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Ivan le Terrible, un opéra français – [Raoul Gunsbourg]


gunsbourg_monte-carlo.png
Début du compte-rendu de la série monégasque d'Ivan le Terrible de Gunsbourg, avec Chaliapine, habitué de ce théâtre, dans le rôle-titre.
(Musica, avril 1911.)




1. Récit

J'avais lu les premières pages de cet opéra lorsque je chinais les anciennes partitions d’opéras oubliés – avant l'ère bénie des Gallica et IMSLP, donc. La chose m'avait paru intéressante, mais je n'avais pas eu le temps de pousser plus avant – et cela m'avait paru un peu difficile pour mon niveau d'alors. Je n’y étais pas revenu depuis.

Au détour d'une répétition, nous décidons d'ouvrir une de mes partitions au hasard et de nous lancer dans un déchiffrage absolu. C'est Ivan le Terrible de Gunsbourg, qui était toujours resté à portée de main. Et l'œuvre s'avère très réussie.

Si je vous dis un mot (cette fois sans extraits, il n'existe absolument rien à ma connaissance) de Gunsbourg alors que j'ai tant d'autres notules en souffrance, c'est que son profil est particulièrement atypique et intriguant.

[J'ai quelquefois rencontré la graphie fautive Gonsbourg, si d'aventure vous voulez explorer à votre tour.]



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Extrait de Parsifal dans la traduction de Gunsbourg (« Nur eine Waffe taugt »), chez Choudens (1914).
La réduction piano n'est pas créditée, j'ignore s'il la réalisée oui-même ou repris le travail d'un arrangeur émérite comme Kleinmichel, Otto Singer II, Klindworth…



2. Débuts (médecin et guerrier)

Raoul Gunsbourg (1859/1860-1955) est une personnalité singulière et particulièrement importante dans le panorama lyrique de la première moitié du XXe siècle, sur plusieurs plans.

Sa vie même paraît incroyablement remplie : né à Bucarest de parents juifs, il étudie la médecine, et exerce dans l'armée russe pendant la guerre russo-turque des années 1870 – il avait alors treize ans. Un épisode raconte sa bravoure lors du siège de Nikopol, où les deux régiments n'ayant plus d'officiers, il prend lui-même la tête de la charge, se retrouve coupé de ses troupes, reçoit un coup de baïonnette à l'aine, monte à l'assaut d'une brèche et, y ayant passé la nuit, cause la méprise de l'État-major turc qui croit la ville perdue et capitule de façon anticipée. (Je ne sais d'où proviennent ces récits ni s'ils sont fiables, on peut les lire de façon plus détaillée sur le site Art Lyrique.)
Détail savoureux, il épouse (bien plus tard, en 1905) une Aline Leturc.

Au début des années 1880, il crée la « scène d'opéra français de Gunsbourg » qui assure des représentations aussi bien à Saint-Pétersbourg qu'à Moscou – où il rencontre Richard Wagner !



opera_de_monte_carlo_interieur.jpg
Intérieur de la salle Garnier de l'Opéra de Monte-Carlo (583 places),
où régna Gunsbourg.




3. Directeur de théâtre

En France, il dirige pour une saison le Grand Théâtre de Lille et pour deux l'Opéra de Nice. En 1892 débute l'œuvre de sa vie : sur la recommandation du tsar Alexandre III, qui le conseille à Alice Heine, l'épouse américaine du prince de Monaco (le modèle de la Princesse de Luxembourg de La Recherche de Proust), il est nommé directeur de l’Opéra de Monte-Carlo par le prince Albert Ier.

Il y exerce avec une exceptionnelle longévité, de 1892 à 1951, ce qui lui permet de créer notamment sept des derniers Massenet (Amadis, Le Jongleur de Notre-Dame, Chérubin, Thérèse, Don Quichotte, Roma, Cléopâtre) et les trois derniers Saint-Saëns (Hélène, L'Ancêtre, Déjanire).

Une petite interruption a lieu pendant la guerre de 39, où il doit quitter la ville, exfiltré par des résistants : les nazis commencent à déporter les juifs de Monaco.



Camille-Saint-Saens-Raoul-Gunsbourg-et-les-interpretes-de-l-Ancetre.jpg
Saint-Saëns, derrière lui Gunsbourg, et tout autour les chanteurs de L'Ancêtre, avant-dernier opéra de Saint-Saëns, au moment de la création à Monte-Carlo.
Photo parue dans Musica de mai 1906.
(conservée par la Bibliothèque de Genève et publiée par Bru Zane Media Database).




4. Traducteur

Gunsbourg a notamment livré une traduction chantable française de Parsifal, qui atteste sa sensibilité prosodique – et que je trouve plutôt réussie, à peu près du niveau de celle de l'emblématique Alfred Ernst !



Scene-de-Venise-Gunsbourg-acte-II.jpg
Photo de Venise, de Gunsbourg,
pour Musica en avril 1913.

(conservée par la Bibliothèque de Genève et publiée par Bru Zane Media Database)



5. Compositeur

Mais si vous connaissez Gunsbourg, c'est avant tout parce que vous avez entendu sa musique. Ou plutôt, deux morceaux seulement, où il n'est à peu près jamais crédité : « Scintille diamant » (fondé sur la barcarolle d'Offenbach « Perte du reflet ») et le grand Septuor de l'acte de Venise (là aussi à partir de matières existantes d'Offenbach), dans Les Contes d'Hoffmann.

Bien que largement autodidacte, il a est l'auteur de sept opéras :
d'abord
Le Vieil Aigle (1909), sur un sujet orentalisant),
¶ Ivan le Terrible (1910),
Venise (1913),
Maître Manole (1918),

et pour finir des drames aux sujets assez hardis :
Satan (1920), un drame musical en neuf tableaux,
Lysistrata (1923), d'après Aristophane,
Les Dames galantes de Brantôme (co-écrit avec Thiriet et… Tomasi).



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Frontispice pour Le vieil Aigle, permier opéra de Gunsbourg, pas du tout du drame napoléonien comme celui de Nouguès : les deux personnages centraux sont un khan et son fils. Édition Choudens (évidemment).




6. Propriétaire terrien


Une partie des nouveaux numéros découverts ces dernières années (notamment par le spécialiste Jean-Christophe Keck, je ne sais si c'était le cas ici) ont été retrouvés au château de Cormatin, non loin de Taizé et Cluny, aujourd'hui haut lieu de patrimoine bourguignon ouvert au public et abondamment visité… mais ancienne propriété de Gunsbourg ! 

Il fut même maire de la ville attenante. (Amis de la néo-féodalité bonsoir.)



gunsbourg_cormatin.jpg
Le château de Cormatin, résidence secondaire des Gunsbourg (il passait beaucoup de temps à Monaco et Paris).
[Cliché de Patrick Giraud, sous licence Creative Commons.]




7. Ivan le Terrible : conception

Ivan le Terrible, son deuxième opéra, est donc le seul à avoir été créé (malgré l'accueil critique favorable !) à la Monnaie de Bruxelles et non à la maison, à Monte-Carlo.

Je n'ai pas pu trouver, pour l'instant, la potentielle source littéraire du livret (dû à l'auteur lui-même) : est-ce réellement une fantaisie liée à sa connaissance de l'histoire russe, une variante sur l'une des légendes circulant autour du tsar Ivan, ou bien une adaptation d'un œuvre de fiction préexistante ?  Je poursuivrai mes recherches au fil de la progression ma lecture du drame.

gunsbourg_ivan_le_terrible_kremlin.png
Décor de l'acte III, salle des fêtes du palais du Kremlin.
(Annales politiques & littéraires, 1910.)


Un micromot de contexte, pour ceux d'entre nous les moins versés dans l'histoire russe – ou plutôt qui, par les temps qui courent, feignent de ne l'avoir jamais connue. Ivan IV, au milieu du XVIe siècle devient le premier à porter le titre de tsar de Russie. À la fois intelligent et investi… et spectaculairement instable et démesurément cruel, il a laissé une empreinte très profonde dans le souvenir collectif, posant en quelque sorte le jalon de ce qu'est la limite d'un souverain. Tous les abus sont-ils légitimes lorsqu'ils viennent du gouverneur choisi par Dieu ? 
Sujet d'opéra fréquent, qu'on trouve chez Rimski-Korsakov bien sûr (La Fiancée du Tsar, La Pskovitaine le font intervenir dans ses amours sanguinaires), mais aussi au delà des frontières – témoin Ivan IV de Bizet.

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Photos prises lors des répétitions et représentations de la série monégasque en 1911, parues dans Musica.

Gunsbourg met bien sûr en scène sa cruauté ; Louis Schneider, dans Les Annales politiques et littéraires de 1910, souligne : « Le succès d'Ivan le Terrible, à Bruxelles, a été complet ; il a atteint le maximum au second acte, qui est bien un des plus violemment dramatiques qui se puissent concevoir. »
[Pour les curieux, l'ensemble du commentaire de Schneider me paraît à la fois très juste et assez stimulant, on peut le lire dans le recueil des Annales de Google Books.]



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Début de l'article de Schneider dans les Annales et portrait de Gunsbourg.



8. Ivan le Terrible : contenu


Le livret contient çà et là quelques petites maladresses de registre de langue, mais demeure très dense et opérant, peu d'alanguissements : les descriptions sont fréquentes, mais elles traitent d'actions et ne se complaisent pas dans la seule couleur locale. Par ailleurs, les interrogations sur la Providence (pourquoi Dieu nous a-t-il confiés à un souverain sanguinaire ?) et le pouvoir (le souverain légitime reste-t-il légitime s'il gouverne mal ou abuse de ses droits illimités ?) m'ont paru d'une contemporanéité vraiment frappante.
Un metteur en scène et un public d'aujourd'hui auraient réellement de quoi se faire plaisir.

Imaginez : le nom d'un des rares personnages russes très célèbres (et mystérieux) en France, une promesse d'action abondante, une réflexion sur le temps présent, et même un brin de mysticisme… quel succès on pourrait avoir, avec un opéra par ailleurs aussi bien écrit !

gunsbourg_chaliapine.jpg

Car tout y est particulièrement bien calibré dramatiquement, haletant, même les tirades ne sont pas des airs mais des sortes de scènes continues où le personnage d'adresse à ses partenaires, et où la musique suit essentiellement l'action – même s'il peut y avoir des récurrences de mélodies. Pour situer, le modèle pourrait en être l'air du Prince Igor ou l'air de Boris Godounov – modèles qu'il connaissait forcément bien, considérant la première partie de sa vie dans les villes où on joue le plus ces œuvres.

Je suis frappé, en outre, par l'usage, particulièrement rare chez les Français (et pour cause, là encore), de modes russes traditionnels pour les chœurs de paysans… on entend réellement l'inspiration de gammes qui ne sont pas celles de la musique savante standard, mais réellement celles du folklore slave oriental, telles qu'on les trouve aussi chez Tchaïkovski, Arenski Moussorgski, Kalinnikov, Rimski…

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Mais la structure musicale générale est surtout marquée par l'usage de leitmotive, particulièrement marquants – celui d'Ivan, deux petits groupes de terrifiantes basses farouches, est une sorte de compromis entre celui de Keikobad dans la Femme sans ombre de Strauss et la ponctuation qui précède l'invocation du feu à la fin de la Walkyrie de Wagner.

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Comme j'en avais parlé à propos de Pelléas : présence sur quelques pages de pas mal d'accords avec quinte augmentée, sans que la gamme par tons ne semble rôder. Je me suis demandé pourquoi ces effets à cet endroit – mais c'est très réussi, et toute l'œuvre atteste la capacité de Gunsbourg à couler son langage et ses procédés dans les nécessité de la situation dramatique.

Précisément, dans Le Figaro de 1910, Gunsbourg souligne cet aspect de son travail – ce sont des généralités, mais elles montrent quelles sont ses priorités : la mélodie et son lien avec la prosodie, qui sont en effet très finement soignés chez lui.

« N'est et ne peut être musique que la mélodie, mélodie pure, inspirée, qui s'adapte tellement à la parole que l'on puisse plus, une fois entendues, les séparer l'une de l'autre.
Hélas !  Il ne faut pas croire qu'il suffit de mettre une note sur une parole pour que cela soit un accent musical. Non, cela est plus rare et plus difficile que n'importe quel chef-d'œuvre dans n'importe quel art. Il faut de l'inspiration. Aucune étude, aucune science ne peut suggérer ce don divin.
Trouver l'accent juste, harmonieux et mélodieux qui fait corps avec la parole et les rend indissolubles, c'est le grand secret de la musique ; c'est le point d'Archmède.
La musique, c'est l'accent du verbe ! »

(Vous aurez remarqué que pour Gunsbourg la musique se limite ainsi à la musique vocale.)

Raoul-Gunsbourg-caricature-de-Sem.jpg
Gunsbourg caricaturé par Sem.
(Musica, mai 1904.)

Je passe outre l'aveuglement (je crois que la prosodie n'est vraiment pas le plus complexe dans les arts, ni même dans la musique) et l'immodestie sous-entendue par son propos, c'est sa posture de compositeur, ça ne nous apporte pas grand'chose – et être directeur d'Opéra sans avoir un petit melon, ce doit être une faute professionnelle. J'y vois d'autres détails qui m'émerveillent davantage.

Il est à la vérité étonnant qu'il ne souligne pas la place des motifs récurrents, son recours aux modes de la musique traditionnelle russe, son choix de la couleur harmonique selon les moments – du romantisme franc jusqu'aux influences debussystes… Mais je suppose qu'il ne souhaitait pas nécessairement passer pour un grand compositeur de choses abstraites à la germanique…

Il y aurait là tout un travail de recherche fascinant à réaliser sur les raisons pour lesquelles un créateur choisit délibéré d'occulter une part importante de son travail, des ses objectifs, de son inspiration, lorsqu'il communique avec son public.



Raoul-Gunsbourg-par-Sem.jpg
Autre caricature par Sem.



9. Envoi

Pourquoi parlé-je de Gunsbourg ?  J'ai perçu plusieurs bonnes raisons de le faire, et ce même dans l'abstraction de l'absence de musique – après cette première lecture, je n'ai pas trouvé mes extraits sonores suffisamment nets pour éclairer la compréhension du propos. Peut-être si je me le remets sous les doigts un jour prochain. (Pour l'instant, j'ai Erlanger, Salvayre et Krug à continuer de déchiffrer.) Par ailleurs absolument rien que j'aie pu trouver au disque ou en ligne hors des Contes d'Hoffmann, si jamais vous en avez vu passer, n'hésitez pas à me l'indiquer, c'est toute la beauté de ce médium ouvert…

¶ Sa vie est assez intriguante, et son rôle dans la création musicale de son temps important. Il touche à beaucoup de sujets, la création de festivals, la direction de maisons, la traduction d'œuvres préexistantes, la composition dans un genre à la fois relié au patrimoine et pas du tout conservateur.

Le-grand-prix-de-l-Opera-caricature-de-Sem.jpg
Témoignage de la place éminente de Gunsbourg dans la programmation musicale du début du XXe siècle : Le Grand Prix de l'Opéra vu par Sem.
(Musica, mars 1907.)
Gunsbourg fait partie des arbitres qui surveillent la ligne d'arrivée – on observe que c'est Messager qui gagne…)

Musicalement, plusieurs faits à relever qui me paraissaient intéressant rien qu'à mentionner : usage de leitmotive dans des ouvrages qui ne sont pas d'avant-garde, et rare présence de modes harmoniques russes dans un ouvrage français…

¶ J'espère que cette notule me serve d'introduction pour développer mon propos, extraits à l'appui une fois que je les aurai enregistrés plus décemment (et en chantant réellement les lignes vocales avec des copains ?) et que j'aurai fini de lire les ouvrages disponibles de Gunsbourg.

¶ Vu qu'il n'existe que très peu de commentaires sur sa musique, ce jalon incomplet, me dis-je, vaut toujours mieux que rien. Je me rends compte que ma micro-entrée sur Salvayre est restée pendant toutes ces années l'une des rares sources en ligne sur la question…

Et si jamais cela pouvait susciter les curiosités d'interprètes plus chevronnés que moi ou de programmateurs, bien sûr, bien sûr, ce serait une bénédiction.



J'ai décidé, plutôt que de rester constamment à la remorque de l'industrie phonographique (ou de l'offre locale des concerts) de parler davantage de mes déchiffrages. Idéalement en les illustrant. (J'ai une pépite de Théodore Dubois sur laquelle une notule se prépare – j'en ai presque fini la mise en forme.

Il faudra, bien sûr, alterner ces incursions fureteuses avec des notules davantages tournées vers la vulgarisation ou la promotion d'œuvres présentes au disque et susceptibles d'intéresser plus largement (comme I Masnadieri).

À bientôt pour de nouvelles aventures !


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Commentaires

1. Le samedi 3 septembre 2022 à , par DavidLeMarrec

J'aperçois aussi que ses opéras ont été créés avec Hector Dufranne dans Lysistrata et Vanni-Marcoux dans Venise !

2. Le lundi 5 septembre 2022 à , par Thyl

David,

J'ai lu avec plaisir votre note sur Gunsbourg. J'en savais désormais un peu plus sur ce nom qu'on rencontre fréquemment quand on s'intéresse aux années 1880-1930. Poussé par la curiosité, je suis allé voir dans les archives numérisées de la Monnaie. Il y a peu, mais ce n'est pas sans intérêt.

"Ivan le Terrible" a connu 18 représentations en 1910, et dans des conditions favorables. Décors d'après Bakst, direction musicale assurée par Sylvain Dupuis. Soliste pour le ballet : Anna Pavlova. Ce n'est pas rien ! La page révèle la source de l'oeuvre : un roman d'Alexis Konstantinovitch Tolstoï. Mieux : elle apprend que l'orchestration a été réalisée par Léon Jehin.

"Le Vieil Aigle", donné en 1909, s'inspirerait de Gorki. Orchestration Jehin.

En 1913, la Monnaie a donné "Venise". 10 représentations. Jehin toujours.

Tout ceci n'est pas étonnant. Le Belge Léon Jehin (1853-1928) a été chef d'orchestre à la Monnaie de 1882 à 1888. A partir de 1893, il a exercé à Monte-Carlo, jusqu'à son décès. Son directeur était Gunsbourg ! C'est aussi lui qui aurait orchestré "Satan". (Pour la petite histoire : le successeur de Jehin à Monte-Carlo a été Paul Paray, compositeur méconnu.)

Gunsbourg et Jehin sont des créateurs ignorés. On entend un peu de Gunsbourg dans "Les Contes d'Hoffmann" (et ce n'est pas mal du tout). Le Belge a laissé quelques pièces pour orchestre, dont un ballet. Tout a sombré dans l'oubli. Et pourtant, on joue régulièrement du Jehin. Il y a mis la main à l'hymne monégasque !

Bien à vous.

Thyl

3. Le lundi 5 septembre 2022 à , par DavidLeMarrec

Grand plaisir de vous relire, Thyl !

Et mille mercis pour ces riches nouvelles !

En effet, je trouve chez Alexis Tolstoï (contemporain de Léon, et sans doute cousin – chez les comtes lui aussi) un drame La mort d'Ivan le Terrible. Il a fait une trilogie sur les premiers tsars qui se poursuit avec Le tsar Fédor Ioannovitch et Le tsar Boris. Vu que Gunsbourg a été très intégré à la société russe, pas étonnant qu'il ait trouvé un drame local à mettre ensuite en musique.

J'espère que l'orchestration est simplement un savoir-faire (ou un temps, c'est terriblement chronophage !) qui lui manquait, et pas un habillage poli, comme on le voit quelquefois au cinéma, pour « mon compositeur sous-traitant ». Ça rend curieux d'en savoir davantage sur Jehin, en effet ! IMSLP met seulement à disposition une mélodie patriotique (dédiée à R. Poincaré), mais peut-être y a-t-il mieux sur les bibliothèques numériques du Royaume ?

Paul Paray, on a tout de même sa Messe de Jeanne d'Arc, couplée avec sa mythique Troisième Symphonie de Saint-Saëns, ce qui a dû permettre une assez large diffusion chez les mélomanes – rien de particulièrement saillant ne m'y a frappé, en tout cas rien de comparable avec la férocité fulgurante de ses interprétations.

Merci encore pour ces recherches !

David

4. Le samedi 10 septembre 2022 à , par Thyl


David,

Voici encore quelques miettes... Je vous les donne en vrac.

Gunsbourg a laissé des mémoires posthumes : "Cent ans de souvenirs... ou presque". La BnF n'a pas ce volume, qui a paru à Monaco, aux Editions du Rocher, en 1959.

La BnF offre quelques oeuvres supplémentaires de Gunsbourg :

"Athéna", sans précisions ;
"Le Cantique des cantiques", 81 p. ;
"Shéhérazade", sans précisions.

R.G. est l'auteur d'un livret, "L'Escarpolette", opéra-comique en 1 acte de Paul Delmet.

Je vous disais que "Le Vieil Aigle" avait été donné à la Monnaie, en 1910. C'est exact, mais j'aurais dû préciser qu'il ne s'agissait pas d'un spectacle produit par le théâtre. Il y a eu une seule représentation. Elle a été donnée par l'Opéra de Monte-Carlo en tournée.

Deux oeuvres de G. sont des adaptations. Il a remanié "La Damnation de Faust" pour en faire un spectacle lyrique en 5 actes et 10 tableaux. Cette version semble avoir eu un réel succès. On trouve des livrets en allemand, en italien et en espagnol. G. a assuré la mise en scène de cet arrangement. (Pour ce qui est de la Monnaie, on l'a donné en 1906-1907, 1919-1920 et 1940-1941.) L'autre adaptation est "Les Contes d'Andersen" (1937 ?) d'après des musiques de Grieg.

Je me demande si les oeuvres postérieures à la Grande Guerre ont été publiées. WorldCat, utilisé en dernier ressort, ne livre rien. On en serait donc resté à un matériel manuscrit...

L'ouvrage de Michel Solis sur Tomasi dit en deux lignes que G. avait recruté Tomasi pour écrire un des tableaux des "Dames galantes de Brantôme". Rien n'apparaît dans le "Catalogue des oeuvres" en fin de volume. En 1950, Tomasi a dirigé "Le Vieil Aigle" du directeur.

Voilà ! Je vous ai fait des aveux complets en ce qui concerne l'état présent de la question.

Bien à vous et à vos doctissimes travaux !

Thyl

P.-S. Je connaissais la messe de Paray. Naguère, j'ai trouvé plus au Etats-Unis : les deux symphonies, deux oratorios, des cantates, un ballet... Et par quel orchestre ! Celui de la Grotte de l'Assomption ! Comment résister ? J'ai suivi le bon conseil d'Oscar Wilde : "Pour mettre fin à une tentation, il suffit de succomber". Mon sentiment ? Cette musique est impeccable, mais elle ne saisit pas l'auditeur. Il n'est ni charmé (j'ai besoin de ça), ni foudroyé. Conclusion : Paul Paray compositeur ne sera pas, entre nous, un "casus belli".







5. Le samedi 10 septembre 2022 à , par DavidLeMarrec

Merci infiniment, Thyl, pour ces érudites révélations !

Je ne vais pas avoir le temps de vous faire une réponse correctement rédigée immédiatement, mais je le fais bien sûr à mon retour !

6. Le lundi 12 septembre 2022 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Thyl !

Me revoici.

Oui, il existe d'ailleurs une charmante Enguerrand Dubroca.)

Je confirme : mes sources indiquent que seul Ivan a été créé à la Monnaie ; tous ses autres opéras l'ont été à Monaco.

J'ai vu passer cette affaire de Damnation de Faust, mais sans aucune précision sur le contenu du remaniement, qui semble avoir largement été joué en effet. En revanche, jamais rien lu sur ces Andersen, un agencement de Grieg donc ? (Je n'ose même pas dire orchestration, puisque vous nous avez démontré qu'il ne les produisait pas lui-même…)

Il est tout à fait possible, comme vous le supposez, que le matériel ait simplement été copié par des professionnels, et jamais imprimé, ou en tout cas pas à destination d'un vaste public en réduction piano ou en partition d'orchestre commercialisée…

La collaboration avec Tomasi pour Brantôme est donc limitée à une portion limitée de l'œuvre, donc ! Curieux de la raison (il n'avait pas le temps de finir ?).

Je partage tout à fait votre opinion sur la musique de Paray (dont je ne connais que la Messe de Jeanne d'Arc), très cohérente, vraiment bien écrite, mais qui manque de ce petit quelque chose distinctif qui laisse une impression durable et/ou donne envie d'y retourner.

Encore de grands remerciements pour vos recherches et ces riches apports !

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