Carnets sur sol

Aller au contenu | Index des notules | Aller à la recherche

Nouveautés discographiques 2019


Du fait de ma (grosse) consommation discographique, et des commentaires que je peux en faire çà ou là, autant centraliser… (Et puis on pourra jouer à la remise des prix à la fin… je ne sais jamais ce qui est sorti dans l'année.)

Je sèmerai donc ici, en commentaires, des impressions (souvent d'abord jetées sur le mirifique forum Classik) sur ce qui vient de sortir. À chaud et sans apprêt, pardon, mais cela laisse toujours une trace en attendant que vos magazines préférés en disent d'autres sottises que les miennes !

Cliquez ici pour accéder aux commentaires de l'ensemble des disques.




--

Autres notules

Index classé (partiel) de Carnets sur sol.

--

Trackbacks

Aucun rétrolien.

Pour proposer un rétrolien sur ce billet : http://operacritiques.free.fr/css/tb.php?id=3070

Commentaires

1. Le lundi 21 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



Intégrale Paavo Järvi & Orchestre de Paris, dès longtemps attendue (elle a dû être enregistrée en 2015-2016 ?)

Écouté les 1,2,4 pour l'instant. On y retrouve les mêmes qualités qu'en concert (prise de son formidable en plus, très différent de ses autres disques RCA plus ouatés et égalisés) : ces petits retards presque flottants des phrasés, très différents du rubato téléphoné habituel (dans la 1 !), ce grain formidable (2,4), tout rugit et vibrillonne en permanence…

Pas impossible que ça s'impose comme un premier choix, à ce train-là.

--

Après écoute intégrale…

Globalement : l'intégrale la mieux captée (avec Elder-Hallé), on entend tout, et avec un grain exceptionnel, la gouaille des bois, la râpe des cordes, tout est physiquement proche et sensible. Et cela se combine très bien avec la conception de Järvi, très vive (rapide tout le temps, en fait), très folklorisante aussi.
Très, très grande lecture (la qualité flottante mais très maîtrisée des phrasés, très poétique), et surprise d'entendre l'Orchestre de Paris sonner à ce point comme le meilleur orchestre du monde. Ils étaient superbes lors des concerts, mais là, ils ont vraiment bossé, la qualité de timbres et la sûreté de réalisation est assez supérieure à celle de leurs concerts (que je trouve pourtant presque tout le temps excellents). On peut supposer qu'on avait envoyé Aïche, Cazalet et Rouillard en vacances dans les îles pendant l'enregistrement.

Les rares réserves : vision plus motorique que poétique (plus proche d'Elder que d'Oramo ou Saraste, pour situer), l'écoute suivie paraît un peu homogène, alors que d'ordinaire on est frappé par le contraste entre les œuvres.

Très convaincante sur les symphonies moins réussies (référence absolue, pour moi, dans les 1,4,6). Moins dans les symphonies très courues, que j'avais trouvées plus réussies en salle ou sur bande (2,5,7). Le final de la 5 manque un peu de majesté, à mon sens – dans ce cas, il aurait pu prendre plutôt la version originale, sa lecture s'y prêtait mieux.

Donc peut-être pas une référence ultime / absolue / universelle comme Rattle-Berlin, Oramo-Birmigham ou Ashkenazy-Philharmonia, mais pas bien loin (largement du niveau de Storgårds, des deux Maazel, d'Elder, de Saraste…). On verra à l'usage, ce n'est qu'une première impression. C'est assez parfait en tout cas, ça fait partie des intégrales qui peuvent amplement suffire à une vie d'écoute, tout est réussi.

2. Le lundi 21 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



Dans la foulée, j'écoute la version de la Première de Sibelius par Rouvali qui vient aussi de sortir (avec Göteborg chez Alpha), et que j'avais trouvée puissamment originale et cohérente, à Radio-France.

Ça l'est !

(Après Järvi, il faut un petit temps d'adaptation, mais c'est passionnant, équilibre vraiment différent, une gestion très horizontale du contrepoint, avec une logique de la ligne plutôt que de l'instant, très inhabituelle dans Sibelius, et pas facile à mettre en œuvre !)

En Saga endiablé, ça sonne presque des instruments anciens ! Là aussi, très étonnant, et peut-être bien une référence absolue cette fois !

3. Le lundi 21 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



Concerto pour piano de Boïeldieu, 6 Ouvertures (dont une de Cherubini). Orchestre de la Suisse Italienne, Howard Griffiths. (CPO)

Ce disque a le grand mérite de documenter le délectable Concerto pour piano de Boïeldieu, assez peu enregistré (alors que le Concerto pour harpe, pourtant moins original… !). Son mouvement pastoral à variations (le deuxième et le dernier) est d'un genre absolument anti-virtuose, tout dans la tendre évocation, un délice.

Je n'ai pas grand'chose à dire des Ouvertures, ne goûtant guère les compilations de ces œuvres toutes sur le même patron (même lorsqu'elles sont fabuleusement écrites, comme pour La Dame Blanche)… Griffiths y mêle ici les très célèbres et les très rares.

J'aime beaucoup CPO, et Griffiths a beaucoup fait pour le répertoire du tout premier XIXe, mais ses lectures très cordées et étales ne font pas exactement justice à ce que la musicologie a apporté pour revivifier ces pièces… Donc à défaut de mieux dans l'offre couramment disponible, on prend, mais quand on voit les artistes que CPO mandate par ailleurs, y compris pour ce répertoire, j'enrage en silence de cette occasion manquée de proposer des disques véritablement marquants.

4. Le lundi 21 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



4) Beethoven, Symphonie n°9, Mito Chamber Orchestra, Ozawa

Tous les témoignages d'Ozawa, jusque dans Bach, étant exceptionnels, j'en attendais vraiment quelque chose… et fus déçu. Une bonne Neuvième, bien sûr, mais assez lisse, rien de très singulier ni de particulièrement saisissant, dans une discographie complètement saturée de lectures très abouties / animées / personnelles. Ce serait très bien en concert, mais lorsqu'on a le choix entre des centaines de disques, je ne vois pas vraiment de raison de se précipiter sur celui-ci (et puis la partie de Fujimura étant enterrée dans la partition, même pour elle ce n'est pas la peine).
J'en suis le premier étonné, parce que de Mozart à Berlioz, je ne vois rien qu'Ozawa ait moins que réussi de façon éclatante, alors un Beethoven en sa pleine maturité artistique, je m'étais figuré autre chose.

5. Le lundi 21 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



5) Stenhammar, Symphonie n°2. Göterborg SO, Blomstedt

Comme je suis admiratif de ce chef, qui non content d'être l'un des plus passionnants en activité, continue de proposer des œuvres moins fréquentées, et met sa notoriété au service d'une entreprise d'exploration – je me demande à combien d'exemplaires ça peut se vendre, du Stenhammar par Göterborg et un chef qui n'est pas une vedette des magazines… Tandis que la plupart de ses collègues âgés se recentrent sur leur cœur de répertoire pour finir par ne plus jouer que deux ou trois compositeurs inlassablement répétés (du genre Beethoven-Mahler, Wagner-Bruckner-Brahms…)

C'est d'autant plus méritoire que je ne suis pas certain que les symphonies de Stenhammar soient d'authentiques chefs-d'œuvre – contrairement à sa belle Sérénade d'une pureté primesautière presque mozartienne, et surtout à ses Quatuors, de vertigineux témoignages du romantisme le plus furieux et le pus subtil.
Et, je rougis de le dire, la présente version n'est vraiment pas la meilleure que j'aie entendue – quelque chose de réellement sage et aimable. Mais même Paavo Järvi paraît un peu tranquille dans cette œuvre-là…

6. Le mardi 22 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec

Il me reste encore à parler des Nuits d'Été & d'Harold par Les Siècles, du récital Offenbach de Devos, du Concerto d'Elgar par Hoffman & Arming, de « l'opéra des opéras » de Niquet, du dernier disque du Quatuor Novus… Et quelques autres à écouter, aussi.

7. Le mardi 22 janvier 2019 à , par antoine

David, moi, j'aime bien la première, très cuivrée, de Stenhammar. Et toujours pas de Casella...

8. Le mercredi 23 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec

Je n'ai plus d'image précise de cette Première, j'irai réentendre. J'ai l'impression que la 2 est plus fréquemment enregistrée, aussi.

Il y a des nouveautés de Casella ? J'essaie de les suivre, pourtant.

9. Le mercredi 23 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



6) REINECKE, Intégrale des 5 Quatuors. Reinhold SQ, chez CPO.

J'attachais Reinecke (et je crois que c'est ce que reflète sa discographie) à de jolies pièces galantes avec flûte… Ces quatuors révèlent bien davantage. Sans bouleverser notre représentation des hiérarchies, ils se rapprochent finalement davantage d'une véritable conception romantique, pourvus de mélodies prégnantes et de belles modulations, dans un esprit assez proche de ceux de Schubert – évidemment, pas avec le relief des derniers, pour ça il y a Czerny. Les Quatuors 1 et 5 en particulier bénéficient de mouvements rapides entraînants et marquants, et de superbes mouvements lents suspendus.

Tout cela par les merveilleux membres du Quatuor Reinhold, qui ont déjà gravé de passionnants quatuors d'Eugen d'Albert (majeurs, eux) pour le même label.

10. Le mercredi 23 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



7)
BERLIOZ, Harold en Italie. Tabea Zimmermann, Les Siècles, Roth (HM)
BERLIOZ, Les Nuits d'Été. Stéphane Degout, Les Siècles, Roth (HM).


Quel grain ! En particulier chez Zimmermann, que je n'avais jamais entendue sur boyaux, et qui y est tout aussi extraordinaire, avec une présence hors du commun… chaque son résonne autant que si la corde était à vide, et avec quelle chaleur expressive !
Côté orchestre, il y existent de la belle concurrence, avec des orchestres modernes qui s'accommodent à la vérité fort bien de l'orchestration visionnaire de Berlioz, mais le gain de chaleur et de couleur (à défaut de fondu et de legato, évidemment) est tout à fait considérable et mérite résolument le détour.

Couleurs tout aussi extraordinaires dans les Nuits d'été, mais toujours le mystère du choix de Degout, très en voix (le timbre a vraiment gagné en velours, sans s'étouffer pour autant), mais tellement homogène… Une seule couleur, une seule émission, tout cela est chanté comme un grand air d'opéra, ne tire pas le plus grand parti du détail de poèmes. (Ça fonctionnait merveilleusement dans le lied-héroïque de la Lyrische Symphonie de Zemlinsky…)
Moi, ça me frustre, mais si on écoute juste la musique, c'est très beau assurément. Et Absence donne un très beau contre-exemple au reste du cycle.

11. Le jeudi 24 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



8)
ZEMLINSKY, Trio piano-cordes Op.3 (arrangement du trio avec clarinette). Trio Stefan Zweig (Ars Produktion)
KONRGOLD, Trio piano-cordes Op.1. Trio Stefan Zweig (Ars Produktion)


Quoique constitué d'œuvres rares, ce couplage n'est pas du tout inédit au disque : il existe au moins également chez Philips par le Beaux-Arts Trio et chez Capriccio par le Pacific Trio. De fait, il s'impose assez logiquement si l'on veut des œuvres de qualité de compositeurs viennois « décadents », écrit dans leur jeunesse dans un style encore très postromantique, et d'une notoriété qui ne soit pas nulle.

Le Trio de Zemlinsky sent sa jeunesse, mais celui de Korngold figure, à mon sens, parmi ses meilleures œuvres (les Quatuors à cordes méritent aussi le détour), d'un romantisme très généreux, pas retors ni d'une sophistication ostentatoire, mais réellement raffiné.

Très belle interprétation animée et généreuse, qui communique assez bien la fièvre de ces pages et non sans qualités plastiques.

12. Le jeudi 24 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



9)
« In a Strange Land », œuvres chorales de compositeurs catholiques anglais (pour certains exilés) à la fin du XVIe siècle :
Robert WHITE, Richard DERING, Philippe de MONTE, Peter PHILIPS, Huw WATKINS, et bien sûr DOWLAND et BYRD…
Stile Antico (Harmonia Mundi)


Je ne mesure pas bien si réaliser un programme sur ce sujet relève de la véritable démarche de fond ou du titre bien trouvé, mais la cohérence du propos et la qualité des œuvres me convainquent grandement.

Surtout, les spécialistes de Stile Antico parviennent à forcer simultanément l'admiration pour leur netteté de trait et leur force d'expression très directe, deux qualités qu'on trouve rarement conjuguées chez les ensembles spécialistes de musique a cappella pré-1600.

Pour moi qui trouve souvent que la polyphonie noie la force du verbe, dans ce répertoire, j'avoue avoir été magnétisé par ce disque, là où l'égalité de réalisations parfaites (ou le flou de celles plus expressives-romantisantes) peuvent assez vite me lasser. À réécouter très vite – je connais pour ma part assez mal leur discographie, qui jouit d'une haute réputation outre-Manche, et je m'en vais l'épurer de ce pas.

13. Le jeudi 24 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



10)
BEECKE, Quatuors à cordes, Quintette piano-cordes. Andreas Kirpal, Diogenes SQ (CPO)


Un témoignage précieux de musique de chambre de la fin de l'ère classique, où affleurent un lyrisme et une sophistication plus romantiques. De très belles œuvres élancées et généreuses, servies par la finesse de diamant du Quatuor Diogenes (une des meilleures formations actuelles à mon sens, tous leurs disques sont gigantesques).

14. Le jeudi 24 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



11)
SCHUBERT, Quatuor n°14 « Toûm-yakatatám ». Quatuor Novus (Aparté).
BERG, Suite Lyrique « Crouik-djouïng ». Quatuor Novus (Aparté).


Cette publication du Quatuor Novus représente, dans la discographie dès longtemps saturée du quatuor le plus célèbre de Schubert, un grand coup de frais équivalent à la parution, il y a une dizaine d'années, de la version du Quatuor de Jérusalem. Les publications et les versions ravivées à coup de boyaux et de musicologies ont été si nombreuses que le choc ne peut être le même, mais revoici une lecture très personnelle, et surtout opérante – pas de la radicalité ou de l'effet de manche qui s'émousse.

Le principal point fort de cette version, et qui ne s'émoussera pas, réside dans sa lisibilité absolue : chaque partie est très détachée des autres (les lignes sont moins legate que d'ordinaire), les archets partent plus souvent vers le chevalet (avec un son plus nasal, plus perçant, plus net qui permet d'éviter le fondu), et l'ensemble est comme toujours merveilleusement capté, si bien que l'on entend mieux que jamais auparavant chaque détail écrit.

Pour le reste, version particulièrement bondissante, dotée de belles couleurs, d'accents qui claquent… je n'y trouve peut-être pas les ombres poétiques d'autres de mes chouchoutes (Jerusalem, Ehnes, Alban Berg, Leipziger, Debussy…), mais pour l'élan et l'éclat, on ne fait pas vraiment mieux (en particulier pour le premier mouvement). Grande version à découvrir pour renouveler l'écoute, donc.

(Je n'ai pas écouté la Suite Lyrique, l'une des rares grandes œuvres du répertoire que je n'aime guère. Mais avec ce son et cette approche, je gage que ce doit être encore plus neuf et dépaysant.)

(Leur disque Tchaïkovski est du même tonnel, aussi peu russe que possible, acéré, limpide, lumineux.)

15. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



12)
Bartłomiej PĘKIEL, intégrale
(essentiellement des œuvres chorales sacrées a cappella)
OCTAVA Ensemble (DUX).


(à prononcer « Bartwomieille Pinkièle »)

Quantité de messes et de motets en polyphonie, pour ce compositeur polonais qui écrit exclusivement au XVIIe siècle (1600-1670) tout en restant largement dans une logique esthétique de la Renaissance. Toutefois, il correspond aussi à son ère par sa grande sobriété, son sens du verbe plutôt que de la sophistication contrapuntique.

Comme d'habitude chez DUX une interprétation remarquable, ciselée avec beaucoup de finesse, de variété et de luminosité. Un disque réjouissant qui pourrait être une excellente porte d'entrée pour les baroqueux pas très à l'aise avec la polyphonie vocale – Dum complerentur ressemble à du grand Schütz, mais les messes évoquent vraiment la période pré-1600, de façon moins exotique et intimidante que les véritables œuvres de la Renaissance. Recommandé !

16. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par Diablotin :: site

Bonjour David,

J'ai écouté toutes les symphonies de Sibelius par Järvi/Paris -en ligne sur Q...z, mais dans d'excellentes conditions sonores- : j'ai trouvé cela très bien, mais pas ultime -pour peu qu'une intégrale ultime existe-...
En fait, il est très difficile, me semble-t-il, de rater ces symphonies, et, à de rares exceptions près -Rattle I/EMI dont la prise de son est bien grise, Bernstein / Vienne DGG qui n'est pas tout-à-fait une intégrale-, je les apprécie toutes à des degrés divers.
Sur ce, je retourne à mon écoute d'Uuno Klami, que j'approfondis un peu ces derniers jours...
La prise de son est assez réussie, plus large que profonde cependant, et manque un peu d'assise dans les graves -les contrebasses ne sont pas celles de Berlin, clairement ;-) -.
Conclusion : c'est très bien en effet, mais pas aussi exceptionnel que je m'y attendais à la lecture de ta notule.

17. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Diablotin !

On est d'accord que ce répertoire est très « écrit », donc avec un bon orchestre, il n'y a pas le même risque de se rater qu'en jouant mal du Haydn, c'est certain. Mais tout de même, des intégrales un peu pâles, épaisses, molles, sèches, atones, ronronnantes ou tout simplement mal captées, il y en a (Kamu à Berin, bien sûr ; mais aussi Berglund à Helsinki, à part la 7 ; Volmer-Adelaide…).

Et là, à part Elder, je ne vois pas où l'on entend aussi bien tout (prise de son) ; pour l'interprétation, affaire de goût, mais il y a quand même chez Jârvi un sens très particulier du phrasé flottant, et surtout de la transition organique, qu'on perçoit comme un pont ou un tunnel en général, un moment utilitaire, et dont il fait toujours un événement…
Une fois cela posé, chacun a ses chouchous, et effectivement, ce ne sont pas les belles intégrales qui manquent, en particulier dans les années récentes.

La grande déception est que Klami n'a pas laissé de symphonie (ou que personne n'a daigné les enregistrer, je n'en ai jamais trouvé). Parce que dans le genre sibélien, en effet, c'est très fort. (En général, pour combler cette frustration, j'enchaîne avec celles de Madetoja…)

18. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



13)
« L'opéra des opéras », pot-pourri de tragédies en musique de Lully, Charpentier, Marais, Campra, Destouches, Batistin, Montéclair, Gervais, Bertin de La Doué, Francœur & Rebel, Blamont, Rameau, Leclair, Dauvergne…
Katherine Watson, Karine Deshayes, Reinoud Van Mechelen – Le Concert Spirituel, Hervé Niquet (Alpha).


Je dois avouer qu'à la parution et l'écoute de ce disque, je n'ai pas eu le sentiment de comprendre grand'chose à ce qui avait pu le motiver.

¶ Pourquoi un pot-pourri qui ne permet de rien situer clairement, alors que tant de ces compositeurs demanderaient vraiment d'être documentés (Gervais ou La Doué, ce sera sans doute la première fois que j'en entendrai hors de mes petits doigts et de ma petite glotte) ?
¶ L'intrigue ainsi reconstituée ne fonctionne vraiment pas. On a certes tous les passages obligés d'un opéra, mais juxtaposés, cela renforce l'impression d'artificialité du genre, au lieu de le rendre plus accessible. Même pour un fanatique dans mon genre, ça paraît vraiment formel / artificieux / peu naturel.
¶ Pourquoi cette distribution, de tout le vivier dont on dispose ? Ce sont des voix tout à fait respectables, mais Šašková-Gens-Auvity, ça aurait eu une autre allure, un autre abandon quant au texte et aux situations dramatiques ?
¶ Pourquoi cette pochette hors-sol, qui vise le public étroit des nostalgiques de la télévision des années d'il y a longtemps qui soit aussi amateur de la tragédie en musique ?

À la vérité, je m'aperçois, en prenant un instant de recul, que je sais ce qui s'est passé.

♦ Répertoire de niche (donc qui ne se vend pas) ; or les seuls réels succès sont les pots-pourris du type « Symphonie imaginaire » de Minkowski. Remarquablement interprété, mais qui ne ressemblait pas plus à une symphonie que ce récital ne ressemble à un opéra… et il y avait encore mieux, et plus cohérent, avec les Suites des opéras de Rameau (par Brüggen par exemple). Mais on voit bien en quoi cette accrétion de tubes vendue comme un tout cohérent a un côté plus rassurant, plus définitif, qu'une suite de ballet d'un ouvrage précis, pour le public qui n'est pas déjà amateur du répertoire, ou l'est de façon moins acharnée que d'autres.
♦ Plutôt qu'un récital solo, dans un répertoire où les airs sont très courts (et souvent sur le même patron), un récital en trio qui offre davantage de possibilités (ça m'amuserait tellement plus aussi, dans les récitals Verdi, d'avoir des trios, toujours bien meilleurs que les airs…).
♦ Pour le CMBV, l'occasion de mettre en valeur des raretés qui ne se seraient jamais vendues avec le sticker « premier album Bertin de La Doué ever ». L'habillage visuel de même : les amateurs achèteront quand même, et pour les autres, cela le singularise, parle un langage connu, stimule la curiosité.
♦ Dans la notice, Benoît Dratwicki défend de façon assez convaincante l'inspiration tirée des pots-pourris d'époque, où des opéras entiers étaient constitués de morceaux choisis de compositeurs à succès. (Je ne suis pas convaincu que ce soit du bon opéra pour autant, mais il y a une forme de cohérence dans la démarche musicologique, au moins.)

C'est donc, sous un aspect un peu vain, une entreprise assez philanthropique, à bien y regarder, de promotion de ce répertoire, et dans ce cadre je lui pardonne bien volontiers tous les défauts qu'on voudra lui trouver.

Pourquoi n'ai-je pas été touché, ensuite ? Peut-être à cause de la forme récital, ou de l'attente promise d'un « opéra » (même dépit à la première écoute de la Symphonie imaginaire, pourtant un très beau disque dans l'absolu), sans doute aussi pour des raisons d'interprétation. J'ai l'impression que, comme pour les Musiciens du Louvre, le fait que le chef les réunisse moins souvent leur fait perdre de leur acuité et de leur singularité, par rapport à la grande époque où ils constituaient le pilier de l'exploration du baroque français – tout en restant très beau et pertinent, bien sûr (les Musiciens du Louvre, c'est à un autre degré, ils n'arrivent plus à reproduire la pertinence de leurs Gluck parce qu'ils jouent du XIXe tout le temps, et que les musiciens ne doivent plus du tout être les mêmes, et certainement plus des spécialistes de LULLY !).
Enfin il y a la question de voix : sans chercher du tout à diminuer les mérites et les qualités des interprètes présents (tous de bons, voire de très bons chanteurs), je ne vois pas comment des voix qui mettent autant le texte et la déclamation (pour des raisons techniques structurelles, en amont de la bonne volonté des interprètes) au second plan, si fondues, si peu antérieures, peuvent rendre justice à l'esprit de ce répertoire. C'est une position radicale dans laquelle je ne me sens pas à l'aise, car elle disqualifie par principe des camions entiers d'interprètes valeureux et désireux de servir ce répertoire, mais c'est en tout cas ce que je constate à l'usage.

Je réécouterai, en tâchant de mettre de côté mes attentes déçues (j'avais cru à trois disques d'extraits choisis !) et en prêtant davantage l'oreille à l'intérêt des redécouvertes.

19. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



14)
« Rencontre », récital de mélodies françaises de Raquel CAMARINHA & Yoan HÉREAU (Naïve).


Excellente initiative que ce disque : il s'agit du meilleur répertoire de Raquel Camarinha (qui ne m'a pas tout à fait convaincu jusqu'ici dans les rôles traditionnels d'opéra), une voix fine parfaitement calibrée pour l'exercice, un verbe savoureux (et même, sur scène, un réel abattage dans l'exercice pourtant contraint du récital avec piano).

Pour ce disque, elle a fait le choix de réunir peu ou prou le meilleur de la mélodie française : Ariettes oubliées de Debussy, Shéhérazade de Ravel, Poèmes hindous de Delage, Aragon & Fiançailles pour rire de Poulenc. Et ce sont des interprétations très fines et frémissantes, on trouvera difficilement texte plus clairement énoncé… S'y ajoute le beau piano mobile de Yoan Héreau, dans des pièces particulièrement exigeantes où il ne laisse sentir aucune limite instrumentale – la transcription piano des Shéhérazade !

Un disque qui n'atteint peut-être pas la singularité des meilleurs volumes de Vourc'h, Gens ou Piau, mais qui peut aisément s'y comparer – on y retrouve d'ailleurs des [R] uvulaires assez déments, et des placements finement trompettants qui évoquent les sopranos légers de la Grande Époque.
J'espère donc un prochain disque où elle pourra inclure de la mélodie portugaise, où elle excelle avec tout le naturel qu'on peut deviner… ainsi qu'une poursuite, peut-être pour ouvrir d'autres niches, de ses témoignages de mélodie française !

20. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



15)
Récital « Offenbach colorature » par Jodie Devos, la Radio de Munich et Laurent Campellone (Alpha).


Un très beau récital où s'épanouit la délicieuse voix bien focalisée de Jodie Devos ; des airs souvent rares (voire rarissimes), qui échappent pour la plupart à la virtuosité pyrotechnique mais mettent d'abord en valeur des qualités théâtrales, chose rare (et appréciée) dans les récitals portant colorature au frontispice.

Direction extrêmement pertinente, informée, délicatement colorée, poétique de Laurent Campellone, un des plus grands spécialistes du XIXe français (de tous les temps). Quant à la Radio de Munich, en collaboration avec Bru Zane (et le Château de Versailles !), elle a pris l'habitude de servir ce répertoire assez éloigné de sa généalogie esthétique, et le fait très bien.
[La Radio de Munich est un orchestre distinct de la Radio Bavaroise, quoique résidant dans la même ville et partageant le même chœur – de la Radio Bavaroise. La Radio de Munich est moins prestigieuse et très peu présente au disque, ne fait pas les grandes tournées ni les enregistrements de prestige, donc peu connue des mélomanes non locaux – pour autant, elle m'a jusqu'ici beaucoup plus régulièrement intéressé, en pourcentage, que sa consœur.]

Cela reste un récital, bien sûr, mais quitte à écouter un récital, autant écouter un récital intéressant (et accompli !).

21. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par Diablotin :: site

Les 2 symphonies + la "Symphonie Enfantine" qui est plus ancienne -1928- d'Uuno Klami sont disponibles chez Ondine -Orchestre Philharmonique de Tampere, dir. Tuomas Ollila-, ça date de 1995.
La seconde et la Symphonie Enfantine sont enregistrées en première mondiale -c'est indiqué sur le CD-, ce qui sous-entendrait que la première avait déjà été enregistrée auparavant !?!
C'est très bien, mais on y sent finalement moins les influences de Sibelius que de la musique russe (Tchaikovsky et Stravinsky dans le seconde symphonie) ou même de Ravel (dans la symphonie enfantine surtout). C'est plus dans ses pages inspirées du Kalevala qu'on retrouve des atmosphères "finlandaises" alla Sibelius ou Madetoja.
On trouve tout ça sur les boutiques en ligne hors de nos frontières, les prix sont très variables, mais jamais modiques...

22. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



15)
« V for Valse », récital de Vassilis VARVARESOS.
Pièces pour piano de Schumann, Liszt, Tchaïkovski, Scriabine, Ravel, Moriz Rosenthal (Aparté).


Vu passer cette nouveauté… et comme j'aime beaucoup le Carnaval de Vienne de Schumann, l'occasion d'écouter, sans vraiment m'intéresser à la version. Et surprise ! Une très grande version, probablement même la plus enthousiasmante que j'aie entendue, pour ce bijou : Varvaresos a beau utiliser généreusement la pédale, il conserve une aération du spectre, une clarté impressionnantes. Et cela vaut pour tout le reste du disque, qui contient l'une des Valses de Ravel les plus limpides et dansantes qu'on puisse trouver, ainsi que quelques raretés : une Valse post-chopinienne de Scriabine, une valse de Liszt d'après Schubert, et ce recueil pot-pourri virtuose de Moriz Rosenthal, à partir de valses de Johann Strauß II !

Contrairement à ce qu'on pourrait supposer au vu du titre et des œuvres convoquées, un disque où prime la poésie, assez profond en réalité. Et servi par les prises de son toujours épatantes d'Aparté. Quelle belle surprise !

23. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec

@ Diablotin :

Ah mais oui : J'ai écouté ça, plusieurs fois même… et ça a m'a un peu laissé sur ma faim, effectivement, pas du tout aussi évocateur que ses poèmes symphoniques qui rivalisent avec Sibelius… Tellement que je l'avais occulté !

24. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



16) Concerto pour violoncelle d'ELGAR (et Schelomo de Bloch). Gary Hoffman, Philharmonique Royal de Liège, Christian Arming (La Dolce Vita)..

Chez ce label qui s'est fait une spécialité, me semble-t-il, de rééditer certains enregistrements de la feue Calliope, une autre nouveauté de Gary Hoffman (celle-ci remonte à novembre, mais je viens seulement de l'apercevoir et de l'écouter cette semaine), après ses Sonates de Mendelssohn tout aussi définitives…

J'avais déjà proposé des alternatives à Jacqueline Du Pré (Gastinel-Birmingham-J.Brown en particulier), celle-ci s'y ajoute : Hoffman propose, avec une parfaite sobriété, une variété incroyable d'attaques, de textures, de sons… le tout inscrit dans une musicalité très cohérente, vraiment une sorte d'idéal qui s'incarne (comme à peu près tout ce qu'il touche), et dans un son si beau, ni du violoncelle robuste-épais, ni clair-plaintif, vraiment un équilibre qui s'impose.

La réserve se situe plutôt du côté de l'orchestre (certes très accessoire dans ce concerto), dirige de façon assez globale / opaque / épaisse par Christian Arming, d'un seul bloc, dans une orchestration qui n'est déjà pas un modèle de transparence et de couleurs bigarrées. Ce n'en demeure pas moins une (nouvelle) référence assez incontournable.

25. Le dimanche 27 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



17) Messes chorales polyphoniques de TITELOUZE. Ensemble Les Meslanges (chez Paraty)

On dispose enfin d'un enregistrement des Messes de Titelouze, compositeur emblématique du style Louis XIII à l'orgue, mais dont la musique vocale demeurait largement à documenter, hors de quelques motets. Ces Messes comblent donc un vide essentiel pour comprendre l'évolution du genre de la Messe en France entre Le Jeune et Charpentier (avec pour jalons Formé, Frémart, Le Prince, Boutry…), et la rémanence dans un univers sonore déjà baroque de formes qui demeurent celles de la Renaissance – en musique vocale et en particulier sacrée, le baroque est le triomphe de la monodie, la mise en valeur expressive du texte, l'usage d'instruments non pour doubler mais pour accompagner… Pourtant ces pratiques contrapuntiques demeurent jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et Titelouze, une figure majeure de la musique d'église du temps, manquait dans ce panorama.

À la vérité, et malgré la belle exécution (et la captation très réussie, à la fois ample et très précise), j'avoue ne pas être bouleversé par ce contrepoint très rigoureux, qui ne ménage pas beaucoup de surprises – ce n'est pas Frémart, clairement (ni Pękiel ci-dessus !). Ni même, à mon sens (mais je suis à la vérité assez limité sur cette question) un corpus particulièrement passionnant dans le domaine de la polyphonie post-Renaissance. Pour autant, en disposer, et bien servi, reste inestimable, et je ne puis trop engager chacun à aller se faire son avis.

26. Le lundi 28 janvier 2019 à , par Diablotin :: site

Du coup, je suis allé lire la notule consacrée au concerto pour violoncelle d'Elgar, pour voir quelles autres alternatives tu proposais : je n'y ai trouvé aucune des miennes, dans un concerto que j'aime vraiment beaucoup, et qui sont, sans ordre de préférence :
• Weilerstein / Staatskapelle Berlin -Barenboim, Decca 2012 -ça y est, tu es tombé de ta chaise :-D !!!
• Starker / Philharmonia - Slatkin, RCA 1992
• Maisky / Philharmonia, Sinopoli, DGG 1990. -Plus généralement, j'ai toujours trouvé Sinopoli excellent dans Elgar, où il se montre moins singulier que dans d'autres oeuvres-.
La seconde version dirigée par Elgar himself -1928, violoncelle : Beatrice Harrison- est intéressante historiquement, et beaucoup moins "dégoulinante" que bien des versions postérieures, malgré l'usage abondant du portamento -le son est excellent pour l'époque, c'est un enregistrement électrique de belle qualité-.

27. Le mardi 29 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec

Je vais dupliquer ton message sous la notule en question, où il sera utile aux lecteurs futurs… je t'y réponds !

28. Le mardi 29 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



18) Récital Ian BOSTRIDGE, Seattle Symphony, Ludovic MORLOT (chez Seattle Symphony Media).
Mélodies orchestrales : Nuits d'Été de BERLIOZ, Séhérazade de RAVEL, Baudelaire de DEBUSSY (orchestration de John ADAMS).


Un beau disque très bien capté, où Morlot fait des merveilles avec un orchestre que Gerard Schwarz avait rendu incontournable dans la documentation du patrimoine américain, mais dans un son beaucoup plus banal et gris pour le reste du répertoire. À la fois du moelleux, de l'aération et de la couleur, entre les ingénieurs et le chef, la métamorphose est complète ! Avouerai-je que j'ai trouvé l'orchestre plus enthousiasmant même que les excellents Siècles qui viennent de faire paraître leurs propres Nuits d'été (cf. disque #7) ?

Ces Nuits sont une surprise réellement délicieuse : le français de Bostridge est toujours aussi bizarre, sons contraints, apertures aléatoires… mais son expressivité contournée fait des merveille, l'expression est adroitement soulignée, ni prévisible, ni aléatoire. Extrêmement attachant, une des lectures les plus émouvantes de ce cycle, pour moi – et l'un des assez rares témoignages avec voix masculine.

Le reste m'a paru moins fondamental. Là plus encore, très original d'enregistrer les Shéhérazade pour voix masculine – à part Konrad Jarnot (pour baryton, donc, et c'était avec piano), il n'y a pas foule –, et l'ensemble est très réussi, mais j'y trouve l'empreinte verbale moins forte, peut-être parce que l'écriture en est plus sophistiquée, et qu'il ne se produit donc pas le même décalage que dans les Nuits assez épurées. Autrement, la voix ne vieillit pas d'un pouce (sauf tout en haut, le sib3 de « haine » est tout de même assez méchamment petit et poussé, seule trace d'une diminution des moyens – on se demande comment ça peut passer en studio, un truc comme ça, mais il aurait été tellement dommage de jeter le disque pour si peu…).

Quant aux Baudelaire de Debussy, l'un de ses cycles les plus originaux et ambitieux, on m'avait prévenu, l'orchestration d'Adams est, étrangement, très cordée, peu saillante, noie les harmonies plutôt qu'elle n'exalte (ou invente…) des couleurs. Donc une bonne interprétation vocale, mais pas de plus-value de ce côté-là, pas la découverte attendue.

Mais j'insiste, si l'on n'a pas peur de l'étrangeté, les Nuits d'été méritent vraiment le détour !

29. Le mardi 29 janvier 2019 à , par DavidLeMarrec



19)
« Immortal and Beloved » (chez Analekta)
Cycles de BEETHOVEN (An die ferne Geliebte) et James K. WRIGHT (Briefe an die unsterbliche Geliebte).
BEETHOVEN, Trio n°7 pour piano et cordes « Archiduc ».
David John Pike (baryton), Trio Gryphon (dont Jamie Parker au piano également pour la Ferne Geliebte).


Jolie construction programmatique : on glisse du cycle voix-piano au trio avec piano grâce à l'inclusion d'une pièce de 2012 de James Wright, mise en musique des fameuses lettres à l'Immortelle bien-aimée de Beethoven pour voix moyenne et trio piano-cordes, pendant adroit à la bien-aimée lointaine du cycle dont il est l'auteur musical.

La pièce contemporaine, d'un langage assez traditionnel, ne m'a pas particulièrement marqué (en première écoute), et le trio est finalement réduit à un rôle d'accompagnement qui aurait pu échoir à un piano seul (alternative lucidement suggérée par le compositeur lui-même). L'interprétation du trio non plus ; les Canadiens, qui ont enregistré pour les labels les plus divers, ne sont pas les plus ardents défenseurs de Beethoven, en une période où nous sommes saturés d'enregistrements de jeunes gens exaltés. Se détache tout de même la netteté éloquente du piano de Jamie Parker.

La belle surprise tient surtout dans la belle lecture de David John Pike du cycle vocal de Beethoven : conception très sobre, assez verticale, dépourvue d'effet, mais les mots y sont clairement énoncés, les accents émis avec autorité… quelque chose de simple et évident, qui en fait finalement une des très bonnes versions de ce cycle.

30. Le vendredi 1 février 2019 à , par DavidLeMarrec



20)
Benjamin BRITTEN, Chœurs a cappella :
RIAS Kammerchor, Justin Doyle (Harmonia Mundi).


Une divine surprise, à tous les niveaux : retrouver le RIAS Kammerchor sous son meilleur jour (je le trouvais un peu épaissi dernièrement, toujours aussi moelleux mais moins pur), au niveau de ses Brahms irradiants avec Creed. Le moelleux et le rayonnement ; la diction est peut-être un peu floue, mais dans des chœurs, a fortiori anglais, c'est toujours difficile, et pas aussi essentiel que dans d'autres répertoires.

Ensuite pour le choix des œuvres. Sacrées d'une part (Ad majorem Dei gloriam, Un Hymne à la Vierge, Hymne à sainte Cécile…), et surtout deux corpus profanes rarement joués et d'une beauté suffocante, très différentes des couleurs habituelles de Britten. Les Danses Chorales de Gloriana d'une part, qui assument leur part d'archaïsme et de références à la Renaissance, tout en conservant la logique et la richesse d'un langage du XXe siècle, en rien néoclassique – le résultat fait plutôt penser aux grands maîtres nordiques de la musique pour chœur. D'autre part les Flower Songs, de petites merveilles étonnantes qui, par endroit, évoquent les meilleurs moments du War Requiem, sous une forme dépouillée et dans un contexte optimiste assez inattendus.

Très très beau disque.

31. Le vendredi 1 février 2019 à , par DavidLeMarrec



21)
Psaumes et motets de MEYERBEER, arrangés pour cordes & piano par Dario Salvi (chez Naxos).
Andra Chudak (soprano), Jakub Sawicki (piano & orgue), Neue Preussische Philharmonie, Dario Salvi (arrangements & direction).


Enfin un peu de documentation dans le grands legs allemand de Meyerbeer qui, tandis qu'on connaît assez bien ses opéras parisiens et qu'à défaut de les jouer, on mentionne souvent ses opéras italiens (loin d'être tous documentés, mais comme je ne les trouve pas bons, je ne pleurniche pas trop fort).

Ce disque couvre donc une part de sa musique sacrée de langue allemande (plus un Pater noster), incluant de grandes pages symphoniques qui n'ont peut-être pas l'originalité de ses opéras français (encore que… en orchestration originale ?), mais manifestent, même en réduction, un sens aigu du drame et du phrasé éloquent.

Quoique limité aux pièces avec soprano solo, on y croise beaucoup d'éléments très divers… certains évoquent plutôt l'héritage classique mozartien, d'autres les motets sulpiciens de Saint-Saëns et Dubois, tandis qu'on retrouve par endroit la hardiesse de ses élans d'opéra. La pièce la plus immédiatement saisissante est sans doute le Pater Noster qui débute comme « Ombra mai fu » et poursuit dans une veine plus tuilée postromantique façon Adagio de Barber, tout en ménageant quelques volutes d'un mineur bien mozartien… un moment de suspension assez ineffable.

Les réductions de Dario Salvi fonctionnant très bien (et très bien exécutées), on dispose en outre d'un entre-deux chambriste et moelleux extrêmement agréable pour soutenir la documentation très stimulante (et touchante) de ce répertoire. Sans révéler peut-être de chef-d'œuvre qui bouleverse vos représentations, de quoi faire largement mieux que satisfaire le curieux !

32. Le samedi 2 février 2019 à , par DavidLeMarrec



22)
BERLIOZ-HEISSER, La Symphonie Fantastique arrangée pour « piano vis-à-vis ».
Jean-François Heisser, Marie-Josèphe Jude (Harmonia Mundi).


Sur un Pleyel spécial de 1928, comportant un seul corps, mais deux claviers face à face, le couple a enregistré cet arrangement maison de la fantastique. Très beau, mais j'avoue ne pas y avoir trouvé de plus-value particulière, comme dans d'autres transcriptions : j'entends bel et bien une réduction, sans bénéfice particulier dû à l'instrument ou à la radiographie piano. Il faut dire que l'orchestration de Berlioz permet si bien de tout entendre, et avec les couleurs les plus bigarrées, l'exercice est toujours périlleux pour l'arrangeur.

De même pour le piano : bel instrument ancien, peut-être moins puissant que deux piano, mais dont le timbre, un peu plus chaleureux, ressemble tout de même beaucoup au piano moderne, du moins dans l'enregistrement.

Très beau, mais pas aussi singulier que je l'aurais espéré. (La grande réussite de l'arrangement reste l'évocation de la résonance des cloches avec des frottements de demi-tons, qui offrent, pour le coup, un relief saisissant au sabbat final !)

33. Le samedi 2 février 2019 à , par DavidLeMarrec



23)
Hugo WOLF, Italienisches Liederbuch.
Diana Damrau, Jonas Kaufmann, Helmut Deutsch (Erato).


Après la tournée, voici le disque. L'idée était de rendre plus accessible ce pan assez exigeant du lied, en confiant un cycle de Wolf (certes un Wolf plus truculent que d'ordinaire, même si ce cycle n'a pas la saveur pittoresque, à mon sens, du Spanisches Liederbuch) au prince des accompagnateurs, flanqué de deux vedettes du chant actuel – vedettes qui ont leurs habitudes dans le récital de lied, tout de même.

Et le projet est pleinement réussi : on peut aimer des approches plus sobres, exaltant davantage le verbe, soignant davantage le timbre, mais le résultat demeure que ces vignettes prennent remarquablement vie. Damrau n'est plus la soprane brillante qu'elle fut, mais dans un registre plus central, presque mezzo, elle a conservé la saveur de ses intentions (ce qui est beaucoup moins patent dans ses rôles actuels à l'Opéra !). Quant à Kaufmann, il joue à plein l'emportement et la fièvre, avec le talent qui est le sien ; pas du lied réellement poétique, mais ces courtes pièces contrastées et assez joueuses s'y prêtent complètement. Quant à Deutsch, densité et esprit, comme toujours.

Je ne sais pas si cela ravira les meilleurs connaisseurs de ces pièces (il existe quelques autres beaux attelages plus pudiques et subtils – peut-être pas si l'on inclut le piano !), mais il y a là amplement de quoi se régaler, et peut-être d'autant plus pour les moins familiers de Wolf, que cette entreprise pourrait permettre d'aborder – et Dieu sait que ce n'est pas le compositeur de lied qui se livre le plus aisément !

34. Le dimanche 3 février 2019 à , par DavidLeMarrec



24)
Friedrich Ernest FESCA, Psaumes 9 et 103,
Franz DANZI, Psaume 128, Ouverture pour la tragédie Viola, Cantate Preis Gottes.
Bachchor Karlsruhe, Camerata 2000, Bernhard Gärtner (CPO).


Très bonne idée que ce volume documentant deux compositeurs bien connus de nom par les mélomanes (Fesca jouissant d'une réputation flatteuse, Danzi surtout connu pour quelques mouvements de sérénades), et témoins de l'esthétique musicale allemande hors des grands pôles, dans les toutes premières années XIXe siècle, à la conjonction des langages classique et romantique.

Le rapprochement des deux compositeurs est assez évident : outre qu'ils ont exercé dans les mêmes années dans la même partie de l'Allemagne, ils ont tout deux fini leur vie en occupant des fonctions musicales éminentes à Karlsruhe, l'un après un poste à Kassel, l'autre à Stuttgart.
C'est donc une exploration tout à fait passionnante. Et ce sont, en bonne logique, des ensembles locaux qui se proposent pour mener la redécouverte – comment CPO n'aurait-il pas été intéressé ?

Les Psaumes de Fesca (grand violoniste du temps, considéré comme un égal de Spohr), encore très marqués par le style classique, ne m'ont pas paru (à la première écoute, n'est-ce pas !) proposer de saillances particulières, hors cette petite volute répétée qui évoque l'Adagio de la Troisième de Bruckner – le meilleur moment de cette symphonie, cette étonnante touche archaïsante que je croyais évoquer un Haendel fantasmatique et qui correspond donc bel et bien à une réalité, mais plus tardive.

Chez Danzi (chef d'orchestre important, notamment à Munich), la grande cantate « Gloire à Dieu » avec solistes est ce qui attire le plus l'attention : on y trouve des palpitations typiquement mozartiennes (formule du début d'Exultate, jubilate), mais aussi des élans lyriques qui tiennent davantage de Schumann (très étonnant d'entendre des bouts des Scènes de Faust dans une pièce écrite au début des années 1820 !). C'est réellement le clou du disque, qui ménage aussi des dispositifs rarement entendus au disque, comme cet air de soprano avec chœur, traité en symbiose comme dans les airs de basse accompagnés, dans les Passions de Bach, mais dans le goût de quelqu'un qui a clairement entendu Beethoven (les petites ritournelles en tuilages de bois !). Une bien belle découverte à faire.

Le reste du disque, indépendamment du caractère indispensable de ce qu'il documente, m'a moins ébloui : dans ce concert de 2016 capté par la SWR et publié aujourd'hui par CPO, destiné à célébrer le bicentenaire de l'édification de l'église luthérienne locale, le chœur, manifestement amateur (voix « plates ») manque un peu de relief, de même que l'orchestre, très modestement articulé et coloré (là aussi, vu le niveau hallucinant de chaque orchestre de ville moyenne en Allemagne, ce pourrait être un orchestre amateur – mais aussi bon que nos orchestres de cacheton français !). Tout est en place, mais dans des œuvres qui ne sont pas les plus surprenantes du monde, il n'est pas toujours évident, sans être dans la salle, de se laisser emporter seulement avec un disque.

Donc un nouveau document indispensable de CPO, mais pour ceux qui ne sont pas déjà intéressés par ce répertoire, pas forcément la bonne médication. Contentez-vous peut-être, pour commencer, de découvrir la cantate de Danzi qui clôt le disque, et qui apporte le plus d'étonnements (avec une soprane et un ténor solos excellents).

35. Le dimanche 3 février 2019 à , par luisa miller

La Fantastique par Heisser et Jude ? Parbleu voila qui est alléchant. Ca donne quoi après écoute?

36. Le dimanche 3 février 2019 à , par Benedictus

hors cette petite volute répétée qui évoque l'Adagio de la Troisième de Bruckner – le meilleur moment de cette symphonie, cette étonnante touche archaïsante que je croyais évoquer un Haendel fantasmatique et qui correspond donc bel et bien à une réalité, mais plus tardive.


En fait, ta première hypothèse était peut-être la bonne, et ce Haendel pas forcément si fantasmatique que tu le dis: il existe à la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Florian plusieurs cahiers de brouillon de Bruckner, dans lesquels on trouve pas mal de copies de maîtres anciens, et en particulier de Haendel (ce qui m'a un peu surpris) et de Heinrich Isaac.

37. Le dimanche 3 février 2019 à , par DavidLeMarrec



25)
« Si vous vouliez un jour… », Airs sérieux & à boire vol.2
Airs de cour de Moulinié, Lambert, Le Camus, Charpentier,
Les Arts Florissants (Harmonia Mundi).


Dans la suite du très beau premier volume (ils donnent actuellement des concerts pour le troisième de la série, avec beaucoup de Guédron !), les meilleurs solistes vocaux et instrumentaux des Arts Florissants donnent un nouveau cycle de sélections du XVIIe français.

Toujours le même charme de cette alternance entre airs polyphoniques et monodiques, qui donne à entendre le plus vaste éventail des tons disponibles dans ce répertoire très spécifique.
Je suis modérément convaincu ici par l'utilisation du français restitué – qui met, pour des différences mineures, assez à distance des œuvres conçues au contraire en proximité ; il paraît, avec pourtant les mêmes choix, d'un autre naturel chez Il Festino, le disque à posséder pour ce répertoire (« Airs sérieux de Lambert et Le Camus », chez Musica Ficta) –, mais les dictions sont assez claires pour qu'il n'entrave pas l'intelligibilité. (Disons qu'il y a un petit côté figé et un peu opératique dans cette belle vision des Arts Flo.)

Je trouve aussi le corpus moins exaltant, peu de pièces m'ont profondément touché, alors que le disque est calibré pour mes goûts. Si vous n'avez pas écouté le premier volume, il est donc prioritaire – et je gagne que le prochain, Guédron aidant, sera lui aussi plus électrisant.

C'est bien sûr chipoter : j'ai été déçu de ne pas être transporté, même après plusieurs écoutes, mais c'est un disque remarquablement préparé qui ne souffre pas beaucoup de réserves en réalité (sauf peut-être le choix des airs ?).

38. Le dimanche 3 février 2019 à , par DavidLeMarrec

@ Luisa : J'en parle juste au-dessus de ton message. :)

@ Benedictus : Oui, il est fort probable que Bruckner ait davantage étudié Haendel que Fesca ! Mais disons que ça ressemble à un pastiche du Messie version romantisée, donc pas du tout du Haendel-type (je n'ai jamais entendu cette formule exacte dans du Haendel), alors que dans ce Psaume de Fesca, elle était bel et bien concrètement présente ! Bien sûr, Fesca n'a pas dû exercer d'influence sur Bruckner, mais l'image que je me faisais de la référence haendelienne n'était pas si évidente qu'il y paraissait…

39. Le jeudi 14 février 2019 à , par Benedictus

Bon... juste quelques remarques:
1. Sibelius / Rouvali
À tout seigneur, tout honneur: c’est ici même que j’avais découvert ce disque avant d’en lancer la hype sur classik. Mais c’est vraiment un enregistrement exaltant (déjà, rien que pour que j’achète une nouveauté en grand répertoire symphonique...)
2. stile antico
Je n’ai pas encore écouté ce disque-là, mais ça ne saurait tarder - et il est peu douteux que ce soit en effet très, très bien: j’avais beaucoup aimé leur disque consacré aux polyphonies Tudor, The Phoenix Rising; en revanche, pour ce que j’ai entendu d’eux dans des répertoires «continentaux» (les Répons de Ténèbres de Victoria et une anthologie Palestrina / Gombert / Lassus / Victoria autour du Cantique des cantiques), ils ont vraiment le défaut que tu signales: l’égalité de réalisations parfaites qui lassent assez vite (ça souffre vraiment de ce manque de grain et de cette réserve expressive qui caractérise souvent les chœurs anglais.)
3. Le récital de Raquel Camarinha
À essayer de te lire entre les lignes, je n’arrive pas à savoir si c’est le genre de disque que je vais adorer ou un de ceux où je laisserai plutôt tomber un giscardien «oui, mais...»
4. Les chœurs a cappella de Britten
Tu ne connaissais pas les Flower Songs et les Danses Chorales de Gloriana? Si j’avais su, je te les aurais recommandées... Cela dit, je pense que tu n’aurais pas forcément accroché avant ce disque-là (que je n’ai pas encore écouté, mais que j’imagine volontiers incomparablement supérieur à toutes les versions existant jusque là.)
5. Italienisches Liederbuch
J’imagine que le dernier paragraphe s’adresse plus ou moins à des gens comme moi... Tu pensais à Christiane Oelze / Hans Peter Blochwitz / Rudolf Jansen (Berlin) et Soile Isokoski / Bo Skovhus / Marita Viitasalo (Ondine) comme «beaux attelages plus pudiques et subtils.» Au demeurant, j’avais été plutôt agréablement surpris du résultats - et de toute façon, je trouve extrêmement méritoire de la part de Kaufmann et Diana Damrau d’avoir fait ce disque (et cette tournée.)
6. Airs sérieux & à boire
Ce que tu dis là du volume 2, c’est en fait ce que j’avais déjà pensé en écoutant Bien que l’amour... (Y compris la recommandation alternative du disque Douce Félicité d’Il Festino avec ta chouchoute Dagmar Šašková.) Tu crois que dans Guédron, les Arts Flo’ feront mieux que Lefilliâtre, Goubioud, Mauillon & Co.?
7. Das Schloss Dürande
Il y a le visuel, mais toujours pas la recension? Peut-être envisages-tu une notule plus longue? (J’enrage: c’est moi qui avais signalé la sortie, mais je n’ai toujours pas reçu mon exemplaire. Les postes suisses ont apparemment une réputation à tenir...)

40. Le jeudi 14 février 2019 à , par DavidLeMarrec

Merci pour ces retours, Benedictus !

Sibelius / Rouvali => Vu d'abord en salle (rare qu'on ait la première, en tout cas hors intégrale, faite il y a peu et en même temps par les deux principaux orchestres explorateurs de Paris…), j'y allais juste pour entendre l'œuvre et j'avais été cueilli par l'originalité de la pensée, vraiment une relecture à nu, comme absolument libre de toute la tradition. Pas d'effets spectaculaires à signaler, juste que la pensée des équilibres et des articulations, sans forcer du tout l'esprit de la partition, est très différent. (On rencontre ça aussi, à un moindre degré, dans l'intégrale Saraste – mais c'est moins neuf et saisissant, je trouve.)

Stile Antico => C'était ma découverte de l'ensemble. Effectivement, il est souvent difficile de s'exporter dans des répertoires plus « lyriques » pour ce type d'ensemble – de façon plus spectaculaire, la Liberazione par Huelgas ou de F. Cacciniles motets de Bach par les Hilliard (par deux fois), ce n'est pas très convaincant (que c'est rigide). Et même à répertoire contigu, comme tu dis, il y a quelquefois cette froideur. Je n'ai cela dit rien entendu de semble chez Stile Antico que j'ai trouvé étonnamment vivant et chaleureux dans un répertoire qui n'est pourtant pas celui où je me sens d'emblée le plus à l'aise. [De toute façon, les tubes Renaissance ne seront pas mon premier choix dans leur discographie…]

Camarinha => Vu ce que tu viens de (mé)dire sur A.-C. Gillet dans un forum voisin, je ne me permets plus de rien pronostiquer. Ce n'est pas le disque de l'année, sans doute, mais une fois accepté qu'il s'agit d'œuvres célèbres et d'une version piano, ça se hisse très haut en matière de sobre intelligence musicale et textuelle. Vraiment quelque chose qu'on prend du plaisir à écouter, et à mon avis plus convaincant que la plupart de ce qui existe.
Tu devrais en tout cas aimer. Ensuite adorer, ça se joue sur la frange entre « géniale sobriété » et « réserve ».

Britten a cappella : Gloriana, forcément que si, puisque j'ai écouté l'opéra en entier (une fois). Les Flower Songs, vu la quantité de disques que j'ingurgite, probable aussi, c'est quand même un ensemble choral relativement important d'un compositeur franchement incontournable. (Ayant vu du Britten choral en concert çà et là, il n'est pas impossible que j'en aie même entendu des bouts en salle !)  Mais dans tous les cas, je n'avais jamais remarqué leur intérêt !
Très belle version, effectivement lorsqu'on retrouve la RIAS de l'époque Creed, ça souffre peu la comparaison (ou alors il faut partir vers un genre plus diaphane et tranchant).

Wolf par H. Deutsch : Ça s'adresserait à toi si je ne connaissais déjà ton avis. :)  Oui, effectivement, Isokoski ou Blochwitz, ça correspond tellement plus à ce qu'on peut attendre dans ce répertoire lorsqu'on en est habitué, une expressivité travaillée, mais plutôt en-dedans, des voix plus légères.
Mais je trouve que le disque est vraiment réussi, je crois que je n'ai jamais été aussi intéressé par ce cycle (qui souffre toujours de la comparaison avec le Spanisches, pour moi – comme je ne les écoute pas beaucoup, l'Italien passe souvent par pertes et profits quand je remets Wolf sur le métier).

Airs sérieux & à boire 2 : Le disque du 1 était un peu figé aussi, c'était moins vrai en salle (petite mise en espace minimale, et puis le plaisir de voir ça en vrai). En tout cas la philosophie est totalement différente des ensembles que tu cites, aucune recherche de l'ambiance folklorique chez les Arts Flo, plutôt tournés vers l'hypothèse « opéra miniature ».
Donc non, leurs Guédron ne sont pas meilleurs, vraisemblablement, mais… ce ne sont pas les mêmes !!  Donc je prends, goulûment. Par ailleurs il y aura Negri, Auvity, Mauillon et Costanzo, je crois bien, donc côté éloquence, on n'aura pas trop à se plaindre.

Das Schloß Dürande : J'avais commencé à écrire et à installer imprudemment la pochette, mais il y a finalement beaucoup trop à dire (entre l'intérêt vertigineux de l'œuvre, la polémique sur l'édition, l'excellence absolue de l'interprétation). Spoiler pour les autres : c'est le disque de l'année, voire du lustre écoulés.

41. Le vendredi 15 février 2019 à , par DavidLeMarrec



26)
Louis Antoine LEFEBVRE, Clérambault, Montéclair, Courbois
Cantates baroques françaises
Eva Zaïcik & Le Consort


Exhumation par Le (Taylor) Consort d'un compositeur qui écrit très tardivement de la cantate dans les années 1740 (le genre étant créé dans les années 1700, et surtout en vogue dans les années 1710 et 1720), en conservant le style de ses débuts… Pour autant, corpus de premier intérêt, qui manifeste une sorte de décantation dans la pensée des meilleurs moyens expressifs liés au genre, et qui touche juste, à chaque fois.

L'exécution en est suprême : la chair et l'éloquence d'Eva Zaïcik ont peu d'équivalents sur le marché baroque, tandis que son accompagnement (en particulier le continuo très subtil du clavecin de Justin Taylor, varié mais sans effet spectaculaire, toujours dans la juste mesure de ce qui sert le chant et la situation – d'autant plus admirable qu'il s'est fait d'abord une notoriété comme soliste) se situe lui aussi sur les cîmes du goût juste et de la passion véritable.

J'avais recommandé l'antique disque des Arts Florissants comme point d'entrée… Je crois (je sais) que celui-ci constitue le second disque à posséder absolument pour documenter ce répertoire à son plus haut degré d'incandescence.

42. Le vendredi 15 février 2019 à , par DavidLeMarrec



27)
Gioachino ROSSINI ; Franz Anton HOFFMEISTER
Sonates pour cordes 4,5,6 ; Quatuor-Solo 3,4
Minna Pensola, Antti Tikkanen, Tuomas Lehto, Niek de Groot (BIS).


Second volume de cette double intégrale de quatuors dans le format inhabituel violon-violon-violoncelle-contrebasse.

Les Sonates de Rossini sont bien connues, écrites à l'âge de 12 ans dans un style essentiellement mélodique et galant (premier violon et accompagnement), dotées une douce grâce lumineuse très prégnante.

Ce disque en propose une lecture avec beaucoup de grain, sans relief extrême non plus, assez conforme à l'esprit des œuvres : de la couleur, de la mélodie, pas forcément du drame ni de la profondeur. Prise de son très aérée mais précise de BIS, peut-être la maison qui capte actuellement le mieux la musique de chambre. (Outre l'intérêt du contenu, les Quatuors de Stenhammar par le Quatuor Stenhammar ou les Quintettes à cordes de Mendelssohn par le Quatuor Mendelssohn – oui, je sais, l'imagination au pouvoir… – sont des objets de jouissance pure en matière de prise de son, à la fois amples et très nets.)

Hoffmeister utilise le même effectif totalement à rebours : ici, c'est la contrebasse qui est soliste (il existait une grande tradition de traits et solos de contrebasse dans la Vienne du tournant du XIXe siècle), d'une façon beaucoup virtuose – avec beaucoup de démonstration, et à mon sens moins de séduction musicale. Mais la mise à disposition de cet objet étrange pique évidemment la curiosité, et mérite d'y jeter une oreille. Pour apprécier Hoffmeister, je recommande plutôt son legs du côté du genre du quintette avec clarinette, où l'on entend tout autrement sa science musicale et sa sensibilité singulière.

43. Le vendredi 15 février 2019 à , par DavidLeMarrec



28)
Wolfgang Amadĕ MOZART
Symphonies 40 & 41
NDR Radiophilharmonie Hannover, Andrew Manze


Après avoir vedette de la violonité baroque, Manze, au même titre que Christoph Poppen, devient une figure importante de la direction d'orchestre dans le répertoire romantique.
Ses Brahms totalement renouvelés avec Helsingborg (du Brahms net et nervuré, loin du fondu global qu'on entend toujours dans ces œuvres), ses Mendelssohn « objectifs » avec Hanovre (dont il est chef permanent depuis 2014), ses sobres Vaughan Williams avec Liverpool (dont il est premier chef invité) l'ont récemment mis à l'avant de la scène.

Son intégrale Brahms est pour moi la plus belle de toute la discographie. Par ailleurs j'adore aussi la Radio de Hanovre – attention, ce n'est pas le même orchestre que, celui plus célèbre, « Symphonique de la NDR de Hambourg » (l'orchestre de Tennstedt, Wand, Gardiner, Blomstedt, Dohnányi, Hengelbrock !), aujourd'hui « NDR Elphilharmonie Orchester ». La Radio de Hanovre a gravé en particulier des merveilles pour CPO, dont une intégrale des Symphonies de Sinding (corpus d'une qualité vertigineuse) dans les meilleures conditions sonores possibles – avec Dausgaard pour les 1 & 2, Porcelijn pour les 3 & 4.

C'est pourquoi, malgré le programme usé jusqu'à la corde du génie, j'écoutai ce disque, dont on m'a par ailleurs dit beaucoup de bien.

Je n'en attendais pas un bouleversement de mes inclinations (plutôt du côté d'Harnoncourt Concentus Musicus, Menuhin, Harnoncourt Concertgebouw pour la 40 ; Mackerras Prague & Écosse, Menuhin, Gardiner pour la 41). Je ne fus pas déçu de ce côté-là.

Lecture très traditionnelle, très calme et équilibrée. Spectre sonore où dominent les cordes, et que colorent peu les bois, accentué par la prise de son toujours peu naturellement contonneuse de PentaTone. Se pose alors la question : pourquoi enregistrer ça ? C'est tout à fait décent bien sûr, mais l'intérêt d'enregistrer des ultimes de Mozart sans aucun trait distinctif, voire un brin tranquilles ?

Il n'y a que le final de la 41 qui laisse entrevoir une ivresse fuguée et un peu de lâcher-prise. Mais je crois que c'est pareil dans toutes les versions.

44. Le vendredi 15 février 2019 à , par DavidLeMarrec



29)
Gustav MAHLER
Symphonie n°3
Sara Mingardo, Gürzenich de Cologne, François-Xavier Roth (Harmonia Mundi).


Entre Roth qui fait des étincelles en renouvelant un Mahler clair et articulé avec Les Siècles (la Première, donnée sur des instruments de même facture qu'à la création !) et le Gürzenich qui a commis récemment, avec Markus Stenz, l'une des plus belles intégrales Mahler jamais gravées, on pouvait s'attendre à beaucoup. Mais à quoi cela ressemblerait-il ?

Lecture assez traditionnelle à la vérité (j'ai même eu un peu peur dans ce premier mouvement qui paraît assez peu renouvelé, et quelques poussées de trombone franchement grasses), mais qui s'épanouit avec deux gros points forts :

¶ les sections intermédiaires pépiantes / folklorisantes / dérisoires sautillent en irisations assez fascinantes, d'une rare beauté, d'une insolente clarté (le Comodo, et ce n'est pas un mince compliment, y devient une scène d'action, passionnante) ;

¶ l'ensemble est parcouru d'une tension remarquablement bien maintenue, jusque dans les mouvements contemplatifs. Ce n'est pas « dramatique » pour autant (les mouvements extrêmes en témoignent, bien tenus sans ressembler à une course à l'abîme ou un Te Deum), mais constamment en progrès, ce qui permet d'atteindre le difficile programme de symphonie-monde, qui paraît pour une fois totalement relié et cohérent.

Très belle référence. Évidemment la discographie est si généreuse que chacun aura ses inclinations propres (Tennstedt-Minnesota, Rögner-Radio de Berlin, Salonen-Los Ángeles, Levine-Chicago, Ozawa Boston, Litton-Dallas, Kondrachine-Moscou, en ce qui me concerne… et aussi Stenz-Gürzenich, d'ailleurs), mais celle-ci me paraît aboutie de part en part, un bon point d'entrée par exemple.

De quoi se consoler de ce que le label Harmonia Mundi, de pionnier courageux du baroque inédit, soit devenu une usine à enregistrer des tubes par des gens à la mode… (Car ce ne fut pas toujours du niveau de ce disque-là !)

45. Le samedi 16 février 2019 à , par Benedictus

Merci pour la veille discographique, je vais donc tâcher d’écouter ce que donnent le 26 (mais le chant et le timbre d’Eva Zaïcik ne risquent-ils pas de me paraître un peu proprets par rapport à Noémi Rime dans Clérambault?) et le 29 (tant mieux si c’est bien, je n’avais pas été vraiment emballé par [url= http://classik.forumactif.com/t1602p250-mahler-5eme-symphonie#1127322]la 5ᵉ des mêmes[/url].)

46. Le samedi 16 février 2019 à , par DavidLeMarrec

En vrai, Zaïcik a une présence incroyable, rien de propret, c'est ample vocalement et généreusement dit. Au disque, peut-être que a peut paraître trop confortable (mais j'ai vu quatre fois cet ensemble en deux ans dans des cantates françaises, donc mon écoute du disque est profondément imprégnée de l'expérience en salle…). C'est quand même vraiment grand, et on ne croule pas exactement sous les disques engagés et dans un français de qualité (même les Clérambault du Concert Spirituel paraissent assez prudents et ternes…). Donc à essayer.

Pour Roth, effectivement lecture tradi, il ne faut surtout pas en attendre la même chose que ses relectures avec les Siècles, mais ici, il éclaire tout de même avec beaucoup de vivacité les pans les plus faibles de la partition, sans relâcher la tension dans les moments capitaux non plus… J'avais lu tes réserves pour la Cinquième, mais ici, c'est diablement réussi.

(Tu aurais pu en profiter pour râler contre le changement de politique de HM, tout de même.)

47. Le samedi 16 février 2019 à , par DavidLeMarrec



30)
Mendelssohn, Trios piano-cordes.
Trio Metral (Aparté).


Le Trio Metral fait partie des mystères de la carrière, pour l'observateur extérieur. Entendus plusieurs fois au concert, ils disposent désormais, après le CNSM, la Chapelle Royale belge, de beaux engagements, et même, donc du disque.

Je n'ai jamais compris leur avantage comparatif. Bien sûr, ils jouent bien, mais il y a plus assuré ailleurs, ou plus engagé, ou plus original… Le violoncelle de la sœurette conserve quelque chose de plus frémissant (quoique, au disque, le voisinage soit forcément rude), mais je retrouve dans ce disque ce que j'avais jusqu'ici perçu : je trouve ça assez tranquille, encore un peu vert, nettement en deçà des grands trios (jeunes ou pas) qui enregistrent ces pages – le manque de fondu, par exemple (presque des trous dans le spectre entre les instruments), ou la façon un peu littérale de jouer (des respirations que la tradition fait, qui ne sont pas faites mais ne semblent pas être réinterrogées).

Bien sûr, c'est très bien (et la prise de son Aparté permet d'entendre des détails extraordinaires de ces chefs-d'œuvre, détails d'ailleurs très finement exploités par les Metral), mais quand je considère la quantité de jeunes trios superlatifs, je n'arrive pas à deviner ce qui a fait la différence.

Issus eux aussi du CNSM, les Trios Sōra et Zadig figurent au contraire, à mon sens, parmi les plus grands trios de tous les temps (top 5 ? top 10 ?)… et quoique leur calendrier soit plein, ils n'ont pas encore les mêmes honneurs, ce qui ne fait qu'accroître l'inconfort de ma question : qu'ai-je manqué ?

48. Le samedi 16 février 2019 à , par DavidLeMarrec



31)
Album Julie Fuchs : Mademoiselle
Airs italiens, français, espagnols de Rossini, Pacini, Meyerbeer, Donizetti, Berlioz, Pietro Raimondi, Vincenzo Fioravanti, Francisco Asenjo Barbieri.


Une des toutes premières remarques à l'écoute de ce récital (en flux, donc sans voir la pochette). « Que cet orchestre est coloré ! Et si engagé ! »

Je regarde.

Sans surprise, c'est le plus bel orchestre du monde, ou en tout cas de France. L'ONDIF, Orchestre National d'Île-de-France : comme d'habitude, engagé à chaque seconde, et en plus, ce qui est moins ordinaire, d'une beauté incroyable – manifestement très bien préparé. Il est rare d'entendre du belcanto, hors ensembles sur instruments anciens, joué avec autant de soin et d'élan, l'orchestre est une merveille en soi.
Décidément DGG, qui avait déjà confié la Iolanta « de Netrebko » au Philharmonique de Slovénie et le premier disque de Fuchs au National de Lille, ose, et ose juste.

Second sujet d'émerveillement : oh, un récital de belcanto qui explore ! (Même du belcanto en espagnol avec Barbieri…) Certes, les Raimondi et Barbieri ne m'ont pas paru de très grande facture, le Fioravanti était sympathiquement pittoresque, mais voilà qui changeait de la même poignée de Rossini-Donizetti-Bellini entendus partout (et pas forcément meilleurs). Les Pacini, tirés de La Regina di Cipro, sont même fort beaux et touchants, de belles cantilènes qui imprègnent fortement de leurs mélodies mélancoliques, alla Bellini.

Le clou du disque étant bien sûr l'air de la comtesse Adèle dans Le comte Ory, où l'arrogance vocale et l'expression expansive de Fuchs se mettent au service d'une tendresse qui vire à la nymphomanie, de façon très réjouissante.

Fuchs, justement ? Une bien belle voix, plus nette et focalisée que la norme dans ce répertoire, et pas sans ampleur, acquise très rapidement.
C'est au prix d'une diction qui perd en netteté selon les pistes (l'espagnol, et même le français dans Le Siège de Corinthe, sont absolument inintelligibles), et surtout d'un vibrato dont l'amplitude est assez forte (l'impression d'entendre un trille lent sur un demi-ton sur certaines tenues…).
Ces défauts pourraient paraître sérieux, mais en réalité ils n'entament pas le plaisir de cette très belle interprétation – la seule chose qui limite mon enthousiasme étant plutôt le répertoire lui-même, pas au cœur de mes inclinations. Et encore, lorsqu'on découvre autant d'œuvres, voire de compositeurs !

49. Le samedi 16 février 2019 à , par DavidLeMarrec



32) Franz LISZT

Cantate Sardanapalo, poème symphonie Mazeppa.
Staatskapelle Weimar, Kirill Karabits (Audite).


La Sk Weimar est l'un des rares orchestres modestes d'Allemagne, et cela s'entend un peu dans Mazeppa, abondamment documenté, qu'on a entendu plus nettement défini, plus joliment timbré ailleurs.
L'intérêt réside bien sûr dans la cantate (inédite au disque ?) consacrée à Sardanapale, en italien. Je n'y trouve pas la substance musicale que celle dédiée à sainte Élisabeth, ni la fraîcheur primesautière de son opéra Don Sanche (aux accents d'un Rossini d'opéra comique), plutôt ici un belcantisme teinté de bizarreries berlioziennes.

Je ne suis pas convaincu que ce soit un chef-d'œuvre (et je n'aime pas beaucoup la voix assez blanche de Joyce El-Khoury, façon Machaidze), mais c'est assurément une face inhabituelle de Liszt, qui mérite le coup d'oreille !

50. Le dimanche 17 février 2019 à , par DavidLeMarrec



33)
Karl-Amadeus HARTMANN, Quatuors à cordes.
Airis SQ (Accord).


Ces quatuors sont des merveilles.

Le Premier surtout, tranchant, farouche, mais d'une sorte de beauté assez apaisée, très intense, de la décadence souriante.
Le Second est plus lyrique, d'un lyrisme là aussi assez décadent (très mélodique et sombre, on dirait le Schönberg du Premier Quatuor), très beau aussi, quoique moins original.

À découvrir absolument !

… Pas nécessairement par ce disque en revanche : le son des Airis est agréablement organique dans le médium, mais les aigus sonnent un peu poussés un peu par rapport aux très très grands instrumentistes qu'on a l'habitude d'entendre dans les disques de quatuor. Aussi, même s'il faut acquérir deux disques, je recommande plutôt les deux volumes du Zehetmair Quartett chez ECM, d'une netteté et d'une poésie incommensurables (couplés respectivement avec Bartók 4 et Holliger 2, des valeurs assez sûres – quoique pas toujours confortables pour l'auditeur, ce Bartók en particulier).

51. Le dimanche 17 février 2019 à , par DavidLeMarrec



34)
Offenbach & Gulda : Concertos pour violoncelle
Edgar Moreau ; Les Forces Majeures, Raphaël Merlin (Erato)


Quelle belle surprise : un disque de concertos qui explore du répertoire ! Et en plus du beau répertoire.

Le Concerto d'Offenbach est une merveille, qui manifeste dans un très grand format (plus de 40 minutes pour un concerto de 1848, et les mouvements les plus rapides étant les plus longs, beaucoup, beaucoup de mesures à travailler !) la même évidence musicale que dans ses opéras, mais sans chercher la mélodie facile, plutôt une façon d'élocution qui coule sans cesse de source, avec des formules simples et marquantes, jamais dans l'effet spectaculaire ni la facilité mélodique.
Extrêmement exigeant aussi pour le soliste (mais Edgar Moreau conserve, imperturbable, son grand son sombre et éclatant, avec en outre beaucoup de présence expressive – un très très grand…).

On a très peur au début (et à la fin) du concerto de Gulda, avec ses emprunts à des caricatures de jazz et même délibérément, à la fin, à la musique de fête foraine (!), mais l'idylle, la cadence, le menuet centraux manifestent une véritable sensibilité musicale (certes archaïsantes) dans cet univers composite. Le mouvement lent, vraiment, est superbe.

De très très belles œuvres, très peu données, sont ainsi mises à l'honneur, tout en démontrant à la fois la belle cohésion de ce tout jeune ensemble – et la maîtrise fulgurante et habitée de Moreau. Carton plein. Si tous les disques de majors du disque pouvaient ressembler à ça !

52. Le dimanche 17 février 2019 à , par DavidLeMarrec



35)
Jean-Louis DUPORT, Concertos pour violoncelle 1, 4 & 5
Raphaël Pidoux ; Stradivaria, Daniel Cuiller (Mirare)


Comme dit précédemment, je trouve formidable d'enregistrer – surtout pour des concertos dont le propos est souvent, pour le compositeur comme pour le public, la démonstration de la valeur de l'interprète avant même les considérations plus proprement musicales – des portions négligée du répertoire.
Une monographie d'un compositeur important et rarement représenté autrement qu'en compléments, quelle aubaine !

Bien, à l'écoute, j'avoue que ce n'est pas ce que Duport a commis de plus Mozart-français ; je trouve l'ensemble assez peu marquant et conventionnel, voire un brin ennuyeux. Ce n'est que le Cinquième que je trouve véritablement joli et séduisant.
Je révère bien sûr la démarche, car au moins je puis avoir le luxe d'une opinion et me représenter de quoi il s'agit. On gagnera toujours plus mon respect ainsi qu'en gravant de très bons Beethoven ou Mahler supplémentaires.

C'était aussi l'occasion de réentendre Stradivaria, je me languissais d'une occasion depuis leur fulgurant Pyrame & Thisbé de Francœur & Rebel (cette fois un véritable chef-d'œuvre absolu ; il existe toute une série qui y est consacrée sur CSS), mais ils enregistrent peu et se produisent essentiellement dans leur région.

Ajouter un commentaire

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte.
Vous pouvez en revanche employer la syntaxe BBcode.

.
David Le Marrec


Bienvenue !

Cet aimable bac
à sable accueille
divers badinages :
opéra, lied,
théâtres & musiques
interlopes,
questions de langue
ou de voix...
en discrètes notules,
parfois constituées
en séries.

Beaucoup de requêtes de moteur de recherche aboutissent ici à propos de questions pas encore traitées. N'hésitez pas à réclamer.



Invitations à lire :

1 => L'italianisme dans la France baroque
2 => Le livre et la Toile, l'aventure de deux hiérarchies
3 => Leçons des Morts & Leçons de Ténèbres
4 => Arabelle et Didon
5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




Recueil de notes :
Diaire sur sol


Musique, domaine public

Les astuces de CSS

Répertoire des contributions (index)


Mentions légales

Tribune libre

Contact

Liens


Chapitres

Archives

Calendrier

« janvier 2019 »
lunmarmerjeuvensamdim
123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031