Carnets sur sol

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mercredi 30 juillet 2008

Une saison en France : Ernest REYER - Salammbô

(Mise à jour du 23 septembre 2008 : en fin d'article, nous avons enregistré des extraits de l'oeuvre pour Carnets sur sol.)

L'Opéra de Marseille, dont on susurrait qu'il remettrait en scène Sigurd, dix-sept ans après sa précédente exécution (avec notamment Cécile Perrin et Jean-Philippe Lafont), propose finalement Salammbô !

Rien que pour nous faire mentir, naturellement, puisque nous avions pris le pari que cet opéra, pour diverses raisons que nous allons vous livrer, ne serait jamais remonté...


Gravures représentant plusieurs scènes de l'opéra.

Etat de la discographie

L'oeuvre est nettement moins fondamentale que Sigurd [1] - mais Sigurd a déjà été joué il n'y a pas si longtemps à Marseille (il y a dix-sept ans), et à Montpellier en 1993 et 1995. Tandis que de Salammbô, il n'existe à notre connaissance dans les trois quarts de siècle passés qu'un extrait du second air du rôle titre, par Germaine Martinelli, pas fabuleusement interprété, et peut-être même pas reporté sur CD.

Il n'en existe donc aucune intégrale enregistrée, ni officielle, ni officieuse.

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Etat de la partition

Néanmoins, la réduction piano-chant se trouve aisément (et c'est une bonne nouvelle que le matériel d'orchestre existe toujours pour pouvoir remonter l'ouvrage [2]) chez les bouquinistes, et c'est par ce biais que CSS peut vous présenter l'ouvrage, suite à des lectures régulières de l'ensemble de l'oeuvre.

Il faut toutefois s'attendre, vu la durée réelle de l'oeuvre (trois heures minimum), à des coupures conséquentes à Marseille.

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L'oeuvre

Salammbô, le dernier opéra de Reyer, est une fort belle oeuvre, moins raffinée cependant que Sigurd. On rencontrera quelques facilités orientalisantes dans la mélodie (des descentes sinueuses de gammes en octaves, qui lorgnent parfois vers des debussysmes qui devaient être dans l'air du temps), et harmoniquement, bien que moins efficace de Sigurd, la recherche en est comparable : très soigné et assez inventif pour de l'opéra français. On ne pâlit pas face au modèle modulant meyerbeerien ; en particulier, on hérite d'un souci de sans cesse renouveler la poussée dramatique au moment où les phrases musicales pourraient retomber. On trouve même (ce qui n'est pas le cas de Meyerbeer, époque oblige) un certain nombre d'accords enrichis (certes avec mesure) ou d'anticipations qui créent de petites tensions pas très audacieuses, mais sensibles. A l'inverse, certaines pages sont remplies par un seul accord parfait arpégé, ce qui ressemble parfois à du remplissage, tout en suivant d'un peu loin les recettes de Sigurd.

Le livret d'après le roman de Flaubert est dû à Camille du Locle, également colibrettiste de Sigurd (d'apèrs le Nibelungenlied) et du Don Carlos de Verdi (d'après Schiller).

Reyer s'est toujours plongé dans des atmosphères lointaines, témoin :

  • Le Sélam, ode symphonique sur un texte de Théophile Gautier (1850) ;
  • Sacountala, ballet ;
  • La Statue, également dans un environnement oriental (malgré le frontispice très 'chevalier chrétien' de l'édition destinée aux familles), qui semble à la lecture assez schématique et faible, essentiellement centré autour de son vaste ballet (1861) ;
  • Erostrate, dont la partition est introuvable, car pas diffusée au grand public en raison de son échec immédiat, ce qui pique notre curiosité vu la réalisation très intéressante de ses deux opéras suivants, Sigurd et Salammbô...
  • Sigurd, dans l'atmosphère épique du Nord sauvage ;
  • Salammbô, dans une antiquité qui sonne assez arabisée à l'oreille contemporaine.


Malgré quelques tournures orientales attendues, Salammbô séduit par son sens incontestable du climat et par ses péripéties très esthétisées. Un opéra qui, sans être majeur, dispose de toutes les qualités pour toucher. On dépasse largement la qualité et l'intérêt de certains Massenet souvent joués comme Manon ou Don Quichotte.

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L'impossible résurrection

Nous prédisions cependant, malgré les séductions d'une pièce d'après Flaubert sur l'imaginaire d'un programmateur et des spectateurs ; malgré l'orientalisme plaisant, malgré la qualité de la partition, malgré le souffle de certaines scènes ; nous prédisions en effet que Salammbô ne serait jamais remontée.

Pourquoi ?

C'est très simple :

Lire la suite.

Notes

[1] Voir notre série autour du Sigurd de Reyer.

[2] Le matériel d'orchestre, pour les pièces qui ne sont pas des standards, est loué aux orchestres. Seul l'éditeur dispose d'une copie, et par voie de conséquence, pour les oeuvres rares qui n'ont pas besoin d'être présentes en plusieurs exemplaires, si le grenier brûle, est inondé ou si les rongeurs connaissent un petit surcroît d'activité musicophage, l'orchestration peut être perdue sans retour (si jamais les manuscrits ne sont pas bien rangés dans une bibliothèque...).

Suite de la notule.

Menus projets

Outre les propres 'concerts commentés' de CSS, qui devraient reprendre dès le début de l'année si nos partenaires sont toujours intéressés, une activité de spectateur itinérant est à prévoir, peut-être plus nette que pour les saisons passées. (Rien du tout pendant des années, Ulysse de Rebel à la Cité de la Musique en juin 2007, et Bruckner / Herreweghe à Saintes en juillet 2008.)

Quelques spectacles ont retenu notre attention. Nos suggestions peuvent peut-être donner quelques idées aux lecteurs de CSS, qui sait.

En avant pour le prosélytisme. Tour d'horizon de quelques représentations françaises engageantes.

Suite de la notule.

mardi 29 juillet 2008

Langue de vipère

Pour lire CSS médire méchamment du Don Giovanni d'Östman, c'est par ici.

Une exception dont il faut profiter, parce qu'ensuite vous mangerez encore recommandations et enthousiasmes pendant longtemps.

dimanche 27 juillet 2008

La musique classique, territoire millénaire des élites

Une petite réaction aux premiers commentaires postés sous cet article facétieux, sur le site très complet de G.T. . (Le site est actuellement en dérangement, ce sera, on l'espère, bientôt rétabli.)

Ce peut vraisemblablement intéresser (d'un point de vue tout autre, d'ailleurs) des lecteurs de CSS.


De la musique aristocratique populaire ?


Concernant le début de la discussion, en effet, le 'classique' est largement conçu pour une élite sociale (un divertissement de hautes classes sociales, qui dispose par son éducation des codes pour la comprendre) ou culturelle (ceux qui connaissent la musique d'un point de vue un minimum technique).

Ca n'empêche nullement tout le monde de l'apprécier, mais il est vrai que son origine est son expression est souvent restrictive de ce point de vue. Ca n'en reste pas moins une fausse question qui a relativement peu d'intérêt à mon avis, parce que l'essentiel est plutôt de savoir si on a envie/besoin de la découvrir (ce n'est nullement une obligation...), si on en a les moyens et si on a envie d'en faire l'effort. Avec les moyens actuellement existants (médiathèques, ouvrages de vulgarisation, sites, carnets ou forums divers, enregistrements libres de droits, tarifs préférentiels, spectacles de qualité gratuits ou à bas prix, radio...), c'est tout à fait possible. Avec un peu d'insistance aussi. Alors, c'est à chacun d'en ressentir ou non le besoin, et même si de toute évidence la culture de départ et le milieu social influent, ce n'est pas non plus une perte incommensurable s'il n'y a jamais d'accès à ce genre-là, ce ne doit pas être l'étalon pour juger de l'état de toute une société.

Mais il ne faut pas occulter qu'il existe des musiques 'classiques' conçues pour un usage populaire. C'est le cas pour une très large part de l'opéra italien, en particulier au XIXe et début du XXe, ce qui explique en partie sa simplicité par rapport aux autres expressions musicales de la même époque. La mélodie est première, le rythme simple, les histoires saisissantes. Et ça n'en produit pas moins des chefs-d'oeuvre (tout simplement des réalisations admirables, fondées sur cette norme).
On peut ajouter à cela certaines musiques de pompe destinées à être entendues par tous (et pas seulement chez les Soviétiques). (Evidemment, cela exclut toujours les provinciaux les plus éloignés des villes, mais c'est une autre problématique qu'il faudrait soulever ici.)
La musique religieuse (chrétienne) également, est pour (large) partie destinée à être entendue par tous, ce qui fait tout de même une large partie du répertoire destinée bien au delà d'une élite. Aujourd'hui encore, beaucoup de concerts d'orgue sont gratuits ou très peu chers.

Par ailleurs, on pourrait trouver beaucoup de nuances à apporter dans le détail : même l'art intrinsèquement aristocratique qu'était la tragédie lyrique au XVIIe siècle, calibrée tout entière sur le modèle du Roy, effectuant implicitement la chronique et l'éloge de sa vie, et débutant par un Prologue explicitement louangeur à l'adresse du souverain, était une fois créée représentée devant le peuple de Paris, qui avait ses goûts propres (Phaëton en particulier). Plus encore, la tragédie lyrique est née précisément parce que l'italien des opéras n'était pas compris du peuple qui les écoutait, et qu'on a donc créé un genre français à la mesure de Louis XIV.

Lire la suite de la notule.

Suite de la notule.

mercredi 23 juillet 2008

Pardonnez-nous nos offenses

Lundi dernier, nous nous étions rendus assister à l'un des concerts de l'Académie Internationale pour les vents, dans l'acoustique assez magique - et pour tout dire parfaite de la cour Mably, près de Notre-Dame, notre bijou local : une église baroque qui reprend les recettes romanes, voûte en berceau et voûtes d'arêtes, et les combine avec l'architecture profane bordelaise, notamment les balcons intérieurs et le fer forgé.

Son ancien cloître (devenu la cour Mably) présente des caractéristiques acoustiques remarquables : aucune réverbération parasite, mais une amplification parfaitement naturelle des timbres.


Rien n'était prévu pour recevoir les exécutants et les spectateurs, tous durent se résoudre à se tenir debout.

Et là - pardonnez-nous, car nous avons péché -, nous entendons ceci, aimablement interprété.

Du Spohr, ou quelque diable qui lui ressemble, nous disions-nous, quelque part vers Rejcha, Hummel et quelques autres compositeurs galants d'un premier romantisme encore classique - qui nous séduit beaucoup. Mais tout de même, plusieurs accidents, ou plutôt, plusieurs changements de mode soudains au milieu d'une séquence, comme si, le temps d'une note, nous empruntions en un insolite chromatisme à une autre forme de la même gamme. Qui oserait cela ? Un romantique classique un peu attardé, comme Hamerik ? Même pas, il n'oserait. Peut-être un académique un peu libre et imaginatif, comme le remarquable Czerny, qui a tout de même produit de la musique de chambre galante dans des formats tout à fait inventifs.

Nous en étions resté là pour qualifier ce Spohr aventureux, peut-être bien quelque Czerny, lorsque, répondant à notre interrogation - rien n'était désannoncé -, la clarinettiste nous jette gracieusement :

Suite de la notule.

mardi 22 juillet 2008

Les lutins au concert (2007-2008)

Suite à une question (idiote, bien sûr) posée chez des voisins de Carnets sur sol, ce sera l'occasion, pour une fois, de hiérarchiser un peu, ce que nous répugnons à faire d'ordinaire.

Pour une fois, c'est assez aisément possible, selon le plaisir pris, tout bêtement.

On considèrera logiquement que le Concours de Quatuor en juillet 2007 appartenait à la saison 2006-20007 (on l'a déjà dit, c'était là une orgie esthétique permanente).

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Trois concerts cette saison se classent parmi les quelques grands moments vécus en salle :

1) Arriaga / Ligeti / Mendelssohn : Quatuor n°3, Quatuor n°1, Octuor
Quatuors Quiroga et Ardeo.
Les Ardeo montrent une maîtrise technique hallucinante dans Ligeti, sans jamais sacrifier l'humour de ces pages. Les Quiroga, eux, inventent phrasés inédits sur phrasés inédits, avec un fruité exceptionnel. Je me demande si j'ai déjà entendu meilleur quatuor. L'Octuor, mené par le premier violon des Quiroga, sa grâce, ses respirations, son son légèrement acidulé mais charnu, est une merveille comme je n'en avais pas souvent entendue pour un ensemble à cordes, quatuor compris...
http://operacritiques.free.fr/dss/index.php/2008/05/10/95

2) Bruckner, Motets, Aequales, Messe pour vents ; Herreweghe, Collegium Vocale, Solisti del Vento
Spiritus en a parlé ici, j'en ai parlé chez moi, je n'y reviens pas. Avec un programme rare, des oeuvres majeures et une exécution hors du commun, totalement mémorable.
http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2008/07/16/991

3) Récital Jérôme Varnier / Jean-Marc Fontana
Poulenc, Ravel, Françaix, Mozart, Massenet, Glinka, Rossini.
Profondeur de la voix, clarté de la diction, programme très original. Les meilleurs Don Quichotte à Dulcinée que j'aie jamais entendus, et Dieu sait que c'est souvent donné ! Bouleversant - et le Glinka (Ivan Soussanine ou Une vie pour le tsar) aussi...

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Trois concerts exceptionnels peuvent y être accolés :

Suite de la notule.

Le conseil des lutins

CSS au secours des faibles, Troisième Episode.

Aujourd'hui : Mahmoud Ahmadinejad. (pas de lien vers son carnet, on évite le contact quand même, containment oblige)

Dans l'esprit revue de Toile, une série de documentaires très instructifs sur la réalité de la double norme dans la République iranienne.

Par ici (documents sonores).

vendredi 18 juillet 2008

Diaire sur sol crosses over

Où l'on apprend que les lutins ne manquent pas de courage.

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Votre mission, si vous l'acceptez...

Suite de la notule.

mercredi 16 juillet 2008

Anton BRUCKNER - Motets, Aequales, Messe pour vents (Saintes 2008) - Herreweghe, Collegium Vocale

Contexte

La place réservée aux concerts dans l'Abbaye-aux-Dames se révèle relativement réduite, puisque la scène se trouve avant même le transept. Seul le reste de la nef (et la tribune d'orgue désaffectée, pour les invités) permet de recevoir les spectateurs, qui emplissaient intégralement, ce soir-là, l'espace disponible.

L'acoustique s'en révèle très satisfaisante, puisque les coupoles sur pendentif étêtées (coupées à leur base par un plafond plat en bois) évitent une réverbération trop complète par la pierre. Bien sûr, les cuivres créent, dans le forte, une légère saturation, mais le son dans l'ensemble demeure extrêmement clair, pas du tout abîmé ou mêlé. Et bien sûr mis en valeur par la légère résonance.

Un programme bref, aussi rare que remarquable, était proposé par Philippe Herreweghe : un ensemble Bruckner, trois motets (Ave Maria, Os justi, Locus iste) en alternance avec les deux Aequales pour trois trombones, et la messe pour vents (en mi mineur).


L'environnement spatial et acoustique de la soirée.
A gauche, la profondeur de la nef depuis l'arrière-scène (avec la tribune d'orgue désaffectée, sous la fenêtre ouest - nécessairement en contre-jour à cette heure).
A droite, les coupoles coupées à la base par le plafond plat en bois.
Oeuvres

Les Aequales sont deux chorals, assez mahleriens (voyez celui qui ouvre Urlicht), judicieusement couplés avec les motets a capella qui utilisent les mêmes recettes musicales, à savoir un « tuilage », avec des tensions harmoniques qui se succèdent à partir d'accords enrichis consécutifs, sans relâcher la tension - comme chez Clara Wieck-Schumann (cf. Sie liebten sich beide, par exemple), comme chez Gustav Mahler (final de la Deuxième, de la Troisième, de la Huitième symphonies). Cette progression constante est extrêmement enthousiasmante à entendre - ces Motets constituent, en tout état de cause, l'un des corpus fondamentaux du répertoire a capella romantique, avec les Schubert, Mendelssohn et Brahms notamment.
La confrontation des deux types d'oeuvre permettait de mettre en valeur le timbre propre à chaque formation, en le ravivant, par contraste, à chaque alternance.

La Messe pour vents synthétise en réalité ces qualités avec, par moment, la majesté et les unissons propre au langage des symphonies. Deux hautbois, deux clarinettes (avec une alternance de modèles si bémol et la), quatre cors, deux trompettes et trois trombones forment désormais l'orchestre, qui entre, après un Kyrie a capella, pour le Gloria. La fusion entre le style des motets et celui des symphonies se réalise pleinement dans l'Agnus Dei (bissé), avec de nombreuses tensions délicieuses et continues qui témoignent d'une parfaite compréhension de la force de l'écriture chorale, un héritier de Mendelssohn qui lui aurait adjoint un savoir-faire de premier plan de l'élan.
Le plus beau moment de la partition réside vraisemblablement dans le Sanctus (quoique, la fin ineffable du Credo...), bâti sur des vagues vocales splendides, et dont l'harmonie rappelle, sinon les contemporains nordiques, du moins le vingtième siècle scandinave et finnois (de Lidholm à Rautavaara...).

Interprétation

Suite de la notule.

Fâcheries et vexations

Petite réflexion incidente du soir, en forme d'hypothèse.

Pourquoi converser de politique avec des gens d'excellente compagnie mais d'opinions politiques divergentes conduit-il, presque inévitablement, à la catastrophe ?

Pour l'avoir observé en de multiples occasions (heureusement, les lutins n'y ont pas vraiment été personnellement confrontés, prudente discrétion oblige), chacun y réfléchit sans doute à un moment donné.

La part d'irrationnel est très grande sur ce sujet (y compris chez les analystes) : il échappe à l'analyse (personne, à moins d'être lui-même candidat à un mandat, ne maîtrise de près ou de loin tous les paramètres de la politique dans son ensemble), il est hérité avec les valeurs morales de l'environnement familial (quitte à le rejeter).

Il y a sans doute, en plus de cela, une part d'égoïsme latent qui produit que la plupart des interlocuteurs ne peuvent contenir leur indignation en entendant penser différemment d'eux sur un tel sujet. Car l'opinion politique en démocratie, contrairement à l'ensemble des autres sujets, produit un effet direct sur tous, par le truchement du vote, et concerne donc intimement votre interlocuteur. Voter différemment de lui, c'est lui imposer de payer plus d'impôts, plus d'amendes, d'affaiblir son emploi, de vivre dans une rue moins sûre, etc.

Sans doute y a-t-il là une part d'explication dans les réactions étonnamment violentes sur ces sujets y compris, dans certaines occurrences, de la part des êtres les plus tolérants et les plus doux. Votre pensée divergente se concrétise en une agression contre votre interlocuteur, conduite par le pouvoir politique.

mardi 15 juillet 2008

A la découverte de Saintes (2)

2. La ville gallo-romaine et l'îlot vert

Faute d'avoir consulté nos notes et de l'avoir réclamé à notre guide bienveillant, faute de temps aussi, nous avons dû faire l'impasse sur les thermes de saint Saloine.


L'arc de Germanicus, sur la rive droite (du côté de l'abbaye), pièce d'apparat bâtie par un riche saintongeais de l'époque gallo-romaine, se trouve face au fleuve - le seul édifice de ce type aisément visible, les autres étant noyés dans l'îlot vert ou en retrait.


A droite, vue depuis la Charente.


L'amphithéâtre (parfois désigné par les arènes), au bout de l'allée qui traverse sur sa largeur le centre vierge de Saintes, présente de très beaux vestiges, et les responsables de l'aménagement ont eu l'excellente idée de combler l'arène, ce qui permet de saisir, de l'intérieur, l'aspect du lieu. Plusieurs passages sont possibles à l'intérieur des vomitoires, sur les gradins ou encore dans les galeries qui desservent l'arène, dont il reste des pans suffisants pour prendre conscience du manquant - excepté, peut-être, la hauteur réelle de l'édifice.



En haut à gauche, la situation de l'amphithéâtre, dans cette cuvette veroyante loin de toute circulation, avec Saint-Eutrope au loin, au niveau de la rue.
En haut à droite, la situation du visiteur dans l'arène comblée, assez touchante.
En bas à gauche, une vue d'ensemble des vestiges les plus conséquents, où l'on peut déambuler à travers les vomitoires éboulés.
En bas à droite, l'amphithéâtre perçu depuis l'entrée des artistes (bouchée quelques mètres plus loin par des coulées de boue épaisse). Photographies très réussies dues à MatheoPC.


Devant le peu de population présente, il est de surcroît loisible de flâner dans ces ruines où seuls les endroits dangereux ont été interdits au public, ce qui laisse un bon tiers d'amphithéâtre (le plus intéressant) en visite totalement libre. Calme parfait, bien évidemment, est-il besoin de le préciser.

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Pour finir, le très beau dépôt lapidaire (baptisé « musée archéologique »), une salle de taille moyenne où figurent des vestiges consistants et originaux, mais assez totalement dépourvus de documentation. Nous ne saurons pas de quelle époque datent ces angelots chrétiens aux allures de Bacchus, ni d'où proviennent ces généreux piliers (temples ? basiliques ? autres édifices publics ?).



(Photos CSS.)

Une petite pensée pour Vartan qui n'a eu l'heur de passer par là.

lundi 14 juillet 2008

A la découverte de Saintes (1)

Sur une insistante et néanmoins gracieuse invitation, un petit groupe de lutins s'est rendu à Saintes. C'est qu'ils rêvaient depuis longtemps de l'escapade, les sacripans, dans cette région symbole du roman le plus abouti, le plus riche et le plus divers.

Aussi, dans le cadre d'un emploi du temps chargé, ils risquent vous entretenir de considérations plus architecturales, péché mignon de la rédaction de CSS, mais encore peu présent dans ces pages.

Je vous prie d'avance de les excuser pour la liberté éditoriale intolérable qu'ils prennent de la sorte.


Splendide panneau lumineux vingtième de la gare de Saintes. Style cheap & kedalle.
1. Aspect général

La cité en elle-même s'apparente à une ville modeste de l'Ouest du Périgord, du Nord de la Gironde, ou des Charentes, avec ses maisons basses en pierre de Saintonge (évidemment) sur le modèle (appauvri) de l'échoppe bordelaise, souvent avec un étage cependant ; les rues présentent chacune un caractère assez peu homogène, mais répondent largement à ces mêmes critères architecturaux.


Bossage souligné au rez-de chaussée, encadrement en léger relief, aucune décoration au-dessus des entrées.


De part et d'autre de la Charente s'étendent de longues rues parallèles au fleuve (si bien qu'y compris avec notre guide local lamentable, il était impossible de se perdre), légèrement convexes, qui permettent de rayonner très rapidement vers les églises à dévorer (en particulier le cours Reverseau, où figure l'église réformée).


Le temple protestant, cours Reverseau.


La façade du temple est assez caractéristique des mélanges de ce début du vingtième siècle, entre son porche néo-roman propre aux néo-gothiques, ses ouvertures étroites stylisées à la byzantine, son allure élancée Art Nouveau... Dans le genre, on peut également penser à la synagogue de Bordeaux, que nous présenterons peut-être un jour par ici.


La synagogue de Bordeaux. (Photos CSS.)


Derrière le cours Reverseau, en retournant vers le fleuve (donc totalement au coeur de Saintes) on peut parcourir un ancien chemin de ronde, qui descend soudain vers une cuvette boisée. Plusieurs kilomètres carrés absolument vides d'urbanisation, non pas des jardins d'agréments ou des cultures maraîchères... Simplement une verdure jamais élaguée, avec quelques maisons logées au milieu d'une flore abondante. Pas un commerce, pas une institution, pas une route. Simplement des pentes et des escaliers de pierre pour accéder à cet univers presque silencieux, hors du monde. Et exactement au milieu de la ville, une sorte d'impensé de l'urbanisme de la ville.
Impressionnant et délicieux. C'est là qu'on débouche, au bout d'une espèce d'avenue piétonne en gazon qui parcourt le « quartier » sur sa longueur, sur l'amphithéâtre (voir article suivant).


Depuis la cuvette, vue en contrebas de saint Eutrope (au niveau du reste de la ville). Très vilaine photographie, mais c'est tout ce que l'on trouve en ligne et nous n'avons pas pris de cliché à ce moment pour ne pas ralentir notre aimable guide. Elle donne une idée de la situation de cet assez vaste lieu absent du reste de la ville.
A droite, une carte qui permet de mesurer l'ampleur de cet ensemble vierge au coeur du centre-ville.


L'ensemble de la petite cité saintongeaise est d'ailleurs étonnamment vide, y compris un jour de festival (peu de places dans l'abbaye, il est vrai). Vingt minutes avant le concert de vingt heures, deux personnes dans le jardin immédiatement derrière l'abbaye. Et une trentaine de personnes devant l'entrée. Dès 22h, le cours National et l'avenue Gambetta, artères principales qui traversent la Charente, sont absolument vides d'hommes et de circulation (en marchant, dans une pénombre assez importante, une voiture toutes les trente secondes sur la rue la plus animée de la ville, et un passant toutes les cinq minutes...), avec une impression de désert civilisé absolument délectable.

Dans la journée même, un samedi de festival avec concert du héros local Herreweghe, difficile de croiser quelqu'un dans les lieux touristiques classés, comme la crypte saint Eutrope, pourtant un bijou d'un type assez rare. Vraiment étonnante atmosphère.

The Brick Testament

Carnets sur sol tenait à signaler une petite perle, à la fois instructive et drôle. De la culture badine, comme on l'aime par ici.

Un original américain a réalisé des mises en scène extrêmement soignées du texte littéral de la Bible - en Lego™.

C'est extrêmement agréable à suivre, commode à mémoriser, et très amusant. Les visages figés des figurines, les postures incongrues, la littéralité volontairement très poussée (avec force hémoglobine), les quelques dialogues inventés créent un résultat absolument savoureux.

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Eh oui, tradition d'abord juridique et hébraïque.

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Cet ensemble nourrit également la réflexion en mettant en valeur des épisodes sortis de la mémoire collective, en soulignant aussi l'archaïsme d'un texte très violent, et plus que méconnu des chrétiens. En effet, on ne lit plus du tout l'Ancien Testament chez les catholiques, et c'est heureux, en plaçant l'accent sur l'ouverture du message généreux de la Nouvelle Alliance (enfin, du moins celui qu'on a choisi d'en retenir, très compatible avec l'ère contemporaine).

Les nombreux châtiments mortels infligés par YHVH à son peuple comme à ses ennemis, abondamment représentés ici, et avec une complaisance dans l'horreur très drôle - car en décalage fondamental avec la naïveté délicieuse de ces figurines pour enfants -, permettent de mieux saisir que le Dieu normatif et menaçant de l'Alcoran (qui a par moment un petit côté omnisurveillance façon Tchéka) n'est pas sorti de l'esprit malade de quelques dévoyés, mais figure bel et bien dans une généalogie (certes profondément altérée depuis) de faits guerriers plus ou moins odieux au nom de la foi (Dieu punissant son peuple pour avoir épargné les femmes et les enfants de ses ennemis, par exemple). Rien n'est épargné pour relever, mais dans un premier degré délicieux (si bien qu'il est assez difficile de déterminer si ce Brick Testament s'entend comme une entreprise de saint zèle, d'information culturelle ou de sape sournoise), les archaïsmes de ce texte, jouant notamment avec les représentations visuelles de notre tétragramme favori.

En voici donc quelques extraits assez éloquents, notamment quant au jeu sur l'ambiguïté de la nature de Dieu (qui, vous le verrez, est ici représenté de plusieurs façons différentes selon les épisodes). Aussi stimulant que divertissant.

Suite de la notule.

mercredi 9 juillet 2008

Clairvoyance d'outre-Manche

On connaissait déjà le goût aventureux des compositeurs anglais pour les formes nouvelles et les langages audacieux [1], voilà à présent des récriminations sur la musique contemporaine chez l'excellent Guardian.

Mais il faut dire que l'illustration est admirablement choisie pour exprimer l'ennui d'une représentation d'opéra de compositeur vivant. Glassant.

Habile : de ce fait, nous abondons malgré nous.

Par ailleurs, les réserves, bien connues, sont toujours intéressantes à intégrer. Nous avions, en notre temps, formulé les nôtres (sur les difficultés malheureusement structurelles de l'application d'un langage contemporain à l'opéra).

Patrick Loiseleur propose lui aussi régulièrement des interrogations, en toute honnêteté, sur l'état de la création musicale. Nous sommes souvent en petit décalage sur ces sujets, mais la façon d'en discuter est toujours agréable et fructueuse.

Et pour découvrir, à l'opposé des récriminations théoriques de toutes sortes, Musicareaction propose des activités tout à fait utiles et instructives.

Source de l'article du Guardian : merci à Stanlea.

Notes

[1] Pour les jeunes gens ayant fraîchement passé le bac de français qui lisent ces pages, ce sera l'occasion de réviser les figures de l'ironie tout en échappant à Voltaire.

Réouverture d'IMSLP

Voilà deux semaines que rouvrait IMSLP, site essentiel dont nous parlions dans notre liste de partitions.

CSS regrette un peu l'incurie de la législation qui s'est lue dans les forums de redémarrage (au diable, si les autres pays sont plus protecteurs, tant que nous ne risqusons rien !) ; cela dit, que la force des menaces (évidemment, il s'agissait d'intimider autant que possible, puisque juridiquement, il n'y avait manifestement pas matière, et que la diffusion de partitions du domaine public fait du mal aux éditeurs) et la protection anormalement longue des droits d'auteurs (perdurant après la mort pour protéger la veuve, mais elle peut bien avoir moins de vingt ans au moment du décès, elle en aura pour largement plus qu'une vie à les toucher) provoquent une réaction épidermiquement hostile de la part des concepteurs du site, c'est compréhensible. Surtout que leur engagement bénévole tient précisément dans la mise à disposition d'un patrimoine culturel. Désaccord structurel très prévisible, donc.

Bref, aujourd'hui, chaque document comporte une mention des droits, ce qui permet à chacun de savoir ce qu'il peut charger ou non. Je suis plutôt sceptique sur l'efficacité de ces avertissements bien formels, mais même dans le cadre restrictif du droit européen (le pompon revenant à la législation française), ce site contient de très nombreuses merveilles indispensables ou raretés précieuses.

lundi 7 juillet 2008

Enregistrements, domaine public - XLI - Max REGER, Quatre poèmes musicaux d'après Böcklin (Abendroth, Concertgebouw)

Vier Tondichtungen nach Arnold Böcklin Op.128

Chacun de ces quatre poèmes en musique s'attache à un tableau précis.

1. Der Geigende Eremit

L'Ermite au violon. (Huile sur toile de 1884.)

Une très paisible mélodie pour violon soliste, aux contours, comme souvent chez Reger, à la fois évidents (très peu d'accords enrichis, essentiellement des accords parfaits de trois sons) et fuyant la mémoire. Ce tempo très lent, cette orchestration dans le grave portent avec eux une profondeur singulière pour une pièce concertante.
L'atmosphère n'en est cependant pas spécifiquement religieuse ni même mystique, plutôt d'une naïveté recueillie.

Durée : 9 minutes.

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2. Im Spiel der Wellen

Dans le jeux des vagues. (Huile sur toile de 1880.)

Suite de la notule.

dimanche 6 juillet 2008

Chef-d'oeuvre actuel

Le Ring enfin compréhensible pour le spectateur d'aujourd'hui !

Une fois n'est pas coutume, quelques vidéos en guise d'entrée sur CSS :

mercredi 2 juillet 2008

[déchiffrage] Balade dans la musique pour piano française du premier XXe siècle

Après-midi de congé consacré au déchiffrage chez les lutins. D'une façon plus originale que de coutume : majoritairement autour du clavier solo (clavecin et piano).

L'occasion d'une petite introduction à ces oeuvres - triées sur le volet - pour les lecteurs de CSS. (Par ordre chronologique.)

Au programme : Anglebert, F. Couperin, Chopin, Thomas, Elgar, Dukas, Koechlin, Decaux, Vierne et Dupont.

Suite de la notule.

David Le Marrec


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2 => Le livre et la Toile, l'aventure de deux hiérarchies
3 => Leçons des Morts & Leçons de Ténèbres
4 => Arabelle et Didon
5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
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8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




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