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Les mystères du chant - les débuts du chanteur et la langue étrangère

L'enseignement du chant constitue régulièrement un sujet de rogne plus ou moins in petto pour CSS. Pour de nombreuses raisons, et notamment l'oubli parfois dangereux pour l'élève de prérogatives simples

  • comme s'enregistrer pour toujours contrôler l'application des méthodes, avec le meilleur rapport beauté de timbre / fatigue possible ;
  • l'incitation à l'acquisition d'une culture musicale solide, indispensable pour que ce contrôle ait un sens ;
  • les précautions à prendre y compris pendant les échauffement, qui fatiguent souvent les élèves ;
  • la pratique quotidienne de la quantité exacte d'une voyelle, l'essai de nouvelles postures vocales - à tout moment, gentiment, en faisant le ménage, en cuisinant, en marchant (ce qui fait gagner énormément de temps).


Bien sûr, certains professeurs font tout ou partie de cela, ou bien le compensent par d'autres moyens. Et la responsabilité est également à imputer aux élèves dépourvus de culture musicale qui pensent pouvoir trouver un instrument au moindre effort (ce qui n'est pas faux, au demeurant) ; ou même à la difficulté inhérente à toute compétence non pas en direction d'un objet, mais de son propre corps. Un grand nombre de paramètres entrent alors en jeu et apportent leur lot de difficultés propres.

Néanmoins, il est point sur lequel le péché est à peu près unanime.

La question de la langue.

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Lorsqu'un étudiant débute, on commence par lui donner des exercices - ce sur quoi CSS est déjà très modérément convaincu, mais comme tous les professionnels en sont passés par là, bien malin qui pourrait démontrer le caractère facultatif de cette pratique. Tout dépend des profils, très certainement.
Puis, plus ou moins rapidement selon les enseignants, vient le moment béni du premier morceaux. Un baptême, en quelque sorte. Dont la liturgie est en latin, si ce n'est tout de bon en barbaresque.

Car on débute toujours, par définition, par :

  1. une pièce relativement connue ;
  2. en langue étrangère (italien ou parfois allemand).


1. => La célébrité est souvent la faute à la culture du professeur, trop fréquemment limitée aux Italiens, puisque l'école de chant dite "Italienne", dûment déformée, s'est imposée de façon à peu près exclusive en France, avec de pair une uniformisation de l'apprentissage et des répertoires. Les jeunes chanteurs sont souvent pensés non pas selon l'éventail des styles, mais sur une échelle de classification relativement unique (fondée sur l'opposition entre dramatique, lyrique et caractère, pour faire vite), qui se réfère à la lourdeur des rôles d'opéra. Rôles essentiellement mozartiens, italiens et wagnériens.
L'avantage est de faire plaisir à l'élève de lui donner la possibilité immédiate, même sans solfège préalable, de produire quelque chose. L'inconvénient réside dans le risque d'imitation, à l'époque où l'étudiant en chant se fait encore une représentation de sa nature vocale erronée et influencée par ses interprètes favoris.

2. => Le coeur de notre réflexion du jour : en langue étrangère. Dieu - qui voit tous les Lutins - sait que CSS est passionné par la diversité de sens, de style et d'épanouissement vocal que permet l'emploi de différentes langues, quitte à traduire arbitrairement (comme certains enregistrements libres de droits fournis dans notre section idoine ont pu en témoigner avec trop, hélas, de certitude pour notre mauvais goût).
Mais de cela, nous inférons que chanter deux langues, c'est pour chacune apprendre à maîtriser un réseau de voyelles et, plus généralement, des points d'articulation tout à fait distincts.

Dans ce cas, pourquoi diable les professeurs de chant s'acharnent-ils à proposer des oeuvres en langue étrangère pour les débuts de leurs protégés ?

A de nombreux titres, cette pratique nous paraît absurde et dommageable.

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Mais tout d'abord inutile, puisqu'il existe des pièces de difficulté équivalente aux airs de salon de Tosti et aux deux airs de Papageno. Ces derniers (ceux de Zauberflöte), sont, j'en conviens, parfaits pour jauger une voix : centraux, chantables sans forcer par n'importe quelle tessiture, et propres à laisser entrevoir l'extension aiguë ou grave du chanteur. Peut-être pas irremplaçables pour autant, des oeuvres centrales et confortables, il en existe quelques tombereaux.
Par ailleurs, puisqu'il ne s'agit pas de se représenter tout de suite en scène, pourquoi pas une traduction en français ? Même laides, elles sont aisées à réaliser sur des pièces courtes, et existent déjà de toute façon (souvent libres de droits) pour les pièces célèbres, parfois dans des versions assez heureuses.

Venons-en à l'absurde et au dommageable.

On passe sur le fait que l'uniformisation des pièces données aux étudiants (parfois de façon spectaculaire) ne répond pas nécessairement à la réalité de leur voix - il est toujours difficile de déterminer le créneau exact qui sera celui de l'étudiant, au début.

En revanche, ce qui nous paraît d'une idiotie insigne est de considérer qu'on peut apprendre à placer une voix sur une langue dont on ne maîtrise ni le sens, ni l'accentuation, ni les quantités vocaliques.
"Ni le sens", cela entraînera des hésitations, qui se traduisent souvent par une constriction néfaste. Sans parler du temps supplémentaire à l'apprentissage de choses pour l'instant secondaires. "Ni l'accentuation", dès lors la maîtrise de l'appui des phrases musicales s'en trouve décru. "Ni les quantités vocaliques", ce qui implique de chanter soit en mâchonnant la langue-victime, soit (et généralement les deux...) de tâtonner, ce qui crée des instabilités dans les voyelles, une absence d'uniformité sûre et répétitive qui permette le travail (au petit bonheur), une absence de repères bien entendu, et au bout du compte une voix opaque, qui ne trouve pas pleinement ses couleurs vocaliques.
Encore, pour un français, l'italien est accessible (cinq voyelles seulement, toutes présentes en français ; il suffit de soigner un peu l'accentuation). Mais tout de même, quel est l'intérêt de placer délibérément l'apprenti chanteur en difficulté dans un territoire totalement inconnu, alors qu'il émet déjà correctement des sons pour son usage personnel, dans sa langue maternelle ?

Les difficultés supplémentaires induites par ce bizarre choix, ajoutées à l'enseignement uniforme de la technique italienne (force du formant [1], unité de qualité des voyelles, voix de pleine poitrine omniprésente) ont tendance à créer, pour ce qui nous en semble, des voix durcies, opaques, tassées. Peu à l'aise dans la déclamation, et cherchant toujours le son au détriment de l'harmonie de l'instrument. Comme s'il ne pouvait exister que des barytons-Verdi américains et pas, éventuellement, des barytons français clairs comme l'école locale en a produit... Malheureusement, cette école s'éteint à peu près totalement aujourd'hui (les derniers ont été formés par Andrea Guiot) et les jeunes représentants du chant français sont de purs (et merveilleux) produits de l'école italienne : Ludovic Tézier ou Stéphane Degout, par exemple (ce dernier déçoit en salle justement à cause de résidus propres à ce genre de technique). Déjà, à la génération précédente, Marc Barrard, formidable interprète du répertoire français, se caractérise par la meilleure appropriation possible du savoir-faire italien dans le cadre de l'opéra de langue française. Même l'ambassadeur de la mélodie française Lionel Peintre dispose d'une technique qui n'est pas précisément héritée des ancêtres discographiques français ; quant à Bruno Laplante, sa limpidité d'émission est compensée par une vigueur qui, elle, ne se trouve pas non plus dans le passé "généalogique".
Bref, un héritage qui peut être, vu la proportion de survivants, considéré comme perdu à court terme. Cela n'empêche nullement de produire de bons chanteurs, et de meilleurs que les meilleurs du passé à notre goût, mais on se dit que l'internationalisation des écoles devrait permettre, sinon d'apprendre plusieurs techniques simultanément ou successivement, du moins de choisir un parcours vocal selon le tempérament et la nature physique de l'élève. Jouer sur l'étiquetage 100% poitrine est à coup sûr créer des barytons-Verdi étriqués dans le lot, et beaucoup de gens incapables de chanter le lied - ne parlons même pas de la mélodie française.

Enfin, ce tâtonnement linguistique sur des standards du répertoire peut mener l'élève à prendre de mauvaises habitudes, de surcroît sur des oeuvres qu'il lui faudra remettre fréquemment sur le métier : perturbant tout à la fois son exercice d'interprète sur ces morceaux et ses progrès (à chaque nouvelle confrontation à ces états antérieur de sa technique).
Et cela sans parler, pour certains, d'un apprentissage par ce biais de l'indifférence au texte (car tous ne font pas l'effort de le comprendre et de l'habiter - ici, les professeurs ne sont pas les plus responsables !). Sur ce dernier point, nous vivons même un âge d'or, les attentes du public n'étant plus univoquement visuelles et vocales.

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Bref, on le voit, cette adoption de textes en langue étrangère pour des débutants nous paraît réellement plus qu'absurde : néfaste - plus encore que ne le serait la déclamation dans une langue inconnue pour un premier cours de théâtre (cela n'abîmerait pas la voix). Mais je suis tout à fait curieux de connaître l'avis d'éventuels lecteurs étudiant ou ayant étudié le chant sur cette question.
Qu'on choisisse des choses françaises adéquates, qu'on donne des traductions pour commencer, peu importe. Le spectacle d'un chanteur pas très motivé par les langues avec un répétiteur fait un pincement au coeur digne de la lecture de la Petite Fille aux Allumettes à un enfant de moins de cinq ans.

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Il ne s'agit pas de changer CSS en tribune de défiance vis-à-vis de l'enseignement du chant, mais lorsqu'on touche à notre hobby horse, à savoir la différence irréductible entre la phonation des langues, et singulièrement son application dans le chant, on nous trouve - vindicatif et terrible.

Notes

[1] Le formant du chanteur est le réseau d'harmoniques qui permet au chanteur d'opéra de chanter par-dessus un orchestre longtemps, de façon audible et sans fatiguer. On peut le décrire, sur le plan du timbre, par ce métal si propre aux chanteurs italiens, mais tous les chanteurs d'opéra, à l'exception de quelques voix très aiguës ou se produisant avec un nombre réduit d'instruments d'époque en font usage. C'est même la spécificité de l'art lyrique euro-occidental par rapport à d'autres pratiques vocales très sonores, comme le chant des griots ou du muezzin, qui sont très intenses mais plus brefs et moins accompagnés. Nous nous interrogeons toujours sur la technique vocale du Kunqu, qui semble faire usage d'une technique plus ou moins comparable au formant.


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Commentaires

1. Le samedi 10 mai 2008 à , par Eragny

Je n'étudie pas le chant et ne peux donc pas t'apporter mon expérience personnelle. Par contre, je pense commencer doucement cet été avec une amie, et après lecture de cette notule il me semble bien évident de commencer par chanter en français. La raison est bien simple : pourquoi empiler les difficultés ?

2. Le samedi 10 mai 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Très bien, très bien ! :-)

Cette amie, elle est chef de choeur, si j'ai bien suivi ? Dans ce cas, tu es en de bonnes mains en principe.

Dans tous les cas, pense à t'enregistrer et à vérifier le rapport fatigue / beauté du timbre, c'est indispensable pour ne pas faire de bêtises et progresser.

Bonne étude à toi, alors !


Forza buffoni !

3. Le mercredi 5 novembre 2008 à , par Ana

Bonjour,

Je vais peut être être amenée à préparer des étudiant espagnols de chant à apprendre à placer sa voix... en français. Je suis en train de réfléchir sur la meilleure manière de préparer l'activité didactique. Je viens de lire votre billet, il tombe à pic!

Des conseils? Des études/recherches pour me documenter? Je suis tout ouïe!

Merci,
Ana

4. Le mercredi 5 novembre 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour Ana, et bienvenue.

Je suis ravi si mon billet peut vous donner du grain à moudre pour faire travailler vos troupes. :)

Comme je ne sais pas quel est le niveau acquis par ces jeunes gens (vous peut-être non plus...), je peux tout au plus vous donner mon expérience personnelle.


Ce qui me paraît important :

- Disposer déjà d'une écoute attentive d'autres chanteurs qui ont une approche correcte du placement français (par exemple Gérard Théruel, Bruno Laplante ou Jacques Herbillon, parmi ceux qui ont un style à peu près moderne).
Au disque, je peux recommander le Phaëton de Minkowski où l'on entend Gérard Théruel (en Pelléas, c'est plus typé), ses Histoires Naturelles chez Naxos, ou le même cycle et les Madécasses de Jacques Herbillon.

- Etre capable d'identifier les spécificités de ce placement. Il est généralement très en avant, et suppose une articulation libre et claire.

- Lorsqu'on dispose de ce prérequis (avoir dans l'oreille la sonorité de la langue, et connaître sa réalisation théorique), je pense qu'il peut être extrêmement profitable de les faire d'abord parler.
=> Pour que les voyelles soient exactes. Il y en a plus en français qu'en espagnol, il faut bien que tout cela soit en place : si le chanteur hésite sur la couleur de sa voyelle, le timbre ne peut pas être beau.
=> Et surtout pour l'accentuation soit naturelle. Une fois qu'on est capable de dire le texte de façon bien rythmée, la musique se pose dessus toute seule, il ne reste plus qu'à gérer un peu plus précisément le souffle, mais tout est déjà en germe.
Et particulièrement si on fait déclamer de façon véhémente, devant un auditoire un peu vaste ou bruyant, en exigeant que la voix reste détendue et ronde : toute l'énergie articulatoire est déjà répartie de façon réflexe lorsqu'on se met ensuite au chant.

- Il y aurait une dernière chose, mais je sais que les chanteurs y sont aujourd'hui peu sensibilisés (à part les baroqueux versant tragédie lyrique et certaines rares écoles comme l'école tchèque), même s'ils en connaissent l'usage. Ca ressortit davantage au style, mais l'usage raisonné de la voix mixte permet de réaliser des choses plus souples et intelligibles dans les répertoires français. Là, on tombe sans doute dans des choses plus délicates, car elles risquent empiéter sur leur apprentissage espagnol.


Je précise tout de même qu'étant assez minoritaire dans mon approche du chant (voire franchement seul...), je vous recommanderais de demander d'autres sons de cloche. Certains tenants de l'universalité italienne, en particulier, assurent que des vocalises bien choisies peuvent tenir lieu de placement pour n'importe quelle langue. Je ne vois pas comment c'est matériellement possible, mais il y a sans doute du très bon à piocher chez tout le monde.

Pour les études sur le sujet, c'est peut-être dans des travaux de phonologie que vous trouveriez le plus intéressant sur les spécificités du français (peut-être plus dans les revues de linguistique). Sinon, il ne reste plus qu'à feuilleter les bibliographies et index de revues spécialisées. N'ayant pas eu à me pencher sur le sujet de l'articulation française, je n'ai pas de références précises à vous fournir...


Bonne journée à vous !

5. Le vendredi 14 novembre 2008 à , par Jean-Baptiste :: site

Bonjour, merci pour ce billet magnifiquement rédigé.
Je suis jeune chanteur lyrique (j'ai 23 ans) et je suis tout à fait d'accord avec vos remarques.
Ma principale inquiétude et je pense mon principal défaut dans cet exercice délicat qu'est le chant, c'est justement de réussir à trouver mon timbre dans les langues étrangères...en effet, j'aime beaucoup ma voix dans le répertoire français, car je crois ne pas la trafiquer du tout, je suis je pense au plus proche de la voix parlée. A l'inverse, (et malheureusement comme vous l'évoquiez, il est difficile de ne pas s'inspirer d'artistes) j'ai l'impression de modifier mon timbre et ma sonorité lorsque je m'attaque à de l'Italien ou de l'Allemand (plus pour l'Italien que l'allemand d'ailleurs assez curieusement). De même de grands artistes étrangers ne vont que très rarement bien "sonner" en français. J'ai l'impression que seuls les français savent interpréter du français...Doit-on obligatoirement modifier son timbre et sa couleur de voix quand on chante dans une langue étrangère?
Si cela vous intéresse de m'écouter,
http://fr.youtube.com/user/jibsing

Cordialement

6. Le vendredi 14 novembre 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour Jean-Baptiste,

Et bienvenue par ici !

Effectivement, j'entends dans vos extraits que vous avez beaucoup écouté François Le Roux, les sons se bouchent ou vibrent exactement au même endroit, c'est impressionnant.

Pour l'allemand, ma foi, je ne trouve pas le timbre dénaturé, c'est surtout que ça sonne assez anglais (un peu dans le nez), et que ce n'est pas beaucoup projeté (du coup le vibrato est un peu irrégulier), mais ça me paraît assez inévitable dans une petite pièce comme celle-ci.

Sinon, j'aime beaucoup votre timbre, très naturel, vraiment clair, votre diction excellente. Je serais curieux de vous entendre dans une salle plus vaste.

J'entends aussi un aigu qui s'ouvre et rayonne de façon vraiment très belle - n'y aurait-il pas là de quoi exploiter ?

En tout cas bravo, une voix très respectée et bien gérée, un beau timbre. Ca donne très envie d'en entendre plus, dans un contexte plus tonique.

Il est indiscret de vous demander avec qui vous travaillez et quel est votre répertoire ?

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Concernant l'aspect plus général de notre conversation, si, bien sûr, il y a (beaucoup) de grands chanteurs étrangers qui excellent en français, en particulier chez les Anglais : Michaela Kaune, Angelika Kirchschlager, Anna Caterina Antonacci, Endrik Wottrich, Thomas Allen, Simon Keenlyside, Gerald Finley, etc.

Pour le style dans la mélodie, c'est difficile, mais aussi pour les français dans la mesure où cette compétence n'est que très rarement développée par les professeurs (le serpent se mord la queue : c'est parce qu'on n'en vit pas, et du coup personne n'est formé pour cela, donc personne n'en donne en concert, etc.)

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Généralement, je prends pour principe, lorsque j'écoute un chanteur que j'apprécie dans une langue où je ne l'avais pas entendu jusqu'ici, de le considérer comme un autre chanteur. Même l'attitude interprétative peut changer. Je prends souvent l'exemple d'Angelika Kirchschlager qui est convaincante en allemand, mais sobre, assez scolaire en italien et déchaînée en français. Ou d'Anna Caterina Antonacci qui ne dispose pas en italien du charisme qu'elle déploie dans les rôles dramatiques français.

Mais ce n'est pas une obligation, certains chanteurs conservent leur timbre et leur attitude selon les langues, pour le meilleur et pour le pire (voir Domingo, qui chante toutes les langues en espagnol, mais toujours de façon assez électrique).

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La médication que je recommanderais serait tout simplement de se baigner dans la langue, de s'entraîner à la phraser en la parlant, en la chantant, pour trouver ses appuis rythmiques et l'ouverture exacte de ses voyelles. Ca peut se faire en se déplaçant dans la rue, ça ne mange pas de pain.

Sinon, il existe bien sûr des méthodes techniques chez les professeurs de chant, à base d'exercices, pour apprendre à placer la voix selon les langues. Je ne suis pas très convaincu du principe, mais ça peut toujours marcher pour ceux qui n'ont pas trop le goût de l'effort linguistique.


Bonne journée, et excellente continuation à vous !

7. Le dimanche 16 novembre 2008 à , par Jean-Baptiste :: site

Merci pour ces commentaires qui me touchent sincèrement.
Pour ce qui est des aigus, je ne montent pas forcément non plus si haut ( je bloque déjà au fa s'il faut tenir la note...) je crois sincèrement être un pur baryton léger, car même si je descend relativement grave (sol 3) je ne trouve pas la rondeur qui vient d'un baryton basse (que j'aurais rêvé être...). Je crois qu on ne peut pas "trahir" son timbre, et ma voix ne colle pas sur des rôles de baryton verdi ou baryton basse (à mon grand regret). Je me suis enregistr" sur l'air d'Escamillo que vous pourrez voir sur mon site, mais même si je suis satisfait du résultat, je trouve que ça ne sonne pas "opéra".J'ai l'impression que ma voix est faite pour les mélodies et les lieder...qui est déjà un répertoire magnifique. Ou bien des voix de barytons légers mais dans l'opéra il y en a peu qui sont intéressants (excepté le rôle majeur qu'est Pelléas et que je rêve de pouvoir travailler)
En effet, apparemment je ne peux pas cacher une de mes principales idoles...François Le Roux, c'est vrai que e l'ai énormément écouté, j'aime énormément son timbre et sa diction. J'essaye tout de même de ne pas le copier et de garder ma sincérité de timbre, que comme je vous disais dans le message précédent, j'essaye de garder la plus proche du parlé possible.

Concernant mon travail vocal, j'ai le regret de dire que je travaille seul en ce moment, j'ai été inscris en conservatoire 2 ans et puis suite entrée dans la vie active, il y a eu déménagement, et mes horaires ne me permettent pas de m'inscrire dans cette structure. Professeur particulier j'y songe, mais il faut trouver la bonne personne, j'ai vu 2 profs sur Paris et je ne me suis pas senti à l'aise...

Je n'ai pas vraiment de répertoire particulier, enfin comme tout jeune chanteur j'ai travaillé des arie antiche...du vaccai....et puis un certain nombre de petites mélodies de Gounod, Bizet, Massenet, donc en effet beaucoup de français (personnellement je m'y retrouve, j'adore) un peu d'Allemand et un peu d'anglais. Je n'ai travaillé des airs d'opéra que par moi même jamais avec un professeur...encore une fois, il est difficile pour moi de me sentir vraiment à l'aise sur certains territoires où j'ai l'impression (peut être n'est-ce qu une impression) que ma voix ne colle pas. Peut être devrais-je travailler certains airs de Don Giovanni, qui n'est pas nécesairement un baryton grave. Si vous avez des exemples, je suis preneur.

Merci encore pour vos encouragements.
A bientôt.
Jean-Baptiste

8. Le dimanche 16 novembre 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Pour ce qui est des aigus, je ne montent pas forcément non plus si haut ( je bloque déjà au fa s'il faut tenir la note...) je crois sincèrement être un pur baryton léger, car même si je descend relativement grave (sol 3) je ne trouve pas la rondeur qui vient d'un baryton basse (que j'aurais rêvé être...).

Oui, clairement pas baryton-basse à en juger par le timbre et l'épaisseur des graves. J'émettais juste l'hypothèse, mais comme la voix me semble pleinement timbrée dans cette tessiture, baryton clair est tout à fait probable.
(Je vous ferai d'autant moins de procès douteux de ce côté que je me trouve dans une case vocale assez similaire...)


Je crois qu on ne peut pas "trahir" son timbre,

On tout modifier dans une voix, mais que les résultats soient convaincants ensuite. Ici, effectivement, vous semblez très proche de votre voix parlée, mais avec la qualité de timbre lyrique, c'est effectivement une très bonne base de travail à mon avis.


et ma voix ne colle pas sur des rôles de baryton verdi ou baryton basse (à mon grand regret).

Oui, effectivement, je pense que ce n'est pas votre nature.

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Merci pour Escamillo. C'est effectivement très réussi. L'expression est un peu douce pour du drame, sans doute, mais j'aime beaucoup ce traitement à la façon des mélodies. Surtout, vous avez une grande qualité, celle de respecter votre nature vocale et interprétative. Ca ne sonne pas comme un Escamillo standard, mais vous évitez tous les pièges de l'imitation.

D'après ce que je lis, vous avez en somme pratiqué depuis assez peu longtemps. Le résultat est vraiment excellent, très équilibré et très personnel.

Ce que je verrais de important à rectifier, ce serait peut-être la tendance à un peu de nasalité dans certaines configurations expressives. Ca donne un côté peut-être un peu trop léger et familier à la voix, et surtout il y a le risque d'aller toujours vers plus de nez (c'est le danger dans ces cas). Ca reste vraiment très à la marge, cela dit.
Et j'ai noté (pour faire le Beckmesser de service, mais je n'ai pas beaucoup à me mettre sous la dent comme vous le voyez) une ou deux voyelles un peu fermées, qui gagneraient à être plus naturelles.

Aucune de ces remarques ne peut être systématisée, donc ça veut dire qu'en travaillant encore quelques petites fois ces pièces, ce peut être facilement éliminé, ce n'est pas une mauvaise habitude structurelle.

En tout cas, encore bravo, en trois ans, obtenir cet équilibre et ce goût, ce n'est pas fréquent.

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J'ai l'impression que ma voix est faite pour les mélodies et les lieder...qui est déjà un répertoire magnifique. Ou bien des voix de barytons légers mais dans l'opéra il y en a peu qui sont intéressants (excepté le rôle majeur qu'est Pelléas et que je rêve de pouvoir travailler)

Oui, c'est un répertoire magnifique, peut-être le plus beau. Je plains les grandes voix très riches en harmoniques de ne pas pouvoir interpréter de façon très commode ce répertoire.
Sinon, le répertoire de baryton léger est effectivement assez peu passionnant si on n'est pas féru d'opérette, Pelléas excepté il est vrai.

Mais avec une voix claire comme cela, vous pouvez tout à fait chanter les barytons et les tailles baroques (chez Lully, Epaphus dans Phaëton, Méduse dans Persée ou La Haine dans Armide, par exemple, ou bien Corésus dans Callirhoé, Tancrède de Desmarest - un rôle de Le Roux, d'ailleurs). Ou bien les barytons à la française, tout simplement.

(Que ce soit difficile à partir du fa3 est normal, l'aigu s'acquiert progressivement et comme vous n'avez pas beaucoup couvert votre voix, vous vous feriez mal à trop vouloir monter, il faut y aller doucement et ça viendra. Peut-être en vous aidant de la voix mixte ? C'est très utile pour le lied et les barytons légers de toute façon.)


En effet, apparemment je ne peux pas cacher une de mes principales idoles...François Le Roux, c'est vrai que e l'ai énormément écouté, j'aime énormément son timbre et sa diction. J'essaye tout de même de ne pas le copier et de garder ma sincérité de timbre, que comme je vous disais dans le message précédent, j'essaye de garder la plus proche du parlé possible.

C'est amusant, c'est une doctrine qui est également assez mienne : même si les deux mécanismes diffèrent, s'appuyer sur la déclamation (plus que la parole quotidienne) parlée est une aide précieuse. Ensuite, on est forcé de s'éloigner du parlé sous peine d'être limité.
J'aime beaucoup François Le Roux également, un interprète très subtil, qui peut irriter par ses choix très affirmés, mais qui finit toujours au bout de plusieurs écoutes à me convaincre totalement...
Pour le timbre, j'en suis moins friand, la nasalité n'est pas toujours maîtrisée à partir de la fin des années quatre-vingt dix, et ça donne des résonances arrières pas toujours belles. Evidemment, à l'époque de son Pelléas avec Abbado, c'est sans comparaison possible.


Concernant mon travail vocal, j'ai le regret de dire que je travaille seul en ce moment, j'ai été inscris en conservatoire 2 ans et puis suite entrée dans la vie active, il y a eu déménagement, et mes horaires ne me permettent pas de m'inscrire dans cette structure. Professeur particulier j'y songe, mais il faut trouver la bonne personne, j'ai vu 2 profs sur Paris et je ne me suis pas senti à l'aise...

Oui, c'est toujours le problème, trouver la bonne personne. Entre les mauvais profs (nombreux dans ce métier) et les incompatibilités de style ou de méthode, il faut chercher longtemps.

Travailler seul n'est pas forcément une tare si vous avez comme il semble un recul critique sur votre pratique vocale. Un peu de culture lyrique, une oreille attentive à ses enregistrements, de la prudence et du travail patient peuvent faire pas mal de choses, surtout lorsqu'on a des bases saines comme les vôtres.


Je n'ai pas vraiment de répertoire particulier, enfin comme tout jeune chanteur j'ai travaillé des arie antiche...du vaccai....et puis un certain nombre de petites mélodies de Gounod, Bizet, Massenet, donc en effet beaucoup de français (personnellement je m'y retrouve, j'adore) un peu d'Allemand et un peu d'anglais. Je n'ai travaillé des airs d'opéra que par moi même jamais avec un professeur...encore une fois, il est difficile pour moi de me sentir vraiment à l'aise sur certains territoires où j'ai l'impression (peut être n'est-ce qu une impression) que ma voix ne colle pas. Peut être devrais-je travailler certains airs de Don Giovanni, qui n'est pas nécesairement un baryton grave. Si vous avez des exemples, je suis preneur.

Cela dit, il n'y a aucun obstacle pour travailler pour se faire plaisir dans des répertoires qui nous sont inaccessibles sur les scènes. Bien qu'également baryton 'à la française', je n'hésite pas à chanter ce qui me fait plaisir, aussi bien Siegmund que Wotan (voire Brünnhilde octaviée, les si bémol en moins). Ca peut permettre de travailler sa couleur, de ressentir des choses différentes, et aussi de poser un regard différent sur ces oeuvres à cause de ce nouvel aspect un peu incongru qu'apporte un timbre étranger.

A partir du moment où vous ne brusquez pas votre voix, aucun territoire n'est interdit, même si en termes de couleur, de tempérament et de puissance, vous aurez nécessairement des niches qui s'imposeront à vous (et d'autres qui s'éloigneront).

Pour les rôles, je vous en ai proposé quelques-uns (dans le domaine baroque) qui sont assez modérément lyriques dans un premier temps, pour ne pas brusquer vos habitudes. Mais dans le répertoire français postérieur, on trouve beaucoup de choses très intéressantes. Pour ceux qui sont libres de droits, je peux peut-être même vous en transmettre quelques-uns de difficiles à trouver.

Je vois par exemple Nevers dans les Huguenots, ce sont des répliques courtes, très intéressantes dramatiquement, avec de belles lignes. Saint-Bris aussi (de même que Bertram dans Robert) est chantable par un baryton, même si ce n'est pas prévu pour.

Ensuite, il y aurait des rôles de baryton très français comme Gunther dans Sigurd ou Hernani chez Hirschmann, mais c'est difficile si le bout de l'aigu vous fait mal, il est assez sollicité. Je regarderai si je ne trouve pas quelque chose auquel je n'ai pas pensé à l'instan.

Don Giovanni peut faire l'affaire, oui, mais c'est en somme assez grave pour une voix de baryton (la couleur claire convient très bien en revanche). Le Comte Almaviva est peut-être un peu plus dans les bonnes hauteurs, mais son air est franchement casse-figure, il faut plutôt travailler le rôle dans son ensemble.


Je vous souhaite en tout cas une excellente soirée, et continuez surtout !

9. Le samedi 26 mars 2011 à , par Voix d'humain

Croire qu'un étudiant débutant maîtrise mieux le français que l'italien est, tout au moins, étonnant. Les Français me semblent piètres chanteurs de mélodies françaises, au sens que le texte est souvent incompréhensible, et d'autant plus qu'on a affaire à un débutant. Qu'on compare les chœurs amateurs ou professionnels, anglais et français, sur le répertoire de Poulenc, par exemple, et on se rend compte que ni le sens, ni les voyelles, ni le texte, n'est respecté par les Français, qui croient toujours savoir toutes les langues, y compris la leur, sans aucun travail linguistique a priori. (Une autre langue ainsi massacrée étant bien sûr l'anglais.)

Je crois en la vertu du travail des langues étrangères, où l'élève est face à une vraie difficulté à affronter : chanter une langue inconnue. Car ne nous y trompons pas : le Français nous est une langue étrangère ; quand c'est une poésie de Verlaine, il faut tout recomposer, et c'est sans parler des poésies choisies par un Fauré, qui nécessitent presque toutes de nous plonger dans le passé, et apprendre une langue galante véritablement inconnue, sans quoi on tombe vite dans le mièvre.

Quant à l'avenir professionnel de l'artiste lyrique, il est à peu près évident qu'il ne se passera pas de l'apprentissage de langues étrangères. Alors commençons tôt à former les élèves !

Là où je partage votre avis, c'est l'omniprésence de l'italien hurlando, fort dérangeant à mes oreilles.

10. Le samedi 26 mars 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Voix d'humain, et bienvenue par ici !

Je crois que vous n'argumentez pas tout à fait sur le sujet de cette notule, qui portait plutôt sur une question d'organisation, de priorités et d'évolution, pour le jeune chanteur :

En effet, je suis tout à fait d'accord que les mélodies françaises ne sont pas forcément bien servies par les français, et je n'ai surtout pas dit que prononcer sa propre langue ne requérait aucun travail.

Et je ne suis assurément pas hostile aux langues étrangères et à la discipline qu'elles supposent (un de mes dadas est au contraire d'explorer un certain nombre de langues, leur grammaire, leur phonologie, leur poésie...).

Je souscris aussi entièrement à vos propos sur la nécessité, pour le professionnel, de maîtriser des langues étrangères pour pouvoir les chanter (et aussi naviguer dans le milieu cosmopolite, indépendamment de la scène).


Le problème que je soulève porte davantage sur l'ordre d'apprentissage. Lorsqu'on n'est pas encore capable de placer sa voix, comment peut-on le faire sur une langue dont on ne maîtrise pas du tout la phonologie ? Car c'est la réalité des cours de chant, on donne dès le premier cours Papageno à des élèves qui n'ont jamais étudié que l'anglais et l'espagnol. Conclusion, la langue est toute cabossée, et la voix ne trouve pas de repères stables.

C'est pourquoi, dans un premier temps, il me paraît bien plus sain de démarrer de sa propre langue (ce qui n'induit surtout pas l'absence de travail sur la couleur exacte des voyelles et l'articulation générale !). Pour chanter d'autres langues, oui, bien sûr qu'il le faut, mais après les avoir étudiées et non pas avant.

La difficulté que je décris appartient, je crois, à la catégorie (galvaudée) du vieux gros "bon sens" : il est plus facile de parler correctement (et donc de chanter) une langue qu'on maîtrise déjà. Et on peut vérifier concrètement la chose sur nombre d'étudiants en chant.

C'est pourquoi je pense que le vice d'articulation que vous imputez à certains chanteurs français provient en partie de ce côté désordonné dans l'abord des langues, et non pas du fait d'être français ou d'avoir chanté en français. :)


Merci pour votre réaction, et bonne journée !

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David Le Marrec


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