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Petits conseils pratiques - aux chanteurs débutants et aux étudiants en chant


1. Pourquoi ce guide ?

Le chant a la particularité évidente d'être un instrument intégré au corps humain. Ce faisant, il ne peut être contrôlé visuellement comme toute autre pratique instrumentale. Et il pose donc des difficultés de perception et d'action sur ses mécanismes au chanteur débutant.

C'est pourquoi on se propose ici d'énoncer un petit vade mecum à destination du chanteur débutant, avec quelques conseils qui nous paraissent salutaires pour éviter les erreurs.

2. Préalable en forme d'avertissement

Tout ce qui est dit et écrit sur le chant l'est souvent sous la forme de vérités intangibles, partagées très honnêtement par celui qui les énonce, comme on le ferait pour un article de Foi. Il faut donc se défier de tout ce qui prétend résoudre tous les problèmes ou s'appliquer à tous les chanteurs. Il y a beaucoup de façons d'émettre un son correct, même à l'intérieur de la seule tradition opératique (qui se prétend très souvent supérieure aux autres, mais cet axiome est amplement discutable).

Ainsi, on va se limiter ici à donner des pistes de choses à éviter et de choses à faire, sans chercher à vendre une technique ou une vérité - que chacun recherchera ensuite selon sa physiologie, son tempérament, ses objectifs de répertoire, l'offre de cours de son secteur...
Ce sont de toute façon essentiellement des conseils issus d'observations empiriques qui se révèlent tout simplement de l'ordre du bon sens... mais qui ne sont pas souvent énoncés avant la prise de cours...

De surcroît, il est prudent, comme pour n'importe quelle autre source, d'appliquer cette défiance raisonnable aux préceptes mêmes qui seront proposés sur cette page. Et c'est bien ce qui est difficile en chant : on ne peut pas faire confiance à ses perceptions, mais on ne peut pas non plus faire (pleinement) confiance aux autres...

3. Puis-je travailler seul ma voix ?

Il est tout d'abord très fortement déconseillé d'apprendre seul. Il se trouve que les lutins sont totalement autodidactes (réellement : jamais aucun cours), mais c'était avec une assez ancienne fréquentation critique des enregistrements lyriques, des lectures de commentaires sur les techniques qui y sont utilisées, etc. Par ailleurs, la technique développée répondait à un besoin précis (lied et baroque français en particulier) qui ne nécessite pas la construction d'une grande machinerie très sonore. Pas sûr qu'on puisse faire aisément de même pour bâtir une voix wagnérienne opérationnelle dans de grandes salles.

C'est un chemin difficile et hasardeux, qui peut toujours être tenté lorsqu'on ne fait confiance à aucun professeur, mais qui ne peut échapper à la catastrophe qu'à condition d'avoir déjà une culture auditive de ce qu'est le son d'opéra émis sainement.

Bref, à moins d'avoir des exigences très précises ou d'habiter dans un lieu reculé où sévit un seul briseur de voix, prenez un professeur.

4. Ma voix est-elle exploitable à l'Opéra ?

Oui. Toutes les voix, même laides et microscopiques, peuvent devenir belles et bien projetées, avec parfois un timbre très différent de la voix parlée. Non pas qu'on puisse obtenir n'importe quelle voix avec chaque individu, mais les possibles sont larges (et généralement surtout limités par le choix initial du professeur...).

En revanche, les voix ont des limites naturelles :

  • Leur hauteur et leur étendue ne peuvent pas être complètement modifiées. On ne choisit pas d'être basse profonde plutôt que ténor léger, par exemple.
  • Leur caractère et leur volume sonore sont limités - typiquement, les grandes voix pour les répertoires les plus lourds sont souvent émises avec de grands résonateurs, c'est-à-dire qu'il est rare d'être capable de chanter Wagner si l'on fait moins d'1m65 et de 60 kilos (ou inversement d'avoir les aigus de la Reine de la Nuit en mesurant 1m85 pour 90 kilos).
  • Certaines habitudes de phonation et certaines caractéristiques physiologiques aident certaines voix, à travail égal, de produire des résultats bien plus probants. Il ne faut pas en déduire pour autant que parce qu'on a une voix à construire, on n'est bon à rien ; mais que certains organes soient plus prédisposés au chant lyrique, c'est un fait généralement partagé.


Si l'on ne cherche pas à outrepasser ces limites, tout est possible en réalité, selon le type de technique que l'on choisit d'adopter. C'est bien pour cela que le choix d'un professeur ne peut pas se faire à la légère : il oriente à la fois votre couleur vocale, vos aptitudes techniques et stylistiques, votre répertoire. Il vous ouvre des portes et vous en ferme d'autres.

5. Comment trouver un bon professeur ?

C'est la grande question. Mais un peu de méthode permet d'éviter quelques écueils.

=> Contrairement aux autres instruments, l'institution n'est absolument pas une garantie de qualité. Des professeurs de conservatoires réputés peuvent être catastrophiques tandis que des professeurs d'école de musique ou en cours particuliers peuvent être excellentissimes.
Ce n'est donc pas le critère discriminant, à part pour des raisons de carrière (le diplôme) ou de prix (les cours particuliers sont évidemment chers).

=> Il faut d'abord se demander ce que l'on veut chanter et dans quel contexte. Lully, Vivaldi, Bellini, Verdi, Wagner, le lied, la mélodie ? Le choix du professeur ne sera pas le même selon qu'on désire avoir un legato parfait ou une diction incisive, un timbre radieux ou une puissance dévastatrice.
Même chose, si l'on n'a pas d'ambition professionnelle, on peut se contenter d'une voix pas surpuissante pour chanter le grand répertoire dans son salon ou de petites églises. Il ne faut pas faire le même choix si l'on rêve de saturer Bastille.

=> Une démarche intéressante est de cibler des interprètes que l'on aime (si possible qui ont une bonne technique aussi !) et de faire quelques recherches sur leurs professeurs, de façon à voir chez qui ils ont acquis ce que l'on aime chez eux, cette conduite de ligne impeccable, cette diction merveilleuse, cette richesse de timbre ou cette franchise d'émission...

=> Dans le doute, il est peut-être (mais c'est purement une hypothèse personnelle) plus prudent d'aller voir un baroqueux (école française en particulier), qui posera quelques bases en respectant l'instrument et sans brusquer la voix, quitte à ensuite chercher quelqu'un d'autre pour amplifier le volume. On voit tellement de voix presque irrémédiablement grossies, tubées, blanchies, opacifiées...

=> Quasiment tous les professeurs se revendiquent de "l'authentique technique italienne". Dans la plupart des cas, si certaines bases sont communes, on reste assez loin de cette fameuse chimère (il existait de toute façon des techniques extrêmement disparates en Italie à l'époque du supposé Age d'Or...) et c'est purement un argument commercial. Se fier donc uniquement à son objectif de départ (qu'est-ce que je veux chanter et comment ?), et pas aux promesses de filiation, à part si ce professeur a réellement été durablement l'élève d'un autre professeur important.

6. Quels sont les préalables avant un premier cours de chant ?

Le cours de chant est un exercice difficile. Au début de l'apprentissage, l'instrument varie énormément selon les agressions extérieures (temps de sommeil, temps de parole dans la journée, stress, composition du dernier repas, taux d'humidité...).
Quelques conseils pour en tirer parti.

=> Les chanteurs professionnels et les professeurs ne sont pas toujours cultivés sur leur art. Avoir une solide culture du chant lyrique (répertoire, techniques) et avoir une idée de ce qu'est une émission saine est très fortement conseillé pour ne pas se perdre. Car le professeur peut donner de mauvais conseils, ou fournir des images maladroites, ou d'excellents conseils appliqués de travers par son élève.
Il faut donc à la fois être suffisamment confiant pour suivre la route qu'il trace et suffisamment informé et critique pour ne pas croire que ce qu'il est dit est forcément la meilleure chose possible. Les chanteurs qui vénèrent leur professeur de chant sont rarement excellents. Et tous ceux qui ont un peu l'ambition de progresser en changent plusieurs fois...
Il serait peut-être même judicieux d'apprendre d'abord à écouter, de se faire une culture "vocale" avant que de pratiquer, quitte à repousser d'un an ou deux ses débuts.

=> Dans le même ordre d'idée, s'enregistrer très régulièrement (un micro à 5€ branché sur un PC suffit). L'idéal est même de s'enregistrer tout le temps, pour évaluer ou retrouver quelque chose qu'on a produit pour la première fois. Et cela évite la tension lorsqu'on branche exceptionnellement l'enregistreur.
On peut ainsi observer les évolutions positives ou négatives, effectuer des vérifications, retrouver des sensations. Et surtout juger de ce que l'on fait. L'enregistrement est impitoyable, et fait très mal à l'amour-propre la première fois. Mais il est le retour le plus lucide que vous puissiez avoir sur votre propre voix. Il y a certains paramètres, notamment la présence vocale (en particulier pour les voix de basse) qui ne sont pas restitués par le micro, mais l'essentiel (à commencer par le timbre et la justesse) est tout à fait audible.
On voit donc l'intérêt de disposer d'une culture du chant lyrique avant les cours, de façon à pouvoir se juger comme on jugerait un autre interprète, et à ne pas se laisser tromper par ses propres artifices.

=> Ne jamais essayer d'imiter un chanteur, d'enrichir ses sons ou de trafiquer sa voix : il est plus raisonnable de chanter en "voix naturelle" au début, comme de la chansonnette, proche de sa voix parlée, et laisser le professeur guider, plutôt que de vouloir "faire opéra" en tubant et engorgeant, si bien qu'on prendra de mauvaises habitudes difficiles à corriger malgré toute la bonne volonté de votre formateur.
C'est un défaut très commun que les professeurs ne demandent pas toujours à leurs élèves d'éviter : il y a une forme de pudeur à vouloir "faire opéra" dès le début - ce qui ne sert absolument à rien.
Quant à l'imitation d'un chanteur célèbre, elle peut être intéressante ponctuellement, munie d'un micro, pour essayer d'identifier ses "trucs". C'est la plupart du temps voué à l'échec, mais ce peut permettre de trouver des choses intéressantes chez soi. Mais ce doit rester un exercice de découverte, comme l'enfant qui fait des glossolalies, et surtout pas une voie de travail.

=> Plus pratique, une douche pour purifier les sinus et assouplir les muqueuses, ou un plat un peu gras (un peu de pâté ou de thon à l'huile sur deux tranches de pain font l'affaire), en évitant les mets acides ou sucrés, permettent au débutant de sentir son organe plus souple et libre. Ce genre de précaution devient inutile avec la technique, mais se révèle très rassurant lorsque l'élève est encore hésitant.

=> Avant de devoir prendre un cours ou chanter devant un public, chantez un peu la veille et chantez un peu le jour même, quelques heures plus tôt. Le fait d'être chauffé va permettre à l'instrument de répondre correctement aux sollicitations, plus efficacement que si vous ne vous chauffez qu'au moment de la séance.

=> N'essayez pas de chanter dans les heures qui suivent le réveil, ça ne fonctionne pas.

=> Demandez à votre professeur de ne chanter que dans des langues que vous maîtrisez parfaitement, à un niveau de natif. L'anglais (langue très "vocalique", souple et en arrière) et même le français (grâce aux nasales) sont particulièrement recommandables pour placer une voix.
L'immense majorité des professeurs imposent à leurs élèves des morceaux dans des langues que ceux-ci ne maîtrisent pas. Il faut absolument demander à travailler dans sa langue, quitte à chanter le même morceau en récupérant une vieille version traduite ou en bidouillant soi-même une traduction (voire en demandant ici même...) : on ne peut pas placer de façon stable les voyelles et l'articulation d'une langue qu'on ne maîtrise pas. C'est une absurdité du système à laquelle les professeurs ne sont pas très sensibilisés ; il n'y a pas de raison en revanche qu'ils s'opposent, pour la plupart, à une version traduite de leur morceau.
Plus tard, vous pourrez chanter dans des langues que vous maîtrisez moyennement (pas en-dessous, sinon c'est forcément moche), mais pour trouver ses repères, attendez un peu avant de chanter Mozart en allemand et Verdi en italien. On peut admettre une tolérance pour l'anglais, puisque son placement est assez confortable et conforme aux besoins du chanteur.

7. Quelles sont les bases à acquérir en priorité ?

Tout dépend évidemment de la méthode. Mais au cours des premiers mois (disons les deux premières années), vous devez acquérir plusieurs choses. La plupart des professeurs utilisent des images, qui peuvent être plus ou moins fluctuantes et interprétées assez différemment, n'hésitez pas à demander un peu de détail sur les données physiologiques en jeu, ce peut permettre d'avoir des repères plus stables.

=> Avant toute chose, chantez détendu. La tonicité est ensuite nécessaire, mais le préalable est toujours la détente, et tout le monde est d'accord sur ce point. Vous ne devez ressentir ni solliciter aucune constriction, aucun resserrement, aucune dureté dans votre acte phonatoire. Si vous chantez totalement détendu, même sans technique, la voix sonnera déjà agréable. Peut-être minuscule, instable, fausse... mais c'est déjà là le premier pas, qui conditionne tous les autres. Vous pouvez aussi vous accompagner de gestes souples en chantant, pour ne pas vous rigidifier. D'où le conseil de marcher un peu avant de pratiquer, pour bien détendre le corps.

=> Maîtrise du souffle. On parle du soutien du son. La respiration abdominale (le ventre se gonfle sans forcer et les épaules ne montent pas à l'inspiration, puis le ventre rentre doucement à l'expiration). C'est la respiration du nourrisson et du sommeil, celle qui permet, en "ouvrant" les côtes flottantes, d'avoir une assise pour tenir ses notes sans détimbrer ni détonner.
On peut s'entraîner, dans un premier temps, simplement à cordonner l'inspiration et l'expiration aux mouvements du ventre. C'est un exercice très apaisant de surcroît, utilisé dans les méthodes de relaxation.

=> Flottement du palais mou et relèvement de l'arrière de la langue. La partie mobile du palais doit se soulever (sans obturer les cavités nasales au niveau de la luette) pour créer une cavité de résonance, comme une voûte. Surtout, l'arrière de la langue qui obstrue la gorge doit se relever pour faire passer et résonner le son. C'est ce que veulent atteindre les professeurs en parlant de "patate chaude" ou de "balle de ping-pong" au fond de la bouche. La dernière image n'est pas mauvaise du tout.
De façon pratique, pour y arriver, n'hésitez pas à articuler votre son (je dirais même, pour que ce soit naturel, votre mot), de façon détendue, sans hésiter à bien ouvrir la bouche (le menton se décroche un peu vers le bas). Cela permet de libérer l'arrière de la bouche, de détendre les muscles et d'obtenir cet arrondissement. Vous pourriez penser par exemple à imiter les orateurs d'autrefois, avec leurs trémolos dans la voix, qui chantent presque en parlant : c'est ce placement qui change tout. [Précisons qu'il y a plusieurs écoles sur l'ouverture de la bouche, donc qu'on pourra vous dire des choses plus radicales ou tout à fait contraires, sans que ce soit forcément mauvais pour vous.]

=> Penser la verticalité du son. Pour bien résonner, le son doit passer vers les cavités nasales (sans pour autant sonner "nasal") avec l'ouverture de la luette, aussi penser le son comme partant depuis le bas du corps vers l'arrière du crâne peut aider à trouver un bon placement. Il y a des tas d'autres astuces et écoles, c'en est une facilement opérante pour le débutant, mais si votre professeur vous propose autre chose, il n'y a pas d'objection.
Les francophones peuvent s'appuyer sur le placement de leurs voyelles nasales pour sentir ce qui doit se passer sur toutes les voyelles.

=> Vous serez amené aussi à trouver la façon saine et efficace d'émettre chaque voyelle, qui ne sera pas forcément (et même probablement pas, sauf exception) celle que vous utilisez pour parler dans la vie de tous les jours. Prêtez bien attention aux configurations qui fonctionnent quand vous les rencontrez dans votre travail (émission aisée, belle couleur à l'écoute), c'est cela qui va vous permettre de bien chanter.
Par exemple, prononcer les [è] en s'appuyant sur le palais (quasiment [èy]) permet de les passer avec beaucoup de facilité, et l'effet n'en est pas vilain du tout. Tout simplement parce qu'ainsi vous localisez le [è] à l'endroit de la bouche où le rendement est bon...
Vous verrez aussi qu'il y a de multiples façon (pas toutes satisfaisantes) de négocier la voyelle difficile qu'est le [i].
Et évidemment ces choix de voyelles dépendent du degré de couverture de votre voix, du choix de répertoire, de la tradition vocale dans laquelle s'inscrit votre professeur. Ici encore, de multiples solutions, dont certaines ne sont pas très probantes, mais dont plusieurs sont différentes et pourtant valables !

=> Pour obtenir tout cela, en plus d'imiter les orateurs des temps anciens, vous pouvez aussi chanter comme si vous vous énerviez de façon exaltée : cela sollicite spontanément le soutien et aide à trouver les bons résonateurs, du moins en partie. C'est un chant un peu par à-coups, que vous pourriez essayer sur un récitatif un peu énervé, mais cela permet au début, à défaut de travailler son legato, de se découvrir des notes aiguës et de timbrer correctement des valeurs courtes. Souvent un bon point de départ.

=> Au début, il est sans doute souhaitable de privilégier la "connection" et l'harmonie détendue avec l'instrument, quitte à perdre en volume (et quitte à ne pas chanter trop haut dans la tessiture, dans un premier temps). Tant que le souffle et le soutien ne sont pas vigoureux, et que les résonateurs ne sont pas sollicités de façon sonore, il est plus raisonnable de chanter doucement avec son instrument, de façon à conserver le timbre et le positionnement sur le souffle. De cette façon, vous pouvez obtenir un beau timbre dès le début, et progressivement, au fil de l'amélioration de votre soutien, l'amplifier, sans le dénaturer : double garantie d'une voix agréable et d'une absence de forçage à toutes les étapes. [Evidemment, suivant le répertoire que vous visez, ce précepte qui fonctionnera très bien pour le baroque ou la mélodie sera insuffisant pour Wagner ou même Verdi.]
D'une manière générale, même accompagné par un instrument ou des instruments sonores, ne cherchez pas à chanter fort : avec la technique, le chant puissant se fait sans effort : si vous forcez pour chanter fort, c'est que vous chantez mal.

=> Demander à son professeur de travailler la voix mixte peut être un choix judicieux (s'il en est capable, ce qui n'est pas toujours le cas), puisque cela permet une plus grande facilité et clarté d'émission, et surtout facilite l'adaptation à de nombreux répertoires.
Par ce biais, on évite également de forcer et de se blesser, en travaillant en harmonie avec ses moyens et son instrument.

=> D'autres paramètres, comme la position des lèvres (en trompette ou libres) ou le décrochage de la mâchoire dans l'aigu (sans jamais pousser en avant le menton, mais certains le recommandent comme préalable et d'autres le limitent... chacun avec des exemples de bons résultats) dépendent intimement de la tradition de chant à laquelle vous vous conformerez. Il y a beaucoup de conseils sur ces questions, mais rien d'impératif en réalité.

8. Comment surveiller mes progrès ?

Quelques préceptes simples.

=> Vous enregistrer très souvent, on insiste. Ainsi vous pouvez comparer ce que vous dit votre professeur, ce que vous appliquez, et ce que cela produit. Songez bien que vous ne pouvez pas entendre votre propre voix à moins de vous enregistrer. Plus vous y serez habitué, plus vous pourrez observer votre évolution de façon pertinente.
Pour éviter les surprises, faites vos prises autant que possible dans les mêmes lieux, avec la même position de micro (trop près ne permet pas de saisir la projection, trop loin gomme les défauts), et en les écoutant sur le même système de restitution. Sinon, on peut être victime d'illusions.

=> Sur ces enregistrements, surveillez en particulier le rapport timbre / fatigue. Vous devez obtenir un timbre agréable, sans sonorités parasites, et sans fatiguer. Certaines positions confortables sont moches à l'écoute, et certains effets agréables à l'oreille peuvent masquer des forçages.

=> Plus tard, vous pourrez vérifier à partir de vos sensations corporelles, mais ici aussi, pas de règles générales : selon la façon dont vous émettez, vous pouvez avoir une sensation de pureté ou au contraire de richesse du son...

9. Suggérez-vous des exercices ?

Pas vraiment. A titre personnel, les lutins espiègles de CSS n'ont jamais pratiqué la moindre vocalise à des fins de travail. C'est un choix tout à fait individuel, qui puise sa source dans diverses raisons qui n'ont absolument rien d'universel. Absolument tous les professeurs donneront des vocalises à exécuter, et si le Vaccai est un grand classique sans risques, d'autres pourront donner des exercices inspirés de Richard Miller (la référence syncrétique du chant international façon années 70-90, mais qui a produit, correctement appliquée, de grands résultats).

La plupart des chanteurs s'accordent pour donner au moïto une place particulière : il s'agit de chanter bouche fermée sur le [ng] de "sing", puis d'ouvrir la bouche et de travailler ses voyelles dans la même configurations. L'exercice a pour simple but de travailler le placement de la voix dans les cavités nasales et les os de la face. C'est en principe très efficace.

En ce qui nous concerne, pas d'exercices, mais quelques diverses astuces :

=> Le récitatif est plus facile à chanter et permet de découvrir des choses. Le chanter de façon exalté, un peu comme si on se mettait en colère, peut révéler la connection entre le souffle et la parole. Il y en a chez Lully de particulièrement favorables au débutant (ambitus faible) : Epaphus dans Phaëton ou Aronte dans Armide, par exemple. On en trouve aussi un certain nombre chez Meyerbeer.
Chantez-en beaucoup de nouveaux (en français, n'est-ce pas !), et revenez sur ceux avec lesquels vous avez pris de bonnes habitudes, en abandonnant ceux sur lesquels vous en avez de mauvaises.

=> Chanter doucement, souvent, en faisant autre chose, pour essayer de trouver les bons placements. En marchant, en faisant la cuisine... on peut chanter à mi-voix et essayer des configurations vocales, essayer de découvrir son instrument.
Ca paraît un gadget, mais c'est en réalité du temps de gagné.

=> Se rendre de temps à autre en pleine campagne, seul, pour pouvoir chanter librement, sans tension. La crispation est le premier ennemi du chanteur débutant, et l'un des plus redoutables, surtout s'il doit s'entraîner dans des lieux de promiscuité urbaine ou même simplement familiale.

=> Marcher (au moins une demi-heure) avant une séance de chant peut être un bon moyen d'évacuer les crispations. Très efficace pour remettre le corps d'aplomb.

=> S'interroger sur l'émission de ses voyelles, même parlées. Penser à ce que l'on produit en parlant, travailler la déclamation des langues pour pouvoir les aborder de façon naturelle en "mode chanté".
Je suggérais plus haut l'idée d'imiter les orateurs d'autrefois avec leur déclamation presque chantée, leurs trémolos dans la voix : c'est proche des sensations que l'on cherche dans le chant.

Et attention tout de même aux exercices : on peut se faire mal, même avec une simple vocalise. Le respect de l'instrument et l'absence de fatigue sont des préalables indispensables pour travailler le chant, quelle que soit la partie que l'on chante. On peut se faire mal avec une partie très centrale...

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Ces quelques préalables ne vous apprendront pas à chanter, mais ce sont des garde-fous qui, sans prétendre être irréfutables, devraient aider à éviter des erreurs qui entraînent parfois l'abandon des élèves (fatigués vocalement ou lassés de ne pas progresser).

On achève en rappelant nos notules à visée pédagogique autour du chant lyrique, qui éclaireront peut-être certains termes utilisés : http://operacritiques.free.fr/css/index_css.html#pedagogique . Par ailleurs, leur lecture (avec leurs extraits sonores) peut être une aide à l'écoute critique d'enregistrements lyriques, en vue de faire progresser sa propre pratique.

Et encore une fois, soyez friand ET défiant de tout commentaire sur la technique vocale, qu'il provienne de votre professeur, d'un chanteur célèbre, d'un anonyme sur la Toile ou... de CSS.


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Commentaires

1. Le lundi 6 décembre 2010 à , par T-A-M de Glédel

Ça tombe à pic ça!!

Je compte me trouver un professeur quand j'aurai un vrai travail (jusqu'à l'année prochaine au moins). Mais pour l'instant, je n'ai pas le choix, ce sera l'autodidaxie, pour le plaisir, et de temps en temps seulement.

Donc, ce sera les bases en priorité, pour éviter d'acquérir de mauvaises habitudes.
Que conseilles-tu pour travailler le soutien ? le soulèvement du palais ? ...

Tu conseilles le Vaccai en vocalises, mais est-ce une méthode adaptée pour la langue française ? Il manque un paquet de voyelles, non ?

Quant à la déclamation, comment la travaille-t-on ?

2. Le lundi 6 décembre 2010 à , par DavidLeMarrec

Tant mieux si ce peut être utile, c'est un peu le but de la manoeuvre. :-) Je regrette que ce soit un peu touffu, mais comme cela l'essentiel est dit, et il y a statistiquement plus de probabilités de tomber en accord avec les préoccupations de l'un ou l'autre.

Je ne recommande pas du tout le Vaccai (ni aucune autre méthode, à part le Cornut qui est une lecture intéressante mais ne donne pas réellement de solutions techniques), je signale juste que c'est un ouvrage culte (et pour l'avoir regardé, pas dangereux). Mais comme je ne m'en suis personnellement jamais servi...

Pour le soutien, travaille déjà la respiration abdominale consciente : gonflement (par relâchement, pas en poussant) du ventre en inspirant par la bouche, puis dégonflement avec l'expiration. Ensuite, chante doucement en essayant de proportionner ton volume à ton souffle (au départ, ce doit donc être très doux). Pour des exercices plus sérieux, ça me paraît difficile sans un plan de travail conseillé par quelqu'un de compétent.

Pour le soulèvement du palais, penser la verticalité aide. Sinon il y a l'image de la balle de ping-pong qui est très exacte, ou alors l'idée du vomissement (excellent, mais ça associe des images trop négatives au chant, donc juste à essayer pour prendre conscience, plus qu'à pratiquer).
Et, comme véritable exercice, le moïto, qui conjugue tout : couleur des voyelles, placement vertical, recherche des résonateurs faciaux, soulèvement du palais mou.

La déclamation, ça se travaille en essayant de timbrer sa voix parlée en disant un texte versifié par exemple. (En respectant la métrique évidemment.) Ca marche pas mal en essayant de s'énerver progressivement, sans jamais érailler la voix : ce doit devenir plus impérieux, mais pas crié.
Inspire-toi de ce que font les déclamateurs de français restitué, je parlais de Julien Cigana justement. Je m'aperçois à l'instant que le site qui les contenait a été supprimé, mais j'avais sauvegardé ça, donc si tu m'envoies un gentil message...

Et puis tu peux toujours m'envoyer quelques captations. Je ne suis pas une autorité, mais je peux toujours t'indiquer quels aspects sont acquis et lesquels sont à travailler.

3. Le mercredi 8 décembre 2010 à , par Casapazza

Je viens de lire cette note. Etant professeur de chant et soprano professionnelle, je trouve que c'est assez juste, et je trouve le Vaccaj un excellent moyen de poser la voix sur quelque chose de simple, qui n'est finalement pas si simple que ça.
J'ai récemment terminé un Master en "Art du Récital" à Paris III, dirigé par Françoise Tillard, master qui a malheureusement disparu pour cause "d'élitisme", et je préconise tout à fait l'apprentissage de la musique de chambre vocale comme excellent moyen de commencer le chant. Il y a effectivement des milliers de mélodies dans toutes les langues possibles et imaginables, et la mélodie est un passage obligé pour apprendre à mettre des couleurs, des intonations et des expressions différentes, sans tomber dans le "grand air d'opéra" qu'on donne souvent aux jeunes chanteurs, qui vont pousser et se péter la voix à force d'imiter l'enregistrement qu'ils ont dû écouter maintes et maintes fois...
Donc voilà, bravo pour ce blog, pour cette note, et bonne continuation!
Marie

4. Le mercredi 8 décembre 2010 à , par DavidLeMarrec

Bienvenue Marie,

Et merci pour cette réaction et ces encouragements !

J'ai effectivement entendu beaucoup de bien de la formation dispensée par cette excellente accompagnatrice.

Pour la musique de chambre vocale, je serais tout de même prudent, dans la mesure où c'est le lieu où l'on trouve les pièces les plus difficiles, vocalement et interprétativement. Le choix du niveau de la pièce est indispensable.

En ce qui concerne le répertoire français, il y a quelques mélodies assez simples de Berlioz (en particulier les Mélodies irlandaises), quelques choses accessibles chez Fauré (Le Secret, Clair de lune, Une sainte en son auréole...) mais dans l'ensemble ce répertoire est quand même très exigeant.

Cela rejoint tout à fait ce que vous dites sur la nécessité de pratiquer ce répertoire pour maîtriser la souplesse et les couleurs, beaucoup plus dispensables à l'opéra où la projection prime sur le détail. Mais il me paraît ambitieux de commencer par là, le récitatif me semble beaucoup plus facile d'accès.
Mais on peut tout à fait sélectionner des mélodies ou lieder très récitatifs. Chez Schubert (à condition de le traduire, donc !), on trouve notamment le célèbre Prometheus, mais aussi Die Nacht d'après Ossian, Die Bürgschaft et quelques autres fresques moins réussies comme Der Taucher ou Lodas Gespenst.

C'est en tout cas, au delà de la question du débutant, un véritable problème que la formation des artistes vocaux ne passe plus par une culture du récital de lied et mélodie...

5. Le mercredi 19 janvier 2011 à , par Olivier :: site

autant pour le rock et la variété j'imite les autres chanteurs et je me fais mal à la voix comme tu l'indiques très bien dans ton article (mais j'assume car je me suis fait une spécialité comique de changer tout le temps ma voix), autant pour l'opéra et le lied j'essaie de sortir juste les notes avec la voix la plus naturelle qui soit et en essayant de vibrer le moins possible pour bien maitriser ma justesse sur les notes longues. Aussi, tu as raison d'insister sur le fait qu'il faut être détendu pour bien chanter : toutes les crispations, le fait de ne pas oser sortir du volume devant du monde, etc. polluent la voix et la rendent moche et moins puissante. Par contre, es-tu sûr qu'on ait tous une réelle marge de progrès pour le timbre ? dans quelle mesure le timbre est-il améliorable par rapport au timbre naturel de la voix qu'on a à partir de l'âge adulte ? (car certains chanteurs semblent avoir un joli timbre dès leurs débuts, comme si c'était de naissance !)

6. Le mercredi 19 janvier 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Olivier !

autant pour le rock et la variété j'imite les autres chanteurs et je me fais mal à la voix comme tu l'indiques très bien dans ton article (mais j'assume car je me suis fait une spécialité comique de changer tout le temps ma voix),

Il est possible cela dit de se protéger quand même la voix, pour ne pas se faire mal... mais il est sûr que c'est compliqué lorsqu'on veut imiter, parce que ça réclame une très grosse palette technique. J'ai toujours été frappé du fait qu'il n'a jamais existé de spectacle lyrique où un chanteur imiterait Pavarotti, Domingo, Hotter... même de façon approximative et sans prétention.

autant pour l'opéra et le lied j'essaie de sortir juste les notes avec la voix la plus naturelle qui soit et en essayant de vibrer le moins possible pour bien maitriser ma justesse sur les notes longues. Aussi, tu as raison d'insister sur le fait qu'il faut être détendu pour bien chanter : toutes les crispations, le fait de ne pas oser sortir du volume devant du monde, etc.

Oui, la peur de faire du bruit est ravageuse. Or, dans nos sociétés, élever la voix est une violence ou une nuisance, ce qui fait qu'on n'ose pas trop, si bien qu'on retient, qu'on crispe, et que finalement c'est moche ou ça ne "sort" pas.

En tout cas, en ce qui me concerne, ça a sans doute été le pas le plus difficile à franchir, d'être capable d'élever la voix sans avoir peur d'être jugé ou pire, de déranger. Et lorsqu'on commence, sauf quelques privilégiés, comme on chante forcément mal...


Par contre, es-tu sûr qu'on ait tous une réelle marge de progrès pour le timbre ?

Oui. Déjà, entre la voix naturelle et la voix construite, il y a un abîme : toutes les voix peuvent devenir "belles", en tout cas émises de façon ronde, projetée, agréable. On naît avec un appareil vocal, certes, mais la façon de s'en servir change tout. Si tu veux, je te passerai une de mes vieilles prises pour comparer avec ce qu'on trouve sur CSS : ce n'est pas du tout le même timbre, même si un certain nombre de choses sont évidemment restées.

Ensuite, effectivement, on ne peut pas choisir totalement son timbre, c'est sûr. Mais selon la technique que tu utilises, tu peux en obtenir de très différents. Là aussi, je pourrai te faire suivre des exemples persos (c'est le plus parlant, puisqu'il y a de tout, contrairement à ce qui est publié d'habitude par tel ou tel chanteur, dans SON créneau) : le timbre peut réellement varier. J'ai même essayé de faire seul des dialogues ténor / basse où on sentait une différence (pas abyssale, mais réelle) de timbre. Ou encore sur un seul morceau, en utilisant tel ou tel résonateur, on n'obtient pas du tout la même couleur. Non pas que le chanteur soit totalement inidentifiable, mais son aspect est bien différent, un peu comme un changement de coupe (ou de couleur...) de cheveux sur un visage. Le caractère peut en changer.

Pour finir, oui, certaines voix sont "naturelles", c'est-à-dire tout de suite bien placées. C'est injuste, mais c'est vrai. Ca vient de tout un tas de facteurs physiologiques et culturels. Mais ce n'est pas parce qu'on ne l'a pas qu'on est banni de la caste des beaux timbres, certainement pas !

7. Le mardi 29 mars 2011 à , par Voix d'humain

De mon point de vue, dans les premiers pas d'un chanteur on doit trouver une langue étrangère, justement, c'est curieux notre désaccord, à ce sujet... Comme le chanteur débutant n'est pas conscient au départ que sa propre langue est étrange, il ne se pose pas de questions à son sujet et lit Baudelaire comme Charles d'Orléans comme Yves Bonnefoy. Non, une musique d'une langue utilisée en art lyrique dépend au moins autant des auteurs qu'on chante que de la structure phonétique de la langue. Pour en prendre conscience, chanter en langue étrangère est un bon départ.

8. Le mardi 29 mars 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour !

Parler une langue étrangère, assurément. La chanter, non, à moins de la parler déjà. Cette prise de conscience de l'étrangeté, on l'a forcément lorsqu'on découvre qu'émettre une voyelle de façon chantée est sans rapport avec le fait de la dire de façon parlée.

En tout cas, cet obstacle de la langue étrangère rejoint ce que j'ai à chaque fois constaté, sur les élèves, sur les "grands ancêtres" du chant, et sur moi. :)

Il suffit d'écouter les jeunes chanteurs qui bidouillent atrocement de l'italien ou de l'allemand : déjà, si c'était chanté parfaitement, ce serait moche à cause de la défiguration de la langue. Mais en plus, comme ils n'ont pas la maîtrise de la langue, la couleur des voyelles varie d'une fois sur l'autre, et la voix, au sens le plus strict, bouge en conséquence.

9. Le mercredi 30 mars 2011 à , par Voix d'humain

Et alors comment faire pour apprendre l'italien sans le chanter ? En ne s'autorisant pas à le chanter d'ici à ce qu'on ait "le" (?) bon accent ? Dans ce cas, pourquoi ne pas empêcher, dans un autre domaine, les chanteurs de produire le moindre son avant de comprendre tout le système tonal développé dans les morceaux étudiés ? (Je suppose que l'atonalité n'est pas à envisager pour des voix peu formées.) Et pendant qu'on y est, empêchons-les de dire avant de comprendre.

Cela dit, malgré ma boutade, je vous comprends mieux. Peut-être que j'ai une piste pour comprendre ce qui nous différencie sur le sujet : j'ai vu tant de voyelles françaises se tordre et changer de couleur chez les débutants que je me dis que le problème n'est pas là. Peut-être n'avons-nous pas les mêmes débutants. Hum.

10. Le mercredi 30 mars 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour !

En attendant qu'on ait une idée de la couleur ses voyelles, tout simplement. Ca ne prend pas des siècles, et ça évite de chanter tout avec une couleur opaque et instable (ce qui arrive souvent, malheureusement).

Ce n'est pas comparable avec le système tonal (ce qui serait en effet une étude judicieuse, mais c'est une autre histoire...), parce qu'on émet des notes isolées sur des voyelles isolées. Il faut donc que la note (ou l'intervalle) soit juste et que la couleur de la voyelle soit bonne. On est donc immédiatement confronté à cette question, surtout que la couleur de la voyelle est étroitement liée à la question du placement, contrairement à la justesse qu'on peut laisser relative dans un premier temps (selon les écoles...).

Et pendant qu'on y est, empêchons-les de dire avant de comprendre.

Ca me paraît l'évidence : comment accentuer une phrase dont on a aucune notion du sens ? En langues étrangères comme en français, d'ailleurs.

Peut-être que j'ai une piste pour comprendre ce qui nous différencie sur le sujet : j'ai vu tant de voyelles françaises se tordre et changer de couleur chez les débutants que je me dis que le problème n'est pas là.

Mais c'est normal, cela. Simplement, il est infiniment plus facile d'indiquer quelle est la couleur attendue dans une langue déjà globalement maîtrisée, plutôt que de tout construire.

Sinon, s'il faut tout contruire, l'italien pour le petit nombre de voyelles ou l'anglais pour le placement avantageux sont sans doute de bons choix. Mais je suis circonspect en la matière.

On est bien d'accord, cela dit, que bannir dans un premier temps les langues non maîtrisées ne résout pas la question de la phonation du français chanté... elle limite juste la complexité du problème !

11. Le mercredi 30 mars 2011 à , par Voix d'humain

Je crois que nous avons bien compris l'un et l'autre nos positions respectives. Je conclue exactement l'inverse :

Je disconviens respectueusement à vos propos : pour moi, il est plus facile à un débutant de déclamer de la poésie étrangère que de la poésie française, et donc de la chanter. Certes, il faut passer énormément de temps avec un coach pour obtenir de justes voyelles, de justes consonnes, et cela perturbe l'édifice technique tant sont nombreuses les prescriptions à adresser au jeune chanteur. Mais le plus complexe à acquérir, c'est la mélodie inhérente au geste d'une poésie.

En clair, et c'est là notre point de dissension, un chanteur est avant tout un homme qui chante la poésie d'une langue, certainement pas "des voyelles isolées". Qu'un étranger chante avec un accent anglais du Poulenc ne me dérange pas. Qu'il chante en rompant le sens d'une métaphore, et voilà mon oreille triste. Et puis, les Français sont de si piètres lecteurs de poésie françaises (d'ailleurs on se souvient d'un de Gaulle, d'un Jean Gabin ou d'une Barbara pour la poésie de leur langue... Quel homme ou femme célèbre est aujourd'hui célèbre pour la poésie de sa langue ?)

Votre paragraphe sur le système tonal fait état d'une «justesse» comme si la justesse était une donnée absolue. Ce serait en partant de «notes isolées» (justes) qu'on construit un chant. Là encore, je disconviens respectueusement : la justesse n'existe pas en soi, c'est un processus d'adaptation et de tempérament aux instruments avec lesquels on joue, et les chanteurs ne pensent pas, je crois, à un morceau comme une succession de notes justes sur des voyelles justes, du moins je l'espère pour eux. (Car dans ce cas, qu'est-ce qui différencie une interprétation d'un ensemble de mesures physiques spectrales ?)

Par ailleurs, ouvrir le problème aux autres langues (italien, allemand, estonien, turc) permet aux chanteurs de chercher de nouvelles couleurs, justement, et de développer une palette intéressante en prenant conscience de la richesse de chaque langue.

12. Le mercredi 30 mars 2011 à , par DavidLeMarrec

Vous tirez là des conclusions tout à fait inexactes sur mon point de vue :

=> Je suis complètement d'accord avec votre premier paragraphe : si l'on acquiert la dynamique et la couleur d'une langue, on peut la chanter (même si je demeure persuadé que c'est toujours un peu plus difficile pour commencer).

=> Contrairement à ce que vous m'attribuez, je me moque de la justesse comme d'une guigne (j'ai d'ailleurs bien précisé qu'il fallait parler d'intervalles, puisque la justesse n'est pas absolue), je parlais simplement de la différence d'incidence sur la construction de la voix entre la langue (influence majeure), la justesse (influence notable, surtout sur un débutant qui ne peut pas encore utiliser convenablement son diaphragme) et la structure harmonique d'un morceau (influence bien moins immédiate).

=> Même chose pour ce qui est de l'accent : je n'ai jamais parlé d'accent, mais bien du placement exact des voyelles. D'abord parce que d'un point de vue technique l'instabilité du placement chez celui qui ne maîtrise pas la langue est un problème et ensuite, plus profondément, parce que contrairement à l'accent, la déformation des voyelles abîme la langue (et donc la poésie).

=> Pour privilégier le mouvement général sur le détail, il est même possible que vous pensiez que je vais trop loin : pour moi une bonne déclamation musicale rachète toutes les inexactitudes. La déclamation parlée est d'ailleurs un excellent exercice en complément du travail chanté.
Donc, oui, c'est cela qui importe et pas les voyelles isolées ; mais si on parle technique (85% des notules de ce site traitent des oeuvres, où j'ai tout le loisir de poser les questions plus globales sur ce qui fait la spécificité des morceaux), il faut bien à un moment donner s'intéresser au geste vocal initial, et donc à l'émission d'une syllabe avant celle d'un vers entier. D'où mon propos ici. Ensuite, si on élargit le débat aux méthodes pour développer la voix et l'interprétation, je suis tout prêt à aller sur ce terrain.
D'autant plus qu'à titre personnel, c'est sur la déclamation globale, et non sur des exercices sur des voyelles, que je me m'appuie. :)

=> Enfin, je ne vais certainement pas nier que la maîtrise de plusieurs langues est une richesse considérable, mais il me paraît hâtif et dommageable de commencer par elles lorsqu'on débute le chant. Ensuite, on fait ce qu'on veut, et, Dieu merci, on ne se limite pas au français !


En somme, je me permets d'être respectueusement en désaccord, non pas avec votre désaccord, mais avec les raisons de notre désaccord. :)


Sur quelques points de détail :

Et puis, les Français sont de si piètres lecteurs de poésie françaises (d'ailleurs on se souvient d'un de Gaulle, d'un Jean Gabin ou d'une Barbara pour la poésie de leur langue... Quel homme ou femme célèbre est aujourd'hui célèbre pour la poésie de sa langue ?

Question d'époque, difficile d'avoir du recul sur les tendances de sa propre ère. Il y a clairement une différence très importante dans le phrasé, académique ou artistique, qui apparaît vers le milieu du siècle. Le micro a sans doute été impliqué dans ce déclin de la langue parlée "chantante" (même les comédiens-français sont sonorisés...). C'est effectivement une évolution que je déplore, mais ce doit être aussi faute de recul de ma part, je suppose.

et les chanteurs ne pensent pas, je crois, à un morceau comme une succession de notes justes sur des voyelles justes, du moins je l'espère pour eux.

Votre bienveillance vous honore, mais je crains que pour un certain nombre, à les entendre parler de leur travail, l'enjeu soit souvent d'émettre un la3 sur un |i| avant de rendre compte de la métaphore. :) Logiquement, en même temps, puisque dans le circuit professionnel, c'est ce qui est demandé : une voix solide et sonore. Le reste différenciera, quelquefois, le grand artiste des autres.

(Car dans ce cas, qu'est-ce qui différencie une interprétation d'un ensemble de mesures physiques spectrales ?)

Plein de choses, l'exactitude n'exclut pas l'expression... tous les paramètres, loin de là, ne sont pas indiqués sur une partition ! Ce qui serait terrible, ce serait qu'on impose une fréquence de vibrato, une intensité en dB, des fréquences dans le timbre pour une note donnée... Je crois que personne n'a encore osé pondre une partition de ce genre. :)


Merci pour ces réactions !

13. Le mercredi 30 mars 2011 à , par Voix d'humain

La langue (influence majeure), la justesse (influence notable, surtout sur un débutant qui ne peut pas encore utiliser convenablement son diaphragme) et la structure harmonique d'un morceau (influence bien moins immédiate).

Je suis régulièrement surpris de constater que peu importe quelle hiérarchie on donne aux trois éléments que vous citez, on aborde toujours des mêmes problèmes, du moins avec un travail sur de bons compositeurs. J'ai vu des cours où l'emphase était mis uniquement sur les carrures harmoniques, et finalement, ce que je pensais des problèmes de locution des chanteurs s'est résolu tout seul. Mais bien sûr, vous avez raison : un diaphragme mal utilisé reste un diaphragme mal utilisé, et l'étude 'tonale' ne fait pas tout. Mais cela me rend joyeux qu'étudier autre chose que son diaphragme apporte des résultats tangibles, qu'il existe de nombreuses façons d'aboutir à un résultat de qualité.

contrairement à l'accent, la déformation des voyelles abîme la langue (et donc la poésie).

Mais l'accent... modifie pourtant les voyelles ?

Ensuite, si on élargit le débat aux méthodes pour développer la voix et l'interprétation, je suis tout prêt à aller sur ce terrain.

Je crois que c'est ça que j'essaye de comprendre et qui m'interroge ces temps-ci : comment peut-on séparer les deux ? Je comprends que c'est une phase nécessaire dans l'évolution d'un chanteur, d'étudier un peu en analysant ce qui ne marche pas dans l'obtention d'un grain de voix intéressant... Mais tout cela n'est-il pas au service de la musique, plutôt que l'inverse ? Comment vouloir travailler la technique pour avoir la technique ?

C'est effectivement une évolution que je déplore, mais ce doit être aussi faute de recul de ma part, je suppose.

Il faut que je vous fasse parvenir l'article de R.Barthes sur le grain de la voix, justement... Vous m'en direz des nouvelles. Je suis d'avis que c'est un appauvrissement de la langue spécifique au français. (Les autres langues continuent avec le micro à chanter leur langue...)

l'enjeu soit souvent d'émettre un la3 sur un |i|

Je déteste cette tradition. J'aimerais la combattre autant que je peux.

(Car dans ce cas, qu'est-ce qui différencie une interprétation d'un ensemble de mesures physiques spectrales ?)

Plein de choses, l'exactitude n'exclut pas l'expression...

Je pense en outre que le moment d'un concert est un moment humain où des humains sentent par des biais très divers. Et on ne devrait pas s'inquiéter pour la note aiguë du ténor, on devrait s'inquiéter de profiter un maximum d'un moment de communion intra-public et entre le public et le spectacle. Je ne crois pas trop demander pourtant ! :) Les chanteurs que je connais finissent par aller voir les spectacles à reculon parce qu'ils «stressent pour l'aigu du ténor». C'est ridicule, non ? Alors comment combattre cela ?

14. Le jeudi 31 mars 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour !


Mais cela me rend joyeux qu'étudier autre chose que son diaphragme apporte des résultats tangibles, qu'il existe de nombreuses façons d'aboutir à un résultat de qualité.

Effectivement, si c'est possible c'est magnifique, parce que ça rend les études de chant intéressantes, de ce fait. :-)


Mais l'accent... modifie pourtant les voyelles ?


Tout dépend ce que l'on appelle l'accent. J'ai essayé de sérier la question en quatre (intelligibilité, accentuation, aperture et accent) dans cette notule. Les mots choisis n'ont rien d'universel, mais je crois que ça rend compte de ce que j'essaie de dire sur ce qu'on appelle l'accent.

Si, en chant, l'accent introduit une déformation considérable des voyelles, je ne parle plus d'accent. L'accent, et c'est ainsi qu'on l'entend aussi dans la vie courante, c'est ce petit rien qui indique l'origine étrangère, même dans un français parfais : le [t] alvéolaire pour un anglais, par exemple. Dans le chant, ça se manifeste souvent par un placement moins antérieur que la norme française.


Je crois que c'est ça que j'essaye de comprendre et qui m'interroge ces temps-ci : comment peut-on séparer les deux ? Je comprends que c'est une phase nécessaire dans l'évolution d'un chanteur, d'étudier un peu en analysant ce qui ne marche pas dans l'obtention d'un grain de voix intéressant... Mais tout cela n'est-il pas au service de la musique, plutôt que l'inverse ? Comment vouloir travailler la technique pour avoir la technique ?

Ma propre pratique ne sépare guère les deux, mais on est obligé, pour faire un travail sérieux, de sérier les problèmes à un moment donné, et les jeunes gens qui se destinent à la carrière (les malheureux !) ont besoin de travailler sur des éléments précis, pour maîtriser leur voix dans n'importe quel contexte.
Après, pour l'amateur, oui, on peut se contenter de choses plus globales, puisqu'aucun amateur ne sera amené (ou alors très exceptionnellement) à se produire avec les contraintes d'un grand orchestre, d'une grande salle ou d'un rôle complet dans la Femme sans ombre.


Il faut que je vous fasse parvenir l'article de R.Barthes sur le grain de la voix, justement...

Cela reste très littérarisant, comme lecture des choses. Je ne suis pas totalement client de Barthes, je trouve que sa finesse cède souvent au plaisir de construire un concept, qui ne recouvre pas toujours la réalité quand on regarde de près, du moins quand il s'éloigne de sa sphère de compétence initiale. Ici, c'est très joli de dire que le langage se banalise (forcément, les gens du XVIIe, on n'en entend que les tragédies et on n'en lit que les traités, ils paraissent sacrément plus raffinés !), qu'on ne lui donne plus d'attention, mais ça me paraît du pur effet d'optique.
D'autant qu'il donne juste son constat incidemment dans cet article, sans le développer ni le justifier me semble-t-il.


Je suis d'avis que c'est un appauvrissement de la langue spécifique au français. (Les autres langues continuent avec le micro à chanter leur langue...)

Je n'ai pas remarqué que les français ne chantaient plus français. Ce n'est en tout cas pas l'impression que j'ai en écoutant Valérie Millot, Jérôme Corréas ou Jean-Baptiste Dumora. :)
Il suffit peut-être d'écouter les bonnes personnes ?


Je déteste cette tradition. J'aimerais la combattre autant que je peux.

Elle est malheureusement très répandue chez les élèves comme chez les professeurs. Je n'arrive pas à déterminer si elle est utile en tant que telle ou si c'est, comme vous l'avancez, davantage une source de blocages. Je crois que cela dépend réellement de l'interaction entre individus mais je ne suis, a priori, pas favorable à cette approche. [Sans parler des effets secondaires, comme celui de dîner avec un chanteur de cette obédience, ce qui peut constituer un petit Golgotha à lui tout seul.]


Je pense en outre que le moment d'un concert est un moment humain où des humains sentent par des biais très divers. Et on ne devrait pas s'inquiéter pour la note aiguë du ténor, on devrait s'inquiéter de profiter un maximum d'un moment de communion intra-public et entre le public et le spectacle. Je ne crois pas trop demander pourtant ! :) Les chanteurs que je connais finissent par aller voir les spectacles à reculon parce qu'ils «stressent pour l'aigu du ténor». C'est ridicule, non ? Alors comment combattre cela ?

Je suis tout à fait d'accord sur ce point, mais je crois que la tendance "glottophile", y compris chez le public, existe vraiment, c'est une autre forme de plaisir, plus épidermique même s'il se nourrit parfois de beaucoup de science.
Pour ma part, je n'attache guère d'importance à la justesse ou à l'aisance - au contraire, j'aime les voix un peu tendues qui chantent un peu plus difficile ou un peu plus large qu'il ne faudrait, cela crée de l'urgence et nous fait plus aisément entrer, de la sorte, en communion avec les artistes (au lieu de nous crisper sur les aspects techniques).

C'est une des raisons pour lesquelles j'aime beaucoup Catarina Ligendza, Mireille Delunsch et même... Katherine Fuge.

Vous voyez pourquoi j'étais un peu étonné d'être classé parmi les glottophiles tâtillons. :)



Bonne soirée !

15. Le jeudi 19 septembre 2013 à , par HeavenPiece

Bons conseils, merci bcp !!!!

16. Le jeudi 19 septembre 2013 à , par HeavenPiece

www.HeavenPiece.com

17. Le dimanche 5 octobre 2014 à , par littlewing

Bonjour,

Je chante depuis 1 ans dans une chorale lyrique baroque et je commence à avoir de bonnes sensations, celles dont vous parlez (recherche de la verticalité, etc.). Un petit message pour vous remercier infiniment de vos conseils et de points de vue qui me permettent de prendre du recul et me poser les bonnes questions. Le plus difficile, au delà du plaisir du chant, est peut-être de savoir où on veut aller !

Un grand merci de partager tout ceci sur votre site.

18. Le dimanche 5 octobre 2014 à , par David Le Marrec

Bienvenue Littlewing !

Je suis content si ces éléments sommaires peuvent aider… C'est une des grandes difficulté du chant (et de son enseignement) : les descriptions des processus deviennent évidents une fois qu'on les a sentis. Sinon, de l'extérieur, les descriptions physiologiques (ou, pire, les images qui font prendre des postures exagérées ou déformées) restent très abstraites.

Il n'y a pas beaucoup de domaines où vous ne pouvez apprendre que ce que vous avez déjà découvert…

Je vous souhaite beaucoup de plaisir dans votre petit ensemble !

19. Le samedi 1 novembre 2014 à , par Julia B

Merci pour ce guide ! Si seulement j'avais pu avoir accès à toutes ces informations il y a 12 ans, lorsque j'ai fait une tentative catastrophique en chant lyrique. Je suis bien décidée à reprendre désormais, après avoir laissé derrière moi mes peurs de chanter faux, de chanter trop fort, de me mettre en avant (ou au moins une bonne partie de ces peurs !), ma fascination pour le chant lyrique étant restée intacte. Mais j'ai une boule au ventre en constatant que je viens d'avoir 30 ans et qu'apparemment j'ai aussi laissé ma jeunesse vocale derrière moi. Doit-on oublier l'idée d'entrer au conservatoire à mon âge et se cantonner aux cours particuliers hors école, sans jamais de possibilité de formation diplômante ?

20. Le dimanche 2 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonsoir Julia, il y a hors conservatoire des profs tres valables mais toutefois, ce n est pas parce que
l on n est prof que l on a forcément l oreille et la logique. Vous avez de nos jours des enseignants qui pour des questions de mode, de caprice ou de snobisme, vous abîmeront la voix en vous orientant dans un registre qui n est pas le vôtre .
Ainsi, si vous entendez un prof vous dire par exemple que vous êtes soprano alors que vous descendez sous le la 2, vous pouvez sans regret cessez de le voir . Certainement plus de la moitié des artistes chantent dans un registre qui n est pas le leur naturel .

21. Le dimanche 2 novembre 2014 à , par David Le Marrec

Bonsoir Julia,

Vous semblez avoir cumulé pas mal de handicaps fréquents… mais pas forcément concentrés en une seule personne !

À trente ans, vous êtes loin d'avoir votre jeunesse vocale derrière vous… vous n'avez même probablement même pas atteint votre maturité vocale (indépendamment de tout travail technique). En revanche, pour entrer au conservatoire, oui, il faut demander les limites d'âge, mais elles se situent souvent dans cette zone pour le chant, un peu avant ou un peu après.
Néanmoins, le vrai critère est en général la demande… dans un conservatoire où il n'y aura pas beaucoup de demandes en chant lyrique, vous pouvez être prise.

Cela dit, les bons professeurs (et les mauvais, d'ailleurs) sont partout, pas forcément dans des écoles… il faut se renseigner du mieux que l'on peut… et essayer (beaucoup font un premier cours d'essai gratuit, c'est un peu une tradition). Si vous souhaitez des critères ou des pistes pour trouver, vous pouvez me contacter par courriel si vous voulez (colonne de gauche).

--

Sandrine, je ne serai pas aussi catégorique sur qui est soprano (les sopranos dramatiques ont de véritables extensions graves, dans d'autres répertoires elles peuvent passer pour mezzo, voire mezzo grave)… Mais effectivement, il arrive fréquemment que des chanteurs (et même certains professionnels, voir par exemple Gerd Turk, ou même, exemples célèbres, Melchior et Bergonzi à leurs débuts) chantent hors de leur véritable centre de gravité, parce que quelque chose reste bloqué au niveau du passaggio.

22. Le lundi 3 novembre 2014 à , par Sandrine

Je ne parlais pas des sopranos graves dramatiques qui sont d ailleurs très rares mais des vraies sopranos sur toute la tessiture .
Il y a une question de logique : si une soprano avait
le ré 2 dans la voix, cela voudrait dire qu une alto serait capable d émettre des notes plus basses qu un piano .
Chanter dans un registre, même admirablement, ne veut pas dire que la voix de départ est de ce registre .

23. Le lundi 3 novembre 2014 à , par Julia B

Merci pour vos réponses ! David Le Marrec je vous ai envoyé un mail.

Je ne comprends pas très bien toutes ces réflexions sur la tessiture. Notre voix de départ donne-t-elle vraiment un indice fiable sur le registre dans lequel nous sommes destinés à nous épanouir ? Y a-t-il plusieurs tessitures possibles pour une personne, et le cas échéant, y a-t-il un bon et un mauvais choix à faire ?

24. Le lundi 3 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonjour Julia, je voulais dire qu´il n´y avait pas automatiquement de corrélation entre la voix de départ et la tessiture dans laquelle un prof fait travailler .
Par exemple, vous pouvez ( c´est juste un exemple) avoir une voix de départ qui soit intermédiaire entre soprano et mezzo-soprano et votre prof, pour diverses raisons et selon dans quelle partie de la tessiture vous êtes le plus á l´aise, peut tres bien vous orienter en soprano ou en mezzo-soprano .
D´ailleurs, je ne suis pas convaincue que la voix de soprano naturelle soit si fréquente que cela, je pense ( et apres confirmation qu´une prof m´avait donnée) que plus de la moitié des sopranos avaient une voix de départ intermédiaire entre le mezzo-soprano et le soprano , de même qu´un bon nombre de ténors confirmés avait au départ une voix de baryténor .

Sinon, oui, il y a des indices fiables, au niveau du timbre souvent et au niveau des extrêmes : si vous avez un timbre tres clair et juvénile, pas de notes graves et des aigus et suraigus naturellement faciles et sans aucun travail ni effort, il y a une forte probabilité et même une certitude que vous soyez soprano . Dans ce cas, á moins d´être un mauvais prof á tous les sens du terme, aucun enseignant ne songerait á vous orienter dans un autre registre .
A l´inverse, si le timbre de votre voix est voisin de celui de Kathleen Ferrier et que vous n´attrapiez rien au-dessus du fa4, vous avez toutes les chances
d´être alto . Entre ces deux extrêmes, pratiquement tout est possible mais le registre naturel est celui dans lequel on se trouve le mieux sans aucun effort ni contrainte .
Plusieurs tessitures pour une personne, c´est possible, mais pas plusieurs registres . Par contre, on peut ( et c´est finalement assez courant) avoir une voix coincée entre deux registres et/ ou qui possede des caracteres de deux registres juxtaposés .
Le soprano grave dramatique en est un exemple : c´est á la fois un soprano car il a des aigus plutôt clairs et brillants et un mezzo-soprano car il a en général des graves que n´a pas une vraie soprano , en quelque sorte une voix hybride mais tres rare quand elle est authentique . Mon ancienne prof de chant était soprano non dramatique et la note la plus basse ( je parle ici d´étendue totale et non de tessiture) qu´elle avait était un sol4 mais vraiment douloureux et inaudible et il en était de même pour ses éleves sopranos : aucune ne descendait plus bas que cela .
Donc, mis á part que vous soyez soprano grave dramatique, vous pouvez être sûre de ne pas être soprano pure si vous arrivez á descendre sous le sol2 :

25. Le lundi 3 novembre 2014 à , par Julia B

Merci pour vos précisions Sandrine !

Moi je fais Do2 - Fa4 la plupart du temps en vocalises. Après ça fait mal et c'est très moche. Mais ma voix n'est pas travaillée et j'ai encore un peu peur des aigus, je me crispe, mais je me soigne ^^. J'ai rêvé d'être soprano à une époque, mais a priori ce n'est pas pour moi !

26. Le lundi 3 novembre 2014 à , par Sandrine

Quand vous dites Do2, vous parlez de quel Do exactement ?

27. Le lundi 3 novembre 2014 à , par David Le Marrec

Bonsoir Julia,


Julia :
Je ne comprends pas très bien toutes ces réflexions sur la tessiture. Notre voix de départ donne-t-elle vraiment un indice fiable sur le registre dans lequel nous sommes destinés à nous épanouir ? Y a-t-il plusieurs tessitures possibles pour une personne, et le cas échéant, y a-t-il un bon et un mauvais choix à faire ?

Il est vraiment difficile de répondre à ça dans une perspective pratique… Oui, bien sûr, la voix départ, c'est celle que va évaluer votre professeur, donc c'est un indice (sa couleur, l'emplacement du passage, les notes extrêmes immédiatement accessibles)… mais ce n'est pas totalement transparent non plus.

Sinon, en effet, il y a plusieurs tessitures possibles, puisqu'on peut très bien avoir une voix à cheval entre plusieurs catégories… certaines chanteuses (beaucoup plus rare chez les chanteurs) passent d'ailleurs d'une tessiture à l'autre selon les types d'œuvre (un mezzo mozartien peut parfaitement être soprano dans du romantisme lyrique, un soprano wagnérien sera mezzo dans des répertoires moins lourds, etc.). C'est votre confort, ce sont vos caractéristiques techniques qui vont tracer la ligne, plus que les appartenances théoriques : chanter une partie avec des récitatifs brefs ou tenir une ligne mélodiques longue, ça ne réclame pas les mêmes aptitudes.

Ensuite, quel est le bon choix… souvent la tessiture plus haute, à laquelle on renonce parce qu'elle est difficile à réaliser… Mais quand on est amateur, il n'est pas toujours facile de franchir le pas. (Reste le baroque, qui est un excellent choix pour les sopranos & ténors courts, par exemple.)


Moi je fais Do2 - Fa4 la plupart du temps en vocalises. Après ça fait mal et c'est très moche. Mais ma voix n'est pas travaillée et j'ai encore un peu peur des aigus, je me crispe, mais je me soigne ^^. J'ai rêvé d'être soprano à une époque, mais a priori ce n'est pas pour moi !

Si c'est vraiment do2 (celui sous le do central du clavier ?), alors effectivement c'est carrément une étendue de ténor ! Donc soit un gros problème de passage comme soprano ou mezzo, soit une voix assez grave (bas-mezzo ou alto).


J'ai bien reçu votre message, je tâche d'y répondre ce soir. Sinon, mercredi.

28. Le lundi 3 novembre 2014 à , par David Le Marrec

Bonsoir Sandrine,

Sandrine :
Il y a une question de logique : si une soprano avait le ré 2 dans la voix, cela voudrait dire qu une alto serait capable d émettre des notes plus basses qu un piano .

Pas forcément : il y a des voix longues et des voix courtes, plus ou moins décalées…

D´ailleurs, je ne suis pas convaincue que la voix de soprano naturelle soit si fréquente que cela, je pense ( et apres confirmation qu´une prof m´avait donnée) que plus de la moitié des sopranos avaient une voix de départ intermédiaire entre le mezzo-soprano et le soprano , de même qu´un bon nombre de ténors confirmés avait au départ une voix de baryténor .

Les voix de soprano sont quand même très fréquentes… mais il est vrai que si on regarde l'émission brute, sans travail, peu de sopranes, et plus encore peu de ténors seront à leur hauteur travaillée. Mais c'est normal, il en va de même pour les autres tessitures : pour projeter le son, le chant lyrique demande de mettre en branle la partie haute du spectre possible. Et hors quelques élus pour qui tout cela est excessivement simple… c'est forcément un travail peu naturel.


Plusieurs tessitures pour une personne, c´est possible, mais pas plusieurs registres .

Ce sont des cas rares, mais la Nature ne se l'interdit pas pour autant !


Mon ancienne prof de chant était soprano non dramatique et la note la plus basse ( je parle ici d´étendue totale et non de tessiture) qu´elle avait était un sol4 mais vraiment douloureux et inaudible et il en était de même pour ses éleves sopranos : aucune ne descendait plus bas que cela .

Sol2, non ? Sinon, Mado Robin serait battue.

Donc, mis á part que vous soyez soprano grave dramatique, vous pouvez être sûre de ne pas être soprano pure si vous arrivez á descendre sous le sol2 :

Chris Merritt (ténor à suraigus !) avait un mi1… je raisonnerais plutôt dans le sens inverse : si on n'a pas les graves, alors on n'est pas alto. Mais le plancher n'est pas une preuve en soi de l'aisance des aigus.

29. Le lundi 3 novembre 2014 à , par Sandrine

Oui, je voulais dire le Sol2 pour l extrême grave de l ambitus de la prof .

Merritt que j aime beaucoup a effectivement chanté des rôles à suraigus rossiniens mais cela ne veut pas dire que sa voix naturelle était celle d un ténor.
D ailleurs, s il avait le mi 1, cela exclue cette nomenclature .

Impossible d être de plusieurs registres, je voulais dire qu on ne pouvait pas, par exemple, avoir à la fois un timbre de soprano et un timbre d alto .

Pour la logique de la longueur des voix, c est vrai que l on peut trouver des cas anormaux, il existe sûrement des altos qui ne descendent pas sous le la mais ca n est sans doute que rarissime .
En fait, je voulais dire que le soprano qui est la voix de femme la plus haute ne peut pas descendre plus bas que l alto qui est la voix la plus basse .

Pour les possibilités dans le grave, je suis d accord:
mis à part cas d anomalie tres rare, on n est pas basse si on n a rien sous le si bémol1 et pas alto si on n a rien sous le si bémol2 mais le mécanisme fonctionne aussi en sens inverse : une femme dont la voix de tête ne va pas au-dessus du fa 4 n est
sûrement pas soprano .

30. Le lundi 3 novembre 2014 à , par Sandrine

Pour Julia, s il s agit bien du do sous le do central, cela exclue en effet le soprano et même pour une mezzo, ce serait un peu extraordinaire, sauf dans le cas d un grave anormalement long comme chez Podles .

31. Le mercredi 5 novembre 2014 à , par Julia B

Oui c'est bien le do sous le do central. Hier j'ai fait si1 - la4, c'est très variable selon ma détente et ma forme, mais j'essaie de ne pas focaliser sur les aigus désormais, alors qu'avant je me crispais quand ils arrivaient et surtout j'avais une sensation d'échec terrible quand ça ne passait pas. Je crois que j'ai des problèmes de respiration, car je suis très essoufflée quand je chante aigu. Il me semble avoir découvert que je prends trop d'air aussi, notamment en lisant le livre de Cécile Fournier "La voix, un art et un métier" que l'on m'a conseillé.

32. Le mercredi 5 novembre 2014 à , par David Le Marrec

Bonsoir Julia,

Oui c'est bien le do sous le do central. Hier j'ai fait si1 - la4, c'est très variable selon ma détente et ma forme, mais j'essaie de ne pas focaliser sur les aigus désormais, alors qu'avant je me crispais quand ils arrivaient et surtout j'avais une sensation d'échec terrible quand ça ne passait pas. Je crois que j'ai des problèmes de respiration, car je suis très essoufflée quand je chante aigu. Il me semble avoir découvert que je prends trop d'air aussi, notamment en lisant le livre de Cécile Fournier "La voix, un art et un métier" que l'on m'a conseillé.

Oui, effectivement, l'essoufflement, ce peut être un problème de gestion d'air (entrant ou sortant), ou bien une émission exagérément dispendieuse (ou contenue, créant une tension vasculaire importante).
Vous pouvez aussi essayer de lire un peu du côté des techniques non lyriques, même sans les pratiquer cela remet un peu l'église au milieu du village, en abordant l'émission d'opéra comme un genre parmi d'autres (l'ouvrage de Sadolins, par exemple)… et parfois, cela peut débloquer certains préjugés qu'on a ce qu'on est supposé faire. Surtout en tant qu'amateur, où le volume sonore n'est pas un enjeu comme pour les solistes professionnels.

Avec cette tessiture de départ, effectivement, il ne faut pas vous voir soprano, je le crains. C'est un problème, parce que pas mal de partitions de mezzo ont un ambitus sopranisant même si le centre de gravité est plus bas… mais il faudra en prendre votre parti, sans vous acharner sur l'aigu dans un premier temps…

Si cette partie basse est sonore, vous avez peut-être même une de ces rares voix de contralto (très appréciés, peut-être plus faciles à construire aussi… mais le répertoire est ce qu'il est).

33. Le mercredi 5 novembre 2014 à , par David Le Marrec

Bonsoir Sandrine,

Pour Julia, s il s agit bien du do sous le do central, cela exclue en effet le soprano et même pour une mezzo, ce serait un peu extraordinaire, sauf dans le cas d un grave anormalement long comme chez Podles .

Tout dépend de l'aspect desdits graves… s'ils sont sonores, en effet ! Mais sinon, il y a des ténors qui un matin un peu enrhumé, vont produire des la0 (et davantage en fry)… ce n'est pas pour autant qu'ils sont audibles ou que leur centre de gravité est là.

Un mezzo plutôt grave ou plutôt long qui aurait beaucoup de graves, pourquoi pas — même si effectivement, présenté comme ça, on voit d'abord un potentiel de contralto.


Merritt que j aime beaucoup a effectivement chanté des rôles à suraigus rossiniens mais cela ne veut pas dire que sa voix naturelle était celle d un ténor.
D ailleurs, s il avait le mi 1, cela exclue cette nomenclature .

Pas forcément, parce que ses graves avaient une couleur de grave de ténor (certes étendu, mais ça ne sonnait même pas comme un la1 de baryton). En voix naturelle, je ne mesure pas du tout s'il était plutôt sur le versant aigu ou le versant barytonnant.


Impossible d être de plusieurs registres, je voulais dire qu on ne pouvait pas, par exemple, avoir à la fois un timbre de soprano et un timbre d alto .

À la fois, non, mais avec une voix longues et l'usage de techniques différentes, est-ce vraiment impossible structurellement ? Bon, certes, à peu près personne ne fait ça.


mis à part cas d anomalie tres rare, on n est pas basse si on n a rien sous le si bémol1 et pas alto si on n a rien sous le si bémol2 mais le mécanisme fonctionne aussi en sens inverse : une femme dont la voix de tête ne va pas au-dessus du fa 4 n est
sûrement pas soprano .

Oui, bien sûr ! Mais l'aigu peut être bloqué techniquement, beaucoup de débutants croient justement être dans uen catégorie plus grave parce qu'ils ne parviennent pas à atteindre la partie haute de leur tessiture réelle. Alors que le grave est généralement plus vite limité (même si on peut l'élargir et le renforcer, avec de la technique).

Mais oui, effectivement, l'aigu d'une voix travaillée va aussi déterminer sa tessiture d'emploi, assurément.

34. Le mercredi 5 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonsoir David et Julia

Julia : si votre note la plus grave est un si1 ( peu ou tres sonore, qu´importe, ce qui compte est que vous l´émettiez), effectivement vous êtes soit contralto soit mezzo mais alors un mezzo avec un grave extrêmement long mais comme dit David, la voix de départ fait plus penser á un alto ( contralto, donc) .
Est-ce que le la4 est vraiment votre note la plus haute de toute votre voix? je veux dire en voix de tête ( ne parlons pas ici du sifflet qui, même chez une alto, peut aller au moins au si4 et même aux contre-notes) .
Sinon, quelle est votre tessiture d´aisance ? A savoir, dans quelle zone de cet ambitus do2-la4 vous sentez-vous le mieux et ce, sans aucun effort ?
Car deux personnes peuvent avoir le même ambitus mais pas du tout la même tessiture .

Comme sonne votre timbre ? Plutôt " plomb" et ample ou plutôt " cuivre" et serré ? Plus concretement, plus comme Lucia Valentini Terrani ou plus comme Kathleen Ferrier ?

David, je suis d´accord avec vous : l´aigu peut-être bloqué que certaines personnes mais le grave aussi et il est logique qu´une vraie soprano ( de nature) chante naturellement n´importe quel air dans une tessiture plutôt haute et que les mêmes airs seront chantés par une alto dans une tessiture plus basse .
Prenons un air tout simple comme A la claire fontaine : une soprano ne l´attaquera pas du tout á la même hauteur qu´une alto, en plus évidemment de la différence de timbre .
Il existe aussi une forme de subjectivité dans la tessiture d´une personne á une autre : par exemple, pour moi le si3 est une note aigue, pour d´autres ce sera presque central .

Est-ce que vous pourriez me dire oú Merrit fait un mi1 ? Je l´ai déjá entendu chanter des graves mais je ne sais lesquels mais personnellement je trouve que ca sonne vraiment baryton dans les graves et non pseudo-ténor enrhumé mais dans les aigus, oui, c´est vraiment un timbre de ténor : une vraie voix de baryténor qui possede l´aigu du ténor et le grave du baryton avec une puissance particulierement forte dans le médium . Je ne connais d´ailleurs que lui qui soit muni
d´une voix aussi spectaculaire mais s´il y en a d´autres du même acabit, n´hésitez pas á me les signaler .

Contralto dramatique : est-ce que certains profs peuvent appeler une voix " dramatique" si elle est sombre, même si elle n´a pas de puissance ?
Deux profs m´avaient confirmé que j´étais contralto et une troisieme que j´étais contralto dramatique mais je n ai pas une voix puissante . Par contre, tres sombre et tres lugubre, oui, alors cette prof pensait-elle " dramatique" en se référant au timbre uniquement ou bien á ma tessiture de voix travailllée ?

Petite question sur le Stimmfach allemand : il est différencié dramatischer mezzosopran, dramatischer Alt et Tiefer Alt .
Si je vois á peu pres ce qu´est un dramatischer mezzosopran ( Ulrica, Dalila, Carmen si on veut une Carmen plus " sombre" d´expression), je n´arrive pas á différencier le Dramatischer Alt du Tiefer Alt car rien n´empêche un alto dramatique d´être aussi alto profond .
Pourriez vous me citer une vraie Dramatischer Alt et une vraie Tiefer Alt ?

Pour le cas du fa4, je voulais dire qu´une voix féminine libérée et entraînée qui ne vas pas au-dessus du fa 4 en voix de tête exploitable n´est pas soprano ou alors, si son timbre est vraiment celui d´un soprano, le probleme vient de sa physiologie . Par contre, on ne peut être que soprano si, sans avoir pris le moindre cours et sans faire le moindre effort, on a des contre-notes et qu´on ne chante qu´aigu . Lá effectivement, il ne peut y avoir erreur de classification si on a une voix á la Mado Robin .



35. Le jeudi 6 novembre 2014 à , par David Le Marrec

si votre note la plus grave est un si1 ( peu ou tres sonore, qu´importe, ce qui compte est que vous l´émettiez)

Au contraire, cela change tout : s'il est effleuré, ça n'a pas du tout le même sens que s'il est pleinement émis.

De même, je ne suis pas persuadé que le timbre d'une voix naturelle soit déterminant pour la classer à l'avance dans une catégorie.

De toute façon, faire des diagnostics à distance, ce n'est pas possible ; on peut conseiller de ne pas faire certaines choses, ou proposer une poignée de conseils consensuels inoffensifs (détente musculaire préalable, moïto, laisser faire la résonance plutôt que l'effort…), mais supposer une tessiture à distance, c'est plutôt illusoire.

En plus de cela, la tessiture n'est finalement pas la chose la plus essentielle, on peut la découvrir petit à petit — même s'il est nécessaire ensuite de bien se placer dans sa nature vocale pour « bien sonner ».

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David, je suis d´accord avec vous : l´aigu peut-être bloqué que certaines personnes mais le grave aussi et il est logique qu´une vraie soprano ( de nature) chante naturellement n´importe quel air dans une tessiture plutôt haute et que les mêmes airs seront chantés par une alto dans une tessiture plus basse .

Certes, mais beaucoup de sopranos un peu larges ou de ténors refoulés chanteront spontanément à la hauteur de tessitures inférieures. C'est un premier indice, mais ça ne fait pas tout… inévitablement, il faut faire vocaliser pour entendre comment fonctionne la voix de l'élève.

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Merritt & extrêmes

Est-ce que vous pourriez me dire oú Merrit fait un mi1 ? Je l´ai déjá entendu chanter des graves mais je ne sais lesquels mais personnellement je trouve que ca sonne vraiment baryton dans les graves et non pseudo-ténor enrhumé mais dans les aigus, oui, c´est vraiment un timbre de ténor : une vraie voix de baryténor qui possede l´aigu du ténor et le grave du baryton avec une puissance particulierement forte dans le médium . Je ne connais d´ailleurs que lui qui soit muni
d´une voix aussi spectaculaire mais s´il y en a d´autres du même acabit, n´hésitez pas á me les signaler .

Le baryténor est à l'origine un ténor sombre et court, donc Merritt n'entre vraiment pas cette catégorie, il serait plutôt baryton + ténor. Mais oui, pour un ténor, ses graves ont pas mal de fermeté et d'allure.

Je ne crois pas que ces graves figurent dans des bandes officielles. J'en ai entendu un, mais je ne l'ai pas conservé (ce type de curiosité n'est pas ce qui me passionne le plus). Je pourrai rechercher la référence si vous voulez… aujourd'hui avec YouTube & co, il devrait être facile de mettre la main sur ce genre d'effets spectaculaires.

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Contraltos dramatiques

Contralto dramatique : est-ce que certains profs peuvent appeler une voix " dramatique" si elle est sombre, même si elle n´a pas de puissance ?

Possible. Ça dépend. En principe les voix dramatiques servent à passer de gros orchestres, mais pour un amateur, ça n'a pas le même sens… et même chez les pros, combien de Siegmund et de Siegfried minuscules — en revanche on n'en entendra presque jamais de clairs… alors qu'une voix claire bien projetée est plus efficace, forcément, qu'une voix sombre étouffée.


Petite question sur le Stimmfach allemand : il est différencié dramatischer mezzosopran, dramatischer Alt et Tiefer Alt .
Si je vois á peu pres ce qu´est un dramatischer mezzosopran ( Ulrica, Dalila, Carmen si on veut une Carmen plus " sombre" d´expression), je n´arrive pas á différencier le Dramatischer Alt du Tiefer Alt car rien n´empêche un alto dramatique d´être aussi alto profond .
Pourriez vous me citer une vraie Dramatischer Alt et une vraie Tiefer Alt ?

Le gros, le Dramatischer Alt fait des aigus (comme La Cieca dans La Gioconda), alors que le Tiefer Alt n'en fait pas (lieder de Mahler, la Dame de Pique, Geneviève dans Pelléas…). Donc Dramatischer, ce serait Maria José Montiel, alors que Tiefer ce serait Stutzmann, Zhang, Larsson…

Mais bon, de toute façon la Fach c'est de la grosse rigolade, qui n'a qu'un but purement fonctionnel pour les directeurs de théâtre amateurs de petites cases… ça mélange grossièrement les styles et les formats, on dirait une grille de théâtre où il y a les jeunes premiers et les barbons. Sauf que pour l'opéra, mettre Tamino et Rodolfo, Max et Dick Johnson dans la même catégorie, c'est pas sérieux. Les choses sont beaucoup plus subtiles, avec des adéquations beaucoup plus restrictives, et quelquefois des chemins de traverse inattendus.

-- (La plupart des voix ne ressemblant ni à M. Robin ni à Ferrier, la présence d'un prof qui puisse voir ce que produit la voix une fois trouvé le bon geste vocal est assez primordiale… Parce que c'est une fois le geste fait qu'on peut vraiment dire où se situent les pôles…)

36. Le jeudi 6 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonjour, je voulais dire que les notes de l extrême grave d une voix, comme elles sont hors tessiture de confort, ne seront jamais sonores et aisées que celles de la partie confortable .
Puis sans même aller aussi bas que le si 1 ou le do 2, je ne suis pas sûre, y compris pour l alto, que l on trouve des partitions qui descendent sous le sol2 mais peut être en connaissez vous ?
En revanche, si une voix de femme chante le sol 2 sans poitriner artificiellement et sans douleur ou explosion du larynx, c est que c est sans aucun doute une voix grave .

Donc, on pourrait dire que le Dramatischer Alt serait en théorie un contralto avec une tessiture de
mezzo-soprano mais d un volume toujours important ?
Ca rejoindrait donc plus ou moins le mezzo-contralto italien, donc une voix pratiquement inexistente, presque toujours remplacée par un
mezzo-soprano sombre au grave substanciel .

Effectivement, le systême Fach est souvent décalé par rapport á la réalité, ne serait ce que parce que jadis, les techniques et les termes ne recoupaient pas la même réalité . Bartoli expliquait dans un article que,du temps baroque, elle aurait sans doute été mise dans le créneau soprano .

37. Le jeudi 6 novembre 2014 à , par David Le Marrec

On trouve des ré2 optionnels, mais effectivement, en « dur » et obligatoire, difficile de trouver sous le fa2 en effet — sans doute pour des raisons de projection. Alors que Vitellia, rôle de soprano (jusqu'au ré5 !) descend déjà au sol 2. Bizarre timidité des compositeurs, dont ce n'est pas habituellement le genre.

Oui, c'est ça, le Dramatischer Alt, ce serait un alto à aigus, plus ou moins un mezzo-contralto (même si les noms ne m'évoquent pas du tout les mêmes profils).

(Bartoli est un soprano même au regard de la nomenclature actuelle, à mon avis…) Mais effectivement, les classifications évoluent. problème de la Fach est surtout qu'elle est transversales aux styles. Or il est plus facile de passer de Lohengrin à Parsifal que de Lohengrin à Ottavio…

38. Le vendredi 7 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonjour, merci pour votre réponse . Bartoli n´est pas á proprement parler un soprano pur puisqu´elle a dans la voix des notes sous le sol2, je dirais un Soprano II, ce qui, plus ou moins, correspond dans le Fach anglo-saxon á " Soubrette Soprano", concretement le profil vocal pour des rôles comme la Zerlina de Don Giovanni de Mozart ou bien la Susanna des Noces de Figaro . D´ailleurs, Zerlina a été chantée autant par des sopranos ou voix tirant vers le soprano que par des
mezzo-sopranos : dans ce cas, ce n´est pas tellement le registre qui joue mais bel et bien la couleur de la voix : Zerlina étant jeune et naive, séduite par Don Juan, il est clair qu´une voix sombre et/ ou dramatique ne pourrait convenir .
Effectivement, le timbre des aigus de Bartoli est tres sopranisant, je pense d´ailleurs qu´elle s´est toujours sentie plus á l´aise dans les rôles de soprano que dans les rôles d´alto .

Est-ce que vous pourriez m´indiquer dans quel air de Vitellia, l´interprete chante un sol2 ?
C est vrai que c´est tres rare qu´une soprano " pur sucre" ait cette voix, mis á part chez certains dramatiques mais c´est tres possible si la voix flotte entre le soprano et le mezzo .

Concernant les graves en tessiture d´emploi, et surtout apres la periode classique, on ne trouve en effet pas grand´chose : une enseignante de chant m´avait cité un mi bémo facultatif pour Mistress Quickly mais .... oú est-il donc ? Le " Reverenza" ne descend, je crois, que jusqu´au sol .

Apres, il y a aussi une question de mode, de préjugés : personnellement, je ne vois aucune raison qui fait que la nature aurait réparti les voix de maniere inégale, je suis sûre qu´on trouve au naturel autant d´altos que de mezzos que de sopranos . Les différences de fréquence existent surtout au niveau des couleurs : pas mal de voix lyriques, peu de voix dramatiques, donc plus de chance de croiser des voix de type Veronique Gens que de type Callas .

Petite question sur les groupes de chant : que signifie exactement ALTO II que l´on voit mentionner dans certains groupes de haut niveau ?
S´agit-il du contralto de type Ferrier ou d´une voix encore plus grave qui frôle le ténor ?
Je vois á peu pres ce qu´est Soprano I et II mais pour les subdivisions de l´alto, je ne saisis pas tres bien .

J´ai écouté Montiel avec beaucoup de bonheur : une voix tres intéressante et tres expressive qui, effectivement, penche vers l´alto dans les graves mais qui est quand même une voix de mezzo-soprano dramatique .
Théoriquement, un vrai mezzo-contralto, ce serait des chanteuses de type Ferrier ou Heynis chantant Carmen, Dalila, Azucena et Eboli dans les tons originaux, ce que l´on n´entend jamais . Même au disque, je ne suis pas sûre que Ferrier ait enregistré Ulrica . Elle a chanté Ofeo qui est á la limite du mezzo, Serse aussi mais je ne l´ai jamais entendu au-dessus de fa4 .

J´aurais cru que Zhang était á la fois un tiefer Alt ET un dramatischer Alt á cause justement de rôles opératiques qu´elle a chantés .

39. Le vendredi 7 novembre 2014 à , par Julia B

Bonsoir !

Alors moi mon do2 est sonore, en tout cas il résonne fort en moi, c'est vrai que je ne me suis pas encore enregistrée en vocalisant (mais je compte m'y mettre). Mais je me demande si mes graves ne sont pas artificiels. ça fait plus de 15 ans que je me cache dans le grave, pour pouvoir chanter doucement et discrètement (enfin je faisais ça surtout chez mes parents et puis dans mes colocations !) et comme je n'avais pas peur des graves, quand je pouvais chanter j'y allais franchement et sans pression, et je trouve que j'ai gagné plusieurs notes.

Pour mes aigus j'ai souvenir d'avoir déjà attrapé le contre ut en voix de tête en vocalise, mais par hasard car je n'arrive pas à le refaire sur commande, dommage ^^. Je suis très à l'aise dans l'intervalle do3 - do4.

Concernant mon timbre je ne sais pas comment le définir et je ne peux pas le comparer aux chanteuses susnommées ! J'ai vraiment une voix de débutante donc tellement moins riche évidemment. Mais je le trouve bien plus clair c'est sûr !!

40. Le dimanche 9 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

Bartoli n´est pas á proprement parler un soprano pur puisqu´elle a dans la voix des notes sous le sol2,

Ça ne prouve rien, d'autant qu'elle est loin de faire trembler les murs dans cette zone…

je dirais un Soprano II, ce qui, plus ou moins, correspond dans le Fach anglo-saxon á " Soubrette Soprano", concretement le profil vocal pour des rôles comme la Zerlina de Don Giovanni de Mozart ou bien la Susanna des Noces de Figaro

En français, on utilise plutôt soubrette pour désigner la Koloratursoubrette, mais en l'occurrence, la Deutsche Soubrette, ça reste Susanna et Ännchen, de francs rôles de sopranos lyriques légers. Mais oui, je suis assez d'accord avec la catégorie de soprano II (un peu plus grave que ça tout de même).


D´ailleurs, Zerlina a été chantée autant par des sopranos ou voix tirant vers le soprano que par des
mezzo-sopranos : dans ce cas, ce n´est pas tellement le registre qui joue mais bel et bien la couleur de la voix : Zerlina étant jeune et naive, séduite par Don Juan, il est clair qu´une voix sombre et/ ou dramatique ne pourrait convenir .

Il me semble, mais je suis tout sauf passionné par les supputations sur les voix historiques sur lesquelles on n'a en réalité aucune donnée fiable, que la créatrice avait une voix plutôt large. Mais effectivement, la tessiture correspond aux mezzos modernes, sans que les Carmen y réussissent très bien, forcément.


Est-ce que vous pourriez m´indiquer dans quel air de Vitellia, l´interprete chante un sol2 ?

Le second, Non più di fiori.


C est vrai que c´est tres rare qu´une soprano " pur sucre" ait cette voix, mis á part chez certains dramatiques mais c´est tres possible si la voix flotte entre le soprano et le mezzo .

Justement, non, puisqu'il y a un contre-ré non optionnel et plein d'aigus. C'est censé être un petit grave, mais il faut une voix longue (pas forcément large d'ailleurs, toutes les sopranes le font, et Popp, Gens ou Hartelius ne sont pas précisément des semi-mezzos).


Concernant les graves en tessiture d´emploi, et surtout apres la periode classique, on ne trouve en effet pas grand´chose : une enseignante de chant m´avait cité un mi bémo facultatif pour Mistress Quickly mais .... oú est-il donc ? Le " Reverenza" ne descend, je crois, que jusqu´au sol .

Oui, pour moi, rien de plus bas que ce sol, mais peut-être dans les ensembles (ou alors une tradition optionnelle, mais il ne me semble pas l'avoir entendue, et pourtant j'ai fréquenté pas mal d'enregistrements). Moi, ça m'étonne un peu, mais je ne puis l'affirmer sans l'avoir vérifié.


Apres, il y a aussi une question de mode, de préjugés : personnellement, je ne vois aucune raison qui fait que la nature aurait réparti les voix de maniere inégale, je suis sûre qu´on trouve au naturel autant d´altos que de mezzos que de sopranos .

Le nombre de femmes et d'hommes, de grands et de petits n'est pas égal, tout est affaire de moyennes… Il y a forcément beaucoup de monde au milieu et moins aux extrêmes. Et je crois que le milieu est plutôt vers les sopranes lyriques que vers les mezzos — en plus, ce serait une facilité que de chanter plus grave, or même chez les amateurs, on trouve essentiellement des sopranos.


Petite question sur les groupes de chant : que signifie exactement ALTO II que l´on voit mentionner dans certains groupes de haut niveau ?

Ça signifie simplement second alto, celui qui tient la ligne la plus grave lorsqu'il y a deux lignes, comme les sopranos II, ténors II ou les basses II. Ça change complètement de type selon les partitions, il ne faut pas y voir une norme érudite, simplement une répartition pratique.

Considérant que la plupart des chœurs sont écrits pour sopranos et altos, alto I est souvent mezzo-soprano, en fait. Et alto II tenu par des mezzos plutôt à l'aise en bas, et par des altos lorsqu'on en a. La classification fine des typologies n'a de sens que pour les solistes, dans les chœurs les gens s'adaptent, même à haut niveau.


J´ai écouté Montiel avec beaucoup de bonheur : une voix tres intéressante et tres expressive qui, effectivement, penche vers l´alto dans les graves mais qui est quand même une voix de mezzo-soprano dramatique .
Théoriquement, un vrai mezzo-contralto, ce serait des chanteuses de type Ferrier ou Heynis chantant Carmen, Dalila, Azucena et Eboli dans les tons originaux, ce que l´on n´entend jamais .

Non, ce n'est pas cela, précisément puisque ça n'existe pas. De même qu'un baryténor, ce n'est pas Hans Hotter qui fait des contre-ut.

Montiel me paraît assez bien entrer dans cette catégorie… et bien sûr notre amie Podleś.


Même au disque, je ne suis pas sûre que Ferrier ait enregistré Ulrica .

Non, elle ne l'a pas fait (ça aurait été rigolo, avec son flegme mélancolisant).


J´aurais cru que Zhang était á la fois un tiefer Alt ET un dramatischer Alt á cause justement de rôles opératiques qu´elle a chantés .

Ces rôles ne montent pas… De toute façon, une fois encore, prêter attention à la Fach, c'est partir pour égrener des contradictions et des impossibilités sans fin.

Ce peut éventuellement être (et ça l'est) un outil pour recruter des professionnel, mais ça n'aide pas du tout à approcher la réalité des voix.

41. Le dimanche 9 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Julia,

Alors moi mon do2 est sonore, en tout cas il résonne fort en moi, c'est vrai que je ne me suis pas encore enregistrée en vocalisant (mais je compte m'y mettre). Mais je me demande si mes graves ne sont pas artificiels. ça fait plus de 15 ans que je me cache dans le grave, pour pouvoir chanter doucement et discrètement (enfin je faisais ça surtout chez mes parents et puis dans mes colocations !) et comme je n'avais pas peur des graves, quand je pouvais chanter j'y allais franchement et sans pression, et je trouve que j'ai gagné plusieurs notes.

Ah, c'est une question passionnante ça, le chant lyrique et la pudeur vocale. On peut avoir envie de chanter des airs lyriques sans vouloir forcément trompetter, mais la technique pour laquelle ils sont écrits (sauf à tout réinventer, mais les autres techniques ne fonctionnent pas forcément dans ce répertoire, et personne n'est là pour enseigner la connection entre les deux de toute façon) est censée permettre de passer un orchestre et de remplir une vaste salle…

Lorsqu'on mène une vie citadine paisible, ça pose vide de vrais problèmes de pudeur vocale, surtout chez ceux qui n'ont pas l'extraversion chevillée au corps. Si vous pouvez trouver une salle ou un lieu où vous pouvez chanter sans retenue, ça peut sans doute résoudre pas mal de choses pour votre souffle et votre résonance. Car l'expédient est effectivement, dans ces cas, de privilégier les graves avec un mécanisme plus léger (pas vraiment du chant lyrique, en fait), qui peut être très beau, mais ne permet pas d'atteindre les hauteurs et l'éclat requis dans les partitions.


Concernant mon timbre je ne sais pas comment le définir et je ne peux pas le comparer aux chanteuses susnommées ! J'ai vraiment une voix de débutante donc tellement moins riche évidemment. Mais je le trouve bien plus clair c'est sûr !!

Seul un prof peut vous aider en vous faisant faire quelques exercice pour voir où la voix « tourne » et où votre zone de confort travaillée peut être — elle est parfois très différente, à terme, de celle que vous ressentez au début.


Bon travail à vous en tout cas. Si vous en ressentez l'envie, n'hésitez pas à donner quelques nouvelles (par courriel ou ici) de votre aventure.

42. Le lundi 10 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonsoir Julia . Des graves artificiels, cela n´existe pas, pas plus que des aigus artificiels d´ailleurs . De deux choses l´une : soit on a des notes graves dans la voix et dans ce cas, on peut les émettre ( la qualité de l´émission dépend apres du travail que l´on décide ou pas d´entreprendre dessus), soit on en les pas et dans ce cas, on ne les sortira pas, même en poussant au maximun sur la voix .
Quant á la richesse du timbre, il n´y a pas forcément de lien avec le fait d´être débutant ou pas : je connaîs des personnes qui n´ont jamais pris aucun cours de technique vocale et qui possedent un timbre naturellement tres riche . Un prof, si c´est un bon prof, ne devrait pas vous imposer une tessiture dans laquelle vous ne vous sentez pas á l´aise .
Je vous souhaite en tout cas bon courage et bonne chance dans vos recherches .

Bonsoir David, je ne sais si vous connaissez la chanteuse lyrique Mirella Caponetti, elle a un site en italien si cela vous intéresse et je crois qu´il y a aussi des vidés d´elle sur Youtube . Qu´est-ce que vous en pensez ?
Elle est classée contralto sur certains sites mais au vu de la large majorité de son répertoire ( Carmen, Dalila, Azucena, Ulrica, .... ) et apres l´avoir entendue, je dirais sans aucune hésitation que c´est une mezzo-soprano dramatique .

Ewa Podles : c´est vraiment un " cas á part" parce que sa voix défie toute classification : au niveau de la tessiture, on peut effectivement parler de mezzo-contralto ou vrai sens du terme ( elle est sans doute la seule chanteuse, célebre en tout cas, á avoir interprété avec le même brio Jules Césart et Eboli) mais au niveau du timbre, c´est bien un mezzo versant dramatique que j´entends et non pas un contralto . D´ailleurs, elle a toujours eu plus d´aigus qu´une alto et dans la premiere décennie de sa carriere, on la considérait comme mezzo-soprano sans que cela pose probleme á qui que ce soit .

Nathalie Stutzmann : assez ambigue aussi, mais encore plus complexe que Podles car elle n´a pas d´aigus . Je l´ai faite entendre plusieurs fois, afin d´avoir un avis de qualité, á une personne qui a énormément d´oreille musicale et elle m´a assuré qu´elle n´entendait pas vraiment de différence entre elle et la plupart des mezzo-sopranos grave et sombre . Il semblerait que je ne sois donc pas la seule á doute de son registre d´alto mais vu qu´elle ne chante que dans ce répertoire, on est quand même obligé de la classer dans ce créneau, surtout qu´elle semble s´y trouver á son aise .

Vitellia : Je viens de constater que bien que composé pour voix de soprano, des mezzos ( Baker, Di Donato, Antonacci) l´ont aussi chantée . Je regrette de ne pas entendre Callas dans cet air, savez vous si elle l´a chanté ? D´ailleurs, je me demande toujours pourquoi elle a si peu chanté Mozart car, vu son talent de tragédienne et de comédienne et sa voix autant soprano que mezzo, elle y aurait excellé . Seule Sutherland s´en rapproche de par le type de voix, peut-être aussi Galvany mais je ne la connaîs pas assez pour pouvoir comparer .
Mais c´est vrai que c´est peu courant de trouver un sol2 chez Mozart, surtout quand on sait qu´il a écrit des contre-fa pour la Reine de la Nuit .

Bally Prell : tres particulier, sans aucun doute possible une contralto mais chante-t-elle ici en voix mixte ou en voix de poitrine ?

http://www.youtube.com/watch?v=GoCo7VWDUwc


43. Le lundi 10 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Un prof, si c´est un bon prof, ne devrait pas vous imposer une tessiture dans laquelle vous ne vous sentez pas á l´aise .

À supposer qu'on se sente à l'aise d'ensemblée dans sa tessiture exploitable !

Bonsoir David, je ne sais si vous connaissez la chanteuse lyrique Mirella Caponetti, elle a un site en italien si cela vous intéresse et je crois qu´il y a aussi des vidés d´elle sur Youtube . Qu´est-ce que vous en pensez ?
Elle est classée contralto sur certains sites mais au vu de la large majorité de son répertoire ( Carmen, Dalila, Azucena, Ulrica, .... ) et apres l´avoir entendue, je dirais sans aucune hésitation que c´est une mezzo-soprano dramatique .

Après l'avoir entendue, effectivement si elle sonne sombre, c'est qu'elle émet plutôt en arrière, voire en gorge (pas mal du tout, d'ailleurs), mais ça ne sonne pas vraiment contralto.


Vitellia : Je viens de constater que bien que composé pour voix de soprano, des mezzos ( Baker, Di Donato, Antonacci) l´ont aussi chantée .

DiDonato et Antonacci sont d'autres exemples, plus amples, de second soprano / soprano dramatique, donc on peut discuter de l'exotisme (elles me paraissent au contraire avoir assez exactement la voix requise), mais effectivement, de vrais mezzos l'ont chanté (Della Jones aussi, et ça, si ce n'est pas une voix avec un beau centre !), alors que le centre de gravité général reste relativement élevé.


Je regrette de ne pas entendre Callas dans cet air, savez vous si elle l´a chanté ? D´ailleurs, je me demande toujours pourquoi elle a si peu chanté Mozart car, vu son talent de tragédienne et de comédienne et sa voix autant soprano que mezzo, elle y aurait excellé .

Elle ne l'a pas chanté : elle n'a chanté en entier que l'Enlèvement (en italien, et des répétitions en grec !), et puis des airs de Don Giovanni, Porgi amor… et, peut-être pas en entier, Come scoglio et les airs de la Flûte lors de ses masterclasses à la Juilliard School.

Je crois avoir lu assez souvent qu'elle n'aimait pas vraiment Mozart, tout simplement. Et puis, déjà que le trait est souvent outré dans Verdi, alors dans Mozart, où une voix large fait davantage valoir son timbre moins avenant et ses irrégularité… Franchement, les airs qu'elle a laissés au disque (Anna, Elvira, Almaviva) ne sont pas vraiment intéressants… ce n'est pas du tout du mauvais Callas (son Anna a du tempérament, comme l'aurait sans doute eu sa Vitellia), mais je ne suis pas sûr que ce soit non plus une perte incommensurable pour l'histoire du disque.


Seule Sutherland s´en rapproche de par le type de voix, peut-être aussi Galvany mais je ne la connaîs pas assez pour pouvoir comparer .

Sutherland et Galvany sont des natures très différentes de Callas (et entre elles, tout de même), même si ce sont des voix longues également, et largement rompues au belcanto romantique. (Et, très honnêtement, je n'ai pas très envie d'entendre ça en Vitellia…)



Mais c´est vrai que c´est peu courant de trouver un sol2 chez Mozart, surtout quand on sait qu´il a écrit des contre-fa pour la Reine de la Nuit .

Mais si, mais si, ses sopranos longs comme Konstanze ou bien sûr Fiordiligi sont assez redoutables.



Bally Prell : tres particulier, sans aucun doute possible une contralto mais chante-t-elle ici en voix mixte ou en voix de poitrine ?

Ce n'est plus une contralto, c'est un baryton. :) Au passage, très beau. Effectivement, elle est au centre du mécanisme, ça semble ne pas être de la voix de poitrine pleine, en tout cas un poitriné comme en font les mezzos !

44. Le mardi 11 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonjour, Caponetti est parfois considérée comme alto car elle a chanté des rôles comme Orfeo, il
s agit donc là d une classification en fonction de ce
qu elle interprete et non pas d apres son timbre ou sa tessiture .
On peut egalement douter de la typologie contralto pour Lemieux car elle n en a ni la couleur ni la tessiture . Pour moi, c est clairement un
mezzo-soprano et même plutôt versant aigu que grave, son grain de voix me rappelle tantôt Bartoli
tantôt Larmore .
Elle a d ailleurs largement chanté des rôles qui exigent une solide tessiture de mezzo .
Rien dans sa voix qui la rapprocherait de Heynis ou de Larsson .

Même doute pour Mingardo malgré son timbre plus sombre : un beau mezzo grave spécialisé dans
l alto baroque mais pas un alto naturel .

Pour Bally Prell, est ce que vous voulez dire qu elle
est vraiment alto et non mezzo qui poitrine ?

45. Le mardi 11 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

Lemieux a remarquablement chanté les rôles de contralto baroque (très bien écrits pour des mezzos, même assez aigus, parce que l'enjeu de puissance est mince pour des voix construites à la mode du XXe siècle), mais effectivement, c'est un vrai mezzo-soprano, et elle se définit bien comme telle.

Mingardo, nous en avons déjà parlé, je me suis posé la question moi aussi : la voix est assez faible dans le bas-médium, même si ses graves sont, paradoxalement, bien timbrés. Je la perçois plutôt comme un mezzo-soprano fragile, mais ce serait à confirmer.

Si Bally Prell n'est pas contralto, alors Solange Michel est soprano colorature. Bally Prell est à la voix d'alto ce que Giorgio Taddeo ou O Isis und Osiris sont à la voix de basse… difficile de se figurer plus authentiquement profond… Dans les mêmes tessitures, les ténors dramatiques sonnent plus clair qu'elle !

46. Le mardi 11 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonsoir, pour Mingardo le cas est assez complexe : une vraie contralto, pour diverses raisons, peut fort bien ne pas avoir de puissance dans ses graves .
C est plus son timbre et la richesse de ses aigus qui me fait pencher qu elle est mezzo à la base .
D ailleurs, d autres artistes à la tessiture incertaine sont excellentes dans l alto baroque : Mijanovic, Prina pour ne citer qu elles .

Avez vous déja entendu Louise Jones ?
Elle chante sur Youtoube Mon coeur s ouvre á sa voix . J ai été surprise de la ressemblance de son timbre de voix avec celui de Podles mais je ne sais pas si son répertoire est aussi vaste .

Question technique : dans un groupe de chant, comment faire pour se fondre dans la masse quand
on a un timbre vraiment différent des autres, y compris des personnes qui chantent dans le même pupître ?

47. Le mercredi 12 novembre 2014 à , par Sandrine

Bonsoir David, j avais posté un message mais il n´a pas dû passé car je ne le vois nulle part . Voici une voix qui se rapprocherait sans doute du contralto dramatique : Louise Jones

https://www.youtube.com/watch?v=sN-xv1hRG7E

J ai tout de suite trouvé une étonnante ressemblance entre son grain de voix et celui de Podles mais il est peut-être plus nuancé . J´ai visité son site, elle a un répertoire qui ne semble pas tres étendu mais c´est une voix qui semble tres expressive, en tout cas d´apres ce que j´ai pu en entendre .

Pour Mingardo, ce n´est pas tellement le fait que sa voix ne soit pas tres puissante qui me fait dire qu´elle serait plutôt mezzo ( il y a de vrais altos dont les voix ne seront jamais volumineuses) mais son timbre qui évoque nettement le mezzo-soprano sombre , puis elle a des aigus assez brillants qu´on ne trouve pas chez de purs contraltos comme Ferrier . Toutefois, s´étant spécialisée uniquement ( ou presque) dans l´alto baroque et avec beaucoup de qualités expressives, on peut tout de même la considérer comme telle .

Même réflexion pour Gloria Banditelli et Delphine Galou . Pour Galou, on a un timbre assez androgyne qui penche vers l´alto mais chez Banditelli, on est dans le mezzo et avec, sans doute, une voix pas tres ample . Elle a d´ailleurs chanté Marcelline dans le Barbier de Séville oú il y a un la aigu et Tisbé dans Cenerentola qui semble également assez haut en tessiture . J´aime même l´impression, d´apres certaines écoutes attentives, qu´elle a étonnament gagné en aigu, pas nécessairement en étendue mais en force et en aisance :

https://www.youtube.com/watch?v=YsWvRzHRuhQ

Une voix faite pour le baroque, un timbre discret et fin, qui ne semble pas être forcé artificiellement . Il ne paraît pas y avoir d´engorgement comme chez Stutzmann .

Petite question technique pour rejoindre un peu Julia : lorsque l´on est membre d´un groupe de chant, comment faire quand on a un timbre de voix bizarre et qui tranche même avec les personnes du groupe dans lequel l´on chante ? Il est clair que l´on ne peut changer de que Dame Nature nous a donné au départ et que l´on ne peut pas non plus se taire puisque .... ben, si on vient dans un groupe de chant, c´est pour chanter !

Voici une autre contralto/ mezzo avec une voix " alla Podles", il se trouve qu´elle est également polonaise alors je me demande si cette particularité ne viendrait pas de de coin-lá, même si Louise Jones qui l´a aussi ne semble point avoir de racines polonaises .

http://www.youtube.com/watch?v=0EI5N6SXcJI

Il paraît qu´elle a aussi chanté du Rossini mais, á mon regret, je n´ai pas trouvé d´enregistrement .

48. Le mercredi 12 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Avez vous déja entendu Louise Jones ?

Non, bien sûr. :) Mais je suis allé entendre votre lien pour vous répondre.

J ai été surprise de la ressemblance de son timbre de voix avec celui de Podles mais je ne sais pas si son répertoire est aussi vaste .

Ça m'étonnerait, dans la mesure où elle tube énormément à un endroit qui est le milieu de la voix de Podleś !

Question technique : dans un groupe de chant, comment faire pour se fondre dans la masse quand on a un timbre vraiment différent des autres, y compris des personnes qui chantent dans le même pupître ?

Ça dépend de plein de choses, à commencer par le nombre de participants et la nature de la différence…


Même réflexion pour Gloria Banditelli et Delphine Galou . Pour Galou, on a un timbre assez androgyne qui penche vers l´alto mais chez Banditelli, on est dans le mezzo et avec, sans doute, une voix pas tres ample . Elle a d´ailleurs chanté Marcelline dans le Barbier de Séville oú il y a un la aigu et Tisbé dans Cenerentola qui semble également assez haut en tessiture . J´aime même l´impression, d´apres certaines écoutes attentives, qu´elle a étonnament gagné en aigu, pas nécessairement en étendue mais en force et en aisance :

Oui, Banditelli est clairement mezzo, mais elle excelle dans la déclamation baroque du bas de la tessiture, pas de raison de s'en priver.

Effectivement, pour Galou aussi, on dirait plutôt un mezzo avec un timbre androgyne, un peu comme Prina dans un autre genre. (Encore que, Prina, même si le passage est à l'endroit d'un mezzo, vu le volume dans les graves et l'aisance dans ce registre, on pourrait bien lui décerner le titre honoris causa.)


Voici une autre contralto/ mezzo avec une voix " alla Podles", il se trouve qu´elle est également polonaise alors je me demande si cette particularité ne viendrait pas de de coin-lá, même si Louise Jones qui l´a aussi ne semble point avoir de racines polonaises .

Oui, tout à fait, Ewa Wolak a des similitudes… Mais c'est très logique : l'articulation de la langue maternelle, l'école de chant locale, l'impact du premier professeur sur la formation vocale sont souvent déterminants.

Dans les nations qui ont encore des types forts (tchèque, finnoise, russe, espagnole, américaine…), il y a nombre de chanteurs dont on peut très facilement indiquer la nationalité rien qu'en observant le type de chant — je ne parle même pas d'accent, mais bien de l'équilibre général de la voix.
D'ailleurs, en ce qui me concerne, je suis très friand du type tchèque.

49. Le mercredi 12 novembre 2014 à , par Sandrine

Merci pour vos réponses .
Qu entendez vous par tuber concernant Jones ?
Je la rapproche de Podles de par son timbre, pas pour sa technique qui est sûrement très différente .
Je ne sais pas comment était sa voix de départ mais Dalila semble lui convenir au niveau de la tessiture, Ulrica sans doute aussi .

Pour le groupe de chant, le groupe du pupître est composée de trois personnes seulement et d un certain niveau d après ce que j ai pu entendre ( je suis nouvelle) mais leur timbre de voix n a rien à voir avec le mien et ca s entend .

J ai vérifié, ma note sonore la plus basse est un si bémol 1, parfois un la le matin, je ne pense pas pouvoir descendre plus bas, même en fry et d ailleurs, il paraît que le fry n existe pas chez les femmes .
Pour le choeur, je suis en alto 2, j ai demandé au chef si je ne pouvais pas aussi faire alto 1 selon les chants car les tessitures ne sont pas hautes .
Par contre, comment sait-on à partir de quelle note démarre notre tessiture serieusement exploitable ?
Ou plutôt qu est ce qui permet de ressentir qu on a telles notes dans l ambitus mais hors tessiture ?

Ewa Wolak serait à rapprocher de l alto dramatique pour la couleur, une voix tout à fait indiquée pour Erda . J aurais voulu visiter son site mais il ne fonctionne pas .

50. Le jeudi 13 novembre 2014 à , par Julia B

Bonjour ! Merci pour vos réponses et vos conseils.

J'aurais peut-être dû dire "forcés" plutôt qu'"artificiels" pour parler de mes graves. Toujours est-il que mon timbre est très différent si je pense le son très profond, venant du bas (pour des partitions d'alto) ou si au contraire je l'imagine résonner en haut de ma tête (pour les partitions avec plus d'aigus). Mais je ne sais pas vraiment quel registre est fait pour moi. Je sais que seul le travail avec un prof me donnera réponse ! Pour chanter de la variété, j'ai pris l'habitude (mauvaise ?) d'imiter les chanteurs, alors je ne chante rien de la même façon. J'ai l'impression que ça complique les choses pour trouver ma vraie voix !

Pour le chœur de Sandrine, est-ce que la diversité des timbres ne fait pas la richesse de la formation justement ?

51. Le jeudi 20 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Sandrine,

Après une semaine épique…

Sandrine :
Qu entendez vous par tuber concernant Jones ?

Elle épaissit beaucoup son timbre, je ne suis pas sûr que ce soit proportionnel à la nature de la voix.

Pour le groupe de chant, le groupe du pupître est composée de trois personnes seulement et d un certain niveau d après ce que j ai pu entendre ( je suis nouvelle) mais leur timbre de voix n a rien à voir avec le mien et ca s entend .

Alors c'est compliqué en effet — j'ai déjà entendu des falsettistes dans des pupitres féminins, par exemple, et si ça fonctionne très bien en formation grand chœur, si on isole par exemple les femmes, ça peut donner des couleurs pas très heureuses.

En revanche, j'ai aussi entendu des altos profonds très sonores et disparates dans des chœurs féminins de petit nombre, professionnels comme amateurs, et je trouve ça très beau, ça donne une assise véritable. L'homogénéité n'est pas forcément un but ultime. Mais là, tout dépend de votre chef de chœur, et de votre possibilité technique à changer éventuellement votre timbre (c'est possible, par exemple en atténuant la sollicitation des partiels formatiques — en gros, en chantant un peu plus « en arrière » et « flottant »).

52. Le jeudi 20 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Julia,

Et merci pour vos mots de réconfort ces derniers jours !

J'aurais peut-être dû dire "forcés" plutôt qu'"artificiels" pour parler de mes graves. Toujours est-il que mon timbre est très différent si je pense le son très profond, venant du bas (pour des partitions d'alto) ou si au contraire je l'imagine résonner en haut de ma tête (pour les partitions avec plus d'aigus). Mais je ne sais pas vraiment quel registre est fait pour moi. Je sais que seul le travail avec un prof me donnera réponse !

A priori, c'est la version haute qui est bonne. Il y a plusieurs façon d'émettre sainement, et même chez les sopranos ou les ténors, il est possible de trouver une émission basse confortable et bien timbrée. Mais cela ne fonctionne que sur une demi-tessiture à peu près. Si l'on veut accéder à la tessiture complète requise par les partitions lyriques, et si l'on veut pouvoir projeter sa voix de façon sonore comme c'est requis pour le répertoire d'opéra (pour les mélodies et lieder, on pourrait discuter !), c'est bien la version haute qu'il faut suivre, en principe.

[Après, je dis ça de façon purement théorique, sans vous avoir entendue ! En plus, les rôles d'alto montant peu, vous pouvez peut-être vous contenter de ladite demi-tessiture, je ne peux pas trancher ça.]

Mais soyez rassurée, cette impression d'avoir plusieurs techniques à disposition est tout à fait normale : c'est le cas. Ensuite, pour bien travailler, il n'est pas forcément mauvais d'en choisir une — et dans le lyrique, on vous demandera plutôt de privilégier la version haute.


Pour chanter de la variété, j'ai pris l'habitude (mauvaise ?) d'imiter les chanteurs, alors je ne chante rien de la même façon. J'ai l'impression que ça complique les choses pour trouver ma vraie voix !

Ce n'est pas impossible, en effet.

53. Le mercredi 15 avril 2015 à , par Sandrine

Bonjour Julia, tout dépend de ce que vous appelez " forcer" : de toute facon, forcées ou pas, si vos notes graves sont émises avec un son audible, c´est obligatoirement que vous les avez dans votre voix naturelle, c´est á dire dans votre voix de départ . Des notes que l´on n´a pas du tout ne sortiront pas du tout, meme si l´on s´évertue tant que l´on peut á les émettre .
Apres, il y a une question de maniere d´émission, de technique, par exemple une alto véritable peut tres bien avoir pour mille et une raisons des graves de mauvaise qualité ou bien des graves courts si sa voix est physiologiquement bâtie de la sorte .
Si j´ai bonne mémoire, il me semble que vous évoquez le do2 comme note potentielle dans votre voix, alors s´il s´agit vraiment du do2 un octave sous le do central, vous êtes soit alto ( contralto) soit mezzo-soprano avec un grave exceptionnellement long, de toute facon incontestablement un mezzo qui tire plus vers l´alto que vers le soprano mais une chose est certaine : si c´est vraiment le do2 que vous avez, il est absolument impossible que vous soyez soprano car sinon, cela voudrait dire qu´une alto descendrait automatiquement plus bas qu´un piano .
Apres, il faut voir vos aigus, ca peut être plus complexe car beaucoup d´altos en voix de sifflet arrivent á des notes assez hautes, je suis personnellement contralto et j´émets parfois des contre-fa en sifflet, en tout des contre-mi dans n´importe quelle circonstance mais attention, c´est du sifflet .
En voix de tête, ma voix travaillée monte á peu pres jusqu´au fa mais disons que pour moi, l´aigu commence véritablement au si 3 .
Votre zone de confort est aussi une bonne indication, si vous êtes á l´aise dans un espace compris entre ré2 et ré4 , vous êtes probablement alto, apres
l´interieur de la zone déterminera si vous êtes plutôt un contralto grave ou un mezzo-contralto ( contralto central avec de belles assises dans l´aigu) .

Pour la variété, je serais bien en peine de vous conseiller car je n´arrive pas á chanter en voix de poitrine, des profs m´ont assez fait le reproche en lyrique que mes graves n´étaient pas poitrinés alors qu´á côté de cela, on reproche tant et plus et d´autres qu´elles ont un poitrinage surabondant et exagérément forcé, alors il faudrait savoir ....
J´ai tenté de chanter de la variété, ca me va tres mal, le timbre en ressort avec une espece de son androgyne, voire masculin, de toute facon il m´est impossible de chanter clair comme Dion ou Fabian, par exemple .
J´espere que vous aurez entretemps trouvé vos marques .

54. Le mercredi 15 avril 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir Sandrine,

des profs m´ont assez fait le reproche en lyrique que mes graves n´étaient pas poitrinés alors qu´á côté de cela, on reproche tant et plus et d´autres qu´elles ont un poitrinage surabondant et exagérément forcé, alors il faudrait savoir ....

En chant (comme dans beaucoup d'autres matières) le tout est une question d'équilibre. C'est exactement pareil que pour le placement de la voix dans le nez : si on verrouille totalement la luette, la voix n'est pas projetée (et les aigus difficiles) ; à l'inverse, si on nasalise trop, le timbre se détériore méchamment et on devient difficile à prendre au sérieux.

Ce ne serait pas si difficile s'il suffisait d'appliquer à fond telle ou telle recette… l'équilibre entre chacun des gestes vocaux est primordial, et ces conseils ne sont donc pas contradictoires !

55. Le mercredi 13 mai 2015 à , par Julia B

Bonjour !

Je relisais les commentaires que nous avions échangés et je constate qu'il y a du changement de mon côté. Tous les indices que j'avais donnés sur ma voix laissait penser il y a quelques mois que j'avais vocation à être contralto. Pourtant ce n'est pas l'avis de ma prof de chant (qui n'est pas une prof de chant lyrique, mais la précision n'est peut-être pas si utile). J'ai l'impression que ma tessiture a fait un petit bond de côté, un bond vers la droite du piano et je vocalise jusqu'au contre ut et chante jusqu'au sol 4. Je constate que chanter grave me demande plus d'effort et avec une émission haute je descends plus difficilement. J'arrive au do 2 en vocalise mais en chantant une partition je trouve ça fatiguant sous le do 3.
Je sais que je n'en saurai plus qu'en continuant à travailler et en prenant des cours de lyrique, ce que je prévois pour septembre, mais je suis surprise de constater tant de changements en quelques mois.

Bonne journée à tous

56. Le jeudi 14 mai 2015 à , par David Le Marrec

Bonjour Julia !

Merci pour ce droit de suite.

Cette évolution paraît très normale au vu de ce que vous exprimiez (goût de chanter doucement, résonance confortable à l'intérieur du corps)… effectivement, avec un placement haut, la voix monte bien mieux (et lorsqu'elle descend, elle est plus timbrée). Ça peut effectivement faire monter une voix à la quinte, voire davantage.

Vous vous dirigez donc davantage vers une tessiture de mezzo (voire de soprano un peu large ?). Quelle est votre couleur désormais ?

… au plaisir de lire de vos nouvelles.

57. Le jeudi 4 juin 2015 à , par Julia B

Bonjour David,

Merci d'avoir répondu à mon commentaire. C'est difficile de répondre à votre question sur la couleur de ma voix ! Je dirais plus claire que les mezzo connues que je peux écouter sur internet, mais moins claire que la plupart des soprano ! Enfin je crois...

Je me demandais comment on sait, lors des vocalises, que l'on passe dans le registre du sifflet et que l'on quitte la tessiture exploitable pour le chant lyrique ?

Bonne journée

58. Le dimanche 7 juin 2015 à , par David Le Marrec

Bonjour Julia,

Normalement, lorsque vous passez d'un registre à l'autre, ça se sent (grosse bascule de tous les mécanismes, la tension des mêmes tendons et ligaments change et peut même s'inverser) et s'entend (en l'occurrence, stridence puissantes) vraiment, et d'autant plus si vous n'en avez pas l'habitude. Si vous ne le sentez pas, c'est peut-être que vous n'osez pas aller jusqu'à la bascule, justement.

Mais ce n'est qu'une hypothèse sauvage, sans même vous avoir entendue.

Par ailleurs, la voix de flageolet n'est pas inexploitable en chant lyrique : outre les pièces qui réclament du suraigu (il y en a même chez les mezzos, et où la voix de tête standard n'est pas indispensable, par exemple pour Cendrillon de Massenet), il est possible de la mixer avec la voix de tête, pour donner un son très clair et très puissant (aux confins du cri). Cécile Perrin fait ça merveilleusement, par exemple (ça peut déplaire physiquement, mais elle utilise les deux de façon très adroite), ou plus impressionnant encore, Hélène Bernardy (et quelquefois Patricia Schumann) qui l'utilise pour donner du brillant à certains aigus (effet squillo, comme on dit).

Bonne semaine à vous !

59. Le mercredi 24 juin 2015 à , par Julia B

Merci, je vais étudier ça de plus près !

60. Le lundi 19 octobre 2015 à , par JB

Bonjour,

Puis-je faire une petite digression pour vous demander quelques conseils personnels, mais qui pourraient aussi être utiles à d'autres ? Je me présente succintement afin que vous puissiez comprendre au mieux ma recherche. J'ai 16 ans, je suis une élève de 1ère ES et j'aimerais devenir chanteuse lyrique professionnelle. Je n'ai pas une famille musicienne et par conséquent une culture musicale très réduite, et je n'ai jamais pris de cours de chant. J'ai cru comprendre que beaucoup de chanteurs commencent très tôt, en horaires aménagées, dans des maîtrises etc... mais j'espère qu'il n'est pas trop tard pour moi ! J'ai quelques bases fragiles de solfège (je suis en 2C4 au conservatoire, mais l'examen est dur!) et de flûte traversière (je suis en 2C2 au conservatoire, mais mon niveau pâtit un peu de mes faiblesses solfégiques). J'habite à Paris et quand j'aurai 18 ans, je pourrai éventuellement étudier dans une autre ville s'il y a des formations mieux là-bas, mais à priori au moins au début ce serait plus simple de rester dans les environs de Paris si possible.
Voilà après cette introduction, ma question : quelles études faire ? Je veux dire, quelles études pour acquérir à la fois une technique vocale complète bien sûr, mais aussi une formation diplômante qui me donnerait réellement mes chances dans ce milieu ? Ma problématique serait pour des études après le bac, donc à partir de 18 ans. Pour les raisons de reconnaissance officielle et moyens financiers, je me tournerais à priori vers des études en conservatoire ou un équivalent dans la formation publique, mais n'ayant aucun contact dans ce milieu j'ai du mal à avoir une vision complète des différentes possibilités, et aussi plus concrètement des différentes formalités d'inscription, et comment faire avec APB..
J'ai lu que le CRR de Paris-Boulogne Billancourt offrait une formation "DEM Jeune Chanteur" qui permet de donner des bases et d'accéder ensuite à des études jusqu'au DNSPM. Cela semble sérieux et complet mais je ne sais pas à quel niveau cela correspond finalement et quelle est la valeur de ces diplômes ? De plus, il est dit qu'il y a un examen d'entrée, mais comment le préparer quand on n'a jamais pris de cours auparavant et que justement, on s'adresse aussi à la formation publique parce qu'on a pas forcément les moyens de se payer des cours privés pour être admis dans des cours publics, ce qui semble d'ailleurs peu logique comme démarche ?! Comment choisir des pièces et les exécuter correctement alors qu'on ne sait pas concrètement comment il faut chanter, sans base technique et sans même savoir quelle voix on a ?
Voilà, cette formation, une piste que j'ai trouvée, je ne sais pas si elle est bonne ni même envisageable pour moi à cause de l'examen d'entrée ; et il y en a sûrement d'autres, mais pour l'instant je nage dans le flou..!
Désolée pour ce long message, j'espère ne pas l'avoir posté trop "n'importe où" (sinon redirigez-moi s'il vous plaît !).. Merci infiniment d'avance si quelqu'un a la patience et la gentillesse de me répondre, même partiellement ! Si quelqu'un a des contacts d'organismes, de personnes qui pourraient me renseigner, je suis absolument preneuse ! Si possible répondez-moi par mail, je ne suis pas sûre de pouvoir consulter operacritiques très régulièrement.. même si ce site semble être une mine d'infos, merci !
Jasmine
PS : J'espère que je ne parais pas pédante ou prétentieuse, ce n'est pas du tout dans mon intention (ni dans ma personnalité je l'espère), mais je n'adresse pour ainsi dire jamais de message sur un site donc j'ai du mal à savoir comment m'exprimer pour ne pas paraître suffisante tout en parlant de manière beaucoup plus correcte que quand je parle avec mes amis !

61. Le mardi 20 octobre 2015 à , par David Le Marrec

Bonjour Jasmine,

Je m'en vais donc vous répondre de façon plus précise par courriel, mais je précise, si d'autres atterrissent sur la page que le chant lyrique ne peut vraiment se commencer qu'après la fin de la mue.

Les petits chanteurs n'ont pas forcément plus de facilité à ménager la transition (beaucoup finissent ténors aigrelets ou pis, falsettistes…). Bien sûr, certains font de grandes carrières, mais ce n'est absolument pas un prérequis, et peut-être même pas un avantage – à part pour le solfège et la pratique de groupe, bien sûr, mais pas nécessaire sur la technique vocale, où le chant pré-mue fige des réflexes musculaires qui ne sont pas ceux dont on a ensuite besoin.

Donc on peut très bien commencer le chant après vingt ans et en faire son métier, c'est même la seule discipline (avec celles de direction, mais qui réclament de tels prérequis qu'il faut forcément avoir commencé la musiqe plus tôt) où il y ait vraiment cette possibilité en France.

Même pour le solfège, n'est requis qu'un module « solfège chanteurs », pas du tout aussi exigeant que celui des instrumentistes (ce qui fait beaucoup rire tout le monde).

62. Le vendredi 14 octobre 2016 à , par arthur

Bonjour David
D'abord bravo et merci pour tes conseils !
Avant ma question je résume brièvement :
J'ai 39a et je reprend seul le chant. Contrairement à une dizaine d'années plus tôt (ainsi que dans ma voiture les années suivantes) j'ai cessé de hurler et compris que je ne progresserais pas si je ne prend pas soin de ma voix. Donc depuis un an je vocalise, je cherche la sensation "gorge ouverte", notamment en imitant un rire retenu (j'ai du mal..) et j'ai senti des changements, surtout je sens la résonance du nez.
Mon problème est mon inquiétude d'être ralenti un jour par un problème de santé. Je m'explique, hypocondriaque je ne tiens pas à consulter car sinon je le ferais pour tout et n'importe quoi. Mais voilà, j'en arrive à ma question : est-ce normal, lors d'une quinte descendante par exemple (toute forme de "descente" sur les notes) ma voix tremblote un peu. Disons qu'elle n'est pas très stable. Sans cesser de chanter je peux remonter dans l'aigu et la note redevient plus stable (est-ce l'appui, le volume d'air plus conséquent qui l'explique ?).
Si je me permet de te solliciter c'est que si le travail et la patience règleront ce problème alors tant mieux, mais penses-tu que cette instabilité est "forcement" mauvais signe ?

D'avance merci pour ton aide !

Arthur

63. Le samedi 15 octobre 2016 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Arthur !

Effectivement, important de ne pas forcer : de toute façon, le volume et l'expression ne peuvent être atteints que si l'on ne force pas, justement ; c'est plus placer le son dans le juste chas d'une aiguille que pousser à toute force (même s'il faut un soutien robute pour chanter certaines notes à un certain volume). C'est à cela que servent la couverture vocale, l'accommodation des voyelles, le choix des résonateurs…

Pour ta question, je crois pouvoir te rassurer : si la voix tremble, c'est parce que le soutien n'est pas assez ferme. Quand tu remontes, tu dois spontanément le solliciter davantage et les notes se raffermissent. C'est fréquent (à moindre degré), même chez les bons chanteurs : le bas de la tessiture, qui nécessite moins d'énergie pour être émis, est parfois plus flasque ou terne, alors que l'aigu peut être complètement ferme et glorieux.
L'exercice des quintes est justement plutôt efficace pour bien travailler la continuité et la musculature. Tu peux les faire en portamento, en glissant, si le son flageole trop en faisant deux notes distinctes, ça fonctionne très bien.

Bon amusement et bonne réussite à toi !

64. Le dimanche 26 mars 2017 à , par Vince D.

Bonjour David!

Pour commencer, j'aimerais vous remercier pour cet article. Il est plutôt rare de trouver des textes et conseils d'une pareille qualité en ligne. Donc, merci!

Pour suivre, je me permets de contextualiser les choses avant ma demande... Dans un peu moins de deux mois, j'aurai 21 ans. J'ai commencé à étudier la musique très tard, à 15 ans. J'ai étudié le solfège en académie pendant deux années avant de quitter l'institution pour des cours particuliers de piano. Cours que j'ai suivis pendant 2 autres années. J'ai ensuite cessé toute activité avec mon entrée à l'université. Ma connaissance en théorie musicale n'est donc pas extrêmement approfondie... Seulement voilà, cela fait plus de 10 ans que je me suis pris de passion pour la musique dite "classique" et plus particulièrement l'opéra (surtout XVIIIème et XIXème, italien et allemand).

Je me suis mis très tôt à reproduire les airs que j'entendais. Avec les années, j'ai pu déterminer que ma tessiture était plutôt celle d'un baryton (sans plus de précisions) et j'ai fini par comprendre que je voulais faire du chant mon avenir. Malgré l'insistance de mes proches qui ont entendu ma voix, je n'ai jamais osé prendre des cours de peur de ne pas atteindre mes objectifs et j'ai laissé le temps passer (notons aussi que je ne savais pas vers qui me tourner). Cependant, le regret commence à se faire sentir et je me dis que ma voix est peut-être exploitable.

Ainsi, après cette longue introduction (dont, j'espère, vous me pardonnerez la longueur), voici ma demande: pensez-vous que je puisse encore envisager/espérer une carrière (nationale ou internationale) dans ce milieu en prenant un professeur maintenant?
Je suis bien conscient que la question posée ainsi semble ridicule. Le milieu du chant lyrique est extrêmement sélectif et exigeant mais il s'agit ici d'un projet s'étalant sur plusieurs années, bien évidemment! La question consiste à déterminer s'il n'est pas trop tard pour moi...

Je vous remercie d'avance de votre aide!

V.D.

65. Le lundi 27 mars 2017 à , par David Le Marrec

Bienvenue Vince !

Si ces quelques lignes vous ont été d'une aide quelconque, alors je suis comblé. Néanmoins, avant de vous répondre plus précisément, je reprécise que je ne suis pas un professionnel de l'enseignement du chant, et que je ne peux avancer que le peu que j'ai lu et vérifié sur les autres ou sur moi. Pas d'oracle (en la matière, il n'y en a jamais, mais moi moins que les autres).

En France (si vous y résidez), les limites d'âge sont une plaie connue… difficile d'entrer dans certaines filières passé l'âge d'inscription dans les grandes filières. Néanmoins, le chant est précisément l'exception : comme on ne peut pas chanter de façon lyrique avant la fin complète de la mue (18 ans, disons), il n'est pas rare que les chanteurs débutent dans leur petite vingtaine, ce qui vous concerne directement.

Un certain nombre de chanteurs qui ont réussi ont ainsi commencé vers votre âge, et sans forcément avoir de grande culture musicale (certains ne l'acquièrent même jamais, ce n'est pas vraiment l'urgence première du métier). Par ailleurs, le niveau requis en solfège est très inférieur à celui des musiciens – il existe même une disciple appelée « solfège chanteurs », euphémisme pour « solfège tebê » qui fait bien rire les instrumentistes.

Si vous vous intéressez déjà depuis longtemps à la musique et avez une petite expérience de la lecture des notes et de la pratique instrumentale, votre vocation ne me paraît pas irrémédiablement entravée.

En réalité, ce sera surtout une question de la rapidité de mise en place de votre voix : certains ont déjà un début de carrière au bout de cinq ans, d'autres ne trouvent jamais vraiment la clef… C'est donc forcément un saut dans l'inconnu, et je ne saurais trop vous conseiller de bétonner vos plans B et C – entre le risque de ne pas y parvenir et celui de ne pas être pris même en étant bon, beaucoup d'appelés et peu d'élus. Par ailleurs, la vie du chanteur est assez particulière, faite quelquefois d'ivresse vocale, mais aussi de frustration au silence, de paranoïa sanitaire, d'itinérances parfois difficiles à supporter et de vie en communauté permanente (pas toujours dans des atmosphères saines), pour finir, même au faîte de la gloire, par obéir à des metteurs en scène pas toujours clairvoyants ou à chanter un répertoire qui n'est pas celui qu'on voudrait.

Cela étant posé, je ne crois pas que votre âge soit une difficulté majeure : vous commencez un peu tard, mais pas trop tard. D'autant plus que contrairement aux instruments, il est possible de s'imposer sans avoir forcément tous les diplômes. En revanche, si vous le voulez, maintenant est réellement le bon moment, ce sera plus difficile si vous attendez 25 ans – il y a même le contre-exemple de Siegfried Jerusalem découvrant ses talents de ténor à plus de 35 ans, mais il était déjà musicien professionnel dans un grand orchestre permanent, c'est un cas assez différent, et qui n'aurait pas forcément fonctionné en France…
(Le cas échéant, partir de France peut permettre de lever certaines barrières d'âge, aussi.)

J'espère avoir répondu à votre question… N'hésitez pas à recouper les informations, je traîne beaucoup dans les conservatoires et les salles de spectacle, mais je ne lis pas les dossiers d'inscription et ne participe pas aux recrutements, donc ce que je dis reste susceptible de démenti. Disons simplement que je vois pas mal d'exemples de gens faisant carrière qui n'ont pas commencé plus tôt que vous.

Je vous souhaite le meilleur pour vos aventures à venir.

David

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David Le Marrec


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