Carnets sur sol

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Le Winterreise - interprétations insolites

Voici un petit récapitulatif des versions étonnantes - ou terrifiantes - du Winterreise.

Attachez vos ceintures, les enfants, et bienvenue chez les fous. Autant prévenir, c'est du violent (ces éditeurs sont complètement timbrés, comme vous l'allez voir).

Je gage que ça amusera quelques-uns des lecteurs réguliers de ce carnet...


Nombre
J'ai pu dénombrer douze versions distinctes de DFD. Mes favorites sont Moore I (celle dont il existe des extraits vidéo) et surtout Moore II (celle avant Demus). Perahia, avec d'autres moyens, est intéressant.
Brendel et Barenboim m'agacent grandement. Klust, la première, est amusante (malgré le piano affreux), parce que chantée dans la tonalité d'origine, si je ne m'abuse ! Voilà pour les plus marquantes.




Voix de femme
- Lotte Lehmann, bien sûr. Avec Paul Ulanowsky (bof). Enregistré de 1940 à 1941, pour une durée de 71'02''. Elle n'est pas à son meilleur dans ces pages, on peut mieux habiter. Néanmoins, c'est dans le domaine public et téléchargeable ici : http://www.lottelehmann.org/llf/lehmann/sings/ .
- Margaret Price, qui a fait par ailleurs de très beaux disques de lieder (Liederkreis sur Eichendorff de référence, disque Schubert chez Hyperion de toute beauté), est à éviter ici. Ca s'éfiloche de tous côtés, et ça crie beaucoup. J'ai une date de 1997. Ca correspond chez vous ? :shock: 73'00'' pour la durée.
- Brigitte Fassbaender chante cela de façon assez expressionniste, loin de la plénitude de ses Mahler. Il faut aimer. Le piano de Reimann est très sec et cassant. Toute fin de carrière pour elle. EMI 1987, 69'43''.
- La version Ludwig n'est pas fameuse. Levine est très fade, et elle, la voix, devenue alto, s'écroule un peu, en fin de carrière elle aussi. Il y a un soin incontestable, mais les intentions ne sont pas toujours bien suivies. 73'09'', en 1986. Elle allait pourtant encore chanter magnifiquement Fricka au Met !
- Mitsuko Shirai (mezzo), Hartmu Höll, en 1990. (78'04'', Capriccio)
- Nathalie Stutzmann (alto), Inger Södergren, en 2003 (76'11'', Calliope) - j'ai commenté cet enregistrement, je peux le reproduire ici au besoin
- Existe aussi Miriam Abramovitch (mezzo), avec George Barth. 1994, chez Music & Arts, 77'30''. - Julianne Baird, Andrew Willis, 1997. Apparemment que la première moitié du cycle, chez Newport Classics.
- Bonilla (soprane) et Kotkowska chez les Conciertos Mexicanos (LP).
- Rosemarie Lang (mezzo), et Wolfram Rieger, en 1994 (73'51'').
- Lois Marshall (mezzo), avec Anton Kuerti, sur le vif en 1976 (71'57'', CBC Records, marché canadien)
- Inez Matthews (mezzo), L. Farr (Period, LP).




Autres voix
- Jochen Koswalski a seulement enregistré Die Schöne Müllerin (ratage monumental).
- Je me suis laissé dire que Bostridge avait élevé certaines pièces du cycle, mais je n'ai pas vérifié en écoutant le disque.




Autres ensembles
- accompagnement seul, sans voix. Karl Kammerlander chez Music Partner. Concept tout

à fait intéressant que d'être confronté à un Winterreise qu'on a intériorisé. Mais en fait, l'accompagnement est tout à fait scolaire et médiocre, puisqu'il s'agit d'un accompagnement pour chanteurs amateurs, vous savez, le disque vendu avec la partition !  Il existe pour voix haute ou voix basse, d'ailleurs ! 

Heureusement, je vous sauve, Demus l'a également fait.
- piano arrangé, sans voix. Démarche moins intéressante à mon sens. Les transcriptions de Liszt, d'intérêt très variable. Dieter Glave a aussi réalisé une transcription du cycle, jouée par Christiane Frucht chez Melisma.
- alto/piano, sans voix. Tabea Zimmermann / Hartmut Höll, chez Cap 10. C'est bien joli, mais perd beaucoup de sa force. - trombone/piano, sans voix. Bertl Mütter, chez Austro Mechana. Je n'ose imaginer l'horreur, déjà que l'alto "passe" douteusement.
- version avec acteur. Thomas Witte chez 45°C, sur une musique de Michael Ströll.
- hammerklavier. Equiluz/Fussi, chez Christophorus. Werner et Ernst Gröschel, chez Audiophile Classics.
- guitare. Version Zithen/Sasaki, chez VMK (1991), et version Weir, chez Signum (1992).
- quatuor à cordes (transcription de Jens Josef). Elsner/Quat Henschel, chez CPO. Version très bien chantée, résultat surprenant mais séduisant. Je recommande chaudement. Il existe aussi une version Schreier / Quat Dresden.
- arrangement jazz par Poesis.
- ensemble instrumental. Hermann Prey, chez Kanazawa (chanté en japonais).
- ensemble contemporain (la célèbre transcription de Hans Zender). Une version Blochwitz/Zender, en tout point préférable à Pregardien/Cambreling. C'est inventif, mais les nombreux bruitages éparpillent l'attention. La vision de Blochwitz, nonobstant, est très intéressante. Il existe aussi une version Weir.




Durées insolites
Trois versions seulement durent plus de 80 minutes.
- Kurt Moll avec Cord Garben (Orfeo 1982) : 82'08.
- Jon Vickers avec Geoffrey Parsons (EMI 1973) : 82'10.
- Mais le pompon est détenu par Jon Vickers / Peter Schaaf, avec leur enregistrement VAI de 82'55.

Les Vickers ont un côté vraiment étrange, suffocant.

''Aucune version ne descend au-dessous de la barre des 60 minutes.
En revanche, deux versions se situent entre 60 et 61 minutes.''
- La plus courte de toutes, la version Wilson-Johnson, dure 60'18. Je me demande si c'est bien celle que j'ai entendue, parce qu'elle sentait un peu l'amateurisme et ne sonnait pas particulièrement rapide.
- Celle d'Oskar Czerwenka (Ronald Schneider au piano), parue chez Preiser, dure 60'19. C'est vraiment le temps laissé entre chaque morceau, ou au début et à la fin du disques qui pourrait vraiment départager ! Oskar Czerwenka fut un excellentissime Tommaso de Tiefland (Eugen D'Albert).




Style
- Façon baryton dramatique sur le retour par Nimsgern. J'adore totalement.
- Arrangement jazz par Poesis.




Parmi les insolites linguistiques.
- Wout Oosterkamp l'a a priori enregistré en allemand en 1996, mais à vérifier si ce n'est pas du néerlandais.
- Rien en français, contrairement à la Belle Meunière de Tino Rossi (introuvable, hélas). De toute façon, ça passe très mal. Le passage en français miévrifie tout, surtout si on tente les vers. Moi-même, pour mes loisirs, je m'amuse à faire des traductions chantables de lieder, mais c'est un exercice difficile. Le vers est à proscrire si on veut respecter le texte et sa prosodie.
- Håkan Hakegård, baryton lyrique qui a enregistré un très beau Schwanengesang en allemand, propose un Winterreise en suédois. (Il est le Papageno de la Flûte de Bergman, mais peut faire bien mieux, il l'a montré !). Thomas Schuback au piano, SR Records 1978, non reporté sur CD.
- Il existe des versions en anglais, chantée par le baryton Jeffrey Benton (Rona Lowe, piano). Enregistré en 1991 pour Symposium. Durée : 77'35''.
Une autre, avec Shura Gehrman (basse) et Nina Walker, date de 1973 et dure 69'39''.
- Boris Gmyria (baryton-basse) et Lev Ostrin l'ont enregistré en 1965, sur une durée de 69'29'', en russe. Attention, il s'agit de LPs Melodiya non reportés en CD.
Idem pour Sergei Shaposhnikov (baryton) et E. B. Lebedev en 1956 (62'17'', sur un label soviétique non reporté en CD), ou pour Karlis Zarins (ténor) et son pianiste Villerusch, sur des LPs de Melodiya.
- Toujours chez les LPs de Melodiya (surprenant, d'ailleurs), Tiit Kuusik (baryton) et Valdur Roots l'ont chanté en estonien (1977, 64'43'').
- Marcus Fink (baryton-basse), l'a enregistré en slovène, avec Natasa Valant, pour Sazas, le label de la Radio Slovène.
- Toshiro Gorobe, ténor de son état, et Tomoko Okada, l'ont enregistré pour BMG en 1992, en japonais.
Hermann Prey a enregistré pour Kanazawa en 1997 (!) un live, avec un ensemble instrumental. Il semblerait que ce soit en japonais. De mieux en mieux, n'est-ce pas ?




Autres compositeurs
- Reiner Bredemeyer (1929-1995).
- version avec acteur. Thomas Witte chez 45°C, sur une musique de Michael Ströll.
- Un autre Voyage d'Hiver, de Valentin Silvestrov, mais pas sur Müller.




Mes favorites
- Goerne/Schneider, décembre 2001 (pas de disque, et la version avec Brendel n'est pas satisfaisante)
- Krause/Djupsjöbacka (version très complète, sur tous les plans, timbre, incarnation, atmosphère)
- DFD/Moore II (celui qui précède Demus, le Moore des années 60 ; à la fois la beauté et l'intelligence insurpassée)
- Allen/Vignoles (la classe...)
- Bostridge/Drake 2002 (tout l'inverse, l'engagement débraillé)
- DFD/Moore I (la chaleur, la plénitude mélancolique du timbre)
- Nimsgern (la bonne volonté évidente, malgré les difficultés...)

Pour les pianistes :
- Sviatoslav Richter (inégalé, tant de poésie - et d'aisance, bien sûr - dans un piano ; avec Schreier)
- Eric Schneider (pour la musicalité extrême, l'évidence ; pas de disque)
- Naum Grubert (version Holl II, désormais disponible chez Brilliant ; grande musicalité, et pertinence des choix)
- Julius Drake (pour la capacité à créer des atmosphères inédites ; DVD avec Bostridge, le jeu est à l'époque encore un rien sec)
- Charles Spencer (avec Quasthoff, un peu de sècheresse, mais de bonnes idées)
- Irwin Gage

Il y a des tas d'autres excellentes versions ; je me suis limité à celles auxquelles je suis particulièrement attaché.




David - bagnard


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Commentaires

1. Le jeudi 13 avril 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Extaordinaire ! Merci, merci, merci :-) !!!

J'ai adoré Hermann Prey en 1997 et en Japonais (!) et la version avec guitare : c'est un instrument que je déteste, et rien que d'essayer d'imaginer ce que peut donner le Winterreise dans ce cas me fait froid dans le dos...
Je suis un peu tentée par la version avec quatuor à cordes, et existe-t-il une version où il n'y aurait que les instruments et pas le chanteur ? (Désolée de vous poser cette question, comme si votre synthèse était "insuffisante", ne croyez surtout pas ça :-)).
Que pensez-vous de la version de Kurt Moll (c'est une basse profooonde qui me fait vraiment frrrrémir) ?
Et également, comment trouvez-vous Thomas Quasthoff dans cette oeuvre, et en général ?

(Pour votre radio, c'est encore un peu difficile parce que mon PC qui est sur le net n'a pas de haut-parleur, il me faut un casque, mais ça va venir !)

En tout cas, vraiment bravo pour ces "interprétations insolites" !
S comme soufflée.

2. Le jeudi 13 avril 2006 à , par DavidLeMarrec

Les Winterreise, Thomas Quasthoff


Sylvie Eusèbe :
Extaordinaire ! Merci, merci, merci :-) !!!

Sauf qu'il ne reste plus qu'à trouver les enregistrements dans le commerce...

J'ai adoré Hermann Prey en 1997 et en Japonais (!)

Il y a débat sur ce point. Non pas que la prononciation de Hermann Prey soit démesurément floue, mais apparemment peu de monde a eu accès à l'enregistrement - ou pas grand monde ne se l'est procuré. Il faut dire que c'est pour le moins étrange ! Ce doit être quelque chose. Déjà qu'avec le français, qui a une accentuation proche, je ne serais pas du tout convaincu, alors en japonais, quel lien peut-on faire avec le texte ?
C'est oeuvre pédagogique, on dira, mais ça doit perdre beaucoup de sa substance poétique, métrique, linguistique...


et la version avec guitare : c'est un instrument que je déteste, et rien que d'essayer d'imaginer ce que peut donner le Winterreise dans ce cas me fait froid dans le dos...

Je pense au contraire que c'est une bonne idée. Ce dépouillement, cette simplicité. Et c'est plus aisé qu'avec les traits de la Belle Meunière.


Je suis un peu tentée par la version avec quatuor à cordes, et existe-t-il une version où il n'y aurait que les instruments et pas le chanteur ? (Désolée de vous poser cette question, comme si votre synthèse était "insuffisante", ne croyez surtout pas ça :-)).

Non, cela n'existe pas. En revanche, la version Elsner propose un ténor très raffiné, sensible à la ligne, avec un très beau quatuor. La prise de son et le prix sont CPO, c'est-à-dire idéaux. Evidemment, on perd la nervosité, l'incisivité du piano, et comme me le fait deviner votre remarque, vous redoutez à juste titre une certaine mollesse pour l'accompagnement. Mais on gagne beaucoup en texture. Certes, ce n'est pas écrit pour quatuor à cordes, mais c'est réellement une version à connaître.


Que pensez-vous de la version de Kurt Moll (c'est une basse profooonde qui me fait vraiment frrrrémir) ?

Que j'aurais préféré que Karl Ridderbusch, plus diseur et barytonnant, l'enregistre. :-) Non, je ne connais pas cette version, mais j'en ai entendu le plus grand bien.


Et également, comment trouvez-vous Thomas Quasthoff dans cette oeuvre, et en général ?

Je ne connais que son enregistrement de studio, fait assez jeune. C'est bien moins imaginatif que ce qu'il fait aujourd'hui. Il y a toujours cette voix, mais l'interprétation, tout à fait précise, reste un peu homogène dans la caractérisation. Charles Spencer est le meilleur accompagnateur qu'il ait eu (ils sont généralement irritants, j'ignore où il va les pécher pêcher) : jeu d'une certaine sécheresse, mais de très belles trouvailles interprétatives, comme ce ralentissement surnaturel dans la strophe majeure de Gute Nacht. Par prudence , les lieder sont peut-être pris un peu bas, ce qui leur fait perdre de leur éclat et surtout de leur tension.

Sinon, en général.
- Dans le lied, il a fait des choses extraordinaires, surtout confronté aux arrangements orchestraux, comme dans le cas de Belshazar. Une capacité incroyable à varier jusqu'au type de voix, du baryton franc à l'authentique basse, avec une grande gamme de caractérisations. Il s'en sert trop peu, à mon sens, c'est véritablement exceptionnel.
Grand diseur, grande voix.
- Dans le domaine de l'oratorio, il a également fait ses preuves. Souvenir d'un Jésus chez saint Jean, assez renversant.
- Dans le domaine de l'opéra, tout reste à faire. Sa prise de rôle en Fernando est restée sans lendemain. J'ignore si c'est dû à une inhibition personnelle, un problème d'endurance physique (Fernando reste très peu), un problème à se faire engager pour de sottes raisons de "crédibilité", ou une préférence de sa part pour le luxe du récital duquel il reste volontiers prisonnier.
Mais à l'heure où l'on pleure parce qu' "il n'y a plus de Wotan", pourquoi ne pas embaucher un véritable baryton-basse, doté d'une autorité certaine ? Son physique n'aurait rien de gênant, qui plus est, puisque Wotan est un être surnaturel. Si ce n'est pas une question d'endurance de sa part, j'aimerais vraiment entendre ça.

Une chose est sûre, après ses déclarations, il ne chantera pas en français...


(Pour votre radio, c'est encore un peu difficile parce que mon PC qui est sur le net n'a pas de haut-parleur, il me faut un casque, mais ça va venir !)


Très bien, vous pourrez donc enfin entendre Bostridge/Drake !


Content que cette petite visite de curiosités vous ait amusée !

David

3. Le jeudi 13 avril 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Juste un petit mot en retour de ce que vous me dites sur Thomas Quasthoff. Dans le peu que j'ai écouté de lui, je n'en retiens pas du tout une aussi bonne impression que vous. Son récent CD d'aria de Bach ne m'a pas touchée, et surtout j'ai été très déçu par ses Schubert avec orchestre dirigé par C. Abbado, puis par un extrait de récital Schubert/Schumann (donné en Suisse), le tout vu et entendu sur Arte.
J'ai trouvé qu'il avait beaucoup de mal avec ses aigus forte, mais surtout que son timbre n'était pas fantastique et je n'ai pas remarqué son "imagination"... Pourtant, dans un court interview lors d'une de ces deux émissions télévisées, ce qu'il disait de l'interprétation de Schubert était parfait, mais je n'en ai pas entendu l'application dans son chant !
Cependant, j'ai bien aimé (moi qui ai quand même quelques petits côtés puristes...) ces lieder de Schubert avec orchestre.
Ah, voila tout de même que nos avis ne sont pas semblables :-) et joyeuses Pâques !

4. Le jeudi 13 avril 2006 à , par DavidLeMarrec

Sylvie Eusèbe :
Juste un petit mot en retour de ce que vous me dites sur Thomas Quasthoff. Dans le peu que j'ai écouté de lui, je n'en retiens pas du tout une aussi bonne impression que vous.

Vous m'avez piégé. :-) Je suis un peu resté sur ma faim ces derniers temps, mais j'ai une telle estime pour le musicien que j'ai considéré l'ensemble du parcours, même si j'aimerais bien qu'il progresse encore en finesse. Bref, même si aujourd'hui je suis de beaucoup plus loin sa carrière, je tenais à en dire grand bien, parce que les interprètes de cette trempe ne sont pas si nombreux qu'on doive faire la fine bouche.


Son récent CD d'aria de Bach ne m'a pas touchée,


Mais est-ce qu'un CD d'arias de Bach a un sens ? Je suis réfractaire aux récitals avec extraction d'airs, de toute façon. Je n'en possède que très peu, qui sont soit des erreurs de jeunesse (trois, achetées le même jour...), soit des cadeaux. Ces cadeaux sont d'ailleurs choisis avec clairvoyance, et j'écoute ces récitals-là, d'artistes que je révère, et dans exerçant du lied notamment.
Mais le pur récital d'airs d'opéra ou d'oratorio, et vu comme la quintessence du chanteur, ah çà, non ! L'opéra ne prend son sens que dans l'exercice de la légitimité dramatique - non mais.

Evidemment, il en va tout autrement pour les récitals de lied. Mais pourquoi sont-ils, rares intégrales exceptées, aussi peu originaux ? Qui chante la scène de Faust de Schubert, par exemple ? Qui chante Il traditor deluso ? C'est pour cela que l'intégrale Hyperion, malgré la prudence de Graham Johnson, est très précieuse. Celle de DFD/Moore des années 70 est en revanche hystérique dans le plus mauvais sens du terme, et la prise de son qui flatte démesurément la voix ajoute à mon impossibilité de supporter ces disques.


et surtout j'ai été très déçu par ses Schubert avec orchestre dirigé par C. Abbado, puis par un extrait de récital Schubert/Schumann (donné en Suisse), le tout vu et entendu sur Arte.


Eh bien moi, justement, j'avais beaucoup aimé cet Abbado, dans la version de concert passée sur Arte. La variété des couleurs, la force de la voix et de la caractérisation.
Mais pour moi, le plus grand liedersänger d'aujourd'hui - et l'un des plus grands toutes catégories confondues - est incontestablement Matthias Goerne. Il a à la fois le sens du texte et une grande personnalité dans sa manière d'aborder chaque lied. Ses Liederkreis Op.39, sa Schöne Müllerin, son Winterreise (le tout avec Schneider), son Schwanengesang avec Brendel sont pour moi au sommet de la discographie.

Au rang des susprises, la Belle Meunière de Fouchécourt, je ne sais si vous l'avez entendue. Je n'avais jamais entendu l'essence de ce cycle si bien captée, avec un tel naturel, une telle justesse.


J'ai trouvé qu'il avait beaucoup de mal avec ses aigus forte,

Comment cela ? Je n'en ai aucun souvenir, au contraire.

mais surtout que son timbre n'était pas fantastique

Peut-être pas fantastique, mais bougrement solide. Moi j'aime bien, cette rugosité. Mais quoi de plus subjectif qu'un timbre (à part la politique) ?


et je n'ai pas remarqué son "imagination"...

Peut-être pas purement verbale, mais dans la caractérisation.


Pourtant, dans un court interview lors d'une de ces deux émissions télévisées, ce qu'il disait de l'interprétation de Schubert était parfait, mais je n'en ai pas entendu l'application dans son chant !

Problème récurrent en effet, chez tous les artistes. Parler n'est pas faire (et des fois, heureusement !).


Cependant, j'ai bien aimé (moi qui ai quand même quelques petits côtés puristes...) ces lieder de Schubert avec orchestre.

Oui, c'est mignon. Mais moins essentiel. Le quatuor, c'est mieux.


Ah, voila tout de même que nos avis ne sont pas semblables :-) et joyeuses Pâques !

Oui, il y a quelque chose qui cloche, je trouve aussi.

5. Le mardi 18 avril 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Ding-ding-dong ! Puis-je entrer ?

« … et comme me le fait deviner votre remarque, vous redoutez à juste titre une certaine mollesse pour l’accompagnement. »
Hum, je suis bien fâchée de vous décevoir, mais vous me prêtez une longueur de vue que je n’ai pas ! Je m’interrogeais simplement sur une éventuelle version uniquement pour quatuor à cordes parce que je trouve cette formation très liée à Schubert, et je me prenais à rêver du Winterreise dans un tel arrangement…

« Je suis réfractaire aux récitals avec extraction d’airs… »
J’apprécie la puissance de votre souffle… En général je ne cours pas après moi non plus et c’est soit dans le cas d’interprètes que j’affectionne particulièrement (et il y en a très peu) que je souhaite me procurer ce genre de disque, soit pour découvrir une œuvre sans me risquer tout de suite dans l’intégrale.

Le terme de « caractérisation » revient souvent dans vos textes, notamment dans ceux qui parlent du lied. Est-ce que je le comprends bien si je le définis comme la prise de rôle du chanteur quand il se met à la place du ou des personnages ou narrateurs présents dans les poèmes (quand il s’investit des caractères) ?

6. Le mardi 18 avril 2006 à , par DavidLeMarrec

Sylvie Eusèbe de retour dixit :
Ding-ding-dong ! Puis-je entrer ?

Je vous en prie, faites comme chez vous. Le week-end a été bien long. :-)

Hum, je suis bien fâchée de vous décevoir, mais vous me prêtez une longueur de vue que je n’ai pas ! Je m’interrogeais simplement sur une éventuelle version uniquement pour quatuor à cordes parce que je trouve cette formation très liée à Schubert, et je me prenais à rêver du Winterreise dans un tel arrangement…

Je ne connais pas, et je doute que cela existe. Honnêtement, des lieder sans paroles, j'ai essayé, et le mieux est encore l'accompagnement seul, ou à la rigueur un arrangement pour piano.

Mais évidemment, des variations pour quatuor sur Rast, je suis partant !

« Je suis réfractaire aux récitals avec extraction d’airs… »
J’apprécie la puissance de votre souffle…

Je ne suis pas sûr d'avoir saisi. C'est ma formule qui est malheureuse, n'est-ce pas ?

En général je ne cours pas après moi non plus et c’est soit dans le cas d’interprètes que j’affectionne particulièrement (et il y en a très peu) que je souhaite me procurer ce genre de disque, soit pour découvrir une œuvre sans me risquer tout de suite dans l’intégrale.

Dans le premier cas, j'avoue plutôt me pencher vers le lied. Dans le second cas, je ne supporte pas d'entendre des bouts d'air. Ce que vous décrivez est encore différent, puisque ce sont des extraits de l'opéra. Mais sachant que j'ai un faible pour les récitatifs, j'ai peu de chances d'être satisfait.
Néanmoins, si vous avez des récitals intéressants à suggérer, je suis preneur de recommandations !

Le terme de « caractérisation » revient souvent dans vos textes, notamment dans ceux qui parlent du lied. Est-ce que je le comprends bien si je le définis comme la prise de rôle du chanteur quand il se met à la place du ou des personnages ou narrateurs présents dans les poèmes (quand il s’investit des caractères) ?

Ce que vous dites là est juste, la caractérisation est, a priori, plutôt destinée à l'opéra, où l'on désigne par caractérisation la (bonne) capacité d'un chanteur à donner les détails psychologiques de son rôle.
Mais je l'emploie plus largement - je ne crois pas être le seul, j'y prêterai attention - pour désigner la (toujours bonne) capacité d'un chanteur à varier et individualiser les atmosphère.
Par exemple, les différentes étapes du Winterreise de Hans Hotter manquent de caractérisation à mon goût. A l'inverse, DFD dans les années 70 caractérisait parfois jusqu'à une hystérie fatigante.

Je vous rassure, la caractérisation est l'un des points fort de Nathalie. ;-)

7. Le mercredi 19 avril 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Le week-end bien long... Ah la la, si vous me prenez par les sentiments et commencez à appeler N. Stutzmann par son prénom... où va-t-on :-) ?
Sur sa "caractérisation" ce n'est évidemment pas moi qui vous contredirait, et malgré tous vos signes fort agréables, je reconnais que je faiblis un peu ces temps-ci : je dois me re-cultiver un peu pour être capable de renouveler mes "approches musicales" !
Ceci dit, sur les CD d'arias, je ne peux que vous recommander les 2 de... N. Stutzmann justement : celui avec des arias d'opéras rares de Mozart (RCA) et celui d'arias d'opéras de Haendel (toujours chez RCA, coll. "Splendeurs", réédition de l'an passé).
A+, S.

8. Le mercredi 19 avril 2006 à , par DavidLeMarrec

Sylvie Eusèbe dixit :
Le week-end bien long... Ah la la, si vous me prenez par les sentiments et commencez à appeler N. Stutzmann par son prénom... où va-t-on :-) ?

Croyez-moi si vous voulez, mais lundi, je regardais sottement mon écran en me demandant où vous étiez passée. On prend vite de mauvais plis, que voulez-vous.
En fin de journée, j'ai fini par saisir pourquoi. Parce qu'il y avait un pourquoi, tout de même !


Ceci dit, sur les CD d'arias, je ne peux que vous recommander les 2 de... N. Stutzmann justement : celui avec des arias d'opéras rares de Mozart (RCA) et celui d'arias d'opéras de Haendel (toujours chez RCA, coll. "Splendeurs", réédition de l'an passé).

Beau programme pour Haendel, quelques tubes, et pas mal de choses plus rares. Seulement, à l'écoute des extraits sur son site, je trouve la voix vraiment contrainte, toujours aussi engorgée. On dirait vraiment une mezzo qui couvre au maximum pour devenir contralto. Ce n'est pas étonnant qu'on ne l'entende pas en salle, elle ne projette pas. C'est l'une des artistes les moins sonores que je connaisse. C'est dommage, parce que ça donne un aspect affecté à des incarnations qui ne le sont pas exactement... En revanche, le Hanover Band fait un travail extaordinaire de précision, de coloration instrumentale et de... caractérisation sur ces pièces.
Pour le Mozart, j'ai été un peu étonné du titre (et agacé par la guimauve moscovite). Oui, moins fréquents, mais Va, l'error mio palesa n'est pas non plus une rareté absolue. Cela dit, c'est pratique pour repérer le récital par rapport au dernier Garanča, par exemple.

Je n'imaginais pas qu'elle avait enregistré autant. Elle doit avoir des fans alors ? Finalement, le Winterreise fait partie de ce qui me plaît le plus, alors qu'il m'avait laissé dubitatif à la première écoute, et mitigé à la sortie du concert. Il y avait ces côtés agaçants, incontestablement, mais c'était construit et assumé, ce qui n'est pas si fréquent. Ce fut d'ailleurs ma réaction : ici ou là, j'ai été irrité ; force est de reconnaître cependant que la conception est menée jusqu'au bout, avec une vraie cohérence.

Mais ce que je connais de mieux, outre ses Mahler anthologiques (la Deuxième, la Deuxième ! - et les Kinder aussi ;-), indispensables, c'est son Amadigi. En studio, ça passe très bien, et le rôle est admirablement ciselé, tout particulièrement la grande tenue déclamatoire des récitatifs.

J'entends en ce moment même sa Deuxième avec Ozawa. Moins en forme vocalement peut-être que ce que j'ai entendu avec Graf, mais, sans doute est-ce le voisinage artistique bien plus inspirant (ce hautbois !), c'est encore plus exceptionnel (et pourtant, quel souvenir...), je suis bouleversé à la première syllabe. Le texte est façonné avec une précision incroyable. Je suis très fan de cette Stutzmann-là ! Le côté enveloppant en moins, ça me fait furieusement penser à Goerne - impossible de faire plus généreux compliment.
On peut aussi songer à Fassbaender pour les passages vibrés, mais c'est encore plus varié et personnel, avec ces motifs non vibrés... Une Leçon, vraiment.

Je craignais ne jamais réentendre un Urlicht de ce niveau, et je ne me voyais pas acheter une Deuxième sans savoir où je mettais les pieds en qualité de son et en inspiration d'Osawa, qui alterne entre le génial et l'esthétique peu profond, suivant les répertoires. Je n'osais pas non plus me confronter à mes souvenirs de concert, surtout lorsqu'on sollicite l'artiste à une date antérieure. Eh bien, je ne regrette pas le voyage ! Lorsque je me ruinerai un peu moins en partitions d'oeuvres de tâcherons jamais joués, je crois je me précipiterai sur ce disque !


P.S. : Jusqu'à présent, la requête la plus fréquente pour aboutir sur ce site était "Mireille Delunsch". Je sens que les temps changent...

9. Le vendredi 21 avril 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Hello David, je ne vous oublie pas mais là je suis un peu débordée !!! Tout de même, voyons, lundi soir, c'était Tosca non ? Bonne fin de semaine à vous ! S.

10. Le vendredi 21 avril 2006 à , par DavidLeMarrec

[Ecrase une larme.]
C'est beau, la France au travail.

Non, lundi soir ce n'était pas Tosca, pour deux excellentes raisons :
- je l'ai déjà vu plusieurs fois (dont au cinéma)
- je n'ai pas la télévision .

Mais si vous voulez en causer, à l'occasion, prenez le bout de fil qu'il vous plaira, et nous en causerons.

Bon courage !

11. Le mardi 25 avril 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Cher David, où les interprétations insolites nous mènent-elles ?

Je suis contente que vous soyez allé faire un tour sur le site de Nathalie Stutzmann, et ayez constaté la richesse de son répertoire, vraiment très étendu pour… une vraie contralto ! (Votre «une mezzo qui couvre au maximum pour devenir contralto » ne passe vraiment pas :-) !)
Nathalie Stutzmann est sans aucun doute possible une contralto (l’avez-vous entendu parler ?), mais son ambitus est tellement large qu’elle semble capable de chanter certains rôles de mezzo.
Je ne reviendrai pas sur vos autres remarques, et même si je ne les partage pas toutes (!), je comprends qu’elles puissent venir à l’esprit. Néanmoins, lorsque que vous dites à propos de la 2ème de Mahler : « je suis bouleversé à la première syllabe », je comprends plus que parfaitement. Dans un tout autre genre bien sûr, le premier mot (Es) de son deuxième air de la récente Saint Jean était de cette trempe ! (Et merci pour le rapprochement avec M. Goerne, je sens bien toute la grandeur du compliment que vous lui faites-là !)

Que vous citiez Amadigi est une bonne chose, non seulement pour cet opéra qui ne semble pas vraiment sortir de l’ombre (alors qu’il y a de très jolis moments), mais aussi bien sûr pour la contralto pleine de noblesse, dont c’est le premier enregistrement d’opéra réalisé 1989 (l’enregistrement de Il Triomfo del Tempo e del Disinganno date de 1988, mais je ne pense pas qu’on puisse le considérer comme un opéra). Il lui a fallu attendre plus de 10 ans pour se voir proposer un autre enregistrement d’opéra baroque, La Verità in Cimento de Vivaldi (2002), c’est tout à fait incompréhensible.

J’attire votre attention sur cet enregistrement parce que je le trouve vraiment extraordinaire d’un bout à l’autre. Nathalie Stutzmann est une Damira complètement déchaînée, elle est magnifique d’énergie et de souplesse ! Quel chemin parcouru depuis Amadigi… Si on ne sait pas ce qu’est la jalousie, écoutons son premier aria « Vorrei veder anch’io » ! Ça décoiffe !!!

Les autres chanteurs me semblent bien à leur place, A. Rolfe Johnson avec un parlé un peu nonchalant (qui heureusement va bien avec son rôle) et au timbre si personnel est encore très attirant malgré une voix maintenant un peu âgée, et bien sûr, il y a Ph. Jaroussky… Ah que j’aime cette voix pourtant si aiguë ! Il tombe du ciel et ne semble pas bien comprendre ce qui lui arrive sur terre, tellement sa générosité est presque irréelle…

Les cordes de l’Ensemble Matheus sont agressives à souhait quand il le faut, mais peuvent être d’une grande douceur et sont toujours légères (même si les graves grattent merveilleusement !). Et vous qui aimez les récitatifs, voilà un opéra qui doit vous plaire. De leur côté, les airs sont tous superbes, le trio et le quintette : sublimes. Je n’ai pas souvenir d’avoir été aussi enthousiaste à la découverte d’une autre œuvre de ce genre, et à chacune de ses réécoutes. Profonde jubilation et grande vitalité, voilà enfin cette musique de Vivaldi comme je rêvais de l’entendre, merci à J-C Spinosi !

Bon, j’arrête là : que va-t-on penser de ce Vivaldi qui se cache chez Schubert ?

PS : lundi soir ? non, non, je ne vois toujours pas...

12. Le mardi 25 avril 2006 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie, et merci de passer en dépit de tout !

"Je suis contente que vous soyez allé faire un tour sur le site de Nathalie Stutzmann, et ayez constaté la richesse de son répertoire, vraiment très étendu pour… une vraie contralto ! (Votre «une mezzo qui couvre au maximum pour devenir contralto » ne passe vraiment pas :-) !)"

Il y aurait un moyen très simple de nous départager, c'est de connaître son étendue exacte et de l'entendre sur ces notes. Mais là où ce n'est pas juste, c'est que vous avez quelques longueurs d'avance sur l'exercice !


"Nathalie Stutzmann est sans aucun doute possible une contralto (l’avez-vous entendu parler ?),"

Ca ne prouve rien, on peut prendre une basse pour un ténor, avec la voix parlée, ou un baryton pour une basse, pour transcrire des exemples qui me viennent à l'esprit. Et chez les chanteurs lyriques, la voix parlée est souvent déformée.


"mais son ambitus est tellement large qu’elle semble capable de chanter certains rôles de mezzo."

Je vous accorderai que je la vois mal en Eboli. :-)


"Je ne reviendrai pas sur vos autres remarques, et même si je ne les partage pas toutes (!), je comprends qu’elles puissent venir à l’esprit. Néanmoins, lorsque que vous dites à propos de la 2ème de Mahler : « je suis bouleversé à la première syllabe », je comprends plus que parfaitement. Dans un tout autre genre bien sûr, le premier mot (Es) de son deuxième air de la récente Saint Jean était de cette trempe ! (Et merci pour le rapprochement avec M. Goerne, je sens bien toute la grandeur du compliment que vous lui faites-là !)"

Pour le lied, je ne saurais en faire de beaucoup plus grand, et son interprétation de cette Deuxième est en effet toute exceptionnelle.


"Que vous citiez Amadigi est une bonne chose, non seulement pour cet opéra qui ne semble pas vraiment sortir de l’ombre (alors qu’il y a de très jolis moments), mais aussi bien sûr pour la contralto pleine de noblesse, dont c’est le premier enregistrement d’opéra réalisé 1989 (l’enregistrement de Il Triomfo del Tempo e del Disinganno date de 1988, mais je ne pense pas qu’on puisse le considérer comme un opéra)."

Au sens strict, c'est un oratorio : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2006/04/21/203-opera-oratorio-cantate-passion-messe-motet-requiem-et-autres-genres-lyriques-vocaux-difference . Mais on peut parler d'un enregistrement d'opéra, de façon assez générique.


"Il lui a fallu attendre plus de 10 ans pour se voir proposer un autre enregistrement d’opéra baroque, La Verità in Cimento de Vivaldi (2002), c’est tout à fait incompréhensible."
Peut-être pas du fait de la concurrence, d'autres faux contraltos tout à fait exceptionnels circulent : Della Jones, Anne-Sofie von Otter, Maria Mijanovic, Marie-Nicole Lemieux...
Ne pas oublier non plus la nouvelle mode des contre-ténors dans les rôles de castrats, ça se vend mieux...


"J’attire votre attention sur cet enregistrement parce que je le trouve vraiment extraordinaire d’un bout à l’autre. Nathalie Stutzmann est une Damira complètement déchaînée, elle est magnifique d’énergie et de souplesse ! Quel chemin parcouru depuis Amadigi… Si on ne sait pas ce qu’est la jalousie, écoutons son premier aria « Vorrei veder anch’io » ! Ça décoiffe !!!"

Bon, il va falloir que j'affronte héroïquement un nouveau Vivaldi... Je suis dans l'Olimpiade (très réussie), en ce moment : Vivaldi, Pergolesi, Cimarosa.


"Les autres chanteurs me semblent bien à leur place, A. Rolfe Johnson avec un parlé un peu nonchalant (qui heureusement va bien avec son rôle) et au timbre si personnel est encore très attirant malgré une voix maintenant un peu âgée, et bien sûr, il y a Ph. Jaroussky… Ah que j’aime cette voix pourtant si aiguë ! Il tombe du ciel et ne semble pas bien comprendre ce qui lui arrive sur terre, tellement sa générosité est presque irréelle…"

Il a en outre fait de gros progrès, notamment en caractérisation :-) et en homogénéité. Tout le monde annonçait la catastrophe en Rinaldo, bien trop grave, et probablement à peine audible. Eh bien rien de tout cela, c'était d'une justesse expressive et d'une générosité vocale accomplies. Tout au plus pourrait-on espérer un italien un rien plus idiomatique.

Quant à Rolfe-Johnson, j'ai toujours beaucoup aimé, d'Orfeo à Grimes, c'est tentant.


"Les cordes de l’Ensemble Matheus sont agressives à souhait quand il le faut, mais peuvent être d’une grande douceur et sont toujours légères (même si les graves grattent merveilleusement !)."

Le pauvre Spinosi c'est fait une réputation d'hystérie surfaite. Je ne connais pas d'enregistrement intégral de lui, et je conçois fort bien ce reproche. Néanmoins, je le trouve, à vue de nez, bien exagéré.


"Et vous qui aimez les récitatifs, voilà un opéra qui doit vous plaire."

D'habitude, pourtant, le seria et Vivaldi en particulier ne sont pas fort de ce côté-là. Qu'ont-ils de si exceptionnels ? Peut-être est-ce le feu des interprètes ?


"De leur côté, les airs sont tous superbes, le trio et le quintette : sublimes. Je n’ai pas souvenir d’avoir été aussi enthousiaste à la découverte d’une autre œuvre de ce genre,"

C'est-à-dire ? Un opéra seria de cette époque ?


"et à chacune de ses réécoutes. Profonde jubilation et grande vitalité, voilà enfin cette musique de Vivaldi comme je rêvais de l’entendre, merci à J-C Spinosi !"

Bien, bien, je tenterai cela, dans ce cas.


"Bon, j’arrête là : que va-t-on penser de ce Vivaldi qui se cache chez Schubert ?"

Que ça ne fait pas sérieux ? Qu'importe !


"PS : lundi soir ? non, non, je ne vois toujours pas..."

A mon tour de ne plus rien comprendre... Je croyais qu'il y avait Tosca ?

13. Le mardi 2 mai 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Cher David, ne faut-il pas cent fois remettre l’ouvrage sur le métier ?

La définition généralement admise pour la tessiture de contralto donne comme extrémités à l’ambitus le sol 2 et le sol 4. Je suis parfaitement incapable de situer Nathalie Stutzmann par rapport à cette définition… je suis irrémédiablement et désespérément bien loin de l’oreille absolue ! Cependant je suis certaine que sur la dernière note de « La Jeune Fille et la Mort » (ah là c’est bien du Schubert…), Nathalie Stutzmann chante la note la plus grave qu’elle a atteinte au disque. Quant à la plus haute, j’ai naturellement plus de mal à l’entendre, mais j’ai l’impression qu’il faut chercher sa note « la plus aiguë » dans la mélodie, peut-être chez Debussy (Chansons de Bilitis ?).

Je reconnais que ma référence à la hauteur de sa voix parlée n’est pas une preuve de sa tessiture de contralto, c’est tout au plus un indice. Mais cette voix parlée si particulière me semble tout de même à rapprocher de la tessiture de cette même voix chantée. Si vous le souhaitez, vous pouvez écouter la voix parlée de Nathalie Stutzmann dans 2 émissions de radio disponibles sur le net :
- sur le site d’Europe 1, émission « Zig-Zag » de D. Schick du 02/10/2005,
- sur le site de la Radio Suisse Romande, Espace 2, émission « Comme il vous plaira » de Charles Sigel du 01/07/2005.
A titre d’anecdote pour souligner la rareté de cette voix parlée, je n’ai entendu qu’une seule fois une autre femme avec une voix aussi grave que celle de N. Stutzmann ; c’était au téléphone, dans le cadre de mon travail (donc rien à voir avec la musique). Je ne m’attendais tellement pas à ce timbre que les quelques secondes de silence que j’ai eu avant d’engager la conversation ont dû paraîtrent bien étranges à mon interlocutrice !

Bon, mais pour revenir à la tessiture de contralto et à une tentative de définition : il me semble que les notes que la chanteuse peut faire (ou non) ne suffisent pas à la détermination de sa tessiture. Cette définition purement « technique » serait hélas trop simple pour nous mettre d’accord :-) ! Dans la reconnaissance de cette tessiture chez une chanteuse, son timbre intervient peut-être même plus encore que la sèche constatation de son ambitus. Et là, force est de reconnaître que nous ne sommes plus devant un moyen objectif, mais que nous voguons en pleine subjectivité… Alors le recours aux exemples s’impose, mais je ne connais pas toutes les contraltos de la Terre :-) !

Justement, dans les chanteuses que vous me citez, je n’ai jamais entendu Della Jones. Sinon, je suis assez stupéfaite que vous puissiez rapprocher Anne Sofie von Otter de Marijana Mijanovic ! Indépendamment de leurs tessitures respectives, je ne peux pas imaginer que la différence de leur timbre ne caractérise pas pour vous ce qui, à note égale, distingue la mezzo-soprano de la contralto. Quant à Marie-Nicole Lemieux, je ne l’ai écoutée que rapidement dans de la mélodie française, je peux juste dire que son timbre l’a, pour moi, immédiatement rapprochée de la mezzo plutôt que de la contralto…
Je vais essayer d’expliquer ce qui me semble relever du timbre de contralto. Après avoir dit que c’est une voix nécessairement grave (le contraire d’aigu !), c’est une voix grave (empreinte de gravité…). Le timbre est sombre, émouvant, profond ; la voix est pausée, calme, noble, ample, digne.
Par rapport à toutes les autres tessitures féminines, le contralto présente une différence révélatrice pour mon oreille mélomane mais peu musicale : je reconnais une contralto, c'est-à-dire de quelle chanteuse il s’agit. Elles ont toutes un timbre bien à elles, il permet de les identifier à coups sûr. Ce n’est pas le cas de toutes les mezzos et encore moins des sopranos. Je vais sans doute vous faire hurler, mais hier j’ai regardé un concert avec Renée Fleming… si je l’écoute tous les jours pendant un an, je suis bien certaine de ne pas reconnaître sa voix même au bout de tout ce temps !

Après la « référence absolue » qu’est Kathleen Ferrier, les illustres Christa Ludwig et Janet Baker, contralto dans Bach ou Beethoven pour la première, Gluck ou Mendelssohn pour la seconde, n’ont pas des timbres très proches de ceux des contraltos actuelles. Par comparaison, ils semblent moins «extra-ordinaires » et leurs voix sont moins personnelles, même si elles sont magnifiques… c’est peut-être une question de mode.
Les contraltos en activité les plus « évidentes » sont pour moi Lina Mkrtchyan et Hilary Summers. Cette dernière a une voix qui « fait tellement grave » qu’on peut la prendre pour une voix d’homme ce qui est presque dérangeant… Nathalie Stutzmann, Marijana Mijanovic et Sara Mingardo sont clairement des contraltos, chacune dans un genre qui lui est propre. Le « cas » de Brigitte Fassbeander est moins simple : elle chante sans problème des rôles de mezzo (Octavian du Rosenkavalier, Azucena) mais son timbre la fait pencher vers la contralto (Le Chant de la terre). Il est d’ailleurs révélateur de constater que sur les livrets de ses CD, elle est tantôt notée comme mezzo, tantôt comme contralto, au gré de ce qui est demandé par le compositeur…
Certaines mezzos comme Maria José Trullu ou Marina Comparato flirtent avec le contralto (on parle alors de « mezzo masculin »), mais sont trop claires pour évoquer totalement ce timbre, quant à Anne Sofie von Otter, elle n’a vraiment pas les couleurs d’une contralto, sa voix me semble bien trop légère pour ça.

Pour revenir à Nathalie Stutzmann, je n’ai jamais douté de sa tessiture de contralto, elle possède bien un timbre qui « la classe » parmi ces chanteuses. Elle possède également un ambitus exceptionnellement ample, ce qui fait dire à certains qu’elle peut chanter des rôles de mezzo. Pour la Princesse Eboli je ne sais pas, mais en tout cas, elle chante certains airs de Carmen, et on m’assure que, pour peu qu’elle le veuille, elle serait capable de chanter le rôle de Xerxès dont elle a déjà l’« Ombra mai fù » à son répertoire.

Bon, je n’ai pas la prétention de vous avoir convaincu, mais je serais heureuse si vous avez cerné ce qui me fait être certaine de la tessiture de contralto de Nathalie Stutzmann :-) !

Un petit mot sur les récitatifs de « La Verità in cimento ». Ils sont fort nombreux et souvent longs ; ce sont de véritables petits dialogues pendant lesquels les protagonistes discutent âprement, c’est pourquoi ils sont très expressifs et… attractifs.
Je reconnais que l’on puisse penser à l’hystérie à propos de Spinosi. Je le ressens plutôt comme violent mais jubilatoire, et attention, je n’ai pas dis sadique :-) (le joli titre d’une critique sur cet opéra disait pourtant : « Laissez-vous brutaliser »…). Il y a surtout un plaisir sincère et évident dans les déchaînements des cordes ; une énergie incroyable circule et se transmet à l’auditeur pour sa plus grande joie !

14. Le mardi 2 mai 2006 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie !

Je viens de perdre l'ensemble de ma réponse détaillée à la suite d'un blocage en chaîne : navigateur + presse-papier + redémarrage avant sauvegarde du traitement de texte + plantage du logiciel de sauvegarde qui tourne en permanence.

Je vous réponds donc bientôt - bien que moins tôt que prévu, du coup.

15. Le lundi 15 mai 2006 à , par DavidLeMarrec

Ce ne sera pas ce matin non plus, je le crains...

16. Le lundi 15 mai 2006 à , par Sylvie Eusèbe

C'est très gentil à vous de m'avertir que vous n'oubliez pas les contraltos :-) ! Bon courage avec les problèmes informatiques et à bientôt. S.

17. Le vendredi 19 mai 2006 à , par DavidLeMarrec

Me revoici, avec mes excuses pour le (très long) délai. J’ai traversé une période très chargée, et je m’en voulais de bâcler notre conversation. Ai-je eu raison, je ne sais.


Cher David, ne faut-il pas cent fois remettre l’ouvrage sur le métier ?

Mais je vous en prie, faites !


La définition généralement admise pour la tessiture de contralto donne comme extrémités à l’ambitus le sol 2 et le sol 4.

Les contraltos peuvent généralement descendre plus bas, mais c'est bien cela.


Je suis parfaitement incapable de situer Nathalie Stutzmann par rapport à cette définition… je suis irrémédiablement et désespérément bien loin de l’oreille absolue ! Cependant je suis certaine que sur la dernière note de « La Jeune Fille et la Mort » (ah là c’est bien du Schubert…), Nathalie Stutzmann chante la note la plus grave qu’elle a atteinte au disque. Quant à la plus haute, j’ai naturellement plus de mal à l’entendre, mais j’ai l’impression qu’il faut chercher sa note « la plus aiguë » dans la mélodie, peut-être chez Debussy (Chansons de Bilitis ?).

Eh bien, l'idéal serait que vous puissiez me communiquer ces extraits, pour j'identifie la hauteur, parce qu'évidemment, ça peut tout à fait être transposé (peut-être moins le Debussy).


Je reconnais que ma référence à la hauteur de sa voix parlée n’est pas une preuve de sa tessiture de contralto, c’est tout au plus un indice. Mais cette voix parlée si particulière me semble tout de même à rapprocher de la tessiture de cette même voix chantée. Si vous le souhaitez, vous pouvez écouter la voix parlée de Nathalie Stutzmann dans 2 émissions de radio disponibles sur le net :
- sur le site d’Europe 1, émission « Zig-Zag » de D. Schick du 02/10/2005,
- sur le site de la Radio Suisse Romande, Espace 2, émission « Comme il vous plaira » de Charles Sigel du 01/07/2005.

Merci ! Mais comme je vous le disais, je ne suis pas convaincu du critère. Je connais des basses qui ont une voix parlée de ténor (c'est plus aisé, certes) et des barytons qui ont une voix parlée de basse.


A titre d’anecdote pour souligner la rareté de cette voix parlée, je n’ai entendu qu’une seule fois une autre femme avec une voix aussi grave que celle de N. Stutzmann ; c’était au téléphone, dans le cadre de mon travail (donc rien à voir avec la musique). Je ne m’attendais tellement pas à ce timbre que les quelques secondes de silence que j’ai eu avant d’engager la conversation ont dû paraîtrent bien étranges à mon interlocutrice !

Il est sûr que ce peut être un indicateur sur les possibilités de la voix dans le grave, mais ce n'est pas forcément significatif sur le vrai centre de gravité de la voix.

Avait-elle parlé lors de son Winterreise ? Il me semble, mais comme la voix est chaude, ça sonne tout de suite plus timbré, donc potentiellement plus chargé en harmoniques graves.


Bon, mais pour revenir à la tessiture de contralto et à une tentative de définition : il me semble que les notes que la chanteuse peut faire (ou non) ne suffisent pas à la détermination de sa tessiture. Cette définition purement « technique » serait hélas trop simple pour nous mettre d’accord :-) !

Je me pose de plus en plus la question à ce sujet. En théorie, on devrait considérer qu’il y a une question de couleur, mais à ce compte-là, qui sont les vrais contraltos depuis que le disque existe ? Ferrier, Forrester, Watkinson, Podles (mais qui est aussi mezzo) – et Michel si on est généreux.
C’est pourquoi je finis par me tourner vers la seule tessiture.


Justement, dans les chanteuses que vous me citez, je n’ai jamais entendu Della Jones. Sinon, je suis assez stupéfaite que vous puissiez rapprocher Anne Sofie von Otter de Marijana Mijanovic ! Indépendamment de leurs tessitures respectives, je ne peux pas imaginer que la différence de leur timbre ne caractérise pas pour vous ce qui, à note égale, distingue la mezzo-soprano de la contralto.

J’étais en plein délire lorsque j’écrivais que Marijana Mijanovic était mezzo, je crois.


Quant à Marie-Nicole Lemieux, je ne l’ai écoutée que rapidement dans de la mélodie française, je peux juste dire que son timbre l’a, pour moi, immédiatement rapprochée de la mezzo plutôt que de la contralto…

C’est ce qu’on dit, mais elle tient tout de même des rôles assez grave avec une belle assurance.


Je vais essayer d’expliquer ce qui me semble relever du timbre de contralto. Après avoir dit que c’est une voix nécessairement grave (le contraire d’aigu !), c’est une voix grave (empreinte de gravité…). Le timbre est sombre, émouvant, profond ; la voix est pausée, calme, noble, ample, digne.
Par rapport à toutes les autres tessitures féminines, le contralto présente une différence révélatrice pour mon oreille mélomane mais peu musicale : je reconnais une contralto, c'est-à-dire de quelle chanteuse il s’agit. Elles ont toutes un timbre bien à elles, il permet de les identifier à coups sûr.

Il faut dire qu’elles sont peu nombreuses, celles qui s’imposent. Et surtout, leur voix est plus proche d’une étendue de voix parlée, ce qui les rend plus naturelles, plus identifiables.


Ce n’est pas le cas de toutes les mezzos et encore moins des sopranos. Je vais sans doute vous faire hurler, mais hier j’ai regardé un concert avec Renée Fleming… si je l’écoute tous les jours pendant un an, je suis bien certaine de ne pas reconnaître sa voix même au bout de tout ce temps !

La voix de Renée Fleming a quelque chose d’assez insaisissable, comme si une sorte de sirop enveloppait tout (diction comprise, hélas) ; il est vrai que moi aussi, je la reconnais plus à son style qu’à son timbre, qui m’est assez abstrait.


Après la « référence absolue » qu’est Kathleen Ferrier, les illustres Christa Ludwig et Janet Baker, contralto dans Bach ou Beethoven pour la première, Gluck ou Mendelssohn pour la seconde, n’ont pas des timbres très proches de ceux des contraltos actuelles.

Le point est délicat. Christa Ludwig et Janet Baker ne sont pas des contraltos, pas du tout.

Par tradition, on désigne, dans une messe, l’interprète par le nom de la partie qui lui échoit, et non selon sa propre tessiture.
A ce propos, je parle d’alto pour les voix d’homme et pour les parties de messes ou de lieder ; de contralto pour les chanteuses elles-mêmes. Mais c’est un code tout personnel, les deux termes sont simplement d’origine linguistique différentes, mais signifient la même chose – un contralto n’est pas un alto plus grave.

Christa Ludwig est un mezzo-soprano dramatique doté de beaucoup d’aigu ; elle a notamment chanté à la scène des rôles de mezzo à contre-ut comme Eboli (qui culmine à l’ut bémol et atteint fréquemment le si bémol), mais aussi des rôles de soprano dramatique comme Leonore, Ariadne, la scène finale du Götterdämmerung, die Färberin !
Quant à Janet Baker, elle a chanté Orfeo de Gluck, en effet – mais c’est un rôle de mezzo –, mais aussi Alceste (rôle de mezzo très tendu dans l’aigu) ou même Vitellia (certes en gommant les suraigus).

Les contraltos actuels sont en outre spécialisés dans le baroque, ce qui ne facilite pas la comparaison.


Par comparaison, ils semblent moins «extra-ordinaires » et leurs voix sont moins personnelles, même si elles sont magnifiques… c’est peut-être une question de mode.

Question d’habitude, sans doute. Je connais des gens qui trouvent Christa Ludwig immédiatement reconnaissable, alors que je trouve sa voix peu personnelle, un peu lisse, sa prononciation des langues comme abstraite. Mais si elles sont moins extraordinaires en tant que contralto, c’est normal.


Les contraltos en activité les plus « évidentes » sont pour moi Lina Mkrtchyan et Hilary Summers. Cette dernière a une voix qui « fait tellement grave » qu’on peut la prendre pour une voix d’homme ce qui est presque dérangeant… Nathalie Stutzmann, Marijana Mijanovic et Sara Mingardo sont clairement des contraltos, chacune dans un genre qui lui est propre.

Je connais les deux premières de nom, et j’ai lu le plus grand bien de la première, mais je ne saurais en dire plus. A propos des voix ambiguës, celle de Sonia Prina est assez stupéfiante ; on discute beaucoup sur son statut de contralto à cause d’une étendue paraît-il courte dans le grave comme dans l’aigu, mais pour ce qui est de la couleur, sans l’ombre d’une hésitation, c’est celle d’un contralto ! Elle fait une très belle carrière dans des seconds rôles, mais c’est peut-être là la conséquence de sa vocalisation décrite comme correcte et de sa tessiture réduite. Je n’ai rien noté de tout cela, mais comme il s’agissait de seconds rôles moins exigeants, justement, on tourne en rond…

Quant aux trois dernières, à part Marijana Mijanovic, je me doute que ce doit être le cas – en tout état de cause elles n’ont pas d’aigu et pas beaucoup de médium, dirai-je méchamment. Mais une voix grave qui ne parvient pas à projeter convenablement, est-ce vraiment une voix qui a des ressources de contralto ? J’ai des doutes, mais je ne suis pas dans le secret des dieux, il faudrait entendre la voix pendant qu’elle travaille.


Le « cas » de Brigitte Fassbeander est moins simple : elle chante sans problème des rôles de mezzo (Octavian du Rosenkavalier, Azucena) mais son timbre la fait pencher vers la contralto (Le Chant de la terre). Il est d’ailleurs révélateur de constater que sur les livrets de ses CD, elle est tantôt notée comme mezzo, tantôt comme contralto, au gré de ce qui est demandé par le compositeur…

Sur ce point, c’est ce que je vous disais plus haut, c’est une question de convention, pas de tessiture.

Ici aussi, aucun doute possible, Brigitte Fassbaender est mezzo, c’est même le mezzo type. Ocatvian et Azucena, oui, mais aussi Amnéris et Brangäne, tous des rôles qui rivialisent avec les sopranes. Un vrai mezzo dramatique. Le timbre est extrêmement charnu, mais le grave reste discret. Je suis d’accord sur la plénitude du médium qui fait penser au contralto, mais ce n’est pas tenable en termes de tessiture ni de couleur. C’est plus rond que profond, et les caractéristiques des registres sont celles d’une mezzo : grave discret mais timbré, médium intense, aigu large et glorieux.


Certaines mezzos comme Maria José Trullu ou Marina Comparato flirtent avec le contralto (on parle alors de « mezzo masculin »), mais sont trop claires pour évoquer totalement ce timbre, quant à Anne Sofie von Otter, elle n’a vraiment pas les couleurs d’une contralto, sa voix me semble bien trop légère pour ça.


Anne Sofie von Otter, elle aussi, a chanté des rôles aigus comme Alceste (un peu dur, mais pour tout le monde). La voix est très légère, et plus sopranisante que contraltisante, incontestablement. Une mezzo demi-caractère, comme Teresa Berganza, Angelika Kirchschlager ou Elina Garanča.


Pour revenir à Nathalie Stutzmann, je n’ai jamais douté de sa tessiture de contralto, elle possède bien un timbre qui « la classe » parmi ces chanteuses.

Je le sens très forcé. Ce qui est symptômatique, c’est tout de même que le son ne sort pas. On dirait un baryton qui veut jouer les basses (pour ne pas dire un ténor). Elle a les notes, mais si elle ne peut pas les extraire, est-ce vraiment un contralto ? Peut-être (car l’aigu non plus n’est pas bien projeté), mais il y a là une carence technique importante, surtout pour du chant lyrique ! Pourtant, sa mère qui l’a, sauf erreur, formée, passe pour une très bonne prof de chant, qui a paraît-il ses têtes, mais qui serait très efficace.


Elle possède également un ambitus exceptionnellement ample, ce qui fait dire à certains qu’elle peut chanter des rôles de mezzo.

Je n’en doute pas. Vous donnez deux exemples plus perfides que tous ceux que j’aurais pu aller chercher :

Pour la Princesse Eboli je ne sais pas, mais en tout cas, elle chante certains airs de Carmen, et on m’assure que, pour peu qu’elle le veuille, elle serait capable de chanter le rôle de Xerxès dont elle a déjà l’« Ombra mai fù » à son répertoire.

Eboli, certainement pas ! Déjà que ce n’est pas à la portée de tous les mezzos ! Et il faut avoir de l’arrogance, tout le contraire de la discrétion de Nathalie.
Carmen, bien sûr (mais ça ne monte pas haut du tout), et Xerxès est un rôle qui a largement été chanté par des contraltos (Carolyn Watkinson notamment), c’est un rôle de mezzo très grave ou de contralto léger. Disons mezzo baroque, ce qui correspondrait à un contralto romantique.


Bon, je n’ai pas la prétention de vous avoir convaincu, mais je serais heureuse si vous avez cerné ce qui me fait être certaine de la tessiture de contralto de Nathalie Stutzmann :-) !

Je l’ai bien compris, mais concernant la couleur, le répertoire, l’aisance, la projection, je reste dubitatif.
Sur l’étendue, vous avez très certainement raison et je me range bien volontiers à vos arguments. Manière de ne pas perdre totalement la face, je l’appellerai cependant mesquinement « alto » (qualificatif que je réserve généralement aux sopranes et mezzos en fin de carrière qui chantent des rôles sans aigus ni graves :-).


Un petit mot sur les récitatifs de « La Verità in cimento ». Ils sont fort nombreux et souvent longs ; ce sont de véritables petits dialogues pendant lesquels les protagonistes discutent âprement, c’est pourquoi ils sont très expressifs et… attractifs.

C’est intéressant ! Parce que dans les Vivaldi que j’avais entendu, ce n’était pas passionnant pour deux sous, vraiment du remplissage. Il faut dire que je raffole de la tragédie lyrique, ce qui ne facilite pas mes exigences de ce côté-ci.


Je reconnais que l’on puisse penser à l’hystérie à propos de Spinosi. Je le ressens plutôt comme violent mais jubilatoire, et attention, je n’ai pas dis sadique :-) (le joli titre d’une critique sur cet opéra disait pourtant : « Laissez-vous brutaliser »…). Il y a surtout un plaisir sincère et évident dans les déchaînements des cordes ; une énergie incroyable circule et se transmet à l’auditeur pour sa plus grande joie !

Je n’ai pas énormément entendu Spinosi. Mais les critiques que j’ai lues (de la part de gens très sévères) me semblaient dépasser le raisonnable. Il y a une exubérance démesurée, c’est incontestable, et tout cela va dans le sens d’une certaine esthétique hystérisante de l’interprétations sur instruments d’époque – les premières Quatre Saisons de Biondi, le règne de Minkowski sur l’opéra, etc. Est-ce une vision démagogique de la musique baroque, une perception très contemporaine de ces œuvres, un fourvoiement ? Je l’ignore, en tout cas, ça fonctionne bien. Spinosi est à la limite de faire du Lachenmann ou du Koskinen ; on est plus proche du Quatuor Arditti que des Passions selon Mendelsohn. Personnellement, ça ne me dérange pas ; il faut simplement tester ma résistance sur la longueur.


Voilà pour la suite des aventures contraltifiées. A vous !

18. Le mardi 23 mai 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Un grand merci pour cette réponse si détaillée :-) ! Laissez-moi le long week-end de l'Ascention pour vous (d)écrire mes réactions, mais je crains que vous ayez déjà prévu beaucoup de mes arguments ! S.

19. Le mercredi 24 mai 2006 à , par DavidLeMarrec

Il m'a fallu longtemps pour vous la restituer, mais elle est là !

J'affûte mes baïonnettes en attendant.

20. Le lundi 5 juin 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Bonjour David ! Je n’ai pas tenu ma promesse et l’Ascension c’est transformée en Pentecôte ! Mille excuses.

Je vous remercie pour le « généreux diplôme de contralto honoris causa » que vous avez décerné au nom de DLM Ier… Comme il est précisé que cette décision « n’est sujette à aucune contestation », je ne ferai pas de commentaire :-) !

Non, je suis certaine que lors du Winterreise de Bordeaux, N. Stutzmann n’a fait « que » chanter… Comme il n’y a pas eu de bis, elle n’a rien eu besoin de dire ! Bon, mais peut-être que vous avez été lui faire signer le programme dans le hall après le récital ? Et là, elle a été généreuse en mots… parlés :-) !

Il est vrai que la définition de la contralto qui s’appuie sur la couleur est difficile puisque cette notion est grandement subjective. Pourtant, se baser sur la seule tessiture me semble un peu réducteur car les mezzos ont parfois les mêmes notes graves que les contraltos… Mais je reconnais que ce n’est pas facile, et on voit bien que nous devons recourir au cas par cas.
On sent également que le répertoire n’est pas un indicateur très fiable… Mais quel est selon vous celui qui serait typiquement pour contralto ?

« … leur voix est plus proche d’une étendue de voix parlée, ce qui les rend plus naturelles, plus identifiables. »
C’est intéressant pour expliquer de la plus grande facilité à les reconnaître par rapport aux sopranos, par exemple.

Merci pour le « timbre abstrait » de Renée Fleming. Cela me rassure un peu que vous ne puissiez pas vous accrocher à sa voix « insaisissable » : la promotion et la médiatisation bien organisées finiraient presque par me faire douter de mes opinions… parfois ;-) !

Votre différentiation des termes « alto » et « contralto » est en effet personnelle, mais elle est claire. Mon dictionnaire préféré (Le Larousse de la Musique) définit la voix d’alto comme celle qui est entre la voix supérieure (pas très précis comme terme..) et le ténor. Cette partie se notant en clef d’ut 3ème ligne, elle s’est appelée « contratenor altus » qui a donné par contraction « contralto », la voix de femme la plus grave… Si j’ai pu tenter de définir ce qu’est la voix de contralto pour moi, je ne sais que dire de l’alto…

Je ne reviens pas sur les différentes chanteuses que nous avons évoquées. Je n’ai pas votre connaissance des répertoires et j’apprécie particulièrement vos précisions à ce sujet :-) ! Cependant, je doute qu’une voix de contralto puisse se définir aussi par une projection nécessairement « convenable ». Ce qui semble très troublant avec N. Stutzmann, c’est que sa voix peut en effet parfois mal passer un orchestre, mais que si elle n’est pas « forte », en revanche, elle porte loin. Je l’ai expérimenté tout à fait par hasard : bien que l’acoustique ait joué là un rôle important, je l’ai entendue (et reconnue) alors qu’elle répétait avec un orchestre très loin de l’endroit où je me trouvais. Sa voix avait donc franchi plusieurs étages et des volumes importants pour venir jusqu’à mes oreilles, qui d’ailleurs n’ont pas cru immédiatement ce qu’elles entendaient :-) !!!

Je suis heureuse que vous ayez « cerné» pourquoi je « range » N. Stutzmann dans les contraltos, et tant pis pour moi si vous ne me concédez que l’étendue vocale !

En tous cas, merci de ne pas avoir bâclé notre conversation : vous avez eu raison :-) !




21. Le lundi 5 juin 2006 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie !

Je craignais surtout de vous avoir effacée par erreur dans tous ces spams, ou que votre système soit bloqué par les 'captchas'.


Je vous remercie pour le « généreux diplôme de contralto honoris causa » que vous avez décerné au nom de DLM Ier… Comme il est précisé que cette décision « n’est sujette à aucune contestation », je ne ferai pas de commentaire :-) !

Je ne peux que saluer votre sage obéissance à la Loi.


Non, je suis certaine que lors du Winterreise de Bordeaux, N. Stutzmann n’a fait « que » chanter… Comme il n’y a pas eu de bis, elle n’a rien eu besoin de dire !

Bon raisonnement, je m'incline !


Bon, mais peut-être que vous avez été lui faire signer le programme dans le hall après le récital ? Et là, elle a été généreuse en mots… parlés :-) !

Je ne vais jamais voir les artistes, j'ai toujours peur d'importuner.

Il est vrai que la définition de la contralto qui s’appuie sur la couleur est difficile puisque cette notion est grandement subjective. Pourtant, se baser sur la seule tessiture me semble un peu réducteur car les mezzos ont parfois les mêmes notes graves que les contraltos…

C'est très rare ! A part Podles, qui est un contralto à l'aigu glorieux... Les rôles, en revanche, peuvent être très proches.


Mais je reconnais que ce n’est pas facile, et on voit bien que nous devons recourir au cas par cas.
On sent également que le répertoire n’est pas un indicateur très fiable… Mais quel est selon vous celui qui serait typiquement pour contralto ?

Typiquement pour contralto ? J'en vois quelques-uns :
- les rôles graves dans les opéras seria (Giulio Cesare, par exemple)
- certains parties vraiment prévues pour contralto (la rhapsodie de Brahms, par exemple)
- certains rôles de vieille femme (on sent vite si la voix peut monter dans l'aigu, et si le grave est ample) : la Comtesse dans la Dame de Pique, Uta dans Sigurd, Klytemnästra dans Elektra, Erda dans le Ring... Même Waltraute, un rôle surtout chanté par des mezzos, est un bon test pour vérifier la qualité du son.

Dans tous ces rôles, mezzos peuvent trafiquer, mais difficile pour elles de faire illusion en fréquentant nombre de ces rôles. Il y a quelques exceptions, comme Larmore, mais elles ne sont pas si fréquentes.

A ce propos, je me pose la question sur Nora Gubisch : une mezzo qui tire vraiment sur l'ampleur et la majesté du contralto. Peut-être un contralto ?


Merci pour le « timbre abstrait » de Renée Fleming. Cela me rassure un peu que vous ne puissiez pas vous accrocher à sa voix « insaisissable » : la promotion et la médiatisation bien organisées finiraient presque par me faire douter de mes opinions… parfois ;-) !

Ca ne lui ôte pas ses qualités, qui sont réelles. Et d'autres la trouvent reconnaissable entre mille. Pour ma part, je la reconnais, oui, mais plus au style qu'au timbre. La médiatisation bien organisée aime bien tout faire passer pour novateur et unique. On assiste parfois à quelques raccourcis amusants : L'Orfeo devient le premier opéra de tous les temps, Idomeneo annonce le romantisme, etc.


Votre différentiation des termes « alto » et « contralto » est en effet personnelle, mais elle est claire. Mon dictionnaire préféré (Le Larousse de la Musique) définit la voix d’alto comme celle qui est entre la voix supérieure (pas très précis comme terme..)

J'imagine que c'est pour éviter d'avoir à placer le mezzo, qui peut se répartir entre la soprane et l'alto. Ca ne me semble pas particulièrement choquant ; qu'y voyiez-vous de négatif ?


et le ténor. Cette partie se notant en clef d’ut 3ème ligne, elle s’est appelée « contratenor altus » qui a donné par contraction « contralto », la voix de femme la plus grave… Si j’ai pu tenter de définir ce qu’est la voix de contralto pour moi, je ne sais que dire de l’alto…

Spontanément, j'imaginerais l'alto avec une voix plus courte, une mezzo en fin de carrière par exemple ; plutôt pour le lied, et surtout les rôles de caractère. Mais comme je le disais, c'est un peu une illusion, on change simplement la langue.
Avec la disparition de l'alto masculin des distributions, il était logique que ne pas s'embarrasser du "contre-".


Je ne reviens pas sur les différentes chanteuses que nous avons évoquées. Je n’ai pas votre connaissance des répertoires et j’apprécie particulièrement vos précisions à ce sujet :-) ! Cependant, je doute qu’une voix de contralto puisse se définir aussi par une projection nécessairement « convenable ».

Ce que je veux dire est plus précisément que si le grave peine à sortir, alors on peut se demander s'il s'agit d'un contralto. Cela dit, la projection de Nathalie Stutzmann est assez égale sur l'ensemble de la tessiture.


Ce qui semble très troublant avec N. Stutzmann, c’est que sa voix peut en effet parfois mal passer un orchestre, mais que si elle n’est pas « forte », en revanche, elle porte loin. Je l’ai expérimenté tout à fait par hasard : bien que l’acoustique ait joué là un rôle important, je l’ai entendue (et reconnue) alors qu’elle répétait avec un orchestre très loin de l’endroit où je me trouvais. Sa voix avait donc franchi plusieurs étages et des volumes importants pour venir jusqu’à mes oreilles, qui d’ailleurs n’ont pas cru immédiatement ce qu’elles entendaient :-) !!!

J'ignore s'il s'agit là d'une preuve, on entre dans des considérations assez complexes : il y a une différence entre le volume et les fréquences qui vont passer tel ou tel obstacle. Elles peuvent être différentes selon l'obstacle. Une chose est sûre, le formant de Nathalie la plupart du temps tout petit.

Mais comme vous le dites, très étrangement, c'est dans Mahler qu'elle passera le mieux... Mahler dans lequel elle surclasse sans peine une concurrence pourtant bien fournie.


En tous cas, merci de ne pas avoir bâclé notre conversation : vous avez eu raison :-) !

Merci pour votre patience !

22. Le jeudi 17 février 2011 à , par Sandrine

Bonjour, je viens de lire cet échange vraiment tres intéressant sur cette voix rare de femme qu´est le contralto.
Sara Mingardo est en fait mezzo-contralto : c´est un type de registre dont le timbre est quasi identique á celui du contralto ( ou alto) mais dont l´aigu est plus étendue. Je me trompe peut-être mais il me semble avoir lu que Sara Mingardo a abordé Cenerentola de Rossini qui , question ambitus , n´est absolument pas un rôle de contralto mais de mezzo et que même d´authentiques mezzo-sopranos ont abordé ( Joyce di Donato, pour ne citer qu´elle). L´aria final culmine au si
bécarre 4. Donc, une mezzo-contralto peut le chanter á condition d´un énorme travail dans son extrême aigu.
Du reste, Mingardo n´a sans doute pas souvent chanté des rôles de mezzo/ mezzo-soprano et on la sent beaucoup plus á l´aise dans le mezzo-contralto baroque: il s´agit vraiment de sa tessiture.

Nathalie Stutzmann n´est certes ni mezzo-soprano ni mezzo : son timbre est rond et sombre, elle est donc au minimum mezzo-contralto ou entre mezzo-contralto et contralto. Pour ce qui est du contralto pur, je ne saurais pas dire car , oui, elle descend tres bas ( il me semble qu´elle donne un mi 2 dans l´un des airs de La veritá in cimento de Vivaldi) mais émettre un mi 2 ne prouve pas que l´on est un authentique contralto. Cela prouve que l´on n´est pas soprano mais certaines mezzos atteignent cette peine sans peine, au moins question étendue, même si elles ne peuvent pas forcément l´exploiter en tessiture.
Ce n´est donc pas la note qui me fait dire que Stutzmann n´est pas mezzo mais son timbre et sa capacité á assurer le grave sans renforcer son poitrinage.
Par comparaison, Ewa Podles qui est un mezzo grave ( elle monte plus haut qu´un alto) appuie son poitrinage dans les graves quand elle aborde des airs
d´alto et même Mingardo qui est mezzo-contralto n´a pas besoin de poitriner autant.
Ewa Podles est en fait un mezzo grave de couleur dramatique avec des facilités dans le grave mais qu´elle renforce car n´ayant pas la teneur d´un vrai contralto.

Anne-Sofie Von Otter est mezzo : elle a abordé des rôles et airs pour mezzo-soprano et mezzo-contralto , donc c´est une voix de mezzo proprement dite .
Son timbre , toutefois, est effectivement clair , plus sopranisant , en effet, que contraltisant, donc un mezzo plus proche du mezzo-soprano que du mezzo-contralto et avec une couleur lyrique-légere.
Peut-être aurait-elle les notes pour chanter Dalila mais la couleur, en aucun cas car c´est un rôle qui nécessite au minimum un mezzo dramatique, voire un
mezzo-contralto.

Il est vrai que le grave est facile chez un vrai contralto mais un mezzo qui a un registre bas étendu et maîtrisé peut également fort bien y arriver.
En revanche, ce sera beaucoup plus difficile pour un mezzo-soprano car plus l´on se rapproche du soprano , moins les graves sont nombreux.

Marjana Mijanovic semble avoir un timbre de mezzo-contralto , tres voisin de Sara Mingardo mais elle peut-être aussi un mezzo grave qui a considérablement travaillé sa nuance en poitrinage. Toutefois, je ne pense pas qu´elle aurait des aigus assez assurés pour aborder un rôle de mezzo aigu dramatique verdien comme Eboli. Azucena, peut-être, car il me semble que l´ambitus est plus bas.

Giulio Cesare de Händel est bien un rôle de contralto/ mezzo-contralto et pourtant, l´on ne compte plus le nombre de mezzos ( dont Jennifer Larmore) qui l´ont abordé. Idem pour Erda du Ring.

23. Le jeudi 17 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine, et merci pour ce long commentaire !

Sur Sara Mingardo, j'aurais un avis assez sévère, donc il ne rend pas réellement compte de ce que pourrait être sa voix. Elle ne tient à peu près que des rôles d'alto, mais la couleur de la voix (et sa projection très modeste) me font plutôt penser à un mezzo qui tassent. Cenerentola est parfois désigné comme rôle de contralto, mais c'est effectivement une absurdité, malgré les graves, vu l'ambitus ; d'ailleurs il est, d'un point de vue pratique, possible de le chanter même pour des mezzos assez légers (type Berganza) ou assez aigus (type Bartoli).
Pour ces altos avec registre aigu, j'étais plus familiarisé avec le terme de contraltino que de mezzo-contralto, mais je devine que ça recouvre la même réalité.
Indépendamment des catégories (qui finalement ne recouvrent qu'une section assez partielle des problématiques du chanteur), Mingardo me semble à l'aise, plus que dans le plein baroque, dans la période archaïque du début du XVIIe, où effectivement les tessitures basses et les effectifs très réduits lui permettent une vraie plénitude de timbre et un vrai pouvoir de séduction.

Concernant Nathalie Stutzmann, oui, pour définir une voix, on peut partir de l'absence de graves (si l'on n'a rien sous l'ut 3, on n'est pas contralto, et même probablement pas mezzo), ou de l'existence d'aigus exploitables (si on peut tenir une tessiture de soprano, c'est que l'on est soprano, d'une certaine façon). Là où la chose devient compliquée, et c'est encore plus vrai pour les voix de femme que pour les voix d'homme, c'est que les voix individuelles sont souvent transversales à ces catégories (et pas forcément entre deux catégories adjacentes !). Le phénomène est plus vrai pour les femmes à cause de la ductilité de l'émission féminine, et aussi pour des raisons historiques d'écriture (à l'époque baroque, toutes les tessitures sont finalement très proches, et assez limitées en ambitus, du moins pour ce qui est écrit...). On est particulièrement frappé, dans la tragédie lyrique, de constater que les "dessus" et "bas-dessus" ont strictement le même ambitus (tessitures basses).
J'ai du mal à m'exprimer sur Nathalie Stutzmann, parce que je trouve que l'émissione est intrinsèquement tubée... donc difficile de voir ce qui n'est pas trafiqué. Effectivement, son centre de gravité est bas, et comme elle n'a guère d'aigus (que ce soit la nature ou le travail...), elle est forcément à cataloguer comme alto.

Le cas Ewa Podleś tient effectivement plus du mezzo très sombre à grande extension grave, puisqu'elle tient des rôles à la limite du soprano (grands Rossini sérieux, Eboli...), et descend abyssalement. Mais elle est réellement hors du commun, puisque ce sont en réalité deux tessitures mises bout à bout (alto+mezzo)...

Pour Anne-Sofie von Otter, oui, aucun doute, surtout que le grave (qu'elle ne poitrine pas), est limité, et que la couleur est assez clair.
Le problème pour Dalila, c'est plus une question de couleur comme vous le dites, et aussi d'impact sonore. Elle aurait pu plus jeune, à l'époque où elle faisait si admirablement Octavian, mais ça aurait été très bizarre, question de typicité technique, de couleur et de tempérament.

Enfin Marijana Mijanović, oui, c'est à cheval, mais vu la qualité du résultat (sonore, assez naturel), on peut la considérer comme contralto du point de vue professionnel, malgré son poitrinage (peut-être pas selon la nature, mais ce n'est pas très important).

(En termes de hauteur, c'est la même chose pour les ambitus d'Eboli et Azucena : ut bémol pour la première, si naturel pour la seconde. Mais la tessiture d'Azucena est clairement beaucoup plus basse !)

Il est vrai que le grave est facile chez un vrai contralto mais un mezzo qui a un registre bas étendu et maîtrisé peut également fort bien y arriver.
En revanche, ce sera beaucoup plus difficile pour un mezzo-soprano car plus l´on se rapproche du soprano , moins les graves sont nombreux.

Vous faites apparemment une distinction entre mezzo et mezzo-soprano. C'est intéressant, mais je ne l'ai jamais lue (puisque mezzo-soprano signifie précisément "semi-soprano", mezzo tout seul n'aurait pas vraiment de sens). On pourrait peut-être parler de mezzo-soprano central par rapport au mezzo soprano lyrique, voire lyrique léger, non ? Mais il est vrai que l'épithète "central", que j'utilise souvent, n'est généralement pas employée dans la profession...

Giulio Cesare de Händel est bien un rôle de contralto/ mezzo-contralto et pourtant, l´on ne compte plus le nombre de mezzos ( dont Jennifer Larmore) qui l´ont abordé. Idem pour Erda du Ring.

Tout simplement parce qu'ils sont chantables par des mezzos. Je crois d'ailleurs que Larmore est le Cesare le plus émouvant que j'aie entendu... Elle peut bien être mezzo (avec quand même un centre grave !) et chanter dans les joues, ça m'est tout à fait égal.
Quant à Erda, même chose, c'est presque une tessiture de soprano baroque, si je voulais pousser un peu le trait. :) Plus sérieusement, comme ses parties ne sont pas couvertes par l'orchestre, elles peuvent tout à fait être tenues par un mezzo qui chante dans son grave sans forcer son instrument. Le rôle est quand même l'un des très rares à être réellement écrit pour une tessiture d'alto.

Merci pour la conversation, et bonne soirée !

24. Le jeudi 17 février 2011 à , par Sandrine

Bonsoir et merci de m´avoir lu.
Je suis entrain d´écrire un livre sur les voix , ce qui fait que me documente au mieux mais c´est plus par mon écoute et mon ressenti que j´apprends á comprendre les registres.
Effectivement, je distingue mezzo-soprano ( second dessus ou soprano du milieu) / mezzo ( milieu, la vraie voix centrale/ mezzo-contralto:
la vraie voix de mezzo-soprano , tant par le timbre que par la possibilité des notes est en fait un soprano avec un grave plus étendu, un médium plus riche et une couleur un peu plus sombre mais on est nettement loin de l´alto: si l´air ou le rôle ne descend pas bas, une mezzo-soprano peut souvent êtte confondue avec une soprano ( Joyce Di Donato en est un exemple type, je parle d´elle car j´ai vu justement des réflexions sur Youtube comme quoi certains disent qu´elle est soprano). Le pendant masculin de la mezzo-soprano est le baryténor , tandis que le baryton équivaut á la mezzo.

Mezzo= la vraie voix centrale , souvent tres étendue , capable de chanter du contralto ou, du moins , mezzo-contralto , au soprano grave/ mezzo-soprano.
Son timbre culmine entre mezzo-soprano et mezzo-contralto: ce n´est plus du tout une soprano car elle peut descendre nettement plus bas et ce n´est pas un contralto . Elle est vraiment l´authentique intermédiaire.
Pour moi, Vesselina Kasarova est une vraie mezzo car elle a chanté du contralto/ mezzo-contralto ( Farnace) au soprano franc ( Donna Anna) et son timbre est á la fois sombre dans les graves et clairs dans les aigus.

Et moi qui peut descendre sans peine au mi bémol 2 , que suis je donc ?
J´arrive á identifier pas mal de voix mais la mienne, je n´y arrive pas. Ma note la plus grave vraiment audible est le ré2 ( ca force un peu mais ca sort) ,
mon second passage se fait vers le ré4/ mi bémol 4 et je peux aller , sans trop tirer, jusqu´au si bémol 4.
En voix de tête, je vais au si4, apres c´est du siffler, donc ca ne compte pas pour le vrai chant. J´ai un timbre vocal assez sombre et rond et je chante sans aucune peine Ombra mai fú de Händel. Par contre, Zerlina de Mozart est trop haut pour moi.

Et que pensez vous de la contralto Aafje Heynis ?

Bonne soirée á vous aussi,

Sandrine

25. Le vendredi 18 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Je suis entrain d´écrire un livre sur les voix , ce qui fait que me documente au mieux mais c´est plus par mon écoute et mon ressenti que j´apprends á comprendre les registres.

Si je puis me permettre, je pense que c'est la meilleure façon de faire : les livres sur la musique comportent beaucoup d'inexactitudes, et il est de toute façon difficile de se cantonner à des considérations livresques sur ces matières. Il faut le vérifier soi-même, et même si possible en allant entendre sur place et en pratiquant un peu.

Très intéressant, ça : on peut avoir un peu plus de précisions sur le sujet du livre ?


Effectivement, je distingue mezzo-soprano ( second dessus ou soprano du milieu) / mezzo ( milieu, la vraie voix centrale/ mezzo-contralto:
la vraie voix de mezzo-soprano , tant par le timbre que par la possibilité des notes est en fait un soprano avec un grave plus étendu, un médium plus riche et une couleur un peu plus sombre mais on est nettement loin de l´alto

D'accord, donc selon la lourdeur du rôle, ce peut être aussi bien un soprano demi-caractère (type Zerline ou Dorabella) qu'un mezzo lyrique ou un soprano dramatique.
Votre catégorisation désigne en fin de compte uniquement la hauteur de la tessiture, c'est cela ?

C'est intéressant, on le fait rarement. Sans doute parce que l'élément déterminant pour distribuer un chanteur est plutôt la lourdeur du rôle (taille de la salle, de l'orchestre, présence simultanée de l'orchestre, éclat de la voix).

si l´air ou le rôle ne descend pas bas, une mezzo-soprano peut souvent êtte confondue avec une soprano ( Joyce Di Donato en est un exemple type, je parle d´elle car j´ai vu justement des réflexions sur Youtube comme quoi certains disent qu´elle est soprano).

Joyce DiDonato est clairement un mezzo-soprano / mezzo (c'est la même chose selon les nomenclatures habituelles), mais d'un lyrique élancé, qui lui permet effectivement de tenir des tessitures hautes. Et comme les amateurs de chant adorent les devinettes, ils se plaisent à redistribuer les rôles. Quelquefois avec raison, mais souvent sans lien avec les réalités.

Le pendant masculin de la mezzo-soprano est le baryténor , tandis que le baryton équivaut á la mezzo.

Oui, sur l'échiquier... mais dans les réalités de construction de la voix et des répertoires, c'est sans grand rapport. Ne serait-ce que parce qu'il existe un saut qualitatif entre le baryton et le ténor qui équivaut à celui entre l'alto et le mezzo. Pour une raison simple : c'est le passage entre voix de poitrine et voix de tête qui conditionne la construction de l'instrument.

Pour moi, Vesselina Kasarova est une vraie mezzo car elle a chanté du contralto/ mezzo-contralto ( Farnace) au soprano franc ( Donna Anna) et son timbre est á la fois sombre dans les graves et clairs dans les aigus.

Kasarova n'a jamais chanté Donna Anna, en tout cas pas celle du Don Giovanni de Mozart, je ne l'ai pas vérifié mais ça me paraît totalement impossible. C'est un mezzo très central pour qui Donna Elvira serait déjà trop haut... Sinon, oui, elle est un vrai mezzo central, avec peu d'aigu d'ailleurs.

Et moi qui peut descendre sans peine au mi bémol 2 , que suis je donc ?
J´arrive á identifier pas mal de voix mais la mienne, je n´y arrive pas. Ma note la plus grave vraiment audible est le ré2 ( ca force un peu mais ca sort) ,
mon second passage se fait vers le ré4/ mi bémol 4 et je peux aller , sans trop tirer, jusqu´au si bémol 4.
En voix de tête, je vais au si4, apres c´est du siffler, donc ca ne compte pas pour le vrai chant. J´ai un timbre vocal assez sombre et rond et je chante sans aucune peine Ombra mai fú de Händel. Par contre, Zerlina de Mozart est trop haut pour moi.

Il me paraît impossible de diagnostiquer une voix sans l'entendre, surtout dans ces hauteurs qui pourraient tout être (sans doute pas alto puisque le si bémol 4 à l'état "naturel", c'est déjà bien haut).

Le véritable indice, c'est le centre de gravité de la voix, quel que soit le timbre (qui lui qualifiera plutôt la largeur du type vocal). Et pour cela, il faut travailler et observer la voix, ce qu'on peut difficilement faire en restant sur cette page... :)

J'ai moins d'expérience avec les voix de femme, faute d'avoir pu l'essayer sur moi-même comme on s'en doute. La taille pour la tessiture (et la carrure pour le type de couleur) peut être un indice, mais déjà moins que pour les hommes. En résumé : si on est vraiment petite, on est soprano léger, si on est vraiment grande, on est contralto. Mais ce n'est pas pour autant qu'être un peu plus grande que la moyenne signifie qu'on n'est pas soprano lyrique... Même chose pour la carrure : plus la caisse de résonance est large, plus on tire vers le dramatique ; plus l'instrument est étroit, plus on tire vers le léger.
Donc en principe, si on fait 1m40 pour 25 kilos, on est soprano léger (et un peu anorexique).


Et que pensez vous de la contralto Aafje Heynis ?

Voix très "typée" avec son vibrato serré et irrégulier. J'aime bien, il y a un charme surranné, mais c'est un chant plus émotif qu'analytique, avec une expression un peu "globale". Dans le genre pas-précis-qui-émeut, autant prendre Ferrier, ou alors un mezzo qui a plus d'expression verbale, mais ma foi, j'aime. :)

26. Le vendredi 18 février 2011 à , par Sandrine

Excusez moi le double post, j´avais omis quelques détails:

Du temps de Rossini , les termes de mezzo et cie n´existant pas, l´on appelait contralto tout ce qui n´était pas vrai soprano et sans doute, par habitude, le terme est resté mais Cenerentola , Isabelle et Rosina ne sont effectivement pas des rôles de contralto : du reste, je n´ai jamais entendu de vrais contraltos les aborder.
Pour dire, l´air final de Cenerentola a été abordé par Maria Callas dont la voix naturelle était en fait entre mezzo-soprano et soprano car elle descendait beaucoup plus bas qu´une vraie soprano ( fa 2, je crois) tout en ayant des notes hautes ( mi5 , il paraît qu´elle aurait même émis un fa5).
Certes, il y a un sol dieze 2 dans Cenerentola mais la tessiture d´ensemble est bien mezzo/ mezzo-soprano.

Voix parlée et voix chantée : comme vous le dites, le fait d´avoir un timbre parlé grave et/ ou sombre ne certifie pas que l´on soit contralto ni mezzo-contralto:
j´ai également entendu Nathalie Stutzmann : OK , elle parle bas et sombre mais j´ai connu deux mezzos authentiques ( pour dire, l´une travaillait l´air
Don Fatale) qui avait un timbre vocal aussi grave et aussi sombre, pratiquement identique et pourtant, elles étaient bel et bien mezzos.
A l´inverse, Vesselina Kasarova a une voix plutôt douce et claire quand elle parle et elle est une mezzo au même titre que les deux autres.
Les sopranos sont plus facilement reconnaissables en raison du fait qu´elles ont peu de grave et un timbre clair , même quand elles n´ont pas des voix acidulées et haut-perché en parlant.
J´ai eu quelques temps un prof de chant soprano lirico-spinto et bien qu´elle avait évidemment une voix d´adulte, on entendait qu´elle était soprano :
je ne peux pas l´expliquer, il y a des voix parlées qui se ressentent.
Kasarova a un timbre clair mais velouté , c´est ce qui fait que l´on peut détecter qu´elle est mezzo.

Janet Baker, j´avoue en toute simplicité ne pas la connaître assez mais autant qu´il m´en souvienne, elle est mezzo.

Marie-Nicole Lemieux, mezzo également malgré ses ressources dans le grave: son timbre est nettement plus clair qu´un mezzo-contralto comme Mingardo et elle a des aigus solides qui rappellent parfois ( enfin, c´est mon avis) ceux de Bartoli. Finalement, elle n´est pas si éloignée de Von Otter.

Effectivement, si l´on peut tenir durablament et sans fatigue une tessiture de soprano , c´est que l´on est sans doute soprano: je suis entierement d´accord car , mis á part d´être une vraie mezzo-soprano avec une partie haute solide, aborder un répertoire de soprano quand on ne l´est pas peut être nocif pour la voix: les aigus sont tirés, poussés á l´extrême et la voix a du mal á soutenir. Je ne connais pas mon registre mais je sais que je ne suis pas soprano , á cause de mes graves et aussi justement parce qu´apres avoir chanté dans cette tessiture, j´ai mal á la gorge, Donc , j´évite au maximum.

27. Le vendredi 18 février 2011 à , par DavidLeMarrec



J'ai répondu au-dessus à votre précédente moitié de message. :-)

Du temps de Rossini , les termes de mezzo et cie n´existant pas, l´on appelait contralto tout ce qui n´était pas vrai soprano et sans doute, par habitude, le terme est resté mais Cenerentola , Isabelle et Rosina ne sont effectivement pas des rôles de contralto : du reste, je n´ai jamais entendu de vrais contraltos les aborder.

Nous sommes bien d'accord. Mais l'argument ressort parfois pour discréditer telle ou telle...

Pour dire, l´air final de Cenerentola a été abordé par Maria Callas dont la voix naturelle était en fait entre mezzo-soprano et soprano car elle descendait beaucoup plus bas qu´une vraie soprano ( fa 2, je crois) tout en ayant des notes hautes ( mi5 , il paraît qu´elle aurait même émis un fa5).


A titre personnel, j'ai toujours trouvé Callas bien plus exaltante en mezzo (la plénitude, la diction) qu'en soprano où l'aigu n'était vraiment pas très beau et où toute la voix était tendue. Certains regrettent son Elisabeth de Valois - pour moi c'est plutôt Eboli.

Certes, il y a un sol dieze 2 dans Cenerentola mais la tessiture d´ensemble est bien mezzo/ mezzo-soprano.


Il y a bien un sol 2 dans Vitellia, rôle de soprano...


A l´inverse, Vesselina Kasarova a une voix plutôt douce et claire quand elle parle et elle est une mezzo au même titre que les deux autres.

Douce et claire, mais placé bas. Mais c'est aussi le cas de beaucoup de sopranos : l'immense majorité des femmes parlent en voix de poitrine.

Kasarova a un timbre clair mais velouté , c´est ce qui fait que l´on peut détecter qu´elle est mezzo.

En effet, en l'occurrence ça correspond.

Janet Baker, j´avoue en toute simplicité ne pas la connaître assez mais autant qu´il m´en souvienne, elle est mezzo.

Oui, totalement. Elle a abordé quelques rôles de soprano (Alceste chez Gluck), mais c'était de façon tendue, pour créer une couleur "hors sol". Sinon, elle chantait beaucoup d'airs de concert et de lied, dans des tessitures tout à fait centrales.

Marie-Nicole Lemieux, mezzo également malgré ses ressources dans le grave: son timbre est nettement plus clair qu´un mezzo-contralto comme Mingardo et elle a des aigus solides qui rappellent parfois ( enfin, c´est mon avis) ceux de Bartoli.

Je ne vois pas trop le lien avec les aigus de Bartoli (qui sont tout petits, la voix rétrécit en montant), mais sinon, je suis tout à fait d'accord sur Lemieux : la voix est engorgée, et plutôt celle d'un mezzo grave, elle tient aussi admirablement les rôles de contralto dans le seria, mais la nature de la voix est plus haute.

Effectivement, si l´on peut tenir durablament et sans fatigue une tessiture de soprano , c´est que l´on est sans doute soprano: je suis entierement d´accord car , mis á part d´être une vraie mezzo-soprano avec une partie haute solide, aborder un répertoire de soprano quand on ne l´est pas peut être nocif pour la voix: les aigus sont tirés, poussés á l´extrême et la voix a du mal á soutenir. Je ne connais pas mon registre mais je sais que je ne suis pas soprano , á cause de mes graves et aussi justement parce qu´apres avoir chanté dans cette tessiture, j´ai mal á la gorge, Donc , j´évite au maximum.

De toute façon, quand on n'est pas professionnel, il y a deux écoles (et on peut pratiquer avec profit les deux) :
=> chanter quelque chose qu'on parvient à exécuter, quitte à être un peu en-dessous de son registre réel ;
=> chanter tout ce qu'on a envie quelle que soit la tessiture.

Déterminer sa tessiture n'est de toute façon pas si essentiel : il faut trouver des rôles dans lesquels on est à l'aise, et une couleur dans laquelle on va évoluer. L'étiquette qu'on y met, ça n'a pas grande importance si on n'en a pas besoin sur le CV pour être embauché...

28. Le vendredi 18 février 2011 à , par Sandrine

Je réponds á votre commentaire tres intéressant :
tout d´abord, ce n´est pas parce que l´on n´est anorexique ou mange peu que l´on est forcément maigres: il est des gens qui mangent peu, ne font pas d´exces et ne parviennent pas á maigrir. Tout dépend si le probleme de poids tient d´une cause alimentaire ou pas.
Ceci dit, je connais des femmes qui ne sont ni maigres ni grosses et qui sont sopranos légers: je pense que Natalie Dessay fait plus de 25 kg ( c´est un poids
d´enfant et aucune femme ne tiendrait sur scene avec 25 kg) et elle ( Natalie) est de couleur légere, même si plus ronde maintenant.

Concernant ma voix, il est évident qu´avec un mi bémol 2 et un timbre sombre , je ne suis pas soprano. Le si 4, je l´ai certes en étendue mais en tessiture , je ne pense pas que je pourrais l´assurer souvent. Ca fait donc plutôt penser á du mezzo , vu ce que je peux travailler sans peine. Peut-être, avec une grosse réserve, un mezzo-contralto avec un aigu plus étendue car je chante des airs d´alto sans peine alors que les airs de soprano , je ne tiens pas.
Vous avez raison, il vaut mieux entendre une voix pour l´identifier mais en ce qui me concerne, plusieurs profs l´ont entendue et aucun n´a donné le même diagnostic: certains ont dit mezzo avec une longue étendue, d´autres contraltos.

Qu´est-ce que vous appelez centre de gravité ? Si c´est le lieu de la tessiture ou la voix résonne le plus , moi, c´est au niveau du médium/ bas médium.

Pour Vesselina Kasarova, j´avais confondu Donna Anna avec Donna Elvira: c´est Elvira qu´elle a abordé au disque avec l´air Mi tradi....
Par contre, je ne crois pas qu´elle pourrait aborder le rôle entier á la scene , de même que Nathalie Stutzmann ne pourrait pas aborder Eboli.

Effectivement, beaucoup de chanteuses á couleur vocale dramatique sont costauds de carure , même si elles sont plutôt minces ( je fais toujours la distinction entre ossature et poids).
Pour ce qui est des sopranos de couleur légere, Mado Robin était loin de ressembler á un fil de fer et pourtant, elle était vraiment le prototype du soprano aigu de couleur légere. Une silhouette peut également se modifier. Voilá pourquoi je ne crois pas que l´on a telle voix parce que l´on a telle taille ou telle allure.
Mon ancienne prof de chant était soprano et elle devait mesurer á l´aise pas loin d´un bon 180 cm : elle dépassait certains de ses éleves garcons.

Pour en revenir á ma voix, je reste sur l´hypothêse mezzo qui me paraît la plus réaliste. J´ai travaillé Voi che sapete qui est pour vrai mezzo-soprano et c´est également trop haut pour moi: ca tire trop dans les aigus.

Mon livre aborde les registres vocaux en expliquant comment les reconnaître et les comprendre , donc figurent les notions de timbre , étendue et tessiture pour les catégories et couleurs pour les sous-catégories.

Vous avez raison, un contralto n´a pas le si4 en voix de tête : peut-être certaines l´ont en voix de sifflet ????
Mais au niveau étendue totale, je pense que le la 4 est la note maximum émise par un alto.

Mezzo-contralto : effectivement, je pense que ca rejoint plus ou moins " votre" contraltino.
Pour moi, c´est un contralto aigu avec des notes de plus dans le haut et un timbre un peu plus clair, de la même maniere qu´une mezzo-soprano est une soprano grave avec des notes de plus dans le bas et un timbre légerement plus sombre.

29. Le vendredi 18 février 2011 à , par Sandrine

Vitellia avec un sol 2 a peut-être été titré soprano á l´époque car le terme de mezzo n´existait pas. Certaines sopranos graves limite mezzo-soprano ont un faible sol 2 en étendue mais pour le maîtriser en tessiture, il faut être au minimum mezzo. Même les mezzo-sopranos , en tout cas certaines, ont souvent besoin de le forcer pour le faire bien entendre, même s´il est tres rarement requis pour elles.

J´aimerais connaître mon registre vocal car je ne veux pas m´abîmer la voix en faisant du grand n´importe quoi, voilá tout. Mais je sais déjá ce que je ne suis pas, c´est mieux que rien. Puis si j´intégre plus tard une chorale d´un certain niveau, il faudra bien que je sache oú me placer.

30. Le vendredi 18 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Mon commentaire sur l'anorexie était purement badin : mes chiffres étaient suffisamment excessifs pour ne pas pouvoir recouvrir aucune réalité. :-)

Concernant ma voix, il est évident qu´avec un mi bémol 2 et un timbre sombre , je ne suis pas soprano. Le si 4, je l´ai certes en étendue mais en tessiture , je ne pense pas que je pourrais l´assurer souvent. Ca fait donc plutôt penser á du mezzo , vu ce que je peux travailler sans peine. Peut-être, avec une grosse réserve, un mezzo-contralto avec un aigu plus étendue car je chante des airs d´alto sans peine alors que les airs de soprano , je ne tiens pas.

En effet, ça correspond avec mezzo, mais ça dépend de la technique... impossible à dire sans avoir entendu.

Vous avez raison, il vaut mieux entendre une voix pour l´identifier mais en ce qui me concerne, plusieurs profs l´ont entendue et aucun n´a donné le même diagnostic: certains ont dit mezzo avec une longue étendue, d´autres contraltos.

Je ne crois pas à la vérité en la matière. Selon le type de technique utilisée, selon les répertoires et même selon les rôles, on peut passer d'un côté ou l'autre de la frontière. Je ne dis pas qu'on puisse chanter une basse profonde en rossignol ni un soprano léger en basse octaviste, mais un baryton clair en ténor sombre ou un mezzo central en "mezzo-contralto", oui, dans certains cas.

Qu´est-ce que vous appelez centre de gravité ? Si c´est le lieu de la tessiture ou la voix résonne le plus , moi, c´est au niveau du médium/ bas médium.

Oui, c'est l'endroit où la voix est la plus sonore et la plus confortable. En ce qui me concerne, je tiens souvent des tessitures plus hautes ou plus basses que la mienne, mais l'endurance et l'aisance (en haut) et le volume (en bas) ne sont pas équivalents.
L'expression "centre de gravité" n'est pas canonique, je l'emploie tout simplement parce que je la trouve commode et parlante - la preuve, nous nous sommes compris.

Pour Vesselina Kasarova, j´avais confondu Donna Anna avec Donna Elvira: c´est Elvira qu´elle a abordé au disque avec l´air Mi tradi....


Au oui, l'air au disque, d'accord. Parce qu'Anna à la scène, c'est vraiment impossible, et même Elvira, comme vous le dite, ce serait douteux.

Effectivement, beaucoup de chanteuses á couleur vocale dramatique sont costauds de carure , même si elles sont plutôt minces ( je fais toujours la distinction entre ossature et poids).

Oui, le poids est un facteur qui n'a pas toujours à voir avec la voix (si on mange beaucoup, on ne sonne pas plus dramatique !).


Pour ce qui est des sopranos de couleur légere, Mado Robin était loin de ressembler á un fil de fer et pourtant, elle était vraiment le prototype du soprano aigu de couleur légere.

Mado Robin avait hérité de sa mère une malformation des cordes vocales, qui produisait ces sons plus aigus. C'était une anomalie de la nature, donc assez à part. De toute façon, elle n'était pas bien grande, et vu sa taille, elle n'aurait pas été grand lyrique, spinto ou dramatique.

Une silhouette peut également se modifier. Voilá pourquoi je ne crois pas que l´on a telle voix parce que l´on a telle taille ou telle allure.

Ce n'est pas automatique, mais c'est un indice. Si l'on fait moins d'un mètre soixante et que l'on se croit basse, il faut se poser de sérieuses questions. Même chose, au delà d'un mètre quatre-vingt-dix, il y a rarement autre chose que des basses, et en tout cas guère de ténors.
Pour tout ce qui est intermédiaire (pour les hommes, entre 1m70 et 1m90), c'est impossible à déterminer par la seule taille, qui est tout au plus un indice.

Mon ancienne prof de chant était soprano et elle devait mesurer á l´aise pas loin d´un bon 180 cm : elle dépassait certains de ses éleves garcons.

Mais elle était spinto cela dit, non ? :)

Pour en revenir á ma voix, je reste sur l´hypothêse mezzo qui me paraît la plus réaliste. J´ai travaillé Voi che sapete qui est pour vrai mezzo-soprano et c´est également trop haut pour moi: ca tire trop dans les aigus.

Pourtant, ce n'est pas très haut, mais c'est sur le passage en effet...

Mon livre aborde les registres vocaux en expliquant comment les reconnaître et les comprendre , donc figurent les notions de timbre , étendue et tessiture pour les catégories et couleurs pour les sous-catégories.

D'accord. C'est à paraître pour quand ?

Vous avez raison, un contralto n´a pas le si4 en voix de tête : peut-être certaines l´ont en voix de sifflet ????

Généralement les contraltos n'utilisent pas la voix de sifflet, mais pourraient-elles produire ce son, même inexploitable ? Vraie question, je n'ai pas vérifié ce point.

Appel à témoignage : si une contralto lectrice de CSS voulait bien se casser la voix pour vérifier notre hypothèse...


Mais au niveau étendue totale, je pense que le la 4 est la note maximum émise par un alto.

En théorie...


Mezzo-contralto : effectivement, je pense que ca rejoint plus ou moins " votre" contraltino.
Pour moi, c´est un contralto aigu avec des notes de plus dans le haut et un timbre un peu plus clair, de la même maniere qu´une mezzo-soprano est une soprano grave avec des notes de plus dans le bas et un timbre légerement plus sombre.

C'est cela.


Vitellia avec un sol 2 a peut-être été titré soprano á l´époque car le terme de mezzo n´existait pas.

Oui, le terme n'existait pas, mais le rôle réclame aussi le contre-ut, donc dans un sens comme dans l'autre, il faut une voix particulièrement longue. La majorité de celles qui l'ont chanté au vingtième siècle sont des sopranos, mais on trouve aussi de temps à autre des mezzos aigus (voire sopranos dramatiques), type Antonacci, et même des mezzos comme Della Jones.


J´aimerais connaître mon registre vocal car je ne veux pas m´abîmer la voix en faisant du grand n´importe quoi, voilá tout. Mais je sais déjá ce que je ne suis pas, c´est mieux que rien. Puis si j´intégre plus tard une chorale d´un certain niveau, il faudra bien que je sache oú me placer.

Si vous hésitez, on vous placera... Mais pour ce qui est de s'abîmer la voix, ce qui compte, c'est la technique saine et la prudence vocale, pas la tessiture. Pour la petite histoire, je chante très souvent Brünnhilde (à l'octave inférieure tout de même) et Wotan (voire Hunding), et sans forcer le moins du monde, parce que j'y mets la prudence nécessaire et ne cherche pas à darder les aigus que je n'ai pas ou à élargir les graves qui me manquent. Au besoin, je modifie les lignes les plus dangereuses, ce qui n'est pas possible effectivement lorsqu'il faut chanter en contexte plus sérieux.
On peut chanter dans sa tessiture exacte et se ruiner la voix si on utiliser des gestes vocaux dangereux, bien plus qu'en chantant n'importe quoi sans s'exposer.

Evidemment, l'idéal est de chanter proprement dans sa tessiture, mais je veux simplement signaler qu'on peut chanter un peu à côté de la sienne sans se blesser...

31. Le vendredi 18 février 2011 à , par Sandrine

Bonjour, j´espere que vous allez bien.
Je reviens un peu á Nathalie Stutzmann : l´une des participantes á ce débat a souligné qu´elle arrivait á chanter certains airs de Carmen.
" Certains airs" , faut-il lire, donc pas tous les airs. Même au disque, je ne crois pas ( mais je peux me tromper) qu´elle ait enregistré l´intégrale de ce rôle.
Carmen évolue en fait du mezzo-contralto au mezzo.
Et pour Dalila , qui recquiert grosso modo le même type de voix , Nathalie Stutzmann avait elle-même avoué qu´elle chantait également certains airs mais ne pouvait assumer le plein rôle parce que c´est pour mezzo.

Sur Don Carlos de Verdi: le rôle d´Elisabeth de Valois est indiqué soprano mais il paraît qu´il n´est finalement pas si éloigné en tessiture que celui d´Eboli.
Donc, plutôt un soprano grave de couleur dramatique que certains mezzo-sopranos pourraient sans doute aborder.

Une contralto n´utilise peut-être pas la voix de sifflet mais par contre, une mezzo peut l´utiliser , même si elle ne peut pas l´exploiter comme une soprano aigue
Elina Garanca racontait qu´elle avait le contre-fa et pourtant elle est bien mezzo: il n´y qu´á entendre son timbre et sa capacité á descendre.
Le fait de pouvoir monter haut ne prouve pas que l´on a une voix dite haute. Certaines personnes , même sans avoir travaillé , ont un larynx naturellement libéré et une étendue longue.
Il existe aussi des vraies sopranos qui , en début de travail vocal , ont du mal á donner un la 4 franc car leur gosier n´est pas libéré.
Toutefois, il y a des évidences : il est certain que si , apres plusieurs années de travail , l´on arrive pas á monter au-dessus du la , c´est que l´on n´est pas soprano , á moins d´avoir une voix tres tres courte.
A l´inverse, une femme qui ne descendra jamais sous le si2 n´est sans doute ni alto ni mezzo , á moins lá aussi que l´on ait affaire á une voix courte.

Petite question : est-ce que Vesselina Kasarova parle l´italien et le francais ? Je ne l´ai entendu parler que bulgare et italien .
C´était juste une parenthêse.

Anna Catarina Antonacci : voix de soprano dit Falcon qui est en réalité un mezzo-soprano au sens propre du terme. Peut aborder certains rôles de mezzos comme Carmen ( elle l´a fait) mais avec un grave moins riche qu´une mezzo et des aigus plus assurés ( elle a également incarné Donna Elvira).
En gros , une soprano grave. Ne pourrait certainement pas aborder du mezzo-contralto et encore moins du contralto car n´en ayant pas le grave ni la couleur.
Par contre, Elizabeth de Valois pourrait lui convenir en tessiture mais en couleur, je ne sais pas.

Et vous, si ce n´est pas indiscret, quel est votre registre ?

J´ai vu que vous aviez mis un exposé sur les voix d´hommes , j´irai le voir.

Pour ce qui est de mon livre, ne nous emballons pas trop : il faut d´abord que je finisse de le rédiger, que je le mette au propre et que je cherche des éditeurs.
Mais chaque jour, je le fais avancer.





32. Le vendredi 18 février 2011 à , par Sandrine

Je reviens pour souligner l´idée du propos d´une des participantes á ce débat disant ( en gros) que la voix de contralto , notamment dans le grave, est noble , posée. C´est vrai mais l´on trouve également de vrais mezzos qui descendent aussi bas avec le même timbre noble, la même noblesse vocale.
Bref, pour ce qui est du bas du registre, la frontiere entre mezzo et contralto est quasi impossible á définir.
C´est plutôt dans la partie aigu que l´on peut différencier la mezzo de la contralto : la mezzo , même mezzo-contralto , a généralement un aigu plus étendu
( je parle évidemment des voix libérées et travaillées) que la contralto.
Pour exemple, Lucia Valentini Terrani avait le si4 en tessiture et je pense qu´elle devait , en étendue, avoir le contre-ut et elle est une vraie mezzo-contralto
( timbre quasi pareil á l´alto avec soit pas de poitrinage, soit un poitrinage discret).
Par contre, je n´ai jamais entendu Kathleen Ferrier au delá d´un sol.
C´est donc bien grâce á l´aigu que l´on peut départager.

A l´inverse, certaines mezzos ont une voix tres étendue dans l´aigu et peuvent passer le contre-ut ( il me semble que Grace Bumbry avait le contre-ré) et donc, pour peu que leurs aigus sont clairs, elles peuvent passer pour des sopranos. Lá , c´est le grave qui détermine : certaines sopranos peuvent donner un la 2 de poitrine mais pas forcément exploitable alors que les mezzos , á moins d´avoir une voix courte, descendent au minimum en étendue au sol2, fa2 et en
tessiture d´emploi, une majorité utilisent largement le sol.

Effectivement , ma prof était un soprano lirico-spinto avec une tessiture d´emploi si bémol 2/ do dieze 5 et une étendue sol 2 ( donné avec peine et pas tres audible)/ ré 5.

Je suis entrain d´écouter Vitellia: il faut effectivement une voix de mezzo avec de bons graves et des aigus solides et pas une soprano " pur sucre".
Je pense que ce rôle aurait été dans les cordes de Maria Callas et en passant, je me demande pourquoi elle a si peu chanté Mozart.

33. Le vendredi 18 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine !

Je reviens un peu á Nathalie Stutzmann : l´une des participantes á ce débat a souligné qu´elle arrivait á chanter certains airs de Carmen.
" Certains airs" , faut-il lire, donc pas tous les airs. Même au disque, je ne crois pas ( mais je peux me tromper) qu´elle ait enregistré l´intégrale de ce rôle.
Carmen évolue en fait du mezzo-contralto au mezzo.

Oui, ce n'est pas très aigu comme rôle. Nathalie Stutzmann n'a effectivement jamais joué le rôle en entier, même au disque, à ce qu'il m'en semble.

Et pour Dalila , qui recquiert grosso modo le même type de voix , Nathalie Stutzmann avait elle-même avoué qu´elle chantait également certains airs mais ne pouvait assumer le plein rôle parce que c´est pour mezzo.

On est dans le même type de tradition vocale tubée et moche depuis un demi-siècle, mais le format de Dalila est tout de même plus héroïque, parce que l'orchestre est plus dense et présent, et tenu généralement par des mezzos pourvus de beaucoup d'aigu (souvent des Eboli ou des Amneris : Verrett, Bumbry, Borodina, Meier...).

Sur Don Carlos de Verdi: le rôle d´Elisabeth de Valois est indiqué soprano mais il paraît qu´il n´est finalement pas si éloigné en tessiture que celui d´Eboli.

C'est vrai : le rôle était un rôle de "falcon", donc de soprano avec une grande extension grave. Le rôle d'Eboli est une sorte d'Elisabeth miniature, un peu moins aigu mais ne descendant pas plus bas.

Donc, plutôt un soprano grave de couleur dramatique que certains mezzo-sopranos pourraient sans doute aborder.

Non, pas vraiment : les lignes sont tout de même lyriques et tendues dans l'aigu, trop hautes pour un mezzo-soprano, même avec une belle extension aiguë. Je n'ai pas de contre-exemple à l'esprit. Je ne suis même pas sûr que Shirley Verrett ait tenté le rôle !

Il existe aussi des vraies sopranos qui , en début de travail vocal , ont du mal á donner un la 4 franc car leur gosier n´est pas libéré.

Et de la même façon des ténors qui ne peuvent chanter qu'en basse tant qu'ils n'ont pas débloqué l'instrument. Il y a tout un tas de raisons, notamment d'éducation et d'évolution sociale (précisions ici) qui à mon avis ont un rôle aussi dans ces voix libérées ou tassées.

J'ai observé par exemple que les voix étaient bien plus saines et dynamiques, efficaces en un mot, dans les quartiers populaires d'une même ville... Et je ne parle pas des vendeurs des quatre saisons, ça se voit dès les enfants : les fils de bonne famille en sortant de l'école piaillent de manière discrète ou pas très efficace, alors que dans la culture de "quartier", l'émission sonore est beaucoup plus décomplexée et percutante.


Toutefois, il y a des évidences : il est certain que si , apres plusieurs années de travail , l´on arrive pas á monter au-dessus du la , c´est que l´on n´est pas soprano , á moins d´avoir une voix tres tres courte.

Oui, mais si on a mal travaillé...
Pour en être sûr, il faut que la voix soit normalement timbrée.

A l´inverse, une femme qui ne descendra jamais sous le si2 n´est sans doute ni alto ni mezzo , á moins lá aussi que l´on ait affaire á une voix courte.

Si on ne descend pas sous le si 2, effectivement, on n'est pas du tout alto, et peu vraisemblablement mezzo, ou alors un mezzo très très léger (un soprano sombre, quoi).

Petite question : est-ce que Vesselina Kasarova parle l´italien et le francais ? Je ne l´ai entendu parler que bulgare et italien .
C´était juste une parenthêse.

Elle chante français (assez mal), je ne pense pas qu'elle le parle. Cela dit, on a parfois des surprises : par exemple Antonacci qui peut chanter un français parfais mais le parle avec pas mal d'accent, ou June Anderson qui parle un français courant mais le chante de façon totalement inintelligible.

Anna Catarina Antonacci : voix de soprano dit Falcon qui est en réalité un mezzo-soprano au sens propre du terme. Peut aborder certains rôles de mezzos comme Carmen ( elle l´a fait) mais avec un grave moins riche qu´une mezzo et des aigus plus assurés ( elle a également incarné Donna Elvira).
En gros , une soprano grave. Ne pourrait certainement pas aborder du mezzo-contralto et encore moins du contralto car n´en ayant pas le grave ni la couleur.
Par contre, Elizabeth de Valois pourrait lui convenir en tessiture mais en couleur, je ne sais pas.

Le problème d'Antonacci, c'est que c'est plutôt un soprano dramatique, mais très court dans l'aigu. Elle ne pourrait pas du tout tenir Elisabeth de Valois, et même Eboli, ce serait trop tendu. Elvira est la limite haute... Alors que la voix est claire ! Elle chante dans des mezzos d'allure élancée, mais sans trop d'aigu, c'est ce qui limite sa carrière : les rôles ne sont pas les plus prestigieux ni si nombreux...
Cela dit, elle négocie très bien les mezzos, donc elle pourrait s'y cantonner et faire Charlotte de Werther par exemple.

Et vous, si ce n´est pas indiscret, quel est votre registre ?

Non, ce n'est pas indiscret, si ce n'est que je ne cherche pas à m'étiqueter, parce qu'il n'y a pas réellement de catégorie canonnique qui coïncide avec ma tessiture, ma couleur et ma technique.
Si on veut se faire une idée, disons je suis baryton lyrique, mais avec une couleur claire et beaucoup d'allègements, qui font souvent douter mes interlocuteurs sur mon ténorat. :-) (C'est à cause de choix techniques spécifiques, en réalité - je n'ai jamais eu l'extension aiguë, ne serait-ce que pour Pelléas.)
Je suis donc assez habitué à la mise en cause de ma catégorie, et je chante volontiers les basses et les ténors, quand leur écriture vocale me convient.

Je ne suis pas véritablement dans une optique de classification, mais d'efficacité pratique : je défriche beaucoup de répertoire rare et le but n'est pas de briller dans un nombre d'air restreint, mais plutôt de pouvoir proposer un spectre varié de rôles, fussent-ils hors tessiture...

J´ai vu que vous aviez mis un exposé sur les voix d´hommes , j´irai le voir.

Si vous cherchez les articles autour de la technique vocale, vous les trouverez dans la catégorie "pédagogique" de la colonne de droite, ou plus commodément classés ici : http://operacritiques.free.fr/css/index_css.html#pedagogique (il doit en manquer quelques-uns).


Pour ce qui est de mon livre, ne nous emballons pas trop : il faut d´abord que je finisse de le rédiger, que je le mette au propre et que je cherche des éditeurs.
Mais chaque jour, je le fais avancer.

Ah oui, effectivement ! Je me permets de vous avertir, mais vous en avez sans nul doute déjà conscience, qu'il est quasiment impossible d'être publié sans réseaux préalables (professionnels ou amicaux), à plus forte raison sur ces matières où un éditeur privilégiera un nom un minimum médiatisé. Maintenant, si vous pouvez convaincre Domingo de préfacer votre ouvrage...

34. Le vendredi 18 février 2011 à , par Sandrine

Je paraphrase en quelque sorte votre derniere phrase en soulignant qu´il est de même impossible d´être connu partout et de tout le monde, á moins de
s´appeler Obama ou Sarkozy. De toute facon, ce n´est pas en se disant en l´avance qu´il n´y a pas d´espoir que les choses avancent. Toute personne connue a forcément été au départ un inconnu. Donc, se " bouger" pour se faire connaître est plus judicieux que de ne rien faire.
Il faut se dire aussi qu´á l´heure actuelle , beaucoup de personnes " pistonnent" qui elles veulent ou répondent á qui elles veulent.
Sans aller bien loin, j´ai remarqué que sur certains forums, des questions recoivent des dizaines de réponses alors que d´autres , placées parfois depuis des mois se retrouvent avec aucune réponse.
Je connais également des gens qui ont pu être édités sans être connu de beaucoup mais certainement, ils ne sont pas partis sur le principe " c´est impossible".
L´effort de se " mettre en avant" doit également venir de celui qui écrit et de toute facon, les choses finissent toujours par se faire quand elles doivent se faire.

Shirley Verrett était environ entre soprano grave et mezzo-soprano mais elle a chanté Dalila qui est pour mezzo franc, donc sans aucun doute , ses graves devaient être assez solides. Une soprano " pur sucre" ne pourrait aborder Dalila tant á cause des graves que de la couleur.

J´ai écouté quelques Vitellia et remarqué que pas mal de sopranos ne font pas le sol 2 et que plusieurs mezzos l´ont chanté , dont Elina Garanca.
En même temps , ca monte au contre-ré , ce qui n´est pas á la portée de toutes les mezzos non plus. Par contre, Cecilia Bartoli a l´étoffe pour le faire ou, du
moins, l´aurait.

Concernant les rôles jamais abordés par les artistes , cela peut être aussi non pas parce qu´ils ne peuvent pas mais parce qu´ils ne veulent pas.
Un exemple: alors que tant de sopranos aigus ont chanté Rosina du Barbier, pourquoi Natalie Dessay ne l´a jamais chanté ? Je ne l´ai même pas entendu chanter Una voce poco fa.

Aigu et léger, ce n´est pas la même chose: l´on peut avoir une voix de couleur dramatique qui monte tres haut, comme l´on peut ne pas pouvoir aller haut et avoir une couleur légere.
Par exemple, pour La reine de la nuit, l´idéal vocal serait un soprano aigu dramatique avec colorature alors que certains rôles d´héroines rossiniennes ne recquierent pas de grandes hauteurs mais demandent, pour le contexte, une couleur légere: par exemple, un mezzo dramatique du style Azucena n´irait pas du tout á l´esprit " buffa" de l´Italiana in Algeri. Malheureusement, les rôles sont souvent mal distribués par rapport á ce qu´ils devraient l´être .

Personnellement, je pense qu´á force de chanter dans une langue, les artistes finissent au moins par connaître des mots de base comme bonjour, bonsoir, etc.... Pour ma part, je serais totalement incapable de chanter dans un idiome que je ne comprends pas car il faut y mettre l´expression.
Je n´ai jamais entendu Vesselina Kasarova parler ni italien ni francais mais je pense qu´elle doit savoir quelques mots par ci, par lá.

Pour le timbre vocal: il y a des voix qui ont un timbre type et que l´on détecte tout de suite: une vraie soprano , par exemple, même si elle n´a pas pris de cours de chant, l´on entend á sa clarté qu´elle est soprano. Je ne sais l´expliquer mais j´arrive á les reconnaître.
De même qu´une voix naturellement sombre et qui descend naturellement sans peine sous le la 2 a de tres fortes chances d´être au minimum entre mezzo-soprano et mezzo central.

Voix de sifflet: comment savoir si mon aigu est en tête ou en sifflet ? Est-ce que vous pourriez m´indiquer un moyen ?
Ce que je sais , c´est que j´ai toujours eu des aigus " écrasés" , même apres le travail vocal. Par contre, je n´ai jamais eu de problemes dans le grave et jamais de douleur laryngé.

Comme vous dites , on peut aussi avoir une voix mal travaillé ou tomber sur un prof qui nous " classe" mal:
De toute facon, je pense que quand on sent qu´on a du mal dans une tessiture, mieux vaut ne pas insister. Mieux vaut une belle voix de mezzo ou de contralto qu´une voix de " soprano de forcage" de mauvaise qualité.

35. Le vendredi 18 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Par contre, je n´ai jamais entendu Kathleen Ferrier au delá d´un sol.


Question de répertoire aussi... mais je suppose qu'elle ne faisait pas le contre-ut en effet !

A l´inverse, certaines mezzos ont une voix tres étendue dans l´aigu et peuvent passer le contre-ut ( il me semble que Grace Bumbry avait le contre-ré)

Exact, elle a même tenu des rôles de soprano franc comme l'Ariane de Dukas ou Abigaille dans Nabucco. C'était tendu mais tout à fait assumé.

et donc, pour peu que leurs aigus sont clairs, elles peuvent passer pour des sopranos. Lá , c´est le grave qui détermine :

Je crois que la tension et la couleur vont déterminer toutes seules. :)

Je suis entrain d´écouter Vitellia: il faut effectivement une voix de mezzo avec de bons graves et des aigus solides et pas une soprano " pur sucre".

Pourtant, de vrais sopranos l'ont tenu avec succès (Lucia Popp !).

Je pense que ce rôle aurait été dans les cordes de Maria Callas et en passant, je me demande pourquoi elle a si peu chanté Mozart.

Je crois qu'elle avait déclaré qu'elle n'aimait pas ça. Par ailleurs, ce qu'elle en a laissé ne suscite pas beaucoup de regrets...

De toute facon, ce n´est pas en se disant en l´avance qu´il n´y a pas d´espoir que les choses avancent. Toute personne connue a forcément été au départ un inconnu. Donc, se " bouger" pour se faire connaître est plus judicieux que de ne rien faire.
Il faut se dire aussi qu´á l´heure actuelle , beaucoup de personnes " pistonnent" qui elles veulent ou répondent á qui elles veulent.
Sans aller bien loin, j´ai remarqué que sur certains forums, des questions recoivent des dizaines de réponses alors que d´autres , placées parfois depuis des mois se retrouvent avec aucune réponse.
Je connais également des gens qui ont pu être édités sans être connu de beaucoup mais certainement, ils ne sont pas partis sur le principe " c´est impossible".
L´effort de se " mettre en avant" doit également venir de celui qui écrit et de toute facon, les choses finissent toujours par se faire quand elles doivent se faire.

Disons que sans relais, c'est peine perdue. Ou alors il faut des titres universitaires dans la discipline, qui peuvent permettre progressivement de glisser vers la vulgarisation. C'est le contact de départ qu'il faut, donc (même une simple amitié).

Shirley Verrett était environ entre soprano grave et mezzo-soprano mais elle a chanté Dalila qui est pour mezzo franc, donc sans aucun doute , ses graves devaient être assez solides. Une soprano " pur sucre" ne pourrait aborder Dalila tant á cause des graves que de la couleur.

Ses aigus étaient tendus, mais la tessiture était haute pour un mezzo et elle poitrinait à partir d'assez haut. Même ses poitrinés avaient une superbe couleur claire.

J´ai écouté quelques Vitellia et remarqué que pas mal de sopranos ne font pas le sol 2 et que plusieurs mezzos l´ont chanté , dont Elina Garanca.

Non, c'est Sextus qu'elle a chanté. Vitellia, ce serait quand même douloureux pour elle, même si évidentuellement possible. Mais vu la prudence et la stratégie avec laquelle elle gère sa carrière, je ne m'avance pas trop en disant qu'elle ne le chantera jamais. :)

En même temps , ca monte au contre-ré , ce qui n´est pas á la portée de toutes les mezzos non plus. Par contre, Cecilia Bartoli a l´étoffe pour le faire ou, dumoins, l´aurait.

Elle ne l'a pas tenté, et avec raison : manque d'ampleur, et surtout, elle n'aurait ni les graves ni les aigus, sa tessiture est courte. En revanche elle a fait un Sextus assez bouillant, très sympathique.

Concernant les rôles jamais abordés par les artistes , cela peut être aussi non pas parce qu´ils ne peuvent pas mais parce qu´ils ne veulent pas.

Oui, choisir un rôle oriente en plus toutes les propositions qu'on reçoit ensuite. Pour faire évoluer leur carrière, certains chanteurs doivent refuser des propositions, pour pouvoir aborder des rôles différents. Et de même, ne pas aborder n'importe quoi trop tôt.

Un exemple: alors que tant de sopranos aigus ont chanté Rosina du Barbier, pourquoi Natalie Dessay ne l´a jamais chanté ? Je ne l´ai même pas entendu chanter Una voce poco fa.

Je pense que ça ne l'intéressait pas beaucoup, et puis ce n'est plus du tout à la mode, la version pour soprano. Il y a bien Gruberová qui l'a fait, mais c'est un phénomène à part (et pour son propre label).

Par exemple, pour La reine de la nuit, l´idéal vocal serait un soprano aigu dramatique avec colorature alors que certains rôles d´héroines rossiniennes ne recquierent pas de grandes hauteurs mais demandent, pour le contexte, une couleur légere:

Bien sûr, d'ailleurs on distribue couramment des sopranos dans des rôles baroques qui n'excèdent pas le sol. Pour de simples raisons de couleur.

Personnellement, je pense qu´á force de chanter dans une langue, les artistes finissent au moins par connaître des mots de base comme bonjour, bonsoir, etc.... Pour ma part, je serais totalement incapable de chanter dans un idiome que je ne comprends pas car il faut y mettre l´expression.

La question est en fait plus complexe. D'abord parce qu'il y a la nécessité de la juste accentuation (c'est même le plus important).
Les artistes ont aujourd'hui des formations sérieuses en langues.

Plus déterminant encore, changer de langue, c'est changer le placement du son, changer les voyelles... donc toute la technique à revoir !

Je n´ai jamais entendu Vesselina Kasarova parler ni italien ni francais mais je pense qu´elle doit savoir quelques mots par ci, par lá.

C'est l'évidence, nul doute qu'elle se débrouille sans problème dans les coulisses ! Mais après, est-elle à l'aise pour les parler...

Voix de sifflet: comment savoir si mon aigu est en tête ou en sifflet ? Est-ce que vous pourriez m´indiquer un moyen ?

Le sifflet est un autre mode d'émission vocale, j'en ai un peu parlé ici.

De toute facon, je pense que quand on sent qu´on a du mal dans une tessiture, mieux vaut ne pas insister. Mieux vaut une belle voix de mezzo ou de contralto qu´une voix de " soprano de forcage" de mauvaise qualité.

Pour un amateur, c'est l'évidence : une voix correcte dans une tessiture inférieure, c'est plus sûr. Après, lorsqu'on veut le faire plus sérieusement, si on veut disposer d'un instrument sonore et solide, il ne faut pas trop biaiser avec son instrument.

36. Le vendredi 18 février 2011 à , par Sandrine

Bonsoir, je pense que pour beaucoup de choses, avant de se décourager ou de décourager, il faut se bouger. Tout le monde n´a pas des titres universitaires et des amis dans les quatre coins du monde, loin s´en faut et pourtant, plusieurs personnes finissent par se faire éditer, parfois sur le tard , c´est vrai mais ce
n´est pas en rangeant son manuscrit dans le fond d´un tiroir et en ne se faisant connaître nulle part que ca va se faire.
Oui , les amis , quand on en a peuvent aider mais ce n´est pas parce que ce sont nos amis qu´ils vont forcément vouloir ou pouvoir. J´ai déjá parlé de mon projet á plusieurs de mes connaissances en la matiere mais je ne peux pas les obliger de m´épauler pour mon livre s´ils ne veulent pas ou ne peuvent pas.
Déjá , finir la rédaction et le présenter á des éditeurs avant de " pleurnicher" que toutes les portes se ferment.

Certaines mezzo-sopranos , voire mezzos ont le contre-ré , sans doute limite-limite mais cela arrive. Par contre, tres peu de vraies sopranos ont un sol grave costaud. J´en ai connu plusieurs , y compris d´un niveau solide et c´était vraiment leur limite dans le grave. Déjá que ce ne sont pas toutes les mezzos qui l´ont.

Si l´on ne connaît pas son registre, comment savoir si l´on est trop haut ou trop bas par rapport á lui ?
Parce que moi, je sais par expérience que le registre de soprano est trop haut pour moi mais comment savoir si je peux risquer ou pas celui de contralto, par exemple ?

La version pour soprano se chante encore , du moins elle se chantait encore il n´y a pas si longtemps ( Diana Damrau, par exemple) mais il est vrai que de plus en plus de mezzo-sopranos et mezzos reprennent le flambeau. Du reste, Rossini l´avait écrit au départ pour ce type de voix , ce n´est qu´apres , avec
cet " amour fou" pour les voix ultra-hautes que ce rôle , comme beaucoup d´autres du bel canto , a été revisité , retransposé pour soprano.
Peut-être avait-on pensé qu´une voix plus claire incarnait plus la jeunesse ?

Tessiture courte pour Cecilia Bartoli , je ne sais pas mais en tout cas, son étendue est longue. Mais l´on peut avoir une étendue tres longue et effectivement une tessiture courte. Par contre, son étendue lui sert pour les ornementations pour la colorature.

Ayant vu par ici qu´il y avait une allusion á Orfeo de Gluck, j´en dis quelques mots.... pas vraiment sur le rôle toute entier car je ne le connais pas assez mais sur le fameux " Che faró senza Euridice" : ca ne monte pas tres haut mais ca ne descend pas tres bas non plus ( ambitus si2-mi4 ou fa4, sauf erreur de ma part) . C´est souvent indiqué contralto mais c´est en fait pour mezzo et même certaines mezzo-sopranos limite soprano grave pourrait le chanter: du reste,
Maria Callas l´a fait. Pour une vraie contralto ou mezzo plutôt grave, ca serait même limite un peu tendu dans l´aigu. Enfin , c´est que je ressens car c´est aussi un air que j´ai travaillé. Un alto doit avoir des aigus vraiment sûr pour l´aborder. Ou alors, elle doit transposer: c´est possible pour soi mais je crois que pour les professionnels, les transpositions sont en principe interdites, non ?

J´ai déjá effectivement entendu Lucia Popp chanter Vitellia et dans ce que j´ai entendu, elle ne fait pas le sol grave. Du reste, vu que c´est une soprano de type aigu , je doute même qu´elle l´est dans la voix. Beaucoup de ce type de sopranos peinent déjá pour donner un beau do 3.

Effectivement, certains airs baroques qui ne montent pas tres haut sont chantés par des sopranos , cela doit donc avantager les voix courtes.
J´avoue que je préfere nettement les voix de femmes plus graves dans la musique baroque mais il y a une soprano qui ne chante presque que du baroque et que j´aime beaucoup, c´est Sandrine Piau : une tres charmante couleur lyrique-légere avec des aigus scintillants mais sans acidité. Et je crois qu´elle non plus ne s´aventurerait pas vers des airs et des rôles trop éloignés de sa voix.

A propos de voix qui se baladent un peu tous azimuts , on n´entend plus parler de Cheryl Studer , elle qui avait affronté toutes les teintes du registre de soprano....

37. Le samedi 19 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Certaines mezzo-sopranos , voire mezzos ont le contre-ré , sans doute limite-limite mais cela arrive. Par contre, tres peu de vraies sopranos ont un sol grave costaud. J´en ai connu plusieurs , y compris d´un niveau solide et c´était vraiment leur limite dans le grave. Déjá que ce ne sont pas toutes les mezzos qui l´ont.

Tout à fait.

Parce que moi, je sais par expérience que le registre de soprano est trop haut pour moi mais comment savoir si je peux risquer ou pas celui de contralto, par exemple ?

Vous ne pourrez le déterminer qu'en l'esayant. Si votre voix est moins sonore et tubée, ça veut dire que vous êtes plus aiguë...

La version pour soprano se chante encore ,

Oui, mais exceptionnellement.

Peut-être avait-on pensé qu´une voix plus claire incarnait plus la jeunesse ?

Sans doute, et puis le goût pour un certain type de voix, de même que le XVIIIe (hors France) a eu ses castrats et contraltos et le XIXe ses ténors.

C´est souvent indiqué contralto mais c´est en fait pour mezzo et même certaines mezzo-sopranos limite soprano grave pourrait le chanter: du reste, Maria Callas l´a fait. Pour une vraie contralto ou mezzo plutôt grave, ca serait même limite un peu tendu dans l´aigu. Enfin , c´est que je ressens car c´est aussi un air que j´ai travaillé. Un alto doit avoir des aigus vraiment sûr pour l´aborder.

De fait, beaucoup de mezzos ont chanté le rôle. C'est un air très central, et le rôle aussi, si bien qu'il peut être tenu par les deux voix. Exactement comme dans les opéras baroques, où très souvent, on peut distribuer un même rôle à une soprane ou à une mezzo, selon la couleur qu'on recherche.

Ou alors, elle doit transposer: c´est possible pour soi mais je crois que pour les professionnels, les transpositions sont en principe interdites, non ?

Elles sont mal vues, mais la plupart des ténors transposent "Che gelida manina" ou "Di quella pira" d'un demi-ton... Ce qu'il y a dans cocasse, dans le second, c'est qu'il font cela pour pouvoir ajouter une contre-note non écrite...

J´ai déjá effectivement entendu Lucia Popp chanter Vitellia et dans ce que j´ai entendu, elle ne fait pas le sol grave.

Vraiment ? Je n'ai pas vérifié vu que cette question ne m'importe pas essentiellement, mais je ne pensais pas qu'on puisse l'escamoter, on le tente au moins. Effectivement, pour un soprano lyrique, c'est une note assez exotique.

Effectivement, certains airs baroques qui ne montent pas tres haut sont chantés par des sopranos , cela doit donc avantager les voix courtes.

Il y a même des chanteurs habitués aux autres répertoires qui ont du mal à timbrer aussi agréablement leurs airs que les spécialistes, parce qu'ils ont l'habitude de protéger leur voix sur des aigus exigeants.

J´avoue que je préfere nettement les voix de femmes plus graves dans la musique baroque mais il y a une soprano qui ne chante presque que du baroque et que j´aime beaucoup, c´est Sandrine Piau : une tres charmante couleur lyrique-légere avec des aigus scintillants mais sans acidité. Et je crois qu´elle non plus ne s´aventurerait pas vers des airs et des rôles trop éloignés de sa voix.

C'est juste qu'avec un orchestre léger, elle peut alléger son émission et chanter plus bas sans forcer. Parce qu'elle a de magnifiques aigus quand elle chante le grand répertoire.
Il y a d'autres sopranes authentiques qui se sont amplement limitées à ces rôles qui sont dans des tessitures de mezzo : Agnès Mellon, Sophie Daneman, Stéphanie Revidat, Amel Brahim-Djelloul, Emmanuelle de Negri... Des voix pourtant très légères. Evidemment, avec un grand orchestre, pour se faire entendre, il faudrait qu'elle chantent plus aigu.

A propos de voix qui se baladent un peu tous azimuts , on n´entend plus parler de Cheryl Studer , elle qui avait affronté toutes les teintes du registre de soprano....

Le public et la critique l'ont assassinée vers le milieu des années quatre-vingt-dix à cause d'une méforme passagère (assez relative d'ailleurs), due à la fatigue. Elle a toujours sa voix intacte et elle passe son temps à donner des cours. Une grande perte : un peu comme si tout le monde attendait le déclin et criait au loup un peu trop tôt, si bien que la machine s'est emballée...

38. Le dimanche 20 février 2011 à , par Sandrine

Bonjour et merci pour vos réponses.
Qu´est-ce qu´un son tubé exactement ? Est-ce un son que l´on n´arrive pas á rendre fort même en le poitrinant ?

Concernant les sopranos de type aigu telles Lucia Popp , Natalie Dessay ou Lily Pons, certaines ont déjá du mal á avoir un ré3, mi3, donc l´on peut facilement imaginer qu´elle ne puisse pas émettre un sol 2 qui est déjá tres exceptionnel pour une soprano centrale ou grave.
Par contre, le rôle d´Amelia du Bal masqué de Verdi , rôle de soprano grave dramatique, descend au la grave: donc, une mezzo-soprano, voire mezzo avec un solide entraînement devrait pouvoir y arriver , á condition d´avoir la couleur dramatique.
En fait , pour répondre vraiment á l´esprit du soprano dramatique verdien, il faudrait une voix capable d´avoir á la fois des graves de mezzos , des aigus de soprano et un timbre entre les deux: l´artiste qui a été la plus proche de ce portrait est sans doute Maria Callas dont la voix était entre mezzo et soprano grave.
Pour une soprano lyrique " pure" , je pense qu´Amelia et Leonora seraient même trop bas en ce qui concerne le bas: du reste, des rôles pour vraies dramatiques incarnées par les lyriques perdent de leur dimension. Certaines artistes ont fini par s´abîmer la voix en abordant des rôles trop lourds pour elles.

Petit retour sur Nathalie Stutzmann: peut-être ai-je mal entendu mais sur l´une des vidéos Youtube oú elle chante Al lampo dell´armi, l´air est transposé plus bas que quand ce sont d´autres artistes qui l´interpretent. Si c´est vraiment le cas, soit elle est dans le bon ton et l´air a été monté pour les autres.
Soit c´est pour elle qu´il a été descendu mais normalement, étant donné que c´est écrit pour voix mezzo-contralto/ contralto , elle ne devrait pas avoir besoin de le baisser, d´autant plus qu´il n´y a pas de notes tres aigues.

39. Le dimanche 20 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

On parle génériquement de son "tubé" pour parler de son trafiqué, grossi artificiellement. Plus précisément, ça peut désigner des résonances de bouche pour épaissir un son qui ne l'est pas au début.

Concernant les sopranos de type aigu telles Lucia Popp , Natalie Dessay ou Lily Pons, certaines ont déjá du mal á avoir un ré3, mi3, donc l´on peut facilement imaginer qu´elle ne puisse pas émettre un sol 2 qui est déjá tres exceptionnel pour une soprano centrale ou grave.

Lucia Popp n'est pas du tout dans la même catégorie, elle a tout de même chanté des héroïnes (certes pas les plus lourdes) de Wagner et R. Strauss : sainte Elisabeth, Arabella, Daphné, Madeleine ! Elisabeth a quand même été chantée par Flagstad, Traubel, Varnay, Nilsson, Jones, Marton, Secunde, Eaglen... qui ont ou ont eu Brünnhilde à leur répertoire ! Après ça, le rôle correspond mieux à des formats plus légers à mon avis et Popp l'a fait en studio (mais il n'y aurait eu aucun problème sur scène, Arabella non plus n'est pas pour une voix de lyrique léger).
Sa voix a toujours été assez large (un vrai lyrique, pas un grand lyrico-dramatique, mais pas un léger non plus), et elle a considérablement fait évoluer ses emplois depuis ses débuts (Sophie du Rosenkavalier, Susanna, la Reine de la Nuit) jusqu'à la fin de sa carrière (sainte Elisabeth, Vitellia, Arabella). :)

Par contre, le rôle d´Amelia du Bal masqué de Verdi , rôle de soprano grave dramatique, descend au la grave: donc, une mezzo-soprano, voire mezzo avec un solide entraînement devrait pouvoir y arriver , á condition d´avoir la couleur dramatique.

Ce n'est pas aussi simple que cela. Peu s'y sont risquées (il y a quand même Verrett, avec tension mais brio), le rôle comporte des lignes tout entières dans l'aigu, bien au-dessus du passage, et doublant le soprano léger d'Oscar ! C'est un rôle de soprano sombre avec une belle extension grave, mais un rôle de soprano tout de même.

En fait , pour répondre vraiment á l´esprit du soprano dramatique verdien, il faudrait une voix capable d´avoir á la fois des graves de mezzos , des aigus de soprano et un timbre entre les deux: l´artiste qui a été la plus proche de ce portrait est sans doute Maria Callas dont la voix était entre mezzo et soprano grave.

Il manquait de la pulpe dans l'aigu à Callas pour que le portrait soit tout à fait complet, mais il y a eu un certain nombre de voix exceptionnelles qui avaient ces qualités. Par ailleurs, une voix plus réduite peut tout à fait rendre justice au rôle quand même.

Pour une soprano lyrique " pure" , je pense qu´Amelia et Leonora seraient même trop bas en ce qui concerne le bas:

Des lyriques pas trop lourds (entre le mozartien et le verdien) ont pu chanter Leonora II avec bonheur. De la même façon, il y a de grands lyriques (Mattila, mais c'est un très grand lyrique) qui ont chanté Amelia. Mais dans l'absolu, Amelia serait chantable par un lyrique tout à fait moyen, c'est aussi une tradition de distribution, une question de l'équilibre qu'on veut entre les voix, de la couleur et du caractère que l'on souhaite...
Je ne suis pas du tout partisan de la rigidité dans les distributions vocales, l'expérience montre qu'on peut faire des choses fascinantes avec des options très opposées. J'aime l'Isolde grinçante d'Astrid Varnay et j'aime celle évanescente de Margaret Price... L'une n'ayant pourtant pas la couleur et l'autre pas la voix. :) Même chose pour Salomé, entre Borkh et Nylund, il y a quelques mondes.

du reste, des rôles pour vraies dramatiques incarnées par les lyriques perdent de leur dimension.

Je prense exactement le contraire : le fait de distribuer un rôle à une voix un peu plus mince oblige l'interprète à se dépasser. On a le cas de Caterina Ligendza qui chante Isolde avec une voix de lyrique (dans le sens wagnérien du terme, elle serait une dramatique chez les Italiens), et malgré quelques difficultés ici ou là, c'est magnifiquement lumineux et expressif.
Le problème des voix très dramatiques, c'est qu'elles perdent dans la beauté du timbre, la variété des couleurs, et la précision de la diction. Du moins aujourd'hui, parce que la problématique n'était pas forcément la même dans les années 30 (sauf pour les sopranos, où Lubin, Flagstad et Traubel ont toujours fait de la bouillie...).

Certaines artistes ont fini par s´abîmer la voix en abordant des rôles trop lourds pour elles.

Mais la lourdeur, contrairement à ce qu'on lit souvent, n'est pas tant liée à l'écriture du rôle qu'à la largeur de la salle et de l'orchestre, tout simplement. En studio, Natalie Dessay pourrait enregistrer Brünnhilde sans problème. En revanche, pour passer l'orchestre massif dans le médium, elle devrait vraisemblablement forcer. Cela dit, pour la Brünnhilde de la première journée, ce devrait passer. C'est ensuite que ce serait plus complexe.
C'est plus une question d'élargir le volume et de lutter contre l'orchestre que d'écriture. Un baryton léger peut chanter Wotan si on lui met un quatuor à cordes à côté...
Et bien entendu, si l'interprète veut changer sa couleur sans un travail approfondi, il court un danger.

Petit retour sur Nathalie Stutzmann: peut-être ai-je mal entendu mais sur l´une des vidéos Youtube oú elle chante Al lampo dell´armi, l´air est transposé plus bas que quand ce sont d´autres artistes qui l´interpretent. Si c´est vraiment le cas, soit elle est dans le bon ton et l´air a été monté pour les autres.

Attention tout de même, ce peut être une histoire de diapason. Du type un ensemble français qui le jouerait à 390, ou un exégète qui aurait ressorti le vrai diapason de la création. Le diapason n'est pas le même pour tous les ensembles baroques, et varie bien sûr selon leurs répertoires.

Maintenant, la transposition est possible, et c'est en plus assez commode à faire dans un opéra seria où il y aura peu d'aménagements à réaliser sur les partitions.

40. Le dimanche 20 février 2011 à , par Sandrine

Pour ma part, je ne crois pas que l´on peut trafiquer une note: un fa2 pour une femme par exemple, soit elle l´a soit elle ne l´a pas. Si elle ne l´a pas dans la voix, s´il ne fait pas partie de l´anatomie de ses cordes vocales, elle pourra toujours faire tout ce qu´elle voudra, il ne sortira pas. Idem pour l´aigu: j´ai connu des sopranos authentiques qui n´ont jamais eu le contre-mi.
Je crois que c´est plutôt á la tension ( le mot n´est peut-être pas le bon) du larynx que l´on voit si l´on n´est ou pas dans la bonne tessiture: si, en chantant dans un registre , la gorge pique ou tire ou fait mal , c´est que l´on n´est pas sur la bonne voix ( et voie !).
Mais l´on peut être mezzo et ne pas du tout éprouver de douleur ni de blocage á chanter contralto , donc tout dépend de la voix de départ: l´on peut être mezzo franc comme l´on peut être entre mezzo et contralto et chanter avec aisance les deux.
Pareil pour les voix masculines: certains barytons allant vers le ténor chantent des airs pour ténors sans se casser le larynx et d´autres , au contraire, interpreteront sans difficulté des airs de basse.
Mais si j´ai bien compris ce qu´est un son tubé , alors , je dirais que je suis obligé de poitriner mes ré2 et do dieze 2 pour les faire entendre fort mais je ne les gonfle pas. De toute facon, aucun air pour femme ne les réclame. Je les poitrine mais ils ne me font pas mal. Donc, des notes peuvent tres bien être dans
l´étendue hors tessiture d´emploi sans que l´on s´en apercoive puisque l´on ne ressent pas de douleur.

Je pensais peut-être Edita Gruberova quand j´ai écrit sur Lucia Popp: la confusion vient peut-être du fait qu´elles ont chanté toutes deux la Reine de la nuit.
Gruberova est un soprano de type aigu lyrique-léger et même étant plus jeune, elle n´aurait sans doute pas ou aborder Amelia du Bal masqué , ne serait-ce
qu´á cause du la grave: certaines sopranos lyriques tout court ne l´ont pas.
Puis la couleur et l´aisance dans la tessiture joue aussi : je pense et suis même certaine que Natalie Dessay a le do3 et pourtant, je l´imagine mal chanter Gioconda car elle n´est ni soprano grave ni soprano dramatique.
A l´inverse, une soprano grave ( dramatique ou pas) peut avoir le contre-fa dans sa voix mais ne pas pouvoir l´exploiter pour chanter, c´est á dire ne pas pouvoir être capable de le nuancer du pianissimo au fortissimo alors que Dessay, elle , le peut ou , du moins , l´a fait dans les premieres années de sa carriere.

A propos de mezzos ayant chanté des rôles ou airs pour soprano franc, l´on a Cecilia Bartoli qui a chanté le Brindisi avec Pavarotti mais elle est vraiment mezzo-soprano , donc avec plus de possibilités pour le soprano , donc c´est faisable pour elle.
Maintenant , je ne crois pas que Viorica Cortez qui , elle , est un mezzo franc aurait pu chanter Violetta , en tout cas pas tout le rôle. Par contre, elle n´aurait sans doute pas eu de mal á chanter un rôle de contralto , peut-être même l´a-t-elle déjá fait.

Grosso modo , je pense que si une femme arrive au fa2 sans probleme et peut l´exploiter, c´est qu´elle est au moins mezzo.

41. Le dimanche 20 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Il s'agit bien sûr de trafiquer l'aspect d'une note, pas son existence ou pas. Le "tubage" sert à donner l'impression que la voix est plus large ou plus sombre que sa nature.

Je crois que c´est plutôt á la tension ( le mot n´est peut-être pas le bon) du larynx que l´on voit si l´on n´est ou pas dans la bonne tessiture: si, en chantant dans un registre , la gorge pique ou tire ou fait mal , c´est que l´on n´est pas sur la bonne voix ( et voie !).

Tout à fait. Toujours à condition d'avoir une technique correcte. Parce que si on chante larynx haut, on aura beaucoup de mal à monter sans se blesser - ou alors il faut utiliser le belting, mais ce n'est plus du chant lyrique et on entre dans d'autres problématiques de volume, de style, etc.

Mais si j´ai bien compris ce qu´est un son tubé [...] mais je ne les gonfle pas.

Voilà, on peut peu ou prou apparenter le "tubage" à une forme spécifique de "gonflement" artificiel du timbre.

Je pensais peut-être Edita Gruberova quand j´ai écrit sur Lucia Popp: la confusion vient peut-être du fait qu´elles ont chanté toutes deux la Reine de la nuit.
Gruberova est un soprano de type aigu lyrique-léger et même étant plus jeune, elle n´aurait sans doute pas ou aborder Amelia du Bal masqué , ne serait-ce
qu´á cause du la grave: certaines sopranos lyriques tout court ne l´ont pas.

Gruberová constitue un cas assez hors normes : la voix est en réalité très large. Donc elle a débuté avec Zerbinetta parce qu'elle a beaucoup d'aigus, et effectivement elle ne descend pas très bas, mais elle tient aujourd'hui des rôles dramatiques du répertoire italien dont le format avoisine Amelia (ce sont cependant des rôles de lyrique et pas de spinto).

alors que Dessay, elle , le peut ou , du moins , l´a fait dans les premieres années de sa carriere.

Elle l'a même fait pendant le courant des années 2000. Effectivement, aujourd'hui, ce n'est plus vrai.

A propos de mezzos ayant chanté des rôles ou airs pour soprano franc, l´on a Cecilia Bartoli qui a chanté le Brindisi avec Pavarotti mais elle est vraiment mezzo-soprano , donc avec plus de possibilités pour le soprano , donc c´est faisable pour elle.

Brindisi de toute façon pas très aigu dans l'absolu. Elle a surtout tenu Fiordiligi sur scène, et avec une vraie couleur de soprano.

Maintenant , je ne crois pas que Viorica Cortez qui , elle , est un mezzo franc aurait pu chanter Violetta , en tout cas pas tout le rôle.

Oui, Violetta est très haut perché, impossible pour un mezzo, je ne crois pas qu'aucun s'y soit jamais risqué en intégralité.

Grosso modo , je pense que si une femme arrive au fa2 sans probleme et peut l´exploiter, c´est qu´elle est au moins mezzo.

Il y a de grandes probabilités, oui, mais on reste toujours sur le fait qu'il faut juger sur pièces.

42. Le dimanche 20 février 2011 à , par Sandrine

Lucia Popp a également incarnée ( je suis entrain de l´écouter) Zerlina de Don Giovanni qui est un rôle de soprano léger mais grave et que même certaines
mezzo-sopranos ont chanté. Par contre, Zerlina est trop haut pour une mezzo de type Carmen ou Dalila ou alors, il faut qu´elle ait un aigu exceptionnellement étendu et sacrément maîtrisé.

Afin que j´entende plus concretement, pourriez vous me citer l´exemple d´une mezzo qui chante avec des sons tubés pour faire l´effet contralto tout en ayant quand même les graves dans sa voix ?

Il y a aussi la maniere de comment est travaillé ou a été travaillé la voix : une chanteuse peut avoir á la base de beaux graves mais ne pas les avoir travaillés
en privilégiant ses aigus ou vice versa. Donc, l´important est de bien éduquer la tessiture dans sa totalité et non une partie.

Violetta : il me semble qu´il y a un mi bémol : certaines mezzo-sopranos l´ont en étendue , voire en fin de tessiture ( Cecilia Bartoli) mais une chose est le
l´émettre, une autre chose est de le maîtriser. Il y a même pas mal de sopranos qui ne l´ont pas: j´en ai connu quatre dont mon ancienne prof qui n´allait " que" jusqu´au contre-ré.
Idem pour les hommes : ce n´est pas parce que l´on sort des la3 que l´on n´est forcément un ténor en devenir. Beaucoup de baryténors , voire de barytons ont naturellement des aigus faciles dans leur voix de départ.

Pour le Brindisi, je ne me souviens pas de quelle est la note la plus haute : c´est la derniere note de l´air mais je n´ai jamais vérifié au piano.
Effectivement, Cecilia Bartoli a incarné Fiordiligi de Mozart mais je ne crois pas qu´elle aurait pu faire Anna de Don Giovanni ou alors, avec beaucoup de travail.
Par contre, Joan Sutherland l´a fait mais c´était vraiment sa tessiture.

Une voix travaillée depuis longtemps a plus d´ampleur qu´une voix non travaillé ou novice : mais cela vient-il en fait des cordes vocales qui se sont musclés ou
bien de la respiration qui a acquis plus de solidité ? Mais il y a aussi des voix de type léger qui , même avec un travail de longue haleine, n´auront jamais la puissance de voix dramatiques.

43. Le dimanche 20 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Lucia Popp a également incarnée ( je suis entrain de l´écouter) Zerlina de Don Giovanni qui est un rôle de soprano léger mais grave et que même certaines
mezzo-sopranos ont chanté.

Oui, typiquement le rôle de soprano demi-caractère, à l'époque où le mezzo n'existait pas comme nous le concevons aujourd'hui.

Par contre, Zerlina est trop haut pour une mezzo de type Carmen ou Dalila ou alors, il faut qu´elle ait un aigu exceptionnellement étendu et sacrément maîtrisé.

Oh, elles peuvent, je pense... mais est-ce que ce serait beau... Franchement, Horne en Zerline, je trouve ça agréablement drôle. :) (Oui, oui, elle l'a fait et enregistré, en studio !)


Afin que j´entende plus concretement, pourriez vous me citer l´exemple d´une mezzo qui chante avec des sons tubés pour faire l´effet contralto tout en ayant quand même les graves dans sa voix ?

Ce n'est pas forcément "pour faire contralto". Là où le tubage est le plus fréquent, ce sera plutôt chez les sopranes qui veulent faire plus ample et plus dramatique. Certains ont accusé (abusivement, mais ça donne une idée de ce que c'est) Netrebko d'avoir recours au tubage - c'est vrai qu'il y a un petit côté enflé et opaque, même si on ne peut pas parler de trafic ni même de tubage au sens défaillant du terme.


Violetta : il me semble qu´il y a un mi bémol :

Non, il n'y en a pas. Il est moche et fait simplement pour épater la galerie par les chanteuses qui veulent montrer impudiquement le leur. :)
En revanche niveau tessiture, "Sempre libera", c'est vraiment du pur lyrique, pour ne pas dire du lyrique léger (même si le rôle n'est pas à l'origine conçu pour un lyrique léger, sa tessiture est sensiblement haute dans ce passage), et "Addio del passato", c'est tendu même pour des lyriques pas lourds.

Beaucoup de baryténors , voire de barytons ont naturellement des aigus faciles dans leur voix de départ.

Beaucoup, pas vraiment : contrairement à la voix de basse qui est souvent naturellement sonore grasse à son assise, la voix de baryton correspond souvent à des voix moyennes qui ne peuvent pas compter sur leurs graves et qui n'ont pas l'aigu facile pour autant. Bien sûr, en vocalises, un baryton peut couramment monter jusqu'au si bémol, et dans certains cas jusqu'au contre-ut.

Effectivement, Cecilia Bartoli a incarné Fiordiligi de Mozart mais je ne crois pas qu´elle aurait pu faire Anna de Don Giovanni ou alors, avec beaucoup de travail.

Les deux rôles n'ont rien à voir effectivement, parce que le centre de gravité d'Anna, dans ses airs est très haut.

Par contre, Joan Sutherland l´a fait mais c´était vraiment sa tessiture.

Oui, c'était en plein dans ses capacités, effectivement.


Une voix travaillée depuis longtemps a plus d´ampleur qu´une voix non travaillé ou novice :

Pas toujours ! Il y a des voix naturellement sonores et des voix travaillées qui restent modestes, même si elles sont bien travaillées. L'explication en est assez simple, ça dépend de la nature du matériau, du type de technique utilisée... et aussi de l'éducation. Les gens qui ont été éduqués en plein air ou dans une culture de quartier ou de village n'ont pas l'inhibition vocale des citadins d'aujourd'hui.


mais cela vient-il en fait des cordes vocales qui se sont musclés ou
bien de la respiration qui a acquis plus de solidité ?

Les cordes vocales ne se musclent pas à proprement parler, mais oui, c'est ça, les muscles du larynx qui sont plus efficaces et la qualité du soutient qui augmente. Plus le placement pertinent dans le masque.

44. Le dimanche 20 février 2011 à , par Sandrine

Mervi pour vos réponses.

A la base, Marylin Horne était quand même plus pres du mezzo-soprano que du mezzo franc. Elle a même travaillé le répertoire de soprano grave au début de sa carriere, donc Zerlina, ca pouvait encore passer pour elle dans sa jeunesse. Du reste, quand on écoute son timbre, surtout dans les aigus, on se rend compte
qu´il est beaucoup plus clair que celui de vraies mezzos.

Anna Netrekbo : je l´écouterais mieux , il est possible qu´elle gonfle sa voix de temps en temps mais d´un autre côté , son timbre naturel n´est pas non plus celui d´un soprano léger. Ce qui serait vraiment exagéré , ce serait, par exemple , Patricia Patibon, soprano aigu plutôt léger, qui se mettrai á des rôles comme
Leonora ( les deux de Verdi) ou Isolde. D´ailleurs, elle n´en aurait ni la couleur ni le format vocal .

45. Le dimanche 20 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Marilyn Horne a une voix très centrée vers le bas-médium, tout de même, et elle a excellé des les années 70 dans les rôles de mezzo grave (Fidès du Prophète, typiquement, ou Rinaldo de Haendel, rôle d'alto).
Elle avait en plus une superbe extension aigu, ce qui lui permettait de chanter beaucoup de choses.

Je vous assure qu'en Zerline, ça ne sonne absolument pas semi-soprano, mais bien gros-mezzo-poitrinant. :)

Pour ce qui est du tubage, ce n'est pas une question de format mais d'émission. Ca ne fait pas changer de format, ça donne l'impression qu'on est plus sombre (mais ça s'entend...).
Netrebko est vraiment un cas limite, mais je crois que le voile qu'on entend dans sa voix, le petit côté "reste dans la bouche" s'apparente au tubage. Evidemment, on va trouver ça abondamment chez les russes, en particulier chez les mezzo un peu courtes en grave.

46. Le lundi 21 février 2011 à , par Sandrine

Bonjour, j´ai effectivement remarqué que chez les russes, les voix sont en général plus sombres. Il y a du reste beaucoup plus de mezzos et de basses que dans les pays latins.

Il semble que ce qui peut faire la différence entre mezzo et contralto, c´est que la vraie contralto garde une certaine noblesse dans la voix et ce , même pendant les graves. Par exemple, Miriam Barriga , que vous connaissez peut-être, est cataloguée " contralto" probablement parce qu´elle a un grave facile mais en même temps, elle monte plus haut et renforce en poitrinage dans le bas du registre, voilá pourquoi je pense qu´elle est en fait mezzo.
Une vraie contralto peut rester plus longtemps en voix de tête sans forcer son grave mais il y a aussi des mezzos qui dosent leur poitrinage , voilá pourquoi il est tres difficile de faire la différence entre les deux si l´on ne connaît pas l´extension de l´aigu.
Je ne sais pas quelle est la note la plus haute qu´a donné Nathalie Stutzmann mais , bien que je puisse me tromper, je ne pense pas qu´elle ait émis un si bémol ou un si bécarre 4, en tout cas pas en tessiture d´emploi, sinon elle aurait abordé des rôles de mezzos dans leur intégralité.
Charlotte de Werther, je crois, n´a même pas le si bémol 4 et elle ne l´a jamais abordé. A noter que c´est quand même un rôle assez centré sur le haut, donc
beaucoup plus semi-soprano que véritablement mezzo.

Marylin Horne: une extension dans le grave, c´est vrai, mais quand on écoute de vraies mezzo-contraltos comme Lucia Valetini Terrani , c´est différent.

47. Le mardi 22 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Sandrine,

j´ai effectivement remarqué que chez les russes, les voix sont en général plus sombres.

Oui, pour des raisons techniques. En particulier par le fait que le russe est prononcé plus en arrière que la plupart des autres langues européennes (on peut discuter pour l'anglais et surtout le danois - le bulgare étant sensiblement la même chose), et que le mode de parole comme de chant y est très engorgé. Ce ne sont pas les seuls paramètres, mais ça en fait déjà quelques-uns de simples à repérer.

Il semble que ce qui peut faire la différence entre mezzo et contralto, c´est que la vraie contralto garde une certaine noblesse dans la voix et ce , même pendant les graves.

Si c'est pour dire qu'une alto ne force pas dans les graves, oui, c'est l'évidence - et c'est pour cela que j'ai du mal à classer Nathalie Stutzmann, qui sonne tellement trafiquée (très engorgée, et ce serait sans doute un bon exemple de voix tubée, le son ne sort pas, souvent). Mais dans des rôles plus médium, d'alto pas trop grave ou de mezzo bas, où il faut du vibrato et de l'ampleur, la voix s'épanouit soudain magnifiquement. Cela dit, vu la couleur générale, le centre de gravité actuel et apparement l'aigu limité (mais pour s'en apercevoir, il faudrait entendre ce que ça donne plus haut !), on ne peut dans l'état des choses que la classer comme contralto.

Je ne sais pas quelle est la note la plus haute qu´a donné Nathalie Stutzmann mais , bien que je puisse me tromper, je ne pense pas qu´elle ait émis un si bémol ou un si bécarre 4, en tout cas pas en tessiture d´emploi, sinon elle aurait abordé des rôles de mezzos dans leur intégralité.

Précisément, comme elle ne l'a jamais fait (et que dans son répertoire très central on ne sente pas vraiment de tensions dans l'aigu), on ne peut juger de rien.

Charlotte de Werther, je crois, n´a même pas le si bémol 4 et elle ne l´a jamais abordé. A noter que c´est quand même un rôle assez centré sur le haut, donc beaucoup plus semi-soprano que véritablement mezzo.

Oh, tout de même, si c'est bien central comme tessiture, d'ailleurs ça a été chanté par beaucoup de mezzos "centraux", même si rien ne l'interdit aux sopranes (Gheorghiu a fait un très beau studio, sans rien tuber, justement !).
Pour ce qui est de l'ambitus, cela culmine au la 4 dans l'air des lettres qui est le plus exposé pour l'aigu, mais je ne parierais pas qu'il n'y ait pas de si bémol, sans vérifier.

Par exemple, Miriam Barriga , que vous connaissez peut-être, est cataloguée " contralto" probablement parce qu´elle a un grave facile mais en même temps, elle monte plus haut et renforce en poitrinage dans le bas du registre, voilá pourquoi je pense qu´elle est en fait mezzo.

Je suis allé entendre, puisqu'elle n'est pas précisément un nom omniprésent sur les grandes scènes... :) La voix n'est pas toujours parfaitement placée, donc difficile de juger, mais elle a en tout cas un grave profond même sans poitriner. Après, ce peut être un mezzo un peu fruste qui n'a pas libéré toutes ses possibilités, difficile de juger sur des bribes d'extraits de très basse qualité et à distance.

Une vraie contralto peut rester plus longtemps en voix de tête sans forcer son grave mais il y a aussi des mezzos qui dosent leur poitrinage , voilá pourquoi il est tres difficile de faire la différence entre les deux si l´on ne connaît pas l´extension de l´aigu.

Plus que l'extension de l'aigu, c'est le confort de la chanteuse, une fois qu'elle applique la "bonne" technique. Il faudrait l'entendre dans rôles de mezzo pour en juger pleinement, ou être son prof et lui faire faire des manipulations.

Marylin Horne: une extension dans le grave, c´est vrai, mais quand on écoute de vraies mezzo-contraltos comme Lucia Valetini Terrani , c´est différent.

Oui, parce que la technique d'émission est très différente : entièrement dans le masque et le nez pour Horne, alors que Valentini-Terrani est beaucoup plus ronde, presque veloutée, une voix placée moins violemment dans le visage. En termes de possibilités, elle avait un peu moins d'aigu et sans doute un peu plus de graves, mais rien de totalement spectaculaire, ça tient plus du choix de technique et de carrière (en fonction de la couleur évidemment).

48. Le mercredi 23 février 2011 à , par Sandrine

Bonjour, j´ai justement entendu Miriam Barriga dans l´un des airs de Dalila ( mezzo-contralto/ mezzo de couleur dramatique) et je pense qu´effectivement
qu´elle a plus de potentiel dans l´aigu qu´un contralto véritable. Elle serait plutôt donc mezzo avec une belle extension dans le grave lui permettant d´aborder
également des airs de contralto.

Nathalie Stutzmann : pour les raisons que vous dites, je la dirais entre mezzo-contralto et contralto: afin d´entendre son extension totale dans l´aigu , il faudrait
l´entendre faire des exercices sur toute l´étendue de sa voix et encore, ca ne serait pas une preuve mathématique: elle peut ne s´arrêter qu´au sol dieze parce
qu´elle est un mezzo-contralto á la voix courte. En tout cas , elle n´est pas mezzo , c´est sûr car elle même a dit qu´il lui en manquait les aigus.
Finalement, je dirais qu´elle a un peu le même style de voix que Sara Mingardo au niveau du timbre mais moins étendu dans le haut. Le fait qu´elle descende tres bas ne prouve rien : hier, j´ai vocalisé jusqu´au do dieze 2 et je ne pense pas être un vrai contralto. C´est donc bien dans l´aigu que l´on peut se rendre compte de la distinction mezzo avec grave facile et étendue / contralto.

Est-ce qu´il y a ici quelque chose consacré á Maria Callas ?

Angela Gheorgiu : elle a fait une carriere en majorité dans le registre de soprano mais vu comme elle se débrouille dans les graves sans démériter, sa voix de départ est, je pense , plutôt entre mezzo-soprano et soprano. Sa couleur n´est certes pas dramatique mais elle n´a non plus rien á voir avec les sopranos de type Diana Damrau.

Différence Valentini Terrani /Horne: déjá , elles ont étudié sur deux continents distincts : je pense que la méthode étasunienne pour apprendre le chant est totalement distincte des méthodes européennes. Ils ne pensent certainement pas pareil en termes de résonnateurs et de poitrinage.
Viviva Genaux, par exemple , a une voix également particuliere et pas " ronde". Du reste, je pense qu´elle est plus mezzo-soprano que mezzo.

49. Le mercredi 23 février 2011 à , par Sandrine

J´ajouterais qu´á mon point de vue, lorsqu´une voix féminine avec un minimum de travail et raison de plus sans travail est capable d´exploiter des notes au-dessous du la 2 , on peut la considérer comme une voix dite " grave".
Effectivement, les " demi-sopranos" descendent plus bas que les sopranos mais certainent d´entre elles n´ont pas un beau la grave comme peuvent nous l´offrir les mezzos. Du reste, beaucoup de rôles et d´airs pour mezzo-sopranos ont un ambitus qui commence plus haut que cette note.
Le cas de Maria Callas est donc beaucoup plus complexe qu´il n´y paraît, elle qui descendait jusqu´au fa dieze 2 et a abordé sans peine des rôles de mezzo franc.
Sa voix naturelle aurait donc été plutôt celle d´une mezzo avec une étendue tres longue. Je ne sais pas si ce fa 2 était sa note la plus basse en tessiture exploitable ou en étendue totale : est-ce qu´il en est qui témoignent qu´elle pouvait aller plus bas en vocalisant ou pas ?
De même que pour ses aigus, l´on atteste le contre-mi comme limite extrême mais rien ne prouve qu´elle ne pouvait pas aller plus loin en voix de sifflet.

50. Le samedi 26 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine !

Bonjour, j´ai justement entendu Miriam Barriga dans l´un des airs de Dalila ( mezzo-contralto/ mezzo de couleur dramatique) et je pense qu´effectivement
qu´elle a plus de potentiel dans l´aigu qu´un contralto véritable. Elle serait plutôt donc mezzo avec une belle extension dans le grave lui permettant d´aborder
également des airs de contralto.

Possible, mais franchement, en quelques extraits et sans pouvoir vérifier où la voix se tend, c'est compliqué.

Est-ce qu´il y a ici quelque chose consacré á Maria Callas ?

Je ne crois pas : je ne suis pas du tout inconditionnel, je l'aime comme n'importe quelle autre artiste de grande valeur, diversement selon les rôles.

Les quelques portraits que j'ai pu consacrer à des artistes lyriques (je privilégie les oeuvres) se trouve ici : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?Portraits. Par mon goût personnel aussi bien que par choix, j'y ai de toute façon privilégié des artistes qui n'ont pas quinze biographies à leur actif.
Et concernant Callas, on peut effectuer une recherche dans la boîte de droite... et l'on voit rapidement qu'il n'y a pas beaucoup d'entrées, et encore moins qui en traitent spécifiquement : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?q=callas.

En revanche, contrairement aux fans, je ne souscris pas du tout à la théorie du déclin amorcé dès 1949 : la voix évolue et perd en aisance au cours des années 60, mais même pour son concert d'adieu, ce n'est pas indigne.
Je l'aime beaucoup dans les rôles de mezzo, comme je vous le disais.


Angela Gheorgiu : elle a fait une carriere en majorité dans le registre de soprano mais vu comme elle se débrouille dans les graves sans démériter, sa voix de départ est, je pense , plutôt entre mezzo-soprano et soprano. Sa couleur n´est certes pas dramatique mais elle n´a non plus rien á voir avec les sopranos de type Diana Damrau.

C'est un vrai soprano, simplement elle a une voix remarquablement égale et homogène, parfaitement appuyée sur le souffle, et elle se tient à des rôles un tout petit peu sous-dimensionnés pour ses capacités, en prenant des voyelles très confortables (un petit côté flasque à la Sutherland, quelquefois...), et fait peu de prises de rôle, très progressivement. Entre la technique remarquable et la prudence, elle peut se permettre, sans le moins du monde trafiquer sa voix, de chanter Charlotte ou Carmen avec sa voix de soprano - ce n'est qu'en studio, nul besoin de forcer pour passer l'orchestre dans le grave...


Différence Valentini Terrani /Horne: déjá , elles ont étudié sur deux continents distincts : je pense que la méthode étasunienne pour apprendre le chant est totalement distincte des méthodes européennes. Ils ne pensent certainement pas pareil en termes de résonnateurs et de poitrinage.

Ca dépend vraiment d'avec qui on étudie, et il y a tout simplement l'acquis phonatoire de la langue de départ. Il est clair qu'avec Horne, on entend très bien le "masque" qui part un peu dans le nez, à l'américaine.

Viviva Genaux, par exemple , a une voix également particuliere et pas " ronde". Du reste, je pense qu´elle est plus mezzo-soprano que mezzo.

C'est difficile à dire, tant elle s'est spécialisée dans des rôles où cette distinction n'est pas pertinente. En tout état de cause, elle a merveilleusement chanté des rôles prévus pour des contraltos (Rinaldo, Polinesso...).

J´ajouterais qu´á mon point de vue, lorsqu´une voix féminine avec un minimum de travail et raison de plus sans travail est capable d´exploiter des notes au-dessous du la 2 , on peut la considérer comme une voix dite " grave".

Tout dépend si l'on considère qu'un soprano dramatique est une voix "grave". A mon sens, les classifications perdent très vite leurs significations absolues dès qu'on les confronte au répertoire ou à des individualités. Les rôles de soprano du baroque français, c'est du mezzo grave aux XIXe et XXe siècles, si on s'en tient au critère de l'étendue. La question réside amplement autant dans le volume et la couleur, mais aussi la typologie (récitative, agile, lyrique, dramatique ?) de l'écriture du rôle.

Le cas de Maria Callas est donc beaucoup plus complexe qu´il n´y paraît, elle qui descendait jusqu´au fa dieze 2 et a abordé sans peine des rôles de mezzo franc.
Sa voix naturelle aurait donc été plutôt celle d´une mezzo avec une étendue tres longue. Je ne sais pas si ce fa 2 était sa note la plus basse en tessiture exploitable ou en étendue totale : est-ce qu´il en est qui témoignent qu´elle pouvait aller plus bas en vocalisant ou pas ?

Nul doute qu'il existe des témoignages très circonstanciés, mais j'avoue ne pas m'être passionné pour le cas.

De même que pour ses aigus, l´on atteste le contre-mi comme limite extrême mais rien ne prouve qu´elle ne pouvait pas aller plus loin en voix de sifflet.

Très honnêtement, vu l'allure de son mi bémol, nous pouvons remercier le ciel de ne jamais avoir capté de contre-sol. :-)

51. Le samedi 25 juin 2011 à , par Sandrine

Bonjour.
Non, une voix de soprano dramatique n´est pas obligatoirement une voix grave: par exemple, le rôle de la Reine de la nuit exige une voix de soprano aigue dramatique avec capacité á la colorature.
A l´inverse, une voix de soprano grave peut fort bien n´être pas du tout dramatique.
Mais une voix authentique de soprano , quelle que soit son timbre et sa couleur, n´est quand même jamais une voix grave , le soprano désignant par définition
la voix la plus haute.
Ce qui caractérise une vraie voix de soprano , c´est justement le fait qu´elle ne descend pas bas ( une soprano n´aura pas dans sa voix de notes telles que le fa2 , vu que même pas mal de mezzos ne l´ont pas). Autre caractéristique en plus de l´absence de graves: le timbre toujours plus clair que celui d´une mezzo et , a fortiori, d´une contralto.
Même une soprano de couleur dite sombre aura toujours un timbre plus clair qu´une voix grave.


Je ne sais pas si Callas avait le contre-sol en étendue naturelle mais le fait de l´avoir n´est pas une preuve pour une femme qu´elle est soprano:
j´arrive parfois plus haut en voix de sifflet et je ne suis pas soprano. Rien á voir avec une voix de soprano aigu qui, elle , peut avoir le contre-sol et plus en voix de tête. Par contre, elle n´aura pas de graves et un médium assez pauvre ( cf Mado Robin).
Donc, Callas dont la vraie voix se situait entre mezzo et soprano pouvait tout á fait avoir le contre-sol en sifflet mais sûrement, il n´aurait pas eu l´allure d´un contre-sol de soprano aigu.

52. Le samedi 25 juin 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

Je crois qu'il y a plusieurs choses à ne pas mélanger.

=> L'étendue et la tessiture. N'importe quelle voix peut disposer d'une extension aiguë (et quelquefois grave) qui ne concorde pas avec le centre de gravité autour duquel elle est amenée à chanter. Les aigus de Callas (vu l'état du contre-mi bémol en prime jeunesse, je peux supposer légitimement qu'elle n'avait pas le contre-sol, Dieu merci) n'ont rien à voir avec sa nature vocale.

=> Ensuite, entre largeur, couleur et tessiture. Il se trouve que, structurellement, les voix dramatiques sont à la fois plus larges, plus sombres et plus graves. Bien sûr, il existe des sopranos lyrico-dramatiques, et certains disposent d'une extension aiguë remarquable, voire d'un centre de gravité pas trop bas. Mais dans l'ensemble, la corrélation est évidente, de la même façon qu'une voix de basse sera structurellement plus sombre qu'une voix de ténor.

Par conséquent :

[quote)Non, une voix de soprano dramatique n´est pas obligatoirement une voix grave:[/quote]Il faut se mettre d'accord sur ce que l'on appelle dramatique. Un dramatique italien, pas forcément en effet, mais la voix est beaucoup plus vers le bas que celle d'un grand lyrique standard (Elisabetta de Devereux, d'accord, mais Violetta du premier acte, beaucoup plus difficilement).

A quelques rares exceptions, par exemple, le rôle de la Reine de la nuit exige une voix de soprano aigue dramatique avec capacité á la colorature.

C'est un point sujet à débat, puisque cette tradition supposée remonte bien plus loin que l'apparition du disque, et n'a plus été pratiquée à quelques expérimentations près (à part Edda Moser, il n'y a pas foule, à part quelques dramatiques au sens le plus italien, type Sutherland).

A l´inverse, une voix de soprano grave peut fort bien n´être pas du tout dramatique.

La notion est complexe. Un soprano clair qui chante dans le grave (répertoire baroque français, par exemple) n'est pas un dramatique, c'est sûr (mais la notion conserve-t-elle alors un sens ?). Mais un soprano grave qui n'aurait pas de largeur sonore ni de profondeur de timbre, ce serait un soprano court plus qu'un soprano grave...

Mais une voix authentique de soprano , quelle que soit son timbre et sa couleur, n´est quand même jamais une voix grave , le soprano désignant par définition

La voix de soprano dramatique n'est pas une voix aigüe, elle est seulement sur la moitié haute des voix de femme.
"Soprano grave" désigne de toute façon une notion relative, "la plus grave des voix aiguës", de la même façon qu'en français le futur dans le passé ou le futur antérieur restent attachés respectivement au passé et au futur, quitte à se rapprocher du présent.

Ce qui caractérise une vraie voix de soprano , c´est justement le fait qu´elle ne descend pas bas ( une soprano n´aura pas dans sa voix de notes telles que le fa2 , vu que même pas mal de mezzos ne l´ont pas). Autre caractéristique en plus de l´absence de graves: le timbre toujours plus clair que celui d´une mezzo et , a fortiori, d´une contralto.

Il faut se méfier de ces raccourcis : il n'y a pas d'exactitude ''a priori'' en la matière : une voix se construit sur une physiologique et une culture, qui demeurent individuelles. Tout est possible, d'une certaine façon.

Même une soprano de couleur dite sombre aura toujours un timbre plus clair qu´une voix grave.

Il serait très facile de citer une foule de contre-exemple. J'en prends seulement un : Cecila Bartoli a donc un timbre plus sombre que Martha Mödl ?

C'est justement pour cela que l'on a inventé des qualificatifs comme "dramatique".

Donc oui, structurellement une voix plus grave tend à être plus sombre, mais il faut se garder d'en tirer une règle absolu.

Par contre, elle n´aura pas de graves et un médium assez pauvre ( cf Mado Robin).

Mado Robin est un cas de malformation congénitale, il est difficile de la prendre comme parangon. En plus, sa technique dans le médium est à mon sens discutable par rapport à d'autres sopranos du même registre.

--

L'essentiel est je crois, sur ces matières, de ne jamais perdre de vue que ces catégories se rattachent avant tout à des oeuvres, à des mouvements musicaux.

Elles ne sont pas le plus important, et n'ont finalement pour objet que de rendre plus intelligible la profusion des types de voix.

Mais elles ne préexistent pas à ces voix, et c'est pourquoi il est très délicat d'être catégorique.

53. Le jeudi 11 août 2011 à , par Sandrine

Je reviens un peu á Nathalie Stutzmann: il me semble qu´au disque , sa note la plus grave se situe dans l´un des airs de La Veritá in cimento de Vivaldi: je ne
l´affirmerai qu´avec beaucoup de précaution mais je crois que c´est un mi2. Je précise bien au disque car je suis presque certaine qu´en forcant, elle peut descendre plus bas au naturel. A mon avis, elle doit arriver au ré2, peut-être même au do dieze.
Côté aigu, c´est une alto, donc elle est limitée mais en tessiture d´emploi, elle doit pouvoir atteindre au moins le mi4.
Mais elle n´a en tout cas d´une mezzo ni le timbre ni les aigus. On peut trouver des mezzos qui ont une voix parlée et chantée aussi sombre qu´elle et des graves
aussi bas mais comme elles passent le fa4 , on voit bien qu´elle sont mezzos , même si elles pourraient chanter á l´aise un répertoire de contralto.
Il est certainement plus facile pour une mezzo au timbre sombre qui a bossé ses graves de chanter Erda que pour une contralto de chanter Azucena ou Eboli.

54. Le jeudi 11 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Oui, il est toujours plus facile de descendre que de monter, ce sont d'ailleurs ce que font les chanteurs lorsqu'ils vieillissent ! Plus symptomatique encore, le fait que les chanteurs interprètent très souvent le lied bien plus bas que leur tessiture d'opéra normale, parce qu'ils chantent plus doucement et ne souhaitent pas se surmener.

Concernant Nathalie Stutzmann, vous avez sans doute raison, mais j'aimerais bien entendre ce que donnerait sa voix émise librement, sans engorger et tuber : nul doute qu'elle s'éclairerait et gagnerait en hauteur. Mais à en juger par sa voix parlée, oui, c'est une voix très profonde.

55. Le jeudi 11 août 2011 à , par Sandrine

Il est plus facile de descendre que de monter ? Euh, lá , je ne serais pas aussi catégorique car même en forcant, une soprano ne descendra jamais aussi bas
qu´une mezzo ou qu´une alto. La plupart des sopranos aigues montent naturellement, avant de bosser leur voix, au minimum au mi5 mais en revanche, beaucoup peinent pour attraper un solide do3 qui est pourtant recquis , même si rare pour un rôle de soprano franc.
Je pense que plus une voix aura de l´aigu et moins elle aura de grave et vice versa. Par contre, les mezzos ont en général des voix plus souples et élastiques et
il n´est pas rare qu´elles puissent arriver, au moins en exercices, á donner aussi bien un sol2 qu´un do5.
En vieillissant, est-ce vraiment la voix qui descend ou est-ce plutôt, chez certains, le timbre qui devient plus sombre ?

Je ne sais pas si Nathalie Stutzmann trafique sa voix , il ne me semble pas car on ne peut pas tricher dans une carriere de ce genre. Ce n´est pas comme á la variété oú l´on peut trafiquer par montages sonores ou amplifier par micro.
Il y a assez longtemps, j´ai eu l´occasion de rencontrer un prof de chant qui avait une voix parlée du même type que Stutzmann et pourtant, elle était mezzo et non pas alto. Seulement, comme elle était de couleur dramatique, cela lui donnait une voile sombre.
A l´inverse, certaines mezzos de couleur légere ou lyrique/ légere ont, en parlant, une voix assez fine qui pourraient les faire passer pour sopranos: Cecilia Bartoli , par exemple, pour prendre un exemple célébrissime.

56. Le jeudi 11 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Si, si, il est plus facile de descendre. Avec la limite infranchissable (contrairement à l'aigu qu'on peut toujours étendre) de sa fréquence de vibration en "corde à vide" : sur un violon, il sera très difficile d'émettre un ré 2 - et pour cause. :)

Mais la voix lyrique développe l'étendue vers l'aigu, tandis que la voix parlée et la plupart des autres types de chant restent beaucoup plus graves, c'est pourquoi il est beaucoup plus naturel de chanter dans des tessitures basses - cela réclame aussi considérablement moins d'énergie !

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Le vieillissement agit, exactement comme pour la peau, sur la souplesse des mécanismes (ce qui explique le vibrato envahissant, par exemple). Ce n'est pas tant que le timbre devienne plus sombre (même s'il perd effectivement en éclat et peut gagner, dans certains cas, une sorte de "patine"), c'est surtout que la voix devient plus rigide, et perd donc en étendue, particulièrement là où il est difficile d'émettre, c'est-à-dire dans l'aigu.

Cela s'entend très bien chez les sopranos lyriques de grand format qui deviennent mezzo ensuite (voir par exemple les derniers rôles de Rysanek, Söderström ou Silja) : la voix n'a pas gagné en épaisseur, il y a des coutures audibles entre les registres (voire des "trous"), c'est seulement l'aigu qui s'est réduit. Ces voix perdent aussi en puissance de façon assez spectaculaire, parce qu'elle n'atteignent plus leur tessiture lyrique naturelle, où leur "rendement sonore" est optimal.

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Quand je dis "trafique", ce n'est pas un jugement moral, je ne la traite pas de tricheuse !

J'ai l'impression qu'elle habille sa voix d'un timbre qui n'est pas totalement naturel et libéré (elle parle bien de façon engorgée, mais beaucoup moins qu'en chantant). On dirait souvent (mais ça dépend des répertoires, dans Mahler par exemple la voix "sort" spectaculairement !) que le son reste à l'intérieur du corps, comme retenu. De même lorsqu'elle parle, on a l'impression qu'elle essaie (involontairement bien sûr) de rendre plus ronde cette voix très typée et profonde, presque inquiétante au départ.

Evidemment, je parle de choix techniques, et qu'elle a assumés assez bien pour faire une brillante carrière, pas de trafiquer un timbre avec de la réverbe et de rafistoler la justesse avec AutoTune ! :)

57. Le vendredi 12 août 2011 à , par Sandrine

Bonjour , mais alors pour une personne qui a déjá une voix qui descend bas au naturel alors qu´elle est encore assez jeune, est-ce qu´elle descend encore plus bas avec le temps ? Par exemple, que se passe-t-il pour les basses et les altis de nature ?
Sinon, je connais une personne de ma famille qui a longtemps chanté dans une chorale en tant que soprano ( je l´ai entendu et elle a vraiment et le timbre et les notes d´une soprano) et jamais sa voix n´est descendu. A plus de 60 ans, elle tapait encore á l´aise dans le si4 et le do5 alors que certaines femmes de 20 ans de moins peineront á sortir un la d´emploi , même avec le travail.

Vous dites qu´il est des sopranos lyrique qui ensuite chantent des rôles de mezzos mais c´est quand même plutôt mezzo aigu que central ou grave, n´est-ce pas?
Parce que personnellement, je n´ai jamais entendu Kiri Te Kanawa en Carmen ou en Dalila. Par contre, c´est souvent que l´on entend des mezzos aigus aborder des rôles de soprano grave ou central même le timbre est en général plus épais et la voix plus tendue dans les aigus.
Par exemple, Vesselina Kasarova qui est un mezzo plutôt central a abordé plusieurs airs mozartiens pour soprano au début de sa carriere et l´on sent que cela lui demandait un certain effort pour tenir dans les hauteurs.

58. Le vendredi 12 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Non, justement, la voix se tasse depuis l'aigu, mais ne gagne pas en grave. Si, bien sûr, un peu d'épaisseur dans le bas-médium, c'est d'ailleurs à cela que l'on distingue une voix "jeune" d'une voix "mûre", et pour cela aussi que les altos et basses arrivent plus tard à maturité et vieillissent moins mal que les sopranos et ténors.

Néanmoins, on ne gagne pas en ambitus dans le grave (ou alors de façon infime). Il suffit d'écouter les sopranos qui deviennent mezzo ou alto, les ténors qui deviennent baryton, les barytons qui deviennent basse... Ils essaient de donner du corps à leur bas-médium, mais ils n'ont absolument pas gagné de grave.

L'endurance dans sa propre tessiture dépend complètement de la physiologie, de la technique et de l'usure. Il suffit que l'un des trois paramètres soit trop abondamment sollicité : fragilité de constitution, technique imparfaite, surmenage vocal... et l'instrument peut décliner. Si on a les trois en revanche, on peut continuer à chanter avec une voix magnifique au delà de soixante-dix ans, même pour les ténors professionnels qui ont beaucoup chanté (les ténors de caractère, qui chantent des rôles qui n'incitent pas au forçage, vieillissent en général très bien !).

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Les sopranos lyriques qui chantent des rôles de mezzo, non, ce sont aussi bien de vrais rôles de mezzo avec des aigus conséquents (Amme dans Frosch, Kostelnička...) que des rôles plus centraux (Fricka), voire des contraltos (Klytämnestra, Dame de Pique). Ce dernier rôle, Mödl, Rysanek, Söderström, Silja l'ont chanté, parmi tant d'autres... Et Silja a tout de même marqué son temps en Lulu, qui est un rôle destiné aux lyriques assez légers tirant vers la colorature !

Kiri Te Kanawa n'est pas un bon exemple, parce que sa voix s'est bien conservée (répertoire assez confortable, aussi), et ses tentatives dans le répertoire grave (comédie musicale, chansons traditionnelles) se sont révélées assez... déconcertantes (moche et mou, pour être clair).

Kasarova est un authentique mezzo lyrique, clair, mais sa tessiture est assez courte, comme beaucoup de sa catégorie (du genre Kirchschlager ou Kožená, pour citer deux grandes titulaires actuelles de ces rôles). Donc elle peut / pouvait chanter les airs de soprano mozartiens écrits dans le médium (type Elvira, qui conserve certaines caractéristiques baroques jusque dans la tessiture), mais ce n'est clairement pas un cas où il y aurait de l'hésitation.

Celles qui descendent sont généralement les voix fatiguées, qui ont souvent une voix de soprano relativement sombre ou un type dramatique, parce qu'il y a une étoffe, un métal qui demeurent une fois le timbre écaillé et les aigus atrophiés.

59. Le samedi 13 août 2011 à , par Sandrine

Merci pour ces explications. En fait, au niveau tessiture d´emploi ( je parle bien de tessiture et non d´étendue totale), ca ne descend jamais tres bas , même pour une voix de contralto: il est extrêmement rare qu´un rôle ou qu´un air pour voix grave de femme aille au-dessous du fa2 qui est déjá une note que toutes les contraltos ne donnent pas avec aisance.
J´ai connun une soprano qui pouvait faire le la2 , en forcant et on voyait que c´était sa limite mais tout de même, elle l´avait mais elle chantait dans une chorale en soprano car elle ne possédait pas assez de grave pour intégrer un pûpitre d´alto.
Il est exact que l´on ne gagne pas dans le grave, en tout cas pas en notes mais on peut apprendre á travailler son timbre, sa souplesse.
A 14 ans, j´avais déjá le ré2 dans la voix et sans forcer. Par contre, j´ai toujours eu du mal dans les aigus et ce , même apres avoir pris cours de chant et de respiration.

Je ne connais de Kasarova ni la tessiture d´emploi ni l´étendue mais il est clair qu´elle n´a ni les notes ni le timbre d´une contralto , pas même d´une
mezzo-contralto , même si elle a abordé avec talent des airs anciennement écrits pour castrats.
Mais á l´époque oú le désignation de mezzo n´existait pas, je pense qu´elle aurait plutôt abordé un répertoire de soprano grave/ central qu´un répertoire
d´alto.

Il y a aussi des voix qui sont naturellement entre deux tessitures et qui peuvent naviguer entre deux répertoires avec un timbre hybride.

60. Le samedi 13 août 2011 à , par DavidLeMarrec


il est extrêmement rare qu´un rôle ou qu´un air pour voix grave de femme aille au-dessous du fa2

Il est déjà fort rare qu'on descende sous le la 2 en note écrite (je ne crois pas avoir lu plus bas que le sol 2 dans un rôle lyrique), même pour des rôles de contralto. Tout simplement, pour projeter une note à cette hauteur, la chose est compliquée (ça se trouve en revanche dans le musical, grâce à l'amplification), et on ne cherche pas les mêmes effets de majesté chez un contralto qu'avec une basse.

Le plus étonnant est qu'on exige parfois ce la 2 ou ce sol 2 d'un soprano, et pas forcément d'un mezzo ou d'un alto. Typiquement la Clémence de Titus, où Vitellia monte beaucoup plus haut et descend beaucoup plus bas que Sextus ou Annius...

J´ai connun une soprano qui pouvait faire le la2 , en forcant et on voyait que c´était sa limite mais tout de même, elle l´avait mais elle chantait dans une chorale en soprano car elle ne possédait pas assez de grave pour intégrer un pûpitre d´alto.

Oh oui, on en trouve dans Amelia du Bal Masqué, chez Mozart (Fiordiligi ou Vitellia), et quantité de rôles, légers ou graves, exigent le si bémol 2.

Il est exact que l´on ne gagne pas dans le grave, en tout cas pas en notes mais on peut apprendre á travailler son timbre, sa souplesse.

Voilà, c'est ce que font les chanteurs déclinants.

A 14 ans, j´avais déjá le ré2 dans la voix et sans forcer. Par contre, j´ai toujours eu du mal dans les aigus et ce , même apres avoir pris cours de chant et de respiration.

Il y a des tas d'explications possibles (physiologiques, culturelles, techniques...), mais je me garderai bien d'émettre des hypothèses sauvages à distance. Néanmoins, si vous avez vraiment ce qu'on peut appeler du mal dans les aigus, il faut peut-être envisager de réviser la technique (ou accepter de chanter dans une tessiture plus grave, si ça n'altère pas trop votre projection et votre timbre).

Je ne connais de Kasarova ni la tessiture d´emploi ni l´étendue mais il est clair qu´elle n´a ni les notes ni le timbre d´une contralto , pas même d´une mezzo-contralto , même si elle a abordé avec talent des airs anciennement écrits pour castrats.

De toute façon, les tessitures des castrats étaient tout à fait variables, de même que pour n'importe quel "autre être humain".

Mais á l´époque oú le désignation de mezzo n´existait pas, je pense qu´elle aurait plutôt abordé un répertoire de soprano grave/ central qu´un répertoire d´alto.

Dans l'absolu, elle aurait pu les deux, vu les notes. Mais effectivement, sa tessiture la porte vers les emplois centraux et pas graves.

Il y a aussi des voix qui sont naturellement entre deux tessitures

Forcément, puisque la Nature n'avait pas prévu les cases créées par les humains. :) C'est pour cela qu'il faut se méfier des classements.

Il suffit de voir la Fach allemande pour être saisi d'effroi sur la transversalité des répertoires qu'elle impose... (un dramatique chez Mozart n'a vraiment pas les mêmes implications que chez Verdi... et chez Verdi que chez Wagner !)

61. Le dimanche 14 août 2011 à , par Sandrine

Quand je dis avoir du mal dans les aigus, c´est que j´ai travaillé pendant pas mal de temps avec une prof et avec le temps, je me suis rendue compte que
c´était une partie ( les notes aigues) sur laquelle je peinais et plus je les travaillais, plus je peinais. J´avais clairement essayé de faire comprendre á cette prof
qu´elle ne me faisait pas travailler dans mon registre mais elle n´a rien voulu entendre, je suis donc partie mais j´ai appris par la suite que d´autres éleves avaient été victimes de son obsession pour les aigus. Désolée , on n´est pas tous des ténors ou des sopranos.
Oui, chanter dans une tessiture plus grave est une sage décision et tellement moins frustrant pour moi , surtout plus naturel.

Je me pose une question: quand les castrats parlaient, avaient-il un timbre d´enfant ou un timbre normal d´homme adulte ?

62. Le dimanche 14 août 2011 à , par Sandrine

J´ai relu les discussions initiales. Effectivement, Anne-Sofie Von Otter et Marjana Mijanovic: aucun rapport, que ce soit pour le registre, le timbre et la couleur.
Von Otter est un mezzo-soprano lyrique-léger avec un timbre clair et une couleur peu volumineuse. Certes, elle a plus de graves qu´une vraie soprano mais elle aussi des aigus . J´avais un disque oú elle chantait un air de Donna Elvira qui est habituellement chanté par des sopranos.
En revanche, je la trouve beaucoup moins convaincante dans Xerxes , par exemple, oú l´on sent que c´est quand même grave pour elle.
Par contre, je trouve que les rôles de mezzo aigu/ léger de type Offenbach lui vont comme un gant.

Mijanovic , comme je l´ai dit ailleurs, est un mezzo-contralto , en tout cas au minimum un mezzo grave. Xerxes est bien pour son type de voix, du reste je voudrais l´entendre dans Ombra mai fu : l´a-t-elle chanté ?
Je ne sais pas jusqu´oú elle va dans le haut mais sûr, elle ne pourrait pas chanter Donna Elvira qui est déjá limite pour une mezzo-soprano.

63. Le dimanche 14 août 2011 à , par DavidLeMarrec

La voix de von Otter a beaucoup perdu en substance. Elle est devenue très malingre, mais au début des années 90, elle était bien plus charnue (elle tenait Octavian, et avec une voix fruitée, on peinerait à le croire si on ne disposait des témoignages sonores !).

Serse est à la fois trop grave pour elle et dans ses mauvaises années, avec un entourage pas idéal (Christie dans le seria est généralement assez raide et sec). Pas un très grand disque en effet.

Pour Offenbach, je n'aime pas beaucoup, ça manque singulièrement d'abandon, et là encore elle l'a abordée sur le déclin. Pour entendre sa voix à son faite, outre Octavian, il faut entendre ses enregistrements avec Pinnock (Dido et Messiah sont fantastiques).

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Il est plus que probable que Mijanović ait chanté Ombra mai fu. En revanche, le rôle intégral, je ne suis pas certain du tout.

64. Le dimanche 14 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Oui, si on ne s'adapte pas aux méthodes du prof ou que lui ne s'adapte pas à nous, il faut en changer, dès que la tension vocale est là, c'est mauvais signe ! L'alchimie entre "abandon" et "défiance raisonnable" est très difficile à trouver pour un étudiant en chant...

Excellente question pour les castrats, parce qu'ils ont en réalité un corps d'adulte avec un larynx d'enfant. Comme leur voix chantée, ce devait être assez hybride, peut-être plus proche de la voix de femme que de la voix d'enfant.

65. Le dimanche 14 août 2011 à , par Sandrine

Ombra mai fu: voilá un exemple type d´air qui correspond vraiment á mes possibilités, sauf qu´il me faudrait encore travailler mes aigus mais d´apres la partition, il me semble que la note la plus haute est un fa4. Or, c´est une note qui est théoriquement pour une contralto , même s´il est vrai qu´on ne la trouve pas si souvent dans les airs , surtout baroque.
Mais je pense qu´en tessiture totale, même la voix de femme la plus grave devrait pouvoir aller au moins au fa dieze4, ne serait-ce que au cas oú....

Ombra mai fu serait plus dans les cordes ( c´est le cas de le dire) de Mijanovic mais beaucoup d´artiste n´abordent jamais certaines oeuvres non pas parce
qu´ils ne le pourraient pas mais parce que ca ne les motive pas.

66. Le dimanche 14 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Oh oui, le fa 4, c'est indispensable (et je confirme sa présence, sur le [ou] en plus). Mais c'est chanté à 415 Hz en principe, donc il faut utiliser un clavecin (ou orgue, ou un synthé) qui permette de baisser d'un demi-ton.

C'est un air très accessible, il faut juste un peu de tenue de souffle. Même avec une voix d'homme, intrinsèquement moins ductile, c'est très faisable.

67. Le lundi 15 août 2011 à , par Sandrine

Bonjour David et belle semaine á vous.
Donc, si j´ai bien compris, pour avoir l´idée de comment chantaient les castrats, il nous suffit d´entendre chanter un garcon avant la mue ?
Pour la voix parlée, je me posais la question parce que , par exemple, Gerard Lesne et Philippe Jarrousky ont bel et bien en parlant un timbre masculin.

68. Le lundi 15 août 2011 à , par Sandrine

Recoucou, j´ai écouté assez attentivement Anna Caterina Antonacci que beaucoup n´arrivent pas á classer de maniere catégorique et c´est vrai que sa voix est ambigue: dans les aigus, elle a bien un timbre de soprano mais son grave est plus fourni et plus charnu. Donc, une vraie mezzo-soprano ainsi que je concois ce terme mais limite soprano grave. En tout cas, elle a fait Donna Elvira de Don Giovanni. Par contre, je ne crois pas que Donna Anna serait facile pour elle, en tout cas pas le rôle entier.

69. Le mardi 16 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine !

Non, ce n'est pas une voix de petit garçon, puisque ce mécanisme d'enfant est greffé sur une machinerie bien plus large. Ce serait un mécanisme de petit garçon avec une ampleur de femme adulte. On imagine ainsi ce que ça pouvait avoir de surnaturel, bien plus qu'en écoutant le pauvre Moreschi. :)

Je confirme, Donna Anna serait très exactement dans ses mauvaises notes, la tessiture "médium" du rôle est souvent au-dessus de son passage... Sans parler des aigus de "Non mi dir", qu'on peut toujours pousser, "Or sai chi l'onore" risquerait de la mettre à genoux, je crois.

70. Le mardi 16 août 2011 à , par DavidLeMarrec

C'est une vérité assez générale : l'étendue en vocalises n'est pas l'étendue en morceau. Pour trois raisons :
1) En vocalises, il n'est pas défendu d'aller jusqu'à des sons un peu moches.
2) Si on chante la note qui est tout au bout de la voix, on court le risque, au moindre imprévu physique (manque de repos vocal, air un peu sec) de ne pas pouvoir la sortir.
3) Un morceau n'utilise pas forcément la note avec une voyelle, un intervalle ou un phrasé faciles.

La tenue du souffle, oui, est primordiale (sans, on ne fait rien), mais elle ne dispense tout de même pas d'un juste placement... C'est toute la complexité du chant, il n'y a ni de martingales, ni de méthode unique. Et tellement d'esthétiques et de façons de faire fausse route...

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Les rôles :

Zerline est un cas assez ambigu dont on ne peut pas, à mon avis, tirer de conclusions : c'est chantable par des sopranos dans une optique "tessiture baroque" (donc soprano court) ou . Mais de même que Dorabella d'une certaine façon, ça illustre parfaitement ce qu'on appelle chez Mozart les sopranos "demi-caractère", qui n'appellent pas des mezzos charnus (comme on nous en met souvent, et de façon peu convaincante à mon avis), mais plutôt des sopranos au timbre un peu plus voilé ou tout simplement n'exploitant pas leurs aigus dans le rôle.
Le duo rarement donné "Per queste tue manine" tire très nettement le rôle vers le soprano (des notes plus ou moins piquées, avec des sol 4).

Eboli descend jusqu'au si bémol 2, pas plus bas qu'Elisabeth, en fait. Et monte jusqu'au do bémol (et Elisabeth jusqu'au si...). Les centres de gravité, les couleurs et les qualités de phrasé diffèrent, mais les rôles sont vraiment jumeaux du point de vue de l'étendue.

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Les chanteuses :

Oui, von Stade est assez sopranisante, c'est un mezzo lyrique avec beaucoup d'aigu, elle a tenu beaucoup de rôles ambigus (Cendrillon chez Massenet ou Mélisande, par exemple).

Pour Larmore, c'est compliqué, parce que bien que pur mezzo, elle chante excellemment les altos et dispose effectivement, aujourd'hui encore, d'une arrogance incroyable dans l'aigus. Un vrai phénomène, mais intrinsèquement mezzo au sens que vous lui donnez : la voix centrale par excellence. Avec de larges extensions, en l'occurrence.


71. Le mercredi 17 août 2011 à , par Sandrine

Bonjour David , merci pour vos explications.
Donc, pour Elizabeth de Valois et Eboli, cela signifie qu´une même chanteuse pourrait chanter aussi bien un rôle que l´autre pour peu qu´elle ait une tessiture tres solide sur tout l´ensemble. Je pense , par exemple, á Shirley Verrett.

Zerline: certes , le rôle tient beaucoup plus du soprano grave/ soprano II que du vraie mezzo, ne serait-ce que pour la question des aigus qu´il faut solides.
Du côté de la couleur des voix, ce fut autant chanté par des sopranos légers que plus lyriques avec une voix plus ronde. Par contre, á tessiture égale, je ne crois pas qu´une couleur dramatique du genre Tosca conviendrait lá car Don Giovanni est quand même un dramma giocoso.
Du côté des mezzos, Berganza a fait le rôle mais de timbre et de tessiture, elle est plus que mezzo-soprano que vrai mezzo central.

Von Stade a une couleur plus légere que lyrique selon moi, pas dramatique en tout cas. J´avoue que je l´imagine mal en Dalila ou en Carmen. Elle est beaucoup plus proche de la soprano que de l´alto.

Tout á fait d´accord pour Larmore: c´est bien une mezzo au vrai sens du terme capable de descendre assez bas dans le grave et de monter haut mais avec un timbre plus charnu que la soprano et moins rond que l´alto. Du reste, elle a un timbre qui est facilement identifiable.

72. Le mercredi 17 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine !

En principe non, une même chanteuse ne pourrait pas (au fond, ce sont quasiment les mêmes notes extrêmes que pour Pamina, ce qui ne veut trop rien dire...) : Eboli réclame surtout un grand éclat du timbre, avec des éclats très mordants, tandis qu'Elisabeth exige une très belle ductilité, beaucoup de lignes y sont très belcantistes, typique du premier soprano qu'on trouve dans les Grands Opéras à la française à partir de Meyerbeer (Isabelle et non Alice dans Robert le Diable, Eudoxie et non Rachel dans La Juive, etc.).

Mais dans le cas précis de Shirley Verrett que vous citez, authentique mezzo qui a chanté avec brio Eboli, mais aussi Norma (la plus belle pour moi !) et Amelia du Bal Masqué, oui, elle aurait sans doute pu. Un peu aigu pour elle, sans doute (les quelques si naturels tenus...), mais pas insurmontable.
Mais ça reste l'apanage de voix assez hors du commun, chez des mezzos qui ont un potentiel de soprano dramatique (Bumbry ou Ludwig auraient peut-être pu !).

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Zerline: certes , le rôle tient beaucoup plus du soprano grave/ soprano II que du vraie mezzo, ne serait-ce que pour la question des aigus qu´il faut solides.

Oh, en tessiture, si c'était écrit au XIXe, ce serait du pur mezzo, mais c'est le caractère du personnage qui correspond mal. Les mezzos charnus pour jouer les ingénues, à part dans les opéras russes (et c'est très chouette d'ailleurs, le côté anti-coquette), on n'en rencontre pas beaucoup.

Par contre, á tessiture égale, je ne crois pas qu´une couleur dramatique du genre Tosca conviendrait lá car Don Giovanni est quand même un dramma giocoso.

Oui, évidemment, soprano ou mezzo, il faut une couleur lyrique et pas dramatique. Pour Donna Anna, on peut, mais pas pour Zerline. Horne a chanté Zerline, c'est assez marrant (et encore, ce n'est qu'un dramatique italien et pas trop lourd).

Du côté des mezzos, Berganza a fait le rôle mais de timbre et de tessiture, elle est plus que mezzo-soprano que vrai mezzo central.

Tout à fait. Berganza est un excellent type (on parle souvent de mezzo lyrique léger) pour chanter Zerline. Et côté soprano, un lyrique léger sans extension aiguë, type McLaughlin, est parfait.


Von Stade a une couleur plus légere que lyrique selon moi, pas dramatique en tout cas. J´avoue que je l´imagine mal en Dalila ou en Carmen. Elle est beaucoup plus proche de la soprano que de l´alto.

Légère, non, elle avait un sacré impact sonore, on entend très bien au disque la densité de la voix. En revanche, oui, la voix n'est pas vers de le bas de la catégorie de mezzo.


Tout á fait d´accord pour Larmore: c´est bien une mezzo au vrai sens du terme capable de descendre assez bas dans le grave et de monter haut mais avec un timbre plus charnu que la soprano et moins rond que l´alto. Du reste, elle a un timbre qui est facilement identifiable.

Oui, avec son fameux son "dans les joues" (que je trouve du reste délicieux !).

73. Le jeudi 18 août 2011 à , par Sandrine

Bonjour David et belle journée á vous.

Elizabeth de Valois et Eboli: Callas a chanté les deux , c´est donc faisable. Toutefois, j´ai pris lá un exemple tres á part bien qu´intéressant á mes yeux.
Tant au point de vue de son extension dans le grave qu´au point de vue de son timbre, je pense que la Divina devait être au naturel une mezzo avec un aigu
tres étendue. On la dit officiellement soprano parce que c´est plus dans ce registre qu´elle a fait carriere mais je la préfere en mezzo. Par exemple, je trouve son
O don fatale ! vraiment superbe.


Grace Bumbry: l´un de mes livres attestent qu´elle peut aller du fa2 au ré5; je ne sais pas si c´est en tessiture ou en étendue mais même en étendue, ce serait déjá tres beau. Donc, elle aurait sans doute pu aborder Eboli aussi bien qu´Elizabeth, d´autant plus que si je me souviens bien, elle est dramatique de couleur.

Frederika Von Stade: Je suis OK avec vous , elle est plus lyrique-léger mais je disais léger plutôt au niveau des rôles ( Mozart, Rossini) qu´au niveau de la couleur. Toutefois, elle n´a pas la teinte sombre d´une Borodina, par exemple.

Petite question sur Maria Callas: par hasard, pourriez vous me dire de quelle oeuvre est extrait le troisieme morceau qu´elle chante dans la partie que la vidéo intitule Contralto ? Les deux premiers airs sont Dalila mais celui qui suit juste apres ?????

http://www.youtube.com/watch?v=YbmcUCTc9TA

74. Le jeudi 18 août 2011 à , par Sandrine

Winterreise: je viens d´entendre la dite contralto Karina Vinke dans un air de cette oeuvre. A mon avis, son timbre est bien clair pour une alto mais elle a de beaux graves qui ne " râclent" pas et sa voix a des inflexions émouvantes. Peut-être la connaissez vous ? Elle serait plus mezzo , selon mon avis, avec des graves faciles et fort bien menés. Chanteuse certes pas tres connue mais je trouve qu´elle vaut le détour.

75. Le dimanche 21 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine !


Elizabeth de Valois et Eboli: Callas a chanté les deux , c´est donc faisable. Toutefois, j´ai pris lá un exemple tres á part bien qu´intéressant á mes yeux.



Non, Callas n'a jamais chanté Eboli : elle n'a chanté que l'air du IV, ce qui est sans comparaison avec la tenue de la tessiture sur la longue durée (100% des Elisabeth sont capables de chanter "O don fatale" proprement). Cela dit, elle aurait pu sans problèmes, nous sommes d'accord sur ses qualités immenses comme mezzo.
Non seulement le cas est rare (voix suffisamment longue et tessiture de confort très élargie), et obtenu au prix d'une certaine blancheur de ses aigus de soprano, mais si elle ne l'a pas fait, c'est tout simplement pour des raisons "commerciales" / "politiques" / "stratégiques" : on a besoin pour des raisons professionnelles d'être catalogué, et si elle avait chanté les mezzos, ça aurait été interprété comme un changement de catégorie, et même un déclassement. Comme si le public glottophile avait besoin de ça pour crier au déclin ! (Combien de fois ai-je lu que Callas était finie après 53...)

Il existe très certainement des cas où des chanteuses ont fait les deux (Verrett n'a pas fait Elisabeth, et Crespin pas Eboli - il me semble), mais ils restent assez exceptionnels, pour des raisons vocales mais aussi pour des raisons d'image. Un mezzo qui peut chanter Elisabeth ne se le verra pas forcément proposer, et un soprano qui pourrait faire Eboli (il doit y en avoir un certain nombre !) courrait des risques considérables, en plus de la fatigue vocale, sur son image auprès du public et de la profession.

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Grace Bumbry: l´un de mes livres attestent qu´elle peut aller du fa2 au ré5; je ne sais pas si c´est en tessiture ou en étendue mais même en étendue, ce serait déjá tres beau. Donc, elle aurait sans doute pu aborder Eboli aussi bien qu´Elizabeth, d´autant plus que si je me souviens bien, elle est dramatique de couleur.

Le ré 5, elle le faisait sur scène, on a des bandes. Elle a chanté des rôles de soprano, et des vrais (Ariane de Dukas est assez mezzo-soprano, mais Abigaille !). Souvent tendu, à la limite, mais électrique et passionnant.

Frederika Von Stade: Je suis OK avec vous , elle est plus lyrique-léger mais je disais léger plutôt au niveau des rôles ( Mozart, Rossini) qu´au niveau de la couleur. Toutefois, elle n´a pas la teinte sombre d´une Borodina, par exemple.

Heureusement qu'il y a une différence de couleur, parce que Borodina est un mezzo dramatique. :)


Petite question sur Maria Callas: par hasard, pourriez vous me dire de quelle oeuvre est extrait le troisieme morceau qu´elle chante dans la partie que la vidéo intitule Contralto ? Les deux premiers airs sont Dalila mais celui qui suit juste apres ?????

Ce sont deux extraits différents (on entend bien la coupure) :
=> La luce langue (Lady Macbeth)
=> Suicidio (Gioconda)

Amusant qu'ils parlent de contralto pour des rôles respectivement de mezzo aigu et de soprano spintissimo, où Callas poitrine tout ce qu'elle peut... :)

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Winterreise: je viens d´entendre la dite contralto Karina Vinke dans un air de cette oeuvre. A mon avis, son timbre est bien clair pour une alto mais elle a de beaux graves qui ne " râclent" pas et sa voix a des inflexions émouvantes. Peut-être la connaissez vous ? Elle serait plus mezzo , selon mon avis, avec des graves faciles et fort bien menés. Chanteuse certes pas tres connue mais je trouve qu´elle vaut le détour.

Attention, pour un rôle d'oratorio ou de lied, "alto" peut tout simplement signifier "non-soprano". Je vois sur son site qu'elle indique "alto et mezzo", je suppose qu'elle doit donc se spécialiser dans le répertoire de l'oratorio et du lied, où la distinction n'a pas toujours une grande importance.

Si vous parlez de l'extrait disponible en ligne du Winterreise, oui, c'est chanté à la fois grave et clair, mais avec une guitare dans une petite église, elle est obligée d'alléger au maximum, donc pour tester sa technique opératique là-dessus... En tout cas la substance de la voix est belle, dense et parfaitement maîtrisée dans l'allègement comme dans l'enflement, pour ce que j'entends de son Leiermann.

Très beau, merci de l'avoir signalé !

76. Le lundi 22 août 2011 à , par Sandrine

Coucou, merci pour vos réponses. Pour Maria Callas, j´ai mal formulé ma question. Pour faire plus simple, elle chante dans l´ordre des extraits de :

1) le Trouvere
2) ????
3)???? ( lá ou il y a le mot " funesto")

4) Tosca
5)Madama Butterfly
6)O mio babbino caro

7) Una voce poco fa
8)Cenerentola

9) ????
10)????
11)???? ( on dirait du Mozart)

Dramatique colorature

12) ????
13)????
14)????
15)Lady Macbeth

Ma question concernait la partie dite contralto :

1) Amour , viens aider ma faiblesse ( Dalila)
2) Le même air mais avec la fin sur le fameux sol dieze grave " Succombera sous mes efforts"
3) ICI, voilá l´air que je n´arrive pas á identifier, j´entends le mot " requieme"
4) Gioconda avec le " fra le tenebre": oui, c´est pour soprano grave mais peut-être l´ont-il mis en contralto parce que le do3 est une note grave pour une soprano ?

1) ????
2)La Somnambula
3) Lakmé

A entendre les aigus de Callas, l´on se rend bien compte qu´elle n´avait pas au départ une voix naturelle de soprano , du reste son médium est sans doute la partie de sa voix la plus brillante. Oui, elle poitrine mais beaucoup de sopranos " pur sucre", même en poitrinant, ne donnent pas des do3 aussi assurés.

Lady Macbeth: justement , j´ai le disque avec Shirley Verrett, je l´écoutais encore hier et je me demande si ce que l´on appelle le Soprano Falcon ne correspondrait pas justement á ce type de voix qui tient á la fois de la soprano pour le timbre et de la mezzo pour l´extension dans le grave.

Il paraît que Callas aurait fait un fa5: si c´est vrai , oú l´entend-on ?

A noter que pour Una voce poco fa, elle a mélangé et la version pour mezzo et la version pour soprano mais elle ne fait pas le fameux mi5 que rajoutent á la fin les sopranos de type aigu alors qu´elle le fait dans Lakmé.

77. Le lundi 22 août 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,


Blind Test

J'étais en train de commencer à tout écouter avant de voir que votre question ne portait que sur le contralto. Le n°2, c'est Norma, la fin du récitatif d'entrée "Sediziose voci".

Et donc, le contralto :

Ma question concernait la partie dite contralto :

1) Amour , viens aider ma faiblesse ( Dalila)
2) Le même air mais avec la fin sur le fameux sol dieze grave " Succombera sous mes efforts"
3) ICI, voilá l´air que je n´arrive pas á identifier, j´entends le mot " requieme"
4) Gioconda avec le " fra le tenebre": oui, c´est pour soprano grave mais peut-être l´ont-il mis en contralto parce que le do3 est une note grave pour une soprano ?

Mais je vous ai déjà répondu : c'est "La luce langue" dans Macbeth. :) Le texte est en italien, mais elle prononce bien le mot "requiem", puisqu'elle y dit en substance dans les deux derniers vers de la cantilène : "il ne convient pas aux morts de régner, il leur suffit d'un Requiem, de l'éternité".

Les choix de cette vidéo illustrent plus des bouts de registre que des rôles appartenant à telle ou telle catégorie (même chose pour les "mezzos dramatiques" du début où les deux premiers sont déjà des sopranos belcantiste...). C'est très discutable sur le plan technique (elle cravate tout ce qu'elle peut pour ce qui est censé être du contralto...), mais l'objet de cette vidéo est de montrer la polyvalence, les "trois voix" de Callas, et c'est tout à fait réussi dans cette optique.
Les petits panneaux sont plus indicatifs que sérieux, ça n'y prétend pas, j'ai l'impression. :)

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Callas au bout de l'extrême

Il paraît que Callas aurait fait un fa5: si c´est vrai , oú l´entend-on ?

A l'acte I d'Armida de Rossini. Bon courage.

A noter que pour Una voce poco fa, elle a mélangé et la version pour mezzo et la version pour soprano mais elle ne fait pas le fameux mi5 que rajoutent á la fin les sopranos de type aigu alors qu´elle le fait dans Lakmé.

Les notes finales de Rossini ne sont pas des contre-notes en général, et redescendent pour la résolution, donc celle-ci n'était pas écrite. Et même si je n'ai jamais vérifié, je ne suis pas certain du tout que la version pour soprano leggierissimo ait jamais été de la main de Rossini - ça me paraît même franchement étrange, vu les usages vocaux du temps...
Et les ajouts sont de toute façon franchement médiocres, quel qu'en soit le responsable. :)

Pour Lakmé, le mi 5 est écrit, mais uniquement au sein d'une vocalise alternative (en triple croches) et pas comme note tenue.




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Cornélie Falcon & Shirley Verrett

Lady Macbeth: justement , j´ai le disque avec Shirley Verrett, je l´écoutais encore hier et je me demande si ce que l´on appelle le Soprano Falcon ne correspondrait pas justement á ce type de voix qui tient á la fois de la soprano pour le timbre et de la mezzo pour l´extension dans le grave.

Surtout pas Lady Macbeth, mais si vous parlez de Shirley Verrett, non plus. :)

En réalité, la catégorie Falcon est un lieu commun de la critique musicale et de la musicologie de comptoir, mais s'appuyant sur une voix dont nous n'avons aucun témoignage sonore, il est pour le moins instable...
C'est la voix des sopranos larges (par opposition aux sopranos coloratures qui tiennent l'autre rôle féminin) dans les Grands Opéras à la française : Cornélie a chanté Rachel dans La Juive, Valentine dans Les Huguenots, Pamyra dans Le Siège de Corinthe... Il s'agit d'un soprano sombre et long, avec un aigu percutant et surtout beaucoup de grave, mais pas d'un mezzo. On considère qu'Elisabeth de Valois dans Don Carlos en est un, mais le rôle est déjà considérablement plus lyrique à mon sens...
Assez compliqué à classer, parce que Verrett n'a pas chanté Valentine ni Pamira... Et Simionato, pur mezzo, a brillamment chanté Valentine mais n'aurait pas pu Elisabeth. Sans parler d'Antonacci, mezzo pas vraiment long, en (très belle) Rachel !

Mais Verrett se rapproche assez du Falcon effectivement, en tout cas de ses emplois.

Parmi les chanteuses célèbres qui ont tenu des rôles de la Falcon, on peut citer Giulietta Simionato, Renata Tebaldi, Beverly Sills, Ángeles Gulín, Júlia Várady, Nelly Miricioiu, Françoise Pollet, Michèle Lagrange, Soile Isokoski, Luciana Serra, Annalisa Raspagliosi, Anna-Caterina Antonacci... Difficile d'établir un portrait-robot avec ça, à part que ce sont pour la plupart des voix assez charnues et longues - sauf Antonacci qui n'est ni l'un ni l'autre, qui a pour elle d'autres atouts qui ne recoupent pas forcément ceux attestés pour Falcon.
Mais entre Isokoski qui est un grand lyrique lumineux capable de chanter merveilleusement le lied avec piano seul, et Simionato qui est un authentique mezzo mordant, entre Pollet qui est un soprano dramatique opaque et et Nelly Miricioiu qui est un grand lyrique agile, et je n'ai même pas parlé de celles qui chantent Pamyra (le point commun entre Simionato et Sills ??)...

Mais effectivement, Verrett chatouille agréablement notre imaginaire Falcon. :)

78. Le lundi 12 décembre 2011 à , par Sandrine

Contralto et mezzo : la différence entre une vraie contralto et une mezzo qui " passe" ou " se fait passer " pour contralto est clairement illustrée par deux cas que je viens d´écouter , á savoir Aafje Heynis et Stéphanie Blythe dans Ombra mai fú . Heynis avait vraiment une voix de contralto avec un timbre velouté homogene et pas de renforcement de voix de poitrine . Blythe est une mezzo qui appuie ses graves et qui n´a pas du tout un timbre de contralto .
Du reste, elle a abordé des rôles qui exigents une tessiture de mezzo ( L´italienne á Alger , par exemple) et non de contralto . Elle peut , parce qu´elle a des graves , chanter des airs pour contralto , ce n´est pas pour cela qu´elle l´est .

Un autre cas intéressant , celui de Gloria Banditelli que je classerais mezzo-contralto en raison de son timbre et aussi parce qu´elle a abordé Berta du Barbier qui monte au la4 , donc plus haut qu´un contralto franc . Je préfere franchement l´entendre elle que Blythe .

Le centre de gravité : voilá , c´est justement ce que je précisais dans l´article sur les haute-contres et les contre-ténors , á savoir non pas les notes extrêmes que l´on peut émettre mais la partie de la tessiture dans laquelle on peut chanter sans fatigue et sans peine : avoir un fa2 , voire un mi 2 n´est pas exceptionnel á l´étendue pour une mezzo surtout de type grave, ca n´en fait pas une contralto . On peut arriver en plus ou moins forcant á un ré2 et avoir du mal , en tessiture, á chanter un fa 2 de qualité .

Selon moi, une vraie contralto devrait être capable en toutes occasions d´exploiter un sol 2 sans avoir besoin de renforcer son poitrinage .

79. Le lundi 12 décembre 2011 à , par Sandrine

Quelqu´un avait cité plus haut que la note la plus grave de Nathalie Stutzmann, du moins en production d´emploi, était la derniere de la Jeune fille et la mort : je viens d´écouter et je n´ai pourtant pas remarqué de note gravissime . En revanche, j´avais cité un mi 2 dans l´un des airs de la Verita al cimento de Vivaldi .
Apres, je pense qu´au niveau étendue totale, elle peut descendre encore plus bas , au moins au ré 2 ( j´attrape l´ut 2 et j´ai été diagnostiquée mezzo-contralto) mais de toute facon, en tessiture d´emploi, un artiste donne tres rarement ( pour ne pas dire jamais) les notes extrêmes de son ambitus total, ne serait-ce que parce que la qualité d´audition ne serait plus possible .

Au passage , petite question pour David : j´ai lu que Mike Brant avait 27 notes en tout en comptant ses suraigus mais quelle était sa note la plus grave ?
Je l´ai entendu émettre des sol 2 mais je pense que naturellement il devait pouvoir aller plus bas et même tres certainement car á son timbre vocal, il était baryton .

80. Le jeudi 15 décembre 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Sandrine,

D'accord pour Heynis, qui a vraiment tous les aspects d'un contralto, jusqu'au timbre ferrierisant, mais Blythe est précisément l'une des très rares voix d'aujourd'hui que je classerais sous cette catégorie. Vraiment une voix intense dans une tessiture basse. Après, oui, on peut trouver qu'elle sonne "mezzo court", mais dans les faits, elle tient avec beaucoup de succès ces emplois à longueur d'année, alors je lui concède sans sourciller le titre. De toute façon, la frontière n'étant jamais nette...

(Isabella de L'Italiana in Algieri est au contraire réputé pour être un rôle de contralto, même si j'ai toujours été assez dubitatif de ce sujet, aussi bien à la lecture de la partition qu'à l'écoute des interprètes discographiques du rôle... Un mezzo grave, assurément, un contralto, pas sûr - ou alors un contraltino, comme on le désigne quelquefois. Mais quelle est la frontière entre un contraltino et un mezzo central qui chante un rôle un peu plus grave qu'à son habitude ?)

Elle peut , parce qu´elle a des graves , chanter des airs pour contralto , ce n´est pas pour cela qu´elle l´est .

La Nature étant comme elle l'est, il n'est pas impossible d'être à la fois contralto et mezzo, légitime dans les deux, ou de n'être tout à fait ni l'un ni l'autre et d'aller chercher son répertoire dans les deux catégories selon ses possibilités.

Concernant Gloria Banditelli (qui, elle, me paraît un vrai mezzo, qui ne chante grave que parce que les rôles baroques ne montent pas haut), le parallèle me paraît très discutable, puisque Blythe ne pratique absolument pas le même répertoire ! Blythe, c'est plutôt Wagner réorchestré par Henze que Monteverdi, tout de même... Ce qui explique sans doute aussi votre scepticisme, si vous l'avez essentiellement écoutée dans Haendel - ce doit être passablement moche...

Selon moi, une vraie contralto devrait être capable en toutes occasions d´exploiter un sol 2 sans avoir besoin de renforcer son poitrinage .

Ah, et sinon ? On la met hors-la-loi ? :) Dans ces matières, les limites fixes ne peuvent être qu'indicatives et flottantes...

un artiste donne tres rarement ( pour ne pas dire jamais) les notes extrêmes de son ambitus total, ne serait-ce que parce que la qualité d´audition ne serait plus possible .

Bien sûr : les aigus seraient criés et les graves imperceptibles. :) Sauf dans les rôles très exigeants, où il est possible même de dépasser les habitudes en vocalises (le contre-fa de Credeasi misera, certaines interpolations dans le belcanto ou Verdi...)

Enfin, concernant Mike Brant, oui, il ressemble assez à un baryton (mais la voix n'étant pas idéalement cultivée, des surprises vers le haut sont toujours possible), je suppose que vous voulez parler du sol 1. Il pouvait peut-être aller plus bas, mais sans doute pas de façon très sonore.

81. Le mercredi 21 décembre 2011 à , par Sandrine

Bonjour David , belle journée á vous .
Pour avoir étudié d´assez pres le rôle d´Isabella de l´Italianenne á Alger de Rossini , je peux vous dire que ce n´est pas du tout pour voix de contralto tel que
l´on entend ce terme authentiquement mais bel et bien pour mezzo , je dirais même limite mezzo-soprano en raison des aigus qui, c´est vrai, ne sont pas tres nombreux mais montent , si je me souviens bien, au la 4 . Je crois même qu´il y a un si bémol 4 dans le final de l´air Amici in ogni evento mais je ne l´affirmerais pas , il faudrait que je revois les partitions . Isabella exige donc une tessiture plus aigu que le contralto qui est d´emploi fa2-fa4 , parfois sol 4 .
Pour ce qui est du centre de gravité , il y a des notes basses mais jamais tres basses et le rôle se déploie vraiment dans le milieu de la voix . Le terme contralto du temps de Rossini désignait toute voix qui n´était pas soprano , d´oú la confusion avec les théories actuelles mais on s´apercoit de la différence car jamais on n´entendra de contraltos interpréter Isabella mais seulement des mezzos et mezzo-sopranos avec un milieu de voix fourni et assez d´assise dans les aigus .

Oui, Stéphanie Blythe n´a pas le même répertoire que Gloria Banditelli bien qu´elle ait aussi chanté , il me semble , du baroque mais je n´aime pas son timbre dans les graves . C´est difficile á explique mais á mes oreilles , les vraies contraltos et mezzo-contraltos gardent dans le bas du registre un timbre á la fois rond et noble et pas rapeux ou rugueux . Je ne sais pas si vous " voyez" ce que je veux dire . Je pense que le " rapage" de certaines mezzos dans le grave provient
d´un renfort exagéré du poitrinage . Je ne dis pas que c´est bien, je ne dis pas que c´est mal , je dis juste que je préfere les tibmres qui restent le plus possible homogene . A titre d´exemple, la voix de Lucia Valentini Terrani ne " râpe" pas , celle de Vivica Genaux " râpe" . J´ai fait expres de citer ces deux-lá parce qu´elles ont , pour le coup, un répertoire rossinien tres proche . Vivica Genaux a également un timbre plus clair dans les aigus et plus " ouvert" en général

Non, évidemment, pas de " hors la loi" pour une alto qui n´a pas un sol 2 " parfait" en voix de tête car chaque voix est unique mais un prof m´avait expliqué que plus une voix était de registre grave , plus elle pouvait descendre bas sans avoir besoin de " forcer" en poitrinage . Ainsi, une soprano aura parfois besoin de poitriner sur un ré 3 alors qu´une mezzo grave ou une alto pourra attraper un la 2 encore en registre de tête ou, du moins, sans renfort de poitrinage .

Petite question : est-ce que vous pensez que Maria Callas aurait pu chanter Isabella de l´Italienne á Alger ? Pas forcément sur scene mais au disque ?
Personnellement, je pense qu´elle aurait pu , vu qu´elle a fait Carmen qui , finalement, se concentre dans une tessiture assez voisine . Dommage qu´elle ne l´ai pas fait car j´aurais aimé entendre le résultat .

82. Le mercredi 21 décembre 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

Je suis rassuré de ce que vous dites, j'ai lu à plusieurs reprises des disqualifications de principe de chanteuses (excellentes) qui chantaient le rôle, parce qu'elles n'étaient "que" mezzo. Or, comme j'ai souvent mis la partition pour piano, j'ai toujours eu le sentiment d'un mezzo certes grave, mais rien qui soit suffisamment abyssal pour exiger un contralto authentique... Se pose aussi, comme vous le signalez, le problème des notes extrêmes.

De toute façon, ces histoires de tessitures "authentiques" ne m'ont jamais convaincu, les techniques ont complètement changé et les observateurs racontant généralement n'importe quoi, il est à peu près impossible (à part éventuellement l'étendue) de déduire quoi que ce soit des témoignages d'époque. Même pour le volume, n'étant pas dans les mêmes salles, dans les mêmes conditions, avec les mêmes instruments et les mêmes diapasons... on pourrait amplement discuter !

Pour la répartition entre voix, oui, tout à fait, le contralto démarre en principe son poitrinage "obligatoire" plus bas. C'est même plus ou moins là-dessus qu'on répartit les chanteuses...
(Mais Genaux chante beaucoup plus de baroque que de Rossini sur scène, ce qui limite la comparaison avec Valentini-Terrani qui chantait jusqu'à Verdi, tout de même.)

Bien sûr que Callas aurait pu Isabella. Elle avait les notes et l'agilité. Après, à en juger par sa Fiorilla, est-ce que ça aurait été souverainement intéressant... oui, sans doute plus dans son caractère que la frivolité du Turc, mais je ne suis pas certain que ce soit le répertoire "lumineux" qui flatte le mieux ses qualités.

83. Le dimanche 4 mars 2012 à , par Sandrine

Bonsoir David et belle fin de semaine .
Carina Vinke dont je vous avais, me semble-t-il , signalé l´interprétation du Winterreise : effectivement, elle est " classée" dans un créneau que l´on appelle,
en langues anglo-saxonne, alt-mezzo, c´est á dire á peu de choses pres ce qui se nomme en italien contraltino ou mezzo-contralto .
Je l´ai réécouté, il est vrai que le timbre de sa voix se rapproche plus de l´alto mais il y a quand même, si l´on écoute bien, une certaine clarté qui fait que
l´on ne peut pas dire qu´elle est un alto ( contralto) franc même si elle a tres certainement les ressources pour exploiter ce registre .
Pour moi, alt-mezzo est une sorte de " petit contralto " léger ( attention, " petit" n´est pas employé á titre péjoratif !) donc, l´on rejoint la traduction
du contraltino italien .
Il y a pour la voix de contralto, comme pour les deux autres registres, des nuances de timbre, de couleur, de longueur d´étendue et de tessiture .
Par exemple, aucun rapport entre un contralto baroque et un contralto wagnérien et au fait, je suis enfin fixée en ce qui concerne mon registre :
une enseignante m´a clairement entendu , en a longuement parlé avec moi et m´a dit que sans aucun doute j´étais contralto ( timbre sombre, la 1 en note la plus grave de l´étendue, aisance dans ce registre , notes de passage) . Mes aigus extrêmes, ainsi que je le pensais, relevent du sifflet et même ceux de ma voix de tête sont petits et ronds . D´apres cette prof qui a justement quelques éleves contraltos, c´est une des caractéristiques de cette voix d´avoir des aigus au timbre plus voilés et plus ronds que ceux des sopranes .... forcément, puisque l´alto est la voix féminine grave .
L´ennuyeux, c´est qu´il y a tres peu d´airs écrits pour la vraie voix de contralto , mis á part chez Vivaldi qui , justement, affectionnait ce registre mais sinon,
chez Verdi ( pour ne citer que lui), les rôles de premier plan sont tous pour soprano , ceux de second plan pour mezzo avec , souvent, un aigu qui monte
jusqu´au si 4 et qu´il faut donc avoir en tessiture exploitable et pas un sifflet strident .
Ulrica est plus grave mais le centre de gravité est celui d´un mezzo grave, disons mezzo-contralto mais pas celui d´un alto ( contralto) profond .
Je me souviens avoir lu que Stutzmann disait qu´elle ne pouvait chanter le rôle justement parce qu´il était trop haut pour un vrai contralto .
Ou alors, il faudrait transposer des airs pour mezzo mais personnellement, je n´aime pas trop " dénaturer" ce qu´un auteur a écrit .
Normalement, une contralto devrait pouvoir chanter des airs de haute-contre si l´on s´en réfere á l´étymologie du mot, donc pratiquement des airs de ténor.
Apres tout, j´arrive bien á chanter Ecco ridente il cielo sans transposer .

Autre contralto léger que j´ai découvert il y a peu de temps : Kristina Hammarström . Même si certains la classent mezzo , pour moi elle ne l´est pas du tout.
Elle peut chanter, certes, des rôles de mezzo grave mais de par son timbre, c´est bien un alto ( contralto) , même si sa couleur est plus claire que celle de
Stutzmann . Tres franchement, je l´imagine mal pouvoir chanter des rôles de " mezzo franc " et encore moins de mezzo-soprano ( second dessus) .
J´aime beaucoup ses grave car elle ne les trafique pas et si poitrinage il y a , c´est vraiment tres discret .

Oui, Valentini était plus rossinienne et verdienne , sa voix est du reste intéressante car tout en ayant un timbre et des graves proches de l´alto, elle a quand même chanté des rôles qui réclament vraiment une tessiture de mezzo avec des aigus solides et un haut médium charnu . Pour moi, c´est un mezzo-contralto á longue extension, sans doute les anglo-saxons la " classeraient" alt-mezzo . Je trouve son Stride la vampa remarquable .

Genaux n´a rien d´une alto et surtout pas de par le timbre qui est clair et passerait même, si elle n´avait pas les graves, pour celui d´une soprano dans les aigus.
Lemieux n´est pas alto non plus , malgré tout ce qui se dit sur elle . Elle a chanté des rôles et des airs qui réclament vraiment des aigus francs et qu´un contralto véritable ne pourrait pas interpréter sans " claquer" . Par exemple, la mélodie D´une prison de Hahn, elle l´a tres magistralement interprété alors que cela demande clairement une voix de mezzo aigu, voire de mezzo-soprano . Il y a même des sopranos qui l´ont chanté, Lott par exemple .

Finalement, j´ai remarqué que beaucoup de mezzos sont appelés contraltos et á l´inverse, cette enseignante que je citais plus haut m´a avoué qu´il arrivait que de vraies contraltos passaient pour des mezzos parce qu´elles ont, par exemple, un grave court ou un timbre plus clair, une couleur moins large .
En revanche, timbre plus ou moins clair, il est évident que si une femme émet sans trop de peine des notes sous le fa 2, c´est qu´elle a incontestablement une voix grave . Et pour ce qui est des couleurs vocales, une mezzo dramatique peut avoir un volume plus large qu´une contralto assez légere, donc la couleur est un critere encore moins fiable pour déterminer une voix .
Si l´on se base sur la logique , notre vrai registre est vraiment celui pour lequel l´on a le plus de facilité naturelle. On peut , c´est vrai, travailler son timbre et son extension mais une soprano ne deviendra jamais une alto ni une basse un ténor .

84. Le mercredi 7 mars 2012 à , par DavidLeMarrrec

Bonjour Sandrine,

Je l´ai réécouté, il est vrai que le timbre de sa voix se rapproche plus de l´alto mais il y a quand même, si l´on écoute bien, une certaine clarté qui fait que
l´on ne peut pas dire qu´elle est un alto ( contralto) franc même si elle a tres certainement les ressources pour exploiter ce registre .

Si elle a les notes et la puissance dans ce registre, elle peut bien avoir le timbre clair, ça resterait un alto, n'est-ce pas ? :) La clarté, elle nous montre surtout à quel moment on change de mode d'émission et donc à quel moment se fait le passage grave, mais elle n'est pas une mesure absolue - sans compter la subjectivité de la notion !

Par exemple, aucun rapport entre un contralto baroque et un contralto wagnérien et au fait

C'est l'évidence, ne serait-ce que pour la technique employée, la puissance et la densité en harmoniques ne doivent surtout pas se ressembler !

La plupart des contraltos baroques ne pourraient se faire entendre dans Wagner qu'en chantant fort en mezzo, voire en hurlant en soprano. :)


L´ennuyeux, c´est qu´il y a tres peu d´airs écrits pour la vraie voix de contralto , mis á part chez Vivaldi qui , justement, affectionnait ce registre mais sinon,
chez Verdi ( pour ne citer que lui), les rôles de premier plan sont tous pour soprano , ceux de second plan pour mezzo avec , souvent, un aigu qui monte
jusqu´au si 4 et qu´il faut donc avoir en tessiture exploitable et pas un sifflet strident .

Oui, c'est le problème aussi (même si moindre) pour les voix graves chez les hommes : les barytons sans domicile fixe à l'ère baroque, ou les basses dans à peu près toute l'histoire de la musique (qui ne sont valorisées que dans les choeurs !). Cela s'explique très bien pour le contralto : c'est une voix rare et moins sonore par définition (puisqu'au lieu de planer au-dessus de l'orchestre, elle doit lutter contre ses harmoniques internes). Moins facile à exploiter expressivement aussi, puisqu'elle ne permet pas des éclats aussi spectaculaires.

Mais dans ce cas, si vous ne chantez pas de façon professionnelle, personne ne vous interdit de transposer ! C'est un peu long et fastidieux, mais ça permet de se rapprocher de la partition, ce n'est pas forcément un mauvais investissement. :)


Ou alors, il faudrait transposer des airs pour mezzo mais personnellement, je n´aime pas trop " dénaturer" ce qu´un auteur a écrit .

Si vous me permettez cette liberté, je crois qu'en tant qu'amateur on dénature beaucoup plus qu'une question de transposition. :) Que les professionnels le refusent (et pourtant, ça se fait dans certains cas !) parce qu'ils chantent parfaitement timbré et juste, soit, mais pour un amateur, il est quand même plus avisé de chanter confortablement dans sa tessiture plutôt que de s'époumoner de façon moche pour chanter ce qui est écrit. Ou alors de se priver de chanter des pans entiers du répertoire.

C'est d'ailleurs une marotte propre au classique, parce que dans les autres répertoires, on adapte complètement le morceau au type de voix, de technique, de couleur. Il s'agit d'une question de principe qui peut se discuter, mais dans le cadre de la pratique amateur, je ne vois pas trop ce que vient faire le respect de la partition si on ne chante que chez soi, ou les contraintes inutiles si on fait des concerts !


Ulrica est plus grave mais le centre de gravité est celui d´un mezzo grave, disons mezzo-contralto mais pas celui d´un alto ( contralto) profond .

Ulrica est quand même extrêmement grave ! Mais c'est plutôt conçu (malgré la mention de la partition) pour un mezzo à mon avis, dans la mesure où l'effet est beaucoup plus saisissant avec un poitrinage éhonté et en bas de tessiture.

Je me souviens avoir lu que Stutzmann disait qu´elle ne pouvait chanter le rôle justement parce qu´il était trop haut pour un vrai contralto .

Il faudrait que je vérifie dans les ensembles, mais elle a vraiment un problème d'étendue dans ce cas-là - lié probablement aussi à son engorgement prononcé qui ne facilite pas la liberté du haut de la tessiture.


Autre contralto léger que j´ai découvert il y a peu de temps : Kristina Hammarström . Même si certains la classent mezzo , pour moi elle ne l´est pas du tout.

Son centre de gravité est clairement bas, et je l'aime beaucoup aussi, elle ne tube pas du tout, contrairement à 90% des contraltos (même en ne comptant que les véritables !).


Lemieux n´est pas alto non plus , malgré tout ce qui se dit sur elle . Elle a chanté des rôles et des airs qui réclament vraiment des aigus francs et qu´un contralto véritable ne pourrait pas interpréter sans " claquer" . Par exemple, la mélodie D´une prison de Hahn, elle l´a tres magistralement interprété alors que cela demande clairement une voix de mezzo aigu, voire de mezzo-soprano . Il y a même des sopranos qui l´ont chanté, Lott par exemple .

Mais pas dans la même tonalité ! En revanche, là où elle m'a le plus convaincu est dans le répertoire de contralto (répertoire du ''seria''), sans l'être le moins du monde en effet.


Si l´on se base sur la logique , notre vrai registre est vraiment celui pour lequel l´on a le plus de facilité naturelle.

Le problème ici, c'est qu'un "vrai registre" peut être médian, et que les rôles couvrent de toute façon quantité de typologies qui n'ont rien à voir. Hagen chez Reyer est sans doute plus facile à chanter pour un ténor lyrique que pour une basse profonde !

On peut , c´est vrai, travailler son timbre et son extension mais une soprano ne deviendra jamais une alto ni une basse un ténor .

A ce point-là, sans doute pas, mais selon la technique utilisée, bien sûr qu'on peut changer de catégorie. Il suffit de voir les tessitures des sopranos dans le baroque (qui correspondent à la tessiture d'un mezzo très grave dans le répertoire romantique), tout simplement parce que l'énergie articulation demandée est moindre et qu'elles peuvent alors chanter de façon plus légère dans le médium sans être couvertes. La même chose avec un orchestre épais demanderait au moins un soprano dramatique...
Et on voit ainsi les mêmes chanteuses tenir des rôles de soprano léger dans le répertoire romantique et de soprano baroque, sans s'abîmer la voix.

Les paramètres sont nombreux, et tant que le chanteur trouve son confort (et que l'auditeur l'entend), je ne vois rien à objecter. A part, bien sûr, les choix de couleur qu'on peut faire.


Bonne fin de semaine à vous.

85. Le samedi 4 août 2012 à , par Sandrine

Bonjour, il y a longtemps que je n´étais pas venue .
Kristina Hammarström : son timbre est effectivement tres agréable , ses graves ne sont pas engorgés ni " râlants" comme c´est souvent le cas de fausses contraltos qui sont en réalités des mezzos poitrinantes . Alors, on entend aussi de vraies altos qui poitrinent mais dans ce cas, c´est plus pour forcer le caractere.
Toutefois, la couleur légere de cette chanteuse ne lui permettrait sans doute pas de chanter Erda de Wagner même si les notes, elle les a certainement .

Marie-Nicole Lemieux : je ne sais pas dans quelle tonalité elle chante D´une prison de Hahn mais en tout cas , je n´arrrive pas du tout á la suivre vocalement ,
c´est la torture pour moi . Ma tessiture d´aisance est en fait grave pour une femme puisque je chante á l´aise et sans transposer Ecco ridente in cielo .
Lemieux est clairement , de par son timbre et ses notes, une mezzo ( elle a chanté Isabella de Rossini qui est vraiment pour tessiture de mezzo ) .
Je dirais même mezzo limite mezzo-soprano .J´avais signalé quelque part que son timbre , notamment dans les aigus me faisait clairement penser á Bartoli et plus je les écoute toutes les deux, plus cet avis se confirme chez moi á la différence que Bartoli possede un volume plus restreint .

Que pensez vous de Clara Butt ?
Même si les quelques enregistrements qui nous restent sont assez grincants, je ne crois pas qu´elle fut une vraie contralto . Certes, elle avait des graves tres fournis mais elle a chanté des rôles , des airs qui demandent clairement une tessiture de mezzo . Pour moi, c´est une mezzo avec un timbre tres charnu et des facilités dans le grave mais certes pas une alto . D´ailleurs, je pense qu´elle serait classée mezzo si elle chantait maintenant .

86. Le samedi 4 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Sandrine,

Ma tessiture d´aisance est en fait grave pour une femme puisque je chante á l´aise et sans transposer Ecco ridente in cielo .

Mais dans ce cas, poitrinez-vous ? Etes-vous capable de projeter correctement à cette hauteur ? Parce qu'on rencontre beaucoup de ténors naturellement à l'aise dans des tessitures de baryton grave (même avec un timbre clair, il suffit d'écouter de la variété d'hier ou d'aujourd'hui pour s'en convaincre), mais très rares sont ceux qui peuvent projeter ces parties par-dessus un orchestre.

Lemieux est clairement , de par son timbre et ses notes, une mezzo ( elle a chanté Isabella de Rossini qui est vraiment pour tessiture de mezzo ) . Je dirais même mezzo limite mezzo-soprano .

C'est censé être un rôle de contralto (ou en tout cas de contraltino), pourtant, et ça ne monte pas bien haut, sans descendre dans les abysses (ce qui n'arrive jamais de toute façon). Elle a chanté des rôles, comme Orlando, de mezzo bien grave avec beaucoup de bonheur.
Après, son chant est tellement engorgé que j'ai de la difficulté à faire la part des choses entre ce qui relève de la tessiture (qui semble plutôt basse) et de la nature de la voix (assez claire). Disons que je le décrirais comme mezzo grave (parce que je ne suis pas sûr qu'elle puisse chanter des rôles aigus), mais que si on me demandait conseil, je lui recommanderais de travailler des choses plus aiguës (avec les modifications techniques afférentes).
Il n'empêche que les chanteurs sont avant tout ce que leur travail a produit ; on peut établir des hypothèses sur ce que leur nature profonde serait, mais ça ne permet pas de modifier leurs engagements. :)

Je n'ai jamais eu l'occasion d'entendre Nicole Lemieux en vrai (nous avons failli, à une ou deux reprises, mais je n'attends pas ce moment avec une impatience insoutenable), néanmoins il me paraît certain, vu la technique employée, le matériau vocal naturel et les rôles qu'elle tient, que projection et volume sont sans comparaison avec Bartoli - avec laquelle je ne vois pas beaucoup de liens... Bartoli a de toute façon le volume sonore le plus restreint du marché, parmi les chanteurs célèbres - dans la même catégorie, on ne doit guère trouver que Kirkby et Lehtipuu, je ne suis même pas persuadé que Bocelli, que je n'ai jamais testé en vrai, ne puisse pas la couvrir. :)

Que pensez vous de Clara Butt ?

Il est excessivement difficile de se faire une opinion (en tout cas, ça l'est pour moi) sur beaucoup de chanteurs d'avant les années 30. La technique est tellement différente, même esthétiquement, qu'on ne peut plus juger avec les critères habituels. En ce qui me concerne, pour cette période, je n'arrive absolument pas à évaluer le volume sonore ou les qualités de timbre d'un grand nombre de chanteurs.
De même que la couverture ne se produisait pas du tout de la même façon qu'aujourd'hui, le passage ne s'entendait pas sous le même aspect. Butt a une voix avec une grande extension grave, clairement, mais les contraltos qui chantent Eboli, à moins d'avoir "deux voix" comme Ewa Podleś (qui d'autre ?), cela reste une denrée assez rare.

Pour vous répondre, si elle chantait maintenant, elle serait surtout renvoyée en premier cycle parce que tout le monde trouverait ça hideux. Elle appartient clairement à un autre paradigme, et plus personne ne sait reproduire ça - alors que certains professeurs arrivent encore à transmettre certains préceptes techniques en vigueur dans les années cinquante et soixante.

87. Le dimanche 5 août 2012 à , par Sandrine

Bonjour David, qu´est-ce que vous entendez exactement par poitriner ? Car , naturellement , arrivée á un certain niveau dans le grave , une voix féminine passe
automatiquement en voix de poitrine et ce, que la femme le veuille ou non . Même pour une contralto, impossible de chanter sous le sol 2 en voix de tête .
Si , par poitriner, vous entendez que l´air me fait mal á la poitrine, alors c´est non . Les notes sortent naturellement et sans aucune douleur .

Pour Isabella, le rôle exige des notes plus graves que celui d´une soprano mais du temps de Rossini, le terme de mezzo n´existant pas , était titré contralto tout ce qui n´était pas mezzo . On trouvait donc sous contralto aussi bien les partitions pour vraie d´alto que celles pour mezzo , voire mezzo-soprano .
Isabella n´est donc pas un rôle de contralto . Kathleen Ferrier, Nathalie Stutzmann ne l´ont jamais chanté , pas même partiellement au disque .
Ca ne monte pas bien haut, il y a quand même un si bémol 4 qui , même s´il est isolé , exige de la chanteuse qu´elle l´ait dans la voix car sinon, même en forcant, elle ne le sortirait pas .

Effectivement, Eboli n´est pas du tout á la portée d´une vrai alto et même beaucoup de mezzos n´y accedent pas , á moins de faire des transpositions .
Eboli tendrait plus vers une tessiture de type Lady Macbeth , non ? Un mezzo aigu de couleur dramatique avec un centre de gravité plus haut que celui
d´Azucena .

88. Le dimanche 5 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

Oui, je parlais bien du changement de registre. Il est vrai que la terminologie est ambiguë, parce que selon les écoles, certains parlent de voix de poitrine pour la partie basse et de voix de tête pour la partie haute, tandis que d'autres (les plus nombreux) désignent ainsi le mode d'émission (mécanisme I ou mécanisme II, voix pleine ou allégée). Et les confusions s'accroissent avec la voix mixte, que certains décrivent comme le seul mécanisme II autorisé, alors que d'autres soutiennent qu'elle appartient encore au mécanisme I (sans parler de ceux qui la décrivent comme un "mélange"). Et cela ne recoupe pas obligatoirement les deux camps précités !

C'est que tout le vocabulaire du chant se fonde à une époque (et en plusieurs lieux !) où les connaissances en physiologie n'étaient pas aussi précises qu'aujourd'hui. D'où l'émergence d'un certain nombre de méthodes (pas toutes compatibles non plus !) qui se fondent sur les découvertes scientifiques, comme la CVT (Complete Vocal Technique) de Cathrine Sadolin ou la TCM (Technique du Chanteur Moderne) d'Allan Wright. Comme ces méthodes décrivent l'ensemble des types de chant possible, elles ont plus eu de succès, pour l'heure, dans les domaines de la variété et de la pop, mais elles décrivent aussi lesz modes d'émission lyriques. Il faut attendre les premiers aigles de ces méthodes pour mesurer si ce découpage assez précis des fonctions de phonation est opérant - après tout, des générations de chanteurs ont réussi avec des images physiologiques fausses !
Parmi celles disponibles sur le marché (une bonne demi-douzaine), je n'ai sérieusement regardé que les deux que j'ai citées, mais ça me semble des démarches assez intéressantes, notamment pour la remédiation de problèmes vocaux. Pour la construction des voix, il n'y a pas de raison que ça ne fonctionne pas, mais j'attends de voir les résultats.

Cela dit, quoi qu'il en soit, je ne crois pas qu'on trouve beaucoup de mezzos poitrinaires. :)

--

Pour Isabella, je parle bien de la catégorie dans laquelle on la met aujourd'hui, pas de celles de l'époque de Rossini. Je ne suis toujours pas convaincu qu'il existe de réels rôles d'alto dans le répertoire. Des mezzos courts, oui, comme Dido chez Purcell ou Dalila chez Saint-Saëns, mais des contraltos authentiques, à part Ulrica et Erda (qui fonctionnent très bien pour des mezzos un peu graves), le chapelet ne devrait pas être trop long ! La plupart des rôles de contraltos ne descendent guère sous le si bémol 2 (note accessible à la plupart des sopranos...). Et comme l'essentiel des contraltos du marché ne sont pas pourvue de grand volument, on pourrait dans un certain nombre de rôles les faire chanter par des sopranos poids moyen (comme pour les tessitures baroques).
Donc je ne me sens pas particulièrement à l'aise pour décerner les bons et les mauvais points en matière de vrais et de faux altos, mais par rapport à la moyenne des rôles, Isabella est assez tassé, dans le grave d'un mezzo. Ce qui n'empêche pas les mezzos de le chanter très agréablement, les notes ne sont pas du tout hors de portée.

L'argument de Ferrier et de Stutzmann ne tient pas, pour deux raisons :
=> ont-elles jamais chanté le répertoire italien du XIXe ? Ce n'est vraiment pas leur répertoire, davantage porté vers le baroque, le lied et l'oratorio.
=> Poncet et Pavarotti n'ont jamais chanté Platée ni le Chevalier de la Force, et pourtant ce sont des rôles de ténor. :)

En revanche, je n'avais pas remarqué ce si bémol 4, il est à quel endroit ? Effectivement, ça exclut les altos, j'en conviens.

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Oui, Eboli n'est ouvert qu'aux mezzos qui ont le plus d'aigu. Bien sûr, une Lady Macbeth peut tenir le rôle, mais l'inverse me paraît moins vrai, à cause du médium nécessaire pour la Lady. Eboli peut très bien être un mezzo assez clair et sopranisant, ça ne pose pas de problème pratique, ni tessiture, ni en volume, ni en caractère. Pour l'opposer à Elisabeth, on choisit généralement des voix plus sombres, en général habituées à Verdi donc assez corsées, mais on pourrait très bien concevoir une Elisabeth vraiment Falcon face à une Eboli beaucoup plus claire. C'était d'une certaine façon le cas avec le couple un couple comme Jurinac / Simionato, et s'est sans doute reproduit avec certaines partenaires de Cossotto !

89. Le lundi 6 août 2012 à , par Sandrine

Bonjour David .
Effectivement, l´on a conservé pour Isabella le titre de contralto alors que jamais aucune contralto n´a chanté ce rôle . La note la plus basse est simplement un
la 2 et la plus haute est un si bémol 4 , il me semble á la finale de Amici in ogni evento , donc rien d´abyssal puisque l´on trouve des rôles de soprano grave qui ont aussi le la 2 .
Si l´on prend le centre de gravité , c´est clairement pour mezzo . Par exemple, je suis obligée de rabaisser de deux tons l´air Cruda sorte pour pouvoir le chanter á peu pres convenablement .
Je n´ai entendu que des mezzos , voire des mezzo-sopranos chanter le rôle .

Je suis tout á fait d´accord avec vous , je ne crois pas non plus qu´il existe de véritables rôles d´alto pour les femmes . Orfeo de Gluck , vous me direz , mais en réalité la tessiture d´emploi des castrats contraltistes correspondaient beaucoup plus á celle des mezzos actuels . J´ai déjá essayé de travailler Che faro senza Euridice et c´est trop haut pour moi .

On trouve plus , pour les femmes, c´est vrai, de rôles pour mezzo grave et mezzo-contralto .
C´est vrai que certaines soprano de type grave peuvent, en forcant un peu, atteindre un si bémol 2 mais pas les sopranos centraux et aigus qui peinent déjá pour arriver á un ré 3 audible et valable mais comme vous dites, il est rare qu´un rôle dit pour alto descende sous cette note .

Que pensez vous de Ann Hallenberg ? Son type de voix me fait penser á celle de Marjana Mijanovic mais avec un timbre peut-être légerement plus clair .
Elle chante du baroque mais il me semble qu´elle a aussi chanté Isabella de Rossini , donc une mezzo grave allant vers le mezzo-contralto mais pas un alto .

En réalité , c´est le répertoire pour contralto qui est rare , pas la voix car je ne vois pas pourquoi la nature aurait choisi que ce soit la voix de contralto qui soit rare et pas une autre .

Ah j´oubliais , pour répondre á votre question, non je ne poitrine pas mais dans les extrêmes graves, ma voix sonne viril naturellement

90. Le lundi 6 août 2012 à , par Sandrine

Dernier petit point : j´ai toujours eu l´impression que des chanteuses alto comme Ferrier, Heynis , Stutzmann se cantonnaient dans le lied , l´oratorio et le baroque en raison de leur timbre ténu et de leur tessiture exploitable courte , ce qui laisse mieux comprendre pourquoi elles n´auraient pas pu aborder des airs et des rôles demandant un centre de gravité de mezzo . Je ne crois pas que Ferrier ait chanté des rôles plus aigus qu´Orfeo .

Effectivement, Pavarotti n´a jamais chanté certains rôles écrits pour ténor .
Callas n´a jamais chanté Zerline et pourtant, c´était tout á fait dans sa tessiture . Elle n´a jamais chanté la Reine de la Nuit non plus mais lá , le centre de gravité était nettement trop haut pour elle et je ne crois pas que ses contre-fa auraient été crédibles .

91. Le lundi 6 août 2012 à , par DavidLeMarrec


Oui, mais le la 2 à cette époque chez des sopranos, ça n'existe pas. Le la 2, on les trouve chez les gros spinti verdiens (Amelia du Bal), et exceptionnellement encore (je ne vois pas d'autre exemple, Elisabeth, c'est le si bémol, par exemple). La tessiture est basse mais avec un ambitus jusqu'au si bémol 4, oui, c'est un rôle de mezzo grave.
(Attention tout de même, chaque voix étant unique, eu égard à la nature mais aussi à sa technique propre, votre propre centre de gravité n'est pas forcément un étalon objectif. :) Il n'est tout de même pas fréquent, même pour un alto, de trouver affreusement aigu "J'ai perdu mon Eurydice"...)

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Hallenberg est un vrai mezzo (avec une très belle extension aiguë), avec un timbre exceptionnellement homogène. Donc pas le même profil que Mija' qui tient bien plus clairement du contralto, ne serait-ce que par l'ambiguïté du timbre et la profondeur du grave. Sur mon avis plus général, Hallenberg est d'une sûreté technique extrêmement impressionnante, et contrairement à d'autres spécialistes du seria, cette qualité ne s'altère pas du tout en passant à des rôles plus romantiques avec des ambitus et des volumes plus larges. Le corollaire un peu plus négatif, c'est que la voix est très ronde et homogène, donc pas très contrastée et d'une diction pas follement tranchante... mais comme l'interprète est toujours très engagée, le problème est assez largement compensé.

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Oh si, il existe des statistiques pour la rareté des voix... et sans surprise les voix extrêmes sont les plus rares (basses profondes, ténors suraigus, contraltos), seules les sopranos légers colorature sont relativement fréquents. La rareté du répertoire d'alto est probablement (marginalement) lié à la rareté de la voix, mais c'est surtout, à mon avis, qu'il est difficile pour les contraltos à densité légère de projeter de façon sonore une telle voix par-dessus un orchestre (alors que le soprano a des harmoniques qui passe "au-dessus"), et par-dessus tout, il est probable que cela ne correspondait à l'image de la femme... On imagine mal de jeunes premières avec un timbre aussi profond - même si c'est une erreur de jugement...


Je suis tout à fait d'accord avec votre second message. Et s'il fallait une preuve que Dieu existe, on l'aurait avec l'absence de Reine de la Nuit de Callas...

92. Le mardi 7 août 2012 à , par Sandrine

Bonjour David .
Effectivement, Mijanovic tire plus sur l´alto , elle a une voix que je titre personnellement de mezzo-contralto bien que ce ne soit évidemment pas moi qui ait inventé le terme puisqu´on le trouve en Italie et en Amérique ( Brésil, par exemple ) .

Vous me parliez du rôle d´Ulrica , contralto mais ne serait-ce pas plutôt mezzo grave ? Car Verrett et Ludwig l´ont chanté et aucune des deux n´est alto .

Pour se faire une vraie idée de quelles voix sont rares ou pas , il faudrait entendre chanter chaque personne de la planete car les célébrités ne représentent
qu´un tres infime échantillon . Partant de lá, il y a certainement beaucoup plus de basses et d´altos qu´on ne l´imagine . Sans compter les voix inclassables á cause de, par exemple, leur timbre ambigüe ou non homogene .
Apres, il est clair qu´une vraie soprano aigue est facilement identifiable et ce, qu´elle soit colorature ou pas .

93. Le mercredi 8 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Pour Ulrica, on retombe sur le problème de l'écriture des rôles d'alto... Les mezzos sont obligés de poitriner à outrance pour se faire entendre, mais ce n'est pas incompatible avec le rôle. J'ai essayé de vérifier sur les partitions, certaines mentionnent mezzo-soprano, d'autres contraltos. Il doit y avoir un débat glottophile homérique qui m'a échappé, je suis déçu.

On est capable aujourd'hui de faire des extrapolations statistiques assez fiables. Effectivement, si on inclut l'Inde et la Chine, les morphologies majoritaires ne seront peut-être pas les mêmes... Néanmoins, parmi les gens qui pratiquent le chant (ou même ceux qu'on peut observer dans la vie de tous les jours), les contraltos ne sont pas très nombreux.

94. Le mercredi 8 août 2012 à , par Sandrine

Bonsoir . Le terme de mezzo-contralto ne se donnant pas officiellement dans les pays francophones , c´est celui de mezzo-soprano qui est choisi .
En fait, ce ne sont pas tellement les notes isolées , mis á part des aigus ou des graves vraiment extrêmes , qui déterminent le registre d´une partition mais bel et
bien le centre de gravité . Ulrica peut sembler bas á cause des graves mais son centre de gravité tire quand même plus vers le mezzo que vers l´alto .

Effectivement, je connais ou ai connu personnellement plus de sopranos que d´altos , ne serait-ce que dans ma famille ou plusieurs femmes ont pratiqué le chant et certains ayant atteint un joli niveau , je suis sans doute celle qui a la voix la plus grave . On trouve beaucoup de sopranos de type central et de mezzo-soprano mais même déjá les mezzos graves et les mezzo-contraltos sont nettement plus rares .
Ensuite, comme vous dites, il existe des pays oú le chant lyrique est peut pratiqué , voire pas du tout . Par exemple, si l´on entendait des esquimaux ou des amérindiens du fond de l´amazone, on trouverait peut-être plus de basses et d´altos qu´en Europe .

95. Le jeudi 9 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Sandrine,

Il y a tout de même des passages entiers très bas (toute l'entrée Re dell'abisso), mais ce peut être poitriné, et puis la tradition des contraltos dans l'Italie de 1859, où en était-elle ?

Je crois cela dit que si on étudiait les Chinoises, vu les morphologies menues, on trouverait sans doute plus de Mesplé que de Ferrier. :)

96. Le mercredi 29 août 2012 à , par Sandrine

Re-coucou !
David, je suis un peu étonnée ( mais apres, chacun ses perceptions ) que vous considériez Carolyn Watkinson comme contralto : je l´ai écouté et je vous assure que je trouve sa voix vraiment magnifique mais question timbre , elle me fait plus penser á Jennifer Larmore qu´á Kathleen Ferrier même si Larmore a un aigu plus étendue qui lui permet de chanter des airs qui sont clairement pour registre de soprano ( je veux vivre dans ce rêve .... )

D´ailleurs, je pense que la notion de contralto varie selon les gens . Selon Ewa Podles ( c´est son avis , pas le mien ) l´alto serait un contralto sans aigu
( autrement dit la vraie voix grave de femme ) et le contralto aurait les possibilités d´un aigu plus étendue tout en ayant le même timbre , donc pour elle
contralto = mezzo au timbre d´alto .

Selon VOTRE point de vue , Marian Anderson était-elle contralto ou mezzo ?

Pour le Winterreise, je viens de découvrir une voix vraiment agréable bien que pas tres bien projettée :

http://www.youtube.com/watch?v=quA9XL1GaMs

97. Le mercredi 29 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Larmore a vraiment chanté Juliette en tonalité originale ? Elle a certes beaucoup d'aigu, et qui se développe au fil de sa carrière (on dirait qu'elle rajeunit au fil des ans !), mais je ne croyais pas que ça allait jusque là, j'en étais resté à sa Lady Macbeth récente.

Watkinson a quand même une plénitude dans le bas de la tessiture que n'a pas un mezzo, elle ne poitrine pas ses graves. Certes, c'est un contralto léger, pas un contralto qui fait vibrer les murs, mais c'est une autre question.

La dictinction de Podleś me paraît toute personnelle, et fondée sur son cas personnel, voulant se créer une catégorie propre.

Je n'ai pas écouté énormément Anderson (je n'aime pas les récitals dépareillés, quand j'écoute du récital, c'est en général pour des programmes de lied ou de mélodie structurés), mais elle m'a toujours été présentée comme contralto et ça m'a paru très crédible.

Oui, Cyril Rovery est très intéressant, je l'ai découvert, je crois, en 2005, à l'occasion de la re-création de la Salomé de Mariotte. Il est difficile ici de déterminer si la voix est bien projetée ou non, parce qu'il dispose d'un halo grave qui est quasiment le seul paramètre à n'être jamais rendu par les micros. On le pressent, mais il peut être aussi bien un effet de timbre qu'un effet d'impact, ce qui change tout.
Sinon, sur le principe, c'est exactement le type de voix qu'on forme aujourd'hui en France, des barytons qui se fondent sur leur grave, presque tassés (Degout, Dolié, Chuberre...). Je n'adore pas ce type de technique, mais ça a produit des chanteurs très valeureux comme ceux que je citais, et Rovery en fait partie. Ca donne un Winterreise forcément plus vocal que verbal, mais c'est pas mal (même si ça détimbre un peu dans le legato de Gute Nacht).

98. Le jeudi 30 août 2012 à , par Sandrine

Larmore n´a sans doute pas chanté Juliette en entier ( même au disque , ce serait douteux ) mais elle a chanté Je veux vivre dans ce rêve et sans doute dans la tonalité originale puisque j´avais lu quelque part qu´elle donnait un contre-ré . Sa voix est donc tres élastique puisqu´auparavant , elle a également chanté des rôles dits d´alto comme Giulio Cesare .

Effectivement, Podles a SA définition du contralto qui est plutôt subjective et , comme vous le dites, adaptée á son propre cas .
Stutzmann a aussi une définition : selon elle , une vraie contralto commence sa voix mixte á partir du si bémol . Me retrouvant personnellement dans cette configuration, je serais beaucoup plus d´accord avec ce propos bien que je suis convaincue que chaque voix d´alto est particuliere et que donc, on ne peut faire de généralités mais oui, c´est vrai qu´une voix de contralto peut rester en voix de tête et en voix mixte plus longtemps dans le grave , ce qui n´empêche pas non plus le poitrinage artificiel .

A ce propos, voici un article sur Kathleen Ferrier que j´ai découvert hier , le type n´est vraiment pas tendre avec elle :
http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1065_19850405/OBS1065_19850405_068.pdf

Il indique que Ferrier n´arrivait pas au ré 2 dans la Jeune Fille et la Mort de Schubert : effectivement, elle ne le fait pas mais cela ne veut en aucun cas dire
qu´elle ne l´avait pas dans la voix . Peut-être que tout simplement pour elle , l´important était surtout de donner de l´émotion au timbre et non pas d´exhiber son organe vocal . De toute facon, on peut être contralto et avoir une voix courte dans le grave tout comme certaines sopranos peuvent avoir un aigu court .
Il compare Ferrier et Heynis , ce qui est un peu maladroit , chacune ayant SA voix . Personnellement, j´aime autant l´une que l´autre . Heynis a peut-être un timbre plus doux , plus enveloppant mais toutes les deux , á leur maniere , ont une belle voix .

Watkinson est titrée soit contralto soit mezzo selon les articles , d´ailleurs la distinction entre les deux est parfois presque imperceptible surtout quand il s´agit de mezzo grave et sombre mais question timbre , elle me rappelle justement un peu Heynis pour le côté douceur et onctuosité .

Le gars parle de " robinet á miel " pour la voix de Ferrier .... on peut trouver des termes franchement plus élogieux ! On peut ne pas apprécier une voix sans forcément l´insulter publiquement .

99. Le jeudi 30 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Vous parlez d'un contre-ré dans cet air, ou du contre-ré bémol de Lady Macbeth (ou autre) ? Cela dit, tout est possible, mais l'air est quand même prévu pour un soprano assez élancé.

Jacques Drillon n'a pas écrit que des choses fulgurantes dans sa carrière... Cela dit, le phénomène qu'il décrit n'est pas infondé, je suis agréablement surpris que quelqu'un ait jamais osé l'écrire dans une grande publication : l'aspect moral de l'attachement à Ferrier, son peu de variations chromatiques (un peu moins d'accord sur les nuances, peu étendues, mais finement dosées), son traitement un peu relâché du texte.
Ensuite, en tirer les conclusions d'une potentielle imposture, et rejeter des enregistrements extraordinairement magnétiques (Frauenliebe avec Newmark ou même Walter, précisément !), c'est plus une façon d'habiller un goût personnel - moi c'est son Abschied qui ne me touche pas totalement. Et dans Bach, elle est quand même le seul intérêt de la Messe en si de Karajan avec le Symphonique de Vienne, un enregistrement particulièrement douloureux à endurer...

Mais son raisonnement est intéressant, même si son agacement le conduit à beaucoup d'excès.

Pour le lied sur Claudius, en revanche, la note grave étant prévue par Schubert, et très logique musicalement, on peut supposer qu'effectivement elle n'était pas satisfaite de son timbre sur la note. Mais ce peut être parce qu'elle la trouvait trop masculine ou vrombissante, cela dit (même si j'en doute un peu).

Vous parlez d'insulte... on n'y est pas à mon sens. L'insulte serait d'attaquer la personne ou la probité de l'artiste. Ici, il caricature plutôt la posture esthétique de Ferrier. On est très loin des torrents de fange qui se déversent volontiers sur la Toile (vous qui fréquentez YouTube, vous avez dû avoir l'occasion d'en être témoin, je suppose :) ), ou même dans le off entre musiciens...
Je ne peux pas dire que j'approuve le ton indélicat et la rage à déboulonner absolument l'icône Ferrier, mais eu égard à la difficulté de tenir sa position, je ne suis pas complètement scandalisé qu'il prenne un ton un peu offensif. Et puis ça fait du débat et fait vendre du papier, forcément. Alors qu'un papier plus nuancé et moins mordant...

100. Le jeudi 30 août 2012 à , par Sandrine

Effectivement, je vais de temps en temps sur Youtube et parfois, c´est vrai qu´on en lit des vertes et des pas mûres .
Je ne sais pas si Ferrier avait ou n´avait pas le ré 2 dans la voix mais comme je maintiens, il y a des voix courtes , y compris chez les altos .
Un exemple ( pas d´alto mais presque ) : il y a quelques années , j´avais correspondu quelques temps avec une mezzo de haut niveau , une mezzo presque alto de par son timbre et son ambitus et elle m´avait dit que sa note la plus basse était un fa ( je précise bien ambitus et non tessiture exploitable ) en me confiant que de toute facon, comme aucun rôle ni air ne réclame plus bas , ca n´avait pas beaucoup d´importance de ne pas descendre plus bas .
Un peu dans le même genre d´idée , mon ancienne prof de chant m´avait confié que Tebaldi n´avait pas le contre-ré dans la voix ( je ne sais pas si c´est vrai ) et pourtant, elle a eu une brillante carriere dans le répertoire de soprano . Ce n´est pas la longueur de la voix qui importe mais l´émotion du timbre .

Vous avez raison, que ce soit sur le Net ou ailleurs, les articles médiatiquent " mordants" font en général plus de bruit . Comme vous dites, on peut trouver pire et á côté de certaines vulgarités actuelles, ce texte passerait presque pour de la fine fleur ....

Contre-ré , je parlais de Je veux vivre dans ce rêve mais apres tout , Bartoli a bien donné le contre ré dieze sur scene et je l´ai vu émettre un contre-fa sur vidéo , donc le cas Larmore ne tient pas de la science fiction .

101. Le jeudi 30 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Je ne sais pas si Ferrier avait ou n´avait pas le ré 2 dans la voix mais comme je maintiens, il y a des voix courtes , y compris chez les altos .

Je n'ai jamais dit le contraire. :)

Pour Tebaldi, c'est probable, l'ut était déjà assez douloureux chez elle.

102. Le dimanche 23 décembre 2012 à , par Patrick

Bonjour,
Cherchant une discographie complète sur le net et des enregistrements correspondants (pour ceux que je n'ai pas encore) de DFD (et principalement, mais pas que) de Schubert et en essayant de me retrouver au milieu des réimpressions (avec couvertures et références discographiques différentes), je découvre grâce à vous l'existence d'un enregistrement avec Hertha Klust. Merci.
Par contre en me basant sur le site de Jacques Navech je trouve un autre enregistrement avec Moore : Deutsche Grammophon 415 187-2. La connaissiez-vous ? Est-ce la même que "Moore III" ? Ou vraiment une autre ?
Merci de me renseigner...
Merci aussi (si possible) d'agrémenter votre critique des références actuelles et de la reproduction de la ou des pochettes sous lesquelles on les trouve.
Cordialement,
Patrick Hoffman, Metz

103. Le dimanche 23 décembre 2012 à , par David Le Marrec

Bonjour Patrick,

Pour DFD, il existe :
1948 - Billing (Movimento Musica, puis Archipel)
1952 - Reutter (Verona, puis Audite)
1953 - Klust (Melodram, Classica d'Oro, Archipel, Urania)
1955 - Moore I (HMV, puis EMI)
1955 - Moore Prades (sur le vif, INA)
1962 - Moore II (HMV, Angel, EMI), devenu le plus difficile à trouver
1965 - Demus (Eterna, DG)
1971 - Moore III (DG), celui que vous mentionnez, et qu'on trouve également sous les cotes 2720 059 en vinyle ou 415 487-2 et 437 235-2 en CD.
1978 - Pollini. Un pirate qui a semble-t-il été commercialisé en CD à une certaine époque.
1979 - Barenboim (DG)
1979 - Brendel I (vidéo, TDK)
1980 - Sawallisch
1985 - Brendel II (Philips)
1990 - Perahia (Sony)

Donc bien trois studios pour Moore, dont un seul chez DG.

J'en parle plus en détail dans une autre notule.


Pour ce qui est des illustrations, c'est un travail un peu fastidieux, en l'occurrence il s'agissait seulement de s'amuser un peu en parcourant les fantaisies (beaucoup d'autres ont paru depuis six ans...) - donc je m'en suis dispensé.

Bonne soirée !

104. Le mardi 6 août 2013 à , par Vanille

Je cherchais des docs sur Nathalie Stutzmann que j´aime beaucoup, j´ai lu votre article et suis fort étonnée que vous la considériez comme étant alto
( je parle lá non de sa carriere mais de son format vocal) . Qu´a-t-elle finalement de plus que certaines mezzos sombres si ce n´est un aigu nettement plus court ? Helen Watts, que j´aime aussi beaucoup, me semble plus mériter ce titre d´alto ( ou contralto), ne serait-ce que pour l´expression de son phrasé .
Allez, sans rancune j´espere .... Je suis probablement la seule personne au monde á émettre des doutes quant á la " contraltitude" de Stutzmann.
D´ailleurs, elle peut bien être mezzo, cela m´est tout á fait égal, l´écouter est toujours un vrai plaisir .

105. Le mardi 6 août 2013 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Vanille,

Je classe Nathalie Stutzmann comme alto parce qu'elle chante le Winterreise très bas, à une tessiture d'alto. Après, si on me demande mon avis sur la tessiture qu'elle aurait dû développer, je me suis déjà interrogé plusieurs fois dans ces pages : la voix étant fort peu sonore et la tessiture bien courte, on peut se demander si elle n'a pas, à force d'engorgement (l'essentiel de la résonance reste à l'intérieur du corps), créé une voix d'alto qui n'était pas forcément la sienne.
Difficile à dire comme cela, sans l'entendre travailler (ou mieux, la faire travailler) de près.

À€ son crédit, elle rayonne très bien dans les parties d'alto de Mahler (qui sont accessibles aux mezzo-sopranos, mais tout de même bien graves), sans aucune difficulté de projection et de volume. Je reste donc incertain sur son statut.

(Et dans le lied avec piano, en général, je n'aime pas beaucoup –€ pour ne pas dire pas du tout –€ ce qu'elle fait. Donc pour moi aussi, d'une certaine manière, c'est sans grande importance.)


Tout cela pour dire que, non, vous n'êtes pas la seule à vous interroger, vous posez une vraie question. Je n'ai pas de réponse définitive cela dit, parce qu'elle ne pourrait pas chanter les rôles de mezzo sans libérer le son en antériorisant son émission, ce qui veut dire une refonte absolument complète de sa technique et une altération profonde de son timbre. Aucune chanteuse avec la carrière qu'elle a ne voudrait raisonnablement tenter ça.

106. Le vendredi 11 octobre 2013 à , par Vanille

Bonjour David, contente de lire votre réponse et contente de voir que je ne suis apparemment pas la seule á demeurer dubitative en ce qui concerne la voix de Sutzmann . Il est évident qu´une vraie problématique se pose : doit-on classer une voix selon son timbre ? Selon sa zone de confort ? Selon les deux criteres ? Car suivant ce que l´on choisit parmi ces criteres, l´on se heurte á des verdicts variés .
S´il s´agit du timbre et uniquement du timbre, Stutzmann " penche" beaucoup plus, selon mon humble avis, vers le mezzo-soprano " corsé" que vers
l´alto, ses " graves engorgés" dont vous parlez et son spectre vocal parlé sont d´ailleurs typique du " gros" mezzo sombre beaucoup plus que du contralto qui, lui, est á la fois clair et cuivré sans métal artificiel dans les notes graves et médianes . Niveau timbre, les vraies contraltos sont, sans aucune hésitation possible, Kathleen Ferrier, Helen Watts, Maureen Forrester, Aafje Heynis et Christel Garnier et, avec plus de brio dans les aigus,
Clara Butt, Hilary Summers, Marian Anderson .

S´il s´agit de la tessiture et exclusivement de cela, incontestablement elle correspond á une contralto et d´ailleurs, j´en suis venue á me demander si elle n´avait pas été mise dans le créneau contralto á cause de sa tessiture limitée dans l´aigu et non pas á cause de son timbre . Elle avait d´ailleurs elle-même déclaré qu´elle se pensait mezzo au début de sa carriere mais, comme vous dites, se réorienter vers une carriere de mezzo ( surtout á son âge) serait quelque chose de tres risqué pour elle .

Le terme de mezzo-contralto que j´ai entr´apercu ici et lá désigne non point une mezzo-soprano grave mais une contralto authentique avec de belles assises dans l´aigu : Clara Butt, Marian Anderson, Hilary Summers, peut-être aussi Delphine Galou .

Lá oú Stuzmann excelle dans des prestations comme le Winterreise, c´est justement dans la plénitude si caractéristique de son grave qui semble épouser les accents de la mélodie .

Brigitte Fassbaender n´est clairement pas une alto mais un mezzo-soprano long, voix á mettre plus ou moins dans le même créneau que celle de Vesselina Kasarova .

107. Le samedi 12 octobre 2013 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

Vraie question. À mon (humble) avis, le critère le plus pertinent est celui de la zone de confort (pour le chanteur, mais aussi pour l'auditeur, parce qu'il faut que le son sorte correctement projeté si on veut atteindre les spectacteurs) ; c'est ce qui est le plus consubstantiel à la voix. Un timbre peut changer considérablement selon la technique utilisée ; les locuteurs ont bien sûr leurs habitudes, mais elles sont très largement paramétrables avec du travail, il y a finalement peu de prédestination psysiologique à avoir une voix claire ou sombre.

En l'occurrence, si Stutzmann ne tubait pas et ne chantait pas autant « à l'intérieur », supposons avec la technique antérieure française d'antan, elle serait sans nul doute beaucoup plus lumineuse et métallique, alors qu'elle est aujourd'hui d'un velours très mat (voire empâté).

Je ne suis pas forcément d'accord pour son timbre : le fait qu'elle engorge ne prouve pas qu'elle n'a pas les notes. C'est plutôt l'endroit où intervient le passage en voix de poitrine qui est déterminant, et surtout la longueur dans le grave (et dans l'aigu). Si on laisse de côté la question de l'aigu, rien ne l'empêche d'engorger ses graves, cela prouve même plutôt qu'elle n'a pas besoin de « bien » les émettre pour les faire entendre, alors que les mezzos doivent souvent poitriner de façon très dynamique pour projeter cette partie de la tessiture. D'ailleurs Hilary Summers que vous citez n'a pas forcément une émission très libre non plus.

Au niveau du timbre, je ne suis pas forcément convaincu par Watts comme si évidente... j'entends un timbre qui pourrait aussi bien être un mezzo-soprano court (donc faisant une carrière d'oratorio « par défaut »). Quant à Delphine Galou, elle me paraît être un véritable mezzo (grave), ce qui est aussi la façon dont elle se catégorie, me semble-t-il.

Le terme de mezzo-contralto que j´ai entr´apercu ici et lá

Allons donc, vous êtes la seule à l'employer dans ces pages, il suffit de relire vos précédentes interventions.

j´en suis venue á me demander si elle n´avait pas été mise dans le créneau contralto á cause de sa tessiture limitée dans l´aigu et non pas á cause de son timbre .

Je me le suis demandé également (avec développement d'un timbre sombre qui corresponde à sa perception de son identité vocale), mais je n'ai pas de réponse définitive à ce sujet.

108. Le samedi 2 novembre 2013 à , par Vanille

Bonsoir, je ne suis pas la seule personne ( loin de lá ) á connaître et á employer le terme de mezzo-contralto, je l´ai vu bien des fois ( entre autres, sur certaines de vos pages mais également sur des sites et forums italiens et lusaphones du Net) mais également dans certains livres, il est donc surprenant que vous ne connaissiez personne qui l´emploie . Ce qui est vrai par contre, c´est qu´il est trop souvent confondu avec le mezzo-soprano grave, sans doute parce qu´il partage parfois avec lui une tessiture commune mais question timbre, le mezzo-contralto est bel et bien un contralto; peut-être le terme contralto aigu ou contralto d´opéra vous est plus famillier .

Watts a pourtant bien un vrai timbre d´alto, je n´ai jamais rien entendu chez elle qui puisse évoquer une mezzo . Elle a d´ailleurs une résonnance tres proche de celle de Ferrier .

Summers est " étiquetée" tantôt alto tantôt mezzo-soprano selon ce qu´elle chante, elle possede un timbre velouté que l´on peut qualifier de contralto mais certaines partitions qu´elle aborde ( Carmen, Isabella) la font, au point de vue tessiture, la rapprocher de la mezzo-soprano . Une voix remarquable notamment dans les chants religieux, justement de par la profondeur de son timbre .

Galou est plus souvent décrite comme contralto que comme mezzo mais peut-être effectivement c´est un mezzo grave mais de couleur plus légere que dramatique car elle ne semble pas avoir beaucoup de volume . Donc oui, un mezzo grave ou un alto aigu, elle a un côté androgyne dans la voix qui est tres plaisant .

Stutzmann devait être vraisemblablement une mezzo á l´origine mais je ne suis pas convaincue, comme vous, qu´elle ait des aigus: d´ailleurs je l´ai entendu " se plaindre" á ce sujet du fait qu´il ne lui était pas possible de chanter les grands airs pour mezzo . C´est précisément parce qu´elle ne monte pas haut qu´elle s´est, depuis toujours, cantonnée dans le répertoire du contralto . Je ferais la même remarque pour Mingardo .

Mezzo-contralto, d´apres une définition anglaise : voix au timbre de contralto mais avec étendue ( ou tessiture selon le contexte) de mezzo-soprano, en clair le pendant féminin de baryton-basse .

109. Le dimanche 3 novembre 2013 à , par DavidLeMarrec

Non, vous n'êtes pas la seule, Sandrine, mais si vous désiriez passer inaperçue, il aurait peut-être été judicieux de rectifier votre typographie particulièrement idiosyncrasique.

Je suis tout prêt à accueillir tout le monde, même après un départ pas très plaisant, mais j'apprécie qu'on ne cherche pas à me duper. Il n'y a rien d'important en jeu ici, pas besoin de se cacher quand même...

110. Le mardi 11 février 2014 à , par Sandrine

Bonjour, il y a sans doute malentendu ou confusion, personne ne cherche a cacher quoique ce soit. J avais quitte votre site parce qu un intervenant m avait insulte en me traitant de ce que n etais pas et, a moins d etre de metal une insulte peine toujours et ce, que ce soit sur le Net ou ailleurs. Si vous avez mal compris, j en suis sincerement desole et, a moins que vous refusiez, je vous propose de passer l eponge et de reprendre le fil de discussions cordiales .


s



111. Le mercredi 12 février 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sandrine,

Merci pour cette mise au point. Vous restez bien sûr bienvenue, sous le pseudo de votre choix.

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