredi 21 décembre 2011 à , par DavidLeMarrec

J'en suis ravi, Edith. Effectivement, le plus clair de l'oeuvre d'Auber (de même pour Grétry, Boïeldieu, Adam ou Hérold...), à commencer par ces Diamants, est assez primesautier.

Bam ! Bam !

Ajouter un commentaire

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte.
Vous pouvez en revanche employer la syntaxe BBcode.

.
David Le Marrec


Bienvenue !

Cet aimable bac
à sable accueille
divers badinages :
opéra, lied,
théâtres & musiques
interlopes,
questions de langue
ou de voix...
en discrètes notules,
parfois constituées
en séries.

Beaucoup de requêtes de moteur de recherche aboutissent ici à propos de questions pas encore traitées. N'hésitez pas à réclamer.



Invitations à lire :

1 => L'italianisme dans la France baroque
2 => Le livre et la Toile, l'aventure de deux hiérarchies
3 => Leçons des Morts & Leçons de Ténèbres
4 => Arabelle et Didon
5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




Recueil de notes :
Diaire sur sol


Musique, domaine public

Les astuces de CSS

Répertoire des contributions (index)


Mentions légales

Tribune libre

Contact

Liens


Antiquités

(10/5/2007)

Chapitres

Archives

Calendrier

« novembre 2007 »
lunmarmerjeuvensamdim
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930