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[Atmosphères] Wilhelm Stenhammar : la paix mélancolique


Il arrive fréquemment, chez l'un ou l'autre auditeur, de se trouver à la recherche d'atmosphères particulières, qui ne se rencontre pas nécessairement en priorité chez les "grands compositeurs", dont les écritures très typées ne correspondent pas forcément à certaines émotions simples.

C'est pourquoi CSS se propose, de temps à autre, de cibler une émotion et de proposer des musiques qui la suscitent ou la secondent. Il existe évidemment une part non négligeable de subjectivité dans l'entreprise, mais c'est aussi un moyen intéressant de brasser du répertoire un peu différemment.

Aujourd'hui, je m'attacherai à un compositeur dont je pense depuis ma première écoute qu'il aurait sa place dans les salles de concert auprès d'un large public. Non pas que ce soit à proprement parler un génie méconnu, mais il occupe un créneau émotionnel prisé du grand public et qu'on trouve finalement assez peu dans les oeuvres du "grand répertoire".

Carl Wilhelm Eugen Stenhammar (1871-1927) est un représentant du romantisme tardif scandinave, parmi d'autres. Il est très loin de la densité presque classique de son aîné Hjalmar Borgstrøm, de l'envergure épique de Hugo Alfvén dans sa Première Symphonie, ou des bizarreries de son cadet Rued Langgaard. En revanche il est bien plus intéressant que ce peut produire la sympathique dynastie Hartmann, par exemple.

Ce sont simplement des oeuvres agréables et réussies, sans fulgurances majeures sans doute, mais aussi sans bavardages.

Il répond à une forme de simplicité émotive qui peut le faire comparer à Mozart d'une certaine façon, avec de grandes réussites dans le domaine de la mélancolie douce, quelque chose de légèrement sombre, de très rêveur, mais sans aucune violence ni amertume. Typiquement la mélancolie postromantique, et avec une grande évidence qui le rend accessible à tous - alors même que ses oeuvres sont structurellement tout à fait solides.

Comme beaucoup d'auditeurs (pas forcément le profil des lecteurs habituels de CSS au demeurant) sont assez sensibles à ces couleurs, à ce type de voyage qui fait écho à des expériences qu'on peut fréquemment réaliser dans le domaine filmique, on ne peut trop recommander d'aller y puiser de plaisants prolongements.

Oeuvres recommandées ?

L'oeuvre qui s'impose dans cette perspective est d'abord la Sérénade pour orchestre, son oeuvre la plus célèbre. Avec une clarté presque pastorale, l'oeuvre n'abondonne en rien son lyrisme mélancolique, romantique en diable.

D'humeur plus sombre, le Second Concerto pour Piano se révèle de plus assez original dans son traitement du soliste, pas vainement brillant alors que très exposé. L'homogénéité de sentiment entre le piano et l'orchestre se montre d'ailleurs une belle réussite.

Les Symphonies peuvent efficacement compléter cette veine dans un second temps.

Disques recommandés ?

Pour les disques, on fera simple. Il existe quantité de versions très recommandables de la Sérénade, mais la version de Neeme Järvi chez BIS se distingue comme particulièrement inspirée, voluptueuse et remarquablement captée. Il existe par ailleurs désormais un coffret regroupant les deux Symphonies, les deux Concertos, la Sérénade, plusieurs poèmes symphonies et des oeuvres avec voix par Neeme et Paavo Järvi, le tout à très haut niveau :


C'est clairement un excellent choix.

Sinon, concernant le Deuxième Concerto, un disque récent de Marie Rørbech accompagnée par Okko Kamu (Orchestre Symphonique National Danois) se révèle particulièrement réussi, et la prise de son permet d'entendre des rapports de masse entre piano et orchestre particulièrement intéressants. Néanmoins, le disque (EMI) est couplé avec le concerto de Grieg, ce qui ne permet pas de gonfler beaucoup sa discothèque Stenhammar.

Enfin, signalons à tout hasard aux curieux de direction d'orchestre que le disque de Paavo Järvi consacré au compositeur chez Virgin Classics (Symphonie n°2 et poème symphonique Excelsior ! notamment) n'est pas spécialement extraordinaire, et en tout cas ne paraît pas du tout supérieur à l'interprétation paternelle.

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En attendant une prochaine édition dans le kiosque des lutins.


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Commentaires

1. Le mercredi 24 novembre 2010 à , par Jorge :: site

Je n'ai pas voulu laisser de commentaire tout de suite, de peur de tuer dans l'œuf cette série de billets qui s'annonce tout à fait intéressante. Mais... J'ai écouté la sérénade et le concerto pour piano dans les interprétations conseillées. Et... J'ai trouvé ça, disons... gentil. :-D

Pourtant moi qui suis assez client des ritournelles bébêtes des BOF, je pensais être très enclin à aimer ce que tu décrivais si bien.

La prochaine fois, peut-être ?

2. Le dimanche 28 novembre 2010 à , par Insula dulcamara :: site

J'anticipe peut-être sur de futurs billets de la série "atmosphères", mais j'associerais volontiers à ces attachants compositeurs de la "paix mélancolique" des noms comme Josef Suk (la Méditation sur un vieux choral, Asrael, Contes de fées...) ou encore l'aimable Gerald Finzi (l'Eglogue pour piano et cordes).

3. Le dimanche 28 novembre 2010 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Jorge !

Effectivement, Stenhammar est sans doute plus proche de la discrétion de Stothart que du flamboiement de bandes originales plus post-Williams. C'est un charme discret qui a quelque chose d'assez classique dans sa conception avant tout formelle de la musique - on sent qu'on est du côté germnique de la musique, et pas dans la recherche d'atmosphères à la française.

Il n'empêche que c'est un compositeur qui sans avoir rien de génial, est particulièrement délicat et touchant, pour moi. Je pense qu'il aurait de quoi plaire à un vaste public, par son côté "agréable", mais aussi "émotif", malgré tout. :)

4. Le dimanche 28 novembre 2010 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Insula !

Au contraire, ces recommandations sont très bienvenues. :-) Et par ailleurs elles ne figurent pas dans mon agenda à ce jour, donc pas le moindre risque d'interférence. C'est vrai que Finzi peut se rapprocher de cette mélancolie confortable, peut-être plus sur le versant salon que sur le versant pastoral de Stenhammar, si ces images ont un sens...

Je ne mettrais pas forcément Suk dans cette catégorie, ça me paraît d'un lyrisme plus intense, que je rapprocherais (assez logiquement) de Smetana - mais il est vrai que cette composante s'y trouve aussi.

5. Le jeudi 13 janvier 2011 à , par Antoine

Surpris de ne rien lire sur la première symphonie de Stenhammar qui me rappelle tellement l'admirable opus 86 de Schumann...

6. Le vendredi 14 janvier 2011 à , par DavidLeMarrrec

Bonsoir Antoine,

Pourtant, si, elle figure parmi les disques recommandés...

Mais l'objet de cette notule était de toute façon de dresser une évocation assez générale, très loin d'un commentaire précis des oeuvres.

Atmosphérique, en somme. :-)

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