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A la découverte de MEYERBEER - I - Introduction factuelle : présentation des oeuvres


Une petite série sur Meyerbeer se prépare. Pour de multiples raisons.

Tout d'abord, parce qu'il est la pierre angulaire du Grand Opéra à la française, et que nous nous étions finalement limité à la retranscription d'une défense sommaire, sans véritable introduction à son oeuvre. Et puis, au tout début de ces carnets, on avait fait allusion à l'évanouissement du fiancé d'Alice dans Robert.

Ensuite, parce qu'on avait promis chez des voisins une notice pour débuter dans Meyerbeer.

Enfin, parce qu'on voulait adapter un vieil article (d'avant CSS) qui précisément s'intéressait au style de Meyerbeer et au pourquoi de son abandon.

On débute donc ici avec une rapide introduction sur sa carrière, suivie d'une présentation de chaque oeuvre de la période parisienne.


Présentation générale

Meyerbeer (de son vraiment prénom Jakob) est né en Allemagne, et y a fait une partie de sa carrière, y compris après ses succès parisiens (appelé par sa patrie, en quelque sorte, pour écrire quelques pièces), mais il n'existe rien d'accessible aujourd'hui pour se faire une idée de ce pan de sa production.

Il a réalisé ses études en Italie, et l'une des premières oeuvres dont on dispose de façon plus ou moins accessible est précisément Il Crociato in Egitto, une oeuvre de belcanto serio de type rossinien, assez modérément intéressante. Six opéras de ce type existent sur seize oeuvres lyriques scéniques.

Il est en réalité connu pour ses interventions sur la scène parisienne, en réalité en nombre extrêmement réduit :

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Robert le Diable

En 1831, après cinq années de travail (Meyerbeer peaufinait vraiment ses partitions, avant de les adapter, comme Offenbach par exemple, aux premières représentations), Meyerbeer présente ce Robert qui est un immense succès, et qui irrigue l'imaginaire de tout le dix-neuvième siècle. Il faut bien songer que Rodenbach (1892 !) place sa rencontre entre Hugues et Jane à l'occasion d'une représentation (importante à plusieurs moments dans l'intrigue) de Robert.

L'intrigue inclut du surnaturel, puisque Robert est un seigneur fils d'un démon qui se cache en la personne de son compagnon d'infortune. Comme toujours chez Scribe, on s'inspire de personnages réels et de légendes populaires.

L'oeuvre culmine dans le troisième de ses cinq actes, où l'on trouve à la fois un duo comique, un duo patriotique, deux invocations infernales et deux scènes démoniaques, dont le fameux ballet des nonnes damnées. Vraiment un sommet de l'histoire de l'opéra.

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Les Huguenots

Composés de 1832 à 1836, les Huguenots sont le chef-d'oeuvre de Meyerbeer. On n'y trouve que des pages inspirées.

Ce qui était déjà vrai dans Robert s'accentue très nettement : chaque acte bénéficie d'une couleur propre.
I : Tableau de fête dans un château de bons vivants catholiques.
II : Tableau bucolique et raffiné dans les jardins tourangeaux de la reine Marguerite.
III : Tableau religieux et militaire, scène de foule et de duel.
IV : Acte du duo d'amour, mais au milieu de la conspiration, acte sombre.
V : L'apocalypse de la Saint-Barthélémy.

Le sujet est ambitieux et audacieux, à savoir retracer une guerre civile française (en donnant le tort aux catholiques), en lui fournissant une origine dans les personnages créés pour les besoins du drame (le refus outrageant d'un gentilhomme protestant, sur un quiproquo, d'épouser la jeune fille catholique qu'il aime).

Scribe (le librettiste, donc) n'évite ni les sujets polémiques, ni l'allègement par l'humour, sans jamais départir l'oeuvre de sa grandeur tragique.

Sur le plan strictement musical, il faudrait le décrire un peu précisément, mais Meyerbeer lie les 'numéros' traditionnels (les airs et ensembles) par des récitatifs passionnants et très expressifs, et ponctue toujours ses 'numéros' d'interventions extérieures (récitatifs, soli...). Si bien que l'on se dirige vers une forme de drame continu, où la distinction entre récitatifs et 'numéros' est de plus en plus gommée, et où les ensembles sont extrêmement nombreux.

C'est aussi une perpétuelle suite de modulations (de changement de tonalité et de couleur), au point où parmi ses contemporains, seuls Chopin, Berlioz et Schumann peuvent lui être comparés.

Toujours en cinq actes et un ballet, bien entendu, selon la norme française établie au début du siècle (contrairement à ce qu'on lit parfois, Meyerbeer ne l'invente pas du tout, il s'y adapte simplement avec un grand esprit).

Cette oeuvre est tout simplement un jalon majeur de l'histoire de l'opéra, français ou non, aussi bien pour son importance dans l'imaginaire esthétique que pour ses qualités propres, considérables.

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Le Prophète

Troisième des quatre Grands Opéras parisiens, Le Prophète connaît une période de gestation particulièrement longue, de 1835 à 1849. Il faut croire que les multiples reprises des deux précédents remplissaient amplement les caisses.

Son sujet porte à nouveau sur la question de l'intolérance religieuse, avec le gouvernement des Anabaptistes à Münster. Ici encore, c'est un anonyme qui devient quasiment le moteur (même s'il est manipulé) de l'Histoire, un procédé romanesque bien connu qui trouve ici merveilleusement sa place au théâtre (c'est de toute façon l'époque où il l'a trouvée de façon nette dans le roman).

Les personnages sont extrêmement contrastés, et on ne saurait dire au juste où sont les purs dans cette histoire où toutes les faiblesses humaines, de la rigueur à la lâcheté, s'exposent même chez les héros réputés sympathiques.

Musicalement, on remarque les mêmes qualités, beaucoup de modulations, des récitatifs extrêmement soignés et inspirés, dignes des airs, beaucoup d'ensembles, une orchestration qui fait la part belle aux soli, y compris d'instruments réputés secondaires (c'étaient l'alto et la clarinette basse dans les Huguenots !).

L'ensemble n'atteint pas les sommets des Huguenots ni même peut-être les meilleurs moments de Robert, mais Meyerbeer y consolide l'originalité et la recherche de son langage, avec une oeuvre extrêmement exigeante pour son époque et son contexte d'écriture, avec un nombre de plus en plus réduit d'airs de bravoure identifiables, à l'exception d'un air d'entrée virtuose pour Berthe et de la pompe du Sacre (qui n'est pas pompier pour autant).

Les allègements comiques aussi, même si les Anabaptistes fanatiques mais surtout cyniques sont tournés en dérision, se font plus rares, et pour tout dire moins drôles.

Donc une oeuvre plus touffue, plus sérieuse, qui recèle encore de grands moments d'inspiration.

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L'Etoile du Nord

Rappelé pour le service de la Patrie dans les années 40, Meyerbeer écrit à Berlin Ein Feldlager in Schlesien (Un camp en Silésie), un modeste (?) singspiel que le grand compositeur parisien donne à Berlin. Comme l'ensemble de l'oeuvre en langue allemande de Meyerbeer (cinq ouvrages tout de même), rien n'est disponible, et l'on joue plutôt Les Huguenots en allemand qu'on ne les ressuscite.

A son retour, il compose, de 1849 à 1854, un premier opéra-comique. Ce n'est pas une oeuvre majeure, et le seul enregistrement disponible (Vladimir Jurowski) est malheureusement de qualité assez moyenne. Ni l'intrigue ni la musique ne retiennent démesurément l'admiration.

Cinq mois après la création parisienne, Meyerbeer donne une version italienne de l'oeuvre à destination de Covent Garden, La Stella del Nord, qui inclut six numéros du Camp de Silésie.

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Dinorah ou Le Pardon de Ploërmel

A partir de cette date, Meyerbeer se consacre jusqu'en 1859 à son nouvel opéra, un autre opéra-comique, qui a peut-être donc été créé sans récitatifs. (Mais les partitions aujourd'hui disponibles contiennent bien évidemment les récitatifs.)

En tout cas, le nom donné aujourd'hui n'est pas tout à fait exact, puisqu'à l'origine, il s'agissait du Pardon de Ploërmel, devenu pour sa création londonienne Dinorah, puis dans des arrangements ultérieurs pas nécessairement supervisés par Meyerbeer, Les Chercheurs de trésor (d'après le titre de la pièce de Michel Carré dont est tirée l'oeuvre) et dans sa traduction allemande Die Wallfahrt nach Ploërmel.

Le double titre est une convention plus récente, afin sans doute d'identifier l'oeuvre avec certitude.

Il s'agit de la seule collaboration de Meyerbeer qui échappe à la présence de Scribe, avec ici Jules Barbier et Michel Carré assez inspirés pour un conte où naïveté et drôlerie (à tous les sens du terme) se conjuguent avec virtuosité. De la très belle musique, des ensembles enlevés, un récitatif toujours aussi tranchant, des scènes très fortes, des moments de caractère qui ont sans doute beaucoup inspiré le Gounod de Mireille... Un petit bijou qui relit la pastorale d'antan autour d'une intrigue de sorciers et de trésor bretons, avec tout ce qu'il faut de clichés pour s'amuser (on nous parle de ravin alors que Ploërmel est peut-être l'endroit le plus plat de l'Univers).

L'air Ombre légère qui, traduit en italien, a été longtemps la seule présence tangible de Meyerbeer pour les mélomanes, est en réalité le moment le plus faible de la partition, une ariette virtuose sans grand intérêt, et on ne saurait espérer ni grande pyrotechnie, ni pareille fadeur d'expression dans le reste de l'ouvrage.

Les duos et trios sont vraiment impressionnants par leur inspiration toujours colorée. Voir par exemple l'entrée de Dinorah égarée redisant la vieille chanson qui permet à Corentin de lever la supercherie mortelle, un trio à la fois truculent et mélancolique, d'une grande inspiration mélodique.

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L'Africaine

Voilà une grande énigme. Meyerbeer prépare cet ultime opéra de 1837 à 1864 (!), mais ne peut mener à bout son projet en effectuant ses habituelles retouches à l'épreuve de la scène (interrompu par la mort, quelle pénible celle-là).

Cet opéra ne comporte plus aucun allègement comique ; de même son propos tourné contre le fanatisme religieux se mue presque en anticléricalisme de principe (avec les dignitaires ecclésiastiques proprement terrifiants, et même caricaturaux). Le ton déjà grave du Prophète devient encore plus sombre, et malgré des moments de grâce comme la rêverie d'Inès à l'acte I, le tout reste assez inquiet.

Musicalement, on a peine à retrouver le sens de la danse hérité de

Mais il faut dire que l'inachèvement a laissé un champ de bataille dans l'inspiration des interprètes, jouant souvent cela de façon pesantissime, sans interprètes francophones, et en opérant des coupes anarchiques qui dénaturent l'oeuvre.

De ce fait, à l'écoute, il est difficile de se faire un avis (en tout cas positif) sur cette oeuvre, avec aucune des versions en circulation, officiellement ou officieusement.

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Et le reste ?

Eh bien, dans ce qui est accessible, outre les paraphrases d'autres compositeurs, on trouve seulement le beau lied Komm ! (sur le poème (Du schönes Fischermädchen).

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Mais pourquoi est-il si peu joué ?

Pour beaucoup de raisons, idéologiques, structurelles et pratiques. On en parlera, c'est prévu.

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Par quoi commencer ?

Par Les Huguenots assurément. Version Diederich ou Bonynge, même si ce n'est pas la panacée, c'est très peu coupé pour l'un et pas du tout pour l'autre. (Mais Diederich préférable car les chanteurs sont francophones et la direction moins molle.)

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Une petite discographie ?

Oui, vu la qualité déplorable de la plupart des enregistrements disponibles, ce sera nécessaire. Elle est déjà quasiment prête, aussi n'hésitez pas à demander...


-- A suivre, donc, une réflexion sur son esthétique... et son rejet.


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Commentaires

1. Le mardi 22 décembre 2009 à , par Glottolâtre II (dit le hutin) :: site

"Oui, vu la qualité déplorable de la plupart des enregistrements disponibles"

Vous allez voir que ça va encore être la faute de Sutherland.

On demande et même on réclame, par amour pour Françoise Pollet.

2. Le mercredi 23 décembre 2009 à , par tudel

c'est quoi la fin de cette phrase?
"Musicalement, on a peine à retrouver le sens de la danse hérité de "
sinon la discographie m'intéresse bien

bonnes fêtes

3. Le mercredi 23 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Glottolâtre :
Vous allez voir que ça va encore être la faute de Sutherland.

On demande et même on réclame, par amour pour Françoise Pollet.

Tiens, un revenant. A propos, j'aime beaucoup vos nouveaux voiles, que je suis depuis quelque temps.

Concernant Sutherland, je n'en dirai nul mal, à commencer par la raison qu'il n'y en a nul mal à dire ici, c'est l'un de ses très bons rôles, avec une diction et une incisivité correctes, une bonne relation avec le personnage aussi.
Par ailleurs, quelqu'un qui se donne la peine de jouer des choses rares et délaissées mérite la reconnaissance la plus courtoise.

Après ça, il ne faudra pas venir me raconter que c'est suprême en Traviata, écoutez donc plutôt la TSR, il y a de jolies émissions sur ce rôle.

4. Le mercredi 23 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec

Bienvenue par ici, Tudel !

Ah oui, pardon, il fallait lire deviner "de la tragédie lyrique". Le Grand Opéra à la française est le successeur direct de la tragédie en musique des XVIIe et XVIIIe siècles, et le sens de la danse n'y a pas disparu. C'est vraiment flagrant si on compare aux autres nations musicales d'Europe.

Je m'attèle à la discographie dès que possible. Si c'est trop long, tu peux toujours m'écrire et je t'enverrai un très rapide sommaire de ce qui existe et de ce qui est écoutable.

5. Le mercredi 23 décembre 2009 à , par tudel

merci david.
Pour la liste je ne suis pas pressée, il y a tellement d'autres choses à découvrir que j'attendrai le moment où tu la mettras en ligne

6. Le jeudi 24 décembre 2009 à , par Ouf1er

Bon, si j'ai bien compris, il faut aller chez "les voisins" pour te commander une série sur les opéras de Saint-Saëns, ou ici suffit ? ;-)
(Car, vraiment, on aurait trop peur que tu n'aies assez pour t'occuper... et l'oisiveté étant mère du vice...)

7. Le jeudi 24 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Non, non, pas besoin d'aller dans le voisinage, je me suis décidé tout seul comme un grand parce qu'il y avait là-bas comme ici un vide.

Pour Saint-Saëns, il va falloir être patient en effet. <]:o)

8. Le dimanche 27 décembre 2009 à , par Jaky

Bonjour David!
Puisque j'avais souvenir de quelques bons moments à son écoute malgré un enregistrement au son déplorable, j'ai remis les Huguenots version Diederich cette fois, pour disposer du confort moderne. Et bien là cela n'est plus passé du tout, j'ai attendu en vain un moment de tension dans le drame mais cela ne décolle jamais… Et puis je reste sur ma faim : aucun aria vraiment mémorable, de ceux qui trottent dans la tête après avoir terminé l'écoute.
J'ai encore la version Gallois avec Vanzo sous le coude, que vaut-elle?

9. Le dimanche 27 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Jaky ! :-)

Un plaisir de te relire ! Bien, pour les Huguenots de Diederich, je trouve les deux premiers actes excellents, mais ça prend plus son temps que Rumstadt que tu avais écouté - il n'y a de toute façon pas mieux, côté urgence.
A partir du troisième, ça s'allentit, et le quatrième et le cinquième roupillent ferme.

Dans ce cas, n'essaie surtout pas Bonynge qui est, lui, vraiment un peu mou.

Du côté des airs, oui, ce sont de petites sections frappantes qui se suivent, mais pas forcément conçues pour être mémorisées. Encore que Bonheur de la table, Plus blanche, Oui je veux chaque jour, Dans la nuit où seul je veille, Pour cette cause sainte ou Courons aux armes, ça me paraît assez fortement mémorisable.

La version Gallois, c'est particulier. Très très coupé (en fait, dès qu'il y a une répétition, fût-ce d'une mesure, il coupe !), mais très bien chanté et assez habité. Après, c'est l'orchestre de la RTF d'alors, assez limité, plutôt sec.
Mais ça peut peut-être faire l'affaire.

Sinon, plus vivant, il y a Rumstadt dans un meilleur son (j'ai retrouvé ça) et une autre version de Diederich à Montpellier qui est plus engagée. Bien sûr, c'est pas publié tout ça... :-(

10. Le lundi 28 décembre 2009 à , par Le fantôme de Dinorah :: site

Ombre légère qui suis mes pas ... ne t'en va pas ....

Vous savez ce que j'aime chez Meyerbeer ? C'est qu'il est tellement ... compliqué.
Je ne sais pas si c'est choix ou empêchement mais comme le dit Jacky il est rare "qu'un air trotte dans la tête". Il a une espèce de mobilité mélodique extrêmement intéressante et prenante qui surprend toujours pour peu qu'on cherche à comprendre ce qui se passe. Soit les structures se succèdent ("Tu l'as dit"), soit elles sont répétées ("Roi du ciel et des anges") soit ça part dans tous les sens ("Ah mon fils" ... non mais franchement ! Vous parlez d'un air ...) mais jamais le galbe de la ligne est évident (un moment dans le duo des Huguenots on a brièvement l'impression de saisir ce qui va se développer, c'est très beau d'ailleurs, mais juste après le compositeur prend une autre direction). De ce point de vue c'est l'anti-Bellini en quelque sorte.

En ce qui me concerne je préfère Bonynge à Diederich dont j'ai vraiment un souvenir ... plombant. A la limite l'Australien c'est joliment décoratif, au moins. Et puis je préfère Urbain mezzo avec l'air pour Alboni à Urbain soprano, n'en déplaise à Miss Mac Donald.

11. Le lundi 28 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec

Meyerbeer connaît décidément un succès inespéré dans ces pages...

J'opine sans réserve au propos de votre Caprinité sur la subversion des formes closes par Meyerbeer. Ce sera le prochain épisode : il y a des bouts de récitatifs dans les airs, des interludes déclamés dans les choeurs, des variations inattendues, des modulations sauvages, et au bout du compte on perd de vue la structure close des numéros.

Bonynge est tout à fait bien, mais aussi très fortement mou. On perd beaucoup de l'esprit. On en revient toujours là, mais la lecture de la partition révèle d'autres choses que ce qu'il y met. Diederich y parvient mieux, du moins au début (pour ce qui est du disque, puisque les représentations avec Miricioiu, Kunde et Macurdy sont un peu plus investies). Mais rien de tout cela n'est vraiment satisfaisant, c'est certain.

Pour le rondeau d'Urbain, certes, le texte est plus spirituel dans la version Alboni. Mais alors, il faut supporter la musique, du Rossini qui bégaye, ça va deux minutes (oui, heureusement, c'est pas trop long). On perd beaucoup de la grâce du personnage, aussi, surtout lorsque c'est chanté par une corne à bec de canard.

12. Le lundi 28 décembre 2009 à , par Bella, sa chèvre chérie :: site

"Corne à bec de canard" ? J'espère que ce n'est pas une allusion à Huguette Tourangeau, je ne pourrais pas le supporter. Cet air n'en ai pas tout à fait un, de toute manière, c'est plutôt un prétexte à poitrinage.

Bon, vous êtes en train de bruler vos cartouches, côté Huguenots, arrêtons nous là.

J'espère que nous aurons le droit à un commentaire à propos de l'Africaine avec Arroyo, je n'ai jamais entendu ça. Je crois que je n'ai qu'une des versions avec Stella d'ailleurs. Curieux que cette dernière s'y soit mise et surtout qu'elle y ait été enregistrée deux fois, plutôt qu'en Sieglinde ou en Donna Anna.

13. Le lundi 28 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec

J'ai bien trop de respect pour la vénérable Huguette Tourangeau. Mais un petit jeu de mots aurait dû vous mettre sur la piste, surtout en matière de poitrinage par le nez.

Brûler les cartouches, allons donc, comment ce génie inépuisable pourrait-il diable se consumer ?

Sur L'Africaine, le premier job serait de faire un travail propre avec la partition. Arroyo, il me semble bien que j'ai eu ça entre les mains, mais le vrai problème dans un premier temps reste toujours l'orchestre... même avec Gerd Albrecht.

14. Le lundi 28 décembre 2009 à , par Jaku

J'ai réécouté Rumstadt : le jour et la nuit avec Diederich et ce dès le début, l'orchestre a des couleurs, cela vit même si le chœur cafouille (mais c'est peut-être dû à la prise de son pas très bonne) et puis même si Marcel chez Rumstadt a un vibrato un peu trop présent je le préfère à celui de Diederich, au timbre dur et serré (qu'il est pénible). Cette fois j'ai mémorisé quelques airs (mais je ne chanterai pas "si j'étais coquette" sous la douche).
Enfin je comprend ceux qui abandonne pour fuir l'ennui, j'aurai fait la même chose si j'avais commencé par Diederich…
Bon deux fois les Huguenots en deux jours, il faut que je consulte! :o)

15. Le lundi 28 décembre 2009 à , par Jaky

Euh… Excusez l'erreur de frappe au-dessus… :(

16. Le mardi 29 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec

Tiens, un fan d'Eugène Le Roy. :)

Si j'étais coquette, je ne te le conseille pas non plus si tu tiens à ton gosier... et à ta réputation accessoirement. :)

Effectivement je n'aime pas du tout Ghiuselev là-dedans moi non plus (chez Diederich CD, donc).

Effectivement, Rumstadt, c'est vraiment le feu de l'action, et c'est encore un peu rond à mon goût - à cause de la réverbération aussi, on entend peu d'arêtes et des décalages. Mais on voit bien ce qu'est cette musique, là, de l'urgence dramatique permanente. Evidemment, si on joue ça comme on jouait Monteverdi dans les années cinquante, c'est pas gagné...
Et malheureusement... Même Minkowski, d'ailleurs, n'est pas si électrique dans Meyerbeer.

Et on ne peut même pas dire que ce soit l'orchestration lourde, il y a par exemple cinq minutes avec clarinette basse seule à soutenir les chanteurs à l'acte V... C'est plutôt la tradition qui pèse...

A propos, si tu trouves un sanatorium sérieux, n'oublie pas de me communiquer l'adresse. :)

17. Le mercredi 30 décembre 2009 à , par Ouf1er

Donc, pour résumer tout cela : il manque sérieusement un BON enregistrement des Huguenots dans la discographie. En 2010 bientot, ca fait presque désordre, si l'on considère la place qu'a jadis tenu cette oeuvre dans le répertoire.
Des suggestions d'une distribution idéale en 2010 ?

18. Le mercredi 30 décembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Et un de l'Africaine tout simplement potable, avec une édition un peu plus cohérente qu'à l'habitude.

Tu parles de sa place jadis... mais rien qu'en parlant de sa qualité intrinsèque, c'est un scandale, parce que certaines oeuvres passées de mode le sont avec des raisons, du changement de goût en particulier - alors qu'ici, à part idéologiques et économiques, pas vraiment.

Déjà, il faudrait un chef et un orchestre qui sachent jouer ça. Gardiner / Lyon aurait pu réussir ça dans le temps. Aujourd'hui, peut-être une association du type Lacombe / Marseille, ce ne devrait pas être trop poussif ni trop épais. Parce qu'il faut de la clarté et du rebond, mais les baroqueux ne sont pas forcément la bonne solution ici, pour des questions évidentes d'ampleur (et même de connaissance de cette musique). J'ai même été assez peu convaincu par Minkowski dans Robert.

Pour ce qui est de la distribution, Rumstadt faisait assez dans l'idéal en 2002, il me semble (Damrau / Raspagliosi / Giordani). Pour Marguerite, pas vraiment d'obstacle de toute façon, les lyriques légers se trouvent, même s'il faut un peu d'ampleur ici.

Pour Valentine, je suis beaucoup plus embarrassé : un soprano large pas trop sombre qui chante un bon français ? Ca avait été tenté avec Barbara Ducret, et le résultat avait été, disons, mitigé. Cela dit, le rôle a quelques similitudes avec Alexina de Fritelli, alors si Sophie Marin-Degor qui semble prendre un tournant plus dramatique (sa récente Blanche de La Force à Toulouse a semble-t-il été très bien reçue) veut en profiter, c'est volontiers, d'autant qu'elle ne dédaigne pas le répertoire rare.

Il faudrait voir l'état en 2010 de Kunde et Giordani, mais les suraigus risquent commencer à être compliqués, et ceux qui les ont n'aiment pas se risquer dans les rôles lourds. Cela dit, ça se trouve, de jeunes chanteurs comme Philippe Do gèrent très bien ce genre de tessiture par exemple (mais ça risque être compliqué pour passer l'orchestre et tenir les parties vaillantes comme la Tour de Nesle...). Sinon, il y a bien Gilles Ragon qui l'a mis à son répertoire ; c'est pas très beau, mais c'est engagé...

En Nevers, on a l'embarras du choix avec les très bons barytons dotés d'un français excellent. Le rôle n'est pas très difficile de toute façon, il faut surtout avec de l'aisance dans le récitatif et être capable de sortir un beau fa dièse 3 sur un |u].

Pour Marcel, Jérôme Varnier serait trop élégant, mais ça nous en fait déjà un, et on aurait le premier Marcel passionnant de l'histoire...

Reste Saint-Bris, mais nul doute qu'Alain Vernhes s'en chargerait volontiers.

Et si pour Tavannes, Flórez a peur de se faire mal à sa voix, on prendra Comparetti, ça fait moins de bruit, mais c'est moins cher.

Je crois qu'en particulier pour Raoul on aurait tout à gagner à faire passer des auditions, il doit y avoir de jeunes interprètes prêts à assumer cela, et de toute façon les voix trop mûres de cette ampleur manquent de souplesse et d'extension le plus souvent.

Mais toi, tu dois avoir des idées pour ces distributions, non ?

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