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Dagmar Šašková — romantisme tchèque sur des poèmes populaires : Bendl, Dvořák et Novák


Son duo avec Vendula Urbanová dans les mélodies de Martinů et Kapralová a déjà été élu spectacle de l'année la saison passée. Dagmar Šašková revient au Centre Culturel Tchèque pour deux concerts : le prochain (et dernier du grand cycle de cinq concerts donnés au CCT) sera le 4 novembre, consacré à ce jazz des compositeurs décadents d'Europe centrale. Je suis pris par Circé, Scylla et Glaucus ce soir-là, mais nul doute que ce sera, une fois de plus, grand (j'hésite carrément à me débarrasser de ma place versaillaise).

Samedi soir, donc, cycles de chants populaires tchèques mis en musique par des romantiques : Mélodies tziganes de Karel Bendl (1838-1897), Chants populaires slovaques et Ballade des montagnes de Vítězslav Novák (1870-1949), puis les deux plus célèbres cycles d'inspiration populaire d'Antonín Dvořák (1841-1904) : Mélodies tziganes Op.55 et Dans le ton national Op.73. À cela s'ajoute une pièce pour piano de Smetana, très belle et virtuose (comme d'habitude), tirée de ses danses de salon mais étonnamment agile, contrastée et narrative.


« Když mne stará matka », quatrième des Mélodies tziganes de Dvořák, lent tournoiement évocateur de l'apprentissage de la danse.
Le texte d'Adolf Heyduk est aussi utilisé dans le cycle du même nom de Bendl.


Les Bendl et plus encore les Novák n'ont, il faut le dire, pas un intérêt majeur : il se passe peu de choses musicalement, et le texte palpite bien peu, même dans la Ballade des montagnes (où l'on assiste à une suite de coups de théâtre, dont un miracle) où se succèdent tout au plus des atmosphères, sans que le détail soit finement expressif.

En revanche, les Dvořák ne sont pas déplaisants, même s'il ne s'agit pas du témoignage le plus riche de son art. Et culminent dans la pièce mise en extrait ci-dessus. La prise de son (qui dissocie bizarrement les parties de la voix) ne rend absolument pas justice à présence fulgurante de Dagmar Šašková en vrai : le timbre, doux, se termine très en avant, à la limite d'une légère stridence ; chaque note est ainsi à la fois suave et très présente physiquement, avec beaucoup d'angles, de détail (même si j'ai trouvé la diction un rien plus paresseuse cette fois), d'expression… et, toujours, comme parcourue d'un petit sourire primesautier.

Il est vrai que je suis très sensible à l'esthétique vocale tchèque, à la fois claire, antérieure et très naturellement projetée — une figue s'achevant sur une pointe de citron ; mais le disque nous a surtout laissé la trace d'instruments dramatiques d'un tranchant parfois aux limites de l'ingratitude (comme Děpoltová, mais aussi d'autres assez fascinantes comme Kniplová et Červinková). L'ascendance de Šašková est davantage à chercher du côté de Šubrtová, mais d'un format moins lyrique (presque baroqueux), et sans ce petit confort un peu moelleux gentil — Šašková irradie plus qu'elle n'est gentille.

Bref, comme à chaque fois : vous avez vraiment eu tort de ne pas venir. Dans soixante ans, on vous demandera si vous avez vu Šašková chanter les airs de cour et mélodies comme on vous demande aujourd'hui si vous avez vu Callas dans la Traviata de Visconti. (Vraisemblablement pas, mais on aura tort en tout cas.)


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Commentaires

1. Le samedi 22 novembre 2014 à , par Dav' le brave

Bonsoir David.
Je ne regrette pas d'être allé écouter Il Festino et Dagmar Saskova chanter les airs de cour italiens et espagnols.
Merci pour ton conseil. J'aimerais bien la rééentendre (hormis que j'ai leur disque).

2. Le dimanche 23 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

J'en suis ravi ! Pas besoin de te rembourser ton billet, alors ?

Elle a enregistré les motets de Pierre Robert avec Schneebeli, mais il y a peu de solos (et elle est terriblement mal captée). Sinon, j'ai quelques extraits de leur précédent programme (des Moulinié à boire) que je peux te passer.

Si tu n'as rien contre changer de répertoire, le Centre Culturel Tchèque de Paris a mis en ligne un magnifique concert Martinů & Kapralová, mais je trouve que la prise de son ne lui rend pas vraiment justice.

À défaut de mieux, le disque des airs de cour italiens sous Louis XIII est fabuleux.

3. Le dimanche 30 novembre 2014 à , par Dav' le brave

Non merci ! :)

Mais tout ce qu'a enregistré Dagmar Saskova peut élever mes oreilles revêches au chant par trop opératique, supra-opératique. :)

Les airs de Moulinié à boire, oui, mais n'est-ce pas publié, ou bien leur prochaine parution, qui ne saurait trop tarder ? J'ai entendu dire que c'est annoncé mais avec un retard.

J'écoute le disque des airs italiens qui est superbe et ensuite je regarderai la vidéo Martinu et Kapralová.

4. Le dimanche 30 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Ils donnent encore ce programme d'airs à boire de loin en loin, mais ça fait quand même au moins six ans qu'ils le font, ça m'étonne qu'un disque soit encore à paraître, sauf si leur notoriété décolle à ce point. En tout cas, je le leur souhaite (et à nous aussi).

(J'ai quelques extraits de leur lecture-concert Moulinié, si ça t'intéresse…)

5. Le dimanche 30 novembre 2014 à , par Dav' le brave

Il doit alors s'agir d'un autre programme, dont les références m'échappent, mais en attendant un peu il viendra.

Luth et viole de gambe plus présents en direct que sur le disque qui vient de s'achever, un bon souvenir de ces musiciens. :)

Moulinié, c'est sur le disque d'airs de cour italiens au temps de Louis XIII. Seguir piú non voglio, c'est là que j'ai pris une grande respiration et sorti mon livret, car je n'entends rien à l'italien. Cela m'a permis aussitôt d'entendre Dagmar Saskova ! :D

6. Le dimanche 30 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Ils avaient un programme sur L'Art d'Aimer que je n'ai pas entendu, je crois.

Moulinié, c'est aussi pour le cycle d'airs à boire (il en a écrit beaucoup, et ce sont les plus beaux de tout le répertoire à mon avis, même par-delà les styles et les époques).

Effectivement, beaucoup de Moulinié aussi dans son disque italien (il a pas mal composé d'airs en italien et espagnol).

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David Le Marrec


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