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Les opéras rares cette saison dans le monde – #5 : en anglais




opera house
L'opéra de Debrecen et l'étrange géométrie de son plafond.
On y donne Acis and Galatea de Haendel.




Précédents épisodes :
principe général du parcours ;
#1 programmation en langues russe, ukrainienne, tatare, géorgienne ;
#2 programmation en langues italienne et latine ;
#3 programmation en allemand ;
#4 programmation en français.

À venir : polonais, slaves occidentaux (tchèques, slovaques) & méridionaux (slovène, croate), celtiques & nordiques (irlandais, danois, bokmål, suédois, estonien), espagnols, et surtout une grosse notule sur les opéras contemporains intriguants, amusants (ou même réussis).



opera house
La salle du Pinchgut Opera a un plan en « boîte à chaussures » inhabituel pour une salle prévue pour le scénique, surtout avec ses sièges latéraux orientés à 90°.
Pinchgut est une île qui fait face à Sydney, presque entièrement occupée par son Fort Denison, à l'image d'If à Marseille. La compagnie qui a pris son nom se situe dans la ville, bien sûr, et est spécialisée dans l'exécution d'opéras du XVIIe et XVIIIe siècle sur opéra d'époque, de très bon niveau ainsi qu'en témoignent quelques disques.

On y donne Athalia de Haendel.



Opéras baroques

Pas d'Arne, rien que du Haendel, désolé – mais quelqu'un doit bien faire Blow quelque part, au moins une version de concert dans une petite salle.

Haendel, Acis and Galatea (Debrecen)
Haendel, Athalia (Pinchgut de Sydney)
Haendel, Saul (Mainz, an der Wien)
Haendel, Apollo e Dafne (Graz)
→ Trois « oratorios » (en réalité des opéras en anglais, même pas toujours sur sujet religieux) et une cantate, Apollo e Dafne – il a aussi existé une Daphne, son quatrième opéra et le dernier de sa période hambourgeoise, mais la musique en est perdue.
Acis contient des airs assez marquants et hors de l'ordinaire (les graves profonds de Polyphème ont leur célébrité chez les basses), tandis que Saul est beaucoup plus varié et mobile qu'un seriastandard,mais je trouve, étrangement, que cela ne se ressent quasiment que dans l'antique studio Harnoncourt, là où les plus informés, fût-ce Jacobs, ne parviennent pas tout à fait à rendre cette force du verbe biblique et cette atmosphère très singulière. Je ne puis donc préjuger du rendu en salle.

opera house
La salle de l'Opéra d'Edmonton, en Alberta.
On y donne HMS Pinafore de Sullivan.




Opéras romantiques

Là aussi, on aurait pu espérer les bijoux (mélanges de belcanto, de fantastique weberien et de numéros assouplis à la française…) comme Robin Hood de Macfarren, Satanella de Balfe ou Lurline (Loreleï…) de Wallace. Mais je n'ai rien vu, et il est vrai que même dans les Îles Britanniques, cette part du patrimoine reste tout à fait occultée, hélas – ceux que j'ai pu entendre valent largement les opéras d'Adam et Auber, dans un style similaire (mais plus ambitieux qu'eux, ils ont de toute évidence respiré Weber et Marschner).

Sullivan, The Pirates of Penzance (Leipzig, Ulm, Meiningen, San Diego)
Sullivan, HMS Pinafore (Edmonton en Alberta)
Sullivan, Trial by Jury (Leeds)
→ Répertoire léger mais prégnant qu'on ne joue guère hors des îles britanniques et de l'Amérique anglophone… la musique en est très consonante et formellement tout à fait simple, mais pas sans séductions mélodiques ; les livrets originaux et piquants ; l'ensemble virevoltant avec beaucoup de finesse en fin de compte – moins virtuose que Rossini, sans doute, mais aussi beaucoup moins souligné que les Offenbach : le meilleur du comique anglais.
→ À présent qu'il est ordinaire de jouer des opéras, même dotés d'une veine comique verbale significative, en langue originale – sans mentionner la généralisation de l'usage de l'anglais dans la population –, il n'y a pas vraiment de raison de ne pas en donner au moins les titres emblématiques : Penzance (qui existe en français, d'ailleurs), Pinafore, Mikado, Yeoman… en ce qui me concerne, je les trouve plus stimulants à tout point de vue (musicalement, mais surtout beaucoup plus amusants) que les petits Offenbach qu'on redonne ici et là. J'avoue cependant ne pas en être assez familier pour disposer d'une opinion sur les petits Gilbert & Sullivan, qui ne valent peut-être pas mieux !

Chadwick, Burlesque Opera of Tabasco (New Orleans)
→ George Whitefield Chadwick est un des plus beaux représentants du romantisme musical américain, à la fin du XIXe siècle (1854-1931) – de la Second New England School, comme Amy Beach. Sa Deuxième Symphonie témoigne d'une belle maîtrise de tous les aspects d'écriture, dans une veine simple et lumineuse. Mais les Symphonic Sketches sont encore plus intéressants, plus personnels – culminant dans le mouvement lent, « Noel », tout à fait dans l'esprit folklorique de la Neuvième de Dvořák !
→ Son opéra Tabasco de 1894 en témoigne. (Oui, Tabasco comme la sauce.) Intrigue minimale : : Hot-Heddam Pasha menace de décapiter son cuisinier français (en réalité un imposteur irlandais) si celui-ci ne relève pas davantage ses plats. Après une recherche désespérée à travers la ville, c'est la mystérieure fiole d'un mendiant aveugle qui fait l'affaire, en réalité une bouteille de sauce au piment Tabasco.
→ C'était au départ une simple commande locale d'une milice de Boston, à l'occasion d'une levée de fonds pour une nouvelle armurerie. Mais le succès fut grand, les droits rachetés par un producteur ambitieux, un accord passé avec l'entreprise créatrice de la sauce, ce qui a transformé la petite pièce légère en grand événement traversant le continent dans une forme de cirque extraverti (distribution de produits, immense bouteille en carton-pâte sur scène).
→ Musicalement, nous avons affaire à de la pure veine légère anglophone, quelque part entre Sullivan et Candide de Bernstein, très agréablement réussi. [Je ne crois pas qu'il en existe d'intégrale officielle, mais YouTube en fournit plusieurs extraits.]



opera house
L'Opéra de Tel Aviv évoque de l'extérieur un de ces hôtels de luxe de la côte.
On y donne A Midsummer Night's Dream de Britten.




Opéras du XXe siècle

On y trouve essentiellement des compositeurs dans une veine tout à fait tonale, artisans d'un héritage raisonnable du passé, à exceptions près (qui ne sont pas du tout de l'opéra d'ailleurs, mais figuraient dans les saisons de respectables maisons).

Je les ai laissés dans l'ordre suggéré par leurs dates de naissance.

Barber
, Vanessa (Frankfurt-am-Main)
→ Je tiens Vanessa pour l'un des opéras les plus aboutis de tout le répertoire, sa cohérence entre livret et musique, sa fluidité, sa façon de toucher simplement à la vérité du théâtre et à la beauté de la musique n'ayant que peu d'égales.
→ Une notule le présente plus amplement (ainsi que les contraintes de distribution et circostances de création).

Britten
, The Rape of Lucretia (Cologne)
→ L'opéra (le troisième de ses quinze) a l'originalité de convoquer des coryphées, mais j'aurais peu de bien à en dire. Langage sonore très gris, livret très lent (et qui fait du viol de Lucrèce un semi-rêve assez déplaisant dans ses insinuations – comme la jeune mère de Merlin, elle fait un rêve érotique, bien fait pour sa tronche), où même la scène-titre se déroule très lentement, habillé d'échanges bavards et flous… Et tout ce qui précède et suit a finalement un rapport dramatique assez lâche avec ce que devrait être l'histoire de Lucrèce – tout l'apparat romain a disparu, en tout cas. Même la prosodie, parfois le point fort de Britten, est ici noyée dans un semi-lyrisme récitatif sans grand relief. Bof.

Britten
, Gloriana (Madrid)
→ Commande de Covent Garden pour le Couronnement d'Elizabeth II, en 1953, Gloriana est une variation sur l'épisode des amours et de la mort de Robert Devereux, amant d'Elizabeth Ière. Chez Britten, Devereux est moins perdu par ses ennemis à la Cour que par ses propres faiblesses à la guerre, voire par ses propres partisans – sa mort est signée devant l'aplomb de ses soutiens, le considérant indispensable au gouvernement du royaume. Et tout cela sert de support à une méditation sur l'âge (Elizabeth est déjà mûre), sur la solitude de l'individu, sur l'avenir de tout amour et de toute vie…
→ Musicalement, le sujet est bien sûr l'occasion pour Britten d'écrire dans une langue assez claire, au besoin néoclassique, et plutôt en aplats d'accords, comme accompagné sur orgue positif. Pas forcément très saillant, mais d'une belle sobriété ; peut-être un peu régulier pour se montrer efficacement dramatique.
→ Le sujet n'est finalement pas très révérencieux, présentant cette reine déclinante, hésitante, sensible aux morsures de l'amour-propre. Mais, au demeurant, Elizabeth II n'a pas choisi son nom de règne (un souverain d'Angleterre peut changer son prénom, comme les papes) en référence à son inégalable devancière, simplement décidé de conserver son nom de baptême – peut-être plus de la modestie que de l'ambition, mais je ne suis pas assez familier des biographes de ladite majesté pour m'avancer sur le sujet.
→ Il existe une bande de la création – avec Peter Pears en jeune galant (!), mais aussi Geraint Evans en Lord (!) et Monica Sinclair en Lady (!!). Mais le son un brin ouaté accentue plutôt les limites du style de Britten, à mon sens.

Britten, A Midsummer Night's Dream (an der Wien, Tel Aviv)
→ Même si les parties amoureuses sont plus grises, le Songe de Britten, au milieu de sa carrière (1960) est l'un de ses opéras les plus coloré et inventifs, en particulier dans toutes les parties féeriques : le contre-ténor inhabituel d'Oberon, écrit pour Deller, les fanfares grêles des Elfes, les interventions parlées savoureuses de Puck… Vraiment du Britten inhabituellement bigarré, et très inspiré par endroit.

Britten, The Prodigal Son (Opéra de Chambre de Moscou)
→ Antépénultième opéra (ou assimilé) et troisième de ses paraboles pour représentation d'église, c'est aussi la moins convaincante (Noye's Fludde dispose d'un certain impact dramatique ; The Burning Fiery Furnace s'essaie à une modernité un peu plus radicale), très peu saillante à mon gré – un peu comme du mauvais Billy Budd.

Britten, Death in Venice (Stuttgart, Linz)
→ Un cas étonnant de Britten beaucoup plus germanisant, décadent même, d'un langage plus hardi (enfin, de la tonalité avec de légères touches un peu plus berguiennes, pour les années 70…) et plus romantique à la fois. Bien sûr, la déclamation très en avant et un peu indifférenciée reste toujours la sienne, mais le changement de couleur est patent, et ce n'est pas si souvent donné.

Menotti, The Medium (Berne, Chicago, New Orleans)
Menotti, The Consul (Dayton, Lawndale en Californie)
Menotti, Amahl and the Night's Visitors (Lausanne, Sofia)
Menotti, célèbre pour avoir été le librettiste (et compagnon) de Barber, a produit un grand nombre d'œuvres scéniques (2 ballets-pantomimes, 18 opéras dans tous les genres, de la piécette bouffe d'une demi-heure à l'opéra historique néo-romantique, en passant par toute une gamme de sujets et langages intermédiaires). D'un langage tout à fait tonal, mais puisant à de très nombreuses écoles, le résultat n'en est pas musicalement unique, mais toujours très opérant en tant qu'objet de théâtre musical.
Amahl est un gentil opéra pour enfants, qui existe, comme The Telephone ou The Medium, en plusieurs langues dont le français. Mais aussi en allemand, comme The Consul – qui sera donné en allemand en Allemagne et en Autriche pendant cette saison.
→ Les deux autres sont plus dramatiques, quoique intégrant des éléments plaisants, en particulier dans The Consul, son opéra le plus sombre (du moins parmi ceux enregistrés), où pourtant le comique absurde abonde, culminant dans d'improbables tours de magie (au départ minables, à la fin presque surnaturels) au sein même du Consulat.
The Consul est une histoire terrible, une tragédie bureaucratique kafkaïenne épouvantable, écrite dans un langage qui emprunte à la déclamation et aux atmosphères oppressantes de Britten, au lyrisme de Puccini, à l'harmonie de Poulenc, et pourtant traitée avec une vivacité particulière et une prédominance de l'humour. Une notule lui est consacrée.
The Medium, son œuvre la plus jouée, est probablement la plus travaillée sur le plan musical, avec une variété de textures, un travail sur l'orchestration, sur les contrastes entre scènes, sans rien céder à ses qualités prosodiques et théâtrales habituelles. C'est un rôle où ont brillé les grands mezzos déclinants mais glorieux – Mödl, Crespin, Gorr… [Vous pouvez par exemple l'aborder avec cette version en français – Metz 1994 avec Gorr, Raphanel, Zanetti !]
→ Assez peu donné sur les grandes scènes, Menotti est en revanche très régulièrement programmé dans des théâtres de taille moyenne – car, je suppose, ne réclamant pas d'orchestres immenses, n'obligeant pas à des pyrotechnies invraisemblables, et toujours très payant scéniquement. Il doit, en fin de compte, figurer parmi les compositeurs nés au XXe dont les opéras sont le plus joués. Et ce n'est que justice : sans être un compositeur majeur, chaque œuvre, prise comme un tout, fonctionne à la perfection, pas de longueurs, pas de faiblesses, surtout dans sa première période – The Saint of Bleecker Street et bien plus tard Goya, plus sérieux, ont moins de saillances. [Mon chouchou reste la courte conversation en musique The Telephone.]

opera house
À la Taschenoper (« Opéra de poche ») de Vienne.
On y donne A House Full of Music de John Cage.


Partch, Barstow: Eight Hitchhikers' Inscriptions (Buenos Aires)
→ Je l'ai vu classé dans un saison d'opéra, mais Barstow est loin de répondre à la définition stricte, ni même élargie de l'opéra : il s'agit d'inscriptions d'auto-stoppeurs lus sur une rambarde routière à Barstow, en Californie (1841).
→ Harry Partch est resté célèbre pour ses créations d'instruments ; pendant la Grande Dépression, il a vécu comme vagabond auto-stoppeur / intérimaire itinérant (hobo), et a réalisé quantité d'instruments nouveaux à partir de matériaux sommaires.
→ Cette œuvre, originellement écrite pour voix guitare adaptée, a aussi été révisée (en 1954 et 1968) pour deux voix, et des instruments propres à Partch que même la base de l'IRCAM ne nomme qu'en anglais : surrogate kithara (cithare de substitution, je dirais), chromelodeon, marimba diamant et boo. Très accessible et sympathique, mais cela ne dure que dix minutes.

Cage, A House Full of Music (Taschenoper de Vienne)
→ Je l'ai vu, de même, mentionné dans des saisons d'opéra, mais enfin, malgré quelques glossolalies (et explications parlées surimprimées), c'est plutôt une forme de poème symphonique de chambre (produit notamment avec des batteries de cuisine…). Du vrai Cage, très ludique, pas forcément intéressant musicalement.

opera house
Le Noah Liff Opera Center accueille l'Opéra de Nashville (Tennessee).
On y donne Susannah de Floyd.
(Et on y propose aussi, dès le 27 ce mois, j'en parlerai dans la notule consacrée aux créations, un très prometteur et subtil Hercules vs. Vampires !)


Floyd, Susannah (Nashville)
→ Le grand classique du patrimoine américain (avec A Streetcar Named Desire, dans le genre très différent de la conversation en musique et du théâtre d'auteur). Susannah est au contraire une histoire où les enjeux moraux et sociétaux sont très conservateurs, écrite dans un langage hors de son temps, complètement romantique, très lyrique.
→ Musique pas du tout neuve (le livret davantage, puisqu'il fait écho à une culture qui n'est pas directement européenne, mais il n'est pas fabuleux), mais très beau si on aime l'opéra dans ce qu'il peut avoir d'élancé, de simplement lyrique – un Puccini sans sophistication post-wagnérienne et sans sirop, si vous voulez. J'aime assez, je dois dire. Je l'ai déjà dit : je suis un garçon simple.

opera house
Le pittoresque orientalisant de l'Opera North, marque qui s'est imposée pour désigner l'Opéra de Leeds (phtographie de Don McPhee pour le Guardian).
On y donne Trouble in Tahihi de Bernstein.

Bernstein, Trouble in Tahiti (Amsterdam, Leeds, Semperoper de Dresde, Boston, Opera Parallèle de San Francisco… et l'Athénée à Paris)
Bernstein, On the Town (Saint-Gall)
Bernstein, A Quiet Place (Kammeroper de Vienne)
→ Trois comédies musicales : les premières, et puis la dernière, qui reprend Trouble in Tahiti en y adjoignant de nouveaux actes. Les trois sont de la très bonne comédie musical, dans un style de… comédie musicale. Ne surtout pas y chercher de l'opéra (ni même l'éclectisme de la Messe).



opera house
Intérieur coloré de du Théâtre de Saint-Gall (Sankt Gallen) en Suisse.
On y donne On the Town de Bernstein.




Ce n'est pas une année de redécouvertes particulièrement fastes en langue anglaise, mais à l'échelle du monde, il y a tout de même de quoi admirer quelques beautés.

En revanche, hors patrimoine, on verra beaucoup de créations et de reprises d'œuvres récentes (certaines intriguantes, voire terrifiantes), que je traiterai dans une notule à part… (mais d'ici à ce que je la publie, je pourrai sans doute en écouter certaines qui auront été jouées !)


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Commentaires

1. Le samedi 3 février 2018 à , par Ouf1er

"je les trouve plus stimulants à tout point de vue (musicalement, mais surtout beaucoup plus amusants) que les petits Offenbach qu'on redonne ici et là. J'avoue cependant ne pas en être assez familier pour disposer d'une opinion sur les petits Gilbert & Sullivan, qui ne valent peut-être pas mieux !"
Il n'y a que trés peu de "petits" Gilbert & Sullivan (The Zoo, Cox and Box, et surtout le petit chef(d'oeuvre de Trial by Jury...). Tous les autres sont des oeuvres d'une soirée entière, dont la qualité (au moins musicale) se tient à peu de choses prés. Je suis, comme toi, moins emballé par les "petits" Offenbach qu'on nous ressort (même si je ne dénigre pas le fait de les sortir ou au moins de les enregistrer dans de bonnes conditions, ne serait-ce que par intérêt historico-musicologique). Et je trouve fort dommage que les programmateurs français soient si frileux pour nous proposer ces petits joyaux que sont Iolanthe, Pirates of Penzance, voire le clair-obscur Ruddigore (sans même parler du Mikado, classique des classiques !).
Tu as oublié dans ta liste la nouvelle production de Iolanthe, à l'ENO (pour laquelle j'ai déjà ma place, évidemment ! ;) )

Je n'avais jamais entendu parler de ce "Tabasco" de Chadwick, et vais aller de ce pas y prêter une oreille ! Merci pour cette découverte...

Ton opinion sur The Rape of Lucrecia rejoint la mienne à tous égards, ce qui me rassure. Une des rares assommantes soirées d'opéra où je suis parti à l'entracte. Brrrrr, what a bore !!!! Britten avait pas fumé de la bonne, les semaines où il a écrit ça ! ;)

Je ne dirais pas que "A Quiet Place" soit vraiment de la Comédie musicale dans le sens où on l'entend généralement. C'est bien plus idiomatique de l'Opéra.

Et puisqu'on évoque ici un répertoire "mixte", tu n'as pas mentionné Gershwin (Porgy & Bess à Seattle et surement d'autres productions de ses "plus -musicals-qu'opéra"), ni Sondheim (dont les grands classiques (Sweeney Todd, A Little Night Music, Follies, Sunday in the Park with George, voire Company) ont tendance aujourd'hui à être inclus dans le "répertoire lyrique", puisque la frontière devient de plus en plus floutée entre les 2 genres) ?
http://www.operabase.com/oplist.cgi?id=none&lang=fr&is=&by=sondheim&loc=&stype=abs&sd=3&sm=2&sy=2018&etype=abs&ed=&em=&ey=

2. Le samedi 3 février 2018 à , par DavidLeMarrec

Par « petits Sullivan », je voulais surtout dire mineurs : il y a plein de jolis Offenbach assez inoffensifs. Certains ont de très belles choses (Un mari à la porte), d'autres peu à sauver. Pareil parmi ceux d'importence intermédiaire (j'aime beaucoup Croquefer, mais je trouve les Brigands assez peu passionnants).

Je suis néanmoins complètement favorable à ce qu'on les remonte, ne serait-ce que pour se faire une opinion !  (et puis, comme je ne trouve pas qu'Orphée aux Enfers ou la Vie parisienne soient tout à fait d'irremplaçables chefs-d'œuvre, je n'ai rien contre entendre autre chose de lui plutôt que mille fois les mêmes œuvres moyennes)

On a aussi quelques Hervé remontés récemment : Les Choristes (Barie – surtout pour le livret), Le Petit Faust (Déjazet), Les Chevaliers de la Table ronde (tournée des Brigands – celui-là est bien mauvais, néanmoins).

Je crois que l'anglais est un obstacle, mais il existe des traductions, au moins pour Penzance, et ça ne coûterait pas si cher à commander. Il est vrai que leur notoriété en France est très « livresque » (pour trouver ça ne serait-ce que dans les bacs d'un disquaire, même le Mikado ou le Yeoman, pas sûr que ce soit si facile !).

Pour Chadwick, écoute aussi sa Symphonie n°2, un petit bijou. Les poèmes symphoniques qu'on trouve chez Naxos également (forcément !) sont beaucoup plus fades.


[Lucrezia]

Le pire est que j'avais amené des bizuths ce jour-là. Ma seule mauvaise soirée de la saison, quasiment. (En plus c'était par l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris, donc de grosses voix bien opaques et grises, avec une prononciation… perfectible. Mise en scène statique, cheap et sinistre, également.)  Tout le monde était embarrassé au verre d'after, louant mollement ce qu'il avait vu. :)


[A Quiet Place]

Oui, c'est nommé opéra, mais comme ça avale pour partie Trouble in Tahiti, je me figuraisque ça ressemblait largement du musical. Je n'ai pas trouvé de bande, c'est le seul Bernstein qui me reste à écouter avec Wonderful Town et 1600 Pennsylvania Avenue (tous les rares, quoi).
Mais comme je ne trouve pas Bernstein d'une valeur différentielle particulière dans le musical (un très bon parmi d'autres), je ne lui donne pas systématiquement la priorité.

Surtout, la vraie raison est qu'il est difficile de trouver des bandes (et les livrets) de musical, en tout cas dans mes réseaux habituels.


[Porgy]

Pas mentionné parce que c'est donné très régulièrement. Pas surveillé ses musicals, mais c'est possiblement hors des salles d'opéra.

Effectivement, des chanteurs de lyrique s'aventurent (avec valeur – le belting de Mattei, c'est du bonheur en barres) dans ce répertoire, ça fonctionne très bien lorsqu'ils abandonnent leur son lyrique – sinon, ça donne Dame Kiri, et ça fait bobo.

3. Le samedi 3 février 2018 à , par Ouf1er

"en tout cas dans mes réseaux habituels."
Ta, ta, ta... Tu sais bien que tu peux (presque) tout me demander ! ;)

"Pas mentionné parce que c'est donné très régulièrement."
Mouais. Mais pas tant que ça, finalement.... (et en tous cas beaucoup moins souvent que les autres G&S mentionnés).

"qui me reste à écouter avec Wonderful Town et 1600 Pennsylvania Avenue "
Bon, alors tu pourras t'initier avec la prochaine diffusion de la prod de Toulon, qui était excellente (sur FR 3, à la fin de février, je crois. Sinon en DVD, un peu plus tard). Et pour 1600 Penn Avenue, je dois avoir ça quelque part... ("Wonderful Town" aussi, bien sûr, mais quitte à le découvrir, autant commencer avec une prod scénique que juste le CD. Au CD, c'était pas du tout mon Bernstein préféré, mais c'est nettement plus convaincant à la scène, quand c'est bien fait.)

"Dame Kiri [dans le musical] et ça fait bobo."
Tu es méchant. Le "Kiri sings Gershwin" album n'a rien d'indécent, et c'est parfaitement écoutable. Dans le genre, ça vaut même infiniment mieux que l'inverse (Barbara [Streisand] sings Classical).... ;)

4. Le dimanche 4 février 2018 à , par DavidLeMarrec

[Porgy]
Très certainement, mais quelquefois en France, alors que Sullivan…

[Wonderful Town]
Excellente nouvelle, merci !

[Kiri Te Kanawa]
Non, non-non-non-non-non, il y a des choses qui ne sont pas admises.
Mon pote Lubitsch me souffle à l'instant que ce qu'elle a fait aux Misérables, d'autres l'ont fait à la Pologne.

Alors que les Debussy de Streisand, quoique bizarres et pas tout à fait professionnels, sont très séduisants, c'est un disque que j'aime assez pour sa fraîcheur bizarre.

5. Le dimanche 4 février 2018 à , par Ouf1er

"Mon pote Lubitsch me souffle à l'instant que ce qu'elle a fait aux Misérables, d'autres l'ont fait à la Pologne."

;) ;) ;)
Je ne prétendais pas que TOUT ce qu'a fait Kiri en termes de "crossover" soit une parfaite réussite, je ne parlais là que de son album "Kiri Sings Gershwin"
https://www.youtube.com/watch?v=nZlJfhgHWCo
Son My Fair Lady et sa West Side Story ne sont pas indemnes de pailles ici et là, mais enfin, c'est loin d'être "indéfendable".

6. Le mardi 6 février 2018 à , par DavidLeMarrec

Déjà que je la trouve vaguement pénible dans bon nombre d'opéras, je ne vois pas pourquoi me l'infliger dans ce répertoire où elle n'est, dans le meilleur des cas, qu'un pis-aller. :)
Mais je n'ai pas essayé ses Gershwin. WSS, oui, ça passe, dans le cadre bizarre de cette intégrale. Fair Lady, non, pas possible – et puis l'ingénue qu'on arrive à prendre pour une aristocrate, c'est un peu comme Fleming qui joue Arabella : on devrait voir une jeune aristocrate déclassée et on a (je parle de la voix, pas des apparences) une parvenue assez mûre qui cherchen, à la fête de quartier, à masquer son état de serveuse de truck stop en massacrant du Shakespeare d'un air sophistiqué.

(je le dis pour le plaisir de la formule et pour expliciter mon propos, mais j'ai beaucoup de respect pour Fleming en réalité, curieuse, découvreuse, à l'aise dans pas mal de répertoire alors même que ce n'est pas du tout mon genre de voix)

Tourvel et Blanche Dubois allaient parfaitement à Fleming ; Vanessa devait assez bien fonctionner pour Te Kanawa. Mais il y a des rôles où ça gêne. Et surtout, il y a le style de cette musique : ça n'a pas de sens de chanter My fair Lady avec couverture et morbidezza, c'est d'une nuisance sans plus-value dans ce répertoire.

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