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[Sélection lutins] Une brassée de bons opéras contemporains, classés par courants


1. Le besoin

Comme manifesté encore récemment, mais depuis longtemps, l'opéra contemporain rencontre un certain nombre de difficultés structurelles : musicales (techniques de composition inappropriées à la voix), culturelles (défiance face à la grande forme), économiques (peu de remplissage, donc peu de créations possibles, et par conséquent peu d'entraînement pour les compositeurs), librettistiques (recrutement aléatoire des librettistes, souvent des potes pas très préparés).

Alors qu'il existe tout de même un certain nombre de pièces instrumentales (ou vocales !) très réussies dans le répertoire récent, l'opéra semble avoir totalement dévissé. Après avoir longuement disserté sur les causes de cette traversée du désert, il était temps de regarder sous l'angle opposé : que faut-il écouter en théâtre lyrique contemporain ?

Voici donc une tentative de liste et de parcours expliqué pour pouvoir faire son choix. Avec inévitablement sa (ma) part de subjectivité, mais, je l'espère, avec suffisamment d'explicitation pour en faire son miel.

Comme j'ai été éhontément bavard, un peu de musique pour accompagner la lecture :


Extrait d'Ocean of Time (2003) de Lars Ekström, capté salle Berwald à Stockholm.


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2. Principes

Pour faire simple, disons d'après 1950. J'écarte, pour éviter d'être hors de l'objectif visé, les opérettes et comédies musicales, même si certaines manifestent de toute évidence un goût pour la recherche musicale.

On peut les répartir aisément en deux catégories : les tradis, et ceux qu'on appelle habituellement "contemporains" - à quand un autre terme, parce que la plupart des contemporains étant morts...

Néanmoins, il existe plusieurs façons d'être conservateur (le livret creux et moralisateur étant devenu un standard de l'avant-garde depuis fort longtemps, par exemple), et on va détailler tout cela.

Quelques remarques avant de commencer :

a) La liste est d'abord classée par ordre chronologique, elle comporte pêle-mêle des oeuvres passionnantes ou seulement notables, j'exprimerai plus loin les nuances.

b) J'ai inclus deux oeuvres de la fin des années quarante, souvent présentées (à tort bien sûr !) comme de l'opéra contemporain, pour mettre en perspective. Ce n'est pas totalement illégitime dans la mesure où ces compositeurs ont d'autres oeuvres lyriques postérieures (pas forcément aussi réussies).

c) L'astérisque indique la publication au disque ou DVD - y compris, dans certains cas, des publications épuisées mais parfois trouvables en médiathèque. Les simples radiodiffusions ou vidéodiffusions ne sont pas mentionnées, la plupart l'ont été de toute façon (mais allez retrouver une radiodiffusion des années 70 que vous n'avez pas captée, sauf à avoir de bons réseaux...).

d) Les dates indiquent la fin de composition de la première version de l'oeuvre (qui peut avoir débuté plusieurs années auparavant). Dans les cas (rares) où je ne les ai pas trouvées, j'ai donné la date de première exécution, dans les deux ans qui ont suivi la fin de l'écriture.

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3. La liste

1942 - Blacher - Der Großinquisitor*
1948 - Dallapiccola - Il Prigioniero*
1954 - Britten - The Turn of the Screw*
1955 - Poulenc - Dialogues des Carmélites*
1955 - Landowski - Le Fou*
1955 - Floyd - Susannah*
1956 - Bernstein - Candide*
1958 - Barber - Vanessa*
1961 - Prodromidès - Les Perses (oratorio)
1961 - Damase - Colombe
1962 - Malipiero - Don Giovanni*
1964 - Britten - Curlew River*
1964 - Henze - Der junge Lord
1965 - Henze - The Bassarids*
1967 - Udo Zimmermann - Die Weiße Rose (version oratorio de 1986)*
1969 - Penderecki - Die Teufel von Loudun*
1973 - Damase - L'Héritière
1973 - Britten - Death in Venice*
1981 - Zafred - Kean*
1983 - Messiaen - Saint-François d'Assise*
1984 - Daniel-Lesur - La Reine Morte
1985 - Landowski - Monségur*
1986 - Menotti - Goya*
1988 - Dusapin - Roméo & Juliette*
1990 - Rautavaraa - Auringon Talo*
1991 - Hersant - Le Château des Carpathes*
1991 - Rihm - Die Eroberung von Mexico*
1994 - Jarrell - Cassandre*
1998 - Holliger - Schneewittchen*
1998 - Previn - A Streetcar Named Desire*
1999 - Amy - Le Premier Cercle*
1999 - Boesmans - Wintermärchen*
2000 - Silver - The Thief of Love*
2000 - Cavanna - Raphaël, reviens !*
2000 - Adams - El Niño (oratorio)*
2001 - Manoury - K.
2002 - Reverdy - Médée*
2002 - Maw - Sophie's Choice
2002 - Aboulker - Douce et Barbe-Bleue
2003 - Dusapin - Perelà, Uomo di Fumo*
2003 - Henze - L'Upupa und der Triumph der Sohnesliebe*
2003 - Ekström - Ocean of Time
2004 - Hosokawa - Hanjo
2004 - Adès - The Tempest*
2004 - Dean - Bliss
2005 - Maazel - 1984*
2005 - Boesmans - Miss Julie*
2005 - Jarrell - Galileo
2005 - Adams - Doctor Atomic*
2005 - Brewaeys - L'Uomo del fiore in bocca*
2006 - Mantovani - L'Autre Côté
2006 - Dusapin - Faustus, The Last Night*
2007 - Cosma - Marius & Fanny*
2008 - Fénelon - Faust
2010 - Turnage - Anna Nicole*
2010 - Dellaira - The Secret Agent

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4. Biais

En essayant de constituer cette liste pour partager mes expériences positives d'opéra contemporain, je m'aperçois de plusieurs biais considérables :

=> Un certain nombre de titres sont cités pour telle ou telle qualité particulière... mais ne sont pas forcément passionnants sur la durée... Wintermärchen en est un excellent exemple : premier acte d'une densité folle, mais la suite, avec ses patchwork stylistiques laborieux, est presque (inter)minable.
Si j'avais dû me limiter à ceux aussi réjouissants que les meilleurs opéras du reste du répertoire, la liste se serait limitée à une quinzaine... On reparlera un peu plus loin des priorités.

=> Même dans les éditions commerciales, beaucoup de ces opéras ne disposent pas de livret ! (Et ne parlons pas de traductions, il ne faut pas être trop frileux sur ce point.) Ainsi, parmi ceux que j'ai cités, certains livrets me paraissent très mauvais, et pour un nombre conséquent, je n'ai même pas pu le lire ! On est alors à la fois tributaire de l'écriture prosodique du compositeur, de la lourdeur de son orchestration, de la clarté de la captation, de l'articulation des chanteurs et de sa propre compétence linguistique !
On voit tout ce que cela peut fausser sur la perception de la qualité d'un opéra, menant à écarter des bijoux (1984 sonne assez banalement en le prenant par hasard à la radio) ou à valoriser de jolis objets musicaux qui ne fonctionnent pas sur scène (c'est pourquoi j'ai hésité pour Written on Skin desservi par son livret, ou ai cité Anna Nicole, entendu seulement à la radio mais appétissant musicalement...).

=> Enfin, je remarque l'absence de grandes aires culturelles. Les compositeurs les plus à l'aise à l'opéra étant souvent aussi plus "modestes" dans leur attitude et leurs moyens compositionnels, s'adaptant donc plus facilement aux voix, on les trouve régulièrement sur des scènes moins prestigieuses. A part Covent Garden, je ne vois pas vraiment de grande scène internationale qui soit un moteur de création lyrique réussie.
On remarque ainsi l'absence scandaleuse de littérature soviétique, je suis certain qu'il y en a de superbes dans la lignée des grands Chostakovitch, Deshevov et Prokofiev. Je regrette encore plus de ne pas avoir mis la main sur les opéras intégraux des grands compositeurs slovènes et serbes, et d'avoir eu peu accès aux créations scandinaves et finnoises, où je suis sûr de trouver des merveilles. Je donnerais cher, par exemple, pour le Brand de Rosing-Schow, une association d'excellence qui promet beaucoup si le livret est efficacement adapté.
Mais à moins d'y passer beaucoup de temps, il est compliqué de remonter ces pistes depuis la France, même à l'heure de la dématérialisation généralisée qui a considérablement changé la vie des mélomanes curieux.
Sur le même principe, il est assez difficile de trouver des opéras dodécaphoniques au sens strict (on trouve en revanche un certain nombre d' "impurs", comme Aleksis Kivi de Rautavaara, fondé des séries de douze accords d'origine tonale). Mais leur inadéquation fondamentale à la prosodie est cela dit assez facile à concevoir, donc le manque n'est peut-être pas trop considérable.

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5. Courants

A présent, si l'on observe un peu dans le détail les grandes tendances. On ne peut parler que par opéra et pas par compositeur, les oeuvres d'un même créateur appartenant parfois à des catégories assez différentes...

Avant de poursuivre : je préviens les lecteurs que cet essai de classification est parfaitement arbitraire et inopérant. Il me sert seulement à m'interroger sur les catégories qu'on peut faire : au delà des étiquettes qu'ils s'attribuent eux-mêmes et que chacun peu lire n'importe où, qui est avant-gardiste, qui est spectraliste, qui est néo, qui est nouveau-simple, qui est postmoderne ?

Avec les déclarations de chacun, il est facile de le reconstituer, mais dans les faits à l'écoute (les partitions étant presque plus difficiles à trouver qu'à décrypter !), cela n'a pas beaucoup de sens, et je trouve par exemple bien plus de points communs entre Hersant et Manoury qu'avec des membres de leurs clans supposés. Gilbert Amy, proche de Boulez, a écrit un opéra qui en écoute à l'aveugle à la radio, me l'a (réellement) fait prendre pour la bande-son d'un film des années quarante !

Aussi, cette présentation, bien que complètement bancale, et contestable en tout point, doit servir de support à quelques tentatives de remises en perspective. Et de point de départ de conversations aux couteaux si certains lecteurs le souhaitent.

5.1. Tradis ou considérés comme tels
5.1.1. Attardés

1955 - Poulenc - Dialogues des Carmélites*
1956 - Bernstein - Candide*
1958 - Barber - Vanessa*
1961 - Prodromidès - Les Perses (oratorio)
1961 - Damase - Colombe
1962 - Malipiero - Don Giovanni*
1964 - Henze - Der junge Lord
1973 - Damase - L'Héritière
1981 - Zafred - Kean*
1986 - Menotti - Goya*
1999 - Amy - Le Premier Cercle*
2000 - Silver - The Thief of Love*
2004 - Adès - The Tempest*

Dans cette liste, on observe des compositeurs qui poursuivent dans le style qu'ils ont pratiqué (Poulenc, Barber, Malipiero), qui écrivent encore dans le style de leurs maîtres (Damase, Henze malgré sa réputation d'alors, Zimmermann), et des gens carrément hors du temps, versant dans une sorte de néo-romantisme italien largement inspiré du langage des véristes (Kean, Menotti, Silver). Concernant Adès, c'est plutôt du néo-Britten, position très répandue outre-Manche (chez les excellents Anderson ou Maw, par exemple), mais qui se manifeste ici de façon particulièrement saillante. Enfin Prodromidès, lui, refait dans Les Perses la Salamine de Maurice Emmanuel, avec laquelle les points communs sont très nombreux.

Néanmoins, si on les écoute sans songer aux dates, on ne peut qu'être frappé par la beauté et la maîtrise de l'écriture. Je suis plus ému tout de même par ceux qui donnent avec naturel leur style ou leur héritage. Autrement dit, les trop-consonants-pour-être-honnêtes, que j'ai cités pour mémoire, ne sont clairement pas bouleversants (Malipiero, Zafred, Menotti, Silver), comparé aux sommets de Poulenc, Barber, Prodromidès, Damase ou Henze.

Dans cette section, on trouve quelques chefs-d'oeuvre absolus de l'histoire de l'opéra, à mon sens, comme Vanessa de Barber, Colombe de Damase, abondamment losangiée en ces lieux (1,2), ou, dans le genre mixte de la célébration et du théâtre, Les Perses de Prodromidès.
Même si je suis plus circonspect sur sa grisaille et sa prosodie, Dialogues des Carmélites est aussi une réussite atmosphérique majeure.

5.1.2. Les post-

D'autres, quoique en décalage avec leur temps, écrivent une musique d'après leurs prédécesseurs, mais dont on sent bien que l'époque n'est plus la même.

1942 - Blacher - Der Großinquisitor*
1948 - Dallapiccola - Il Prigioniero*
1954 - Britten - The Turn of the Screw*
1955 - Landowski - Le Fou*
1955 - Floyd - Susannah*
1964 - Britten - Curlew River*
1965 - Henze - The Bassarids*
1967 - Udo Zimmermann - Die Weiße Rose (version oratorio de 1986)*
1973 - Britten - Death in Venice*
1984 - Daniel-Lesur - La Reine Morte
1985 - Landowski - Monségur*
1998 - Previn - A Streetcar Named Desire*
2002 - Aboulker - Douce et Barbe-Bleue
2002 - Maw - Sophie's Choice
2005 - Maazel - 1984*
2005 - Boesmans - Miss Julie*
2010 - Turnage - Anna Nicole*

Il faudrait ici préciser pour chacun... On a les postromantiques comme Floyd, les postdebussystes comme Daniel-Lesur, les post-berguiens comme Boesmans... tous avec un petit décalage par rapport à leur modèle, une version individualisée, personnalisée de leur héritage, sans forcément aller plus loin.

J'ai fait le choix de regrouper par méthode d'héritage, mais en termes esthétiques, on y trouve aussi bien les avant-gardistes un peu imitateurs que les conservateurs évolutifs... Et finalement, on pourrait aussi bien considérer que le style néo-romantique-sans-romantisme américain de Previn fait date malgré son langage "traditionnel", et que le style "Covent Garden" (Adès, Maw, Maazel, Turnage) impose aussi une forme de référence commune, une nouveau mètre-étalon, même si le langage en est relativement conventionnel.

5.1.3. Les filmiques

2007 - Cosma - Marius & Fanny*

Sur les grandes scènes semble avoir éclos un genre nouveau, confié à des compositeurs assez éloignés de l'économie dramaturgique de l'opéra. Compositeurs néo-romantiques "naïfs" ou auteurs de BO, ils sont de plus en plus fréquemment invités à écrire des opéras "grand public", aux confins de la musique de film, de l'opérette et de l'opéra sérieux.
Au milieu de Goldschneider, Shore, Catán ou D. Alagna, Cosma est le seul à avoir réellement su créer un univers en recyclant les thèmes écrits pour les téléfilms pagnolesques commandés par la télévision publique ! L'opéra est bâti, comme toujours dans ces cas-là, en séquences juxtaposées, la prosodie est bizarre (la musique est manifestement écrite avant le texte en bien des endroits), le livret assez calamiteux (vers mal faits et nunuches)... et pourtant il se dégage quelque chose d'un folklore très réussi, une façon de traiter l'oeuvre comme une fresque dansante, de la vraie musique de caractère (au sens musical du mot).

Alors que j'avais été un peu réticent en entendant les coutures et maladresses de l'oeuvre, je dois bien admettre y être revenu souvent, avec beaucoup de plaisir. C'est un changement assez complet de paradigme pour la construction de l'opéra, sans numéros ni récitatif continu...

5.2. Les « innovateurs »
5.2.1. Gentils modernes

Ceux-ci créent une musique rugueuse (Penderecki) ou originale (Messiaen), mais dans un cadre assez intelligible, souvent des consonances ou des références au passé se glissent dans leurs oeuvres.

1969 - Penderecki - Die Teufel von Loudun*
1983 - Messiaen - Saint-François d'Assise*
1988 - Dusapin - Roméo & Juliette*
1990 - Rautavaraa - Auringon Talo*
1991 - Hersant - Le Château des Carpathes*
1991 - Rihm - Die Eroberung von Mexico*
1998 - Holliger - Schneewittchen*
1999 - Boesmans - Wintermärchen*
2000 - Cavanna - Raphaël, reviens !*
2001 - Manoury - K.
2002 - Reverdy - Médée*
2003 - Ekström - Ocean of Time
2005 - Adams - Doctor Atomic*
2010 - Dellaira - The Secret Agent

Faute de mieux, ici, on pourrait regrouper les "modérés" de l'innovation - avec tout ce que cela a d'idéologique comme présentation, en faisant une hiérarchie (bonne ou mauvaise) selon la

Mais je trouve encore plus incongru de classer par chapelle : Manoury s'écoute assez facilement, bien plus que Henze réputé être désormais à l'arrière-garde ou que certains Adams.

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5.2.2 Méchants modernes

J'y réunis des musiques plus touffues, souvent plus contrapuntiques, plus exigeantes au niveau du langage, moins typées tension-détente.

1994 - Jarrell - Cassandre*
2000 - Adams - El Niño (oratorio)*
2003 - Dusapin - Perelà, Uomo di Fumo*
2003 - Henze - L'Upupa und der Triumph der Sohnesliebe*
2004 - Hosokawa - Hanjo
2004 - Dean - Bliss
2005 - Jarrell - Galileo
2005 - Brewaeys - L'Uomo del fiore in bocca*
2006 - Mantovani - L'Autre Côté
2006 - Dusapin - Faustus, The Last Night*
2008 - Fénelon - Faust

On remarquera que ce ne sont pas les courants les réputés les plus hermétiques qui me paraissent plus denses... Il faut dire que lesdits courants ne pratiquent pas beaucoup l'opéra (et pas bien !).

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6. Les absents

Un certain nombre de compositions méritent d'être écoutées en cette ère mal servie par le disque (rarement deux enregistrements d'une oeuvre, et des béances considérables dans les corpus), et proportionnellement moins réussie que les autres périodes, du fait des expérimentations de langage, impropres aux impératifs de l'élocution et de la scène.

J'en cite donc quelques-uns, pour la plupart plus sympathiques que considérables, mais qui méritent d'être écoutés :

1949 - Vaughan Williams - The Pilgrim's Progress*
1958 - Pizzetti - Assassinio nella cattedrale*
1989 - Fénelon - Les Rois (version révisée de 2005)
1994 - Sousa (Conrad) - Les Liaisons Dangereuses
1996 - Prodromidès - Goya
2002 - Chtchédrine - Le Vagabond Ensorcelé
2006 - Picker - An American Tragedy
2010 - Catán - Il Postino
2012 - Benjamin - Written On Skin

Pour Chtchédrine, je suis bien embarrassé : l'apparition de Groucha est un moment d'ineffable rare, peut-être une des plus belles représentations esthétisées du coup de foudre. Mais le reste de l'oeuvre dure assez longtemps...

Et vous aurez remarqué qu'il manque de grandes figures, dont je ne nie pas l'importance, mais qui ne me plaisent pas. Parmi les succès récents, j'ai écarté :

  • L'Amour de loin de Saariaho, peut-être le livret le plus lent de tout le répertoire, avec une musique qui semble également se suspendre à l'infini. En revanche le cycle de mélodies que la compositrice a tiré de l'oeuvre est très beau sous cette forme plus courte.
  • Trois Soeurs d'Eötvös. J'ai eu beau écouter tous les opéras de Eötvös (au moins jusqu'à une date récente, je crois que je n'ai entendu un dernier qui a peu d'années), je me heurte sans cesse à cette impression d'une musique et d'un drame qui se revendiquent comme moches. Impression complètement subjective, mais cette façon d'exalter l'incongruité ne me séduit pas du tout. La presse et les amateurs ont visiblement révisé à la baisse la réception assez enthousiaste de cette oeuvre - qui avait aussi fait son petit effet en utilisant trois falsettistes au faîte de la countertenormania.
  • Elephant Man de Petitgirard. C'est incontestablement plutôt bien écrit, et fonctionne assez bien, quelque chose de plus subjectif se bloque étrangement chez moi, comme si cette musique d'un autre temps me faisait dire "à quoi bon ?". Tant qu'à écouter quelque chose d'aussi moelleux et légèrement sirupeux, je me tourne plutôt vers les originaux début-de-siècle, un peu plus lumineux et vénéneux à la fois. Ce n'est pas non plus une oeuvre incontournable, bien sûr.


Parmi les grandes oeuvres qui ont marqué ou révolutionné le XXe siècle, il en manque aussi :

  • Die Soldaten de Bernd-Alois Zimmermann, une sorte d'über-Wozzeck. Et comme je trouve déjà Wozzeck éprouvant malgré tout ce qu'il a de magistral, j'avoue ne jamais avoir étudié à fond cette oeuvre. Le reste de l'oeuvre de Zimmermann, beaucoup moins physique, ne m'enthousiasme pas vraiment en général non plus.
  • Le Grand Macabre de Ligeti, censé représenter le sommet de l'humour osé mais profond. Je ne parviens pas à suivre le livret, et je ne suis pas du tout amusé par sa bouffonnerie, supposée au-dessus de toute vulgarité, mais que mon éducation sans doute trop corsetée ne me permet pas d'apprécier à sa juste valeur. Il en va de même pour la musique : il est évident, et l'étude de la partition le confirme très vite, que la maîtrise et l'audace sont extrêmes... mais cette sorte de mickey-mousing inintelligible permanent ne me fait pas prendre beaucoup de plaisir. Je réessaie périodiquement, persuader de manquer un jalon considérable de l'histoire de la musique, sans succès jusqu'ici : j'entends quelque chose d'aussi moche et grossier que le ressentirait le fan de Yann Tiersen en première écoute de Nouvelles Aventures. En revanche j'aime beaucoup la petite pièce instrumentale avec trompette qui en est tirée, Mysteries of the Macabre, inconstestablement beaucoup plus tradi et d'ambition moindre.
  • Enfin, ce n'est un secret pour personne, Philip Glass est ma victime préférée, j'aime beaucoup de me moquer de son oeuvre. Il a indubitablement marqué profondément le paysage musical européen, mais un langage aussi sommaire perclus de fautes d'harmonie (sans nul doute volontaires, mais quand on écrit trois accords parfaits brisés, autant éviter les quintes directes et les fausses relations de triton), et surtout qui tourne sans arrêt sur les mêmes cellules, cela finit par être physiquement douloureux. Même si je l'estimais, je n'aurais pas le cran de le supporter. Le plus extrême et douloureux - même les amateurs que j'ai rencontrés ont admis ne pas l'écouter en entier, loin de là - est bien sûr le pionnier Einstein on the Beach, avec adjonctions de sons synthétiques à leur adolescence (donc tout boutonneux). Le pire que j'aie entendu, du point de vue de la faiblesse de contenu, est Les Enfants Terribles. Au contraire, Akhnaten a quelques jolies couleurs (et un livret original), j'aurai tout dit et rien dit en lui reprochant que ça se répète trop...

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7. Les sources

Outre la surveillance active des programmes radio du monde (fatigant), il existe des possibilités d'élargir son champ de connaissance en matière d'opéra contemporain. En particulier, le label Albany fournit un très grand nombre d'oeuvres de compositeurs vivants absolument obscurs, avec livret (au moins en VO ou en traduction anglais). Pour ce que j'ai pu en juger, un certain nombre sont intéressants, mais je n'ai pas pu encore m'y plonger assez profondément pour émettre un avis un tant soit peu informé.

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8. Par où commencer ?

Perdus en rase campagne ?

Il est à peu près impossible de conseiller autrement que personnellement, avec quelques éléments des inclinations musicales de chacun. Ma première liste est déjà totalement tributaire de cela : ce ne sont jamais que les conseils que je m'adresserais si je devais me mettre à l'opéra contemporain !

Mais je peux toujours mentionner ceux que j'écoute régulièrement ou intensément, au même titre que je le ferais pour des opéras d'autres périodes :

1955 - Poulenc - Dialogues des Carmélites*
1958 - Barber - Vanessa*
1961 - Prodromidès - Les Perses (oratorio)
1961 - Damase - Colombe
1973 - Damase - L'Héritière
1984 - Daniel-Lesur - La Reine Morte
1994 - Jarrell - Cassandre*
2003 - Ekström - Ocean of Time
2004 - Hosokawa - Hanjo
2005 - Maazel - 1984*
2007 - Cosma - Marius & Fanny*

Et j'en suis désolé, un nombre important n'a jamais été publié, parce que ce sont des esthétiques ou un peu rétro (Damase), ou assez transversales (typiquement Ocean of Time, un véritable creuset de Zemlinsky à Ligeti).

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... n'hésitez pas à partager vos propres suggestions, surtout si vous avez des disques ou des bandes radio à indiquer !


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Commentaires

1. Le lundi 23 juillet 2012 à , par Gilles

Très instructif, comme toujours...
Bien sûr votre liste est loin d'être exhaustive. Je suppose que ce n'était pas votre intention...
Je me permets cependant d'évoquer d'autres compositeurs : Michael Nyman (oui bon...), Salvatore Sicarrino (oh ! comme j'ai souffert pour "Da gelo a gelo"), Luigi Nono (Intolleranza 1960), Luciano Berio (Un Re in ascolto), John Corigliano (The Ghosts of Versailles), Jake Heggie (déjà deux enregistrements de Dead Man Walking !), Unsuk Chin (ah ! le grand retour sur scène de Gwyneth Jones en Reine de Coeur dans "Alice in Wonderland"), Harrison Birtwistle (Punch and Judy), William Walton, Michael Tippett, Albert Reimann (Lear), Karlheinz Stockhausen... et d'autres...

2. Le lundi 23 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Gilles !

Oui, ce n'est pas du tout exhaustif de ce qui a été produit, ou même produit de bon. En revanche ça l'est assez de ce que j'ai aimé.

En l'occurrence, oui, il manque Tippett, il faut que je l'ajoute, je l'aime d'ailleurs peut-être encore plus que Britten...

Sinon, pour rebondir sur quelques titres :
=> Nyman, j'aime bien en général, même ses tubes, mais je n'ai pas écouté sa musique d'opéra ;
=> Sciarrino, très grosse réputation dans le milieu de l'opéra contemporain, mais je n'ai trouvé à peu près personne qui supporte ses oeuvres ; en ce qui me concerne, je n'aime pas du tout (je m'ennuie ferme) ;
=> effectivement, la musique vocale de Nono est très intéressante (Como una ola de fuerza y luz est d'une générosité rare !), mais c'est la cohérence du livret qui n'est pas certaine, je n'ai pas eu accès à cellui d'Intolleranza 1960 ;
=> j'aime beaucoup Corigliano, mais je n'ai jamais eu l'occasion d'écouter cet opéra qui est pourtant, hors musique de film, son oeuvre la plus célèbre, ça me fait très envie, il faudra que je me mette en quête ;
=> Walton et Birtwistle, pour des raisons différentes, font plutôt partie de ceux qui me laissent froid, je n'y trouve pas le relief singulier qui m'attacherait à une oeuvre. Je n'ai pas essayé le Birtwistle que vous mentionnez... des suggestions aussi pour Walton ?
=> Aribert Reimann doit beaucoup à Fischer-Dieskau, ça a fait déplacer les spectateurs et vendre le disque, mais dans le type d'opéra complaisamment arides, orchestrés de façon brutale mais peu colorée, je dois avouer que même si ce n'est pas le pire, ce n'est pas le meilleur.
=> Quant à M. Sto, il est très amusant (et ses récitatifs, très traditionnels, ne sont pas forcément mauvais), mais a-t-il réellement écrit un opéra ?


Merci pour ces compléments !

3. Le lundi 23 juillet 2012 à , par Gilles

Et il semble que, d'après les extraits que j'ai vus et le charisme de Laura Aikin dans le rôle-titre, "Waiting for Miss Monroe" de Robin de Raaf, récemment créé à Amsterdam, soit tout à fait digne d'intérêt, et plus si affinités...

4. Le mardi 24 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Merci de l'avoir signalé. J'en avais entendu parler assez vaguement, plutôt en bien en effet.

Mais tout de même, quelle preuve supplémentaire de la crise du livret. Un nombre considérable d'oeuvres empruntent à d'autres médias pour pouvoir se faire un peu de publicité ou trouver un ancrage culturel, comme si l'opéra n'était plus une ressource valable en soi : ces dernières années, Paavo Nurmi, Anna Nicole, The Fly, Il Postino... L'autre grand classique est la représentation d'une vie d'artiste, ce qui est intrinsèquement inintéressant, à plus forte raison si l'artiste en question est peintre (Et si Bacon, les Goya de Menotti et Prodromidès...) , il est encore plus difficile d'en rendre compte qu'avec un musicien ou un écrivain, tant la temporalité de la vie d'artiste (et singulièrement celle du peintre) convient mal à l'exploitation dramatique.

Si j'avais dû faire la liste des bons livrets récents, la liste aurait été encore (/ beaucoup) plus courte !

5. Le lundi 6 août 2012 à , par Ugolino le Profond

Bliss ne date pas de 2004, mais plutôt de 2009. La composition a débuté vers 2000, une partie de la musique est écrite en 2004 (ce qui a donné l'oeuvre Moments of Bliss), mais le livret semble n'avoir été écrit qu'en 2007, et l’œuvre achevée en 2009.

Il était nécessaire de le préciser, n'est-ce pas.

6. Le lundi 6 août 2012 à , par DavidLeMarrec

J'ai mal interprété la mention un peu elliptique de Boosey & Hawkes : "Bliss (2004/06-07/09)". Je croyais à des états de la partition. Merci d'avoir rectifié !

7. Le lundi 6 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

J’ai eu le même sentiment pour L’Amour de loin de Kaaija Saariaho : lent, trop lent ! La musique est souvent très belle, mais c’est vraiment pas du tout dramatique.

Et, vu ! Pas de comédies musicales, hein ? Et Candide alors, hein ?

Sinon, j’écoute peu d’opéra contemporain… C’est vrai que la production est très variée. J’avais vu Anna Nicole en DVD, ça vaut le coup d’œil, mais je n’ai pas été subjugué par la musique.

8. Le lundi 6 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Oui, j'ai laissé Candide parce que son langage musical est assez mixte, et même plutôt opératique, par exemple l'ouverture pot-pourri un peu plus solidement charpentée que chez la concurrence, le duo amoureux au début de l'oeuvre ou l'air de bravoure de Cunégonde. Aboulker est plus proche de la comédie musicale que Bernstein, finalement.

La comédie musicale étant (au moins) aussi mal documentée que l'opéra contemporain, à moins de se déplacer dans les territoires anglophones appropriés, il est compliqué d'en avoir une vue d'ensemble. Donc il faut partir à la recherche d'enregistrements sous le manteau, et ma liste serait pour l'instant trop fragmentaire pour prendre sens... (Et puisque nous parlions de mauvais goût, faire un choix en comédie musicale, c'est véritablement s'exposer à découvert sur plusieurs fronts à la fois !)

9. Le lundi 6 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Mais les comédies musicales ont souvent une ouverture pot-pourri, justement. Bien sûr, c’est emprunté à l’opéra, cette pratique, mais Broadway l’a pleinement investie. Je suis bien d’accord avec vous, cela dit, pour le grand air de Cunégonde. C’était de la taquinerie.

La comédie musicale, aussi, est foisonnante. Et mal distribué par chez nous.

10. Le mardi 7 août 2012 à , par DavidLeMarrec

C’était de la taquinerie.

Je ne l'ai pas vécu autrement, mais recouvrant une vraie question, je me suis permis d'y répondre sérieusement. :)

Tout à fait, on a soit un bref prélude, soit une ouverture pot-pourri, mais généralement c'est un pot-pourri assez simple, avec juxtaposition de grands thèmes. Alors que dans le cas de Bernstein, on a un vrai travail sur l'entrelacement des motifs (la façon dont un motif de la leçon de Pangloss sert à lancer et relancer le discours musical, par exemple), sans parler de la qualité de l'harmonie et de l'orchestration, beaucoup plus complexes que dans la comédie musicale traditionnelle, même chez des compositeurs qui ont aussi versé dans le genre "savant".

En écoutant cette ouverture, je vois davantage de ponts avec les ouvertures de Liebesverbot (qualité des transitions), Fliegende Holländer (mutation des motifs) ou Nabucco (millefeuille) qu'avec ce qui se faisait à Broadway à l'époque. On est déjà assez au delà de l'ouverture à la Boïeldieu ou Halévy, même si le principe est comparable.

Effectivement, en France, la comédie musicale, à part quelques pièces (très) grand public à Mogador et une ou deux par an au Châtelet, ce sont vraiment des exceptions, à chercher dans les petites salles de très grandes villes. Je n'en ai jamais vu passer à Bordeaux, par exemple. Et le disque ne compense pas beaucoup - en plus, les studios de comédie musicale sont en général particulièrement mauvais, presque aussi atroce que ces disques de jazz où les impros d'un quart d'heure tiennent dans le format chanson-de-trois-minutes.

11. Le mardi 7 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Il me semble d’ailleurs que l’ouverture de Candide a été parfois jouée comme une pièce de concert… De toute façon, sur Candide, on ne saurait conclure : si on le met dans l’opéra, on dira que ça fleurte avec la comédie musicale, si on le met dans la comédie musicale que ça fleurte avec l’opéra…

Mais Bernstein n’a pas été le seul à “élever” la comédie musicale ; quand on écoute certaines pages de Sondheim, c’est de très grande qualité.

L’inconvénient de ne pas être à Paris, c’est qu’on ne voit pas leurs musicals. Dommage, j’aurais bien aimé voir The Sound of Music. Les enregistrements en disques sont effectivement un peu fades, généralement, mais pour ce genre de classiques (et les autres Rodgers & Hammerstein que je connais un tout petit peu, surtout quelques chansons en fait), ça peut passer… De toute façon, je crois que le but de ces disques était de colporter les chansons, pas de rendre compte de la comédie musicale.

Il y a un petit bouquin La comédie musicale : mode d’emploi chez l’Avant-Scène qui est pas mal !

12. Le mercredi 8 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Rhadamisthe !

Candide est clairement une comédie musicale, du point de vue de la forme (et de son histoire), mais son langage est tellement marqué par l'opéra qu'on peut le considérer comme à part, en effet.

Sondheim porte certes haut l'oriflamme du musical, mais de façon beaucoup plus déconnectée de la tradition lyrique (même si on a déjà joué Sweeney Todd dans des opéras, il y a même eu une production à Chicago avec Terfel !). Ce sont précisément ses expérimentations qui sont intéressantes - j'aime amplement plus The Frogs ou Sunday in the Park que ST, plus lisse musicalement.

The Sound of Music n'est pas précisément le titre qui me serait venu à l'esprit comme titre que j'aurais envie de voir... en plus, il l'a deux fois au Châtelet en trois ans, donc on ne peut plus le mettre parmi les titres négligés.

D'accord pour le principe de sélectionner les chansons, en tout cas pour les disques d'une heure des comédies musicales historiques. Pour les productions grand public récentes, il y a un peu plus d'effort, mais les dialogues sont généralement tronqués et la réalisation musicale un peu plus figée que sur scène. Cela dit, comme il y a peu de Carmen au disque avec de bons dialogues, on serait presque vexé que Le Roi Lion s'en tire mieux !

13. Le dimanche 12 août 2012 à , par Ouf1er

<i>... mais que mon éducation sans doute trop corsetée ne me permet pas d'apprécier à sa juste valeur.</i>

Rhooo, David...Tu en as vu d'autres (j'espère !!) ;o))

<i>Sondheim porte certes haut l'oriflamme du musical, mais de façon beaucoup plus déconnectée de la tradition lyrique (même si on a déjà joué Sweeney Todd dans des opéras, il y a même eu une production à Chicago avec Terfel !). Ce sont précisément ses expérimentations qui sont intéressantes - j'aime amplement plus The Frogs ou Sunday in the Park que ST, plus lisse musicalement. </i>

Oui, mais justement ST est sans doute l'oeuvre la moins revendiquée comme "expérimentale" par Sondheim, et qui se rapproche le plus du genre lyrique (tellement même que d'aucuns considèrent qu'elle en fait partie).

En tous cas, merci pour ce récapitulatif interessant et fort utile.
Quelques ajouts (oublis) : Tartuffe (Mechem); Regina (Blisztein); Le Dernier jour d'un condamné (Alagna)...
Entièrement d'accord avec toi sur les 3 soeurs d'Eotvos, qui me parait considérablement surévalué.

14. Le dimanche 12 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Rhooo, David...Tu en as vu d'autres (j'espère !!) ;o))

Façon de parler, ce n'est pas une question de principe, juste un constant ! Mais c'est comme ça, même l'humour salace ne m'amuse que si le jeu de mots est bon. :)


Oui, mais justement ST est sans doute l'oeuvre la moins revendiquée comme "expérimentale" par Sondheim, et qui se rapproche le plus du genre lyrique (tellement même que d'aucuns considèrent qu'elle en fait partie).

Dans un cas comme ça dans l'autre, c'est tellement consonant que j'en finis par trouver ça pépère. Plus je réécoute, moins j'aime, je l'avoue à ma honte.


Quelques ajouts (oublis) : Tartuffe (Mechem); Regina (Blisztein); Le Dernier jour d'un condamné (Alagna)...


Ce ne sont pas des oublis, en revanche ce sont largement des lacunes dans ma culture :
=> Entendu quelquefois "Fair Robin I Love" dans des récitals, mais je n'ai pas la moindre idée du ton du reste de l'oeuvre. C'est pareil, une sorte d'Aboulker à l'américaine ?
=> Ca fait un petit moment que voudrais entendre l'opéra de Blitzstein en entier, j'ai entendu des extraits donnés à Houston assez ébouriffants, mais trop courts pour déterminer si les interprètes ou l'oeuvre sont en cause.
=> Le Dernier jour, je n'aime pas du tout. Déjà, faire un livret de ça - je n'aime pas qu'on me donne des leçons, et à plus forte raison pour me dire que l'esclavage c'est mal ou que la guerre c'est moche, ça va, je suis au courant -, et sans subtilité de surcroît... Musicalement, ce postromantisme grumeleux n'est pas ma tasse de thé ; dans une esthétique similaire, les Goya de Menotti ou Prodromidès ont davantage de tenue.

15. Le dimanche 12 août 2012 à , par Ugolino le profond

Salut,

J'ai entendu presque les 2/3 de la liste, et s'il y a quelques oeuvres que je trouve assez tièdes, il n'y a que le Chateau des Carpathes que j'enlèverais sans regret.

Il y aurait pas mal de commentaires à faire, mais je me contenterai pour l'instant de lister ceux que je rajouterais :
1965 – Zimmermann – Die Soldaten*
1966 – Xenakis – Oresteïa*
1968 – Weinberg – Passazhirka*
1970 – Maxwell Davies – Taverner*
1971 – Britten – Owen Wingrave*
1976 – Argento – The voyage of Edgar Allan Poe
1978 – Reimann – Lear*
1978 – Sallinen – La ligne rouge*
1979 – Cerha – Baal
1980 – Maxwell Davies – The lighthouse*
1980 – Weinberg – Le portrait
1983 – Knussen - Where the wild things are*
1985 – Karetnikov – Till eulenspiegel*
1987 – Maxwell Davies – Ressurection*
1991 – Corigliano – The ghosts of Versailles
1993 – Balada – La muerte de Colon*
1995 – Kubo – Rashomon*
1996 – Lachenmann – Das Mädchen mit den Schwefelölzern* (oui ok en théorie je déteste)
1997 – Klit – Catwalk*
1999 – Francesconi – Ballata*
2000 – Heggie – Dead man walking*
2001 – Tüür – Wallenberg*
2002 – Goebbels – Landschaft mit entfernten verwandten*
2004 – Dillon – Philomela*
2005 – Ruders – Kafka's Trial*
2007 – Halffter – Lazaro*
2007 – Chin – Alice in Wonderland*
2008 – Dusapin – Passion
2009 – Raskatov – Cœur de chien

Ne m'étant penché sur la question que récemment (je pensais jusque là comme tout le monde, que l'opéra contemporain n'avait pas grand intérêt, ce qui est de toute évidence faux), j'ai encore pas mal de lacunes. En fouillant, on se rend compte qu'il y a quand même beaucoup de choses qui existent, mais leur disponibilité est vraiment limitée. Ce qui est certain, c'est qu'on peut, à terme, parvenir à une belle liste, avec une belle variété, du sens, et quelques vrais chefs-d'oeuvre (mais beaucoup moins qu'à d'autres époques ? pas sûr), ce qui contredit le discours dominant sur la question.

16. Le lundi 13 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Merci beaucoup pour cette liste !

Il y en a quelques-uns que, non, je n'incluerais pas (par exemple Wingrave, Punainen viiva ou Schwefelhölzern) et même (pour Lear seulement) que je n'aime pas du tout. En revanche tu me fais songer que j'aurais éventuellement pu mettre le Handmaid's Tale de Ruders, quoiqu'il ne m'ait pas complètement transporté (mais ça vait bien The Thief of Love...).

Il y a beaucoup de titres que je n'ai jamais entendus, et je découvre que quantité d'entre eux sont publiés. Pourrais-tu m'indiquer lesquels disposent d'un livret ? A l'exception de Knussen et Dillon qui ne me font pas très envie vu ce que j'ai fréquenté chez eux (y compris de l'opéra pour Knussen), le reste me tente beaucoup, même pour les compositeurs que j'aime modérément d'habitude (Tüür, ce pourrait être très bien à l'opéra !).

Je suis seulement étonné que tu aimes Sallinen, il faudra que je réécoute, ça m'avait paru gentiment rétro-triste.

Et merci d'avoir mentionné trois PMD disponibles !

--

Ne m'étant penché sur la question que récemment (je pensais jusque là comme tout le monde, que l'opéra contemporain n'avait pas grand intérêt, ce qui est de toute évidence faux), j'ai encore pas mal de lacunes. En fouillant, on se rend compte qu'il y a quand même beaucoup de choses qui existent, mais leur disponibilité est vraiment limitée.

Oui, parfois épuisés, ou présent chez de minuscules labels qu'on ne peut trouver que par correspondance à l'étranger. Néanmoins avec l'Internet, on peut désormais faire ce type de démarche avec une assez grande simplicité. Il y a moins de quinze ans encore, il fallait aller chez son disquaire essayer de remonter la piste de l'éditeur, éventuellement appeler soi-même, etc.

(mais beaucoup moins qu'à d'autres époques ? pas sûr)

C'est une hypothèse que je fais, mais il est vrai que je parlais en valeur absolue, ce qui est peut-être injuste vu le nombre d'opéras produits sur les scène (et inclut aussi, comme je le disais précédemment, que les compositeurs ont moins l'occasion de s'entraîner dans ce genre) ; en proportion, il en irait sans doute différemment - mais là, qui en aurait écouté assez en assez d'endroits différents pour faire une statistique ?

ce qui contredit le discours dominant sur la question.

Il se fonde aussi sur ce qui est disponible. Entre les compositeurs de film, les bidouilleurs, les "intellos" peut-être bons mais hermétiques, les conceptuels, et les victimes de copains (livrets-pourris), beaucoup de spectateurs ont des expériences à raconter, au moins aussi terribles qu'une soirée Donizetti pour toi.

17. Le lundi 13 août 2012 à , par Ugolino le profond

(par exemple Wingrave, Punainen viiva ou Schwefelhölzern)



Je préfère nettement Owen Wringrave à The Turn of the Screw, qui je trouve est une adaptation artificielle et un peu facile de la nouvelle de James, dans laquelle on sent l’application et les coutures. Je trouve que Wingrave va beaucoup plus loin, d'une manière plus sombre et plus ambiguë, et je n’ai jamais trop compris pourquoi il était souvent tenu comme une œuvre de moindre importance.
Punainen viiva, je n’en suis pas fan, mais je trouve que ça se tient suffisamment pour être dans une liste des bons opéras contemporains. Je ne tiens pas toute ma liste pour des chefs-d’œuvre, loin s'en faut.
Schwefelhölzern, oui, c’est tellement complaisant que par esprit pervers je trouve que ça mérite d’être mentionné. Et puis il faut bien que les gens souffrent un peu, oh.

j'aurais éventuellement pu mettre le Handmaid's Tale de Ruders, quoiqu'il ne m'ait pas complètement transporté (mais ça vait bien The Thief of Love...).[quote]
Je trouve Handmaid’s tale pour le coup vraiment tiède, mais je place par contre Kafka’s Trial parmi les chef d’œuvres.

[quote]A l'exception de Knussen et Dillon qui ne me font pas très envie vu ce que j'ai fréquenté chez eux (y compris de l'opéra pour Knussen), le reste me tente beaucoup, même pour les compositeurs que j'aime modérément d'habitude (Tüür, ce pourrait être très bien à l'opéra !).


Le livret de Wallenberg assez imbitable malgré un sujet intéressant, mais c’est Tüür à son meilleur. Son principal défaut est d’être tendu tout le temps, mais avec une violence qui n'est pas tout le temps là dans le Tüür symphonique – il faut imaginer deux heures non-stop du Tüür le plus violent. Un peu fatiguant.
Le Dillon est assez ennuyeux, mais dans son esthétique cela fonctionne pas mal. Je préfère ça à Cassandre de Jarrell. Le Knussen, j’aime bien l’idée de prendre un livre pour enfants et d’en faire un opéra post-sériel totalement atonal, gris et bourrin. Ca me fait penser à une version post-sérielle de 40 minutes (ca a le mérite d’être court) de la danse des pirates de Daphnis, donc quelque part ca réussit à donner quelque chose de son sujet, si on est un peu pervers. Mais on peut s’en passer.
J’ai d'ailleurs vu que Dudamel allait jouer ça avec Los Angeles 4 soirs de suite. Où va le monde.

Et merci d'avoir mentionné trois PMD disponibles !


Tous ses opéras le sont, à l’exception du dernier de 2010. Taverner est chez NMC donc facilement disponible. Trois autres sont sur l’ancien label de PMD, donc indisponibles, mais Naxos est en train de rééditer les symphonies, ils feront peut être la même chose pour les opéras, et The Martyrdom of St. Magnus n’est plus disponible non plus… Je ne connais pas The Martyrdom of St. Magnus, The doctor of Midfay est pas mal mais pas bien passionnant, Taverner a un quasi-livret-pourri mais assez intéressant et la musique est très (trop) dense - c'est une découverte récente pour moi, je pense que ca peut se placer dans les meilleurs titres de l'esthétique. Restent The Lighthouse, le plus connu, plus classique mais un bel exemple d'opéra atonal bien fait à tous les niveaux, et le délirant et kitsch Ressurection, que j’adore personnellement mais qui ne sera pas du goût de tout le monde.

Oui, parfois épuisés, ou présent chez de minuscules labels qu'on ne peut trouver que par correspondance à l'étranger. Néanmoins avec l'Internet, on peut désormais faire ce type de démarche avec une assez grande simplicité.



Oui, par exemple on peut facilement commander le Tüür... chez les vendeurs estoniens. La difficulté est peut-être plus encore de s'informer de ce qui existe comme oeuvres et comme enregistrements : pour rester sur cet exemple, je suis tombé sur cet opéra totalement par hasard, je n'avais aucune idée que ca existait alors que c'est un compositeur que je suis plus que d'autres.
On est presque obligés de regarder le catalogue de chaque compositeur, et de fouiller sur le net pour voir s'il n'y a pas un obscur label qui a ça à son catalogue... fatiguant.

Autrement, tu parles de Brand de Rosing-Schow, mais ce n'est qu'un opéra de chambre de 25 minutes : c'est sans doute bien, mais son seul "vrai" opéra c'est Domme de 1996, qui dure 85 minutes. Et chercher cela m'a permis de voir que Rosing-Schow s'était fait récemment un site internet, qui révèle l'existence d'un obscur cd avec Sommerfugledalen, et que TM+ allait faire paraître cette année un cd d'oeuvres pour ensemble chez Dacapo, dont le merveilleux I giardini dietro la città dont j'avais entendu la création.

Pourrais-tu m'indiquer lesquels disposent d'un livret ?



Voilà, avec les éditeurs pour ceux que ca pourrait intéresser (ca existe ??) (je mets disponible quand on peut l'acheter neuf sans trop chercher) :

1966 – Xenakis – Oresteïa* - CD avec livret, indisponible (Debart)
1968 – Weinberg – Passazhirka* DVD, disponible (Neos)
1970 – Maxwell Davies – Taverner* CD avec livret, disponible (NMC)
1978 – Reimann – Lear* CD avec livret, disponible (OEHMS)
1978 – Sallinen – La ligne rouge* DVD, disponible (Ondine)
1980 – Maxwell Davies – The lighthouse* CD avec livret il me semble, indisponible (Collins)
1983 – Knussen - Where the wild things are* CD avec livret, indisponible (Unicorn)
1985 – Karetnikov – Till eulenspiegel* CD avec livret, indisponible (Le chant du monde)
1987 – Maxwell Davies – Ressurection* CD avec livret, indisponible (Collins)
1993 – Balada – La muerte de Colon* CD avec livret (Naxos)
1995 – Kubo – Rashomon* CD avec livret, indisponible (Buhnen graz)
1996 – Lachenmann – Das Mädchen mit den Schwefelölzern* CD (ECM)
1997 – Klit – Catwalk* CD (Membran)
1999 – Francesconi – Ballata* CD avec livret, indisponible (Stradivarius)
2000 – Heggie – Dead man walking* CD avec livret, disponible (plusieurs versions)
2001 – Tüür – Wallenberg* DVD, disponible chez les vendeurs estoniens (Estonian Record Productions)
2002 – Goebbels – Landschaft mit entfernten verwandten* CD avec livret, disponible (ECM)
2004 – Dillon – Philomela* CD avec livret, disponible (Aeon)
2005 – Ruders – Kafka's Trial* CD avec livret, disponible (Dacapo)
2007 – Halffter – Lazaro* DVD, disponible (Neos)
2007 – Chin – Alice in Wonderland* DVD, disponible (Medici arts)[/quote][/quote]

18. Le mardi 14 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Punainen viiva, je n’en suis pas fan, mais je trouve que ça se tient suffisamment pour être dans une liste des bons opéras contemporains. Je ne tiens pas toute ma liste pour des chefs-d’œuvre, loin s'en faut.

Ok, j'ai fait pareil. Ca m'étonnait que ça t'éblouisse, quand même.

Schwefelhölzern, oui, c’est tellement complaisant que par esprit pervers je trouve que ça mérite d’être mentionné. Et puis il faut bien que les gens souffrent un peu, oh.

Complaisant ? Tu veux dire gadget, plutôt ? Ce n'est pas désagréable, mais ça n'a pas grand rapport avec quelque théâtre que ce soit. Et pourtant, deux versions en paru en peu de temps !

Je trouve Handmaid’s tale pour le coup vraiment tiède, mais je place par contre Kafka’s Trial parmi les chef d’œuvres.

Oui, ça ne tient pas complètement les promesses du Ruders symphoniste. Ce que tu dis est donc très engageant. En plus engraisser Da Capo me convient très bien, c'est un sport dans lequel j'excellais autrefois.

Son principal défaut est d’être tendu tout le temps, mais avec une violence qui n'est pas tout le temps là dans le Tüür symphonique – il faut imaginer deux heures non-stop du Tüür le plus violent. Un peu fatiguant.

Effectivement, il est déjà un peu déprimé, le pauvre, si en plus il est violent...

Le Dillon est assez ennuyeux, mais dans son esthétique cela fonctionne pas mal. Je préfère ça à Cassandre de Jarrell.

C'est aussi déclamé ? Dans Cassandre, beaucoup est dû à la qualité du texte, de toute façon. Mais là, pour une fois, c'est une oeuvre qui m'enthousiasme autant que les chefs-d'oeuvre d'autres périodes.

Le Knussen, j’aime bien l’idée de prendre un livre pour enfants et d’en faire un opéra post-sériel totalement atonal, gris et bourrin. Ca me fait penser à une version post-sérielle de 40 minutes (ca a le mérite d’être court) de la danse des pirates de Daphnis, donc quelque part ca réussit à donner quelque chose de son sujet, si on est un peu pervers. Mais on peut s’en passer.

J'avoue ne pas être follement tenté. Etonnant, celui que j'ai entendu (je ne suis plus sûr duquel) était aussi pour enfants et au contraire assez consonant-plat.

La difficulté est peut-être plus encore de s'informer de ce qui existe comme oeuvres et comme enregistrements

Exactement ! Grâce à ta liste, je découvre des choses dont je n'avais pas entendu parler ou des choses dont j'avais absolument manqué la parution ! Je ne serais jamais allé les cherchais, tout simplement parce que je ne me doutais pas que ça se trouvait... Une fois qu'on a cela, avec un peu de patience, on arrive à trouver à peu près tout, entre Internet, les médiathèques, les copains...


On est presque obligés de regarder le catalogue de chaque compositeur, et de fouiller sur le net pour voir s'il n'y a pas un obscur label qui a ça à son catalogue... fatiguant.

Et surtout frustrant, parce qu'on voit plein de choses qu'on voudrait découvrir et qu'on entendra jamais. Quand à acheter les partitions, j'ai essayé et je passe mon tour : très cher et à peu près impossible d'entendre quarante portées en contrepoint, il faudrait enregistrer les lignes deux à deux et les mixer, sans compter que ne "sonnant" qu'à la fin du travail (dans le meilleur des cas), l'occupation est assez déprimante. Je crois que je choisirais plutôt de travailler les sonates de Haydn. (Heu, non, en fait j'irais plutôt faire un puzzle, un PMU ou du point de croix.)

Autrement, tu parles de Brand de Rosing-Schow, mais ce n'est qu'un opéra de chambre de 25 minutes

Et je ne suis même pas sûr qu'il y ait un rapport avec Ibsen, j'ai lu des choses contradictoires, une fois que c'était une intrigue contemporaine autour d'un pompier, une autre fois que c'était tiré d'Ibsen...

c'est sans doute bien, mais son seul "vrai" opéra c'est Domme de 1996, qui dure 85 minutes.

Oui, j'avais vu cela aussi à l'époque où j'avais fait regardé (il y a un peu moins de dix ans), Dommen, et rien sur son sujet.

Et chercher cela m'a permis de voir que Rosing-Schow s'était fait récemment un site internet, qui révèle l'existence d'un obscur cd avec Sommerfugledalen, et que TM+ allait faire paraître cette année un cd d'oeuvres pour ensemble chez Dacapo, dont le merveilleux I giardini dietro la città dont j'avais entendu la création.

Ah, c'est intéressant ça, merci je vais guetter.


1966 – Xenakis – Oresteïa* - CD avec livret, indisponible (Debart)
1968 – Weinberg – Passazhirka* DVD, disponible (Neos)
1970 – Maxwell Davies – Taverner* CD avec livret, disponible (NMC)
1978 – Reimann – Lear* CD avec livret, disponible (OEHMS)
1978 – Sallinen – La ligne rouge* DVD, disponible (Ondine)
1980 – Maxwell Davies – The lighthouse* CD avec livret il me semble, indisponible (Collins)
1983 – Knussen - Where the wild things are* CD avec livret, indisponible (Unicorn)
1985 – Karetnikov – Till eulenspiegel* CD avec livret, indisponible (Le chant du monde)
1987 – Maxwell Davies – Ressurection* CD avec livret, indisponible (Collins)
1993 – Balada – La muerte de Colon* CD avec livret (Naxos)
1995 – Kubo – Rashomon* CD avec livret, indisponible (Buhnen graz)
1996 – Lachenmann – Das Mädchen mit den Schwefelölzern* CD (ECM)
1997 – Klit – Catwalk* CD (Membran)
1999 – Francesconi – Ballata* CD avec livret, indisponible (Stradivarius)
2000 – Heggie – Dead man walking* CD avec livret, disponible (plusieurs versions)
2001 – Tüür – Wallenberg* DVD, disponible chez les vendeurs estoniens (Estonian Record Productions)
2002 – Goebbels – Landschaft mit entfernten verwandten* CD avec livret, disponible (ECM)
2004 – Dillon – Philomela* CD avec livret, disponible (Aeon)
2005 – Ruders – Kafka's Trial* CD avec livret, disponible (Dacapo)
2007 – Halffter – Lazaro* DVD, disponible (Neos)
2007 – Chin – Alice in Wonderland* DVD, disponible (Medici arts)

Un grand merci pour ça !! Je vais pouvoir me mettre en quête.

19. Le vendredi 21 septembre 2012 à , par Palimpseste

Bonjour David,

C'est marrant, Dusapin est repris à la fois dans les gentils modernes et les méchants modernes. Les deux opéras cités sont si différents? Je connais mal ce compositeur mais ce que j'ai entendu de lui, de la musique orchestrale, m'a fort plu.

Pour Britten, pas The Turn of the Screw? Je l'ai écouté récemment (tiens, ce doit être mon seul opéra post-1950) et je l'ai trouvé remarquable. Bon, j'aime beaucoup Britten en général mais j'ai trouvé la construction efficace, avec pas mal de scènes marquantes, surtout la scène de nuit avec les enfants et les fantômes (si s'en sont-ce).

20. Le dimanche 23 septembre 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Palimpseste !

Comme je l'indiquais, ma catégorisation est amplement sujette à caution, les frontières étant très floues, et les reflets auditifs parfois trompeurs dans des musiques souvent complexes : on peut entendre des pôles qui ne sont pas de la tonalité, ou inversement de la musique néo-tonale tellement surchargée qu'elle paraît erratique - sans parler des moyens termes qui consistent à utiliser du matériau simili-tonal indépendamment des fonctions tonales (Rautavaara dans Aleksis Kivi ou de créer du polarisé non tonal, avec de nouveaux modes (Scriabine et ses constructions par quartes, les modes messiaeniques...).

Mais effectivement, en termes de résultat, autant Romeo and Juliet est très lyrique, très accessible, autant Perelà expérimente tout de même des couleurs qui sonnent "modernes". Pas forcément beaucoup plus que du Rudi Stephan punkisé, mais l'écoute réclamée est très différente, à mon sens.

La musique orchestrale est encore différente : par exemple les 7 solos pour orchestre, sans constituer le moins du monde une révolution, synthétisent remarquablement tout un pan de l'orchestration contemporaine.

--

The Turn of the Screw est bel et bien présent, à la date 1954. :) En effet, très belle exploitation du matériau, remarquable mini-orchestration. En ce qui me concerne, de (très) loin le Britten le plus abouti. J'aime bien les autres, mais je leur trouve toujours un petit manque d'abandon dramatique et d'évidence mélodique ou déclamatoire.

21. Le mardi 25 septembre 2012 à , par Palimpseste

"... par exemple les 7 solos pour orchestre, sans constituer le moins du monde une révolution, synthétisent remarquablement tout un pan de l'orchestration contemporaine."

Oui, voilà quelques-unes des pièces de lui que je connais et je les ai vraiment trouvé remarquables. Comme tu le dis, rien de révolutionnaire là-dedans, mais une utilisation impressionnante des ressources de l'orchestre, avec des effets de masse très bien dosés, quelque chose de hiératique. Comme Xenakis mais en bien (oups, je trolle). Et puis, sans qu'il n'y ait vraiment de mélodie, ça accroche vraiment l'oreille (j'ai encore ça en tête assez précisément après plusieurs jours; ce n'est pas si fréquent avec du contemporain). Du coup, Faustus, The Last Night, pourrait bien m'intéresser surtout qu'il se base - si je ne me trompe pas - sur la vision du mythe faustien de Marlowe et non celle plus habituelle de Goethe.

Pour The Turn of the Screw, bah, grosse distraction de ma part mais ça permet de reparler de cet opéra que j'ai trouvé très convaincant. Sans doute pas d'air follement mémorable (quoique, il faudrait que je réécoute) mais une belle construction, une ambiance musicale qui colle magnifiquement au livret et à l'esprit du roman.

22. Le mercredi 26 septembre 2012 à , par DavidLeMarrec

Faustus est assez différent, mais se trouve lui aussi dans une sorte d'interstice, entre le contemporain des textures et une forme lyrique traditionnelle. Le livret, effectivement tiré de Marlowe, est discutable (il n'échappe pas à quelques sentences et naïvetés), mais a le mérite de ne pas être complètement immobile. Le rythme dramatique peut se comparer au Faust de Busoni, d'un certain point de vue.

Pour le Tour d'Ecrou, le seul trait mélodiquement très prégnant se trouve dans les glossolalies de Quint - qui n'en paraissent que plus surnaturelles.

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David Le Marrec


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