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[question-piège] Pourquoi la Philharmonie de Paris ? – concepts et programmes


Le programme vient d'arriver. Aussitôt lu. Le monde mélomane tempête beaucoup (comme toujours) dans certaines régions de son orbe. Moi, je voudrais comprendre.

Aussi me suis-lancé ce glorieux défi : expliquer, à moi-même, ce qui se passe. Bienvenue dans mon cerveau perplexe.

1. Pourquoi la Philharmonie ?

C'est peut-être la seule question à laquelle il soit simple de répondre : les politiques voulaient leur danseuse, manifestement. Désir de laisser une marque bâtisseuse, prestige de l'art, utilisation d'espaces restés « libres », paquetage idéologique facile à rassembler autour de la démocratisation de la musique, de la réhabilitation des quartiers populaires, etc.

L'offre déjà présente était extrêmement riche (il suffit de lire les suggestions de CSS : on couvre vraiment tous les genres, et en abondance), et elle n'était pas saturée en nombre de spectacles comme de spectateurs (sauf à l'Opéra, surtout à Garnier – là, une extension aurait peut-être été utile) : il reste de la place pour la plupart des spectacles.

Les places peu chères sont un peu plus difficiles à trouver – donc généralement monopolisées par des passionnés aguerris –, et en ce sens une politique plus avenante serait profitable pour le remplissage. En effet, lorsque des néophytes osent (ce qui est, de loin, l'obstacle le plus insurmontable) ouvrir les pages des réservations, et que ne s'affichent que des places entre 70 et 160€, forcément, on finit par accréditer le mythe du classique inaccessible. Au théâtre, les places les plus chères dans les théâtres les plus chers (pas très nombreux) coûtent plutôt entre 40 et 60€, et l'on voit et entend généralement bien des places les moins chères (très rarement complètes). Même s'il y a plus de monde sur scène pour les concerts symphoniques, la comparaison se fait forcément implicitement.

Pour terminer, la nouvelle salle de Nouvel – la conception sonore étant confiée à la firme Nagata Acoustics – doit remplacer Pleyel. Certes, on y entend mal les formations les plus pléthoriques et les partitions les plus contrapuntiques – la qualité d'orchestration du compositeur et la qualité du fondu des orchestres peuvent se révéler déterminants pour éviter la bouillie –, mais dans l'ensemble, on entend correctement. Ce n'est pas une salle merveilleuse pour l'acoustique, néanmoins elle est suffisante, et les gens continuent tout de même à venir, et à parler de leur grandes soirées vécues à Pleyel.
De ce point de vue, si l'acoustique est égale ou supérieure, ce qui est légèrement plus probable qu'improbable, on sera plutôt content.

Après, pourquoi créer une nouvelle salle, alors qu'on vient d'ouvrir le 104 et l'Auditorium de Radio-France, qu'on n'utilise pas pleinement Gaveau, Mogador ou le Cirque d'Hiver...

2. Le pitch idéologique

Il s'agirait de valoriser un quartier et d'ouvrir le classique à d'autres publics. Je ne demande qu'à le croire, mais je suis très dubitatif.

¶ Il y avait déjà le CNSM et la Cité de la Musique à cet emplacement. L'idée de pôle est plutôt astucieuse, mais elle forme davantage un îlot qu'un soleil... l'ambiance à Jaurès et Stalingrad n'a pas particulièrement évolué à cause du Musée de la Musique.

Ouvrir le classique à d'autres publics est un vieux serpent de mer. La programmation (voir §4) en tient compte, et prend ce pari. Je me demande comment cette multiplication d'activités et de personnel (espaces ouverts toute la journée, avec des intervenants plus prestigieux que nécessaire) ne va pas doubler les coûts de fonctionnement, mais sur le principe, c'est intéressant, un véritable projet différent.

¶ Concourt à cela la baisse des prix, significative : 40€ en première catégorie pour l'Orchestre du Capitole ou de Paris, il y a quand même possibilité de trouver de très bonnes places à 20 ou 30 euros... ce qui devient vraiment accessible. [Mais considérant que les concerts de ces orchestres étaient assez pleins à Pleyel, on se prépare peut-être un manque à gagner sans raison.]
En revanche, les tarifs de la Philharmonie 2 ressemblent à ceux de la Cité de la Musique : ça ne monte pas haut, mais il n'y a pas de catégories basses, et pour les bourses modestes, difficile de dépenser souvent 32€ pour une place de dernière catégorie. Cette salle est donc destinée à rester le réceptable de geeks musicaux.

¶ Pourtant, je crois que cela reste une pure fiction : le classique ne peut pas devenir une musique populaire ou majoritaire. Ou alors, oui, il ne faut jouer que de la musique légère, très mélodique et figurative.
Mais précisément, le classique, et singulièrement sous l'influence germanique dominante, a la particularité de valoriser la construction longue, et même l'abstraction: pour apprécier un développement ou une variation un peu ambitieuse, il faut déjà être musicien, ou informé, ou vouloir l'être. La musique classique ne peut pas prétendre avoir le même pouvoir d'immédiateté, de déhanchement, de fédération instantanée que des musiques où les rythmes sont récurrents, simples, et soulignés par les percussions ; où les mélodies sont toutes conjointes (et donc chantables) ; où l'on ne propose qu'un thème à la fois ; où la musique s'accompagne de paroles intelligibles ; où la durée d'une pièce d'excède pas cinq minutes.
Comment comparer cela à un opéra de Wagner, où même les musiciens professionnels découvrent sans cesse des choses, comprennent des enchaînements au fil des années, voire se disputent sur la fonction d'un accord ? Le tout pendant cinq heures, avec des pulsations bizarres (dans Tristan, le Ring et Parsifal, beaucoup de lignes chantées ne tombent pas sur les temps, et de façon non régulière, rien à voir avec un groove), des mélodies totalement disjointes, et sans avoir le droit de bouger dans son fauteuil ! Si quelqu'un croit qu'il peut convertir à cela l'honnête travailleur qui, rentrant rompu du travail, a cinq enfants à élever, une femme à tromper, et éventuellement d'autres passions comme le vol à voile ou le point-de-croix... Oui, si c'est une passion exclusive. Mais ça ne s'écoute pas comme un disque de Brel ou de Basshunter, qu'on met distraitement dans la voiture pour adoucir le trajet.

En conséquence, aussi séduisant que soit le projet, et même s'il fonctionne (c'est-à-dire si les activités pédagogiques sont appréciées des parents mélomanes : ne soyons pas trop ambitieux), je reste dubitatif sur l'effet d'ouverture que procurera cette nouvelle salle, même avec ses activités gratuites et ses baisses de prix. Viendront les gens déjà expérimentés, qui seront peut-être ravis, mais pas vraiment des perdreaux de l'année.

3. Nécessité du projet

On a beau être mélomane, à l'heure où l'on supprime des hôpitaux, où la pérennité du fonctionnement judiciaire tient à un fil, où d'une manière générale, on rabote partout pour compenser une économie conjoncturellement morose et une gestion étatique structurellement gabeugique, on s'interroge un peu sur l'urgence de créer une nouvelle salle pour bichonner le public du classique... qui n'en avait pas besoin, et qui râlera de toute façon. On note d'ailleurs encore davantage de récriminations qu'à l'accoutumée : pensez donc, du nouveau, pour un public qui ne révère rien au delà de 1960, et pour la majorité, rien au delà de 1900 ! Il est de bon ton de montrer, aussi, qu'on n'est pas dupe ; en France, la rouspèterie est un mode de socialisation majeur, et on ne peut jamais mal faire en râlant un peu, juste ce qu'il faut.

Il me semble, à moi, qu'investir dans une programmation plus coûteuse (œuvres longues ou difficiles qu'on n'ose pas monter par peur du remplissage), ou dans les initiatives pédagogiques, pouvait se faire d'autant plus facilement qu'on n'avait pas mis tout l'argent dans des murs dispensables. Mais il est vrai qu'une programmation plus coûteuse n'a pas du tout le même impact public qu'une nouvelle salle, et il est certain que l'État n'aura pas versé d'obole simplement pour rendre la salle Pleyel encore plus attirante.

Une fois accepté, donc, que la Philharmonie n'était pas nécessaire, puisque les salles existantes disposent de soirs libres pour ajouter toutes les nouveautés, qu'il reste des places les soirs de concert... on peut se demander ce que nous proposera la Philharmonie. Rien ne sert plus de discuter, elle est là, elle est payée, et elle est payée par tous les français, du soudeur de Besançon à la crémière de Villefranche-de-Rouergue, rien que pour nous, les amateurs franciliens de musique classique.
C'est injuste, un peu absurde aussi, miais puisqu'on ne nous a pas demandé notre avis, regardons ce que seront cette nouvelle salle et cette nouvelle programmation.

4. Programmation 2015

L'ouverture en janvier de la Philharmonie permet de comparer les programmes de Pleyel / Cité de la Musique avec ceux de la Philharmonie 1 et 2. Et il y a bien des différences.

¶ Je commence avec le principal point commun : le programme conserve contient beaucoup de panachages thématiques, à la façon de la Cité de la Musique. Je trouve difficile de remplir ce genre de concert – en tout cas, j'y renonce souvent quand je dois entendre une symphonie de Beethoven couplée avec un poème symphonique de Schmitt (non, ne cherchez pas, il n'y en a pas). Je suis susceptible d'aller aux deux, mais cela ne s'adresse pas à la même humeur, et il est donc improbable que j'aille à celui-ci.
La cohérence musicale se limite aux programmes de baroque, où il faut inviter des ensembles spécialistes – qui imposent en général leur programme, de surcroît.

¶ Je me demande toujours pourquoi on fait des programmations thématiques groupées. Tout le lied est balancé dans un week-end spécialisé. Or, à Paris, contrairement à à peu près partout ailleurs en France, il existe un public, susceptible de remplir sur les grands cycles et les grands noms – qui sont là : Gerhaher dans les Kindertotenlieder, Fink dans Frauenliebe und Leben, Güra dans le Winterreise. Mais les amateurs qui seraient susceptibles de se déplacer trois fois dans l'année ne le feront pas trois fois dans le week-end, sauf à n'avoir que ça à faire. On vise vraiment la catégorie « fonctionnaire retraité célibataire de milieu social supérieur » ? J'avais cru comprendre qu'on avait précisément construit la Philharmonie pour remplacer ce profil par son opposé.
C'était pareil à la Cité de la Musique : certes, on remarque plus facilement qu'il se passe quelque chose, mais quand on a le même type de musique groupé sur deux jours... Moi, en tout cas, j'en fais un et puis je vais voir autre chose (ou mieux, je ne vais ailleurs que dans une salle de concert).

¶ J'ai l'impression qu'on a réduit le nombre de concerts à la Cité de la Musique, et on se retrouve donc, dans la grande salle, avec peu de concerts en dehors du répertoire symphonique : un peu de piano (uniquement des archi-stars comme Pollini, Yundi Li ou Kovacevich), quasiment pas de musique de chambre, un peu de baroque (presque uniquement les Arts Florissants, qui sont effet assez présents, mais rejouent aussi certaines pièces d'un concert sur l'autre). La musique vocale est moins représentée aussi (on la trouve dans des pièces incluses aux concerts symphoniques) : peu d'opéras en concert, je ne crois pas avoir vu de récitals vocaux, ni beaucoup d'oratorio. Il est vrai que dans une salle circulaire, c'est moins commode, mais on le fait bien dans les autres salles avec scène en ronde-bosse. Reste la portion habituelle de musique contemporaine, puisque l'Intercontemporain est en résidence.
Ce n'est pas très grave, dans la mesure où ces répertoires sont plus adaptés à d'autres salles, qui continuent de les accueillir : Champs-Élysées, Gaveau, Orsay, Louvre, Billettes, Cortot, Versailles... Il n'est pas idiot d'utiliser une salle symphonique pour du symphonique, plutôt que d'y jouer du quatuor ou du lied qui se perdront dans les limbes.

¶ Les concerts prestigieux sont réservés à la semaine, tandis que le week-end est plutôt lié à des concerts grand public (musiques du monde, programmes accessibles d'orchestres moins prestigieux) et à des activités, toute la journée, pour s'initier à certains pans du répertoire, certains instruments, et surtout des ateliers de découverte destinés aux enfants. Je trouve le concept séduisant, puisqu'il incite à se rendre en touriste dans ce grand complexe musical, pendant le week-end : beaucoup d'ateliers sont gratuits, les autres très peu chers.
Dans les faits néanmoins, même si le remplissage se révèle optimal, on risque surtout de voir des parents déjà informés emmener leurs enfants, ou des junkies du classique déambuler dans les coursives en quête de nouvelles sensations. Mais ce peut être une façon moins formelle d'amener des amis, au fil d'une promenade, à se frotter au classique. Avec toujours la même limite fondamentale : le classique, ça ne s'écoute pas en flânant dans un espace ou en s'asseyant quelques minutes... cette musique est conçue de telle façon que la découverte accidentelle reste l'exception. À un moment ou l'autre, il faut un investissement personnel, et on ne peut évidemment pas l'exiger de 100% de la population, seuls ceux qui y trouvent leur compte le feront.
Le détail des activités sera diffusé en juin (nous n'avons que les titres pour l'instant).

¶ Ce principe, clair et sympathique, pose néanmoins un problème : il exclut les provinciaux (qui ont payé pour la salle !), qui ne peuvent pas se déplacer en semaine... et ne pourront donc voir les grands concerts qui y sont programmés. Pour une salle qui disait se justifier par le concept d'inclusion, c'est regrettable.

¶ Sur le contenu lui-même des concerts, j'avoue une petite déception. Bien sûr, il y a suffisamment de choix pour se faire plaisir, et ajouté à toutes les autres programmations, il y a beaucoup, beaucoup plus de beaux concerts qu'on ne peut en consommer. Mais comme à Radio-France, on voit du Brahms partout... et pas beaucoup d'audaces. Peut-être temporairement, pour assurer un vaste public dès le début, car la programmation va s'ajuster selon les retours du public et les remplissages par soirée.
La comparaison avec la programmation d'automne à Pleyel et à la Cité est éloquente : les œuvres ambitieuses autrefois programmées par l'Orchestre de Paris se limitent essentiellement à de la musique sud-américaine (ce qui peut être exaltant au demeurant) ; les bizarreries de la Cité (dont je me demande bien comment elles pouvaient remplir) ont purement et simplement disparu.
On voyait par exemple s'affirmer progressivement Sibelius à Pleyel, on avait régulièrement d'autres noms nordiques, Tubin ou Rautavaara par exemple... on pouvait même espérer une intégrale Nielsen un jour. Et là, seulement une Deuxième de Sibelius. L'essentiel du répertoire proposé suit cette logique.
Ce changement fait sens, considérant les ambitions différentes de la nouvelle salle. Mais, égoïstement, clairement, je suis moins bien servi qu'auparavant. [Je ne vais pas pleurer, j'ai déjà trop de concerts au programme, et beaucoup de mes plus belles soirées se passent dans de petites salles, puisque c'est là où l'on trouve le baroque, le lied, la musique de chambre chorale ou instrumentale.]

5. Prospective

Au passage, une remarque récurrente qui irrite mon courroux : la Philharmonie serait loin et mal desservie. Laurent Bayle a même expliqué qu'il avait déplacé l'heure des concerts à 20h30 pour permettre au public d'arriver (d'où ?). Vu l'heure, il faudra donc repartir en voiture plutôt qu'en train – donc contrairement à ce qu'on annonce, la salle s'adresse d'abord aux motorisés de l'Ouest qu'aux piétons de l'Est...
Pour le public-cible des premières catégories, c'est certain, c'est moins pratique que Pleyel. Et peut-être pas aussi prestigieux, donc le public d'apparat (pas très nombreux, contrairement à ce qu'on dit souvent) viendra possiblement moins. Mais dans l'absolu, nous sommes à l'intérieur de Paris, à vingt pas d'une station de métro, sur la ligne qui dessert le plus de gares, et directement sécante aux lignes qui relient l'Ouest à l'Est (lignes 1,2,3,6,8,9,10 !). Il ne faut pas pousser, Paris est une capitale particulièrement trapue, il ne faut pas longtemps pour traverser la ville.
Ce qui est déplaisant, c'est que la remarque n'a pas été faite pour la Maison de la Radio, alors qu'elle n'est desservie que par un RER (donc moins fréquent, moins agréable, disponible seulement dans de grosses stations longues à parcourir) qu'on ne peut attraper que sur le bord de la rive gauche (peu de correspondances comparé à la ligne 5) ; les stations de métro sont plus éloignées et nécessitent un peu de marche – ce qui m'est personnellement tout à fait égal, mais les nombreux commentaires selon lesquels il serait absurde d'installer une nouvelle salle de concert loin de tout (comme si le XVIe était débordant de vie !) manquent sérieusement de fondement, sauf à considérer que la salle doit s'adresser prioritairement à l'Ouest parisien et au 9-2. Ce qui se défend sociologiquement et économiquement, car ce sont eux qui paient les places chères qui permettent d'équilibrer la billetterie, et pas les étudiants et fonctionnaires crottés du Nord-Est, mais ne peut pas s'affirmer dans l'absolu : on ne peut être loin que de quelque part.

De toute façon, la remarque de l'accessibilité me paraît sans objet, dans la mesure où il est évident qu'aussi bien pour la Philharmonie que pour la Maison de la Radio, on ne peut bâtir que dans les endroits disponibles, c'est-à-dire plutôt à la périphérie qu'au milieu du Carrefour de l'Odéon.
[Et ceux qui ne sont pas contents peuvent toujours partir vivre à Marmande, où le Concours International a lieu en plein centre, petits veinards !]

Il faut maintenant attendre, et voir à l'usage. À vue de nez des différentes programmations parues (Opéra, Auditorium du Louvre, Champs-Élysées, Opéra-Comique, Maison de la Radio, Versailles, Oratoire du Louvre, Billettes, Saint-Roch, Pleyel, Cité, Philharmonie), il semblerait qu'en ce qui me concerne, les nouvelles salles et les grandes maisons ne me voient pas énormément pendant la saison à venir. Énormément de choses exaltantes sur instruments anciens (petits récitals à l'Oratoire du Louvre et aux Billettes, ou grands opéras à Versailles et à l'Opéra-Comique) ; pour le reste, effectivement, je ne serai pas trop surchargé (deux spectacles par grande salle environ).

Ce n'est cela dit pas si étonnant : cette saison, sur 50 concerts à ce jour, 25 salles différentes, dont 9 que je n'avais jamais testées...


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Commentaires

1. Le samedi 17 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

En train de préparer mon planning, je m'aperçois tout de même qu'il y a beaucoup de choses rares... mais pas forcément des pièces de grande qualité. Beaucoup de concerts « couleur locale », avec du classique figuratif.

Par ailleurs, j'ai trouvé l'un des exemples les plus frappants de mélange absurde de programme (pas vraiment la faute de la salle cette fois-ci, ce sont des invités en mesure d'imposer n'importe quelles œuvres) : Barenboim vient faire jouer à Argerich (tiens, je croyais qu'elle ne voulait plus faire que de la musique de chambre ?) le Deuxième Concerto de Beethoven (ça sert à quoi d'embaucher une des plus grandes pianistes de tous les temps pour jouer ça ?), tandis qu'il propose le début et la fin de Parsifal pour faire briller son orchestre... et les Notations de Boulez en seconde partie.
Il y a très longtemps que je veux entendre les Notations en vrai, et elles sont de toute façon assez souvent données à Paris (jamais à un moment qui m'arrange, en fait)... mais j'aurais plutôt voulu (tout comme le public intéressé, qui existe) un couplage un peu plus homogène, sans forcément exiger un programme tout Boulez qui serait un peu dense à digérer. Beethoven-Wagner-Boulez, à quand Rameau-Weber-Chostakovitch ? Oui, sur le papier, on peut défendre l'image de trois novateurs... sauf que les émotions ne sont pas du tout les mêmes, et que les œuvres présentées ne sont absolument pas représentatives des audaces de ces compositeurs : le concerto le plus classique (et le seul pas intéressant) de Beethoven, du Wagner bien consonant, du Boulez « re-polarisé ».

Ce concert sera plein de toute façon, parce que Argerich ; mais les amateurs de piano auraient sans doute bien aimé avoir un second concerto (quitte à le confier à un des protégés de la grande dame), ou à tout le moins une symphonie romantique. Certes, ça oblige les gens à écouter du Boulez, cependant j'avoue que je ne vois pas bien l'intérêt, sauf à vouloir renforcer les préjugés sur la musique subventionnée qu'on ne peut faire entendre à des spectateurs que sur des sièges sanglés.

Ici, c'est une fantaisie de Barenboim, qui a toujours peu joué de contemporain... mais beaucoup défendu cette œuvre en particulier. Pourtant on trouve un assez grand nombre d'exemples de ce genre dans la programmation autonome de la Philharmonie. Quitte à changer les paradigmes, pourquoi ne pas repenser la façon dont on construit un programme symphonique ?

2. Le samedi 17 mai 2014 à , par Faust

Jamais le concert symphonique n'a autant fait parler de lui ! Il faut dire que deux nouvelles salles qui ouvrent la même saison, ce n'est pas commun.

Radio France a toujours eu une salle. Ils avaient, il y a bien longtemps, laissé échapper le TCE ... Alors avec les travaux dans la Maison Ronde, ils en ont profité pour construire une vraie salle de concerts.

La Philharmonie a une vraie justification qui tient à l'absence - à Pleyel, mais aussi au TCE - de salles de répétitions. Il y avait la même lacune à Radio France avec le seul 104, atténuée par le fait que les deux orchestres pouvaient se produire au TCE et à Pleyel (sauf, bien sûr, en période de grands travaux). Le TCE ne donne rien lorsqu'un opéra est en répétition. Lorsqu'à Pleyel, on nous fait rentrer au dernier moment, je présume que c'est parce que l'orchestre invité fini ses ultimes répétitions ...

L'orchestre de Paris, depuis sa création (1967 ...), n'a jamais eu de salle à lui et surtout pas de lieu où donner concert et répéter. Après un séjour pas très commode au Palais des Congrès, il s'était posé à Pleyel, mais sans que le lieu soit très adapté au travail d'un orchestre. Et quand Pleyel a fermé, il s'était tristement replié à Mogador ... La plupart des orchestres étrangers de bon niveau ont généralement leur salle avec des lieux de répétition.

Bastille présente aussi des possibilités de travail et de production très supérieures à Garnier.

Le problème, c'est le lieu qui est excentré et très mal desservi, ce qui n'est pas le cas, par exemple, de Bastille.

Le couplet sur la démocratisation de la culture, c'est juste pour faire " bien ". La seule action qui me semble pouvoir porter quelques fruits, c'est plutôt le travail conduit par les orchestres auprès des établissements scolaires. Chung a conduit le Philharmonique a s'investir dans ces actions. Laurent Bayle me semble l'avoir développé à la Cité. Même l'orchestre de Paris et le National le font aussi.

Je ne suis guère convaincu par le décalage de 20 H à 20 H 30. Quand on sort d'un concert, on a plutôt envie de regagner assez vite son domicile (enfin, je parle pour moi !). S'ils continuent à donner en version de concert des opéras un peu longs, le public partira avant la fin ou ne viendra pas ! En semaine, une personne qui habite l'ouest parisien et qui se déplace en voiture n'a plus qu'a renoncer, la demi-heure de décalage ne changeant rien au problème qui est de traverser aux heures de pointes tout Paris. Il leur restera le WE ...

Vous avez raison sur les tarifs de la Cité, assez ridiculement rebaptisée Philharmonie 2. Il me semble qu'ils pourraient adapter la grille tarifaire.

Je ne sais pourquoi leur programme est sorti si tard. Il donne un peu l'impression d'avoir été bouclé dans l'urgence.

La salle de la Cité est - il me semble - assez bien remplie. Mais, elle doit avoir 800 places. Avec la Philharmonie, c'est trois fois plus.

Espérons que l'acoustique de la nouvelle salle (comme celle de Radio France) seront réussies. Avec leur sens habituel de l'humilité, ils en vantent déjà les mérites ... Je présume que le son, en arrière-scène, sera comparable à celui de Pleyel ?

Financièrement, il est certain que la fermeture pendant 5 ans de Pleyel et sa réouverture après travaux pour, finalement, construire la Philharmonie représente une gabegie hallucinante ! Pauvre contribuable ! L'exploitant de Pleyel se verra interdire de produire du classique ... alors que dans le même temps la Philharmonie déborde largement le champ du classique. Ils auront de la chance si un jour quelqu'un ne soumet pas la question à l'Autorité de la concurrence !

3. Le dimanche 18 mai 2014 à , par Ugolino le profond

Tu oublies un point : Paris n'a pas d'orchestre qui légitime cette salle. Berlin a fait sa philharmonie pour le Philharmonique de Berlin. Londres a le Barbican pour le LSO. Los Angeles a fait le Walt Disney Hall pour le Philharmonique de Los Angeles. Etc.
A Paris, le meilleur orchestre peut être au niveau du troisième orchestre londonien, au mieux, et ne jouera que rarement à la Philharmonie. Quand à son principal occupant... encore une preuve qu'il se fantasme complètement. A vrai dire, j'ai un peu honte, quand je pense à Philharmonie de Berlin/Philharmonique de Berlin vs Philharmonie de Paris/Orchestre de Paris, je me dis qu'on tient là une belle preuve tangible que la France est un pays complètement à la ramasse en matière de musique.

Ce projet était de toute façon une absurdité totale, financière, politique et artistique. Je n'y vois rien d'autre qu'une énième farce politique. Il y a clairement la volonté de faire plus gros et plus fort que tous les autres, mais sans avoir aucun fondement réel, autant économique qu'artistique. Ce qu'on a de plus gros, ce sont les egos de ceux qui ont fait ce projet.

La programmation était prévisible, et ne présente rien de surprenant. Il est évident que nous en sommes en plein dans les effets de la crise : les décideurs demandent du remplissage, les orchestres et directeurs musicaux répondent avec leur logique improbable, qui consiste à jouer du Brahms et de la soupe de musée. Evidemment, tout le monde jouant la même chose, la concurrence va être pire qu'avant. Et si cette programmation remplit les 2400 places de la Philharmonie, eh bien, on pourra dire que le monde musical est définitivement perdu.
Et le pire dans tout ça, c'est qu'on a plus de moyens, de salles, d'orchestres invités, que n'importe quelle autre ville au monde. Et c'est pour accoucher de ça... il est évident que c'est parti pour être comme ça pendant quelques années.

Et effectivement, j'ai l'impression qu'on a perdu les "bizarreries" de la cité, surtout les petits concerts à l'amphithéâtre, qui étaient parfois passionnants. Il n'en reste que l'EIC qui fait ce qu'il peut.

Le plus ridicule est quand même la programmation de l'OPRF. Il ne remplit pas du tout son rôle d'orchestre de radio (le BBC philharmonic fait l'intégrale Nielsen que tu demandes la saison prochaine, lui), et va à la place jouer la même chose que les autres, ce qui ne leur permettra pas de remplir plus parce qu'ils n'ont pas la capacité médiatique de faire cela. C'est une honte, et Mikko Franck déçoit franchement sur ce coup-là (même si j'imagine qu'il n'est pas le seul responsable).

Par ailleurs, je suis d'accord, je ne comprends pas comment on peut faire des programmes aussi idiots. Je comprends le fait d'accueillir un soliste qui tourne avec un concerto, mais pour le reste ? Il n'y a même pas l'argument du "on a toujours fait comme ça". Le seul argument que je vois est économique : on en met un peu pour tout le monde en espérant faire venir le plus de gens possibles.

Au final, je crois que j'ai vu un concert qui m'intéressait.

4. Le dimanche 18 mai 2014 à , par Ugolino le profond

J'oubliais une chose : la présence de Boulez dans le concert Barenboïm, tout comme dans les nombreux concerts qui contiennent une oeuvre, se justifie par son 90ème anniversaire, excuse pour que ses copains jouent son oeuvre.

5. Le dimanche 18 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

D'abord, merci à tous les deux pour tous ces compléments, riches et utiles !

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Faust :
Jamais le concert symphonique n'a autant fait parler de lui ! Il faut dire que deux nouvelles salles qui ouvrent la même saison, ce n'est pas commun.

C'est quand même l'occasion de se poser des questions sur ce que doit être une salle de concert, sur les objectifs du concert, sur ses publics... a fortiori quand on a affiché autant d'ambitions au départ du projet : il ne s'agit pas tant de remplacer, nous dit-on, que de changer la face de la musique classique.

La question des salles de répétition est bien sûr pertinente, mais tout le monde fonctionnait ainsi avant... et le moment n'est pas forcément le mieux choisi pour découvrir ce genre de 'priorités'.

Là où l'on est tous d'accord, c'est que le choix était avant tout un affichage politique, exactement comme on fait avec les lois de faits divers qui redisent ce qui est déjà dans le Code Civil, ou les programmes scolaires. En revanche, je vous trouve très sombres : une fois établi que le changement n'était pas nécessaire, on peut quand même largement trouver de quoi faire une saison – quitte à aller plutôt ailleurs qu'à la Philharmonie, si nécessaire.

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Faust :
Le problème, c'est le lieu qui est excentré et très mal desservi, ce qui n'est pas le cas, par exemple, de Bastille.

Je n'étais pas né lorsque le concours pour Bastille a été lancé, mais je crois bien qu'à l'époque on avait dit le même genre de chose (excentré, quartier pas sympa...). Sur le long terme, ça a quand même un peu affecté le quartier (certes, essentiellement les rues adjacentes, guère au delà), et on s'y rend sans difficulté.

Le lieu est inévitablement excentré si on veut bâtir à Paris : il ne reste plus de place, sauf à bétonner le parc Montsouris ou à construire une Cité musicale subaquatique.

Comme je le mentionnais, ça me paraît vraiment un vision myope de la situation : de l'intérieur de Paris, tout est rapide en transports en commun ; et de l'extérieur, tout dépend du coin d'où l'on vient. Ce serait à Louvres ou à Dourdan, je serais le premier à m'interroger, mais on parle de Paris intra muros, tout de même... Les gens, en province, traversent le département, voire la région, pour atteindre la seule salle de concert un peu sérieuse...
Je me doute bien que ça doit énerver ceux qui habitent à Saint-Germain-en-Laye ou rue du Faubourg Saint-Honoré, mais on reste un peu au centre du monde malgré tout. C'est en tout cas nettement mieux desservi que Radio-France.

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Faust :
Le couplet sur la démocratisation de la culture, c'est juste pour faire " bien ". La seule action qui me semble pouvoir porter quelques fruits, c'est plutôt le travail conduit par les orchestres auprès des établissements scolaires. Chung a conduit le Philharmonique a s'investir dans ces actions. Laurent Bayle me semble l'avoir développé à la Cité. Même l'orchestre de Paris et le National le font aussi.

Une bonne partie des subventions de chaque orchestre permanent est lié à ce type d'engagement, me semble-t-il. Ensuite, les orchestres s'en acquittent avec plus ou moins de zèle.
Le public scolaire est d'ailleurs l'un des principaux pourvoyeur de fonds (souvent indirectement, par subventions) pour le spectacle vivant.

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Faust :
Je ne suis guère convaincu par le décalage de 20 H à 20 H 30. Quand on sort d'un concert, on a plutôt envie de regagner assez vite son domicile (enfin, je parle pour moi !).

Laurent Bayle expliquait que c'était pour le confort du public de l'Ouest, pour qu'il ait le temps d'arriver – tout en affirmant qu'il ne s'adressait pas à lui. Une sorte de concession, je suppose.
Suivant où l'on travaille et où l'on habite, ce peut être bien ou pas bien, j'aurais du mal à me prononcer de façon générale. Égoïstement, plus tôt m'arrange, mais on ne peut pas se permettre de laisser à la porte une partie du public, surtout avec la nouvelle jauge et les nouveaux coûts de fonctionnement.

S'ils continuent à donner en version de concert des opéras un peu longs, le public partira avant la fin ou ne viendra pas !

Pour la Fiancée du Tsar, le début est noté à 19h30. Donc apparemment on s'adapte aussi à la longueur du concert...

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Vous avez raison sur les tarifs de la Cité, assez ridiculement rebaptisée Philharmonie 2. Il me semble qu'ils pourraient adapter la grille tarifaire.

En même temps, s'ils remplissent bien, ce qui est généralement le cas, ils n'ont pas besoin de faire d'efforts. Mais il est étrange, alors qu'on l'appelle la Philharmonie 2 (ce qui me paraît logique pour s'adresser à un public non parisien, d'autant plus que les deux bâtiments seront reliés), d'en faire un lieu d'élite : les madrigaux à sept chanteurs des Arts Flo coûtent minimum 32€, alors que la première catégorie à la Philharmonie 1, pour l'Orchestre de Lille avec solistes dans Bizet (symphonie, cantate de Rome, extraits de Carmen) en vaut 30...
Pour la démocratisation, si on fait du lied, de la Renaissance et du baroque à 30€ minimum, c'est pas gagné. Déjà que lorsque c'est gratuit, on a du mal à remplir le lied (à part sur quelques noms, moins d'une dizaine peut-être !), alors plus cher que pour aller voir un opéra ou un programme symphonique généreux...

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Je ne sais pourquoi leur programme est sorti si tard. Il donne un peu l'impression d'avoir été bouclé dans l'urgence.

Retards dans la construction, et de ce fait, difficulté pour retenir les formations étrangères, je crois. Elles sont peu présentes, de fait.

Espérons que l'acoustique de la nouvelle salle (comme celle de Radio France) seront réussies. Avec leur sens habituel de l'humilité, ils en vantent déjà les mérites ... Je présume que le son, en arrière-scène, sera comparable à celui de Pleyel ?

Probablement pas comparable à Pleyel, l'architecture, les matériaux et les volumes étant complètement différents. Probablement pas plus mauvais, vu que Pleyel n'a à peu près aucune optimisation acoustique (à part l'insonorisation, qui cause d'ailleurs ces réverbérations désagréables) ; ensuite, meilleur, c'est à voir.


Pauvre contribuable !

Et encore, les franciliens peuvent bénéficier de cette salle. Tandis que les autres ne profiteront même pas des fruits du gaspillage...

6. Le dimanche 18 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

Ugolino :
Tu oublies un point : Paris n'a pas d'orchestre qui légitime cette salle.

Plus exactement, je ne partage pas ton avis là-dessus. :) En termes de virtuosité (encore que, pour les orchestres de Radio-France, ça se discute) et de renommée, clairement – ce qui ne va pas faciliter le remplissage, il suffit de voir comme on entend se gargariser de la présence du moindre orchestre étranger (qui vient généralement assener son Beethoven), alors même qu'il y a mieux sur place.
Mais en termes d'intérêt, les programmes, en particulier de l'Orchestre de Paris, étaient plus intéressants que la moyenne. Inégalement réalisés selon les soirs, mais quand on a entendu leurs 6 et 7 de Sibelius la saison passée, on peut difficilement douter de leur immense potentiel. Ça ne justifie pas forcément une salle, mais ce n'est pas une douleur pour tout le monde de les y retrouver. :)

A Paris, le meilleur orchestre peut être au niveau du troisième orchestre londonien, au mieux, et ne jouera que rarement à la Philharmonie.

Heu. Tu pourrais préciser de quels orchestres tu parles, parce que ça me semble tout sauf évident. Les orchestres me semblent sensiblement du même niveau – à ceci près qu'à niveau égal, la discipline est plus aléatoire chez les français, je te l'accorde.

Ce projet était de toute façon une absurdité totale, financière, politique et artistique. Je n'y vois rien d'autre qu'une énième farce politique. Il y a clairement la volonté de faire plus gros et plus fort que tous les autres, mais sans avoir aucun fondement réel, autant économique qu'artistique. Ce qu'on a de plus gros, ce sont les egos de ceux qui ont fait ce projet.

Je pressens douloureusement que tu dois avoir très largement raison sur ce point. Mais il en sortira peut-être du bon artistiquement, même si ce n'est qu'un effet secondaire du projet. Pour nous, dans l'immédiat, oui, on a plutôt l'impression qu'on a fusionné les saisons de Pleyel et de la Cité en rabotant tout ce qui était un peu excentrique. Mais ça fera peut-être venir en masse de nouveaux publics qui dans peu de temps réclameront à cors et cris leur intégrale Machaut-Dufay-Palestrina-Varèse-Grisey-Lachenmann. Peut-être.

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La programmation était prévisible, et ne présente rien de surprenant. Il est évident que nous en sommes en plein dans les effets de la crise : les décideurs demandent du remplissage, les orchestres et directeurs musicaux répondent avec leur logique improbable, qui consiste à jouer du Brahms et de la soupe de musée.

Je ne vais pas hasarder de te demander ce qu'est la « soupe de musée ». :)

Le risque, évoqué dès le début du projet, c'est effectivement que les coûts supplémentaires pour les collectivités locales, une fois l'État retiré, se transfèrent au détriment du budget artistique. [C'est super de faire des ateliers toute la journée avec les Arts Flo, mais on pourrait peut-être confier ça à des étudiants du CNSM, ça coûterait beaucoup moins cher.] On pourrait donc se retrouver, dans le pire des cas, avec des concerts « Radio Classique » destinés à ramener le plus de monde possible.

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Et le pire dans tout ça, c'est qu'on a plus de moyens, de salles, d'orchestres invités, que n'importe quelle autre ville au monde. Et c'est pour accoucher de ça... il est évident que c'est parti pour être comme ça pendant quelques années.

Meilleur scénario : la programmation hâtive de cette saison était un peu bancale du fait du manque de perspective, et les différents défauts seront ajustés au cours des deux ans à venir. On se retrouvera avec une salle qui disposera d'une meilleure offre, dans un meilleur son et de meilleurs prix.

Le pire scénario, j'en parlais au-dessus : pour couvrir les frais et habiller la vocation « populaire » du nouvel établissement, une suppression progressive de tous les concerts un peu trop « spécialistes », quitte à saupoudrer un mouvement du Marteau sans maître au milieu d'un concert des plus beaux adagios de Mozart. De pair avec une explosion des prix, du fait des déficits énormes des saisons précédentes et de la diminution des subventions.

Plus vraisemblablement, ça se situera quelque part entre les deux. Mais où ?

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Le plus ridicule est quand même la programmation de l'OPRF. Il ne remplit pas du tout son rôle d'orchestre de radio (le BBC philharmonic fait l'intégrale Nielsen que tu demandes la saison prochaine, lui), et va à la place jouer la même chose que les autres, ce qui ne leur permettra pas de remplir plus parce qu'ils n'ont pas la capacité médiatique de faire cela. C'est une honte, et Mikko Franck déçoit franchement sur ce coup-là (même si j'imagine qu'il n'est pas le seul responsable).

Là, pour une fois, je râlerai volontiers avec toi. (Mais qu'attendre un chef qui remplace un autre en vendant son âme aux coupures, hein ??)

Je ne vois pas trop la nécessité d'avoir un orchestre de radio si c'est pour qu'il joue du grand répertoire comme l'Orchestre de Paris – qui est finalement davantage aventureux dans ses programmes. On pourrait légitimement attendre qu'il soutienne la création (des années qu'ils ne jouent plus de nouveautés, à part pendant Présences – en plus ils délèguent un peu cette année, ai-je cru voir) et le patrimoine négligé, comme c'était jadis le cas (tout un fonds d'opéras qu'on n'a que par la radio d'époque). Ensuite, il est sûr que ça ne remplit pas l'écuelle, et qu'il est sans doute plus adroit pour les finances de les programmer dans Brahms ou Mahler.

Effectivement la lecture du programme de la Maison de la Radio ne m'a pas vraiment ébouriffé.

Au passage, j'ai peu vu l'ONF dans les différentes programmation, encore moins que les autres années. Ils ne jouent vraiment que ça par an ?

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Par ailleurs, je suis d'accord, je ne comprends pas comment on peut faire des programmes aussi idiots. Je comprends le fait d'accueillir un soliste qui tourne avec un concerto, mais pour le reste ? Il n'y a même pas l'argument du "on a toujours fait comme ça". Le seul argument que je vois est économique : on en met un peu pour tout le monde en espérant faire venir le plus de gens possibles.

... et on refile les quotas de création en les cachant sous le tapis des solistes célèbres et des tubes de Mozart, Beethoven et Brahms.


J'oubliais une chose : la présence de Boulez dans le concert Barenboïm, tout comme dans les nombreux concerts qui contiennent une oeuvre, se justifie par son 90ème anniversaire, excuse pour que ses copains jouent son oeuvre.

Oui. D'ailleurs ces anniversaires sont vraiment pénibles... non seulement ils concentrent les écoutes, mais ils sont en plus généralement l'excuse parfaite pour jouer encore plus la même chose que d'habitude.
Là, avec l'anniversaire Rameau, dès qu'on joue du baroque français, c'est lui. Et ne parlons pas de l'année Verdi-Wagner, l'occasion pour tous les théâtres du monde de jouer les dix mêmes titres.

Si c'était l'année Lalo, l'année Brumel, l'année Chtcherbatchov... on pourrait causer. Et ça se justifierait par l'imposition d'une nouvelle figure dans le patrimoine commun. Mais là...

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Cela dit, si l'acoustique est bonne, si la programmation de la saison 2015-2016 est un tout petit peu plus facétieuse, on aura lieu d'être contents (du moins si on ne regarde pas ce que ça nous a coûté).

7. Le dimanche 18 mai 2014 à , par Faust

C'est fou ce que la Philharmonie suscite de réactions ! Ce qui est sans nul doute un premier point positif ...

Les politiques ne sont pour rien dans la conception de ce projet ! Tout simplement parce que, sauf rarissimes exceptions, ils n'ont pas de projet ni pour le concert symphonique, ni pour l'opéra ! La Philharmonie de Paris est un projet très ancien qui doit remonter à la fin des années 70 et au début des années 80. Mettez un politique à choisir entre une nouvelle salle de concerts et un nouveau stade de foot et vous verrez le résultat !

Laurent Bayle n'a pas inventé la Philharmonie. Il a repris, porté et mené à bien ce projet. Il a fait le plus difficile ! Je précise que je ne connais pas Laurent Bayle personnellement.

J'entends bien l'argument selon lequel Paris ne dispose pas d'un orchestre comme d'autres villes. Cet argument est un peu vrai aux Etats-Unis (Boston, Philadelphie, etc.). Je crois qu'il est faux en Europe. Il y a plusieurs orchestres à Londres ou Berlin, par exemple.

Je présume que les tensions dont la presse s'est fait l'écho entre Laurent Bayle et la direction de l'orchestre de Paris viennent de cette ambiguïté. En regardant le programme, je me dis qu'ils semblent être parvenus à un certain équilibre ...

La programmation est l'éternel sujet de discussion ! Mais, elle ne concerne que le petit cercle des spectateurs qui vont tous les soirs, ou presque, à l'opéra ou au concert ! Le public " moyen " est content d'entendre les symphonies de Beethoven. Comment renouveler ? Les cycles Beethoven qui m'auront intéressé ces dernières années auront été ceux de Jarvi avec l'orchestre de chambre de Brême, l'intégrale Gardiner à Pleyel, les deux intégrales Masur avec le National et, si ne me trompe, un concert d'Anima Eterna toujours à Pleyel. Je pense qu'ici on aura un avis beaucoup plus autorisé que le mien sur la question ...

Encore deux remarques ...

Un orchestre ne peut pas être dédié à la musique contemporaine sinon c'est sa qualité même qui va être altérée. Les trois orchestres parisiens ont besoin de jouer Beethoven, Brahms, Mozart. Les musiciens de l'Intercontemporain, que je sache, ont moins de services d'orchestre que les autres, ce qui leur permet, en dehors de l'EIC, d'interpréter autre chose que la musique contemporaine. Je trouve à la fois amusant et désolant de voir régulièrement des personnes à Radio France se demander encore pourquoi la Maison Ronde a deux orchestres ! J'ai toujours envie de leur répondre que c'est pour donner plus de concerts ...

J'ai lu ici, sous la plume avertie du maître des lieux, qu'il préférait un concert de l'un des trois orchestres parisiens, dès lors qu'ils sont investis dans leur concert, à une prestation un peu routinière des plus grandes phalanges étrangères. Je souscris à cette appréciation !

Le seul orchestre parisien dont le niveau s'est considérablement élevé - mais, il partait d'un niveau très moyen -, c'est le Philharmonique de Radio France. Pourquoi ? Parce qu'au début des années 80, un certain nombre de musiciens de cet orchestre ont considéré que leur orchestre disparaîtrait si son niveau ne progressait pas. C'est eux qui ont choisi Janowski et qui lui ont demandé de les faire travailler pour atteindre cet objectif. Janowski est resté 17 ans ... Et le niveau a continué de monter avec Chung. La relation entre les musiciens et leur directeur musical est une relation entre professionnels. La qualité d'un orchestre ne se mesure pas à l'exploit qu'il peut réaliser un soir (ce que les critiques appellent assez sottement : l'orchestre des grands soirs ... personnellement, je cherche toujours les critiques (officiels) des grands soirs ...), mais sur l'ensemble des concerts de sa saison.

Masur et sans doute Jarvi ont " remis à niveau " le National et l'orchestre de Paris après que ces deux orchestres aient traversé des périodes difficiles avec certains de leurs anciens directeurs musicaux. L'expression " remis à niveau " ne vise évidemment pas les musiciens pris individuellement. L'élévation du niveau de qualité suppose toujours une volonté collective de l'orchestre.

La distance me semble tout de même un réel problème ! Pour prendre mon modeste cas, il me faut une heure (aller et retour) pour aller à Pleyel, au TCE, à l'opéra Bastille ou encore dans la nouvelle salle de Radio France. Pour la Philharmonie, deux heures ... la durée moyenne du concert ! Pour terminer en souriant : le jour où le spectateur moyen de l'orchestre de Paris regagnera le métro en même temps que les spectateurs du Zenith, cela lui fera un drôle d'effet !

8. Le dimanche 18 mai 2014 à , par Ugolino le profond

"Plus exactement, je ne partage pas ton avis là-dessus. :) En termes de virtuosité (encore que, pour les orchestres de Radio-France, ça se discute) et de renommée, clairement – ce qui ne va pas faciliter le remplissage, il suffit de voir comme on entend se gargariser de la présence du moindre orchestre étranger (qui vient généralement assener son Beethoven), alors même qu'il y a mieux sur place.
Mais en termes d'intérêt, les programmes, en particulier de l'Orchestre de Paris, étaient plus intéressants que la moyenne. Inégalement réalisés selon les soirs, mais quand on a entendu leurs 6 et 7 de Sibelius la saison passée, on peut difficilement douter de leur immense potentiel. Ça ne justifie pas forcément une salle, mais ce n'est pas une douleur pour tout le monde de les y retrouver. :)"
Je ne parlais pas des programmes. Par ailleurs, de nos jours, ceux du Philharmonique de Berlin sont sensiblement les mêmes que ceux de l'OP. Pour répondre également à Faust, je parlais simplement d'avoir un orchestre qui possède l'aura médiatique et surtout artistique pour justifier une nouvelle salle, ou d'une manière plus générale comme à Londres une activité locale des orchestres qui le justifie. En France, on rêve cette activité meilleure qu'elle n'est. On voudrait être Berlin ou Londres, mais le niveau effectif des orchestres en est très loin. Il seriat ridicule que le Philharmonique de Berlin ou le LSO donnent toute leurs saisons dans une salle comme Pleyel... l'Orchestre de Paris peut très bien s'en contenter.
Et je sais que Berlin est un cas exceptionnel, mais on pourrait au moins réfléchir par rapport à Londres. Il y a sans doute eu une grande erreur en ne copiant pas le Barbican pour faire la cité de la musique, pourtant de 13 ans plus tardive, ce qui aurait évité de devoir faire la Philharmonie aujourd'hui et de s'encombrer de Pleyel. Et les 1900 places du Barbican étaient bien suffisantes. A la place, on a eu ce frigidaire dont l'utilité est aujourd'hui douteuse (si, cela va devenir... un musée, ce que le Barbican a eu l'intelligence de ne pas être, et montre sans doute une différence fondamentale de regard sur la musique).

"Heu. Tu pourrais préciser de quels orchestres tu parles, parce que ça me semble tout sauf évident. Les orchestres me semblent sensiblement du même niveau – à ceci près qu'à niveau égal, la discipline est plus aléatoire chez les français, je te l'accorde."

Les 4 orchestres londoniens principaux sont LSO, LPO, Philharmonia et BBC. Le Philhar', que tu sais que j'aime beaucoup, est au mieux un peu au-dessus du Philharmonia (et j'aurais dû mal à situer le BBC Symphony que je n'ai guère entendu, il est peut-être meilleur qu'on ne le suppose), mais très loin derrière le LSO et le LPO. Je ne vois pas l'OP ailleurs qu'est en-dessous de ces quatre orchestres.

"Mais ça fera peut-être venir en masse de nouveaux publics qui dans peu de temps réclameront à cors et cris leur intégrale Machaut-Dufay-Palestrina-Varèse-Grisey-Lachenmann. Peut-être."

En dehors de quelques passionnés qui, le développement des médias aidant, sont de plus en plus spécialisés, j'ai l'impression que le public généraliste va plutôt vers l'extrême inverse.

"[C'est super de faire des ateliers toute la journée avec les Arts Flo, mais on pourrait peut-être confier ça à des étudiants du CNSM, ça coûterait beaucoup moins cher.]"

Mais les gens ne viendraient pas. C'est pareil qu'ailleurs : on vend des marques. Dudamel est une marque, les Arts florissants, l'Orchestre de Paris et tous les autres pareils... Surtout l'OP : avec cette nouvelle salle, on vend leur nom, pas une réalité artistique. Ca fera venir encore plus de touristes asiatiques : dans leur tête, c'est l'orchestre de PARIS, et ils ont une philharmonie, c'est que ça doit être bien, comme à Berlin (et il y a plein de touristes asiatiques à la Philharmonie de Berlin).

"Le pire scénario, j'en parlais au-dessus : pour couvrir les frais et habiller la vocation « populaire » du nouvel établissement, une suppression progressive de tous les concerts un peu trop « spécialistes », quitte à saupoudrer un mouvement du Marteau sans maître au milieu d'un concert des plus beaux adagios de Mozart. De pair avec une explosion des prix, du fait des déficits énormes des saisons précédentes et de la diminution des subventions."

Etant donné que c'est la tendance depuis quelques années, avant l'ouverture de la Philharmonie, je ne vois pas de raison pour que ça change, à moins d'un redressement général de l'économie et une explosion du public de musique classique, dont j'ai du mal à voir d'où elle pourrait venir.

"Je ne vois pas trop la nécessité d'avoir un orchestre de radio si c'est pour qu'il joue du grand répertoire comme l'Orchestre de Paris – qui est finalement davantage aventureux dans ses programmes."

D'autant qu'à l'origine, le Philhar' avait été créé et conçu pour jouer le répertoire le plus divers possible, en particulier du côté de la musique contemporaine.

"Ensuite, il est sûr que ça ne remplit pas l'écuelle, et qu'il est sans doute plus adroit pour les finances de les programmer dans Brahms ou Mahler."

Mais là encore, pourquoi le BBC symphony, sans faire de miracle mais faisant son job, tout en étant sans doute moins subventionné, en est capable, et pas le Philhar' ? Pire, on dirait que l'ONF a les programmes qui devraient échoir au Philhar'. Ceci étant, c'est surtout une tendance récente. Il y a quelques années, les saisons arrivaient encore à trouver un équilibre, même s'il y a toujours eu cette tendance à vouloir faire comme les autres.

"Si c'était l'année Lalo, l'année Brumel, l'année Chtcherbatchov... on pourrait causer. Et ça se justifierait par l'imposition d'une nouvelle figure dans le patrimoine commun. Mais là... "

Vu comme nous avons croulé sous les oeuvres de Britten pour le centenaire de sa naissance, cette saison... Sortant d'une écoute de tout ce qui était disponible de Koechlin, je me disais que ca serait chouette de prévoir une année Koechlin pour la saison 2016-2017, pour ses 150 ans. Allez, avec un peu de chance, l'ONF jouera une oeuvre ! Mais bon, pour la saison prochaine, ils avaient le choix : Ropartz, Dukas, Nielsen, Sibelius, Glazounov, même Strauss, auraient eu 150 ans en 2014 ou 2015... et au final...

9. Le dimanche 18 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonjour tous les deux,

@Faust

La Philharmonie suscite beaucoup de réactions parce qu'elle est neuve, affiche l'ambition de changer les choses... donc forcément les espoirs de chacun, les apparences de la première programmation, la potentialité des saisons suivantes s'agitent en tous sens. C'est assez naturel, et encore plus quand on parle d'un public en général assez conservateur, qui a plutôt tendance à râler quand on lui change ses habitudes, même quand c'est pour le mieux.
C'est fou le nombre de mélomanes qui soutiennent mordicus que le niveau instrumental a baissé, par exemple – alors qu'il suffit de comparer deux témoignages à 70 ans de n'importe quel orchestre pour vérifier que quasiment tous ont infiniment progressé. On peut observer aisément le nombre de pains qui décroît tandis que la difficulté des œuvres programmées s'accroît.
Pour les salles, c'est pareil : on commence par râler, c'est plus sûr.

La Philharmonie est un vieux projet, certes, mais il a bien fallu la conjonction de politiques pour qu'on décide de débloquer les sous.

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J'entends bien l'argument selon lequel Paris ne dispose pas d'un orchestre comme d'autres villes. Cet argument est un peu vrai aux Etats-Unis (Boston, Philadelphie, etc.).

Je ne vois pas exactement ce que vous voulez dire par là : il y a bien un orchestre « de Paris », tout comme à Boston et Philadelphie, donc vous vouliez dire autre chose... que je ne trouve pas.

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Évidemment, la programmation est le grand sujet, parce qu'il est le principal. Je suis d'accord, elle concerne essentiellement les aficionados, tandis que le gros du remplissage est dû à des spectateurs plus occasionnels, qui n'auront aucun mal à trouver deux ou trois concerts du genre musical qu'ils aiment. Il faut en tenir compte, et je crois effectivement que la « simplification » des programmes, par rapport à Pleyel et à la Cité, va dans ce sens – choix que je déplore égoïstement, mais dont je respecte le concept (à défaut de l'approuver, profondément).

Toutefois, on ne peut pas se servir de cela pour décider de toute une programmation : sinon, on pourrait transformer les salles en musée-à-Mozart. Ou, pourquoi pas, supprimer le classique des salles. Il faut donc un équilibre, comme vous le mentionniez. Je le trouve en deçà de ce qu'il devrait être.
Que la programmation fantaisiste de la Cité de la Musique soit intenable (elle remplissait, pourtant), admettons. Mais pourquoi réduire l'exigence des programmes tels qu'ils apparaissent à l'automne prochain à Pleyel ?

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Les cycles Beethoven qui m'auront intéressé ces dernières années auront été ceux de Jarvi avec l'orchestre de chambre de Brême, l'intégrale Gardiner à Pleyel, les deux intégrales Masur avec le National et, si ne me trompe, un concert d'Anima Eterna toujours à Pleyel. Je pense qu'ici on aura un avis beaucoup plus autorisé que le mien sur la question ...

Pas moi en tout cas, puisque je n'ai pas une seule symphonie de Beethoven en concert depuis que je suis dans la région. Pas faute de les aimer passionément, d'ailleurs, mais il y a tellement de choses à découvrir que je les remets toujours à plus tard...

Au disque, oui, Järvi et plus encore Gardiner sont des sommets personnels ; et j'avais entendu Masur en tournée, en effet remarquable de tenue – ça ne ressemblait plus à un orchestre français, et je le dis dans le meilleur sens possible.

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Je ne suis pas persuadé du tout que le contemporain « dégrade » la qualité technique d'un orchestre. Il sollicite d'autres qualités, et effectivement on pourrait difficilement passer de Manoury à Lully – mais l'inverse est au moins aussi impossible. Il s'agit seulement pour le Philharmonique de maintenir son rôle d'orchestre dédié à la création, normalement pour le bénéfice des stations, ce qui est la moindre des choses pour des orchestres financés par tous les contribuables français, mais il semble que le fonctionnement de ces institutions soit de plus en plus déconnecté. Il n'est pas question de ne jouer que des créations ; en revanche cet orchestre est censé jouer les pièces commandées par la Radio (on pourrait imaginer de la musique de scène pour les pièces de France Culture, avec représentation – pas forcément de la musique pure de type blingblangblong), ou servir une politique de programmation sur tel ou tel thème. France Musique veut faire une série sur la musique de la fin du XVIIIe ou du début du XXe ? Au Philharmonique de fournir les moyens, tandis que l'ONF joue les Beethoven-Brahms-Mahler. Vu l'état des deux orchestres aujourd'hui, c'est plutôt le Philhar qui a la virtuosité et l'ONF la souplesse stylistique, donc j'inverserais volontiers les missions, mais c'est un peu l'esprit.

Bien sûr, tout cela est un peu rendu caduc par la présence abondante du disque, désormais : il n'est plus vraiment besoin, pour faire entendre une œuvre, de la faire enregistrer par l'orchestre maison. Il y aurait des choses à repenser dans la situation, mais tout le monde tremble, car ça voudrait dire en bonne logique fusionner les deux orchestres – il y a l'ONDIF (et Colonne, et Pasdeloup) pour les concerts familiaux (et même pour les opéras, désormais, témoin la Fiancée du Tsar à venir), et pour jouer le grand répertoire symphonique, le Philharmonique National Français suffirait.

Je suis très d'accord avec vous sur l'élévation du niveau des orchestres parisiens avec leurs derniers titulaires (avec Masur, Chung, Järvi et même Karoui). Ce n'est pas l'offre berlinoise évidemment, mais c'est quand même beaucoup, beaucoup mieux que ce n'était.

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La distance me semble tout de même un réel problème ! Pour prendre mon modeste cas, il me faut une heure (aller et retour) pour aller à Pleyel, au TCE, à l'opéra Bastille ou encore dans la nouvelle salle de Radio France. Pour la Philharmonie, deux heures ... la durée moyenne du concert !

Dans votre cas, il est donc grandement possible d'optimiser votre trajet !

Je travaille en zone 4 à l'opposé de Versailles, et il me faut environ 1h30 pour me rendre à Versailles (comptons 1h45 de la porte du « bureau » à la porte de l'Opéra Royal). Je me demande comment vous pouvez mettre 2h pour atteindre Pantin, alors qu'il vous en faut 1 pour Pleyel. Pareil, 1h de différence entre Bastille et la Villette ? Dans ce cas, laissez votre voiture à Bastille, il faut 25 minutes de métro (à cette station, vous aurez même des places assises) pour arriver à la Philharmonie.

Après, je ne prends pas la voiture, et je me doute bien que traverser ou contourner Paris ne doit pas être une partie de plaisir, bien sûr. Mais si on est intéressé par ce qui se joue sur place (peu de gens allant tous les soirs dans la même salle), ça me paraît tout sauf insurmontable en temps réel, et la demi-heure couvre assez bien le différentiel pour les résidents occidentaux.

Pour terminer en souriant : le jour où le spectateur moyen de l'orchestre de Paris regagnera le métro en même temps que les spectateurs du Zenith, cela lui fera un drôle d'effet !

Je suspecte qu'il y ait largement de cela dans les préventions exprimées : un concert, ça se fait dans un quartier chic / festif.

10. Le dimanche 18 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

@Ugolino

Je ne fais pas de comparaison avec Berlin : effectivement, on retrouve quelquefois les mêmes œuvres rares, et pas au même niveau instrumental. Mais comparé à ce que vient nous donner le Philharmonique de Berlin à Paris, mon choix est fait (dans la mesure où je n'ai pas le temps de me déplacer jusqu'à Berlin pour écouter du symphonique).

Comparer la vie symphonique de n'importe quelle ville de l'univers avec Berlin est de toute façon, par essence, déloyal. :)

Mais pour la vie lyrique, franchement, je ne suis pas jaloux. Du tout. (Même en comptant la programmation paresseuse de Joel finissant, qui fausse les chiffres.)

Et je sais que Berlin est un cas exceptionnel, mais on pourrait au moins réfléchir par rapport à Londres.

Justement, Londres est l'autre exemple de ville qui déborde d'orchestres de premier plan. On peut y ajouter Amsterdam – voire Prague et Moscou, bien que leur niveau ait décru. Ensuite, dans les autres villes, il y en a parfois deux, mais rarement plus à ce niveau : Paris, Oslo, Vienne, Saint-Pétersbourg, Stockholm, Helsinki... Je n'ai pas écouté tous les orchestres de Vilnius ni de Ljubljana, il n'est pas impossible que leurs trois orchestres soient aussi exceptionnels que ceux que j'ai déjà entendus.

Les 4 orchestres londoniens principaux sont LSO, LPO, Philharmonia et BBC. Le Philhar', que tu sais que j'aime beaucoup, est au mieux un peu au-dessus du Philharmonia (et j'aurais dû mal à situer le BBC Symphony que je n'ai guère entendu, il est peut-être meilleur qu'on ne le suppose), mais très loin derrière le LSO et le LPO. Je ne vois pas l'OP ailleurs qu'est en-dessous de ces quatre orchestres.

Techniquement, je trouve précisément le Philhar supérieur à ceux-là. La BBC (mais jamais entendue en vrai) me paraît clairement en deçà (plutôt comparable à l'ONF, en fait), le LSO et le LPO sont quand même plutôt en perte de vitesse. Je serais plus intéressé par le Philharmonia, qui sort enfin des limbes ; techniquement, c'est peut-être moins bien, mais ils ont plus de souplesse selon les répertoires abordés.
Tout cela, avec des qualités diverses, reste tout de même dans des sphères comparables, on en vient plutôt à parler de questions de goût, d'esthétique, de répertoires.

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En dehors de quelques passionnés qui, le développement des médias aidant, sont de plus en plus spécialisés, j'ai l'impression que le public généraliste va plutôt vers l'extrême inverse.

Il a toujours été dans ce sens-là, non ? C'est pareil pour tout le monde quand on n'est pas spécialiste d'un répertoire. Quand tu écoutes ton premier râga, tu demandes à Shankar, si tu veux t'initier à l'astrophysique, tu achètes le bouquin du Nobel, et si on te demandait quelle voiture tu voudrais conduire, tu dirais Ferrari ou Bugatti. Quand tu n'écoutes que du classique deux fois par an, sauf cas particuliers, tu vas voir Mozart et Brahms.
On fait tous pareil dans d'autres segments de notre vie, voire dans d'autres musiques. C'est un peu ce que fait le Châtelet avec la comédie musicale, en ne donnant que des hits intersidéraux (ou plus exactement, de grands classiques) pour satisfaire un public qui, en France, n'est pas spécialiste. Et ça fonctionne très bien, parce qu'il n'y a pas de communauté suffisante (contrairement au classique à Paris) pour réclamer davantage.

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Mais les gens ne viendraient pas. C'est pareil qu'ailleurs : on vend des marques. Dudamel est une marque, les Arts florissants, l'Orchestre de Paris et tous les autres pareils... Surtout l'OP : avec cette nouvelle salle, on vend leur nom, pas une réalité artistique. Ca fera venir encore plus de touristes asiatiques : dans leur tête, c'est l'orchestre de PARIS, et ils ont une philharmonie, c'est que ça doit être bien, comme à Berlin (et il y a plein de touristes asiatiques à la Philharmonie de Berlin).

Je crois que c'est plus le nom de la Philharmonie que celui de l'Orchestre de Paris (peu célèbre, et les disques anciens, les plus diffusés, fort peu flatteurs) qui sera attractif. En plus, je me demande pourquoi ils n'ont pas profité de l'occasion pour changer leur nom en Orchestre Symphonique de Paris ou carrément Orchestre Philharmonique de Paris – Orchestre de Paris, ça m'évoque plutôt l'Orchestre Municipal de Bordeaux (un orchestre d'harmonie) ou les Solistes (Tziganes, bien sûr) de Budapest.

Tu as sans doute raison, au moins pour le lancement, mettre des gens célèbres attire. Mais si les ateliers sont assez fréquentés, on pourra s'en dispenser à l'avenir.

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Etant donné que c'est la tendance depuis quelques années, avant l'ouverture de la Philharmonie, je ne vois pas de raison pour que ça change, à moins d'un redressement général de l'économie et une explosion du public de musique classique, dont j'ai du mal à voir d'où elle pourrait venir.

Oui, enfin, on ne peut pas dire non plus qu'à Paris on ne joue rien d'original, ou seulement des concerts-découvertes à base de John Williams et de mouvements de Mozart. :)
Je ne suis pas sûr de déceler cette tendance. Il y a de toute façon un vrai public, nombreux, pour les concerts « sérieux ». Ça s'amenuisera peut-être, un peu sur le modèle de la saison à venir, mais ça ne disparaîtra jamais complètement.

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Mais là encore, pourquoi le BBC symphony, sans faire de miracle mais faisant son job, tout en étant sans doute moins subventionné, en est capable, et pas le Philhar' ? Pire, on dirait que l'ONF a les programmes qui devraient échoir au Philhar'. Ceci étant, c'est surtout une tendance récente. Il y a quelques années, les saisons arrivaient encore à trouver un équilibre, même s'il y a toujours eu cette tendance à vouloir faire comme les autres.

Je n'ai pas de réponse à cette question. Je suis d'accord, oui, l'ONF fait des programmes qu'on aurait pu attendre du Philhar. Rien que dans l'année écoulée, Le Villi, ça me paraissait correspondre avec l'optique de large répertoire du Philhar, et plus encore le programme Roussel-Roslavets-Berg-Honegger-Szymanowski-Ravel donné au 104 par les solistes de l'ONF – exécution absolument merveilleuse au passage (en particulier Jessica Bessac à la clarinette) – on aurait vraiment attendu que le Philhar s'en empare.

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Vu comme nous avons croulé sous les oeuvres de Britten pour le centenaire de sa naissance, cette saison... Sortant d'une écoute de tout ce qui était disponible de Koechlin, je me disais que ca serait chouette de prévoir une année Koechlin pour la saison 2016-2017, pour ses 150 ans. Allez, avec un peu de chance, l'ONF jouera une oeuvre ! Mais bon, pour la saison prochaine, ils avaient le choix : Ropartz, Dukas, Nielsen, Sibelius, Glazounov, même Strauss, auraient eu 150 ans en 2014 ou 2015... et au final...

Oui... En plus, on peut vendre un minimum avec Dukas, Sibelius ou Strauss, ce n'est pas comme Herzogenberg, Cras ou Martinů.

11. Le dimanche 18 mai 2014 à , par Ugolino le profond

"Mais comparé à ce que vient nous donner le Philharmonique de Berlin à Paris, mon choix est fait (dans la mesure où je n'ai pas le temps de me déplacer jusqu'à Berlin pour écouter du symphonique)."

Mais on parle de la vie locale, pas des tournées. Si tu as le Philharmonique de Berlin dans ta ville, dans leur salle, et que tu aimes la musique, tu vas les entendre jouer n'importe quoi. Je le sais, je me suis infligé une deuxième de Schumann.
Je crois qu'il y a quelques orchestres dans ce cas.

"Justement, Londres est l'autre exemple de ville qui déborde d'orchestres de premier plan. On peut y ajouter Amsterdam – voire Prague et Moscou, bien que leur niveau ait décru. Ensuite, dans les autres villes, il y en a parfois deux, mais rarement plus à ce niveau : Paris, Oslo, Vienne, Saint-Pétersbourg, Stockholm, Helsinki... Je n'ai pas écouté tous les orchestres de Vilnius ni de Ljubljana, il n'est pas impossible que leurs trois orchestres soient aussi exceptionnels que ceux que j'ai déjà entendus."

Mais on est à Paris quand même, pas à Oslo. Il y a un siècle c'était le centre musical du monde ! Cela devrait être une capitale de la musique - et encore une fois, ça l'est d'une certaine manière, il y a une juste un écart entre l'image et la réalité. De plus, ce n'est pas tant d'avoir plein d'orchestre, que d'en avoir un de premier plan.

"Techniquement, je trouve précisément le Philhar supérieur à ceux-là. La BBC (mais jamais entendue en vrai) me paraît clairement en deçà (plutôt comparable à l'ONF, en fait), le LSO et le LPO sont quand même plutôt en perte de vitesse. Je serais plus intéressé par le Philharmonia, qui sort enfin des limbes ; techniquement, c'est peut-être moins bien, mais ils ont plus de souplesse selon les répertoires abordés."

Tu as entendu le LPO avec Jurowski ? Ce n'est pas du tout en perte de vitesse, c'est tout l'inverse : de très loin l'une des choses orchestrales les plus impressionnantes vus ces dernières années, ultra-typé, cohérent et précis, au niveau des meilleurs orchestres allemands, d'un tranchant rarement entendu. J'étais le premier surpris et ca enterre le Philhar', même celui des grands soirs. C'est peut-être même au-dessus du LSO, bien que le fait que cela soit très différent rende la comparaison difficile.
Le LSO souffre actuellement de son fonctionnement : ils jouent beaucoup trop, tout et n'importe quoi. Ils sont payés au concert, et dans le contexte actuel souffrent de cela. Mais il n'y a pas vraiment de dégradation sur le plan technique, c'est surtout inégal. Mais un concert médiocre reste très solide, et ils sortent encore régulièrement des concerts exceptionnels.
Et la plus grande symphonie que j'ai jamais entendu, c'est eux qui me l'ont donné, donc je ne peux pas les considérer comme autre chose qu'un très grand orchestre. Le Philhar', je les aime beaucoup, mais ils n'ont jamais été à ce niveau.
Le Philharmonia, même avec Salonen, c'est quand même en-dessous. Le Philhar' avec Salonen est d'ailleurs meilleur que le Philharmonia avec Salonen.

"Tout cela, avec des qualités diverses, reste tout de même dans des sphères comparables, on en vient plutôt à parler de questions de goût, d'esthétique, de répertoires."

Justement non, ce ne sont pas des sphères comparables.

"Je crois que c'est plus le nom de la Philharmonie que celui de l'Orchestre de Paris (peu célèbre, et les disques anciens, les plus diffusés, fort peu flatteurs) qui sera attractif. En plus, je me demande pourquoi ils n'ont pas profité de l'occasion pour changer leur nom en Orchestre Symphonique de Paris ou carrément Orchestre Philharmonique de Paris – Orchestre de Paris, ça m'évoque plutôt l'Orchestre Municipal de Bordeaux (un orchestre d'harmonie) ou les Solistes (Tziganes, bien sûr) de Budapest."

Bizarrement, j'ai l'impression que l'OP est attractif pour les étrangers. Mais c'est peut-être un effet de l'absence d'autre orchestre.

"Je ne suis pas sûr de déceler cette tendance. Il y a de toute façon un vrai public, nombreux, pour les concerts « sérieux ». Ça s'amenuisera peut-être, un peu sur le modèle de la saison à venir, mais ça ne disparaîtra jamais complètement."

Mais il faut remplir 2400 places...

12. Le dimanche 18 mai 2014 à , par Faust

Juste quelques menues précisions pour David.

Je me suis mal exprimé pour la durée du trajet. J'ai compté l'aller et le retour. Sinon, rassurez-vous je ne dépasse pas un heure pour aller à la Villette. A peu près le même temps pour aller à Versailles écouter ... Campra après avoir lu le remarquable papier que vous lui avez consacré !

L'orchestre de Paris ne s'est pas toujours appelé ainsi. Il a pris la suite de l'ancienne et prestigieuse Société des concerts du conservatoire, née en 1828 et qui donna, à Paris, des exécutions des symphonies de Beethoven à un niveau inégalé à l'époque en Europe. Pour une confirmation, se reporter aux écrits de Wagner !

Lorsque Landowski a transformé les orchestres qui étaient des associations symphoniques dont les musiciens étaient payés au cachet en véritables orchestres pour lesquels les musiciens ont un salaire - en Province et à Paris -, il ne l'a fait dans la capitale que pour l'ancienne Société des concerts. Il a laissé de côté - certainement pour des raisons budgétaires - les autres associations symphoniques qui survivent comme elles peuvent : Colonne et Lamoureux. Le Philharmonique de Radio France est né plus tard avec l'ancien orchestre lyrique de la Radio et les orchestres que la Radio avait aussi en région.

Je comprends que l'idée que l'orchestre de Paris soit l'orchestre de la ville de Paris (j'entends la ville dans un sens générique, pas la mairie de Paris !) et dispose ainsi de sa salle vous étonne. Disons - je ne citerai pas de noms - que c'est une idée de l'administration de la culture et des dirigeants de l'orchestre de Paris vers la fin des années 70. Comme vous, je pense et j'ai toujours pensé que c'était une idée largement fausse. Selon les tenants de cette thèse, Philadelphie, Boston, Cleveland seraient connues, sur le plan artistique, par leurs orchestres respectifs (?). Il est amusant que cette idée perdure encore aujourd'hui. Je ne pense pas que ce soit le projet de Laurent Bayle. Mais, il faudrait lui demander et qu'il réponde en off ...

Je n'ai pas dit que la pratique du répertoire contemporain altérait la qualité d'un orchestre. J'ai seulement dit que si des musiciens ne font que cela, la qualité de l'orchestre s'en ressentira. Et puis, ce ne sont pas des machines, ils ont aussi, me semble-t-il, le droit de souhaiter pratiquer tous les répertoires !

13. Le dimanche 18 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

Ugolino, oui, bien sûr, il faut comparer les vies locales ; je dis simplement qu'en l'état du choix parisien, ce n'est pas la comparaison avec l'intérêt de ce que proposent les invités qui me rendent jaloux. Évidemment, à domicile, c'est autre chose.

Sur le LPO, je ne l'ai pas entendu en vrai, donc nous ne parlons pas forcément de la même chose, mais tout ce que j'ai entendu d'eux ces vingt dernières années m'a laissé tout à fait froid. Ce n'est pas aidé par les prises de son aberrantes de leur nouveau label, qui plonge dans un halo sans ancrage physique leurs enregistrements. Quand on compare les Tennstedt de la même époque que les EMI, dans les mêmes œuvres, ce n'entend absolument pas la même chose.
Donc j'aurais peut-être une surprise magistrale, mais Jurowski ne m'a jamais beaucoup intéressé de façon générale. Peut-être qu'en vrai il se passe quelque chose. Et ils jouent des choses intéressantes ? Je ne les ai entendus que dans du grand répertoire, dont le LSO s'aquitte mieux au demeurant.


Le LSO souffre actuellement de son fonctionnement : ils jouent beaucoup trop, tout et n'importe quoi. Ils sont payés au concert, et dans le contexte actuel souffrent de cela. Mais il n'y a pas vraiment de dégradation sur le plan technique, c'est surtout inégal. Mais un concert médiocre reste très solide, et ils sortent encore régulièrement des concerts exceptionnels.

Je suis d'accord avec ça, c'est tout le temps très bien. Mais dans la masse de ce qu'ils jouent, ils sont plus ou moins adaptés, bien sûr. Je crois aussi qu'ils souffrent de directeurs musicaux prestigieux qui sont davantage des chefs invités permanents que de véritables bâtisseurs d'orchestre.


Mais il faut remplir 2400 places...

Non, la jauge existe, personne ne dit qu'il faut la remplir tous les soirs. Ça permet de rendre plus accessible les concerts très demandés, du genre « Argerich joue Boulez ».

14. Le dimanche 18 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

Et donc, Faust, quelle a été votre impression, sur Tancrède ?


Selon les tenants de cette thèse, Philadelphie, Boston, Cleveland seraient connues, sur le plan artistique, par leurs orchestres respectifs (?).

Ce qui est assez vrai, non ?

Concernant le Philharmonique, je suis tout à fait d'accord, la mission est d'alterner les répertoires, dont la création, pas du tout d'être un orchestre spécialiste comme un EIC en grand, bien sûr. Ce faisant, il perdrait sa polyvalence et certaines de ses bonnes caractéristiques actuelles.

15. Le mardi 20 mai 2014 à , par Faust

Tancrède était, pour moi, une authentique création ! Surpris par la variété musicale de l'œuvre. Sur le plateau, cela m'a un peu donné l'impression d'une sorte de reconstitution, au demeurant fort réussie. Le metteur en scène était un peu absent. Il est surprenant que ce ne soit donné que très rarement.

Finalement, ce dont nous avons parlé, c'est du rôle - souvent un peu discret - des directeurs artistiques des orchestres parisiens. Ce sont eux qui font les saisons plus que les directeurs musicaux ou chefs titulaires des orchestres.

Sinon, on verra dans les années à venir ce que seront les coûts de fonctionnement de la Philharmonie ... Encore que les orchestres ou les institutions musicales françaises ne soient pas vraiment adeptes de la transparence ... Ce qui me semble probable, c'est que la salle Pleyel risque d'être un beau gâchis. Il n'y a manifestement pas de projet pour cette salle !

16. Le mercredi 21 mai 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Faust,

Excellente nouvelle ! En revanche, techniquement, la scène n'était pas du tout traitée comme une reconstitution, c'était plutôt une fantaisie XXe censée évoquer cette période, à part les efforts pour évoquer des dessin de Berain, dans les costumes.

Je suppose que la salle Pleyel trouvera preneur sans trop de problème, les grands espaces dans le centre ne sont pas si nombreux. Il y a déjà un système de sonorisation, relativement peu d'entrées (donc pas besoin de trop de personnel), ce doit être faisable si la location n'est pas exagérée. Mais ce sera forcément un gâchis financier, oui, c'est même déjà fait.

Nous verrons, effectivement, lorsque la Philharmonie atteindra la vitesse de croisière, quels sont les axes de développement finalement retenus. Rendez-vous pris pour septembre 2017 !

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