Carnets sur sol

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Une décennie, un disque – 1830 (b) : Bernhard Romberg, une autre symphonie de Beethoven (et beaucoup de violoncelle)


1830 (b)


bernhard romberg symphonies willens
[[]]
IV. Finale, Allegro assai.


Un peu de contexte – a – Les symphonies d'un violoncelliste européen

    Petit-fils d'un musicien militaire, fils d'un bassoniste & violoncelliste, Bernhard Romberg fut très tôt prodige, et considéré comme le violoncelliste majeur de son temps – parfois présenté comme le « Paganini du violoncelle », et pas loin d'être considéré comme tel.

    Formé à Münster dans les années 1770, il opère immédiatement des tournées dans les régions voisines de l'Europe, passant par Amsterdam, Leipzig, Frankfurt-am-Main, Paris (où il donne plusieurs concert au Concert Spirituel). Il joue dans l'orchestre de la Cour à Cologne en 1778, obtient un emploi permanent à Bonn en 1790, puis à nouveau à Cologne en 1791 (où il est à la fois musicien et compositeur). L'attaque des Français sur le Rhin le conduit à s'installer du côté de Hambourg en 1793. Il voyage ensuite énormément, notamment en Italie (passage par Rome évidemment), Vienne (où il joue, en 1796-7, la partie de violoncelle des Sonates Op.5 de Beethoven), fait des tournées en Espagne, reste un an à Paris comme professeur au Conservatoire récemment établi, puis s'engage dans l'orchestre de la Cour prussienne à Berlin (1804), avant de repartir pour de longs périples, Vienne en 1808 (dans l'orchestre du prince Kinski), son grand voyage russe sur plusieurs années (Moscou dès 1809, beaucoup de concerts à Saint-Pétersbourg, des incursions en Suède et dans les pays de la Baltique). En 1814, on retrouve sa trace à Berlin, où il se lie avec Weber, avant d'en partir lorsque arrive Spontini, direction Vienne encore cette fois. Dans les années 1830, il s'établit à nouveau à Hambourg, d'où il part pour d'autres tournées jusqu'en 1840 – où, âgé de soixante-douze ans, il semble aux dires (féroces) de Fétis avoir perdu ses doigts (puissance, couleur, intonation sont prises en défaut).


Un peu de contexte – b – Les frères Romberg étaient cousins

    Il passe une grande partie de sa jeunesse et de sa carrière dans des doubles tournées avec son cousin violoniste Andreas, de six mois son aîné (mais dont le langage est beaucoup plus ancré dans le classicisme, comme s'il était de la génération précédente – moins intéressant à mon gré, bien qu'il soit mieux servi au disque), avec lequel il co-compose en outre des œuvres pour violon et violoncelle : 3 quintettes pour flûte et quatuor à cordes, un double concerto, des duos.
    Ils parcourent ainsi ensemble une bonne partie de l'Europe musicale, se séparant occasionnellement pour se retrouver ensuite, si bien qu'on les présentait quelquefois de façon erronée comme les « frères Romberg ».

    L'écart de langage entre les deux cousins se vérifie sur l'ensemble de leur carrière, mais est sans doute aussi biaisé, à l'écoute, par le fait que Bernhard Romberg se met tard à la symphonie – Andreas écrit sa dernière en 1806, Bernhard écrit sa première en 1811 –, si bien que les formules musicales à la mode ont sensiblement évolué.
    Mais en réalité, on sait bien que le plus important, pour comprendre l'écriture d'une pièce, est moins son année de composition que les années de formation – la date de naissance, en somme – du compositeur. Leur âge est le même, mais d'emblée, la sensibilité diffère, notre vedette du jour se montrant plus sensible à une certaine sophistication de l'écriture proprement musicale, en plus de la virtuosité et des formes de son temps. En tout cas, je trouve audible cette différence jusque dans les pièces de chambre : les duos violons-violoncelle d'Andreas sont moins inventifs que ceux qu'ils ont écrits à deux, eux-même moins que les duos de violoncelles de Bernhard.

(Ne confondez pas non plus avec Sigmund Romberg (1887-1951), compositeur américain, d'origine hongroise, d'opérettes à succès dans le Broadway des années 1920 – on trouve aisément The Student Prince au disque, le plus grand succès local des années 20 : le titre tourna pour plus de représentations que Show Boat !)


Un peu de contexte – c – Le pote de Ludwig van

    Sa relation avec Beethoven serait un sujet en soi : à Bonn (où il rencontre également Rejcha), il forme en 1792 un quatuor à cordes avec son cousin Andreas, Franz Anton Ries (le père du compositeur Ferdinand Ries)… et le jeune Beethoven à l'alto. Lorsqu'ils se retrouvent à Vienne, notre Bernhard Romberg joue les sonates (Op.5) de Beethoven, et celui-ci lui propose même de lui écrire un concerto – ce que Romberg refuse !  Il semble que notre héros ait trouvé l'écriture pour violoncelle du grand bougon un peu trop étrange dans ses quatuors à cordes, et n'ait pas été enthousiaste à l'idée d'assumer le concerto biscornu que n'aurait pas manqué de lui proposer son compère.


Un peu de contexte – d – Au delà du crin-crin

    Le legs de Romberg se concentre sans surprise sur le violoncelle, l'instrument dont il était le virtuose et qui l'a habité et nourri pendant toute sa vie, étant en tournée jusqu'à l'année qui précède sa mort, alors qu'il avait déjà atteint soixante-douze ans : je n'ai pas trouvé d'œuvre qui ne contienne pas l'instrument, au moins via l'orchestre. Nombreuses œuvres concertantes pour violoncelle et orchestre (10 concertos et 10 à 20 pièces concertantes en sus), ou brillantes pour violoncelle et piano, des duos de violoncelles (à la visée potentiellement pédagogique, mais aussi largement assez aboutis et virtuoses pour être joués en concert), des formats intermédiaires (Grande Fantaisie pour violoncelle accompagné de quatuor ou de piano, Potpourris pour violoncelle et quatuor à cordes), mais aussi des pièces pour violoncelle et harpe, pour violoncelle et guitare, pour violoncelle, violon, alto et contrebasse, et même une Fantaisie sous forme de nonette (quatuor à cordes, contrebasse, les quatre bois)…

    Pour autant, son répertoire est vaste et ne se limite pas aux œuvres de solo ou de démonstration violoncellistiques : il écrit aussi 11 quatuors à cordes (hélas aucun ne semble avoir été publié au disque à ce jour ?), des trios à cordes (dont certains pour un alto et deux violoncelles), un Quatuor piano-cordes, un Quatuor harpe-cordes, au moins un Divertissement pour trio avec piano, et même un Concerto pour flûte et un Concertino pour deux cors.

    Côté symphonique, quelques ouvertures de concert.

    Plus inattendu pour un virtuose de son instrument, il compose (un peu comme Rodolphe Kreutzer !) trois singspiele (équivalent allemand de l'opéra comique, alternant numéros musicaux composés et dialogues parlés) pour Bonn. À Berlin, ce sont même deux opéras sérieux qui lui sont commandés : Ulysses und Circe (1807) et Rittertreue (1817).


Un peu de contexte – e – les 4 symphonies

    Quoique compositeur de grand intérêt pour son instrument – je vous recommande particulièrement la qualité mélodique et les gradations réussies de ses duos de violoncelles, hélas peu représentés en disque et pas toujours dans des interprétations très palpitantes –, Romberg a laissé son meilleur, je crois (je n'ai pas encore lu les partitions des opéras pour vous en dire plus de ce côté-là…), dans ses symphonies, doit les trois premières figurent (uniquement !) sur le disque ici présenté.

    ¶ Trauer-Symphonie en ut mineur Op.23, composée à l'occasion de la mort de la reine Louise de Prusse (épouse de Frédéric-Guillaume III) en 1810 (première exécution en 1811), encore marquée par le classicisme, ainsi que par son programme. Trois mouvements seulement.

    ¶ La Deuxième Symphonie en mi bémol majeur Op.28 (composée vers 1813  Stockholm, jouée pour la première fois à Berlin en 1815) partage son numéro d'opus avec un Capriccio sur des airs nationaux suédois (ses titres sont souvent en français…) pour violoncelle et piano. Je ne suis pas sûr qu'il y ait en réalité un lien entre les deux œuvres, probablement plutôt une erreur de catalogue : la symphonie est en elle-même très bien bâtie et se partage entre les héritages formels du classicisme et les goûts du contraste soudain apportés par Beethoven. (Un petit bijou que cette symphonie.)

    ¶ La Troisième Symphonie en ut majeur Op.53 est publiée et jouée en 1830. J'en reparle tout de suite.

    ¶ Une Symphonie burlesque Op.62, en réalité une symphonie des jouets. Publiée pour la première fois en 1852, bien après la mort de Romberg, je l'imagine assez antérieure dans sa carrière, considérant l'existence de la mode plutôt au XVIIIe siècle qu'au milieu du XIXe… La nomenclature contient notamment un coucou, un rossignol, un triangle, des cloches, un hochet, un tambour en bandoulière !  Le tout n'est accompagné que de 2 trompettes, des violons 1 & 2, et de la basse. Aucun enregistrement à ma connaissance.


Compositeur : Bernhard Heinrich ROMBERG (1767-1841)
Œuvres : Symphonie n°3 en ut majeur, Op.53 (1830 ?)
Commentaire 1 :
    Il existe une réelle incertitude quant à la date de composition de cette œuvre – ce dont je ne me suis aperçu, pardon, qu'après avoir largement écrit cette notule (heureusement qu'on propose désormais deux notules par décennie, sans quoi j'étais irréparablement gameoverisé !). Elle est publiée en jouée en 1830, mais il était fréquent en ce temps, et notamment chez les Romberg, de le faire à retardement. Parmi les arguments en faveur d'une composition sensiblement plus ancienne, les spécialistes proposent :
– l'introduction lente (alors qu'il n'y en a pas dans la n°2), argument faible à mon avis puisque la Trauer- écrite deux ans avant la n°2 débute, elle, par une introduction lente… et ce n'est absolument pas un incontournable du style classique, on trouve un introduction lente dans Beethoven 7 ou Schumann 2 & 4, tout de même… ;
– plus intéressant, l'absence de clarinettes dans la nomenclature, alors que Romberg les utilise d'ordinaire.
    À l'inverse, je remarque tout de même la présence d'un Scherzo (et en deuxième position, alla Beethoven 9 ou Schumann 2 !), au lieu du Menuetto de la n°2, et de surcroît un scherzo qui doit un peu à celui de la Septième de Beethoven… en 1830 ou vers la fin des années 1820, ce ne serait pas du tout rétro que de faire cela.
    Il est amusant de remarquer que les commentateurs d'époque étaient eux-mêmes partagés : à Prague on loua la modernité, la solidité, le brillant de la composition ; à Vienne on fit remarquer que ça sentait son Haydn-Mozart plutôt que son Spohr-Onslow (ces derniers considérés comme plus exigeants à jouer).
    Pardon, donc, d'avoir introduit un possible intrus dans cette série… Pour autant, l'œuvre a réellement été créée en 1830, a été accueillie comme contemporaine et a nourri le débat d'alors : même si elle n'a pas été composée exactement à ce moment, elle fait indéniablement partie de la vie musicale de 1830, et c'est en ce sens qu'elle s'inclut très bien dans cette série qui n'entend pas tant reproduire l'histoire-bataille des innovations (celles qu'on trouve dans les Histoires de la Musique généralistes) mais plutôt témoigner de belles choses qu'on peut trouver au fil des décennies, qui témoignent de leur temps.

    Pourquoi avoir retenu cette œuvre ?  Un des rares cas où une symphonie post-beethovienne ressemble un peu à l'original, et se hisse à niveau, sinon de génie, du moins d'excellente. Et entendre une (autre) symphonie dans le style de Beethoven réussie, c'est toujours une bénédiction.
    Vous aurez le loisir de remarquer les beaux dialogues du couple hautbois-basson avec le reste de l'orchestre (à la façon de Beethoven 2 dans les I & II, où c'est parfois clarinette-basson) dans le premier mouvement, les questions-réponses un peu mutiques dans le Scherzo (qui évoquent les transitions du Trio dans Beethoven 7), et surtout la fièvre de ce final qui mêle certains traits et coups soudains des extrêmes de Beethoven 4, un peu des escaliers de cordes du scherzo de Schumann 2, une poussée motorique comme les symphonies postgluckistes (du type de La Casa del Diavolo de Boccherini), quelques fugaces élans weberiens et des cadences qui semblent parfois tout droit sorties de Don Giovanni. Mélange assez grisant, qui évoque plus qu'il n'emprunte, et chevauche à bride abattue vers notre propre plaisir. L'Andante con moto, d'apparence plus anodine, évoque davantage l'ambiance d'un menuet post-haydnien (très beethovenisé) à variations, mais dont les modifications deviennent progressivement plus dramatiques et menaçantes, avec cors et basson qui rugissent souterrainement…
 

Interprètes : Kölner Akademie, Michael Alexander WILLENS
Label : Ars Produktion (2007)
Commentaire 2 :
    Unique disque à ce jour contenant des symphonies de (Bernhard) Romberg. Mais (et c'est la règle de cette série), c'est un excellent disque.
    La « Kölner Akademie, Orchester Damals und Heute » (orchestre d'alors et d'aujourd'hui) n'est pas un orchestre d'étudiants mais un ensemble permanent de Cologne (depuis 1996), qui joue à tant sur instruments anciens que modernes (ici clairement anciens – à part peut-être les cors, qui sonnent vraiment magnifiquement ?), et a énormément pratiqué avec son fondateur et directeur musical M.-A. Willens le répertoire symphonique de la sphère germanique sur la frontière classicisme-romantique : Stamitz, Eberl, Crusell, Wilms, Danzi, Neukomm, (Ferdinand) Ries, Kalliwoda… !  Notamment chez Ars et… CPO.
    Dans ce disque, le spectre d'orchestre joue vraiment sur la typicité et la dissociation des timbres, plein de verdeur, permettant à la fois le dynamisme des cordes (alacrité de jeu et netteté d'attaque) et la mise en valeur des vents. À la clef, des œuvres rehaussées par le mouvement, la couleur, la lisibilité du spectre, et une mise en valeur des ruptures beethoviennes déjà présentes dans la partition. Je serais ravi de les entendre ailleurs, même dans le grand répertoire – ils ont commis quelques concertos de Mozart avec Brautigam chez BIS, je suis curieux d'oberver les choix opérés.


Poursuivre Romberg

    Je ne cache pas que le reste de la discographie n'est nécessairement du même tonnel : même les concertos pour violoncelle ne m'ont pas paru particulièrement saillants – même si le n°5, en fa dièse mineur, a quelque chose des concertos et symphonies en mineur de Mozart… Je recommande donc en priorité :
    ◊ le Concertino pour 2 violoncelles dirigé par Goebel, et édité par Sony (!) en 2020 avec Bruno Delepelaire, Stephan Koncz, la Philharmonie de la Radio de Saarbrücken & Kaiserslautern pour une interprétation très informée, avec finesse de timbre et élan. Concerto réussi en tout point dans ses dialogues entre solistes et orchestre, ainsi qu'entre solistes, mais particulièrement marquant pour son mouvement lent plus sombre, inhabituellement tourmenté (sans agitation pourtant), qui se termine dans un rondeau aux rythmes de cabalette dont la mélodie invite à la danse !
    ◊ les 3 Trios Op.38 par Fukai-Stoppel-Dzwiza (Christophorus 2007), écrits à l'origine pour alto et deux violoncelles, le second changé ici en contrebasse pour nourrir ce récital de bassiste. L'étonnant effet symphonique obtenu par l'alliance de ces trois cordes graves mérite le détour – on ne dispose pas de disque incluant la version originale pour comparer ;
    ◊ le Duo de violoncelles Op.9 n°1 en ré majeur, qui combine toutes les vertus de construction, de lyrisme (aspects opératiques par endroit), de virtuosité électrisante, une œuvre de pédagogie et de démonstration qui produit de la vraie musique ; en concert (Coin & Melkonyan), j'en suis sorti assez bouleversé. Hélas, impossible à trouver au disque à ce jour, restons attentifs ;
    ◊ la Sonate pour 2 violoncelles Op. 43 n°2 en ut majeur, probablement le plus intéressant des duos parus au disque (tous ne sont pas de la même qualité), même si l'interprétation des Ginzel chez Solo Musica (dans un disque mêlant transcriptions de Bach, Chopin, Elgar…) n'est pas exactement la plus frémissante émotionnellement ;
    ◊ les Duos pour violon et violoncelle co-écrits par les cousins, pour la curiosité – ils sont beaux, mais pas aussi prégnants que les duos pour violoncelles, peut-être à cause même de la nature moins ambiguë de l'équilibre de l'effectif. Citations d'opéras de Mozart (Se vuol ballare, Bei Männern…), le final de leur opus 1 commun est même fondé sur des variations autour du premier air d'Osmin de L'Enlèvement au Sérail !  Interprétation très tradi, pas particulièrement exaltante, par Barnabás Kelemen et Kousay Kadduri (Hungaroton 2002).

    Il existe beaucoup d'autres disques ou d'œuvres semées au fil d'anthologies et récitals, j'ai essayé d'en sélectionner les plus intéressants à mon sens : essayez vraiment le Double Concertino et les Duos de violoncelles, univers très différent de la symphonie (plus ancien aussi), et non dépourvu de qualités purement musicales en plus de la virtuosité fascinante.

    Quant à Andreas Romberg, si vous vous intéressez également à lui, je vous recommande chaudement le disque de (Kevin) Griffiths chez CPO en décembre dernier (2020) : symphonies 1 & 2, Ouverture Die Großmut der Scipio, avec l'excellent orchestre néerlandais de Gelderland & Overijssel. Très belles œuvres postclassiques, d'une grande fluidité, pourvues de belles intuitions mélodiques.  Kevin Griffiths y est beaucoup plus convaincant que l'autre Griffiths qui officie chez CPO (avec une tendance à l'interprétation tradi un peu trop prononcée). Bel orchestre aussi, plein de moelleux, et splendidement capté comme toujours chez CPO.



… La prochaine fois, nous partons pour 1840, décennie bénie d'interstice entre les deuxième et troisième pandémies de choléra en Europe. Ne me remerciez surtout pas de vous changer les idées.


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Commentaires

1. Le vendredi 30 avril 2021 à , par Mefistofele

Tudieu !

Le retour de la série Une décennie, un disque ! Sache, cher Savant, que je savoure pareille perspective.

Je ne dispose hélas pas d'éléments factuels intéressants, autre qu'une poignée d'anecdotes. Puisse-t-elle égayer la conversation et amuser les lecteurs !

Tout d'abord, la parenté mélodique (et pas que) de la Trauer-Symphonie avec les symphonies de Kraus : le I qui rappelle l'ouverture de la VB 148 ; le III, l'Adagio initial de la VB 142. Ce ne sont pas, de ma part, de minces compliments. Surtout, c'est l'indication d'un langage tout à fait pré-Beethovenien : les possibles 20 ans d'écart avec la No. 3 qui constitue le cœur de ce billet sautent aux oreilles.

Ensuite, un soupçon de discographie. Tout d'abord, l'existence d'une ancienne version du concertino chez Koch, dirigé par le vaillant Georg Schmöhe, couplé à du... Ghedini (autre concerto pour deux violoncelles). À vrai dire, cela sonne très tradi, lointain et...pépère, là où le son et la direction de Goebel sont tranchants et soulignent l'élan. Disons que le premier donne à entendre du Mendelssohn à l'ancienne, rond et charmant, là où le second promet l'aventure (et ces couleurs !).
La Kindersymphonie a été enregistrée au moins 2 fois ! Une vidéo est disponible sur le tube avec le son croustillant d'un vinyle de 1929 (direction Malcolm Sargent). Cardiaques s'abstenir, le premier mouvement donne la sensation d'un téléphone qui sonne toutes les 5 secondes, et d'un piou-piou (plus coups de bec d'un pic-vert) en permanence : idéal pour sonoriser un Tex Avery ! Il existe un enregistrement plus moderne chez ebs, dirigé par Vladislav Czarnecki et consacré aux symphonies de jouets. Mozart père, B. Romberg, Reinecke (!) et Gurlitt (!!!).*

Enfin, une anecdote personnelle : hors la symphonie parente de Kraus, je ne suis a priori pas client des langages de l'époque, hors j'ai beaucoup aimé le disque des symphonies d'Andreas par Griffiths, et celui des symphonies de Bernhard par Willens ! Sceptiques ne pas s'abstenir, il y a de belles découvertes à la clé. Et le concertino — comme tous les disques de Goebel dans la série, à vrai dire — mérite largement le quart d'heure d'attention demandée.

Sur ce, puissions-nous nous divertir gaiement alors que les rayons du soleil nous apportent enfin un peu de chaleur... à moins que ce ne soient les brasiers de la Fin Du Monde™ ?

*Cornelius, pas Manfred. J'espère avoir défrisé quelques perruques avec ce suspense malhonnête.

2. Le samedi 1 mai 2021 à , par DavidLeMarrec

Has has Mefisto,

Merci pour cette vive réaction, et si prompte !  ♥

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Une décennie, un disque

En principe, la série doit durer jusqu'à son terme. Je me suis fixé de la mener à bien, je trouve le projet assez stimulant, l'occasion de parler de plein de belles choses qui n'entrent pas forcément dans la ligne éditoriale immédiate, tout en variant les époques et les genres. Je me dis aussi que ce peut être une façon de percevoir l'évolution des formules de composition…

Ce que je me demande, c'est la forme que cela doit prendre une fois que j'aurai traité la décennie 2020…
→ Rassembler ça dans un joli PDF, pour en faire un petit guide téléchargeable ?  Ou même sous forme d'opuscule physique, agrémenté peut-être de quelques dessins ?
→ Recommencer dans un goût similaire ?  Peut-être en le faisant par aire culturelle ou par genre ?

Après, je dis ça, mais le bout n'adviendra que dans quelques années, à présent que j'ai dédoublé les décennies… Si je veux avancer dans les autres séries du type « plus beaux débuts de symphonie », « plus beaux instants de basson » (j'hésite toujours sur le format à lui faire prendre), « dessous de Pelléas », « la Bible par la musique », peut-être que j'en resterai tout simplement là.

J'aurais besoin d'une ou deux vies de plus pour achever de traiter les notules prévues dans les prochains mois / années… Je vais toujours poser une requête, on ne sait jamais. Ou ouvrir un compte client chez Saint-Germain Cslt.

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Parentés symphoniques

Merci pour tes (sombres) lumières !

Oui, je trouve aussi que la Trauer a un côté Krausien… Mais j'écoute peu souvent le corpus – je suis plus touché en général par ce qui précède (Vranický-Gossec-Méhul) et ce qui suit (Burgmüller-Gouvy-Kalliwoda).

Surtout, c'est l'indication d'un langage tout à fait pré-Beethovenien : les possibles 20 ans d'écart avec la No. 3 qui constitue le cœur de ce billet sautent aux oreilles.

Cependant, la 2 n'ayant que deux ans d'écart avec la 1, cela brouille un peu l'appréciation : je les trouve assez proches de langage, même s'il y a des traits plus conservateurs dans la 2 (la conservation du menuet, la nature moins fragmentée du final…), ce pourrait tout à fait être écrit dans la même période que la 3.

Difficile de dater par le style de toute façon : qui eût dit que Beethoven avait composé la 8 après les 2-3-4-5 ?  Le style dépend beaucoup de la date de naissance (et du professeur qu'on a eu), faire évoluer (significativement) son style au cours de sa vie de compositeur ne concerne pas une majorité d'artistes, et cela arrive de toute façon plutôt assez tard, à partir de la fin du XIXe siècle…

Bref, il serait tout à fait envisageable que la Trauer- réponde surtout à son programme, et que les 2 et 3 aient été composées à proximité (ou éloignées).

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Discographie de B. Romberg

Formidable, je découvre donc que cette symphonie des jouets a été enregistrée. J'ai survolé plusieurs bases de données sans succès. Ce n'était pas l'objet principal de la notule (et mon temps était limité), donc je ne me suis pas acharné plus que ça… et me figurais que ça n'avait tout simplement intéressé personne !

Je suis curieux de l'entendre, après l'avoir lu ! 

Oui, sur la partition il y a six entrées joujoux je crois – plus les trompettes, violons 1, violons 2 et basse –, et ils jouent vraiment de façon continue, pas juste de temps en temps pour un peu de couleur locale… ce doit être assez amusant !

Je vais chercher Czarnecki, et à défaut je me régalerai de Sargent… Juste pour voir comment cela peut sonner. Je vais même faire ça tout de suite, lorsque j'aurai fini mon Novalis par Diepenbrock (♥).

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Autres symphonies

Je me suis aperçu que j'avais beaucoup écouté le disque d'Andreas Romberg par Griffiths junior, en effet, à ma grande surprise. Il faudra que je retente à froid, peut-être ai-je été un peu sévère à cause de la comparaison inévitable avec Bernhard – j'en veux un peu à Andreas, je crois, de m'avoir égaré lorsque je cherchais à retrouver des compositions de son cousin puîné, surtout que ce que je trouvais n'était pas du niveau (ni même vraiment du style) de ce que j'avais aimé…

Ravi que ça t'ait plu, et merci de faire ces saines recommandations aux sceptiques, en effet !

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Goebel et implications

Ce qui me stupéfie, dans la série de Goebel, c'est qu'il a fait ça avec des orchestres pas du tout spécialistes, de vrais orchestres allemands bien solides (Radio de Cologne, Radio de Sarrebruck…), et que ça sonne comme un ensemble spécialisé très bien préparé !  En plus, pour une série sponsorisée par Sony, quelle audace d'aller chercher autant de noms vaguement connus, de mettre au jour tant de pépites (première version HIP officielle des Variations sur la Follia de Salieri !), sur une série de plusieurs albums, sans vedettes pour têtes de gondole !  Et le résultat est excellent.

Si toute l'industrie du disque pouvait ressembler à cela ! …  (Mais j'ai conscience que pour beaucoup d'artistes et de mélomanes, le répertoire fonctionne en circuit fermé, et qu'une fois que l'on a découvert les grands titres des genres qui nous intéressent, on les empile dans des versions différentes.)

Alors que j'étais encore dans ma petite vingtaine (mais déjà assez immergé dans le répertoire), un mélomane assez avancé m'avait dit, d'un ton prophétique : « tu verras, au bout d'un moment, tu cesseras d'aller découvrir horizontalement, et tu te mettras à faire de la découverte verticale, à approfondir les mêmes œuvres avec des versions ».
Force est de constater, dix ans plus tard, que j'empile certes les versions, mais que plus le temps passe, moins je réécoute les mêmes choses et plus je découvre « horizontalement » de nouvelles œuvres, voire de nouveaux pans encore mal documentés du répertoire. (Merci DUX pour la musique sacrée ancienne polonaise, ou le répertoire romantique et contemporain de chambre polonais !  Merci CPO pour la musique de chambre postromantique et les lieder germaniques décadents…)

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Gurlitt

Sois maudit. J'y ai cru. J'ai eu le frisson – à la fois de frayeur de ne pas l'avoir su et d'excitation de le découvrir – jusqu'à lire ta dernière ligne.  >:-(

Finalement, la Fin du Monde, n'est-ce pas toi qui l'apportes ?

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Merci pour tes remarques, à bientôt !  \o/ 
(Je commence à avoir assez de nouvelles entrées pour une notule-bilan sur les dernières nouveautés.)

3. Le samedi 1 mai 2021 à , par DavidLeMarrec

Écouté la réjouissante Symphonie burlesque, donc : Sargent ne fait quasiment aucune reprise (un seul système dans le trio du menuet, et les reprises prévues de la coda presto, rien d'autre), et coupe même la moitié de la reprise du menuet.

Pas mal de versions de concert en ligne semblent coupées également : la version du HM Orchestre, sur YouTube, est vraiment très drôle, jouant du dialogue entre la forme classique et l'incongruité des timbres (là où Sargent est surtout précipité et plein de texaverysmes un peu linéaires et continus), mais ne joue là non plus guère de reprises, coupe tout le menuet, et ne conserve que la coda du final !

Avec les reprises, l'œuvre intégrale, même jouée très vite comme par Sargent, doit bien faire 10-11 minutes. À tempo plus contrasté / cohérent, on est facilement au quart d'heure. Or toutes les versions que je vois (pas trouvé la récente chez EBS dont tu parlais) durent… six minutes (parfois en intégrant l'accord de l'orchestre et les applaudissements !). Dommage de ne pas prendre plus au sérieux cette œuvre très bien écrite, dont les stéréotypes sont en eux-mêmes réjouissants.

4. Le samedi 1 mai 2021 à , par Mefistofele

Cher Docteur,

Laisse-moi t'offrir un brin de causette à défaut de muguet. Ce 1er mai de pAn-Deux-mique voit-il la tradition florale persister ?

Que de lectures stimulantes et de projects excitants ! Ta capacité à envisager le très long terme est tout à fait stupéfiante, et quelque forme prise par tes projets, je leur souhaite tout le succès qui leur est dû, sans compter la satisfaction tout le long du périple.

Si ma plaisanterie autour de Gurlitt semble avoir fonctionné, je vois que tu sais toi aussi judicieusement poser des appâts (notule discographique sur l'horizon). Soit !

Je souhaitais rebondir sur deux sujets...

DE L'EXPÉRIENCE

un mélomane assez avancé m'avait dit, d'un ton prophétique : « tu verras, au bout d'un moment, tu cesseras d'aller découvrir horizontalement, et tu te mettras à faire de la découverte verticale, à approfondir les mêmes [...] ».


Outre l'importance du contexte dans ce genre de formulation (ce mélomane avait du kilomètre au compteur en années ou en expérience ?), je trouve la remarque surprenante. Cela couvrait-il sa propre démarche, ou bien cet air de Cassandre était basé sur un échantillon de connaissances ?
J'aurais tendance à avoir le même ressenti que le tien, voire la démarche inverse de celle suggérée. Je multipliais les versions des œuvres que j'aimais à mes débuts dans le classique, à mesure que j'explorais de nouvelles contrées (musicales et géographiques), et le temps passant, l'extension horizontale est devenue mon cœur de cible. Je suppose que ce faisant, le risque est de donner raison à l'expression qui trop embrasse mal étreint, mais a-t-on vraiment besoin d'un énième zélateur de Beethoven quand tant de pépites (œuvres et compositeurs) sont dans un anonymat décourageant ?


JOUJOUX ET BIJOUX ?

La version de la symphonie des jouets de Bernhard chez EBS fait très exactement 15 minutes. Quel sens du timing !
Découvrant que l'œuvre de Mozart père (possiblement) n'est pas un hapax, j'ai envie d'écouter un peu ce que l'on trouve. I. Lachner, B. Romberg, C. Gurlitt, Reinecke et, au XXe M. Arnold (cette dernière est un régal). D'autres noms te viendraient-ils à l'esprit ? Les interrogations qui sous-tendent cette fantaisie sont l'existence possible d'un genre, l'orchestration (est-ce toujours le même genre de jouets ?) et, plus prosaïquement, comment sont notées les interventions sur la partition.
Je ne peux m'empêcher de sourire en pensant, dans un genre différent, à la batterie de cuisine et aux jouets en plastique utilisés par Adámek dans Polednice. Beaucoup moins plaisant à mon sens que les compositions ci-dessus, le visuel (rires gênés et hérissons colorés dans un orchestre) fait le prix de l'expérience. Il y a autrement les poulets bien connus en ces lieux sur lesquels on peut toujours se rabattre.

Excellent week-end !

PS : Pauvre Bernhard, les commentaires dérivent sur sa seule symphonie absente du disque mis en exergue. Je suis décidément bien mauvais sujet.

5. Le dimanche 2 mai 2021 à , par DavidLeMarrec

Ami des Ténèbres,

Je n'ai pas aperçu de vendeurs, mais tout de même quelques brins çà et là (les fleuristes sont ouvertes)… et tu le sais, les rues de Paris débordent de fringants muguets en toute saison.

La prochaine notule discographique devrait t'agréer, j'y parlerai de délicieuses décadenteries bataves (Diepenbrock, Dopper, R. Mengelberg, H. Andriessen)…


Prophéties

Le mélomane en question avait de l'expérience, connaissait beaucoup de versions d'opéras du grand répertoire. Il parlait de lui-même, mais semblait persuadé que, d'une certaine façon, j'accèderais à cette forme de sagesse (réécouter la même œuvre en remplaçant Gencer par Souliotis et Souliotis par Zampieri, est-ce vraiment de la sagesse ?), de décantation (idem).

J'aime beaucoup les deux exercices, mais à la fin des fins, c'est quand même l'élargissement de l'horizontalité qui est le plus exaltant. Surtout quand on s'aperçoit que l'histoire de la musique telle qu'on la perçoit est défective, voire trompeuse. Je suis encore loin de saisir avec finesse l'évolution de l'histoire musicale polonaise, par exemple (déjà, rien que d'en appréhender les zones d'influence politiques, c'est un vrai voyage…). J'ai des repères, de Pękiel à Baculewski, mais de là à sentir les tensions, compétitions et courants simultanés… Et on pourrait faire pas mal de pays du monde où la composition telle que nous la connaissons avait cours. Rien que pour avoir une vue superficielle de ça, je n'ai pas fini de m'occuper.
(De même, en France, pour avoir une vision de la composition en province !  Tout le monde voit bien ce qui s'est passé à Paris, mais les tournées, les œuvres ad hoc à Bordeaux ou Marseille, c'est un monde distinct, et qu'on ne valorise pas du tout.)


Symphonies pour les jouets

Il manque au moins Angerer dans ta liste, sinon je n'ai pas beaucoup d'idées (le jeune Adès utilisait aussi des bruitages comme cela, mais de là à parler de Toy Poems, peut-être pas).

Si tu as aimé le Canon de Pachelbel aux poulets de TwoSetViolin, tu ne dois pas manquer leur Cinquième de Beethoven pour jouets.

À bientôt !

6. Le samedi 15 mai 2021 à , par Grégoire

Bonjour David !

Merci de m'avoir fait replonger dans mes pires cauchemars de jeune violoncelliste :D
Je ne compte plus les études, concertos en tout genre auxquels j'ai pu toucher chez ce brave Romberg. Un cauchemar de technique la plupart du temps.
Je découvre aussi avec grand intérêt ce Concertino pour 2 violoncelles, formation assez rare avec 2 violoncelles finalement dans le répertoire (instinctivement, j'ai l'excellent concerto de Vivaldi en tête). Même les duos pour violoncelle seuls se font rares : Barrière dans le monde d'avant ; sinon c'est essentiellement à visée pédagogique chez JL Duport par exemple.
Je n'ai évidemment pas cité le bon Offenbach mais à l'écoute de ce concerto pour 2 violoncelles, on sent assez clairement qu'il a pu influencer notre bon Jacques dans la gestion des 2 instruments (particulièrement flagrant dans le 1er solo).
Les thèmes hispanisants du finale sont particulièrement réjouissants ! Et que ça a l'air complexe aussi bien dans les notes que la mise en place !
En tout cas merci encore pour la découverte (de même pour la symphonie dont l'extrait est en tête de page), je pensais que ce brave Bernhard n'était bon qu'à écrire des choses pour traumatiser les violoncellistes...

7. Le samedi 15 mai 2021 à , par DavidLeMarrec

Bonjour maître Grégoire !

Parmi les concertos à deux violoncelles, tu trouveras une très belle symphonie concertante de Rejcha sur le même disque.

Je trouve justement que les duos de violoncelles de B. Romberg dépassent largement, par leur difficulté et par leur ambition musicale, la seule pièce pédagogique. Déjà, chez Duport, il y en a ! Mais oui, la filiation avec Offenbach (qui est surtout mélodique, moins intéressant sturcturellement) est frappante. Comme pont entre les deux, il y a bien, sûr les duos de Lamare, qui sont beaux mais un peu uniment virtuoses pour mon goût.

Bonne quête !

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David Le Marrec

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