Carnets sur sol

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samedi 19 juin 2021

Un jour, un opéra – Saison 2, épisode 1 : Saints Cyrille & Méthode, opéra-oratorio de Klinkova à l'Opéra de Sofia


🔵 Ce 23 mai, on donne à l'Opéra de Sofia SS. Cyril and Methodius, opéra-oratorio à la gloire des évangélisateurs des Slaves orientaux.

Création posthume de l'œuvre de la compositrice bulgare Zhivka Klinkova (1924-2002), en langue bulgare.

opéra sofia

Si les plans de l'Opéra datent de 1921, sa construction, elle, s'étage de 1947 à 1953.

On remarquera l'absence de colonnes façon Théâtre des Champs-Élysées (béton armé, je suppose).

Jolie coupole, aussi.

opéra sofia

Le répertoire (fascinant sujet dans les théâtres slaves, déjà évoqué), outre les grands standards russes, inclut surtout de l'italien (beaucoup de Verdi) et du français, essentiellement chanté par des interprètes nationaux. (Avec des techniques vocales qui restent assez slaves-orientales, quoique beaucoup plus en gorge et moins efficaces qu'autrefois, comme dans la plupart des écoles nationales aujourd'hui, Tchèques peut-être exceptés.)

Exemple tout frais de cette année du traitement du répertoire italien à Sofia, en vidéo (Attila de Verdi).
J'en disais ceci :

Verdi – Attila – Plamen Kartaloff ; Radostina Nikolaeva, Daniel Damvanov, Ventselav Anastasov, Orlin Anastasov ; Opéra de Sofia, Alessandro Sangiorgi (Operavision 2021)

→ Représentation très tradi en plein air. Mixage façon pop, voix captées de très près. Pourtant, on sent bien la projection limitée (les aigus ne claquent pas), les voix ne claquent pas (malgré la beauté des graves), même les Bulgares sont donc affectés par le changement de placement (les aigus de la soprane et des clefs de fa sont assurés sans difficulté mais poussés, voilés, sans impact).

Sous l'impulsion d'une nouvelle direction du théâtre, Wagner n'y pénètre progressivement que depuis 2010, sans vouloir traiter quiconque de bouseux.

Un jour, un opéra – Saison 2


Un an et demi de crise universelle après, reprise de ce petit défi : chaque jour, j'explore un opéra donné dans un théâtre du monde, en donnant quelques éléments sur son intrigue, sa musique, son contexte esthétique, l'histoire du théâtre où il est représenté.

(Et, lorsqu'il est possible, un lien avec des extraits.)

Cette balade, déjà amorcée pendant les années passées, permet de découvrir des mondes insoupçonnés : beaucoup de titres locaux qu'on ne trouve pas aisément au disque, dans des langues inattendues, ou bien des titres qui existent, mais qu'on n'aurait jamais trouvés en cherchant au hasard !  Le répertoire d'opéra, à l'échelle d'une année ou, comme ici, d'une journée – où je sélectionne chaque jour le titre et le lieu qui me paraissent les plus piquants ou les plus parlants –, révèle une grande diversité de contenus, et souvent très accessibles. Beaucoup d'opéras contemporains pour la jeunesse, par exemple, tirés de livres spécialisés à succès !  Et puis des opéras qui servent de doublage à des films, qui exploitent des intrigues d'exploration du globe, de recherche mathématique, d'histoire grande (Kennedy, Marily Monroe) ou petite (les employés des partis politiques américains dans les années 60), de fantastique…

On peut aussi y trouver, dans certains pays à la politique tendue, des échos d'influences – lire les titres donnés actuellement à Lviv ou Kiev par rapport à ceux de Donetsk est à ce titre éclairant !  Ou voir la place des autocrates locaux dans l'édification des lieux, l'inclusion dans le tissu urbain ou au contraire la façon dont la maison d'Opéra a redessiné une part de la ville…

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Ce sont des vignettes écrites pour Twitter dans le train pendant mes 3h de trajet quotidien, aussi la syntaxe en est-elle un peu plus sommaire qu'à l'habitude. Je les importe, ici, supposant que ce genre de curiosité doit être au cœur des inclinations d'une partie du lectorat de CSS…

→ Le fil Twitter d'origine.
Saison 1, épisode 1 sur CSS.
Saison 1, épisode 2 sur CSS.
→ L'ancêtre de la série : catalogue mondial ordonné des opéras donnés en une saison (2017-2018).

(Et entre day job, reprise des concerts, de la vie sociale et poursuite des balades pédestres patrimoniales étendues, je manque de temps, pardon, pour produire des notules de qualité ces dernières semaines. Retour prochain.)

samedi 5 juin 2021

[podcast] Les incroyables festivals franciliens de l'été 2021


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L'été arrive… et les festivals covid ont non seulement survécu, mais se sont développés !

Je commettrai peut-être une notule écrite, mais sous le coup de l'émotion, un petit cri d'enthousiasme devant la conservation du Festival du Potager du Roi et même le dédoublement de celui de Rosa Bonheur / Un Temps pour Elles, devenus deux festivals séparés – le premier dans un lieu exceptionnel, le second avec une programmation étourdissante de nouveauté !

Voici donc la présentation des festivals de l'été francilien, rapidement babillée sous forme audio : https://1fichier.com/?541dkteo9io4b79er3xw .

(Pour ce qui est de la question de mettre à l'honneur les compositrices, j'ai essayé d'évoquer le sujet de façon plus structurée dans cette notule, suivie d'une liste – très partielle, les nouveaux disques s'accumulent vite – de figures importantes à découvrir).

Le danger mortel des écoutes comparées


Petite notule éditorialisante sur un sujet qui me cause – toutes proportions gardées – quelques alarmes autour de la formation des mélomanes et leur approche quotidienne du phénomène musical.

On considère en général que l'auditeur débutant découvre les œuvres, et que l'auditeur expérimenté distingue les versions. Je crois que cette pensée nous mène vers un certain nombre de représentations néfastes et contre-productives sur ce qu'est l'expérience d'écouter de la « musique savante ».

Cette notule va récurremment prendre l'exemple des tribunes de critiques de disque (qu'il ne faut pas disqualifier dans leur ensemble), mais elle concerne en réalité un état d'esprit plus général, que l'on peut parfaitement entretenir de façon solitaire, qui concerne la plupart d'entre nous à un moment ou l'autre de notre développement musical, et qui me semble faire courir un danger au mélomane, aussi bien pour sa lucidité esthétique que pour son bonheur personnel.



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1946, le début de la fin de la Civilisation.



1. Les bienfaits

Varier les versions permet d'ouvrir des horizons, d'entendre des approches différentes – ce peut être passionnant quelquefois ; entre le Pelléas oppressant de Desormière et l'ambiance sucrée d'opéra galant de Baudo ; entre les Sibelius emportés, mats et dramatiques de Robert Kajanus et ceux, étales et éclatants, du dernier Bernstein…

On peut ainsi découvrir des détails nouveaux (selon les prises de son, les choix des chefs), comprendre des logiques structurelles qui étaient moins mises en valeur, entendre différemment les timbres…

Ce permet aussi d'éviter d'associer des choix interprétatifs spécifiques à une partition, d'attribuer au compositeur telle trouvaille qui serait un effet d'interprétation (et inversement).

Je ne vais certainement pas dénigrer l'idée d'écouter des versions multiples, ce qui renouvelle tout simplement le plaisir – de surcroît, familiarité croissante avec les œuvres aidant, j'ai pour ma part tendance à trouver meilleure chaque nouvelle version que j'écoute, tout simplement parce qu'au fil du temps j'entends plus de choses (et ce même si la version, dans l'absolu, n'en montre pas davantage).
[C'est aussi lié, bien sûr, à l'augmentation générale du niveau technique et de conscience musicologique des interprètes, qui produit des disques aux standards supérieurs à naguère, mais je crois qu'il ne faut pas négliger cette composante du plus-enthousiaste-car-entend-mieux.]

Pour finir, découvrir des approches différentes, des tempos, des timbres d'orchestre, des modes de phrasé, des gestions de la tension distincts… tout cela procure une exaltation bien légitime, que je n'entends surtout pas décourager.



2. Les promesses trompeuses

Pour autant, je ne saurais trop vous mettre en garde contre les promesses trompeuses des émissions de radio et des vieux mélomanes.

— Tu verras, quand tu auras du galon, tu pourras bien choisir tes versions.

(Chose qui avait son sens lorsque constituer une discothèque était un investissement de long terme. Aujourd'hui, entre l'impermanence des supports, le prix modique du disque et la présence des sites de flux, dont plusieurs gratuits, la question n'a pas la même prépondérance.)

— Être un grand mélomane, c'est savoir là où il faut acheter Karajan et là où il faut acheter Harnoncourt.
— Quand on gagne en âge, on se concentre sur la collection des versions et on laisse de côté les œuvres mineures. [S'assortit généralement un soliloque sur « Bach est le seul compositeur aussi complet et profond ». Alors que le gars ne savait écrire que des airs à da capo, comme les sauvages d'Italie. Passons.]
— Grâce aux tribunes de disques, vous pouvez affiner votre écoute et connaître plus en profondeur les œuvres.

Au mieux, ce sont des attentes déçues ; au pire, des miroirs aux alouettes qui vous feront perdre le plaisir de la musique.

Je me lance.



3. La fausse érudition

En tant qu'auditeur qui a beaucoup écouté, je le constate souvent : ce sont moins les compétences réelles de l'écoute qui attirent l'admiration (quels sont les enchaînements harmoniques utilisés, les effets précis d'orchestration, l'organisation thématique, le positionnement esthétique de l'œuvre dans son temps) que la capacité à citer beaucoup de noms d'interprètes.

Alors, certes, je peux donner un opinion sur une très vaste part de la discographie des symphonies de Schumann ou des quatuors de Beethoven, mais cela (à supposer que je sois de bonne foi et les aie vraiment écoutés) signifie uniquement que j'ai mis beaucoup de disques sur la platine. Je peux ensuite avoir un avis sur le caractère de la version, ou simplement un « bon / pas bon », cela n'atteste pas une perception particulièrement subtile de la musique elle-même.

Et, alors même que, mélomane pas encore tout à fait informé, on ne comprend pas forcément bien ce qui se passe, on prend vite plaisir à affirmer son pouvoir, en décernant les brevets de bon ou mauvais musicien – encore plus facile pour les chefs dont le rôle, hors des répétitions, est si difficile à évaluer. Tout cela est encouragé par le discours général de la critique et des autres mélomanes : il faut prendre position sur ce qui est bon ou mauvais.

Il y a là un danger, pour notre appréhension de la musique et même pour notre bien-être, qui est socialement valorisé. Avoir un avis sur les versions. Être pour ou contre un disque, un concert, un spectacle (comme si l'existence d'un mauvais disque retranchait quoi que ce soit à l'humanité)…



4. Les attentes microscopiques et stéréotypées

Et moins on connaît son sujet, plus l'on peut avoir des opinions radicales qui reposent en réalité sur des biais extra-musicaux (la qualité de la prise de son, le tempo dont on a l'habitude dans sa première version, l'idée qu'on se fait d'un effet qui n'est cependant pas écrit dans la partition, etc.). Coucou Dunning & Kruger.

Lorsqu'on se place en condition psychologique pour évaluer des versions comparativement, on prête souvent l'oreille à des détails signifiants pour nous mais assez peu à l'échelle de l'œuvre (détails qui ne sont même pas toujours écrits). On aime bien tel tempo, tel solo de vent, tel détaché dans le phrasé… si on ne l'a pas, on devient grognon.

Le pire, dans ce processus mental, réside dans le caractère souvent stéréotypé de ces attentes : on sait déjà ce qu'on veut entendre, ce qui est bien – et c'est en général ce qu'on a aimé dans la première version qu'on a écoutée, ou dans la version qui a déjà notre préférence. Quelquefois, c'est même simplement une affaire de confort sonore, le joli timbre soyeux des cordes.
[J'ai ainsi eu ma brève période de prime jeunesse, dont je rougirais à présent, où je ne jurais que par Marriner – qui me paraît aujourd'hui un chef qui, au contraire, a beaucoup gommé les spécificités et les beautés des œuvres au profit de son joli son de cordes unifié.]

Aussi, paradoxalement, l'écoute comparée tend facilement à fermer les oreilles aux propositions différentes de ce que l'on veut trouver, au lieu d'ouvrir les possibilités d'être surpris.



apocalypse



5. L'attraction de la pensée négative

Car c'est une pente très naturelle qui mène à ce que le piège se referme : quand on cherche à comparer, il est plus difficile de sérier de façon objectivable les types de chaque version – trop de détails à faire entrer en balance. Hiérarchiser nous est plus naturel.

Et l'on s'enferme très vite dans la spirale de la pensée négative : on ne cherche non plus à prendre du plaisir en écoutant une œuvre qu'on aime dans différentes propositions, mais on attend la version parfaite, celle qui a les caractéristiques qu'on rêve, celle qui flatte nos préjugés, et celle qui n'a pas de défauts de facture, d'imprécisions, de timbres qu'on n'aime pas… On finit par ne plus écouter l'œuvre, et par se limiter à disqualifier mentalement, les unes après les autres, les propositions de musiciens parmi les plus grands que la terre ait porté.

(Amis mélomanes, votre subjectivité est souveraine absolue, et je ne suis pas le dernier à oser affirmer que tel emblème absolu du bon goût m'indiffère, que tel cinquième couteau me bouleverse absolument. Mais l'humilité reste votre amie : la bizarrerie rafraîchissante de vos goûts peut vite tourner à un ridicule assez peu sympathique si vous commencez à décréter, vous qui n'avez jamais fait plus que cliquer sur un PDF de partition ou jouer la Lettre à Élise, que Karajan est un faux chef ou Yuja Wang une pianiste en carton.)

Pourtant, les affirmations péremptoires sur ce qui est bon ou mauvais occupent une bonne part des conversations d'amateurs de musique. Lorsqu'on est professionnel et qu'on cherche à former de futurs musiciens, pourquoi pas : c'est réducteur évidemment que de le formuler en absolus – et dangereux, since only a Sith deals in absolutes – mais je comprends bien qu'une voix mal projetée, une gestique de direction peu efficace puissent être réprimandées dans le cadre d'un cours ou d'un concours.
Lorsqu'il s'agit d'écouter des disques : quel besoin a-t-on de déterminer des gentils et des méchants ?  (On le sait bien, le méchant c'est Barenboim.)



6. Les conséquences

J'en parle l'ayant vécu, provenant d'un milieu où personne n'était à même de me guider – je ne prétends pas que vous ayez été aussi faibles que moi, bien entendu.

Il y a ce moment où l'on découvre la quantité ahurissante – et excitante – des versions disponibles, puis la pointe de gêne quand on s'aperçoit qu'au lieu de nous apporter un frisson nouveau, elles nous privent de ce que nous aimions jusqu'ici dans l'œuvre…

De là, deux possibilités.

1) La vertueuse. L'écoute qui compare les caractéristiques. Vous êtes curieux des options dans un lied, en écoutez dix versions, comparez les tempos, les timbres, les inflexions. C'est assez intéressant et fécond. Vous mesurez le spectre de ce qu'il est possible de faire (et en imaginez peut-être d'autres !), en matière de techniques et d'expression…
    Sans m'ériger du tout en parangon de vertu (malgré mes incroyables qualités, Ormuzd m'en garde !), voici le type d'approche auquel je pense (à partir d'une phrase de Pelléas, évidemment) : descriptif (quel effet produit cette proposition ?) plutôt que normatif (est-ce une bonne proposition ?). [Ou encore, plus récente dans le même esprit, cette notule autour du chœur introductif de la Passion selon saint Jean de Bach.]
    On peut aussi comparer les couleurs d'orchestres, par exemple – Alain Pâris faisait ça, à une époque, sur France Musique, une vignette où il parcourait des détails, par exemple les solos de cor entre orchestres allemands, britanniques, américains…

Si vous parvenez spontanément à suivre ce chemin, c'est fabuleux, profitez de la vie !

Mais il existe aussi un darker path, où, tel un innocent débarquant à Dagobah, vous pourrez – j'ai pu – découvrir la face la plus redoutable de vous-même.

2) L'écoute pour discriminer bon et mauvais, comme dans les écoutes comparées du type tribune de disque, ou simplement avant d'effectuer un achat… On peut aussi la pratiquer lorsqu'on veut avoir un avis sur le dernier Currentzis, ou simplement choisir la version que l'on va écouter en survolant le début de tas de disques, disqualifiant immédiatement ceux dont les timbres, la prise de son ou le tempo nous déçoivent. Dans cette écoute hypercritique, le plaisir a finalement peu de place, et c'est tout le problème.

Lorsqu'on est jeune mélomane, et que l'on accède à la vastitude des interprétations disponibles, une fois passé l'émerveillement des possibilités et la frustration de ne pas retrouver ce que l'on y espérait, la conjugaison du sentiment de puissance devant la connaissance ainsi accumulable et la pente bien naturelle qui tend à mettre de l'ordre en hiérarchisant – considérant la fascination délirante de l'être humain pour les figures (ces gens qui pleurent en remerciant des hommes politiques, qui sont persuadés de les connaître, ce besoin de trouver un meneur en toute circonstance de nos vies), probablement inscrite dans notre nature –, on tombe vite dans le piège du jugement.

Je ne prétends pas que ce soit le cas chez vous, mais après l'avoir personnellement vécue, je l'ai aussi souvent observée chez les autres, et je ne tiens cette tendance en respect que par un effort sur moi-même, une forme de tempérance qui contredit l'impulsion de notre inclination première.

Or, si l'on s'enferme dans cette écoute qui juge avant même d'observer finement et de comprendre (je ne considère pas du tout que les artistes aient toujours raison, mais avouez que les probabilités que vous ayez mieux compris Beethoven qu'un chef qui l'a régulièrement joué, coopté par des orchestres formés des musiciens les plus aguerris… restent ténues), non seulement on passe potentiellement à côté du propos de la version, et on s'affiche au passage en cuistre ou en snob… mais surtout, on renonce au plaisir.



7. Éloge du plaisir

Je sais que pour un certain nombre de musiciens, et même de mélomanes, la musique est quelque chose de sérieux, et que mal la jouer apporte une souffrance insupportable dans le monde ; pourtant, quitte à me faire traiter de faux mélomane, si l'on part de l'idée que la vocation de la musique est d'apporter de la beauté sur cette terre, il paraît peu pertinent de souffrir parce que, quelque part dans l'Univers, quelqu'un n'a pas joué Mozart comme nous aimons qu'il soit joué.

C'est pourquoi je parlais, tout entier dévoué à la mesure nécessaire pour confectionner un titre cliquable, de danger mortel.
(et peut-être aussi et surtout en hommage à cette fameuse notice de 2017, qui me plonge, chaque jour où elle reste publiée, dans une bienheureuse hilarité)


Tout, notre nature, la société des mélomanes, le commerce des profanes… tout nous pousse à collectionner les versions et à avoir un avis, fût-il peu informé. À juger au lieu de comprendre.
(Ce n'est bien évidemment pas limité à la musique, imaginez la tête de vos hôtes qui veulent s'indigner sur un sujet et auxquels vous répondez « je suis partagé, je ne suis pas certain de mon opinion sur ce sujet » au lieu d'opiner gravement du chef…)

Or, cette approche tend à générer de la frustration de ne pas entendre ce que l'on veut, au lieu de nous réjouir d'écouter, encore une fois, les chefs-d'œuvre immortels de nos compositeurs fétiches… et de surcroît dans de nouvelles propositions ! 
(Nouvelles propositions qui, grâce aux bienfais du disque, ne remplacent pas nos versions-doudous.)

Et je trouve que l'on prend vite, sans même s'en apercevoir, le pli de cette critique facile, qui nous éloigne de l'écoute de l'œuvre elle-même, des éléments nouveaux qu'on n'a pas encore entendus, pour nous centrer sur ce que nous connaissons déjà et voulons entendre – tout en essayant de nouvelles interprétations ! – reproduit à l'identique.

Je me suis dit qu'on ne mettait peut-être pas assez formellement en garde contre ce biais cognitif, et qu'au contraire tout le système, à commencer par la façon dont les critiques sont souvent rédigées, nous pousse à exprimer un avis viscéral, immédiat, peu éclairé sur ce que nous entendons. Et que cela nous rend malheureux. Au lieu de nous émerveiller de la beauté de la musique jouée, et de la grâce qui nous est faite de pouvoir l'entendre en exemplaires multiples, pour découvrir de nouvelles contrées et trouver chaussure à notre pied et agogique à notre oreille.

Il fallait quelqu'un pour vous mettre en garde. Me voici. Je vous ai sauvés.



Antikrist



8. Les tribunes de critiques de disques

Il y aurait une notule entière à produire sur ce sujet.

Le principe en est très excitant : on écoute des disques, on les compare, on observe ce qu'il est possible de faire, et pour les gens du XXe siècle on choisit celui qu'on va acheter.

Hélas, dans les faits, pour celles que je connais (ses divers formats sur France Musique au fil des décennies, et puis son équivalent Disques en lice sur Espace 2 en Suisse), l'obsession est immédiatement de déterminer quelle est la version à recommander, de se disputer sur qui fait bien / mal, mais le détail des choix opérés par les artistes est finalement assez peu commenté. On se retrouve souvent avec du « trop vite », « un peu brouillon » et toutes autres sortes d'avis personnels qui ne recouvrent quasiment rien d'objectivable – et ce alors que le pedigree des participants inciterait à la confiance, preuve que le fait d'être professionnel, et même professionnel de haut niveau (souvenir de Philippe Huttenlocher massacrant l'Enlèvement au Sérail de Solti…), ne garantit pas contre les biais sus-évoqués.

Et ce, alors que commenter les options des interprétations sans chercher à les juger aurait un intérêt édifiant très réel sur le public. Est-ce qu'on aurait peur de le perdre ?  Est-ce qu'on veut de la controverse pour l'intéresser, le retenir ?  (Oui, clairement, avec Currentzis qui réussit ses disques une fois sur deux et se présente en Messie de la Musique, il est bon d'avoir un avis pour débattre avec ses amis, et c'est sans doute très profitable pour l'audience et le commerce !)

Il y aurait par ailleurs pas mal à redire sur le format même des émissions – non, on ne peut pas juger d'une version sans l'écouter en entier (et même parfois sans l'avoir testée plusieurs fois, pour vérifier notre réaction de lassitude, d'ennui ou de conviction à l'usage) –, qui seraient plus fécondes si l'on prenait simplement dix versions d'un lied / d'un mouvement, mais en intégralité.

À cela s'ajoute un biais tout aussi profond, et inévitable… Écouter à la suite, ce n'est pas en conditions réelles. Et on compare inévitablement. Aussi, ce type d'écoute favorise ou les interprétations à la prise de son confortable (par contraste, certaines prises auxquelles on peut pourtant s'habituer deviennent insupportables), ou les propositions les plus extrêmes, qui se démarquent nettement des autres.

Ces deux biais sont connus.

Le troisième, lui, est souvent présenté comme une garantie d'honnêteté… et je ne suis pas d'accord.



9. L'écoute en aveugle

Écouter en aveugle est censé nous défendre de nos préjugés, comme si nos préjugés portaient d'abord sur les noms et pas sur un type d'approche, de son, de phrasé…

Je ne suis pas d'accord qu'on écoute mieux en aveugle : au contraire, avoir le contexte permet de connaître la démarche du chef, le but esthétique qui est en général le sien.
De surcroît, à la fin d'une écoute à l'aveugle, nos souvenirs sont flous et distordus, difficile de réattribuer les impression précisément, comme on le ferait si l'on savait d'emblée qui joue lors de l'écoute.

Évidemment, on peut tricher ou se laisser influencer par l'étiquette de la version que l'on connaît, mais sur ce qui m'intéresse ici, à savoir le vécu individuel, le cheminement personnel lors de l'écoute, l'écoute à l'aveugle me paraît réduire la possibilité d'avoir une écoute positive – on a peur d'aimer quelque chose qu'il ne faut pas, ou qui est aux antipodes de nos attentes, ce qui rend mécaniquement plus défensif et critique, je crois.

Une tribune de disques où il s'agirait moins de deviner que de décrire, de juger que d'initier à la diversité des possibles, me paraîtrait plus nourrissante.



10. Les conseils de la critique

Argument régulièrement entendu : la critique permet au moins de sélectionner ses écoutes. C'est davantage vrai, à mon sens, depuis que l'essor des sites indépendants sur la Toile permet des comptes-rendus discographiques plus bavards (le vénérable Musicweb est vraiment convaincant de ce point de vue) et moins officiels.

En revanche, la presse papier me laisse souvent dubitatif : outre les recensions moins féroces lorsque le label est aussi annonceur, outre les copinages (les histoires qu'on m'a rapportées, de première main, sur les demandes de réécrire un article trop sévère sur un ami…), le simple fait pratique de la place réduite laissée pour commenter un disque ne permet pas, même avec des chroniqueurs talentueux et de bonne volonté (ce qui n'est de surcroît pas toujours le cas), de caractériser un peu précisément l'œuvre et l'enregistrement. Reste à prendre un ou deux détails (est-ce que Kaufmann est en forme ?) et produire une recommandation positive ou négative. Difficile à contourner avec du papier – je suis persuadé qu'on peut faire mieux, mais je reconnais les difficultés structurelles.

On me dit quelquefois qu'on finit par connaître les goûts des plumes récurrentes, et qu'on peut se fonder dessus – peut-être, mais j'ai le souvenir de recommandations récurrentes de… leurs premières versions quand ils étaient jeunes. Ce qui n'est pas follement informatif à mon sens. Et surtout : tout cela reste vraiment dans l'esprit de chercher la « meilleure version », comparer avec les « versions de référence », etc., toutes choses qui me paraissent assez loin du plaisir d'écouter un beau développement de Mendelssohn ou un soudain fugato de Brahms…



11. Les sorties de concerts


J'ai souvent remarqué, au sortir des concerts, que c'était souvent le mode de communication privilégié entre mélomanes aguerris et concertivores purulents : si l'œuvre est rare, on la commente, mais si c'est une symphonie, un opéra, un quatuor que tout le monde est susceptible de bien connaître, on se lance tout de suite sur l'évaluation du concert. On décrit moins qu'on ne considère si on a aimé ou pas aimé / si c'était réussi ou raté.

Je trouve cette interaction beaucoup plus féconde que les précédents avatars de cette écoute comparée / critique : elle participe d'une sociabilité, et ce n'est pas forcément le lieu de se lancer dans une analyse des œuvres qui laisseraient des copains de côté. L'angle « j'ai été touché / déçu » permet à chacun de s'exprimer, de partager son émotion du moment.

(Évidemment, là aussi, il est toujours plus fécond d'essayer d'expliquer ce qu'on a entendu que de déterminer si le chef est un génie ou un imposteur, mais la part de jeu se défend.)



12. Entre potes

C'est évidemment là que l'écoute comparée se défend le mieux : partage d'expériences personnelles, propos à l'emporte-pièce, taquineries. L'objectif est alors moins d'éclairer notre compréhension de la musique que de partager des moments de complicité, l'avantage de l'écoute comparée étant qu'elle n'exclut pas / ne hiérarchise pas entre les participants selon leur degré de maîtrise du sujet – tout le monde peut aimer ou détester –, et ne réclame pas de prérequis (pas besoin de référence à la partition ou au contexte), le matériel est sous les oreilles de tout le monde.

L'exercice en lui-même a donc quelque chose de grisant, il ne s'agit pas de renier absolument l'écoute comparée.



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2021 : quand la Fin de la Culture s'ourdit tous les dimanches.



13. Pourquoi je parle

Je parle, estimés lecteurs, disciples chéris, car j'espère, en partageant ce vécu personnel, ces observations des gens du siècle, vous garantir d'un égarement funeste – peut-être pénible pour vos amis, mais surtout contraire à votre bonheur.

C'est une tournure d'esprit vers laquelle on peut, je le pressens, glisser si facilement, et sous les vivats, que je désirais partager simplement sa prise de conscience. On prend peut-être un plaisir plus pur et sans mélange en laissant de côté la question du bien / mal joué.

Évidemment, il va sans dire, l'interprétation n'est pas chose indifférente : une interprétation peu nous révéler une œuvre, ou au contraire faire écran… Et dans les répertoires où la partition ne contient qu'un fragment de la musique elle-même (le baroque, typiquement), cette différence peut être capitale, parfois aussi ou plus importante que ce qui est écrit.
Pour les musiques du vingtième siècle en revanche, tant de paramètres sont notés sur la partition que, tout de même, globalement, l'écart entre les exécutions magnifiant ou amoindrissant l'œuvre n'est pas aussi capital.

Quoi qu'il en soit, je lis souvent des controverses sur le mauvais sujet « mais qui êtes-vous pour juger ? » vs. « vous écoutez n'importe quoi, vous passez à côté », mais assez peu (jamais ?) de mises en garde contre cette pente qui ne veut peut-être pas votre pleine félicité.

C'est pourquoi, ainsi qu'avisé par une autre notice mythique, IL N'EST PEUT-ÊTRE PAS TROP TARD pour nous interroger, chacun, sur ce qui nous apporte de la satisfaction dans l'écoute musicale.



14. Où je m'érige en modèle

Comme je suis ici dans mon royaume, que j'ai dépensé quelques heures de ma jeunesse finissante à gribouiller ce babillage radoteur, je ne vois aucune bonne raison de ne pas m'autocongratuler à la face du monde.

Dans le chapitre « Discographies » de CSS (les articles apparaissent verticalement sur la page, il suffit de dérouler), j'ai proposé quelques comparaisons. Certaines sont des discographies très traditionnelles (Schöne Müllerin, Dichterliebe, Dalibor…) où j'essaie de mentionner un maximum de disques, avec l'effort de caractériser leurs choix, mais qui restent dans une idée hiérarchique – vous conseiller des enregistrements différents les uns des autres, mais les plus aboutis (appréciation, en dépit de mon goût exquis, évidemment tempérée par ma propre subjectivité…).

Mais vous trouverez aussi dans ce chapitre Discographies quelques comparaisons de détails, sur des extraits assez cours, qui entrent davantage dans le cadre de l'écoute, certes comparée mais féconde, qui tend moins à hiérarchiser qu'à illustrer. Qui permet de mettre en évidence des tendances, des options.

Petite sélection :
    ¶ Comparaison de l'émission des aigus (en voix pleine, voix mixte ou fausset) dans Le Trouvère de Verdi ou Faust de Gounod. Ici dans le but pédagogique d'éclairer les différents options techniques existantes.
    ¶ Wagner, Trois marches funèbres de Siegfried (Furtwängler Scala, Inbal RAI Turin, Kubelik Met), pour se rendre compte des différences de sens de ce moment, par la seule empreinte musicale.
    ¶ De même, plusieurs affects possibles pour la perte de la bague de Mélisande.
    ¶ Et encore davantage de choix pour le chœur introductif de la Passion selon saint Jean de Bach, cette fois augmentée d'une petite introduction générale.

(À l'occasion de cette notule, celles ci-dessus ont été pourvues de lecteurs non obsolètes, vous pouvez à nouveau en écouter les extraits sonores.)

Il va de soi que ce ne sont en rien des modèles ou des prescriptions : je me contente de suggérer une façon de comparer sans céder au penchant « comparatiste » / « négatif » qui nous menace peut-être lorsque nous croyons un peu trop à notre mélomanie dans les grottes de systèmes galactiques lointains.




Par cette notule, j'escompte avoir contribué au développement personnel des mélomanes et à l'apaisement des relations sociales universelles – ce qui me rapproche d'autant plus de la part « Paix dans le Monde » de mon agenda Le Marrec Miss France 2022. Opération[s] en cours.

mercredi 2 juin 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 5 : opéras et symphonies des Pays-Bas, du Danemark et de Russie


Un mot

Toujours la brève présentation des nouveautés (et autres écoutes et réécoutes) du mois écoulé. Je laisse une trace pour moi, autant vous donner des idées d'écoutes…

J'attire ce mois-ci votre attention en particulier sur les symphonies de Dobrzyński, Gade, Dopper, Zweers, Vermeulen, Miaskovski (dont viennent de paraître coup sur coup deux très grandes interprétations)… et sur les opéras danois de Kunzen, Kuhlau, Heise et Nielsen !

Tout cela se trouve aisément en flux (type Deezer, gratuit sur PC ; ou sur YouTube) et en général en disque. Il faut simplement pousser la porte.

(Pardon, mes présentations de titres ne sont pas toutes normalisées, il faut déjà pas mal d'heures pour mettre au propre, classer et mettre un minimum en forme toutes ces notes d'écoutes. Il s'agit vraiment de données brutes. J'espère reprendre les notules de fond bientôt, pour l'instant le travail, les concerts, les musées et l'exploration du territoire me prennent un peu trop de temps.
Néanmoins, je thésaurise à propos des opéras du monde et des programmations locales, pour vous emmener vers de nouvelles contrées sonores !)

piboule

La légende


Rouge : œuvres du cycle danois
Orange : œuvres du cycle néerlandais
Bleu : œuvres du cycle russe

* : Nouveauté (paru en 2021 ou depuis moins d'un an)
♥ : réussi !
♥♥ : jalon considérable.
♥♥♥ : écoute capitale.
¤ : pas convaincu du tout.

(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

Le tout est classé par genre, puis par ordre chronologique très approximatif (tantôt la génération des compositeurs, tantôt la composition des œuvres, quelquefois les groupes nationaux…) au sein de chaque catégorie, pour ménager une sorte de progression tout de même.



piboule



A. Opéra

♥ *Monteverdi – Orfeo – D. Henschel, Schiavo, Prina, Auvity, Sabata, De Donato, Abete… Arts Florissants, Christie (Dynamic, Madrid 2008)
→ Extrêmement vif, avec une belle distribution (mais Prina a vraiment vieilli, les tubages et la justesse sont devenus un peu trop audibles), pas la version la plus vertigineusement poétique, mais une belle réussite pour les Arts Flo qui n'ont pas toujours été à leur meilleur dans les opéras de Monteverdi.

♥ “La Clémence de Titus” de Mozart par l'Opéra Royal de Wallonie (YT)

♥♥♥ Kunzen – Holger Danske – (Dacapo)
→ Une œuvre très parente de l'Oberon de Pavel Vranický, une sorte de Flûte enchantée réussie, qui annonce le ton des chefs-d'œuvre de Kuhlau. Petite merveille.

¤ Gouvy – Iphigénie en Tauride – La Grande Société Philharmonique, Joachim Fontaine (CPO)
→ Livret galant décevant, et distribution impossible (français et style) qui ne permet pas de profiter de l'œuvre.

Rejcha – Lenora –  Magdalena Hajossyova, Vladimír Doležal, Věnceslava Hrubá-Freiberger, Pavel Kamas ; Ch Philharmonie Tchèque, Prague ChbO, Lubomi Matl (Supraphon 2000)
→ Écriture assez épaisse, longue, et peu spectaculaire (hors le début de la cavalcade) inspirée de la Lénore de Bürger.

*Bellini – Il Pirata – Irina Kostina, Dmitry Korchak, Pavel Yankovsky ; Victoria Agarkova, Novaya Opera, Andrey Lebedev (Operavision 2021)
→ Temporalité lente, pas de couleur locale. Beaux ensembles en guise de final qui apportent un peu de relief. Belle distribution, plus robuste qu'électrisante, mais belles voix bien faites.

Kuhlau, Elverhøj – National de la Radio Danoise, Frandsen.
→ Nettement moins bien que Lulu, mais cool quand même, et puis considéré comme un point de départ historique de la musique nationale danoise (assez arbitrairement, il y a pléthore d'excellente musique danoise avant ça !

♥♥ Kuhlau – Lulu – Danish NSO, Schønwandt (Radio danoise via YT)
→ Toujours une merveille que ce jeune romantisme passionné et exceptionnellement inspiré. Un des très très grands opéras du début du XXe siècle.

*Verdi – Attila – Plamen Kartaloff ; Radostina Nikolaeva, Daniel Damvanov, Ventselav Anastasov, Orlin Anastasov ; Opéra de Sofia, Alessandro Sangiorgi (Operavision 2021)
→ Représentation très tradi en plein air. Mixage façon pop, voix captées de très près. Pourtant, on sent bien la projection limitée (les aigus ne claquent pas), les voix ne claquent pas (malgré la beauté des graves), même les Bulgares sont donc affectés par le changement de placement (les aigus de la soprane et des clefs de fa sont assurés sans difficulté mais poussés, voilés, sans impact).

♥♥ Gade – Baldurs drøm, Op. 117 – Rørholm, Elming, Hoyer ; Helsingborg SO, Frans Rasmussen (ClassicO 2004)
→ Sorte d'oratorio au sujet païen. Romantisme dépouillé, assez réussi. Rørholm vraiment déclinante (un peu aigre). Elming splendide. Helsingborg alors un peu opaque.

♥♥♥ Bruch – Die Lorelei – Kaune, Mohr, Rootering ; Ch Ph de Prague, Radio de Munich, (CPO)
→ Véritable sens dramatique (finals schumanniens épatants), et splendide distribution, de ce qui se fait de mieux pour ce style dans cette génération.

♥ *Moniuszko – Halka – Chmura (Naxos 2021)
→ Versant sérieux du legs de Moniuszko (son autre œuvre la plus célèbre, Le Manoir hanté, étant un opéra comique dans le style d'Auber).
→ Livret hautement tragique, d'une fille trompée et abandonnée qui sombre au plus profond de l'outrage subi et du désespoir.
→ Meilleure distribution que celle (au sein de la même production) proposée sur Operavision, mieux captée aussi. Belle version au bout du compte, même l'orchestre paraît sensiblement plus avenant.

♥♥ Heise – Drot og marsk – DR TV 1988 (YT)
→ Splendide opéra romantique, plein de sublimes épanchements (sobres), dont j'ai déjà parlé lors de la récente parution de la version Schønwandt :
→ Superbe drame romantique, dans la veine de Kuhlau, remarquablement chanté et joué. Tout est fluide, vivant, inspiré, œuvre à découvrir absolument !  (il en existait déjà une version pas trop ancienne chez Chandos)
→ Ici, version de la (radio-)télévision danoise.

♥♥ Peter HEISE – Tornerose + Bergliot –  Helle Charlotte Pedersen, Michael Kristensen, Milling + Rørholm ; Helsingborg SO, Frans Rasmussen (Dacapo 2000)
→ Cantates dramatiques très réussies et nourrissantes, et très bien chantées (Milling majestueux, Rørholm très expressive).
→ Bissé.

♥ *Verdi – Otello – Stoyanova, Kunde, C. Álvarez ; Liceu, Dudamel (UER via France Musique, 2021)
→ Très belle version parfaitement chantée (la voix de Kunde a blanchi, mais le panache et l'assurance restent là !) et dirigée avec beaucoup de fluidité et d'insolence.

♥♥♥ *Wagner / Hugo Bouma – Parsifal, acte III – Marc Pantus (Amfortas, Gurnemanz), Marcel Reijans (Parsifal), Merlijn Runia (Kundry + synthétiseur + guitare électrique), Daan Boertien (piano), Dirk Luijmes (harmonium), direction Andrea Friggi (NPO Radio 4, 2021)
→ L'acte III de Parsifal, joué le Vendredi Saint, avec harmonium, piano, synthétiseur et guitare électrique. Parmi les chanteurs, le merveilleux et charismatique Marc Pantus.

♥♥♥ Wagner – Parsifal, acte III – Meier, Hofmann, Estes, Sotin ; Bauyreuth 1985, Levine (Philips)

♥♥♥ *Rimski-Korsakov – Les opéras – diverses versions historiques (réédition Hänssler 2021)
→ Des versions merveilleuses de l'Âge d'or, très bien restaurées, pour un panorama complet des opéras disponibles au disque…

♥♥ *Rimski – Pskovityanka – Pirogov, Shumilova, Nelepp, Pirogov ; Bolshoi, Sakharov (Profil)

♥ Saint-Saëns – Samson & Dalila – Ludiwg, King, Weikl ; Radio de Munich, Patanè (RCA)
→ Étonnament bien chanté et sobre, et ampleur des prises RCA avec le feu et les couleurs de Patanè !
→ King parvient à ouvrir ses voyelles à la française de façon très convaincante ; Ludwig, quoique trop couverte, conserve une ductilité et une distinction assez rares dans ce rôle.
→ Ce n'est pas très français, mais ce n'est pas du tout difforme, c'est vraiment très bien.

*Puccini – Tosca – Stockholm (vidéo Operavision 2021)
→ Sacristain allemand excellent, joli ténor suédois assez clair, doux et élégant, baryton polonais totalement cravaté, impossible.

♥♥♥ Debussy – Pelléas & Mélisande – Devieilhe, Andrieux, Alvaro ; Pelléas O, Benjamin Lévy (TCE 2018, captation pirate)

♥♥♥ *Debussy – Pelléas & Mélisande – Santoni, Todorovitch, Behr, Duhamel, Teitgen ; Les Siècles, Roth (Operavision 2021)
→ Lecture orchestrale assez inédite, même par rapport aux autres versions sur instruments anciens : que de grain, de couleurs, ces cordes très peu vibrées mais très intenses, qui offrent une tout autre vision du spectre orchestral !  Dirigé avec esprit de surcroît, Roh n'a pas son pareil pour se servir des parties intermédiaires d'ordinaire peu audibles, les faire évoluer et bâtir de véritables progressions.
→ Vocalement, superbe. Santoni s'adapte très bien à un répertoire moins héroïque qu'à son habitude, Behr (dont l'émission paraît souvent embarrassée) n'a jamais chanté avec autant de naturel, Duhamel trouve dans Golaud un terrain qui favorise davantage ses atouts d'artiste que ses limites de projection.
→ Une grande version, donc, qui paraîtra en CD et qui viendra la saison prochaine à Paris (Théâtre des Champs-Élysées) !

♥♥♥ NIELSEN: Saul and David – Gjevang, Lindroos, Augland, Danish NSO, N. Järvi (Chandos 1990)
→ Très belle veine épique, remarquablement chantée, voilà un opéra qui frémit, palpite, s'épanche, et dans une langue musicale riche mais calibrée pour le drame – on ne reconnaît les bizarreries de Nielsen qu'à quelques doublures de bois et tournures harmoniques, sans quoi le compositeur s'efface vraiment au profit du drame !
→ Splendidement chanté.

♥ *Nielsen – Maskarade – Schønwandt (Dacapo 2015, réédition 2021)
→ Belles voix graves, direction un peu lisse pour une œuvre qui n'est pas du tout du Nielsen d'avant-garde.

♥♥♥ *Schreker – Der ferne Klang – Holloway, Koziara ; Frankfurter Museumorchester, Weigle (Oehms 2021)
→ Couleurs orchestrales et virtuoses impressionnantes, les deux héros admirablement chantés ; Schreker a rarement été servi avec un tel éclat, pour son opéra le plus réussi après Die Gezeichneten !

♥ Bartók – Le Château de Barbe-Bleue (en français) – Gilly, Lovano, Ansermet (bande de 1950, Malibran)
→ Très étrange élocution, malgré le charisme de Lovano. La musique aussi, mal captée, perd beaucoup de ses couleurs, de son étrangeté, seuls les tutti sont véritablement impressionnants. (Et pour les glottophiles, le contre-ut est remplacé par un petit cri.)

♥ WILLIAM GRANT STILL: "Highway One, USA" (1963) (Albany 2005)
→ Histoire familiale afro-américaine, aux récitatifs très simples et aux jolis chœurs, pas de l'immense musique, mais un petit drame très opérant !  (J'en parlerai plus en détail.)

♥♥ Rybnikov – Juno & Avos (1979) – (vidéo Rostov 2009)
→ Très varié (chœurs contemporains, cordes lyriques, mélodrames, guitares électriques et batteries…), très réussi pour cette histoire d'amour simple et tragique entre un explorateur russe et une quasi-infante californienne, inspirée d'un grand poème de Voznesensky (puisant librement au journal de bord du personnage, réel).
→ Donné cette saison à Ioshkar-Ola.

♥♥ *Dashkevich – Revizor – Opéra d'Astrakhan (vidéo du théâtre de 2020)
→ Très conservateur et consonant, d'après l'histoire de Gogol où la population d'une petite ville de Russie croit reconnaître le contrôleur de l'Empereur dans un jeune homme exigeant arrivé à l'auberge, et le couvre de faveurs. Joli opéra très accessible, production reprise encore ces jours-ci à Astrakhan. (J'en parlerai bientôt plus en détail.)

♥♥♥ *Connesson – Les Bains macabres – Buendia, Hyon, Dayez, Buffière ; Frivolités Parisiennes, van Beek – Compiègne 2020 (diffusion France Musique 2021)
→ Toujours une merveille de naturel, sur un livret passionnant d'Olivier Bleys, et réussissant le rendu choral de l'armée de spectres… À la fois amusant, riche musicalement, très fluide, et plein de surprises. Chef-d'œuvre d'aujourd'hui, que j'espère voir tourner longtemps sur les scènes.



B. Récital

♥♥♥ *Certon, Janequin, Cambefort, Lully, Destouches, Vivaldi, Rameau, Gluck, Grétry, Cherubini, Rossini, Ginestet, Comte de Chambord, Madoulé, Debussy – extraits : « 500 ans de musiques à Chambord » – Karthäuser, Gens, Richardot, Gonzalez-Toro, Bou, Boutillier ; Vanessa Wagner, Parnasse Français, Doulce Mémoire, Les Talens Lyriques, Rousset (France 3)
→ Vaste répertoire (entrecoupé d'éléments historiques sur la présence de la musique à Chambord !), dont des raretés (Destouches) voire des inédits (Ginestet), avec une ardeur folle et des chanteurs de première classe…

♥♥♥ *Sainte-Hélène, La légende napoléonienne – Sabine Devieilhe ; Ghilardi, Bouin, Buffière,  Marzorati  ; Les Lunaisiens, Les Cuivres Romantiques, Laurent Madeuf, Patrick Wibart, Daniel Isoir (piano d'époque) (Muso 2021)
→ Chansons inspirées par la fièvre et la légende napoléoniennes, instrumentées avec variété et saveur.
→ Beaucoup de mélodies marquantes, de pastiches, d'héroï-comique (Le roi d'Yvetot bien sûr), et même  d'hagiographie à la pomme de terre… Le meilleur album des Lunaisiens jusqu'ici, aussi bien pour l'intérêt des œuvres que pour la qualité des réalisations vocales.

YT Gwyn Hughes Jones  Nessun Dorma 2008, Che Gelida Manina 1996
→ Tôt dans sa carrière, timbre très blanc et voix manifestement peu puissante : ne promet pas trop pour son Calaf la saison prochaine à Bastille…



C. Sacré

♥♥♥ *Castellanos, Durón, García de Zéspedes, Quiros, Torres – « Archivo de Guatemalá » tiré des archives de la cathédrale de la ville de Guatemalá – Pièces vocales sacrées ou instrumentales profanes – El Mundo, Ricahrd Savino (Naxos 2021)
→ Hymnes, chansons et chaconnes très prégnants. On y entend passer beaucoup de genres et d'influences, des airs populaires plaisants du milieu du XVIIe jusqu'aux premiers échos du style de l'opéra seria (ici utilisé dans des cantiques espagnols).
→ Quadrissé.

*Jacek Różycki: Hymns – Wrocław Baroque Ensemble (Accord 2021)
→ Zut, je croyais qu'il s'agissait de l'excellent postromantique décadent Ludomir, et j'avais hâte de découvrir ces motets a cappella… À la place, du joli baroque un peu standard, façon grands motets (alternance solistes vocaux et chœur), dans des harmonies post-monteverdiennes… petit choc déceptif évidemment.

♥♥♥ Charpentier – Méditations pour le Carême – García, Candela, Bazola ; Guignard, Galletier, Camboulas (Ambronay)
→ Avec Médée, le fameux Te Deum et le Magnificat H.76, on tient là la plus belle œuvre de Charpentier, inestimable ensemble de dix épisodes de la passion racontés en latin (et s'achevant au miroir du sacrifice d'Isaac, sans sa résolution heureuse !) par des chœurs tantôt homorythmiques tantôt contrapuntiques, et ponctués de récitatifs de personnages (diversement sympathiques) des Écritures. Merveille absolue de l'harmonie, de la prosodie et de la poésie sonore.
→ Ce que font Les Surprises est ici merveilleux, sens du texte et des textures hors du commun, d'une noirceur et d'une animation dramatique inhabituelles dans les autres versions de cette œuvre, et servi au plus suprême niveau de naturel chanté. Un des disques majeurs du patrimoine sacré français.

Charpentier – Méditations pour le Carême
version MIDI de CaRpentras →
Christie → splendeur (vrai travail verbal)
Jeune Chœur de l'Abbaye → choix intéressants (tempo ajustable !), beaux solos
Niquet →

♥♥ Purcell – Come Ye Sons of Arts Away + Funérailles + Hail Bright Cecilia – Gardiner (Erato)
→ Œuvres brillantes et poignantes (ces Funérailles, à la hauteur de leur réputation !), interprétées d'une façon qui a vieilli (beaucoup de cordes et de fondu tout de même, peu de nerf et et de couleur), mais qui conserve un pouvoir de conviction considérable !

♥ *Pavel Vranický – Symphonie en ut Couronnement, Symphonie en si bémol, Ouvertures « Orchestral Works, Vol. 1 » –  CzChbPO Pardubice, Marek Štilec (Naxos 2021)
→ Belles œuvres, mais pas les plus fulgurantes de P. Vranický (il y a vraiment des merveilles du niveau de Mozart…), dans une interprétation tradi réussie mais qui n'offre pas nécessairement le plein potentiel de vitalité de ces pages. Curieux de la suite de l'exploration, vu comme on a peu de ce corpus. En espérant des résurrections plus nombreuses et par des ensembles plus spécialistes.

♥♥ Kunzen – Alleluia de la Création, Symphonie en sol mineur, Ouverture sur un thème de Mozart –  Radio Danoise, Peter Marschik (Dacapo)
→ Très belle célébration que cet Alleluia, aux contours assez personnels.
→ Symphonie un peu plus banale, du Mozart en mineur (mais plutôt ses moments les moins électrisants), peut-être en raison de l'interprétation tradi qui manque un peu de relief.

Paisiello – Musiche per la settimana santa – Mi-Jung Won (Bongiovanni 2016)
→ Pas particulièrement poignantes pour leurs sujets, mais bien écrites et variées.

Paisiello – Requiem (Missa defunctorum) – Zedda (VM Italy 2001)
→ Chœur moyen (amateur assez bon ou pro pas bon ?), mais œuvre intéressante, assez distanciée, comme une véritable Messe, hors de sa clausule recueillie et pathétique.

♥ Paisiello – Messe en pastorale pour le premier consul – Prague SO, Chœur de la Radio Tchèque (Multimedia San Paolo 2008)
→ Superbes dialogues hautbois / clarinette et voix (Tectum Principium !). Et les ensembles de solistes magnifiques aussi. Tout cela navigue entre classicisme et jeune romantisme d'une pièce à l'autre, entre Mozart et le style Empire…

♥♥ Berlioz – Messe Solennelle – Donna Brown, Viala, Cachemaille, Monteverdi Choir, ORR, Gardiner (Philips 1994)
→ La folie pure de ce Resurrexit.

HALLÉN, A.: Missa solemnis (Forsström, Helsing, Olsson, Thimander, Erik Westberg Vocal Ensemble, Westberg)
→ Longue (65 minutes) et sobre (accompagnement d'orgue seul) messe, très consonante mais dotée d'une réelle personnalité, épousant réellement les caractères de la messe sans sacrifier la tendreté mélodique. Recommandé !

♥♥ Puccini  – Messa di Gloria – Carreras, Ambrosian Singers, New Philharmonia, Scimone
→ Version chouchoute !

Puccini  – Messa di Gloria – Alagna, LSO Ch, LSO, Pappano
→ Chœur vraiment lointain et flou, malgré la belle lancée (et trompette très très en avant du spectre).

Puccini  – Messa di Gloria – Gulbenkian O, Corboz
→ Chœur un peu épais et césuré.

♥♥ Diepenbrock – Missa in Die Festo, « Anniversary Edition, Vol. 8 » – Men of the Netherlands Radio Choir / Deniz Yilmaz / Leo van Doeselaar (Etcetera 2012)
→ Pour ténor, chœur masculin et orgue.
→ Splendide Agnus Dei final, avec intervention poignante et jubilatoire du ténor.

♥ *(Rudolf) Mengelberg – Magnificat – Annie Woud, Concertgebouworkest, Jochum (Philips, réédition Decca 2021)
→ Très bel alto ; composition un peu sérieuse par rapport au délicieux Salve Regina enregistré par (Willem) Mengelberg.
→ (couplé avec une réédition de la Création de Haydn par Jochum)

♥ Poulenc – Gloria, Litanies Stabat – Petibon, OP, P. Järvi (DGG)

♥ Poulenc – Gloria, Stabat – Battle, Tanglewood, Boston SO, Ozawa (DGG)

♥♥ Hendrik Andriessen (1892-1981) – De Veertien Stonden : voor strijkorkest, koor en declamatie (1941-1942) – Gerard Beemster
→ Un chemin de croix dépouillé et prégnant.



D. A cappella

♥♥♥ *Mendelssohn – Te Deum à 8, Hora Est, Ave Maria Op.23 n°2 – Kammerchor Stuttgart, Bernius (Hänssler)
→ Bernius réenregistre quelques Mendelssohn a cappella ou avec discret accompagnement d'orgue, très marqués par Bach… mais à un chanteur par partie !  Très impressionnante clarté polyphonique, et toujours les voix extraordinaires (droites, pures, nettes, mais pleinement timbrées et verbalement expressives) du Kammerchor Stuttgart.
→ Bissé

(Daniël) De Lange – Requiem – PB ChbCh, Uwe Gronostay
→ Requiem for mixed double choir, and double quartet of soloists, written in 1868, quand à Paris se passionne pour Palestrina et Sweelinck.
→ Dépouillement impressionnant, mais aussi chromatisme intense.

♥ *Escher – Concerto pour orchestre à cordes, Musique pour l'esprit en deuil, Tombeau de Ravel, Trio à cordes, Chants d'amour et d'éternité (pour chœur a cappella), Le vrai visage de la Paix, Ciel air et vents, Trois poèmes d'Auden – Concertgebouworkest, Chailly ; PBChbCh, Spanjaard (Brilliant 2020)
→ Vaste anthologie (essentiellement des rééditions, je suppose), avec quelques belles inspirations d'un postromantisme assez simple.

♥♥ *De Wert, Rihm – chœurs a cappella, dont 7 Passion-Texte : « In umbra mortis » – Cappella Amsterdam, Reuss (PentaTone 2021)
→ Quelle délicieuse idée que de tisser la polyphonie franco-flamande du XVIe siècle avec l'œuvre la plus rétro- du Rihm choral : entrelacement de techniques et d'esprits similaires, deux très grands corpus chantés avec la clarté immaculée qu'imprime volontier Reuss à ses chœurs.

♥ Caplet, Botor, Gouzes, Szernovicz, Dionis du Séjour, JM Vincent, Kedrov, du Jonchay Perruchot, anonymes…–  Chœurs liturgiques a cappella « Misericordias in Aeternum » – Chœur du Séminaire Français de Rome, Hervé Lamy (Warner 2016)
→ Ce n'est vraiment pas mal chanté (dans son genre de voix semi-naturelles). Essentiellement psalmodié, donc sans doute plutôt à destination d'un public catholique fervent, mais très beau, un peu la version francophone de la liturgie de saint Jean Chrysostome…
→ Peu de compositions ambitieuses en réalité, malgré le nom de Caplet glissé au milieu.

♥♥ *Zaļupe, Dzenitis, Vasks,  Ešenvalds, Milhailovska, Pūce, Marhilēvičs, Šmīdbergs, Einfelde, Ķirse, Aišpurs, Sauka Tiguls, Jančevskis – Chœurs a cappella «  Aeternum : Latvian Composers for the Centenary of Latvia » – State Choir Latvija, Māris Sirmais (SKANI 2021)
→ Superbe parcours parmi le fin du fin des compositeurs choraux lettons du second XXe siècle, en général des atmosphères plutôt planantes avec de jolies tensions harmoniques.
→ L'ensemble du disque est magnifique, en particulier Mihailovska et Aišpurs – juste un brin trop d'homogénéité sur la durée, peut-être.




E. Ballet

♥♥♥ *Adam – La Filleule des Fées (ballet complet) – Queensland SO, Andrew Mogrelia (Marco Polo 2001, réédition Naxos 2021)
→ Œuvre très généreuse et jouée avec beaucoup de style, beaucoup de matière musicale et de veine mélodique, sans la facilité de numéros uniquement conçus pour la cinétique, un des ballets les plus homogènes musicalement et les plus propres à être enregistrés – vraiment une œuvre à découvrir ! 

♥♥ FRANCK, C.: Psyché (version for choir and orchestra) / Le Chasseur maudit / Les Éolides (RCS Voices, Royal Scottish National Orchestra, Tingaud)

♥♥ *N. Tcherepnin:  Le pavillon d'Armide, Op. 29 – Moscow Symphony Orchestra; Henry Shek (Naxos 2021)
→ D'une générosité très tchaïkovskienne.

♥♥♥ TCHEREPNIN, N.: Narcisse et Echo [Ballet] / La princesse lointaine (Ein Vokalensemble, Bamberg Symphony, Borowicz) (CPO 2020)
→ Bissé.



F. Symphonique

♥♥♥ *Kurpiński, Dobrzyński & Moniuszko – Élégie, Symphonie n°2, Bajka – Wrocław Baroque O, Jarosław Thiel (NFM)
→ Jeune romantisme fougueux de haute qualité, interprété sur instruments d'époque, avec un feu exemplaire… Jubilatoire de bout en bout !
→ (Quadrissé.)

♥♥ *Beethoven – Symphonie n°3 – Les Siècles, Roth (HM 2021) ♥ Méhul ouverture Les Amazones
→ Comme pour la Cinquième, spectre sonore très vertical, on y entend véritablement un orchestre français postgluckiste, avec ses grands accords dramatiques – et des timbres particulièrement saillants et savoureux, quoique la prise de son soit un peu froide.
→ Cette approche se réalise inévitablement un peu au détriment de l'architecture, à mon sens, mais d'une part Roth souligne remarquablement la thématique, d'autre part son soin des parties intermédiaires (dont les nuances dynamiques évoluent sans cesse !) est tel que tout palpite et passionne en permanence.
→ De surcroît, la gradation d'intensité est très pensée et construite, si bien que la récapitulation et la coda du premier mouvement atteignent un degré de tension inédit par rapport à l'ensemble des développements antérieurs.
→ Travail très important sur les détachés, qui conservent l'esprit de danse de la contredanse variée finale, quitte à casser le flux enveloppant de cordes et à fragmenter le spectre.
→ Les Amazones sont marquantes, jouées avec une crudité et une stridence qui impressionnent (acoustique très différente de la symphonie, on entend que ça n'a pas été enregistré au même endroit !).

♥♥ *Beethoven – Symphonie n°7 – MusicAeterna, Currentzis (Sony 2021)
→ Lecture très linéaire et vive : elle exalte, comme leur Cinquième, davantage la poussée cinétique que la structure générale.
→ Le résultat est très convaincant, plein de vivacité, mais ressemble tout à fait à la norme actuelle des interprétations vives et sèches des ensembles sur instruments anciens, sans personnalité supplémentaire particulièrement visible.
→ On retrouve en outre les manques de couleur du côté des bois, très effacés la plupart du temps – alors que d'autres versions « post-baroqueux », sans disposer de moins d'énergie, parviennent aussi à exalter structure et couleurs.
→ Petite réserve aussi dans la construction de l'Allegretto: le climax est réussi mais se trouve parasité par l'exagération des figures d'accompagnement (assez mécaniques de surcroît) qui, au lieu d'agiter le thème, semblent prendre sa place : soudain l'on entend les « coutures » au lieu du propos, c'est un peu étrange à ce degré.
→ À l'inverse, les effets de crescendo-zoom sur les sforzando du final sont plutôt réussis, de même que les volutes d'alto forcenées avant la reprise finale du thème sur secondes mineures de contrebasses.
→ Au demeurant, version énergique, élancée, réjouissante, je ne me suis pas ennuyé un seul instant !  (La réserve provient surtout de la discordance entre le niveau de la prétention du chef / de l'objet d'une part, celui du résultat d'autre part : car on n'y trouvera rien de subversif / neuf / définitif, juste une remarquable version dans l'immensité d'autres.)
→ Du coup vous pouvez plutôt choisir une version plus contrastée, avec des couleurs en sus, ou simplement avec couplage d'une seconde symphonie…

♥♥ Beethoven – Symphonie n°7 – SwChbO, Dausgaard (Simax)
& Egmond ouv & msq de sc très réussi !

♥♥ Beethoven – Symphonie n°7 – ORR, Gardiner (Archiv)

♥♥♥ Romberg, B.H.: Symphonie n°3 (Kolner Akademie, Willens) (Ars Produktion 2007) → Symphonies contemporaines de Beethoven (1811, 1813, 1830), qui en partagent les qualités motoriques et quelques principes d'orchestration (ballet des violoncelles, traitement thématique et en bloc de la petite harmonie, sonneries de cor qui excèdent Gluck et renvoient plutôt à la 7e…).  → Je n'avais encore jamais entendu de symphonies de l'époque de Beethoven qui puissent lui être comparées, dans le style (et bien sûr dans l'aboutissement). En voici – en particulier la Troisième, suffocante de beethovenisme du meilleur aloi !
→ Bissé.
→ (Voir la notule correspondante dans la série « Une décennie, un disque ».)

♥♥ GOUVY, L.T.: Symphonies Nos. 1 and 2 – German Radio Saarbrücken-Kaiserslautern Philharmonic Orchestra, Mercier (CPO)
→ Même genre, très réussi, toujours animé (on entend bien le contemporain de Schubert et Verdi).
→ Bissé.

♥♥ Gouvy – Symphonie n°2, Paraphrases Symphoniques, Fantaisie Symphonique – Württembergische Philharmonie Reutlingen, Thomas Kalb (Sterling 2014)
→ Bissé.

♥♥ GOUVY, L.T.: Symphonies Nos. 3 & 5 – German Radio Saarbrücken-Kaiserslautern Philharmonic Orchestra, Mercier (CPO)
→ Bissé.

♥♥ GOUVY, L.T.: Symphony No. 4 / Symphonie brève / Fantaisie Symphonique (German Radio Saarbrücken-Kaiserslautern Philharmonic, Mercier) (CPO 2013)
→ Romantisme remarquablement domestiqué, Onslow en mieux.
→ Bissé.

♥♥♥ Gade – Symphonies 1 & 5 (vol.4) – Danish NSO, Hogwood (Chandos 2002)
→ Très belle lecture nerveuse de ces bijoux de sobre romantisme élancé !

♥♥ Gade – Symphonies 7 & 4 (vol.2) + Ouv. Op.3 – Danish NSO, Hogwood (Chandos 2002)
→ Très belle lecture nerveuse de ces bijoux de sobre romantisme élancé !

♥♥♥ Gade – Symphonies 2 & 8 (vol.1) + Allegretto + In the Highlands – Danish NSO, Hogwood (Chandos 2002)
→ Très belle lecture nerveuse de ces bijoux de sobre romantisme élancé !

♥♥♥ Gade – Symphonies 3 & 6 (vol.3) + Echos d'Ossian – Danish NSO, Hogwood (Chandos 2002)
→ Très belle lecture nerveuse de ces bijoux de sobre romantisme élancé !
→ Bissé.

Gade – Symphonie n°1,8 – Stockholm Sinfonietta, Neeme Järvi (BIS)

♥♥♥ Bruch – Symphonie 1 (vo) – Bamberger Symphoniker, Trevino (CPO 2020)

♥♥ Richard Hol (1825-1904) ; Symphony No. 1 in C minor (1863)
Den Haag Residentie Orkest ; Matthias Bamert
→ Contrasté et farouche, du très beau second romantisme !

Richard Hol (1825-1904) ; Symphony No. 4 in A minor (1889)
Den Haag Residentie Orkest ; Matthias Bamert
→ Plaisant, sombre sans être très tendu, pas excessivement marquant en première écoute.

♥ *Brahms – Symphonie n°2, Ouverture Académique – Gewandausorchester Leipzig, Blomstedt (PentaTone 2021)
→ Comme pour la Première, interprétation très apaisée, lente et creusée, de ces symphonies. Ceci fonctionne moins bien, à mon sens, pour cette Deuxième, dont les difficultés intrinsèques ne sont pas vaincues en secondant ses aspects les plus tranquilles – et l'on perd en éclat jubilatoire du côté du final.

BRUCKNER, A.: Symphony No. 4 in E-Flat Major, WAB 104, "Romantic" (1888 version, ed. B. Korstvedt)  (Minnesota Orchestra, Vanska)     (BIS)

♥ Bruckner 6 BayRSO Eichhorn

Bruckner 7 BayRSO Eichhorn

♥♥ Tchaïkovski  – Suites n°1, n°4 – Tchaikovsky NO, Fedoseyev (Blue Pie 2014)
https://www.deezer.com/fr/album/557141

Tchaikovsky:  Suite No. 2 in C Major – Białystok Symphony Orchestra, Marcin Nałęcz-Niesiołowski (DUX 1999)
→ Audiblement slave, mais sans la souplesse et le moelleux des ensembles russes.

♥♥♥ *Tchaïkovski  – Symphonies n°2,4  – Tonhalle Zürich, Paavo Järvi (Alpha 2021)
→ La Cinquième par les mêmes ne m'avait pas du tout autant ébloui qu'en salle (avec l'Orchestre de Paris) – un peu tranquillement germanique, en résumé. Hé bien, ici, c'est étourdissant. D'une précision de trait, d'une énergie démentielles ! 
→ On entend un petit côté « baroqueux » issu de ses Beethoven, avec la netteté des cordes et l'éclat des explosions, mais on retrouve toute la qualité de construction, en particulier dans les transitions (la grande marche harmonique du final du 2, suffocante, qui semble soulever tout l'orchestre en apesanteur !), et au surplus une énergie, une urgence absolument phénoménales.
→ Gigantesque disque. Ce qu'on peut faire de mieux, à mon sens, dans une optique germanique – mais qui ne néglige pas la puissance de la thématique folklorique, au demeurant.
→ (bissé la n°2)

Dvořák:  Holoubek (The Wild Dove), Op. 110
Netherlands Philharmonic Orchestra; Kreizberg, Yakov
(PentaTone)
→ Pas particulièrement passionné, malgré l'article qu'on m'en fit. Belle œuvre rhapsodique un peu discrète. (Tapiola version Dvořák ?)

*Saint-Saëns: Symphony No. 1 in E-Flat Major + Symphonie en la
Liège Royal Philharmonic; Kantorow, Jean-Jacques (BIS)
→ Petite déception : malgré la qualité habituelle de ces artistes, pas extraordinairement distinctif – le potentiel de ces symphonies, réel mais difficile à mettre en valeur, n'est pas véritablement révélé.
https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-de-20h/stravinsky-concerto-pour-piano-et-vents-bertrand-chamayou-et-l-orchestre-national-de-france-95316

♥ *Saint-Saëns – Symphonies – Malmö SO, Soustrot (Naxos, réédition 2021)
→ Parmi le choix discographique, le meilleur possible, mais les œuvres demeurent un peu lisses dans cette lecture… ces symphonies attendent encore d'être pleinement révélées, elles sont, malgré les doublures schumanniennes qui les rendent peu avenantes au disque, un potentiel considérable.
→ Autre avantage de Soustrot : inclut la symphonie non numérotée en la, et celle sous-titrée « Urbs Roma » !

♥♥♥ Kalinnikov – Symphonie n°1 – Ukraine NSO, Kuchar (Naxos)
→ Quel emploi extraordinaire du folklore ukrainien, dans une forme évolutive et tendue de bout en bout malgré ses tendances rhapsodiques !
→ Bissé.

Rimsky-Korsakov:  Fantasia on Serbian Themes, Op. 6 (second version, 1887)
Rimsky-Korsakov:  Symphony No. 3 in C Major, Op. 32 (second version, 1886) – Malaysian PO, Bakels (BIS)
→ Pas ébouriffant côté œuvres, et interprétation aussi peu slave que possible, bien tranquille et posée.

Rimski-Korsakov – Suite tirée de Kitège – Russian NO, Pletnev (PentaTone)

♥ Paine – Symphonie n°2

♥♥♥ Liadov, poèmes symphoniques / N. Tchérépnine, La Princesse lointaine + Prélude du Palais enchanté / Rimski, Suite du Coq d'or – Russian NO, Pletnev (DGG 1996)
→ Liadov déjà bien riche, mais Tchérépnine, rencontre entre Rimski, Ravel et Stravinski !  (Et Rimski a aussi des aspects de l'Oiseau de feu ici…)
→ Très belle interprétation très engagée, plus typée que ce qu'est devenu cet orchestre !

♥ N. Tcherepnin – Le Royaume enchanté – Saint Petersburg Academic Symphony Orchestra, Victor Fedotov

Tcherepnin, N.: Tati-Tati / Janssen, W.: Symphonic Paraphrases On Chopsticks (Columbia Symphony, Janssen) par Werner Janssen (1951, publié par Naxos)
→ Gentilles pièces décoratives, jouées un peu en déchiffrage de façon pas très idiomatiques.

Tcherepnin: Le Pavillon d'Armide, Op. 29 - Enchanted Kingdom, Op.39 - Rimsky-Korsakov: The Golden Cockerel – Saint Petersburg Academic Symphony Orchestra, Victor Fedotov
→ Belle version idiomatique, qui n'exalte pas nécessairement les raffinements de l'œuvre (mais plutôt ses mélodies).

♥♥ N. Tcherepnine Palais Enchanté – Russian NO, Pletnev

♥ Pierné – Suites de Ramuntcho – Philharmonique de Lorraine, Houtman (BIS 1988)
→ Très plaisant.
& Concerto pour piano (avec son joli thème de final « la chenille qui redémarre »)

*Mahler – Symphonie n°9 – Berliner Philharmoniker, Haitink (Berliner Philharmoniker 2021)
→ Lecture un peu séquentielle, son très vibré, de l'adagio final, où j'aime davantage de poussée organique et moins d'apprêt de son. (Mais je ne suis pas un grand amateur de Haitink pour cette raison…) Les basses manquent vraiment de poids dans la progression chromatique pour me saisir tout à fait (prise comme ouatée, de quand est la prise ?  je n'ai pas accès à la notice), et elles ne parviennent pas à imprimer de couleur nouvelle face à ce mur de cordes très vibrées…
→ Joli élan (éphémère) du climax.

Mahler 9 – Düsseldorf, Ádám Fischer
    → Très beau et fluide mais peu de mystère.
& Boston SO, Ozawa
    → Cordes un peu épaisses…
& Solti Chicago
    → Aucun mystère, très rentre-dedans d'emblée.
& Masur NYP
    → Son d'orch un peu brillant, brise de son en zoom peu agréable
& Barshai / Moscou SO
    → Fin et souple, beaucoup d'atmosphère, superbe prise de son.

Suk – Fantastické scherzo, Op. 25 (arr. G. Sebesky for wind ensemble) (excerpt) Douglas Anderson School of the Arts Wind Symphony; Shistle, Ted (Mark Records)

♥ SUK, J.: Fantastické scherzo (Prague Philharmonia, Hrůša) (Supraphon)

♥♥♥ Suk – Zrani  – Komische Oper, K. Petrenko (CPO 2008)
→ Quels déferlements de vagues décadentes, tellement ardent et tourmenté, une merveille absolue très inattendue décidément (et cette version en exalte la tension et la modernité). Le V (« Résolution ») est une merveille d'une densité à peine soutenable.

♥♥ Johan Wagenaar - Sinfonietta : for orchestra in C Major, Op. 32 (1917) Radio Symphony Orchestra ; Conductor: Eri Klas
→ Commence comme du postromantisme assez naïf, et soudain cet adagio, c'est plus le Ruhevoll ou l'Adagietto de Mahler que du Brahms !

♥♥♥ Zweers, (Daniël) De Lange – Symphonies n°1 –  (Sterling)
→ Beaucoup plus naïf et romantique-lumineux que les deux symphonies suivantes de Zweers.
→ De Lange est vraiment étonnant, avec des couleurs qui évoquent le début d'Antikrist de Langgaard, tout en restant parfaitement tenu dans du romantisme qui évoque plutôt les héritiers de Schubert que le XXe siècle !  Très belle symphonie, au demeurant !

♥♥ Zweers – Symphony No. 2, Suite from the Incidental Music for Vondel's "Gijsbrecht van Aamstel" ; Ouv Saskia – Radio Filharmonisch Orkest Holland / Netherlands Radio Symphony Orchestra, Hans Vonk (Sterling)
→ Beau postromantisme simple mais frémissant.
→ Marche harmonique du duo d'amour de Vertigo présente dans le premier mouvement de la Suite de Vondel !
→ Bissé.

♥♥ Sibelius: Symphony No. 2 – BBC Philharmonic Orchestra; Storgårds (Chandos)

♥ Sibelius: Symphony No. 3, Yevgeny Mravinsky/Leningrad P.O. 1965
→ Assez rude, comme une symphonie soviétique de guerre…

Sibelius – Symphonie n°5 – Islande SO, Sakari (Naxos)
→ Prise de son hélas un peu lointaine blanchissante pour cette belle version, pas très urgente mais fort bien construite. (C'est surtout la Septième qu'il faut absolument découvrir dans cette intégrale !)

Sibelius – Symphonie n°5 – SWR Fribourg & Baden-Baden, Rosbaud (SWR Klassik)
→ Lecture très germanique, un peu carrée, qui manque à mon sens un peu de flou et de plans – le final manque même l'effet de l'appel de cors, rejeté au loin… Méritoire de jouer du Sibelius en ce temps et en ces contrées, mais pas du grand Rosbaud, je le crains.

♥ *Sibelius – Symphonies & œuvres orchestrales – Hallé O, Barbirolli (Warner, réédition 2021)
D'après mes souvenirs :
→ Orchestre clairement peu familier de ce type d'écriture, à une époque où le niveau instrumental n'était pas du tout comparable à ce qu'est l'essentiel de la discographie… mais Barbirolli y fait des propositions qui, musicalement, peuvent être passionnantes et très fines (n°3 par exemple). À découvrir pour ouvrir des horizons, à défaut du produit fini.

*Sibelius – Hallé Orchestra; Barbirolli, John (Warner réédition 2021)
En réécoutant :
→ Lent, son assez sale, pas convaincu non plus par la construction.

♥♥ Sibelius: Symphony No. 7 - Royal PO, Beecham (Angel / EMI / Warner)
→ Beaucoup de finesse et de saveur dans la gestion des épisodes.

♥♥ Sibelius: Symphony No.7, Yevgeny Mravinsky  Leningrad P.O. 1977 à Tokyo
→ D'une netteté d'articulation, d'une puissance de construction absolument admirables. Beaucoup plus stable et lisible que le Sibelius vaporeux habituel – c'est écrit ainsi, il faut dire ! 

♥♥♥ Sibelius: Symphony No.7, Yevgeny Mravinsky  Leningrad P.O. concert de 1965 à Leningrad
→ Même conception, mais capté de façon bien plus proche et détaillée, encore meilleur !

*Richard Strauss: Eine Alpensinfonie, Op. 64 / Tod und Verklärung, Op. 24 // par Vasily Petrenko, Oslo Philharmonic Orchestra (Lawo 2020)
→ Pas ébloui : très bien, mais il existe beaucoup mieux capté, beaucoup plus urgent ou coloré, etc.

♥♥♥ R. Strauss – Eine Alpensinfonie – São Paulo SO, Shipway (BIS)
→ Hallucinante image sonore d'une ampleur et d'un détail qui étreignent immédiatement. On entend énormément de contrechants, et quelle tension permanente !  Gigantesque, et tellement approprié ici, quel livre d'images !
→ bissé le début
♥ Fantaisie Symphonique sur Die Frau ohne Schatten

♥♥ R. Strauss – Eine Alpensinfonie – SWR BB & F, Roth (PentaTone)
→ On entend remarquablement les détails, en particulier les lignes de bois dans les tutti et de harpe, rarement audibles. Image assez frontale au demeurant, mais l'énergie et le détail l'emportent !
→ Bien plus impressionné qu'en première écoute il y a quelques années.

Scriabine  Symphonie n°1  Oslo PO, V. Petrenko
→ Encore ces splendides couleurs acidulées, mais l'œuvre paraît hésiter entre beaucoup de chemins sans jamais se décider.

♥♥♥ Hausegger – Natursymphonie – WDR, Rasilainen (CPO)

♥♥ Hausegger – Barbarossa & Hymnen an die Nacht – Begemann, Norrköping SO, Hermus (CPO)
→ Barbarossa toujours pas fabuleux, hymnes très beaux, Begemann splendide.

♥♥♥ Hausegger – Ausklänge, Dionysische Fantasie, Wieland der Schmidt – Bamberg SO, Hermus (CPO)

♥♥ Diepenbrock – Die Vögel, Suite Marsyas, Hymne violon-orchestre, Electra, Die Nacht (Linda Finnie), Wenige wissen (Homberger), Im grossen Schweigen (Holl) – Den Haag RO, Vonk (Chandos 2002)
→ Les lieder orchestraux sont tellement plus intéressants que ses poèmes symphoniques (un peu lisses) !

*Braunfels – Don Gil (Prélude), Divertimento, Ariels Gesang, Sérénade en mib – ÖRF, Bühl (Capriccio 2021)
→ Postromantisme plutôt standard, pas très marquant. Pas du tout le grand Braunfels de la Messe ou le plaisantin subversif des Oiseaux…
→ Plaisante Sérénade toutefois.

♥♥♥ Dopper – Symphonie n°2 – La Haye RO, Bamert (Chandos)
→ Enthousiasmante suite d'airs populaires très exaltants. Répétitions un peu simple des thèmes, mais des fugatos réguliers pour pimenter et le tout est très entraînant… ce serait parfait pour une première écoute en salle !
→ Interprétation vive et généreuse, une surprise venant de Bamert qu'on a connu plus mesuré !

Dopper – Symphonie n°3 « Rembrandt », Symphonie n°6 « Amsterdam » – La Haye RO, Bamert (Chandos)
→ Sympa, mais ni grande forme ni grands thèmes.

♥♥ Dopper:  Ciaconna gotica
R. Mengelberg:  Salve Regina
H. Andriessen:  Magna res est amor 
Röntgen:  Altniederlandische Tanze, Op. 46
    & Franck:  Psyche, M. 47, Part III: Psyche et Eros
Jo Vincent, Concertgebouworkest, Mengelberg (réédition Jube Classic 2014)

♥♥♥ Matthijs Vermeulen (1888-1967) ; Symphony No. 1 'Symphonia carminum' (1914) ;  Rotterdam, Roelof van Driesten
→ Grand postromantisme très coloré et boisé, lumineux et intense. Grande profusion de plans, de grains, langage foisonnant dans être oppressant, une très grande réussite.
→ Trissée.

♥♥ *Walton – Symphonie n°1 – LSO, Previn (RCA, réédition 2021)
→ Grande version de cette symphonie grisante, où se retrouvent les qualités habituelles de Previn à son meilleur : fluidité, beauté mélodique, naturel, élan.
→ (Mes références personnelles restent cependant plutôt Ed. Gardner, Bychkov et C. Davis.)

♥♥♥ Walton – Symphonie n°1 – LSO, C. Davis (2006)
→ Plutôt que la pure motricité (impressionnante !) de cette pièce, Davis y exalte la couleur, et le climat. On y gagne formidablement sur tous les plans !  (quels solos de hautbois, de cor anglais…)  On suit ainsi bien mieux la logique interne de l'œuvre.

♥♥ Cecil Coles – Fra Giacomo, 4 Verlaine, From the Scottish Highlands, Behind the lines – Sarah Fox, Paul Whelan, BBC Scottish O (Hyperion)
→ Belle générosité (Highlands à l'élan lyrico-rythmique réjouissant, qui doit pas mal à Mendelssohn), remarquable éloquence verbale aussi dans les pièces vocales. Bijoux.
→ Bissé.

♥♥♥ Graener – vol. 1 : Comedietta, Variations sur thème populaire russe, Musik am Abend, Sinfonia breve – Hanovre RPO, W.A. Albert

♥♥♥ Graener – vol. 2 : Symphonie, Aus dem Reiche des Pan, Variations sur Prinz Eugen – Hanovre RPO, W.A. Albert
→ Trissé.

♥♥ Pejačević –: Symphony in F-Sharp Minor, Op. 41 / Phantasie concertante (Banfield, Rheinland-Pfalz State Philharmonic, Rasilainen)
→ Symphonie expansive et persuasive, riche !  Pas du tout une musique galante.

(Jan) Koetsier – Symphonie n°2 (avec voix) – Concertgebouworkest
→ Sorte de louange entre Mahler 8, Martinů 4, les concertos de Poulenc et le Te Deum de Bruckner.

Voormolen – Arethuza – Concertgebouworkest (série anniversaire de l'orchestre)

Voormolen – Sinfonia – Concertgebouworkest, Mengelberg

Voormolen – Eline – La Haye, Bamert (Chandos)

Hendrik Andriessen (1892-1981) – Ballet-suite : voor orkest (1947) – Netherlands SO (Enschede), Porcelijn

(Hendrik) Andriessen – vol. 2 – PBSO (Enschede), Porcelijn (CPO)

♥♥ *Escher – Concerto pour orchestre à cordes, Musique pour l'esprit en deuil, Tombeau de Ravel, Trio à cordes, Chants d'amour et d'éternité (pour chœur a cappella), Le vrai visage de la Paix, Ciel air et vents, Trois poèmes d'Auden – Concertgebouworkest, Chailly ; PBChbCh, Spanjaard (Brilliant 2020)
→ Vaste anthologie (essentiellement des rééditions, je suppose), avec quelques belles inspirations d'un postromantisme assez simple.

♥♥♥ Myaskovsky: Symphony No. 6 in E-Flat Major – Göteborg SO, Neeme Järvi (DGG)
→ Très belle symphonie, jouée avec la générosité de N. Järvi, toujours à son meilleur avec Göteborg et dans le répertoire russe et soviétique… Il y réussit le ton épique avec une réelle élégance dans la grandeur. Le final qui développe de façon conjointe les thèmes de la Carmagnole et Ça ira est particulièrement jubilatoire !
→ Final dans sa version avec chœur (trissé).

Myaskovsky: Symphony No. 6 in E-Flat Major – Orchestre Académique d'État de l'URSS, Svetlanov (Melodiya)
→ Hélas, ici les cuivres masquent terriblement le spectre sonore, on y perd toute la beauté des trames secondaires, et le final se change en chanson paillarde assez univoque.

Myaskovsky: Symphony No. 6 in E-Flat Major – Slovaquie RSO, Stankovsky (Marco Polo)
→ Orchestre souvent employé en cacheton, dont on sent le déchiffrage (le tempo prudent, la fébrilité de ces aigus qui sortent trop fort à la flûte), mais le tout est réalisé avec honnêteté et entrain. À choisir, j'y entends mieux les détails que chez Svetlanov.

Myaskovsky: Symphonies 1 & 13 – Orchestre des Jeunes de l'Oural (Naxos)
→ Bien écrites, décemment exécutées, mais rien ne m'a saisi ici. Du postromantisme modernisé qui apparaît, a moins dans cette interprétation, beacoup plus interchangeable.

♥♥♥ *Miaskovski (Myakovsky), Symphonie n°21 // Prokofiev,  Symphone n°5 – Oslo PO, Vasily Petrenko (LAWO novembre 2020)
→ Symphonie de Miaskovski à mouvement unique, flux continu très naturel d'influences très diverses, moments étales mais aussi ultralyrisme post-tchaÏkovskien (presque du R. Strauss russisé), cors pelléassiens, ineffable clarinette façon Quintette de Brahms, qui plane soudaine seule…
→ Je n'avais jamais remarqué ainsi les parentés de la Cinquième de Prokofiev avec la Symphonie de Franck (et un peu le Poème de l'Extase, ce qui est mieux documenté), frappant au milieu du premier  mouvement !  La thématique cyclique est marquante également.
→ Impressionnant son de corde au vibrato irrégulier, terriblement soviétique !  De même pour les vents qui sifflent et les cuivres d'une acidité qui outrepasse la tradition nordique… on croirait entendre une bande moscovite des années soixante. Quel pouvoir sur le son ! 
→ Bissé Miaskovski.

♥♥ MYASKOVSKY, N.: Symphony-Ballad No. 23 / Symphony No. 23 (1941-1945: Wartime Music, Vol. 1) (St. Petersburg State Academic Symphony, Titov) (Northern Flowers 2009)
→ Très accessible Symphonie-Ballade, et beau folklore convoqué dans la Symphonie n°23, d'un style assez rétro-, plutôt Glazounov (en bien plus saillant) que soviétisant ! 

Miaskovski (Myaskovsky), Symphonies n°24 & 25 – Moscou PO, Yablonsky (Naxos)
→ La 24 légèrement sombre, la 25 au contraire marquée par des chorals de folklore !
→ Lecture assez vivante, mais la prise de son relègue le détail un peu loin (Naxos d'il y a un certain temps), cordes et bois pas toujours justes (!), on peut magnifier mieux ces partitions.

MYASKOVSKY, N.Y.: Symphonies Nos. 15 and 26 / Overture in G Major (Kondrashin, Nikolayev, Svetlanov)
→ Final de la 26 d'une simplicité sautillante et sans arrière-plan désespéré, absolument ravissant !

♥♥♥ *Miaskovski (Myaskovsky), Symphonie n°27 // Prokofiev, Symphonie n°6 – Oslo PO, V. Petrenko (LAWO 2021)
→ Saveur très postromantique (et des gammes typiquement russes, presque un folklore romantisé), au sein d'un langage qui trouve aussi ses couleurs propres, une rare symphonie soviétique au ton aussi « positif », et qui se pare des couleurs transparentes, acidulées et très chaleureuses du Philharmonique d'Oslo (de sa virtuosité aussi)… je n'en avais pas du tout conservé cette image avec l'enregistrement de Svetlanov, beaucoup plus flou dans la mise en place et les intentions…
→ Frappé par la sobriété d'écriture, qui parle si directement en mêlant les recettes du passé et une forme d'expression très naturelle qui semble d'aujourd'hui. L'adagio central est une merveille de construction, comme une gigantesque progression mahlérienne, mais avec les thématiques et couleurs russes, culminant dans un ineffable lyrisme complexe.
→ Bissé Miaskovski.

Miaskovski (Myaskovsky), Symphonie n°27 – Moscou StSO, Polyansky (Chandos)
→ Belle lecture, mais les détails sont bien moins audibles, les cordes gagnent, pas du tout la finesse de diamant et l'intensité de V.Petrenko-Oslo !   L'adagio paraît même ici un brin sirupeux / filmique / complaisant, alors que les harmonies et les figures complexes de bois sont audiblement riches.

♥ *(Marcel) Poot – Symphonies 1,2,3,4,5,6,7 – Anvers PO, Léonce Gras + Belgian RT NPO, Hans Rotman + Moscou PO, Frédérice Devreese + Belgian NRSO, Franz André (Naxos, réédition en coffret en 2021)
→ (Mis en couleur, mais il est en réalité flamand, précisons.)
→ Joli corpus, la 1 d'un postromantisme aux brusques simplicités néoclassiques, la 4 très marquée par l'orchestration et l'esprit de Chostakovitch, la 7 d'une bigarrure tourmentée assez persuasive…
→ Bissé la 7.

♥ *Skalkottas – 36 Dances grecques, The Sea Suite, Suite Symphonique n°1 – Athènes StO, Stefanos Tsialis (Naxos 2021)
→ Danses polytonales étonnantes, Suite néoclassique, Mer figurative et généreuse, mais tout en pudeur, sans chercher l'emphase, très réussie.
→ (Privilégiez cependant le précédent volume Skalkottas, plus essentiel.)

♥ *Takemitsu – Requiem pour cordes, Far Calls, How Slow the Wind, A Way a Lone II, Nostalghia in Mémory of Andrei Takovskij… – Suwanai, NHK, P. Järvi (RCA 2020)
→ Une bonne version (pas très colorée : pas le point fort de Järvi, ni surtout de cet orchestre, ni de ces œuvres précises de Takemitsu) d'œuvres pas parmi les plus chatoyantes ni passionnantes de Takemitsu (œuvres pour cordes essentiellement), à part How Slow the Wind (qui n'est pas son meilleur, mais contient les jolies échelles modèles de Tree Line ou Rain Coming).

♥ *Gerald BARRY – The Eternal Recurrence – Britten Sinfonia, Thomas Adès (Simax 2021)
→ Couplé avec les 7,8,9 de Beethoven que je n'ai pas essayées (les autres volumes étaient très bien, mais la concurrence est telle que…). En revanche le couplage avec des œuvres de Barry tout au long du cycle est vivifiant !
→ On retrouve le goût de Barry pour ces accords tonals utilisés sans réelle fonction, en forme de gros blocs un peu errants tandis que la ligne vocale de la soprano semble traditionnelle, presque sucrée. Très plaisant. (Je n'avais pas le texte pour suivre, je ne peux pas dire pour l'instant si c'était simplement joli ou vraiment saisissant.)

Dalbavie – Concertate il suono – OPRF (Densité-21 RF 2007)

♥ Dalbavie – Ciaccona – OP, Eschenbach (Naïve)

♥ *Dalbavie – La source d'un regard  – Seattle SO, Morlot (Seattle SO Media 2019)
→ Très belle évolution progressive d'étagements sonores.



G. Lied orchestral

♥♥ Hausegger – Barbarossa & Hymnen an die Nacht – Begemann, Norrköping SO, Hermus (CPO)
→ Barbarossa toujours pas fabuleux, hymnes très beaux, Begemann splendide.

♥♥♥ Diepenbrock – « Anniversary Edition, Vol. 2 » (Etcetera 2012)
Die Nacht – Janet Baker / Royal Concertgebouw Orchestra
Hymne an die Nacht 'Gehoben ist der Stein' – Arleen Augér / Royal Concertgebouw Orchestra
Hymne an die Nacht 'Muss immer der Morgen' – Linda Finnie / The Hague Philharmonic
Im grossen Schweigen – Robert Holl / The Hague Philharmonic
→ Splendides pièces généreuses, variées, lyriques, tourmentées, persuasives. Du décadentisme encore très romantique, petites merveilles.
→ Trissé.

♥♥♥ Diepenbrock – Reyzangen uit Gysbrecht van Aemstel (extraits) + Hymne aan Rembrandt + Te Deum + Missa in die festo – Westbroek (Etcetera 2013)

♥♥ Diepenbrock – Reyzangen uit Gysbrecht van Aemstel (intégral) + Hymne aan Rembrandt – Westbroek (Composers Voice 2005)
→ Première écoute du Aemstel intégral.
→ Bissé.

Diepenbrock – Die Vögel, Suite Marsyas, Hymne violon-orchestre, Electra, Die Nacht (Linda Finnie), Wenige wissen (Homberger), Im grossen Schweigen (Holl) – Den Haag RO, Vonk (Chandos 2002)
→ Les lieder orchestraux sont tellement plus intéressants que ses poèmes symphoniques (un peu lisses) !

DIEPENBROCK, A.: Orchestral Songs (Begemann, St. Gallen Symphony, Tausk) (CPO 2014)
→ Moins séduit, à la réécoute (et malgré le charisme de Begemann), par rapport aux autres lieder enregistrés par Chandos avec Finnie, Homberger et Holl.

♥♥ Cecil Coles – Fra Giacomo, 4 Verlaine, From the Scottish Highlands, Behind the lines – Sarah Fox, Paul Whelan, BBC Scottish O (Hyperion)
→ Belle générosité (Highlands à l'élan lyrico-rythmique réjouissant, qui doit pas mal à Mendelssohn), remarquable éloquence verbale aussi dans les pièces vocales. Bijoux.
→ Bissé.



H. Concertos

♥ *Vivaldi – Concertos pour basson – Azzolini (Naïve 2021)
→ Basson savoureux, très bel ensemble spécialiste, superbe veine mélodique aussi, de l'excellent Vivaldi !

♥ Antonín Vranický Concerto pour deux altos, Rejcha « Solo de Cor Alto », Vorišek Grand Rondeau Concertant pour piano violon violoncelle, Beethoven concerto pour violon en ut (fragment), dans la série « Beethoven's World » – Radio de Munich, Goebel (Sony)
→ Suite de l'incroyable parcours de Goebel qui documente des compositions concertantes et orchestrales de contemporains de Beethoven, avec des pépites (Clément, Romberg, Salieri…). Ici, très beau double concerto de Vranický, grandes pièce de Rejcha aux belles mélodies…

♥♥ Reicha Symphonie concertante pour 2 violoncelles, Romberg Concerto pour deux violoncelles, Eybler Divertisment – ( série « Beethoven's World ») – Deutsche Radio PO, Goebel (Sony)
→ Très beau, programme hautement original (dans la collection où j'avais déjà loué les Concertos pour violon de Clément et qui vient de publier Salieri-Hummel-Vořišek), mettant en valeur des jalons considérables du patrimoine.
→ Un Reicha virtuose : un violoncelle faisant des volutes graves, l'autre énonçant de superbes mélodies – celle du premier mouvement évoque beaucoup Credeasi misera.
→ Un Romberg au mouvement lent plus sombre, inhabituellement tourmenté (sans agitation pourtant), se terminant dans un rondeau aux rythmes de cabalette et dont la mélodie invite à la danse. 
→ Un Eybler trompettant, musique de fête.
→ Interprété avec une finesse de timbre et un élan absolument délectables.

Romberg (Bernhard) – Concertos pour violoncelle 1 & 5 – Melkonyan (CPO)
→ Le 5 a un côté symphonies de Mozart en mineur. Mais tout ça n'est pas particulièrement passionnant en soi.

♥♥ Bruch – Doubles concertos (2 pianos + alto & clarinette), Adagio apassionato, ouv Lorelei – ÖRF, Howard Griffiths (Sony 2019)

♥ PIERNÉ, G.: Orchestral Works, Vol. 2 - Fantaisie-ballet / Scherzo-caprice / Poème symphonique (Bavouzet, BBC Philharmonic, Mena)
→ Belle version de ces œuvres plaisantes.

♥ Pierné – Suites de Ramuntcho – Philharmonique de Lorraine, Houtman (BIS 1988)
→ Très plaisant.
& Concerto pour piano (avec son joli thème de final « la chenille qui redémarre »)

♥♥♥ van Gilse – Tanzskizzen – Triendl, PBSO Eschede, Porcelijn (CPO)
→ Bissé.

♥♥ Graener – vol. 3 : Concerto pour piano.  – Triendl, Radio de Munich, Alun Francis (CPO 2015)

Chostakovitch – Concerto pour violoncelle n°2 – Arto Noras, Radio Norvégienne, Rasilainen (Finlandia / Apex)
→ Tellement mieux que le Premier Concerto, dans version élancée et très bien jouée, mais demeure assez peu exaltant pour ma sensibilité…

Voormolen – Concerto pour deux hautbois – La Haye, Bamert (Chandos)
→ Néoclassique sympa.

♥ Klami : The Cobblers on the Heath (Ouverture) / Thème, 7 Variations & Coda Op.44 avec violoncelle solo – J.-E. Gustafsson, Lahti SO, Vänskä (BIS)
Et aussi : Kalevala Suite (sombre mais pas la plus fluide et colorée)

♥♥♥ Klami : Cheremissian Fantasy, Sea Pictures, Kalevala Suite ; Noras, Helsinki PO, FinRSO (Finlandia 1992)
→ Atmosphères entre Sibelius et Ravel assez mereilleuses. Très belles interprétations typées et savoureuses. (Découverte pour la Fantaisie.)

♥ Nyman, Piano Concerto – Lenehan, Ulster Orchestra, Yuasa (Naxos)
→ Vraiment beau dans ses consonances, ses ondoiements et ses jolies évolutions harmoniques. Mais tout le temps pareil – et identique à ses autres œuvres également.

Khodosh – Concerto pour piano & orchestre
→ D'un néoclassicisme aux éclats un peu circassien, assez amusant. Son opéra comique d'après L'Ours de Tchekhov, représenté en ce moment même à Donetsk, fait envie – n'étaient les obus.




I. Quatuors

*Józef Elsner –  « Trois quatuors du meilleur goût polonois » Op. 1  – Mikołaj Zgółka & friends (NFM, Accord 2021)
→ Première parution de ces beaux quatuors de style encore classique, dans une exécution avec cordes en boyaux – ce qui rend souvent, à mon sens, l'audition moins confortable, et distraite par les inégalités de timbre.
→ Même si la veine mélodique n'est pas la plus immédiate par rapport à nos références Haydn-Mozart, de soudaines bifurcations harmoniques font assurément lever l'oreille en de nombreuses occurrences.
→ Je serais très curieux de réentendre ce corpus interprété selon différentes autres options (plus de structure, plus de chair ou plus d'élan), je suis convaincu de son potentiel.

♥ *Hérold, d'Ollone, Rabaud – Quatuors – Hermès SQ (Chaîne YT de Bru Zane 2021)
→ Trois rarissimes quatuors, d'où se détachent en particulier les affects généreux du Rabaud, assez éloigné de son style orchestral plus hardi – alors qu'Hérold est y au contraire sur son version le plus sérieux et ambitieux.
→ Son très peu typé français de ce jeune ensemble, un peu trop de fondu et de vibrato pour moi, peut-être.
→ Super entreprise en tout cas que de jouer ces raretés, et de surcroît de les diffuser – le Palazetto n'étant pas l'endroit le plus commode d'accès au monde.

♥ Anton Reicha: Trois quatuors – Quatuor Ardeo (2014 | L'empreinte Digitale)
→ bissé

♥♥ GADE, N.W.: Chamber Works, Vol. 5 - String Quartet in D Major / String Quintet in E Minor / Fantasiestücke clarinette piano (Ensemble MidtVest) (CPO)

♥ *La Tombelle – Quatuor en mi – Mandelring SQ (Audite 2021)
→ Gloire aux Mandelring qui ont pris l'habitude d'enregistrer des quatuors rares en complément des œuvres (ou cycles d'œuvres) célèbres qui enregistrent !  Œuvre de salut public, d'autant que ce sont des quatuors entiers qu'ils gravent, très bien choisis, et exécutés au plus haut niveau !
→ De surcroît, ici, Bru Zane n'avait pas gravé, dans on anthologie de 3 CDs, ce quatuor (juste celui avec piano).
→ Pas bouleversé par la pudeur de cet opus : ni très mélodique, ni très sophistiqué, une sorte de Ravel en sourdine. Peut-être joué avec moins de transparence et une plus franche véhémence ?  Car il existe des moments franchement passionnés qui pourraient peut-être se trouver davantage mis en valeur avec un jeu plus « à l'allemande ».
→ (couplé avec le Ravel, pas écouté)

Bosmans Strijkkwartet (1927) , Utrecht SQ
→ Très français… et très court.

♥♥ KUNC, B.: String Quartet, Op. 14 / LHOTKA, F.: Elegie and Scherzo / SLAVENSKI, J.: String Quartet No. 4 (Sebastian String Quartet) (CPO)
→ Bissé.



J. Chambre

♥♥ *Sommer (1570–1627)  Der 8. Psalm // Fontana (1571–1630) Sonata 16 // Buonamente (1595–1642) Sonata seconda // Pachelbel (1653–1706) Canon & Gigue // Torelli (1658–1709) Sonata a 3 violini // Fux (c1660–1741) Sonata a 3 violini //  Louis-Antoine Dornel (1685–1765) Sonate en quatuor // Giovanni Gabrieli (c1555–1612) Sonata XXI con 3 violini // Purcell Three parts upon a ground & Pavane // Schmelzer (1620–1680) Sonata a 3 violini // Baltzar (c1631–1663) Pavane // Hacquart (c1640–a1686)  Sonata decima –
« Sonatas for three violins », Ensemble Diderot, Johannes Pramsohler (Audax 2021)
→ Je n'avais pas été enthousiasmé ni par les œuvres, ni par le son des principaux albums (très originaux) de l'ensemble, mais ici, ces sonates à violons multiples se révèlent remarquablement fascinantes !
→ bissé.

♥♥♥ *Jacchini, Gabrielli, Lulier, A. Scarlatti, Bononcini – Sonates pour violoncelle « The Italian Origins of the Violoncello » – Lucia Swarts +  Zomer , Richte van der Meer (cello), Siebe Henstra (harpsichord) (Mountain Records 2015-2021)

♥♥♥ *Roncalli – Intégrale de la musique pour guitare (baroque) : les 9 Sonates – Bernhard Hofstötter (Brilliant 2021)
→ Superbe massif très vivant, des suites de danse en réalité, dont la mobilité séduit grandement, en particulier la Passacaille en la mineur de la Cinquième Sonate, reprenant des basses connues des LULLYstes.
→ Interprétation très allante, prise de son confortable.

♥ Ritter – Quatuors avec basson – Paolo Cartini, Virtuosi Italiani (Naxos 2007) → Très joliment mélodique. Moins riche et virtuose que Michl.

♥ *ROMBERG, B.: Sonatas for Harp and Cello, Op. 5, Nos, 1, 2, 3 (Aba-Nagy, Szolnoki) (Gramola 2020)
→ Existe aussi en violoncelle-piano et en violon-piano, avec approbation du compositeur. Beaux thèmes séduisants, presque opératiques, du violoncelle, souple élégance de la harpe, très belles pièces de salon.
→ Captation avec un petit déséquilibre en faveur du violoncelle (la harpe est un peu retranchée vers l'arrière), probablement monté en boyaux considérant le timbre un peu plaintif.

♥ *Rejcha –  Octet, Op. 96 and Variations for Bassoon & String Quartet – Consortium Classicum (CPO 2000)

♥ *Onslow – Quintettes à cordes n°23 & 31 (vol.4) – Elan Quintet (Naxos)
→ Beaux quintettes sobres et touchants, du bon Onslow bien joué.

♥ Bruch: String Octet in B-Flat Major, String Quintet in A Minor & Piano Quintet in G Minor – par Ulf Hoelscher Ensemble (CPO)

♥ *Saint-Saëns – Sonates violoncelle-piano, violon-piano, Suite violoncelle-piano, piécettes, arrangements… –  Tanaka, Fouchenneret, Bartissol, Wagschal (3 CDs Ad Vitam 2021)
→ Clairement pas le sommet du legs de Saint-Saëns (quelle distance par rapport à l'ambition des quatuors à cordes ou avec piano !), mais de plaisantes œuvres très peu jouées, servies par des interprètes rompus à ce répertoire.

♥♥♥ *Stanford  – Quintette piano-cordes, Fantasies – membres de la Radio de Berlin, Nicolaus Resa (Capriccio 2021)
→ Une des grandes œuvres les plus inspirées du (très inégal) Stanford.

♥♥ *Labor – Sonates violon-piano, violoncelle piano, Thème & variations (cor-piano) – Karmon, Mijnders, Vojta, Triendl (Capriccio 2021)
→ Nouveau volume Labor, qui confirme le chambriste considérable qu'il est !  Plus lumineux et apaisé que son fascinant Quatuor piano-cordes.
→ Trissé.

♥ *BEACH, A. / PRICE, F.B.: Piano Quintets / BARBER, S.: Dover Beach (American Quintets) (Kaleidoscope Chamber Collective)
→ Très belles pièces tradis, avec des épanchements traditionnels des mouvements lents pour ces formations, d'une très beau métier !

♥ Koechlin – Sonate à sept – Lencsés, Parisii SQ (CPO 1999)
→ Sorte de pièce concertante pour hautbois. Pastoralisme un peu lent et bavard, sorte de Milhaud réussi.

♥♥ *Escher – Concerto pour orchestre à cordes, Musique pour l'esprit en deuil, Tombeau de Ravel, Trio à cordes, Chants d'amour et d'éternité (pour chœur a cappella), Le vrai visage de la Paix, Ciel air et vents, Trois poèmes d'Auden – Concertgebouworkest, Chailly ; PBChbCh, Spanjaard (Brilliant 2020)
→ Vaste anthologie (essentiellement des rééditions, je suppose), avec quelques belles inspirations d'un postromantisme assez simple.

♥♥ *Klami –  Quatuor piano-cordes, Sonates violon-piano &  alto-piano – Essi Höglund, Ero Kesti, Sirja Nironen, Esa Ylonen (Alba 2021)
→ Beau corpus, très pudique (que d'aération, de respirations, de silences à tour de rôle dans ce Quatuor !), très beaux timbres et phrasés (le violon d'Essi Höglund en particulier).



K. Flûte solo

♥ *Koechlin – Les Chants de Nectaire – Nicola Woodward (Hoxa 2021)
→ Ni aussi nette et virtuose que Balmer, ni aussi poétique et souplement articulée que de Jonge, cette quatrième intégrale du monumental chef-d'œuvre universel de la flûte solo (4h), inspiré d'un jardinier musicien (un ange caché dans La Révolte des Anges d'Anatole France…), ne change pas nécessairement la donne. Je recommande vivement d'écouter Leendert de Jonge dans ces pages – la famille Koechlin le recommande également pour son respect des nuances écrites et de l'esprit général.
→ Mais, il est formidable de pouvoir comparer les lectures, et quitte à écouter n'importe quelle version, plongez-vous, oui, dans ce chef-d'œuvre incroyable !



L. Théorbe

♥♥♥ Visée : Chaconne en la mineur, Monteilhet

♥♥♥ Bach – Suites 1,2,3 pour violoncelle (version théorbe) – Monteilhet 1 (EMI 2000)
→ Tellement de mordant et de résonance ici (rien à voir avec les suites 4 à 6 chez ZZT, plus ouatées et lisses).



M. Harpe

♥♥ *Casella Sonate pour harpe // D  Scarlatti Kk 135 // Bach toccata ut mineur // Debussy Ballade pour piano // Zabel fantaisie sur Faust –  « Ballade » – Emily Hoile, harpe (Ars Produktion 2021)



N. Violoncelle·s

♥♥♥ Bach – Suites pour violoncelle 3,1,4,6… – Lucia Swarts (Challenge Classics 2019)
→ De (très) loin la version la plus enthousiasmante que j'aie entendue sur instrument ancien !  Du grain en abondance, de la couleur partout, et un mordant exceptionnel…
→ Possiblement la version qui soutient le plus mon intérêt sur la durée, aussi, alors que je fatigue assez vite avec ces Suites, que je trouve moins nourrissantes que son corpus pour violon…

Bach, Bourrée de la Suite n°3 pour violoncelle : Swarts, Maisky DGG, Maisky live w. Argerich, Monteilhet

♥ B. Romberg – Sonata for 2 Cellos in C Major, Op. 43, No. 2 – Ginzel & Ginzel (Solo Musica)



O. Piano·s

♥ *Brillon de Jouy – The Piano Sonatas Rediscovered –  Nicolas Horvàth (Grand Piano 2021)
→ Très plaisant classicisme finissant / premier romantisme, pas particulièrement personnel, mais écrit sans aucune fadeur (et finement joué).
→ (Je découvre a posteriori qu'il s'agit d'une compositrice.)

Gouvy – L'œuvre pour deux pianos – (Bru Zane)
→ Agréable. Rien de très saillant en première écoute.

♥♥ Kurtág – Játékok à quatre mains – M. & G. Kurtág (DVD)
→ Une autre vision (que le disque, le concert et mes propres doigts, jusqu'ici) avec cette version vidéo de ces délectables miniatures !

♥♥ *Griffes, Crumb, Carter, Glass, Shimkus – « America 1 » – Vestard Shimkus (Artalinna 2021)
→ Panorama à la vaste diversité de langages et de touchers. L'impressionnante Sonate de Griffes conserve beaucoup de gestes (de structure, de virtuosité, même de tonalité) issus du patrimoine, et donne une très belle occasion à Shimkus de montrer l'étendue de sa palette d'attaques et de textures.
→ Le sommet de l'interprétation se révèle sans doute dans l'incroyable diversité d'inflexions et de phrasés dispensés dans (l'insupportable) Glass, tout en trémolos lents de tierces mineurs, d'une pauvreté emblématique – mais le pianiste y impressionne.
→ Récital très original et cohérent, un petit monde à parcourir.



P. Clavecin

♥♥ *J.-Ph. Rameau, Claude Rameau, Claude-François Rameau, Lazare Rameau, J.-F. Tapray – Pièces pour clavecin « la famille Rameau » – Justin Taylor (Alpha 2021)
→ Inclusion du frère, du fils et du neveu Rameau, ainsi que de variations brillantes des années 1770 de Tapray sur Les Sauvages. Parcours passionnant au cœur du temps et des proximités.
→ Frémissante interprétation, très discursive et vivante, pleine de replis et d'inaglités sans la moindre affèterie, sur un clavecin remarquablement choisi et réglé…



Q. Orgue

♥♥ *Casini, Casamorata, Maglioni – « Florentine Romantic Organ Music  » – orgues de Corsanico et Sestri Levante, Matteo Venturini (Brilliant 2021)
→ Musique de pompe assez festive et extravertie (les clochettes intégrées !), de la musique rare, où l'on retrouve des tournures mélodiques typiquement italiennes, et jouée avec beaucoup de générosité et de clarté. Pas le sommet du bon goût, mais un aspect rare de la musique italienne à découvrir dans de très bonnes conditions !

*Edvard Grieg: Alfedans – arrangements des Danses norvégiennes & Pièces lyriques – Marco Ambrosini (Nyckelharpa), Eva-Maria Rusche (orgue) (DHM 2021)
→ Très amusante couleur locale et jolies danses, bien réadaptées aux instruments !



R. Airs de cour, lieder…

♥ *Rasi, Del Biado, Da Gagliano, Caccini, Peri, Falconieri, Gesualdo, D'India, Monteverdi – Soleil Noir – Gonzalez Toro, I Gemelli (Pierrard, Dunford, Papadopoulos), Gonzalez Toro (Naïve 2021)
→ Beau parcours intimiste dans le répertoire d'un ténor historique du premier baroque.

♥♥ *Schubert – Die Winterreise – DiDonato, Nézet-Séguin (DGG)
→ Grande et belle surprise : DiDonato utilise ici la partie la plus colorée de sa voix, trouvant de très belles textures qui échappent à l'aspect « opéra ». Le vibrato rapide et la beauté du phrasé entretiennent une véritable atmosphère expressive, digne des grandes lectures d'un cycle pourtant conçu (et plus facile à chanter) pour voix d'homme.
→ L'allemand n'est pas tout à fait naturel, la couverture vocale reste importante sur certaines voyelles… cependant l'expression (davantage, finalement, que la beauté bien connue de la voix) l'emporte sans hésiter – et sans la mollesse qu'on pouvait redouter d'un instrument conçu pour des répertoires réclamant davantage de largeur et de fondu d'émission.
→ En fin de compte, une lecture vraiment différente, qui ne m'est pas apparue comme une jolie version d'une chanteuse d'opéra, mais véritablement comme une proposition singulière et aboutie du cycle.

♥ *Gisle Kverndokk – Så kort ein sommar menneska har (mélodies en bokmål et anglais) – Marianne Beate Kielland, Nils Anders Mortensen (Lawo 2021)
→ Belles mélodies simples et prégnantes, incluant un cycle Shakespeare en VO. Toujours belle et douce voix de mezzo de Kielland.

♥ *Mozart-Spindler – Arrangements pour hautbois et orchestre : Concerto pour flûte et harpe, airs de concert, Exsultate jubilate – Albrecht Mayer, Kammerphilharmonie Bremen, Albrecht Mayer (DGG 2021)
→ Disque-démonstration pour Albrecht Mayer, l'emblématique hautboïste solo du Philharmonique de Berlin

♥♥ *Wagner, Pfitzner, R. Strauss – lieder « Im Abendrot » – Matthias Goerne, Seong-Jin Cho (DGG 2021)
→ Goerne a vieilli et la prise de son très rapprochée et réverbérée cherche à créer un effet d'ampleur qui correspond assez mal à celle (réelle) qu'il manifeste en salle. Elle souligne les défauts, les sons légèrement blanchis, les petites gestions du détimbrage sur certaines voyelles… Très étrange spectre sonore très brouillé, assez déplaisant.
→ En revanche, programme original et interprétation prenante, avec la « longueur d'archet » impressionnante et le legato infini de Goerne, son sens de l'atmosphère…
→ Cho est comme toujours assez froid, et ne déploie pas exactement des moirures symphoniques (pour autant, ça s'écoute très bien).
→ Malgré l'amoindrissement de l'instrument, c'est donc un disque marquant, une fois que l'on a surmonté l'étrangeté de la prise de son.

♥♥ *Wiéner, Chantefleurs // Milhaud, Catalogue des fleurs // Satie, Honegger, Lili Boulanger – « Fleurs » – Loulédjian, Palloc (Aparté 2020)
→ Délicieuse adaptation musicale des miniatures de Desnos par Wiéner, servie avec une versatilité et une grâce rares.



S. Chanson

♥ *Horace Silver, Duke Elligton, Norah Jones… – « Midnight Jones » – Norah Jones (UMG, réédition 2020)

♥♥♥ Norah Jones – Comme Away With Me – Norah Jones (Blue Note 2002)

♥♥♥ Norah Jones – Don't Know Why – Norah Jones (Blue Note 2002)
→ Bissé.

♥♥ Cocciante-Plamondon, Notre-Dame de Paris « Belle » (versions française, grecque, russe, italienne, coréenne, espagnole, néerlandaise, polonaise)
→ Seul moment de valeur dans cette pièce particulièrement peu exaltante (intrigue, versification, musique, rien ne réussit), le trio des soupirants réussit une forme poétique originale et une thématique musicale très prégnante. Un des plaisirs de ce genre de production à succès est de pouvoir en explorer les versions en diverses langues, de découvrir les choix de re-versification (particulièrement difficile ici, ça joue beaucoup de mots-outils français !), d'observer les différences d'émission vocale selon les langues… 
→ L'italienne trouve des alternatives vraiment stimulantes à la VF. (et particulièrement bien chantée par les deux ténors graves)



guatemala



Beaucoup de notules un peu plus ambitieuses avaient empêché la publication, ces derniers mois, des disques écoutés récemment… C'est chose faite.

Un peu épais sans doute, mais en naviguant entre les astérisques des nouveautés, les parcours nationaux colorés et les petits ventricules palpitants de mes recommandations, vous devriez attraper quelques pépites que j'ai été très impressionné de pouvoir découvrir, après tant d'heures d'écoutes au compteur !

mardi 1 juin 2021

#ConcertSurSol #47 : Man of La Mancha de Leigh, dans sa traduction de Brel

#ConcertSurSol #47 : Man of La Mancha de Mitch Leigh, dans sa traduction de Brel.

Plus séduit que ce que je craignais (pas renversé par « L'inaccessible étoile », ni par les versions discographiques), avec quelques réserves :

Suite de la notule.

#ConcertSurSol #46 : Le soulier de satin, de Dalbavie


#ConcertSurSol #46 : Le soulier de satin de Dalbavie.

Séduit mais pas convaincu par cette création : conformément à ce que je prophétisais pour moi-même il y a une poignée de jours,

Suite de la notule.

#ConcertSurSol #45 : Saint-Saëns, Stravinski, Silvestri par Măcelaru


#ConcertSurSol #45

Très ému par ce concert du National de France

Suite de la notule.

#ConcertSurSol #44 : Milhaud-Claudel, Machuel-Bonnefoy, Franck Martin à double chœur, par le Chœur de Radio-France


#ConcertSurSol #44

Concert puissamment original du Chœur de Radio-France :

Suite de la notule.

mercredi 26 mai 2021

L'agenda de la reprise 2021 // Podcast des concerts de la semaine


Puisqu'on me supplie de toute part de le rendre public, je m'exécute.

Opéra de Paris, Philharmonie, Opéra-Comique, Théâtre des Champs-Élysées, Athénée, Châtelet, CNSM, Salle Cortot, Salle Gaveau, Seine Musicale, Orchestre de chambre de Paris, Théâtre 13, Musée Guimet, Quai Branly, Opéra Royal, Grandes Écuries de Versailles, Potager du Roi, Opéra de Massy, Bois-le-Roi, Chartrettes, Grez-sur-Loing, Montigny-sur-Loing, Barbizon…

Grand relevé des principales salles franciliennes qui ont rouvert… et début de relevé pour les festivals franciliens de l'été.

agenda_reprise_mai_2021.png

Voici donc un tableau, initialement au format .ods (Open Office), mais également disponible aux formats Excel .xls ou plus interopérable .xml (je n'ai pas vérifié les mises en forme qui changeaient avec ces deux formats).
Enfin, il est aussi possible, tout simplement, de lire le tableau sous forme d'une page en .html affichable dans votre butineur favori.

J'ai aussi été tenté, après avoir réalisé un petit guide audio pour introduire des amis au concert de soir, par l'exercice d'un podcast, présentant les concerts entre lesquels choisir cette semaine.
Le résultat est… discutable, 40 minutes de parlote tout de même (il aurait fallu le découper en pistes, concert par concert, mais je n'aurai pas le temps de le faire cette fin de semaine… à voir pour la prochaine livraison), mais il peut peut-être intéresser les curieux qui se demandent quel concert choisir : j'y dis un mot sur les œuvres et les interprètes, mais j'essaie aussi de présenter l'intérêt du concert et les stratégies en matière de prix et de placement dans la salle.

Je vous livre ainsi l'objet tel qu'il est (ça bafouille terriblement au tout début, ça devient plus fluide ensuite), trop long, non pisté, mais si vous êtes curieux des concerts proposés, vous pouvez toujours essayer de fouiner dedans.
Je suis très intéressé par les retours (utile, malcommode, mettre l'accent sur ci ou ça, hiérarchiser de telle façon, le mettre à disposition sous tel format…).

Carnets sur sol vous emmène en balade à travers les concerts possibles de cette semaine !
(Fond sonore : la Symphonie n°1 de Saint-Saëns, puis celle en la.)

lundi 24 mai 2021

Un jour, un opéra – le grand tour des théâtres et programmations du monde entier – (2021)


Le retour de la série qui vous avait, je n'en doute pas, tous tenus en haleine !  Un voyage plein de surprises à travers le patrimoine littéraire, linguistique, architectural et musical du monde entier, en partant des opéras donnés aujourd'hui en un point du monde.

J'ai déjà essayé de l'inclure sur Carnets sur sol, mais le format est difficile à transférer, je n'ai publié que deux ou trois notules et je suis loin d'avoir fini de reproduire le fil d'origine (refaire la mise en forme est plus long que fournir les recherches et produire les tweets…). Je tenterai peut-être, une fois avancé, l'aide de plateformes de mise en page automatique des fils.

Je vous invite donc à en observer la progression régulière sur le compte Twitter de Carnets sur sol. Avec les jolies photos des théâtres et, quand ils existent, des liens musicaux.

Théâtre de Comédie Musicale de Saint-Pétersbourg
Le Théâtre de Comédie Musicale de Saint-Pétersbourg, dans le bâtiment « Théâtre du Palais du Ballet », à Saint-Péterbourg.

On est émerveillé des patrimoines littéraires qu'on découvre (les épopées lettonnes), des langages musicaux qu'on croise (finalement peu d'expérimental dur à l'échelle du monde, beaucoup de mélanges de tonalité et d'effets divers, assez amusants), des lieux merveilleux qu'on peut entr'apercevoir… et même des échos géopolitiques qui affleurent assez facilement.

Pour cette reprise, un opéra-oratorio célébrant des saints orthodoxes à l'Opéra de Sofia (théâtre de grande tradition italienne, qui s'ouvre par ailleurs enfin à Wagner !), et une opérette hongroise des années 20 traduite en russe pour un théâtre spécialisé de Saint-Pétersbourg aux intérieurs indécemment fastueux !

Et demain ?  Vous emmènerai-je à Moscou, Astrakhan, Ijevsk ou plus proche, à Umeå, Saint-Gall, Dublin, Umeå ?  Vous parlerai de Leonidov, Gladkov, Dashkevich, Desyatnikov, Kvinnogräl, ou plus simplement d'Alessandro Scarlatti ou Daniel Catán ?  J'ai le choix entre tout cela demain. Rendez-vous sur le compte Twitter de Carnets sur sol, en attendant la prochaine notule qui, consacrée aux dernières explorations discographiques, devrait maintenant arriver très vite !  (Mais il y a beaucoup de titres à compiler !)

dimanche 16 mai 2021

La création lyrique contemporaine à l'Opéra de Paris – le mystère Dalbavie


Avec la simultanéité de la reprise tardive des saisons musicales, l'annonce des festivals de l'été et de toute la prochaine saison, les concertivores sortent du trou où la prostration issue du sevrage les avait jetés, et la lecture des brochures suscite des pensées aussi soudaines que fulgurantes chez moi.

Et puis, ne nous mentons pas, une petite notule éditoriale suscite toujours davantage d'échanges que la mise en lumière d'œuvres inconnues que pas grand monde n'a encore écoutées : ça se pare ainsi d'un petit bonus interaction sociale très agréable par les temps qui courent – fût-ce à distance.

Situation aidant, j'en ai donc une petite ribambelle à écouler. Et ça tombe bien, c'est plus rapide à préparer et le travail avant l'été, les expositions, les concerts et les relations sociales vont sans doute aspirer une bonne partie du temps de notulage disponible.



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Pour accompagner votre lecture, La source d'un regard (Seattle Symphony, Ludovic Morlot).
On y entend assez bien ses différentes filiations : Messiaen (le Premier Chant d'amour de la Turangalîla n'est pas loin, au début !), les aplats progressivement évolutifs des spectraux, les cuivres varésiens (façon Déserts, au milieu de la pièce), une base harmonique relativement tonale (les cordes).



Programmation et distributions 2022

À tout seigneur, tout honneur, l'Opéra de Paris publie une belle saison, assez variée. Évidemment peu de titres rares hors Œdipe d'Enescu (qui ne me semble pas vraiment la partition la plus à même de saisir immédiatement l'adhésion d'un vaste public – quitte à jouer peu de choses rares, je mettrais des œuvres dignes de rester au répertoire, il me semble…), qui fera très plaisir à voir. Mais on y entendra Turandot qui n'y a pas été joué depuis longtemps, on retrouvera enfin Richard Strauss après une période de vaches maigres lissnérienne, il y aura beaucoup de langues (un en russe, deux en anglais, du français), un peu de baroque, des tubes. Le tout dans de très belles distributions. Certes peu de XXe.

Les plus glottophiles d'entre nous ont vite remarqué l'absence des stars les plus courues (Netrebko, Alagna, Kaufmann, en gros), mais les distributions n'en sont pas moins très prometteuses, que ce soit par l'arrivée d'autres vedettes (l'étonnant Calleja, pour la première fois dans un opéra complet en France, c'est pas trop tôt) ou par l'engagement de chanteurs moins célèbres mais très prometteurs (Angel Blue, concentration extrême du son, une sorte de Marina Rebeka à l'afro-américaine !).

Il est possible qu'il y ait un choix délibéré de changer les noms, une différence de goût chez le conseiller aux distributions, la volonté de certains chanteurs de ne pas multiplier les pays où se déplacer par les temps qui courent (mais pourquoi tant d'Américains et pas Alagna, à ce compte-là), voire tout simplement le fait renouvelé, pour Lissner – après avoir abandonné en pleine crise le jouet Opéra qu'il avait cassé et délibérément sabordé l'avenir de l'Athénée (par rivalité avec son directeur Martinet, de ce que je comprends) – de savonner la planche à son successeur, engageant toutes les vedettes pour lui à Naples et laissant Neef naviger à courte vue à son arrivée. Tout cela a peut-être été combiné, et je n'ai aucune idée si la situation est amenée à se renouveler ou si les prochaines saisons auront une allure toute différente.

Globalement, on note tout de même un souci de variété et d'équilibre plus agréable que dans les deux dernières saisons de Lissner, très monochromes dans la veine « reprises de tubes italiens » et « jouons Traviata deux fois par saison, une fois dans chaque salle ». On n'en est pas encore rendu à une salle qui aurait une ambition artistique cohérente (hors Œdipe et la création des 7 morts de Maria Callas, que des choses déjà présentées dans la maison), on ne voit pas trop les exhumations du patrimoine français promises, et la troupe annoncée n'est pas encore constituée. On comprend bien tous les obstacles qu'il y avait à programmer de l'ambitieux, du neuf, à réformer la maison en profondeur : je crois qu'en l'occurrence on ne peut pas honnêtement préjuger de l'avenir.

Disons que dans l'état actuel de l'Univers, une saison plus variée que d'ordinaire (par rapport à l'ère Lissner), avec de belles distributions adéquates (comme c'était le cas avec Ilias Tzempetonidis sous Lissner), on est plutôt content. De toute façon tout le monde est soulagé d'avoir le droit de rêver retourner peut-être un jour au concert, donc quel que soit le programme, ça fait subjectivement plaisir à lire, des titres, des propositions, du neuf, de l'avenir.



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La création contemporaine et Le Soulier de satin

Mais en ce qui concerne l'opéra contemporain, on n'est pas rendu. Lissner avait eu l'idée (intelligente) de passer l'ensemble de ses commandes avec un thème commun, la mise en valeur d'œuvres du patrimoine littéraire français : on a ainsi eu Trompe-la-Mort de Francesconi, Bérénice de Jarrell (pas une réussite, mais sur le papier, confier ce thème à ce compositeur avait une réelle pertinence), Le Soulier de satin de Dalbavie.

Ce dernier cas révèle néanmoins un cas d'école de la façon de traiter la création contemporaine d'une part comme la cinquième roue du carrosse, d'autre part sans même se soucier de ses spécificités.

Une création contemporaine à l'opéra, on est d'accord, fait moins déplacer, parce que le langage musical est en général plus difficile (et, puisque peu mélodique, procure tout simplement moins de plaisir à la plupart des spectateurs) – et, ne nous mentons pas, aussi parce que les livrets sont la plupart du temps si exécrables qu'ils entraînent dans leur chute même des partitions valeureuses qui, sises sur un texte décent, auraient pu se soutenir par elles-mêmes.

Lorsqu'on se lance dans la commande d'un création, il faut donc s'interroger sur ces paramètres afin de rendre l'œuvre d'une part suffisamment accessible au public une fois en salle, d'autre part suffisamment désirable avant même d'acheter une place – faire une œuvre géniale et jubilatoire, si personne ne réserve pour aller la voir, ça va pas non plus.

Et c'est là que nous allons observer l'enchaînement de décisions… énigmatiques.

1) Concept de départ, entrelacer composition d'opéra et patrimoine littéraire français. Excellent. Tout le monde a quelques noms de grands auteurs en tête (a fortiori le public d'opéra), ça peut permettre simultanément de renouveler le fonds d'œuvres du répertoire sur des œuvres géniales jamais encore mises en musique… et de faire des sujets dans les JTs avec un véritable angle d'accroche accessible : l'histoire racontée, le grand écrivain intemporel qui se réincarne dans une nouvelle création, etc.

2) Le choix de l'auteur. Je ne sais si Claudel a été suggéré par le commanditaire ou par le compositeur, mais il ne s'agit déjà pas de l'écrivain le plus célèbre. Il doit bien y avoir un contingent de catholiques cultivés et passionnés qui vont lâcher tout leur agenda pour courir aller entendre une mise en musique de Claudel, mais ce ne doit pas être avec ça que l'on doit remplir Bastille.

3) Le choix de l'œuvre. Le Soulier de satin : l'œuvre de langue française la plus longue du répertoire, n'est-ce pas ?  On va donc essayer de représenter, avec le débit de parole chantée (si l'on prend pour exemple les tragédies en musique de l'ère Louis XIV, elles font 3 fois moins de vers que les tragédies déclamées, et durent 30% plus longtemps…), une œuvre qu'il faut déjà comprimer pour la rendre représentable, avec une cadence de déclamation bien plus lente. Soit on dénature l'original – a fortiori si, langue française aidant, on voulait en inclure des morceaux non modifiés dans le livret… –, soit on produit quelque chose de beaucoup trop long, propre à décourager le public de bonne volonté.

4) On se retrouve ainsi avec un opéra de six heures. Avec le couvre-feu, il commence à 14h (même en semaine !). Il faut vraiment vouloir poser une demi-journée de congés pour s'enfermer, en juin, dans un théâtre inconfortable pour écouter de la musique inconnue et peut-être difficile / ennuyeuse / pas à notre goût. Foi en la création vivante hautement requise – surtout quand les autres salles (y compris l'autre de l'Opéra National de Paris), à côté, programment L'Orfeo, La Sonnambula ou Tosca, opéras de moins de deux heures aux lignes vocales généreuses et à l'harmonie familière, qui commencent à 18 ou 19h…

5) Le choix du compositeur. J'aime beaucoup la musique de Marc-André Dalbavie, ce n'est donc pas une mauvaise nouvelle ; cependant j'ai le souvenir de la série du festival Présences de Radio-France qui lui avait été consacrée (certes, il doit y avoir 15 ans), où il avait été difficile de réunir suffisamment d'œuvres pour nourrir chaque concert… Donc un compositeur pas particulièrement prolixe (ou bien était-il simplement jeune, dans sa toute petite quarantaine), à qui l'on confie un opéra très long – mais cette prévention s'efface ici, les délais ont été tenus.
    En revanche, en termes de langage, je me suis interrogé : sa façon, avec de belles couleurs orchestrales, ne se caractérise pas par le contraste dans le temps mais plutôt dans l'immédiateté de strates simultanées, évoluant peu au cours de ses pièces – mais je ne connais que superficiellement son catalogue pour en juger. Est-ce vraiment une valeur sûre pour écrire un opéra très long ? 
    Il a cependant déjà écrit deux opéras pour de grandes maisons, Gesualdo (en français, Zürich 2010) et Charlotte Salomon (en allemand, Salzbourg 2014), que je trouve très beaux mais que je n'ai pas pu écouter en intégralité. Si je m'attarde sur l'opéra français, on retrouve tout à fait sa manière orchestrale avec ses cuivres varésiens (l'attaque est à la fin du son et non au début comme c'est naturellement le cas), son écriture en couches. La prosodie est bonne, l'élocution naturelle… je m'interroge juste sur la variété du discours sur la durée – dans Gesualdo, il s'en était tiré astucieusement en incluant des portions de madrigaux.
    À tester donc : ça me paraissait initialement aventureux (je n'avais pas connaissance de ses deux opéras, et je craignais qu'il ne parvienne pas du jour au lendemain à domestiquer son langage au service de l'exercice très spécifique du drame chanté), mais il s'agit finalement d'un compositeur expérimenté (troisième opéra en dix ans), à la prosodie saine (pas d'intervalles délirants ni d'appuis musicaux indifférents à ceux de la langue), capable de belles ponctuations orchestrales. Reste simplement à éprouver s'il trouve la variété de ton (que je ne lui connais pas vraiment) pour habiter de façon suffisamment renouvelée quasiment six heures de musique. Mais je suis assez confiant que ce sera beau, en tout cas.

6) Les interprètes. C'est là le grand point fort de la proposition : le plateau vocal est assez affolant : Hubeaux, Beuron, Bou, Pisaroni dans les rôles principaux, et C. Poul, Santoni, Uria-Monzon, Čenčić, Dran, Huchet, Labonnette, Cavallier aux alentours, voilà qui promet en termes de beauté vocale, de diction exemplaire et de tempérament extraverti !
    Grand soin apporté à la distribution, donc ; pas du tout des spécialistes de la création contemporaines sortis d'une niche trop spécialisée, mais des artistes connus du public, de grandes voix même.
    Seule surprise, Dalbavie dirige lui-même, ce qui est inhabituel à l'Opéra de Paris pour les créations, généralement confiées à des chefs de renom.

Seconde partie : réalisation concrète du projet en 2021.

7) Le lieu de création. Contrairement aux habitudes de réserver la création contemporaine à Garnier, il était prévu que ce soit joué à Bastille, permettant de faire entendre plus confortablement et à un plus vaste public (plus loin du drame, aussi). Mais voilà qu'à l'occasion de la réouverture de la maison, nous apprenons que toutes les places vendues sont remboursées et que Garnier abritera la production !  Remplir à nouveau une salle, en deux semaines à partir de l'ouverture des ventes, pour de l'opéra contemporain d'un compositeur pas particulièrement starisé, voilà qui paraît aventureux. Surtout que l'inconfort de Garnier n'incite pas nécessairement à prendre le même type de risque : 6 heures n'importe où à Bastille (même dans les galeries latérales où il faut se plier pour voir), ce n'est pas du tout équivalent à 6 heures sur un siège à Garnier, où seul le parterre est réellement confortable – pour le coup, plus qu'à Bastille, dont les dossiers sont mal conçus.
    J'imagine que le but était de libérer de la place à Bastille pour des productions plus grand public, et satisfaire le plus grand nombre – mais j'ai l'impression que, bien que Bastille puisse en accueillir deux simultanément, il n'y a pas de production en alternance de Tosca ?
    Je me suis aussi demandé ce que cela produisait sur la partition, composée dans la perspective d'être jouée au besoin par très grand orchestre et dans une salle immense, qui se retrouve dans un théâtre à l'italienne… est-ce que tout le monde tient dans la fosse ?  Est-ce que ça ne va pas sonner trop bruyant ?

8) Les tarifs. Là aussi, un revirement incompréhensible. Alors que, pour remplir Bastille et inciter à la découverte de la création, ils étaient particulièrement bas – dès l'ouverture des réservations, une offre spéciale proposait des places de première catégorie à 40€ aux moins de 40 ans (de mémoire) –, les voici revenus à la normale. Ce qui est particulièrement cruel, considérant que toutes les places ont été remboursées, et qu'à Garnier, pour 45€, on a soit l'amphithéâtre – très étroit et inconfortable, avec ses dossiers ornés de moulures en métal (!), pas sûr qu'on ait le surtitrage non plus –, soit les côtés tout en haut ou plus bas en fond de loge. Bref, soit il est physiquement impossible d'y tenir six heures, soit on y voit mal. Pour 45€. Contre un premier rang de premier balcon à Bastille pour le même prix. Il faut donc clairement dépenser plus, au moins pour les petits budgets, pour obtenir un degré de confort comparable.
    Dans les seules places à 45€ d'où l'on voit bien sans aller s'entasser à l'amphi, seulement deux étaient à la vente (une de chaque côté !).
    Pour une œuvre nouvelle, qui arrive après des expériences de créations pas toujours probantes (Bérénice ou, plus loin, L'Espace dernier, avaient été fort mal reçus), c'est demander un sens de la Foi (pour ne pas dire de la Providence) assez important chez des spectateurs qui ne sont peut-être pas assez nombreux pour espérer remplir 5 dates.

9) La réservation. Dernière trouvaille géniale, les places à 25€, qui contiennent quelques sièges potables (et qui constituent un tarif un peu plus attractif pour les petits budgets prêts à prendre le risque d'une création)… ne sont cette année vendues qu'au guichet. Elles ouvrent donc le 19 pour la première représentation le 21 !  Et vont donc susciter une queue serrée sur le trottoir, un attroupement dans la zone billetterie – ce qui est exactement le choix raisonnable à faire en temps de pandémie.
    (Sans compter que cette politique de réserver aux Parisiens les places les moins chères, alors qu'il s'agit d'un opéra national, co-financé par la Nation, me paraît parfaitement discriminatoire : si vous habitez en banlieue lointaine ou plus encore en Province, hé bien vous ne pouvez pas avoir une bonne place à moins de 45€.)



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Gouvernance

Je ne comprends donc pas très bien, de l'extérieur, la rationalité des choix opérés dans les deux étapes d'élaboration de cette création.

a) La commande : quelle idée saugrenue de choisir une œuvre excessivement longue, sachant que la mise en opéra distend nécessairement les durées, et qu'il faudrait multiplier par trois (ou couper au tiers) la pièce d'origine si l'on voulait la jouer in extenso avec orchestre et chants ?  Même avec les six heures de spectacle (trop longue pour l'endurance physique dans un fauteuil et l'attention requise par de la musique nouvelle), il y aura beaucoup de raccourcis dans l'intrigue, ce qui risque apauvrir les situations ou rendre la compréhension plus difficile.

b) La mise en œuvre : pourquoi ces changements soudains, cette augmentation des tarifs, ce remboursement des places vendues, cette mise en vente partielle… alors qu'il s'agit de la seule soirée un peu difficile à vendre de la saison ?  L'Opéra de Paris est assis sur le tas d'or de sa réputation, de son rayonnement historique… quoi qu'il programme, tout est complet (sauf pour les reprises multiples de productions d'œuvres moins courues, clairement Cardillac #2, Wozzeck-Marthaler #3 ou  Rusalka-Carsen #4 n'étaient pas les plus grandes réussites de box-office de l'histoire de la maison).
    Lorsque par extraordinaire (parce que la création contemporaine est inscrite dans les statuts, tout simplement…) on met à l'affiche une œuvre moins célèbre, qui inspire moins confiance… pourquoi s'acharner à tout rendre plus difficile ?  En rendant les places vendues !  En augmentant les prix !  En réservant les places attractives au guichet !

J'ai une hypothèse pour la partie mise en œuvre : Dalbavie a peut-être, lors d'un dîner, médit – devant un peu trop de témoins – de l'élégance ou des mœurs de la femme de Neef. Celui-ci a donc juré de l'humilier, de le briser en faisant jouer sa création devant une salle totalement vide. (Je m'attends à ce qu'un mystérieux acquérer m'offre avec insistance de racheter ma place au double de son prix, à présent.)

Pour l'instant, je n'ai pas d'autre interprétation qui résiste aussi bien au rasoir d'Ockham. Je prends volontiers vos suggestions.



Annexes

Je vous joins ici quelques vidéos pour éclairer les descriptions abstraites figurant dans cette notule :

→ Entretien et extraits à propos de son premier opéra Gesualdo (Zürich 2010, en français).

→ Reportage (en allemand) sur son deuxième opéra (écrit en allemand) Charlotte Salomon (Salzbourg 2010, ici lors de la création allemande en 2017 à Bielefeld).

→ Entretien avec le compositeur à propos du Soulier de satin.
(Attention, vous entendez en fond ses Sonnets de Louise Labé, pas son opéra.)

Au disque, il existe de beaux échantillons de son art symphonique, notamment avec le Symphonique de Seattle (Seattle SO Media), l'Orchestre de Paris (Naïve) et le Philharmonique de Radio-France (Radio-France).
Aussi sa contribution, très caractéristique de son style, au Requiem de Reconciliation (paru chez Hänssler) avec son « Domine J » en guise d'Offertoire – aux côtés de Berio, Cerha, Nordheim, Rands, Penderecki, Rihm, Kurtág…



À bientôt pour un nouvel épisode de la fin de la fin-du-monde ! 
(Est-ce la fin-renouveau ou la fin-définitive, je ne m'avancerai guère sur ce point.)

jeudi 13 mai 2021

Exclusivité : saison lyrique 2021-2022 du Théâtre des Champs-Élysées


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Pour tous les optimistes qui y croient (ou les junkies qui sont ouverts à toutes les propositions), le Théâtre des Champs-Élysées a commencé envoyer ses brochures, une semaine avant l'annonce de la saison.

Le boss de l'excellent et incontournable forum Classik l'a entre les mains et livre la liste des titres et quelques détails très engageants.

→ Monteverdi, Il Ritorno d'Ulisse in Patria
→ Marais, Bacchus & Ariane (enfin !)
→ Haendel, Radamisto
→ Haendel, Giulio Cesare (scénique)
→ Haendel, Theodora
→ Vivaldi, L'Olimpiade
→ Mozart, Così fan tutte (scénique, Pelly).
→ Spontini, La Vestale
→ Donizetti, L'Elisir d'amore
→ Donizetti, Anna Bolena (lol)
→ Verdi, Rigoletto (scénique jeune public)
→ Wagner, Das Rheingold (Rotterdam)
→ Offenbach, La Vie parisienne (scénique)
→ Franck, Hulda
→ Tchaïkovski, Eugène Onéguine (scénique, Braunschweig)
→ Massenet, Manon
→ Massenet, Thaïs
→ Debussy, Pelléas & Mélisande (scénique, Ruf)
→ Janáček, La petite Renarde rusée

Et quelques compléments :

¶ Charpentier, Te Deum
¶ Bach, Passion selon saint Jean
¶ Haendel, The Messiah
¶ Pergolesi, Stabat Mater
¶ Verdi, Requiem
¶ Dvořák, Stabat Mater
¶ Fauré, Requiem
¶ Puccini, Messa di Gloria


Quelques précisions

Oui, Janáček est l'opéra le plus tardif de la saison apparemment. (Il faut dire que cette année, la création nous est passée sous le nez durant le printemps…)

Les distributions dont on dispose sont assez affolantes.

Così avec Santoni, Arquez, Aglatova (la Susanna de la dernière fois), Dubois, Sempey, Naouri. Sur instruments anciens, avec Le Concert d'Astrée et Haïm. Étonnant de ne pas avoir bouclé le cycle avec Rhorer, que j'avais trouvé absolument renversant, mais je serai ravi d'entendre Haïm également.

Rheingold : Nézet-Séguin vient avec Rotterdam, pour un concert qui réunit quelques-uns des meilleurs titulaires actuels : Karg (Freia), Cargill (Fricka), Graves (Erda), Siegel (Loge), Samuel Youn (Alberich), Volle (Wotan), Milling (Fasolt), Mikhaïl Petrenko (Fafner)… !

Onéguine qui semble avoir été distribué pour moi : Santoni, Kolosova, Borras, Bou… et même Delunsch en prime (qui fait toutes les scènes depuis longtemps en Larina… mais il y a de dix ans que je n'ai pas entendu sa voix !). Ils auraient presque pu prendre une traduction française vu la distribution (Kolosova a souvent invitée au TCE, à Bastille, et dans les salles de concert Philharmonie et / ou Radio-France, elle parle peut-être bien français), Michel Delines a peut-être fait cette traduction – son Boris et sa Dame de Pique sont remarquables.
Quoi qu'il en soit, extrêmement prometteur, a fortiori avec Canellakis qui avait fait de superbes Danses symphoniques de Rachmaninov avec l'Orchestre de Paris, et avec le National de France qui m'avait ébloui dans la Première de Tchaïkovski il y a quelques années – certes, c'était avant le passage à vide de l'ère Krivine, avant le renouvellement récent des premières chaises et il y avait Gardiner aux manettes !
Très intéressé aussi par la proposition de Braunschweig, qu'on peut pronostiquer davantage sensible aux idées de pression sociale, de tension infra-verbale qu'à la couleur locale ou à la subversion gratuite.

Pelléas avec Petibon, Barbeyrac, Keenlyside, reprise de l'excellente mise en scène de Ruf. Et en prime avec Les Siècles et Roth, qui ont vraiment apporté un éclairage totalement neuf, à la fois chaleureusement coloré et très cru (ces accords de cordes peu vibrés dans les ponctuations, lumineux et glaçants !), lors de leur récente production lilloise diffusée en ligne (et probablement toujours disponible.

Bacchus & Ariane de Marais, le CRR de Paris l'a donné en vidéo il y a quelques semaines (et, hélas, en prononciation restituée avec des résultats peu probants), ravi de pouvoir enfin voir en vrai le seul opéra de Marais qui restait à remettre à l'honneur (après Alcide à Versailles et Sémélé en tournée et au disque). Souvent annoncé, souvent déprogrammé, c'était devenu un serpent de mer – que nous serons fort aise, nous les LULLYstes, de pouvoir attraper !

Quant à Hulda, pour en avoir joué quelques pages par curiosité il y a quelques années, je n'ai pas conservé le souvenir d'une œuvre particulièrement audacieuse, mais au contraire, comme le Stradella du même Franck, marqué par l'influence italienne, certes moins uniment mélodique que ses confrères, mais amoindrissant ses tendances au chromatisme pour se couler dans l'esprit d'un langage opéra un peu plus « standard ». Je n'ai pas assez insisté pour déterminer s'il s'agit d'une œuvre mineure ou si de réelles fulgurances s'en dégagent. J'en serai donc.

Je vous recommande chaleureusement, également, la Messa di Gloria de Puccini, qui met essentiellement en valeur le chœur (les solistes chantent très très peau) et culmine dans ce Gloria de vingt minutes assez jubilatoire. Écriture chorale assez massive, mais l'orchestration, les doublures, les harmonies sont vraiment typiquement pucciniennes, avec un dépouillement dont nous sommes peu accoutumés. Un bijou qu'il faudra aller entendre, je vous assure.



Très varié, intriguant et assez exaltant, pour les premiers échos, donc !

Vous pouvez suivre en temps réel les nouvelles informations données par Xavier sur Classik.

Sans réel rapport, mais pour votre propre bien, je vous signale également la parution d'une liste à peu près exhaustive des expositions de France qui réouvrent dès le 19 mai, due à Guillaume Giraudon – qui l'a agencée sous forme d'un PDF très commode.

(À très bientôt pour quelques considérations un peu plus pérennes que le mois prochains, mais avec tout ce que vous avez enduré, vous méritiez de savoir, n'est-ce pas ?)

jeudi 6 mai 2021

Philharmonie : pour une réforme active de la liturgie à la Cathédrale de la Porte de Pantin



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Farcie de thèmes folkloriques,
très mélodique mais aussi très bien orchestrée,
la Première Symphonie de Kalinnikov
(ici par le National d'Ukraine et Kuchar)
emporterait à coup sûr l'adhésion instantanée du public tchaïkovskien.



philharmonie tapis
Concert d'Indy-Debussy-Koechlin-Roussel-Ravel-Schmitt avec parterre à 10€ sur tapis d'Orient, à la Philharmonie (juin 2018).
Image issue de l'excellent site FlorentSchmitt.com.


1. Faire voir monts et merveilles

Après les promesses de la Philharmonie de renouveler le public (tenue) et de réformer en profondeur la pensée et l'expérience du concert (absolument pas tenue), j'attendais à nouveau un certain changement avec l'annonce de la saison 2021-2022, sous contrainte covidée. On nous avait plus ou moins annoncé, l'an dernier, que la saison serait repensée ; puis rien n'a été fait en ce sens et les seuils de contamination furent tels qu'on ne fit pas de détail et que tout referma soudain – à tort ou à raison, c'est une vaste question que je ne prétends pas maîtriser dans son entièreté et qui n'est pas ici mon objet. L'idée était d'embaucher des artistes en plus petits nombres pour des formats plus réduits, et plutôt des artistes français, pour éviter les mauvaises surprises lors de fermetures de frontières. Et puis, finalement, on proposa une saison qui, annulations exceptées, fut tout à fait conforme aux précédentes.

Forts de cette expérience, je m'attendais à voir quelques propositions alternatives fleurir. Ne serait-ce que pour avoir la certitude de pouvoir jouer quelque chose en cas de fermeture des frontières. Aider aussi les artistes locaux / nationaux, dans une méchante passe. Et puis rien. À nouveau, une saison qui fait la part belle aux grands orchestres étrangers et aux symphonies postromantiques très fournies, les Bruckner, Mahler, R. Strauss…

Ce n'est qu'une publication jusqu'à décembre, soit 40% de la saison, et je comprends très bien la nécessité de reconduire les partenariats avec les orchestres et artistes les plus prestigieux et demandés, afin qu'ils ne prennent pas leurs habitudes ailleurs. (Enfin, à la vérité ça me paraît une question tout à fait superficielle et facultative, mais le public serait déçu s'il manquait Bartoli, Barenboim ou Argerich, et la tutelle serait déçue « Bayle / Mantei, il sait pas attirer les stars » et ce serait vu comme une baisse de rayonnement. Car nous sommes absurdement arc-boutés sur quelques noms – pourtant il est très clair que Kaufmann n'est, techniquement, plus dans l'étroit top des ténors lyrico-dramatiques internationaux. Mais il faut l'avoir, sinon la saison est ternie dans son principe même de « réunir le meilleur.)


2. Elle porte en elle le péché originel

Pourtant, aussi bien aux origines de la Philharmonie qu'aujourd'hui, le renouvellement du format des programmes était prévu et possible.

Dans la nouvelle saison, domine de façon écrasante l'association ouverture / concerto / symphonie, cette convention un peu formelle que le projet de Bayle avait promis de renouveler.

Mais c'est difficile, lorsque le modèle place tout en haut de la pyramide les artistes. Si l'on veut absolument avoir un orchestre, un ensemble, un pianiste, un chanteur, on peut difficilement lui imposer le répertoire ou le format du concert. Plus encore que cela, je crois tout simplement que la salle est très contente de sous-traiter l'artistique en appelant Rousset ou Pichon : « vous venez nous faire quel opéra / oratorio cette saison ? ».

Pourtant, à ses débuts, la Philharmonie avait osé des formats difficiles à construire ailleurs, et au fil des saisons, quoique moins nombreux, on a pu vivre des expériences alternatives comme Jeanne d'Arc au Bûcher, Samstag (avec spatialisation et bi-localisation du concert) et Dienstag (avec ses projections de bataille aérienne) de Stockhausen, Prometeo de Nono, des œuvres symphoniques françaises à écouter allongé sur des tapis d'Orient…

Dans le même temps, on abandonnait progressivement les concerts thématiques « transversaux » de la Cité de la Musique, parfois critiqués à juste titre pour leur caractère un peu arbitrairement conceptuels (on mélangeait les styles à partir de références programmatiques communes, approche un peu « littéraire » de la construction d'un concert), mais qui avaient le mérite de mettre en valeur des œuvres moins jouées, des formats qui ne soient pas forcément ceux d'ordinaire dévolus au concert symphonique / récital vocal / concert de musique de chambre / concert de lieder… Des morceaux de cantate avec des bouts de symphonies et un peu lied… Tout cela a progressivement (et désormais totalement) disparu, en même temps que la promesse de concerts de format étrange mais exceptionnels s'est réduite – il n'en reste plus que la promesse du cycle Licht de Sotckhausen avec les sept opéras au complet.

Et l'on se retrouve donc avec une demi-saison au format ouverture / concerto / symphonie. Avec peu de compositeurs différents. Quasiment rien d'un peu original.

Je le comprends, bien sûr : autant ne pas projeter de grandes entreprises complexes à organiser (et qui ne seront jamais montées à nouveau) si l'on est à 20% sûr de les jouer effectivement à la date donnée… On se doute bien qu'à partir de novembre, entre le retour de l'hiver, la fin de l'immunité des malades et peut-être des vaccinés, la probabilité de nouveaux variants… il sera difficile de donner des concerts en très grand effectif sans que quelques artistes ou membres du public ne déclarent la maladie à proximité de la représentation… Il serait dommage de mettre des efforts gigantesques pour quelque chose qui ne serait pas déplaçable (typiquement parce que si un seul des artistes a d'autres engagements, impossible de le remplacer aisément).
Faire une saison de tubes n'est donc pas absurde en soi.

Et puis les artistes ont moins joué ensemble, ils reprendront un peu leurs repères collectifs avec du connu. Le public, lui aussi privé, a sans doute envie de réentendre ses œuvres chouchoutes, un petit Don Giovanni, une Passion de Bach, une symphonie de Mahler, vous voyez le genre. D'accord.

Pour autant, il existe d'autres voies.


3. Rien qu'une fois pousser la porte

D'abord, on pourrait s'astreindre à une petite règle toute simple : pas deux fois la même œuvre dans la saison (voire sur deux saisons…). Ça obligerait mécaniquement à un peu de renouvellement.

Et puis, même pour les passionnés d'un seul compositeur, comme cela, on aurait une intégrale Mahler complète chaque saison, plutôt que d'avoir 4 n°4,  5 n°1, et rarement de n°7, jamais de n°8…

Je ne vois pas de bonne raison de ne pas appliquer cela. Quant aux orchestres invités, c'est quand même pas bien compliqué de leur dire « désolé, on a déjà joué Beethoven 7, jouez Beethoven 5… », ça ne va pas désorganiser leur programme.
Par ailleurs on pourrait tout à fait envisager de leur donner la préséance, et qu'on commence par les partenariats les plus difficiles : Berlin jouera ce qu'il voudra… mais en bout de course, ça veut dire que l'Orchestre de Paris ne va pas voir le bout d'un Sacre du Printemps pendant un moment !

Sans rien décider d'autre, on aurait donc au minimum des intégrales complètes, et des œuvres moins courues des compositeurs les plus célèbres au programme, ou même simplement des titres plus variés – un peu de Schumann et de Mendelssohn lorsqu'on aura épuisé le côté Beethoven-Brahms-Mahler. Ou bien les chefs devront ruser et jouer les musiques de scène de Beethoven, les Sérénades de Brahms, les excellentes 0 et 1 de Bruckner qu'on n'entend jamais…

Par exemple, dans la saison à venir, je n'ai aperçu dans les symphonies qu'un seul Schubert (la 9), un seul Schumann (une 2 je crois) et aucun Mendelssohn, sauf erreur ?  Ce serait déjà un moindre mal si on avait du choix à l'échelle d'une saison, même parmi les plus célèbres.


4. Sous peine d'être changé en statue de sel

Autre piste simple d'amélioration : on demeure collé à cette forme de concert prédéfinie, qui satisfait finalement peu les auditeurs, l'ouverture-concerto-symphonie.

Or les amateurs d'instruments, les pianistes qui viennent entendre Grimaud ou Argerich, les violonistes présents pour Hahn ou Ehnes… seraient sans doute ravis d'entendre des programmes incluant plusieurs concertos, comme ce fut quelquefois fait pour Mozart, Beethoven ou Rachmaninov. Quitte à inviter un pianiste peu connu pour le concerto que ne veut pas la star.

Et cela permettrait, une fois mis les numéros pour singes savants dans un concert spécifique, de faire des concerts contenant uniquement de la vraie musique avec de belles symphonies ou de grands poèmes symphoniques. Pourquoi pas aussi, des concerts « d'Ouvertures », avec une collection de poèmes symphoniques courts, de petits airs, etc.

En tout cas quelque chose de différent de l'habitude, plutôt que les fans du soliste s'ennuient pendant l'ouverture et restent à chahuter pendant la symphonie, ou que les amateurs de musique symphonique attendent poliment la fin de la première partie (pas mal de geeks concertopathes de mon entourage arrivent volontiers après l'entracte, même…) pour entendre ce qu'ils sont venus écouter.

Le court épisode de concomitance concerts + couvre-feu, à l'automne dernier, a aussi montré l'intérêt de concerts courts qui débutent tôt… ou du moins, de concerts qui ne finissent pas trop tard. Un concert d'une heure sans entracte, c'est bon pour la concentration, et ça permet ensuite d'avoir le temps de rentrer chez soi vivre un peu, ou même simplement de discuter plus à loisir avec les amis. J'espère, à titre personnel, que le format survivra. Début à 19h30, fin à 20h30, c'est vraiment parfait pour être à fond pendant et vivre d'autres expériences ensuite. Surtout si c'est pour attendre la fin du 5e concerto pour violon de Tchaïkovski de la saison…


5. Tel un oiseau qui étend ses ailes

Mais, en vérité, j'aspire à des changements encore plus profonds. Ne me jugez pas. Pas tout de suite.

La Philharmonie étant désormais établie comme un établissement important en Europe et dans le Monde, on pourrait demander aux vedettes de venir avec un programme intéressant… (désolé Daniel, il va falloir ajouter un quatrième compositeur à ton répertoire si tu veux venir…) Je suis sûr que beaucoup de stars auraient des souhaits, des propositions qu'on ne veut pas oser ailleurs.

Simplement poser la question à Kaufmann ou Netrebko « quel machin rare rêvez-vous d'interpréter ? ».

Pour cela, il faudrait repenser totalement la façon de constituer les saisons : ne pas demander à l'ensemble à la mode ce qu'il joue, mais imposer (c'est possible, en tant que commanditaire !) les sujets, ou à tout le moins négocier des propositions qui renouvellent un peu le répertoire.

(Je sais bien qu'il n'y a pas d'enjeu auprès de la tutelle et d'une partie du public, qui vont simplement regarder le nombre de dates Bartoli Kaufmann Netrebko Argerich Grimaud Capuçon Barenboim Berlin Amsterdam pour juger du rayonnement de la salle. Pour autant, on pourrait le faire tout en invitant ces gens, et sans nuire nécessairement au remplissage !)

Autre astuce, inclure un tube absolu au sein d'un programme plus original. Proposer la Suite de Star Wars en ouverture de la Natursymphonie de Hausegger – il y a une parenté thématique dans le scherzo, on pourrait même faire venir un récitant pour déclamer quelques répliques autour de la Force, living field that binds the galaxy together

Moins aventureux encore, mais déjà bienvenu, inclure l'audace à la marge, seulement dans la partie Ouverture du programme. Quand un orchestre russe vient, ouvrir par la Princesse lointaine de Nikolaï Tchérépnine (un bijou de moins de dix minutes, débutant par un splendide solo de violoncelle) avant de jouer les Tchaïkovski d'usage, ce serait assez rafraîchissant – et franchement réjouissant. Et pour tous, mettre les Variations sur « Prinz Eugen » de Graener pour mise en bouche, quel éclat !


6. Le désirer fait-il de moi un criminel ?

Si on laisse un instant de côté nos réflexes sur ce qu'est une proposition de concert classique – à savoir la combinaison grande œuvre, grand soliste, grand orchestre, grand chef –, qui se centre en général sur l'idée de réitération d'une qualité exceptionnelle plutôt que de découverte, de pédagogie, de surprise, de bonhommie… Il y aurait alors tellement de choses passionnantes à essayer.

Imaginez, une saison construite comme histoire de la musique, qui trace un fil depuis la polyphonie vocales et les danses XVIe jusqu'aux traditions chorales d'aujourd'hui (coucou la Baltique !) et aux intégrations récentes de danses populatires (Scènes de bal d'Escaich, Techno-parade de Connesson…). Ou bien un parcours dans la géographie musicale, une saison à dominante néerlandaise ou polonaise, qu'on pourrait assortir d'anecdotes sur l'histoire politique et artistique de l'Europe, avec mille transversalités possibles, partenariats, valorisation de produits locaux, etc. Concert-dégustation correspondant au pays choisi ?

Figurez-vous une saison qui cherche à évoquer la Grèce Antique, la Grande Forme (musicale), les Celtes ou que sais-je… Une saison Roi Arthur, incluant Purcell, Wagner, Chausson, Albéniz et au sens plus large tout l'univers chevaleresque… voilà qui aurait de l'allure, non ?

On pourrait s'organiser le Mois des Psaumes en novembre, avec la Symphonie n°6 de Tournemire, les Psaumes de Schmitt, L. Boulanger, Ropartz, Kodály, des motets de Bach ou Lalande… le Mois des Fleurs en avril avec Casse-Noisette, La Fleur de pierre de Prokofiev, l'acte II de Parsifal, une cantate sur Narcisse…
Avec une bonne campagne de communication, Die ersten Menschen (« Les premiers humains ») de Rudi Stephan, c'est quand même Adam & Ève, Caïn & Abel, en version psychanalytico-psychédélique !  Inclus dans un cycle « Pentateuque », voyez tout ce qu'on pourrait mettre comme fragments ou œuvres intégrales, le Cantique de Moÿse de Moulinié, Le Déluge de Falvetti, la Création de Haydn, Noé d'Halévy-Bizet, Jakobsleiter de Schönberg… Ou un cycle rois bibliques, avec la fille de Jephté vue par Carissimi, Montéclair et Schumann, David par Mozart ou Kodály, Salomon selon Gounod…

Si c'est fait intelligemment, avec une progression qui suit les textes, assorti d'un bon appareil critique ou de présentations, ce peut être plutôt stimulant. Et hautement vendable aux magazines culturels grâce à sa transversalité.

Car je rêve plus encore de cycles dont la thématique serait musicale. Par exemple « symphonies et chants populaires », où l'on pourrait inclure Boismortier, Kalinnikov 1, Rimski, Magnard 3, d'Indy, Dopper 2 & 7, Atterberg 1, Le Flem 1… « Symphonies et fugatos » aussi, pour mettre en évidence certains aspects formels, à travers leur répétition. « Cycle cor anglais », où l'on mettrait en valeur les œuvres qui l'emploient de façon très audible (Salomé de Schmitt !). Etc.

On peut aussi simplement jouer des choses isolées et dignes d'intérêt, soit parce qu'elles sont susceptibles d'intriguer en tant que telles (les folk songs de Beethoven – panachées avec leurs originaux par un ensemble spécialiste ?), soit parce qu'on pense qu'en dépit de leur obscurité elles toucheront immédiatement le public (Czerny 1, Macfarren 4, Bowen 2, Bliss Colour, Popov 1,  Tyberg 2 & 3, Diamond 4, Zhurbin 2…).

Le plus difficile – et c'est là que réside toute l'ambition de l'opération – est d'acquérir la confiance du public pour qu'il vienne régulièrement en toute confiance malgré la confidentialité des œuvres – l'Opéra-Comique servant en la matière d'illustre modèle. Il faut être sûr que ce qui est présenté peut obtenir son approbation (je suis persuadé que ces œuvres-là feraient leur effet !), mais il faut surtout le faire venir une première fois, pour qu'il puisse percevoir l'intérêt de la chose.

Pour ce faire, on peut bien sûr déployer des trésors de communication, promettre une nouvelle Neuvième de Dvořák pour les premières d'Atterberg, faire de jolies affiches avec des clins d'œil autour de la thématique de la saison, organiser quelques happenings en invitant un artisan lumières à la mode, en faisant un concert lumières baissées (matelas au parterre ?), etc.

Et pour boucler la boucle,  si l'on veut absolument remplir, on pourrait toujours demander à Kaufmann de venir chanter Mon Légionnaire en première partie. On peut ensuite faire un concert de futuristes russes sur harpe scordatura, peu importe, le public sera là.



philharmonie prometeo
Concert de Prometeo de Nono à la Philharmonie de Paris (décembre 2015).
Image issue du carnet-de-Toile de Claude Gayman.



7. Menés jusqu'à l'autel

(Oui, n'avez pas rêvé l'origine des titres…)

Voilà pas mal de pistes, qui peuvent être (certes en se donnant un peu plus de mal qu'en programmant tous les ans Barenboim dans Beethoven ou Wagner) tout à fait opérantes en matière de remplissage et de satisfaction du public… Et je ne suis qu'un aimable dilettante : je suis sûr que les gens du circuit auraient les connaissances pratiques et les moyens concrets pour inventer encore plus astucieux.

… mais si jamais vous avez besoin de la profondeur de mes intuitions visionnaires, je suis prêt à me mettre au service de la France.

Je n'ai pas d'illusions sur le fait que ce puisse se réaliser un jour, mais je ne me résous toujours pas à abandonner l'idée que, lorsqu'on est assis sur le tas d'or d'une subvention pérenne et d'un public fidèle, on n'en profite pas pour se mettre au service de la musique et de l'édification des spectateurs. Alors que le système actuel semble tourner autour des grands noms et du confort de proposer l'artiste à la mode – s'il est curieux, il pourra oser (Rousset, Pichon ou Bartoli nous ont réservé de belles surprises en la matière) ; mais la logique même me paraît marcher sur la tête, à savoir de penser d'abord à des noms d'interprètes (les plus célèbres, pas forcément les meilleurs dans l'absolu, ni même les plus adéquats pour ce qu'ils vont chanter) et de laisser au hasard (ou plutôt à la répétition conforme infinie…) le soin de décider quelles musiques seront jouées.

La Philharmonie ne courrait aucun risque à essayer quelques-unes de ces pistes. La subvention est garantie. Le public est là. Les moyens de communication à disposition son puissants.

Sur ces entrefaites, je m'en retourne écouter des disques de romantiques danois et décadents bataves, guetter la reprise de l'Athénée, des petites compagnies et des conservatoires, et contempler le monde s'abîmer dans les flammes de la Plaie universelle.

À la semaine prochaine !

vendredi 30 avril 2021

Une décennie, un disque – 1830 (b) : Bernhard Romberg, une autre symphonie de Beethoven (et beaucoup de violoncelle)


1830 (b)


bernhard romberg symphonies willens
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IV. Finale, Allegro assai.


Un peu de contexte – a – Les symphonies d'un violoncelliste européen

    Petit-fils d'un musicien militaire, fils d'un bassoniste & violoncelliste, Bernhard Romberg fut très tôt prodige, et considéré comme le violoncelliste majeur de son temps – parfois présenté comme le « Paganini du violoncelle », et pas loin d'être considéré comme tel.

    Formé à Münster dans les années 1770, il opère immédiatement des tournées dans les régions voisines de l'Europe, passant par Amsterdam, Leipzig, Frankfurt-am-Main, Paris (où il donne plusieurs concert au Concert Spirituel). Il joue dans l'orchestre de la Cour à Cologne en 1778, obtient un emploi permanent à Bonn en 1790, puis à nouveau à Cologne en 1791 (où il est à la fois musicien et compositeur). L'attaque des Français sur le Rhin le conduit à s'installer du côté de Hambourg en 1793. Il voyage ensuite énormément, notamment en Italie (passage par Rome évidemment), Vienne (où il joue, en 1796-7, la partie de violoncelle des Sonates Op.5 de Beethoven), fait des tournées en Espagne, reste un an à Paris comme professeur au Conservatoire récemment établi, puis s'engage dans l'orchestre de la Cour prussienne à Berlin (1804), avant de repartir pour de longs périples, Vienne en 1808 (dans l'orchestre du prince Kinski), son grand voyage russe sur plusieurs années (Moscou dès 1809, beaucoup de concerts à Saint-Pétersbourg, des incursions en Suède et dans les pays de la Baltique). En 1814, on retrouve sa trace à Berlin, où il se lie avec Weber, avant d'en partir lorsque arrive Spontini, direction Vienne encore cette fois. Dans les années 1830, il s'établit à nouveau à Hambourg, d'où il part pour d'autres tournées jusqu'en 1840 – où, âgé de soixante-douze ans, il semble aux dires (féroces) de Fétis avoir perdu ses doigts (puissance, couleur, intonation sont prises en défaut).


Un peu de contexte – b – Les frères Romberg étaient cousins

    Il passe une grande partie de sa jeunesse et de sa carrière dans des doubles tournées avec son cousin violoniste Andreas, de six mois son aîné (mais dont le langage est beaucoup plus ancré dans le classicisme, comme s'il était de la génération précédente – moins intéressant à mon gré, bien qu'il soit mieux servi au disque), avec lequel il co-compose en outre des œuvres pour violon et violoncelle : 3 quintettes pour flûte et quatuor à cordes, un double concerto, des duos.
    Ils parcourent ainsi ensemble une bonne partie de l'Europe musicale, se séparant occasionnellement pour se retrouver ensuite, si bien qu'on les présentait quelquefois de façon erronée comme les « frères Romberg ».

    L'écart de langage entre les deux cousins se vérifie sur l'ensemble de leur carrière, mais est sans doute aussi biaisé, à l'écoute, par le fait que Bernhard Romberg se met tard à la symphonie – Andreas écrit sa dernière en 1806, Bernhard écrit sa première en 1811 –, si bien que les formules musicales à la mode ont sensiblement évolué.
    Mais en réalité, on sait bien que le plus important, pour comprendre l'écriture d'une pièce, est moins son année de composition que les années de formation – la date de naissance, en somme – du compositeur. Leur âge est le même, mais d'emblée, la sensibilité diffère, notre vedette du jour se montrant plus sensible à une certaine sophistication de l'écriture proprement musicale, en plus de la virtuosité et des formes de son temps. En tout cas, je trouve audible cette différence jusque dans les pièces de chambre : les duos violons-violoncelle d'Andreas sont moins inventifs que ceux qu'ils ont écrits à deux, eux-même moins que les duos de violoncelles de Bernhard.

(Ne confondez pas non plus avec Sigmund Romberg (1887-1951), compositeur américain, d'origine hongroise, d'opérettes à succès dans le Broadway des années 1920 – on trouve aisément The Student Prince au disque, le plus grand succès local des années 20 : le titre tourna pour plus de représentations que Show Boat !)


Un peu de contexte – c – Le pote de Ludwig van

    Sa relation avec Beethoven serait un sujet en soi : à Bonn (où il rencontre également Rejcha), il forme en 1792 un quatuor à cordes avec son cousin Andreas, Franz Anton Ries (le père du compositeur Ferdinand Ries)… et le jeune Beethoven à l'alto. Lorsqu'ils se retrouvent à Vienne, notre Bernhard Romberg joue les sonates (Op.5) de Beethoven, et celui-ci lui propose même de lui écrire un concerto – ce que Romberg refuse !  Il semble que notre héros ait trouvé l'écriture pour violoncelle du grand bougon un peu trop étrange dans ses quatuors à cordes, et n'ait pas été enthousiaste à l'idée d'assumer le concerto biscornu que n'aurait pas manqué de lui proposer son compère.


Un peu de contexte – d – Au delà du crin-crin

    Le legs de Romberg se concentre sans surprise sur le violoncelle, l'instrument dont il était le virtuose et qui l'a habité et nourri pendant toute sa vie, étant en tournée jusqu'à l'année qui précède sa mort, alors qu'il avait déjà atteint soixante-douze ans : je n'ai pas trouvé d'œuvre qui ne contienne pas l'instrument, au moins via l'orchestre. Nombreuses œuvres concertantes pour violoncelle et orchestre (10 concertos et 10 à 20 pièces concertantes en sus), ou brillantes pour violoncelle et piano, des duos de violoncelles (à la visée potentiellement pédagogique, mais aussi largement assez aboutis et virtuoses pour être joués en concert), des formats intermédiaires (Grande Fantaisie pour violoncelle accompagné de quatuor ou de piano, Potpourris pour violoncelle et quatuor à cordes), mais aussi des pièces pour violoncelle et harpe, pour violoncelle et guitare, pour violoncelle, violon, alto et contrebasse, et même une Fantaisie sous forme de nonette (quatuor à cordes, contrebasse, les quatre bois)…

    Pour autant, son répertoire est vaste et ne se limite pas aux œuvres de solo ou de démonstration violoncellistiques : il écrit aussi 11 quatuors à cordes (hélas aucun ne semble avoir été publié au disque à ce jour ?), des trios à cordes (dont certains pour un alto et deux violoncelles), un Quatuor piano-cordes, un Quatuor harpe-cordes, au moins un Divertissement pour trio avec piano, et même un Concerto pour flûte et un Concertino pour deux cors.

    Côté symphonique, quelques ouvertures de concert.

    Plus inattendu pour un virtuose de son instrument, il compose (un peu comme Rodolphe Kreutzer !) trois singspiele (équivalent allemand de l'opéra comique, alternant numéros musicaux composés et dialogues parlés) pour Bonn. À Berlin, ce sont même deux opéras sérieux qui lui sont commandés : Ulysses und Circe (1807) et Rittertreue (1817).


Un peu de contexte – e – les 4 symphonies

    Quoique compositeur de grand intérêt pour son instrument – je vous recommande particulièrement la qualité mélodique et les gradations réussies de ses duos de violoncelles, hélas peu représentés en disque et pas toujours dans des interprétations très palpitantes –, Romberg a laissé son meilleur, je crois (je n'ai pas encore lu les partitions des opéras pour vous en dire plus de ce côté-là…), dans ses symphonies, doit les trois premières figurent (uniquement !) sur le disque ici présenté.

    ¶ Trauer-Symphonie en ut mineur Op.23, composée à l'occasion de la mort de la reine Louise de Prusse (épouse de Frédéric-Guillaume III) en 1810 (première exécution en 1811), encore marquée par le classicisme, ainsi que par son programme. Trois mouvements seulement.

    ¶ La Deuxième Symphonie en mi bémol majeur Op.28 (composée vers 1813  Stockholm, jouée pour la première fois à Berlin en 1815) partage son numéro d'opus avec un Capriccio sur des airs nationaux suédois (ses titres sont souvent en français…) pour violoncelle et piano. Je ne suis pas sûr qu'il y ait en réalité un lien entre les deux œuvres, probablement plutôt une erreur de catalogue : la symphonie est en elle-même très bien bâtie et se partage entre les héritages formels du classicisme et les goûts du contraste soudain apportés par Beethoven. (Un petit bijou que cette symphonie.)

    ¶ La Troisième Symphonie en ut majeur Op.53 est publiée et jouée en 1830. J'en reparle tout de suite.

    ¶ Une Symphonie burlesque Op.62, en réalité une symphonie des jouets. Publiée pour la première fois en 1852, bien après la mort de Romberg, je l'imagine assez antérieure dans sa carrière, considérant l'existence de la mode plutôt au XVIIIe siècle qu'au milieu du XIXe… La nomenclature contient notamment un coucou, un rossignol, un triangle, des cloches, un hochet, un tambour en bandoulière !  Le tout n'est accompagné que de 2 trompettes, des violons 1 & 2, et de la basse. Aucun enregistrement à ma connaissance.


Compositeur : Bernhard Heinrich ROMBERG (1767-1841)
Œuvres : Symphonie n°3 en ut majeur, Op.53 (1830 ?)
Commentaire 1 :
    Il existe une réelle incertitude quant à la date de composition de cette œuvre – ce dont je ne me suis aperçu, pardon, qu'après avoir largement écrit cette notule (heureusement qu'on propose désormais deux notules par décennie, sans quoi j'étais irréparablement gameoverisé !). Elle est publiée en jouée en 1830, mais il était fréquent en ce temps, et notamment chez les Romberg, de le faire à retardement. Parmi les arguments en faveur d'une composition sensiblement plus ancienne, les spécialistes proposent :
– l'introduction lente (alors qu'il n'y en a pas dans la n°2), argument faible à mon avis puisque la Trauer- écrite deux ans avant la n°2 débute, elle, par une introduction lente… et ce n'est absolument pas un incontournable du style classique, on trouve un introduction lente dans Beethoven 7 ou Schumann 2 & 4, tout de même… ;
– plus intéressant, l'absence de clarinettes dans la nomenclature, alors que Romberg les utilise d'ordinaire.
    À l'inverse, je remarque tout de même la présence d'un Scherzo (et en deuxième position, alla Beethoven 9 ou Schumann 2 !), au lieu du Menuetto de la n°2, et de surcroît un scherzo qui doit un peu à celui de la Septième de Beethoven… en 1830 ou vers la fin des années 1820, ce ne serait pas du tout rétro que de faire cela.
    Il est amusant de remarquer que les commentateurs d'époque étaient eux-mêmes partagés : à Prague on loua la modernité, la solidité, le brillant de la composition ; à Vienne on fit remarquer que ça sentait son Haydn-Mozart plutôt que son Spohr-Onslow (ces derniers considérés comme plus exigeants à jouer).
    Pardon, donc, d'avoir introduit un possible intrus dans cette série… Pour autant, l'œuvre a réellement été créée en 1830, a été accueillie comme contemporaine et a nourri le débat d'alors : même si elle n'a pas été composée exactement à ce moment, elle fait indéniablement partie de la vie musicale de 1830, et c'est en ce sens qu'elle s'inclut très bien dans cette série qui n'entend pas tant reproduire l'histoire-bataille des innovations (celles qu'on trouve dans les Histoires de la Musique généralistes) mais plutôt témoigner de belles choses qu'on peut trouver au fil des décennies, qui témoignent de leur temps.

    Pourquoi avoir retenu cette œuvre ?  Un des rares cas où une symphonie post-beethovienne ressemble un peu à l'original, et se hisse à niveau, sinon de génie, du moins d'excellente. Et entendre une (autre) symphonie dans le style de Beethoven réussie, c'est toujours une bénédiction.
    Vous aurez le loisir de remarquer les beaux dialogues du couple hautbois-basson avec le reste de l'orchestre (à la façon de Beethoven 2 dans les I & II, où c'est parfois clarinette-basson) dans le premier mouvement, les questions-réponses un peu mutiques dans le Scherzo (qui évoquent les transitions du Trio dans Beethoven 7), et surtout la fièvre de ce final qui mêle certains traits et coups soudains des extrêmes de Beethoven 4, un peu des escaliers de cordes du scherzo de Schumann 2, une poussée motorique comme les symphonies postgluckistes (du type de La Casa del Diavolo de Boccherini), quelques fugaces élans weberiens et des cadences qui semblent parfois tout droit sorties de Don Giovanni. Mélange assez grisant, qui évoque plus qu'il n'emprunte, et chevauche à bride abattue vers notre propre plaisir. L'Andante con moto, d'apparence plus anodine, évoque davantage l'ambiance d'un menuet post-haydnien (très beethovenisé) à variations, mais dont les modifications deviennent progressivement plus dramatiques et menaçantes, avec cors et basson qui rugissent souterrainement…
 

Interprètes : Kölner Akademie, Michael Alexander WILLENS
Label : Ars Produktion (2007)
Commentaire 2 :
    Unique disque à ce jour contenant des symphonies de (Bernhard) Romberg. Mais (et c'est la règle de cette série), c'est un excellent disque.
    La « Kölner Akademie, Orchester Damals und Heute » (orchestre d'alors et d'aujourd'hui) n'est pas un orchestre d'étudiants mais un ensemble permanent de Cologne (depuis 1996), qui joue à tant sur instruments anciens que modernes (ici clairement anciens – à part peut-être les cors, qui sonnent vraiment magnifiquement ?), et a énormément pratiqué avec son fondateur et directeur musical M.-A. Willens le répertoire symphonique de la sphère germanique sur la frontière classicisme-romantique : Stamitz, Eberl, Crusell, Wilms, Danzi, Neukomm, (Ferdinand) Ries, Kalliwoda… !  Notamment chez Ars et… CPO.
    Dans ce disque, le spectre d'orchestre joue vraiment sur la typicité et la dissociation des timbres, plein de verdeur, permettant à la fois le dynamisme des cordes (alacrité de jeu et netteté d'attaque) et la mise en valeur des vents. À la clef, des œuvres rehaussées par le mouvement, la couleur, la lisibilité du spectre, et une mise en valeur des ruptures beethoviennes déjà présentes dans la partition. Je serais ravi de les entendre ailleurs, même dans le grand répertoire – ils ont commis quelques concertos de Mozart avec Brautigam chez BIS, je suis curieux d'oberver les choix opérés.


Poursuivre Romberg

    Je ne cache pas que le reste de la discographie n'est nécessairement du même tonnel : même les concertos pour violoncelle ne m'ont pas paru particulièrement saillants – même si le n°5, en fa dièse mineur, a quelque chose des concertos et symphonies en mineur de Mozart… Je recommande donc en priorité :
    ◊ le Concertino pour 2 violoncelles dirigé par Goebel, et édité par Sony (!) en 2020 avec Bruno Delepelaire, Stephan Koncz, la Philharmonie de la Radio de Saarbrücken & Kaiserslautern pour une interprétation très informée, avec finesse de timbre et élan. Concerto réussi en tout point dans ses dialogues entre solistes et orchestre, ainsi qu'entre solistes, mais particulièrement marquant pour son mouvement lent plus sombre, inhabituellement tourmenté (sans agitation pourtant), qui se termine dans un rondeau aux rythmes de cabalette dont la mélodie invite à la danse !
    ◊ les 3 Trios Op.38 par Fukai-Stoppel-Dzwiza (Christophorus 2007), écrits à l'origine pour alto et deux violoncelles, le second changé ici en contrebasse pour nourrir ce récital de bassiste. L'étonnant effet symphonique obtenu par l'alliance de ces trois cordes graves mérite le détour – on ne dispose pas de disque incluant la version originale pour comparer ;
    ◊ le Duo de violoncelles Op.9 n°1 en ré majeur, qui combine toutes les vertus de construction, de lyrisme (aspects opératiques par endroit), de virtuosité électrisante, une œuvre de pédagogie et de démonstration qui produit de la vraie musique ; en concert (Coin & Melkonyan), j'en suis sorti assez bouleversé. Hélas, impossible à trouver au disque à ce jour, restons attentifs ;
    ◊ la Sonate pour 2 violoncelles Op. 43 n°2 en ut majeur, probablement le plus intéressant des duos parus au disque (tous ne sont pas de la même qualité), même si l'interprétation des Ginzel chez Solo Musica (dans un disque mêlant transcriptions de Bach, Chopin, Elgar…) n'est pas exactement la plus frémissante émotionnellement ;
    ◊ les Duos pour violon et violoncelle co-écrits par les cousins, pour la curiosité – ils sont beaux, mais pas aussi prégnants que les duos pour violoncelles, peut-être à cause même de la nature moins ambiguë de l'équilibre de l'effectif. Citations d'opéras de Mozart (Se vuol ballare, Bei Männern…), le final de leur opus 1 commun est même fondé sur des variations autour du premier air d'Osmin de L'Enlèvement au Sérail !  Interprétation très tradi, pas particulièrement exaltante, par Barnabás Kelemen et Kousay Kadduri (Hungaroton 2002).

    Il existe beaucoup d'autres disques ou d'œuvres semées au fil d'anthologies et récitals, j'ai essayé d'en sélectionner les plus intéressants à mon sens : essayez vraiment le Double Concertino et les Duos de violoncelles, univers très différent de la symphonie (plus ancien aussi), et non dépourvu de qualités purement musicales en plus de la virtuosité fascinante.

    Quant à Andreas Romberg, si vous vous intéressez également à lui, je vous recommande chaudement le disque de (Kevin) Griffiths chez CPO en décembre dernier (2020) : symphonies 1 & 2, Ouverture Die Großmut der Scipio, avec l'excellent orchestre néerlandais de Gelderland & Overijssel. Très belles œuvres postclassiques, d'une grande fluidité, pourvues de belles intuitions mélodiques.  Kevin Griffiths y est beaucoup plus convaincant que l'autre Griffiths qui officie chez CPO (avec une tendance à l'interprétation tradi un peu trop prononcée). Bel orchestre aussi, plein de moelleux, et splendidement capté comme toujours chez CPO.



… La prochaine fois, nous partons pour 1840, décennie bénie d'interstice entre les deuxième et troisième pandémies de choléra en Europe. Ne me remerciez surtout pas de vous changer les idées.

mardi 20 avril 2021

Autour de Pelléas & Mélisande – XXIV – les leitmotive de Pelléas : la preuve par Golaud


(Du moins, je crois que c'est Golaud.)


1. La grande hésitation

    Quoique mes lectures ne soient pas du tout encyclopédiques autour de Pelléas – on lit tellement de légendes urbaines et d'anecdotes répétées sans vérification, dans maint ouvrage de musicologie, que j'aime mieux me plonger directement dans la musique elle-même… sans parler du plaisir incomparablement supérieur de découvrir tout seul, et progressivement, les merveilles qui se cachent dans la pièce et la partition –, j'ai beaucoup vu passer, au fil des années, les mentions autour des leitmotive dans Pelléas. J'avoue ne pas y avoir prêté attention du tout au début, et puis, tout de même, on le remarque facilement, le « thème de Mélisande » (ce bout de mélodie comme effleuré négligemment, souvent aux bois aigus – inspiration possible de celui de la Princesse Leïa ?).

    En général, les exégètes survolent la question, et s'en remettent avec confiance aux propos du compositeur – qui pestait contre les effets de la wagnéromanie. Oh, certes, on concède qu'il existe bien quelques thèmes récurrents, mais ils se limitent aux personnages principaux, leur mutation n'est pas du tout signifiante comme dans le Ring, ils ne structurent pas la musique…

    Après avoir prêté particulièrement attention au sujet ces derniers mois en vue de répondre à la question pour moi-même (encore une fois, ma confiance est limitée dans les jugements musicologiques reproduits de génération en génération) et, si possible, de produire une petite notule… je me sens prêt à affirmer (et démontrer) tout à fait le contraire.

    C'est-à-dire ?  Il y a des leitmotive dans Pelléas. Ils ne concernent pas que des personnages principaux, mais aussi des éléments de décor / atmosphère. Leur mutation réagit très directement au contenu du texte, et ils peuvent constituer l'armature principale de la musique sur des sections entières. Bref, les arguments qui conduisent à penser que Pelléas ne contient pas à proprement parler de leitmotive pourraient disqualifier la plupart de la production de Wagner et R. Strauss…

    Comme je m'en voudrais de vous demander de me croire sur parole quand je ne le fais pas moi-même pour des plumes autrement éminentes, je vous emmène pour un (tout petit) parcours.

    Je n'ai pas encore percé tous les mystères de l'œuvre absolument foisonnante, mais il existe en fin de compte un nombre assez important de motifs récurrents (dont il faudrait vérifier ensuite, au cas par cas, si l'on peut bien parler de leitmotive). Je suis en cours d'imprégnation progressive et je reparlerai, à l'occasion, du rôle de chacun.
    On peut relever les motifs attachés à Golaud, Mélisande, Pelléas, la forêt (qui ouvre l'œuvre), l'anneau (les secondes majeures montantes et descendantes), , la jalousie (notes régulières ascendantes et pentatoniques), la nuit (les « escaliers » de la cellule de Pimène), la fontaine, le château, la mer…

    Je ne me charge pas aujourd'hui de les présenter : trop gros travail pour une seule notule. Et je voudrais encore m'imprégner quelque temps pour en tirer le meilleur que je puis.

    En revanche, ce que je puis faire, c'est déjà tâcher de vous convaincre que ces motifs récurrents sont bel et bien employés avec une finesse (et une importance structurelle) toute wagnérienne.

    Je commence par concéder que l'écriture de Pelléas est assez discontinue, en effet, par rapport aux Wagner les plus fluides, beaucoup de parole ponctuée par des accords. Mais pas davantage que dans l'acte I de La Walkyrie, par exemple. Et, en fin de compte, un grand nombre de sections sont fondées autour de motifs rapidement développés – dont certains sont de véritables leitmotive.

    Je vous propose de partir, si vous le voulez bien (et sinon c'est dommage pour vous puisque la notule est déjà publiée et que j'ai autre chose à faire), sur le motif de Golaud, l'un des plus ouvertement prégnants dans l'ouvrage, et dans un fragment de scène précis : le badinage autour de la fontaine et la perte de l'anneau, au début de l'acte II.




2. Les mains dans le pot de motifs

    Commençons par repérer le motif de Golaud. C'est cette ligne irrégulière de secondes majeures, qui avance à coups de rythmes pointés, de triolets et de simples croches binaires, qui se succèdent. Elle apparaît d'abord aux cors dans le court Prélude de l'acte I, lorsque Golaud arrive sous les traits d'un chasseur égaré dans la forêt :

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On ne peut pas se tromper, il est énoncé à nouveau tandis que Golaud énonce sa première réplique : « […] Je crois que je me suis perdu moi-même ».

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Et il reviendra très souvent, lorsque Golaud parle ou que sa présence, sa personne sont suggérées. Motif récurrent donc. Mais leitmotiv ?  Se transforme-t-il, construit-il à ce point le discours musical qu'on puisse le désigner comme tel ?

Voici ce qui se passe à la première scène de l'acte II, autour de la Fontaine des Aveugles. Pelléas amorce le small talk, et semble un peu trop intéressé par les réponses évasives à ses questions indiscrètes.

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Il est question de la rencontre avec Golaud, et son thème apparaît clairement aux bassons, paisible et affirmatif – la structure rythmique en est parfaitement intacte, pas d'équivoque possible.

Puis :

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Son motif fait plus que dominer, il constitue le discours musical de l'orchestre, alors qu'il est question de raconter sa rencontre avec Mélisande : [violoncelles], [cor anglais + violons 2], [violons 1].

Mieux encore, il se prolonge, après la question de Pelléas, par une version très contractée de lui-même – où ne subsistent plus que le rythme pointé mais accéléré, et le même intervalle mélodique –, utilisée de façon récurrente dans l'opéra pour signifier la menace émanant de Golaud. (Je présente cette déformation plus tard pour plus de clarté.)

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(En vert, on retrouve les triolets.)

Quatre mesures, quatre fois le motif comme matière principale. Et il évolue.

Lorsqu'un motif commence à être la substance musicale d'une section, on peut commencer à se dire qu'il s'agit d'un leitmotiv, mais voyons la suite.

Mélisande se met à jouer avec l'anneau.

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Le motif de Golaud est caché dans des figures plus vives, et simplifié (la partie en triolets à disparu), mais on retrouve la même ligne mélodique en secondes majeures (sauf pour les bassons, où elle est partiellement modifiée), pas d'équivoque possible, c'est bien l'anneau de Golaud. Ici aussi, cette intégration fine (et assez cachée : sans la partition, elle ne saute pas aux oreilles, d'autant que les cordes commettent trilles et traits pendant ce petit instant) caractérise le motif organique à la wagnérienne.

Le processus continue :

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… même motif simplifié, seulement laissé à la flûte tandis que le reste de l'orchestre joue suffisamment fort pour l'occulter partiellement. (Est-ce le souvenir affaibli de Golaud par le jeu avec l'anneau et l'instant de complicité avec Pelléas, ou simplement le résultat purement musical du développement du motif par Debussy ?)

De même, le souvenir (la peur ?) de Golaud submerge-t-elle Pelléas devant ce défi vertigineux, ou bien ne faut-il y voir que la remarquable conclusion de la matière musicale de toute cette courte section :

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Quoi qu'il en soit, ce quasi-tutti qui précède la perte de l'anneau, irrigué par ce motif de Golaud, se trouve comme saturé de la présence symbolique de l'époux.

J'avoue le ressentir comme si, dans ces deux mesures, le symbole lui-même s'affolait du drame qui se noue – car – comme le pressent Golaud dans la scène suivante – dans un drame symboliste, perdre le symbole, c'est perdre la chose même. Perdre l'anneau, c'est rompre le lien autrement indissoluble du mariage. J'aimerais mieux avoir perdu tout ce que j'ai, plutôt que d'avoir perdu cette bague.

(Pour renforcer cette interprétation : en vert, les tierces palpitantes du motif de l'anneau, aux bassons et altos, se superposent au motif de Golaud joué aux hautbois 1 & 2, cor anglais, cor 1 et violoncelles.)

    Quand on observe la construction de ce fragment de scène autour de ce seul motif, qui une fois identifié se simplifie, irrigue tous les pupitres, et finit par se mêler dans un tutti superposant plusieurs thèmes, en lien avec le texte, on ne peut que se persuader que le leitmotiv pelléassien valide tous les critères du leitmotiv wagnérien :

    → lien avec le texte immédiat (il apparaît lorsqu'on parle de Golaud ou pense à lui) ;
    → mutation du motif (tonalité, instrumentation, altération de sa forme rythmique et mélodique initiale) ;
    → construction « horizontale » d'épisodes autour de la manipulation d'un motif précis (comme ici, le motif est la matière principale de la section) ;
    → superposition simultanée des motifs pour exprimer des émotions complexes (comme ces deux mesures de tutti).

Pour moi, la démonstration est faite, Debussy c'est du Wagner utilise de véritables leitmotive, il n'y a pas de « oui mais c'est à la marge, seulement pour les personnages, et il ne les manipule pas » qui tienne.

Et je n'ai pas parlé du troisième motif de cet extrait, présent en plusieurs occurrences également, qui occupe flûtes et violons. (Ce sera pour une autre fois, j'ai insuffisamment étudié sa circulation à travers l'œuvre pour en dire quelque chose de cohérent sans reprendre des nomenclatures préétablies, ce qui n'aurait pas grand intérêt.)

Je redis que, bien sûr, la pensée musicale n'est pas la même : les meilleurs exégètes de l'harmonie debussyste soulignent la recherche de la couleur du compositeur dans ses choix d'accords, d'où l'aspect suspensif et onirique que nous lui connaissons. Sa pensée musicale, qui s'interrompt et bifurque volontiers, est aussi différente que possible de celle de Wagner, où au contraire l'harmonie reste toujours tendue vers l'avant, dans une poussée continue où chaque accord a sa nécessité, prolonge l'effort. (Dans l'acte III de Parsifal, on ne trouve quasiment aucune cadence au repos, les phrases s'enchaînent perpétuellement jusqu'au dénouement… Pas beaucoup de haltes non plus dans l'acte I des Maîtres-Chanteurs.)

Mais, pour autant, leur définition du « motif directeur » semble belle et bien similaire. Autant ne pas se le cacher. Il faut dire la vérité aux enfants. Car vous êtes des enfants.




3. Chambre d'échos

Bien sûr, l'aventure se poursuit tout au long de l'œuvre.

À commencer par l'interlude qui s'enchaîne à la scène. De multiples fois, le motif de Golaud y fait retour, autant comme annonce du tableau suivant où le personnage est blessé (d'une manière générale, le motif de Golaud est très présent dans les interludes ; c'est lui qui produit par déformation le fameux passage parsifalien du premier interlude…) qu'en tant que menace sourde sur le badinage des deux amants.

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Il se répond à lui-même entre clarinettes (en haut) et violoncelles-contrebasses (en bas) :
    ■ pour les clarinettes dans une version simplifiée du motif, qui a beaucoup circulé pendant le tableau de la fontaine, comme vous l'avez vu (sans les triolets) ;
    ■ pour les cordes en simple esquisse, sous la forme de ce rythme pointé intimidant qui se retrouve très souvent pour exprimer la menace dans l'œuvre.

Plus loin dans l'œuvre, on retrouve cet assèchement du motif de Golaud à des parties essentielles, sous forme d'accords véhéments entrecoupés de silences. Dans le premier groupe ci-dessous, il manque la noire pointée au début, la dernière croche à la fin… mais ces accents de cor qui introduisent Golaud dans sa chambre au tableau suivant sont bel et bien issus du même matériau !

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(Version Rattle-LSO contrairement aux autres extraits.)

Encore plus déformée, l'entrée de Golaud lorsqu'il interrompt la scène du balcon (III,1), à peu près le même balancement sur de petits intervalles. (Et préparée par les timbales en alternance de binaire et ternaire, comme dans les rythmes du motif complet.)

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(Version Rattle-LSO contrairement aux autres extraits.)

Il y aurait des pages à noircir sur ce seul motif, sans parler des autres, de leur agencement respectif, de l'économie générale de l'œuvre (sont-ce les motifs qui la font tenir, finalement ?).

Mais, pour aujourd'hui, vous avez pu mettre le doigt sur ces récurrences que nous sentons confusément sans toujours nous interroger plus précisément – distraits par les beautés de l'intrication texte-musique, sans doute.

Il faut dire que les exégètes insistent étonnamment peu sur cet aspect (même Orledge !). Combien de fois ai-je lu « oui, il y a des leitmotive , mais ce n'en est pas vraiment / ils ne sont pas si importants en réalité ». Alors que rien qu'en s'arrêtant quelques instants en dilettante, on met au jour des éléments qui laissent sérieusement accroire que, délibérément ou non, Debussy en a fait une part assez conséquente de la structure de Pelléas.




Voilà des années que je voulais m'y mettre sérieusement, pour une véritable série autour des leitmotive potentiels de Pelléas. Je crois que nous voilà lancés !

Je vous laisse savourer les extraits de l'excellente version, issue d'une captation sauvage qui a le mérite de très bien faire entendre l'étagement réel des timbres d'orchestre : Benjamin Levy et l'Orchestre de chambre Pelléas (quelles couleurs, quel luxe de détails !), avec Sabine Devieilhe, Guillaume Andrieux (absolument radieux), Alain Buet. Concert superlatif au Théâtre des Champs-Élysées en 2018 – je n'y étais pas, j'entends donc la même chose que vous.

Bonne survie à vous, estimés lecteurs.

mardi 13 avril 2021

Augustin PFLEGER – Duels à l'épée entre maîtres de chapelle, défis au prince, patchworks vétéro-testamentaires, cantates luthériennes de la vie du Christ dans le Schleswig


Des maîtres de chapelle qui se battent à l'épée, ou qui renvoient le prince commanditaire à sa place – soit très loin après le service de la musique et la gloire de Dieu, sachez-le.

Mais aussi Jésus qui meurt deux fois sur la croix. Dieu qui s'exprime en personne, sur des notes extraordinairement basses, aux limites extrêmes de la possibilité humaine en chant occidental. Des duos de ténors ou de sopranos qui servent à la fois de chœur et de narrateurs. D'étranges patchworks, un mélange permanent de cantiques hébraïques et d'extraits d'Évangiles pour proposer de courtes scènes reconstituées, pas tout à fait fidèles à la littéralité des écritures.

Tout cela au sein d'une Europe morcelée entre cultes chrétiens ennemis, à peine pacifiée depuis la fin de la guerre de Trente Ans, traversée par un maître de chapelle de Bohême septentrionale, dont les influences italiennes procèdent de sa formation franconienne.

Voici à peu près à quel voyage nous convie la découverte de l'œuvre d'Augustin Pfleger, exerçant – après des études à Nuremberg, ville libre luthérienne, – auprès d'une cour catholique en Bohême, puis dans des châteaux luthériens en Mecklembourg et au Schleswig-Holstein…

(début de la notice)


Il n'existait qu'une seule monographie consacrée à Pfleger (chez CPO bien sûr), partagée entre motets latins et allemands.

Cette seconde parution se concentre exclusivement sur des cantates en langue allemande, conçues pour être incluses à l'intérieur même du culte luthérien.

J'ai eu le plaisir de passer quelques dizaines d'heures à en écrire la notice, aussi je partage volontiers quelques pistes d'écoute assez étonnamment stimulantes pour un compositeur du milieu du XVIIe siècle dans le Schleswig luthérien…

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« Concert sacré » de l'Ascension, tiré du disque Aparté.



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1. Musique et bon son

Plus ascétiques que les motets latins (en bonne logique plus purement « musicaux » et exubérants), ces « concerts sacrés » en allemand ne manquent pas de séductions.

Les épisodes y sont très différenciés, les personnages caractérisés par des profils vocaux : deux chanteurs (figurant deux disciples, deux fidèles, deux commentateurs façon Évangéliste…) font office de chœur, l'Archange Gabriel exécute des volutes ascendantes très mélodiques ; Marie a au contraire une ligne assez trapue, presque bourrue, comme une fille du peuple (accentué par le choix de Luther de mettre du discours direct dans sa relation de l'Annonciation) ; Dieu et Jésus exécutent des phrases entières en bas de la clef de fa (entre le sol 1 et l'ut 1 !)…

Les pièces sont accompagnées par des dessus de viole qui exécutent des ritournelles assez raffinées. Martin Wåhlberg a aussi inclus le psaltérion dans la première cantate – qui était attesté dans cette partie de l'Europe au milieu du XVIIe siècle, semble-t-il.

La veine mélodique n'en est pas du tout médiocre, et certaines tirades demeurent bien dans l'oreille (« il est le second Salomon », « le Seigneur accomplit des miracles »…).

Je n'ai encore rien dit de l'interprétation, qui est de toute première eau : Natalie Pérez, Gunhild Alsvik, Samuel Boden, Victor Sordo Vicente, Håvard Stensvold, des voix d'un grand naturel, calibrées pour la déclamation, et pour autant sur des timbres superbes (certains, comme Pérez, Boden et Stensvold, font déjà de très belles carrières solo). Quelques infra-graves écrits ont dû être supprimés, mais pour autant Stensvold (famille de Terje, un des plus grands Wotan de ces dernières années ?), qui a déjà proposé un Winterreise en bokmål, manifeste une majesté certaine et un rapport frémissant au verbe, que ne dépare pas un timbre charismatique.
La poussée imprimée par Martin Wåhlberg équilibre toujours remarquablement la fluidité musicale et le poids des mots, servi par des musiciens qui réussissent de très belles transparences, avec une souplesse générale très appréciable dans ce répertoire potentiellement ascétique.



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Le disque Aparté qui vient de paraître (2 avril 2021).



2. Évangiles et macédoine

Les épisodes traités sont pour certains rarement mis en musique : les miracles de Jésus hors Lazare (ici la Cananéenne dont la fille est possédée, le Lépreux, le Centurion…), l'apparition d'Emmaüs…

Alors que ces œuvres sont conçues pour rythmer l'année liturgique, et être exécutées au sein même de la messe, elles manifestent des libertés assez surprenantes dans l'agencement des  textes.

Alternance de sources d'abord :

4 Évangiles (très peu Marc),
→ autres portions du Nouveau Testament (Épître aux Romains),

Ancien Testament en abondance (Genèse, II Samuel, II Rois, Psaumes, Cantique des Cantiques, Ésaïe, Ézéchiel) ;

→ grandes hymnes luthériennes célèbres (O Lamm Gottes unschuldig) ;
poèmes de dévotion en vers qui circulent alors. Ces derniers sont difficiles à identifier, il faudrait une véritable étude historique et littéraire des sources, que je n'avais pas le temps (deux semaines avant livraison) ni le matériel (bibliothèques fermées en temps de confinement) pour réaliser.

Ce qui est intéressant est que ces textes ne sont pas nécessairement utilisés pour représenter l'épisode auxquels ils appartiennent

Bien sûr, les Évangiles sont (en général…) attachés à leur moment propre ; les hymnes luthériennes servent de conclusion « collective » – peut-être reprise par l'assemblée ?  les contrepoints sont diversement techniques selon les œuvres, je n'ai pas assez de connaissances sur la maîtrise musicale des fidèles luthériens du rang dans le Schleswig des années 1660.
Les poèmes de dévotion servent d'explicitation des enjeux des textes, de conseils, de méditation, en bonne logique.

Mais pour ce qui est des portions des deux Testaments hors Évangiles, c'est la folie !  Ils alternent de réplique à réplique, par exemple :

→ pour l'Annonciation, l'Ange s'exprime à base de 2 Rois (la « bonne nouvelle » est celle de la fuite de l'armée araméenne devant les remparts de Samarie, et ce sont des lépreux pillards qui disent la réplique !) et Marie répond avec Luc, puis avec une prière de louange empruntée à Ésaïe !
Dieu lui-même s'exprime, à la première personne, en citant successivement Ésaïe (45:8 où il s'adresse à Cyrus, futur reconstructeur du Temple, en y affirmant sa puissance, puis 7:14 où est annoncée la vierge qui doit concevoir l'Emmanuel), Jérémie (dans deux chapitres différents à nouveau, 23 et 33, promettant la venue du roi sauveur qui achèvera l'exil d'Israël), et 2 Samuel (où Dieu annonce à David la naissance de Salomon, futur bâtisseur du premier Temple). Et pour le chant final, il se chante à lui-même un Psaume de louange (CXVIII), avant d'être rejoint par l'Ange, Marie et les deux narrateurs-évangélistes, pour un bœuf final…

→ pour la Cananéenne dont la fille est possédée, l'épisode tiré de Mathieu est conclu par une demande de bénédiction empruntée de la Genèse (celle de Jacob à l'Ange !) ;

→ pour les guérisons miraculeuses du Lépreux et du Centurion, tirés de Matthieu, Jésus s'exprime par le truchement du livre d'Ézéchiel – sa phrase de réconfort « Moi-même je ferai paître mon troupeau […] » est en réalité tirée, hors contexte, d'un discours qui constitue plutôt une imprécation contre les « mauvais bergers » que sont les dirigeants d'Israël ;

→ pour Emmaüs, le récit est à base de Luc, mais Jésus énonce une parole citée par Matthieu et qui se trouve beaucoup plus tôt dans son enseignement (« Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. », Matthieu 18), ce à quoi les disciples répondent par Ésaïe (Ésaïe 53, les souffrances d'un sauveur qui prendra sur lui les péchés d'Israël) et surtout Matthieu 27:42 (la dérision du larron sur la croix : « Il en a sauvé d'autres et ne peut pas se sauver lui-même ! ») ;

→ pour les apparitions après la Résurrection, racontées par Luc (et incluant la réplique de Matthieu, répétée par le « chœur » à deux voix : « c'est un fantôme »), le personnage allégorique de l'Âme puise aux deux extrémités du corpus, dans le Cantique de Salomon aussi bien que dans l'Épître aux Romains de Paul…

Quel mélange !  Au cœur même d'une réplique unique, Ancien et Nouveau Testament peuvent se mêler (témoin Dieu dans l'Annonciation)… Jusqu'au sein des Évangiles, il est possible de dérober une phrase attribuée à un autre épisode pour compléter une réplique (cf. les enseignements du Christ dans Emmaüs).

On trouve aussi quelques ajustements grammaticaux marginaux pour permettre l'intégration de l'extrait (pour les dialogues de la Passion en particulier), mais ceci paraît beaucoup plus bénin – et on le rencontre plus couramment que ce degré de patchwork très précisément cousu.

Toujours est-il que tout en respectant globalement la littéralité des textes sacrés, quantité de leurs occurrences sont en réalité détournées de leur usage premier, dans des contextes parfois tout à fait différents – pour ne pas dire opposés, comme lorsque le Christ utilise une partie douce des menaces d'Ézéchiel pour accompagner ses guérisons miraculeuses

Quelques autres petits détails, qui ne sont pas spécifiques à Pfleger (on ne sait d'ailleurs pas, à ma connaissance, qui a préparé ces textes), m'ont amusé en replongeant mon nez dans les textes :

    ◊ Luther fait parler Marie au discours direct et à la première personne dans la scène de l'Annonciation, pour la rendre plus vivante et accessible ai-je supposé, ce qui crée un décalage presque comique pour le lecteur moderne lorsqu'elle rétorque à l'Ange : « qu'est-ce que c'est que cette manière de dire bonjour ? » ou encore « mais c'est pas possible j'ai pas connu d'homme enfin, laissez-moi tranquille ou j'appelle ».
Je n'ai pas eu le temps, au sein de mes recherches / rédactions / corrections en toute hâte pour une parution express, d'aller vérifier si le texte grec était bien au discours indirect comme la plupart des traductions anciennes et modernes, mais Luther est vraiment l'exception dans la vingtaine de traductions de toutes langues que j'ai consultées.

    ◊ Les récits musicaux de la Passion, au delà de celui de Pfleger, pour étoffer la mort de Jésus (en particulier les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix), ont tendance à le faire mourir… deux fois. Car chez Jean, Jésus meurt ainsi : « — Tout est consommé. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit. ». Tandis que chez Luc : « — Père, entre tes mains, je remets mon esprit. Et, en disant ces paroles, il expira. ».
Pfleger (comme d'autres de son temps) encadre les dernières paroles de Luc par l'épisode de Jean. « — Tout est consommé. Père, entre tes mains, je remets mon esprit. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit. ». Après on se moquera des mourants d'opéra qui mettent un récitatif-cantilène-cabalette entier à mourir d'une balle d'arquebuse (coucou Posa !), mais eux au moins – même s'il ressuscitent aussi de temps à autre (coucou Hippolyte !) – ne meurent qu'une fois.



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Le disque CPO, où se mélangent latin et allemand (voir ci-après).



3. Contexte historique électrisant

    Parler de façon la moins désinformée que possible de ce type d'œuvre, c'est aussi se replonger dans un état de l'Europe (et particulièrement de la pagailleuse pré-Allemagne) assez foisonnant, qu'on peut facilement oublier en observant la (relative) homogénéité de la production musicale. Car, globalement, le baroque musical (au XVIIe siècle) conserve quelques traits communs à toutes les aires européennes : basse continue (ligne de basse à habiller selon les instruments présents et le goût des accompagnateurs-improvisateurs), structure musicale qui épouse la déclamation, structure à variations…
    Et cela même alors que, religieusement, le continent est tout à fait divisé en une kyrielle d'églises, de tendances…

    À l'époque où exerce Pfleger, le traité de Westphalie (1648) apporte un peu de stabilité politique à une Europe en guerre sur de multiples fronts (guerre de Trente Ans dans le Saint-Empire, guerre de Quatre-Vingts Ans aux Provinces-Unies), et permet l'application des principes des Paix de Passau (liberté de culte pour les protestants, 1552) et d'Augsbourg (la religion officielle d'un État est celle de son prince, 1555).

    Un des effets musicaux des guerres de religion porte sur la formation et l'exercice des maîtres de chapelle : lorsqu'on vit au centre de l'Europe parmi les principautés germaniques et slaves, on est appelé à changer régulièrement de maître… et parfois à composer pour des cultes concurrents, sous des formes assez différentes. Dans le catalogue des mêmes compositeurs, on rencontre ainsi des ordinaires de messe latine pour des paroisses catholiques (ou luthériennes) et des motets en langue allemande pour des cités calvinistes (ou des cours luthériennes…).
    C'est ce qui arrive à Pfleger :
    ◊ formé à Nuremberg (ville libre luthérienne) auprès de Kindermann (influencé par les Italiens) ;
    ◊ prenant non premier poste à Schlackenwerth (sa ville natale, actuelle Ostrov, Nord-Ouest de la République Tchèque actuelle) en Bohême catholique (quoique fortement tiraillée en interne : son seigneur, lui-même papiste récent, en avait réprimé les soulèvements protestants aux côtés de Wallenstein) ;
    ◊ partant exercer à Güstrow (Mecklembourg-Güstrow, duché luthérien), d'où nous proviennent une grande part des informations sur sa vie, issues du registre du personnel de la cour qui nous est parvenu ;
    ◊ poursuivant à Gottorf (Schleswig-Holstein-Gottorf), autre duché protestant, et Kiel (pour l'Université luthérienne qui s'y ouvre alors), d'où nous provient une grosse proportion des compositions conservées à ce jour. (On perd ensuite sa trace jusqu'à son retour dans sa ville natale où il meurt.

    À cela, il faut ajouter que Luther, tout en prônant comme l'on sait la traduction des textes sacrés, considérait le décorum du culte comme secondaire dans sa mission de Réforme. Aussi, ses écrits admettent explicitement, pour les étudiants en théologie, ou bien dans les zones où les résistances populaires étaient fortes, qu'on conserve l'apparat du culte catholique, et en tout cas une certaine souplesse dans l'adaptation du rite. C'est pourquoi les commandes de paroisses luthériennes ou de chapelles de princes protestants pouvaient parfaitement inclure des compositions en latin.
    C'est le cas, emblématique, du « Sanctus » de la Messe en si mineur de J.-S. Bach, exécuté pour le culte luthérien à Leipzig – tandis que la Messe elle-même, dans sa première version, tenait lieu de lettre de motivation ou brochure promotionnelle pour entrer à la cour du Roi de Pologne & Électeur de Saxe (ce qui se fait de plus catholique, donc). Dans ce cas, non seulement les cultes incluent du latin, mais les attentes en matière d'écriture musicale ne diffèrent même pas.

La musique a vraiment manifesté, à cette époque, une forme de communion extra-géographique qui échappait tout à fait à la politique, et un peu plus, tout de même, aux autres arts.


 
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La petite liste de Noël d'Augustin Pfleger au duc de Güstrow-Mecklenburg,
telle que citée par Clemens MEYER dans
Geschichte der Güstrower Hofkapelle –
Darstellung der Musikverhältnisse am Güstrower Fürstenhofe im 16. und 17. Jahrhundert
.




4. Anecdotes pour les dîners clandestins

Lorsqu'on me passa la commande, ceci advint par surprise – au détour d'une conversation en forêt. Je soulève le rideau du secret pour vous.

— Au fait, connaissez-vous Pfleger ?
— Qui ?
— C'est quelque chose pour vous je crois, vous adorerez, parfaitement inconnu. Il a écrit des concerts sacrés au XVIIe, avec des textes empruntés on ne sait pas trop où, probablement des poèmes populaires…
— Mais ce n'est pas un peu technique ?  J'aurai un peu de temps au moins ?
— Oui, bien sûr, vous aurez du temps, on imprime votre texte et sa traduction dans quinze jours.
(Évanouissement. Ellipse d'un quart d'heure.)

(Le mystérieux commanditaire de la forêt, remettant ses sels dans sa poche, reprend.)

— On ne veut pas quelque chose de trop musico, voyez-vous, plutôt des anecdotes croustillantes, quelque chose qui fasse rêver, ou dresser le sourcil…

Mais bien sûr, ben voyons, des anecdotes croustillantesd'un maître de chapelle luthérien du XVIIe siècle sur lequel on ne dispose guère que d'une notice du Grove et d'un paragraphe sur le site web d'un ensemble spécialisé, qui en a joué une fois un motet…
Je suis sûr qu'on doit pouvoir trouver des recettes de cuisine de Pierre Boulez ou des histoires de fesses de Philip Glass, mais un maître de chapelle en territoire protestant, sans documentation, qui passe sa vie à écrire des louanges à Jésus, où je peux trouver de l'anecdote ?

Je n'ai rien promis, je me suis tout de suite mis au travail, et je suis un bon élève, j'ai cherché… Et eu la grande chance de trouver !  À tel point que j'ai immédiatement mis un contrat de détective privé sur ma femme et mes maîtresses, c'est suspect ce genre de coup de pot.

    Ainsi, le fameux registre de Güstrow… J'y découvre d'abord que Pfleger a travaillé sous l'autorité du tempêtueux wallon Danielis, à lui seul un sujet de roman !  Buveur, querelleur, il qualifiait les compositions des autres musiciens de la cour de « vols », de « singeries d'enfants », et tirait volontiers son épée lorsqu'il était contredit – ce qui arrive régulièrement dans les sources à notre disposition… (Un peu comme les histoires de fesses de Philip Glass.)
    Lorsque Danielis menace de quitter la cour parce que ses ennemis le tourmentent (collègues ?  créanciers ?  ce n'était pas tout à fait clair et, rappelez-vous, je n'ai eu que quinze jours en même temps que mon day job pour fureter dans des registres techniques allemands, remonter la source des citations bibliques éclatées et rédiger mon texte…), il obtient, alors qu'il a déjà obtenu solde de tout compte, empoché l'argent donné pour son voyage et fait ses adieux à la cour, de négocier une reprise de son contrat si jamais le Duc recrutait des musiciens supplémentaires !  Il effectue d'ailleurs plusieurs va-et-vient à la cour de Güstrow, soit parce qu'il est suspendu pour inconduite, soit parce qu'il essaie d'autres mécènes, et Pfleger le remplace pendant ces périodes de vacance, jusqu'au départ définitif du capricieux wallon. Qui ne se déroule pas sans éclat, rassurez-vous : il refuse absolument de remettre à Pfleger les travaux qu'il avait amorcés pour la cour, clamant que sa musique était sa propriété. (Quel homme moderne !) 
    [Danielis revient d'ailleurs après ce départ « définitif », pour prendre la place de Pfleger lorsque celui-ci part à Gottorf.]

    Ne croyez pas pour autant que le calme revienne tout à fait à Güstrow. Le style social de Pfleger était beaucoup plus convenable, mais on le voit lui aussi essayer d'accroître son importance, ou en tout cas celle de la chapelle, établissant une nouvelle nomenclature pour l'orchestre de la cour, avec un chiffrage très précis, et une proposition de période d'essai sur un an, après laquelle le Duc pourrait revenir à l'état antérieur s'il le souhaite. Étrange négociation dans des termes très entrepreneuriaux, où se perçoivent l'enthousiasme de Pfleger pour sa tâche et un réel sens pratique.
    La liste des profils à recruter stupéfie par leur polyvalence (et la spécificité des souhaits !) : «  un bassiste qui joue du violon et si nécessaire de la douçaine [ancêtre du basson] et de la flûte piccolo », «  un autre violoniste qui sache le cornet à bouquin et joue de la viole de gambe »… Voilà qui laisse rêveur quand à la dextérité virtuose des profils recherchés. (Un peu comme dans les histoires de fesses de Philip Glass.)

    Autre épisode qui démontre la détermination de Pfleger, et surtout son dévouement à sa tâche musicale : lorsque son protecteur leur demande d'inclure la chorale des lycéens dans la musique de sa chapelle… Pfleger refuse tout net : a) il est trop tard pour leur apprendre à bien chanter – b) le résultat serait mauvais – c) son rôle de maître de chapelle est avant tout de promouvoir la gloire de Dieu. Désolé Duc-mécène, ça va pas le faire.

    Et il y a en pour croire que c'est en 2021 que le respect est décédé…

    Cette impudence récurrente des musiciens s'explique peut-être (en partie du moins) par l'existence de plaintes nombreuses à propos de salaires non versés (et de la mauvaise qualité de la nourriture servie, ce qui exaspérait tout particulièrement Daniel Danielis, comme vous vous en doutez) : ce défaut de l'employeur leur donnait peut-être davantage d'aplomb dans leurs relations hiérarchiques.




Pour toutes ces raisons, musicales, culturelles, mondaines, je ne puis trop vous inciter à découvrir ce disque – qui contient aussi les textes traduits, ainsi qu'un guide d'écoute qui détaille les effets musicaux et les emprunts textuels, cantate par cantate.

Ainsi que celui, très différent (plus exubérant, moins étrange aussi) de CPO – je n'ai pas eu accès à sa notice, je ne sais pas ce qu'elle apporte comme éléments (sûrement pas les mêmes, du coup !). Les deux disques méritent le détour pour les amateurs de musique sacrée germanique XVIIe et pour les curieux en général.

En espérant vous avoir amusés, je vous souhaite, estimés lecteurs, de belles découvertes sonores dans les jours à venir, pour garder l'âme en joie tandis que Rome brûle !

mardi 6 avril 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 4 : cycles Pfleger, Cherubini, Schubert 13, Kreutzer, Dupuy, jeune Verdi, meilleurs Offenbach, Mahler-Tennstedt, Tapiola, femmes, Polonais, concertos pour violon, duos de piano, quatuors avec harmonium…


Toujours la brève présentation des nouveautés (et autres écoutes et réécoutes) du mois écoulé. Je laisse une trace pour moi, autant vous donner des idées d'écoutes…

heise

Conseils

Opéra

Trois opéras très peu présents au disque :
Les Feſtes d'Hébé de Rameau dans leur version révisée de 1747 ;
Drot og marsk de Heise, généreux opéra romantique suédois ;
Constellations d'Efrain Amaya d'après la vie de Miró (2012).

Hors nouveautés, retour aux fondamentaux : Isis de LULLY, La mort d'Abel de Kreutzer (six fois…), les meilleurs Verdi de jeunesse dans leurs meilleures versions (Oberto, Nabucco, Alzira, Stiffelio et sa refonte Aroldo… ne manquait qu'Il Corsaro !), Tristan de Wagner dans une version ultime (C. Kleiber, Scala 1978), les deux meilleurs Offenbach comiques (Barbe-Bleue et Le roi Carotte), Barbe-Bleue de Bartók en japonais, Saint François d'Assise de Messiaen dans la souple version Nagano !


Récitals


♦ Romances, Ballades & Duos, parmi les œuvres les plus touchantes de Schumann, par les excellents spécialistes Metzer, Vondung, Bode et Eisenlohr.
♦ Un autre cycle de Jake Heggie : Songs for Murdered Sisters.
♦ Yoncheva – disque au répertoire très varié, culminant dans Dowland et surtout une chaconne vocale de Strozzi éblouissante.
♦ Piau – grands classiques du lied symphonique décadent (dont les R. Strauss).

Hors nouveautés : j'ai découvert le récital composite de Gerald Finley avec le LPO et Gardner, tout y est traduit en anglais.


Sacré

♦ Cantates de la vie de Jésus par Pfleger, objet musical (et textuel) très intriguant.
♦ Couplage de motets de M.Haydn et Bruckner par la MDR Leipzig.

Hors nouveautés : Motets latins de Pfleger (l'autre disque), motets latins de Danielis (merveilles à la française), Cherubini (Messe solennelle n°2 par Bernius, aussi l'étonnant Chant sur la mort de Hayndn qui annonce… Don Carlos !), Messe Solennelle de Berlioz (par Gardiner), Service de la Trinité et Psaumes de Stuttgart de Mantyjärvi.


Orchestral

Hors nouveautés : Cherubini (Symphonie en ré), Mahler par Tennstedt (intégrale EMI et prises sur le vif), Tapiola de Sibelius (par Kajanus, Ansermet, Garaguly, plusieurs Berglund…), Pejačević (Symphonie en fa dièse)


Concertant

Hors nouveautés : concertos pour violon de Kreutzer, Halvorsen, Moeran, Harris, Adams, Rihm, Dusapin, Mantovani. Concertos pour hautbois de Bach par Ogrintchouk. Concerto pour basson de Dupuy par van Sambeek.


Chambre

♦ Trios de Rimski et Borodine, volume 3 d'une anthologie du trio en Russie.
♦ Pour deux pianos : Nocturnes de Debussy et Tristan de Wagner arrangé par Reger.
♦ Meilleure version de ma connaissance pour le Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen par le Left Coast Ensemble (musiciens de la région de San Francisco).

Hors nouveautés : Matteis (disque H. Schmitt et disque A. Bayer), Bach (violon-clavecin par Glodeanu & Haas, souplesse garantie), Rondo alla Krakowiak de Chopin avec Quintette à cordes, disques d'arrangements du Quatuor Romantique (avec harmonium !) absolument merveilleux, Messiaen (Quatuor pour la fin du Temps par Chamber Music Northwest).
Et pas mal de quatuors à cordes bien évidemment : d'Albert, Smyth (plus le Quintette à cordes), Weigl, Andreae, Korngold, Ginastera (intégrale des quatuors dans la meilleure version disponible)…


Solo

♦ Récital de piano : Samazeuilh, Decaux, Ferroux, L. Aubert par Aline Piboule.

Hors nouveautés : clavecin de 16 pieds de Buxtehude à C.P.E. Bach.


La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ * Vert : réussi !
→ ** Bleu : jalon considérable.
→ *** Violet : écoute capitale.
→ ¤ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)


piboule

Liste brute suit :




Nouveautés : œuvres

Rameau – Les Feſtes d'Hébé (version de 1747) – Santon, Perbost, Mechelen, Estèphe, Orfeo Orchestra, Vashegyi (radio hongroise)
→ Premier enregistrement de la version remaniée de 1747, très vivement animée par Vashegyi (davantage tourné vers l'énergie cinétique que la couleur). Des réserves fortes sur Santon ici (vibrato vraiment trop large, instrument surdimensionné), en revanche Estèphe (mordant haut et verbe clair) exhibe l'un des instruments les mieux faits de toute la scène francophone.
Audible sur la radio hongroise avant parution CD dans quelques mois…

Rimski-Korsakov, Cui, Borodine – Trios piano-cordes (« Russian Trio History vol.3 ») – Brahms Piano Trio (Naxos 2021)
→ Élan formidable du Rimski. Très beau mouvement lent lyrique de Borodine.

Brahms, Sonate à deux pianos // Wagner-Reger, Prélude et mort d'Isolde // Debussy, Nocturnes – « Remixed » –  Grauschumacher Piano Duo (Neos 2021)
→ Splendides timbres, textures et couleurs du duo. Ainsi transcrits, Tristan et les Nocturnes constituent une approche originale, et marquante.

Koželuch : Concertos and Symphony par Sergio Azzolini, Camerata Rousseau, Leonardo Muzii (Sony 2021)
→ Avec un son de basson très terroir.

Pfleger – Cantates « The Life and Passion of the Christ » – Vox Nidrosiensis, Orkester Nord, Martin Wåhlberg (Aparté 2021)
→ Musique du Nord de l'Allemagne au milieu du XVIIe siècle. Œuvres inédites (seconde monographie seulement pour ce compositeur.
→ Plus ascétique que ses motets latins (disque CPO, plus expansif), je vous promets cependant de l'animation, avec ses solos de psaltérion, ses évangélistes qui fonctionnent toujours à deux voix, ses structures mouvantes qui annoncent l'esthétique des Méditations pour le Carême de Charpentier.
→ Par ailleurs, curiosité d'entendre des textes aussi composites (fragments des Évangiles mais aussi beaucoup d'Ancien Testament épars), ou encore de voir Dieu s'exprimer en empruntant les mots d'Ézéchiel et en émettant des notes très graves (mi 1 - ut 1) sur des membres de phrase entiers.
→ On y rencontre des épisodes peu représentés d'ordinaire dans les mises en musique – ainsi la rencontre d'Emmaüs, ou la Cananéenne dont la fille est possédée – écrits en entrelaçant les sources des Évangiles, des portions des livres prophétiques, les gloses du XVIIe et les chants populaires de dévolution luthériens, parfois réplique à réplique…
→ De quoi s'amuser aussi avec le contexte (je vous en touche un mot dans la notice de ma main), avec ces duels à l'épée entre maîtres de chapelle à la cour de Güstrow (le dissipé Danielis !), ou encore lorsque Pfleger écarte sèchement une demande du prince, parce que lui sert d'abord la gloire de la musique et de Dieu. (Ça pique.)
→ Et superbe réalisation, conduite élancée, voix splendides et éloquentes.

SCHUMANN, R.: Lied Edition, Vol. 10 - Romanzen und Balladen / Duets (Melzer, Vondung, Bode, Eisenlohr)
→ Superbe attelage pour les lieder en duo de Schumann, de petits bijoux trop peu pratiqués.

Michael Haydn, Bruckner – Motets – MDR Leipzig, Philipp Ahmann (PentaTone 2021)
→ La parenté entre les deux univers sonores (calmes homorythmies, harmonies simples) est frappante. La couleur « Requiem de Mozart » reste prégnante chez M. Haydn. Très beau chœur rond et tendre.

Monteverdi, Ferrabosco, Cavalli, Strozzi, Stradella, Gibbons, Dowland, Torrejón, Murcia, traditionnel bulgare… – « Rebirth » – Yoncheva, Cappella Medeiterranea, García Alarcón (Sony 2021)
→ La voix est certes devenue beaucoup plus ronde et moins focalisée, mais le style demeure de façon impressionnante, pas le moindre hors-style ici.
→ Accompagnement splendide de la Cappella Mediterranea, parcourant divers climats – l'aspect « ethnique » un peu carte postale de certaines pistes, façon Arpeggiata, étant probablement le moins réussi de l'ensemble.
→ Le disque culmine assurément dans l'ineffable chaconne de l'Eraclito amoroso de Mlle Strozzi, petite splendeur. . Come again de Dowland est aussi particulièrement frémissant (chaque verbe est coloré selon son sens)… !

Samazeuilh, Le Chant de la Mer // Decaux, Clairs de lune // Ferroud, Types // Aubert, Sillages – Aline Piboule (Printemps des Arts de Monte-Carlo 2021)
→ Déjà célébrée par deux fois dans des programmes français ambitieux chez Artalinna (Flothuis, Arrieu, Smit, Fauré, Prokofiev, Dutilleux !), grand retour du jeu plein d'angles d'Aline Piboule dans quatre cycles pianistiques français de très haute volée :
→ le chef-d'œuvre absolu de Decaux (exploration radicale et approche inédite de l'atonalité en 1900),
→ première gravure (?) du Ferroud toujours inscrit dans la ville,
→ lecture ravivée de Samazeuilh (qui m'avait moins impressionné dans la version ATMA), et
→ scintillements argentés, balancements et mélodies exotiques fabuleuses des Sillages de Louis Aubert  !
→ bissé

PÄRT, A.: Miserere + A Tribute to Cæsar + The Deer's Cry, etc. – BayRSO, œsterreichisches ensemble fuer neue musik, Howard Arman (BR-Klassik 2021)
→ Belle version de belles œuvres de Pärt – pas nécessairement le Balte le plus vertigineux en matière de musique chorale, mais sa célébrité permet de profiter souvent de ses très belles œuvres, servies ici par ce superbe chœur.

Michał BERGSON – Piano Concerto / Mazurkas, Polonaise héroïque, Polonia!, Il Ritorno,  Luisa di Montfort [Opera] (excerpts) – Jonathan Plowright au piano, Drygas, Kubas-Kruk ;  Poznan PO, Borowicz (DUX 2020)
→ Le père d'Henri – principale raison d'enregistrer ces œuvres pas majeures.
→ Concerto très chopinien (en beaucoup moins intéressant). La Grande Polonaise Héroïque, c'est même du pillage de certaines tournures de celle de Chopin… (en beaucoup, beaucoup moins singulier)
→ L'Introduction de Luisa di Montfort est écrite sur le thème « Vive Henri, vive ce roi galant », plus original et amusant. Mais ensuite : cabalette transcrite pour clarinette, on garde donc juste la musique belcantiste pas très riche et la virtuosité extérieure, sans le théâtre.
→ Il Ritorno, une petite pièce vocale en français, galanterie ornementale virtuose parfaitement banale de 4 minutes. Pas enthousiaste.
→ Première déception chez DUX !  (mais au moins c'est rarissime et plutôt bien joué… donc toujours une découverte agréable)

Efrain AMAYA – Constellations [2012] – Young, Kempson, Shafer ; Arts Crossing Chb O, Amaya (Albany 2020)
→ Très tonal, sur jolis ostinatos, déclamation sobre pour trois personnages, un opéra inspiré par la vie (et les opinions) de Joan Miró. Il y discute de ses ressentis d'artiste (sur Dieu, dans le premier tableau…)  avec sa femme, parfois en présence de sa fille silencieuse. Également quelques échanges avec un oiseau, muse du peintre (incarné par la chanteuse qui fait l'épouse), et entre l'épouse et l'esprit de la maison.
→ Même le final, lorsque la famille fuit tandis que les bombes se mettent à pleuvoir sur le village, sonne plutôt « oh, regarde la télé, c'est absolument dément ce qu'ils font, tu y crois toi ? ».
→ Ce n'est pas du drame très brûlant, mais tout ça est très joli et délicat, assez réussi. À tout prendre beaucoup plus satisfaisant que ces opéras qui, en voulait être simultanément un laboratoire musical ou poétique, ne sont tout simplement pas opérants prosodiquement et dramatiquement – devenant vite mortellement ennuyeux. Choix peu ambitieux ici, mais plutôt séduisant.

STANCHINSKY : Piano Music (A Journey Into the Abyss) (Witold Wilczek) (DUX 2021)
→ Impressionnant pianiste, très découpé et enveloppant à la fois !
→ Le corpus en est ravivé (pièces polyphoniques, nocturne, mazurkas). Mais le plus intéressant demeure les Fragments, absents ici.

STANCHINSKY : Piano Works (Peter Jablonski) (Ondine 2021)
→ A beaucoup écouté Chopin... Très similaire dans les figures et l'harmonie, à la rigueur augmenté de quelques effets retors typés premier Scriabine.
→ Les Fragments sont plus intéressants que les Sonates et Préludes ; beaucoup plus originaux et visionnaires, plus scriabiniens, voire futuristes.
→ Pianiste assez lisse.

HEISE, P.A.: Drot og marsk (Royal Danish Opera Chorus and Orchestra, Schønwandt) (Dacapo 2021)
→ Superbe drame romantique, dans la veine de Kuhlau, remarquablement chanté et joué. Tout est fluide, vivant, inspiré, œuvre à découvrir absolument !  (il en existait déjà une version pas trop ancienne chez Chandos)

HEGGIE, J.: Songs for Murdered Sisters (J. Hopkins, J. Heggie)
→ Toujours dans le style fluide et très bien pensé rhétoriquement de Heggie. Songs très bien chantées.



Nouveautés : versions

Bach: 'Meins Lebens Licht' - Cantatas BWV 45-198 & Motet BWV 118 – Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe (Phi 2021)
→ Approche très douce et caressante, comme voilée… Agréable, mais on peut faire tellement plus de ce corpus !
→ (Déçu, j'ai beaucoup lu que c'était ultime…)

Messiaen – Quatuor pour la fin du Temps – Left Coast Ensemble (Avie 2021)
→ Captation proche et très vivante, interprétation très sensible à la danse et à la couleur, une merveille où la direction de l'harmonie, le sens du discours apparaissent avec une évidence rare !
+ Rohde:  One wing (Presler, Anna; Zivian, Eric)
→ Très plaisante piécette violon-piano, congruente avec Messiaen, écrite par l'altiste membre de cet ensemble centré autour de San Francisco.

R. Strauss, Berg, Zemlinsky – Lieder orchestraux : Vier letzte Lieder, Morgen, Frühe-Lieder, Waldesgespräch – Piau, O Franche-Comté, Verdier (Alpha 2021)
→ Beau grain de cordes (pas du tout un fondu « grand orchestre », j'aime beaucoup), cuivres moins élégants.
→ Piau se tire très bien de l'exercice, même si captée de près (et pour ce format de voix, j'aime une articulation verbale plus acérée), très élégante et frémissante.

Verdi – Falstaff – Raimondi, OR Liège, Arrivabeni (Dynamic)
→ Raimondi vieillissant et éraillé, mais toujours charismatique. En revanche, tout est capté (y compris le très bon orchestre) atrocement, comme rarement chez ce label pourtant remarquable par ses prises de son ratées : on entend tout comme depuis une boîte sous la fosse, les chanteurs sont trop loin l'orchestre étouffé, c'est un carnage.
→ À entendre pour la qualité des interprètes, mais très peu agréable à écouter.

Beethoven:  König Stephan (King Stephen), Op. 117 (revised spoken text by K. Weßler) – Czech Philharmonic Choir, Brno; Cappella Aquileia; Bosch, Marcus (CPO 2021)
+ ouvertures de Fidelio
→ Version très informée et sautillante, avec un récitant (à défaut du texte d'origine) ce qui est rarement le cas.


heise




Autres nouvelles écoutes : œuvres

Offenbach – Le roi Carotte – Pelly, Lyon (vidéo France 3)
→ Les sous-entendus grivois les plus osés que j'aie entendus sur une scène d'opéra… Formidable composition étonnamment libre pour du Offenbach, livret d'une ambition bigarrée assez folle, une petite merveille servie au plus haut niveau (Mortagne, Beuron, Bou !).
→ Grand concertato des armures qui évoque Bénédiction des Poignards, superbe quatuor suspendu d'arrivée à Pompéi, impressionnante figuration des chemins de fer…

Danielis – Motets – Ensemble Pierre Robert, Desenclos (Alpha)
→ Petites merveilles à la française de ce compositeur wallon ayant exercé en Allemagne du Nord, où – à Güstrow notamment – il s'est illustré par ses frasques, insultes, caprices, chantages au départ…
→ Interprétation à la française également, d'une sobre éloquence, comme toujours avec Desenclos.
→ Bissé.

Buxtehude, Böhm, Weckmann, J.S. Bach, C.Ph. Bach, W.F. Bach – Vom Stylus phantasticus zur freien Fantasie – Magdalena Hasibeder sur clavecin 16’ de Matthias Kramer (2006) d’après un clavecin hambourgois (vers 1750) (Raumklang 2013)
→ Impressionnante majesté du clavecin doté d'un jeu de seize pieds (au lieu du huit-pieds traditionnel), capté de façon un peu trouble. Mais la superbe articulation de M. Hasibeder compense assez bien ces limites. Un pont entre deux esthétiques de l'affect différentes, sur un rare modèle reconstitué.

Moeran – Concerto pour violon – (Lyrita)
→ Lyrique, atmosphérique, dansant, très réussi. Mouvements lents encadrant un mouvement rapide très entraînant et bondissant.
+ Rhapsodie en fa# avec piano (aux formules digitales très rachmaninoviennes)
+ Rhapsodie en mim pour orchestre, très belle rêverie !

Roy Harris & John Adams: Violin Concertos – Tamsin Waley-Cohen, BBC Symphony Orchestra, Andrew Litton (Signum)
→ Deux concertos très vivants et colorés, où l'orchestre jou sa part.
→ Bissé.

Halvorsen – Concerto pour violon  – Henning Kraggerud, Malmö SO (Naxos 2017)
→ Très violonistique, mais beaucoup des cadences simples et sens de la majesté qui apportent de grandes satisfactions immédiates.

Rihm, Gedicht des Malers – R. Capuçon, Wiener Symphoniker, Ph. Jordan
+ Dusapin, Aufgang – R. Capuçon, OPRF, Chung
+ Mantovani, Jeux d'eau  – R. Capuçon, Opéra de Paris, Ph. Jordan
→ Mantovani chatoyant et plein de naturel, Rihm lyrique et privilégiant l'ultrasolo et le suraigu, Dusapin plus élusif.

Svendsen: Violin Concerto in A major, Op. 6 / Symphony No. 1 in D major, Op. 4 – Arve Tellefsen, Oslo PO, Karsten Andersen (ccto), Miltiades Caridis (symph) (Universal 1988)
→ Timbre d'une qualité surnaturelle… Sinon belle plénitude paganino-mendelssohnienne, et plus d'atmosphères que d'épate.
→ Symphonie plus naïve, en bonne logique vu le langage.

Matteis – False Consonances of Melancholy – A. Bayer,  Gli Incogniti, A. Bayer (ZZT / Alpha 2009)
→ Très beau disque également, mais de consonance plus lisse.

Matteis – Ayrs for the Violin – Hélène Schmitt (Alpha 2009)
→ Œuvres magnifiques, déjà tout un art consommé de doubles cordes notamment, mais toujours avec poésie.

Saint-Saëns – Suite pour violoncelle et orchestre – Camille Thomas, ON Lille, A. Bloch (DGG 2017)
→ Suite d'inspiration archaïsante mais extrêmement romantisée, très réussie.
+ des Offenbach arrangés

Boccherini, Couperin-Bazelaire, Frescobaldi-Toister, Monn-Schönberg – Concertos pour violoncelleJian Wang, Camerata Salzburg (DGG 2003)
→ Boccherini G. 482 en si bémol, plein de vie. Le reste du corpus est moins marquant, surtout Monn, assez terne. Très belle interprétation tradi-informée.

PabstTrio piano-cordes (« Russian Trio History vol.2 ») – Brahms Piano Trio (Naxos)
→ Bissé. Beau Trio à la mémoire d'A. Rubinstein, bien fait, mais je n'ai pas été particulièrement saisi.

Dupuy:  Flute Concerto No. 1 in D Minor – Petrucci, Ginevra; Pomeriggi Musicali, I; Ciampi, Maurizio (Brilliant Classics 2015)
→ On y retrouve les belles harmonies contrastées et expressives propres à Dupuy, mais l'expression galante et primesautière induite par la flûte n'est pas passionnante.

Édouard Dupuy – Bassoon Concerto in A Major – van Sambeek, Sinfonia Rotterdam, Conrad van Alphen (Brilliant 2012)
→ Orchestre hélas tradi-mou. Belle œuvre qui mériterait mieux, quoique en deçà du gigantesque concerto en ut mineur…

KreutzerViolin Concerto No. 14 in E Major – Peter Sheppard Skærved, Philharmonie Slovaque de Košice ; Andrew Mogrelia (Naxos 2007)
→ Quelle grâce, on pense à Du Puy ! 
+ n°15, Davantage classicisme standard, mais interprétation très belle (quel son de violon, quelle délicatesse de cet orchestre tradi !) qui permet de se régaler dans les moments les plus lyriques.
(Arrêtez un peu de nous casser les pieds avec Saint-George et faites-nous entendre du Clément et du Kreutzer, les gars !)

Kreutzer:  42 Etudes ou caprices – Masayuki Kino (Exton 2010)
→ Vraiment des études de travail, certes plutôt musicales, mais rien de bien passionnant à l'écoute seule, si l'on n'est pas dans une perspective technique. Un disque pour se donner des objectifs plutôt que pour faire l'expérience de délices musicales…
→ (mieux qu'Aškin et E. Wallfisch, paraît vraiment difficile à timbrer)

Marschner ouv Vampyr, Korngold fantaisie Tote Stadt, R. Strauss Ariadne Fantaisie, Meyerbeer fantaisie Robert le Diable – « Opera Fantasias from the Shadowlands » – Le Quatuor Romantique (violon, violoncelle, piano, harmonium) (Ars Produktion 2010)
→ Arrangements passionnants qui ne se limitent pas aux moments instrumentaux les plus évidents mais parcourent l'œuvre (le pot-pourri d'Ariadne est particulièrement exaltant !), et dans un effectif typique de la musique privée de la fin du XIXe siècle, un ravissement – qui change radicalement des disques qu'on a l'habitude d'entendre.
→ Trissé.

Wagner – Wesendonck, extraits de Rienzi, Lohengrin, Meistersinger,  Parsifal – « Operatic Chamber Music » – Suzanne McLeod, Le Quatuor Romantique (violon, violoncelle, piano, harmonium) (Ars Produktion 2013)
→ À nouveau des arrangements qui (échappent un peu moins aux grands tubes mais) renouvellent les équilibres sans déformer l'esprit ni l'impact des œuvres. Très persuasif !

Tchaïkovski, Casse-Noisette (extraits), Waldteufel Patineurs, Humperdinck ouverture Hänsel & Noëls traditionnels allemands – « CHRISTMAS MUSIC - A Late Romantic Christmas Eve » – (Elena Fink, Le Quatuor Romantique) (Arsk Produktion 2010)
→ Encore un délice…

BRAHMS, J.: Piano Quintet become String Quintet, Op. 34 (reconstructed by S. Brown) / WEBER, J.M.: String Quintet in D Major (Divertimenti Ensemble) (Cello Classics 2007)
→ Belle œuvre de Weber (Joseph Miroslav).
→ Transformation réussie du Quintette avec piano en quintette à cordes, les contrastes et les effets rythmiques demeurent vraiment de façon convaincante – davantage que dans la version Sonate pour deux pianos, pourtant de la main de Brahms !

Mantyjärvi – Service de la Trinité, Psaumes de Stuttgart et autres motets – Trinity College Cambridge, Layton
→ Excellent exemple de la belle écriture chorale de la baltique, avec une progression harmonique simple, des accords riches, un rapport éttroit au texte, une lumière intense.

Smyth – Quatuor en mi mineur – Mannheim SQ (CPO)
+ quintette à cordes
→ Œuvres remarquablement bâties, avec une belle veine mélodico-harmonique de surcroît. Le Quintette (de jeunesse) plus marqué par une forme de folklore un peu rustique, le quatuor plus sophistiqué (peut-être encore meilleur).

Bosmans – Quatuor –
→ Bien bâti, particulièrement court.

Honneur à la patrie (Collection "Chansons de France") – Chants patriotiques – Thill, Lucien Lupi, Dens, Arlette Deguil, Legros, Roux, Michèle Dorlan… (Marianne Melodie 2011)

Cherubini, Galuppi, Clementi, Bonazzi, Busi, Canneti… – Sonatas for two organs – Luigi Celeghin, Bianka Pezić (Naxos 2004)
→ Cherubini avec des marches harmoniques alla Bach, Galuppi tout bondissant en basses d'Alberti… quelles étranges choses. Assez sinistre sur ces pleins-jeux blanchâtres (pourtant des orgues italiens de 1785), pièces pas passionnantes…   et l'effet de dialogue est complètement perdu au disque (la matière musicale seule ne paraît pas justifier l'emploi de deux organistes.
→ Seul Cherubini m'a un peu intéressé, par sa tenue et son décalage avec l'habitude. Sinon, l'arrangement par Francesco Canneti du grand concertato à la fin du Triomphe d'Aida est un peu divertissant et tuilé, à défaut de subtil.

CherubiniSciant gentes – Keohane, Maria; Oitzinger, Margot; Hobbs, Thomas; Noack, Sebastian; Stuttgart Chamber Choir; Hofkapelle Stuttgart; Bernius, Frieder (Carus 2013)
→ Gentil motet sans éclat particulier, bien joué sans électricité excessive non plus.

CherubiniChant sur la mort de Haydn, Symphonie en ré – Cappella Coloniensis, Gabriele Ferro (Phoenix 2009)
→ Début de la mort de Haydn contient pas mal d'éléments du début de l'acte V de Don Carlos !  Culture sacrée commune aux deux, ou souvenir de Verdi ?

Cherubini
Pimmalione – Adami, Berghi, Carturan, Ligabue, RAI Milano, Gerelli (libre de droits 1955)

Cherubini – Les Abencérages – Rinaldi, Dupouy, Mars ; RAI Milan, Maag (Arts)
→ Quelques variations (orchestrales !) sur la Follia en guise de danses de l'acte I.
→ Ne semble pas génialissime (récitatifs médiocres en particulier), mais joué ainsi à la tradi-mou avec une majorité de chanteurs à fort accent et plutôt capté, on ne se rend pas forcément compte des beautés réelles… M'a évoqué le Cherubini-eau-tiède d'Ali Baba et de Médée, eux aussi très mal servis au disque…

Cherubini – Messe Solennelle n°3 en mi (1818) // 9 Antifona sul canto fermo 8 tona // Nemo gaudeat  – Ziesak, Pizzolato, Lippert, Abdrazakov ; BayRSO, Muti (EMI)
→ Mollissime. Il y a l'air d'y avoir de jolies choses, mais Muti, pourtant sincère amoureux de cette musique, noie tout sous une mélasse hors style.
→ Quand même la très belle découverte du motet Nemo gaudeat, très belles figures chorale, curieux de réentendre cela en de meilleures circonstances…

Bartók, Le Château de Barbe-Bleue (en japonais) – Ito, Nakayama, NHK Symphony, Rosenstock (1957, édité par Naxos)
→ Pas très typé idiomatiquement en dehors du Prologue, mais très bien chanté et joué, beaucoup d'esprit !

Górecki:  String Quartet No. 3, Op. 67, "Pieśni śpiewają" ( … Songs Are Sung) – DAFÔ String Quartet (DUX 2017)
→ Aplats et répétitions, pas aussi détendant que son Miserere ou sa Troisième Symphonie, clairement, mais dans le même genre à temporalité lente et au matériau raréfié.
→ Premier mouvement un peu sombre, le deuxième est au contraire un largo en majeur, en grands accords lumineux et apathiques, les deux scherzos intermédiaires apportant un brin de vivacité, jusqu'au final largo, plus sérieux et prostré. Assez bel ensemble, plutôt bien fait (mais très long pour ce type de matière : 50 minutes !).

CHOPIN : Rondo alla Krakowiak (Paleczny, Prima Vista Quartet, Marynowski) (DUX 2015)
→ Réjouissante version accompagnée par un quintette à cordes, pleine de saveur et de tranchant par rapport aux versions orchestrales forcément plus étales et arrondies – et ce même du côté du piano !



Autres nouvelles écoutes : interprétations

Chabrier, ouverture de Gwendoline, España, Bourrée fantasque, Danse villageoise / Bizet, Suite de l'Arlésienne  / Lalo Ys ouverture / Berlioz extraits Romé / Debussy Faune / Franck Psyché extts / Pierné Cydalise extts, Ramuntcho extts, Giration, Sonata da Camera – Orchestre Colonne, Pierné (Malibran)
→ Quelle vivacité, quel élan !  Et le son est franchement bon pour son temps.

Berlioz – Messe Solennelle (Resurrexit) – ORR, Gardiner (vidéo 1993)
→ La folie pure.

Messiaen – Saint François d'Assise – Hallé O, Nagano (DGG)
→ Quel naturel par rapport à Ozawa !  On sent que la partition fait désormais partie du patrimoine et que son discours coule de source.

Walton – Concerto pour violon – Suwanai (Decca)
→ Toujours son très beau son, mais l'œuvre me laissant assez froid…

Mahler – Symphonie n°5 – LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Tourbillon dément.  Même l'Adagietto est d'une tension à peine soutenable.

MONN, G.M.: Cello Concerto in G Minor (arr. A. Schoenberg) (Queyras, Freiburg Baroque Orchestra, Müllejans) (Harmonia Mundi)
→ Un peu aigre comme son d'orchestre pour du classicisme, serait sans doute très bien dans une œuvre intéressante mais ici…

Saint-Saëns, Berlioz – « French Showpieces (Concert Francais)  » – James Ehnes, Orchestre symphonique de Québec, Yoav Talmi (Analekta 2001)

Bach – Oboe Concertos – Alexei Ogrintchouk, Swedish ChbO (BIS 2010)
→ Quel son incroyable, et quel orchestre aussi…

Verdi Oberto (version originale), acte I – Guleghina, Stuart Neil, Ramey ; Saint-Martin-in-the-Fields, Marriner (Philips)
→ Tire beaucoup plus, joué ainsi, vers Norma et le belcanto plus traditionnel. Plus formel, moins stimulant.
→ Avec Marriner, les formules d'accompagnement restent de l'accompagnement. Et même Ramey semble un peu prudent, composé. (Manque d'habitude de ces rôles en scène, probablement aussi : la plupart n'ont dû faire que ce studio.)

Verdi – Oberto – Dimitrova, Bergonzi, Panerai ; Gardelli (Orfeo)
→ Grande inspiration mélodique et dramatique pour ce premier opéra. Distribution qui domine ses rôles !  Et des ensembles furibonds étourdissants !

♥  Verdi – Alzira – Cotrubas, Araiza, Bruson, Gardelli (Orfeo)
→ De très très beaux ensembles… Un des Verdi les moins joués, et vraiment sous-estimé.

Sibelius – Symphonie n°2 – Suisse Romande, Ansermet (Decca 1962)
→ Belle version pleine d'ardeur, avec des timbres toutefois très aigrelets. Tout ne fonctionne pas à égalité (le mouvement lent manque peut-être un peu de plénitude et de fondu ?), mais la toute fin est assez incroyable de généreuse intensité.

Sibelius – Tapiola – Helsinki PO, Berglund
→ Un peu rond, mais rapide et contrasté, extrêmement vivant !
+ Kajanus
→ Orchestre limité et problématique (justesse, disparité de timbres), mais élan irrésistible, conduite organique du tempo, saveur des timbres !

Messiaen – Quatuor pour la fin du Temps – Chamber Music Northwest (Delos 1986)

Messiaen – Quatuor pour la fin du Temps
– Jansen, Fröst, Thedéen, Debargue (Sony)
→ Très soliste, manque un peu de cette fièvre commune (trop facile pour eux ?). Même Thedéen, mon idole d'éloquence élégance dans Brahms, paraît un peu forcer son timbre.

Verdi – Nabucco (extraits en allemand) – Liane Synek, Lear, Kónya, Stewart, Talvela ; Deutsche Oper Berlin, H. Stein (DGG)
→ Version très bien chantée (en particulier le ferme mordant de Stewart et la tendreté de Lear).
→ Les extraits sont étrangement choisis (pas d'ensembles, pas d'Abigaille hors sa mort !).

Verdi – Aroldo – Vaness, Shicoff, Michaels-Moore ; Maggio Firenze, Luisi (Philips 2001)
→ Distribution, orchestre, captation de luxe pour  cette refonte de Stiffelio, dans le contexte plus consensuel des croisades. Les meilleurs morceaux (le grand ensemble du duel à l'acte II, l'air du père au début du III…)  sont cependant conservés, à l'exception du prêche final, hélas. (La version Aroldo de la fin Deest non seulement musicalement fade, mais aussi dramatiquement totalement ratée.)
→ Meilleure version disponible au disque pour Aroldo, à mon sens.
→ bissé

Schubert – Quatuor n°13 – Diogenes SQ
+ Engegård (plus vivant)
+ Ardeo (un peu gentil)
+ Takacs (vrai relief, son grand violon)
+ Terpsycorde réécoute (instruments anciens)
+ Mandelring (belle mélncolie)
+ Chilingirian SQ (autant leur Quintette est fabuleux, autant ce quatuor, épais et mou me déçoit de leur part)

Sibelius – Tapiola – Suisse Romande, Ansermet
→ Ce grain incroyable, cette verdeur, cette clarté des timbres et du discours !
(+ Davis LSO, très bien)
(+ Berglund Radio Finlandaise, contrastes incroyables !)

Cherubini – Medea acte I – Forte, Antonacci, Filianoti ; Regio Torino, Pidò
→ Toujours aussi mortellement ennuyeux… et malgré Pidò (il faut dire que la distribution n'aide guère…).

Debussy, œuvres à deux pianos  –  Grauschumacher Piano Duo (Neos 2021)

récital : Weber (Euryanthe), Wagner (Tannhäuser, Meistersinger), Verdi (Otello), Tchaïkovski (Iolanta), Bizet (Carmen), Adams (Doctor Atomic), Turnage (The Silver Tassie)… en anglaisFinley, LPO, Gardner (Chandos 2010)
→ Très beau récital très varié et original, splendidement chanté sur toute l'étendue des tessitures et des styles…
+ réécoute de l'air d'Adams avec BBCSO & Adams (Nonesuch 2018)
Quel tube immortel !

Haendel – Jephtha (disco comparée)
Gardiner, c'est plutôt un de ses disques tranquilles (mous). Pas du niveau de son Penseroso par exemple.
Biondi est très bien mais attention, il utilise un orchestre moderne, les cordes sont en synthétique et très ronde même si ça vibre peu, couleurs des vents plutôt blanches aussi, et on entend que les archets sont modernes, ça n'a pas le même tranchant à l'attaque : c'est très bien pour un orchestre pas du tout spécialiste, mais vu qu'on a du choix au disque, n'en attends pas un truc comparable à ses enregistrements de Vivaldi.
Budday sonne un peu écrasé, Grunert plutôt triste. Même Christophers n'est pas très électrique.
Creed reste un peu tranquille, mais un des plus animés et équilibrés en fin de compte.
Harnoncourt a un peu vieilli, mais ça a le grain extraordinaire et l'engagement du Concentus des débuts… Il faut voir sur la longueur ce que ça donne, mais l'effet Saül n'est pas à exclure !  En tout cas, c'est nettement la plus habitée, je trouve. (Avec Biondi, mais instruments modernes…)

Schumann – Szene aus Goethes Faust, « Mitternacht » – Jennifer, Vyvyan Fischer-Dieskau ;  ECO, Britten (Decca)
+ réécoute Harding-BayRSO <3
+ réécoute Abbado-Terfel
+ réécoute Wit-Kortekangas
+ réécoute Harnoncourt-Concertgebouw
(avec partition d'orchestre)

Smetana:  Má vlast – Bamberg SO, Hrůša (Tudor 2016)
→ Beaux cuivres serrés, superbes cordes, grand orchestre assurément et par la légèreté de touche d'un habitué du folklore. Ensuite, je trouve toujours cette œuvre aussi univoque, faite de grands aplats affirmatifs, sans discours très puissant, une suite de grands instantanés grandioses. À tout prendre, dans le domaine du mauvais goût pas toujours souverainement inspiré, l'Alpestre de Strauss m'amuse autrement !




Réécoutes : œuvres

LULLY – Isis (actes III, IV) – Rousset

Pierné – Cydalise & le Chèvre-pied – Luxembourg PO, Shallon (Timpani)
→ Très joli, dans le genre de Dapnis (en plus rond). Le sujet versaillais n'induit pas vraiment d'archaïsmes. Très beau ballet galant et apaisé.

Pierné – La Croisade des Enfants (en anglais) – Toronto SO, Walter Susskind
→ Un peu lisse, en tout cas joué / chanté ainsi.

Pierné – L'An Mil – Peintre, ON Lorraine, Mercier (Timpani)
→ Aplats vraiment pauvres des mouvements extrêmes, mais ce scherzo de la Fête des Fous et de l'Âne est absolument extraordinaire, et illustre de façon éclatante le génie orchestratoire de Pierné – certains éléments, comme l'usage des harmoniques de violon pour créer des résonances dynamiques, sont abondamment réutilisés dans L'Oiseau de feu de Stravinski…

Moulinié: Le Cantique de Moÿse – par les Arts Florissants, William Christie (HM)
→ Toujours pas convaincu par cet corpus qui regarde bien plus vers la Renaissance et la polyphonie assez austère que vers les talents extraordinaires de mélodiste que manifesta par ailleurs Moulinié.

Pfleger – Motets latins – CPO

Kreutzer – La mort d'Abel – Droy, Bou, Pruvot ; Les Agrémens, van Waas (Singulares 2012)
→ six fois

Édouard Dupuy – Concerto pour basson – van Sambeek, Swedish ChbO, Ogrintchouk (BIS 2020)
→ Un des disques les plus écoutés en 2020, pour ma part !  Le thème lyrique et mélismatique du premier mouvement est une splendeur rare. Et ces musiciens sont géniaux (meilleur bassoniste du monde, meilleur orchestre de chambre du monde, dirigés par le meilleur hautboïste du monde…).

Ginastera – Quatuors 1,2,3 – Cuarteto Latinoamericano (Brilliant)
→ Folklore et audace de l'harmonie, des figures… du Bartók à l'américaine (australe).

ANDREAE : String Quartets Nos. 1 and 2 / Divertimento (Locrian Ensemble) (Guild)

Weigl – Quatuors 7 & 8 – Johann Christian Ensemble (CPO)

d'Albert – Quatuors – Sarastro SQ (Christophorus)

Joni Mitchell – Blue (1975)
→ La parenté avec la pensée du lied schubertien me frappe à chaque fois…

PEJACEVIC, D.: Symphony in F-Sharp Minor, Op. 41 / Phantasie concertante (Banfield, Rheinland-Pfalz State Philharmonic, Rasilainen)
→ Symphonie expansive et persuasive, riche !  Pas du tout une musique galante.

Cherubini Messe solennelle n°2 en ré (1811) – Ziesak, Bauer ; Stuttgart Klassische Ph, Bernius (Carus)
Qui tollis a l'aspect de volutes du début du Songe d'Hérode chez Berlioz (source de sa parodie). Et puis marche harmonique très impressionnante.
→ Dans le Sanctus / Benedictus, Hosanna en contraste, façon Fauré, très réussi.
→ Spectre orchestral qui respire beaucoup, réussite de Bernius.

BACULEWSKI, K.: String Quartets Nos. 1-4 (Tana String Quartet) https://www.nml3.naxosmusiclibrary.com/catalogue/item.asp?cid=DUX1238

DOBRZYŃSKI, I.F.: String Quartet No. 1 / MONIUSZKO, S.: String Quartets Nos. 1 and 2 (Camerata Quartet) (DUX 2006)
→ Beau romantisme simple, où se distingue surtout le Premier de Moniuszko.



Réécoutes : versions

Offenbach – Barbe-Bleue (duos de l'assassinat au II, entrée et duel de BB au III)
versions Pelly (Beuron), Cariven (Sénéchal), (Legay), Campellone (Vidal), Harnoncourt
« Le ciel, c'est mon affaire » (Zampa)
« Non dans un vain tournoi, mais au combat mortel » (Robert Le Diable)
« Le ciel juge entre nous » (Les Huguenots)

Mahler – Symphonie n°3 – LPO, Tennstedt (Ica, concert de 1986)

Verdi – La Forza del Destino (adieux et duel de l'acte III) – Del Monaco, Bastianini, Santa Cecilia, Molinari-Pradelli (Decca)
→ Quel verbe, quelles voix, quel feu !
→ (bissé)

Bach – Sonates violon-clavecin – Glodeanu, Haas (Ambronay 2007)
→ Merveille de souplesse, d'éloquence, la pureté et la chair à la fois.

Mahler – Das Lied von der Erde – K. König, Baltsa, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Un peu plus terne, manque de cinétique, un peu décevant. Les couleurs mordorées de Baltsa sont un peu inhibées par son allemand qui paraît moins ardent que son italien ou son français.

Offenbach – Barbe-Bleue (acte III) – Collart, Sénéchal, Peyron… Cariven

Mahler – Symphonie n°2 – Soffel, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Très très bien, mais pas aussi singulier / tendu / abouti que le reste de l'intégrale. Quand même le plaisir de profiter des frémissements de Soffel dans un tempo d'Urlicht ultra-lent.
→ On entend tout de même remarquablement les détails, les doublures, l'ardeur individuelle aussi (quelles contrabasses !). Le chœur chante avec naturel aussi, voix assez droites qui sonnent à merveille ici.

Mahler – Symphonie n°1 – LPO, Tennstedt  (EMI)

Mahler – Symphonie n°4 – Popp, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Excellent aussi.

Mahler – Symphonie n°3 – Wenkel, LPO, Tennstedt  (EMI)
→ Tellement tendu de bout en bout, et très bien capté !

Verdi – Nabucco – Souliotis, Prevedi, Gobbi ; Opéra de Vienne, Gardelli (Decca)
→ Chœur superbement articulé. Splendide distribution. Pas l'accompagnement le plus ardent, mais un sens du pittoresque qui n'est pas dépourvu de délicatesse.

Verdi – Nabucco – Theodossiou, Chiuri, Ribeiro, Nucci, Zanellato ; Regio Parma, Mariotti (C Major)
→ La version moderne idéale de l'œuvre, fouettée et dansante à l'orchestre (vraiment conçue sèche comme un os, aucune raison d'empâter ces harmonies sommaires conçues pour le rebond), chantée avec un luxe et une personnalité très convaincants.

Verdi – Stiffelio – Regio Parma, Battistoni (C Major)
→ La version sans faute de ce bijou trop peu joué.  Comme Traviata, un drame de mœurs contemporain  (l'adultère de la femme d'un pasteur).

Rott  – Symphonie en mi – Radio de Francfort, P. Järvi (RCA)
→ La superposition des deux thèmes du I est vraiment génialissime… et que de traits qui tirent le meilleur de Bruckner et annoncent le meilleur de Mahler !

Korngold – Quatuor n°3 – Flesch SQ (ASV / Brilliant)
Korngold – Quatuor n°2 – Brodsky SQ ()
Korngold – Quatuor n°1 – Franz Schubert SQ (Nimbus)

Verdi:  Aida: Act II Scene 2: O re pei sacri numi (Il Re, Popolo) – Hillebrand, Nikolaus; Bavarian State Orchestra; Muti, Riccardo (Orfeo)

Wagner – Tristan, acte III – Ligendza, Baldani, Wenkoff, Nimsgern, Moll ; Kleiber Scala 1978 (MYTO)






Autres nouvelles parutions à écouter

Suite de la notule.

samedi 27 mars 2021

Autour de Pelléas & Mélisande – XXIII – Pelléas coupé, Pelléas caché : ET LE LIT ??


1) Pelléas, un objet musical cohérent ?

    Pendant des décennies, pour le mélomane, le cas de Pelléas paraissait assez clair : œuvre du XXe siècle, dont le compositeur a évidemment livré une version définitive – à partir de cette époque, les partitions laissent assez peu de part à l'interprétation compositrice (il ne s'agit plus d'inventer des figures d'accompagnement, ni même d'enjoliver les lignes vocales). Dans une œuvre aussi aboutie que Pelléas, on se figure bien que Debussy a laissé peu d'éléments au hasard.
    Tout au plus connaissait-on l'histoire admirables de ces interludes, joués même en concert (alors qu'ils paraissent bien uniformes ainsi présentés…), composés durant les répétitions pour des raisons très contingentes de changements de décor… Fin de l'histoire.

    Pourtant, ces dernières années, on a pu remarquer, de plus en plus fréquemment, des altérations de détails plus ou moins frappants lors de représentations de Pelléas. Que s'est-il passé ?  En réalité, les musiciens connaissent la chose de première main depuis très longtemps, puisque même dans le matériel d'exécution… c'est un assez grand désordre. Je vous propose donc un rapide tour du propriétaire, pour que ces surprises et divergences ne troublent plus vos nuits.

[[]]
Fin de l'acte III dans son édition habituelle, avec coupures.
Chloé Briot (Yniold), Jean-François Lapointe (Golaud),
Orchestre National des Pays de la Loire, Daniel Kawka
(
Nantes 2014, captation France Musique).



2) L'élan de la composition

   En 1890, Catulle Mendès, qui cherchait un compositeur pour son livret Rodrigue et Chimène de 1878, dans le but de le donner à l'Opéra, le propose à Debussy, en qui il pressent un futur grand. Le compositeur accepte (il n'a essayé que des esquises jusqu'ici, dont Diane au bois), notamment pour la rémunération et la célébrité que cet accomplissement lui procurerait instantanément, mais ne cesse de souligner dans ses lettres ses souffrances : le livret, trop conventionnel, le fait travailler à rebours de son inspiration peu sensible aux figures obligées issus du grand opéra à la française ; par ailleurs, le wagnérisme affiché du librettiste semble l'irriter. Plus tard, après son abandon, il prétendra l'avoir brûlé par erreur – ce qui, nous le savons désormais que en avons retrouvé les partitions, est faux.
    Le Prélude et le duo liminaire constituent pourtant un accomplissement majeur, une atmosphère post-tristanienne totalement renouvelée par une transparence qui sera bientôt, grâce à lui, la marque de l'école française. La suite semble s'essouffler progressivement, il est vrai. Les grandes déclamations conventionnelles de sentiments élevés ou stéréotypés semblent le laisser totalement de marbre – c'est d'ailleurs exactement ce qu'il confesse à Paul Dukas lorsqu'il lui en joue des extraits.

    En 1893, c'est la révélation. Il voit Pelléas lors de ses premières représentations théâtrales, et en sort enchanté. Il demande l'autorisation à Maeterlinck, qui lui donne pleins pouvoirs sur son texte (pacte à l'origine de leur célèbre brouille, culminant dans la provocation en duel et la mort de Messaline…), et achève son œuvre dès 1895, sous la forme d'une partition piano-chant. (Rodrigue est subséquemment abandonné.)

    Il réalise alors sans cesse des retouches, mais ne débute l'orchestration qu'à partir de 1898, lorsque la commande de l'Opéra-Comique est confirmée.

    À partir de ce moment, nous disposons d'un matériel assez mouvant.



3) Ce qui n'a pas été écrit / ce qui a été ajouté

    Certaines scènes n'ont jamais été mises en musique :

Scènes d'emblée coupées
(numérotation des scènes de Maeterlinck)
I,1
L'espèce de Prologue avec les servantes (de qui essuient-elles le sang ? du père de Golaud ?  ou bien de la tragédie qui va se dérouler sous nos yeux ?) ;

II,4
les remarques d'Arkel sur la mort de Marcellus ;

III,1
les jeux d'Yniold dans la tour en présence de Mélisande et Pelléas (d'où est tirée et extrapolée la chanson de la Tour, de la main de Debussy) ;

V,1
les dialogues des servantes sur le drame qui vient de se produire (V,1).

    Le texte en est donc coupé, mais pas la musique.

    En 1901, Debussy a achevé une partition « définitive » pour piano et chant, qui a longtemps été utilisée pour préparer les chanteurs, mais elle diffère en plusieurs points de la version orchestrale que nous connaissons (révision de 1905) – ce qui réclamait une certaine acrobatie pour se conformer ensuite à la partition d'orchestre lors des représentations.
    Certains spectacles ont d'ailleurs été conçus en utilisant cette réduction piano comme une réelle œuvre autonome – par exemple le DVD réalisé à Compiègne, des représentations accompagnées par Alexandre Tharaud ou encore celles du New York City Opera avec Patricia Petibon.

    Arrive le moment de la création, en 1902. Au cours des répétitions, André Messager – qui avait co-commandé l'œuvre avec Albert Carré (directeur de l'Opéra-Comique), et devait diriger l'œuvre – demande des mesures supplémentaires aux interludes des actes :
I
→ scènes 1-2, entre la forêt et le château, 33 mesures supplémentaires ;
→ scènes 2-3 entre une salle du château et les jardins, 18 mesures supplémentaires ;
II
→ scènes 1-2 entre la fontaine dans la forêt et la chambre de Golaud, 37 mesures supplémentaires  ;
→ scènes 2-3 entre la chambre de Golaud et la grotte, 15 mesures supplémentaires ;
IV
→ scènes 2-3 entre un appartement du château et la fontaine, 45 mesures supplémentaires.
La scène de l'Opéra-Comique étant peu profonde, la substitution des décors est difficile entre les tableaux (nommés « scènes » dans le livret, mais ce sont en réalité des changements de décor et non seulement de personnages), et le 1er avril (la générale était le 28, la première le 30) Messager réclame précisément le nombre de mesures nécessaire à la bonne exécution des opérations. Cet épisode est largement connu et documenté, s'agissant de la part la plus souvent jouée de l'opéra, même loin des scènes de théâtre.
    Messager précise qu'il a collecté une à une les pages écrites en urgence par Debussy pour allonger les transitions. Tout fut monté pour la première, et le public a toujours connu Pelléas avec ses interludes longs.

    Toutefois, la partition parue en 1902 chez Fromont présente au contraire la version sans interludes allongés – mais intégrant les coupures admises pendant les répétitions. C'est sur elle que se sont fondées les tentatives de représentations de la version « originale » avec orchestre (en réalité un état de la partition jamais entendu par le public), par exemple Gardiner à Lyon ou Minkowski à l'Opéra-Comique pour le centenaire. (Retrancher ces mesures écrites certes dans l'urgence, mais aussi dans une veine très inspirée, paraît toujours un peu décevant.)



4) Ce qui a disparu et mérite peut-être de renaître

    Pour autant, Debussy, qui recevait volontiers chez lui les chanteurs qui reprenaient Pelléas au fil des séries, continuait de corriger sa partition… Des mélodies et rythmes chez les chanteurs, par exemple. Ce n'est qu'en 1905, avec la parution de sa version réorchestrée (chez Durand), que s'achèvent, je crois, la série des variantes – en tout cas des variantes publiées / publiables.

    Est-ce la version complète ?  Non. Car, et c'est là le plus intéressant, à divers stades, Debussy a écarté des groupes de mesures, et surtout du texte qu'il avait déjà mis en musique. Les voici résumés.

Les coupures sur la musique
III,3
(la terrasse au sortir des souterrains)
→ Suppression d'une remarque sur les moutons « Ils pleurent comme des enfants perdus ; on dirait qu'ils sentent déjà le boucher » et d'un climax où Golaud chante « Quelle belle journée !  Quelle admirable journée pour la moisson ! »

III,4
(torture d'Yniold)
→ Le fameux « Et le lit ? Sont-ils près du lit ? », qui est revenu en grâce dans plusieurs représentations et parutions récentes (Rattle par exemple). Je reviens sur son histoire pour conclure cette notule.
→ 13 mesures allongeaient la fin de l'acte, dont une phrase qui complète la dernière parole de Golaud – qui ne s'éloigne pas avec Yniold, mais va au contraire se rapprocher : « Viens, nous allons voir ce qui est arrivé. » (et non « Viens ! »).

IV,4
(monologue de Pelléas avant la grande scène d'amour)
→ Référence au père de Pelléas dont la guérison confronte Pelléas à ses choix : « Mon père est hors de danger, et je n'ai plus de quoi me mentir à même » (avant « Il est tard, elle ne vient pas. Je ferais mieux de m'en aller sans la revoir »).
→ 24 mesures avant la fermeture des portes.
→ Suppression d'une glose de Pelléas autour de « il ne sait pas que nous l'avons vu », quand ils aperçoivent Golaud caché.

    Uniquement des portions courtes, mais à l'exception du « lit », ces extraits n'ont jamais été enregistrés – officiellement du moins. Il semble néanmoins que ces dernières années soient apparues certaines de ces variantes (notamment « viens, nous allons voir ce qui est arrivé ») dans des versions en DVD. Je n'ai pas encore réuni toutes les références ni tout vérifié.

    Il me semble aussi avoir lu incidemment que la scène d'Yniold avec les moutons n'avait pas été donnée à la création, mais je n'ai pas le temps de vérifier ce point avant publication, et il n'est pas crucial : il s'agit d'une scène entière, bien connue et aisée à rétablir sans rien altérer.

    En attendant, tout cela permet de bénéficier de petits suppléments, de surprises, de fragments qui peuvent éclairer les éléments restés vaporeux dans les intentions des personnages – Debussy a eu tendance à gommer les aspects généalogiques trop précis, en particulier. Et, je l'espère, permettra de vous rassurer quant à l'origine de ces variantes : il y a effectivement eu quelques années où certaines articulations ont connu un peu de jeu sous la plume de Debussy.
    On ne peut qu'être étonné, devant la célébrité de l'œuvre, sa fréquence sur les scènes et le profil plutôt intellectualisant de ses amateurs, que des versions alternatives, fût-ce sur des détails, n'aient pas servi d'argument commercial.

pelleas supplement pelleas supplement
Deux versions différentes de cette phrase du monologue de Pelléas supprimée à l'acte IV.

    Je vous quitte, estimés lecteurs, avec ces quelques éléments autour du Lit.

Et le lit ??

    Alors que Golaud interroge vainement Yniold, juché sur ses épaules en espion innocent, sur ce que font Mélisande et Pelléas dans la Tour (« Que font-ils ? », « Sont-ils près l'un de l'autre ? »), il finit par lâcher le fond de sa pensée, alors que l'orchestre se tait soudain : « Et le lit ?  Sont-ils près du lit ? ». Pourtant, nous ne le connaissons que dans de rares versions de ces dix-quinze dernières années.

    Nous disposons d'une lettre de Debussy qui l'explique : les coupures de la fin de l'acte III sont dues à une censure. En effet, le jour de la générale costumes, le « directeur des Beaux-Arts » (je retraduis d'après le texte anglais proposé par Robert Orledge… est-ce un ministre ?  un agent du ministère ?  un censeur ?  je n'ai pas eu le temps ni l'intérêt, à vrai dire, de vérifier), M. Roujon, avise le caractère trivial de cette scène de voyeurisme, et demande à Carré la suppression du tableau entier. Debussy refuse absolument, et propose en échange les coupures (très ciblées, finalement) que nous venons de parcourir ensemble. Il ne s'agit que de celles de l'acte III, les autres semblent réellement issues de choix artistiques de Debussy, de repentirs dirions-nous s'il était peintre…
    Il avance même qu'il aurait dû modifier le passage litigieux lui-même, et que seule la « ridicule dispute » (je retraduis la lettre de l'anglais, n'ayant pu la retrouver en français, je ne garantis pas l'exactitude de l'expression ici non plus) qui l'opposa à Maeterlinck l'avait empêché de lui demander des altérations. Ceci me paraît d'une tartufferie confondante, dans la mesure où Debussy a précisément fait ce qu'il voulait de la prose de Maeterlinck, non seulement en coupant (ce qui est inévitable en adaptation une pièce parlée à l'opéra, et ce à quoi avait consenti le poète), mais aussi en récrivant un assez grand nombre d'expressions !  Une bonne partie des citations désormais célèbres de Pelléas ont été remaniées, voire écrites par Debussy… La lettre finit d'ailleurs par des flatteries assez obséquieuses envers le critique qui semble avoir bien accueilli la première.

    Changement de dernière minute et commandé par la menace imminente d'une suppression pure et simple d'une scène complète d'une douzaine de minutes. Mais qu'en est-il musicalement ?  Hé bien, et apparemment pas mal de mélomanes et même d'exégètes partagent mon sentiment, cette interruption pleine de crudité, presque dans le silence – qui traduit très efficacement l'obsession de Golaud – freine en réalité la progression implacable de cette dernière section, de plus en plus trépidante dans sa version coupée, jusqu'à l'explosion de fureur orchestrale finale. Au contraire, en rétablissant les questions autour du Lit, c'est une pause qui est ménagée, certes saisissante, avant la brève reprise, terrifiante, de la cavalcade. Très réussi aussi, mais la musique nous a soudain relâchés et la conclusion se révèle alors un peu courte.
    À cela s'ajoute que, systématiquement, le public rit généreusement à l'aspect vaudevillesque de la situation. [Je suis toujours fasciné par ces spectateurs capables de rire spontanément au moindre trait d'humour au sein de la tragédie la plus noire, alors que je suis moi-même écrasé par la pesanteur des enjeux et peut-être encore plus dévasté par l'ironie mordante de certains traits. Je ne sais quel mécanisme me manque.]  Ces rires, dans une œuvre mise en musique, tendent à interrompre d'autant plus la continuité et briser l'atmosphère : du point de vue très terre-à-terre du confort d'écoute, le supprimer représente également un gain. 

Je ne suis pas nécessairement convaincu non plus, sur le papier, par la nécessité des autres ajouts – sauf l'allongement des parties instrumentales, comme en cette fin d'acte III, précisément, qui rééquilibre peut-être la rupture du Lit !  Il est cependant très probable que mon habitude de Pelléas me rende toute nouveauté vaguement décevante, triviale ou sacrilège ; aussi je suis très curieux de les entendre, dès qu'il sera possible, avant de me prononcer.

[[]]
Fin de l'acte III avec rétablissement du Lit.
  Elias Mädler (Yniold), Gerald Finley (Golaud),
London Symphony Orchestra, Simon Rattle
(CD LSO Live
2017).



5) Une édition critique… vers l'avenir

    Les entendre avant de se prononcer, ce devrait être chose faite bientôt, puisque les éditions Durand-Salabert-Eschig ont lancé, en grande pompe l'an dernier, une édition critique de Pelléas, incluant une nouvelle réduction piano, correspondant réellement à la partition d'orchestre cette fois, et contenant ces passages coupés (avec la possibilité de continuer à les omettre si le chef le souhaite).
    J'aurais envie de les féliciter, mais Durand est quand même la maison qui est restée pendant tout ce temps assise sur son tas d'or à toucher des droits d'auteur automatiques avec ces éditions bancales de Pelléas (contenant de surcroît des fautes…), dont elle avait, grâce au droit de la propriété intellectuelle français, une parfaite exclusivité. D'une part grâce au principe de l'œuvre collective, protégée jusqu'à la mort du dernier collaborateur (Maeterlinck est mort en 1949, très longtemps après Debussy) ; d'autre part grâce aux années de guerre, très longues lorsque les œuvres ont été composées avant la première guerre mondiale (quelque chose comme 14 ans), qui s'ajoutent aux 70 ans de protection post mortem.
    Alors les voir produire cette édition rigoureuse que tout le monde attendait maintenant, alors que l'œuvre sera, d'ici 2025 au maximum – probablement avant – dans le domaine public (donc utilisable sans rien reverser à l'éditeur historique)… Je ris doucement, et je leur souhaite cordialement de se faire tailler des croupières par la concurrence qui rééditera l'ancienne édition ou en fera de nouvelles tout aussi documentées. (Oui, je n'ai pas pardonné, quand j'étais étudiant, la pratique de vendre les cycles de Ravel uniquement en mélodies détachées, pour obtenir les 5 pages à 25€ – à l'époque où, avec 25€, on pouvait acheter une Mercedes…)

    Pour autant, il s'agit d'une nouvelle merveilleuse pour tous les amateurs de Pelléas, qui irradiera à travers les représentations et enregistrements que nous découvrirons dans les années à venir !

    J'espère que cette notule aura contribuer à réduire vos alarmes devant la multiplicités des bizarreries pelléassiennes, toutes prêtes à déferler sur vos salles et disquaires préférés, et qui n'auraient pas tardé à envahir votre disponibilité auditive et mentale.

    Puissent, estimés lecteurs, ces quelques explications parvenir à éclairer, autant qu'il est possible, les jours sombres que notre engeance maudite traverse.

mardi 23 mars 2021

Découvrir la Bible par la musique – n°1b : Rolle, Kreutzer, l'assassin dépressif, « mais faites danser Caïn ! »


La première partie, qui couvre les mises en musique de l'épisode depuis le grégorien jusqu'à l'oratorio baroque du milieu du XVIIIe siècle, se trouve ici.

Je reproduis, pour plus de commodité, l'introduction – avec, notamment, les degrés d'éloignement de la liturgie (niveaux 1 à 7) et le texte-source.




The Bible Project

Nouvelle année, nouveau projet.

Bien que les séries «  une décennie, un disque » (1580-1830 jusqu'ici, et on inclura jusqu'à la décennie 2020 !), « les plus beaux débuts de symphonie » (déjà fait Gilse 2, Sibelius 5, Nielsen 1…) et « au secours, je n'ai pas d'aigus » ne soient pas tout à fait achevées… je conserve l'envie de débuter ce nouveau défi au (très) long cours.

L'idée de départ : proposer une découverte de la Bible à travers ses mises en musique. Le but ultime (possiblement inaccessible) serait de couvrir l'ensemble des épisodes ou poèmes bibliques jamais mis en musique. Il ne serait évidemment pas envisageable d'inclure l'ensemble des œuvres écrites pour un épisode donné, mais plutôt de proposer un parcours varié stylistiquement qui permette d'approcher ce corpus par le biais musical – et éventuellement de s'interroger sur ce que cela altère du rapport à l'original.

Quelques avantages :
    ♦ incarner certains textes ou poèmes un peu arides en les ancrant dans la musique (ce qui devrait satisfaire le lobby chrétien) ;
♦ observer différentes approches possibles de cette matière-première (pour les musiqueux).

Sur ce second point, beaucoup peut être appris :

D'une part le nécessaire équilibre entre
♦ le langage musical du temps,
♦  les formes liturgiques décidées par les autorités religieuses,
♦  la nature même de l'épisode narré.
Sur certains épisodes qui ont traversé les périodes (« Tristis est anima mea » !), il y aurait tant à dire sur l'évolution des usages formels…

D'autre part le positionnement plus ou moins distant du culte religieux :
niveau 1 → utilisé pour toutes les célébrations (l'Ordinaire des catholiques),
niveau 2 → pour certaines fêtes ou moments spécifiques de l'année liturgique (le Propre),
niveau 3 → en complément de la messe proprement dite (comme les cantates),
niveau 4 → en forme de concert sacré mais distinct du culte (les oratorios),
niveau 5 → sous forme œuvres destinées à édifier le public mais représentées dans les théâtres (oratorios hors églises ou opéras un peu révérencieux),
niveau 6 → de libres adaptations (typiquement à l'opéra, lorsque Adam, Joseph ou Moïse deviennent des héros un peu plus complexes)
niveau 7 → ou même de relectures critiques (détournements d'Abraham ou de Caïn au XXe siècle…).

À cette fin, j'ai commencé un tableau qui devrait, à terme, viser l'exhaustivité – non pas, encore une fois, des mises en musique, mais des épisodes bibliques. Il s'avère déjà que, même pour les tubes de la Genèse, certains épisodes sont très peu représentés – l'Ivresse de Noé, pourtant abondamment iconographiée, est particulièrement peu répandue dans les adaptations musicales.

Mais en plus du tableau, de petits épisodes détachés avec un peu de glose ne peuvent pas faire de mal. (Comme ils seront dans le désordre, ils pourront ensuite être recensés dans le tableau ou une notule adéquate.) Nous verrons combien je réussis à produire, et si cela revêt quelque pertinence.




Abel & Caïn
(Épisode 2)


Rappel : la source


1.     Or Adam connut Eve sa femme, laquelle conçut, et enfanta Caïn; et elle dit : J'ai acquis un homme de par l'Eternel.
2.     Elle enfanta encore Abel son frère; et Abel fut berger, et Caïn laboureur.
3.     Or il arriva, au bout de quelque temps, que Caïn offrit à l'Eternel une oblation des fruits de la terre ;
4.     Et qu'Abel aussi offrit des premiers-nés de son troupeau, et de leur graisse ; et l'Eternel eut égard à Abel, et à son oblation.
5.     Mais il n'eut point d'égard à Caïn, ni à son oblation ; et Caïn fut fort irrité, et son visage fut abattu.
6.     Et l'Eternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité ? et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7.     Si tu fais bien, ne sera-t-il pas reçu ? mais si tu ne fais pas bien, le péché est à la porte ; or ses désirs se [rapportent] à toi, et tu as Seigneurie sur lui.
8.     Or Caïn parla avec Abel son frère, et comme ils étaient aux champs, Caïn s'éleva contre Abel son frère, et le tua.
9.     Et l'Eternel dit à Caïn : Où est Abel ton frère ? Et il lui répondit : Je ne sais, suis-je le gardien de mon frère, moi ?
10.     Et Dieu dit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre à moi.
11.     Maintenant donc tu [seras] maudit, [même] de la part de la terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.
12.     Quand tu laboureras la terre, elle ne te rendra plus son fruit, et tu seras vagabond et fugitif sur la terre.
13.     Et Caïn dit à l'Eternel : Ma peine est plus grande que je ne puis porter.
14.     Voici, tu m'as chassé aujourd'hui de cette terre-ci, et je serai caché de devant ta face, et serai vagabond et fugitif sur la terre, et il arrivera que quiconque me trouvera, me tuera.
15.     Et l'Eternel lui dit : C'est pourquoi quiconque tuera Caïn sera puni sept fois davantage. Ainsi l'Eternel mit une marque sur Caïn, afin que quiconque le trouverait, ne le tuât point.
16.     Alors Caïn sortit de devant la face de l'Eternel, et habita au pays de Nod, vers l'Orient d'Héden.
17.     Puis Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénoc ; et il bâtit une ville, et appela la ville Hénoc, du nom de son fils.

Genèse 4:1-17, traduction de Martin (1744).




Les adaptations musicales

Après avoir évoqué la mise en musique grégorienne, Resinarius, Kropstein, Lemlin, Hollander, Lassus, Carissimi, Pasquini, A. Scarlatti et Caldara, voici le moment d'aborder les transformations du mythe chez les Classiques et au delà…



1771

Johann Heinrich ROLLEDer Tod Abels


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Le sacrifice rejeté.

Musique

¶ À nouveau un oratorio qui interprète la scène suggérée par les Écritures, tout à fait dans la lignée stylistique de ce qui précède. Le langage musical, malgré la date tardive, demeure largement baroque, mais le drame prévaut, les numéros épousent volontiers l'action et les airs n'atteignent pas les longueurs extravagantes du baroque tardif de Caldara, Graun ou Jommelli. Les récitatifs restent plutôt nus mais leurs lignes mélodiques sont tournées vers l'expression, avec des intervalles assez variés, comme dans les Passions.
    Ce style conservateur explique probablement que Rolle n'ait pas atteint grande célébrité pour la postérité, mais sa vie également, échouant à se faire embaucher à Hambourg face à Telemann – qui n'a déjà pas bonne presse pour le grand public (pour d'absurdes ressentiments de nature salérienne, comme rival d'un compositeur devenu intouchable dans les siècles suivants). Sa vie musicale se déroule essentiellement à Magdebourg, où il a grandi.

Livret

¶ Le livret, comme les précédents, a ses originalités : il faut bien habiter ces très courtes et très factuelles mentions de la Genèse. Ici, Abel est le préféré de la famille. Le « Chœur des enfants d'Adam » (petits-enfants inclus ?  autres fils non nommés ?) décrit son offrande, puis l'orage qui suit celle de Caïn, dans une scène pas nécessairement très dramatique dans son traitement musical, mais qui a la force d'incarner dans un jeu en-scène / hors-scène le moment de bascule de l'épisode, au lieu de le suggérer seulement par des récits et des résumés.
    La découverte du corps d'Abel se fait hors scène, sans transition avec l'air de l'épouse de Caïn, Meala, qui dispose d'une large place dans cette version et commente le désespoir de son mari, redoutant l'accomplissement de ce qui a été annoncé – Caïn lui a confié, tout à sa frustration, « Voici le jour qui doit remplir mon vœu ». Ce sont Ève et Adam qui révèlent le crime par leur affliction, dans un simple récitatif. S'ensuit la confrontation avec Caïn et sa fuite, perclus de remords : le traitement du personnage n'est pas à charge, le librettiste présente très clairement les causes de son mal-être et l'horreur de lui-même que lui inspire son geste. Malgré son refus, femme et enfants le suivent.
    Le chœur final est un choral, invitant roses et cyprès à pousser sur la tombe d'Abel, afin de pouvoir pleurer la première victime. Il est assez intéressant, car ce ne sont manifestement plus les enfants d'Adam qui parlent ; probablement, comme c'est l'usage, le choral incarne-t-il l'assemblée des fidèles chrétiens d'aujourd'hui, mais il semble assez tard pour espérer la floraison de la tombe issue du premier meurtre… Le contour de ces locuteurs choraux reste assez flou, de même que le message, pas du tout moralisant, qui assume seulement l'affliction (ainsi qu'une pointe de tendresse ?).

Conclusions

¶ J'avais noté niveau 5, mais je ne retrouve plus les textes attestant d'une interprétation hors des temples. Possiblement niveau 4, donc. (La documentation est rare sur Rolle et je ne puis matériellement opérer une recherche complète sur chaque œuvre illustrant la série, navré.)

¶ Ce n'est clairement pas le chef-d'œuvre musical de son siècle, mais reste joliment écrit. J'avoue avoir été assez intéressé par cette approche assez compréhensive, incluant au récit la détresse de Caïn, qui ne constitue plus un repoussoir, symbole absolu du mal (comme une continuation du Serpent d'Éden), mais plutôt le témoignage d'un autre aspect de ce qu'est la souffrance humaine. Je ne dis pas que Caïn y devienne sympathique, mais il n'y est en rien un avatar de Satan, ni même le jouet de Lucifer. Autant la forme musicale reste celle de l'oratorio baroque, autant le propos du livret semble davantage placer l'homme comme mesure du drame – l'ambiance du XVIIe italien semble bien lointaine.


Une belle version en existe par Hermann Max chez Capriccio (avec notamment Mammel et van der Kamp).




1810
Rodolphe K
REUTZERLa mort d'Abel

a) Une nouvelle approche : la fiction biblique

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Adam à l'aurore du drame (Pierre-Yves Pruvot).

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¶ L'une des raisons du choix de Caïn comme premier épisode de cette série tenait dans l'étendue des propositions – non seulement dans le temps, avec des premières mises en musique dès le XVIe siècle – mais aussi dans la variété de leur nature, depuis la mise en musique littérale de la Genèse, encastrée dans la cérémonie cultuelle même (les répons de Lassus et ses contemporains) jusqu'à l'opéra profane, irrévérencieux et critique (on y viendra, avec Rudi Stephan). Avec cette Mort d'Abel, nous rencontrons un premier exemple d'œuvre de niveau 6, soit une libre adaptation fictionnelle de la matière biblique.
    Ce n'est même plus une question d'exécution à l'église ou au théâtre, c'est la conception même du rôle de l'épisode qui fait toute la différence. Ici, l'œuvre, commandée à François-Benoît Hoffmann, librettiste de renom, emprunte à la Bible comme matière thématique, mais n'entend en rien édifier ni prolonger le culte. Le mythe connu sert avant tout de support à une libre invention dramatique, conçue pour un divertissement scénique, au même titre que les matières antiques ou orientales qui avaient alors la faveur de la scène française…



b) Un peu de contexte : l'oratorio français

¶ Ce choix n'a rien d'anodin : il est le fruit d'une longue histoire et a suscité beaucoup de débats en son temps, au plus haut niveau. [Ce qui va suivre ne concerne que la France, l'évolution des genres musicaux y est spécifique.]

L'oratorio français avant 1800

    L'oratorio (action sur sujet sacré, généralement de format plus ample que la cantate – laquelle n'a pas trop cours en France dans son format sacré) s'épanouit très fort et très tôt en Italie, au cours du XVIIe siècle – notamment, on en a parlé à propos de Pasquini, comme un contournement décent de l'interdiction des spectacles lors du Carême dans les États Pontificaux.

    En France, il demeure rare (Charpentier, très influencé par l'Italie, en a laissé quelques-uns, comme sa Judith). On lui préfère la cantate à sujet sacré (en France de même format que les cantates profanes, abordant simplement un sujet biblique sous forme d'une paraphrase galante des textes sacrés, destinées au divertissement) ou le grand apparat du culte en latin.

    À partir de 1758, cependant, l'association musicale du Concert Spirituel commande une cinquantaine de courts oratorios (vers 1759, ce sont Les Fureurs de Saül de Mondonville, autre exaltation des souffrances d'un méchant) à des figures considérables de la scène lyrique du temps comme Gossec (sa jolie Nativité, dont vient justement de paraître une version discographique il y a deux semaines, fut un immense succès public), F.A.D. Philidor, Sacchini, Salieri, mais aussi Giroust (compositeur de la messe du Sacre de Louis XVI), Rigel (que nous connaissons mieux pour ses oratorios, justement, ainsi que ses symphonies) et même Cambini (dont les quatuors à cordes classiques de style « international » méritent grandement le détour). Beaucoup de ces petits oratorios sont tirés de l'Ancien Testament. Tout cela concourait à l'exploitation de la matière biblique dans une démarche de divertissement largement musical.

Le nouvel âge de l'oratorio français

    La marche suivante se franchit sous l'impulsion de la création de la… Création de Haydn à l'Opéra, le 24 décembre 1800, dans une (belle) traduction française. Le choc est incommensurable sur les contemporains, et ouvre la voie à la représentation d'actions bibliques conçues pour la scène de l'Opéra, avec pompe et décors… ainsi qu'une liberté grandissante quant au respect du texte d'origine. [Je suppose que le passage par la période révolutionnaire a pu altérer aussi les sentiments d'interdit qui auraient préalablement prévalu ?] 

    L'engouement suscite ainsi d'abord des pastiches (Saül en 1803 et la Prise de Jéricho en 1805, des pots-pourris où Kalkbrenner et Lachnith – l'arrangeur des Mystères d'Isis d'après la Flûte enchantée – empruntent beaucoup à Mozart), puis diverses expérimentations : Joseph du grand compositeur d'élans révolutionnaires Méhul (un opéra comique tout à fait sérieux, respectueux et édifiant) au Théâtre Feydeau (le futur Opéra-Comique) en 1807, puis deux évocations des premiers hommes.
    D'abord La mort d'Adam de Le Sueur, réformateur de la musique sacrée sous Napoléon, et son protégé (également grand pourvoyeur de la matière d'Ossian) – en 1809, mais en réalité composé en 1802, les cabales dans les institutions musicales faisant alterner grâces et disgrâces. De même, l'opéra de Kreutzer qui le suit en 1810, Abel (renommé La mort d'Abel à sa reprise en 1825), était dès longtemps écrit.



c) Le débat et les controverses autour d'Abel

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Espoirs d'Adam, la suite (Pruvot).

¶ Toutefois le développement des oratorios prévus pour la scène profane de l'Académie Impériale de Musique – ou, suivant comment on veut l'appeler, de la matière biblique au sein des opéras – ne se fait pas sans protestations. Elles sont intéressantes car elles ne recouvrent pas exactement ce que le citoyen du XXIe siècle pourrait imaginer.

1) Il y a bien sûr la désapprobation – inévitable, logique, légitime – des autorités ecclésiastiques et d'une partie de l'opinion conservatrice : est-il bienséant de représenter des épisodes sacrés dans un but de divertissement ?  Non pas que ça n'ait pas déjà été le cas par le passé dans les mises en musique (il n'est que de penser à l'événement mondain qu'étaient devenues les offices de Ténèbres de la Semaine Sainte sous Louis XIV, conduisant au déplacement du culte la veille au soir, afin de permettre à la bonne société de s'y rendre plus confortablement !), mais le fait de le produire à l'Opéra empêche toute excuse hypocrite, et affiche sans ambiguïté la primauté du plaisir dans la démarche.

    À cela s'ajoute bien sûr la mauvaise réputation du lieu, peuplé de ces acteurs dont la mauvaise vie n'est pas seulement une légende urbaine. Même sous l'Ancien Régime, amourettes, rapts (Sophie Arnould !), prostitution animent la gazette des théâtres.

    Surtout, le sujet, qui est pourtant la matière même de la Foi (à une époque où les libres penseurs et les fidèles non chrétiens sont en quantité assez négligeable en France), est traité comme une matière fictionnelle. Avec deux implications graves : d'abord on enjolive, ajoute, déforme, contredit le texte sacré. Ensuite on le traite avec une certaine légèreté, on l'habille de stéréotypes – en somme, on le désacralise.

    Cette opposition du clergé à l'intrusion des acteurs dans le périmètre du sacré va culminer dans les années 1840 avec la déprogrammation de plusieurs Requiem (Cherubini et même Mozart…) et l'interdiction des femmes profanes dans la musique des cérémonies à Paris, jusqu'à ce que finisse par s'imposer, sorte de compromis accepté par tous, l'oratorio d'église de la seconde moitié du XIXe siècle. (Œuvre extérieure au culte, où l'épisode biblique est enjolivé pour le rendre plus vivant ; cependant conçue pour être jouée dans un lieu de culte et en respectant globalement l'interprétation admise par l'Église. Par exemple les oratorios de Saint-Saëns et Massenet.)


2) Napoléon lui-même, averti trop tard de la mise au théâtre du sujet, laisse les répétitions aller à leur terme (mobilisant l'étonnant argument économique, à savoir que beaucoup d'argent avait déjà été investi dans la production) mais regrette explicitement, dans une instruction préfet du Palais, le choix du sujet :
« Puisque l’opéra de la Mort d’Abel est monté, je consens qu’on le joue. Désormais, j’entends qu’aucun opéra ne soit donné sans mon ordre. Si l’ancienne administration a laissé à la nouvelle mon approbation écrite, on est en règle, sinon non. Elle soumettait à mon approbation, non seulement la réception des ouvrages, mais encore le choix. En général, je n’approuve pas qu’on donne aucun ouvrage tiré de l’Écriture sainte; il faut laisser ces sujets pour l’Église. Le chambellan chargé des spectacles fera immédiatement connaître cela aux auteurs, pour qu’ils se livrent à d’autres sujets. Le ballet de Vertumne et Pomone est une froide allégorie sans goût. Le ballet de l’Enlèvement des Sabines est historique; il est plus convenable. Il ne faut donner que des ballets mythologiques et historiques, jamais d’allégorie. Je désire qu’on monte quatre ballets cette année. Si le sieur Gardel est hors d’état de le faire, cherchez d’autres personnes pour les présenter. Outre la Mort d’Abel, je désirerais un autre ballet historique plus analogue aux circonstances que l’Enlèvement des Sabines. »
Son premier objet relève clairement de la maîtrise des sujets par une censure a priori, mais y transparaît aussi son goût personnel qu'il entend imposer – pour l'« historique » et l'épique plutôt que pour le galant et le philosophique, sans grande surprise.
Son opposition à la représentation de sujets religieux n'est pas très claire : s'agit-il d'un respect religieux de principe (ça ne se fait pas) ou au contraire du désir de maintenir le clergé dans son pré carré et de ne pas le laisser se mêler de la société hors des églises ?  Peut-être est-ce même simplement le prétexte au rappel de son autorité : monter une pièce sans son aval fait courir le risque de lui déplaire.

Pour autant, les censeurs n'avaient pas laissé passé ces sujets à la légère, et pouvaient penser que l'analogie entre la noble figure d'Adam et la réalité de l'Empereur était désormais acquise. Ainsi pour La mort d'Adam de Le Sueur, l'année précédente, le rapport préalable de censure note avec satisfaction l'analogie entre l'apothéose d'Adam montant au ciel joint par Abel… et « l'âme de l'Empereur telle qu'il la suppose exister depuis six mille ans ». Il est vrai que le livret de Guillard s'en donne à cœur joie, parsemant d'accipitridés ses superlatifs astraux, qui ne laissent que peu de doute à ce sujet :
CHŒUR GÉNÉRAL
Un homme, un Dieu consolateur,
Doit rendre à l'homme un jour sa dignité première,
La foule des méchans fuira son œil vengeur,
Ils rentreront dans la poussière.
Ivres d'un vain ogueil, peuples ambitieux
Pensez-vous l'arrêter dans sa vaste carrière ?
Devant son astre radieux, que deviendra votre pâle lumière ?
Autant que l'aigle impérieux,
Plane au-dessus du séjour du tonnerre,
Autant, dans son vol glorieux,
Il domine en vainqueur sur votre tête altière.
[Ce fut le dernier livret de Guillard, au terme d'une carrière riche en œuvres qui marquèrent leur temps : Iphigénie en Tauride (Gluck), Électre (Lemoyne), Chimène (Sacchini), Les Horaces (Salieri), Proserpine (refonte de Quinault pour Paisiello.]


On rencontre cependant considérations plus inattendues que la foi, la bienséance ou la censure politique.


3) Étrangement, la critique a beaucoup réagi au sujet un peu triste : l'aspect religieux rend l'ensemble moins divertissant. De surcroît, il s'agit d'un épisode très sombre. On y regrette par exemple l'épopée plus lumineuse de Fernand Cortez de Spontini, à une époque où le goût pour l'exotisme s'incarne notamment dans le succès, la même année, des Bayadères de Catel. Peut-être faut-il y voir aussi une révérence pour le sujet sacré : contrairement à Robert le Diable, qui n'avait guère choqué (peut-être parce qu'il était davantage perçu comme un conte, ou une œuvre fantastique de pure fantaisie ?), cette Mort d'Abel a pu être prise plus au sérieux.


4) Mais le plus amusant (et le plus récurrent), qu'on trouve dans presque tous les papiers : le manque de ballets. « Oui Kreutzer a écrit une partition marquante et magnifique, mais quand même ça manque de jarret, il aurait pu mettre un peu moins d'Enfers et un peu plus de gargouillades », lit-on en substance un peu partout. (Et cela me divertit fort, tant notre goût majoritaire actuel, qui mise tout sur l'action, se situe aux antipodes de ces reproches : « drame trop fluide, on veut des temps morts qui servent à rien juste pour faire joli ».)  Le début du XIXe siècle est encore tellement XVIIIe, n'est-ce pas… foin des beaux vers, on veut des galanteries visuelles. [En réalité, Hoffmann a aussi été vertement tancé pour sa langue et sa versification, jugées trop relâchées. Mais le manque de détail sur ce point chez les critiques laisse penser que, de même qu'aujourd'hui, ils ne savaient pas forcément trop ce qu'ils racontaient…]


5) Plus anecdotique sur le fond comme dans la quantité de remarques dans la presse, la gêne visuelle (qui rejoint la réticence n°1) : le déguisement de nos ancêtres selon les textes sacrés, habillés à la mode des stéréotypes d'opéra, a plutôt provoqué scepticisme – et même, semble-t-il, sonore hilarité. Louis Nourrit, qui devient dès l'année suivante Premier Ténor de l'Opéra, y apparaît en Abel affublé d'une perruque blonde à bouclettes, ce qui paraît un cliché scénique peu adapté au contexte du sujet, et même assez incongru, assimilant cette première figure – tragique – de la victime expiatoire (et donc du Christ) à un petit Amour d'opéra-ballet.
    Ainsi, dans le Journal de l'Empire :
La frisure d'Abel qui paraît à la seconde scène a mis tout le monde en belle humeur ; de grands éclats de rire ont accueilli cette perruque blonde qui faisait un chérubin du fils d'Adam, et le rendait encore plus féminin, quoiqu'il ne soit pas de lui-même très mâle. […]
Je ne répéterai point ici ce que j'ai déjà dit sur la mauvaise figure que font nos premiers parents déguisés en héros d'opéra.
[Louis Nourrit, ancien quincailler formé à Montpellier, devient en 1811 premier ténor de l'Opéra. Ses fils, Adolphe et Auguste, firent aussi carrire de ténors. Tous les glottophiles connaissent le nom de Nourrit (surtout pour Adolphe), le grand ténor du temps (créateur de Robert, Raoul, Éléazar chez Meyerbeer et Halévy… suppléé puis remplacé par Duprez, qui apporte de Naples la technique nouvelle de l'ut de poitrine), à la fin tragique marquée par sa démission à l'arrivée de Duprez, la perte de sa voix lors de ses tournées en province, sa paranoïa (véritablement, au sens clinique), son suicide par défenestration en Italie où il connaissait à nouveau le succès.]


6) Enfin, un certain nombre d'autres polémiques (notamment l'accusation de plagiat de La mort d'Adam par Le Sueur) ont animé la réception d'Abel en 1810, puis de sa reprise en 1825 sous le titre La mort d'Abel. Elles concernent moins directement notre sujet autour de l'adaptation vétérotestamentaire et je les laisse de côté – les accusations de Le Sueur en particulier paraissent peu compatible avec la genèse séparée (et très antérieure aux représentations) des deux ouvrages. Mais quantité de papier a été noirci et d'inimitiés affirmées pendant ces débats.



d) Les choix du livret d'Abel

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Rejet des offrandes (Jean-Sébastien Bou).

Le livret de F.-B. Hoffmann présente plusieurs particularités dans le traitement de l'épisode.

L'épouse
    L'importance du rôle de son épouse Méala, qu'on avait déjà perçue comme angulaire chez Rolle, dans une esthétique toute autre, où elle avait cependant le même rôle : communiquer le point de vue de Caïn, assurer un pont compatissant entre le spectateur et l'assassin.

Les démons
    Le rôle des forces démoniaques dans ce premier crime est développé, on l'a vu dans l'épisode précédent, dès le XVIIe siècle, mais il prend ici une ampleur supplémentaire.
   
    On pourrait croire, à lecture du livret de 1823 – qui a fait l'objet d'une (splendide) version discographique – qu'en supprimant Satan / Lucifer, et le remplaçant par le démoneau Anamalec, le librettiste s'autorise une plus grande liberté de mouvement, et peut gloser dans les grandes largeurs le plan infernal de convaincre Caïn de tuer son frère.
    En réalité Anamalec – son nom, plutôt sous la forme Anamélech, est issu d'une divinité assyrienne mentionnée en 2 Rois 17:31 comme récipiendaire de sacrifices humains – n'est que l'envoyé sur terre des démons qui, au grand complet, se réunissent à l'acte II – supprimé à la reprise de 1823 car jugé trop uniforme. Hoffmann et Kreutzer font ainsi chanter Satan, Moloch, Bélial, Béelzébuth [sic] et « tous les démons ». On ne lésine pas. Et le public, comme pour Robert (cf. encadré infra), n'en fut pas très indigné – il a surtout protesté de l'uniformité musicale de cet acte « barbare » et du manque général de ballets.

    L'idée est la suivante : l'acte I voit les frères (brouillés avant le début de l'acte) se réconcilier, mais Anamalec trouble le sacrifice de Caïn (en renversant l'autel), qui se croit rejeté de Dieu. À l'acte II, le démoneau métèque vient raconter sa mésaventure à ses compagnons, qui lui mettent une ambiance d'Enfer. À l'acte III, Anamalec souffle à Caïn, déjà troublé, de mauvaises pensées, qui aboutissent au crime.

    On se trouve donc plus proche de l'esprit des Sorcières de Dido and Æneas, où les mortels vertueux sont induits en erreur par des sortilèges mesquins, que dans la grande explication du mystère de l'injustice divine et de la révolte humaine.

Caïn ou le tourment romantique
    La nouveauté la plus marquante ici est l'apparition d'un Caïn parfaitement romantique. Brouillé dès avant le rideau avec son frère, il exprime dès son entrée (après le tableau tendre entre Adam et Abel) un mal-être profond, une véritable haine de vivre, se plaint « de toute la Nature », reproche à ses parents leur préférence pour Abel ; sa femme rapporte ses nuits agitées, ses levers blessés par le soleil naissant… C'est une souffrance personnelle, liée à sa propre identité qui s'exprime, un sentiment de ne pas être bienvenu en ce monde, ni adapté aux sociétés qui l'accueillent.

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    Le drame infernal se greffe sur ce point de départ d'un détail psychologique impressionnant, se répandant en explicitations subjectives d'une souffrance dont la cause semble évanescente – chacune des dénégations tendres de sa mère, de son frère sont vécues comme de nouvelles affirmations de leur distance, de leur mépris.

    Je trouve ce point de vue assez marquant (et convaincant), une explication par l'identité de Caïn qui, cependant, ne le présente pas comme un être mauvais, mais souffrant – et attachant.

Une fin contredisant l'Écriture
    Le crime s'exécute à la massue, nous disent les didascalies, et pour la première fois, ce me semble, en scène, à la vue du public. La massue, le fragment d'arbre, est un motif couramment représenté comme moyen du crime – rien ne l'indique pourtant dans le texte d'origine, et le caillou, l'étranglement auraient pu paraître plus naturels, surtout dans un champ. (Évidemment, il existe d'autres traditions encore plus bizarres, comme la bêche ou la mâchoire de chameau, mais dans les mises en musique, quand l'instrument est précisé, j'ai surtout croisé la massue.)

    Face à sa famille, Caïn s'enfuit, défendant à quiconque de le suivre. Sa femme part cependant le retrouver, accompagnée de ses fils. Déploration générale sur Abel – et sur le sort qui attend tous les hommes, mortels.

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    Au lieu de la malédiction de Dieu sur Caïn (Genèse 4:11-12), Adam, implorant de ne pas punir davantage le coupable que son terrible remords, obtient d'un Ange la promesse de la montée bienheureuse au ciel d'Abel (pour qui l'on inaugure le Paradis) ainsi que le pardon de Caïn – les soins de son épouse et son repentir propre lui obtiendront le pardon céleste. Ce choix est cohérent avec le ton général du texte. Et très éloigné de la souffrance sans fin suggérée par la Bible hébraïque.

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    On atteint donc le sommet du processus de fictionnalisation qui, de même que pour les fins multiples qu'on essaie pour des opéras à succès, utilise la matière biblique comme une trame supposée assurer l'accueil favorable du public – le respect des Textes, et encore moins de leur message supposé, semble totalement facultatif.

    On est frappé, dans ce cadre, du débat très limité sur la question (les autorités religieuses n'étaient pas ravies, mais les journaux n'ont pas paru très outrés, tout au plus amusés de quelques incongruités dans l'apparence ou le verbe de ces Premiers Hommes).

    Ceci rejoint l'accueil uniment enthousiaste de Robert le Diable au début des années 1830, qui me laisse tellement perplexe – dans un cloître, le héros, fils d'un démon, culbute une nonne damnée sur un autel tout en dérobant la relique d'une sainte… !  Et tout ce que la presse retient, c'est la beauté des voix, le mystère de la musique, l'accomplissement de la danse, la force générale du tableau…  Je suppose que l'opéra était vraiment mis à distance comme une boîte à mythes, pour qu'il suscite aussi peu d'indignation sur des sujets par ailleurs aussi sensibles – on est alors à l'exacte époque où les femmes furent bannies des cérémonies funèbres parisiennes !  Malgré mes lectures, je n'ai jamais trouvé de réponse formelle à cette question.
    Si quelqu'un d'entre vous a un conseil de lecture pour trouver des réponses à cette perplexité, je lui en rends grâces avec transport !

Traitement personnel du sujet, donc, et le début d'une période où les adaptations feront passer au second plan la part édifiante et le lien à la cérémonie, voire à la foi !



e) La musique

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Strette du final de l'acte I (Jean-Sébastien Bou).

L'acte infernal est coupé à la reprise de 1823 (qui, seule, a fait l'objet d'une parution discographique). On lui reprochait son uniformité de caractère (vindicatif). Il faut dire qu'en y réunissant Anamélech, Satan, Moloch, Bélial, Bélzébuth et « tous les démons », le choix d'une musique dramatique pugnace s'imposait probablement.

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¶ Pour le reste, on est frappé au contraire par la grâce du début de l'œuvre, ce lever de soleil où Adam rêve à la réconciliation de ses fils, puis ménage un duo tendre avec Abel. Le personnage de Caïn, au contraire, tourmenté d'emblée, est forgé à la trempe gluckiste, s'ébrouant en récitatifs rageurs – mais tire aussi sur le romantisme naissant lorsque, seul face à la foule des premiers représentants de l'espèce, il éclate en imprécations beaucoup plus lyriques et élancées, qui contrastent avec la solennité du moment (les offrandes sacrées) et la terreur de l'assemblée.
    Cet ensemble final de l'acte I constitue peut-être le sommet de virtuosité musicale et émotionnelle de la partition. C'est aussi, dramatiquement, le terrible moment où se cristallise le futur, connu de tous les spectateurs. Dans ce grand concertato, la grammaire demeure très postgluckiste, tandis que l'usage des masses (orchestrale, chorale) et des contrastes avec les solistes, tandis que les émotions aussi, tendent clairement vers Fidelio. Saisissant.

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    Remarquables aussi, le mélodique sommeil de Caïn (bientôt troublé par les démons, à la façon d'Oreste chez Gluck), puis le duo discordant de l'acte III où Abel proclame son amour fraternel alors que Caïn l'implore de s'éloigner, tandis qu'il se sent en proie à une fureur croissante – les deux lignes s'entrelaçant simultanément.

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¶ Une très belle œuvre pour sa musique, pas toujours au même degré d'inspiration : je ne suis pas très impressionné par les interventions infernales du I et du III, qui n'atteignent pas les meilleurs modèles du genre, et refusent de se mélanger à l'action et au style musical des autres personnages. En revanche, tout le personnage de Caïn est servi par une musique électrisante, tandis que d'Adam émane une constante poésie. Réellement un jalon à découvrir.

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La version raccourcie de 1823 peut être entendue grâce à cette luxueuse parution du Palazzetto Bru Zane, riche appareil critique, et interprétation hors du commun sur instruments d'époque (Les Agrémens / van Waas), avec une équipe de chanteurs-déclamateurs exceptionnelle (Bou, Pruvot, Droy, Buet, Velletaz…).



Un peu au delà de mon sujet, je partage avec vous un peu de contexte sur les deux auteurs, figures importantes de leur temps dont la notoriété n'est peut-être pas telle qu'elle ne mérite un petit détour en ces pages.

f) Hoffmann

François-Benoît Hoffmann tire son nom (parfois graphié Hoffman) de son grand-père qui avait voulu, alors au service du duc de Lorraine, germaniser son patronyme Ébrard. Ni ascendances germaniques, ni nom d'auteur.

Renonçant à des études de droits à cause de son bégaiement, il marque un quart de siècle (1786-1810) par ses drames de natures assez variées.

Révélé par son adaptation de Phèdre pour Lemoyne (1786), ce sont en effet surtout ses grands drames à l'antique, brillant moins par un verbe particulièrement acéré que par violence crue de ses situations (Adrien puis Ariodant de Méhul, Médée de Cherubini), qui sont restés dans les esprits.
    Beaucoup de collaborations avec Méhul, dans tous les genres : la tragédie postgluckiste avec Adrien, l'opéra-comique très sérieux avec Stratonice et Ariodant, la comédie ambitieuse avec Euphronise ou le Tyran corrigé, la comédie plus légère avec Le jeune sage et le vieux fou, Bion, Lisistrata ou les Athéniennes, Le Trésor supposé ou le danger d'écouter aux portes…
    Pour Dalayrac, il adapte Radcliffe avec Léon ou le Château de Monténéro (drame lyrique) et La Boucle de cheveux (comédie en un acte mêlée d'ariettes).
    Pour Kreutzer, il écrit Le Brigand (opéra-comique en trois actes, 1795) et Grimaldi (comédie en trois actes, 1810), en plus de cet Abel dont le poème fut jugé peu gracieux par la critique.

Le garçon était réputé pour son indépendance, refusant de modifier Adrien (très favorable à la monarchie, en 1792), se retirant de la vie publique pour ne pas être influencé en écrivant ses critiques de livres à partir de 1807 (pour le Journal de l'Empire, futur Journal des Débats), et refusant de briguer l'Académie française.



g) Les accomplissements de Kreutzer

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Duo fratricide, l'avertissement (Sébastien Droy, Jean-Sébastien Bou).
Entendez la prémonition des basses agitées lorsque Caïn cherche à s'exprimer.


    Rodolphe Kreutzer (1766-1831), à ne pas confondre avec Conradin Kreutzer (compositeur d'opéras allemands, un peu plus jeune), est le fils d'un musicien (Fétis dit d'un violoniste de la chapelle royale, David Charlton – qui a sans doute raison – d'un souffleur des Gardes Suisses du duc de Choiseul, certes professeur de violon à Versailles mais pas employé à la chapelle). Violoniste prodige formé par Stamitz, il se produit au Concert Spirituel dès l'âge de treize ans, où il fait sensation. Il devient premier violon de la chapelle royale, puis en 1789 violon solo pour le Théâtre Italien.

    Sa carrière de compositeur en découle logiquement : on lui commande d'abord un concerto pour violon pour le Concert Spirituel en 1784, puis des opéras. Fétis le décrit comme un autodidacte de la composition très inspiré – et progressivement affadi, à l'époque d'Abel donc, par la science qu'il acquiert tardivement.

    Il compose ainsi sur des sujets très divers :

♦ 1790 ♦ Jeanne d'Arc à Orléans (drame historique mêlé d'ariettes, Comédie-Italienne), étonnant sujet à la fois sacré et patriotique, en 1790 (quel temps plein de surprises) ;

♦ 1791 ♦ Paul & Virginie (comédie en prose mêlée d'ariettes, Comédie-Italienne), son premier succès (avant Lesueur sur le même sujet au Théâtre Feydeau en 1794) ;

♦ 1792 ♦ Charlotte & Werther (comédie en un acte, Comédie-Italienne), un Werther assez précoce donc (pas autant que Pugnani), et manifestement comique (?), que je serais bien curieux de lire ou d'entendre ;

♦ 1792 ♦ Lodoïska ou les Tartares (comédie en prose mêlée d'ariettes, Comédie-Italienne), sujet (tiré du Chevalier Faublas) où s'est également illustré Cherubini l'année précédente ;

♦ 1792 ♦ Le Siège de Lille (comédie en prose mêlée de chants, Théâtre Feydeau), sur un sujet d'actualité tout frais ;
→ en effet quelques jours après Valmy, à la toute fin de septembre 1792, les troupes du Saint-Empire (à qui l'Assemblée législative, sur proposition de Louis XVI, avait déclaré guerre, en avril) mettent le siège devant Lille – qui s'achève le 5 octobre. L'opéra de Kreutzer est créé le 14 novembre !  Je n'ai pas eu accès à la partition et j'ignore si, comme dans l'opérette ultérieure de Francosi (1858), le Barbier Maes – resté célèbre pour son flegme, continuant à raser ses clients dans la rue avec l'éclat d'obus qui venait de ruiner sa maison – y joue déjà un rôle.

♦ 1792 ♦ Le franc Breton (comédie en un acte, Comédie-Italienne) ;

♦ 1792 ♦ La journée de Marathon (musique de scène) ;

♦ 1793 ♦ Le déserteur de la montagne de Ham (« fait historique », Comédie-Italienne) ;

♦ date ? ♦ La Prise de Toulon par les Français (opéra, jamais représenté) ;

♦ 1794 ♦ Encore une victoire ou Les Déserteurs liégois (impromptu en un acte, Opéra-Comique), encore une œuvre de circonstance ;

♦ 1794 ♦ Le congrès des rois (Comédie-Italienne), grande collaboration collective de 12 compositeurs, à composer en 2 jours, commandée et ordonnée par le Comité de Salut Public. Y contribuent Grétry, Devienne, Méhul, Dalayrac, Cherubini, Berton, L.-E. Jadin, Trial, mais aussi les moins illustres Blasius, Deshayes et Solié. L'argument raconte une rencontre imaginaire des rois d'Europe pour se partager la France, mais Cagliostro, envoyé du Pape, prend secrètement le parti de la France et terrorise les tyrans grâce à des jeux d'ombres (oui…) ;

♦ 1794 ♦ Le Lendemain de la bataille de Fleurus (impromptu, Théâtre Égalité) ;

♦ 1795 ♦ Le Brigand (drame en prose mêlé de musique, Opéra-Comique), une première collaboration avec F.-B. Hoffmann ;

♦ 1795 ♦ La Journée du 10 août 1792 ou La Chute du dernier tyran (opéra en quatre actes, Opéra), première commande, là encore de circonstance, pour l'Opéra ; on remarque la proximité temporelle extrême des commandes, même si un certain nombre contenaient peu de musique ;

♦ 1795 ♦ On respire (comédie mêlée d'ariettes, Comédie-Italienne) ;

♦ 1796 ♦ Imogène, ou La gageure inscriète (comédie mêlée d'ariettes, Comédie-Italienne) ;

Ici s'inscrit une césure (j'ignore s'il existe ici des ouvrages recensés que je n'ai pas aperçus, ou bien une raison dans sa carrière pour laquelle, par volonté personnelle ou faute de commande, rien n'a été proposée aux scènes parisiennes ni européennes).

♦ 1800 ♦ Le Petit Page ou La Prison d'État (comédie mêlée d'ariettes, Théâtre Feydeau), musique écrite en collaboration avec son ami Isouard – sur un livret de Pixerécourt, le grand maître du mélodrame (et plus tard directeur de l'Opéra-Comique dans les années 1820) ;

♦ 1801 ♦ Astianax (opéra en trois actes, Opéra), première œuvre du plus haut genre, issu de la tragédie gluckiste à l'antique ;

♦ 1801 ♦ Flaminius à Corinthe (opéra en un acte, Opéra), à nouveau partagé avec Isouard. Abel a été écrit juste après Flaminius, mais comme pour La mort d'Adam de Le Sueur, les intrigues courtisanes d'Empire ont longtemps suspendu l'exécution de ces œuvres ;

♦ 1803 ♦ Le baiser et la quittance ou Une aventure de garnison (opéra comique, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1804 ♦ Harmodius et Aristogiton (tragédie lyrique, jamais représentée), dont la partition est perdue ;

♦ 1806 ♦ Les Surprises ou L'Étourdi en voyage (Théâtre Feydeau) ;

♦ 1807 ♦ François Ier ou La fête mystérieuse (comédie mêlée d'ariettes, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1808 ♦ Jadis et aujourd'hui (opéra-bouffon, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1808 ♦ Aristippe (comédie lyrique, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1810 ♦ Abel (tragédie lyrique en trois actes, Opéra) ;

♦ 1810 ♦ Grimaldi (comédie en trois actes), à nouveau un livret dû à Hoffmann ;

♦ 1811 ♦ Le Triomphe du mois de mars (opéra-ballet en un acte, Opéra) ;

♦ 1812 ♦ L'Homme sans façon ou Les Contrariétés (comédie mêlée d'ariettes, Opéra-Comique)

♦ 1813 ♦ Le camp de Sobieski, ou Le triomphe des femmes (comédie mêlée de chants, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1813 ♦ Constance et Théodore, ou La prisonnière (opéra comique, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1815 ♦ La perruque et la redingote (opéra comique, Théâtre Feydeau), sur un livret de Scribe ;

♦ 1815 ♦ La Princesse de Babylone (opéra, Opéra) ;

♦ 1814 ♦ Le camp de Sobieski, ou Le triomphe des femmes (comédie mêlée de chants, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1814 ♦ Les Béarnais, ou Henri IV en voyage (comédie mêlée de chants, Théâtre Feydeau) ;

♦ 1814 ♦ L'Oriflamme (opéra en un acte, pour l'Opéra), dont la musique est co-écrite avec Méhul, Paër et Berton ;

♦ 1816 ♦ Les dieux rivaux (opéra-ballet, Opéra), en collaboration avec Berton, Spontini et Persuis ;

♦ 1816 ♦ Le Maître et le Valet (opéra comique, Théâtre Feydeay) ;

♦ 1821 ♦ Blanche de Provence, ou La Cour des Fées (opéra en un acte, Palais des Tuileries) en collaboration avec Cherubini, Paër, Berton et Boïeldieu ;

♦ 1822 ♦ Le Paradis de Mahomet (opéra comique, Théâtre Feydeau), en collaboration avec Kreubé. Sur un livre co-écrit par Scribe et Mélesville (le librettiste de Zampa !), voilà qui rend très curieux ;

♦ 1823 ♦ La mort d'Abel, refonte d'Abel en 1823, toujours à l'Opéra, où l'acte II (entièrement infernal, ce qui fut très critiqué en son temps pour sa monotonie, quoique spectaculaire) est supprimé.

♦ 1824 ♦ Ipsiboé (opéra, Opéra) ;

♦ 1824 ♦ Pharamond (opéra, Opéra) avec Berton et Boïeldieu ;

♦ 1827 ♦ Matilde (jamais représenté).

Également plusieurs ballets-pantomimes : Paul et Virginie (1806, Théâtre Impérial de Saint-Cloud – réutilise des fragments de son opéra, et le succès est tel que l'œuvre reste 15 ans à l'affiche), Les Amours d'Antoine et Cléopâtre (1808, à l'Opéra), L'heureux retour (1815, à l'Opéra) ; La Servante justifiée ou La Fête de Mathurine (« ballet villageois » de 1818, à l'Opéra), Le Carnaval de Venise ou la Constance à l'épreuve (1816, à l'Opéra ; refonte en 1817), Clari ou la Promesse de mariage (1820, à l'Opéra).

Pièces très légères, œuvres de circonstance, productions collectives, tragédies à l'antique, comédies d'Histoire, adaptations de succès littéraires (Bernardin, Goethe…), son spectre couvre un très large éventail de sujets. Pourquoi ce tour d'horizon ?  On voit qu'il n'était en tout cas pas spécialisé dans la musique sacrée, et que son approche du livret, fût-il tiré de l'Écriture, était nécessairement marquée par son expérience de la scène la plus quotidienne et profane qui soit. Changement d'approche considérable par rapport aux compositeurs des siècles précédents, qui avaient beaucoup fourni pour l'église, et pour lesquels l'oratorio entrait dans la démarche de compléter le culte, de remplir une fonction de représentation plus vivante d'épisodes sacrés, ou dans le cas le plus osé, de divertissement édifiant. Ce n'était pas pour eux une matière autonome et indifférenciée au même titre que les événements historiques de la Grèce et du Moyen-Âge, les romans, les événements de l'actualité…



h) La notoriété de Kreutzer

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Duo fratricide, le dénouement (Droy, Bou).

    Sa postérité fut faite, étrangement, non par ses œuvres, mais par ses relations. Bien que violoniste admiré de tous, co-auteur de la Méthode de violon du Conservatoire (avec Baillot et Rode), professeur de violon au Conservatoire de Paris sous l'Empire, Maître de la chapelle du Roi sous la Restauration, directeur de la musique à l'Opéra (1824-1826), auteur d'une quarantaine d'études pour son instrument, de concertos, fournisseur prolifique de drames musicaux pour les opéras parisiens (je lis qu'on atteindrait la quarantaine de titres)… ce n'est pas ainsi que son nom est demeuré dans l'histoire, mais plutôt grâce à son bon caractère.

    Ainsi Spohr écrit-il que les frères Kreutzer sont les plus cultivés de tous les violonistes parisiens… Mais surtout, Kreutzer a la bonne idée de se rendre à Vienne dans les bagages de Bernadotte en 1798. Il y est chargé de récupérer des manuscrits de musique italienne pour les ramener à Paris.

    Parmi ses rencontres à cette occasion : Beethoven. Celui-ci écrit à son éditeur Simrock « Ce Kreutzer, est un bon cher homme ; il m'a causé beaucoup de plaisir pendant son séjour ici. Sa simplicité et son naturel me sont plus chers que tout l'extérieur sans intérêt de la plupart des virtuoses. »
    Il l'a aussi entendu jouer, et lui dédie à sa publication en 1805 sa sonate violon-piano n°9, devenue l'une de ses plus célèbres, et commercialisée ensuite sous le nom de Sonate à Kreutzer. Il est amusant de noter que ce fut manifestement fait sans le mentionner au dédicataire, qui ne joua probablement jamais l'œuvre en question – il est de retour à Paris dès 1798, et les deux hommes n'ont pas correspondu.

    À partir de là, la gloire appelle la gloire. Tolstoï fait jouer cette sonate à l'un des personnages d'un de ses romans, qui en prend le titre. À son tour, Janáček, écrivant un quatuor inspiré de Tolstoï, sous-titre son premier quatuor à cordes « Sonate à Kreutzer ».

    Quarante opéras pour être finalement célébré à travers le nom d'une sonate qu'on n'a jamais seulement lue… ainsi va la notoriété.




Je n'ai guère trouvé mon compte avec Caïn par la suite du XIXe siècle, mais il nous faudra au moins un épisode pour évoquer sa réapparition (beaucoup plus prolifique) au vingtième siècle, davantage comme symbole, on s'en doute, qu'en tant que sujet liturgique ou même édifiant.

À très bientôt, donc ! 

samedi 6 mars 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 3 : LULLY, Biber, Rameau, Cherubini, Meyerbeer, Dubois, Karnavičius, Hahn, Tauber, Pejačević, Schmitt, Heggie…


À nouveau, brève présentation, communication de mon tableau d'écoutes commenté, et en texte brut son contenu en corps de notule. (Je vous renvoie donc au tableau pour la mise en page la plus lisible.)

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office).

Que retenir des parutions de février ?  (Et de quelques découvertes personnelles hors actualité.)

cherubini faniska borowicz DUX

Opéra
→ Sacrée surprise de la versatile Faniska de Cherubini ;
→ parution moderne (et réussie) d'Ô mon bel inconnu de Hahn ;
→ coffret Orfeo d'opéras rares (Don Giovanni de Gazzaniga, Djamileh de Bizet, Armida de Dvořak, Šarká de Fibich, Thérèse de Massenet, La Bohème de Leoncavallo…) dans des versions pas ultimes mais qui restent abouties ;
Dardanus de Rameau dans une nouvelle version Vashegyi étonnamment stimulante (peut-être la meilleure parue pour cet opéra) ;
Aida parisienne de Verdi sur Arte (remarquablement jouée-chantée, avec Radva Regina) ;
Alimelek de Meyerbeer (certes une déception quant à l'ambition très limitée de la partition, un peu son Abu Hassan à lui).
♦ Hors nouveautés, je me suis régalé en découvrant enfin le Sigurd de Reyer intégral (autrement que sur mon piano), sans coupures : grâce à Nancy (Chaslin, avec notamment Bou en Gunther !), capté sur les genoux et transmis par un amis.
♦ Et réécouté quelques indémodables classiques personnels : Céphale & Procris de Grétry (van Waas), Léonore de Gaveaux (R. Brown), Les Diamants de la Couronne chef-d'œuvre de tout Auber (Colomer), L'Aiglon d'Ibert-Honegger (Nagano).

Récitals
Deux disques incluant des cycles de Jake Heggie qui paraissent à quelques semaines d'intervalle (Songs from the Violins of Hope, Songs for Murdered Sisters), peu après le cycle statuaire avec Jamie Barton.
Remarquable pot-pourri de sucreries tudesques des années 1930, interprétées splendidement (c'est radieux, mais c'est sobre) Mitterrutzner et Poppen.

Sacré
Motets funèbres de LULLY dans la luxueuse interprétation de Fuget, essayant une tension installée dans un fondu orchestral. (Réécoute dans la foulée de García-Alarcón, dont le caractère expansif, déclamatoire et contrasté me séduit considérablement plus.)
Aussi réécouté le Requiem de Foulds et la deuxième Missa Solemnis de Cherubini (par Rilling), deux petites merveilles de l'art sacré.

Orchestral
Tout le monde a loué avec raison la Neuvième de Beethoven par Pittsburgh & Honeck. Parution également sur la chaîne YouTube de la Radio de Francfort de la version originale (deux fois plus longue) de la Tragédie de Salomé de Schmitt, chaleureusement exécutée par Altinoglu.
    Hors nouveautés, je me suis plongé dans la Symphonie en fa dièse de Pejačević, compositrice qui sait charpenter un discours, petite merveille. Et puis je me suis émerveillé de l'art de Hannu Lintu que je connaissais mal (aussi bien dans Vieuxtemps que dans Sibelius), j'ai totalement réévalué les Nielsen de Kuchar (en réalité très vivants et d'une très bonne finition), et ai découvert quelques versions marquantes de Tapiola (A. Davis & Bergen, Lintu & Radio Finlandaise, Rosbaud & Berlin…).
    Et quelques réécoutes de bijoux : Beethoven 9 par Mackerras et l'Age of Enlightenment (on ne fait pas plus net et ardent), Nielsen par Jensen (première intégrale enregistrée, mais d'une ardeur et d'une fermeté d'exécution qu'on n'atteint à nouveau que dans les versions les plus récentes !), les 3 symphonies de Madetoja, Älven (« Le Fleuve ») d'Atterberg (pendant à l'Alpestre de R. Strauss), et la grisante monographie Cecil Coles, pleine de beautés subtiles et très diverses.

Chambre
Simples et beaux Quatuors de Karnavičius. Parution d'un trio avec piano de Pejačević, pas très marquant en soi, mais l'occasion d'aller retrouver dans le fonds CPO son Quintette avec piano et son Quatuor piano-cordes, des merveilles qui ne sonnent en rien galants / mélodiques / limités au divertissement de salon ; de la musique formellement ambitieuse, quoique généreuse mélodiquement. Bijoux.
Autres belles publications, une nouvelle version du Quintette avec hautbois de Dubois (avec Triendl – un peu sérieuse, mais réussie) et une anthologie Santiago de Murcia qui étonne par son choix de pousser l'aspect « improvisé », paraissant réalisé au débotté comme une séance de flamenco.
    Hors nouveautés, plongée dans les sonates pour deux violons, originales et denses, de Leclair (car…) et dans le cycle du Rosaire de Biber par Manze & Egarr, version musicologiquement respectueuse, mais très confortable, sans recherches extrêmes sur le son, et remarquablement phrasée. Très confortable quand on n'est pas d'emblée dans son univers parmi la musique instrumentale baroque d'Europe centrale.

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office). J'espère qu'il vous sera lisible et utile.

La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ * Vert : réussi !
→ ** Bleu : jalon considérable.
→ *** Violet : écoute capitale.
→ ¤ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

Liste brute :




Nouveautés : œuvres

** HEGGIE, J.: Songs for Murdered Sisters (J. Hopkins, J. Heggie)
→ En cours d'écoute.

** KARNAVIČIUS, J.: String Quartets Nos. 1 and 2 (Vilnius String Quartet) (Ondine 2021)
→ De la tonalité très stable, mais remarquablement écrite, un peu la suite logique des quatuors de Stenhammar. Je ne sais si ça conservera sa fraîcheur à la réécoute, mais grisant (et très accessible) à la découverte !  (1913-1917)
→ Le Quatuor de Vilnius se montre assez fulgurant ici – et généreusement capté.

** Cherubini – Faniska – K. Adam, Poznan PO, Borowicz (DUX 2021)
→ L'œuvre débute comme de l'opéra belcantiste, avec ses rigidités… mais du Cherubini, donc un sens véritable de la déclamation (incluant grands ensembles et mélodrame !), des chœurs très marquants et personnels (le renforcement des cors dans « Di queste selve » !), des efforts d'orchestration patents… Et quand on arrive au final de l'acte I, qui évoque très fortement Fidelio (Faniska a été commandée en 1805, l'année de la première représentation du Beethoven), on se dit qu'on n'a pas commis beaucoup d'opéra italien aussi personnel, composite et exaltant que celui-ci, puisant à toutes les inspirations nationales simultanément !  Les cavatines belcantistes, la grande déclamation à la française, le soin tout germanique de l'orchestration et de la matière musicale pure (l'Introduction du II !) …
→ Comme toujours chez Dux ou avec Borowicz, interprétation pleine de style et de vie, au plus haut niveau. (DUX est l'un des meilleurs labels au monde, peut-être même celui dont la qualité, aussi bien des œuvres retenues que de l'exécution, n'est jamais prise en défaut).

* Thalberg –  L'art du chant appliqué au piano, Op. 70 – Paul Wee (BIS 2021)
→ Belle initiative de graver plutôt l'ensemble que des morceaux choisis comme souvent. Beau son de piano bien timbré et lyrique.
→ Thalberg, ici comme ailleurs, fait plutôt dans la transcription littérale : les mélodies sont utilisées en entier, les répétitions de l'original respectées, un thème accompagné reste un thème accompagné, il ne faut pas du tout en attendre les mutations opérées par Liszt. Dans ce cadre, c'est bien écrit pour le piano et tout à fait plaisant à entendre – mais écouter ça au disque quand on peut avoir les opéras entiers (ou quelquefois des arrangements originaux), ça paraît moins indispensable que lorsque c'était le sel moyen de découvrir ou de faire écho à une soirée.
[Par ailleurs, quand on peut jouer pour soi les réductions piano de ces opéras, le bénéfice d'écouter quelqu'un d'autre jouer les réductions de Thalberg n'a pas un intérêt incommensurable.]

* PEJAČEVIĆ – Trio en ut – trioW (Stefan Welsch, Ingrid Wendel, Katharina Wimmer) (Naxos 2020)
(tiré du disque « Unerhörte Schätze, Musik von Komponistinnen », pas encore écouté)
→ Très vivant postromantisme, très réussi. Mais il faut surtout découvrir le Quatuor avec piano (et le Quintette) chez CPO !

*** Schmitt – La Tragédie de Salomé, version complète originale – Radio Francfort, Altinoglu (YT HRSO)
→ Version pour petit orchestre, qui contient deux fois plus de musique (notamment tout le liant dramatique entre les danses). Œuvre majeure, interprétée ici avec chaleur et couleur.
(Au disque, on n'a que la belle version Davin chez Marco Polo, mais avec le moins chatoyant Philharmonique de Rhénanie-Palatinat).
https://www.youtube.com/watch?v=fmRCZQ2vID4

Biber, Bernhard, JM Nicolai, Fux – Requiem, motets, Sonates – Vox Luminis, Freiburg Baroque Consort, Meunier (Alpha 2021)
→ Cordes rares et très étroites, ce n'est pas fabuleusement chaleureux à écouter, pour mon goût. Le contraste avec le beau chœur (pour autant pas dans son meilleur répertoire / jour) est un peu frustrant.

* Eklund:  Symphony No. 3, "Sinfonia rustica", 5 « Quadri », 11 « Piccola »  –Norrköping SO, H. Bäumer (CPO 2020)
→ 3 : Postromantisme sombre, quelque part entre entre les aplats simples de Schjelderup, les bizarres tintements de la Sixième de Nielsen, les menaces de Chostakovitch (on y entend très clairement le début et la fin de la Cinquième…). Il ne faut pas s'attendre à du pastoralisme ici
→ 5 : Sensiblement même esprit (avec des bouts de la folie d'Hérode chez R. Strauss, mêmes lignes ascendantes bancales de trompettes folles ).

Alfano – Risurrezione – (Dynamic)
→ Opéra vraiment peu exaltant, bâti de façon très prévisible, peu de contrastes ni de couleurs orchestrales. Quand on compare aux symphonies (et encore davantage à la musique de chambre d'Alfano), tout ceci paraît particulièrement incompréhensible.
→ Sans avoir jamais été convaincu qu'il s'agissait d'un chef-d'œuvre, je trouve cette dernière version, quoique très bien chantée, particulièrement peu colorée orchestralement.

Respighi – transcriptions de Bach (Prélude & Fugue, Passacaille & Fugue en utm, Chorals) et Rachmaninov (Études-tableaux) – OPR Liège, Neschling (BIS 2021)
→ Pas très subtilement orchestré, orchestre pas splendide non plus… mais le Choral du Veilleur fonctionne très bien.

** Hahn – Ô mon bel inconnu – Gens, Dubruque, Dolié ; ON Avignon-Provence, Samuel Jean (Bru Zane 2021)
→ Interprétation orchestrale pleine de d'élan, naturel général des interactions, prise de son extrêmement confortable… une œuvre-légère délicieuse qui fonctionne parfaitement ici, ravivée avec esprit.
→ Belles voix pas complètement idéales : l'émission de Gens paraît vraiment  molle pour le registre comique, Dubruque n'a pas énormément de séduction timbrale, Dolié couvre toujours beaucoup trop (toutes les voyelles sont modifiées, fermées, le timbre artificiellement assombri) – pour autant, c'est lui qui manifeste le plus de sensibilité dans l'incarnation de son texte, très réussie.

* MEYERBEER : Wirth und Gast, oder Aus Scherz Ernst [Opera] (Alimelek) (Kobow, Woldt, Stallmeister, Württembergische Philharmonie Reutlingen, Rudner) (Sterling 2021)
→ Un nouveau Meyerbeer en allemand, comme on n'en entend guère, par une superbe équipe (Reutlingen !) et le librettiste du Vampyr ! 
→ Sympathique Singspiel (dont l'ambiance a quelque chose d'une Zauberflöte ou d'un Oberon de Weber qui aurait entendu Rossini et Boïeldieu). C'est agréable, mais rien à voir, jusque dans la langue proprement musicale (les harmonies, les rythmes, l'orchestration, les mélodies, la prosodie…) avec ce qu'il produit pour l'Italie (qui est moins bien) et pour la France (qui est infiniment plus personnel).



Nouveautés : versions

* Liszt – Réminiscences de Norma
(+ Sonate en si + Sonnets des Années de Pélerinage, non écoutes) – Grosvenor (Decca 2021)
→ Très ferme toucher, traits très bien articulés… Capté avec un peu de dureté. Manque un peu de couleur pour mon goût. La maîtrise technique fait toutefois la différence dans le final, absolument flamboyant, où l'abondance de traits ne rallentit en rien l'énonciation de la mélodie du bûcher. Bravo.

*** Tauber, Hans May, Carste, Grothe, Ernst Fischer, Winkler, Cottrau, Stolz, Sieczynski, Kalman, De Curtis, Ralph Erwin, Spolianski, Karl Böhm, Marini, Tosti, Capua – « Heut' ist der schönste Tag - Tenor Hits of the 1930s »Martin Mitterrutzner, German Radio Saarbrücken-Kaiserslautern Philharmonic. C. Poppen (SWR Classic 2021)
→ Sobre (malgré tout) accompagnement de l'excellent Poppen, et voix splendide de cet élégant ténor ferme, plutôt léger mais assez glorieux, ne négligeant pas l'art (sacrilège) du fading !  Superbe album dans ce genre, si l'on n'a pas peur du sirop (moi un peu, on se lasse vite).

* Weber – Der Freischütz (extraits !) – van Oostrum, Barbeyrac, Baykov ; Skerath, Immler ; Insula Orchestra, Équilbey (Erato)
→ Quelle étrange chose, un disque de 80 minutes qui ne contient que les moments de bravoure (ouverture, pantomime de la fonderie, airs), pas de dialogues et très peu d'ensembles… mais complété par un DVD documentaire sur la production. Pourquoi faire ?
→ Dommage, production très réussie (incluant la magie, très adéquate ici), couleurs superbes (et individualités musiciennes !) de l'orchestre sur instruments, très beau plateau (Agathe en particulier). Cela méritait une diffusion de l'intégrale…

* MURCIA, S. de: Baroque Guitar Music (Entre dos almas) (Stefano Maiorana) (Arcana 2021)
→ Jeu très généreux et mélismatique, évoquant davantage une improvisation de flamenco. Accord surprenant (quel tempérament utilisé ?), jeux de distorsion, bruits de caisse…

** Verdi – Aida – Radvanovsky, Kaufmann, Tézier ; Opéra de Paris, Mariotti (Arte Concert 2021)
→ Amants absolument merveilleux, souples et nuancés tout en restant glorieux. Orchestre très bien mis en valeur par Mariotti. Entourage impeccable. Un plaisir.

** Rameau – Dardanus version de 1744 – Wanroij, Santon, Dubois, Christoyannis, Dolié ; Orfeo O, Vashegyi (Glossa 2021)
→ Vocalement, vraiment pas ce que je voudrais entendre ici (Dolié outrageusement couvert, Christoyannis en petite forme, peut-être à cause de la tessiture basse du rôle), à l'exception de Dubois qui, avec son timbre grêle et perçant, rayonne à sa façon.
→ Mais l'excellente surprise vient de Vashegyi qui, malgré des couleurs un peu grises, insuffle une véritable animation, même aux récitatifs plus convenus et aux airs longs. Contrairement à ses autres Rameau et aux pastorales un peu dénervées qu'il a faites ces dernières années, un véritable sens dramatique se déploie. Peut-être bien la meilleure version de Dardanus à ce jour, si l'on considère l'effet d'ensemble !

** Beethoven – Symphonie n°9 – Pittsburgh SO, Honeck (Reference Classics 2021)
→ Très allégé et informé, extrêmement vif dans le premier mouvement, interprétation très tendue, pleine de détails d'orchestration, d'explosions, de fièvre !  Du vrai Beethoven.
→ Le final est très beau, mais m'accroche moins, trop de timbre, de maîtrise peut-être.

* LULLY – Dies iræ, De Profundis, O Lachrymae – Les Épopées, Fuget (Château de Versailles)
→ Captation également disponible en vidéo chez Arte. → Son très profond d'un vaste orchestre, solistes ***** (Lefilliâtre, Auvity, Goubioud, Mauillon, Arnould, Brès…). Sur le choix esthétique, un peu difficile de passer après les mêmes motets l'an dernier par Millenium Orchestra et García Alarcón : chez Fuget tout est très fondu (et poisse un brin, acoustique de la Chapelle Royale aidant), là où la respiration, la discontinuité, l'éclat, la déclamation triomphante prévalaient de façon saisissante chez Alarcón (de loin le plus beau disque de grands motets de LULLY, il faut dire – qui avait marqué le millésime 2020).
→ La vidéo, très bien filmée, apporte un supplément en voyant tout ce monde frémis à l'unisson !




Nouveautés : rééditions

** Gazzaniga (DG), Bizet (Djamileh), Dvořák (Armida), Fibich (Šarká), Massenet (Thérèse), Leoncavallo (La Bohème) – « Opera Rarities » – (Orfeo)
→ Coffret contenant ces œuvres intégrales (passionnantes) dans de belles versions (pas les meilleures, certes). Il doit cependant manquer les livrets, certains se trouvent en ligne (mais pas sûr pour La Bohème et à peu près sûr que non, hors monolingue, pour Armida.





Autres nouvelles écoutes : œuvres

** PEJACEVIC, D.: Symphony in F-Sharp Minor, Op. 41 / Phantasie concertante (Banfield, Rheinland-Pfalz State Philharmonic, Rasilainen)
→ Symphonie expansive et persuasive, riche !  Pas du tout une musique galante.

* VIEUXTEMPS, H.: Violin Concerto No. 4 (Hahn, Bremen Deutsche Kammerphilharmonie, P. Järvi) (DGG 2015)
→ Final exceptionnellement virtuose. Un peu plus superficiel musicalement aussi, trouvé-je.

*** Pejačević – Quintette piano-cordes, Quatuor en ut, Quatuor piano-cordes  – Sine Nomine SQ, Triendl (CPO 2012)
→ Quintette : Belles modulations, beau lyrisme du mouvement lent, dernier mouvement virevoltant !  Postromantisme enrichi de recherches début XXe chez cette compositrice croate.
→ Beau quatuor à cordes apollinien.
→ Quatuor piano-cordes : très marqué par Debussy et Fauré, une petite merveille très frémissante et prenante, à rapprocher par exemple de ceux de Chausson et Fauré (n°1).
→ Cordes du Sine Nomine pas fabuleuses (manquent vraiment de fermeté et de mordant, grincent un peu).

*** Reyer – Sigurd (version intégrale) –  Bou ; Opéra National de Lorraine Nancy, Chaslin (bande pirate sur les genoux)
→ Première présentation de l'œuvre sans coupures ! 

* Cherubini:  Mass in A Major de 1825 pour le Couronnement de Charles X – Cologne Radio Chorus; Cappella Coloniensis; , Gabriele Ferro (Capriccio)

* Emilie Mayer – Quatuor piano-cordes – Mariani PiaQ (CPO 2017)
→ Chouette. Manque quand même d'un petit quelque chose de marquant.

* Foulds – Le cabaret Overture // Pasquinades symphoniques // April-England // Hellas // 3 Mantras – LPO, Wordsworth (Lyrita 2006)
→ Des choses sympathiques, mais globalement surtout marquant du côté des Mantras.

Rangström – Symphonies n°3 & 4  – Norrköping SO, Mikhaïl Jurowski (CPO)
→ La 3 : sombre ostinato et structure simple favorisant la mélodie simple, je pense à Libertas venit de Hendrik Andriessen, petite merveille… mais en moins prégnant.
→ La 4 : là encore de grands aplats pas très complexes structurellement malgré une harmonie travaillée. Pas totalement séduit par cette alternance de blocs en pleins et en creux, un brin sommaire (et en tout cas, dans ses effets de contraste, peu propice au disque).

* Rangström – Intermezzo Drammatico – Norrköping SO, Mikhaïl Jurowski (CPO)
→ Simple mais persuasif et personnel. Par moment un côté danses de Salomé chez Schmitt…

FOULDS, J.: Dynamic Triptych / April England / April England / The Song of Ram Dass (Donohoe, City of Birmingham Symphony, Oramo)
→ Aimable, galant, moins nourrissant que l'autre monographie.

** LECLAIR, J.-M.: Sonatas for 2 Violins (Complete) - Opp. 3 and 12 (Ewer, LaMotte) (Dorian Sono Luminus 2014)
→ L'opus 3 n°1 est celui qui figure, sur la gravure-portrait de Leclair tirée d'un pastel… Après avoir passé en revue ses partitions, j'ai fini par trouver l'extrait assez substantiel qui apparaissait dans ses mains…
→ Ce n'est pas la seule raison pour laquelle écouter ces duos qui font figure de sonates en trio sans basse continue !

LECLAIR,
J.-M.: Sonatas for 2 Violins, Op. 3, Nos. 1-6 (Hoebig, Stobbe) (Analekta 2018)
→ Un peu lourd.

* Rangström – Symphonie n°1 – Norrköping SO, MIkhaïl Jurowski

** FOULDS, J.: 3 Mantras / Mirage / Lyra Celtica / Apotheosis (City of Birmingham Symphony, Oramo)
→ Très varié et réussi. Les Mantras en particulier, ou la Lyra qui inclut un soprano sans texte. Même la concertante (avec violon) Apotheosis me touche beaucoup (l'élan majestueux au centre de son Andante !).

*** Foulds – World Requiem – BBC SO, Botstein (Chandos)
→ Très varié et expansif, remarquable écho (moins idiosyncrasique, certes) au War Requiem.



Autres nouvelles écoutes : interprétations

** Cherubini – Missa solemnis n°2 en ré mineur – Rilling (Hänssler)
→ Très bel ensemble remarquablement écrit, comparable au style de ses requiems (riches en prosodie, travaillés sur la déclamation et au besoin le contrepoint), mais avec des solistes très bien mis en valeur. Le tout joué avec la rondeur et la rhétorique dramatique formidable de Riling.
* Meyerbeer – « Meyerbeer in France » – Thébault, Pruvot, Sofia PO, Talpain (Brilliant 2016)
→ Très beau disque (cette précision d'articulation orchestrale dans du Meyerbeer, c'est pas tous les jours !). Pruvot magnifique, Thébault plus problématique (timbre peu dense, aigus un peu criaillés).
→ Les extraits choisis sont pour large part de l'ordre décoratif, pas nécessairement le meilleur du compositeur, mais joli voyage néanmoins, atypique !:

* Leroy Anderson, Typewriter Concerto
→ Dans le style Wolf-Ferrari…

* Vieuxtemps:  Violin Concerto No. 5 in A Minor, Op. 37, "Gretry": –  Corey Cerovsek ; Lausanne Chamber Orchestra :  Lintu, Hannu (Claves 2008)
→ L'Adagio cite le duo d'amour Isabelle-Alonze de l'acte II ?  D'où le nom ?
→ Superbe version pleine de vie.

* Sibelius 5, Radio Finlandaise, Lintu (DVD)
→ Très beau, remarquable progression, mais quelques moments qui manquent d'angle, d'ampleur, de relance épique – en particulier les appels de cor du dernier mouvement, étrangement allentis et lissés, ce qui ne manque pas de grâce, mais un peu d'apothéose comme ce l'est usuellement… Néanmoins, splendide final sur le bout des pieds, très étonnant.

* BIBER – Sonates du Rosaire – Manze, Egarr (HM 2004)
→ Superbement phrasé, version HIP sans trop d'acidité / aridité, assez confortable pour moi qui ne suis pas toujours à l'aise avec cette ensemble monumental que j'ai peut-être tort d'écouter d'une traite… Variations et traits de virtuosité (écrits par Biber) impressionnants.
→ La Présentation au Temple, le jeune Jésus préchant, le Christ au Pilier, Crucifixion me touchent tout particulièrement… Version ou maturation de ma part, l'impression d'enfin accéder à l'œuvre !
 
*** Sibelius:  Tapiola – Radio Finlandaise, Berlin, Rosbaud (Ondine)
 
* Sibelius:  Tapiola – Radio Finlandaise, Lintu (Ondine)

* Williams – Star Wars VII – CD de la BO
→ La qualité a bien baissé. Hors le thème de Rey, très réussi, vraiment de la tapisserie sage et de la fanfare pétaradante. Dommage, quelle distance avec l'art consommé des IV et V.

CHERUBINI, L.: Mass No. 2, "Messe Solennelle" en ré mineur (Wiebe, Jungwirth, Orrego, Friedrich, Munich Motet Choir, Munich Symphony, Zobeley)
 
** Sibelius:  Tapiola, Op. 112 – Royal Stockholm Philharmonic Orchestra; Davis, Andrew (Finlandia)
 → Très belle surprise, très belle couleur. Toujours un peu extérieur à l'œuvre répétitive et très cordée.

** Nielsen – Symphonie n°2 – Janáček PO Ostrava, Kuchar (Brilliant)
→ En réalité vraiment très bien, nerveux, belle finition, j'avais beaucoup sous-estimé cette intégrale je crois.

Nielsen
– Symphonie n°1 – Stockholm RPO, Tor Mann (fin 40s début 50s)
→ Pas en place, orchestre dépareillé, tout le monde joue comme il peut cette musique hautement inusuelle, sous l'étiquette « Nielsen's Prophet in Sweden »… Je ne suis pas sûr de détester complètement (quelle typicité des bois, tout de même !), mais c'est clairement très loin des standards professionnels qu'on attend désormais (voire des bons amateurs d'aujourd'hui…).

* Sibelius – Symphonie n°7, Tapiola – Atlanta SO, Spano (ASO Media)
→ Étonnante lecture frontale et voluptueuse, avec un sens dramatique primaire, un côté verdien – qui rappelle l'énergie communicative de ses incroyables récentes symphonies de Bruch. Dans Sibelius, c'est exotique mais pas du tout inopérant.

* Sibelius – Symphonie n°5 – Berliner Philharmoniker,  Rattle (Berliner Philharmoniker)
→ Très vivant. Un excellent souvenir de la version vidéo (assez ultime), assez étonné par les timbres plus étroits ici (cordes délibérément sèches, mais trompettes un peu nasillardes, étonnant). Bois toujours aussi vertigineux.
+ final Maazel Pittsburgh, Karajan Philharmonia, Karajan Berlin, Bernstein Vienne

* Sibelius – Symphonie n°4 – Berliner Philharmoniker,  Rattle (Berliner Philharmoniker)
→ Étrangement, je ressens un petit manque de soyeux des cordes ici. Mais l'ascétisme, la transparence, les couleurs, sont magnifiques.

* Sibelius – Symphonie n°7, Océanides, Symphonie n°5 – LSO, C. Davis (LSO Live)
→ Tiré de la troisième intégrale de Colin Davis, la seconde avec le LSO.
→ La Septième, malgré des cuivres un peu massifs par endroit, se distingue par sa remarquable suspension et sa cinétique permanente. Son large, typiquement du dernier Davis. La Cinquième manque un peu de folklore à mon gré, évidemment, mais sans comparaison avec ses deux précédentes intégrales plutôt conformistes et ternes.

* Sibelius – Symphonie n°6 – Berliner Philharmoniker,  Rattle (Berliner Philharmoniker)
→ Cordes droites, peu vibrées, étonnant début très résonant quoique soyeux. Manque un peu de tension sur la durée pour moi, j'en avais un meilleur souvenir (d'après la version vidéo : je découvre sa déclinaison CD).

Sibelius – Symphonies n°3 – Stockholm RPO, Ashkenazy (Exton)
→ Oh, un peu décevant ici, niveau plus juste de l'orchestre que ce qu'il est habituellement, ou que la concurrence.

Sibelius – Symphonies n°2,3 + Night Ride & Sunrise – Radio Finlandaise, Saraste (RCA)
→ Intégrale de studio antérieure à l'intégrale Finlandia, elle vient d'être rééditée après une longue indisponibilité.
→ Autant je trouvais la version Finlandia structurellement singulière, exaltant les transitions en une sorte de nuage permanent (plutôt que d'appuyer sur la mélodie), autant je trouve cette lecture beaucoup plus traditionnelle et assez peu grisante : comme pour Salonen, les timbres captés par RCA paraissent vraiment mats et sans résonance. À côté de l'explosion des couleurs dans les grandes versions récentes (Oramo, Rattle, Storgårds…), c'est un peu frustrant, et en tout cas pas vraiment indispensable.

* Lully – Dies iræ, Te Deaum – Allabastrina, E. Sartori (Brilliant)
→ Spectre sonore à l'italienne (peu de corps dans les parties intermédiaires, respiration du spectre), qui fonctionne très bien, avec beaucoup d'élan et de solennité.




Réécoutes : œuvres

** Kreutzer – La mort d'Abel – Droy, Bou, Pruvot ; Les Agrémens, van Waas (Singulares 2012)
→ trissé

*** Coles – Fra Giacomo…

*** HONEGGER, A. / IBERT, J.: Aiglon (L') [Operetta] (Gillet, Barrard, E. Dupuis, Guilmette, Lemieux, Sly, Montréal Symphony, Kent Nagano) (Decca 2016)

*** Foulds – World Requiem – Charbonnet, Wyn-Rodgers, Skelton, Finley ; Hickox (Chandos)

*** Auber – Les Diamants de la Couronne – Colomer (Mandala)
→ Sommet du livret haletant (merci Scribe) et d'une musique divertissante pourtant pleine de modulations, d'ensembles travaillés, de surprises… Un des plus beaux opéras comiques jamais écrits. (Peut-être même le plus beau en langue française…)  Distribution fabuleuse et orchestre audiblement passionné. Mise en scène tradi pleine de vie.

** Gaveaux – Léonore ou l'amour conjugal – Mc Laren, Richer, Côté, Lavoie ; Opéra Lafayette, Ryan Brown (bande-son du DVD Naxos 2019)

*** Grétry – Céphale & Procris (actes I & II) – van Waas (Ricercar)

** Madetoja – Symphonies 1 & 3 + Suite Okon Fuoko – Helsinki PO, Storgårds (Ondine)
→ Bissé.

*** Madetoja – Symphonie n°2 – Helsinki PO, Storgårds (Ondine)

** Atterberg – älven – Hanovre, rasilainen (CPO)



Réécoutes : versions

* Rameau – Dardanus – Edda-Pierre, Gautier, van Dam, Soyer ; Leppard (Erato)

* Rameau – Dardanus – Arquez, Richter, Buet, Fernandes, Devieilhe, De Negri ; Pygmalion, Pichon (Alpha)

*** Beethoven – Symphonie n°9 – Enlightenment Mackerras (Signum)

* Sibelius – Symphonie n°5 – NZSO, Inkinen (Naxos)
→ Vraiment une très belle exécution, le meilleur volume de cette excellente intégrale. Dernier mouvement très réussi (à part la perte de tension à la fin du mouvement), premier mouvement doté de très belles couleurs et de très beaux équilibres, même si certains accompagnements paraissent un peu plats et certaines syncopes un peu inconfortables.

* Nielsen – Symphonie n°3 – Ireland NSO, Leaper (Naxos 1995)
→ Intégrale que j'adore, parmi les moins luxueuses orchestralement, mais d'un esprit et d'une tension assez fous, parmi les meilleurs. Pas à son sommet dans la Troisième plus étale, qui appelle davantage la volupté sonore, mais toujours ces merveilleuses qualité.

Nielsen – Symphonie n°3 – BBCPO, Storgårds (Chandos)
→ Contrairement à son Sibelius, je trouve leur Nielsen beau mais assez froid, cherchant plus la maîtrise et la chatoyance que l'esprit. Même un peu frustré par cette Troisième.

** Nielsen – Symphonie n°1 – Radio Danoise, Jensen (Naxos, remastering 1952)
→ Splendide restauration pour une version remarquablement maîtrisée, au trait fin et nerveux, bâtie avec grande clarté et sens des progressions, pourvue de belles couleurs… parmi les plus convaincantes de la discographie, malgré son âge vénérable (sachant que les propositions réellement satisfaisantes pour Nielsen sont presques toutes arrivées à partir de la fin des années 90…).
→ Je n'en avais pas du tout un souvenir aussi enthousiaste !

Nielsen – Symphonie n°1 – LSO, Ole Schmidt
→ Bien, mais vraiment en deçà du potentiel de cette musique.

*** LULLY – Dies iræ, De Profundis, Te Deum – Junker, Wanroij, Auvity, Lenaerts, Buet ; Millenium O, Alarcón (Alpha 2019)




Autres nouvelles parutions à écouter

→ GRAUPNER, C.: Easter Cantatas (Jerlitschka, S. Hübner, J. Hill, Capella Vocalis Boys Choir, Pulchra Musica Baroque Orchestra, Bonath)
→ Schulhoff Intégrale des Lieder. Sunhae Im, soprano ; Tanja Ariane Baumgartner, mezzo-soprano ; Hans Christoph Begemann, baryton ; Britta Stallmeister, soprano; Klaus Simon, piano ; Delphine Roche, flute ; Myvanwy Ella Penny, violon ; Filomena Felley, alto ; Philipp Schiemenz, violoncelle .
→ clarinette copland bernstein rozsa orchid
→ étienne richard fabien armengaud
→ Jake Heggie: Songs for Murdered Sisters Joshua Hopkins
→ HEISE, P.A.: Drot og marsk (Royal Danish Opera Chorus and Orchestra, Schønwandt)
→ frid quintet
→ beethoven aquileia
→ breath angels
→ Stanchinsky: Piano Works Peter Jablonski
→ Antti Auvinen & Sampo Haapamäki: Choral Works Helsinki Chamber Choir 
→ Michael Jarrell: Orchestral Works Tabea Zimmermann
→ John Mayer & Jonathan Mayer: Orchestral Works Sasha Rozhdestvens
→ kontski piano sonatas anna parkita
→ daniel jones symphs 3 5 lyrita thomson
→ Bergson: Orchestral Works Jonathan Plowright
→ vlagiderov cctos
→ Holmboe quats vol. 1 nightingale SQ
→ carte postale royaumont bunel
→ tempesta di passaggio : solo pour cornetto
→ gál 'hidden treasures' lieder inédits immler deutsch
→ british music strings I pforzheim
→ schnittke daniel hope
→ kalafati piano
→ respighi transcriptions
→ eccles semele
→ maconchy , lefanu, swayne « relationships » violon piano
→ alex freemann, requiem (BIS)
→ Cesti, La Dori
→ hasse enea in caonia
→ ruders, nørgård, violoncelle solo
→ Grigory Krein piano
→ F.G. Scott piano
→ worgan harpsichord julian perkis chez toccata
→ Goldmark vol 2, mokranjac piano, the laundy grondahl legacy, graun orchestral, trattamento dell'harmonia, platti chamber, marx mosè
→ farkas chamber, braga santos, chamber 3, telemann christmas cantatas CPO, jenner piano
→ Johan Nepomuk David : intégrale des trios à cordes (David-Trio), chez CPO.
→ fra diavolo strade napoli
→ Schulhoff Flammen very vermillion billy
→ stikhina salomé  https://www.youtube.com/watch?v=YU0jlgd9Pas
→ clair-obscur piau
→ kopatchinskaja (plaisir illuminés)
→ ballades vinnitskaya
→ fanciulla foster
→ musicalische exequien
→ haydn 76 chiaroscuro
→ buxtehude par Les Timbres
→ locatelli concertos violon gringolts helsinki baroque
→ catoire chambre & concerto, triendl
→ messiaen 20 regards chen
→ beethoven solemnis jacobs
→ ariadne botha schmeckebecher
→ telemann ouvertures, orfeo barockorchester
→ telemann concerti camerata köln
→ josquin 7e livre, visse
→ weinberg 2,5,6 arcadia SQ
→ nouvel an 2021 muti
→ bagatelles beethoven feltsman
→ boffard beethoven berg boulez
→ krieger 12 sonates en trio
→ pettersson symph 12 lindberg



Projets d'écoutes ou réécoutes pour les semaines à venir

tout DUX, tout CPO

Jēkabs Jančevskis - Chœurs
Mäntyjärvi - Chœurs
Foulds - Quatuors
SEHS

heggie violins of hope
pejavevic symph réécoute

vieuxtemps cctos vcl CPO
vieuxtemps cctos vln davin

nielsen jensen
nielsen kuchar
nielsen bernstein

« Flury. Son quatuor No. 5 est bien ficelé dans une optique assez traditionnelle, le No. 6 possède un II d'une grande mélancolie et déploie un cœur suspendu dans le III à fondre. Le No. 7 est peut-être le plus intéressant, qui démarre en fugue à quatre voix avant de virer à une pièce romantique tout en pizzicatti. Ces deux derniers sont couplés avec une suite pour orchestre à cordes assez déconcertante (III), variée (Atterberg dans le II, marche instable dans le IV) qui ne manque pas de sel. Le quintette pour piano, bien que souvent d'un sentimentalisme parfois caricatural, n'aura pas dépareillé avec les pièces ultra-lyriques écoutées récemment. Plaisir sûrement coupable mais plaisir malgré tout. »

« Plus ancien et susceptible de te plaire, Bargiel. Le deux premiers quatuors évoquent Beethoven, respectivement opus 18 et 59, les troisièmes et quatrièmes sont plutôt d'obédience Schumann/Brahms/Mendelssohn (même si j'ai pensé aux gémissements utilisés par Onslow au début du No. 4). Plus sophistiqués, moins immédiats en ce qui me concerne, avec un pathos un peu forcé parfois, mon goût désordonné ne doit pas empêcher d'y trouver maintes satisfactions. Mais c'est bien son octuor, d'une noirceur incroyable, qui m'a cueilli et que j'enjoins d'essayer sans attendre. Sa symphonie est au menu prochainement, je ne saurais rien en dire à l'heure actuelle.  »

« Blackford, des choses passionnantes dans tous les registres. En musique de chambre, ses Hokusai Miniatures aux atmosphères variées et particulièrement évocatrices. À l'orchestre, outre sa réorchestration du Carnaval de Saint-Saëns et sa propre symphonie pour animaux qui mange à tous les râteliers (de Rautavaara à Williams), son concerto pour violon Niobe avec des vrais morceaux de Banks et de Szymanowski m'a fortement convaincu. »

(vous aurez reconnus les conseils personnalisés de Mefistofele)

hausegger, graener

cherubini messes

lintu

goetz quintette triendl

wolf-ferrari (segreto, etc.)

respighi vetrata, metamorphoseon
Den Utvalda rangström nylund schirmer

cctos violon : st-sns, godard, vieuxtemps, graener goetz, børresen

vieux temps hahn, vcl cctos

scriabine symph 1

FOULDS, J.: Dynamic Triptych (Shelley, Royal Philharmonic, Handley)

foulds chambre quartetto intimo

nielsen bo holten vocal

leclair

kirchner quatuor piano

CHAYNES, C.: Visions concertantes / 4 Poèmes de Sappho (Mesplé, Ponce, Trio à cordes Français, Toulouse Chamber Orchestra, Armand)
Rangström : Havet sjunger, Bön till natten, Partita

RANGSTRÖM, T.: Sånger (Hagegard, Scheja)

elisir : dalla benetta De Marchi, valletti bruscantini gavazzeni, bonney winbergh panerai ferro, gigli taddei gavazzeni,
Jules Massenet (1842-1912) :

Le Carillon, ballet ; Richard Bonynge, National Philharmonic Orchestra (Decca, avril 1983)

Opéra Oleg Prostitov "Ermak"
stanford R. Williams
gubaidulina quat 1
tichtchenko 4,3
schnittke rubackyte
Lokshin - Variations for piano - Maria Grinberg, piano
schoeck piano ritornelle
jacques mercier sony
adamek https://www.youtube.com/watch?v=xOPdjCxHJ8A
requiem verdi, gounod (+ mors et vita)
krug https://www.youtube.com/results?search_query=arnold+krug
lully alarcón
hartmann rickenbacher nimsgern n°2
bax avec pttn, rott avec pttn
Jekabs Jančevskis : Aeternum and other works (Jurģis Cābulis /Riga Cathedral Choir School Mixed Choir)
Jaakko Mäntyjärvi : Choral music (Stephen Layton / Choir of Trinity College Cambridge)
→ boutsko : i]Nuits blanches[/i] ([i]Белые ночи[/i]
lebendig begraben nagy
ina boyle
diamants couronne paul paray
zaderatski : sonates, préludes
→ keuris laudi, michelangelo, antologia…
→ roy harris symph 3, symph 5, ccto violon
→ Alexander KASTALSKY (1856-1926), Requiem for Fallen Brothers (1914-1917)
→ Musgrave Helios, ina boyle
Tournemire : Symphonie Sacrée (van der Ploeg)
→ børresen ccto vln par garaguly
→ weber : mélodies italiennes, lieder
diogenes SQ
CPO
kalliwoda 2, kalliwoda 5 spering
kallstenius 1
kozeluch moisè in egitto
Maconchy, compositrice Symphony for double string orchestra
Lajtha: Symphonie n°1/Pasquet
→ reinecke dornröschen
→ Let There Be Cello
→ Bainton 3, Ruth Gippz 4
→ consortium classicum (moscheles, tribensee)
→ DUSSEK, J.L.: Piano Sonata, Op. 43 / MOSCHELES, I. / CRAMER, J.B. / HUMMEL, J.N. / KALKBRENNER, F.: Variations on Rule Britannia (M. MacDonald)




(Notule réalisée les yeux pleins de roman auvergnat et provençal. Parce que la vie de certains a du style.)

dimanche 28 février 2021

La diction du chanteur d'opéra


http://operacritiques.free.fr/css/images/prononciation_sutherland.png
Dame Joan Sutherland.
Nous verrons pourquoi.


À nouveau, tandis que je construis patiemment la suite de la série biblicomusicale ou que je grimpe Vercors et Cévennes à la recherche de chapelles romanes emblématiques et d'aqueducs cachés…

… une petite mise à jour des lecteurs audio d'une ancienne notule (avril 2009 !) consacrée à la qualité de prononciation à l'Opéra, sur lesquelles s'écharpent quelquefois les mélomanes.

J'y proposais quatre angles d'approche (articulation, accentuation, aperture, accent) pour trier un peu les critères – et leur impact sur l'interprétation. Avec les extraits adéquats – dont quelques petites merveilles un peu rares.

vendredi 19 février 2021

La Vertu et le Vibrato


http://operacritiques.free.fr/css/images/ramey_vibrato.png
Samuel Edward Ramey.
Nous verrons pourquoi.


Suite à la perfidie d'Adobe et à l'intérêt persistant (merci !) de mes lecteurs, me voici à reprendre une à une mes notules encore utiles pour y inclure de nouveaux lecteurs audio – oui, je voudrais automatiser ce travail, mais c'est moins simple qu'il n'y paraît.

Et comme les recherches pour nourrir CSS, ainsi que la vie elle-même, réclament quotidiennement leur dû sur le temps de rédaction disponible, je me contente aujourd'hui de vous renvoyer vers la notule sur le vibrato (de 2009 !), que j'ai légèrement amendée (en particulier sur ses périodes d'usage dans le domaine vocal).

La voici désormais avec des extraits flambants neufs, pour essayer de comprendre quels paramètres peuvent varier lorsqu'on entend une voix vibrer, et essayer de les sérier. Il n'y est pas seulement question d'aspect esthétique, mais aussi… moral. Car le vibrato induit des représentations assez fortes – il n'est que de voir ce qu'il produit sur les néophytes, stupéfaction, fascination… et plus souvent encore épouvante !

samedi 13 février 2021

Occupations : la résurrection de la voix mixte & le mystère dévoilé d'un portrait musical


Comment occuper un samedi après une semaine intense, alors qu'on est encadré aux deux bouts du jour par les restrictions militaires qui gardent les ruines de ce qui fut nos vies ?

De mainte façon assurément (je n'aurai garde de décrire ici celles que Nature nous prescrit en la compagnie adéquate) ; mais en ce qui concerne Carnets sur sol, deux petits jeux simples m'ont occupé aujourd'hui, entre quelques lectures sur l'histoire de la facture du basson et la réception des smili-opéras à sujet sacré au début du XIXe siècle…



¶ À la demande d'un lecteur, la notule consacrée aux différents registres d'émission vocale (voix de poitrine, voix de tête, voix de flageolet, voix de sifflet et les différentes possibilités de voix mixte) a été mise à jour : les lecteurs flash désormais de mauvaise fame ont été remplacés par des lecteurs HTML 5 tout aussi libres et parfaitement conformes aux bonnes pratiques. Aussi, vous pouvez la parcourir à nouveau avec tous ses extraits – sans lesquels la démonstration perd clairement de son sel –, sur tous les butineurs, sous tous les systèmes d'exploitation.
Je n'ai pas eu le temps (ni la possibilité, aphonie oblige) de refaire mes extraits artisanaux particulièrement moches, réalisés à l'époque lointaine où je reprenais ma technique vocale de zéro, ce qui… s'entend. [Une histoire qu'il faudra peut-être narrer un jour.] Pardon pour le désagrément. Ils font partiellement le travail, à défaut de mieux – l'extrait en voix mixte est plutôt en voix-voilée, mais admettons.



¶ À nouveau sur demande, rechercher dans le fonds de Leclair l'identité de la partition qu'on aperçoit dans les mains du compositeur sur la gravure de Jean-Charles François, réalisée d'après un pastel perdu d'Alexis Loir (probablement réalisé à Lyon, vers 1741 nous dit Neil Jeffares).

leclair gravure

Et la joie de retrouver, après avoir senti affleurer des parentés de langage, dans les sonates pour violon de l'opus 5 (final de la n°3 : sol majeur, syncopes, diminutions en arpèges brisés de doubles croches…), la source exacte dans les sonates pour deux violons sans basse continue de l'opus 3 ! 
 
leclair gravure
leclair gravure
leclair gravure
leclair gravure

Le graveur (et probablement  l'origine le pastelliste) a choisi le premier mouvement de la première sonate des six du recueil (1730) était-ce par notoriété (c'est en effet une très belle pièce) ou simplement par commodité en ouvrant la première page d'une de ses partitions ?

En tout cas la réalisation graphique en est très soignée, avec clef et armature indiquées, trois mesures complètes, hauteurs exactes – et l'alignement des mesures sur la partition roulée dans sa main correspond même assez bien à la disposition des systèmes sur l'édition originale !

Le même travail (que j'ai néanmoins débuté) est sensiblement plus délicat pour le portrait de LULLY (gravé par Roullet d'après Mignard), d'où n'émergent que quelques notes (avec des rythmes et intervalles assez banals, peut-être imaginaires), sans référence d'instrument, de clef (ut 1, sol 1 ou sol 2, vraisemblablement) ni d'armature. Cette recherche-ci n'aboutira pas en un jour, je me prendrai le temps d'aller vérifier régulier avec des bouts de chaconne ou de danses à trois temps qui ont connu quelque notoriété.

lully_portrait.jpg

Car il semble que ni l'un ni l'autre de ces portraits n'ont jamais été associés, dans les notices officielles, à la musique qu'ils portent. Si l'on m'avait dit que je contribuerais à la documentation de l'histoire de la gravure française…

… à suivre, donc !

mercredi 10 février 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 2 – contemporains de Beethoven (inspirés en plus) : Gossec, Salieri, A. Romberg, Druschetzky, Dotzauer, A. Vranický, Vorišek, Rejcha…


Cette fois-ci, je tente d'inclure mes commentaires (au format brut, pour gagner quelques heures de mise en page) dans la notule en plus de renvoyer vers le tableau – considérant que la précédente livraison n'a suscité aucune réaction, j'en déduis que le format était moins pratique. Pour autant, je souhaite conserver mon temps de notulage pour les sujets gourmands en énergie que j'ai décidé de favoriser cette année. Donc pas d'apprêts, mais le contenu brut en annexe du corps de notule, en plus du tableau mis en page que vous pourrez toujours récupérer.

Que retenir de la seconde moitié de janvier et de la première de février ?

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Beaucoup de contemporains de Beethoven remarquablement en verve : Gossec (La Nativité), Salieri (Armida), A. Romberg (Symphonies 1 & 2), Quatuors hautbois-cordes de Dotzauer (et Druschetzky), concertos d'Antonín Vranický (deux altos), Rejcha (cor), Vorišek (triple), un rare de Beethoven (violon en ut).

Côté interprétations, de très belles versions de symphonies de Haydn (Gardino-Antonini), Beethoven (n°3, ONDIF-Scaglione), Sibelius (n°3, Bergen-Gardner), de motets de Josquin (Stile Antico), d'airs sacrés divers (Rebeka), d'arie verdiane (Tézier). Et même une nouvelle version du Quintette avec hautbois de Dubois, par Triendl !

Hors nouveautés, je me suis régalé des Victoria de The Sixteen (pureté, souplesse, expression verbale, résonance !), des lieder chambristes bizarres de Schoeck, des mélodies et poèmes symphonies de Cecil Coles, de la musique symphonique de Heiniö.

Et puis dans mes réécoutes, Corrette (le Phénix), Vaňhal (Double concerto pour bassons), Kreutzer (La mort d'Abel), Ropartz (Requiem) et tant d'autres choses.

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office). J'espère qu'il vous sera lisible et utile.

La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ * Vert : réussi !
→ ** Bleu : jalon considérable.
→ *** Violet : écoute capitale.
→ ¤ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)

Liste brute :




Nouveautés : œuvres

** A. Romberg – Symphonies 1,2 + Ouv Die Großmut der Scipio – Gelderland & Overijssel O, Kevin Griffiths (CPO déc. 2020)
→ Très belles œuvres postclassiques, d'une grande fluidité, pourvues de belles intuitions mélodiques.
→ Kevin Griffiths est beaucoup plus convaincant que l'autre Griffiths qui officie chez CPO avec une tendance à l'interprétation tradi un peu trop prononcée. Bel orchestre aussi, plein de moelleux, et splendidement capté comme toujours chez CPO.
→ Écouté six fois de suite.

** Gossec – Nativité (La) / Christe Redemptor / Messe des Morts – Ex Tempore, Les Agrémens, Mannheimer Hofkapelle, Heyerick (CPO 2021)
→ Palpitations pastorales de l'Aurore dans Céphale & Procris. Un des airs du Triomphe de la République en est repris.
→ Un peu déçu par le Requiem, déjà pas du niveau de sa haute réputation à mon sens, et assez peu saisissant dans cette interprétation à la fois sèche et très aérée.

* Lalande – Les Fontaines de Versailles + Concert d'Esculape – Boston Early Music Festival Vocal & Chamber Ensemble, O'Dette, Stubbs (CPO 2021)
→ Fontaines : Œuvre sympathique et interprétation un peu formelle comme souvent chez les baroqueux de Boston. Pas prioritaire, mais agréable découvertes.
→ Esculape : Débute par une ouverture-chaconne, et réjouissances assez plaisantes (« Chantons » façon Prologue d'Armide). Musicalement du moins, car le texte reste de la pure louange.

Saint-Saëns – Music for Wind Ensemble (Royal Air Force College Band, Märkl) (Naxos 2021)
→ Marches diverses, arrangées pour orchestre d'harmonie. Du Saint-Saëns pittoresque ranscrit sans cordes, donc. Sympa.

* Friedrich Dotzauer, Charles Bochsa, Georg Druschetzky, Alessandro Rolla, Johann Christian Bach, Mozart Quatuors avec hautbois, « Around Mozart :. A Journey Through the Golden Age of the Oboe Quartet » – Quartetto Bernardini (Arcana 2021)
→ Assez strident hautbois (d'époque, j'ai l'impression), œuvres assez légères et pas très nourrissantes. Celle qui retient vraiment mon attention est due à Dotzauer, plus dense.

Alkan – Paraphrases, Marches & Symphonie for Solo Piano, Op. 39 – Mark Viner (Piano Classics 2021)

** « Passacaglia della vita » – Cembaless (Naxos 2021)
→ Passacailles vocales espagnoles, italiennes, allemandes, avec grande générosité de percussions. Absolument délicieux !

** Antonín Vranický Concerto pour deux altos, Rejcha « Solo de Cor Alto », Vorišek Grand Rondeau Concertant pour piano violon violoncelle, Beethoven concerto pour violon en ut (fragment), dans la série « Beethoven's World » – Radio de Munich, Goebel (Sony)
→ Suite de l'incroyable parcours de Goebel qui documente des compositions concertantes et orchestrales de contemporains de Beethoven, avec des pépites (Clément, Romberg, Salieri…). Ici, très beau double concerto de Vranický, grandes pièce de Rejcha aux belles mélodies…

** Salieri – Armida – Ruiten, Valiquette, Iervolino, ashley Riches, Les Talens lyriques, Rousset (Aparté 2021)
→ Enchaînements très fluides et tournures assez originales et vivantes, encore un opéra personnel et réussi du meilleur compositeur de son temps !
→ Puissamment original dans le cadre formel italophone d'alors, laissant les airs à da capo au profit d'une réelle continuité du discours musical, faisant la part belle aux ensembles.
→ Belle distribution (Renaud comme Armide sont tenus par des sopranos !), en particulier le baryton Ashley Riches extrêmement charismatique (et très très beau vocalement).



Nouveautés : versions

* Debussy  – Pelléas – Eröd, Keenlyside ; Marelli, Vienne, Altinoglu (2012, diffusion en flux de l'Opéra 2021)
→ Très bon français d'Eröd et de tout le plateau (Keenlyside un peu court en médiums graves pour Golaud). Pas très convaincu par certains détails de la mise en scène qui a servi aussi avec Bernard Richter – la grotte dans la barque est sympathique, mais la fin du duo d'amour du IV gâché par l'attente du coup fatal de Golaud, sans rien de la course éperdue.

** Verdi – Airs pour baryton – Tézier, Bologne, Chaslin (Sony 2021)
→ Très beau et maîtrisé. Reste la réserve du petit empâtement et de la couverture un peu épaisse à mon goût (et du vibrato un brin blanchi par endroit), mais vraiment très belle tenue vocale (mordant, patine…), et assez expressif, sur une sélection intéressante (Ford, Renato, Macbeth notamment).
→ Très impressionné aussi par l'engagement verbal, pas si fréquent dans un récital, et pas vraiment le point fort de Tézier d'ordinaire. Ici tout semble très vécu, comme mûri.

* Dubois – Quintette avec hautbois, Quatuor piano-cordes – Schilli, Karmon, Kreynacke, Spahn, Triendl (CPO 2021)
→ Une nouvelle version de ces deux bijoux !  Un brin sérieuse, un peu froide peut-être, mais habitée et très réussie. (Je reste très marqué par la version des Hochelaga, très, très souvent écoutée.)

** Sibelius – Symphonie n°3, Valse triste – Bergen PO, Gardner (Vimeo de l'orchestre, 2021)
→ Élégance, ardeur, lisibilité, couleurs épatantes… c'est grand, et je veux l'intégrale !

** Josquin des Prez  – « The Golden Renaissance: » : Missa Pange Lingua, motets – Stile Antico (Decca)
→ J'avoue ne toujours pas être passionné par les messes de Josquin, mais le Salve Regina à 5 qui ouvre le disque est une petite merveille !
→ Conduite suprême et incarnation frémissante, qui mettent véritablement en valeur la fluidité et la nécessité  des enchaînements chez Josquin. Enthousiasmant !

Wagner – Walküre I, Parsifal II, Tristan Prélude & mort – DeYoung, O'Neill, ONDIF, Scaglione (NoMadMusic 2021)
→ Très engagé, mais en morceaux. Et il existe mieux dans cet exercice qui met en valeur les orchestres très virtuoses.

** Beethoven – Symphonie n°3 – ONDIF, Scaglione (NoMadMusic 2021)
→ Toujours grisant d'entendre le moindre archet de fond de pupitre entrer avec autant de passion dans la corde et la musique… tout l'orchestre palpite sans cesse !  Il existe conceptions plus originales, radicales, orchestres plus chatoyants et virtuoses… mais ce frémissement-là, c'est assez unique. Raison pour laquelle ce sont mes chouchous en concert… et il s'avère que cela s'entend très bien au disque !

* Schubert – Die Winterreise – Roderick Williams, Iain Burnside (Chandos 2021)
→ Dernier volume de la série de cycles de lieder gravés par les deux compères : après une Ferne Geliebte et une Meunière invraisemblablement naturelles et poétiques, un fin et frémissant Chant du Cygne, voici un Voyage d'Hiver qui me déçoit un peu – les saveurs paraissent fades, l'allemand pas parfait non plus. Peut-être ne fallait-il pas se forcer à boucler le cycle (mais on l'aurait regretté si on n'avait pas entendu ?).
→ Belle version quoi qu'il en soit, mais absolument pas prioritaire.

* Debussy  – Pelléas – Charvet, Richardot, Huw Montague Rendall, Courjal, Teitgen ; Ruf, Opéra de Rouen  (Facebook, YouTube 2021)
https://www.youtube.com/watch?v=6f8Q5sLHtbs&t=27s
→ Distribution incroyable sur le papier.
→ Assez déçu, je l'avoue. Le son n'est vraiment pas bon (compression, mais prise et mixage pas terribles non plus). Orchestralement, ça paraît un peu naviguer à vue, sans grande ligne de force. Et Charvet assez terne et lisse, Courjal surtout une voix splendide (mais sans doute sa prise de rôle – il mûrira, tu verras), Richardot aussi assez couverte, pas à fond dans le mot…
→ J'ai adoré Huw Montague Rendall en Pelléas, dans la veine des Pelléas assez graves, un vrai rayonnement. Et Teitgen merveilleux comme toujours. → Mais globalement assez déçu – même visuellement, j'avais adoré la mise en scène au TCE, et là je n'y comprends rien, tout est filmé de près, on ne voit pas où on est, qui fait quoi…

** Haydn  – « Haydn 2032, Vol. 9: L'Addio », Symphonies 15, 35, 45 –  Il Giardino Armonico, Antonini (Alpha 2021)

** « Credo » – Marina Rebeka (Prima Classics 2021)
→ Florilège de prières d'origines très diverses (messes, opéra, baroque, pastiches XXe, patrimoine romantique…), chantés avec le timbre capiteux et la maîtrise souveraine qui sont ceux, bien documentés, de Rebeka. Même le Pie Jesu de Fauré, chanté par une voix aussi immense, fonctionne bien, à rebours de tout ce qu'on peut imaginer du style juste.




Autres nouvelles écoutes : œuvres

* Schönberg, Schilkret, Tansman, Milhaud, Castenuovo-Tedesco, Toch, StravinskiGenesis Suite – Berlin RSO, G. Schwarz (Naxos 2004)

Gounod – Mors et Vita – Plasson (EMI)
→ Très peu prosodique, suite de grands aplats un peu arbitraires et pas très mélodiques. Décevant.

Gounod – Requiem / Messe chorale sur l'intonation de la liturgie catholique – Einhorn, Immler ; Lausane Instrumental and Vocal Ensemble, Corboz (Mirare 2011)
→ Simili grégorien, assez terne et sinistre.

** Victoria – Motets & Requiem – The Sixteen, Harry Christophers (CORO)
→ Très belles œuvres polyphoniques mais non dépourvues d'expression verbale.
→ Interprétation : pureté et souplesse, très expressif, pur, résonant, une splendeur !

* Wolf-Ferrari, Suite Concertino // Otmar Nussio, Variations sur un thème de Pergolèse // Donatoni Concerto // Rota Concerto – Christopher Millard (Basson), CBC Vancouver O, Mario Bernardi (CBC)
→ Concertos italiens pour basson volontiers rétro.

Johann Nepomuk David – Four String Trios, Op. 33 No. 1-4 David-Trio (with Lukas David, Subylle Langmaack & Clemens Krieger)  (Sedina 2000)
→ Encore hindemithien, mais ici un peu simple et sinistre à la fois. Pas mon truc.

Johann Christian Bach  – Concertos pour basson (Capriccio)
→ Bien faits, sans être bouleversants, et interprétation tradi pas très tendue.

** Corrette – Le Phénix – chez Turnabout

Boismortier
– Concerto pour basson – Niquet (Naxos)
+ vieille version Edmund LaFontaine chez Orion
→  Très jolies figures un peu scolaires à nos oreilles, pour un ensemble très court (7 minutes). Début de l'exercice du concerto.

Heiniö – Riddaren och draken (Le Chevalier & le Dragon) – Juntunen, Hellekant, Turku PO, Söderblom (BIS)
→ tribal post-orffien. Mouais.

** Heiniö – Vuelo de alambre, Possible Worlds – Mattila, Turku PO, Mercier (Finlandia)
→ J'aime beaucoup !  Joli lyrisme un peu dégingandé pour Vuelo de alambre, et profusion charmante de tonalité élargie avec pas mal d'atmosphère et de danse pour Possible Worlds. Très réussi !

* Heiniö –  Champignons à l'herméneutique (flûte et guitare) – Melanie Sabel, Stepan Matejka (Castigo 2006)
→ Très sympathique. Et quel titre !

Couperin – Concerto for 2 Bassoons in G Major – George Zukerman, Jurgen  Gode, Württemberg Chamber Orchestra of Heilbronn, Jörg Faerber
+ Devienne:  Quartet in C Major, Op. 73, No. 1
+ Corrette:  Concerto in D Major, "Le Phenix" (double ccto)

* Devienne – Quartets, Op. 73 / Duos Concertants for Bassoon and Cello (Thunemann, Zehetmair, Zimmermann, Henkel) (Claves 1987)
→ Très plaisant.

Devienne – Bassoon Concerto No. 4 in C Major – Slovak Chamber Orchestra, Bohdan Warchal (CPO 1992)
→ Agréable. Pas majeur.

* Howard Blake – String Trio, Op. 199 – Edinburgh Quartet (Naxos 2011)
→ Franc et animé, très chouette.
→ bissé.

*** Cecil Coles – Fra Giacomo, 4 Verlaine, From the Scottish Highlands, Behind the lines – Sarah Fox, Paul Whelan, BBC Scottish O (Hyperion)
→ Belle générosité (Highlands à l'élan lyrico-rythmique réjouissant, qui doit pas mal à Mendelssohn), remarquable éloquence verbale aussi dans les pièces vocales. Bijoux.
→ Bissé.

*** Schoeck – Das stille Leuchten, Wandersprüche, Gaselen, Sommernacht, Unter Sternen – N. Berg, English Chamber Orchestra, Griffiths (Novalis)
→ Cycles avec petit ensemble, très étrange, en particulier les délicieux Wandersprüche sur Eichenforff (ténor, clarinette, cor, piano, percussions).
→ Bissé.

* Schnittke – Symphonie n°4 – Rozhdestvensky (CDK 2016)
→ Les aplats superposés, les cloches, ténor solo très proche d'Alfvén 4, tout cela est délicieux.



Autres nouvelles écoutes : interprétations

Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Ricciarelli,  Carreras, Nucci, Trimarchi, RAI Chorus and Symphony Turin, Scimone (Philips)
→ Voix un peu lourdes, orchestre très peu spirituel. Mais quand même de grands chanteurs… !

* Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Gueden, Di Stefano, Capecchi, Corena ; Maggio Musicale,  Molinari-Pradelli (Decca 1955)

** Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Ruffini, La Scola, Frontali (Naxos 1996)

* Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I – Peters, Bergonzi, Guarrera, MET, Schippers (Sony)

Schönberg, Schilkret, Tansman, Milhaud, Castenuovo-Tedesco, Toch, Stravinski Genesis Suite – Los Angeles Janssen SO, Werner Janssen (Warner)
→ A vraiment vieilli comme son. Schwarz tellement plus naturel aussi dans la conduite !

* Beethoven – Sonate pour piano n°4 – Jandó

* Mozart – Sonate 13 K.333 Sib – Jandó (Naxos)
→ Généreux et élancé, mais difficile en venant d'une verison (pourtant moins sophistiquée dans l'interprétation) sur pianoforte.

* Mozart
– Sonate 13 K.333 Sib – Brautigam (BIS)
→ Très bien.
+ Fantaisie en ut mineur

Schubert – Doppelgänger, Erlkönig – Souzay, Jacqueline Robin (1950, réédition Naxos)

** Beethoven, Schubert , Liszt – Ferne Geliebte, Müllerin, Schwanengesang, Liebestraum… (en russe) – Kozlovsky, P. Nikitin (Aquarius)
diverses versions Passacaglia della vita

Beethoven – Symphonie n°5 – ONDIF, Scaglione (NoMadMusic 2018)
→ Assez sec, pas fan.
→  Très sec, ça file droit sans beaucoup d'impact dramatique, et la prise de son siphonne toute la résonance. Ça regarde du côté baroqueux, mais sur instruments modernes, sans beaucoup de couleurs, avec zéro réverbération, le résultat est surtout que ça file droit.
→ C'est très bien, mais pas vraiment marquant vu l'offre discographique.

Corrette : Concerto « Phénix  »
→ versions BNF, Les Voix Humaines, Foulon, + réécoute Turnabout…

** Morales – Requiem –  Musica Ficta; Raúl Mallavibarrena (Cantus)

*** Victoria – Requiem – The Sixteen, Christophers (Coro)

** Victoria – Requiem – Tallis Scholars (Gimell)

* Bruckner – Symphonie n°7 – Radio Bavaroise, Jansons (BR Klassik 2020) 
→ Le détail de chaque phrasé est fascinant, tout est au cordeau, enfle, reflue, vit dans chaque geste. En revanche l'architecture générale manque vraiment de nerf, la nécessité du la grande arche échappe un peu. En particulier dans le mouvement lent assez atone et décoratif, très peu tendu…
+ début Jochum Dresde, Inbal Tokyo Met , Blomstedt Leipzig, Rögner

** Schnittke – Concerto pour piano & cordes  –  Emma Schmidt, Badische Staatskapelle Karlsruhe, Günter Neuhold (Antes)
→ Piano un peu métallique, mais bien découpé. Orchestre aussi peu russe que possible, mais toujours cet élan propre à Neuhold, malgré des cordes pas vraiment voluptueuses !

*** Hérold, Auber – Ouvertures de Zampa et des Diamants de la Couronne – Detroit SO, Paray (Mercury)
→ Deux des toutes plus belles ouvertures du répertoire français, avec une netteté, une alacrité et une prise de son assez démentes !

*** Schmidt – Symphonie n°2  – Wiener Philharmoniker, Leinsdorf
→ Pour un Schmidt viril et rayonnant, non sans délicatesses (ce début tendre !), merveilleuse version.

*** Debussy – Pelléas – Kožená, Gerhaher, Finley, Fink, Selig ; LSO, Rattle (LSO Live)
→ Comme ça file, avec tension et transparence. Irrésistible !  Et quelle distribution idéale… Finley à la fois d'une plénitude vocale immense et d'un finition verbale extraordinaire. Gerhaher très subtil et original, sans un pouce de mièvrerie. Kožená un peu arrondie, mais dans un français toujours parfait.
→ Malgré la prise de son qui rejette l'orchestre un peu loin (et opaque), ce que font le LSO et Rattle est un miracle de transparence, l'impression d'entendre chaque instrument, chaque motif, énormément de textures et de couleurs… Le cinquième acte, diaphane comme du dernier Sibelius, est particulièrement au-dessus de toutes les autres versions… !  (incluant Rattle lui-même avec Berlin dans les années 2000)
→ J'avais adoré la vidéo avec Berlin pour un concert mis en espace par Sellars, quelques semaines avant la session du LSO, mais je crois que dans ce disque tout est encore à un degré de variété et de naturel supérieurs !

*** Haendel – Concerto pour orgue n°13 – Ghielmi, Divina Armonia, Ghielmi (Passacaille 2012)
→ Vie, couleurs, textures, passionnant !
+ Koopman / Amsterdam Baroque : très détaché et orné, jeux de registration ++
+ Tachezi / CMW / Harnoncourt : registration aigrelette  et orch un peu mince qui a un peu vieilli +
+ Ghielmi / Divina Armonia : là, vraiment des couleurs orchestrales, une pensée complète.  +++

** Haendel – Concerto pour orgue Op.7 n°4 – Asperen, Enlightenment, Asperen (Virgin-Erato 2013)
→ Orchestre un peu tradi (avec couleurs qui évoquent périodes plus tardives), mais articulation organistique splendide et registration d'une limpidité merveilleuse.
→ Le plus beau des concertos pour orgue de Haendel, avec l'emprunt à la Tafelmusik de Telemann.

Haendel – Concertos pour orgue Op.4 – Lindley, Northern Sinfonia, Bradley Creswick (Naxos)
→ Totalement lisse et tradi, ça a pas mal vieilli, mais se laisse écouter.




Réécoutes : œuvres

** Kreutzer – La mort d'Abel – Droy, Bou, Pruvot ; Les Agrémens, van Waas (Singulares 2012)
→ bissé

* Ropartz – Requiem – Piquemal
→ Assez déçu à la réécoute. Un peu lisse (harmonies gommées par le chœur amateur ?).

* Vaňhal – Double concerto pour basson – Saraste (BIS)
→ Essentiellement écrits à la tierce (ou alors agilité de l'un sur les tenues de l'autre), pas très virtuosement composé, mais bien fait et agréable.



Réécoutes : versions

** Donizetti – L'Elisir d'amore, final du I, final du II – Cotrubas, Domingo, Wixell, Evans ; Covent Garden, Pritchard (Sony)

*** Bruckner – Symphonie n°6 – Sk Dresden, Jochum (EMI)
→ Le premier mouvement et le mouvement lent figurent parmi les sommets de tout Bruckner, malgré la réputation modeste de cette symphonie.  Immense interprétation, où les cuivres stridents impressionnent et où les cordes douces et homogènes se couvrent de gloire !

*** Bruckner – Symphonie n°5 – Sk Dresden, Jochum (EMI)
→ Pas le plus vif ni le plus précis dans les attaques de pupitres, mais pour ce qui est d'exposer les plans et la logique cinétique des phrasés, on est au sommet !
+ début Herreweghe, Inbal Tokyo Met, Eichhorn

*** Rott  – Symphonie en mi – Radio de Francfort, P. Järvi (RCA)
→ Avec partition pour la première fois. La superposition des deux thèmes du I est vraiment génialissime… et que de traits qui tirent le meilleur de Bruckner et annoncent le meilleur de Mahler !

** Mozart
– La Clemenza di Tito – Rebeka, DiDonato, Villazón ; COE, Nézet-Séguin (DGG 2017)
→ Très vive et belle version.




Projets d'écoutes ou réécoutes pour les semaines à venir

rosaire biber
Opéra Oleg Prostitov "Ermak"
stanford R. Williams
gubaidulina quat 1
foulds
tichtchenko 4,3
schnittke rubackyte
Lokshin - Variations for piano - Maria Grinberg, piano
schoeck piano ritornelle
jacques mercier sony
adamek https://www.youtube.com/watch?v=xOPdjCxHJ8A
requiem verdi, gounod (+ mors et vita)
krug https://www.youtube.com/results?search_query=arnold+krug
lully alarcón
hartmann rickenbacher nimsgern n°2
bax avec pttn, rott avec pttn
Jekabs Jančevskis : Aeternum and other works (Jurģis Cābulis /Riga Cathedral Choir School Mixed Choir)
Jaakko Mäntyjärvi : Choral music (Stephen Layton / Choir of Trinity College Cambridge)
→ boutsko : i]Nuits blanches[/i] ([i]Белые ночи[/i]
lebendig begraben nagy
ina boyle
diamants couronne paul paray
zaderatski : sonates, préludes
→ keuris laudi, michelangelo, antologia…
→ roy harris symph 3, symph 5, ccto violon
→ Alexander KASTALSKY (1856-1926), Requiem for Fallen Brothers (1914-1917)
→ Musgrave Helios, ina boyle
Tournemire : Symphonie Sacrée (van der Ploeg)
→ børresen ccto vln par garaguly
→ weber : mélodies italiennes, lieder
diogenes SQ
CPO
kalliwoda 2, kalliwoda 5 spering
kallstenius 1
kozeluch moisè in egitto
Maconchy, compositrice Symphony for double string orchestra
Lajtha: Symphonie n°1/Pasquet
→ reinecke dornröschen
→ Let There Be Cello
→ Bainton 3, Ruth Gippz 4
→ consortium classicum (moscheles, tribensee)
→ DUSSEK, J.L.: Piano Sonata, Op. 43 / MOSCHELES, I. / CRAMER, J.B. / HUMMEL, J.N. / KALKBRENNER, F.: Variations on Rule Britannia (M. MacDonald)




(Notule réalisée entre deux promenades dans la neige fraîche et beaucoup de meurtres d'Abel.)

samedi 6 février 2021

Découvrir la Bible par la musique – n°1 – Caïn ou le meurtre d'Abel, XVIe-XVIIIe s.


Nouvelle année, nouveau projet.

Bien que les séries «  une décennie, un disque » (1580-1830 jusqu'ici, et on inclura jusqu'à la décennie 2020 !), « les plus beaux débuts de symphonie » (déjà fait Gilse 2, Sibelius 5, Nielsen 1…) et « au secours, je n'ai pas d'aigus » ne soient pas tout à fait achevées… je conserve l'envie de débuter ce nouveau défi au (très) long cours.

L'idée de départ : proposer une découverte de la Bible à travers ses mises en musique. Le but ultime (possiblement inaccessible) serait de couvrir l'ensemble des épisodes ou poèmes bibliques jamais mis en musique. Il ne serait évidemment pas envisageable d'inclure l'ensemble des œuvres écrites pour un épisode donné, mais plutôt de proposer un parcours varié stylistiquement qui permette d'approcher ce corpus par le biais musical – et éventuellement de s'interroger sur ce que cela altère du rapport à l'original.

Quelques avantages :
incarner certains textes ou poèmes un peu arides en les ancrant dans la musique (ce qui devrait satisfaire le lobby chrétien) ;
♦ observer différentes approches possibles de cette matière-première (pour les musiqueux).

Sur ce second point, beaucoup peut être appris :

D'une part le nécessaire équilibre entre
♦ le langage musical du temps,
♦  les formes liturgiques décidées par les autorités religieuses,
♦  la nature même de l'épisode narré.
Sur certains épisodes qui ont traversé les périodes (« Tristis est anima mea » !), il y aurait tant à dire sur l'évolution des usages formels…

D'autre part le positionnement plus ou moins distant du culte religieux :
niveau 1 → utilisé pour toutes les célébrations (l'Ordinaire des catholiques),
niveau 2 → pour certaines fêtes ou moments spécifiques de l'année liturgique (le Propre),
niveau 3 → en complément de la messe proprement dite (comme les cantates),
niveau 4 → en forme de concert sacré mais distinct du culte (les oratorios),
niveau 5 → sous forme œuvres destinées à édifier le public mais représentées dans les théâtres (oratorios hors églises ou opéras un peu révérencieux),
niveau 6 → de libres adaptations (typiquement à l'opéra, lorsque Adam, Joseph ou Moïse deviennent des héros un peu plus complexes)
niveau 7 → ou même de relectures critiques (détournements d'Abraham ou de Caïn au XXe siècle…).

À cette fin, j'ai commencé un tableau qui devrait, à terme, viser l'exhaustivité – non pas, encore une fois, des mises en musique, mais des épisodes bibliques. Il s'avère déjà que, même pour les tubes de la Genèse, certains épisodes sont très peu représentés – l'ivresse de Noé, pourtant abondamment iconographiée, est particulièrement peu répandue dans les adaptations musicales, y compris au XXe siècle où les questions de bienséance se posent avec une moindre acuité.

Mais en plus du tableau, de petits épisodes détachés avec un peu de glose ne peuvent pas faire de mal. (Comme ils seront dans le désordre, ils pourront ensuite être recensés dans le tableau ou une notule adéquate.) Nous verrons combien je réussis à produire, et si cela revêt quelque pertinence.




Abel & Caïn

Étrangement, le premier homicide connaît peu de versions populaires… mais c'est aussi l'un des épisodes qui a été traité avec le plus de diversité dans les approches. Commençons par cette copieuse entrée en matière.

Texte énigmatique, qui montre Dieu se détourner sans cause explicite du laboureur pour favoriser le berger, faisant naître la première rivalité fraternelle au taux de létalité de 1.


La source


1.     Or Adam connut Eve sa femme, laquelle conçut, et enfanta Caïn; et elle dit : J'ai acquis un homme de par l'Eternel.
2.     Elle enfanta encore Abel son frère; et Abel fut berger, et Caïn laboureur.
3.     Or il arriva, au bout de quelque temps, que Caïn offrit à l'Eternel une oblation des fruits de la terre ;
4.     Et qu'Abel aussi offrit des premiers-nés de son troupeau, et de leur graisse ; et l'Eternel eut égard à Abel, et à son oblation.
5.     Mais il n'eut point d'égard à Caïn, ni à son oblation ; et Caïn fut fort irrité, et son visage fut abattu.
6.     Et l'Eternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité ? et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7.     Si tu fais bien, ne sera-t-il pas reçu ? mais si tu ne fais pas bien, le péché est à la porte ; or ses désirs se [rapportent] à toi, et tu as Seigneurie sur lui.
8.     Or Caïn parla avec Abel son frère, et comme ils étaient aux champs, Caïn s'éleva contre Abel son frère, et le tua.
9.     Et l'Eternel dit à Caïn : Où est Abel ton frère ? Et il lui répondit : Je ne sais, suis-je le gardien de mon frère, moi ?
10.     Et Dieu dit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre à moi.
11.     Maintenant donc tu [seras] maudit, [même] de la part de la terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.
12.     Quand tu laboureras la terre, elle ne te rendra plus son fruit, et tu seras vagabond et fugitif sur la terre.
13.     Et Caïn dit à l'Eternel : Ma peine est plus grande que je ne puis porter.
14.     Voici, tu m'as chassé aujourd'hui de cette terre-ci, et je serai caché de devant ta face, et serai vagabond et fugitif sur la terre, et il arrivera que quiconque me trouvera, me tuera.
15.     Et l'Eternel lui dit : C'est pourquoi quiconque tuera Caïn sera puni sept fois davantage. Ainsi l'Eternel mit une marque sur Caïn, afin que quiconque le trouverait, ne le tuât point.
16.     Alors Caïn sortit de devant la face de l'Eternel, et habita au pays de Nod, vers l'Orient d'Héden.
17.     Puis Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénoc ; et il bâtit une ville, et appela la ville Hénoc, du nom de son fils.

Genèse 4:1-17, traduction de Martin (1744).


Les adaptations musicales

1567
Roland DE LASSUSUbi est Abel
Réutilisation littérale des versets 9 et 10 sous forme d'une polyphonie à cinq parties. C'est-à-dire le dialogue avec Dieu, sommet du potentiel dramatique de l'épisode, autour de la fameuse réplique « Suis-je le gardien de mon frère ? ».
¶ Seule petite divergence : le verbe, « ait » dans ma vulgate sixto-clémentine de de 1592, « dixit » chez Lassus, probablement une question de version de la vulgate. Le verbe est en outre placé à la fin, peut-être une intervention de la tradition pour placer dès le début de la pièce musicale les mots importants.
¶ En effet, cet texte était utilisé depuis l'ère grégorienne comme répons – chanté pendant un office à la suite d'une lecture de la Bible, avec des effets de reprise en écho (vis-à-vis du verset du soliste).
¶ En l'occurrence, celui-ci est prévu pour le dimanche de la Septuagésime – c'est-à-dire le neuvième dimanche avant Pâques, période entre le temps liturgique de Noël et celui de Carême, caractérisé chez les catholiques par l'usage du violet. Vatican II a supprimé cette période (devenu le temps ordinaire qui suit l'Épiphanie), il est donc plus délicat de l'appréhender en personne aujourd'hui, mais c'était une réalité tangible au moment de la composition.
¶ Œuvre appartenant donc au Niveau 2 : interprété pendant la célébration de certains jours spécifiques.
¶ Très belle œuvre pleine de fluidité et d'éloquence, comme toujours chez Lassus.

[[]]
Un seul enregistrement à ma connaissance (Singer Pur, Ars Musici 2009). Existe aussi une transcription pour consort de viole chez Delphian (par The Rose Consort of Viols).

Ubi est Abel : un répons musical au temps de la Réforme
Bien qu'à ma connaissance, la version de Lassus (prévue pour le culte catholique), soit la seule qui ait été gravée sur disque, nous sommes en possession d'au moins 4 autres mises en musique, toutes de la part de de compositeurs luthériens : en 1543 Balthazar Resinarius (un proche de Luther), en 1547 Nickolaus Kropstein (un pasteur, proche de Luther également), en 1550 Lorenz Lemlin, en 1556 Hollander…

Il faut dire qu'au cœur de la Réforme, la figure de Caïn a été un emblème très utilisé dans la propagande.
§ Sur le plan de l'exégèse, d'abord, Luther, dans ses Commentaires sur la Genèse, développe l'idée que la question posée « Où est Abel ? » n'est pas réellement de Dieu (Caïn aurait su qu'il était inutile de mentir) mais d'Adam inspiré par Dieu. Il est possible, selon les commentateurs, que Luther ait pensé, en écrivant cela, à un parallèle avec les procès expéditifs contre les protestants, tandis que Dieu, lui, laisse toujours une voie ouverte pour se défendre et se repentir.
§ Plus concrètement (et suivant une interprétation inverse), dans les chansons politiques qui circulaient, on trouve souvent Abel comme représentant le protestant de bonne volonté victime des moqueries des sophistes catholiques ou de la persécution – assimilant les catholiques oppresseurs à Caïn.


Dans le culte luthérien, Ubi est Cain était utilisé à des moments distincts du culte catholique, aussi bien à l'extérieur des célébrations proprement dites qu'au cœur même du culte ordinaire.


milieu XVIIe
Giacomo CARISSIMIOfferebat Cain (milieu XVIIe)
¶ Extraits (coupés, simplifiés et réagencés avec quelques « connecteurs logiques » simples) du texte de la Genèse (débutant au troisième verset, les offrandes du cultivateur Caïn). Narrateur en ténor solo ou par deux sopranos – ces narrateurs à deux voix sont une caractéristique du milieu du XVIIe, et se retrouvent à l'autre bout de l'Europe chez  Pfleger à la cour du Schlewig, par exemple –, incluant les répliques Dieu (basse profonde avec contre-notes graves assez spectaculaires.
¶ Mélange de récits sobres et de virevoltantes volutes vocales (les deux sopranos), avec un soupçon de stile concitato (figuralismes de violences façon Combattimento de Monteverdi) pour épouser la colère de Caïn («  iratusque est Cain vehementer »), une version extrêmement condensée de l'épisode, en ce qu'elle ne fait que six minutes, mais qui reprend l'essentiel du texte biblique, y compris les instructions de Dieu pour épargner Caïn. Très beau et prégnant en tout cas, un des meilleurs Carissimi.
¶ Niveau 4 ?  (une sorte de catéchisme ?)

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L'enregistrement des Paladins est remarquable. L'autre existant, de l'ensemble Seicentonovecento, reste problématique (justesse des solistes).


1671
Bernardo PASQUINICaino e Abele (oratorio)
¶ La seconde moitié du XVIIe siècle voit se développer le genre de l'oratorio. En 1671 à Rome, Pasquini (une grande figure d'alors) conçoit, pour la chapelle du Palazzo Borghese, ce Caïn & Abel. Dans les États pontificaux, l'oratorio était un genre très couru pendant la période de Carême où les événements musicaux et théâtraux étaient interdits. Pour évêques et aristocrates, commander une scène sacrée de ce genre permettait de contourner l'interdit. Ils étaient exécutés aussi bien dans les églises que dans les palais.
¶ L'oratorio de Pasquini demeure très proche de la prosodie, essentiellement sous forme de récitatifs un peu mélodiques, ménageant en sus quelques ensembles polyphoniques (chœur à 5) qui réunissent les différents chanteurs : narrateur, Adam, Abel, Caïn, Ève, Satan, Dieu. En une heure, le livret se contente de développer sous forme de dialogues (plus quelques récits, pas tout à fait des traductions littérales, mais souvent proches de l'original) le contenu des versets de la Genèse.
¶ Caïn y est présenté comme un libre penseur, ne reconnaissant que sa propre volonté, et comme tel ressentant les conseils de vertu d'Abel comme de la malveillance et de l'hypocrisie, le tout culminant dans un duo en stichomythie où l'on assiste directement à la mort d'Abel (qui n'est pas aussi précisément évoquée dans la Bible).
¶ Parmi les bizarreries, l'intervention de Satan (tout à fait absente des sources) pour motiver Caïn, et plus encore l'évocation de toute une mythologie païenne : le narrateur parle de l'Averne et de Pluton, Satan du Cocyte, et Eve elle-même met Dieu (la paix) en balance avec Pluton (la guerre) !  Sacré mélange, témoin de la pensée d'alors – on le retrouve dans la peinture, où l'excuse donnée à la représentation abondante de scènes mythologiques tient dans l'équivalence mystique donnée pour chaque élément avec les Écritures.
¶ La conclusion est elle aussi d'un fort parti pris, advenant après les reproches de Dieu et la déréliction de Caïn : le chœur final insiste sur la dimension du destin (le Ciel décide de notre mort), s'achevant sur la miséricorde de Dieu… tempérée par la justice – « chacun meurt comme il a vécu ».
¶ Niveau 5. (Et même par certains aspects fantaisistes Niveau 6.)
¶ Trois extraits : stichomythie et mort d'Abel, questions de Dieu, chœur polyphonique qui célèbre la crainte de Dieu par les cœurs coupables.

[[]] [[]] [[]]
Enregistrement intégral par De Marchi chez Pan Classics, avec un soprano d'allure très enfantine pour Caïn, assez déroutant. Continuo un peu raide et parcimonieux, mais l'ensemble fonctionne tout à fait bien. Le monologue du désespoir de Caïn peut aussi s'entendre, avec lirone, par Headley chez Nimbus Alliance.


1707
Alessandro S
CARLATTIIl primo omicidio, overo Cain (« Le premier meurtre, ou Caïn », oratorio)
¶ Oratorio créé à Venise en 1707 (à l'occasion de son séjour parrainé par les Grimaldi), le Scarlatti correspond déjà aux formats de l'opéra seria avec ses alternances très identifiables d'airs et de récitatifs. Néanmoins on y rencontre quelques récitatifs plus travaillés (comme la plainte liminaire d'Adam sur ses fils condamnés à la dure vie hors d'Éden) et même quelques récitatifs accompagnés par l'orchestre, comme dans l'extrait ici retenu (les questions de Dieu en recitativo secco sont suivies de ses imprécations en recitativo accompagnato).
¶ Cette temporalité lente favorise l'expression de sentiments plus tendres et édifiants : les conseils d'Adam, la dévotion des frères…
¶ Mêmes personnages que chez Pasquini, à l'exclusion du narrateur, absent – chez Scarlatti les airs émotifs remplacent la glose du Testo qui complétait l'action des personnages, chez Pasquini. Autre détail amusant et troublant, Satan est ici nommé Lucifero – ce qui constitue un mélange assez déroutant ; en effet Lucifer est issu d'interprétations des livres d'Ésaïe, Ézéchiel ou encore Hénoch (ce dernier uniquement retenu dans le corpus de la Bible éthiopienne), et donc absolument anachronique pour désigner le démon hébraïque nommé Satan… qui n'apparaît déjà pas du tout dans l'épisode d'Abel et Caïn !  Exemple aussi bien du caractère syncrétique des références (chez Pasquini, nous avions carrément Pluton !) que de la superposition quasiment parfaite de Lucifer avec les autres figures démoniaques hébraïques plus anciennes.
¶ Contrairement à Pasquini, le dénouement ne s'arrête pas au châtiment de Caïn mais fait revenir Adam pour lui promettre une nouvelle descendance, et de nouveaux espoirs. Ainsi l'épisode ne représente pas nécessairement l'humanité d'aujourd'hui, qui procède plutôt de l'expérience positive retirée de cette catastrophe.
¶ Niveau 5.

[[]] [[]]
La version Alessandrini-Biondi de 1992 n'étant plus disponible, reste la version Jacobs, très léchée.


1732
Antonio C
ALDARALa morte d'Abel figura di quella del nostro Redentore (« La mort d'Abel, symbole de celle de notre Rédempteur », oratorio)
¶ À la fin de sa vie, alors que le Vénitien Caldara exerce comme Vize-Kapellmeister pour la Cour impériale à Vienne, il écrit cet oratorio dont le projet est explicité jusque dans le titre : Abel, c'est ici la figure de l'innocence, et même davantage, celle de l'innocence qui expie les péchés de tiers, le bouc émissaire, l'agneau pascal. L'une des multiples interprétations qui ont eu cours, annoncée d'emblée, et qui se retrouve dans l'unique air qui en a été gravé à ce jour : « Quel buon pastor son io » – « Je suis ce bon berger ».
¶ Le format en est très caractéristique du seria des années 1730, dont les airs s'allongent considérablement, atteignant régulièrement les dix minutes – ce qui accroît encore, d'un point de vue dramaturgique, la suspension de l'action au profit de la voix, de la musique, des méditations et affects proposés dans les airs.
¶ Sa Sinfonia d'ouverture a, avec beaucoup d'autres écrites par Caldara, été regroupée en recueil et réutilisée comme musique instrumentale autonome avec ou sans remaniements, ce qui lui a permis d'être très souvent enregistrée. Vous en trouverez beaucoup de (bonnes) versions, mais cela ne vous avancera beaucoup sur le sujet biblique, l'écriture instrumentale des ouvertures étant assez interchangeable entre les sujets.
¶ Niveau 5.

[[]]
Bartoli et Il Giardino Armonico, 2009.




On est bien sûr loin d'avoir épuisé le sujet, mais vous disposez ainsi de quelques exemples d'approches de la figure de Caïn du XVIe au XVIIIe siècle : du texte littéral de la Genèse traité en polyphonie, à peine dramatisé (XVIe-début XVIIe), à des intrigues dramatiques totalement recréées, ajoutant quantité de détails (et mêmes des personnages mythologiques…) pour en faire un opéra déguisé. Bon moyen de suivre l'évolution de l'intérêt pour les voix et pour le rapport au texte au fil des décennies.

Le plus étonnant demeure cependant, à mon sens, la diversité d'interprétations du mythe que l'on couvre ainsi : énigmatique épisode brut d'origine, Caïn comme rappel en creux de toutes victimes qui n'ont pas eu un procès aussi équitable, Abel comme victime d'un camp ennemi, Caïn comme rappel de notre propre aveuglement et de la rigueur de la justice de Dieu, Abel comme premier présage de la figure du Christ… !

Au XIXe siècle, la figure pourtant hautement contrastée et compatible de Caïn me paraît avoir moins rencontré la faveur des compositeurs – je n'ai d'ailleurs trouvé aucune œuvre enregistrée à ce sujet. C'est pourquoi je reparlerai de ses avatars en abordant directement le XXe siècle, où se débusqueront un certain nombre de compositions aux contours assez étonnants – musique de chambre, suites d'orchestre à plusieurs mains autour de la Genèse, opéra en hébreu, et même un opéra psychanalysant des années 1910, assez critique sur les personnages bibliques (et peut-être même Dieu)…

jeudi 28 janvier 2021

La meilleure notule de Carnets sur sol


Du fait de l'évolution des standards du web, l'utilitaire flash, petit logiciel libre à la pointe de l'art que j'avais soigneusement sélectionné dans les années 2000, n'est plus visible sur les téléphones, et se trouve depuis décembre dernier banni de Chrome, rendant certaines notules avec extraits sonores plus difficiles d'accès. (Il faut avoir la patience de recopier l'adresser, d'aller sur un poste fixe, d'activer Flash… bref, être un héros.)

Aussi, je vais entreprendre, très progressivement, pour des notules qui me paraissent utiles, la mise aux normes du HTML 5 (qui n'existait pas encore…). Un peu rageant d'avoir tout bien fait – de même que pour le logiciel produisant ce site, Dotclear, alors l'alternative élégante face à Wordpress, aujourd'hui abandonné – et de devoir passer du temps à bidouiller la technique au lieu d'écrire des notules.

Quoi qu'il en soit, mon énergie a d'abord porté sur ce que je considère probablement comme la meilleure notule de Carnets sur sol, celle consacrée à expliquer l'étrangeté de la prosodie dans Pelléas et Mélisande de Debussy, courte enquête qui nous mène à travers les univers de Gluck et de Massenet avant d'aboutir, au cœur des partitions, à observer que l'accentuation et les intervalles mélodiques n'ont peu-être pas le rôle si déterminant que l'on croit dans cette impression de flottement insaisissable qui parcourt toute l'œuvre (et la rend si difficile à chanter en dilettante).

Je vous la recommande donc chaleureusement.

Et ce sera probablement tout pour quelques jours encore : préparation de beaucoup de projets de grande envergure, des séries où interviendront Caïn et, suite à un vote public (où il avait supplanté Pelléas), le basson.





mercredi 20 janvier 2021

Le grand tour 2021 des nouveautés – épisode 1 : Emilie Mayer, Salieri, Fesca, Gade, Rott, Rubinstein, Fried retransfiguré, Schreker, Kienzl, Lazzari, Jeral… et même du bon Donizetti


Cette année, envie de favoriser des notules soit de fond, soit un peu plus transversales, en tout cas avec une valeur ajoutée par rapport à la simple recension au fil des parutions, qui doivent rester simplement un à-côté…

Envie de poursuivre les séries «  une décennie, un disque » (1580-1830 jusqu'ici, et on inclura jusqu'à la décennie 2020 !), « les plus beaux débuts de symphonie » (déjà fait Gilse 2, Sibelius 5, Nielsen 1…), « au secours, je n'ai pas d'aigus »… Envie de débuter une série au long cours autour de la mise en musique d'épisodes bibliques (avec pour but de pouvoir couvrir le maximum de moments illustrés par des compositeurs), et peut-être même de convertir cette notule sur les causes de l'étrangeté prosodique de Pelléas dans un format vidéo… !

Dans le même temps, je trouve dommage d'écouter autant de disques, de suivre les nouveautés, d'explorer les raretés… et de ne pas leur faire de publicité.

Je cherche encore le format adéquat.

Pour cette première livraison de l'année, donc, j'ai fait le choix de partager mon tableau brut, incluant tous mes relevés.

Je vous laisse y naviguer. De gauche à droite, trois types d'écoutes : nouveautés, découvertes personnelles, réécoutes. Inclut aussi ma programmation à venir et le relevé de quelques nouveautés pas encore essayées. Les items les plus récents figurent en haut, et vous pouvez remonter le temps en descandant dans le tableau – les cases grises avec les numéros indiquent la limite du dernier relevé, comme cela vous saurez jusqu'où aller.

En résumé depuis la fin de décembre ? 

lazzari_kienzl_jeral_trios_cpo.jpg


De fantastiques disques de musique de chambre :
Bach (Sergey Malov, Solo Musica), 6 Suites pour cello di spalla,
Fesca (Quatuor Amaryllis, CPO),
Gade (Midvest Ensemble, CPO),
Emilie Mayer (Mariana Klavierquartett, CPO), Quatuors piano-cordes beaucoup plus intéressants que ses symphonies, pour documenter la première femme à vivre professionnellement de ses compositions ;
Rubinstein (Quatuor Reinhold, CPO),
Reger, une version superlative du Quintette clarinette-cordes et du Sextuor à cordes (Quatuor Diogenes, CPO)
Kienzl / Lazzari / Jeral (Trios par le Thomas Christian Ensemble, CPO),

de belles parutions d'opéra :
Rossi, Orfeo, imparfaite mais intéressante nouvelle version (Sartori, Glossa),
Haendel de Zaïcik & Le Consort, très plaisant,
Beethoven & Salieri « in Dialogue » (dont je viens de faire une notule : fragments d'oratorios par les Heidelberger Symphoniker, chez Hänssler),
Donizetti, Il Paria (Elder, Opera rara), superbe version d'un Donizetti tout particulièrement réussi mélodiquement, avec de très beaux ensembles,
♦ la bande son du Ring de Jordan, dont il faut entendre l'Or du Rhin exceptionnel,

un peu de symphonique :
♦ une belle nouvelle version de la Symphonie en mi de Rott (Gürzenich, Ward, Capriccio), qui réussit admirablement les variations finales,
Fried, Korngold et Schönberg autour de la Nuit Transfigurée, seconde version discographique du chef-d'œuvre de Fried (Rice, Skelton, BBCSO, Gardner, Chandos),
♦ une belle interprétation un peu lisse d'œuvres mineures de Schreker (Bochum, Sloave, CPO),
♦ la bizarre mais plaisante Symphonie en sol de Gulda (mélangeant orchestre symphonique et orchestre de danse).

… Et un délectable « Le Coucher du Roi » avec des pièces de Visée, LULLY, Lalande, Charpentier, Couperin (Monnié, Mauillon, Roussel, Rignol, CVS).

Du côté de mes découvertes personnelles hors nouveautés, des déceptions chez le Draeseke symphonique, un bonheur variable chez Korngold, beaucoup d'enthousiasme pour les quatuors de Dittersdorf, les symphonies de Reinecke, le Grand Septuor de Kalkbrenner (son Sextuor piano-cordes aussi), le Quatuor piano-cordes de Georg Schumann (les Trios sont beaux aussi), les très bizarres Wandersprüche de Schoeck (ténor, clarinette, cor, piano et percussions), une quasi-hystérie pour le Quintette et le Sextuor de Koessler (ainsi que sa musique chorale, du niveau de Brahms !), sans parler de la musique de chambre de Krug immédiatement présentée par une notule !
Vous y rencontrerez aussi les étranges « meilleurs classiques » façon cross-over, le violon de Brahms interprété sans vibrato, l'Ouverture 1812 avec réels canons en plein air…

Quant aux réécoutes, que dire ?  Les habitués : la musique de chambre de Michl, Schoeck, Tarkmann, les symphonies de Messieurs Fesca, B. Romberg, Macfarren, Bruch, d'Indy, Georg Schumann, Alfvén…

Le fichier est ici : format ODS (Open Office) ou XLS (Microsoft Office). J'espère qu'il vous sera lisible et utile.

La légende
Du vert au violet, mes recommandations…
→ Vert : réussi !
→ Bleu : jalon considérable.
→ Violet : écoute capitale.
→ Gris : pas convaincu.
(Les disques sans indication particulière sont à mon sens de très bons disques, simplement pas nécessairement prioritaires au sein de la profusion de l'offre.)



(Les disques, quelle bénédiction du Ciel.)

lundi 18 janvier 2021

Marais – Bacchus & Ariane – Naxos surpeuplée ou le piège du français restitué


Un projet

Le CRR de Paris, c'est l'école supérieure pour étudier le baroque français – Eugénie Lefebvre, Hasnaa Bennani et beaucoup d'autres y sont passés, étudiant notamment, pour les chanteurs, auprès d'Isabelle Poulenard et Howard Crook, deux des membres les plus accomplis de la première génération de résurrecteurs dans les années 80…

En fait de CRR (conservatoire de niveau régional), il tient lieu de CNSM officieux (conservatoire national, il en existe deux, à Paris et à Lyon) lorsqu'il s'agit de baroque. Partenariats avec le Centre de Musique Baroque de Versailles, masterclasses avec les meilleurs représentants qui font vivre le répertoire (en particulier français), prêts d'instruments spécialisés (dessus / hautes-contre / tailles / quintes de violon, spécifiques au répertoire français pré-ramiste)…

Leurs productions sont toujours attendues avec beaucoup d'impatience, explorant des rivages peu (Psyché II de LULLY) ou pas documentés (Médée & Jason de Salomon), avec des instrumentistes déjà professionnellement mûrs et des chanteurs encore verts mais déjà sensibilisés à la déclamation spécifique (expérimentations de Stéphane Fuget autour du recitar cantando pour les œuvres italiennes du XVIIe, essayant vraiment de changer le chant en parole, avec des succès divers mais de façon très stimulante), aux techniques de jeu scénique baroque et… à la prononciation restituée.

Malgré l'absence de public (et le foyer infectieux qui s'y est déclaré quelques jours après), le CRR a réussi à monter et capter Bacchus & Ariane de Marais, dont la résurrection a longtemps été repoussée (au milieu des années 2000, Le Concert Spirituel devait le reprogrammer, me semble-t-il, avant d'y renoncer).


Une œuvre

https://www.recithall.com/events/194/live
(Inscription gratuite. Visible jusqu'au vendredi 22 janvier.)

http://operacritiques.free.fr/css/images/marais_bacchus_ariane_fuget.png

Seul le très bel air d'entrée d'entrée d'Ariane à l'acte I m'était connu, suite à un concert autour de cette héroïne par l'Ensemble Zaïs, en 2016 à Joinville. J'avais même présenté ici même, partition en main, la structure de l'air, ainsi que celle de Mouret.

Je ne suis pas un inconditionnel de Marais à l'Opéra, dont les petites sophistications musicales ne compensent pas réellement les livrets faibles et la prégnance mélodique assez limitée. On est loin de l'impact direct que peuvent avoir, dans cette génération, Desmarest, Campra ou Destouches, à mon sens (et même La Coste et Gervais), mais à chaque fois servis par de de meilleurs librettistes, il faut le concéder.

Cette tragédie en musique le confirme un peu : il y a de belles basses sophistiquées, des chromatismes (et quelques belles mélodies ciselées tout de même !)… mais je ne suis pas totalement ému.

(Notule écrite après l'écoute du Prologue et de l'acte I seulement, mon avis s'amendera probablement, j'ai aperçu en particulier de superbes divertissements, comme toujours le point fort chez Marais – que ce soient danses instrumentales ou plaintes chantées…)

Le livret de Saint-Jean (écrivain non identifié…) m'a beaucoup amusé : on est habitué à se figurer l'abandon d'Ariane dans des lieux déserts, or le premier acte, quoique situé dans « une grotte terminée par une mer à perte de vue », voit se succéder une infinité de personnages : Ariane, négligée par Thésée au profit de sa sœur Phèdre, est entourée d'une confidente, d'un soupirant prince d'Ithaque (lui-même accompagné d'un confident magicien), qui est fiancé à la sœur du roi de « Naxe », tout ce beau monde étant présent autour d'un prêtre sacrificateur et des chœurs rituels. Pas tout à fait l'ambiance île déserte, donc. En fait de couleur locale et de grotte sauvage, une intrigue circulaire d'amours de palais assez stéréotypée, chacun aimant l'autre maillon (indisponible) de la chaîne.

Cela se découvre tout de même avec plaisir, d'autant que quelques-uns des chanteurs (les hommes en particulier) se révèlent extrêmement talentueux. (Leurs noms ne sont pas donnés dans la vidéo, j'irai me renseigner pour les ajouter.)

Mais.

Tout est chanté en prononciation restituée. Dont je ne suis pourtant pas un détracteur, même dans ses versions archaïsantes (et inexactes) de l'école Green.


Enjeux de la prononciation restituée


Les avantages, pour la déclamation parlée, sont assez nombreux : réactiver certaines rimes, faire entendre la couleur d'époque, favoriser une forme d'emphase qui permet à la voix de mieux se placer (les fameuses courbes ascendantes qui caractérisent ce type de déclamation), bref fournir un relief nouveau et des teintes oubliées à un répertoire qui mérite d'être servi avec chaleur.
Je n'en suis donc surtout pas un détracteur – qu'elle soit exacte ou non au demeurant.

Pour le chant, j'y vois en revanche de grands obstacles… qui s'incarnent très bien dans cette vidéo.

a) Le chant lyrique est déjà un artifice. Faire chanter une langue que personne ne parle entraîne une mise à distance supplémentaire, néfaste pour la compréhension du public et pour la qualité du chant.

b) La tragédie en musique fonde sa force sur son lien très étroit entre texte et musique, qui se nourrissent et se dynamisent l'un l'autre. En chantant dans une langue étrange, distante, avec des accents diversement maîtrisés, on diminue considérablement l'impact émotionnel propre au genre.
Si l'on veut vraiment rendre justice à l'esprit de ce qui s'entendait à l'époque, il faut chanter dans la langue qui nous est proche, pas dans celle que nous ne pratiquons plus. Bref, chercher non pas l'exactitude de la restitution, mais la congruence de l'émotion reçue (ce qui reste quand même un peu le but).  On peut être conscient de cette divergence de prononciation sans l'imposer à écouter à un public.

c) Faute de référentiel (personne ne parle cette langue, les jeunes chanteurs sont contraints d'inventer l'aperture exacte des voyelles), les interprètes (pas seulement dans cette production) tendent à trop couvrir, c'est-à-dire à assombrir / fermer / boucher leurs voyelles, avec des résultats opaques et finalement… tout à fait hors-style !  Les jeunes femmes souffrent un peu dans cette production – certaines se mettent même à chanter trop bas, et je soupçonne que ce serait assez différent avec la liberté et la clarté du français prononcé à la moderne / contemporaine.

d) Plus prosaïquement, même en se concentrant, on ne comprend ici que la moitié des mots (ce n'est pas pareil dans toutes les productions, mais véritablement un handicap ici). Et quand je le dis, c'est venant d'un auditeur qui a écouté l'intégralité des tragédies en musique disponibles… Donc un mélomane qui pratiquerait peu l'opéra serait sans doute totalement perdu. Tellement dommage lorsqu'on dispose justement de chanteurs aguerris à cette esthétique, et tous francophones !  L'émotion directe qu'on a gaspillée en vain sur une question de principe !

Je comprends très bien l'enjeu de former de jeunes chanteurs sur cette question, puisque certains ensembles l'appliquent systématiquement. Et ce n'est pas absurde partout – pour l'air de cour, le poème n'a pas tout à fait le même enjeu d'intelligibilité directe, il est en général plus distendu, plus atmosphérique, et la prononciation restituée peut se défendre. Mais pour maintenir l'illusion théâtrale avec ce qui sonne à nos oreilles comme de l'accent gascon imité par des germains, bon courage.

Aussi, de grâce, épargnez-nous, dans les productions lyriques, cette punition qui n'apporte vraiment rien aux auditeurs et compromet jusqu'à la bonne tenue du chant !
Certains parviennent tout de même à limiter les dégâts, comme le Poème Harmonique qui fait plutôt du très bon travail sur la question… mais la perte de lien direct avec le texte reste très évidente. Et d'autres ensembles font carrément un peu n'importe quoi, chacun adaptant comme il le peut… En particulier difficiles pour les jeunes chanteurs qui n'ont pas tout à fait fini d'équilibrer leur voix.

--

Voici pour ces impressions mêlées, malgré l'intense gratitude d'avoir mené jusqu'au bout ce très beau projet de résurrection du dernier opéra encore inconnu d'un compositeur majeur – on avait déjà monté Alcide, le bijou Sémélé et bien sûr Alcione –, le sentiment qu'un choix de principe a grandement altéré l'ensemble du résultat artistique, malgré l'enthousiasme et la qualité des forces mises en présence (quatre théorbes, en plus !)

David Le Marrec

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