Carnets sur sol

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samedi 31 mai 2014

L'intégrale des mélodies polonaises de Chopin... en français


Il faudra que je crée une catégorie spécifique pour les concerts de L'Oiseleur des Longchamps, à force d'y aller au moindre concert original – c'est-à-dire tout le temps...

1. Pourquoi s'y rendre ?

Cinq excellentes raisons, en plus du fait que j'aime toujours les concerts de L'Oiseleur des Longchamps :

¶ Les mélodies de Chopin ne sont à peu près jamais données en France – je suppose, sans l'avoir vérifié, qu'il en va tout autrement en Pologne, et possiblement dans les autres nations slaves.

¶ Évidemment, leur exécution intégrale est d'autant plus exceptionnelle. Elle prend un peu plus d'une heure, ce qui signifie lui consacrer un concert exclusif – avec éventuellement un court complément.

¶ Les mélodies de Chopin ne sont jamais données en français, malgré l'existence de traductions.

¶ L'Oiseleur des Longchamps propose une nouvelle traduction du cycle.

¶ Les mélodies de Chopin sont belles.




Smutna Rzeka et Śliczny Chłopiec par Elzbieta Szmytka et Malcolm Martineau, un point de référence éloquent.


2. Les mélodies

Première raison de se précipiter au Temple du Luxembourg pour entendre ce cycle, son caractère complet. Les mélodies de Chopin, écrites de 1827 à 1847 (durant une vie qui s'étend de 1810 à 1849), n'ont jamais été conçues, semble-t-il, pour la publication. Ce sont seulement les bluettes trouvées dans ses papiers à sa mort. Le choix entre celles qu'il a écrites (d'intérêt très divers) s'est limité à ce qui a été perdu (10), auxquelles s'ajoutent 6 autres découvertes ultérieures qui font débat en matière d'authenticité. L'une des pièces perdues (Jakież kwiaty, sur un poème de Maciejowski) a même été reconstituée grâce à une photographie (!), c'est dire à quel point la sélection a été due à la disponibilité fortuite, en amont de tout choix éditorial.

Elles ne sont publiées que de façon posthume, pour la première fois en 1857 (par Jules Fontana, à Berlin), sous le numéro d'opus 74 – Fontana, né la même année, avait rencontré Chopin pendant leurs études au Conservatoire de Varsovie, avant de parcourir le monde (et bien sûr de s'arrêter durablement à Paris). S'y trouvaient 16 mélodies : toutes celles trouvées dans les papiers du compositeur, à l'exception de Śpiew z mogiłky (« Les feuilles tombent »), sur un poème ouvertement patriotique de Wincenty Pol, qui narre sans détour les malheurs de la Pologne martyre et communique passagèrement l'exaltation d'une résistance généreuse et sans avenir. Le poète, de trois ans l'aîné de Chopin, s'était battu pendant le soulèvement de novembre 1830 – avant de recommencer pour la Révolution de 1848 au même endroit, mais cela ne concerne plus cette mélodie. Elle est le seul vestige écrit d'une série de 10 à 12 chants improvisés par Chopin en 1836, dans un cercle d'émigrés à Paris. Les couleurs sont extraordinaires, et le pouvoir d'évocation sur une prosodie simple, saisissant ; cependant l'écriture laisse entendre cette origine improvisée, avec ses grandes sections sur des carrures régulières, largement écrites par accords. Elle ne fut pas censurée, mais publiée à part, simultanément, sous le titre français Hymne du tombeau.

En 1910, 2 nouveaux titres font surface, Dumka (sur un extrait du poème de la suffocante Nie ma czego trzeba) et Czary (trouvé dans un album envoyé à Maria Wodzińska), assez mineurs au demeurant dans la production mélodique de Chopin. Bien que publiés sensiblement plus tard que le reste du groupe, ils sont souvent inclus dans l'opus 74 pour plus de simplicité.

Au total, donc, 19 mélodies ; je ne crois pas que Jakież kwiaty ni les 6 mélodies litigieuses aient jamais été gravées, en tout cas dans une intégrale.

Mais ce mot de mélodie est-il approprié ? Il désigne un genre qui naît à cette époque, des pièces chantées mettant en musique les poètes du temps, et destinées aux petits espaces, qui évolue progressivement vers une adaptation raffinée, voire un laboratoire esthétique très performant. Si ce basculement de la romance vers la « mélodie d'art » est patent au sein de la production de Berlioz, le style de Chopin dans ces pièces, essentiellement strophique, et très effacé derrière la mélodie simple et les courtes ritournelles de l'accompagnement, recèle davantage d'échos des origines populaires de la mélodie. C'est pourquoi, en somme, je serai tenté de les nommer, plutôt que mélodies polonaises, « chants polonais », ou mieux encore, « chansons polonaises ».


Tiré de la première publication polonaise incluant cette dix-septième pièce de l'opus 74, en 1859.


3. Le défi et le concept

Il existe plusieurs traductions officielles (chantables) de cet ensemble, notamment en allemand, en anglais et en français. L'Oiseleur des Longchamps indiquait, dans sa courte présentation, qu'Amédée Boutarel en avait réalisé, comme pour le reste du patrimoine fondamental du lied européen, une traduction – de qualité mais qui, nous disait-il, s'éloignait largement du sens précis des poèmes originaux.

Je n'ai pas eu accès aux partitions de Boutarel, en revanche je puis témoigner que c'est aussi le cas de l'immortel Victor Wilder (parmi les très rares mélodies étrangères à figurer dans le fonds d'un accompagnateur à l'Opéra de Bordeaux dans la première moitié du vingtième siècle, que j'ai eu la chance de pouvoir étudier). Comme Boutarel, il s'astreint à la versification française, quitte à ne plus conserver qu'un rapport thématique avec les poèmes originaux. Le résultat est assez mauvais, très décevant pour du Wilder, mais on peut lui passer que les choix de Chopin ne se sont pas vraiment portés sur les plus brillantes étoiles de la poésie.

Par ailleurs, la prosodie française chantée se prête mal à la transposition du polonais : l'italien est facile, comportant énormément de similitudes (et moins de voyelles, donc pas de risque d'appauvrissement comme dans le sens inverse), l'allemand et même le tchèque ont des finales qui peuvent être lourdes, une inflexion peu chantante qui peut s'accommoder assez bien du passage vers la tempérance verbale française ; en revanche, les finales systématiquement paroxytoniques et les consonnes généreusement grésillantes du polonais manquent cruellement en français. Entendre les originaux avant d'entendre une version française, c'est forcément être déçu.

Toutefois, pour des raisons largement exposées ailleurs, je demeure persuadé de l'intérêt de l'entreprise, et me suis déplacé en toute connaissance de cause. Je vais émettre plus loin quelques critiques sur les choix et le résultat dans la version de L'Oiseleur des Longchamps, mais afin d'ôter toute ambiguïté sur mon point de vue, je trouve forcément passionnant de donner ces œuvres en français, et encore davantage d'en oser une nouvelle traduction. Travail assez considérable simplement pour une soirée ou deux, soit dit en passant, un travail qui doit tout à la passion et fort peu aux contraintes professionnels. Pourtant, éthiquement, plutôt que de massacrer le polonais en pariant que personne ne s'en apercevra, le choix impose le respect.
À cela, je dois ajouter que j'ai moi-même essayé, il y a une dizaine d'années, de traduire les plus belles de ces mélodies, avec un résultat pas tellement meilleur que celui entendu ce mercredi. Même si j'ai aujourd'hui, à la lumière de l'expérience du « projet lied français », des idées plus précises sur ce qui peut empêcher une traduction de fonctionner, je ne suis vraiment pas persuadé qu'il soit possible, sauf à être un poète de génie, de donner un bon équivalent français à ces chansons polonaises.


4. La nouvelle traduction de L'Oiseleur des Longchamps

Réalisée avec le concours de deux amies polonaises, et en s'appuyant au besoin sur des traductions existantes, le baryton a donc proposé une nouvelle version française à chanter. Le constat ? Les traductions précédentes, déjà anciennes, s'appuyaient sur une autre logique qui était celle du poème français régulier, au détriment du sens de l'original. Le parti pris ? Coller au texte, malgré les contraintes prosodiques. Il nous prévient avec la plus grande honnêteté : « c'est une poésie qui peut être rugueuse ».

Et effectivement, il manque fondamentalement à ces textes (exacts pour le sens, très congruents pour la prosodie) une touche de... poésie. Comme déjà expliqué plus en détail dans des notules précédentes, dans le poème chanté (et de façon parfaitement contraire au poème parlé), ce n'est pas tant le rythme que le retour de sons qui fait la différence. Le rythme est déjà fourni par la musique (brouillant complètement celui du poème), parfois altéré par le musicien (ne vérifiez jamais la rigueur des « -e » chez les compositeurs d'opéra et de mélodie, vous seriez déçu !), tandis que le retour de sons (pas forcément la rime) est le moyen de se repérer dans l'articulation des vers ou des idées.

Entendre ces mots dépareillés, pas tous élégants, se succéder alors que la mélodie revient inchangée, a tendance à frustrer. On entend des phrasés à jambes courtes et des appuis à pieds longs, sans jamais rencontrer de lieu sonore où le texte suive une logique perceptible. Rien n'est prévisible, et peu de traits sont rassurants ou simplement jolis. Je soutiens depuis longtemps que le bon poème chanté n'est pas nécessairement un bon poème dit ou lu, mais on ne peut pas se dispenser de quelques repères formels pour qu'il ne s'effondre pas tout à fait.

Au demeurant, au delà de quelques bizarreries, le résultat était loin d'être hideux – mais, comme mentionné précédemment, avec quelques années de pratique, on perçoit tout de suite ce qui rend la traduction insatisfaisante. Encore une fois, je ne fais que relever ce qui dysfonctionne, je n'ai pas de solution pour en proposer une bonne. Parce qu'on peut toujours ajouter des rimes, encore faut-il qu'elles soient dans l'esprit du poème, bonnes (ce qui est déjà contradictoire), et sonnent bien en contexte. Et là, forcément, qui osera se sentir prêt...

Dans l'absolu, il faudrait imiter certains effets de retour de son (en gardant le sens, mais quitte à s'éloigner de la littéralité, surtout vu son peu d'intérêt...), retrouver une couleur récurrente française, mais assez typée, comme dans « Popalone sioła, / Rozwalone miasta » (Śpiew z mogiłky), « Kochać, o, kochać ! i nie ma kogo ! / Śpiewać, o, śpiewać ! i nie ma komu ! » (Nie ma czego trzeba) ou bien sûr la spectaculaire accumulation de chuintantes (qui disparaît totalement chez les traducteurs français, L'Oiseleur inclus) dans le refrain rieur « Śliczny chłopiec, czego chcieć ? / Czarny wąsik, biała płeć ! » (Śliczny Chłopiec).

Je me doute bien, également, qu'il faut aussi qu'il exerce son métier, et n'a pas pu faire que cela. Ainsi quelques scories, pour certaines peut-être dues à des déformations de lecture (voir plus bas les circonstances) :

¶ Dans Smutna rzeka (« Rivière triste »), pourquoi chanter « vi-ve-e-e », alors que la logique prosodique épouse parfaitement la courbure mélodique « vi-i-i-ve » ?

¶ Pourquoi avoir supprimé les prégnants rythmes pointés lors des tristes accords sous « Popalone sioła, / Rozwalone miasta » (Śpiew z mogiłky) ? Je n'en ai vu mention sur aucune édition.

¶ ... et cela alors qu'il semble respecter scrupuleusement la musique écrite, exécutant un bizarre « voles » en une syllabe (devant une voyelle) dans Poseł (« La Messagère »), au lieu de dédoubler simplement la valeur écrite – ce qui fonctionne parfaitement prosodiquement et n'altère pas le moins du monde la ligne musicale.

¶ La pure littéralité est contre-productive : insister sur « Va à l'écurie ! » après le poignant texte du Guerrier incertain de son sort, ou pis, l'innumérable répétition du verbe « baiser » (même assorti du rassurant complément « sa bouche ») sur une joyeuse fin de poème amoureux – tout le monde, chanteur inclus, devenant toujours plus mal à l'aise. L'épreuve de la scène prend alors tout son (ses) sens.

5. Les coupures

Autre chose que j'ai regretté, mais il s'agit d'une tradition chez L'Oiseleur, qui se tient sur le principe et qu'il faut accepter comme telle : la suppression des reprises dans les poèmes strophiques. Pour les concerts où il fait défiler un maximum de compositeurs, c'est à mon avis frustrant musicalement, mais cela se défend logiquement. Pour un concert monographique bref, avec plusieurs intermèdes pianistiques, je suis beaucoup moins convaincu... et surtout, sur des pièces aussi simples, le charme ne peut agir que par la réitération : les formules musicales, la plupart du temps, ne sont pas assez puissamment originales pour frapper en une seule fois. Au contraire, Chopin, dans plusieurs de ces chansons, reste (tout en conservant quelques couleurs simples mais personnelles) attaché à univers qui, du point de vue de la technique musicale, n'excède pas tellement la romance.

Il n'y a aucune malhonnêteté de sa part, il l'annonce lui-même, et explique ses raisons (durée du concert – il est vrai que la salle est louée et les frais vaguement amortis par la libre donation des auditeurs). C'est toujours dommage pour moi, mais dans le cas du sublime Nie ma czego trzeba (« Je n'ai pas ce qu'il me faut »), avec sa calme gradation vers un chant de désespoir, non, je ne puis m'y résoudre, et me suis étonné qu'on puisse seulement songer à le tronquer – alors que les deux tiers de ces chansons demeurent d'un intérêt plutôt relatif.

6. Le concert

Au demeurant, je le réaffirme, les artistes de la soirée ont tout mon respect pour présenter ceci au public – et que j'ai adoré écouter. A fortiori considérant qu'ils ont tout traduit, voire transposé, eux-mêmes. Mes remarques sur les choix de traduction tiennent plutôt du dialogue à distance sur un sujet absolument palpitant – et certainement pas de la censure ou du blâme, qu'on se le dise.

D'ailleurs, le principe du concert était remarquable : chaque groupe de poèmes était annoncé par une courte pièce pour piano de Chopin qui mettait en évidence son caractère.

Septième Prélude pour les « Amours joyeuses » (n°5,1,12,2),
Premier Prélude pour les « Amours tristes » (Czary,6,14,11),
Troisième Prélude pour le « Folklore gai » (n°8,16),
Quatrième Prélude pour le « Folklore tragique » (n°7,3,15,10),
Douzième ɀtude Op.10 pour le « Folklore patriotique » (n°9,17),
Sixième Prélude pour le « Folkore nostalgique » (13,Dumka),
Marche funèbre de la Deuxième Sonate pour conclure,
avec l'air gaillard de Hulanka en guise de bis.
[Il y eut un véritable bis ensuite, une adaptation du thème central de la Marche funèbre sur un poème de Musset.]

On pourrait s'amuser à discuter de l'agencement des groupes, mais c'était très convaincant, et les Préludes, exceptionnellement utilisés comme... préludes (ou plus exactement interludes), se révèlent d'une force exceptionnelle, davantage sans doute que lorsque leurs merveilles regroupées s'éclipsent mutuellement. ɀquilibre parfait, qui permettait d'éviter le sentiment de redite (le corpus étant plutôt homogène) et de relancer sans cesse l'intérêt.

7. Les artistes

Suite de la notule.

mercredi 26 février 2014

Le Lied en français – XXVIII – Irrlicht (Winterreise n°9)


Enjeux

Peu d'altérations de l'original ici : une valeur supprimée, une ajoutée, mais les contorsions de l'original sont déjà peu naturelles en allemand... et paradoxalement tombent assez bien sous la prosodie française.

En revanche, pour se rapprocher au plus près de la logique de la langue, certains groupes de notes tenues ont été légèrement redécoupés – en réalité, une syllabe faible en allemand (en « -e » ou « -en ») a beaucoup plus de poids qu'une syllabe finale en « -e » française. Aussi, au lieu de conserver la répartition de deux notes pour chaque syllabe, j'ai dans ce cas adopté la répartition 3/1, beaucoup plus naturelle en français ; cela explique les différences de ligatures avec la partition originale, mais on ne sentira pas de différence en le chantant, précisément à cause de l'équilibre naturel ainsi obtenu.
Cas non résolu : l'hiatus de « feu éteint », insatisfaisant, mais tellement utile par ailleurs pour la rime et le sens de tout le quatrain, que je m'y suis finalement rangé.

La principale difficulté résidait dans les métaphores un peu bancales du poème de Müller (qui hésite entre le gouffre montagneux, le feu follet et le fleuve) ; on trouvera donc des divergences dans le détail, mais les images et leur direction sont conservées, ainsi que le contenu individuel de chaque vers – à rebours des traductions françaises d'autrefois, variations beaucoup plus libres sur le thème de chaque poème.


Comme pour les autres étapes du voyage, ces traductions (sans mètre – inaudible une fois mis en musique, contrairement à la rime qui fait un bon repère) ne sont pas destinées à la lecture, mais à être entendues dans le cadre des rythmes et phrasés de Schubert.

Poème

Irrlicht / Feu follet

Dans les creux du gouffre sombre
Je suivis un feu follet :
Pris autour de rocs sans nombre,
Tous les chemins se valaient.

Je suis familier de l'errance vaine,
Chaque sentier a son but lointain.
Et nos joies et nos peines
Sont le jeu d'un feu éteint.

Dans les cours asséchés des montagnes
J'ai plongé vers le tombeau.
Chaque fleuve à la fin la mer gagne,
Chaque martyre son caveau.

Partition

Qu'ajouter à une formule déjà parfaite :

Suite de la notule.

mercredi 19 février 2014

Le Lied en français – XXVII – Gute Nacht (Winterreise n°1)


Enjeux

Ici encore, la longueur des phrases et l'accentuation parasite des prépositions, en français, sont un enjeu fondamental pour la traduction. Tentative de résolution ici en dédoublant certaines valeurs de fin de phrase (vous verrez, sur la partitiion, des tirets qui montrent une finale en « -e » à placer à votre guise pendant a durée du temps écrit), afin d'éviter de faux appuis prosodiques.

Alternance de rimes « féminines » (paroxyton) et « masculines » (oxyton) comme dans l'original – à l'exception du début, vraiment délicat si l'on veut du sens, de la concision, et un début accrocheur comme avec ce « Fremd » répété qui est tout un programme...

Comme pour les autres étapes du voyage, ces traductions (sans mètre) ne sont pas destinées à la lecture, mais à être entendues dans le cadre des rythmes et phrasés de Schubert – les repères des vers sont donc les rimes uniquement. En principe, contrairement aux traductions d'antant qu'on peut trouver d'occasions, celle-ci est respectueuse de l'original.

Poème

Gute Nacht / Bonne nuit

De loin me suis approché,
Au loin repars dans le malheur.
Tout mai était harnaché
De maint bouquet de fleurs.
La fiancée parlait d'amour,
Sa mère brodait ses atours.
Pourtant du monde je me retranche,
Recouvert par la neige blanche.

Non, je ne puis de ce voyage
Retarder les apprêts ;
Seul dois franchir ces paysages
Sur de sombres chemins de grès.
Sinistre clair de lune,
Seul compagnon de mes émois ;
Et sur les traces dans la brume
J'ai cherché les bêtes des bois.

Puis-je demeurer plus longtemps
Pour être le jouet des hommes ?
Laissez les chiens éructants
Garder l'entrée de vos royaumes !
L'amour aime l'errance,
Ainsi le ciel nous a réduits ;
Trompés par l'espérance,
Infidèle, bonne nuit !

Pour ne troubler pas ton sommeil
Je pars sans que mes pas t'éveillent ;
Tu ne dois pas m'entendre,
Pousse, pousse, le verrou vermeil !
J'écrivis sans t'attendre,
Un mot d'adieu : « bonne nuit »,
Pour que tu puisses apprendre
Qu'en te louant j'ai fui.

Partition

Parce que cela est juste et bon :

Suite de la notule.

lundi 17 février 2014

Le Lied en français – XXVI – Erstarrung (Winterreise n°4)


Enjeux

Dans Erstarrung, on ressent particulièrement l'écart prosodique entre le français et l'allemand, plus concis, et surtout doté de syllabes faibles plus fortes, qui peuvent être affirmées musicalement (alors qu'il faut les dissimuler en français). Dans cette perspective, je n'ai pas dédoublé les notes pour certains « -e » de fin de mot, laissant au chanteur le soin de le faire plus discrètement que s'il était noté comme une moitié ou un quart de la valeur ; il est évident que pour un cycle du premier romantisme, il est cependant indispensable de les prononcer.

Et comme d'ordinaire, essayer d'éviter les temps accentués pour les nombreuses prépositions françaises (au sens souvent moins fort que les prépositions-adverbes qui précisent les verbes allemands) est une part importante de la gageure.

Peu d'adaptations rythmiques ont été nécessaires, à l'exception de quelques groupes écrits pour une seule syllabe, utilisés comme plusieurs syllabes pour pallier la longueur supplémentaire du français. Néanmoins, les moments importants (comme la ligne aiguë qui donne bonne part de son caractère à la pice) ont été préservés tel qu'écrits.

Comme toujours : le poème n'est pas fait pour être lu comme une traduction de Müller (ce ne sont pas des vers métriques, pour commencer !), mais pour être entendu comme une version française d'un lied de Schubert-Müller. Par ailleurs, les images et la relative niaiserie de celui-ci sont particulièrement cruels lorsqu'on veut le traduire – de façon inférieure à l'original, et en rendant ses naïvetés encore plus audibles pour le francophone.

Suite de la notule.

samedi 15 février 2014

Le Lied en français – XXV – Die Wetterfahne (Winterreise n°2)


Enjeux

Ce lied-ci est prosodiquement piégeux : beaucoup de syllabes réparties sur deux notes ou davantages. Il y en a moins en français (la langue, avec toutes ses indispensables prépositions, étant plus bavarde), mais il en demeure, toujours sur les temps forts (première ou quatrième croche dans ces mesures en 6/8).

Pour le sens aussi, la comparaison est filée à coups de tournures allusives en allemand. Écrire un poème français pas trop contorsionné n'est donc pas évident, vu l'état de l'original. Tout en restant comme à l'accoutumée très proche du sens et des appuis de l'original, je me suis autorisé quelques nuances ou ajouts – ce serait-ce que pour éviter une prosodie contorsionnée. Apparaissent ainsi l'image des pales ou la mention du « faux coq de fonte », qui ont l'avantage d'être immédiatement concrètes dans un texte qui risquait les lourdeurs allusives.

Prosodiquement, l'inversion entre « femme » et « celle » produit un résultat préférable, mais les doubles croches précipitées sur la « femme qu'il surmonte » ne m'a pas semblé du meilleur goût.

Mais l'essentiel du travail a porté sur toutes ces notes liées, pour éviter d'insister sur les syllabes faibles ou de se retrouver avec des syllabes accentuées sur des resacs mélodiques. Après test, cela semble fonctionner – j'attends les premiers retours d'autres interprètes.

Poème

Comme toujours, il ne faut considérer la version française comme une traduction de Müller, mais comme une version française (certes largement fidèle, contrairement aux traductions historiques) de l'œuvre combinée de Müller et Schubert. Ces poèmes n'auraient aucun intérêt à être lus en recueil, ils sont conçus pour sonner à l'oreille : pas de mètre (inutile, la musique en tient lieu, et déforme les existants), en revanche des rimes (croisées, sur le modèle de l'original) comme repère timbral.

Die Wetterfahne / La girouette

Des pales de sa girouette jolie
Le vent se jouait parmi le brouillard ;
J'ai cru, alors, dans ma folie,
Qu'elle se jouait du pauvre fuyard.

Aurait-il remarqué le faux coq de fonte,
L'amoureux qui s'abritait sous ce toi,
Il n'aurait pas cherché chez celle qu'il surmonte
L'image de la femme qui tient sa foi.

Le vent y joue de nos pauvres âmes
Comme une pale, mais pas si fort.
Que leur importent mes alarmes ?
Leur riche fille est couverte d'or !

Partition

Le Bien n'a pas changé de camp :

Suite de la notule.

mercredi 5 décembre 2012

Le Lied en français - XXIV - Einsamkeit (Winterreise n°12)


Enjeux

Dans le silence de ces dernières semaines, l'aventure n'a pas cessé. On arrive bientôt au terme, en ce qui concerne le Voyage d'hiver. Contrairement à d'autres dont la prosodie est particulièrement retorse pour la mise en français (« Die Wetterfahne », « Die Post »...), « Einsamkeit » ne présente pas de difficultés majeures. On s'en est tiré en dédoublant certaines valeurs, mais rien de profond, pas d'écueil particulier quant au naturel : la ligne vocale est assez mélodique, avec des accents de phrase forts, suffisamment espacés et pas trop réguliers pour gêner la mise en français.

Le principe reste le même : en raison de la nécessaire dislocation du mètre (a fortiori dans une langage plus analytique qu'accentuelle comme le français) par la musique, l'unité du vers tient dans la rime et non dans les syllabes, contre toute la tradition, mais avec un résultat à mon sens opérant (on a le droit de dire son désaccord). Par ailleurs, ceux qui respectent un mètre se sont en général, à l'exception de génies comme Victor Wilder (1,2,3,4,5), octroyé le droit de modifier sensiblement le contenu du poème, ce que je n'ai pas fait - ou ont commis de sacrées platitudes, mais je ne puis jurer m'en être garanti à mon tour.

En réalité, la véritable difficulté en respectant un mètre français est que la prosodie ne concorde jamais, au fil du poème, avec celle de l'original... De mon point de vue, mieux vaut un mètre libre (beaucoup d'adaptations adoptent de toute façon des mètres variables) qu'une prosodie boîteuse, surtout considérant que le mètre n'est plus vraiment audible une fois mis en musique. Hormis par le retour de rime, précisément.

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Poème

Einsamkeit / Solitude

Wie eine trübe Wolke / Semblable au sombre nuage
Durch heit're Lüfte geht, / Chassé par l'air vivant et badin,
Wenn [1] in der Tanne Wipfel / Quand s'agitant d'un doux mirage
Ein mattes Lüftchen weht : / La brise étreint l'échine des sapins...

So zieh ich meine Straße / Ainsi me conduit mon voyage,
Dahin mit trägem Fuß, / Trébuchant de mes pieds traînants
Durch helles, frohes Leben, / A travers de joyeux visages,
Einsam und ohne Gruß. / Esseulé, sans mot consolant.

Ach, daß die Luft so ruhig ! / Ah, que les cieux sont calmes !
Ach, daß die Welt so licht ! / Combien l'espace resplendit !
Als noch die Stürme tobten, / Dans la tempête en alarmes,
War ich so elend nicht. / Je me sentains moins maudit !

Notes :
[1] « Wann » dans le texte original de Müller.

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Partition

Ne laissons pas la nouveauté et le désordre corrompre ce monde :

Suite de la notule.

lundi 27 août 2012

Le Lied en français - XXIII - Frühlingstraum (Winterreise n°11)


Enjeux

Celui-ci est un délice à mettre en mots, en particulier les déclamatoires deuxième et cinquième strophes, qui tombent extraordinairement sous la prosodie française. Evidemment, c'est moins le cas des troisième et sixième strophes, beaucoup plus sinueuses, y compris en allemand. Comme toujours, j'ai tâché de respecter la couleur des rimes allemandes ("féminines" / "masculines").

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Poème

Frühlingstraum / Rêve de printemps

Ich träumte von bunten Blumen, / J'ai rêvé de fleurs agrestes
So wie sie wohl blühen im Mai ; / Que toujours on voit au printemps ;
Ich träumte von grünen Wiesen, / J'ai rêvé de verts prés alpestres,
Von lustigem Vogelgeschrei. / D'oiseaux colorés, vifs et chantants.

Und als die Hähne krähten, / Alors les coqs chantèrent,
Da ward mein Auge wach ; / J'ouvris mes yeux pleins d'émoi ; [1]
Da war es kalt und finster, / Il faisait nuit entière,
Es schrieen die Raben vom Dach. / Et l'on croassait sur le toit.

Doch an den Fensterscheiben, / Mais qui à la fenêtre
Wer malte die Blätter da ? / A peint des fleurs dans les airs ?
Ihr lacht wohl über den Träumer, / Vous riez de moi peut-être,
Der Blumen im Winter sah ? / Qui vois des fleurs en hiver ?

Ich träumte von Lieb' um Liebe, / J'ai rêvé d'amour qui chante,
Von einer schönen Maid, / D'une jeune fille enchantée,
Von Herzen und von Küssen, / De baisers, de serments d'amante,
Von Wonne [2] und Seligkeit. / De joies et de félicité.

Und als die Hähne krähten, / Alors les coqs chantèrent,
Da ward mein Herze wach ; / Mon coeur bondit plein d'effroi ;
Nun sitz ich hier alleine / Je suis ici sans frère,
Und denke dem Traume nach. / À rêver de chaste foi.

Die Augen schließ' ich wieder, / Je ferme les paupières,
Noch schlägt das Herz so warm. / Le coeur brûlant me bat ;
Wann grünt ihr Blätter am Fenster ? / Quand fleurira la branche austère,
Wann halt' ich mein Liebchen im Arm ? / La tiendrai-je dans mes bras ? [3]

Notes :
[1] Alternative, plus élégante mais dotée de moins de relief, lorsque chantée : « Je m'éveillai plein d'émoi ».
[2] Schubert a supprimé l'élision de Müller (« Wonn'»), sans doute par commodité pour placer sa musique.
[3] Du fait de la grande concision du texte allemand, j'ai fait le choix de jouer sur l'ambiguïté de la question (« Quand... ») qui se résout en hypothèse, mais a finalement un sens très proche de l'original. Petit tour de passe-passe bien utile après de nombreux essais aux résultats... douloureux.

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Partition

Suite de la notule.

vendredi 24 août 2012

Le lied en français - XXII - Der greise Kopf (Winterreise n°14)


Et voici l'un des plus beaux poèmes du cycle (musique à l'avenant), un de ceux où l'émotion est vive pour le traducteur.

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Poème

Der greise Kopf / La tête chenue

Der Reif hatt' einen weißen Schein / Un froid reflet des blancs frimas
Mir übers Haar gestreuet ; / A couvert le front de ma jeune tête.
Da glaubt [1] ich schon ein Greis zu sein / J'ai cru [2] être un vieillard déjà,
Und hab' mich sehr gefreuet. / Et sentais mon coeur en fête.

Doch bald ist er hinweggetaut, / Hélas, le givre a tôt fondu,
Hab' wieder schwarze Haare, / Je reprends mes cheveux sombres,
Daß mir's vor meiner Jugend graut – / Et pleure mon âge perdu –
Wie weit noch bis zur Bahre ! / Si loin est donc ma tombe !

Vom Abendrot zum Morgenlicht / Du crépuscule à l'aube d'or,
Ward mancher Kopf zum Greise. / Les têtes deviennent blanches d'âge.
Wer glaubt's? und meiner ward es nicht / La mienne hélas ne l'est encore,
Auf dieser ganzen Reise ! / Au terme du funeste voyage ! [3]

Notes :
[1] Le texte original de Müller dit : « Da meint' ».
[2] Malgré l'hiatus, l'appui prosodique de « j'ai cru » me paraît plus solide que « je crus », et plus intelligible aussi. Evidemment, il est très facile de substituer l'un à l'autre, selon les affinités de chacun. Je dois avouer que j'hésite assez pour la partition.
[3] L'expression me paraît plus élégante qu' « Après ce sombre / long voyage », même si elle précise sensiblement l'allusion funèbre - qui n'est de toute façon pas hors sujet.

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Partition

Suite de la notule.

mercredi 22 août 2012

La mesure ternaire et le français


J'ai ajouté à la notule l'adaptation d'Im Dorfe un mot sur la difficulté intrinsèque d'adapter une mesure en 6/8, 9/8 ou 12/8 en français, d'un point de vue prosodique.

Le lied en français - XXI - Die Krähe (Winterreise n°15)


A présent, au tour de la Corneille.

Écriture des « -e » finaux

Pas de dilemme particulier à signaler, à part l'ajout des « -e » de façon explicite sur la partition, en dédoublant les notes. J'ai remarqué que les septentrionaux avaient tendance à ne pas se gêner à les enlever (alors qu'ils peuvent correspondre à une note autonome à l'autre bout de la rime !), si je ne les notais pas à part.

J'avais essayé de mettre les syllabes correspondantes entre parenthèses, mais les chanteurs croyaient que cela signifiait une élision - et c'est ambigu en effet, sauf à accompagner la partition d'explicitations des codes, ce qui me paraît un peu exotique pour du Schubert.

Cela alourdit un peu la partition ({ double croche pointée + triple croche } ou { l'ajout d'une double croche } remplaçant une croche simple), mais lève toute équivoque. Il est cela dit très facile, pour les gens bien éduqués qui n'ont pas besoin de cette précision, de fournir une version simplifiée - il suffit de demander.

J'ai proposé un ratio { 3/4 vs. 1/4 } ou l'ajout d'une demi-valeur pour ces finales en « -e », mais on peut bien sûr adopter n'importe quelle solution confortable pour l'interprète - dans l'absolu, je trouve la substitution par un triolet avec un ratio { 2/3 vs. 1/3 } plus esthétique et naturel, mais je n'allais pas alourdir la partition à ce point.

J'utilise la division de la valeur en { 3/4 vs. 1/4 } lorsque le silence qui suit est bref, et l'ajout d'une demi-valeur lorsqu'on a tout le loisir de s'exprimer. Quelquefois aussi, la régularité des valeurs musicales fait incliner vers le simple ajout d'une valeur identique. On doit pouvoir trouver tous ces exemples dans les partitions déjà proposées ici.

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Poème

Suite de la notule.

Projet lied français - XX - Letzte Hoffnung (Winterreise n°16)


Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, celui-ci, peut-être le plus étrange de tous ceux du cycle, n'est pas si retors à la "mise en prosodie", en grande partie à cause de son caractère très récitatif. Il se prêtait aussi très bien à la conservation de l'alternance des rimes (croisées et "genrées").

J'ai ajouté quelques nuances (v.4) pour remplir certains espaces, ce qu'on peut bien sûr contester.

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Poème

Suite de la notule.

mardi 21 août 2012

Le lied en français - XIX - Im Dorfe (Winterreise n°17)


Compatibilité de la mesure ternaire et du français

Contrairement au Stürmische Morgen qu'on vient de publier, la prosodie à coups de septième et de longs liés dans Im Dorfe, déjà étrange en allemand, est singulièrement discordante en français. Cela a réclamé un nombre relativement important d'ajustements rythmiques. Dans le plus complet respect de l'écriture de Schubert, puisque ce sont des solutions qu'il utilise dans cette même pièce lorsque sa prosodie allemande change (essentiellement une affaire de liaison entre la noire pointée et la noire suivante, qui évite de faire tomber les appuis musicaux sur une syllabe faible).

D'emblée, la mesure ternaire (ici 12/8) est assez éloignée des capacités prosodiques du français, puisqu'elle s'adapte particulièrement bien aux vers à accents, tels qu'on peut en trouver en allemand (et aussi en grec, latin ou anglais). Or les tentatives récurrentes d'écrire des vers français à la grecque, en alternant syllabes fortes et faibles, a toujours échoué (on peut discuter des réussites poétiques, mais en termes de postérité, ce fut toujours une impasse). A mon avis pas à cause de l'absence d'accentuation du français, comme on le lui a souvent reproché (c'est faux, et même l'alexandrin contient des accents), ni même à cause de sa relative monotonie (dernière syllabe, sauf si la voyelle principale est "e", ce qui repousse à l'avant-dernière), mais plutôt à cause du caractère analytique de sa syntaxe. Faute de déclinaisons, l'abondance de mots-outils (par essence peu accentuables) rend complexe les vers à accent, en tout cas s'il faut accentuer une syllabe sur deux ou trois, comme les autres langues le font : le français serait plus à l'aise avec une mesure de trois ou quatre.

Je n'ai pas précisé pourquoi les mesures en 6/8, 9/8 et 12/8 me paraissaient propices aux vers "accentuels" : tout simplement parce que la formule rythmique qui y revient le plus souvent est de l'ordre du balancement { noire + croche }, ce qui correspond prosodiquement à l'alternance { forte + faible }.

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Enjeux de l'adaptation

Tout le lied est construit sur la structure { noire pointée + noire + croche }, ce que j'ai scrupuleusement respecté. A une exception près, pour « à l'heure où tout est sage », qui remplace le groupe { noire + croche } par { trois croches }, modification assez mineure qui donne un petit soupçon d'agitation supplémentaire et un peu plus d'élégance du texte que « lorsque tout est sage ». Un choix d'équilibre texte / musique où j'ai peut-être cédé à l'envie de « faire oeuvre » en forçant un peu la main à Schubert.
Si on n'est pas d'accord avec cette option, « lorsque », un peu plus plat, fonctionne très bien.

De même, pour la logique rimique, le poème de Müller étant écrit avec des accentuations qu'on dirait « féminines » en français ([e] final et dernière syllabe faible non compatibilisée dans le vers), j'ai suivi le schéma général, mais ai très peu usé de l'alternance traditionnelle entre rimes masculines et féminines. J'ai également, dans la strophe centrale, renoncé aux rimes presque identiques ([etten], puis [aben] ; [ossen], puis [issen]), j'ai eu le sentiment que ce serait assez peu euphonique en français.

Enfin, les deux derniers vers sont repris par Schubert. Or, « C'en est fini », plus "ample", ne peut pas être repris après avoir utilisé la première personne dans le dernier vers ; aussi, tout en souhaitant le conserver, je l'ai simplement remplacé par « J'en ai fini » à la reprise. Comme précédemment, on pourrait contester cette entorse à la logique de la répétition ; il est alors parfaitement aisé de choisir l'une des deux "leçons" et de s'y tenir.

J'avais conservé ce lied pour assez tard dans mon entreprise de traduction, à juste raison, il regorgeait de chausse-trappes que seule une fréquentation durable de l'exercice, et en compagnie du même compositeur pouvait permettre de contourner (en partie et plus ou moins adroitement, bien sûr).

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Poème

Im Dorfe / Au village

Es bellen die Hunde, es rascheln die Ketten ; / Ici les chiens grondent, leurs chaînes tintent,
Es schlafen di Menschen [1] in ihren Betten, / Les hommes dorment, sans force et sans crainte ;
Träumen sich manches, was sie nicht haben, / Rêves qui comblent ce qu'il leur manque,
Tun sich im Guten und Argen erlaben ; / Bienfait ou méfait, rien ne l'efflanque ;

Und morgen früh ist alles zerflossen. / Et au matin tout est oublié.
Je nun, sie haben ihr Teil genossen / Déjà, ils ont leur gain entier,
Und hoffen, was sie noch übrig ließen, / Et songent, à retrouver leurs merveilles
Doch wieder zu finden auf ihren Kissen. / En retournant [2] dormir sur leurs deux oreilles.

Bellt mich nur fort, ihr wachen Hunde, / Repoussez-moi, chiens pleins de rage,
Laßt mich nicht ruh'n in der Schlummerstunde ! / Hors du sommeil à l'heure où tout est sage.
Ich bin zu Ende mit allen Träumen. / C'en est fini des songes trompeurs,
Was will ich unter den Schläfern säumen ? / Ah, pourquoi m'attarder chez les dormeurs ?

Note :
[1] Le texte original de Müller dit : Die Menschen schnarchen in ihren Betten.
[2] J'ai profité de la répétition musicale pour essayer de faire progresser plus joliment la pensée : En retournant le soir, en retournant dormir sur leurs deux oreilles.

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Partition

Suite de la notule.

Le lied en français - XVIII - Der stürmische Morgen (Winterreise n°18)

Un peu retardé par d'autres expérimentations autour d'autres langues – l'italien pour Verdi, le russe pour Tchaïkovski –, et surtout par diverses aventures baroques (Philomèle, Polyxène, Omphale, Hippodamie en ont fait partie, mais d'autres aventures ont eu lieu en coulisse, notamment en matière de réalisation de continuos pour des motets français), le devoir missionnaire autour des versions françaises du lied n'avait que trop été différé.

C'est pourquoi, en plus de la nouvelle édition des Nebensonnen, voici deux nouvelles traductions chantables. Peu de remarques à faire sur Der stürmische Morgen : son ton très récitatif et ses intervalles d'octave descendante se prêtent très bien à la prosodie française (en particulier pour les rimes « féminines », en "e", dont la dernière syllabe, non comptée, est faible).

On notera tout de même le soin à s'approcher de la logique rimique allemande (alternance identique des "genres" et des sons).

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Poème

Suite de la notule.

lundi 20 février 2012

Les plus beaux récitatifs - VI - Réminiscences d'Alvaro - [Verdi / La Forza del Destino]


Dans la série des plus beaux récitatifs, celui-ci représente sans doute la plus belle réalisation de Verdi. Cette évocation du passé (d'abord celui de l'acte I, puis l'enfance du héros) s'inscrit à la fin d'une longue scène contemplative avec grand solo de clarinette, qui se prolonge dans la première partie du récit, et même, sous forme d'accompagnement cette fois, dans la seconde.

En plus de la force désespérée du texte et de cette couleur orchestrale à la fois nocturne, tragique et brillante, ce moment s'appuie sur deux qualités essentielles :

  • la beauté de l'harmonie, très mouvante et assez mystérieuse, vraiment inhabituelle pour le répertoire italien de l'époque ;
  • la nervosité de la prosodie : beaucoup de valeurs courtes avec quelques dédoublements (parfois sur la même voyelle), des phrases brèves entrecoupées de silences, des apparitions de triolets ascendants, des contrastes brutaux entre les registres.


Un réel bijou. Comme le veut le défi, malgré la pléthore de très grandes versions (Mario Del Monaco chez Molinari-Pradelli réussit particulièrement bien, comme d'habitude, à rendre l'agitation déclamatoire de ce récitatif), je confectionne tout moi-même, et pour pousser l'amusement jusqu'au bout, en écrivant une version française.

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=> Partition de la version française.

=> Son :


Enregistré avec les moyens précaires habituels (micro à 5€ à plusieurs mètres au delà du piano droit derrière lequel je suis caché), augmentés d'une voix non chauffée, mais une fois de plus, en attendant que Yann Beuron et le Philharmonique de Bergen reprennent ce hit, c'est toujours l'occasion de se représenter plus ou moins de quoi il s'agit.


Mise à jour du 17 avril 2012 : ajout d'une version avec prélude instrumental, à la suite de la version ci-dessus.


Suite de la notule.

dimanche 13 novembre 2011

Traduire le lied - pourquoi ?


Suite à quelques publications récentes de versions sonores imparfaites, je souhaitais revenir ce soir sur les principaux enjeux de la traduction de lieder. Je vois plusieurs ressorts puissants à cet engagement.

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1) Diffusion

Le lied et la mélodie sont peu prisés en France, et difficiles d'accès. Pour la mélodie, cela s'explique en grande partie par la médiocrité des poèmes. De surcroît, lorsqu'ils sont bons, on est souvent confronté à des compositeurs ou salonnards et pas forcément bouleversants (Meyerbeer, Gounod, Bizet, Reyer n'ont pas forcément écrit beaucoup de chefs-d'oeuvre dans ce registre) ou plus "fin de siècle", avec un langage harmonique plus complexe et plus fuyant (Fauré et suivants). Je ne suis pas sûr qu'un jour ce genre-là puisse recueillir la faveur massive des mélomanes, même en se limitant à la niche des classiqueux.

Le lied en revanche dispose d'un choix de poèmes plus éclairé chez les compositeurs en vue, ou en tout cas plus conformes au goût du lecteur d'aujourd'hui. On y trouve une grande variété de situations, et souvent un goût du contraste qui rend ces pièces très accessibles en fin de compte - il suffit de constater la fortune extraordinaire du Roi des Aulnes ou de La Jeune Fille et la Mort, en grande partie par la force de leur caractérisation musicale de plusieurs personnages successifs.

Suite de la notule.

dimanche 16 octobre 2011

Le lied en français - XVII - Der Lindenbaum (Winterreise n°5)


La suite du grand projet.

Bien sûr, comme d'habitude, le mètre se calque sur la prosodie musicale, et non sur un nombre fixe - l'unité étant assurée, contrairement à la tradition, par la rime.

Les rimes croisées du poème ont été respectés, le sens aussi, contrairement aux traductions qui étaient publiées dans le temps où l'on chantait le lied en français. Toutefois, j'ai ici pris quelques libertés de détail, en proposant des éléments alternatifs (qui n'altèrent absolument pas, c'est du moins mon souhait, la couleur du poème, même dans le détail), de façon à pouvoir ménager de meilleures consonances qu'en suivant de trop près l'original. Voyez par exemple les vers 9 et 18. Mais cela reste de l'ordre de l'exception.

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1. Poème

Suite de la notule.

mercredi 20 juillet 2011

Piotr & Modeste Tchaïkovsky : La ballade du comte Tomski en français


(Partition et extrait sonore ci-après.)

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Pour le récitatif initial, j'ai conservé le texte de Michel Delines (Mikhaïl Ashkinasi) publié chez Mackar & Noël, un peu trop distant du texte original dans l'air que j'ai donc récrit, mais remarquablement inspiré dans le récitatif ("Et nuit et jour les jeunes sybarites / Adoraient la Vénus moscovite").

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1. Questions de méthode

S'écartant un tout petit peu du lied, on propose aujourd'hui, à la suite d'un raisonnement qui sera prochainement exposé dans une notule sur les versions traduites de la Dame de Pique et Eugène Onéguine (tchèque, allemand, anglais, français), une version française chantable de la ballade du comte Tomski. Les versions françaises existantes s'éloignent un peu du texte, en gomment certains aspects, ajoutent des notions (notamment religieuses) qui en sont absentes.

Ici, à l'exception de "Saint-Germain se tut" qui remplace "Saint-Germain n'était pas un couard" (parce que sur peu de syllabes, "était brave" sonne étrangement en français, on voit bien pourquoi...), la traduction est réellement proche, quasiment vers à vers, de l'original russe à partir duquel je l'ai réalisée.

En vers, comme d'habitude, pour préserver une certaine musicalité. Et comme de coutume, la régularité du mètre n'étant pas possible sauf à saccager la prosodie et les rythmes originaux, l'unité du vers se fait par la rime et non par le rythme - ce qui est contraire à l'essence de la poésie parlée mais se fond assez bien dans la poésie chantée lorsque la forme est complexe, comme c'est le plus souvent le cas à l'opéra.

Les modifications rythmiques sont extrêmement marginales (deux, il me semble), et reprennent des carrures que Tchaïkovsky use également selon sa prosodie. On se retrouve ainsi avec [ noire pointée / croche ], au lieu [ noire / croche / croche ], deux configurations que le compositeur utilise dans la ballade aux mêmes endroits, selon ses besoins.
On peut donc aussi réclamer une certaine fidélité musicale - supérieure à celle de la version française de Michel Delines dont on parlera, et qui se révèle plus libérale sur les ajustements.

J'ai aussi tâché de conserver la mise en valeur certaines pointes, ce qui n'était pas toujours facile : la rime embrassée pour "hasard" / "Mozart" impose une distance trop longue pour le débit chanté (l'auditeur a oublié la rime annoncée trois vers plus tôt), mais il était compliqué, vu la succession des événements employés dans le quatrain, de placer "hasard" plus loin. J'y travaille néanmoins, et un certain nombre de ces détails seront prochainement améliorés si des solutions sont trouvées.

Le décalage (un rejet, en fait) dans le vers précédant les deux grandes prises de parole de la Comtesse et de Saint-Germain est présent dans le texte russe. Je l'ai respecté, mais je ne suis vraiment pas certain que ce soit bien joli. C'est l'un des sujets prévus lors de la révision.

Enfin, "trois cartes" ne s'ajustant pas toujours parfaitement à ce qui précède ou suit, j'ai modifié quelquefois l'une des répétitions. Je laisse toutefois cette question à la discrétion de l'interprète : il faut que cela soit harmonieux et confortable. Si l'on ne sent pas bien cette petite brisure, autant conserver trois fois le même syntagme.

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2. Texte français et partition

Tiré de l'acte I de la Dame de Pique, donc.

La traduction n'est pas complètement vers à vers ni littérale, bien sûr, mais je confronte les deux textes à titre indicatif.

Je reprécise également que cette traduction n'est pas conçue pour être lue mais pour être chantée, ce qui change considérablement les choses lors de sa conception. Après test, sans avoir la saveur du russe, elle me paraît fonctionner dans ce cadre. (Mais les avis divergents sont bien sûr autorisés.)

Однажды в Версале au jеu de lа Reine
« Vénus moscovite » проигралась дотла.
В числе приглашённых был граф Сен-Жермен ;
следя за игрой, он слыхал, как она
шептала в разгаре азарта :
« О боже ! о боже !
о боже, я всё бы могла отыграть,
когда бы хватило поставить опять
три карты, три карты, три карты ! »
Граф, выбрав удачно минуту, когда
покинув украдкой гостей полный зал,
красавица молча сидела одна,
влюблённо над ухом её прошептал
слова, слаще звуков Моцарта :
« Графиня, графиня,
графиня, ценой одного rendez-vous
хотите, пожалуй, я вам назову
три карты, три карты, три карты? »
Графиня вспылила : « Как смеёте вы?! »
Но граф был не трус. И когда через день
красавица снова явилась, увы,
без гроша в кармане, au jеu de lа Reine
она уже знала три карты...
Их смело поставив одну за другой,
вернула своё... но какою ценой !
О карты, о карты, о карты !
Раз мужу те карты она назвала,
в другой раз их юный красавец узнал.
Но в эту же ночь, лишь осталась одна,
к ней призрак явился и грозно сказал :
« Получишь смертельный удар ты
от третьего, кто, пылко, страстно любя,
придёт, чтобы силой узнать от тебя
ри карты, три карты, три карты,
три карты ! »
Un jour, à Versailles, au jeu de la Reine,
Vénus Moscovite a perdu tout son bien.
Parmi les invités le Comte Saint-Germain
L'entend murmurer dans sa peine,
Priant, ces mots qui ne coûtent trop rien :
« Ô Dieu puissant... ô Dieu puissant...
Mon Dieu, tout le prix de ce bien que je perds,
Je puis le sauver si pour couvrir j'acquiers
Trois cartes, trois cartes, trois cartes ! »
Le Comte, pendant qu'à la table on écarte,
Trouvant sa Vénus bénit le hasard
Et seul, sans témoin, abordant sa rebelle,
Murmure tout bas, à la belle
Soufflant ces mots aussi doux que Mozart :
« Comtesse ! Comtesse !
Comtesse, pour prix d'un discret rendez-vous,
Demandez sans crainte que je vous avoue...
Les cartes, trois cartes, trois cartes ! »
La belle fulmina « Comment, vous osez ! »
Saint-Germain se tut. Mais un jour à l'entracte,
La jeune Comtesse, ruinée par les dés,
Apparaît encor au Jeu de la Reine
Et savait déjà les trois cartes...
La belle mise alors, très sûre elle enchérit
Et regagne ainsi tout son bien... à quel prix !
Ô cartes ! ô cartes ! les cartes !
Par vanité cite à son mari leur nom,
Et tendre à l'amant, lui révèle leur don,
La nuit, rêvant seule, un fantôme sévère,
Paraît devant elle et dit en suaire :
« Un homme informé de ton pacte,
Un homme embrasé d'un furieux amour
Viendra t'arracher au prix de tes jours
Les cartes, trois cartes, trois cartes !
Trois cartes ! »


Voici donc la partition et l'extrait sonore :

Suite de la notule.

dimanche 29 mai 2011

Le lied en français - XVI - Täuschung (Die Winterreise n°19)


Nouvelle livraison.

J'ai conservé l'ordonnancement des rimes, quitte à faire se suivre deux rimes masculines, pour ne pas déranger les appuis prosodiques.

Dans le même esprit, j'ai aussi modifié certaines liaisons, qui se fondaient très bien sur le rythme musical, mais qui une fois le poème transposé en français gênaient le naturel de la langue. J'ai donc à plusieurs reprises changé des carrures du type "croche_croche croche" en "croche croche_croche".

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1. Poème

Suite de la notule.

samedi 28 mai 2011

Le lied en français - XV - Franz Schubert, Der Wegweiser (Die Winterreise)


Manière de ne pas perdre la main (les trois quarts des traductions du Winterreise sont prêtes), une nouvelle partition en français d'un lied schubertien.

Pour les principes généraux, on renvoie à l'ensemble de la série.

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1. Les choix

Peu de remarques à faire pour ce lied-ci, à part peut-être le singulier pour "sentier" : à l'écrit, je privilégierais bien sûr le pluriel, mais la liaison serait assez peu euphonique lorsque chantée.

Le poème français n'est pas entièrement satisfaisant (des écarts, par exemple l'hypallage du dernier vers), mais suit la progression de l'original et se montre plutôt opérant prosodiquement.
Bien sûr, il faut toujours voir que ces traductions sont conçues pour être chantées (sur une musique préexistante, à la manière de lyrics) et non pour être lues - auquel cas elles se montrent inévitablement bancales et moches. Car l'économie d'un texte chanté est très différente, s'appuyant sur des mots-pivots plutôt que sur un galbe général.

Enfin, le projet est ici de permettre de chanter, pour le confort des étudiants en chant, pour l'accès des amateurs non germanophones ou pour l'usage des confirmés qui souhaitent mettre plus aisément l'oeuvre à disposition du public, le Winterreise en français ; il ne s'agit en aucun cas de produire une poésie autonome, et il est plus qu'évident, en les lisant, que ces poèmes s'écrouleraient sans la cohérence que leur impose la musique et la référence à l'original.

La logique de leur production n'est d'ailleurs pas du tout comparable à celle que je mets en oeuvre lorsqu'il m'arrive de produire de petits pastiches.

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2. Le poème

Suite de la notule.

mercredi 11 mai 2011

Le lied en français - XIV - Franz Schubert, Mut ! (Die Winterreise)


Inutile de se répéter, voici la suite de cette édition avec pour projer de se montrer à la fois fidèle aux poèmes originaux et chantable à destination des francophones (voir l'ensemble du projet sur cette page).

En termes de traduction, plus de la moitié du Voyage d'Hiver attend désormais d'être portée en partition, d'abord sous forme de partie séparée pour chanteur, puis sous forme de partition complète.

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Poème

XXII - Courage !

Fliegt der Schnee mir ins Gesicht, / Souffle la neige sur mes joues,
Schüttl' ich ihn herunter. / Vigoureux je la repousse.
Wenn mein Herz im Busen spricht, / Que mon coeur de moi se joue,
Sing' ich hell und munter. / Clair et haut mon chant l'étouffe.

Höre nicht, was es mir sagt, / Je n'entend pas ce qu'il me dit,
Habe keine Ohren ; / C'est que je n'ai pas d'oreilles ;
Fühle nicht, was es mir klagt, / Je ne sens pas s'il maudit,
Klagen ist für Toren. / Point de plaintes dans mes veilles !

Lustig in die Welt hinein / À travers les vents glacés
Gegen Wind und Wetter ! Jouons-nous des anathèmes ;
Will kein Gott auf Erden sein, / De la terre Dieu s'est lassé,
Sind wir selber Götter ! / Soyons dieux nous-mêmes !

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Partition

Suite de la notule.

dimanche 8 mai 2011

Le lied en français - XIII - Franz Schubert, Die Nebensonnen (Die Winterreise)


Toujours dans l'ambition de mettre à disposition une édition fidèle aux poèmes originaux et chantable à destination des francophones (voir l'ensemble du projet sur cette page), voici "Les soleils fantômes" du Voyage d'Hiver de François Choubert.

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Mise à jour du 21 août 2012 :

Poème

XXIII - Les soleils fantômes

Drei Sonnen sah ich am Himmel steh'n, / Trois grands soleils se tenaient au ciel,
Hab' lang und fest sie angeseh'n ; / Et je suivais leur cours vermeil.
Und sie auch standen da so stier, / Puis ils brillaient de tant d'audace
Als wollten sie nicht weg von mir. / Comme s'ils voulaient suivre ma trace.

Ach, meine Sonnen seid ihr nicht ! / Ah ! Vous n'êtes point mes étoiles,
Schaut Andern doch ins Angesicht ! / Pour d'autres brillez et sans voiles !
Ja, neulich hatt' ich auch wohl drei ; / Trois jusqu'alors luisaient sans peur,
Nun sind hinab die besten zwei. / Mais j'ai perdu les deux meilleurs.

Ging nur die dritt' erst hinterdrein ! / Que le dernier sombre à son tour
Im Dunkeln wird mir wohler sein. / Qu'enfin dans l'ombre je fuie le jour.

Remarques :
Vers 4 : Le texte original de Müller dit "könnten sie".
Vers 6 : Le texte original de Müller dit "Schaut Andren" (ce qui est un peu moins euphonique pour le chant).
A l'origine, chez Müller, il s'agit du vingtième poème du cycle (dont l'ordre est totalement refondu par Schubert).

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Modifications du 21 août 2012

Brillez pour d'autres et sans voiles ! => Pour d'autres brillez et sans voiles !

Simple inversion, mais elle procure une plus belle couleur vocale, le [o] fermé dans l'aigu apportant beaucoup plus facilement de l'impact que les voyelles très étroites [é] et [i]. Par ailleurs, syntaxiquement plus logique, puisque les voiles se rapportent à la lumière et non aux autres.

Et surtout :

Ging nur die dritt' erst hinterdrein ! / Qu'un dernier tombe alors dans l'ombre,
Im Dunkeln wird mir wohler sein. / Qu'à l'obscurité enfin je succombe.

devient :

Ging nur die dritt' erst hinterdrein ! / Que le dernier sombre à son tour
Im Dunkeln wird mir wohler sein. / Qu'enfin dans l'ombre je fuie le jour.

Je n'étais pas satisfait de la tournure empesée (et prosodiquement assez entravée) de la fin. Il me semble que la cohésion musicale, la syntaxe et clarté du propos sortent renforcés de la substitution.

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Partition

La ligne vocale française est disponible au format PDF sur nos serveurs. [Archive de l'ancienne version.]

Et voici l'accompagnement original sur laquelle elle se greffe parfaitement.

Je peux facilement produire une version adaptée à la tonalité de votre choix, sur demande.

Et toujours la même condition d'utilisation : librement exploitable sous réserve d'en indiquer la provenance (auteur et site). Courriel apprécié en cas d'exécution publique.

mercredi 20 avril 2011

Le lied en français, démo : Schubert, Am Feierabend (Die Schöne Müllerin)


Je n'avais pas fourni d'enregistrement pour ce lied-ci, malgré la partition complète proposée : il n'est pas commode d'être à la fois propre au piano et souple au chant dans ce genre de lied rapide, même s'il n'est pas techniquement particulièrement difficile.

Ayant trouvé (merci Jérôme) un enregistrement façon karaoké de ce lied, ce qui est plus agréable qu'un midi, j'ai donc enregistré une démo de ce que pourrait être l'exécution de cette adaptation française.

La tonalité est un ton plus haut que la partition que j'avais proposée (qui est deux tons plus bas que l'original), et donc sans doute adaptée à plus de voix (avec une difficulté pour les débutants, même ténors, à cause du fa aigu piano).

Suite de la notule.

lundi 18 avril 2011

Le lied en français - XII - Schubert, La couleur maligne (La Belle Meunière)


Reprise ici de l'épisode VIII de notre série, pour plusieurs raisons :

  1. Présentation de la partition complète, accompagnement inclus.
  2. Modification de la traduction.
  3. Amélioration substantielle de la présentation, avec en particulier des retours de ligne pratiques pour le pianiste et le chanteur.
    • Pas de changement de ligne juste avant un changement d'octave au piano.
    • Pas de saut de ligne juste avant un aigu exposé au chant.

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Première remarque, "La mauvaise couleur", un peu plate, est devenue "La couleur maligne", plus connotée - "böse" est en allemand l'épithète attachée aux esprits malins qui tentent ou effrayent les jeunes filles dans les cathédrales goethiennes.

Et elle se loge partout, comme une vilaine tumeur : le poème donne sans cesse l'impression que ce vert colle aux doigts. On a beau voyager et s'éloigner, elle est partout, cette nature dégoûtante !

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Son

Il me semble qu'il s'agit du premier enregistrement disponible en français de ce lied, quelle que soit la traduction.

Evidemment, pas sans imperfections :

  • la carrure rythmique fonctionne mieux pour "Du champ à la forêt qui gronde" (avec l'accent du premier temps sur "champ" et un triolet de doubles croches ensuite) que dans la version proposée en partition ;
  • à l'inverse, "Et trempé, chanter à celle qui m'importe" entre certes sur la partition en forçant un peu, mais se révèle très peu naturel lors de l'exécution (si bien que je passe totalement à côté et dois rajouter des bouts de temps pour finir mon texte) ;
  • et de toute façon, l'intensité de ce lied est telle qu'il est très compliqué à réaliser en chantant et en s'accompagnant simultanément... et cela s'entend.



Suite de la notule.

samedi 16 avril 2011

Le lied en français - XI - Franz Schubert, Gefrorne Tränen (Die Winterreise)


L'aventure continue.

Partition complète avec accompagnement et chant fournie.

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Poème plutôt difficile à traduire pour conserver certaines images sans lourdeur. Il m'a fallu biaiser pour la dernière strophe, par exemple, le seul adjectif "tendres" (relié par connotation au coeur) contenant un vers et demi d'évocation de la chaleur de la poitrine d'où provient la larme... Ce qui oblige aussi à un vers de développement d'une autre idée, plus ou moins présente dans le poème (avant-dernier vers).

Pour des raisons de confort esthétique, j'ai aussi changé les rimes croisées des deux premières strophes en rimes embrassées, choix qui peut aussi se discuter.

Suite de la notule.

dimanche 10 avril 2011

Le lied en français - X - Schubert, Der Leiermann (Winterreise)


1. Partition

Cette fois-ci, la partition a été entièrement recopiée par mes soins, accompagnement compris.

=> Voici.
Et l'original pour comparer.

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2. Poème

J'ai cette fois conservé la structure du vers allemand (qui n'est toutefois rimé que deux fois sur trois environs), en systématisant évidemment les rimes françaises. Même diposition croisée.

J'ai tâché également de conserver l'aspect laconique, un peu en deçà du prosaïque. Et aussi de conserver (sous une forme qu'il fallait réinventer) les allusions à la mort.

Prosodiquement, cette version est particulièrement respectueuse de l'accentuation musicale de Schubert comme de la langue française - davantage que pour d'autres poèmes plus difficiles à adapter du point de vue accentuel.

Voici :

Drüben hinterm Dorfe / Devant le village
Steht ein Leiermann / Se tient un vielleux ;
Und mit starren Fingern / Par le froid et l'âge
Dreht er, was er kann. / Ses doigts jouent fiévreux.

Barfuß auf dem Eise / Pieds nus sur la neige
Wankt [1] er hin und her / Danse, vacillant,
Und sein kleiner Teller / Sa sébile beige
Bleibt ihm immer leer. / Le laisse larmoyant.

Keiner mag ihn hören, / Pas un pour l'entendre,
Keiner sieht ihn an, / Pas un pour le voir ;
Und die Hunde knurren [2] / Les chiens à le fendre
Um den alten Mann. / Mordent son frac noir.

Und er läßt es gehen / Il laisse le monde
Alles, wie es will, / Aller comme il peut ;
Dreht und seine Leier / Et ses doigts qui grondent
Steht ihm nimmer still. / Pressent le bois râpeux.

Wunderlicher Alter, / Dis, vieillard étrange,
Soll ich mit dir geh'n ? / Voudrais-tu mes chants ?
Willst zu meinen Liedern / Prêter à ma fange
Deine Leier dreh'n ? / Tes accents touchants ?

Suite de la notule.

samedi 9 avril 2011

Le lied en français - IX - L'Auberge du Voyage d'hiver (Das Wirtshaus, Winterreise)


(Partition française ci-après.)


N'ayant pas encore réalisé l'intégralité des partitions (pour coupler le chant avec l'accompagnement), il m'est pour une fois plus commode de profiter des services d'accompagnateurs. Je remercie donc chaleureusement Niko pour sa musicalité et sa précision, qui m'ont permis de réaliser cette prise en confort et à distance !
La qualité sonore n'est pas bonne (par ma faute), et je ne suis d'ailleurs pas en place, mais il s'agit juste de donner une idée de la couleur de cette traduction, en action, ça fera donc l'affaire...


La pièce a déjà été commentée (et enregistrée en VO) il y a longtemps.

--

1. Nouvel enjeu

J'ai ici opéré le choix, en raison de la longueur du vers allemand de six accents, équivalent de l'alexandrin et potentiellement plus long, de créer deux vers (et les rimes attenantes) pour un dans le texte original.

Je crois que le parcours y gagne en évidence, et que la façon très césurée de Schubert, ménageant des silences en milieu de vers, s'y prête idéalement.

Je songe à reprendre Ungeduld, sur lequel je travaille parallèlement, avec ce même patron.

Je ne présenterai donc pas en juxtalinéaire, mais successivement les deux poèmes.

--

2. Le texte

... de Müller :

Auf einen Totenacker hat mich mein Weg gebracht;
Allhier will ich einkehren, hab' ich bei mir gedacht.
Ihr grünen Totenkränze könnt wohl die Zeichen sein,
Die müde Wand'rer laden ins kühle Wirtshaus ein.

Sind denn in diesem Hause die Kammern all' besetzt?
Bin matt zum Niedersinken, bin[1] tödlich schwer verletzt.
O unbarmherz'ge Schenke, doch weisest du mich ab?
Nun weiter denn, nur weiter, mein treuer Wanderstab!

... de DLM :

Dans le vieux cimetière
M'a mené mon chemin ;
J'y veux rester la nuit entière
Sans penser au lendemain.

Ô vertes couronnes,
Vous ouvrirez vos bras
Au voyageur qui tâtonne
Dans l'auberge aux croix.

Les chambres de la demeure
Sont-elles réservées ?
Je fus jouet d'un leurre,
Mortellement blessé.

Auberge impitoyable,
Alors tu m'éconduis ?
Sur les chemin qui m'accablent,
Vers le même but je fuis.



--

3. Deux mots

On constate que mon découpage suit au plus près la progression de Schubert qui réalise lui-même, dans sa mise en musique, ce partage sur le texte de Müller.

Par ailleurs, je me suis efforcé de conserver les mêmes équivoques dans mon texte que dans l'original (sur le degré de sommeil et de métaphore dont il est question) ; et il me semble que même en observant dans le détail le texte d'arrivée (sans comparaison, bien sûr, puisque la traduction n'est pas littérale), la spécificité de l'original est respectée.

En revanche, il va de soi que le poème français sans la musique pour laquelle il a été conçu est assez moche... Car son objet n'est pas de proposer une traduction valable de la poésie de Müller, mais une traduction de l'oeuvre 'collaborative' obtenue par la mise en musique de Schubert. Et le résultat n'est vraiment (oui, vraiment) pas le même.

--

4. Partitions

Notes

[1] Texte original de Müller : "und".

Suite de la notule.

jeudi 24 mars 2011

Le lied en français - VIII - Schubert, Die böse Farbe (Die Schöne Müllerin)


Un nouveau volet dans l'aventure.

On a respecté avec soin les rimes croisées - plus libres en allemand, mais le choix n'existe pas en français. Les modifications rythmiques sont importantes à vue d'oeil, mais portent essentiellement sur l'inclusion claire des finales en "e", de façon à rendre l'exécution plus rigoureuse (plutôt que de laisser l'interprète se débrouiller).
Mis à part cela, quelques notes dédoublées pour des raisons d'appui prosodique et quelques rares notes fusionnées pour éviter d'alourdir le vers de mots inutiles.

Cette précision peut faire peur à lire, mais ce sont en réalité des modifications totalement cosmétiques, qui ne changent en rien la mélodie ni les appuis rythmiques du poème. Au contraire, ces retouches évitent que le texte français ne sonne maladroitement dans son moule musical. Car les finales équivalentes aux féminines françaises (non accentuées, disons) en allemand sont accentuables, contrairement au français. Et ici, on ne trouve que des fin de vers accentuées par Schubert. Cela contraindrait à se limiter, dans ce lied, à des rimes masculines (accentuées sur la finale), ce qui serait passablement rugueux à l'oreille.

Bref, ces amendements respectueux (mélodie et carrures intactes) permettent tout simplement de mieux se conformer à l'esprit de ce qui est déterminé par Schubert. Je ne nie pas qu'un traducteur plus talentueux puisse se soumettre aux deux impératifs, mais cela me paraît particulièrement difficile dans ce lied-ci (si l'on veut en plus demeurer proche du texte et s'imposer des rimes), qui supporte un grand nombre de mélismes et de résolutions de phrase typiquement... allemands.
L'allemand est en effet bien plus souple sur le choix de ses syllabes accentuables lors du chant, et n'est pas embarrassé de tous ces mots-outils sur lesquels on ne peut pas vocaliser en français sans ridiculiser le poète.

Voici donc le poème :

--

Die böse Farbe / La mauvaise couleur

Ich möchte ziehn in die Welt hinaus, / J'ai rêvé de partir, de voyager,
Hinaus in die weite Welt ; / Aller, parcourir le vaste monde ;
Wenn's nur so grün, so grün nicht wär, / N'eût-il ce vert, ce vert enragé
Da draußen in Wald und Feld ! / Du champ à la forêt qui gronde !

Ich möchte die grünen Blätter all / J'ai rêvé de frapper les feuilles des bois,
Pflücken von jedem Zweig, / Les arracher de chaque branche,
Ich möchte die grünen Gräser all / Noyer les prairies des pleurs de mes émois,
Weinen ganz totenbleich. / Jusqu'à les rendre blanches.

Ach Grün, du böse Farbe du, / Ô vert, couleur de mes malheurs,
Was siehst mich immer an / Pourquoi me toises-tu,
So stolz, so keck, so schadenfroh, / Insolent, si fier et si moqueur
Mich armen weißen Mann ? / Au pâle et pauvre homme abattu ?

Ich möchte liegen vor ihrer Tür / J'ai rêvé de m'étendre à sa porte,
Im Sturm und Regen und Schnee. [1] / Bravant les tempêtes des cieux,
Und singen ganz leise bei Tag und Nacht / Et trempé, chanter à celle qui m'importe
Das eine Wörtchen : Ade ! / Ce petit mot : "Adieu" !

Horch, wenn im Wald ein Jagdhorn schallt, [2] / Dans la forêt le cor a retenti,
Da klingt ihr Fensterlein ! / Bruisse alors son rideau !
Und schaut sie auch nach mir nicht aus, / Ce n'est pas moi qu'elle a senti,
Darf ich doch schauen hinein. / Pourtant sa vue est un cadeau.

O binde von der Stirn dir ab / Arrache de ton front si sage
Das grüne, grüne Band ; / Ce ruban vert maudit, ce vert de l'abandon ;
Ade, ade ! Und reiche mir / Adieu, adieu, et salue donc
Zum Abschied deine Hand ! / Mon dernier passage !

--

... et sa partition :

Notes

[1] Texte original de Müller : "In Sturm und Regen und Schnee".

[2] Texte original de Müller : "Horch, wenn im Wald ein Jagdhorn ruft"

Suite de la notule.

mercredi 23 mars 2011

Le lied en français - VII - Schubert, Salut du matin ("Morgengruss")


On poursuit notre aventure éditoriale.

--

Voici donc le huitième lied du cycle La Belle Meunière (Die Schöne Müllerin) de Schubert, très fidèle à la publication de Wilhelm Müller.

La traduction que je propose reste, comme, précédemment, proche des originaux.

Elle est versifiée, mais essentiellement par la rime : comme le vers allemand est un vers accentuel et non syllabique, il ne conserve pas systématiquement le même nombre de syllabes d'un vers de même mesure à l'autre. (En effet un groupe accentuel peut contenir deux à trois syllabes.)
Il est possible d'opérer une adaptation dans un vers français rigoureux, mais cela impose, au choix, de sacrifier la prosodie en accentuant des syllabes faibles ou inexpressives, ou bien de s'éloigner considérablement du sens du poème original.

Si je trouve des solutions plus performantes qui permettent d'assurer, sans abîmer le texte ni la prosodie, une plus grande propreté du poème français (mètres réguliers, pureté des rimes...), je ne manquerai pas de fournir une seconde édition aux lecteurs de CSS... Cela me paraît tout simplement assez improbable à établir.

--

"Morgengruss" / "Salut du matin"

Guten Morgen, schöne Müllerin ! / Bonjour, belle meunière !
Wo steckst du gleich das Köpfchen hin, / Pourquoi, en hâte sous tes volets
Als wär dir was geschehen ? / Cacher ton âme altière ?
Verdrießt dich denn mein Gruß so schwer ? / Jugeas-tu mon salut hardi ?
Verstört dich denn mein Blick so sehr ? / Mon regard de peur t'a-t-il engourdie ?
So muß ich wieder gehen. / En route pour mes forêts !

O laß mich nur von ferne stehn, / Oh, laisse-moi rester au loin,
Nach deinem lieben Fenster sehn, / A ta fenêtre porter mes soins !
Von ferne, ganz von ferne ! / De loin, derrière tes voiles !
Du blondes Köpfchen, komm hervor ! / Ô blonde mine, dont l'accuei l
Hervor aus eurem runden Tor, / Paraît à mes yeux sur ton seuil,
Ihr blauen Morgensterne ! / Du matin sembles l'étoile !

Ihr schlummertrunknen Äugelein, / Paupière dans le sommeil immergée,
Ihr taubetrübten Blümelein, / Ta fleur est chargée par la rosée ;
Was scheuet ihr die Sonne ? / Pourquoi le soleil éclaire ?
Hat es die Nacht so gut gemeint, / La nuit vous révèle si bien,
Daß ihr euch schließt und bückt und weint / Dans vos pleurs, votre joie, mille riens ;
Nach ihrer stillen Wonne ? / Quel jour plus vous ferait plaire ?

Nun schüttelt ab der Träume Flor / Secoue ce rêve du matin,
Und hebt euch frisch und frei empor / Et fais sonner ton ris argentin
In Gottes hellen Morgen ! / Au crépuscule charmant
Die Lerche wirbelt in der Luft, / L'alouette vole dans les airs
Und aus dem tiefen Herzen ruft / Et crie à notre humaine chair
Die Liebe Leid und Sorgen. / D'amour les doux tourments.

--

Partitions :

Suite de la notule.

dimanche 20 mars 2011

Le lied en français - VI - Schubert, Vilain curieux (La Belle Meunière)


Pour les enjeux de l'entreprise, on pourra se reporter ici.

Et pour mémoire :

--

Voici donc une nouvelle livraison, sur le sixième lied de Die Schöne Müllerin : "Der Neugierige".

Toujours proche du texte, versifié par la rime (un mètre fixe n'est pas souhaitable si on souhaite épouser la prosodie musicale prévue pour un poème allemand précis).

Voici déjà un test enregistré de ma part. Réalisé en faisant simultanément accompagnement et chant, avec uniquement la partition allemande sous les yeux, c'est donc hésitant et pas bien timbré, mais donne une idée de la façon dont le nouveau texte dialogue avec la musique.


--

Si certains lecteurs souhaitent une transposition (j'ai conservé la tonalité originale sur l'exemple imprimé, donc accessible plutôt aux sopranes et ténors), ou bien désirent retravailler la source pour y inclure l'accompagnement, il suffit de me joindre en commentaires ou par courriel.

Vous trouverez ci-après le texte original en regard de sa traduction versifiée, puis la partition (propre !) de la ligne vocale, avec les quelques ajustements rythmiques marginaux. Il suffit donc de le chanter avec l'accompagnement habituel, tout fonctionne. [Voir par exemple pour la partition originale dans la même tonalité.]

Suite de la notule.

David Le Marrec


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