Carnets sur sol

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dimanche 28 février 2010

Achèvement


Les commentaires sur La Fiera di Farfa ont (enfin) été inclus dans la notule qui présentait le concert Monteverdi / Marazzoli de Vincent Dumestre du Poème Harmonique à l'Opéra-Comique.

samedi 27 février 2010

Radio farfadets


Mise à jour du 25 juillet 2011 :

Radio Farfadets se trouve désormais, de façon plus ordonnée et soignée, sur la chaîne YouTube correspondante, mêlant nos bricolages musicaux autour d'oeuvres rares et des extraits d'inédits radiophoniques.

Par ici : http://www.youtube.com/user/liederoperararities .

Alexis de CASTILLON (1838-1873) - notice générale


Une petite notice sur ce compositeur assez peu pratiqué, mais dont la discographie commence à s'étoffer, en comblant le déficit de notoriété de la musique de chambre française du milieu du XIXe siècle.

Avec un lien pour écouter légalement une de ses oeuvres.

Suite de la notule.

vendredi 26 février 2010

Le Combattimento de Monteverdi et sa parodie : La Fiera di Farfa à l'Opéra-Comique (Vincent Dumestre)


Evénement très attendu des lutins, ce concert présentait, outre quelques standards monteverdiens, une parodie de la foire italienne de 1639.

On connaît bien la Foire française (Foire Saint-Laurent et Foire Saint-Germain essentiellement), mais on entend moins deviser, du moins en France, autour de la Foire italienne. Il est vrai que de la Foire française a donné naissance, en parodiant l'opéra, à un genre autonome qui mettra 150 ans à refusionner avec lui : l'opéra-comique (voir aussi).

Cette soirée du Poème Harmonique donnait pour la première fois (au sens large, puisque la tournée a débuté en octobre à Besançon) à entendre la musique de ces foires italiennes. Enfin, pas au sens strict. Il s'agit en réalité d'un intermède comique (destiné à séparer les actes d'un opéra) qui décrit les bruits de foire, mais utilise des procédés, précisément, qui seront ceux du théâtre de la Foire (et probablement commandé pour le Carnaval de 1639)... Avec de l'humour facile, des parodies bien vues, et une musique diversement inspirée.

Bien entendu, comme pour l'ensemble de ces recréations par les ensembles pionniers, il est difficile (sauf lorsqu'un livret documente les détails de la restitution, et Dumestre le fait habituellement chez Alpha, mais il est douteux que cette Fiera paraisse au disque) de distinguer ce qui tient de l'écriture originale, ce qui tient de la restitution fidèle des modes de jeu, et ce qui est propre à l'imagination féconde et heureuse des interprètes 'restituteurs'.

On reviendra aussi sur l'instrumentarium original.

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La soirée débutait donc par du Monteverdi.

Il faut d'abord signaler que le programme de salle comprenait, selon les endroits, soit la distribution, soit le texte, mais pas toujours les deux. J'ai eu le bonheur d'avoir le texte, ce qui m'empêche cependant de donner avec exactitude les répartitions (je donne donc juste ceux dont j'ai reconnu le visage ou la voix).

Hor che'l ciel e la terra était interprété par cinq chanteurs (soprano, mezzo, ténor, baryton, basse), notamment, pour ceux identifiés : Claire Lefilliâtre, Isabelle Druet, Marc Mauillon et Benoît Arnould. Ce madrigal, comme du reste celui donné en bis (Sì, ch'io vorrei morire, un extrait du Quatrième Livre étrangement annoncé - ai-je bien entendu ? - comme du Cinquième), souffrait d'une certaine monotonie feutrée, presque indolente ; sans mollesse, mais sans grand relief, malgré la qualité de l'articulation des chanteurs.
Il faut dire que l'interprétation de ces pièces par une collection de solistes est forcément moins commode qu'avec un ensemble spécialiste constitué de façon permanente.

Un problème récurrent pendant toute la soirée sera l'effectif retenu par Vincent Dumestre : deux violons, viole de gambe, lirone, violoncelle, contrebasse, clavecin, archiluth et théorbe (de type chitarrone, apparemment). [Pour les définitions illustrées des instruments à cordes grattées, voir ici, et pour ceux à cordes pincées, .]
Outre que le claveciniste arpégeait peu, ce qui produisait des sons durs (avec la couleur pas très chaleureuse de l'instrument présent), des entrées brutales de son, la présence de quatre instruments d'accompagnement à cordes frottées produisait un trop-plein harmonique, quelque chose d'épais et de lourd dans le grave. Par ailleurs, la viole de gambe et surtout le lirone (sorte de viole de gambe qui comporte beaucoup plus de cordes, pour faire vite) étant un peu lourds à manoeuvrer (l'archet se tient à l'envers, de façon plus souple mais moins incisive que pour le violoncelle, et le son est en lui-même peu propice aux attaques nettes), les ajouter produisait une sorte de mollesse élégiaque pas toujours adaptée aux situations, et en particulier aux madrigaux déjà bien remplis par les parties vocales, ainsi qu'aux élans concitati du Combattimento...

A noter : on entendait merveilleusement la différence entre l'archiluth (à l'aigu clair et tranchant) et le théorbe (au son plus moelleux et sombre).

Le Lamento della Ninfa était, lui, assez bondissant, à la limite du parodique, très habité. Vraiment réussi.
Claire Lefilliâtre se révèle en salle assez sonore (par rapport à ce qu'on imagine au disque), bien projetée mais très engorgée, loin du charme qu'elle peut répandre en studio, peut-être ici contrainte par l'enjeu sérieux et l'italien ?

Le Combattimento di Tancredi e Clorinda laissait des sentiments plus mitigés. Quelques décalages (étonnants de la part d'ensembles spécialistes qui opèrent des tournées de six mois), et surtout un flottement persistant pendant toute la première moitié de la pièce, une sorte de fébrilité prudente qui se ressentait un peu. Rien de honteux cependant.
La couleur choisie était la plus funèbre possible (avec même un beau postlude instrumental en guise de Requiem pour Clorinde, au passage totalement hors de l'esprit de ce qui se faisait alors - fins brèves et abruptes), avec beaucoup d'effets : grosses ruptures entre parties, au contraire fondu très poussé entre d'autres, accélérations nombreuses. Pas forcément ostentatoire comme l'Orfeo gravé récemment par Rinaldo Alessandrini, mais la justification de tout cela, la cohérence d'ensemble, à part de faire personnel, n'était pas toujours évidente, pour moi du moins.
Et ici, évidemment, la lourdeur du continuo de sept instrumentistes amollisait un peu l'ensemble, le rendait moins urgent.

La Clorinde d'Isabelle Druet était une très belle découverte, pour ainsi dire une référence. Son succès habituel me laisse très perplexe (on a parfois l'impression qu'on ne peut plus entendre un concert baroque sans elle) : la voix est dure (ancienne comédienne qui a gravi tous les échelons depuis le Conservatoire jusqu'à la célébrité en peu d'années, elle garde ses appuis parlés dans son chant), le timbre assez moche (dur, un peu mégère, avec quelques furtives nasalités acides qui permettent à la voix de mieux passer), et l'expression pas toujours si extraordinaire. Néanmoins, sa Clorinde réussit, en peu de mot, à donner une épaisseur tout à la fois farouche et extatique à son personnage, d'une façon assez impressionnante à vrai dire.

Son Tancrède (à identifier...) était tout à fait réussi.

Le Testo était interprété par Marc Mauillon. La voix est toujours aussi étrange. Pour reprendre un sujet de conversation d'après-spectacle, on peut distinguer, dans le chant lyrique, trois façons de se faire entendre :

  • La puissance est le volume sonore de la voix, mesurable en décibels, on parle aussi de largeur. Elle est liée à la nature de la voix et à la technique adoptée.
  • La projection est la concentration du faisceau sonore, qui permet à de petites voix de se faire très bien entendre.
  • Les harmoniques enfin permettent, soit parce qu'elles sont aiguës (cas des sopranos légers), soit parce qu'elles sont denses et concentrées dans une zone de fréquences que reçoit très bien l'oreille humaine (le fameux formant du chanteur) de passer un orchestre et de se faire entendre sans peine et sans forcer.

La plupart des chanteurs utilisent plusieurs de ces ressorts, mais Marc Mauillon semble n'utiliser que le dernier, ce qui donne cette voix étrange, râpeuse, métallique, peu sonore... mais pas du tout désagréable et toujours audible !

Une vraie bizarrerie, mais par ailleurs l'italien est bon : une petite erreur dans les ellisions poétiques, mais l'accentuation est bonne, le texte très audible aussi. Sa technique d'émission, assez en arrière, lui cause un petit moment de solitude dans le grand sillabando central, où il ne peut, physiquement, atteindre le tempo, mais l'ensemble est très habité, et très rapidement, la musicalité de ce texte suscite de grandes émotions. Je ne parle que du texte, parce qu'il s'agit quand même du premier intérêt du Combattimento, dont la musique fade n'a d'intérêt que parce qu'elle l'exalte ; et ce n'est en rien une hétérodoxie que de le prétendre, puisque c'est l'exact projet de la seconde Camerata d'où est né le genre opéra...

Moment enthousiasmant, donc, malgré tous les désaccords et toutes les réserves qu'on pourrait présenter.

Suite de la notule.

jeudi 25 février 2010

Ferenc Liszt - VIA CRUCIS - V, Une traduction française


[Mise à jour des parties qui avaient été mal réparties.]

Suite à une réclamation récente sur l'absence de version française aisément disponible, les lutins se sont vaillamment chargés de la traduction de ce Via Crucis. Pas de commentaire dans cette notule, donc (bien qu'il y aurait beaucoup à dire sur les proportions de chaque section, par exemple), juste une traduction rapide pour pouvoir profiter de l'oeuvre.

On trouvera des traductions théologiquement supervisées en ligne d'à peu près tous ces textes (et même très probablement de tous, qu'ils soient latins, allemands ou hébreux), mais l'avantage est ici qu'on dispose sur une seule page de tous les extraits mis en musique par Liszt.

Pour la parlotte, on peut se reporter aux quatre précédents épisodes, réunis dans ce chapitre, et plus particulièrement, concernant la traduction, à la présentation structurelle de l'oeuvre.

En vous souhaitant d'agréables recueillements.

Suite de la notule.

lundi 22 février 2010

Mise à jour


Du répertoire de CSS (lieder). Les partitions étant difficiles à trouver et les occupations ne manquant pas, peu de nouveautés, mais on a tout de même dépassé la barre symbolique du demi-millier.

Bien, ça ne veut rien dire, puisqu'on ne peut évidemment pas tout entretenir correctement, mais on le dit quand même parce qu'on a pris du temps à faire la mise à jour.

Du nouveau chez les Quiroga


Non seulement ils ont fini par ouvrir leur site, mais de surcroît ils ont mis en ligne un extrait vidéo du concert fantastique (le sommet de l'Octuor de Mendelssohn n'y figure pas puisqu'ils étaient mélangés avec les Ardeo) auquel les lutins avaient eu le bonheur d'assister.

Les fans les plus acharnés savoureront même l'intense jubilation d'y apercevoir mon dos.


La captation de Mezzo rend mieux justice à leur son que celles de France Musique[s], mais on perd tout de même leur son acidulé si caractéristique, au profit de quelque chose de plus rond mais aussi beaucoup plus impersonnel. On entend tout de même leur musicalité, mais quelque chose de magnétique, de singulier, se détache sur le vif, possiblement en raison précisément de ces harmoniques légèrement agressives, comme la première attaque d'un fruit généreux.

dimanche 21 février 2010

Robert SCHUMANN - Liederkreis Op.24 (Heine) - Présentation et discographie


1. Présentation

C'est là un très beau cycle de Schumann, certes assez connu, mais pas tant enregistré que cela, en tout cas bien moins couru que les cycles les plus 'populaires' comme Dichterliebe (Heine), Frauenliebe und Leben (Chamisso) et Liederkreis Op.39 (Eichendorff). Et jamais donné en concert, contrairement aux deux premiers cités qui le sont très régulièrement.

Les poèmes sont cette fois tirés non de l'Intermezzo plus tardif, mais de la première section du Buch der Lieder (« Livre de chants », traduit plus littéralement « Livre des Chants »), les Junge Leiden (« Souffrances de jeunesse », traduit littéralement « Jeunes souffrances », ce qui est assez vilain mais existe bel et bien...). Ils sont certes déjà ironiques et amers comme les poèmes de l'Intermezzo utilisés pour Die Dichterliebe, mais traités avec un enthousiasme, une pureté qui sont l'autre versant, tout aussi romantique, du mélange des genres de Dichterliebe.

Il en est de très tempêtueux (n°2 Es treibt mich hin et n°6 Warte, warte du wilder Schiffmann) et aussi de profondément lyriques (n°3 Ich wandelte unter den Bäumen, n°5 Schöne Wiege surtout, et bien sûr n°7 Berg' und Burgen), de plus légers (n°1 Morgens steh' ich und frage, n°4 Lieb' Liebchen, n°9 Mit Myrten und Rosen)...

Il est sans doute moins marquant immédiatement d'un point de vue thématique que les autres cycles plus célèbres (surtout Dichterliebe et Liederkreis Op.39), mais il me paraît très supérieur (sans parler des poèmes...) à Frauenliebe par exemple, et plus homogène que l'opus 39. Les Kerner-Lieder aussi sont un peu négligés, mais en réalité bien plus souvent enregistrés, je pense.

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2. Les versions

Il n'y a pas tant de versions que cela de ce cycle, voici celles que j'ai pu recenser (à la louche chronologique) :

Suite de la notule.

Vincenzo BELLINI - Malinconia, ninfa gentile


Cette délectable mélodie de Bellini, à mon goût la plus belle de tout le répertoire italien XIXe, est parfois travaillée par les étudiants en chant ; et comme pour d'autres titres (pour Bellini, il y en a déjà deux), je mets à leur disposition une traduction rapide. Pour les lecteurs habitués de CSS, je les dédommage par une version inédite et magnifique de cette pièce.

Ramón Vargas (ténor grand lyrique, et même actuellement lirico-spinto [1]) au Semperoper de Dresde le 13 octobre 2005, accompagné par Mzia Bachtourize.


Et voici le texte d'Ippolito Pindemonte, suivi de sa traduction :

Lire la suite.

Notes

[1] Le spinto n'est pas vraiment une catégorie à part entière ; il désigne celui qui va au bout de la tessiture, qui chante des emplois tendus. Typiquement, on parle de lirico-spinto pour les grands ténors (et sopranos) verdiens.

Suite de la notule.

mercredi 17 février 2010

André CAMPRA (1666-1744) - notice introductive


1. Généralités

=> Compositeur du baroque français, que je classe dans la deuxième école de tragédie lyrique, celle qu'on trouve entre Lully et Rameau.

=> Il se fait surtout connaître pour la réussite éclatante de l'Opéra-Ballet L'Europe Galante en 1697, le plus grand succès depuis la mort de Lully.

=> Il a exercé dans tous les genres prestigieux : tragédie lyrique, opéra-ballet, oeuvres dramatiques plus légères, cantates profanes, musique religieuse. On ne dispose cependant pas de témoignages (du moins édités) d'oeuvres instrumentales pour petit effectif.

=> Son style se caractérise par un certain hiératisme hérité de Lully, presque anguleux parfois, avec des lignes vocales peu ductiles, un peu cassantes ou aplaties.
C'est un véritable avantage pour le style épique qui se manifeste dans Tancrède ou son grand motet Exaudiat te, Dominus, parce que ses récitatifs sont tranchants, avec des lignes vocales un peu dures et des modulations très expressives.


Pier Francesco MOLA, Ermina e Valfrino curano Tancredi (VF : Tancrède secouru par Herminie et Valfrin après le combat d'Argante).
XVIIe italien (Rome, je suppose), huile sur toile (69 x 93 cm) conservée au Louvre (aile Denon).


2. Qu'écouter ?

Suite de la notule.

Haendel - Giulio Cesare de luxe - (Christie 2010 à Pleyel)


Sylvie Eusèbe est bel et bien de retour parmi la gent lutine, qui en tressaille d'aise avec force mouvements primesautiers.

De surcroît, elle nous propose un compte-rendu sur un concert d'un genre trop peu présent en temps ordinaire sur CSS, l'opéra seria.

Paris, Salle Pleyel, vendredi 12 février 2010, 20h, concert
G.-F. Haendel : Giulio Cesare in Egitto, opéra en 3 actes sur un livret de Nicola Francesco Haym (création le 20 février 1724 à Londres), version concert

Andreas Scholl : Giulio Cesare
Cecilia Bartoli : Cleopatra
Nathalie Stutzmann : Cornelia
Philippe Jaroussky : Sesto
Christophe Dumaux : Tolomeo
Rachid Ben Abdeslam : Nireno
Umberto Chiummo : Achilla
Andreas Wolf : Curio

Les Arts Florissants
William Christie, direction

Suite de la notule.

samedi 13 février 2010

Mystère bouffe de Dario Fo à la Comédie-Française (salle Richelieu)


Une suite de miniatures, en deux soirées. Calqué sur l'esthétique du mystère médiéval, beaucoup d'irrévérence envers les Evangiles (certains spectateurs en avaient le souffle coupé à la fin, on les comprend), sur un mode très burlesque, et souvent lourdement scatologique (une saynète entière est fondée sur le pouvoir intrinsèque du plus fameux mot de cinq lettres). Les acteurs soutiennent admirablement les jeux de mime, les changements de voix, les chants (jusqu'à une belle maîtrise du belting !), créant des espaces en quelques gestes, montrant sans aucun accessoire des actions subies sur leur corps comme si des objets les contraignaient, etc.

Ce n'est pas fin, et cela invite au rire plus sur le mode du sketch des bateleurs standing up, où l'on rit parce que l'on est venu rire, que par ses traits d'esprits insondables. La restitution, cela dit, est réussie et le public rit.

Entre chaque saynète (un seul comédien, en habit noir sur fond blanc et plateau totalement nu), l'arrière-scène s'éclaire sous forme de 'tableau vivant' solennel représentant une crucifixion très picturale, et à chaque fois traversé par un élément grotesque. Même si la pauvreté en est probablement délibérée, les accompagnements au synthétiseur de ces parties sonnent tout de même un peu cheap.


Le résultat final doit beaucoup à la maîtrise totale des acteurs, qui valorisent par leur jeu, leur virtuosité et leur implication absolues des textes pas particulièrement saillants.

C'est donc dans l'ensemble un dépaysement divertissant, qui donne quand à réfléchir sur la façon de recevoir l'enseignement religieux, jusque dans la dérision, au Moyen-Age. Les moments dramatiques sont moins réussis (la mère folle de l'Innocent), et je suis très peu enthousiaste sur les tentatives de parabole politique, en particulier sur la fin qui fait de l'acteur-jongleur le fer de lance de la lutte contre les patrons (le mot est utilisé pour désigner le propriétaire terrien), qu'il faut pendre avec les tripes des curés, à cause de leurs injustices, le tout dans une ambiance verbale un peu lourdaudement typée Grand Soir, mais pour le coup avec un esprit de sérieux, une volonté de message qui contraste avec tout ce qui a été foulé aux pieds jusque là. C'est justement ce qui me déplaît dans ces séquences-là, pas tant qu'il y ait un message que le fait qu'il soit traité avec sérieux alors que tout le reste a été moqué : si on a moqué Dieu en pensant que ça n'avait aucune importance mais que les vraies choses, les engagements de Raison et de Progrès, ne doivent pas être tournés en dérision, alors on a perdu l'esprit du mystère burlesque, précisément.

Suite de la notule.

Atys, un exemple d'improvisation-culte


Les quelques notes d'archiluth qui précèdent l'air de Sangaride au premier acte d'Atys (1676) dans la seule version disponible (Christie, baroud d'honneur pour sauver la compagnie des Arts Florissants en 1987, qui s'avéra victorieux à deux doigts d'une banqueroute certaine), sont restés dans l'imaginaire collectif de tous les amateurs de tragédie lyrique comme un moment de rare grâce, manifeste du génie de Lully.



Assez curieux de lire cela, et doutant fortement qu'on pût à cette époque noter précisément une ligne de luth solo, même épisodiquement, je désirais depuis longtemps vérifier sur la partition. Ce que je fis, grâce à une bibliothèque universitaire qui m'a galamment mis entre les mains la seconde édition (1708) de l'oeuvre, par Henri de Baussen, celle qui succède à l'originale par Christophe Ballard en 1689, et autrement plus confortable à la lecture :

Suite de la notule.

Bellérophon de LULLY confirmé - (et Journées Campra du CMBV)


Ce ne sera pas Vincent Dumestre (ni moi qui en rêvais et avais commencé à potasser la partition...), mais Christophe Rousset qui recréera la dernière tragédie lyrique de Lully à rester inédite.

On dispose d'ores et déjà de la distribution pour ce vendredi 17 décembre prochain, que voici ci-dessous.

Les Journées Campra, en revanche, seront un peu décevantes, puisque mis à part les nombreux concerts d'extraits très alléchants, on n'aura que l'opéra-ballet Le Carnaval de Venise en intégralité, en version de concert bien sûr, et rien de son fonds riche et passionnant en tragédie (alors que les deux publiées au disque, Tancrède et Idoménée, sont de moins en moins disponibles et qu'Hervé Niquet avait projeté une Iphigénie en Tauride coproduite avec Desmarest pour le Festival de Montpellier, finalement remplacée par... Don Giovanni).

Suite de la notule.

La figure du blasé


Après quelques mois de pratique de la vie culturelle parisienne, je crois voir la lumière sur la figure fameuse du blasé, qui va assister à une centaine de spectacles par an et les trouve toujours mauvais.

Outre le mauvais caractère évident d'un certain nombre d'entre eux, j'y vois plusieurs mécanismes de défense psychologiques face à la frustration :

Suite de la notule.

la honte

Voici comment on tombe dans un lieu de perdition comme CSS :

http://www.google.fr/search?hl=fr&source=hp&q=joue+xxx+&meta=&aq=f&oq=

Pour aboutir à :

http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2009/03/24/1181-le-disque-du-jour-xxx-simone-boccanegra-par-santini

Oui, il y a de quoi en perdre ses moyens.

La dernière fois, j'étais en colère (mots-clefs 'Florent Pagny opérette YouTube' d'un seul coup !), cette fois-ci, j'ai franchement honte.

Promis, j'arrête les chiffres romains demain.

jeudi 11 février 2010

Première mondiale dans Sigurd d'Ernest REYER (fragments inédits)


Etant donné qu'aucun enregistrement intégral (même coupé) n'est disponible (le seul, Rosenthal, est épuisé depuis fort longtemps), et que parmi eux aucun n'est dans le domaine public (donc impossible de le mettre en ligne ici sur de longues durées), les lutins ont mis la main à la pâte.

Surtout, vous entendrez un duo qui n'a jamais été enregistré, sous aucun format. Juste avant le dénouement, il permet d'entendre l'origine du motif de clarinette qui accompagne la mort de Brunehild - et qui apparaît sinon de façon un peu incongrue.

Suite de la notule.

mercredi 10 février 2010

Le retour de Dagmar Šašková


Non, pas de panique, elle n'était pas partie bien loin, mais il se trouve que sur le site consacré au spectacle intimiste de début de saison auquel nous avions eu le bonheur d'assister, on trouve des extraits sonores captés par France Musique[s] à l'occasion d'une émission festivalière.

Le spectacle continue à tourner, et on peut entendre sur cette page trois chansons assez célèbres d'Etienne Moulinié, interprétées avec un bel esprit et une musicalité étourdissante, et aussi des extraits des poèmes (les trois sont de Saint-Amant) déclamés en prononciation restituée (Green sauce) par Julien Cigana. Un aperçu du délice.

http://in-taverna.com/Intavfr/sons.html

Et ici, Manuel de Grange, avec les mêmes qualités remarquables, ne souffre d'aucun accident technique.

suite et fin


La notule sur le spectacle massycois d'Amadis vient d'être achevée par le mot sur la distribution vocale.

Les autres parties déjà publiées ont aussi été complétées.

dimanche 7 février 2010

Amadis brouillon d'Armide - (LULLY, Opéra de Massy, dir. Schneebeli)


Quelques mots sur l'Amadis qui se joue encore aujourd'hui à l'Opéra de Massy.

1. L'oeuvre

Le livret de Quinault est faible cette fois-ci :

  • Très lent : quasiment deux actes d'exposition, un troisième acte inutile, un cinquième acte tout entier pour les retrouvailles heureuses.
  • Des méchants caricaturaux et des gentils niais : deux vilains enchanteurs faits pour la haine, une gentille fée sans motivation.
  • Des enchaînements dramatiques sans aucune nécessité : uniquement dûs à la magie, ce qui dépasse largement l'intervention traditionnelle du deus ex machina appelé pour résoudre une situation insoluble.
  • Des personnages peu attachants : Oriane n'apparaît pas pendant les actes II et III, on l'a à peine vue qu'on doit attendre l'acte IV pour la prendre en compassion. Corisande et Florestan ne font que minauder leur amour constant sans aucune variation psychologique et aucune incidence dramatique. Tout juste mettent-ils en valeur les douceurs de la constance au I et les douleurs de l'emprisonnement au III, comme aurait pu le faire un soliste issu des choeurs...


La musique n'est pas toujours inspirée non plus, beaucoup d'ariosos de basses-tailles qui doublent simplement la basse, comme c'est d'usage certes, mais ici de façon très récurrente. Valeur mélodique souvent faible. Se détachent surtout l'air d'Amadis à l'acte I, et surtout tout l'acte IV, une orgie de beautés lullystes, parmi ce qu'il a écrit de plus inspiré, où s'enchaînent une variété de sentiment, une qualité de déclamation et une prégnance mélodique qui n'ont que peu d'équivalents dans ce répertoire. Il faut aussi mentionner la formidable chaconne finale, de dimensions très majestueuses, et dont le thème, moins mémorable que d'autres, est varié de façon plus qu'admirable.

En maint endroit, on peut y voir une préfiguration des trouvailles d'Armide :

  • Le choeur de séduction à l'acte II rappelle les enchantements aimables et les songes agréables de l'acte II d'Armide - la basse continue se tait, seules les cordes parlent, on entend comme quelque chose de suspendu dans le médium. La fin de l'acte IV, quant à elle, utilise un duo a cappella. Tout cela annonce la formidable audace (qui se sent mal au disque, mais paraît vertigineux dans la salle) des danses de l'acte II d'Armide, lorsque tout l'orchestre fait silence et que le choeur énonce Ah quelle erreur, quelle folie ! / De ne pas jouir de la vie.
  • L'entrée d'Arcalaüs dans le cachot d'Oriane (acte IV) s'apparente elle aussi, avec ses mouvements harmoniques emportés et majestueux de basse continue, celle d'Hidraot à l'acte I d'Armide.
  • La grande chaconne enfin et bien évidemment rappelle Armide par ses proportions et son organisation : grandes variations orchestrales (avec épisodes de flûtes seules, ici en quintette), interrompues par une grande scène avec solistes et choeurs. Dans Amadis, c'est quasiment une forme vaudeville avant l'heure où chaque personnage vient dire sa part de la moralité finale.


Il faut cependant se rappeler qu'Amadis est un coup d'essai : le premier opéra français à sujet non mythologique (voire le premier opéra sérieux non antique, toutes langues confondues), utilisant un sujet vieux de quelques siècles à peine, les quatorze tomes du vaste roman médiéval consacré à Amadis de Gaule. Si Roland l'année suivante puis Tancrède de Campra (avec une source encore plus proche dans le temps) poursuivent cette nouvelle localisation des sujets, il faudra attendre Scanderberg pour admettre l'histoire récente dans la tragédie lyrique (voir ici pour plus amples détails).

Et précisément, Tancrède de Campra sur un excellent livret de Danchet reprend amplement la structure d'Amadis : l'acte III se déroule dans une forêt aux enchantements qui cause la perte de Tancrède à cause de la jalousie de la princesse qui lui est promise (mais à laquelle, ici, il ne souhaite prétendre). Sombres forêts, l'air de sa captivité, est d'ailleurs d'un caractère musical tout à fait semblable à Bois épais, à ceci près que sa mélodie est plus marquante et ses modulations plus raffinées.

Bref, Amadis, à l'exception de son acte IV, n'est pas le chef-d'oeuvre de sa période ni de ses auteurs, mais prépare le terrain pour beaucoup de choses qui seront des sommets : Roland, Armide, Tancrède, Scanderberg...

A noter, une curiosité : c'est la seule tragédie lyrique de ma connaissance où le Prologue est tenu par un personnage du drame (qui n'est pas allégorique, ni un dieu avec des attributs définis par la tradition).

--

2. La salle

Suite de la notule.

Relativité de l'exercice discographique


J'ai souvent répété, en commençant une discographie, combien l'exercice était vain, subjectif, peu informatif, sujet au changement. Car à moins de détailler intimement une version en explicitant ses critères personnels et le cheminement des interprètes en parallèle, on ne propose qu'un survol impossible à objectiver pour le lecteur - l'intérêt étant tout de même qu'il puisse y transférer ses propres critères à partir de la descripion proposée. Je m'y essaie pour les commentaires monographiques, mais pour ceux en batterie comme les discographies comparées, c'est sensiblement plus compromis ; par ailleurs, l'exercice de comparaison fausse en lui-même l'appréciation, rendant inutilement sévère à la recherche d'un idéal qui ne peut, sauf très rare exception, exister dans les termes où nous l'attendons. (Inutile de développer donc ce que je pense des comparaisons discographiques en tranches où professionnels de la radio ou mélomanes avertis lapident en quelques mots les deux mêmes minutes de musique hors contexte : c'est au mieux amusant, mais jamais pertinent.)

Tout récemment, en réécoutant un disque que je trouvais épouvantable (celui qui m'avait longtemps tenu éloigné de Wagner), que je trouvais chaque fois plus désagréable, j'ai fait l'expérience d'une conversion lumineuse qui atteste de la vacuité de ce genre de hiérarchie. Et ce n'est pas, comme quelquefois, que je lui trouve des vertus insoupçonnées ; simplement, ce qui avait pu me déplaire, au stade de fréquentation de l'oeuvre où j'en suis rendu, me séduit (alors qu'elle n'avait rien pour me plaire aux étapes antérieures).

J'ai tenté une exégèse que je reproduis ici, suivi du commentaire discographique actuel (tiré d'une série de discographies wagnériennes informelles pour un charmant boudoir voisin) ; pas pour le contenu en lui-même sur ladite version, mais sur ce qu'elle peut révéler du processus de réception chez un auditeur.

Suite de la notule.

Haendel et Vivaldi par Nathalie Stutzmann à la Salle Gaveau


Sylvie Eusèbe est (enfin) de retour, et nous offre un de ses comptes-rendus qui appartiennent à la légende dorée de CSS.

Voici :

Suite de la notule.

jeudi 4 février 2010

Les badinages publics de CSS - Une histoire de l'opéra (rare) français


En projet pour les prochaines semaines, CSS concocte un programme de concert chargé de présenter, à travers des pièces majoritairement peu jouées (voire totalement inédites, même au microsillon), une histoire sommaire de l'opéra français. Du moins jusqu'à l'époque où l'orchestre devient tellement raffiné qu'il me faudra un accompagnateur (ou accompagner un chanteur, peu importe) : pour faire vite, à partir de Pelléas.

Voici une ébauche de programme possible dans lequel il faudra sélectionner quelques titres.

L'astérique indique une oeuvre (ou un passage) qui n'est plus disponible au disque. La double astérique indique une oeuvre (ou un passage) jamais enregistrée.


1. Liste

Suite de la notule.

Les Ibsen de Braunschweig en vidéo


J'avais déjà signalé la publication par le Théâtre National de Strasbourg de certaines mises en scène de Braunschweig, dont son mémorable Brand.

Cette fois-ci, c'est Arte LiveWeb qui le propose... et c'est gratuit.

Pour Une maison de poupée (deux notules et vidéo) et surtout Rosmersholm (notule et vidéo) à voir impérativement.

Et toutes nos notules autour d'Ibsen.

Dans l'arène du Kunqu


Morloch nous en dit plus, et nous en dira sans doute encore dans les prochains jours sur cet univers que nous avions brièvement présenté (sous forme de série), vu de l'intérieur.

David Le Marrec


Bienvenue !

Cet aimable bac
à sable accueille
divers badinages :
opéra, lied,
théâtres & musiques
interlopes,
questions de langue
ou de voix...
en discrètes notules,
parfois constituées
en séries.

Beaucoup de requêtes de moteur de recherche aboutissent ici à propos de questions pas encore traitées. N'hésitez pas à réclamer.



Invitations à lire :

1 => L'italianisme dans la France baroque
2 => Le livre et la Toile, l'aventure de deux hiérarchies
3 => Leçons des Morts & Leçons de Ténèbres
4 => Arabelle et Didon
5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




Recueil de notes :
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