Carnets sur sol

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lundi 26 février 2018

Courez aux chants de mars


Encore une belle référence…

Comme naguère, vous trouverez ici le planning PDF où apparaissent tous les dates et lieux sélectionnés, quantité de petits concerts (ou au contraire de concerts très en vue) dont je ne parle pas ci-dessous.

N'hésitez pas à réclamer plus ample information si les abréviations (tirées de mon planning personnel, destiné au maximum de compacité) ou les détails vous manquent.
(Les horaires indiqués le sont parfois par défaut par le logiciel, vérifiez toujours !)



0. Rétroviseur

Auparavant, les impressions de février :
►#59 La seconde Symphonie en ut de Bizet, « Roma », très mal connue, et pourtant aussi belle que la première ! (Couplage exaltant avec Printemps, et La Damoiselle Élue avec Melody Louledjian.) Voyage à travers l'Île-de-France aussi, en compagnie de l'ONDIF.
►#60 Les Cloches de Rachmaninov, extraits de La Donna Serpente de Casella.
►#61 Symphonie Italienne de d'Indy, bijou d'atmosphères et d'invention poétique, au CRR de Paris.
►#62 La Nuit Transfigurée de Schönberg et le Concerto en ré de Stravinski par la classe de chefs débutants du CNSM.
►#63 Moscou Tchéryomouchki, opérette / musical de Chostakovitch.
►#64 Audition des jeunes ensembles de chambre du CNSM : trios, quatuors, quintettes, à cordes, avec piano, à vent…
►#65 Redécouverte de Pierre-Louis Pollio (maître de chapelle à Dijon et Beauvais au milieu du XVIIIe), dont on a retrouvé les œuvres il y a peu. J'ai été très succinct, parce qu'il y avait trop à dire pour le format, sur le détail du style composite (et sur le motet de son maître Joseph Michel, remarquable).
►#66 Stanislas de Barbeyrac dans Les Nuits d'été, pour ténor !  Découverte du miraculeux pianiste Alphonse Cemin.
►#67 Mahler, Symphonie n°9, Orchestre de Paris, Harding (inclut quelques remarques sur les motifs transformatifs et les coups d'archet écrits, qui mériteraient une notule à l'occasion, mais pas tout de suite…).

Quelques lectures en images :

Et quelques déambulations illustrées :
☼ la forêt d'Écouen enneigée de nuit (on n'y voit à peu près rien, certes) ;
☼ le parc du Château de Versailles sous les frimas ;
☼ grande excursion hardie à travers les champs glacés, 20 km de neige fraîche à flanc de coteau (Presles, Nerville-la-Forêt, Maffliers, Montsoult) ;
☼ balade dans les mousses gelées émergeant de la crue de l'Yonne, sous un ciel d'une pureté immaculée (Bois-le-Roi, Fontaine-sur-Seine, Livry-sur-Seine) ;
retour à Saint-Élisabeth-de-Hongrie-du-Temple (et nouvelles de sa procédure canon).



À présent, la prospective.

J'attire en particulier votre attention sur quelques perles.

(En rouge, les œuvres rarement données – et intéressantes !)
(En bleu, les interprètes à qui je ferais confiance, indépendamment du seul programme.)



A. Opéras & cantates

Cavalli, Il Giasone, à Versailles. Tout à fait rare (et par García-Alarcón, garçon bien informé). Ensuite, je n'ai trop rien à en dire : je trouve que Cavalli appartient à la fourchette basse des compositeurs de l'époque qu'on a rejoués, et je m'explique mal l'attachement qu'on lui porte spécifiquement, ce qui me conduit à un modeste silence.

Gluck, Orphée & Eurydice (version Berlioz). Si jamais vous n'avez pas attentivement regardé la saison de ballet (version Pina Bausch), vous êtes peut-être passé à côté d'une version de cet opéra avec, selon les dates, Wesseling et Hengelbrock !

Auber, Le Domino noir. Une de ses œuvres les plus célèbres – possiblement parce qu'une des plus accessibles au disque, le studio Bonynge avait été largement distribué –, et incontestablement parmi les bons Auber, une intrigue vive, une musique toujours agréable et élégante. Ce n'est pas délirant comme Les Diamants de la Couronne, ni enjôleur comme Haÿdée, cependant on demeure dans cet esprit français de quiproquos charmants. Nettement plus dense musicalement que La Muette de Portici (malgré son ambition, et son importance historique), ou que Fra Diavolo. À partir du 26 à Favart – splendide plateau, comme c'est devenu la règle dans cette maison.

Berlioz, Benvenuto Cellini. Le seul opéra un peu normal de Berlioz, et pourvu de fulgurances incroyables pour autant, surtout dans sa version avec récitatifs. Quels ensembles virtuoses !

Wagner, Rheingold & Walküre par des chanteurs russes (et pas n'importe lesquels, après de nombreux amendements, Nikitin est annoncé en Wotan de la Première Journée !). 24 et 25 à la Philharmonie.

Debussy, L'Enfant Prodigue (couplé avec les Nocturnes et la Mer), par l'Orchestre Lamoureux (tout dépend s'ils ont travaillé…) dirigé par Michel Plasson. Avec Annick Massis et Alexandre Duhamel. Un oratorio très contemplatif et doux, très marqué par Massenet en réalité. Mais très bien fait dans son genre sulpicien. Étonnant qu'il soit donné si régulièrement !

Violeta Cruz, La Princesse légère, à l'Opéra-Comique, après le report. Paraît réjouissant.



B. Musique chorale

Chœurs du Prix de Rome de Saint-Saëns (+ sa Deuxième Symphonie) et Ravel, Saintes-Maries de Paladilhe, Bergamasque & Djinns de Fauré… par le Palais-Royal (instruments d'époque). L'esprit français !
    C'est donné dans l'extraordinaire salle néo-égyptienne de l'antique Conservatoire, où l'on entend désormais peu de concerts.

Saint-Saëns, Fauré, Poulenc, Bernstein : chœurs par Le Vaisseau d'or & Martin Robidoux. Le 5.

Messe de Bernstein (avec participation de Stephen Schwartz pour les textes, le futur auteur de la – géniale – comédie adolescente Wicked, d'après le mauvais roman prequel du Magicien d'Oz).
Un grand bric-à-brac très particulier, pas exactement recueilli, qui ne manque pas de charme. Et chanté par le meilleur chœur symphonique du monde. Les 21 et 22.



C. Musique symphonique

Divertissements de plein air de Haendel par Les Folies Françoises, un des ensembles les plus vivants du circuit, assez peu mis en valeur (ils ont fait une superbe Armide de LULLY en Autriche qui n'a pas tourné en France !).

Gossec, Symphonie Op.3 n°6 (et Concerto n°2 de Saint-Saëns, et Symphonie n°5 de Beethoven) par l'Orchestre de Picardie aux Invalides.

Berlioz, la Symphonie Fantastique donnée dans la salle de sa création !  Par les étudiants de Manchester et du CNSM réunis sous la direction de Markus Stenz.

Franck et Mahler (n°1) sur instruments anciensLes Siècles, le 5.

♦ Une reconstruction de la Symphonie en si mineur de Debussy (il en existe plusieurs, Debussy n'a laissé qu'une partition pour piano) par Colin Matthews (oui, celui qui a orchestré les Préludes, et écrit un Pluton pour compléter le cycle des Planètes de Holst). Pas une œuvre majeure, mais jolie et courte – et puis c'est tellement amusant, d'aller voir une symphonie de Debussy, avec un nom de tonalité de surcroît !  C'est un peu comme les Variations en si bémol majeur de Stockhausen ou la Messe basse en ut de Boulez, le grand frisson de la transgression… Le 1er à Radio-France.

Symphonie n°3 de Sibelius, fantastique mais peu donnée hors intégrale, ici dans le cadre de celle du Philhar'. Le 1er à Radio-France.

Symphonie concertante de Prokofiev, Ouverture de Rouslan & Loudmila, Concerto n°1 de Rachmaninov, par l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire, le 22 (Cité de la Musique ou CNSM ?). Gratuit.

Symphonie n°1 de Weinberg (1942) – il transcrivait lui-même « Vainberg » depuis le cyrillique, mais cette graphie est très peu utilisée.
    La symphonie est écrite dans un langage purement soviétique, très tonal mais où les mélodies claires et populaires ont un effet déceptif, sans cesse des modulations en cours de phrase, des sorties de route. Mais avec une limpidité et une fraîcheur qu'on ne trouve jamais chez Chostakovitch.
    C'est de surcroît un des plus beaux orchestres polonais, le Philharmonique de Varsovie, avec un des tout meilleurs chefs – il y a Antoni Wit, et il y a Jacek Kaspszyk. (C'est donné à la Seine Musicale.)

Messiaen, Des Canyons aux Étoiles. Le 16.

Bernstein, Symphonie n°3. Le 18.



D. Musique de chambre

Quatuor(s?) de Gounod par le Quatuor Cambini (instruments anciens, Julien Chauvin au premier violon) à l'Hôtel de Lauzun (le midi). Ils sont très beaux, étonnamment sophistiqués si vous avez dans l'oreille ses opéras, sa musique sacrée, ses mélodies, quoique très limpides, homophoniques et apaisés.

Dupont, Caplet, Glazounov, Bach, Beethoven, Liszt en musique de chambre à la Légion d'Honneur (le midi).

Quatuor avec piano de Chausson au CNSM, le 6. (Un bijou absolu, souvent enregistré, moins programmé.)

Sonate pour violoncelle et harpe de Durosoir, à l'Ancien Conservatoire, le 7. (Couplage avec Debussy violoncelle-piano et le Trio de Ravel.) Gratuit.

Messiaen, marathon des Catalogues d'Oiseaux par Pierre-Laurent Aimard. 10€ le concert, à la Philharmonie, le 25. Univers complètement fascinant, transfiguration d'une matière concrète et naturelle dans un langage consonant, au sein d'un système parallèle à celui (tonal) auquel nous sommes habitués.

Messiaen, Livre d'orgue. Son œuvre la plus aride, pas la plus aimée non plus, mais très rarement donnée. Le 18.

Œuvres pour orgue et violon de Rădulescu, Escaich, Gandrille. Le 23 au CNSM, gratuit.



E. Lieder, mélodies & airs de cour

Concert de clôture au colloque « Chanter l'actualité de Louis XII à Henri IV ». Hôtel de Lauzun le 22, à 18h (ajouté après génération du fichier, ne figure pas dans le PDF). Je ne me suis pas renseigné sur les conditions d'accès – ça m'intéresse vivement, mais je ne suis pas disponible à cette heure… –, vérifiez si c'est ouvert à tous, tout de même.

Dove ne vai crudele, programme d'airs de cour italiens d'Il Festino avec les solos de Dagmar Šašková. Je n'ai pas encore entendu ce programme-ci, mais leur propos est toujours très stimulant et/ou amusant, et remarquablement exécuté – accompagnements variés et calibrés, langue savoureuse.

Mélodies orchestrales françaises (dont du Théodore Dubois !) par Sandrine Piau et le Concert de la Loge Olympique. Le 23.

Lettres de soldats musiciens anglais & français, songs et mélodies, par des étudiants de Manchester et du CNSM (Classe d'Anne Le Bozec). Les 5 (soir) et 6 (midi).

Classe de direction de chant d'Erika Guiomar, toujours un événement. Il y a eu les arrangements d'œuvres lyriques (ou non) pour piano (Prélude des Gurrelieder, La Mer de Debussy, réminiscences de Thaïs…), il y a eu la soirée Hanns Eisler (que des lieder et mélodrames d'Eisler, parfois déclamés par les pianistes eux-mêmes !), et le niveau est extraordinaire, déjà de très grands artistes. Au CNSM, le 30. Je n'ai pas encore le programme. Gratuit.



F. Théâtre

Phèdre de Sénèque à partir du 29, au Studio de la Comédie-Française (galerie du Carrousel du Louvre). Même aux horaires difficiles (18h30), c'est déjà complet.

Faust de Goethe au Vieux-Colombier à partir du 21. Pas vérifié quel état du texte, ni quelle traduction.

Hugo, Mille francs de récompense, tiré du théâtre en prose et « en liberté ». Pas là qu'on trouve le plus grand Hugo, mais il demeure toujours de solides charpentes, même dans les plus légères. À la Cartoucherie, à partir du 22.

L'intégrale Ibsen au Théâtre du Nord-Ouest (TNO sur le calendrier), de maintenant jusqu'à juin ! Certaines pièces sont simplement lues (par une ou deux personnes, selon les cas), mais beaucoup de très rares sur les scènes françaises sont représentées. Téléchargez le calendrier de l'alternance sur leur site pour vérifieer.
♦♦ J'avertis tout de même sur les conditions, que vous ne soyez pas surpris comme je l'ai été : très petits moyens (quasiment pas de décors ni d'accessoires), textes débités rapidement (une séance à 19h et une à 20h45, dans la même salle !), en général des coupures. Et surtout, des conditions sanitaires délicates : tenace odeur de tabac froid incrustée, ménage fait tous les six mois (ce n'est pas une image, on a demandé…), donc il peut y avoir, en soulevant les décors, de très importantes quantités de poussières dans l'air (suivant la date du dernier ménage). En principe, ils le font au début de chaque nouvelle série, ce doit donc être le bon moment pour y aller !
♦♦ Le TNO se décrit lui-même comme un phalanstère (qui doit plus coûter que rapporter !), il faut le voir comme une volonté militante de mettre en valeur un auteur dans son entièreté, pas en attendre la plus grande expérience de théâtre de votre vie.

Pelléas et Mélisande de Maeterlinck à l'Opéra de Massy !  1er et 2. L'occasion de voir les servantes, ou la scène sur la mort de Marcellus. Il faut réserver en revanche, c'est dans le petit auditorium. Gratuit.

Lectures de Maeterlinck par Loïc Corbery dans la Coupole (le 27).

Ménagerie de verre de Tennessee Williams au T2G (Gennevilliers), à partir du 21.



G. Quelques chouchous

♦ Classe de direction d'orchestre du CNSM avec l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire, en ce moment mon chouchou sur tout Paris. Le 12.



H. Bonnes affaires

Toutes l'année, suite à des ajustements d'emploi du temps (et quelquefois simplement pour aller à un autre concert !) je revends des places, bien placées, pas chères.

Par ici.

(En ce moment, Schumann 2 avec Zimmermann et la Messe de Bernstein.)



Bon mars à vous. Mars redoutable, mars indomptable.

dimanche 18 février 2018

[Carnet d'écoutes n°119] – depuis novembre… I. Pleyel, Chopin, Herzogenberg, Stanford, Zemlinsky, Weingartner, Zhurbin, Connesson…


Quelques écoutes faites, impressions laissées çà et là depuis novembre. Image très partielle d'écoutes diverses, et commentaires parfaitement désinvoltes et informels. Si ce peut suciter des envies d'écoute…

(Rappel du code tartelettes : purement une mesure de mon intérêt personnel, sans prendre en compte les interprétations. 1 : agréable. 2 : à réécouter de temps à autre. 3 : à réécouter souvent. 4 : œuvre de chevet. 5 : parmi les grandes émotions. Et quand c'est meringué, c'est que je suis grognon.)

Hahn – Le Rossignol éperdu (II, Orient) – Ariagno
Hahn – Le Rossignol éperdu (III, Carnets de voyage) – Ariagno
Hahn – Le Rossignol éperdu (III, Carnets de voyage) – Eidi
Hahn – Le Rossignol éperdu (IV, Versailles) – Eidi
Deux lectures très différentes et complémentaires, Ariagno plus pédalée, Eidi plus sec (et il y a aussi Wild plus pianistique, ainsi qu'un quatrième que je n'ai pas encore testé). Les moments archaïsants (Noces de Joyeuse !) sont particulièrement délicieux, et d'une manière générale, on voyage sacrément dans ce cycle pudique mais ambitieux.

Ligeti – Études (livre I) – Banfield
Insupportablement métallique.
Ligeti – Études (livre I) – Aimard
Ligeti – Études (livre II) – Aimard
Rien à voir : un son très rond de soliste, une hiérarchisation des informations (là où tout était sur le même plan chez Banfield), mais aussi quelque chose de très éduqué et mesuré… pas très profusif ni débraillé pour du Ligeti. Finalement, Idil Biret reste ma référence ici.

Southam – Rivers (III-8) – Godlowska
Ça me lasse étonnamment cette fois-ci. Pourtant j'avais contre toute attente adoré ces boucles minimalistes et figuratives (accumulation de péchés mortels), lors de mes précédentes écoutes.


Charpentier – Messe de Minuit – Minkowski
Charpentier – Te Deum – Minkowski
Charpentier – Te Deum – Niquet
Qu'on ne me dise pas que j'ai des goûts inaccessibles après ça. Un peu de français gallican pêchu sur du 2-5-1, et je fonds comme Elphaba.

(Nicola) De Giosa – Don Checco (final) – San Carlo de Naples
Écrire du pré-Rossini en étant né après Verdi, c'est un peu honteux, mais ce n'est pas vilain non plus.

Nowowiejski – Legenda Bałtyku (air) – Beczała
Là aussi, au milieu du vingtième, ressemble à un opéra du milieu du dix-neuvième, glockenspiel en sus.

Sokolović – Svadba – bande d'Aix 2016
« Opéra » pour voix de femmes a cappella. Je n'ai pas trouvé la bande complète, mais j'ai adoré ça. Des frottements harmoniques très expressifs, ça évoque le meilleur de la musique chorale nordique.

Nowowiejski – Quo Vadis (scène III)
Bien mieux que la Légende balte, un romantisme bon teint tout à fait agréable.

Kuhlau Lulu (actes I & II)
Tiré du même conte de Weiland que la Flûte Enchantée (Lulu est le nom de « Tamino »), le grand opéra national danois ; on est du côté des opéras de Spohr et de Schubert, avec des tentations d'airs rossiniens, mais globalement tout palpite en grands dialogues avec chœurs et instruments, une petite merveille.

KuhlauLulu (actes II & III)
Ça baisse en intérêt dans la seconde moitié, mais tout de même remarquablement chouette, et puis cette fin avec mélodrame, puis chœur de réjouissances qui hésite entre Mozart et Hérold !

Kuhlau Elverhøj (trouvé que l'ouverture)
Son œuvre réputée la mieux accueillie, qui lui a ouvert les postes d'enseignement officiels (il n'était pas danois de naissance) ; comédie largement fondée sur des thèmes musicaux folkloriques, en réalité !

SokolovićSvadba – bande d'Aix 2016
Réécoute complète. Vraiment un petit bijou, et une œuvre vraiment différente (six femmes, pas de personnages, pas d'orchestre, que des glossolalies). C'est Machinations avec de la musique (façon chœurs nordiques).

¶ (Brett) DeanHamlet– Glyndebourne 2017
Très bien écrit.

¶ (Jay) ReiseRasputin – Helikon de Moscou
Version traduite en russe. Pas déplaisant, sans être très marquant non plus.

Vainberg – La Passagère – Francfort
Je ne l'avais jamais écouté en entier. Le dispositif double est vraiment intéressant ; dans le genre parlez-moi-des-camps-sur-mes-soirs-de-loisir, c'est autrement plus captivant que la Maison des morts de Janáček !

Tchaïkovski – Optritchnik – Provatorov
Vraiment l'un des tout plus beaux Tchaïkovski (je veux dire par là du niveau d'Onéguine et de Pikovaya Dama), qui décoiffe dans une veine plus typiquement russe !

Tous ces opéras (sauf Elverhøj) sont donnés quelque part cette saison ! 



Chopin – Valses – Ott
Comme dit dans le fil, pas du grand son, mais très finement habité, avec beaucoup de délicatesse, d'épure, d'élégance.

Chopin – Sonate n°1 – Magaloff
Chopin – Sonate n°2 – Magaloff
Chopin – Sonate n°3 – Magaloff
Chopin – Sonate n°3 – Mertanen
Chopin – Sonate n°3 – Pires
Chopin – Sonate n°1 – Magaloff
Chopin – Sonate n°2 – Magaloff
Chopin – Sonate n°3 – Magaloff
Mertanen est complètement invraisemblable de densité… Les autres aussi. J'adore les trois sonates de Chopin, finalement parmi ses œuvres auxquelles je reviens le plus désormais, peut-être aussi parce que ce sont les seules œuvres de Chopin (avec les pièces concertantes hors concertos) que je n'ai pas jouées.

Chopin – Scherzo n°1 – Magaloff (Philips)
Chopin – Scherzo n°2 – Magaloff (Philips)
Chopin – Scherzo n°3 – Magaloff (Philips)
Chopin – Scherzo n°4 – Magaloff (Philips)
Sacré corpus… et Magaloff réussit des plans et des irisations harmoniques assez incroyables.

Chopin – Rondeau à la Krakowiak – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Chopin – Polonaise brillante – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Chopin – Fantaisie sur des airs polonais – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Chopin – Variations sur Là ci darem la mano – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Remarquablement joué, mais les œuvres ne sont évidemment pas du même tonnel, même si j'aime beaucoup le joli rondeau !

Chopin – Études Op.10 – Magaloff
Chopin – Études Op.25 – Magaloff
Pareil que précédemment, quel massif et quels doigts !

Dupont – Les Heures dolentes– Lemelin
Dupont – La Maison dans les dunes – Kerdoncuff
Lemelin est un peu rond pour moi, Kerdoncuff, tranchant et étagé, parfait. J'aime énormément les tourments des heures de délire du malade, ou le le début lumineux et le final venteux de la Maison.

Zhurbin, Symphonie n°2 « Giocosa », Musica Viva ChbO, Ponkin
Du soviétisme, mais léger. La Première est sympa aussi, plein d'effets, assez linéaire et rhapsodique, mais pas sans charme.

Manoury, Kein Licht
Le livret n'est pas très édifiant, plutôt une pochade qu'autre chose, mais la musique est comme toujours très belle !

Mascagni, Iris (avec Mazzola-Gavazzeni et Cura)
Réputé son meilleur opéra, et une sacrée punition !

Casella, La Donna serpente, Noseda à Turin (2016)
Ça emprunte beaucoup à Boris Godounov et à Prokofiev, mais c'est assez plat.



Haendel – Silla – Biondi
Haendel – Serse – (Chandos)
Haendel – Giulio Cesare – Minkowski (Arkiv)
Haendel – Serse – Malgoire (Sony)

I. Pleyel – Quatuor Ben.337 – Pleyel SQ Köln (CPO)
I. Pleyel – Quatuor Ben.338 – Pleyel SQ Köln (CPO)
I. Pleyel – Quatuor Ben.339 – Pleyel SQ Köln (CPO)
Mérite vraiment le détour, et excellente interprétation des Pleyel de Cologne (il y a aussi un Quatuor du même nom, également sur instruments anciens, à Paris).

Mazzoni – Antigono – Onofri (Dynamic)
Du seria classique finissant, assez réussi ; pas mal de contiguïtés avec la Clémence de Titus, musicalement.
Rossini – La Donna del Lago – Zedda (Naxos)
Assez sympa quand même, dans son genre. Au moins il y a de l'action, c'est pas comme dans Semiramide où on décompte les heures qui séparent de la folie d'Assur…

Chopin – Études Op.10 – Geniušas (DUX)
Chopin – Études Op.25 – Geniušas (DUX)
Je découvre Geniušas. On en parle de plus en plus, et depuis assez longtemps ; par ailleurs il donne régulièrement des concerts du Čiurlionis ou du Szymanowski, il méritait donc l'essai.
Et je suis très impressionné, aussi bien techniquement (le legato absolu, la hiérarchisation des sons) que sur la construction générale, très sûre. Indéniablement des moyens et une personnalité qui sortent du rang – et pourtant, je venais de me les écouter par Magaloff, qui irise en même temps qu'il construit, mon horizon à peu près indépassable… et c'est à peu près aussi bien !

Herzogenberg – Geburt Christi – (chez CPO)
Herzogenberg – Geburt Christi – Grube (chez Hänssler)
Le chœur audiblement amateur chez CPO fait un peu mal, tandis que les petits braillards de Grube sont très aguerris et fonctionnent très bien dans une œuvre qui sent plus la liturgie que le chef-d'œuvre musical. Dans ce cadre, elle fonctionne très bien.

Herzogenberg – Liturgische Gesänge – Cantissimo, Utz (Carus)
Herzogenberg – Zum Totensonntag – Cantissimo, Utz (Carus)
Herzogenberg – 4 Motette – Cantissimo, Utz (Carus)
Quand un compagnon de Brahms se met à composer avec la ferveur de l'Obikhod russe. Hallucinant. Le disque de musique a cappella que je me suis le plus passé depuis un an.

Hahn – Quintette avec piano – Orchestre de Chambre de Paris
Les thèmes, les thèmes !  Rien que les pointés exaltant du premier…

Moeran – Symphonie en sol mineur – Lloyd-Jones (Naxos)

Weingartner – Symphonie n°1 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°2 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°3 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°4 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°5 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Je dois dire que je suis moins enthousiaste au fil des réécoutes : quelque d'un chose d'un peu gentil. Je découvrais ce type de postromantisme alternatif à l'époque où j'ai été ébloui, mais maintenant que je peux plutôt écouter Atterberg 1 & 2 ou d'Albert, je suis sans doute moins sensible à Weingartner – qui se renouvelle très peu, j'ai eu l'impression d'entendre cinq fois le même esprit, pas loin de m'impatienter sur la Cinquième…

Vaughan Williams – Symphonie n°3 – Hallé O, Elder (label Hallé)
La prise de son est toujours spectaculaire pour ce label, mais peut-être un peu trop : on finit par profiter du molleux et des timbres, et le discours n'est pas aussi urgent. Pas du niveau des meilleurs volumes de la collection (dans les Sibelius et les Wagner, il y a des tueries).

Schulhoff – Cinq pièces pour quatuor – Orchestre de Chambre de Paris
Schulhoff – Quatuor n°2 – Orchestre de Chambre de Paris

Schmitt – Dionysiaques – Norwegian Wind Band

Scappucci – 3 Canti da Rilke
Compositeur vivant, protéiforme et d'une sensibilité très directe, quoique sophistiquée. Ici, du très bon richardstraussisme… ce n'est pas la face que j'aime le moins de lui.
https://www.youtube.com/watch?v=Xp0O_StS0e8

Scott – Symphonie n°3 – BBCPO, Brabbins (Chandos)


Nielsen – Symphonie n°2 – Festival de Pärnu, P. Järvi (YouTube)
Œuvre de chevet.
Bien mieux que sa version avec Francfort, d'ailleurs.

Martinů – Symphonie n°4 – Radio de Hesse, Ozrozco-Estrada (Chaîne officielle)
Grande version limpide et vive (les superpositions bois-piano si particulières !).

Mozart – Quintette n°3 – Berthaud, Voce SQ (Alpha)
Toujours pas trop compris l'intérêt du truc (mélodie pas très marquante accompagnée en batteries…), mais joué comme ça, avec ce grain et cette netteté, ça passe très bien.
Brahms – Quintette n°2 – Berthaud, Voce SQ (Alpha)

Stanford – Symphonie n°1 – Bournemouth SO, Lloyd-Jones (Naxos)
Stanford – Symphonie n°2 – Bournemouth SO, Lloyd-Jones (Naxos)
Stanford – Symphonie n°5 – Bournemouth SO, Lloyd-Jones (Naxos)
Quelle musique apaisée. Et puis un très beau scherzo dans la 1.

ფალიაშვილი (Paliaşvili), Daisi
Une sorte de Tchaïkovski géorgien… ça fonctionne vraiment très bien, un grand plaisir à tout écouter, mais j'ai l'impression que ça parle plutôt russe sur ma bande… C'est étiqueté Tbilissi, mais comme ça a aussi été donné à Odessa et Moscou, je m'interroge.


WilliamsSuite de Star Wars – Philharmonique de Bergen, Litton
La meilleure version de tous les temps.
Williams – Grande Suite de Star Wars (d'une heure, de I à VI) – Radio Danoise
Version très longue, avec beaucoup de suppléments rarement donnés en concert (Duel of the Fates, Anakin Theme, Love on the Balcony…).
Williams – Suite renouvelée de Star Wars (thème de Rey au lieu de Leïa) – Philharmonique de Bergen, Gardner
Prévu de consacrer une notule à ces bonnes adresses.

Tout ça se trouve en vidéo en ligne (Bachtrack pour le premier, YouTube pour les deux autres).

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Mahler, Symphonie n°3

Tennstedt avec le LPO, sur le vif en 1986 (ICA).
Très habité, évidemment, sans être non plus le Tennstedt le plus extraverti. Dans le dernier mouvement, par exemple, les temps sont beaucoup plus réguliers que d'ordinaire (où beaucoup de chefs allongent la levée du quatrième temps). Mais c'est une des très belles versions, où la tension se tient très bien, sans emphase d'ailleurs.

Levine avec Chicago (1975).
Probablement la version qui colle le mieux au programme : je n'avais jamais entendu les deux premiers mouvements sonner aussi joyeux, c'est assez déstabilisant.
Pour le reste, du vrai Levine : très direct, cuivres assez en avant, pas de circonvolutions, très net. Ce n'est pasle plus mystérieux, certes, mais pour ce qui est de la technique d'orchestre, on ne fait pas vraiment mieux, et tout coule de source.
Le dernier mouvement est une merveille de dosage… même les ruptures de tempo bâtissent la tension, tout paraît d'une telle évidence…

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Spears, Fellow Travelers, Cincinnati SO (Fanfare Cincinnati)
Coup de cœur, voir là : http://carnetsol.fr/css/index.php?2017/11/22/2978--opera-amours-uranistes-chez-mccarthy.
Spears, The Bear and the Dove, par Inscape (Dorian Sono Luminus)
Spears, Requiem, dirigé par le compositeur (New Amsterdam)
Un collage étonnant (ordinaire de la messe mélangé, un poème religieux français mis en musique par Le Jeune, stratifié, puis harmonisé comme du Whitacre…). Assez sympa.

Charpentier, David & Jonathas, Antipodes O & A. Walker, avec Dahlin (ABC)
Très belle version, fin remarquablement réussie. (Moins froid et « blanc » que les versions Christie.)

Debussy, Deux Danses, Nordmann & Debussy SQ (Timpani)
Caplet, Trois Prières, Masset, Nordmann & Debussy SQ (Timpani)
Caplet, Conte Fantastique, Nordmann & Debussy SQ (Timpani)

Zemlinsky, Sinfonietta (arrangement de chambre), Storgårds (Ondine)
Zemlinsky, Sinfonietta, Philharmonie Tchèque & Beaumont (Chandos)
Zemlinsky, Symphonie en si bémol, Philharmonie Tchèque & Beaumont (Chandos)
Zemlinsky, Psaume 23, Radio de Berlin & Chailly (Decca)
Zemlinsky, Symphonie en si bémol, Radio de Berlin & Chailly (Decca)

Ropartz, Petite Symphonie, Orchestre de Bretagne (Timpani)
Ropartz, Pastorales, Orchestre de Bretagne (Timpani)
Côté assez milhaldien dans tout ça, mais sympa.

¶ récital français d'Arquez avec l'ONBA
Plus chouette que ce que j'en avais vu avec piano en récital, sans doute plus longtemps mûri aussi.

Berlioz, Les Troyens, Nelson.
Référence assez absolue, à commencer par l'orchestre.

Duruflé, Danses pour orchestre, RTF.
Duruflé, Intégrale pour orgue, Flamme.
Beau renouvellement de l'image de Duruflé, pas uniquement contemplatif similigrégorianisant.

Charpentier, Pastorale de Noël, Christie.
C'est pour ça que ça m'avait peu marqué avant Daucé : vraiment moins atmosphérique, malgré la distribution très affriolante.

Kodály, Sonate Op.8 pour violoncelle seul, Weilerstein.
Très belle interprétation, toujours pas convaincu par l'aspect très surchargé (et long !) de ce patchwork d'airs folkloriques d'aspect très sombre.

Veress, Sonate pour violoncelle seul, Queyras.
J'aime bien Veress, mais ça j'aime pas. Assez pénible dans le genre violoncelle virtuose un peu creux.

Fried, Die verklärte Nacht, Foremny
Même si l'enregistrement ne les met pas très en valeur, j'écoute de plus en plus les détails d'orchestration – la prise de parole du ténor sur la seule section de vents, ce doit être assez extraordinaire en concert. Et il faudrait le jouer au moins deux fois, l'une pour l'ivresse des paroles, des voix, du poème, l'autre pour écouter toutes les petites finesses qui jalonnent la pièce.

Beethoven, Sonate n°28, Backhaus
Beethoven, Sonate n°29, Backhaus
Beethoven, Sonate n°30, Backhaus
Beethoven, Sonate n°32, Backhaus
Dans le genre un peu dur et sans aucun effet de manche une vraie valeur sûre véritable.

Berlioz, La Damnation de Faust, Ozawa
J'avais adoré la bande de Paris (2001, avec Larmore, Sabbatini et van Dam !), mais ici, malgré la qualité du détail, c'est un peu sérieux, et McIntyre en Méphisto, non, ce n'est pas possible : sérieux, uniforme, moche, ça ne fonctionne même pas à rebours comme son Golaud. Dommage, il y a Burrows en face (et Mathis).

Steffani, Duos de chambre, Stubbs & O'Dette (avec Baráth et Forsythe).
Steffani, Cantates, Fons Musicæ (avec Zanetti et Bertin).
Vraiment très personnel comme univers, surtout les duos, et ineffable. Le disque de duos de chambre de Curtis (avec Watkinson, Esswood, Elwes, etc.) est une tuerie d'une prégnance inestimable.
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Mahler, Symphonie n°8, Nagano.
Version attirante même si Nagano arrondit comme toujours les angles, un peu tranquille ; elle additionne Dawson dans des parties très instrumentales, Matthews, Roth dans de la belle déclamation, Rootering, le DSO Berlin et le Chœur de la Radio de Berlin…
… et j'écoute Gambill ruiner tout ça avec ça voix qui pleure (et pas toujours sur la note).
Au demeurant, ce n'est pas pire que bien des ténors dans cette partie impossible, même Jovanovich n'est pas à son aise ici !  (Finalement j'y aime bien le crâne Riegel !)

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Schumann, Symphonies 1-2-3, Gewandhaus, Chailly
Assez déçu à la réécoute… et vraiment, ce que fait Mahler, en « normalisant » Schumann, est tout à fait sans intérêt : c'est aussi mal orchestré qu'avant, mais ça correspond moins à l'équilibre général. Ce n'est plus bizarre ou défectif, juste mal fait.

Schumann, Symphonies 1 & 3, WDR, Vonk
Une des très grandes intégrales (comme Zinman, Barenboim-SkBerlin, Sawallisch, Rattle, Solti…), très vive, poétique, tendue vers son but. La Radio de Cologne a déjà atteint son niveau exceptionnel actuel.

Schoeck, œuvres chorales avec ou sans orchestre, MDR Leipzig
Grosse et magnifique surprise que ces bouts d'opéra (où de Mahler, comme ce Dithyrambe !).

Un peu de glotte : Ariodante de Haendel (« Dopo notte » par Hallenberg et Curtis, lors d'un concert roumain), Prince Igor de Borodine (l'air du Prince : Putilin au Mariinsky, Azizov au Bolshoï dans la récente version révisée de Liubimov).

Schoeck, Notturno, Rosamunde SQ, Gerhaher
Merveille, dans une version très parlée, très étonnante.

Protopopov, Sonate n°3, Fikret Amirov
Zaderatski, Sonate n°2, Fikret Amirov
J'aime davantage la Première de Popov. En revanche, dans le genre erratique mais familier, la 2 de Zaderatski est très réussie !

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Cihanov, Cälil, Opéra National Tatar de Kazan
→ Musa Cälil, poète kazakh, par ailleurs auteur d'un livret d'opéra, est fait prisonnier en Pologne en 1942. Il rejoint alors la « légion nationale » Volga-Tatar formée par les prisonniers des allemands pour combattre les soviétiques sur leur propre sol. Enrôlé sous un faux nom, il infiltre l'unité de propagande, utilise ses moyens pour diffuser des tracts séditieux, prépare la rébellion, jusqu'à ce que le premier bataillon tatar parte sur le front… et abatte tous ses officiers nazis. Les mutins sont arrêtés par la Gestapo en Biélorussie, et Cälil (âgé de 38 ans) et ses compagnons, non sans laisser des carnets (Le Serment de l'Artilleur), sont guillotinés à Berlin. Dans l'opéra, tout se passe dans un camp… à côté, la Passagère de Vainberg ou Ismaïlova de Chosta, c'est bigarré comme Pinder.
→ Musicalement, ce n'est vraiment pas bon : alternance de marches simplissimes, de danses folkloriques et de mélodies lyriques à couleur locale, le tout juxtaposé, de la grosse fanfare purement au service du sujet patriotique : le poète est d'abord torturé, puis maudit par les siens lorsqu'il feint de se nazifier, puis glorifié. Bref, rien à voir avec la superbe découverte de ფალიაშვილი (Paliaşvili), pour en rester dans le domaine d'influence russe sur des langues non indo-européennes.

Prévu de redire tout cela dans une notule à part (mais la présentation a déjà été postée d

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Boris Tichtchenko

Comme les concertos pour clarinette sont à peu près les seuls que j'aime vraiment, j'ai voulu écouter.

Trois œuvres sur le disque.

Concerto pour piano.
Épouvantable : du minimalisme à base d'accords martelés (au moins, Glass, ça plane). Et long en plus, cinq mouvements.

Concerto pour clarinette.
D'une délicatesse infinie. Un délice pastoral, il n'y en a pas beaucoup d'aussi beaux dans le répertoire.

Signes du Zodiaque, pour soprano et orchestre à cordes.
À tomber. Une beauté simple, une évidence mélodique sans façon, et pour ne rien gâcher Yana Ivanilova est assez miraculeuse.

Comme Gricha, voilà que je me mets à crier « Boris, Boris ! ».
(non, je ne parle pas des Bogdanov, grands nigauds que vous êtes)

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Grisélidis de Massenet. Peut-être le meilleur Massenet, en tout cas le plus naturellement dramatique (ce qui n'est pas peu dire !).

Tchaïkovski, la Sixième de Kampen & Concertgebouw. Il y a quand même eu mieux depuis (les cordes ne sont pas très agiles comparées aux standards d'aujourd'hui), mais terriblement intense, quoique assez vif (les râles des cordes graves, brrrrr).
Je me suis bissé l'Ouverture 1812 sur le même disque, d'une énergie et d'une précision d'articulation proprement inouïes.

¶ Puis poursuivi avec les limpides poèmes symphoniques par Oslo-Jansons (les trompettes acidulées à la norvégienne dans Roméo) et Royal Philharmonic-Ashkenazy (avec la rare Élégie à Samarine).

¶ Et puis tout de même, vous devez entendre ça, les Rückert de Mahler par Norman à son sommet, à se coller à son siège.

Massenet, Grisélidis, version de la RTF avec Moizan, Mallabrera, Betti, Depraz… Quelle merveille, oui, le meilleur Massenet, je maintiens (Thaïs et Amadis sont en embuscade derrière).

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Magnard, Symphonie n°1, Malmø SO, Th. Sanderling (chez BIS).
Vraiment le type de musique dont on ne se demande pas pourquoi ce n'est pas plus joué. Non pas que ce soit mauvais, mais si austère, si peu de mélodies saillantes, de moments ou d'effets qui accrochent l'oreille…

Magnard, Symphonie n°3, Malmø SO, Th. Sanderling (chez BIS).
Bien meilleure (la meilleure des quatre, m'a-t-il toujours semblé, mais j'aime bien aussi la lumière de la 2), un beau mouvement lent, de vrais effets de progression prenants, dans le final en particulier. Version vraiment pas mal d'ailleurs, merci Malmø d'alléger la pâte (car pas trop le genre de Th. Sanderling !).

Magnard, Chant Funèbre (et le reste du disque Timpani : Hymne à la Justice, à Vénus, terne Suite dans le style ancien…). Commence vraiment de façon simple, sinistre, répétitive, mais la façon dont le même motif obstiné s'illumine peu à peu, c'est saisissant !

À mon grand désarroi, je crois que j'aime désormais les Symphonies de Magnard.

La rhétorique de la 3, la lumière de la 2, le mouvement lent complètement épuré et rétro de la 4… il n'y que la 1 où je n'aie rien trouvé de saillant. Je me suis même bissé les 2 & 3 immédiatement après écoute.

Il faut dire que la version de Thomas Sanderling (pourtant pas un modèle de clarté dans ses jeunes années) avec Malmö enlève toute l'épaisseur superflue. C'est toujours assez massif et sévère, mais pour la première fois (après avoir testé pas mal de versions, assez régulièrement), j'en perçois les beautés… et je crois que j'aime beaucoup.

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d'Indy, Fervaal. Vraiment du Wagner partout, jusque dans le livret avec les blocs de narrations rétrospectives insupportables. (Et puis la malédiction de l'amour, les appels hors scène, etc.) Des bouts entier de la Walkyrie et de Siegfried là-dedans.
Mais musique ineffable (et très bien servie, en particulier par Sophie Fournier, Philippe Rouillon et le Symphonique de Berne).

¶ Beethoven – Chansons galloises, écossaises, irlandaises – Daneman, Agnew, Harvey, J. Hantaï… (Naïve)
Que c'est frais et réjouissant ! On devrait jouer ça tout le temps…

Mendelssohn – Symphonie n°3
Harnoncourt-COE, puis Jansons-BayRSO. Le second est vraiment impressionnant, plus proche du jeune Jansons en fait : clarté des plans, et souci de la danse (le mouvement final est ralenti pour pouvoir mieux rebondir dans les articulations de ce qui est, nous disent les indications, bel et bien une danse, ce qu'on perçoit rarement).

Connesson – Flammenschrift – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Connesson – Concerto pour flûte – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Connesson – È chiaro nella valle il fiume appare – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Connesson – Maslenitsa – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Merci à Benedictus d'avoir mentionné Flammenschrift, j'étais passé à côté du disque. Cette pièce-ci n'a pas grand intérêt (quel est le lien avec Beethoven ? sans lire la notice, pas vraiment évident), mais le reste du disque est assez formidable ; pour commencer le plus beau Concerto pour flûte du répertoire (il est vrai plutôt sinistré), et puis ce poème symphonique richardstraussien en mieux, È chiaro nella valle il fiume appare (sorte d'Alpestre en inspiré, à rapprocher d'Älven d'Atterberg).
Un délice que je me suis bissé.

Connesson – Aleph – Scottish RNO, Denève (Chandos)
Connesson – Une lueur dans l'âge sombre – Scottish RNO, Denève (Chandos)
Connesson – Supernova – Scottish RNO, Denève (Chandos)
Et puis j'ai passé le reste de mon temps d'écoute depuis à écouter du Connesson symphonique (encore déçu à la réécoute de Supernova, mais Aleph est superbe…).

Beethoven – Quatuor n°13 – Pražák SQ
Beethoven – Quatuor n°12 – Pražák SQ
Beethoven – Quatuor n°14 – Pražák SQ
D'assez bonnes œuvres plutôt bien interprétées. Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven

Haendel – Concerto à double chœur n°1 – Freiburger Barockorchester
Haendel – Concerto à double chœur n°2 – Freiburger Barockorchester
Haendel – Concerto à double chœur n°3 – Freiburger Barockorchester
Nouveauté. Sympathique, en, particulier And the Glory of the Lord dans le 1 et Glory to God dans le 2, thèmes du Messiah. Trèsbelles couleurs, sinon.

Ruders –Haendel Variations – Aarhus SO, Andreas Delfs (Da Capo)
Ruders – Concerto pour alto – Lars Anders Tomter, Aarhus SO, Marc Soustrot (Da Capo)
Ruders – Bel Canto pour violon solo – Rune Tonsgaard Sørensen (Bridge)
Ruders – Serenade on the Shores of the Cosmic Ocean – Mikko Luoma (accordéon), iO SQ
Un thème court de Water Music très vite méconnaissable, mais vraiment agréablement écrit pour l'orchestre. Le concerto pour alto s'écoute très bien, de même que le solo de violon, sans que l'un ni l'autre ne soient non plus des sommets absolus ni des nouveautés particulières (le disque Da Capo vient cependant de sortir, et le volume 6 de l'édition Bridge ne doit pas être trop vieux non plus).
En revanche, l'Océan cosmique est une addition de stridences (certes calmes) de quatuor surmontées de celles de l'accordéon. Ça fait un peu bobo, malgré les plaisantes épigraphes qui citent du Darwin ou le nom botswanais de la Voie Lactée…).

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Gounod – Le Tribut de Zamora

Écouté hier sur la Radio Danoise P2 qui le diffusait. On peut le réécouter pendant quelque temps : https://www.dr.dk/radio/p2/p2-operaaften/p2-operaaften-zamoras-hyldest .

Pas pu attraper le début, mais ça m'a semblé du niveau de Roméo, meilleur que la Reine de Saba, un grand Gounod… veine mélodique pas aussi évidente que Faust (qui est à part pour le meilleur et pour le pire…), mais un lyrisme remarquable en revanche, peut-être son œuvre la plus lyrique d'ailleurs.

Et c'est vraiment un flux de beautés, sur une intrigue de serments trahis plutôt bien faite, quelque part entre la Force du Destin, les Pêcheurs de Perles et le Trouvère…

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Schoeck – Besuch in Urach
La version orchestrale est une tuerie de chatoyances verbales, vocales, orchestrales. On devrait interdire de faire des trucs aussi beaux, ce n'est pas chrétien.
Surtout qu'avec Rachel Harnisch et Venzago à la tête du Symphonique de Berne, rien ne manque à l'orgie transfiguratoire (car, oui, c'est encore une transfiguration que ça raconte).

dimanche 11 février 2018

La finale de Voix Nouvelles


Livré quelques impressions sur chaque air de la finale (et quelques portions des finales régionales) dans les commentaires sous la notule initiale.

samedi 10 février 2018

[Carnet d'écoutes n°118] – Nouveautés Hausegger : Barberousse, 3 Hymnes à la Nuit (Keller)


hausegger

Hausegger – Barbarossa
Hausegger – 3 Hymnen an die Nacht
Begemann (baryton), Norrköping SO, Hermus


On peut écouter intégralement, gratuitement et légalement par ici – vous y trouverez l'intégralité des quatre enregistrements disponibles de Hausegger : trois disques CPO et un mp3 autoproduit par l'American Symphony Orchestra.

Le poème symphonique sur Barberousse n'est ni très figuratif, ni au sommet musicalement de Hausegger – on est loin de la Natursymphonie (Jedi-Sinfonie) ou des poèmes symphoniques du précédent album CPO (Variations sur un comptine, Fantaisie dionysiaque, Wieland le forgeron), vraiment réjouissants de bout en bout, débordant de contrechants très nourrissants, pour un postromantisme à la fois très dense, radieux et pas du tout opaque.

En revanche les 3 Hymnes à la Nuit, non pas sur du Novalis mais sur du Gottfried Keller (le poète fétiche des meilleurs cycles de Schoeck, celui du Notturno ou de Lebendig Begraben, par exemple), révèlent un aspect moins purement postromantique et plus subtilement décadent, plus chargé et inquiétants tout en conservant les mêmes qualités de lyrisme, exaltés de surcroît par le grain prégnant et la déclamation toujours splendide de Hans-Christoph Begemann (même en français, d'ailleurs).

Un cycle qui se classe sans peine parmi les plus beaux cycles de lieder orchestraux décadents (liste qui mériterait fort d'être mise à jour pour inclure quelques bijoux qui y font défaut, dont les Schoeck, précisément – et peut-être Casella).

hausegger

Je précise tout de même que, contrairement au merveilleux Symphonique de Bamberg dans l'album ci-dessus déjà dirigé par Anthony Hermus, c'est cette fois le Symphonique de Norrköping qui officie – et malgré toute la science des ingénieurs du son de CPO (amplitude et transparence les meilleures du marché), Norrköping conserve son titre de cuivres les plus acides au monde. Même pour un fanatique de cuivres soviétiques, de spectres orchestraux norvégiens (toujours acidulés) et de trompettes baroques dans mon genre, les dents grincent quelquefois, tant la franchise de leur émission a quelque chose du citron frais, le sucre en moins.

Pour autant, très bel orchestre au spectre clair et au véritable engagement, comme toujours. Mais la caractéristique n'a pas changé depuis les enregistrements de Neeme Järvi il y a un quart de siècle… toujours un des orchestres les plus typés au monde, plus facile à reconnaître que Berlin ou le Concertgebouworkest.

dimanche 4 février 2018

[Carnet d'écoutes n°116] – La Isla desolada de Tomás Marco : la cantate entre Nono et Aboulker


[Écoutable intégralement, gratuitement et légalement sur ordinateur ici.]

Parution chez Ibs d'une œuvre toute récente (2016). Il s'agit de l'adaptation d'un poème du musicien et musicologue , Luciano González Sarmento (2015). Il s'agit de l'évocation des émotions d'un naufragé (arrivée sur l'île, agitation des Ménades, désespoir de la solitude, puis l'espoir final), mâtiné de références grecques (Moires, Méduse, Naïades…), sous forme d'une sorte de méditation sur  le monde.

isla_desolada.jpg

La langue n'en est pas moche, et la musique y trouve sa voie : complètement tonale et même assez simple harmoniquement, mais sise sur des rythmes relativement sophistiqués (accompagnement du chœur et des solistes seulement par piano et percussions – timbales, marimba…), une prosodie à nu et très claire. Tout cela fonctionne assez bien pour une cantate contemporaine d'1h30 : on est un peu dans le dispositif mouvant de Prometeo de Nono, mais dans le langage naïf d'Aboulker, et le mélange prend assez bien.

Pas un chef-d'œuvre ultime, mais un voyage rafraîchissant. Il y a tellement d'œuvres contemporaines hermétiques, grandiloquentes, ou niaises, que cet équilibre-ci fait plaisir à entendre, si l'on n'est pas rétif à une simplicité un peu nue.

[Carnet d'écoutes n°115] – Mendelssohn : Symphonies 1,3,4,5 par Andrew Manze et la Philharmonie de Hanovre


[Écoutable intégralement, gratuitement et légalement sur ordinateur ici.]

Le volume réunissant les 4 & 5 vient de paraître, et je découvre par la même occasion l'existence du précédent volume (1 & 3) par cet orchestre, la NDR Radiophilharmonie Hannover (qui n'est pas la célèbre NDR de Hambourg), l'un de mes quelques chouchous en Europe (par ailleurs, et ce n'est que partiellement une coïncidence, l'intégrale des symphonies de Sinding chez CPO, c'est eux).

Quant à Andrew Manze, après avoir été violoniste baroque, soliste chez les meilleurs, il a livré une intégrale Brahms à Helsingborg qui est désormais ma version de chevet : très directe, de belles couleurs, peu de rubato,  la structure formelle comme le contrepoint s'éclairent, avec une énergie motrice permanente !

manze

Je n'ai pour l'heure écouté que la Troisième, mais cela se confirme : un Mendelssohn à la pulsation très régulière, à la limpidité inhabituelle (beaucoup d'intégrales ont été captées par des orchestres épais dans des cathédrales nébuleuses), où les détails des articulations rythmiques et la réalité des timbres sont très précisément rendus, non sans une belle avancée de tous les instants (le mouvement lent est en particulier très réussi, les changements de climat vraiment mis en valeur). Les fugatos paraissent plus nombreux que jamais, grâce à cette radioscopie jubilatoire !

Petite réserve : il y a peut-être un rien de raideur et de froideur (pas les timbres les plus personnels du monde, c'est sûr), accentués par la prise de son Pentatone, un peu trop proche et asséchée, comme souvent (mais plus réaliste que d'ordinaire, moins déformée par le mixage).

En tout cas, du Mendelssohn qui claque, et combien joliment !

manze

Depuis quelques années, les intégrales se sont accumulées, et rien que dans le genre nerveux, Nézet-Séguin-COE, Heras-Casado-Freiburger Barockorchester ou Poppen-Saarbrücken constituent de fantastiques références !

Par ailleurs, il reste les beaux classiques Dohnányi-Vienne (on n'a pas fait mieux…), Ashkenazy-DSOB, Litton-Bergen, Weller-Philharmonia.

Et, en séparé dans la 3, on peut aussi profiter de Szell-Cleveland, Maag-LSO ou Goodman.

samedi 3 février 2018

[Carnet d'écoutes n°114] – Sonya Yoncheva : album Verdi


Récital écoutable intégralement, gratuitement et légalement ici (sur ordinateur).

Après avoir très vite commencé, en Bulgarie, par chanter les spinti (grands ambitus de formats lyriques héroïsants, façon Tosca ou grands Verdi), Yoncheva s'est fait connaître au grand public par le Jardin des Voix de Christie (où elle chantait divinement nettement les formats baroques, aucune grosseur…), puis plus largement en remportant Operalia (avec l'air du Cours-la-Reine de Manon de Massenet, lyrique assez léger), et il me semble que sa première grande production vidéodiffusée à l'international furent ses Pêcheurs de Perles (miraculeux de précision, là encore) à l'Opéra-Comique.

Mais dès que sa notoriété fut suffisante, la voilà (avec un vague sentiment de trahison pour ceux qui espéraient en elle pour servir au plus juste le baroque ou au minimum l'opéra français romantique) retournée à ses premières amours, les très grands rôles du très grand répertoire.
(Avec, à mon sens, une déperdition technique lors de cette transition brutale : ce qui était parfait ne l'est plus vraiment.)

yoncheva

Et, de fait, on alterne entre le magnifique et quelques détails qu'il est étonnant de laisser passer en studio (comme cet aigu crié dans « D'amor sull'ali rosee » du Trouvère), pas très rassurant considérant que l'évolution d'une voix dans les rôles exigeants du romantisme tardif et sur les plus grandes scènes va invariablement dans le sens du dérèglement progressif et du déclin, fût-ce lent.

Détail amusant, Yoncheva dit écouter peu de disques avant de préparer ses rôles pour ne pas singer qui que ce soit, mais dans le bas-médium, je trouve enfin la réponse à une énigme : Callas avait une voix bulgare !  À l'aveugle, c'est exactement le même timbre très arrondit et un peu dans les joues dans certaines parties de la tessiture !
(Et, de fait, je n'y avais jamais songé, mais il y a quelque chose de slave oriental dans l'enflement des sons de Callas. De pas italien du tout, en tout cas, techniquement parlant.)

Pour le reste, très joli récital, très bien chanté, avec des airs rares – mais pas vraiment intéressants… les points forts des Verdi de jeunesse ne résident pas à vrai dire dans leurs airs de soprane. Pas d'incarnation bouleversante à signaler non plus, mais j'ai déjà dit à mainte reprise combien l'exercice du récital d'opéra, a fortiori pour un disque en studio supposé inonder le marché et préparer les directeurs d'Opéras à ses prochaines prises de rôle, me paraît formel et finalement assez éloigné de ce qui fait le prix de l'opéra – la fièvre de l'action, de la déclamation, de situations fécondées par la musique.

C'est néanmoins de la très jolie glotte !

[Carnet d'écoutes n°113] – Joseph Calleja : album Verdi


Plusieurs nouveautés emblématiques ou appétissantes viennent de paraître. Par conséquent, petite série ce week-end.





Joseph Calleja : album Verdi

On peut écouter intégralement, gratuitement et légalement ici (sur ordinateur : payant sur téléphone).

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Combien mes sentiments sont ambivalents envers Calleja !

♥ La voix est miraculeuse, une véritable émission claironnante, haute et mixée, qui n'hésite pas à paraître légèrement nasale au disque pour réellement sonner, crois-je devenir, dans les salles. On croirait retrouver le profil des grands chanteurs du passé (avec une diction tout de même un peu plus en arrière).

♥ Ce dernier disque a le mérite non négligeable, plutôt que de se limiter aux airs (rarement le plus intéressant de la musique), de proposer quantité de duos, parmi les plus belles pages de Verdi (Alvaro-Vargas, Carlo-Posa, Otello-Iagp) ; il explore aussi des franges que Calleja n'a pas forcément projet d'aborder – uniquement des rôles de ténor spinto, voire dramatique, alors que Calleja est très prudent (et sort à peine d'Edgardo et Alfredo, des rôles de format lyrique pas très lourd…).

calleja

Et pourtant… qu'est-ce que j'enrage en entendant cette expression impavide ; ce n'est pas tant une incapacité ou une pudeur que le fait qu'on entende, audiblement, qu'il se concentre sur son timbre et sa voix. Il en va de même pour le répertoire : extrêmement réduit, si bien qu'un album tiré des grands opéras de Verdi fait figure de renouvellement incroyable dans son répertoire (pourtant presque exclusivement verdien…). Quel gâchis de cantonner ce talent dans une poignée de rôles où l'on n'a pas vraiment besoin de son excellence, alors que tant de franges moins bien servies pourraient bénéficier de sa notoriété et de sa qualité. Ah, pour sûr, il ne va pas vieillir précocément, celui-là.

♠ Calleja, en fin de compte, mis à part la question du timbre (vraiment à mon goût, contrairement à l'autre) et de la personnalité (sensiblement moins fantasque), a tout du profil Pavarotti : un technicien qui ne peut que fasciner tous les amateurs de chant, sans qu'on soit bien que le chanteur en fasse réellement quelque chose. [Mais peut-on chanter aussi bien sans être obsédé en permanence, à chaque seconde de sa vie à la ville ou sur scène, pour le beau son ?]

Bref, c'est très beau, mais pas complètement palpitant (tous ces héros emportés paraissent tellement civils !), et un peu frustrant aussi, en creux du moins.
 
David Le Marrec


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