Carnets sur sol

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dimanche 20 avril 2014

Décapitations


Du fond de l'abîme, aux confins de l'oppression la plus noire, nous appelions un héros. Il est venu.


Suite de la notule.

samedi 19 avril 2014

Temple sacré


Mais quel est ce lieu manifestement saint, peut-être interlope, soutenu par ces piliers de bois, et inondé de lumière ?


Non ?

Second indice :


Toujours pas ?

Suite de la notule.

mercredi 12 mars 2014

[Vidéos] Intégrale Bach sur clavecins historiques


L'intégrale proposée sur son site par la Cité de la Musique a de multiples avantages :

=> Elle est réalisée intégralement en vidéo, et assez bien filmée (on voit les doigts et les instruments, de façon mobile mais pas trop hystérique).

=> Elle réunit bon nombre des meilleurs clavecinistes vivants : Béatrice Martin, Benjamin Alard, Jean-Luc Ho, Olivier Baumont, Pierre Hantaï, Blandine Rannou, Bob van Asperen... Les autres, que j'aime moins, ont leur célébrité aussi (Staier, Frisch, Cochard qui a tellement progressé, le pionnier Moroney...). J'aurais dû choisir des noms, je n'aurais certainement pas mieux fait.

=> Elle utilise les instruments historiques (ou reconstitués) du Musée de la Musique, ce qui nous vaut par exemple d'entendre la projection très franche d'un clavicythérium (§ 5.1) dans le concert de Jean-Luc Ho. Les rares reconstructions étant peu probantes, c'est là un exemple précieux. Par ailleurs, les clavecins empruntés au Musée sont en général de magnifiques instruments, parmi les plus beaux qu'on puisse trouver ; et comme pour l'orgue, cela a une influence décisive pour un instrument dont l'interprète ne maîtrise pas les dynamiques et ne peut créer le timbre !

http://www.citedelamusiquelive.tv/Selection/Integrale-Bach.html

vendredi 21 février 2014

Prendre l'abbé Bethléem au sérieux


Il a déjà été fait mention, dans ces pages, de la figure de l'abbé Bethléem, sous forme de parallèle plaisant pour parler du monde d'aujourd'hui. Et il est vrai que la lecture (partielle, ne nous faisons pas de mal) de ses pre/oscriptions est un petit moment de bonheur, une sorte de porte-étendard du mélange entre morale et esthétique.

Jean-Yves Mollier, historien spécialiste de la littérature populaire du XIXe siècle, vient de publier un livre (La mise au pas des écrivains – l'impossible mission de l'abbé Bethléem au XXe siècle) qui a le rare mérite de prendre au sérieux à la fois le personnage et son corpus idéologique.


D'abord, l'abbé Bethléem prend au sérieux les livres (une position officielle de l'Église que Mollier relie au traumatisme de la diffusion de l'Encyclopédie impie) ; plus encore, ils les apprécie. Et c'est dans ce cadre, conscient de leur puissance, qu'il souhaite en contrôler le contenu, avec une influence qu'on sous-estime sans doute – la démonstration qu'il fait des relais de l'abbé dans la société et dans les coursives du pouvoir évoque grandement les situations électorales locales aux États-Unis, par exemple l'influence d'associations idéologiques sur les programmes des écoles.

Par ailleurs, son propos n'a rien d'étriqué, et s'applique avec méthode à tous les supports (théâtre, opéra, mode, bande dessinée, publicité !) susceptibles d'avoir de l'influence sur le public. On peut voir aussi sa posture se radicaliser après les lois anticléricales du début du siècle, dans une construction logique qui ne se limite pas au fanatisme.

Bref, très intéressant pour rendre à la figure et à l'époque leur épaisseur, au delà de l'aimable plaisanterie qu'il est devenu dans le langage (plus ou moins) courant.

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Les plus affamés peuvent déjà écouter l'entretien qu'il donnait sur France Culture la semaine passée :

Suite de la notule.

mardi 18 février 2014

La sortie à l'Opéra


... conserve son prestige vu les chiffres. 13% de cadres, 1% d'ouvriers, 15% de bac+4, 2% de non diplômés sont allés à l'Opéra dans l'année.

La catégorie la plus discriminante ? Être parisien : 19% sont allés à l'Opéra dans l'année.

Pour éviter à chacun (à commencer par moi) d'en faire l'effort, ces chiffres ont été obligeamment sélectionnés par Il Tenero Momento, à partir de la documentation officielle :


Je l'ai seulement survolée, mais dans les enjeux listés, je n'ai pas vu nommer l'évidence du paradoxe de l'offre : aujourd'hui, on peut accéder à tout en ligne, et, certes, les salles de spectacles pourront devenir des centres de diffusion culturelle adossés à des sites (ce qui, à mon humble avis, restera toujours une mission secondaire, puisqu'il faut bien produire la matière première et assurer les ressources de billetterie... qui a en outre l'avantage de ne pas être piratable comme un disque).

Mais, du fait même de cette richesse, le risque de rester enfermer dans son champ d'expertise est grand : il y a suffisamment pour occuper ses journées avec un seul genre musical... Cela suppose donc un effort pédagogique particulier pour inviter les gens à découvrir les genres qu'ils ne pratiquent pas...

Et cela pose donc la question des genres « légitimes » culturellement : lesquels sont censés être favorisés, et sur quels critères ?

samedi 15 février 2014

Cheap Wagner


Le meilleur de Wagner (duos de Walkyrie et Tristan) par deux des interprètes les plus courus du moment, Anja Kampe et Robert Dean Smith. Enfin un concert Wagner qui ne se perd pas en ouvertures et en airs isolés (pouah).

http://sallepleyel.fr/francais/concert/13366-anja-kampe-gary-lehman

C'est ce soir à 20h, salle Pleyel, et Carnets sur sol offre une place (second balcon centre). Il suffit d'envoyer un courriel à davidlemarrec chez online point fr.

samedi 8 février 2014

À un cheveu


Hier, 7h, sur France Culture.

Ceci n'est pas un montage.


Ce n'est jamais qu'un grand classique, mais entendu plutôt dans la bouche de personnes dont on n'attend pas la spécialisation en littérature antique. Forcément, lorsqu'on a la forfanterie de se faire nommer France Culture, c'est tout de suite plus drôle.

Suite de la notule.

jeudi 30 janvier 2014

L'épreuve du moulin


Gallica vient de mettre en ligne la première impression, corrigée à la main, de L'Attaque du Moulin de Zola. Cette nouvelle, tirée des Soirées de Médan, est réutilisée pour la scène par Alfred Bruneau, après le succès du Rêve, d'après le roman homonyme. Mais cette fois, Zola se lie de plus en plus fortement avec le compositeur, et s'implique très activement dans le livret, jusqu'à l'éviction complète de Louis Gallet.

Il s'agit de l'œuvre scénique la plus célèbre de Bruneau, qui mériterait sans doute de s'imposer davantage pour illustrer le style vériste français (avec, pourquoi pas, la Lépreuse de Lazzari, bien plus saisissante encore) ; il en avait été question sur CSS, avec un peu d'illustration musicale.

mercredi 29 janvier 2014

Shocking


On emploie aujourd'hui le terme « colonial », généralement assorti d'un petit suffixe méprisant et superfétatoire, à tort et à travers pour qualifier (et discréditer) tout ce qui peut être vu comme une rémanence de l'ancien monde (le monde d'avant les trentenaires), et qui est relatif au Sud ou à l'Orient. Cette obsession assez réductrice pourrait elle-même être qualifiée de colonialisante, je suppose. Néanmoins, il ne faut pas croire que le mot soit dénué d'applications.

Musique innocente

Au milieu d'un assez grand nombre de versions (Ermler & Bolshoï, Leaper & Radio Slovaque, Godwin & Palm Court...) chez de très respectables labels (Via Classic – label lié au Bolshoï –, Naxos, Chandos...), c'est la vieille version de référence de John Lanchbery avec le Philharmonia, chez le vénérable spécialiste EMI, qui fait toujours autorité, capable d'assumer le kitsch sans outrance, distance ni désinvolture, et avec une tenue instrumentale correcte – même si, personnellement, je n'ai vraiment pas l'impression d'entendre le même orchestre que dans les grands enregistrements symphoniques.


Vous aurez bien sûr retrouvé avec émotion In a Persian Market (« Sur un marché persan »), l'œuvre majeure (de pair avec le Jardin d'un monastère) de l'inaltérable Albert William KETÈLBEY (1875-1959), prince de l'orientalisme de pacotille et du kitsch occidental. De 1915 (date de l'explosion de sa popularité, avec la publication à grande échelle d'In a Monastery Garden et d'Ascherberg Tangled Tunes, moins passé à la postérité) à la Seconde guerre mondiale, il jouit d'une remarquable popularité grâce à ses œpoèmes symphoniques à programme, très simples (même les mélodies ne sont pas très puissantes), marquées par une orchestration pittoresque.
Ketèlbey a eu un parcours remarquable : très précoce (remarqué à onze ans par Elgar, pour sa Sonate pour violon et piano), concertiste à l'orgue et au piano, c'est finalement son talent pour les orchestrations chatoyantes qui décident de sa carrière. C'est cette qualité qui fut déterminante, et non une connaissance particulière des pays décrits – je ne suis même pas certain qu'il ait jamais quitté l'Angleterre. On raconte (manifestement sans sources sérieuses, mais la rumeur est significative) qu'il aurait été le premier compositeur millionnaire au Royaume-Uni – il a en tout cas fini sa vie dans l'opulence de son cabinet de travail, sur l'île de Wight.


Edwin Lord Weeks, américain de la génération précédente (1849-1903), est à bon droit perçu comme le pendant pictural de Ketèlbey. Ici, Restaurant en plein air à Lahore.


Malgré sa relative disgrâce dans les 70 dernières années, Ketèlbey continue de border discrètement notre quotidien assoupi : musiques de publicités, nombreuses adaptations en chanson (dont, bien sûr, My lady héroïne de Gainsbourg, qui emprunté précisément au Marché Persan)... et toujours plus de disques, là où des compositeurs autrement exaltants se contenteraient pourtant de bien moins.
Malgré son caractère rudimentaire (et son manque de relief, pour la plupart des sortes de sous-rhapsodies), sa musique a remarquablement anticipé l'évolution des usages de la musique instrumentale, comme support à des programmes : il y a chez Ketèlbey une grande prémonition de ce que deviendra la musique de film à l'avènement du parlant. Il ne s'agit plus de bâtir des fresques continues, ni de seconder précisément tel ou tel fait, mais plutôt d'induire une ambiance par un foisonnement sonore sous-jacent, pendant que les personnages parlent. La qualité musicale n'importe pas vraiment : ce qu'il faut, c'est de la couleur locale et de la puissance d'évocation. En cela, Keltèlbey le paysagiste victorien est un musicien d'avenir –– même s'il annonce davantage l'économie de Zimmer que celle de Takemitsu.

Et pourquoi cet accent étrange ? Son père graphiait « Ketelbey », mais on avait manifestement l'habitude d'absorder une des syllabes de ce beau nom, ce qui a dû suffisamment irriter notre flegmatique candyman pour en altérer l'écriture sans équivoque.

Bref : Ketèlbey c'est moche, Ketèlbey c'est amusant, Ketèlbey c'est important.

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Musique coupable

Il est temps de recoller à notre sujet. Vous avez remarqué le petit chœœur au début de l'extrait ? En voici les paroles :

Suite de la notule.

mardi 28 janvier 2014

La réponse de la devinette


Vous n'avez pas remporté le grand jeu-concours mais vous voulez savoir ?

Voilà.

lundi 27 janvier 2014

Le charisme du dos et le sac à pommes de terre


Un généreux lecteur signale à notre attention ce volubile recueil de citations de Celibidache, détaillant ses appréciations sur Karajan bien sûr, mais aussi Knappertsbusch, Muti, notre Abbado... et, au bout du tunnel, le très tuberculeux Karl Böhm.

Autant de moments de bonheur inspirés par une compassion toute bouddhique (envers ses lecteurs plutôt qu'envers ses victimes), et sans doute nourris d'un grand nombre d'années de pratique de la réduction et de la simultanéité de la fin dans le commencement.

Pour couronner le tout, l'excellent article traduit une lettre de réaction à ce florilège publié dans le Spiegel en 1989. Écrite par Carlos Kleiber, mais signée Toscanini. À découvrir absolument.

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Par ailleurs, pour ceux qui aiment ce genre de rosseries, ne manquez pas les traits de Gustav Leonhardt sur Karajan, dans cet entretien de Jacques Drillon resté célèbre. Savoureux aussi bien au premier degré qu'en regardant qui parle (le seul gars avec qui La Petite Bande jouait faux...).

Et combien plus rigolo que toutes les histoires de cache-cache-nazi ou de chat gammé.

jeudi 23 janvier 2014

BOUGUEREAU : le film


Voyage délicieux à travers les tableaux de maîtres... animés.

Le réalisateur Rino Stefano Tagliafierro a ainsi mis en mouvement, en prolongeant les gestes existants et en rétablissant les parties occultées dans les originaux, des tableaux célèbres (ou du moins d'auteurs fameux) de Bierstadt, Gellée, Tiziano, Lagrenée, Correggio, Gérard, Caravaggio, Vermeer, Géricault, Rubens, Doré, Rembrandt, Delaroche, Ribot, Friedrich, quelques autres... et massivement Bouguereau.


Travail de de titan, auquel on pourra reprocher ici un manque de naturel, là une interprétation un peu sommaire du sujet, un manque d'ambition ou quelques procédés récurrents ou faciles... mais le plaisir de voir ces témoignages immobiles s'animer soudain n'a pas de prix.

dimanche 19 janvier 2014

Grand jeu-concours : 1 place à gagner


Une place pour le concert Brahms / Blomstedt (œœuvres chorales symphoniques et Deuxième Symphonie), salle Pleyel, ce mercredi 22. Avec l'Orchestre de Paris et son chœur fabuleux (raison principale de l'achat du billet).

Pour participer au tirage au sort, il faut répondre (créativement) à l'une de ces épreuves au choix :

A) Qui est l'auteur de cette symphonie ?


B) Nommez un disque ou un spectacle que vous avez particulièrement aimé dans les six derniers mois.

C) Écrivez une épopée en IX chants à la gloire de CSS (libre choix de vers césurés).

Si vous souhaitez répondre à plusieurs questions, votre nom apparaîtra autant de fois dans le tirage au sort.

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Réponse par courriel (davidlemarrec chez online point fr), commentaire ci-dessous ou papier libre à :

David LE MARREC
75, champ de Qaanaaq
Lieu-dit : Sabbat-ma-Terre
22666 Poulpiquet-sur-Mer

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Le tirage au sort sera réalisé mardi soir, et la place sera envoyée par courriel. Laissez une adresse valide (elle n'apparaîtra pas publiquement) !

mercredi 1 janvier 2014

Finitude


On mesure sans doute mal, au pays des Monuments Historiques et du théâtre subventionné, la fragilité d'un modèle culturel qui semble aller de soi.

Pourtant, on abat les clochers qui symbolisent pour tous le relief du paysage français – des horreurs néo-gothiques non classées, et désertées par les fidèles, qui coûtent des fortunes en entretien au lieu de salles polyvalentes plus confortables et utiles à tous (à la place des maires, je ferais pareil).

Quant à la culture, il suffit de lire les programmations désespérantes des Maisons d'Opéra d'Amérique du Nord (quatre-vingts titres maximum qui tournent en boucle sur le continent), puisqu'il faut rassurer les mécènes qui ont envie de payer pour voir leur Faust ou leur Don Giovanni, dans des productions aussi confites que possible... pour se convaincre des limites de « l'avis du public » comme source exclusive de programmation.

La culture subventionnée a certes ses limites, avec toutes les dépenses somptuaires pour des niches qui n'intéressent à peu près personne (dont l'opéra dans bien des grandes villes de France...), mais elle permet de mettre à disposition une diversité de choix bien supérieure, de laisser aux œuvres plus exigeantes le temps de s'imposer, de proposer des pierres angulaires de culture commune indépendamment des modes ou au contraire de bousculer les habitudes trop ronronnantes. Tout le débat portera bien évidemment sur l'emplacement du curseur, et je le laisse à qui a envie de mourir de s'en emparer.

Avec la crise des crédits individuels, des liquidités interbancaires et des dettes étatiques, on peut craindre que cette partie la moins essentielle à la survie d'une société (au moins sur des délais immédiats) soit grandement menacée : les gens dorment dehors en Grèce, perdent leur emploi à vie, on leur retraite amputée de moitié, et on viendrait mégoter sur les subventions de l'Opéra de Paris, qui, vu l'essentiel de ses tarifs, s'adresse surtout au temps d'oisiveté d'une petite bande de possédants bien à l'abris des soubresauts du monde ? L'argument est imparable – et, pour tout dire, je ne suis même pas en désaccord : oui, bien sûr, la culture n'est pas le poste de dépense le plus essentiel d'un État. [Même, si, sur le long terme, et particulièrement le très long terme, le statut d'une nation est grandement lié à son impact sur les imaginaires.]

Ce sont ces questions qui se soulèvent avec cette image : oui, tout pourrait finir.


Le Metropolitan Opera House de Philadelphie. Oui, absolument effrayant : comment un tel monument peut-être s'effondrer sur lui-même – dans une ville aussi prospère ? Dans une société qui ne voit pas l'art comme une prérogative impérative de l'État, mais plutôt comme le fruit de la volonté (générale ou individuelle) de citoyens, murs et œuvres seraient-ils périssables ?

L'histoire du lieu est en elle-même intéressante.

Suite de la notule.

mardi 31 décembre 2013

Combien de fois Mozart est-il mort ?


Plus ou moins 140 fois, nous dit une étude sérieuse.

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Car, oui, Mozart étant un surhomme, il aura bien fallu sept vingtaines de plaies pour le terrasser.

La musique n'étant pas un art figuratif ni directement lié à la parole (sauf cas particulier du chant), la musicologie mène souvent les chercheurs sur des franges lointaines, sortes de rivages syrtiens où le sens de leur expertise paraît vaciller et se laisser peu à peu vaincre par d'autres fascinations. Combien de fois a-t-on pu lire des analyses littéraires (parfois belles) de livrets d'opéra sous des plumes censément rompues à l'étude des retours formels et des enchaînements harmoniques ? Ou bien des biographies qui font le travail de l'historien, en détaillant la vie de l'artiste à partir de documents choisis et observés sous un regard critique (ou pas, car précisément ils ne sont pas historiens), plutôt que de décrire l'évolution d'une méthode de composition ?


Le tout nouveau vrai portrait du vrai Mozart authentique, où l'on peut déjà déceler entre 77 et 92 morts.


Eh bien, ce n'est pas tout, les musicologues se font ainsi médecins. Ainsi, chaque année que Dieu fait, ou peu s'en faut, les journaux, spécialisés ou non, retentissent de clairons satisfaits : on a trouvé la cause de la mort de Mozart.

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On a tout eu :

Maladies (chroniques ou foudroyantes) les plus variées attestées par telle ou telle ligne de ses lettres, tel ou tel témoignage (éventuellement contradictoire), qui montre que tel comportement, tel inconfort annonçaient bien sûr cette maladie précise – car c'est bien connu, un sympôme ne peut s'attacher qu'à une seule maladie, c'est même pour ça qu'on n'a pas besoin de médecine ni de médecins.

Accidents, tel Drake diagnostiquant un hématome sous-dural à partir d'une fracture du crâne... Imparable, à ceci près qu'il aurait fallu qu'il observât le bon crâne.

Emploisonnements, comme l'avait proposé il y a quelques années la dernière théorie à la mode, plutôt convaincante à ce qu'il paraît, mais absolument invérifiable : Mozart avait écrit dans ses lettres qu'il se régalait à ce moment de viande... or ses symptômes pourraient être congruents avec n'importe quoi avec une intoxication alimentaire aiguë due à de la viande avariée. On avait même avancé les conditions de conservation de la viande chez les marchands, assez douteuses – croyez-le ou non, il n'existait pas de contrainte sanitaire prescrivant l'usage de réfrigérateurs. Bref, une hypothèse appuyée par des faits.

Complots : quel est le mystérieux commanditaire du Requiem, tellement impatient qu'il tue le compositeur pour l'entendre tout de suite, même inachevé ? Salieri, c'est un mensonge de Pouchkine, pas besoin d'abaisser un génie pour un élever un autre. Moi, je penche pour les Illuminati : pour une fois, chronologiquement, ils auraient pu faire le coup. Pourquoi ? Parce qu'ils sont méchants, voyons (voire liés avec les Sages de Sion, faisons d'une pierre deux coups).

Épiphanie : Mozart a pu rencontrer la Mort elle-même. Ou le Génie, qu'on ne voit pas en face sans être réduit en poudre. Ou pourquoi pas Dieu, après tout.
En attendant, c'est Mozart qu'on assassine !

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Et tout cela à partir de descriptions physiques incidentes, de plaisanteries dans des lettres, ou de récits de ses proches des années plus tard. C'est dire le pouvoir de la science.

Le dernier décompte en était à 140 morts (et 27 maladies mentales). Avec un commentaire sceptique du docteur Karhausen : Mozart n'a pas pu mourir de la moitié de tout cela, et vu le nombre de diagnostics erronés, on peut peut-être en conclure qu'on n'en saura jamais rien. Mais ce décompte critique est lui-même l'objet d'une course continue : la précédente somme, à quelques mois d'intervalles, arrivait à 118 et avait également été relayée dans la presse généraliste. Décidément, Mozart touche à l'infini.

Et moi, j'ai un petit creux. Si je ne reviens pas, je vous aide pour la théorie (cf. §3).


samedi 28 décembre 2013

Les sources de l'Apocalypse


Le sujet est passionnant, mais je mentionne surtout cette gourmandise parce que voir et entendre Patrice Cambronne est toujours un enchantement. En plus du fond limpide, cette espièglerie délicieuse donne une saveur assez jubilatoire à ses communications, où je tâche de me presser auprès de mon prochain, dès que j'en ai l'occasion.


[Les plus glottophiles et superficiels d'entre nous seront frappés par la voix exceptionnellement haute, émise à la limite mécanisme II.]

Grâce à l'ouverture des Universités sur le vaste monde, d'autres conférences sont disponibles. De quoi s'amuser en bonne compagnie.

jeudi 26 décembre 2013

Sieglinde McDuck


Dans la généalogie proposée par Don Rosa, et destinée à remettre du sens dans les innombrables aventures et parentés accumulées par différents auteurs depuis Carl Barks, il demeure un problème.


Helene Werth (Sieglinde) et Torsten Ralf (Siegmund) dans le premier acte de la Walkyrie.
Orchestre de la Suisse Romande, Robert Denzler, 1951.


Tout à son allégorie ansériforme, on y croise les Goose, Grebe, Coot (foulque), Gadwall (chipeau), Gander (jars), Mallard (colvert) – on remarque la variété de becs et de faciès, congruents avec l'espèce d'origine. On passe sur la coïncidence du clan écossais McDuck s'alliant à leur arrivée en Amérique avec la souche américaine Duck, peut-être le symbole des vagues d'immigrations (je ne crois pas que l'origine des Duck soit jamais explicitée chez Don Rosa). Malgré la virtuosité du collage et de la restitution, Don Rosa n'a pas pu tout résoudre :

Suite de la notule.

mardi 24 décembre 2013

Atonalité et abstraction


Suite à une question passionnante soulevée par Malko en commentaires, quelques prolongements à la notule d'hier sur les relations entre atonalité et désespoir :

Schönberg et les autres n'ont pas réussi à mettre en musique ce qu'ont peint Cézanne, Braque et Picasso...

Le parallèle entre les arts est toujours délicat, à cause de leurs différences de nature, mais en l'occurrence, je suis certain que ce n'est pas équivalent. Considérons un instant que la musique exprime des choses aussi précises que les dessins et les mots (ce qui n'est déjà pas le cas) ; alors l'équivalent de la tonalité est la partie figurative des arts visuels.

Cézanne, Braque et Picasso produisent toujours des formes avec des référents, qu'on peut rapporter à des objets réels.
Cézanne serait plutôt (sans surprise) l'équivalent de Debussy, qui dilue la tonalité, la suspend par moment (en passant outre les fonctions harmoniques, ou bien sûr par la fameuse gamme par tons), mais conserve une ligne directrice tonale aisément discernable.
Braque et Picasso m'évoquent davantage le Richard Strauss d'Elektra, qui pousse le langage dans ses retranchements jusqu'à ce qu'on ne puisse plus discerner ce qui appartient à quoi (scène de Clytemnestre en particulier), comme dans ces tableaux où l'on voit bien le mouvement d'ensemble, où le sujet est aisément discernable, mais où certains détails sont difficiles à interpréter. On pourrait aussi les comparer à Szymanowski (surtout Picasso, côté coloris), qui à force de multiplier les changements de direction (modulations empilées au sein d'une même phrase et même d'une seule mesure) déroute les perceptions de l'auditeur.

Pour en rester aux superstars du pictural, je verrais plutôt le Kandinsky de maturité comme patron de l'atonalité libre (ou plutôt à l'atonalité posttonale : plus rien n'est clair, mais on sent encore des mouvements familiers, on peut se rattacher à son expérience tonale), celle de l'opus 1 de Webern par exemple, qui ressemble davantage à de la tonalité désarticulée. Le dodécaphonisme sériel, ce serait plutôt le formalisme complètement abstrait de Mondrian ou Malévitch, qui cherchent à recrééer une autre forme d'émotion en repartant de zéro. [Il suffit d'observer la différence de tourment entre Wozzeck, écrit en atonalité libre, et Lulu, dodécaphonique, beaucoup plus distanciée. Même si, on le voit bien, le parallèle est très loin de se recouvrir exactement avec les équivalents picturaux.]

À présent, pourquoi le public a-t-il mieux digéré les uns que les autres ?
¶ D'abord, à en juger par le public (certes plus mêlé) des expositions : le tournant de l'abstraction, du concept, de l'installation est loin d'être accepté par tous. Je ne crois pas qu'on ait d'exemples nombreux dans l'histoire de l'humanité où les goûts de la majorité du public demeurent plus d'un siècle en arrière ; mais il est vrai qu'on a rarement vécu des évolutions aussi rapides, aussi radicalement nouvelles, et simultanément destinées à tous, et financées directement par l'État (donc sans la médiation du goût des mécènes, des entrepreneurs scéniques, du public choisi des théâtres, qui dictaient les modes).
Pas sûr, donc, que Mondrian soit, à proportions égales au sein d'un public « visuel » plus large, tellement mieux accepté. Malévitch est même devenu synonyme de blague, au même titre que 4'33'' – à tort d'ailleurs, car il y a réellement quelque chose de visible sur la toile.
¶ L'ouïe étant un sens resté plus « primitif » (et non obturable, pas de paupières d'oreilles, sauf à immobiliser ses mains), on se sent plus facilement agressé par une musique non conventionnelle que par un tableau bizarre, surtout s'il n'est pas figuratif. C'est l'une des caractéristiques de la grammaire musicale : on ne peut pas être simplement moche si l'on subvertit le système... c'est tout de suite et physiquement ressenti comme une agression, à peu près de la même façon que le ferait un parfum à la fragrance d'aisselle surchauffée.

Bref, le parallèle est passionnant, un puits sans fond, merci de l'avoir soulevé.

Ces questions de réception ont à plusieurs reprises été abordées sur CSS, par exemple dans cette notule consacrée à Boulez bibelot.

lundi 23 décembre 2013

Faux sens


Propos entendu sous forme d'incidente, dans un documentaire de chaîne culturelle promouvant les casques à pointe et réprouvant les petites moustaches :

Il y a aussi un pessimisme très noir. Ce scepticisme se reflète dans tous les arts ; les compositeurs cherchent des dissonances et émancipent la musique de la tonalité.

On pourrait en tirer des conclusions sur le manque de culture musicale dans notre pays, les approximations qu'on n'oserait pas faire sur la littérature, la potentielle difficulté de tricher avec la musique (il faut bien rester assis pendant le concert, alors que pendant l'expo on peut parler d'autre chose), etc.

En réalité, ce raccourci met le doigt sur le paradoxe central de la musique du vingtième siècle, où les buts et les moyens semblent sans cesse se croiser et se contredire. Le dodécaphonisme est au contraire un immense espoir, issu du désir de sortir d'un système ancien de plus en plus subverti. Comme exprimé ici (et plus exactement et ), Schönberg souhaitait abandonner le vieux système de fonctionnement aristocratique (à tous les sens du terme : hiérarchie entre les notes et difficulté d'accès pour le public), devenu inintelligible, et en partant sur des bases neuves. Pour ce faire, il imagine que les notes deviennent égales, un beau souhait, comme si la démocratie pouvait devenir théorie ; à mon humble avis, cela ne fonctionne pas bien parce que c'est alors déconnecter la musique de ses relations de tension-détente, de pôles, telle qu'elle a toujours été pratiquée, et telle que nos oreilles la rétablissent lorsque nous entendons ces œuvres – même s'il n'y a pas de pôles, nous en cherchons et en trouvons.

Schoenberg
La débonnaire notation musicale de la fin du Prélude de la Suite pour piano Op.25, premier morceau à être écrit (1921) suivant les règles du dodécaphonisme sériel (du moins celui de Schönberg, puisque Hauer développait simultanément son propre système de douze sons, où les répétitions n'étaient pas proscrites).


L'ouïe est, comme l'odorat, un sens plus « archaïque » que la vue ; son ressenti est immédiat, et la musique se fonde avant tout sur une tradition (qui n'est pas génétique, et cela étonne d'autant plus) transmise à travers les siècles, qui donne un sens aux accords. Je suis toujours fasciné par le fait que les mêmes enchaînements sommaires induisent les mêmes émotions chez moi que dans mon enfance la plus reculée ; pourtant, l'homme n'est pas né ainsi, les musiques du vaste monde ne fonctionnent pas sur les mêmes fondements ; il n'empêche qu'il n'est pas possible d'extirper totalement, comme l'ont tenté Schönberg et ses disciples, la logique musicale propre à une société. Sa rémanence est comparable aux goûts culinaires, aux traditions mystiques, aux façons de parler : il n'est pas possible de les substituer, il est possible au maximum de les faire évoluer.

De la même façon que le dodécaphonisme : les mouvements de musique concrète ou les futuristes, malgré toute l'angoisse que peuvent transmettre leurs œuvres, se dirigent vers la recherche de la nouveauté, d'un avenir meilleur. En cela, il y a contresens lorsque la voix off mentionnait la corrélation entre atonalité et pessimisme. Ou plutôt faux sens, car l'affirmation n'est pas absurde :

¶ Le processus est effectivement parti d'une complexification du langage (qui exprime des sentiments plus mêlés), pour aboutir à ce nouveau départ. Les raffinements « décadents » expriment clairement un nouveau mal-être.

¶ Le principe a beau être celui d'un nouveau mode de composition « propre » et dénué de présupposés culturels préexistants, ce que l'auditeur entend, c'est effectivement du désorde, de l'angoisse ou de la désolation. On s'habitue, bien sûr ; mais tout de même, on ne peut pas parler de musique planante et apaisée, alors qu'elle tricote sans cesse de façon heurtée (et largement inintelligible, même pour le mélomane aguerri). Suit la question : comment exprime-t-on la joie et, plus encore, l'insouciance, avec les langages émancipés de la tonalité ?

Ce petit raccourci, qui pourrait être critiqué pour l'erreur d'interprétation qu'il fait des intentions des compositeurs, est ainsi très révélateur, et synthétise à lui seul les tensions à l'œuvre dans les projets de rénovation de la musique du vingtième siècle.

vendredi 20 décembre 2013

La brassée de vidéos lyriques qu'il faut voir (en ligne)


La saison des frimas peut-elle nous offrir
Les fleurs que nous voyons paraître ?
Quel dieu les fait renaître
Lorsque l'hiver les fait mourir ?

La période semble être propice à la publication très concentrée des grandes soirées lyriques du moment. Petit tour d'horizon pour que vous en manquiez le moins possible.

Musique baroque

Spectacle d'airs de cour par William Christie, donné à la Cité de la Musique ce vendredi, disponible en direct puis en différé.
http://www.citedelamusiquelive.tv/Concert/1012123/william-christie-les-arts-florissants.html

Niobé de Steffani, un opéra seria complet du dernier compositeur mis à l'honneur par le traditionnel album de fin d'année de Bartoli. Par les forces du Festival de Boston : O'Dette et Stubbs dirigent, tandis que Karina Gauvin, Philippe Jaroussky et Terry Wey chantent !
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Niobe/

Musique de l'ère classique

Les Danaïdes à l'Opéra Royal de Versailles, un des plus hauts chefs-d'œuvre de Salieri et de la tragédie lyrique réformée. Une belle version qui tient assez bien ses promesses, sans les défauts qu'on pouvait redouter (mollesse de Rousset dans un opéra où la trépidance fait tout). Tassis Christoyannis n'a jamais été aussi électrique, vocalement et dramatiquement.
http://fr.medici.tv/#!/les-danaides-salieri-les-talens-lyriques-opera-royal-de-versailles

¶ Musique de chambre et vocale de Haydn, Mozart, Boccherini, Mendelssohn par des solistes du Cercle de l'Harmonie dirigés du violon par Julien Chauvin, avec Julie Fuchs en soprane.
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Les_Salons_de_Musique___Julie_Fuchs__Julien_Chauvin_et_les_Solistes_du_Cercle_de_l_Harmonie/

Musique romantique

L'Africaine de Meyerbeer à la Fenice. L'exécution n'en est pas merveilleuse (français très moyen, voix très couvertes qui manquent de clarté et de fraîcheur pour ce répertoire), mais tout de même solide, plutôt meilleure que la moyenne des autres captations de l'œuvre. Ensuite, comme il s'agit du seul opéra français de Meyerbeer et d'une des très rares œuvres de Scribe sans une once d'humour, un côté choucroutisant affleure dangereusement, même s'il demeure plutôt à la pointe de son époque.
En l'absence d'édition critique et d'exécution non-post-brucknérienne, on peut avoir l'impression d'écouter le Klagendelied de Mahler ou les Gurrelieder de Schönberg : un truc assez moderne, contenant quelques bijoux, mais quand même à peu près inécoutable dans sa continuité. Par ailleurs, Kunde, qui promettait beaucoup, s'est manifestement abîmé sur d'autres œuvres lourdes et centrales : les harmoniques hautes ont disparu, donc il doit forcer pour monter et se faire entendre, ce qui engendre un gros vibrato très disgracieux et assez instable.
Néanmoins, l'objet est suffisamment rare pour mériter l'attention, en attendant la parution chez CPO d'une version (sans doute pas idéalement linguistiquement et stylistiquement) originale de l'œuvre, sous le titre Vasco de Gama.
http://www.medici.tv/#!/l-africaine-meyerbeer-opera-la-fenice

¶ Tous les milieux glottophiles bruissent des débats autour de La Traviata de Verdi, mise en scène par Dmitri Tcherniakov à La Scala – et, devant un public qui a ses habitudes, forcément conspuée. À vue de nez, considérant quelques brefs extraits, ça semble assez écoutable et regardable, mais je laisse les lecteurs de CSS m'informer sur le sujet... dans cette ample liste, ce n'est certainement pas la vidéo prioritaire.
http://liveweb.arte.tv/de/video/La_Traviata_in_der_Mailander_Scala/

¶ Par ailleurs, Arte Live Web a proposé, pendant toute l'année 2013, une intégrale vidéo des opéras de Verdi, à partir des productions les plus récentes (pour la plupart italiennes). Par nature, forcément inégale, mais c'est l'occasion inespérée de voir Un Giorno di Regno, Il Corsaro ou Alzira en vidéo, et plusieurs de ces titres sont remarquablement chantés : le Falstaff de Modène est complètement idéal, les Vespri Siciliani et le Stiffelio de Parme très bons, le Don Carlo de Modène et l'Aida de Parme tout à fait valables, et puis l'Otello de Salzbourg et le Trovatore de Parme très prestigieux. Il faut se presser un peu en revanche : les premières vidéos sont déjà hors ligne. Commencez donc par les plus anciennes...
http://www.arte.tv/sites/fr/verdi/

Hamlet de Thomas (liste des notules de la série de CSS) à la Monnaie, par Marc Minkowski et Olivier Py.
La distribution d'origine était tout simplement idéale : Stéphane Degout en alternane avec Franco Pomponi (Hamlet), Sonya Yoncheva en alternance avec Rachele Gilmore (Ophélie), Jennifer Larmore en alternance avec Sylvie Brunet (Gertrude), Bernard Richter en Laërte, et même Henk Neven en Horatio et premier fossoyeur ! Le pauvre Jérôme Varnier, grand phraseur et voix édifiante, qui pourrait tenir Claudius avec bonheur, se trouve encore cantonné dans les spectres aphoristiques... il faut dire que dans ces rôles-pivots, il est tellement bon, qu'il est un peu facile de l'appeler à la rescousse, tandis qu'on trouve plus facilement des basses nobles ou chantantes pour Claudius (en l'occurrence, un baryton-basse, Vincent Le Texier, a fait l'affaire). Il est vrai qu'en l'occurrence le déclin de la voix devient un peu audible, et que l'aigu s'est largement glacé, mais c'est un constat de sous-distribution qu'on peut faire pour toute sa carrière.
Mais Yoncheva a été remplacée par Lenneke Ruiten (la voix sonne sans doute un peu âgée pour Ophélie, mais le timbre évoque avec force le meilleur de la tradition française, d'Andrea Guiot à Ghyslaine Raphanel), et Bernard Richter par Rémy Mathieu – choix astucieux : une bonne diction, une voix mixée et pourvue des mêmes accents étranges, même si l'instrument n'est pas aussi glorieux.
La distribution proposée dans la vidéo, avec Degout et Brunet, est l'inverse de ce que j'aurais choisi (il est vrai cela dit que le statut médiatique et la différence de projection de Degout, ainsi que l'absence de documentation de Brunet, le justifient assez bien) ; mais faute d'avoir Yoncheva, je suis content d'entendre Ruiten plutôt que Gilmore – étant entendu que toutes les combinaisons faisaient envie, en fait.
http://culturebox.francetvinfo.fr/hamlet-au-theatre-royal-de-la-monnaie-146449
La mise en scène de Py est plutôt réussie (avec plein de réserves personnelles sur sa lecture, mais dans un ensemble cohérent et soigné), et la direction de Minkowski est remarquable, parmi ce qu'il a fait de mieux dans le répertoire du XIXe : animée, colorée, mais sans sècheresse comme ses Wagner ou ses premiers Meyerbeer, n'exaltant pas les coutures comme dans ses Huguenots, et ne refusant pas le lyrisme (« Doute de la lumière » s'épand sans retenue ni raideur, l'expansion d' « Ombre chère »). Les soli sont magnifiques (hautbois en particulier, un instrument qu'il met toujours en valeur comme personne), le sens de la texture dans les moments de mystère forcent l'admiration.
Plutôt agréablement surpris par Degout, Hamlet peu sympathique qui se défend assez bien, et qui semble sensiblement moins mûr ou métallique que j'aurais pu le craindre ; Ruiten, Brunet, Mathieu sont admirables, pour diverses raisons, mais tous bien dits, engagés, pourvus de timbres agréables... et d'une manière générale très congruents avec le style et leurs personnages. Grande version, à mettre aux côtés des réussites de Plasson (nombreuses distributions), Billy ou Langrée, notamment.

Après le romantisme

Suite de la notule.

dimanche 8 décembre 2013

Éthique de la corruption


Du fait de l'efficacité de la propagation virale des informations sur la Toile, les organisateurs de concert visent depuis une poignée d'années (deux ou trois, guère plus) les relais d'opinion qui permettent de faire une promotion gratuite.

Cette promotion a une diffusion fortement aléatoire, mais elle est en revanche qualitativement plus forte qu'une affiche ou un flyer, parce qu'elle se pare à la fois de l'autorité de celui qu'on a l'habitude de lire et de l'indépendance de l'amateur qui n'est pas rémunéré par la salle.

Aussi, les carnets musicaux ont été progressivement sollicités lorsqu'il s'agit de finir de remplir une salle.

Mais, m'émerveillant, de la maladresse de certains départements de communication, j'ai fini par prendre la plume lorsqu'un semblable courrier a atterri chez moi.

À la relecture, je crois que je j'ai probablement paru un peu cassant, mais je suis parti du principe que je rendrais plus service à un professionnel en lui exposant sans ambages l'effet produit par ce type de courriel (plutôt indignation qu'attendrissement), qu'en lui dorant la pilule. Ce n'était peut-être pas suffisant, j'ai un peu honte de montrer ce que j'ai dit... quelques arrondissements d'angles n'auraient peut-être pas été superflus, on a beau être professionnel, on n'en est pas moins homme.

Nous organisons le concert du jeune violoniste F*** qui aura lieu Salle V*** le mardi xx décembre prochain, et nous vous serions ravis si vous pouviez communiquer sur cet événement sur votre blog. Vous trouverez ci-dessous les informations utiles, et en pièce-jointe le visuel.

Ce qui produisit :

Suite de la notule.

dimanche 1 décembre 2013

[Da Vinci Chord] – Le piano qui fait du violon : la 'viola organista' de Léonard de Vinci


Le monde musical bruisse d'une nouvelle exaltante : on a enfin reconstruit un (autre) instrument inventé par Léonard de Vinci lui-même. Plus encore, ce travail n'avait jamais été mené à bien par son créateur ni par personne d'autre.

Le matériau relayé par les sites d'information (essentiellement la reprise des dépêches d'agence) étant un peu allusif, l'envie prend de regarder l'objet de plus près. (Extraits sonores plus bas.)


1. Le pitch

Dans le Codex Atlanticus de Leonardo da Vinci, le plus vaste recueil de l'auteur, on trouve quantité d'esquisses sur des sujets incroyablement divers, dont les plus célèbres concernent les machines de vol ou de guerre, mais qui contient également des recherches mathématiques ou botaniques, notamment. Et aussi des projets d'instruments de musique.

La légende prête déjà à notre bon génie l'invention du violon en collaboration avec un luthier de son temps. Il faut dire que la concordance des dates est assez bonne : Vinci meurt au moment (1519) où les premiers protoypes de violon européen apparaissent. Le potentiel premier violon d'Amati, qu'on suppose fait en 1555, n'était pas forcément le premier : Montichiaro, dalla Corna, de' Machetti Linarol, de' Micheli, Fussen sont aussi sur les rangs, et certains proposent même de confier le rôle de père du premier violon à Gasparo da Salò, donc à une date plus tardive (né en 1542). Quoi qu'il en soit, ce premier violon avait été précédé, dès les années 1510, de nombreuses autres tentatives mêlant déjà rebec, vièle à archet et lira da braccio (parente des violes, mais dont la caisse approche déjà grandement de la forme du violon), par exemple des violette (pluriel de violetta, « petite viole ») à trois cordes, ou encore les lire (pluriel de ''lira) vénitiennes.
On peut supposer que la grande manœœuvrabilité du violon, ses possibilités techniques, son son éclatant lui ont permis de s'imposer sans partage –– ainsi que, sans doute, des contingences plus matérielles et des jeux d'influence : une fois tous les grands interprètes convertis au violon, on aurait beau avoir eu de meilleurs instruments, ce n'aurait rien changé.
Toujours est-il que la postérité richissime de l'instrument fait naître un besoin d'origines qu'on puisse nommer et célébrer ; Vinci était le client parfait, dans sa fin de vie, pour en être le parrain, une sorte de legs ultime, agréablement concordant avec son génie visionnaire. Nous n'en avons évidemment aucune preuve.

Mais cet instrument-ci, nommé viola organista, existe bel et bien dans les feuillets du Codex Atlanticus (et quelques-uns du Second Codex de Madrid), avec diverses études mécaniques préparatoires en forme de croquis isolés, qui détaillent des fragments de la mécanique. Pas suffisant pour construire un instrument complet, mais assez pour lancer un projet.


Son facteur, Sławomir Zubrzycki (un pianiste soliste également versé dans d'autres aventures instrumentales, comme l'usage extensif du clavicorde) ne dit pas autre chose :


En plus de ce qu'il évoque, il existe quelques détails épars sur certains mécanismes de l'instrument :


2. La polémique

En réalité, Sławomir Zubrzycki (prononcez : « Souavomir Zoubjétski ») a surtout réalisé un superbe exemplaire, en joue très bien, et l'a admirablement vendu, avec sa réunion semi-publique (petite salle forcément favorable, mais belle prise vidéo), en forme de dévoilement d'une preuve nouvelle du génie de Vinci –– jouer du violoncelle avec un clavier !

En revanche, ce n'est absolument pas le premier exemplaire. Au vingtième siècle, plusieurs tentatives de reconstruction ont eu lieu, en particulier celles d'Akio Obuchi (quatre tentatives depuis 1993 !). La version d'Obuchi n'a clairement pas la même séduction sonore, l'instrument est encore très rugueux et geignard, et mérite sans doute beaucoup d'ajustements pour être audible en concert.


On y entend toutefois avec netteté la possibilité de jouer du vibrato sur le clavier, selon la profondeur d'enfoncement de la touche, ce que ne montrent pas les extraits captés de Zubrzynski (mais son instrument le peut).

Plus profondes, plusieurs objections musicologiques ont surgi, car la réalisation de Zubrzycki évoque un instrument tout à fait documenté, et qui a existé en plusieurs exemplaires : le Geigenwerk (peu ou prou l'équivalent de « simili-violon » ou « le machin qui fait crin-crin », la notion péjorative en moins), inventé en 1575 par un organiste de Nuremberg (Hans Heiden/Heyden) et construit au moins jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Cet instrument était une alternative au clavecin avec un son qui pouvait être soutenu indéfiniment (comme l'orgue) et la possibilité de vibrato.


Le Geigenwerk, tel qu'apparaissant dans le deuxième volume de l'incontournable recueil Syntagma musicum de Michael Praetorius (1619). Référence et source d'inspiration inépuisable pour la facture d'instruments anciens, Zubrzycki inclus.


Ainsi, plusieurs musicologues ont objecté que Zubrzycki aurait en fait construit une version nouvelle du Geigenwerk, entreprise pas beaucoup plus méritoire que copier un clavecin historique comme le font couramment les facteurs, et en tout cas fort distante de la prouesse de co-inventer un instrument ébauché par Vinci.

Le seul Geigenwerk historique qui subsiste est un modèle de 1625 de Raymundo Truchado, conservé au MIM (Musée des Instruments de Musique) de Bruxelles ; il était vraisemblablement prévu pour des enfants à la Cour d'Espagne, et en plus de son assise très basse, il est, contrairement à l'original de Haiden, mû par une manivelle à l'arrière d'un instrument –– ainsi que les grandes orgues d'autrefois, il fallait donc être plusieurs pour pouvoir jouer l'instrument.
Cet instrument n'est plus jouable (complètement muet), aussi l'on se représente assez mal à quoi pouvait ressembler le son, en dehors de descriptions forcément très évasives (lorsqu'on voit les écarts entre les critiques faites par des musicologues d'aujourd'hui beaucoup plus aguerris, et la réalité...). Une immense part du vocabulaire de la critique musicale réside dans des métaphores visuelles (aspects, couleurs... « son pointu », « voix blanche », « couleurs chaudes »...), et contient donc une très large part de subjectivité, chez celui qui écrit comme chez celui qui lit.

Bref, spécificités techniques exceptées, il est difficile de dire ce qui ressemble à quoi et qu'il aurait fallu faire.

Par ailleurs, Sławomir Zubrzycki ne nie absolument pas cette filiation, et laisse au contraire dans ses écrits une trace assez précise des éléments manquants chez Vinci (un projet global et des détails de mécanique, pas de manuel complet), des réalisations ultérieures. Il mentionne ainsi les avantages techniques qu'il emprunte au Geigenwerk ; également la présence au XIXe siècle du Claviolin (surnommé « piano bossu » par son facteur, à cause de l'emplacement des cordes autour des roues) du père Jan Jarmusiewicz (musicien, facteur, théoricien et même peintre) à l'origine de ses recherches, dont il ne reste aucun exemplaire ; et même les expériences de l'autre constructeur vivant (Obuchi, audible ci-dessus), dont il salue la recherche autonome mais relève l'absence d'adaptation au concert.
Certes, la presse internationale ne mentionne pas ces étapes (manque de place, et il n'est pas son intérêt de relativiser ses nouvelles), mais les commentaires laissant planer le doute sur l'honnêteté intellectuelle de Zubrzynski n'ont guère de fondement : il fournit lui-même tous les éléments utiles à la remise en perspective de son instrument.

Par ailleurs, son instrument est réellement le seul exemplaire vraiment jouable qui ait jamais été donné d'entendre à n'importe quel homme vivant aujourd'hui. En cela, l'événement n'est pas factice, Léonard ou non !

Outre les variantes Geigeninstrument ou Geigenclavicymbel pour désigner l'instrument de Heiden, j'aime beaucoup la dénomination astucieuse adoptée par C.P.E. Bach, Bogenklavier (« clavier à archet », l'exacte traduction de l'ambition de l'instrument).

3. L'instrument

Toutes ces discussions sont intéressantes si l'instrument construit est d'un intérêt médiocre : on s'interroge alors sur sa qualité historique.

Qu'en est-il ?

Suite de la notule.

samedi 30 novembre 2013

Jeux de mots – inversions de courbes


Nous vivons une période passionnante. Faute d'avoir des solutions immédiates sur le réel (quand les élections, elles, sont toutes à court ou moyen terme), il faut bien se résigner à l'habiller de mots pour convaincre de sa réussite.

Les gourmands de la langue, à défaut des autres, en ont donc pour leurs impôts.

Je m'avoue complètement fasciné par l'inversion de la courbe du chômage. Le genre de syntagme soigneusement préparé à l'avance pour pouvoir concorder avec toutes les situations possibles.

Qu'est-ce que ça voudrait dire, inverser la courbe du chômage ? Faire une courbe en miroir, avec un nombre négatif de chômeurs ? Changer 3000000 chômeurs en 1/3000000e de chômeur ?

Je ne crois pas que ça ait un sens mathématique, ce qui fait toute l'astuce : on est forcément mené à en faire une interprétation plus littéraire, pour ne pas dire métaphorique. L'inversion de la courbe du chômage, c'est quand ça va un peu moins mal.

Car j'ai essayé de me demander (à dessein sans le secours des économistes, qui ont tous leur petite idée là-dessus), en toute ingénuité, ce que ça pouvait vouloir dire, simplement, pour le français qui vote (moi, en somme).

Baisse du nombre de chômeurs ?

2000 chômeurs en moins en novembre => 2000 autres chômeurs en moins en décembre => 2500 chômeurs en moins en janvier

C'est évidemment ce qu'on veut essayer de nous faire croire. Et ce serait l'idéal. Mais avec cette formulation, on peut s'estimer satisfait à moins.

Baisse du nombre de nouveaux chômeurs ?

1000 nouveaux chômeurs en novembre => 800 nouveaux chômeurs en décembre => 550 nouveaux chômeurs en janvier

Le chômage continue néanmoins d'augmenter. Rien ne permet de dire si la situation est celle d'un retour vers la création d'emplois, ou simplement d'un avancée moins rapide vers la catastrophe : si vous êtes à 200 m du précipite et que vous faites du 20 km/h, passer à 10 km/h ne va vous sauver qu'à très court terme.

Baisse du facteur d'augmentation du nombre de nouveaux chômeurs ?

1000 nouveaux chômeurs => 2000 nouveaux chômeurs (x2) => 2950 nouveaux chômeurs (x1,5)

Ou encore, comme ici, non seulement le chômage continue d'augmenter, mais en plus le nombre de nouveaux chômeurs chaque mois est plus important que le mois précédent. Néanmoins, le facteur de multiplication du nombre de nouveaux chômeurs baisse d'un mois à l'autre, ce qui fait toujours un événement positif (!) sur lequel communiquer.

Évidemment, tout cela n'est que de l'apprêt communicatif : une situation économique ne se mesure pas à la nécessaire variation de chiffres (davantage ceux du nombre d'emplois que du nombre de chômeurs, au demeurant) d'un mois sur l'autre, mais à une direction générale sur le long terme. Et il est tellement facile de changer une ligne du mode de calcul à telle ou telle échelle (ou de faire des emplois aidés), pour que les données soient grandement altérées.

Par ailleurs, indépendamment de cette sémantique chiffrée, il possible de segmenter le nombre (il a été question de l'inversion de la courbe du chômage des jeunes – pourquoi pas la courbe du chômage des membres honoraires de l'Amicale Laïque du Point-de-Croix de Saint-Léon-sur-Vézère sud ?) voire d'ignorer les paradoxes économiques (baisse du nombre de chômeurs, mais augmentation du nombre d'emplois détruits).

Bref, le réel étant désespérant, l'action impossible et les chiffres incertains, les mots habillent le monde. La situation est triste, certes, mais son spectacle peut être jubilatoire.

mercredi 20 novembre 2013

Fin du monde



À présent, c'est l'Opéra de Rome qui est au bord de la faillite : son directeur, Catello Di Marino (nommé par le maire), est sur le point d'être remplacé par un administrateur (nommé par le Ministère), à cause d'un déficit de neuf millions d'euros – tout petit à l'échelle de l'économie italienne, mais assez important pour le budget d'une maison d'Opéra. On lui impute des coûts d'exploitation fortement accrus sous son mandat, tandis que le nombre de productions baissait (mesure objective, certes, mais insuffisante : tout dépend de la vastitude des ouvrages, de l'audace de la programmation, du taux de remplissage...). On voit bien, vu les processus de nomination et de contrôle, comment les tensions politiques peuvent encore envenimer la situation, et vice-versa.
La Repubblica détaille cela, à défaut d'en dire beaucoup plus long (quels sont les postes de dépenses précis qui ont explosé, quels sont les titres qui ont coûté de l'argent, comment le public recevait-il ces spectacles ?)


Et pendant ce temps, l'Opéra (Teatro Municipal) de Santiago est partiellement dévoré par les flammes, à cause d'un incendie déclaré dans les ateliers, et nourri par les décors et costumes de Cascanueces (le fameux Щелкунчик). La Nación donne un peu plus de détails.


Autant de signes certains de la colère du Juge. Il est encore temps, alors avant qu'il ait fini d'exterminer notre engeance : inscrivez-vous au fil RSS de Carnets sur sol et envoyez-nous vos dons à :

Suite de la notule.

mercredi 13 novembre 2013

Mendelssohn secret – VI – –Wagner doit tout à Marschner, mais le reste vient de Mendelssohn


On a beau fouiller les recoins du corpus de Mendelssohn... malgré sa mesure proverbiale, on trouve toujours de quoi être surpris. Ainsi ses opéras alors qu'on se le représente comme un pudique partisan de la musique pure ou religieuse : sept, presque tous comiques, plus des scènes isolées (« Quel bonheur pour mon cœœur » et « Ich, J. Mendelssohn », extrêmement jeune, en 1820) et ses musiques de scène (davantage célèbres : Le Songe d'une Nuit d'été, Œdipe à Colone, Antigone, Athalie). Que Mendelssohn – oui, Mendelssohn ! – puisse écrire du théâtre dramatique sur la Lorelei (inachevé, mais les extraits sont beaux), cela se conçoit encore, mais un opéra entier sur un épisode du Quichotte (Die Hochzeit des Camacho), ou un opéra comique (en allemand, entièrement chanté) sur un Oncle de Boston, voilà qui passe l'entendement.

Et au fil du catalogue, on rencontre des choses étranges. Comme ces pièces concertantes (accompagnées au piano) où dialoguent clarinette et cor de basset.


Dans l'œœuvre pour piano, cela ne se limite pas à de l'inattendu... dans les Sonates par exemple ; on y croise aussi bien de très gentilles bluettes que de belles pièces complètes et abouties (quelle que soit la date de composition).

... ainsi, dans la Sonate pour piano en mi majeur (Opus 6, en 1826, composée à dix-sept ans), au milieu de sections tout à fait mendelssohniennes, un peu dans le goût des sonates pour violoncelle et piano, on trouve un troisième mouvement (sur quatre) très étrange. III – Recitativo : Adagio e senza tempo.


La remarquable Marie Catherine Girod (et ses murmures hors du ton) dans ce mouvement de Mendelssohn.


On y entend une sorte de ligne nue très dépouillée, plutôt amélodique, qui évoque quasiment le dernier Liszt (en 1826 !), et qui est ponctuée de façon obsessive par un gruppetto inversé (le petit motif tournoyant).

À la lecture, ce moment semblerait une sorte de point de rencontre improbable entre le Bach mélancolique, presque romantique, de certains Préludes du Clavier bien tempéré, et le Liszt de la maturité qui interroge les limites du langage musical.


À l'écoute, l'effet est encore différent. Cette épure austère, troublée par de petits tourbillons, m'a immédiatement évoqué deux moments de la Walkyrie.


Début du monologue de l'acte II de Die Walküre : John Wegner avec la Badische Staatskapelle Karlsruhe sous la direction de Günter Neuhold.


Même type de mélodie seule, étrange, sans réel contour mémorisable, comme hésitante ; mêmes ponctuations sauvages (présentes dans les leitmotive « découragement » et « malédiction » qui accompagnent tantôt l'abattement, tantôt la colère de Wotan).



Plus loin dans l'opéra, on retrouve ces mêmes motifs, mais cette fois, plus que la liberté de la mélodie (bien qu'on entende à nouveau des lignes mélodiques sans accompagnement, à la clarinette basse puis à la voix), c'est la parenté de couleurs harmoniques qui étonne : glissements entre accords à coups de septièmes diminuées chez Mendelssohn, plus subtils à partir d'appoggiatures successives chez Wagner (notes étrangères à l'accord joué, qui anticipent l'accord suivant et créent une impression de tension-résolution).


Début du grand duo de l'acte III de Die Walküre : Clara Pohl avec la Badische Staatskapelle Karlsruhe sous la direction de Günter Neuhold.


Cela se trouve plus particulièrement à ces endroits :




Pour les lecteurs pas trop férus de partitions, cela correspond à ce qui se passe après la section arpégée et plus consonante chez Mendelssohn (à partir de 3'20), et à l'acmé de la réplique de Brünnhilde (à partir de 2').

Autres pistes

Bref, contre toute attente, il se partage entre ces deux univers si différents (et assez distants dans le temps et la philosophie), si pas le détail musical exact, une atmosphère sonore très parente, une forme de liberté et de tension qui convoquent les mêmes couleurs.
J'ai en tout cas trouvé cela assez saisissant pour avoir envie de partager ce petit parcours.

Au passage, les huit Sonates de Mendelssohn (trois seulement avec opus), et qui peuvent toutes se trouver dans le coffret Saphir de l'intégrale de son piano par Marie-Catherine Girod, méritent vraiment d'être écoutées. Leur contenu est très varié, des moments de jeunesse qui sentent quasiment leur Scarlatti et leur Clementi, jusqu'à des choses plus personnelles... qui culminent dans ce mouvement étrange.
Son caractère récitatif, laissant temporairement place à des traits plus pianistiques, annonce aussi le mouvement lent (novateur, et plus conventionnel cependant) du Concerto pour piano Op.21 de Chopin, en 1829.

Suite de la notule.

samedi 9 novembre 2013

Rodolphe & Noverre en vidéo


Ce qui a été désigné à l'unanimité par la rédaction de CSS comme le plus beau spectacle de la saison, la recréation des ballets de Noverre sur les compositions de Rodolphe, telle que donnée à l'Opéra-Comique (commentaire ici), a été capté en vidéo ! Considéré comme le début du ballet-pantomime, avec une action unique et plutôt continue – contrairement aux entrées parfois narratives mais plus décoratives, conçues en « tableaux », des ballets de cour.

Des pas d'action qui ne sont pas surchargés de virtuosité, avec une gestuelle limitée, portant à l'essentiel : ces ballets sont à la danse romantique ce que la tragédie en musique est à l'opéra à numéros – l'apothéose du texte (argument dans un cas, livret dans l'autre), débarrassé d'ornements qui ne contribuent pas à la signification. Et cette expression directe est particulièrement émouvante ici.

Il faut ajouter à cela le spectaculaire de la machinerie dans ces sujets à sorcellerie (avec Armide et Médée) et la beauté du Concert Spirituel dirigé avec feu par Hervé Niquet, pour une musique qui évoque le meilleur de son temps (le Salieri des Danaïdes, le Grétry de Céphale, le Catel de Sémiramis, le Gossec et le Méhul symphoniques...) : des œuvres dans un langage classique, mais déjà fascinées par le mineur et le tempêtueux. Et d'une excellente tenue musicale, bien meilleure que pour la plupart des symphonies de l'époque.

Les deux ballets ont été diffusés sur France 2 mercredi dernier, et sont encore visibles (téléchargeables pour les plus astucieux) sur Pluzz.fr jusqu'au mercredi à venir.

Cela augure potentiellement d'une parution en DVD, qui documenterait un secteur encore à peu près vierge de l'art chorégraphique (et musical afférent).

lundi 4 novembre 2013

Rétrospective & anticipation


Trouvé (presque) par hasard cette vidéo qui retrace les quatres premières saisons du mandat Deschamps à l'Opéra-Comique. On peut ainsi voir des extraits de productions dont la plupart n'ont jamais été diffusées (archives du théâtre). Le corollaire est que les prises de vues sont faites en répétitions, et souvent tout n'est pas parfaitement en place par rapport au spectacle entendu par le public, mais il est tellement précieux de pouvoir goûter quelques bribes d'œuvres très rares avec le support de l'image...

Dans un genre assez opposé, un usage particulièrement maîtrisé du re-recording, sur un modèle plus largement en vogue dans d'autres répertoires : plusieurs parties de flûte, traverso, cromorne, viole de gambe, clavecin et orgue superposées pour jouer quelques standards du répertoire, par le même musicien. Voyez par exemple « Vos mépris chaque jour » ou la Sinfonia des Enfers de l'Orfeo.

dimanche 27 octobre 2013

Racoler n'est pas jouer


Cela n'a pas toujours été abondamment relevé dans les journaux européens, mais la crise aux États-Unis a menacé très directement les institutions artistiques. Le modèle, fondé sur le mécénat, est instantanément soumis aux fluctuations de richesses, contrairement aux budgets institués par la collectivité publique, dont il faut discuter puis voter la suppression, et qui disposent d'une inertie (au sens cinétique) rassurante, garantie d'une certaine stabilité.

Le New York City Opera, institution beaucoup plus modeste (et sensiblement plus audacieuse) que le Metropolitan Opera, et qui faute de prestige draine beaucoup moins les sympathies des riches mécènes, l'a ressenti vivement ces dernières années.


Depuis 2003, les difficultés financières s'accumulent. À l'automne 2008, avec des effectifs déjà réduits au minimum, il avait dû annuler la venue et les projets de Gérard Mortier, trop coûteux – ce qui nous a entre autres privés d'une reprise d'Einstein on the Beach dans la production de Wilson, d'un nouvel opéra de Glass sur Disney (ô désespoir !), d'une adaptation de Brokeback Mountain pour Wuorinen, d'une version de concert d'Anthony and Cleopatra de Barber, et de la première scénique américaine de Saint François d'Assise de Messiaen. Mortier souhaitait rénover l'acoustique de la salle et enhardir la programmation. Tout cela à partir d'un budget de 36 millions de dollars (source : Los Angeles Times en 2008) – ce qui représente, à date égale, une somme plus petite qu'à peu près n'importe quelle maison d'Opéra en France, et environ un dixième du budget de l'Opéra de Paris.
Mais l'argent manquait malgré les licenciements et restrictions ; tout a été annulé. Mortier, lui, s'est sans difficulté trouvé une solution de repli (Madrid, en l'occurrence).

En 2011, le NYCO quitte sa salle habituelle au Lincoln Center – résidence également du Metropolitan Opera, du New York City Ballet, du New York Philharmonic Orchestra –, à cause de coûts fixes trop élevés (source : New York Times). En 2012, le chœur et l'orchestre perdent 80% (!) de leur salaire.

Or, il y a à peine quelques jours, le New York City Opera vient d'annuler sa saison et de se déclarer en faillite. Il manquait 7 millions de dollars pour soutenir la saison (source : Business Insider), ce qui n'est pas énorme pour une telle institution ; pourtant la situation était si désespérée qu'une page Kickstarter avait été ouverte en vue de collecter 1 million. Kickstarter est l'un des sites de référence du crowdfunding, qui ne valide les dons que si la somme définie pour mener à bien le projet est atteinte : ce n'est ni plus ni moins qu'un appel à la générosité publique. 301000 dollars ont été offerts (source : Wall Street Journal). Pas assez.

Et pourtant, sur la page du projet Kickstarter, Plácido Domingo lui-même est convoqué, rappelant l'importance accordé aux jeunes chanteurs, et comment sa propre carrière en avait, en son temps, bénéficié. Les parrainages les plus prestigieux , les motifs les plus nobles et les arguments les plus émoustillants n'ont pas été épargnés.


... ainsi qu'en témoigne l'artwork de la page.

Au demeurant, musicalement, l'Anna Nicole de Mark-Anthony Turnage est une très belle chose, de l'opéra contemporain accessible, lyrique et expressif, assez dans la veine des post-britteniens/berguiens/chostiens programmés à Covent Garden (où l'œuvre à été commandée et créée, avec Westbroek dans le rôle-titre), un peu comme The Tempest d'Adès, Sophie's Choice de Nicholas Maw, 1984 de Lorin Maazel qui y ont vu le jour, et à proximité Heaven is Shy of Earth de Julian Anderson (création aux Proms en 2006). De l'atonalité douce, pas dépourvue de tension ni de consonance (aussi bien musicale que verbale). Et une belle orchestration assez chatoyante et variée.

Les taux de remplissage, dans cette maison réputée pour ses prix abordables, a même été fort bon pour cette œuvre récente, donnée jusqu'en août dernier. Seulement – et c'est ici que le système de mécénat joue son rôle décisif –, c'était un (très) mauvais choix en interne, du côté du financement.

Car le plus gros mécène de la maison est David H. Koch (des immenses Industries Koch), qui a donné son nom, après en avoir financé la restauration, à la salle du City Opera au Lincoln Center. George Steel (le General Manager, qui avait quelques autres projets passionnants dans sa besace), allant le solliciter pour sauver la maison, s'est rendu compte, sans doute avec horreur, que le mécène avait pour actionnaire à 16% James Howard Marshall II, magnat du pétrole. Ou plutôt ses héritiers, puisque James Howard Marshall II est décédé en 1995... deux ans après avoir épousé Anna Nicole Smith, héroïne de notre opéra.
Or, la lutte assez violente pour la succession a laissé d'assez mauvais souvenirs à la famille du défunt, et l'empathie apportée envers l'héroïne par le livret de Richard Thomas, ainsi que le ridicule général qui frappe les différents personnages, ont dû être (indépendamment même de la désagréable impression de revoir le trépas d'un proche) assez peu agréables aux héritiers. Le New York Times rapporte (édition du 5 octobre) que David Koch aurait évoqué le lien de cause à effet entre la programmation de cet ouvrage et le déplaisir qu'il causerait à ses actionnaires en continuant de financer la maison.

Quelle ironie... un titre audacieux musicalement, mais choisi pour remplir largement, est possiblement à l'origine de l'arrêt définitif d'une institution déjà en posture délicate.

Voilà qui repose évidemment la question du modèle de financement : on pourrait se dire que le principe du mécénat garantit la conformité de la programmation aux œuvres du public, mais cela explique aussi pourquoi les maisons d'Opéra d'Amérique du Nord répliquent si souvent les mêmes titres, et même les grands classiques du vingtième siècle en sont largement absents – essayez de voir un Strauss rare, un Schönberg, un Berg, un Ligeti, un Henze... le sommet de l'audace se rencontre à peu près avec Le Château de Barbe-Bleue, présent de temps à autre. Et puis les compositeurs anglophones accessibles : Britten, les minimalistes (Glass, Adams) et les « folkloristes » (je veux dire ceux qui écrivent dans un style américain lyrique et assez tonal, comme Previn, Susa, Picker).
Cela induit donc aussi une certaine mollesse conformiste de la programmation, pour ne pas déplaire aux mécènes – qui, du fait de leur métier rémunérateur, ont des responsabilités qui ne leur laissent peut-être pas à tous le temps d'être des esthètes réceptifs aux styles les plus exigeants.

Un fait révélé à son paroxysme par cette anecdote qui, dans une fiction, paraîtrait furieusement invraisemblable : comme par hasard la famille de l'héroïne de la fiction détient justement le capital du bon mécène...
Cela ne résout pas pour autant la question du coût et de la pertinence parfois discutable du théâtre et de la musique subventionnés – qui, en voyant des expérimentations spécieuses et médiocres devant une salle clairsemée, ou tout simplement en ouvrant une brochure du Théâtre de la Ville farcie de références absconses et prétentieuses ne s'est pas senti pénétrer d'une petite ivresse poujadiste ?
Mais cela éclaire assurément sans complaisance le système du mécénat majoritaire.

mardi 1 octobre 2013

Fake



En faisant mes devoirs autour de quelques standards (semi-)populaires de la littérature mondiale (1,2,3,4,5), je démasque bravement les impostures.

Suite de la notule.

samedi 31 août 2013

L'Histoire de la Musique en schémas – n°6 : Verdi vs. Wagner


Un nouvel épisode de cette vaste et ambitieuse fresque, au sérieux inaltérable.

=> Quels sont, ultimement, les deux points communs entre ces deux figures antagoniques ?

Suite de la notule.

mardi 27 août 2013

Jeux éducatifs et recrutement


J'ai découvert récemment que la sélection pour le Master II Métiers de l'édition, à Rennes II, proposait une épreuve de sélection un peu plus originale (et avisée) que la très artificielle lettre de motivation –€ même si l'exerice s'y ajoute et ne s'y substitue certes pas (au même titre, et c'est plus logique pour un master pro, qu'un exposé du projet professionnel et un résumé du mémoire de maîtrise).

Quelque chose qui permette réellement de jauger le niveau des candidats, leurs qualités spécifiques (à l'écrit en tout cas), et qui soit facile à dépouiller et à interpréter.

En 1500 signes, un récit fictionnel avec mots imposés. Même si les étudiants en lettres ne sont pas réellement formés à écrire (et encore moins de la fiction, la fac de lettres étant tout sauf une formation d'écrivain), le fait de proposer une épreuve de format inattendu, sous forme une texte à contrainte, produit sans doute des résultats très intéressants. Pour recruter dans un métier où le rapport à l'écrit est primordial, ce genre d'épreuve faite à la fois de technique et de mise à nu ne me paraît pas sans charme.

Aussi, la fantaisie m'a pris de tenter l'exercice – –si des lecteurs de CSS ou des voisins carnetistes veulent se lancer, les commentaires et les rétroliens sont là pour ça. (Quelques autres se sont déjà lancés.)

... mais voilà qu'à présent que les résultats sont sortis (et qu'il n'y a plus de risque d'influencer les étudiants), après m'être fait imposer quatre mots par une main supposément innocente et avoir rédigé mon historiette, je vais regarder la règle du jeu complète. Il faut donc recommencer. Je suis d'ailleurs étonné de la difficulté des contraintes (9 mots à utiliser dans au moins autant de phrases distinctes, et dans l'ordre). C'est un peu dommage, cela limite beaucoup la liberté du décor, de la narration, sans parler du caractère excessivement spécifique des termes utilisés. La version libre est à mon avis plus intéressante.

Le dossier de candidature devra être complété par la production personnelle d'un récit fictionnel en prose libre de genre (sentimental, policier, héroïc fantasy…) joint sur feuille séparée. Ce récit devra avoir été saisi sur ordinateur en Times 14 interligne 1,5 et être d'une longueur proche de 1500 signes (c’est-à-dire lettres, espaces, et marques de ponctuation). Il devra être cohérent, agréable à lire, et obligatoirement inclure les mots suivants, apparaissant chacun dans l’ordre et dans une phrase différente :
• Cursif
• Comminatoire
• Curcuma
• Aversion
• Vertugadin
• Emulsifiant
• Chabrot
• Larmier
• Sinusoïdal

Suite de la notule.

vendredi 23 août 2013

Carnet d'écoutes : fondation du Théâtre des Champs-Élysées et secrets de Karajan


En passant, je recommande l'écoute de la Grande Traversée consacrée à l'inauguration et à la première saison du Théâtre des Champs-Élysées. Elle a l'avantage d'aborder beaucoup d'aspects simultanément, et avec les témoignages précis des décideurs de l'époque (ou de leurs proches). On y mentionne notamment :

  • les difficultés pour trouver un terrain : refus par antisémitisme, puis refus du lieu prévu du Rond-Point des Champs-Élysées pour protéger la perspective ;
  • les volumes financiers ;
  • le détail artistique de la construction : modèle unique des poses d'Isadora Duncan pour le bas-relief des neuf Muses de Bourdelle) ;
  • le détail de la programmation : 40% d'œuvres contemporaines, mais aussi les mêmes standards qu'aujourd'hui (par ordre de fréquence décroissant : Beethoven, Chopin, Schumann, Wagner, Bach, Franck, Debussy, Liszt, Mozart) ;
  • les difficultés de l'ouverture : encore en travaux le jour même de l'inauguration, la demande d'Inghelbrecht (confirmée par une expertise de Weingartner dépêché spécialement) d'agrandir la fosse beaucoup trop étroite (sensiblement moins d'1m² par musicien).


Et d'autres détails intéressants. En une heure, l'émission a l'avantage de ne pas se limiter au seul aspect musical, et de bien remettre en perspective les enjeux de l'ouverture d'une nouvelle maison (la concurrence avec le Châtelet aussi...).

--

Moins intéressant, plus drôle, le documentaire L'autre Karajan (titre de la version allemande : La seconde vie de Karajan), toujours disponible en ligne. Les documentaires de ce genre sont rarement intéressants, confits dans l'hagiographie ; et plus les personnages sont déjà très célèbres, plus le mythe, l'exagération et la désinformation s'en mêlent. Mais ici, le caractère (involontairement, je le crains) parodique mérite tout de même d'en regarder les cinq premières minutes (je ne suis pas allé plus loin en tout cas).

On commence par la promesse du diffuseur : « Une face méconnue, sinon cachée, de l'immense chef d'orchestre allemand. » (oui, né à Salzbourg et mort dans ses environs, qui eût cru qu'Arte au détour d'une phrase rétablît ainsi l'Anschluß ?)

Alors, à votre avis, quelle est cette face cachée de Karajan ?

Personnellement, j'hésitais entre sa collection de tricyles (pour illustrer une version inédite de l'œuvre concertante pour violon de Bartók, à mettre avec ses fougueux Beethoven et Dvořák) et sa recette maison de la bouillabaisse au currywurst. Mais non, plus spectaculaire encore.

Suite de la notule.

lundi 12 août 2013

L'Histoire de la Musique en schémas –€ n°5 : génie et obscurité


Dans le même goût que ce qui a précédé :


voici une petite façon de se rendre compte des choix faits par les canaux de diffusion.

Je n'avais pas initialement publié ce joli diagramme parce qu'il révèle peut-être un peu de forfanterie, mais les lutins de CSS ne craignant ni la médisance, ni le juste blâme, le voici :

Suite de la notule.

vendredi 9 août 2013

L'ordalie Siegfried


Au commencement

À€ la suite d'une conversation sur le caractère supposé très médiocre de Manfred Jung (le Siegfried honni du Ring Boulez / Chéreau dans la version vidéo), j'ai réuni ici quelques exemples concrets.

25 Siegfried célèbres d'hier et d'aujourd'hui, réunis dans cette archive : http://piloris.free.fr/siegfried_ordalie.zip .

Il s'agit du même extrait, une petite tirade à la fin du grand duo final de Siegfried, où est repris le thème du héros. Évidemment, c'est très loin de rendre compte de ce que les uns et les autres font sur l'ensemble des deux journées qui les concernent ; néanmoins les caractéristiques techniques et les tempéraments affleurent assez bien, même en si peu de temps (cet extrait est révélateur de beaucoup de paramètres).
Ce n'est donc pas du tout suffisant pour porter un jugement, en revanche pour se représenter un peu l'évolution des esthétiques vocales, il y a déjà un peu de matière.

Principe

J'invite donc les lecteurs de CSS qui le souhaitent à se joindre au premier panel, accessible ci-dessous ou à cette adresse (conseil pratique : relisez-vous avant d'envoyer, il n'est pas commode de supprimer des lignes dans le tableau une fois les données entrées).

Évidemment, il faut bien sûr préciser que ce qu'on entend change selon la prise de son (et on se doute ici ou là que la voix, quoique séduisante, ne passerait pas forcément bien la rampe) et les conditions d'enregistrement (fatigue à la fin d'une prise sur le vif en public dans une grande salle !). L'objectif étant de remettre en cause concrètement certains jugements répétés automatiquement, le principe est de s'en tenir à ce qu'on entend, sans considération de qui chante, de sa qualité dans l'ensemble de l'œuvre, de ce qu'il produirait en vrai ou avec une autre prise de son... Bien sûr, on n'est pas obligé de se limiter à la technique et au timbre (sinon on peut tout de suite récompenser Melchior et tout arrêter) ; la musicalité, la tension, la mise en valeur du texte ont toute leur place.

Évidemment, chacun est invité à dire un mot de ses choix en commentaires. Les références de chaque extrait seront fournies dans quelques jours. Dans l'attente, pour accéder aux résultats détaillés des participants, il faut aller voir ici (demander l'autorisation via Google Documents si nécessaire).

Conséquences ?

Malgré le caractère profondément superficiel de ce type d'exercice, j'aime le fait que, très concrètement, il permet en peu de temps d'écarter certains préjugés reproduits pendant des décennies dans la critique, à se demander si les commentateurs croient leurs oreilles ou ce qu'ils ont lu sur ce qu'ils écoutent. Et en l'occurrence, à mon humble avis, l'expérience remet pas mal de choses en perspective (et notamment en ce qui concerne Manfred Jung)...

Ce serait plus intéressant avec des compositeurs, et je projette depuis longtemps de proposer un QCM « Mozart ou Salieri », mais cela prend un peu plus de temps à préparer. De toute façon, le caractère surprenant des résultats dans ce simple questionnaire glottophile tend à montrer qu'on peut toujours tirer profit d'aller réellement écouter les choses au lieu de s'en remettre à la musicographie. C'est encore plus vrai pour les compositeurs que pour les œuvres, et vaut pour bien des damnés de l'Histoire, comme Piccinni, Salieri, Grétry, Czerny ou Meyerbeer ; et, plus près de nous, les « perdants » de la bataille institutionnelle des années 60-70 en France, largement écartés du disque (Damase, Constant, Landowski, Daniel-Lesur...).

(le formulaire est toujours disponible via le lien ci-dessus)


Et moi et moi

A titre personnel, sur les 6 choix possibles :

Suite de la notule.

mercredi 7 août 2013

Paris, ton univers impitoyable


Lu totalement par hasard, sur le compte Twitter de la Ligne 5 du métro parisien (ouvert parce que je venais de découvrir son existence), ce dur témoignage de la réalité dans une métropole pressée :

18:08, l'arrêt n'est pas marqué à Eg. de Pantin en dir. de Place d'Italie (voyageur sur la voie)

samedi 27 juillet 2013

Les carottes juteuses sont cuites


Il doit y avoir une jolie contrepèterie à faire avec ''L'Erato que tu songes...'', mais j'avoue ne pas avoir la patience de la chercher.


Après avoir annoncé la mort cérébrale d'EMI Classics, on peut constater qu'en effet, la compétence est au pouvoir dans les niches classiques de Warner.

Rappel des épisodes précédents : suite au rachat d'EMI par un fonds d'investissement peu adroit (et potentiellement abusé par son banquier), à sa session à Universal, au démembrement imposé par les autorités de la concurrence, et au rachat d'une partie mineure du catalogue par Warner (dont EMI Classics et Virgin Classics), on s'attendait à voir le fonds pourrir en bonne et due forme dans les tiroirs de la maison, laissant tout au plus surnager quelques gros morceaux réédités en collection économique de façon parfaitement arbitraire et anarchique –€ sans lien avec l'intérêt dans l'histoire de l'interprétation ou même la présence d'un public pour acheter. On le voit depuis longtemps avec le fonds Erato-Teldec : des enregistrements cultes qui seraient achetés massivement et rapidement rentabilisés n'ont jamais été réédités, tandis que des versions d'oeuvres archi-documentées, et par des ensembles peu célèbres sont proposées en réédition économique.

Il semble que, sans surprise, la gestion du catalogue des nouveaux venus ait été confié à la même équipe de spécialistes du curling de bureau, dont la culture musicale ne semble à tout le moins pas complètement spécialisée en accord avec leur domaine d'exercice professionnel.

Suite de la notule.

mardi 23 juillet 2013

Le tuyau du siècle


  • Si vous avez toujours voulu dévoiler les logiques harmoniques des oeuvres que vous écoutez ;
  • si les formations en conservatoire, avec leurs horaires fixes, leurs examens pesants (et pour un certain nombre leurs profs bons pour le cabanon) sont trop contraignantes pour vous ;
  • si vous n'avez jamais rien pu retirer des traités rigides qui énoncent une série de règles, parfaitement arbitraires intellectuellement et artificielles auditivement ;


alors préparez-vous à voir la lumière.


Ce site, L'oeil qui entend, l'oreille qui voit, réalisé conjointement par Luce Beaudet (professeur à l'Université de Montréal) et Sylvie-Anne Ménard (une de ses étudiantes, également auteur de bandes dessinées), est une petite merveille. Pour plusieurs raisons :

  • Il explique la raison profonde des logiques harmoniques, pas simplement en faisant reproduire des schémas (qu'il faut ensuite désapprendre selon chaque style), mais en exposant la construction des énoncés musicaux à partir du cycle des quintes (avec énormément de substitutions et altérations possibles, évidemment) ; tout devient donc logique ;
  • il expose de façon très progressive les différentes notions, si bien qu'elles deviennent tout à fait accessibles ;
  • les exemples sont extrêmement nombreux et, plus important, tous réeexpliqués en détail (pas seulement des illustrations balancées) ;
  • pour les moins à l'aise (il faut tout de même lire la musique pour pouvoir suivre), chaque exemple est doublé de son extrait sonore ;
  • visuellement, la structure en sketches de bande dessinée (à base de lapins) rend l'abord beaucoup plus fluide, et facilite le repérage dans les pages, tout simplement.


Une petite précision pour aider à la lecture, sur un détail qui semble avoir gêné pas mal de monde : l'interpolation, qui est une notion importante, correspond au sens le plus rigoureux (notamment celui utilisé en mathématiques) et non au sens de la langue la plus usuelle (pas forcément documenté dans les dictionnaires, d'ailleurs). Il s'agit d'un ajout, d'une insertion, et non d'un échange.

Autant je tiens pour à peu près impossible l'apprentissage de l'harmonie dans les manuels, autant ce site permet une approche, très méthodique et très concrète, des nécessités à l'oeuvre dans les partitions.

Une des plus belles choses que j'aie rencontrées sur la Toile à ce jour, toutes catégories confondues.

samedi 20 juillet 2013

Le grand jeu de l'été


A imprimer et à emporter sur la plage partout avec vous.

(Afin de ne pas troubler les autres participants, les réponses sont à donner ou demander par courriel à davidlemarrec chez online point fr. Tout autre commentaire bienvenu.)

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vendredi 19 juillet 2013

Charmant


Traditionnelle devinette : qu'est-ce ?

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jeudi 18 juillet 2013

Les Gorets parlent aux Français


Au faîte de France Culture :

Cet Homo Numericus, faut-il qu'il se déconnectasse ?

Je n'ai rien contre le snobisme, mais il met toujours moins mal à l'aise lorsqu'il est consciencieusement réalisé.

Comme cela peut arriver d'autant plus facilement lorsqu'on parle longuement en direct, tâchant de faire des frais de beau langage, je ne donnerai pas de nom. Je compte bien que cette éclatante manifestation d'une agapè généreuse me vaudra quelques siècles de remise en Purgatoire.


vendredi 12 juillet 2013

Mozart a détruit la société


Très joli troll musical d'une opposante (UMP) au maire de Lyon.

Il y a la partie politique, qui procède d'un raccourci assez amusant :

COLLOMB nous dit donc bien indirectement ce soir, avec le concert de la Flûte Enchantée, sur la Place des Terreaux, aux pieds de la maire centrale : je suis pour le mariage gay et la théorie du genre. DONT ACTE.

Si toutes les communes qui ont un théâtre ayant joué la Flûte Enchantée sont des promoteurs des gender studies, ça remodèle sacrément ma vision de la carte idéologique du monde. La politique à son plus haut degré de rigueur et d'inspiration visionnaire.

Et il y a la partie plus musicale / philosophique :

Passionnée de musique classique, je ne déteste pas la Flûte Enchantée. Mais ce qui me dérange c'est que "La flûte enchantée" de MOZART est la musique de référence des Francs-Maçons du Grand Orient de France, ceux-là mêmes d'où est sorti le mariage gay ainsi que la plaidoirie pour la théorie du genre. Ce soir c'est le veau d'or qui est fêté en la Place des Terreaux. MOZART, ce n'est pas ça. MOZART c'est la rectitude, le génie dans la beauté exaltée, la magnificience.

Très joli aussi : Mozart a fréquenté des gens dont les descendants, deux cents ans plus tard, ont possiblement pour certains (ou quelques-uns de leurs voisins de palier) écrit de la sociologie ou défendu le mariage étendu. Bref, la Flûte Enchantée, c'est méchamment subversif - pourtant, dans le domaine traditionnellement genré, on fait difficilement plus stéréotypé que les opéras de Mozart, et celui-ci en particulier.

Surtout, affleure l'idée que la musique est seule pure, alors que le mot est forcément orienté, biaisé, impur. Etonnant credo pour une femme politique, tout de même.

Cela dit, ce n'est pas tout à fait faux, Mozart est particulièrement violent : depuis qu'il est là, avec mes copains blousons noirs, on ne peut plus rançonner les vieilles dames dans le subway.

Anecdote vérifiée à la source, citée dans Lyon Mag, via Romain Blachier, lui-même via Era / Jules Biron.

jeudi 11 juillet 2013

Zim bam boum


Je viens de découvrir l'existence de cette bizarrerie non répertoriée dans les catalogues : musique de circonstance de Pierre Boulez pour le quatre-vingtième anniversaire de Georg Solti, sous forme de fanfare fantasque et primesautière (néanmoins dodécaphonique, faut pas pousser non plus) pour cuivres et percussions, qui s'achève par un décompte des décennies parcourues !


Après vérification auprès de sources autorisées, il existe bel et bien une Dérive 3, composée à cette occasion, et que les catalogues officiels ne citent pas - alors qu'on y trouvera par exemple l'oeuvre de jeunesse pour douze chanteurs, jamais redonnée depuis la création Oubli signal lapidé.

Ce n'est pas hilarant non plus (ça n'entre d'ailleurs dans à peu près aucune catégorie de cet essai de nomenclature), mais enfin, pour du Boulez, c'est presque rigolo.

En tant que mascotte de la composition contemporaine et boute-en-train officiel du milieu musical français, il méritait bien cette petite mention.

lundi 8 juillet 2013

CultureBox : une autre source pour les vidéos de musique haute qualité - Amadis de LULLY à Versailles (Rousset 2013)


Je n'aurai vraisemblablement pas le loisir de revenir sur l'Amadis donné par les Talens Lyriques (Wanroij, Auvity, Perruche, Crossley-Mercer, Bennani, Arnould) à Versailles vendredi dernier. A quoi bon de toute façon, il a déjà été question de l'oeuvre dans ces pages, et la plupart des chanteurs aussi ont déjà été présentés. Avec un effectif largement renouvelé des Talens Lyriques (plus précis mais moins frémissant), un peu de fadeur (en grande partie à cause de l'acoustique, mais Rousset n'était pas à son meilleur, sans être indolent non plus), le continuo hallucinant lorsque Rousset est au clavecin, le choeur de Namur en petite forme, Ingrid Perruche toujours d'une liberté souveraine dans les mots (triomphant d'une voix déclinante), Cyril Auvity un brin fatigué (à cause des rhumes terribles de ces dernières semaines, ou plus structurellement à cause de son émission laryngée bizarre ?) mais toujours radieux, Hasnaa Bennani (on l'avait remarquée il y a deux ans dans sa fin de cursus comme celle qui tenait le mieux ses promesses sous la pression de la scène, et depuis elle a chanté à plusieurs reprises avec Dumestre des premiers rôles, et elle sera même l'année prochaine en solo dans les Leçons de Ténèbres de Couperin à Versailles) en bonne forme...

Or, CultureBox, qui était naguère un réservoir de reportages courts dans une interface impossible, rediffuse désormais certains concerts et certaines pièces de théâtre, disponibles très longuement (décembre 2013 !). L'adresse peut donc être ajoutée à Arte Live Web ou à Medici.tv.

On y trouvera donc une poignée de choses formidables :

=> cet Amadis versaillais, dans un son de bonne qualité et très réaliste
(il manque en revanche la chaconne bissée en entier, qui était plus assurée que la première fois) ;

=> le Triptyque de Puccini donné à Lyon ;

=> les trois oeuvres couplées, concept évoqué ici.
Pas encore essayé la Tragédie Florentine de Zemlinsky, mais je me réjouis déjà de la voir. Von Heute auf Morgen de Schönberg est une réussite éclatante, bien chantée, bien dirigée sur scène, or en vidéo il n'existait que le film (très convaincant) de Straub & Huillet. Enfin Sancta Susanna, plutôt bien chantée, pas toujours claire visuellement (munissez-vous du livret, sur le site de Chandos par exemple : il manque l'araignée, et le couple n'est pas clairement présenté, on pourrait croire que Susanna crie après un amant supposé de Klementia), mais qui assume courageusement le livret (qui réclame la nudité du rôle-titre...), et son potentiel lourdement dérangeant.
Trois oeuvres qui évoquent des aspects inquiétants et poisseux du désir, sous des formes bénignes ou paroxystiques (pour ne pas dire les deux alternativement) ; les trois sont captivantes ; le Schönberg (un bijou) et le Hindemith ne sont de plus presque jamais donnés, et le Zemlinsky, redevenu à la mode ces dernières années, est un haut chef-d'oeuvre de l'art dramatique (qui reprend mot à mot Wilde en traduction, avec quelques coupures).

On y trouvera aussi

Suite de la notule.

mercredi 26 juin 2013

Péché et mystification


Il s'avère que France Musique se permet des retouches, manifestement sans en informer les auditeurs :

Suite de la notule.

lundi 10 juin 2013

Devinette


De quelle oeuvre (célèbre) cet extrait est-il tiré ?


samedi 25 mai 2013

On n'est pas là pour faire joli !


En feuilletant la partition de l'Or du Rhin, je remarque cette indication étrange :

Suite de la notule.

Elégance et micro-expression


Il a déjà beaucoup été question, en ligne et ailleurs, du tweet de Pascal Nègre, patron d'Universal :

Avec Georges Moustaki c'est une des dernières légendes , artiste et poète , qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP

On dit moins qu'il avait commencé à s'entraîner quelques heures auparavant, créant un véritable style tripartite (faute d'orthographe au nom concerné en sus).

L'occasion de ne pas participer tout de suite à son lynchage - on se réservera pour le jour où les majors du classique sombreront dans l'abîme ouvert par leur cupidité.

Suite de la notule.

samedi 18 mai 2013

Boucle systémique


Je n'ai pas souvent l'occasion d'être exposé à la publicité - du moins en comparaison avec ce que je devrais être, vivant dans la société dans laquelle je vis ; mais cette fois, j'ai pris peur.


Vu par hasard un spot télévisé vantant un jeu Facebook gratuit. Le vertige m'a saisi.

Suite de la notule.

mercredi 10 avril 2013

Revue de Toile


Une brassée d'amusettes trouvées dans les journaux et sur la Toile, qui auront peut-être échappé à mes honorables lecteurs.

Bizarreries, bien public et bonne musique sont au programme.

Bizarreries

Suite de la notule.

lundi 4 mars 2013

Amour sacré de la patrie


En passant prendre des nouvelles de différentes programmations dans des répertoires qui m'intéressent, je m'étonnais de ne pas trouver trace des représentations de la Muette de Portici de Scribe, Delavigne & Auber à Bruxelles, alors que les représentations d'avril de l'an dernier, à l'Opéra-Comique, étaient dues à une (logique) coproduction.

Il peut arriver qu'une coproduction onéreuse ne soit jamais reprise pour des raisons économiques, lorsqu'un théâtre ne peut plus la monter (alors qu'il a déjà payé sa dîme). C'est manifestement ce qui est arrivé à l'Opéra de Bordeaux, dans la première moitié des années 2000 - contribuant au financement des Contes d'Hoffmann de Pelly, mais peinant vraisemblablement à payer la vaste distribution et les envergures vocales requises (alors que Lausanne, Lyon, Marseille et Barcelone l'ont accueillie).

Ici, c'est une autre raison, une raison politique que je découvre. Les faits ne sont pas neufs, l'absence de reprise a même été annoncée en amont des représentations parisiennes par Peter de Caluwe, le directeur de l'Opéra :

Suite de la notule.

jeudi 28 février 2013

Teknologie


Enfin une bonne nouvelle :

Le compositeur Julien Apost est né ce matin à 7h06. Sa musique de chambre est particulièrement singulière dans le paysage contemporain, assez loin de ce que produisent les différentes chapelles esthétiques qui nous sont familières.

Suite de la notule.

mardi 26 février 2013

Retour de l'ONBA (et Victoires de la Musique Classique)


Voilà quelques années que je n'ai plus trop l'occasion d'entendre l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine. J'ai toujours eu le sentiment d'un orchestre irrégulier, et un peu paresseux (quand dans une symphonie de Beethoven certains violons poussent alors que d'autres tirent, et que certains vibrent beaucoup, d'autres peu, d'autres pas du tout...). Effectivement, en l'entendant en retransmission dans le cadre familier des Victoires de la Musique Classique (visible sur Pluzz.fr pour quelque temps), je retrouve de façon "objective", après un temps d'éloignement, toutes les caractériques qui m'avaient frappé lorsqu'il était le seul orchestre que j'entendais régulièrement : sorte de mollesse (presque une indifférence), vents ternes (et ce soir-là, en plus pas très justes, ce que je n'avais jamais remarqué), disjonction entre pupitres (dans Rhapsody in Blue, on entend des bouts du spectre sonore de façon aléatoire, par exemple des figures d'accompagnement aux cuivres qui prennent la partie mélodique), accentuations maladroites (comme s'ils jouaient solfégiquement, sans se préoccuper de l'appui réel des phrasés)... Une sorte de caricature de l'orchestre de province français (il y en pourtant a de tout à fait bons, même si on reste très loin des standards germaniques et scandinaves : le National de Lorraine, le Régional de Tours, le National de Lille, l'Opéra de Lyon...).

Manifestement, les musiciens n'étaient pas très enthousiasmés par cette soirée, parce qu'ils sont capables de produire des choses remarquables lorsqu'un chef les motive (pas forcément de grands noms d'ailleurs, plutôt les excellents kapellmeister : plus inspirés avec George Cleve, Günter Neuhold, Max Pommer ou Klaus Weise qu'avec Kazushi Ono, Yutaka Sado ou Hans Graf) ; alors qu'ils sont généralement très convaincants dans le répertoire français des XIXe et XXe, le Boléro de Ravel et même Thaïs de Massenet (un de leurs meilleurs compositeurs) sonnaient avec une rare platitude, comme une réserve volontaire (ou une indifférence affichée).

Kwamé Ryan est manifestement trop gentil, j'ai toujours eu le sentiment que, comme Graf, il demandait finalement peu à ses musiciens, même lorsqu'il s'agit simplement de faire quelques remarques sur le fondu. Pour l'avoir entendu faire des éloges hors de proportion en jouant le Young Persons's Guide de Britten lors d'une conférence-concert, je crois qu'il se satisfait d'un résultat qui pourrait être très vite amélioré avec un tout petit peu de soin de détail - car individuellement, ce sont des musiciens avec un vrai niveau, et capables de très belles choses. Pas de faux musiciens planqués dans un orchestre où ils auraient été secrètement cooptés.

D'autant plus déçu que j'avais trouvé leur Neuvième de Schubert au disque (peu après l'arrivée du chef) excellente, quasiment une référence. Et que j'écoute toujours avec beaucoup de satisfaction leur Daphnis avec Petitgirard.

Pour le reste, je suis toujours amusé par cette émission qui invite systématiquement les dix mêmes artistes, même chez les compositeurs (Karol Beffa nommé pour la cinquième fois, alors qu'il n'est tout de même pas le plus présent ni le plus réputé dans les salles françaises). Certes, cela donne l'impression de se retrouver en famille, on peut comme lorsqu'on regarde à l'approche des fêtes Autant en emporte le vent ou Le Père Noël est une ordure, retrouvant les mêmes acteurs et les mêmes situations alors que nous, nous vieillissons.

C'est chouette qu'elle existe, mais quel prisme remarquablement déformant !

dimanche 10 février 2013

Médée de Charpentier en anglais (ENO)


J'ai beau n'aimer ni le timbre ni le style de Sarah Connolly (dans aucun répertoire, mais particulièrement dans celui-ci), on n'entend pas tous les jours des tragédies lyriques traduites !


Préparation de la production de l'English National Opera.

mercredi 6 février 2013

Opiniâtreté syndicale


Un représentant du personnel ferroviaire s'indigne :

D'où les décès mortels à la SNCF.

Jolie redondance, tout à fait authentique. Thésaurisée il y a quelques jours (pour l'amour de l'art).

mardi 5 février 2013

Traumatisme


Titre d'un reportage d'Arte :

- Pizza à Auschwitz -

Suite de la notule.

David Le Marrec


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