Carnets sur sol

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Gustav MAHLER, une présentation - I - Caractéristiques générales

Notre rédaction a eu l'occasion de préparer une introduction à l'ensemble de l'oeuvre de M. Mahler. Pas sûr que ce soit très utile aux brillants lecteurs assidus de CSS, mais sait-on jamais, des visiteurs égarés.

Pour plus de lisibilité, on classera par genres. Lied, symphonie, oeuvres de jeunesse ou inachevées.

Description, commentaire, suggestions discographiques pour chaque oeuvre.


Pour faire vite, disons que Mahler est caractérisé par :

1) Son sens de la démesure, notamment avec ses surdéveloppements, son aspect monumental, sa maîtrise totale de l'écriture orchestrale, et un pathos déchirant. Le journal intime d'Alma nous apprend que lors de leur rencontre, en 1901, elle admirait uniquement le chef, qui dirigeait Mozart, Wagner, Offenbach, etc. ; et goûtait peu sa musique (partition pas encore créée de la Quatrième Symphonie). De son vivant, c'est bien le chef qui a fait sa gloire ; et la maîtrise de l'écriture orchestrale n'est pas pour peu dans le mérite de sa musique.

2) Son sens de l'ironie, de la musique à programme grinçante ; contrairement à Bruckner, qui peut apparaître comme très semblable aux néophytes, Mahler ne propose pas une forme orthodoxe et abstraite. Son écriture est très narrative, et juxtapose des éléments au caractère très affirmé, à travers des contrastes saisissants.
Souvent, Mahler semble s'amuser de ses propres disproportions. Par exemple l'Enterrement du Chasseur de la Première Symphonie, une marche funèbre grotesque, inspirée d'une gravure bien connue à l'époque. Ou encore ce Ländler titubant de la Neuvième, ce Lied ohne Worte de la Deuxième en guise de scherzo, avec son détournement de grosse caisse.

Mahler, qui plaçait beaucoup de sa propre existence dans ces symphonies, se trouve ainsi toujours à la frontière du pathétique et du grotesque.





Une version plus récente (tchèque) de l' Enterrement du Chasseur (faute de trouver la gravure sur la Toile).




De ces deux caractéristiques fondamentales découle que Mahler est, incontestablement, le mauvais goût fait musique : ruisselant, excessif, goût pour le patchwork, rires stridents. Et avec, à l'occasion, des finals saint-sulpiciens...
Mais tout de même fascinant pour ceux qui l'aiment.


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Commentaires

1. Le jeudi 17 mai 2007 à , par Inactuel :: site

Hum, ce sont également mes sentiments: démesure et grotesque !
Est-ce que cet homme n'avait pas un égo surdimensionné ?
bonne fin de semaine
D.

2. Le jeudi 17 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Denis !

Si, un égo surdimensionné, assurément, il suffit de lire la lettre à sa femme qui précède leur union officielle, où il lui dit en substance : "on te trouve de l'esprit parce que tu es jolie, mais tu n'as pas encore de personnalité ; si nous nous marions, il n'y aura que le vrai compositeur à exercer sous ce toit : moi."

Bien dommage, parce que sa femme était plus géniale que lui, si on en juge par les seize lieder qu'elle nous a légués... Seulement nourrie au lait de Zemlinsky, elle en dépasse de très loin l'envergure. On parle souvent de la modernité de Lili Boulanger, mais Alma Mahler écrit déjà du Krenek (en bien plus inspiré, bien sûr).

Cette série tend à juguler la rancoeur qui s'accumule chez nous depuis la découverte de la musique de Madame. :-))

3. Le samedi 19 mai 2007 à , par Inactuel :: site

Bonsoir David !
Merci de ces précisions. J'irai donc voir plus avant du côté de la Dame Mahler.
D.

4. Le samedi 19 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Attention au choix des disques... Tous ne sont pas bien interprétés (piano mal accordé par exemple...) et les intégrales sont en réalité de fausses intégrales, sauf les deux disques de réorchestrations...

Oui, c'est un parcours du combattant.

5. Le samedi 19 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Je précise aussi que ce ne sont que des lieder (quatorze publiés et deux inédits), très en avance sur leur temps ; ça ressemble assez à du Krenek avant l'heure, mais avec du génie.

6. Le dimanche 20 mai 2007 à , par Bra :: site

L'affirmation qui dit que Mahler serait un exemple du mauvais goût en musique n'est elle pas malgré tout caricaturale ? Ou alors, j'ai mal lu, ou trop vite... ?

7. Le dimanche 20 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Merci, Bra, pour ce rebond.

Tout dépend de ce qu'on en fait. Si c'est pour disqualifier sa musique, c'est dommage. Mais cette démesure, cette ironie criarde, ça n'est pas ce qu'on attache habituellement au bon goût.

Cela dit, chez les viennois décadents (ou assimilés), le bon goût n'était pas précisément l'objet de la recherche artistique, que ce soit chez Zemlinsky, chez Schreker, chez Schulhoff, chez Schönberg...

Mais il est évident qu'il faut nuancer ce genre d'affirmation. Si on prend les Rückert, par exemple, le mauvais goût est plus difficile à repérer que dans le tape-à-l'oeil du Veni Creator de la Huitième !

8. Le lundi 21 mai 2007 à , par Vartan

Le bon goût a-t-il cette importance en 1900 qu'on lui allouait au XVIIIième par exemple ? Comme tu le soulignes, ce caractère outré, cette expresivité parfois triviale me semblent indispensables à sa musique. Sans elles on s'ennuierait vite, un peu comme chez Bruckner, non ? :-))

9. Le lundi 21 mai 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Bonjour David !

Un mot en passant… Permettez que je réagisse très vivement à ce que vous dites de la musique de ce cher Gustav qui tient une très grande place dans mon propre Panthéon des compositeurs !
Ironique voire cynique, critique, burlesque, caricaturale, brutale et parfois presque vulgaire, oui, sans aucun doute sa musique l’est, et c’est vraisemblablement ainsi que Mahler la voulait. Mais comme vous le soulignez, David, après la démesure, vient le « pathos déchirant », la sensibilité à vif d’un homme que la vie n’a pas épargné, l’expression d’une âme torturée comme nous le montre chaque portrait du compositeur, comme nous le fait entendre presque toutes ses oeuvres.
Un mot ensuite sur Alma Mahler. Certes, Gustav a été aussi « cruel » pour sa femme que son âme l’a été pour lui puisqu’il lui a en effet interdit de composer. Cependant, je ne porte guère Alma dans mon cœur. Je ne connais pas assez sa musique, mais dans sa vie privée, cette femme a littéralement fait la chasse aux génies : elle a eu trois maris dans « les Arts », un musicien donc, un architecte et un peintre. Assoiffée de grands hommes, elle ne brillait qu’à travers eux et osa pourtant dire dans sa biographie que sans elle ils n’auraient pas été grand-chose, ce qui est possible, mais qui manque cruellement de modestie.
Pour revenir à Mahler, que sa musique soit à la « frontière du pathétique et du grotesque », oui, si on sous-entend qu’il l’a voulu, non, absolument non, si on pense qu’il est le « mauvais goût fait musique » !!! Et que ce « tout de même fascinant pour ceux qui l’aime » sonne faiblement ! Il ne rend pas hommage à ce compositeur « difficile », difficile d’accès, difficile parce que ses œuvres sont longues, émotionnellement denses et désespérées, souvent épuisantes… Mais c’est parce qu’elles touchent la Beauté de si près qu’elles sont ainsi.
J’ai mis plusieurs années à aimer ses œuvres (et d’ailleurs je n’aime toujours pas tout), et elles me donnent régulièrement des sensations musicales dans les plus belles que je connaisse !
Et comme précisément je ne me lasse pas de revivre les émotions fortes, je m’en vais demain réentendre ses Kindertotenlieder bouleversants. Je ne précise pas dans quelle interprétation, les habitués de CSS le savent ;-), mais l’interprétation seule ne suffirait pas à me faire déplacer et c’est donc aussi Mahler que je vais écouter !!!

S qui déteste le mauvais goût ;-) !

10. Le lundi 21 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Vartan :
Le bon goût a-t-il cette importance en 1900 qu'on lui allouait au XVIIIième par exemple ? Comme tu le soulignes, ce caractère outré, cette expresivité parfois triviale me semblent indispensables à sa musique. Sans elles on s'ennuierait vite, un peu comme chez Bruckner, non ? :-))

Ah là là, Vartan, tu veux me faire avoir des ennuis ! Bruckner ne savait pas orchestrer, mais il avait de très beaux mouvements lents, quand même !

Oui, tout à fait d'accord, le bon goût n'est pas du tout le propos de ce genre de musique (ni de l'époque ! Kokoschka ou Dehmel, pour rester dans les parages, ce n'est pas non plus de bon goût), et on s'en fiche assez. Mais je m'amuse beaucoup de cette levée de boucliers imprévue pour le nier !

11. Le lundi 21 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Vartan :
Le bon goût a-t-il cette importance en 1900 qu'on lui allouait au XVIIIième par exemple ? Comme tu le soulignes, ce caractère outré, cette expresivité parfois triviale me semblent indispensables à sa musique. Sans elles on s'ennuierait vite, un peu comme chez Bruckner, non ? :-))

Ah là là, Vartan, tu veux me faire avoir des ennuis ! Bruckner ne savait pas orchestrer, mais il avait de très beaux mouvements lents, quand même !

Oui, tout à fait d'accord, le bon goût n'est pas du tout le propos de ce genre de musique (ni de l'époque ! Kokoschka ou Dehmel, pour rester dans les parages, ce n'est pas non plus de bon goût), et on s'en fiche assez. Mais je m'amuse beaucoup de cette levée de boucliers imprévue pour le nier !

12. Le lundi 21 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie ! Heureux de vous relire !


Sur Gustav et le mauvais goût.

Rassurez-vous, ça avait aussi fait tiquer Bruno.


Ironique voire cynique, critique, burlesque, caricaturale, brutale et parfois presque vulgaire, oui, sans aucun doute sa musique l’est,

Je crois que vous avez tout dit.

la sensibilité à vif d’un homme que la vie n’a pas épargné,

Certes, mais tout de même, il n’est pas exactement la figure du compositeur maudit lorsqu’il écrit ses œuvres les plus sombres.

Pour revenir à Mahler, que sa musique soit à la « frontière du pathétique et du grotesque », oui, si on sous-entend qu’il l’a voulu, non, absolument non, si on pense qu’il est le « mauvais goût fait musique » !!!

Je pense qu’il assumait pleinement les deux, même s’il n’aurait pas aimé l’entendre sous cette forme.


Et que ce « tout de même fascinant pour ceux qui l’aime » sonne faiblement !

Et pourtant, c’est un compositeur que j’écoute très régulièrement, et il me fascine tout à fait, non pas malgré son mauvais goût, mais avec son mauvais goût qui est constitutif de son langage.

C’est amusant comme cette petite sentence délibérément provocatrice (mais gentiment provocatrice) fait de l’effet, sans qu’on la mette sur le compte de mon mauvais esprit. Ca se voulait un résumé « expressif » de ce que je disais dans la présentation, résumé volontairement hâtif et déformé.

Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est plutôt un constat esthétique : Mahler n’est pas l’équilibre ni la mesure incarnées. Ligeti, ce serait encore pire. Ca n’en fait pas de la musique indigne, pas du tout, ça n’en diminue même pas la valeur !


Il ne rend pas hommage à ce compositeur « difficile »,

Et pourtant… et pourtant je ne lui aurais pas consacré ces petites notices (et je ne serais pas en train d’ingurgiter Das Klagendelied pour en rendre compte) si je ne souhaitais pas lui rendre hommage et aider potentiellement ceux qui ne sauraient pas comment aborder ce compositeur.


J’ai mis plusieurs années à aimer ses œuvres (et d’ailleurs je n’aime toujours pas tout), et elles me donnent régulièrement des sensations musicales dans les plus belles que je connaisse !

En salle, c’est terriblement efficace, il connaît son orchestre, le bougre. Au niveau de l’impact physique, c’est ce que je connais de plus saisissant – Wagner n’était pas négligeable non plus dans ses œuvres les plus abouties (parmi lesquelles je compte le Hollandais).


Et comme précisément je ne me lasse pas de revivre les émotions fortes, je m’en vais demain réentendre ses Kindertotenlieder bouleversants. Je ne précise pas dans quelle interprétation, les habitués de CSS le savent ;-), mais l’interprétation seule ne suffirait pas à me faire déplacer et c’est donc aussi Mahler que je vais écouter !!!


Je n’en doute pas ! Quand bien même je souhaiterais « pourfendre » Mahler (il y aurait plus urgent, pourtant !), je ne chercherais pas à nier qu’on puisse l’aimer à bon droit !


Seule concession que je ferai : je « pique » d’autant plus volontiers Mahler que j’ai une dent contre lui depuis ma rencontre avec sa femme. (Je vous la présenterai si vous êtes sage.)

13. Le lundi 21 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Sur Almschi.


Un mot ensuite sur Alma Mahler.

Autant vous prévenir immédiatement, vous avancez sur un terrain abondamment miné. Je crois d’ailleurs que vous avez explosé une ou deux fois durant votre parcours. :-)


Certes, Gustav a été aussi « cruel » pour sa femme que son âme l’a été pour lui puisqu’il lui a en effet interdit de composer.

Dans les faits, ça a été en fin de compte plus compliqué puisqu’il savait manifestement qu’elle avait marginalement continué à composer. Mais sa lettre est difficilement qualifiable, en effet, surtout les insinuations sur l’absence d’intérêt de ses compositions qu’il avait à peine lues (ou pas lues du tout). D’autant plus dommage que sa musique à elle est plus géniale que la sienne à lui… L’ego de Mahler, d’une structure assez semblable à ses symphonies, nous a privé d’un compositeur majeur du premier vingtième. Cela, l’Histoire le lui pardonnera peut-être, mais certainement pas moi !


Cependant, je ne porte guère Alma dans mon cœur. Je ne connais pas assez sa musique,

Carton rouge. Game over. Shame on you.

Il va falloir arranger ça très vite, vous savez, sinon l’antispam va devenir des citations des poèmes mis en musique par Alma. :-))


mais dans sa vie privée, cette femme a littéralement fait la chasse aux génies : elle a eu trois maris dans « les Arts », un musicien donc, un architecte et un peintre.

Premier baiser avec Klimt, liaison platonique avec Zemlinsky qu’elle aurait pu épouser, maîtresse de Kokoschka, etc. Mais le troisième n’est pas peintre, il s’agit de Franz Werfel, romancier (pas très convaincant comme poète), considéré à son époque comme l’équivalent de Thomas Mann.

Assoiffée de grands hommes,

Cliché à la Françoise Giroud. La lecture de son journal intime laisse comprendre combien elle était déchirée au moment de son mariage, entre Zemlinsky dont elle était très proche et Mahler qui la fascinait. Un personnage extrêmement touchant.

C’était bel et bien la passion qui l’entraînait, de pair avec une fascination esthétique, bien sûr, mais est-ce illégitime ?

Votre jugement laisserait entendre qu’elle aurait couru après les « grands hommes ». Que nenni ! Ce sont eux qui l’ont sans cesse poursuivie de leurs assiduités – au point qu’elle a quitté Kokoschka lorsque sa fascination pour elle a fini par la terrifier. Et elle a dû beaucoup choisir tout au long de sa vie…
Et cela, ce n’est pas que son journal qui le dit, ce sont aussi les témoignages des proches qui nous en informent, assez nombreux, y compris du côté « opposé » de Mahler.


elle ne brillait qu’à travers eux

Mensonge. Elle brillait avant tout par son esprit ravageur et son charisme très particulier. C’est bien pour cela qu’ils étaient tous lovés à ses pieds.
Et, soit dit entre nous, c’était bien légitime parce que, tous autant qu’ils sont, ils ne lui arrivaient pas à la cheville.


et osa pourtant dire dans sa biographie que sans elle ils n’auraient pas été grand-chose, ce qui est possible, mais qui manque cruellement de modestie.

Son autobiographie a été écrite tard, et comme tout le monde, elle a un peu réaménagé sa vie. Elle a notamment supprimé tous les allusions à son écriture (véritablement) illisible.

La seule chose qu’on peut concéder, c’est qu’elle avait tendance à des indiscrétions qui ont parfois créé des brouilles.

Mais on s’en fiche, on veut juste entendre ses œuvres, exécutées correctement si possible. Et qu’on cesse de nous la présenter comme l’ombre de ce nabot Gustav.


(Je vous avais prévenu que le terrain était explosif.)


Nonmé.

14. Le lundi 21 mai 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Merci pour ces réactions rapides et explosives ;-) !!!
Je ne relirai pas la biographie d'Alma pour le plaisir de répondre à vos commentaires, une fois m'a suffit, même si c'était il y a vingt ans ! Elle m'a fait très mauvaise impression en tant que personne (en effet je me suis trompée avec Werfel, qui n'était certes pas un Thomas Mann, mais pour lequel je ne partage pas votre avis), et je ne pense même pas à ses nombreuses liaisons (chacun sa vie), mais plutôt à son honnêteté intellectuelle. Alors, non merci pour la présentation ;-) !
Quant à Gustav, oui, j'ai bien senti que ce "mauvais goût" était chez vous plus symbolique que réel. Pour qui connait votre esprit facétieux, cela n'est pas "dangereux", mais pour les "autres", je ne peux pas laisser passer ce genre d'expression sans demander des précisions, et voila aussi pourquoi je ne peux pas laisser passer votre provoquant "nabot", qu'il soit à prendre au sens propre (Mahler n'était physiquement pas grand) ou au sens figuré ;-) !
Et ne vous en faites pas, dans les lignes que vous lancez sur la toile, je sais reconnaitre celles que vous appâtez selon mes (mauvais) goûts, et j'y mords toujours avec gourmandise :-) !
S

15. Le lundi 21 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Merci pour ces réactions rapides et explosives ;-) !!!

A présent que vous revoici, je m'apprête en vous en adresser d'autres, moins rapides mais plus consensuelles. :)


Je ne relirai pas la biographie d'Alma pour le plaisir de répondre à vos commentaires, une fois m'a suffit, même si c'était il y a vingt ans !

C'était son autobiographie, ou une biographie ? Et dans ce second cas, laquelle ?

Parce que celle de Giroud est vraiment un monument de moralisme lamentable, d'après les extraits que j'en ai lus...


Alors, non merci pour la présentation ;-) !

Il se pourrait que vous y soyez exposée quand même. Mes excuses par avance. :)


Quant à Gustav, oui, j'ai bien senti que ce "mauvais goût" était chez vous plus symbolique que réel. Pour qui connait votre esprit facétieux, cela n'est pas "dangereux", mais pour les "autres", je ne peux pas laisser passer ce genre d'expression sans demander des précisions, et voila aussi pourquoi je ne peux pas laisser passer votre provoquant "nabot", qu'il soit à prendre au sens propre (Mahler n'était physiquement pas grand) ou au sens figuré ;-) !

Non, jamais sur le physique. Je voulais parler en envergure musicale comparée, bien sûr. :)


Et ne vous en faites pas, dans les lignes que vous lancez sur la toile, je sais reconnaitre celles que vous appâtez selon mes (mauvais) goûts, et j'y mords toujours avec gourmandise :-) !

Et avec suffisamment de conviction pour combler le pêcheur facétieux. :-)

16. Le lundi 28 mai 2007 à , par Bra :: site

J'aurais dû revenir plutôt... Ma pensée a été dévoilée !Sans plaisanter, je suis assez d'accord avec les propos de Sylvie Eusèbe qui auraient pu être miens. Et je comprends aussi ce que voulait dire la"phrase" sur le mauvais goût.

17. Le lundi 28 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

Tant que ce ne sont pas ses propos sur Schindler qui sont partagés, tout va bien. ;)

18. Le lundi 28 mai 2007 à , par Bra :: site

J'avoue ne pas connaître grand chose de l'oeuvre d'Alma Mahler et, de sa vie, seulement qu'elle a été l'épouse de plusieurs grands, dont Mahler, et qu'elle a malheureusement la mauvaise réputation d'avoir couché avec tout ce que Vienne pouvait compter de grands personnages... après... bien peu donc...

19. Le lundi 28 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

En réalité, c'était plutôt tout Vienne qui rêvait à elle. Elle a eu somme toute, pour ce qu'on en sait, assez peu d'aventures. Il y a surtout eu la période Kokoschka à la fin de son mariage avec Mahler.

Mais l'important, c'est bien sa musique, et quelle musique ! Je ne sais pas si ça te tentera, il n'y a que du lied, mais plutôt que d'écouter des lieder de Wolf, Zemlinsky, Schreker ou le jeune Webern, le choix est vite fait. ;)

20. Le mercredi 30 mai 2007 à , par Bra :: site

On va donc tenter de trouver ça, dans une version des mieux possibles.

21. Le mercredi 30 mai 2007 à , par DavidLeMarrec

C'est assez difficile à trouver (une bonne version), mais je dois en causer bientôt. Sinon, je peux aussi te fournir quelques pistes discrètement. :)

22. Le jeudi 31 mai 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Me voici de retour !
Je pensais à l'autobiographie d'Alma Mahler. Je crois que j'ai dû aussi lire celle de F. Giroud mais je ne m'en souviens pas.
Merci à Bra pour son soutien :-).
Je place ci-dessous le petit dernier puisqu'il traite de Gustav maltraité, mais libre à vous, cher David, d'en faire ce que vous voulez (de mon compte-rendu, bien sûr, pas de Gustav ;-) ) !


Nantes, Cité des Congrès, mardi 22 mai 2007, 20h30.
Concert, S. Barber : Adagio pour cordes, G. Mahler : Kindertotenlieder,
A. Dvorak : Symphonie n° 9 « du Nouveau Monde ».

Orchestre National des Pays de la Loire ; Isaac Karabtchevsky, direction ; Nathalie Stutzmann, contralto.

Je n’avais pas l’intention d’écrire un compte-rendu sur ce concert mais, un peu plus d’une semaine après, ma déception est encore si forte que j’espère pouvoir l’atténuer en la mettant par écrit ! Et puis surtout, je souhaite que l’on sache que le chef, qui a pourtant un parcours professionnel impressionnant, et l’orchestre sont, à mon avis bien sûr, totalement passés à côté de ce concert.

Je n’ai rien de spécial à signaler à propos de l’Adagio de Barber, si ce n’est que cette pièce très célèbre est facilement larmoyante, mais que là, elle est restée de glace, et moi aussi.
Après cette « ouverture » mollement applaudie par le public, les Kindertotenlieder ont été joués, mais j’y viendrai plus bas.
Je m’arrête un instant sur la 9ème symphonie de Dvorak qui occupait à elle seule la seconde partie du concert. Archi-connue elle-aussi, c’est une œuvre dont j’apprécie les thèmes, l’énergie et la richesse de l’orchestration. Je me faisais une joie de l’écouter en concert pour la première fois (eh oui !), j’étais ravie de l’entendre « sonner » en vrai ! Eh bien, non, elle n’a pas sonné, elle n’a pas brillé, mais elle a plutôt tambouriné une bourrée slave avec ses gros sabots : pas de pianissimi, pas de finesse, pas de nuance. L’orchestre et son chef ont souligné bien grassement chaque trait, sans poésie, sans élégance, et que cette musique tourne vite à la lourdeur si on n’y met pas un peu d’air ! Je me suis tellement ennuyée que j’en ai bâillé, ce qui est vraiment exceptionnel parce que je suis tout de même plutôt « bon public » et je trouve toujours quelque chose à me mettre sous l’oreille. Quant au public nantais, c’est lui qui a été bon public : visiblement très heureux de se sentir mélomane parce qu’il était en terrain connu, il a bien applaudi cette pauvre symphonie.

Il a en revanche fait un accueil poli mais un peu froid aux Kindertotenlieder de Mahler, musique certainement beaucoup plus « exotique » pour lui que les deux autres œuvres de cette soirée.
En redingote violette et sans partition, Nathalie Stutzmann est apparue vocalement très en forme dès ses premières notes sur « Nun will die Sonn’ so hell aufgehn ». Certes, la douce évidence de ce « maintenant le soleil radieux va se lever » chanté par la contralto pouvait masquer quelques instants la pesante fatalité des drames nocturnes. Mais la direction d’Isaac Karabtchevsky ne cachait pas une seconde la brutale lourdeur de l’orchestre. Dès ce tout premier instant, j’ai malheureusement senti que les cinq Kindertotenlieder allaient être joués de la manière la moins subtile que je connaisse, à tel point que c’était difficile de voir et d’entendre Nathalie Stutzmann essayer malgré cet anti-accompagnement de mettre toute son expressivité et son art au service de cette œuvre délicate, à la fois si belle et si déchirante.

Les instrumentistes solistes avaient pourtant d’assez belles sonorités, mais leur défaut majeur était de jouer trop fort, ou plutôt de ne pas savoir jouer pianissimo. Même la flûte toute seule était déjà trop forte ! J’ai eu aussi la très désagréable impression que le chef n’était pas arrivé à donner une cohésion à ses musiciens : chacun jouait pour lui-même et n’écoutait pas les autres.
Comment dans ces conditions espérer entendre le dialogue entre le chant et les vents au début du troisième Lied ?
Comment espérer que les musiciens annoncent ou reprennent délicatement les intonations de la chanteuse, comme lorsque la symbiose, même partielle, se fait ?
Comment espérer entendre la profondeur sonore de l’orchestre mahlérien, comment espérer être touché par la profondeur de sa musique ?

Quand j’écoute cette œuvre, j’attends toujours beaucoup de son final, de ces derniers vers chargés d’une douleur qui se transcende. Une musique immatérielle se met à planer doucement au-dessus de la Terre et souligne ainsi ce dépassement. La contralto a étiré certaines voyelles (ah ses « i » qui me donnent toujours le vertige !), avec sa prononciation détaillée elle a ciselé les mots et les sons, elle nous a montré que la beauté et la noblesse de son chant désiraient tellement nous arracher à notre monde ! Hélas, c’était peine perdue ! L’orchestre et son chef n’ont pas su profiter de cette ouverture vers l’au-delà qui leur manquait pourtant cruellement. Ils sont restés lourds et gauches au ras du sol, sans grâce, définitivement sans inspiration, peut-être même sans aspiration. Devant tant d’incapacité à être digne du talent de la chanteuse, Isaac Karabtchevsky et son orchestre m’ont laissée déçue, dépitée, triste pour Gustav Mahler et Nathalie Stutzmann.

Ce concert était le premier d’une tournée de six identiques que ces mêmes interprètent ont donnés jusqu’au 30 mai dans la région. J’espère vraiment que les autres soirées ont été plus inspirées.
Le programme et les micros disposés sur la scène nous ont signalé que le concert était enregistré. Sa diffusion est prévue en septembre prochain sur France Bleu Loire Océan. Je ne regrette pas de ne pas recevoir cette radio chez moi.

Sylvie Eusèbe, 30-31 mai 2007.

23. Le jeudi 31 mai 2007 à , par Morloch

Un texte anecdotique mais hilarant sur Alma Mahler dans un livre que je viens de finir : " Marseille, année 40 " de Mary Jane Gold chez Phebus Libretto.

Mary Jane Gold était une jeune américaine fortunée qui a trouvé exhaltant de participer au sauvetage de réfugiés politiques européens au début de la seconde guerre mondiale. Elle est une narratrice subtile des évènements qu'elle a vécu et brosse rapidement quelques portraits de personnes croisées dans le cadre de l'action de son réseau.

Le récit de la fuite de Franz Werfel et d'Alma Werfel (profession : muse, d'après MJ Gold), accompagnés d'Heinrich Mann, vers la frontière espagnole est un des bons passages de ce livre, dans lequel on apprend qu'il n'est pas simple de traverser les Pyrénées à pied avec les 12 valises d'une Alma Mahler qui a pour seules chaussures de marche des sandalettes de luxe, et un Franz Werfel clamant son identité en allemand à la cantonade aux pires moments imaginables. On doit reconnaître un réel panache à ces réfugiés un peu exotiques qui font contre mauvaise fortune bon coeur, en fêtant l'issue heureuse de chacune de leur petites péripéties en commandant du champagne dans de minuscules troquets marseillais, pyrénéens puis espagnols.

Des manuscrits autographes de Gustav Mahler ont d'ailleurs été perdus lors de ce périple tragico-comico-misérablo mondain,au cours duquel la petite troupe traversera la frontière trois fois par erreur avant de miraculeusement atteindre son but, laissant pantois le contact américain chargé de les accueillir en Espagne qui ne pensait plus les voir avec leurs plusieurs jours de retard.

Il est difficile de savoir ce qui est exact ou inventé dans ce récit, mais Alma Werfel apparaît comme une figure haute en couleurs perdue dans un monde qu'elle ne comprend plus. Et sa grande préoccupation est la conservation des manuscrits de Gustav Mahler, prioritairement à toute autre chose.

Un petit extrait choisi pour faire bondir l'infâme David :)

" Jeune fille, elle imaginait sacrifier sa vie au bonheur de l'homme qu'elle aimerait; avec Mahler, elle trouva largement l'occasion de donner libre cours à son désir. Elle se révolta bien contre sa tyrannie, mais pour admettre au bout de compte que sa dévotion avait reçu sa récompense; car, bien que ses talents musicaux eussent été éclipsés par le génie de son mari et que sa belle jeunesse se fût passée à se soumettre à ses excentricités et à soigner ses maladies, elle ne se sentit jamais de sa vie aussi proche de quelqu'un. En outre, elle eut le privilège de suivre ses symphonies, de la cinquième à la dixième (inachevée), du matin de leur création au soir de la première." (page 227).

24. Le jeudi 31 mai 2007 à , par Morloch

oups, c'est Marie Jayne Gold (je me disais aussi, un message sans fautes...)

25. Le dimanche 3 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Sylvie !

Si vous avez lu Françoise Giroud, vous pouvez en effet oublier tout le pan sottement moralisateur du bouquin. La dernière phrase est un monument :
Là, dans sa prison de pierre, il n'y a plus de place pour l'arrogance.

A défaut de pouvoir viser à l'objectivité, le minimum chez un biographe me paraît tout de même :
- de développer un minimum d'empathie pour tâcher de donner à comprendre les ressorts du personnage ;
- de ne pas passer sous le silence de sa propre ignorance (ou idéologie ?) des parts fondamentales de la personnalité étudiée. Alma Schindler sans sa pratique musicale comme compositrice, ou vue comme une mondaine sans coeur, c'est passer très largement à côté de l'essentiel.

Françoise Giroud a sans doute été passionnée par la liberté (relative, d'ailleurs) du personnage, mais a étrangement plaqué sur cette existence des schémas moraux extrêmement rigoureux, comme en guise d'expiation. Sans doute une vision de l'émancipation "à l'huile de coude", qui n'était pas du tout la visée d'Alma, et qui nous apprend vraisemblablement plus sur F. Giroud elle-même.


(de mon compte-rendu, bien sûr, pas de Gustav ;-) ) !

Gustav aura déjà suffisamment de quoi s'occuper devant son Créateur, lorsqu'il lui faudra expliquer qu'il a privé l'Humanité d'un de ses principaux génies - Licht in der Nacht, pour reprendre le titre de son premier lied publié, sur un poème de Dehmel.

Pour le reste, je m'en charge.

26. Le dimanche 3 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Morloch, dois-je vous remercier ?

De tant de perfidie, ô Cie-el ! Fais-nous raiso-on !


Il est difficile de savoir ce qui est exact ou inventé dans ce récit, mais Alma Werfel apparaît comme une figure haute en couleurs perdue dans un monde qu'elle ne comprend plus.

Elle devait être, incontestablement, plus à l'aise à New York, lorsque paraissaient ses petits recueils de lieder, qu'à marcher dans la forêt. Les femmes d'esprit ne sont pas plus formées à cela que leurs homologues masculins. Parce que Mahler ou Werfel dans une forêt montagneuse ou une montagne forestueuse, ce devait être quelque chose.


" Jeune fille, elle imaginait sacrifier sa vie au bonheur de l'homme qu'elle aimerait; avec Mahler, elle trouva largement l'occasion de donner libre cours à son désir.

C'est bien ce qui se passe en recevant la fameuse lettre goujate. Poverina !


Elle se révolta bien contre sa tyrannie, mais pour admettre au bout de compte que sa dévotion avait reçu sa récompense; car, bien que ses talents musicaux eussent été éclipsés par le génie de son mari et que sa belle jeunesse se fût passée à se soumettre à ses excentricités et à soigner ses maladies, elle ne se sentit jamais de sa vie aussi proche de quelqu'un. En outre, elle eut le privilège de suivre ses symphonies, de la cinquième à la dixième (inachevée), du matin de leur création au soir de la première." (page 227).

Pour le talent éclipsé par le génie (qui reprend les propos de Mahler comme parole d'Evangile - déjà qu'on a bien tendance à secouer ceux-ci, alors Mahler...), on imagine que tout écrivain ne peut pas connaître précisément et évaluer cette production qui est restée confidentielle et jugée mineure par plus averti que soi. Entre mélopathes, c'est différent, on peut aller vérifier.
Sans compter lorsqu'on se prétend biographe. [souriard très méchant qui hoche la tête d'un air désapprobateur]

En revanche, pour le privilège absolu de devoir lire de force les manuscrits de Vater Mahler, on se marre un peu, hein. "Elle a perdu sa vie à faire le garde-malade (mais elle en avait envie), elle a souffert le martyre, mais quelle chance, elle a pu lire les épreuves griffonnées de symphonies qu'elle n'aimait pas." Wahou. Trop du bol.

(Au passage, Mahler revendiquait une certaine indépendance, et Alma souffrait plus de sa distance que de ses problèmes de santé qui l'attendrissaient réellement, il me semble.)

27. Le mercredi 6 juin 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Bravo en effet à Françoise Giroud pour cette dernière phrase qui est d'ailleurs fausse parce que l'arrogance se niche jusque dans les monuments... funéraires ! Et je suis d'accord avec vous quant à l'attitude que l'on attend d'un biographe.
Pour le reste, plus de commentaires de ma part ;-))) !

28. Le mercredi 6 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Oui, sinon nous plongerions dans le plus noir de l'opéra :

SILVIA
Tutto tentai per evitar la pugna.
Davidde mi raggiunse, m'insultò...
L'uccisi.

29. Le mercredi 6 juin 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Excellent final !!! 3-D !!!

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David Le Marrec


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