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Yva Barthélémy, LA VOIX LIBÉRÉE - compte-rendu et enjeux

1. Préalable utile : l’esprit de notre lecture

Il est connu que CSS nourrit, à l’égard de la profession de professeur de chant, une réserve prudente – quand ce ne sont pas des préjugés vaguement hostiles. Pour avoir vu à l’œuvre des professeurs impuissants, pour certains incultes (ce qui pose de graves problèmes pour identifier des voix, faire travailler des styles, fournir un répertoire à l’élève), et même des charlatans, on a toujours eu trop de circonspection pour avoir recours à leurs services.

On peut tout à fait objecter qu’il existe des professeurs formidables (et c’est tout à fait exact, sinon il n’existerait pas de bons chanteurs), mais à Bordeaux ou dans les environs, nous n’avons pas pu collecter d’adresse de confiance – et surtout pas au Conservatoire, dont les classes « confirmées » nous ont fait frémir d’épouvante.

On publiera peut-être un de ces jours, du fait de notre parcours en solitaire, un vade mecum à l’attention du chanteur débutant pour éviter de faire des bêtises, peut-être progresser seul, et aussi pour trouver un bon professeur.

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L’objet à présent n’est pas de jeter de l’eau propre sur les réputations déjà brillantes, mais au contraire de rendre compte d’un manuel de chant bien fait, avec quelques préceptes sains. Et aussi de discuter certaines de ses conclusions.

Le maître des lutrins, comme le dit Lou, a appris le chant sous sa propre direction, sans intervention extérieure. Il nous a fallu avancer prudemment, de façon empirique, en s’appuyant sur certaines vérités qui semblaient reconnues par tous, et en en écartant délibérément d’autres.

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2. Quelques manuels de chant couramment cités

Parmi les manuels de chant, la théorie peu applicable, le guide a posteriori est souvent de mise. Ainsi le Miller (La structure du chant), toujours présenté en référence, sorte de vulgate synthétique du chant des années 70-80 (les plus mauvaises années du second vingtième, avec les contraintes mal maîtrisées de l’internationalisation [1]), énonce des choses qui peuvent valider a posteriori, mais difficilement conduire. Les exercices eux-mêmes sont assénés avec aplomb, sans réelle explication ; certes, quiconque a un tout petit peu exercé sa voix comprendra l’intérêt de « donner au [i] la qualité du [a] ». Mais l’élève lancé sans plus de précisions sur cette piste pourrait bien se fourvoyer en uniformisant tout son spectre vocalique. Certes, cela fera peut-être une voix homogène et solide, mais encore faut-il pouvoir en faire quelque chose sur scène ou en récital. Par ailleurs, de mémoire, Miller ne traite que les cinq voyelles italiennes, ce qui n’est pas d’un grand secours aux amoureux des langues.


Il existe aussi des manuels plus grand public, comme le Rondeleux (Trouver sa voix), qui promet en avant-propos de pouvoir changer sa voix. Certes, tout est possible (pas au niveau de la hauteur de la tessiture, mais sur de nombreux autres paramètres), mais le contenu lui-même est surtout concentré sur la partie respiratoire. Elle est certes judicieuse en insistant délibérément sur la question de la respiration abdominale, mais en se limitant à cette seule question, elle n’aide pas beaucoup à trouver le placement, ni à résoudre quantité d’autres problématiques du chanteur débutant, surtout aveuglé par les phares du répertoire lyrique.
Ces exercices eux-mêmes sont finalement, comme chez Miller, un peu serviles, et ne disent pas leur objet exact. Pour les avoir un peu observés, ils ne créent pas de vraie prise de conscience, alors qu’ils s’adressent en priorité aux débutants.
Par ailleurs, sa lenteur a quelque chose de profondément décourageant, recommandant des mois de respiration avant de commencer quoi que ce soit. Certes, on ne risque pas de se faire mal et cela doit fonctionner au bout du compte – mais à quoi sert une méthode parfaite, si elle est ainsi faite que personne ne désirera l’appliquer ? Evidemment, le reste de la partie technique est, du coup, un peu courte.


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3. Vers un bon manuel ?

La voix libérée d’Yva Barthélémy est d’une autre farine.

On débute par un avertissement des lutins : ceci n’est pas vraiment une recommandation. Il manque un certain nombre de préalables (et de contenus) à ce livre pour constituer un guide fiable pour le débutant ingénu ou même vigilant. Yva Barthélémy est une professionnelle de la voix dans tout ce que cela a d’exclusif, aussi elle manque certains éléments essentiels à mon sens.

Cependant, contrairement à tant d’autres ouvrages, la lecture de ce livre est absolument saine. Tout d’abord, il est très agréablement écrit, de façon informelle, comme un bavardage en cours de chant, et se consulte donc sans risques d’incompréhension, c’est important.

Ensuite, beaucoup d’aspects négligés y sont abordés. Elle embrasse de façon très intéressante les questions des salles (car, lorsqu’on n’est pas habitué, cela change tout, je peux confirmer), y compris pour les plus confirmés, et puis, de façon moins originale, le placement du corps et en particulier de la tête, la controverse du diapason montant (pour des tessitures déjà poussées au maximum par les compositeurs)…

Par-dessus tout, l’ensemble de ses conseils sont argumentés, de façon rationnelle, soutenus par des argumentations physiologiques précises, et pas seulement par « la tradition » ou « les lois de la Physique », à qui l’on peut faire dire ce que l’on veut, surtout si on ne les a pas compris. On peut même dire qu’elle nous a convaincu à propos de la question de l’inné : par principe au moins autant que par l’observation, nous soutenions qu’on pouvait obtenir le meilleur résultat à partir de n’importe quel individu (sans handicap lourd, du moins). La démonstration physique qu’Yva Barthélémy fait du « surdoué vocal » [sic] nous fait réfléchir, en tout cas sur la distance supplémentaire à parcourir entre un sujet favorisé et un autre plus standard. Et Dieu sait que pour être convaincu par un prof de chant, il fallait voir déployer des trésors d’argumentation.
Il est vrai que le propos du livre s’adresse avant tout à ceux qui rêvent d’en faire leur métier – mais, le chant imposant une écoute attentive de son corps et de son psychisme, en dépit qu’on en ait, le narcissisme qui en découle mène l’immense majorité des chanteurs amateurs à se rêver, même furtivement, couvert de gloire en échange de leurs merveilleux services glottiques. Le parcours difficultueux de l’auteure [2] pendant sa carrière, et sa spécialisation dans la réparation de voix fatiguées la conduit à marteler longuement des vérités (car c’en sont) un peu décourageantes sur la dureté du métier, l’amplitude des contraintes physiques et le chemin à parcourir pour dépasser la concurrence. Ca ne concerne pas vraiment l’amateur qui souhaiterait en faire la lecture (à part pour ses rêves), et pour ceux qui désireraient se lancer dans la carrière, il aurait peut-être fallu ajouter quelques détails pratiques (vie itinérante, milieu pourri, solitude dans sa chambre d’hôtel même après les plus brillants triomphes, etc.), qui feraient peut-être réfléchir les jeunes gens plus impulsifs ou rêveurs qu’armés pour réussir.


Quelques constantes sont donc rappelées avec beaucoup de pédagogie et de précision physique : le soutien comme arme absolue (avec des degrés progressifs d’appui, exposés de façon très intelligente et prudente), les positions favorables de la mâchoire, du palais mou, de la langue, pour créer les cavités qui résonnent, etc. Lorsqu’Yva Barthélémy emploie des images, elles sont non seulement justes (à défaut d’être originales, comme la « balle molle » au fond de la bouche), mais surtout appuyées sur des descriptions précises de l’appareil phonatoire, si bien qu’il n’est plus possible à l’apprenti de faire une confusion sur le sens du conseil. [L’expression de la « patate chaude », par exemple, est à double tranchant, car elle risque de perturber l’articulation, voire de paralyser partiellement la langue.] Combien de conseils avisés mal compris car mal transmis ! Ici, et rien qu’à l’écrit, l’écueil est évité, parce que l’auteure nous détaille tout.

Enfin, les exercices proposés, essentiellement musculaires, font réellement sentir des sensations nouvelles, et apportent, à défaut d’un cours de chant, de la matière pour réfléchir et travailler sa voix, interroger ses pratiques, trouver de nouvelles ouvertures. Et notre guide nous précise de façon tout à fait salutaire qu’il faut débuter le chant en chantant doucement, ce qui nous paraît absolument primordial pour ne pas se fourvoyer en voulant imiter le « son opéra », qui vient après.

Et très bon point sur le plan formel : on ne nous rebat pas les oreilles avec l’école italienne authentique, reçue en droite ligne par le cousin germain de Jussi Björling. On nous expose une méthode, à juger en elle-même et non pas sur la foi de ses cautions pas toujours consentantes. [3]

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4. Des réserves

Nous avons bien entendu quelques divergences d’avec Mme Barthélémy, mais il n’est pas sûr que nous ayons raison.

Sur la forme (un peu décousue) du livre tout d’abord. Les préfaces dithyrambiques de ses anciennes élèves pas franchement connues, qui assurent avoir trouvé la martingale, de même que les annonces de sa « méthode novatrice et révolutionnaire » [pas tout à fait sic, mais peu s’en faut], mènent tout d’abord à la défiance : ce sera tout ou rien. Ensuite, le livre ressemble très largement à une promotion des pratiques du professeur, sans qu’elles soient toujours explicitées. Cela va même jusqu’au procédé discutable de se prévaloir de réussites éclatantes sur des chanteurs célébrissimes (dont le talent et même la carrière préexistaient à leur rencontre), mais sans jamais pouvoir les nommer. Le début de l’ouvrage est ainsi à la fois alléchant, décevant et irritant.
Le pendant est que cela montre que son souci est avant tout la préservation, donc que ses préceptes ne devraient pas bousculer les voix. D’autant qu’elle met toujours en garde contre l’application erronée des mouvements, ou contre le caractère brusque ou forcée des gestes vocaux – ce qui ne doit jamais être le cas, et elle le rappelle fort avisément.

Même si la partie pratique est en fin de compte un peu courte, après les généralités sur la profession de l’auteure sur deux cinquièmes de l’ouvrage et l’exposition (utile !) des mécanismes vocaux sur deux autres cinquièmes, les préceptes égrenés tout au long du livre et les exercices proposés dans son dernier cinquième en rendent tout de même la lecture très profitable, et lèvent largement les préventions qu’on vient de formuler.

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Sur le fond, il nous reste cependant trois importants points de désaccord.

Le plus fondamental réside sans doute dans le traitement trop professionnalisant de l’ensemble du répertoire : un chanteur lyrique doit être rompu à l’opéra, c’est par là qu’il gagnera sa vie. Yva Barthélémy n’opère aucune distinction dans sa pédagogie écrite entre les répertoires, proposant juste le joli poncif selon lequel le lied et la mélodie réclament une maîtrise parfaite de l’instrument, plus encore que l’opéra – alors qu’il s’agit surtout de deux exigences techniques assez différentes, d’où la difficulté réelle pour les chanteurs, formés à peu près exclusivement par et pour l’opéra.
A ce titre, elle évacue immédiatement la voix mixte [4] comme un moyen de bidouiller la voix autour du passage (l’endroit où l’émission change) afin que la voix soit plus homogène. Or, ce type d’émission moins puissant, plus souple et plus clair offre des possibilités énormes dans tout ce qui n’est pas le répertoire le plus vaillant, y compris pour l’opéra. C’est un parti pris qui sent l’époque de son exercice et de sa rédaction (troisième quart du vingtième siècle), à une époque où la voix mixte était totalement oubliée et pas encore redécouverte.
On l’aura compris, cette réflexion exclusive sur la voix pleine ne nous est pas sympathique.

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Plus à notre goût, un désaccord sur la langue originale. Yva Barthélémy, jusque là uniquement préoccupée de beaux sons, nous offre un très joli couplet sur la langue originale, à respecter absolument dans la mesure où verbe et musique sont intimement liés dans l’esprit des compositeurs d’opéras, et où les intentions tomberaient à plat en faisant usage d’une traduction – de surcroît parfois lointaine et mauvaise. Nous sommes bien entendu pleinement d’accord… sur le plan artistique. [Encore qu’il soit toujours intéressant d’entendre des versions traduites, mais c’est un plaisir de la découverte devenu exotique aujourd’hui. Alors qu’à cette époque, on avait encore le souvenir vivace du temps où tout était joué dans la langue des spectateurs, ce qui posait incontestablement des problèmes esthétiques majeurs, surtout vu l’allure de certaines traductions.]
Sur le plan de la technique vocale, on a déjà exposé nos raisons, il est déjà suffisamment difficile d’apprendre à chanter, sans ajouter les problèmes de placement spécifiques à chaque langue, et qui plus est de les décupler lorsqu’on jongle simultanément avec plusieurs répertoires linguistiques distincts. Nous ne sommes évidemment pas du tout d’accord avec son hypothèse selon laquelle le français est horriblement difficile à chanter : les nasales facilitent le placement, et surtout, si l’on part de la voix doucement chantée, voire de la voix parlée, cela procure un socle de compétences déjà acquises absolument considérable. On se reportera à notre article sur la question pour plus ample argumentation.
Bref, ici, sa position nous séduit pour son époque, mais ce n’est pas rendre service, à ce qu’il nous en semble, à ses étudiants.

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Enfin, la couverture des sons. Il s’agit de l’un des fondamentaux de l’histoire du chant lyrique occidental, qui remonte à Duprez, l’inventeur de l’ut de poitrine au début du XIXe siècle. Auparavant, nous dit Yva Barthélémy dans sa conception binaire des mécanismes du chant, les interprètes passaient immédiatement en voix de tête lorsqu’ils atteignaient leur passage. Ben voyons. On imagine bien que les ténors français, qui descendaient – merci CSS de nous l’avoir dit – assez directement de la tradition des hautes-contre, savaient mixer leur émission, mais ce professeur-là a manifestement fait l’impasse, dans sa mission de former des voix vaillantes pour le Grand Répertoire, sur ce domaine-là.
Gilbert Duprez, donc, « trouve » la possibilité d’émettre les aigus en voix pleine, sans se blesser. Il s’agit d’une modification de l’émission, d’une protection des voyelles. Tous les chanteurs d’opéra l’utilisent aujourd’hui, à de rares exceptions près sans doute, comme certains baroques ou bien les voix fines peu travaillées, comme Emma Kirkby.
Cela passe par une modification des voyelles.


Gilbert Duprez, « inventeur » de l’ut de poitrine.


A titre personnel, je suis assez opposé au principe, du moins présenté de la sorte – parce qu’en réalité, je couvre moi aussi, au moins partiellement, mes sons dans l’aigu, mais sans jamais songer qu’il faut modifier les voyelles. Disons que je modifie la façon de les produire, de façon à ne pas me blesser, mais sans changer de voyelle ! Les vrais grands chanteurs y parviennent, avec brio – l’émission change, mais le texte demeure presque aussi intelligible « en haut » que dans le bas de la tessiture. Pour eux, c’est essentiel, puisque la plupart n’utilisent pas couramment la voix mixte qui permet entre autres choses d’adoucir le passage, précisément (et que les lutins utilisent en permanence, les planqués !).

Yva Barthélémy – et là, je me fâche tout rouge – n’y va pas avec le dos de la cuillère. Elle nous reproduit tout de bon des transcriptions de ce qu’il faut prononcer dans l’aigu, c’est-à-dire des phrases entières à deux voyelles ! Certes, ce sera toujours une de plus que Joan Sutherland ou Birgit Nilsson, mais précisément, ce n’est pas un effort bien considérable. On nous promet que ça ne s’entend pas… et en effet, cela peut être le cas… si on ne l’enseigne pas comme cela aux étudiants ! Bien sûr, il ne faut pas articuler le [i] naturellement, il faut le faire tirer vers le [u] français, en abaissant la mâchoire, pour le timbre de façon pleine dès le médium, et encore développer d’autres stratégies pour la couverture, mais de là à tout remplacer par des [eu] et des [o] !

Plus encore, il serait peut-être bon de s’interroger sur le socle que peut apporter la phonation parlée, déclamée ou non, à l’apprentissage du chant. Et, assurément, il est considérable. Détruire le texte, c’est non seulement détruire sa force pour celui qui le chante (après, on pourra bien prêcher pour la langue originale, si c’est pour en faire ça !), mais aussi les appuis dynamiques déjà présents dans la langue, et qui sont des auxiliaires extrêmement précieux que les professeurs de chant dédaignent trop souvent de convoquer, sans doute par manque d’aisance en la matière – ou faute de l’avoir appris. Cela chasse les mauvaises postures qui conduisent au chant opaque et invertébré, comme on en entend beaucoup dans les Conservatoires. [5]

Tous les professeurs demanderont de « couvrir ». Mais ici, je vois un biais pédagogique dans la façon de le présenter non pas comme un contournement, mais tout de bon comme une altération de la lettre textuelle et musicale. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des chanteurs qui font toujours [o-a] en guise de [a] (une lauréate du concours Operalia était dans ce cas, il y a quelques années), ou qui n’ont qu’une voyelle et plus de consonnes dans les aigus.
Il faut rappeler que la légendaire « technique italienne » place au sommet de la maîtrise musicale l’aperto-coperto, c’est-à-dire l’attaque franche des voyelles avant de les couvrir, dans l’aigu – et n’autorise donc pas ce type de compromissions avec la diction. [On peut voir l’effet que cela produit, de façon tout à fait caricaturale, en écoutant les sons de Christoff dériver pour s’arrondir au cours de l’émission – ce n’est, si l’on ose pour un bulgare, pas très orthodoxe, mais cela stimule l’imagination.]

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5. Conclusion

Lire la suite (la fin).

Notes

[1] On avait déjà abordé par la marge certains de ses présupposés discutables.

[2] Pour prévenir tout débat, je me fiche éperdument de ces affaires de féminins. Quand ils sont amusants et clairs, il n’y a pas lieu de se priver.

[3] Vous ai-je déjà dit que je devais tout à Giuditta Pasta ?

[4] La « voix mixte » désigne le « mélange » apparent de la voix de poitrine (la voix pleine) avec une certaine dose de voix de tête (le registre de fausset), variable. Physiologiquement, il n’est pas possible de faire les deux en même temps, mais c’est l’effet sonore produit. [Il s’agit en réalité d’alléger le mécanisme de poitrine.]

[5] Car le chant est le seul instrument où le Conservatoire ne garantisse pas la rigueur pour un bon apprentissage…


[Il va de soi que, vu le domaine hautement volatile et subjectif dont il est questions, nos avis ne sauraient être pris pour argent comptant, sans une bonne dose d'examen critique - ils reflètent une opinion, qui tente d'argumenter ses positions, mais qui ne prétend pas à la justesse indiscutable.]

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On l’aura compris, il s’agit d’un ouvrage à la fois clair, sûr et très stimulant, qui contient de nombreux préceptes essentiels, parfois martelés, parfois évoqués au détour d’une page. Son ton de conversation a les défauts de ses qualités : il se relit très volontiers, mais l’information n’est pas toujours clairement hiérarchisée entre anecdotes, généralités, descriptions et exercices. C’est sans nul doute préférable au choix d’un écrit plus systématique et moins abordable, d’autant que le contenu scientifique est en lui-même très rigoureux.

CSS n’est pas forcément client de l’esthétique qui sous-tend La voix libérée, mais il y voit un guide très intéressant, un complément utile à un cours de chant ou à une découverte personnelle de la voix (prudence !). Avec à la clef des sensations qui apparaissent, ce qui est vraiment le tournant essentiel de l’apprentissage. [Bien sûr, tout seul, le livre ne mènera pas loin ; cependant il est peut-être susceptible de débloquer bien des situations.]

Cela ne remplacera pas, à coup sûr, notre vade-mecum à venir [1], et surtout pas une bonne culture musicale ni un esprit critique impitoyable, mais c’est une fréquentation enrichissante, qui fait réfléchir et toucher des choses du doigt. Expériences précieuses pour qui s’intéresse au chant.

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[Outre les entrées indiquées en lien au cours de l'article, rappelons que la rubrique Pédagogique contient plusieurs notules autour des questions de chant.]

Notes

[1] On vient de se fatiguer à écrire tout ça, on peut bien se lancer quelques fleurs, non ?


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Commentaires

1. Le lundi 18 janvier 2010 à , par Laure Olivier

Merci pour ce texte ! tout ce que vous dites, notamment sur le livre de Yva Barthélémy, est très intéressant et vous argumentez vraiment bien (c'est si rare de lire une bonne argumentation, et pas juste de l'énervement) les points pour lesquels vous êtes en désaccord avec elle. Votre conclusion donne de bons conseils.. bref, intelligent, sain, franc, direct, ouvert, curieux, critique et enthousiaste :-) merci.

2. Le mercredi 20 janvier 2010 à , par DavidLeMarrec

Bienvenue Laure,

Et merci pour votre commentaire si aimable. :) J'aurais du mal à m'énerver, vu la cohérence et la compétence du propos ; mais il est vrai que je n'en partage pas, disons, les présupposés esthétiques un peu 'grand répertoire international', ni certains dispositifs pédagogiques (du moins tels qu'ils sont exposés dans le livre, son enseignement différait sans doute de certains raccourcis ici indiqués).
Dans l'ensemble, ça reste une lecture très stimulante.

3. Le lundi 6 septembre 2010 à , par gabriel

ce que je n'ai pas compris est si vous pensez que le "méthode Barthélémy" soit bon pour les jeunes étudiants de chante lirique, ou non
(pardonnez mon francais)

4. Le lundi 6 septembre 2010 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Gabriel !

Si je ne prononce pas, c'est qu'en dehors de sa description phonétique de l'aigu couvert que je trouve difficilement défendable, il n'y a pas de mauvais préceptes chez Yva Barthélémy.

Le livre lui-même donne peu d'indications pratiques pour pratiquer le chant, il y a d'autres ouvrages plus adaptés pour cela (le fameux manuel Miller est à l'inverse plus intéressant à pratiquer qu'à lire en tant que théoricien)

Ensuite, sur ses préceptes, ils me paraissent bons, mais tout dépend ce que l'on veut bâtir : elle fournit les bases d'une technique standard internationale. Si on souhaite chanter du baroque ou du répertoire français, par exemple, ça ne me paraît clairement pas la bonne voie.


En résumé, donc : le livre est plus une conversation qu'un manuel ; et ce peut être bon seulement si on est intéressé par un type de technique "généraliste". Je pense en outre qu'il existe plus solide et plus précis dans ce registre. Mais la "méthode Barthélémy" n'a rien de mauvais non plus, tout dépend comme elle est enseignée.

5. Le vendredi 22 juillet 2011 à , par chloé

Bonjour,

j'ai été vraiment intéressée par votre article il est complet et pose très bien vos arguments. Je suis une chanteuse débutante et je ne sais pas vers quel genre de manuel me tourner. Je comptais acheter cet ouvrage mais maintenant je ne suis plus trop sûre.Je ne sais pas si je dois le prendre ou peut-être Auriez-vous des manuels à conseiller pour les débutants ?
Merci d'avance pour votre réponse

Cordialement,

Chloé

6. Le vendredi 22 juillet 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Chloé,

Et merci pour cette confiance...

Il faut être conscient de la difficulté de travailler seul. Si vous avez déjà un professeur, il peut sans doute vous conseiller ce qui complète le mieux son enseignement.

Tout dépend de votre point de départ : est-ce que vous avez déjà l'habitude d'un instrument, quel répertoire souhaitez-vous aborder, est-ce que vous avez pas mal écouté de ce répertoire (préalable très précieux !) et lu des commentaires sur ses chanteurs, et surtout, que souhaitez-vous trouver dans ce manuel.

Le livre d'Yva Barthélémy est surtout un témoignage, une sorte de philosophie de vie positive... mais pas vraiment un manuel pratique. Une poignée de pages en annexes, et difficiles à appliquer seul.

Si ce que vous cherchez est un manuel pratique, la référence généralement recommandée est La Structure du Chant de Richard Miller, mais c'est une vision du chant international d'aujourd'hui, pas forcément celle qui a mes faveurs. Et surtout, c'est quasiment impossible à appliquer seul, et pas forcément en accord avec les préceptes d'un éventuel professeur.

On recommande aussi quelquefois l'ouvrage de Louis-Jacques Rondeleux, Trouver sa voix, qui est très sain pour les débutants (axé essentiellement sur la gestion du souffle, qui est primordiale en effet). En revanche, ça n'aide pas beaucoup à bien placer sa voix, donc après six mois d'exercices uniquement respiratoires (pas très rigolo), il faut de toute façon aller voir ailleurs.

Le plus intéressant, je crois, est le Que sais-je ? de Guy Cornut, La Voix, très concret, qui explicite très bien les mécanismes physiologiques du chant. Il n'apprend pas à chanter, c'est un fait, mais il explique précisément ce qui se passe, et il est extrêmement sain pour un chanteur d'avoir cette culture-là.

J'aime beaucoup aussi La Pédagogie de la Voix et les Techniques Européennes du Chant des époux Ott, qui cite de nombreux autres ouvrages et propose un panorama intéressant - avec un parti pris sur les questions techniques qui m'est plutôt sympathique.
Néanmoins, ce n'est pas cela non plus qui vous apprendra à chanter.

Il y a donc deux voies possibles :

=> Trouver un professeur, la plus sûre et la plus simple. Je donne ici des suggestions pour en chercher.

=> Travailler seule, ce qui est difficile et hasardeux, mais toujours possible. Il faut auparavant une très bonne culture de la voix (donc beaucoup écouter et lire, et recouper ce que font les chanteurs avec ce qu'on dit d'eux), et ensuite beaucoup de prudence pour ne pas faire d'erreurs dommageables.

Tout dépend de vos moyens et de vos besoins, bien sûr.

--

En attendant, je peux toujours vous proposer de jeter un oeil sur les conseils que j'adresse justement aux [url=http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2010/12/05/1632-petits-conseils-pratiques-aux-chanteurs-debutants-et-aux-etudiants-en-chant
]débutants[/url] en chant, j'ai écrit cette notule justement pour ceux qui s'interrogent. Comme dit dans la notule, ce n'est surtout pas parole d'Evangile, mais ça donne des pistes qu'on pourrait qualifier "de bon sens", mais auquelles on ne songe pas forcément lorsque l'on débute. Ca permet, même en prenant des cours, de disposer un certain nombre d'astuces (s'enregistrer systématiquement me paraît capital, par exemple).

Et pour la culture plus générale, vous pouvez toujours regarder dans les notules "pédagogiques" de CSS, où j'essaie d'expliciter certaines notions vocales délicates, pour mieux observer les chanteurs.

Ce n'est clairement pas suffisant, mais comme elles existent, si elles peuvent vous aider d'une façon ou d'une autre...

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Je vous souhaite, quoi qu'il en soit, beaucoup de plaisir et de réussite dans l'entreprise !

7. Le dimanche 31 juillet 2011 à , par Chloé

Bonjour,

Désolé de répondre si tard !

Je vous remercie pour vos conseils avisés, en ce moment je cherche un professeur car en effet il est assez difficile pour un débutant de s'entrainer tout seul.
En complément je vais prendre le livre que vous m'avez conseiller et effectivement la culture musicale est aussi importante pour comprendre certains aspects du chant et de la musique.

Je vais regarder cela avec attention.
Encore une fois merci pour tout!

Cordialement,

Chloé

8. Le lundi 1 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Chloé,

Oui, c'est difficile et beaucoup plus long. Les difficultés avec un professeur sont différentes (contrainte du travail et surtout relation personnelle, parfois complexe), mais ça reste la voie la plus simple et la plus fiable pour trouver des repères.

Si vous parlez du Guy Cornut, oui, c'est un très bon investissement, surtout si votre futur professeur utilise beaucoup de métaphores : vous pourrez les relier à une action physiologique.

Indépendamment des conseils sur la recherche d'un professeur (professeur d'un chanteur qu'on admire, ou qui est réputé pour son enseignement harmonieux plus que pour ses prodiges à faire de grandes voix bruyantes), si jamais vous cherchez dans les régions de Bordeaux, Marseille-Provence ou Ile-de-France, je peux éventuellement vous suggérer des noms. (Evidemment je ne les ai pas essayés moi-même un à un, mais j'ai quelques raisons d'avoir de bons préjugés.)

Bon courage... et amusez-vous bien !

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