Je n'ai pas souvent l'occasion d'être exposé à la publicité - du moins en comparaison avec ce que je devrais être, vivant dans la société dans laquelle je vis ; mais cette fois, j'ai pris peur.
Vu par hasard un spot télévisé vantant un jeu Facebook gratuit. Le vertige m'a saisi.
En passant prendre des nouvelles de différentes programmations dans des répertoires qui m'intéressent, je m'étonnais de ne pas trouver trace des représentations de la Muette de Portici de Scribe, Delavigne & Auber à Bruxelles, alors que les représentations d'avril de l'an dernier, à l'Opéra-Comique, étaient dues à une (logique) coproduction.
Il peut arriver qu'une coproduction onéreuse ne soit jamais reprise pour des raisons économiques, lorsqu'un théâtre ne peut plus la monter (alors qu'il a déjà payé sa dîme). C'est manifestement ce qui est arrivé à l'Opéra de Bordeaux, dans la première moitié des années 2000 - contribuant au financement des Contes d'Hoffmann de Pelly, mais peinant vraisemblablement à payer la vaste distribution et les envergures vocales requises (alors que Lausanne, Lyon, Marseille et Barcelone l'ont accueillie).
Ici, c'est une autre raison, une raison politique que je découvre. Les faits ne sont pas neufs, l'absence de reprise a même été annoncée en amont des représentations parisiennes par Peter de Caluwe, le directeur de l'Opéra :
Le compositeur Julien Apost est né ce matin à 7h06. Sa musique de chambre est particulièrement singulière dans le paysage contemporain, assez loin de ce que produisent les différentes chapelles esthétiques qui nous sont familières.
Voilà quelques années que je n'ai plus trop l'occasion d'entendre l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine. J'ai toujours eu le sentiment d'un orchestre irrégulier, et un peu paresseux (quand dans une symphonie de Beethoven certains violons poussent alors que d'autres tirent, et que certains vibrent beaucoup, d'autres peu, d'autres pas du tout...). Effectivement, en l'entendant en retransmission dans le cadre familier des Victoires de la Musique Classique (visible sur Pluzz.fr pour quelque temps), je retrouve de façon "objective", après un temps d'éloignement, toutes les caractériques qui m'avaient frappé lorsqu'il était le seul orchestre que j'entendais régulièrement : sorte de mollesse (presque une indifférence), vents ternes (et ce soir-là, en plus pas très justes, ce que je n'avais jamais remarqué), disjonction entre pupitres (dans Rhapsody in Blue, on entend des bouts du spectre sonore de façon aléatoire, par exemple des figures d'accompagnement aux cuivres qui prennent la partie mélodique), accentuations maladroites (comme s'ils jouaient solfégiquement, sans se préoccuper de l'appui réel des phrasés)... Une sorte de caricature de l'orchestre de province français (il y en pourtant a de tout à fait bons, même si on reste très loin des standards germaniques et scandinaves : le National de Lorraine, le Régional de Tours, le National de Lille, l'Opéra de Lyon...).
Manifestement, les musiciens n'étaient pas très enthousiasmés par cette soirée, parce qu'ils sont capables de produire des choses remarquables lorsqu'un chef les motive (pas forcément de grands noms d'ailleurs, plutôt les excellents kapellmeister : plus inspirés avec George Cleve, Günter Neuhold, Max Pommer ou Klaus Weise qu'avec Kazushi Ono, Yutaka Sado ou Hans Graf) ; alors qu'ils sont généralement très convaincants dans le répertoire français des XIXe et XXe, le Boléro de Ravel et même Thaïs de Massenet (un de leurs meilleurs compositeurs) sonnaient avec une rare platitude, comme une réserve volontaire (ou une indifférence affichée).
Kwamé Ryan est manifestement trop gentil, j'ai toujours eu le sentiment que, comme Graf, il demandait finalement peu à ses musiciens, même lorsqu'il s'agit simplement de faire quelques remarques sur le fondu. Pour l'avoir entendu faire des éloges hors de proportion en jouant le Young Persons's Guide de Britten lors d'une conférence-concert, je crois qu'il se satisfait d'un résultat qui pourrait être très vite amélioré avec un tout petit peu de soin de détail - car individuellement, ce sont des musiciens avec un vrai niveau, et capables de très belles choses. Pas de faux musiciens planqués dans un orchestre où ils auraient été secrètement cooptés.
D'autant plus déçu que j'avais trouvé leur Neuvième de Schubert au disque (peu après l'arrivée du chef) excellente, quasiment une référence. Et que j'écoute toujours avec beaucoup de satisfaction leur Daphnis avec Petitgirard.
Pour le reste, je suis toujours amusé par cette émission qui invite systématiquement les dix mêmes artistes, même chez les compositeurs (Karol Beffa nommé pour la cinquième fois, alors qu'il n'est tout de même pas le plus présent ni le plus réputé dans les salles françaises). Certes, cela donne l'impression de se retrouver en famille, on peut comme lorsqu'on regarde à l'approche des fêtes Autant en emporte le vent ou Le Père Noël est une ordure, retrouvant les mêmes acteurs et les mêmes situations alors que nous, nous vieillissons.
C'est chouette qu'elle existe, mais quel prisme remarquablement déformant !
J'ai beau n'aimer ni le timbre ni le style de Sarah Connolly (dans aucun répertoire, mais particulièrement dans celui-ci), on n'entend pas tous les jours des tragédies lyriques traduites !
Préparation de la production de l'English National Opera.
Jusqu'à une date très récente (il y a plus ou moins cinq ans), les partitions étaient un objet de luxe, rare, peu accessible, onéreux dès que l'oeuvre était longue, plutôt récente ou rare.
Depuis le milieu des années 2000 se produit une petite révolution, qui est en passe de changer en profondeur le rapport à l'objet et même, de façon plus large, à la musique elle-même.
Juste un mot pour signaler dans Cadences (cela concerne essentiellement les franciliens, sauf à commander un abonnement payant à un magazine gratuit) un excellent article sur Zemlinsky par Michel Fleury. Le processus esthétique qui conduit aux post-postromantiques et décadents est expliqué assez finement en parallèle avec la découverte de l'atonalité, les parcours de Schönberg et Zemlinsky sont mis en regard, les spécificités du compositeur assez exactement mises en lumière (ses origines brahmsiennes, sa sophistication, ses couleurs sombres, moins exubérantes que les autres novateurs). Du fait du format, l'explication est très dense, c'est une excellente introduction à la question des écoles musicales (en tout cas germaniques) du début du vingtième siècle.
Le principe de l'anniversaire demeure en lui-même profondément stupide. Si les musiques concernées ont survécu au temps, pourquoi tenir compte de dates aléatoires, avec des années maigres (ou éclipsées par un grand nom) et des années surchargées ? Il serait, à tout prendre, plus judicieux de programmer selon des thématiques au gré des modes ou des événements politiques. Comme si l'intérêt d'une musique tenait à ce genre de contingence...
Alors que l'année 2013 va être avisément utilisée par les programmateurs pour célébrer deux obscurs compositeurs lyriques de deux nations sous-représentées dans les salles de concert, l'italien Giuseppe Verdi et l'allemand Richard Wagner, un petit coup de projecteur sur ce que les programmateurs, partant du même super-argument de l'anniversaire, auraient pu proposer au public - manière que la notion de célébration prenne plus de sens qu'en jouant exactement ce qu'on joue d'habitude.
Petite balade chez les compositeurs fêtables
John Dowland => Né il y a 450 ans.
L'immortel songwriter et luteplayer ne sera évidemment pas joué dans les hangars à bateau des grandes capitales, sauf à ce qu'un arrangeur exalté entreprenne de le massacrer galamment.
Carlo Gesualdo => Mort il y a 400 ans.
Présentation superflue ici aussi, pour le maître du chromatisme, insurpassé avant Liszt et Wagner. Evidemment, comme il n'a pas écrit de concertos, symphonies ou opéras, il est plus compliqué de faire déplacer le grand public. Mais quelques concerts avec les deux derniers livres de madrigaux seraient fort bienvenus.
Arcangelo Corelli => Mort il y a 300 ans.
Son nom n'est peut-être pas assez célèbre pour faire déplacer le public, mais sa musique plaît généralement à une très vaste frange d'auditeurs, bien au delà des amateurs de classique. Par ailleurs, l'expérience a montré que même noyé dans un gros orchestre symphonique, le résultat pouvait être convaincant. Une petite pièce en ouverture, ça ne pourrait pas faire de mal !
Jacques Hotteterre => Mort il y a 250 ans.
La figure tutélaire du traverso en France, l'équivalent local de Quantz à quelque sorte. Sa musique est comparable aussi : belle, sans être indispensable si on ne s'intéresse pas spécifiquement à l'instrument.
Johann Ludwig Krebs => Né il y a 300 ans.
Organiste fréquemment représenté dans les anthologies consacrées à la musique germanique du temps. Pas forcément très singulier, mais de la musique de qualité.
Antoine Dauvergne => Né il y a 300 ans.
Jadis surtout célèbre pour son pastiche d'opera buffa qu'il avait présenté comme la traduction d'une oeuvre d'un italien, Les Troqueurs, Dauvergne n'est pas que le compositeur de musique légère que la postérité a fait de lui. A la tête de l'Académie Royale de Musique, il a composé des oeuvres plus sérieuses. Il a déjà bénéficié de sa "résurrection" lors de la saison 2011-2012 du CMBV, avec en particulier la recréation de sa tragédie lyrique Hercule mourant - un pont très intéressant entre deux époques, une survivance des proportions et outils de la "deuxième école", dans laquelle on entend déjà des formules mélodiques plus élancées, plus ramistes, voire plus classiques.
Après des gateway timeout à n'en plus finir, Classissima.fr rouvre ses portes.
L'outil a l'avantage d'être assez commode, avec la collection de flux spécialisés dès la première page. Rien de révolutionnaire non plus lorsqu'on utilise déjà un agrégateur de contenu, mais le caractère spécialisé et centralisateur est assez agréable, avec de surcroît des choix de sites pas toujours bien référencés dans les moteurs, mais très pertinents.
L'excellent pianiste ET carnettiste, Philippe Hattat-Colin, propose une introduction très précise à cette musique qui a considérablement marqué les compositeurs du XXe siècle, en particulier par l'entremise de Debussy. Il découvre cette musique dès 1887, lorsque le gouvernement néerlandais offre au Conservatoire de Paris les instruments ; puis, jouée par d'authentiques spécialistes, aux expositions universelles de 1889 et 1900.
Il est fasciné plus spécifiquement par trois éléments :
la diversité des couleurs possibles (notamment en ce qui concerne les cadences harmoniques) ;
l'aspect singulier des ornements et mélismes ;
la qualité du détail, en particulier du côté contrapuntique.
Philippe Hattat-Colin propose une introduction assez technique à cette musique, mais qui a le mérite d'entrer dans le vif du sujet, là où la plupart des textes sont généralement un peu évasifs.
Quel mélomane ne s'est pas quelque jour reposé sur la certitude du caractère profondément parasitaire du tuba ? Il prend de la place, il coûte cher, il n'est pas souvent dans les nomenclatures, et quand on l'entend, on regrette qu'il soit là. On s'est d'ailleurs mis avec bonheur, à l'image d'Harnoncourt par exemple, à remplacer le tuba par le contrebasson dans l'orchestre verdien.
Fort logiquement, avec un instrument aussi moche, il n'existe aucune littérature solo digne de ce nom, en dehors de quelques auteurs ratés (la plupart probablement profs d'instrument au Conservatoire) qui ont voulu se faire une gloire et un peu d'argent - à peu de frais vu la concurrence nulle de la part de vrais compositeurs.
Eh bien, les enfants, il va falloir remiser toutes ces certitudes au placard.
Oh, on se doutait bien que pour survivre à leur statut - travailler autant qu'un tromboniste, mais ne rien jouer d'intéressant et paraître sans cesse ridicule au yeux du monde, et même des collègues et du public -, une bonne dose d'humour connivent et d'autodérision était nécessaire. Mais en plus d'être rappeuse dévastatrice, Carol Jantsch produit au boulot un son assez délicat (il faut dire que les tubistes en fonction soliste, n'ayant pas à assurer les fondations d'un orchestre pléthorique, offrent souvent un son beaucoup plus limpide que les basses rauques et graisseuses auxquelles on associe spontanément l'instrument), qui lui permet de s'extirper de la seule drôlerie.
Je me permets donc un coup de pouce à sa promo (remarquable stratégie virale !), en prenant le relais de la chroniquette du Klariscope.
Un site que j'aime beaucoup, et que je souhaitais recommander, à l'occasion d'un moment où le temps manquerait.
Forvo est le réceptable de prononciations du monde entier, un outil remarquable pour vérifier un mot étranger, ou pour observer les variantes régionales d'un même vocable.
Le caractère particulièrement puissant du site réside dans son ouverture à tous, si bien qu'il est possible de formuler des demandes spécifiques ou de contribuer soi-même dans son idiome principal.
Les deux ont un lien (ténu), mais je vous conseille d'investiguer séparément.
Comme de coutume, le(s) vainqueur(s) gagne(nt) un panier garni libre de droits.
--
L'image
Qui sont-ce ?
--
Le son
Compositeur ?
Compositeur ?
Compositeur ?
Compositeur ?
Si je pose la question, c'est que la réponse, à défaut d'être logique, est accessible.
P.S. : Celui qui trouve la nationalité du hautbois solo, le facteur des palettes du second cor ou le troisième prénom de la petite amie du timbalier a quand même droit à une petite récompense.
Visite guidée sonore par Alexandre Drawicki (directeur scientifique de la Fondation), et des témoignages, notamment de Guy van Waas...
Aucune information sur la permanence de l'enregistrement, donc ne tardez pas : http://soundcloud.com/agremens.
J'en profite aussi, dans le même registre, pour indiquer que l'Atys de Piccinni, dont il a déjà été abondamment question ici, est disponible sur le site de France Musique jusqu'au 23 de ce mois.
Pour comprendre à partir de quels outils on peut rédiger une Histoire de la Musique fiable, dotée de jugements moraux lucides et proportionnés, voici en exclusivité une infographie complexe, mais extrêmement opérante :
Alors que les classiqueux s'étripent très souvent sur les choix d'interprètes (où le même peut être tour à tour considéré comme une divinité terrestre ou comme un imposteur même pas amateur), voici un témoignage qui met très bien en évidence l'importance primordiale de la matière musicale, dans les répertoires très écrits (à partir de 1830, disons).
Emile Naoumoff est compositeur, et surtout célèbre comme accompagnateur (tout à fait valable) de musique de chambre ou de mélodie. Et effectivement, du point de vue de l'interprétation, il y aurait beaucoup à redire dans cette pièce virtuose : le son excessivement cassant (impossible d'entendre un thème de façon lyrique), beaucoup de scories (des pans entiers se fourvoient), une limite dynamique dans le forte. A la fin, les accords fortissimo ne sonnent même plus, à cause des attaques brutales - on voit bien au demeurant la crispation de l'avant du bras, en plus de la posture bizarre (lointaine et très basse).
Et pourtant, le résultat est absolument électrique, car l'arrangement qu'il a écrit adapte aux moyens propres du piano ce que l'on entend à l'orchestre (sans forcément en copier les procédés). Cela procure une tension remarquable, peut-être même supérieure à la version originale. Par ailleurs, la répartition du spectre harmonique est idéale, à la fois sur un vaste ambitus et avec un son très dense.
On remarque aussi qu'en tant que compositeur (et auteur de la présente réduction), son usage de la pédale, assez généreux, est extrêmement précis, ce qui permet de procurer une ampleur « symphonique » au piano, sans sacrifier la précision des lignes et des harmonies comme c'est souvent le cas.
Bref, un cas d'école, une preuve éclatante du triomphe du compositeur sur l'interprète !
Chose amusante, on pourrait faire exactement la même démonstration, mais dans le sens inverse, pour les musiques baroques, voire classiques - l'interprète étant, dans le premier cas, co-créateur des rythmes, des mélodies - et même, dans certains cas, des harmonies. Dans ces musiques, une interprétation tiède peut rendre inintéressants des chefs-d'oeuvre, et une appropriation inventive rendre fréquentables d'aimables torchons.
En regardant un peu les musiques mises à disposition, je revois que j'avais proposé celle-ci dans la série des Marseillaise étranges ou alternatives.
En voyant cette autre version, je me permets de partager avec les lecteurs de CSS un certain nombre d'incertitudes qui me troublent :
1) Une version traduite en hongrois de la Marseillaise justifie-t-elle qu'on se lève ? Est-ce à voir comme "fantaisie" (qu'on tolère parce qu'on est gentil) ou comme l'hymne lui-même ?
2) Plus généralement, la musique séparée de ses paroles constitue-t-elle l'hymne ? Elle peut s'il n'y a pas du tout de paroles et qu'il s'agit de la strophe entière, comme lors des grandes manifestations. Mais si on en entend un motif ou une phrase entière dans une symphonie ou à l'Opéra, doit-on se lever ?
3) Enfin, et plus profondément, le fait de jouer la Marseillaise en concert justifie-t-il de se lever ? La tradition dit oui, mais je m'interroge : lorsqu'elle est jouée comme morceau de musique, a-t-elle son statut sacré - au même titre que lâcher un Mon Dieu ! n'équivaut pas à une prière ? N'est-ce pas, d'une certaine façon, dénaturer son statut que de la traiter machinalement avec déférence alors qu'on n'est venu que pour en écouter la musique ?
C'est juste pour savoir si je dois me lever pendant les Deux Grenadiers (où elle est reprise en mineur, sacrilège), voire au milieu d'Hermann & Dorothée ou de l'Ouverture 1812.
J'en profite pour ajouter une dernière question, si un spécialiste est présent dans la salle. Du fait de la loi du 18 mars 2003 sur les outrages aux symboles nationaux, pourrait-on être puni (pure hypothèse bien sûr, personne ne s'embarrassera pour cela) pour outrage à l'hymne si l'on ne se levait pas pendant un concert Berlioz, par exemple ? Et si l'on est étranger ? A cela, on pourrait ajouter des questions plus purement juridiques : cette loi se limite-t-elle aux outrages (déchirer ou souiller le drapeau, huer l'hymne), ou couvre-t-elle également les dénigrements (« Rouget de Lisle harmonisait comme une moule hémiplégique ») et les parodies ? Vous imaginez aisément le risque d'incarcération pour tous les professeurs d'écriture et de composition.
Vous me direz que vous êtes de toute façon obligé de vous lever si vous voulez continuer à voir quelque chose, mais l'hypothèse assise demeure stimulante, de mon point de vue.
Dimanche à 12h, la glorieuse Françoise Masset et Joris Verdin, au Cavaillé-Coll local, donneront un bouquet de mélodies sacrées & profanes très original et appétissant : un peu d'orgue par Lefébure-Wély, Franck, Chauvet, des pièces vocales de Cherubini, Halévy, Gounod, Franck, Massenet... et bien sûr Théodore Dubois (1, 2, 3, 4), dont un motet (O vos omnes) et un extrait des Chansons de Marjolie (« Pianto », la moins réussie du cycle, mais la seule qui sonnera mieux à l'orgue qu'au piano).
Chanteuse révérée + oeuvre-culte, et dont les vertus sont tant en accord... difficile de rester à distance lorsque quelques dizaines de minutes nous en séparent.
On peut rester pour 15h pour un petit récital de mélodie européenne accompagné par Alice Ader.
Pour les gens respectueux de la planète (et des automobilistes de retour de vacances), les patelins attenants sont desservis par la ligne H (Viarmes et Boran-sur-Oise). 5 km à pieds environ, parfait pour la promenade matinale, même si les bois environnants sont assez moches (pardon).
Il est à noter que cette information n'aurait pas été possible sans la vigilance d'Ugolino le Profond, le plus vigoureux défenseur de l'art de Théodore Dubois.
Suite à des menaces crédibles, je retire la phrase qui précède. Il s'agirait seulement d'une coïncidence (troublante) avec un concert Scelsi.
Je comptais proposer une notule un peu plus étoffée aujourd'hui, mais devant l'urgence, je signale que le Guardian et le site du Festival de Glyndebourne proposent plusieurs opéra donnés cet été, en libre flux. Mais je m'aperçois que les vidéos seront manifestement retirées dimanche !
Puisque le temps presse, vous pouvez vous dispenser de Nozze qui n'offrent pas grand'chose d'inédit musicalement ni scéniquement, même un peu ternes pour un festival de cette réputation. En revanche, le diptyque Ravel par Ono / Pelly est à voir absolument. L'Heure Espagnole est une grande réussite de lisibilité scénique, et chantée remarquablement - même par les non francophones, qui compensent par leur tempérament ou leur phrasé. Stéphanie d'Oustrac règne évidemment, dans une incarnation à rapprocher de Denise Duval, et le grand luxe se trouve en la personne de François Piolino en Torquemada.
J'ai prévu de mentionner, un peu plus tard, une sélection de vidéos de l'été, si d'aventure elles avaient échappé aux lecteurs de CSS.
Comme chaque année, il convient de mentionner la sélection d'Operabase, qui propose les oeuvres les plus rares jouées dans le monde.
L'occasion de mettre en oeuvre les conseils de Carnets sur sol pour écouter et enregistrer les radios des territoires lointains.
Cette saison, contrairement aux deux précédentes plutôt généreuses, on ne trouve pas énormément d'oeuvres de notre liste, mais la vue d'ensemble mérite toujours le coup d'oeil.
Au passage, on remarquera qu'en ce qui concerne le répertoire français, le lieu où il faut être cette année, c'est bel et bien Paris.
Aarhus, deuxième ville du Danemark, vient d'être sélectionnée comme capitale européenne de la Culture pour 2017, au moment où (depuis l'année dernière) le rond-en-chef de son nom, anciennement Århus, a été abandonné pour des raisons de compatibilités internationales. L'occasion de voir un peu ce qui s'y passe en musique (classique, le reste y étant très bien servi aussi).
Comme souvent avec les pays germaniques et nordiques, l'aspect musical pour une grande ville de taille intermédiaire laisse assez rêveur. Avec 240.000 habitants, la ville se situe au niveau de Montpellier, Bordeaux, Lille ou Rennes. Et pourtant, la vie culturelle y est tout autre. Outre une vie estudiantine très développée (un sixième de la population serait étudiante), elle dispose de Musikhuset Aarhus (« la Maison de Musique d'Aarhus »), largement ouverte au classique et à l'opéra, même pendant l'été, disposant d'une luxueuse salle de concert où figure rien de moins qu'un grand Klais !
On y trouve aussi deux orchestres de bon niveau (même si le Danemark n'a pas en la matière l'hallucinant niveau moyen de l'Allemagne, la Norvège ou la Finlande), le Sinfonietta, dévolu aux petites formations, notamment aux musiques pour ensemble du vingtième siècle, et le Symphonique. Le disque laisse voir une assez remarquable générosité en matière d'exploration de répertoire :
Poèmes et Suites symphoniques de Malcolm Arnold (avec Bostock, chez Classico)
Oeuvres symphoniques de Balakirev (chez Danacord)
Quatre disques dévolus aux oeuvres symphoniques de Bentzon (Da Capo)
Trois disques de songs orchestrales de Delius (avec notamment Bonde-Hansen, chez Danacord)
L'épopée chorale (comparable à l'Aenéas de Roussel) Les Croisés de Gade (BIS)
L'intégrale des symphonies de Holmboe (BIS)
Des cantates de Nielsen, dont la Kantate ved Landsudstillingen i Århus (« Cantate pour l'Exposition Nationale d'Århus »), pour Da Capo
Une intégrale concertante de Rachmaninov (Danacord)
Un programme concertant Ruders (Da Capo)
Une monographie Rosing-Schow (Da Capo)
Un programme concert Ole Schmidt (Danacord)
Et divers autres programmes, en particulier concentrés sur les danois du XXe siècle (souvent encore en activité). Outre l'intérêt propre de ces oeuvres, on voit la place très sérieuse qu'occupe l'orchestre dans la défense du patrimoine musical danois, même si ce n'est clairement pas le meilleur orchestre européen - on peut comparer avec l'Orchestre Royal et Orchestre de la Radio, plus performant que le premier, moins que le second, donc pas extraordinaire mais tout à fait valable.
--
Pourquoi en parler ? Juste pour le plaisir de comparer avec ce qu'une ville de taille similaire fait en France. Ce n'est pas infamant par rapport à l'écart existant avec des villes allemandes (je parlerai prochainement de l'orchestre de Francfort n°2, celui du Brandebourg), mais la qualité des infrastructures et la place dans la promotion de la culture locale laissent rêveur.
qui est le compositeur (facile, surtout avec le texte) ?
qui est l'interprète (particulièrement inattendu) ?
La réponse est facilitée par le fait qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de lecteurs de CSS qui n'aient pas déjà entendu cet extrait (par ces mêmes interprètes)...
La seconde occurrence, plus fidèle à la partition, est tirée du même endroit.
Comme d'habitude, un lot à convenir avec le vainqueur.
Je reste ébaubi du nombre de traducteurs qui ont obtenu grâce à ce viatique leur diplôme et leur emploi. Dépêche d'agence à propos des tatouages de baryton wagnérien :
Je souhaite ne l'avoir jamais fait.
Ce n'est donc pas du souhait mais du regret, ce qui s'exprime certes dans certaines langues par le même verbe (typiquement "wish" en anglais), mais en français, "je regrette de l'avoir fait" est considérablement plus léger, élégant et correct. Ce n'est pourtant pas un tour de force, il suffit d'écouter sa langue... et même les petits français (oui, même eux !) apprennent depuis le collège les équivalents automatiques de ces tournures.
Et on en lit comme cela tous les jours. C'est encore plus terrifiant que les modifications syntaxiques dues au contact de l'anglais ("le plus je gagne, le plus je suis content"), parce qu'ici on ne modifie même pas la langue d'arrivée, on se contente de mal la parler, en ne respectant même pas le sens de la langue de départ !
On a beau employer des anglicismes tous les jours sans déplaisir aucun, il existe quelques cas où l'on prend peur. Pourtant, The French don’t care what they do, actually, as long as they pronounce it properly. (a dit un grand linguiste de fiction)
--
Pour ceux qui veulent plus de détails, ils peuvent profiter de cette admirable synthèse proposée par le journal de Canal +, aimablement signalée par un lecteur de CSS (à partir de 5'50), dans laquelle, déjà effrayés par le ton employé qualifier ce festival de musique classique (brr), nous apprenons tout sur la longue amitié qui lia personnellement Richard Wagner (1813-1883) et Adolf Hitler (1889-1945).
J'avoue ma déception qu'on ne nous révèle rien des pots que se prenaient Caius Julius Caesar et Benito Mussolini, ou des chansons à boire autour desquelles se retrouvaient licencieusement De Gaulle et Jeanne d'Arc - mais vu la brièveté du format, on ne pouvait bien sûr pas être exhaustif.
En lisant Klari, je m'aperçois que ce n'est pas la première fois que j'entends / lis des plaintes au sujet de l'ouverture des sacs à l'entrée des salles de spectacle, et qu'elles me surprennent à chaque fois.
Outre le fait que la décision n'émane pas de l'institution mais du gouvernement, je trouve en effet l'initiative plutôt sympathique :
1) elle me permet de vérifier à chaque fois que je ne suis pas un dangereux terroriste, malgré mon teint d'encre (sympathique) ;
2) elle permet d'entrer en contact spontanément avec les vigiles, toujours très embarrassés, comme s'excusant de nous garder malgré nous-mêmes des dangers de massacres de masse ; c'est un contact assez sympathique à l'entrée des salles, alors qu'on ne s'adresse pas à eux s'ils restent renfrognés dans un coin.
Pour les plus facétieux d'entre nous, ce peut être l'occasion de tester son sens de l'humour : jeux de mots sur les sac en plastique, réveil et fils ostensibles dans sa sacoche, bombes sphériques en peluche, écriteau "BOUM", poster de Nasrallah, etc. Hurler des slogans en arabe est en revanche réputé de mauvais goût, préférez les menaces en gaélique ou les comptes à rebours en tigrinya, beaucoup plus chics et en général mieux vécus par l'assistance.
Aujourd'hui on commémorait les soixante-dix ans de la raffle du Val d'Hiv, et un sondage montre que beaucoup de personnes ne savent pas ce qu'est cet événement sanglant.
On voit ça. Le Val d'Hiv, ce doit être une station vers Gavarnie.
Article 2 du Code d'honneur du légionnaire (oui, j'ai bien le droit de faire des projets de vacances).
Chaque légionnaire est ton frère d'arme quelle que soit sa nationalité, sa race, sa religion. Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir les membres d'une même famille.
Amusant qu'on n'ait pas changé, par les temps qui courent, le mot « race » du code. Cela dit, il serait bien fantaisiste d'accuser d'intentions xénophobes un article qui défend précisément la position contraire ; et, à défaut d'être rigoureux en sciences naturelles, l'article est clair, comme l'ensemble du Code - d'ailleurs sur le mode, juridiquement insolite, du tutoiement.
(Oui, il n'en faut pas beaucoup pour amuser un parisien en juillet.)
André Ciccodicola, rédacteur en chef de l'Humanité Dimanche, disait en substance ce matin :
Les cyclistes vont passer au col de la Croix-de-Fer ; c'est un nom merveilleux. Un vrai chemin de croix pour les cyclistes.
Je ne sais pas ce qu'il faut le plus admirer de l'Eisernes Kreuz ou du Golgotha, mais c'est assez savoureux d'inconséquence métaphorique pour la plume officielle du communisme français.
The musician’s corollary to Murphy’s Law: the probability of a mobile phone ringing during a concert is directly proportional to the tenderness of the moment.
La loi de Murphy est un terme geek pour une loi naturelle connue depuis la nuit des temps : la loi de la Tartine Beurrée. Si le pire peut arriver, alors il advient.
Et il est vrai que la probabilité d'entendre une nouvelle armure et une nouvelle carrure durant une mélodie suspendue ou un silence particulièrement ineffable vérifie terriblement cette loi toute-puissante.
--
La musique ouverte ne désigne pas seulement l'inclusion de libertés, voire d'aléatoire, dans une oeuvre, c'est aussi un excellent site qui regroupe des enregistrements libres de droits selon la législation française. Si vous souhaitez y participer, il faut créer vos codes, vous pouvez me joindre par courriel pour que je demande.
Abstract à l'intention de ceux des fans de Renée Fleming dont les compétences en lecture seraient limitées :
dans cette notule, je vous charrie (plus ou moins gentiment, c'est selon).
Comment se fait-il que même les plus grands instrumentistes (à quelques très rares exceptions près) puissent produire autant de pains avec l'objet qui leur permet de gagner le leur ?
De 1940 à 2012, elle permet d'entendre des extraits des principaux succès de chaque année. Particulièrement révélateur des goûts, de l'atmosphère culturelle de chaque époque, et on y rencontre aussi des bijoux qui ne sont plus aussi célèbres aujourd'hui, comme la voix magnifiquement timbrée de Connie Francis à l'aube des années soixante.
Et avec des outils comme MusicMe et Deezer, il doit être possible de découvrir la majorité de tout cela en ligne. Belle invitation au dépaysement temporel et stylistique, une exploitation vraiment pertinente du support multimédia : une histoire de la chanson par le son...
On vous manipule. La Télévision d'État vous manipule. Votre redevance sert à vous manipuler.
Et comme si ça ne suffisait pas en soi, ce n'est pas loyalement par de gros mensonges, mais de façon retorse, par la partie la plus sensible de votre être.
Quand on vous disait que l'Opéra de Massy, à défaut d'être chic, c'était cher :
Facéties typographiques mises à part, l'Opéra de Massy propose cette saison d'un choix de qualité (des oeuvres célèbres, mais de style divers et soigneusement distribuées), dans une salle extrêmement confortable visuellement et acoustiquement (on peut quasiment dit qu'on voit mieux et entendu mieux, à n'importe quel endroit, qu'en première catégorie dans n'importe quelle salle parisienne...), et a surtout le mérite... de donner à voir ce qu'est le théâtre non subventionné, financé essentiellement par la billetterie : dès qu'il s'agit de secteurs un peu plus confidentiels que le rock ou le théâtre, les prix les réservent clairement à une certaine élite sociale, qui s'ajoute au filtre de la peur de pousser la porte d'un Opéra pour les gens qui n'y ont pas été éduqués...
Les tarifs de l'Opéra de Massy attiédissent bien des ardeurs passionnées - dont les miennes, d'ailleurs.
--
Dans la programmation de cette année, on remarque notamment :
=> Comme Cécile Achille (découverte étudiante en récital de mélodie au CNSM, et la saison prochaine à l'Académie de l'Opéra-Comique) et Hasnaa Bennani (découverte étudiante au CRR de Paris dans un opéra baroque, et présente la saison prochaine aux côtés des plus grands dans les plus grandes salles), Clémence Barrabé, remarquée par les lutins, débute une carrière de premier plan, avec une Adina dans L'Elisir d'amore de Donizetti. Une des voix (et des dictions !) les plus intéressantes de la génération montante, à mon sens. Et ce n'est pas en mauvaise compagnie, Franck Leguérinel sera Dulcamara.
A gagner, un témoignage inédit de la dame (bon courage) ou de l'oeuvre (meilleur choix).
Si, si, elle est très célèbre (même si elle est méconnaissable ici). Il faut dire qu'elle est devenue complètement illustre un peu plus âgée, et que la majorité des témoignages la montrent assez différente. Elle n'a pas souvent eu, non plus, ce genre de costume.
Si c'est un peu trop difficile, vous pouvez vous aider d'un second extrait, tout aussi bizarre, mais un peu plus proche de son allure habituelle :
Tiré d'une oeuvre assez célèbre d'un compositeur assez célèbre, beaucoup de monde a dû l'entendre parmi les lecteurs de CSS, même sans y prêter trop garde.
Je ne suis pas totalement persuadé que le concept soit intrinsèquement opérant, mais voici un site remarquablement conçu qui permet d'effectuer ce type d'expérience :
Auteur inconnu, et pourquoi pas anonyme - voire innommable si l'on est un peu juif tétragrammatique sur les bords -, passe encore, mais collectif !
Surtout pour un ouvrage qui effectue constamment un va-et-vient entre la notion de l'Unique et celle du Divin, ça fait désordre.
--
Le caractère collectif de l'élaboration du texte final (via les différentes traditions orales avant le "tri") a beau être historiquement attesté (unification des versions et destruction des anciennes copies sous l'impulsion de `Othmân ibn `Affân), c'est un peu violent à lire sous cette forme, au détour d'un classement dans le bac d'un libraire. [Un peu comme si on l'avait rangé dans le rayon "fictions"...]
En effectuant une recherche dans une base de données sur Siegmund Nimsgern, afin de vérifier s'il ne me resterait pas encore quelques petites choses à découvrir, voici la première réponse obtenue :
Lorsque Walter Gropius envoie la lettre où il propose à Alma de l'épouser (on est en 1910, les liens avec son mari de Mahler sont distendus), il l'adresse non pas à Madame,
Cet aimable bac à sable accueille divers badinages :
opéra, lied,
théâtres & musiques
interlopes,
questions de langue
ou de voix...
en discrètes notules,
parfois constituées en séries.
Beaucoup de requêtes de moteur de recherche aboutissent ici à propos de questions pas encore traitées.
N'hésitez pas à réclamer.