Carnets sur sol

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dimanche 31 décembre 2017

Le comte Ory : le mystère Scribe persiste


Un mot déjà mis en d'autres lieux, mais qui abonde une réflexion déjà étalée ici.

Le comte Ory est écrit sous une forme légère, mais ce n'est pas un opéra comique (création sur la scène de l'Opéra de Paris, salle Le Pelletier, et pas de dialogues parlés) ; il est appelé « opéra bouffe » par ses concepteurs, en référence aux modèles italiens.

Et c'est une véritable caricature d'opéra : de la débauche, des déguisements, des ensembles loufoques, des reprises innombrables, des contre-notes souvent, des coloratures partout ! Pas sûr que ce soit ce qui me fait aimer l'opéra, mais c'est chouette quand même !

L'acte II est beaucoup plus réjouissant pour moi, avec son orage qui parodie Iphigénie (II) de Gluck, puis sa prière-beuverie (recyclant au passage Don Profondo), et le trio du lit, évidemment !


Encore un grand coup de Scribe : entre le sacrilège en habits consacrés (célébrant l'amour charnel et le vin) et le triolisme de la chambre à coucher (Podalydès jouant à fond les appétits débordants de la comtesse négligée – elle ne se contente pas de regarder le page faire joujou avec le comte, à la façon d'Octavian, mais elle se jette sur les deux !), ce truc a été un succès partout en Europe !

Pourtant ça n'a pas beaucoup choqué à l'époque semble-t-il, grand accueil comme pour l'invraisemblable acte III de Robert (celui où le héros, fils d'un démon, culbute sur un autel une nonne damnée pour voler une relique) – mais que fait la police la presse ?
Ça reste énigmatique pour moi, mais on voit pourquoi l'Opéra de Paris a depuis cette époque si sulfureuse réputation !

Même en Province, l'accueil fut chaleureux (c'est ce que je lis dans les gazettes, et j'ai eu confirmation d'un doctorant qui travaille justement sur cette circulation des créations de la capitale vers la périphérie) et dans les villes d'Europe où ça a été joué (Londres, Vienne…) !

On se figure une société du premier XIXe très christianisée, mais pas nécessairement de la façon que l'on croit, considérant les succès de Scribe (massacres religieux et moines iniques dans les Huguenots et l'Africaine, sacrilèges licencieux en cascade dans Robert et Ory) : ça pose quelques questions sur l'état d'esprit réel du public. Ne prenait-il pas au sérieux l'opéra, parce que l'opéra n'est pas sérieux ?

Je n'ai toujours pas de réponse à cette interrogation, plus détaillée ici à propos de la collaboration avec Meyerbeer.


Le sujet est tiré d'un vaudeville antérieur de Scribe, écrit en 1816 sous le même titre. Malgré l'indication d' « anecdote du XIe siècle », Scribe admet tout à fait, dans l'édition complète de ses œuvres, que les historiens n'ont aucune idée de l'origine temporelle exacte de l'épisode.

Rossini n'a semble-t-il pas apprécié de se voir imposer Scribe, les relations entre les deux hommes n'ont pas été très cordiales ni très poussées.

Même du côté de Scribe, on ne s'est pas trop fatigué (« Ory » rime avec « lui » et « ici » rime avec… « ici »). Et, de fait, par rapport à Meyerbeer ou même à Auber, ce « n'embraye » pas autant sur le détail du sens.

(Mais ce reste très amusant.)

(Je laisse en annexe les commentaires superficiels sur la production Podalydès-Langrée – actuellement à l'affiche de l'Opéra-Comique – dissimulés ci-dessous.)

Suite de la notule.

jeudi 28 décembre 2017

1752 : les chiffres cachés de l'immigration


1752 est resté célèbre, dans la France musicale, comme le moment de la Querelle des Italiens (ou Bouffons, la troupe reçue étant spécialiste du genre buffo), sur les cendres toutes chaudes de celle opposant LULLYstes et ramistes.
1752 est sans doute l'épisode le plus commenté dans les livres, toujours mentionné dans les ouvrages généralistes, et exploré en détail dans nombre de publications spécialisées. Il faut dire que le moment, outre son caractère spectaculaire qui attire, permet de poser de façon très vivace les questions esthétiques, la pensée de la musique et les choix de style d'alors… à quoi servait l'opéra dans l'esprit des contemporains, quels étaient ses nécessités, ses buts ?

Je ne vais donc pas me lancer dans une redite inutile de cette histoire où tous les philosophes (artistiquement manifestement plutôt bas de plafond) se sont vautrés comme un seul homme dans la grosse farce italienne, à la mesure de leur entendement mesuré. Par ailleurs, sur le sens de l'accusation d'italianisme dans la période précédente (sens à peu près complètement opposé, se référant plutôt à la musique d'église italienne de la fin du XVIIe !), il existe déjà une notule.

Non, je n'en dirai rien. Simplement, en fouinant dans les dates de création pour d'autres de mes loisirs, je m'aperçois de ce que le changement de goût de l'ère gluckiste avait massivement été préparé, et que cette affaire de comédiens italiens n'était pas une simple apparition perlée, un petit saupoudrage mis en vedette par la rumeur.

C'est même tout le contraire. En 1752, 1753 et 1754, voici l'intégralité des œuvres vocales scéniques jouées pour la première fois par l'Académie Royale de musique :
♦ 1752
→ 1 opéra français de Dauvergne (Les Amours de Tempé de Dauvergne),
→ 5 italiens (certes des intermèdes comiques, courts) de Pergolesi (La Serva Padrona, Il Giocatore, Il Maestro di musica), Latilla (La finta Cameriera), Di Capua (La Donna superba) ;
♦ 1753
→ 1 français de Mondonville (Titon et l'Aurore, dans une veine qui nous paraît à nous lyrique et musicale, peut-être marquée par Vivaldi, mais qui était la veine du goût français d'alors, des Ramistes),
→ 2 français se revendiquant du goût italien et créés à l'Académie le même soir, par Rousseau (Le Devin du village) et Blavet (le célèbre flûtiste, dont Le Jaloux corrigé est en réalité une parodie, comme on disait, d'airs tirés des trois opéras de Pergolèse donnés l'année précédente),
→ 7 italiens de Cocchi (La scaltra Governatrice), Pergolesi (Tracollo medico ignorante), Sellitto (Il Cinese rimpatriato), Di Capua (La Zingara), Latilla (Gli Artigiani arricchiti), Jommelli (Il Parataio), Ciampi (Bertoldo in Corte, sur un livret de Goldoni)
♦ 1754
→ 1 seule création cette année-là, italienne : I Viaggiatori de Leo.

Donc, sans exagération, une véritable submersion sous les nouveautés italiennes, témoin de l'engouement, mais sans doute aussi révélateur de l'agacement qui a pu naître, en miroir.

Pour autant, à partir de 1755, ces nouveautés disparaissent totalement, et il faut attendre 1778 pour qu'elles retournent (et en force : Paisiello,
Anfossi par deux fois, Piccinni par trois). S'ensuit, dans la veine gluckiste qui vient de s'imposer, une vague de compositions dans le style français, où la fascination pour le savoir-faire italien contribue à passer des commandes de tragédies tout à fait françaises à des Italiens : Piccinnni, Sacchini, Salieri, Cherubini, Paisiello…

Mais on mesure bien mieux l'engouement du public (et l'effroi des contempteurs, ou simplement de ceux qui aimaient l'opéra tel qu'il existait) devant ces simples ratios de créations en 1752-4, objectivement… spectaculaires. Ce que je me permets de partager avec vous.

--

Au demeurant, ce n'est pas, loin s'en faut, la première incursion italienne dans le goût français, et chacune a provoqué simultanément vaste engouement et violents débats.

►Les castrats importés par Mazarin.
►Les opéras de Cavalli joués à la Cour (Ercole amante, avec ballets de LULLY), inspirateurs du genre français par la suite.
L'influence des sophistications harmoniques et contrapuntiques du second XVIIe italien sur la musique (religieuse comme scénique) française, délectable pour nous (d'autant que le résultat sonne toujours indubitablement français chez du Mont, Couperin ou Clérambault…), mais sévèrement reçue par les contemporains.
► LULLY lui-même, évidemment, qui s'en est garanti en promouvant un style spécifiquement français (mais assez distinct de la sévérité de la musique des pastorales de Cambert). La série d'Italiens qui volent le pain des Français dans les années 1780 : toutes ces tragédies en musique écrites par Piccinni, Sacchini, Salieri, Cherubini.
► La domination de Cherubini, Paisiello et Spontini sous l'Empire.
► Le Grand Opéra largement impulsé et alimenté par les Italiens : Rossini, Donizetti, Meyerbeer (qui revenait de succès éclatants dans le belcanto, en Italie, lorsqu'il s'installe à Paris), Verdi…

Et à chaque fois, ce sont des italianités différentes, qu'il faudrait redéfinir… Entre le raffinement de la musique d'église (moins monodique et hiératique) au début du XVIIIe siècle et au contraire les impulsions du belcanto par rapport au drame continu au début du XIXe, ce sont des inflexions contradictoires, au fil des théories et des modes – pas toujours correctement perçues par les contemporains eux-mêmes, et pas toujours clairement perçues par nous.

À partir du milieu du XIXe siècle, la musique italienne n'est plus du tout à l'avant-garde (il lui faut assez longtemps pour s'échapper des redites belcantistes, peu de neuf avant la fin du siècle), et la musique allemande devient le nouvel étalon en France (la France étant devenu un étalon européen pour l'opéra…), l'objet de toutes les fascinations (Weber, Wagner, et bien sûr toute la musique instrumentale), étudiée par tous les compositeurs tout en étant volontiers dénigrée, avant même les grandes poussées patriotiques qui suivent 1870.


mardi 26 décembre 2017

Humeurs et trouvailles #1 : Le Château à Toto, PM Davies, mon fichier secret, remplacement de Pires…


Quelques remarques éparses de ces derniers jours.

► Il existe un opéra (non, pas un opéra récent écrit pour maîtrise d'enfants) du patrimoine dénommé Le Château à Toto. Si, si.
    Toto comme Hector de la Roche-Trompette, naturellement. Un opéra bouffe en trois actes créé en 1868 au Théâtre du Palais-Royal, sur un livret de Meilhac & Halévy, et donc l'auteur est resté illustre au milieu de ses Oyayaye et Croquefer : Jacques Offenbach.
    Le Château à Toto se situe immédiatement entre Robinson Crusoé pour l'Opéra-Comique et L'Île de Tulipatan pour les Bouffes-Parisiens ; plus largement à quelques mois de la Grande Duchesse de Gérolstein et de la Périchole.

toto



► Toujours pas de réponse à mes interrogations autour de Scribe, mais en cherchant, rencontré quelques éléments amusants sur son (bon) caractère.



► Voilà des années que je me demande si Peter Maxwell Davies se nomme DAVIES (Maxwell en second prénom / middle name, pas si souvent mis en avant chez les Britanniques) ou MAXWELL DAVIES (prénom Peter, mais sans trait d'union, étrange).

Je croyais avoir trouvé la solution récemment en regardant sur les pochettes de disque – tous les Naxos (l'essentiel de ce qui est publié, donc) sont cassés « Peter MAXWELL DAVIES » (à l'exception d'un Naxos Educational « Peter Maxwell Davies »). Chez les autres éditeurs, tous les mots sont mis sur le même plan typographique, impossible d'en tirer des indices.

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Mais en cherchant une confirmation plus officielle, deux informations plus déterminantes contredisent cette proposition.
La BNF indique que « Maxwell Davies, Peter » est une forme incorrecte (certes, ils peuvent ne pas être spécialistes de toutes les subtilités de seconds prénoms et patronymes composés de compositeurs contemporains, mais faire les choses proprement est leur métier, auquel ils sont très solidement préparés…).
→ Surtout, sa biographie parue dans un journal de Manchester indique qu'il est fils de Hilda et Thomas Davies : voilà qui règle la question, pas de Maxwell par ici. Peut-être ce second prénom lui servait-il à se différencier d'un grand-père homonyme…

Sachez-le, donc, en dépit des pochettes : Peter Maxwell DAVIES.
(Et une notule où l'on parle d'un de ses opéras.)



► Pour mettre un peu d'ordre dans un maquis touffu, j'ai décidé de me replonger dans la liste des opéras que j'ai pu lire ou écouter, pas vraiment mise à jour ces dix dernières années. Un classement par langue d'abord (le second critère sera, au choix, la date de naissance du compositeur ou d'achèvement de l'œuvre). J'ai donc sorti les grands moyens et le tableur ; mode un peu rigide à mon gré, mais qui permet d'entrer davantage d'informations lisiblement que sur un fichier texte (je ne pouvais pas inclure le genre, les discrépances de dates, les révisions, les librettistes…).

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Point d'étape, en vrac avant classement chronologique. (Le gras me sert juste à mettre en avant des partitions moins jouées que j'aime particulièrement, pour pouvoir y revenir, pas de signification particulière : certains n'ont jamais été enregistrés, même officieusement, tandis que d'autres se trouvent aisément dans le commerce – chez Timpani, quoi.)

Outre satisfaire ma vanité (qui ne l'est pas tellement, le chiffre total n'est pas aussi flatteur que j'aurais voulu), le projet a quelques bénéfices plus pratiques :
→ rendre la recherche des ces informations plus rapide lors de la rédaction de notules (ne pas toujours vérifier qui est l'aîné de qui, ou mille fois la date exacte de création de Dardanus ou de Wozzeck…) ;
→ permettre un classement par date de création, utile pour vérifier ce qui est était dans les oreilles de qui au moment de l'écriture d'une œuvre ;
→ plus généralement, avoir une meilleure vue d'ensemble de ce dont je dispose dans un style, lorsque je suis d'humeur à écouter telle ou telle veine (ou lorsqu'on me réclame des conseils).

J'y inclurai quelques cantates ambitieuses dont je voudrais conserver trace.

Dans l'idéal, il faudrait le faire pour chaque genre, mais l'opéra est vraiment celui où le paramètre (et on en écoute moins en une semaine que des piécettes pour piano ou des poèmes symphoniques…).

Certes, ça n'intéresse que moi, mais ce sera sans doute la matrice de futures notules diachroniques. En tout cas, ce devrait nourrir des entrées à venir.



Maria-João Pires abandonne sa carrière, à quelques semaines du soir où je suis censé l'entendre pour la première fois. Je ne suis pas parmi ses hystériques – les pianistes excellents, il y en a beaucoup, et son talent à elle est essentiellement mélodique, pas une esthéte des harmonies ni des textures, dans un répertoire également très réduit –, mais je me réjouissais de l'entendre, car son timbre et la simplicité de son style, la séduction de son galbe mélodique m'ont toujours plu.

Qu'elle abandonne (pour des raisons que j'ignore et ne cherche pas à connaître) n'est pas forcément un problème, à ceci près qu'au lieu du Concerto pour piano de Schumann (dans un programme tout-Schumann avec Gardiner et le LSO), on a le 25e de Mozart (l'un des moins intéressants des derniers) par… Piotr Anderszewski, souvent entendu à Bordeaux et que j'ai toujours évité depuis, tant je ne me figure pas du tout ce qu'il apporte, considérant l'immense horde de pianistes excellents – sauf à avoir vécu une transfiguration en quinze ans, il n'était ni particulièrement sonore, ni particulièrement virtuose, ni très sensible au style (Bach visqueux assez douloureux)… Je croyais qu'il était embauché parce qu'il était le petit frère de la konzertmeisterin de l'ONBA, mais il a depuis enregistré chez les majors et participé à nombre de concerts dans d'autres plus grandes salles (notamment à Paris).

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Ah oui, en effet, il a… mûri, le petit Anderszewski, depuis la dernière fois !

Je n'ai évidemment aucune hostilité envers lui (ce n'est pas un mauvais pianiste, bien sûr), mais qu'ils n'aient pas, à trois mois d'intervalle, dans leur carnet d'adresse un interprète capable de jouer le Concerto de Schumann, et soit un peu plus célèbre (remplacer Pires par Lupu ou Freire…), soit un peu plus saillant (un petit jeune un peu fantasiste, ou à peine repéré par un label…), c'est tout de même étonnant. La Philharmonie est quand même une de ces salles au monde où l'on peut embaucher n'importe quel artiste (et avec le LSO !) ; tous ne doivent pas avoir une date précisément ce jour-là.

Je ne me serais pas récrié si Anderszewski (qui doit l'avoir à son répertoire) avait joué la pièce prévue, mais changement de programme (ce que je trouve toujours assez inacceptable…) tout en embauchant un pianiste deux ou trois étages au-dessous de la notoriété et du talent de Pires, ça fait mal.

Comme il y a l'Ouverture, Scherzo & Finale, du très grand Schumann qu'on ne donne jamais en concert, et que l'alliance LSO-Gardiner fait très envie (le meilleur de deux mondes ?), j'irai de toute façon avec le sourire, n'est-ce pas.

(Le concerto, il faut bien être honnête, ça sert à faire remplir, mais ça n'intéresse manifestement ni les mélomanes, ni même les musiciens d'orchestre…)



► Pour les comptes-rendus de concert du mois passé, vous les trouverez dans mon second antre habituel, dans la rubrique concerts… je tâche d'y mettre un mot à chaque fois. Je tâcherai tout de même de reporter ici ceux dont les œuvres sont vraiment rares (la Belle au bois de Lioncourt, évidemment, mais j'ai encore un peu d'étude à faire à son sujet).*

(Sinon, sur le vif, je dis à peu près la même chose sur Piou-piou – il faut bien s'occuper pendant les adagios.)

mardi 19 décembre 2017

Les opéras rares cette saison dans le monde – #4 : en français


Il est temps de compléter cette série par un petit tour des opéras rares en langue française donnés à travers le monde. Quoi ? Où ?
Mais rassurez-vous, Carmen et Faust se portent très bien, merci pour eux.

Précédents épisodes :
principe général du parcours ;
#1 programmation en langues russe, ukrainienne, tatare, géorgienne ;
#2 programmation en langues italienne et latine ;
#3 programmation en allemand.

À venir : anglais, polonais, slaves occidentaux (tchèques, slovaques) & méridionaux (slovène, croate), celtiques & nordiques (irlandais, danois, bokmål, suédois, estonien), espagnols, et surtout une grosse notule sur les opéras contemporains intriguants, amusants (ou même réussis).



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Côté cour de l'Opéra d'État de Budapest, manière assez peu gallicane de débuter le parcours.



Gluck, Iphigénie en Aulide (Budapest)
→ Également donnée en allemand à Ostrava, en Moravie. L'œuvre qui, en 1774, renouvelle complètement le style de la tragédie en musique.
→ Diane retient les vaisseaux des Achéens en attendant le sacrifice ultime. Agamemnon tâche de tromper les dieux en éloignant sa fille, prétendant qu'Achille ne souhaite plus l'épouser.
→ Écrite pour Paris, la première présentée par Gluck. Dauvergne raconte dans ses mémoires qu'à la lecture de la partition, les directeurs étaient persuadés que, s'ils donnaient l'œuvre, ils allaient immédiatement ringardiser tout leur répertoire – ce qui advint, d'où la frénésie d'œuvres nouvelles et d'invitation de compositeurs italiens (Piccinni, Sacchini, Salieri, Cherubini…). C'est évidemment une vision rétrospective (et Gossec utilisait le même langage dans Sabinus donné quelques mois avant), mais elle marque bien l'importance de cet ouvrage dans l'esthétique lyrique française.
→ C'est la première partie de la légende d'Iphigénie (son sacrifice), la plus baroque-française des œuvres de Gluck, avec un aspect beaucoup plus galant, moins hiératique que ses tragédies ultérieures. Cela avait tellement touché la sensibilité du temps que les chroniqueurs rapportent que la salle était en pleurs pour les adieux d'Iphigénie (supposée aller épouser son fiancé Achille, mais que son père livre en réalité au sacrifice pour que les Grecs puissent retrouver des vents et partir pour Troie).

Cherubini
, Ali Baba – en français ou en italien ? (Milan)
→ Grand opéra écrit pour l'Opéra de Paris, sur un livret de Scribe et Mélesville (l'excellent librettiste de Zampa), où Cherubini s'adapte (après avoir écrit dans les veines du classicisme finissant et du premier romantisme) au langage nouveau de la musique romantique à flux continu – nous sommes en 1833, c'est le dernier ouvrage scénique du compositeur.
→ Pour ce dont on peut juger dans les (mauvais) enregistrements existants, les récitatifs sont assez empesés et la veine mélodique pas extraordinaire, mais précisément, nous ne disposons que de mauvais enregistrements (le seul un peu étendu, quoique coupé, et disponible commercialement, est en italien, pas très bien chanté malgré Kraus et joué tout à fait hors style).

Spontini, La Vestale (Budapest)
→ Jalon fondamental dans la fusion des styles (sorte de goûts-réunis du début du XIX siècle) entre l'ambition théâtrale de la tragédie en musique romantisée et les élans & effets vocaux de l'opéra italien, Spontini propose ce compromis entre grande déclamation dramatique et belcanto dans cet ouvrage, emblème du style musical Empire.
→ Voir là sur le contexte, le livret et la musique.



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Intérieur de l'Opéra de Frankfurt-am-Main, maison de l'un des plus beaux orchestres du monde, qui jouera L'Africaine de Meyerbeer.



Donizetti, Le Duc d'Albe (Anvers)
Donizetti, L'Ange de Nisida (Londres)
→ Peu avant sa mort, en 1838, Donizetti s'installe à Paris. Il a remporté un grand succès aux Italiens en 1835 avec Marino Faliero et  prépare un opéra de type semiseria en français sur un livret de Royer et Vaëz, d'après une pièce à succès de la fin du XVIIIe siècle (Baculard d'Arnaud, en 1790) autour des amours malheureuses du Comte de Comminges. Mais la troupe du Théâtre de la Renaissance fait faillite pendant les répétitions et l'opéra L'Ange de Nisida n'est jamais représenté. Pis, je n'en n'ai trouvé aucun enregistrement, même épuisé, aucune bande non plus (mais ça a bien dû être donné quelque part). L'œuvre, qui contient des parties empruntées à l'opéra antérieur Adelaide est recyclée dans La Favorite (en 1840), sur un livret adapté par les mêmes librettistes pour le cahier des charges de l'Opéra de Paris.
→ Simultanément, Donizetti a réussi à obtenir une collaboration avec Eugène Scribe, à la fois la garantie d'un livret dense et d'une prise au sérieux par le public et la critique : c'est pour Le Duc d'Albe (avec Charles Duveyrier). Mais la mezzo Rosine Scholtz, redoutant d'être éclipsée par sa rivale Dorus-Gras dans ce beau rôle de soprano, obtient son abandon, l'opéra reste inachevé. On joue La Favorite à la place, dans laquelle Donizetti intègre aussi des portions du Duc d'Albe (dont l'air de ténor « Ange si pur »). Quant au livret, Scribe le recycle en partie dans Les Vêpres siciliennes, pour Verdi !
→ L'œuvre a été achevée par Matteo Salvi en 1882, puis révisée par Thomas Schippers en 1959, dans les deux cas en italien. Et elle a enfin été gravée en français pour Opera Rara. Je n'ai pas été très convaincu, ni par le livret, ni par la musique, assez peu marquante à mon gré (ni drame intense, ni belles mélodies). Très en deçà de la Favorite ou des Martyrs, clairement.

Meyerbeer, Le Prophète (Deutsche Oper de Berlin)
→  Parmi les 6 opéras français (dont 5 majeurs, dont 4 grands opéras à la française), Le Prophète a survécu pour sa pompe avec la fameuse Marche du Sacre très à la mode dans la première moitié du XXe siècle et souvent gravée, mais c'est aussi et surtout une œuvre aux grandes qualités esthétiques et musicales.
→ Comme pour Les Huguenots et L'Africaine, Eugène Scribe y propose une critique radicale du clergé, voire de la religion en général, et présente les fanatiques comme des destructeurs effrayants, tout traitant ses héros avec une certaine distance ironique – Raoul de Nangis comm Jean de Leyde ont leur naïvetés, voire leurs ridicules. L'armature implacable du grand drame y assure aussi bien un spectacle à peu près sans exemple – paysages pastoraux, armées, étangs gelés, grand sacre dans la cathédrale, incendie urbain généralisé… – qu'une tension dramatique qui s'étage sur plusieurs niveaux et s'augmente sans jamais se relâcher.
Musicalement, l'œuvre n'a pas le naturel mélodique de Robert, des Huguenots ou de Dinorah, mais le soin apporté à l'orchestration y est tout particulier (beaucoup de solos instrumentaux, pas forcément brillants ou ostentatoires, y viennent apporter des touches de couleur). De surcroît, les exigences vocales y sont spectaculaires, dans un genre plus sonore et dramatique que virtuose (on y est plus proche du dernier Verdi, là où les précédents sentaient encore, vocalement, le lien avec Rossini et Donizetti) : une œuvre qui n'est pas sa plus délicate, et pourtant d'une prégnance assez hors du commun.
→ Par ailleurs, les artistes réunis à Berlin (Mazzola et Kunde, notamment) sont des spécialistes de cette musique et de cet esprit. Les représentations ont lieu en ce moment, et c'est manifestement un franc succès.

Meyerbeer, L'Africaine (Frankfurt-am-Main)
→ Meyerbeer a longuement élaboré L'Africaine, mais est mort d'avoir pu proposer ses habituelles retouches d'après les premières représentations. Cela se sent, il manque quelque chose de naturel dans les différentes éditions entendues. Par ailleurs, peu de mélodies marquantes, pas vraiment de distanciation ni d'humour, une orchestration personnelle mais plus opaque… je trouve qu'on ne renoue pas avec l'équilibre idéal de ses quatre autres grandes œuvres françaises.
→ Pour autant, le livret, encore une collaboration de Scribe, travaille toujours sur ces hésitations morales impossibles, sur ces affrontements entre les mondes, entre les fanatismes – mais de façon un peu plus rigide, et en tout cas moins divertissante. On peut cependant y entendre de très belles pièces musicales, pas aussi bien articulées entre elles que de coutume… bien qu'il y ait finalement pas mal de bandes et de disques, on attend toujours une production à la fois luxueuse techniquement et adéquate sur le plan du style et du français pour lui redonner sans ambiguïté la possibilité de convaincre.

Auber
, Fra Diavolo (Palerme)
→ Un opéra comique atypique et charmant, où un brigand célèbre apparaît comme personnage galant et romantique, une sorte de zorro locksleÿsant. Quantité de comique de caractère (les touristes anglais, les sbires gauches) et de situation (tout le monde est déguisé, caché plus ou moins adroitement), sur une musique assez simple et légère, mais pas aux effets sûrs.
→ On le joue quelquefois en italien en Italie, je n'ai pas vérifié ici.
Déjà présenté sur CSS. D'Auber, j'attends désormais surtout une reprise de son plus haut chef-d'œuvre (de très loin), Les Diamants de la Couronne.



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Grand escalier de l'Opéra de Tours, où Jean-Yves Ossonce propose, au fil des saisons, une des offres les régulièrement plus originales au monde en matière de redécouverte du répertoire français… malgré une suvention sans commune mesure avec les grandes scènes oisives.



Verdi, Jérusalem (Parme)
Verdi, Les Vêpres siciliennes (Londres, Frankfurt-am-Main, Munich, Würzburg)
→ Les deux premiers Verdi composés pour Paris (le troisième étant bien sûr Don Carlos) sont joués cette saison.
Jérusalem est une refonte de son quatrième opéra, I Lombardi alla Prima Crociata (juste après Nabucco : d'un style encore redevable au belcanto, même s'il est déjà ailleurs), avec beaucoup de nouveaux éléments, une mise en avant de récitatifs très bien écrits et un bon livret (de Royer & Vaëz, ceux de la Favorite de Donizetti) à rebondissements multiples. Verdi n'aimait pas écrire pour Paris, mais peu le faisaient aussi bien que lui. Il n'y a pas beaucoup de tubes dans la partition – les grands ensembles à la fin du I avec les imprécations de Roger, la cabalette « Quelle ivresse » d'Hélène, le chant de guerre des croisés, peut-être le grand air de Roger… mais ce sont surtout les situations dramatiques, l'enchaînement des récitatifs et des ensembles, qui convainquent, comme un grand tout dramatico-musical très cohérent et abouti.
→ Les Vêpres (avec des portions du livret du Dom Sébastien avorté de Donizetti, récupéré par Scribe) ont les mêmes qualités organiques d'enchaînement entre récitatifs, numéros, ensembles, finals, mais à un niveau de maîtrise carrément meyerbeerien, et cette fois avec la qualité mélodique propre à Verdi… l'œuvre déborde de mélodies bien prosodiées, dont le sens claque et dont la musique s'imprègne immédiatement. Un de ses plus hauts chefs-d'œuvre, qui semble avoir repris racine en Europe depuis une quinzaine d'années.

Gounod, Cinq-Mars (Leipzig)
→ Ressuscité récemment par Bru Zane, l'un des fleurons de tout Gounod, dont il faut absolument entendre l'acte II (qui débute par « Nuit resplendissante » et se clôt par un grand ensemble irrésistible de conspiration patriotique). Le voici repris, en version scénique.

Gounod
, Philémon et Baucis (Tours)
→ Pas exactement trépidant dramatiquement, pas non plus le meilleur Gounod sur le plan musical, c'est néanmoins une belle partition, presque jamais donnée. Encore une contribution particulière de Tours au répertoire français, que peu d'autres maisons font à cette régularité, et avec ce soin de chanteurs adéquats !

Gounod, Le Tribut de Zamora (Radio de Munich)
→ Voilà le grand inédit attendu pour l'anniversaire Gounod !  Hélas, cette année, Munich ne se déplace pas à Versailles (ni à Vienne, comme pour Cinq-Mars), il faudra voyager ou se contenter de la bande et du disque. Je n'ai pas lu toute la partition, mais ce m'avait paru du bon Gounod, sur un sujet bien dramatique. On n'en a jamais eu qu'une méchante bande piano-chant très mal captée (et publiée seulement chez des pirates), je crois bien. En tout cas aucun enregistrement officiel écoutable, très clairement. Grand événement, il s'agit du dernier grand Gounod jamais redonné.



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Le Musical Arts Center de Bloomington, dans l'Indiana, où L'Étoile est prévue – et son caractéristique dégradé de balcons latéraux.



Chabrier
, L'Étoile à Bloomington (Indiana)
→ Cette petite merveille est revenue en cour depuis la fin du XXe siècle, depuis redonnée de loin en loin. Il s'agit d'un opéra-comique aux effets extrêmement soignés, aux ensembles très caractérisés (Quatuor des représentants de commerce, Trio de l'Enlèvement, Quatuor des Baisers, Couplets & Chœurs de la Noyade…), farci de sous-entendus égrillards. Je me figure que ce pourraît susciter l'adhésion d'un public adolescent un peu éveillé – la façon detout y suggérer assez clairement l'air de rien n'est pas sans charmes.
→ Outre le (très bon) disque de Gardiner et quelques bandes diversement accessibles de la RTF, il existe une captation vidéo de la mise en scène de Pelly à Bruxelles, remarquablement distribuée (d'Oustrac, Mortagne, Guilmette, Varnier, Boulianne, Piolino…), diffusée à l'époque en haute qualité sur CultureBox (et France 2 ?). Cela doit se retrouver aisément (peut-être même paru en DVD, je ne suis pas les sorties), et mettait en valeur toute la fantaisie (et les pointes de mélancolie) de ce leste livret.

Massenet, Cléopâtre (Saint-Pétersbourg)
→ Le dernier opéra de Massenet, à une époque où, à partir du Jongleur de Notre-Dame, sa veine mélodique et son invention de mondes (quel lien entre les profils sonores de Werther, Esclarmonde, Thaïs, Cendrillon ou Grisélidis, créés sur une dizaine d'années ?) s'étiole un peu dans du drame plus sec (Chérubin, Ariane, Thérèse, Don Quichotte, Roma, quels que soient leurs moments de grâce –  pour Quichotte en particulier – reviennent tous à du théâtre romantique un peu hiératique). Il y a pourtant de la variété dans Cléopâtre, mais la déclamation et la veine mélodique restent un peu sévères. Au demeurant une jolie partition, rarement donnée.
→ Des Massenet qu'on ne donne jamais, je voudrais surtout voir Grisélidis (là, le récitatif est savoureux !), la féerie sonore étrange d'Amadis, notamment dans son Prologue en mélodrame (pas du tout du figuralisme, ni vraiment debussyste, vraiment un monde singulier), ou bien les archaïsmes jubilatoires de Panurge.

Saint-Saëns
, Ascanio (Genève)
→ Inspiré du roman homonyme d'Alexandre Dumas et de la pièce qui en a été tirée par Paul Meurice (collaborateur de Dumas sur le roman), le livret de Louis Gallet se penche sur l'histoire de Benvenuto Cellini et de son apprenti Ascanio – en transfigurant le personnage peu sympathique, dont les mémoires étaient disponibles en français depuis 1822, en protecteur paternel.
→ Je ne sache pas qu'on dispose d'enregistrements couramment disponibles. Les rares extraits donnés en concert au fil du XXe siècle sont de nature légère, mais ce ne doit pas être le seul aspect, pour un opéra en cinq actes donné à l'Opéra de Paris – en 1890.



landestheater detmold
Treppenhalle de l'Opéra de Graz, où vos pieds glisseront sur des lys si vous allez entendre l'Ariane de Dukas et Maeterlinck.



Dukas, Ariane et Barbe-Bleue (Graz)
→ Maeterlinck écrit ce texte spécifiquement pour être mis en musique… Il vise au départ la collaboration de Grieg, qui finit par se rétracter. Il y joue avec lui-même en donnant les noms de ses anciennes héroïnes aux femmes captivers de Barbe-Bleue (et Dukas fait même une jolie citation du motif de Mélisande lorsque celle-ci se présente).
→ Musique à la voix d'ampleur postwagnérienne et aux irisations très françaises, j'en ai touché un mot lors d'un précédent concert, salle Pleyel.
→ [Une vidéo, mise en scène Olivier Py.]

Martinů, Ariane à Düsseldorf et Moscou (au Stanislavski).
→ L'opéra est écrit en 1958, en guise de pause pendant la conception du plus sombre The Greek Passion (il est créé la même année, en 1961).
→ Il est écrit en langue française dès l'origine (quoique créé à Brno) et se fonde, comme Juliette ou la Clef des Songes (son chef-d'œuvre lyrique) sur Le Voyage de Thésée de Georges Neveux, une version surréaliste et psychanalysante du mythe du Minotaure : Thésée, en tuant son doppelgänger Minotaure, tue aussi une part de lui-même et son amour pour Ariane (qui semble de toute façon plutôt amoureuse du Minotaure). L'opéra s'achève sur la plainte d'Ariane.
→ La veine musicale en est très archaïsante, néo-baroque par certains aspects (dans l'introduction instrumentale, on entend les rythmes de la Toccata initiale de L'Orfeo de Monteverdi), néo-grec en d'autres instances (monodies de flûte et percussion, chœurs a cappella sur des tétracordes), et même quelquefois du diatonisme quasiment grégorien, tout en passant par du récitatif romantique ou de grands aplats lyriques de cordes homophoniques… Et le monologue final de l'abandon vraiment de ce postromantisme français mêlé de néoclassicisme. Malgré ces influences disparates, le résultat reste très séduisant.
→ Ces bizarreries s'expliquent par le projet : l'opéra ne dure que 45 minutes, la création s'est déroulée comme un programme à thème, incluant le fameux lamento de Monteverdi (seul vestige de l'opéra composé) et le mélodrame de Jiří Antonín Benda (sans doute le plus célèbre mélodrame du XVIIIe siècle).
→ [Son.]



landestheater detmold
Pour finir, toute la sobriété authentique du Teatro Massimo de Palerme accueille la légèreté un peu plus attestée de Fra Diavolo.



Pas énormément de diversité de titres, donc, et c'est en particulier décevant pour le vingtième siècle, que ce soit chez les postwagnériens, les postdebussystes, les néoclassiques, les poulenquiens ou les landowskisants : beaucoup de bijoux à programmer qui seraient au goût du public.
Certes, pour cela, encore faudrait-il que les maisons des pays francophones programment des ouvrages patrimoniaux, ce qui n'est pas vraiment le cas cette saison – ce n'est pas tout le temps vrai, les deux dernières furent plutôt fastes, et pas seulement en France.

En revanche, du côté du grand opéra à la française, des œuvres historiquement importantes sont redonnées (Ali Baba de Cherubini, les Meyerbeer, les Verdi…), voire des quasi-inédits de compositeurs majeurs comme Nisida, Zamora ou Ascanio.

Ce que ça valait ?  Réponse à la fin de la saison !

mardi 12 décembre 2017

Alceste de LULLY – nouveau disque Aparté & concert versaillais (Rousset)


En attendant qu'une des notules prévues soit finie (opéras contemporains dans le monde ?  opéras français ?  la morbidezza ?  les ténors verdiens à découvrir ?  les orchestres néerlandais ?), un petit mot sur la remise au théâtre d'Alceste de LULLY, ce dimanche, simultanément avec la sortie du disque chez Aparté – si vous ne l'avez déjà lu ailleurs (d'où le style sensiblement différent de l'usage dans ces murs).

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Dimanche donc, le tout-LULLY était à Versailles pour Alceſte.

Quand il s'agit de profiter des merveilles du lieu, j'aurai beau me presser, je partirai trop tard.


Ce début d'Alceste, ce récitatif d'Alcide, est une des choses que j'aime le plus dans toute la musique. 

Suite de la notule.

jeudi 7 décembre 2017

Agostino STEFFANI : précurseur de Mahler – l'autre XVIIe italien


Steffani, compositeur apprécié en son temps, a connu un regain de popularité qui ne s'appuie pas nécessairement sur ses qualités musicales. L'occasion d'en dire un mot.

Sa remise à l'honneur doit beaucoup (comme les opéras de Vivaldi – ou les opere serie de Gluck, certes moins marquants et peu durablement à l'affiche) au prosélytisme de Cecilia Bartoli dans son album Mission. À sa suite, on a vu fleurir des concerts, des intégrales et se multiplier la visibilité de Steffani  – alors même qu'il était déjà documenté au disque, en réalité, notamment du côté des Duetti da camera (« duos de chambre ») qui ont fait sa célébrité (on en a retrouvé un grand nombre de copies et de descriptions élogieuses chez les contemporains et un peu au delà).

Ces duos de chambre consistent tout simplement en deux voix accompagnées d'une basse continue, simultanément ou en forme de dialogues – récitatifs, élégiaques ou vocalisants, d'une grande variété.

[[]]
Pour tous ceux qui aiment les ensembles tuilés de Monteverdi, ces duos de Steffani constituent une inépuisable source de délices.
Ici Carolyn Watkinson et Paul Esswood accompagnés par Wouter Möller et Alan Curtis : Placidissime catene.

Et pour lui (re)faire une place, on s'est largement appuyé sur sa biographie : originaire de Vénétie, formé à Venise et à Rome, passé étudier à Paris, il se place toute sa vie au service de princes électeurs germaniques, à Munich, Hanovre et Düsseldorf. Pas seulement comme compositeur d'opéras et de musique de chambre (vocale ou non) : il est aussi prêtre (jusqu'à être nommé évêque en 1706), et diplomate – intermédiaire pour des mariages princiers, semble-t-il. Certains disent même agent secret. On voit ce que le personnage a de singulier et de romanesque.

steffani_portrait.jpg
Portrait (probable) copié au début du XIXe siècle.

Pour autant, sa musique est de premier intérêt.

Né en 1654, alors qu'exerce déjà une génération post-monteverdienne (Lugi Rossi à Rome, Francesco Cavalli à Venise…), il illustre remarquablement l'intérêt de ce second XVIIe italien, longtemps resté dans les poubelles de l'histoire alors qu'il s'agit plutôt, au contraire, de la période où les qualités de déclamation un peu sèche des débuts de l'opéra se développent dans des trouvailles musicales généreuses.

On l'entend très bien dans les opéras de Legrenzi, où la fascination vocale (agile) de la future opera seria est déjà présente, comme dans Il Giustino – mais où la souplesse du patron et la variété des couleurs, des enchaînements, l'originalité des procédés conservent toute la liberté des premiers temps, l'expérience et l'audace en sus. De même pour les oratorios de Falvetti, comme Il Diluvio universale ou Nabucco, multipliant les trouvailles (même en en retirant les fantaisies « méditarranéennes » ajoutées par García-Alarcón) et les configurations originales, jusque dans les livrets (ce début de Nabucco – « nous arrivons » !).
Même Albinoni, qui écrit déjà du seria, le fait de façon plus sensible à la prosodie, et de façon assez personnelle par rapport à ce qui suit – car, spoiler, l'intérêt pour la voix va bientôt tout emporter sur son passage et subordonner complètement la musique à des formes closes conçues exclusivement pour mettre en valeur timbres et agilité (malgré tout l'intérêt que peuvent avoir les opéras de Haendel, Vivaldi, Hasse ou Graun, leur cahier des charges est bel et bien celui-là).

Le mouvement peut se sentir dès les années 1640, ainsi qu'en témoignent, du côté du passé, L'Orfeo de Luigi Rossi (1647, où les récitatifs restent très dépouillés, mais où l'inventivité des sections plus « lyriques » et la liberté du livret dépassent les premiers modèles, même monteverdiens) et, du côté du futur, les Vêpres de Buonaventura Rubino (1644), qui essaient successivement quantité de configurations qui peuvent s'apparenter à quasiment toutes les écoles du XVIIe siècle – un peu comme si on avait mis bout à bout pendant une heure tous les ensembles réussis du Retour d'Ulysse de Monteverdi.

L'Âge d'Or de l'opéra italien, en définitive, est peut-être bien à chercher dans cette période du milieu tardif du XVIIe siècle…

Pour ces questions, je vous invite à lire le très rapide résumé de l'histoire de l'opéra italien, qui insiste davantage sur les articulations et entre périodes et les logiques sur le long terme.

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Libertà !  Libertà ! par Daniela Mazzucato et Carolyn Watkinson, accompagnées par Wouter Möller (au violoncelle !) et Alan Curtis au clavecin.

Revenons-en à Steffani. Ses Sonates de chambre ne proposent pas d'originalité particulière, en revanche ses Duos de chambre (deux voix avec basse continue) présentent des atmosphères très réussies et un goût systématique des entrelacs vocaux qui les distinguent de ce qu'était essentiellement la musique profane jusqu'alors, très hiératique et traversée de mélodies primesautières, mais peu tournée vers des ensembles aussi développés – certains durent une dizaine de minutes !  Étonnant pour des pièces profanes sur de petits affects stéréotypés.

[Le disque les a par ailleurs très bien servis : outre Curtis chez Archiv, on trouve Baroni chez Brilliant et récemment Stubbs & O'Dette chez CPO, pas pour les mêmes titres d'ailleurs ; ou bien des cantates à deux voix, comme Fons Musicæ chez Pan Classics ou Forma Antiqva chez Winter & Winter – œuvres plus conventionnelles, mais pas si fréquentes dans leurs parties en duo.]

Son Stabat Mater, gravé par Christophers et Fasolis, se situe là aussi entre deux écoles, quelque part entre les chatoyances du premier baroque, les souplesses des scènes successives de ce second XVIIe et les airs monodiques de la période du seria – même s'ils sentent assez, formellement, l'influence de son voyage en France, comme l'air de basse « Vidit suum dulcem natum », tout en majesté et pas du tout en recherche de ligne agile ou déploratoire.

Les opéras, eux, sont déjà proches du seria, avec des récitatifs particulièrement peu intéressants par ailleurs – alors que même au XVIIIe, Haendel, Vivaldi ou Hasse ont occasionnellement proposé des recitativi secchi joliment galbé, malgré les limites de l'exercice dans ce cadre.

Néanmoins, y affleurent aussi, par endroit, des surprises assez impressionnantes.

[[]]
L'Ouverture de Niobe, regina di Tebe par Hengelbrock et le Balthasar-Neumann Ensemble (chez Opus Arte).

Dans cette ouverture à la française, on retrouve l'entrée grave et altière, puis la partie vive en fugato… à ceci près qu'ici, plutôt qu'un fugato à proprement parler, c'est la superposition simultanée de la mélodie traditionnelle des cordes à un autre thème parent aux trompettes (ou, apparemment plutôt des cors naturels dans cet enregistrement, chez Stubbs & O'Dette, ce sont bien des trompettes) et timbales, tout étant écrit dans la partition (dit la notice).

Cela occasionne un décalage très étonnant, une polyrythmie (les mesures sont-elles seulement les mêmes ?) ou à tout le moins un mélange simultané de deux mélodies (pas en contrechant), que j'aurais bien aimé lire sur papier, et qui paraît excéder d'assez loin son époque – car, de surcroît, il s'agit de superposer à une musique abstraite cette fanfare guerrière, qui pourrait tout à fait être de la musique présente dans l'action scénique.

En théorie, ce genre de superposition désarticulée rythmiquement entre musique abstraite et musique figurative, si l'on excepte Don Giovanni, cela apparaît plutôt vers les jeux d'écho de Mahler dans Das klagende Lied ou la Deuxième Symphonie.

En tout cas, cela m'a très vivement impressionné, au point de susciter cette notule, occasion de dire un mot un peu plus long de Steffani et de sa période musicale, encore trop peu documentée au disque et encodre davantage au concert.

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À bientôt pour d'autres surprises !

dimanche 3 décembre 2017

Cadeaux de décembre : canons de Ligniville, Belle au bois de Lioncourt, Prix de Rome de Clostre…


Comme c'est l'usage, notre sélection du mois, hors des grandes salles dont vous avez déjà probablement feuilleté les programmes. Ce décembre-ci est particulièrement prodigue en découvertes (et, fin de semestre oblige, en auditions de conservatoires ou concerts d'ensembles hors circuit).

En bleu, les interprètes chouchous à qui l'on fait confiance (et qui méritent même le déplacement), en rouge les compositeurs à la fois rares et prometteurs.



salon vinteuil
Salon Vinteuil du CNSM à l'occasion de la présentation sur la Rhétorique chez Chambonnières.



30 novembre
→ Rhétorique de Chambonnières, Lambert, Moulinié et Bacilly au CNSM (19h). Gratuit. [Commentaire ici.]
→ Festival Perkumania au CRR de Paris. Gratuit.
→ L'excellent orchestre (amateur, mais ça ne s'entend pas) Ut Cinquième dans Chosta 5 et le Second Concerto de Rachmaninov. Notre-Dame-du-Liban. Libre participation.

1er décembre
→ Chants militaires de tous ordres (airs patriotiques, chants de soldats, opéras, fonds populaire…) par le Chœur de l'Armée Française au Grand Salon des Invalides. 10€.

2
→ Stabat Mater de Ligniville (1769) par la Compagnie de L'Oiseleur (Billettes), avec notamment Marion Gomar (et Mañalich, dont très bien chanté). L'œuvre, qui ne ressortit pas au style français, consiste en une suite de canons très rigoureux ; assez fascinant, et pas sévère du tout. Libre participation. [Commentaire ici.]
Erismena de Cavalli (avec Aspromonte, Desandre, García-Alarcón) à l'Opéra de Versailles, avec mise en cène. (Cher.)
Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, production Benizio-Niquet, à l'Opéra de Massy. (Bijou absolu mais maltraité, je ne recommande pas. Cher aussi)

3
Ut Cinquième dans Chosta 5 et le Second Concerto de Rachmaninov. Saint-Denys-du-Saint-Sacrement. Libre participation.
Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, production Benizio-Niquet, à l'Opéra de Massy.

4
→ Masterclass Alice Pierot au CNSM jusqu'à 19h. Gratuit.
→ Théâtre Grévin, Forqueray, Royer, Duphly, Balbastre par Violaine Cochard.
      
5
→ Œuvres d'Adrienne Clostre, Prix de Rome, par la classe des chefs de chant (d'Erika Guiomar) [impressions] et de lecture à vue du CNSM. Dans le genre des post-fauréens du XXe siècle, beaucoup de très belles choses à entendre chez elle. 18h, gratuit.
→ L'Ode symphonique et lyrique Inde de Wekerlin (immortel auteur de la délicieuse Laitière de Trianon) par la Compagnie de l'Oiseleur (avec accompagnement de piano), au Temple du Luxembourg. Libre participation.
Psaumes de Goudimel (un des plus beaux représentants français du XVIe siècle, mal documenté au disque) à l'Oratoire du Louvre, par l'Ensemble Clément Janequin. Ses Psaumes en français sont une forme de manifeste musical de la Réforme calviniste – je n'en avais trouvé qu'un enregistrement lorsque j'avais voulu les écouter (Naxos), ils ont l'air très beaux et variés… mais étaient très mal chantés (à peine justes, pour commencer). Belle occasion !
→ Concert Stockhausen, avec notamment Kreuzspiel, l'une de ses bonnes œuvres, au CNSM. 19h, gratuit.
→ Concert Bach des classes de Stéphanie Moraly (violon) et Jérôme Granjon (piano) au CRR de Paris. 19h. Gratuit.

6
→ Soirée Debussy au CRR de Paris (avec en clou du spectacle le Quatuor Hanson). Gratuit.
→ Audition de la classe de saxophone du CRR de Paris. Gratuit.

7
La Nuit transfigurée de Schönberg au CNSM. 19h, gratuit.
→ Quintettes à deux altos de Brahms et Bruckner, par le Quatuor Psophos (et Mathieu Herzog), aux Invalides. (Mais dans l'acoustique de la cathédrale, et cher.)

8
→ Pachelbel, Kuhnau et Bach à Saint-Roch.
Feux d'artifice, chef-d'œuvre du Stravinski impressionniste (puis Petrouchka, le Concerto pour violon de TchaÏkovski et l'Ouverture de Noël de Fujikura) par l'ONDIF au Vésinet. Et la semaine suivante à Rueil, Rungis, Maisons, Cachan, Philharmonie…

9
→ Histoire de la Comédie-Française au Vieux-Colombier (15h, et ce doit être complet depuis longtemps : date unique).
→ Monteverdi, Merula, Carissimi, van Eyck, Charpentier par Masset, Tubéry et des étudiants du CRR de Cergy à Saint-Maclou de Pontoise.

10
→ Compositeurs alsaciens (Boëllmann, Bemberg, Jaël, Werner, Wekerlin, Waldteufel) par la Compagnie de L'Oiseleur. Musée Jean-Jacques Henner, 15h. Libre participation ?
Alceste, l'un des meilleurs LULLY dans une bien belle distribution. (Opéra Royal de Versailles, 15h.)
→ Musique sacrée milieu XVIIe à début XVIIIe de Purcell, du Mont, Campra, Badalla, Stradella et Corelli, par l'Ensemble Calisto. Église du Saint-Esprit, avenue de Daumesnil. Libre participation.
→ Pièces pour trompettes par l'Orchestre des Jeunes Simón Bolivar : Gabrieli, Mozart, Gardel, Piazzolla… 16h30 à la Seine Musicale.

11
→ Trio de Tchaïkovski par le Trio Sōra à 12h15 aux Invalides. 10€.
→ Masterclass de violoncelle par le mirifique Gary Hoffman au CNSM (jusqu'à 17h30). Gratuit.
Le hautbois de la pré-Révolution à l'Empire : concert de musique de chambre en clôture du colloque de la journée du CNSM (également ouvert au public). Gratuit.
→ Mélodies et lieder de Schubert, Schumann, Wolf, Mahler, Berg, Butterworth, Eisler, Poulenc et Jolivet, par Baechle, Fardini et Le Bozec. Grand Salon des Invalides, dans les 10€.
→ Beaux airs de cour français par le fantôme de von Otter, avec l'accompagnement ultra-luxe de Th. Dunford & Rondeau. À Gaveau.

12
→ Masterclass de violoncelle par le mirifique Gary Hoffman au CNSM (jusqu'à 17h30). Gratuit.
Le hautbois de la pré-Révolution à l'Empire : concert de concertos en clôture du colloque de la journée du CNSM (également ouvert au public). Gratuit.
→ Audition de hautbois au CRR de Paris. Gratuit.

13
→ Classe d'ensembles vocaux du CNSM (beaucoup de Chabrier !). Gratuit.
→ Audition de basson à 18h au CRR de Paris. Gratuit.
→ Audition de violoncelle à 19h au CRR de Paris. Gratuit.

14
→ Ensembles tirés notamment des opéras de Chabrier par des élèves du CNSM. Musée Henner à 19h15, 15€.
luto, ftsie rusalka

15
→ Un ballet inédit de Campra, Le Destin du Nouveau Siècle, à Aubervilliers. 15€.
Orchestre des Lauréats du Conservatoire dans Vaughan Willimams, Tippett, Britten et Benjamin.
→ Audition de trompette à 18h30 au CRR de Paris. Gratuit.

16
→ Musique de chambre de Pierné (le Tendre), Jolivet et Takemitsu (Toward the Sea) au studio de la Philharmonie, à 11h.
→ Audition de la classe de violon de Stéphanie Moraly (souvent des pièces françaises rares sous son impulsion !). CRR de Paris à 16h, gratuit.
→ Messe brève avec orgue de Haydn, Cantates BWV40 & 61 de Bach par Les Muses Galantes. (Ensemble de professionnelles, qui jouent avec un plaisir évident, mais dont il ne faut pas attendre l'insolence et la typicité des formations les plus en vue. Je trouve leur son un rien homogène et lisse – il faut dire que leurs instruments ne sont pas montés en boyaux, j'ai l'impression, ce qui rend le spectre sonore plus froid.) Église des Billettes à 17h, libre participation.
→ Œuvres de Haydn pour clavecin, trio avec clavier, et lieder, avec Eugénie Lefebvre. Billettes à 19h30, libre participation.

17
→ Comédie musicale sur Hänsel et Gretel, au Conservatoire LULLY de Puteaux (16h).
→  L'Oratorio de Noël de Bach au TCE dans un attelage étrange : le London Philharmonic dirigé par V. Jurowski, et un plateau fascinant de diseurs (Vondung, Ovenden, Loges).

18
→ Masterclass de clavecin de Paul Goussot jusqu'à 18h, au CNSM. Gratuit.

19
→ Masterclass de clavecin de Paul Goussot jusqu'à 18h, au CNSM. Gratuit.
→ Le vibrillonnant ensemble vocal féminin Mångata dans des pièces a cappella de Gyöngyösi, Carillo, Gjeilo… et même une commande à Katherine Alward-Saxon (Ronda del fuego). Au Temple de Port-Royal.

20
La Belle au bois dormant (1912-1915) de Guy de Lioncourt, une nouvelle rareté absolue de la Compagnie de L'Oiseleur dans le domaine de l'opéra sur le matériau des contes (toujours pas remis de Brocéliande d'André Bloch, vraiment l'archétype du chef-d'œuvre inconnu !).
    Lioncourt (1885-1961) n'est aujourd'hui joué que pour ses Trois Mélodies grégoriennes pour saxophone alto et orgue (voyez ici une version en concert parmi d'autres – il en existe deux au disque, chez Dynamic et Ravello), parfaitement tonales et assez lisses, mais ce n'est sans doute qu'un aspect de sa production.
    Car il se situe à une confluence assez intéressante : élève de Roussel en contrepoint et d'Indy en composition, formé au grégorien, à l'orgue, au hautbois et même à la déclamation lyrique, il fait sa carrière dans la Schola Cantorum qui l'a formé : directeur des études, professeur de contrepoint et de composition, puis fondateur de l'École César-Franck après la catastrophe de 1931. [Les successeurs désignés par d'Indy à la Schola Cantorum sont renversés par un rachat d'actions ; Pierné, Dukas, Ropartz, Roussel et Bréville démissionnent ainsi que 49 des 54 professeurs et 250 des 220 élèves.] Et, pour l'anecdote, il est aussi le grand-père d'un des fondateurs du CMBV (Vincent Berthier de Lioncourt).
    Sa Belle au bois dormant remporte d'ailleurs le Grand Prix Lasserre – mais on sait ce que valent les prix, surtout considérant qu'il était déjà professeur éminent à cette date, avec un réseau par conséquent. Certes pas un moderniste, mais considérant le degré de maîtrise du matériau qu'on lui a enseigné, il peut potentiellement produire la juste quantité d'événéments propres à émerveiller. Nous le verrons, je n'ai pas pu mettre la main sur la partition pour me faire une opinion…
→ Messe de Minuit et Oratorio de Noël, deux œuvres généreuses de Chapentier par le Café Zimmermann, le Chœur Aedes, avec David Tricou et Renaud Delaigue. À Saint-Roch.

21
→ Cours public de musique de chambre par Jean-François Salque au CNSM, à 19h. Gratuit, et peut-être retransmis sur le site, comme d'autres cour publics.
The Dream of Gerontius, l'oratorio le plus célèbre d'Elgar, est joué à la Philharmonie les 21 et 22. Je le signale tout de même, considérant qu'il s'agit là du genre où Elgar a sans doute donné le meilleur de lui-même : la qualité de plénitude de son écriture se fond assez bien dans les contraintes de ferveur et de maintien de l'attention sans tension dramatique ; la forme n'est pas un enjeu non plus, contrairement aux faiblesses qu'on peut pointer dans ses symphonies et surtout dans sa musique de chambre.
→ Audition de hautbois au CRR de Paris à 18h30, de piano à 19h30. Gratuit.

22
→ Airs de cour de Lambert, d'Ambruys, Le Camus et Charpentier par Desandre, Mauillon, Th. Dunford, Rignol et Rondeau, à l'Opéra-Comique. [D'Ambruis et Le Camus sont assez au sommet de ce que le genre a pu produire, et peu donnés, hors Le doux silence de nos bois, un hit personnel de Mauillon-Christie.]
→ Charpentier, Pastorale de Noël. L'une des plus belles œuvres sacrées de Charpentier – à mon gré, la plus belle après son Magnificat H.73 (la chaconne à trois voix, deux dessus instrumentaux et basse continue) et son Te Deum. Une grande scène semi-dramatique en français qui raconte l'Adoration des Bergers. Délicieux, et l'Ensemble Correspondances l'a déjà splendidement servi au disque.
→ L'Orchestre du CNSM dans la Première Symphonie de Beethoven, à Noisy-le-Sec.
→ Audition de contrebasse au CRR de Paris (18h). Gratuit.



salon vinteuil
Francisco Mañalich et L'Oiseleur des Longchamps avec Les Muses Galantes à l'église (désormais Réformée) des Billettes, l'une des plus élégantes et touchantes de Paris.



Évidemment, rase campagne après Noël. Si vous vous ennuyez, il reste le théâtre (Feydeau, Renoir, Shakespeare-par-Carsen, Edmond de Michalik, La Peur d'après Zweig… les succès de ces derniers temps sont toujours à l'affiche), et l'Opéra-Comique dont le Comte Ory court pendant la semaine du 25…

De quoi se tenir occupé tout de même. Dans l'intervalle, ne manquez pas les Psaumes de Goudimel, les ensembles de Chabrier et les résurrections de Ligniville, Wekerlin, Lioncourt et Clostre !

David Le Marrec


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