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[Carnet d'écoutes n°99] – OPRF & M. Franck, dans Tchaïkovski 6 et Sibelius 2


¶ J'avais déjà entendu la Deuxième de Sibelius par Mikko Franck, je n'ai donc pas eu beaucoup de surprises : très beau bien sûr, lecture très lyrique, qui privilégie le legato (un peu trop à mon gré, j'aurais aimé des phrasés aux contours plus découpés), et, paradoxalement, la discontinuité formelle (les épisodes du deuxième mouvement paraissent assez autonomes…).
    C'est encore plus vrai dans la symphonie de Tchaïkovski (d'une conduite et d'une intensité irréprochables, tout à fait enthousiasmante), où la valse du II m'a paru un peu forte et lourdement liée pour un mouvement d'allègement, et la marche du III d'un triomphe tout à fait premier degré. [Ce qui pose de grandes questions, puisque Tchaïkovski défend l'idée d'écrire une marche triomphale, sans qu'on puisse croire qu'il y voie une exultation militaire sans contrepartie… À l'inverse, le percevoir comme complètement ironique est sans doute une déformation de l'auditeur qui a vécu au XXe siècle et écouté Chostakovitch… il y a sans doute une justesse à trouver entre la simplicité jubilatoire incontestable de la pièce, et sa noirceur au sein de cette symphonie sans résolution, qui ne peut décidément pas exprimer la joie sans partage.]

¶ Pour un orchestre que je tiens pour très international de son (malgré ses bassons de facture française…), très enveloppant pour Debussy, parfait pour le lyrisme de Wagner & Strauss ou des Russes, quelle surprise d'entendre cette petite harmonie étroite et verte, un plaisir !  De même, les trompettes stridentes (pas acides à la russe, juste stridentes) semble ressusciter l'époque des spécificités orchestrales nationales – il n'y a plus guère que les tchèques, les russes et quelques scandinaves qui maintiennent leur identité de façon très évidente (les allemands, c'est différents, ce sont eux qui sont la norme).
    Alors qu'on serait bien en peine d'identifier une provenance en écoutant les cors (le son français, pas très appétissant de toute façon, s'est perdu depuis bien longtemps) ou surtout les cordes.

¶ Justement, les cordes, grande force du Philharmonique de Radio-France dans ce répertoire, et a fortiori dans une interprétation qui favorise le lyrisme, m'ont paru d'une cohésion nettement inférieure à leurs standards, jusque dans les coups
d'archet qui, par moment, n'étaient ni de longueur, ni même de sens conforme. Pourtant, j'aime beaucoup le travail du konzertmeister de Svetlin Roussev d'ordinaire, justement pour l'élan collectif dans ce genre d'œuvre. Comme si on avait remonté un standard du répertoire avec un nombre vraiment minimal de services. Honnêtement, le résultat était formidable, il y a largement de quoi faire le concert d'une vie si on n'y va pas plusieurs fois par semaine dans une capitale culturelle majeure, mais cette fragilité que je ne leur avais jamais vue n'a pas laissé de m'étonner.

¶ Autre question : public très attentif, et manifestement informé, pas d'applaudissements entre les mouvements… sauf à la fin de la marche de Tchaïkovski (avant l'adagio final). Pas la majorité du public, mais ça a duré un peu, ce n'était pas un faux départ. Ça s'y prête totalement, ce n'est historiquement pas une erreur, mais c'était étonnant – ils se sont tenus complètement silencieux, et c'est le seul moment où ils se sont manifestés, pourquoi ?  Le premier mouvement était jubilatoire aussi (et vraiment très réussi pour ne rien gâcher), qu'est-ce qui a fait la différence ?

Pour les œuvres et une proposition discographique, voir les notules consacrées à Tchaïkovski 6 et Sibelius 2.


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