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« N'aimez-vous pas les œuvres davantage pour leur rareté que pour leur qualité ? »


Variante un peu plus intimement intrusive (mais sensiblement plus courtoise) que « Parce que deux écoutes de L'Art de la Fugue, ça vous a suffi ? ».
CSS avait déjà abordé cette question, notamment sous l'angle du concert.

Cette fois, je réponds plutôt à l'enjeu, non pas de la répétition du répertoire et de la largeur de choix, mais de ce qui fait la qualité d'une œuvre, de ce qui la rend indispensable à enregistrer ou à connaître.

langgaard musique des sphères partition
Page choisie dans la Musique des Sphères de Rued Langgaard, pièce particulièrement originale écrite en nuages alla Ligeti… et composée avant sa naissance !
Est-elle importante car novatrice, car personnelle, car bien écrite, ou au contraire une curiosité non prioritaire, c'est ce à quoi cette notule (ni grand monde) ne peut répondre.




Selon les attentes intimes de chacun, il existe plusieurs lignes de fracture possibles au moment du choix d'une œuvre à écouter.


a) L'importance historique

J'ai toujours reconnu que les compositeurs les plus célèbres étaient tous parfaitement à leur place. On peut excepter les plus récents, où le tri ne s'est pas encore fait, où la notoriété conjoncturelle joue son rôle, comme pour Boulez et Glass, qui sont fort célèbres l'un en raison de son importance comme fondateur d'institutions, chef d'orchestre et polémiste, l'autre parce qu'accessible et rassurant bien que pauvre ; ils occupent vraisemblablement (je peux me tromper) une place disproportionnée dans les concerts, disques et conversations par rapport à leur importance réelle dans l'histoire de la musique.

Monteverdi, Bach, Beethoven, Wagner, Debussy sont des géants, des génies dont l'histoire a peu d'exemples. Ils ont de surcroît servi de modèle aux suivants et constituent donc, en plus de leur mérite propre, des matrices dont on peut difficilement se passer pour comprendre l'évolution musicale.
D'autant plus que la musique, par rapport aux autres arts, suit une grammaire stricte (un accord mal écrit est une catastrophe qui ruine tout, pas du tout comparable à une main ratée ou un bout de perspective contradictoire dans un tableau), et évolue lentement – voyez par exemple le décalage entre la langue du roman Werther et de sa première adaptation musicale dans un style très XVIIIe… L'impact des modèles sur la substance même du langage y est beaucoup plus fondamental que pour n'importe quelle autre forme d'expression, à ce qu'il m'en semble.



b) La qualité d'écriture

Pour autant, dès qu'on observe dans le détail leur production, on peut trouver meilleur chez des compositeurs moins célèbres. Tout Mozart n'est pas au même degré de génie, et Vranický, Cannabich, Vaňhal ou Baermann ont leurs très grands moments.



c) La tournure d'esprit individuelle

Le débat s'est développé sur Classik à partir de la liste de proposition réduite de 10 disques de piano également proposée sur CSS : n'y a-t-il pas, chez les mélomanes un peu goulus, une prime indue à la rareté ?

Je crois qu'il peut y avoir, lorsqu'on a beaucoup écouté les grands classiques, une sensibilité particulière à la nouveauté (c'est clairement mon cas), à la découverte d'univers nouveaux, de façons différentes de penser le piano. Et inversement, pour d'autres personnes, le fait de pouvoir revenir à une œuvre-doudou, d'avoir baigné dedans depuis toujours, de se sentir approuvé par des siècles d'exégèse, va apporter davantage de plaisir. D'où les différents types d'attitude, ceux qui vont réécouter l'Opus 111 chaque dimanche soir, et ceux qui vont faire la moue sur un disque Chopin non parce qu'ils ne l'aiment pas (moi en tout cas, j'adore et admire Chopin, pas de doute !), mais parce qu'ils ont un peu épuisé leurs émotions en sa compagnie, ou souhaitent simplement être encore surpris et séduits par de nouvelles propositions aussi singulières que les siennes.

Donc à intérêt égal, ou même inférieur, oui, certains mélomanes peuvent avoir envie d'insister sur ce qui est plus rare. Parce que ces œuvres ont davantage besoin d'être distinguées que Vivaldi, Brahms ou Mahler, parce qu'on peut aussi ressentir qu'elles font davantage partie de notre identité que ces grands compositeurs que tout le monde a écouté, sur lesquels les grands esprits ont déjà écrit tant de choses essentielles jusqu'à en lessiver la matière…
Cela ne veut évidemment pas dire que ces représentants obscurs soient négligeables ni mêmes secondaires ; tout le monde s'accordera à dire que si l'on débute ou qu'on a peu de temps à y consacrer, il faut commencer par Beethoven 5 et le Sacre du Printemps plutôt que par les publications de CPO – du moins si l'on n'a pas d'indices sur les goûts de la personne, cf. d infra. En revanche chez certains mélomanes une découverte d'une œuvre moindre peut procurer de plus intenses émotions que la réitération d'un chef-d'œuvre déjà familier.

Cela dépend vraiment, je crois, de la structure interne des individus, et ne me semble pas appeler de jugement particulier. (Moi je trouve plus intéressant d'élargir son horizon, mais c'est aussi parce que ça me procure des satisfactions… et tout le monde n'a pas le temps de le faire !)



d) La sensibilité personnelle

Peut-être le plus intéressant : le corpus canonique ne couvre pas toutes les nations ni toutes les esthétiques !  Or chaque individu peut être sensible, c'est un truisme, à des écoles différentes… pas toutes représentées dans le panthéon officiel.

Dans cette liste de piano, j'ai proposé ce qui était le plus proche de ma sensibilité, et qui couvre un répertoire totalement distinct de la musique formelle à l'allemande, des Sonates disons. Si l'on n'est pas touché par le piano de Beethoven, Chopin ou Brahms, il existe d'autres univers qui peuvent nous satisfaire davantage – et qui échappent d'ailleurs à la comparaison, leur projet n'étant pas du tout le même.
On peut toujours se demander si les Nocturnes de Mossolov sont moins bons que ceux de Chopin, mais je crois qu'on peut s'accorder pour dire qu'il est difficile de trouver des critères communs pour évaluer ces deux musiques.

La quête du rare peut donc aussi débloquer l'accès à certains genres. On n'aime pas l'opéra parce qu'on croit que c'est Haendel-Donizetti-Verdi-Puccini, et l'on découvre LULLY / Rimski / Debussy… c'est une tout autre histoire. Il en va de même pour les répertoires dont la face célèbre est plus étroite, comme le piano, l'orgue, les concertos, les symphonies…



Conclusion morale

La hiérarchie en art est de toute façon à peu près impossible. On peut quantifier à la rigueur l'originalité (Mozart « nous fait des trucs que les autres ne font pas pour nous », dans Don Giovanni ou même La Clemenza), la nouveauté (Beethoven, Wagner et Stravinski ont bien mis le bazar dans la conception du geste créateur, clairement), mais pour ce qui est de l'intérêt, de la valeur… Chacun a ses critères – même au delà de l'émotion brute, est-ce la mélodie qui prime ? l'harmonie ? la forme ?

En ce qui me concerne, je m'en moque un peu : j'écoute ce qui me plaît. Et aussi ce qui ne me plaît pas, pour connaître. Et lorsque je découvre des choses étonnantes, stimulantes, ou simplement belles, j'essaie de partager.

J'adore les compositeurs les plus célèbres (un peu moins Bach, quand même, mais je ne peux nier qu'il est fortiche), je les écoute très souvent… mais je n'éprouve pas le besoin d'affirmer qu'ils sont plus ou moins grands que d'autres ; les jours où j'ai envie de les écouter alternent avec ceux où d'autres moins cotés me tentent davantage. Si je conteste la récurrence abusive des grands noms, c'est que j'aime avoir le choix. Quand je ne vois que les 15 mêmes pianistes-compositeurs germaniques donnés en concert, je n'ai pas le sentiment qu'on me laisse libre. (Ce qui n'enlève rien au fait qu'on ne jouera jamais trop Beethoven !  Mais on pourrait le faire un peu moins et ouvrir la place à d'autres modes de pensée.)

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Il existe donc possiblement, oui, un biais du rare et du bizarre. Pour autant, je ne vois pas l'intérêt de se poser la question d'une hiérarchie absolue : la musique reste là pour apporter un supplément à nos vies, elle n'est pas une bataille, et la coexistence de styles différents ne retranche rien à ceux qui ne veulent pas les écouter. Si je suis partisan de la variété et du renouvellement, c'est pour laisser une liberté de choix, une possibilité de continuer toujours à découvrir, ou bien de trouver le genre avec lequel nous entrons le mieux en résonance. De ne pas passer à côté de la musique classique parce qu'on n'en voit qu'une face, certes considérable, mais absolument pas unique.

Tout cela pour livrer cette clausule profonde : je vous enjoins fermement à écouter… ce qui vous chante.
(Navré, CSS est gratuit, je ne puis vous rembourser.)


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Commentaires

1. Le dimanche 1 décembre 2019 à , par Mefistofele

Panorama assez exhaustif et conclusion pleine de sagesse ! Je ne peux que renchérir sur les séquoias qui cachent la forêt (par exemple, Verdi, Wagner et Donizetti pour l'opéra) et serais tenté de rajouter à la possible lassitude par fréquentation personnelle (trop) régulière l'ubiquité de certaines œuvres ou de certains compositeurs (sans aborder la question des concerts) au disque ou... dans le paysage sonore. J'ai souvenir de compilations inspirées de la publicité qui ont tendance à ressasser les mêmes morceaux (Vivaldi, Saint-Saëns, Mozart, Beethoven), ce qui aura un effet différent selon les auditeurs (ou la période de la vie pour un même individu) : familiarité accrue et envie de découvrir plus que quelques notes et formules, ou au contraire association pavlovienne fort défavorable (la bave aux lèvres n'étant certainement plus celle de l'appétit !).


Je m'interroge au demeurant, de façon très oiseuse, sur le choix extraordinaire offert aujourd'hui au mélomane et ses corollaires...

Je devine que les moyens de diffusion des œuvres sont sans précédent, et que la curiosité insatiable de certains peut être plus facilement contentée grâce à cet accès facilité et cette boulimie enregistreuse des (petits et moyens) labels ?

Concernant la postérité... Il me semble que certains compositeurs étaient tombés dans l'oubli (Bach remis au goût du jour par Mendelssohn ?), alors que leur importance ou leur qualité n'était pas en question, mais bien l'évolution du public (Meyerbeer !). L'ancrage des "grands" est-il désormais assuré par leur (ré)enregistrement perpétuel ? Quid de nouveaux noms qui viendraient sur le devant de la scène ? J'ai constaté un engouement (relatif !) ces dernières années pour Weinberg, ou à bien moindre échelle, Gál.

Interrogation également sur la façon dont s'est fixé le répertoire actuel... et que les baguenaudes d'un public curieux (et évidemment en amont des artistes et directeurs artistiques avisés) pourraient amener à réviser ? J'ai souvenir de Saint-Saëns à l'opéra = Samson et Dalila. Nous avons désormais un enregistrement - souvent unique - de (presque tous) ses autres opéras. Cela ne constitue pas un plébiscite marqué pour le renouvellement de sa présence au grand répertoire, mais cela contribue au dépoussiérage de son image (et offre une alternative bienvenue à "Mon cœur s'ouvre à toi").

En tous les cas, merci encore pour ce salutaire rappel... De gustibus non est disputandum.
Je retourne explorer les chemins de traverse du classique sans peur grâce à CSS, le cicérone du mélomane averti ! Merci encore pour ces passionnantes notules et votre érudition gourmande et contagieuse !

2. Le dimanche 1 décembre 2019 à , par DavidLeMarrec

Bienvenue Mefistofele !

Il est vrai que la célébrité appelle la célébrité, et qu'on ne sait guère pourquoi certains tubes le sont – l'Aria de la Troisième Suite de Bach, l'Adagio de Giazotto-pseudo-Albinoni, pourquoi ces pièces continuent-elles de susciter un intérêt particulier par rapport à des milliers d'autres de qualité équivalente ? – contrairement aux grands compositeurs et œuvres emblématiques, qui ont en général d'assez bonnes raisons d'être restés au répertoire.


« Je devine que les moyens de diffusion des œuvres sont sans précédent, et que la curiosité insatiable de certains peut être plus facilement contentée grâce à cet accès facilité et cette boulimie enregistreuse des (petits et moyens) labels ? »
En effet : outre que tout le catalogue est disponible de partout et en écoute immédiate (j'ai connu la période où la seule façon d'écouter un CD était de l'acheter, ) sauf hasard radiophonique, et à condition que le revendeur l'ait), il se publie chaque semaine plusieurs dizaines de disques classiques intéressants (parfois des raretés véritablement stimulantes), et de même quantité de vidéos gratuites sur les chaînes des orchestres, sur Arte Concert, sur Operavision… Il est impossible de tout écluser. (j'ai essayé, et c'est impossible déjà rien qu'avec ce qui m'intéresse, même en écoutant 6h de musique par jour et en s'interdisant de réécouter des disques)

[Je poursuis ci-après.]

3. Le dimanche 1 décembre 2019 à , par DavidLeMarrec

En effet certains compositeurs ont été éclipsés, ou remis à l'honneur plus récemment. Bach a toujours été étudié et admiré, même lorsqu'il n'était pas au programme des concerts (cf. l'intérêt de Mozart), un peu comme Palestrina. Je ne dis pas que la notoriété soit éternelle, simplement que les compositeurs considérés comme les plus importants ne le sont pas au hasard – proposition qui n'est absolument pas réversible, puisque quantité de compositeurs extrêmement significatifs ont été temporairement délaissés (Meyerbeer en effet), voire tout simplement ratés par la postérité (Pavel Vranický, Alma Schindler-Mahler !).
Weinberg et Gál n'ont pas tout à fait le même statut et restent plutôt réservés aux initiés (je n'ai pas vu l'effet-Gál, je l'avoue – en tout cas pas cette année au disque, ni au concert en France).

Weinberg a cependant, il est vrai, bénéficié d'une avalanche de parutions discographiques (et même de concerts, j'ai pu voir l'intégrale des sonates violon-piano à Noisiel, il y a eu l'intégrale des quatuors à la Philharmonie de Paris, des mélodies, des pièces de chambre isolées…), documentant souvent en versions multiples l'ensemble de son corpus – aussi bien l'opéra (La Passagère en DVD, et je me demande même s'il n'y en a pas deux !) que la musique de chambre (je ne compte plus les versions du quintette piano-cordes !) ou les symphonies. Le tout culminant ces dernières semaines, avec la parution d'un album DGG sans réelle vedette (la cheffe Mirga Gražinytė-Tyla étant l'argument de vente, mais elle n'est pas célèbre hors des milieux déjà mélomanes), contenant deux symphonies pas nécessairement avenantes, ainsi que, les deux semaines passées, pas moins de quatre disques Weinberg : musique de chambre avec Kremer, Quintette piano-cordes avec le Kuss SQ, Concertos pour flûte, Sonates pour violoncelle ! Et hors les concertos peut-être, tout cela doit déjà être multi-enregistré, pour un compositeur qui n'a réellement été remis à l'honneur qu'à partir des années 2000 !
(J'avoue au demeurant ne pas comprendre du tout pourquoi Weinberg bénéficie d'un tel intérêt. Ce n'est pas inintéressant, mais me semble souvent du Chostakovitch un peu terne, alors qu'il existe beaucoup de compositeurs soviétiques passionnants qui sont documentés sans bénéficier du même type de hype, de Popov à Tichtchenko, en passant par Zhivotov, Chtcherbatchov et Boris Tchaïkovski.)
Je peux passer à côté de l'intérêt, mais il peut aussi exister un genre d'engouement aux causes partiellement exogènes, notamment sont double statut de victime du communisme et de l'antisémitisme, sorte d'emblème des malheurs (sublimés par la musique) du XXe siècle ?

Il est vrai que les « grands » disposent désormais d'un nombre de publications incalculables, par les plus grands interprètes au catalogue, si bien que même si l'on ne s'intéresse pas spécifiquement à eux, ils deviennent incontournable – tandis que d'autres compositeurs, servis en une ou deux versions moins virtuoses, restent au purgatoire en attendant, peut-être, des jours meilleurs (le pauvre Salieri peine à échapper à la force des préjugés post-pouchkiniens).

Je crains que le public stakhanoviste-curieux ne soit trop réduit, numériquement, pour influer significativement là-dessus, mais certaines maisons, certains labels, certains festivals tentent l'aventure, oui – témoin Compiègne qui pendant des années a fait venir des cars de fans d'opéra français inédit malgré des moyens réduits (orchestres très modestes, chœurs parfois amateurs), ou Marseille qui faisait sa rareté française du XXe chaque saison (Ibert-Honegger, Tomasi, Sauguet, Damase deux fois…). Pareil pour Kiel ou Chemnitz, dans d'autres répertoires.

Saint-Saëns est en effet totalement à relire à l'aune de ses opéras : l'influence wagnérienne se sent aussi dans les tristaniens Barbares (et aussi Frédégonde, qui reste à représenter et enregistrer), mais il existe aussi une veine plus galante (Proserpine, Ascanio), fantastique (Le Timbre d'argent) voire postromantique (Étienne Marcel, Déjanire, Hélène), quelquefois archaïsante (Henry VIII, dont j'ai parlé dans ces pages), et même de l'opéra léger (Phryné) ! De quoi élargir son horizon. De même pour sa musique instrumentale : écouter les deux Quatuors à cordes, ou ceux avec piano, permet de chasser vigoureusement l'image de l'académisme qu'on lui attache – avec raison pour partie de sa production (en général tout de même de très haute qualité), mais de façon particulièrement réductrice, voire erronée, si l'on considère l'ensemble du corpus !

Je suis ravi de contribuer à vos découvertes ! Au plaisir d'en deviser à nouveau !

4. Le dimanche 1 décembre 2019 à , par Mefistofele

Merci pour ces passionnantes et érudites réponses que vous avez gentiment pris le temps de faire malgré votre employ du temps de ministre !

L'explosion Weinberg est assez sidérante ! Les Danel jouent ses quatuors dans toutes les grandes villes d'Europe pour le centenaire de sa naissance, ce qui pourrait expliquer les récents tombereaux de disques et je suis curieux de voir ce qu'il en restera dans quelques années. Je me rappelle de la découverte de Kraus et de Zelenka il y a bien une dizaine d'années, or je n'ai pas l'impression qu'ils soient au Top 50 du grand public ou plus raisonnablement des mélomanes... Pourrait-on en conclure que Weinberg sera oublié dès 2020 car le soutien marketing se sera évaporé ? Et que, corollaire glaçant, ledit marketing fera la pluie et le beau temps sur les disponibilités au disque ?

Popov, B. Tchaikovsky et Shcherbachov (je ne m'essaye pas à la graphie française, j'ai peur de me tromper) sont au moins documentés au disque, parfois avec un ou deux doublons (Popov) mais ce n'est pas ce qu'on appelle l'abondance.

Pour Gál, je tiens à présenter mes excuses, en regardant les dates de parutions, l'impression de hype tient à mes tropismes de cette année : ce compositeur apparaît dans bon nombre de compilations sur lesquelles je me suis penchées, et dans les labels locaux que je suis comme Toccata Classics (car il n'y a pas que Lyrita !). Je l'apprécie, mais suis surpris de voir autant de pièces et de disques où sa musique apparaît, quand d'Ollone ou Shcherbachov doivent peu ou prou se contenter d'une paire de monographies et d'un featuring chacun.

La musique de chambre de Saint-Saëns, notamment quatuors à cordes et quintettes avec piano, figurent en bonne place dans mon panthéon personnel. J'ai hâte de découvrir Le Timbre d'Argent dont la publication est annoncée pour 2020, il me semble ? Je vous dois en effet la découverte d'Henry VIII que j'adore absolument, quel dommage qu'il n'existe qu'un seul enregistrement commercial (Botstein), outre le live de Compiègne en DVD. Ce sera l'anniversaire de sa mort dans 2 ans, qui sait si cela ne sera pas célébré par l'industrie de l'enregistrement et mis à profit avec le même succès (?) que Weinberg ?

Au plaisir de vous lire, et bon courage pour cette fin d'année qui semble fort chargée.

5. Le dimanche 1 décembre 2019 à , par DavidLeMarrec

Pour Weinberg, l'engouement a vraiment commencé il y a un moment (je me demande si ce n'étaient pas d'abord, par la bande, des publications de type Olympia ou du moins Northern Flowers), bien avant les Danel – et considérant les délais pour programmer, enregistrer et publier un disque, je ne crois pas que ça ait un rapport direct avec les récentes publications. Mais évidemment, la notoriété des Danel, leur valeur comme interprètes et la tournée qu'ils font lui donnent une visibilité, pour ne pas dire une légitimité, supplémentaires.
Je ne crois pas qu'on puisse parler d'engouement marketing le concernant : la plupart des mélomanes sensibles à cette esthétique semblent l'apprécier (je me sens un peu seul à être dubitatif, même si je ne le suis pas), mais ces disques se vendent évidemment encore moins que les autres de classique ! De la musique de chambre soviétique (et pas forcément très spectaculaire / mélodique / singulière) par un compositeur pas connu, ce n'est clairement pas un choix dicté par une stratégie diabolique pour confisquer des parts de marché. Je crois que c'est tout simplement une forme d'émulation de la part des musiciens, qui semblent estimer cette musique, et leur attention peut être initialement d'autant plus attirée par le fait que d'autres la jouent.

Kraus et Zelenka, oui, des découvertes considérables ! On continue à publier pas mal de Zelenka d'ailleurs (pas forcément cette année), je ne crois pas que ce soit retombé. Mais ces nouveaux entrants deviennent rarement des compositeurs emblématiques pour le grand public – ces choses-là se forgent dès l'enfance, ou par d'autres biais (films, publicités, jeux vidéos…). Si jamais on trouvait (j'en doute un peu !) un équivalent de la valse « de jazz » de Chosta chez Weinberg, il pourrait tout à fait s'imposer.

Ah, d'accord, parce que je n'avais vu qu'une monographie Gál (musique pour alto) passer cette année. Et je ne l'ai pas encore écoutée, à ma grande confusion.

Saint-Saëns : il faut alors découvrir les Quatuors piano-cordes, qui sont beaucoup plus nourrissants que le Quintette piano-cordes, à mon sens. Je ne sais pas quand / si sera publié Le Timbre d'Argent, mais il existe des bandes radio (et pirates) des représentations à l'Opéra-Comique, au besoin il est toujours possible de se renseigner (m'écrire, quoi). Assez étrange comme opéra : j'ai été enthousiasmé par l'écriture très variée de l'orchestre, où chaque scène est accompagnée de façon distincte (j'espère qu'on l'entendra bien après mixage) ; pour ce qui est de la musique elle-même, il est étrange que les tubes résident dans les à-côtés un peu naïfs (y compris musicalement) des amoureux vertueux, tandis que sa densité se trouve plutôt du côté des scènes dramatiques / démoniaques. J'avais adoré en salle et à la réécoute, mais sans cette expérience de départ, je ne sais pas ce que ce peut donner.
Il existe d'autre enregistrements d'Henry VIII : un DVD à Compiègne (imparfait vocalement et orchestralement, mais tout à fait écoutable), plus diverses bandes (un Pritchard épatant avec Pollet, Lara et Fondary, les adieux de Caballé à Madrid avec Workman…).

Ce serait tellement bien (quoique un peu arbitraire) que les anniversaires servent à redécouvrir des compositeurs négligés… mais je ne doute pas que dans deux ans, on trouvera bien l'occasion de célébrer la perte des binocles de Beethoven, la contraction de la syphillis par Schubert ou la première layette de Mozart.

Merci pour les encouragements ! Je n'ai pas lieu de me plaindre, ce sont des choses stimulantes à planifier et plaisantes à accomplir… CSS en souffre seulement un peu. À bientôt, ici ou sur Classik !

6. Le lundi 2 décembre 2019 à , par antoine

Belle question David! Lorsque je démarre ma voiture, la radio me sert immédiatement Radio Classique que je zappe plus d'une fois sur deux pour préférer un cd, notamment lorsque l'on me refourgue pour la millième fois une symphonie (souvent d'ailleurs un extrait de la 3 à 9) du grand sourd sauf dans le cas rarissime d'une interprétation originale et très réussie. Par contre si cette station a la bonne idée de me distiller par exemple le mouvement lent de la première symphonie de Casella ou le scherzo de celle de Rott, mon oreille dégouline de bonheur. Difficile de hiérarchiser la valeur des oeuvres mais il n'est pas douteux qu'une découverte nouvelle ou récente (que certaines firmes servent très bien) fournit un surplus de plaisir, et on l'adore d'autant plus qu'on est seul à la déguster et donc la défendre face à des tympans d'abord réfractaires puis, victoire, parfois extasiés...

7. Le mercredi 4 décembre 2019 à , par DavidLeMarrec

Oui Antoine, il y a quelque chose de la satisfaction personnelle à disposer de son propre univers, à avoir son domaine à soi, à se sentir mieux défini par un choix que par la musique que tout le monde doit écouter. Ce qui n'enlève rien au caractère tout à fait prioritaire de la découverte de Beethoven ou Wagner… Mais il est indéniable qu'indépendamment de l'intérêt (réel !) de leurs contemporains moins fêtés, le renouvellement des écoutes, la découverte de pensées différentes a quelque chose, en soi, d'exaltant – quand bien même l'intérêt mesurable de ces musiques serait moindre dans l'absolu. Messieurs les directeurs artistiques, laissez-nous l'ivresse de découvrir !

8. Le mardi 10 décembre 2019 à , par Benedictus

Gál, j’ai écouté récemment deux symphonies - franchement, pas de quoi se rouler par terre: en gros, les climats de Wellesz 2 ou 4 mais avec l'écriture de Weingartner; je situerais ça à peu près au même niveau que Weigl (hors quatuors.)

9. Le mercredi 11 décembre 2019 à , par DavidLeMarrec

Oh, c'est violent dit comme ça.

10. Le mercredi 11 décembre 2019 à , par Benedictus

Oui, c'est un peu méchant, parce que Gál possède au moins l'avantage d'être plus concis et moins ambitieux que Weigl - mais ses deux premières symphonies, c'est vraiment du postromantisme assez gentil. Cela dit, je n'ai pas essayé son opéra Das Lied der Nacht, c'est peut-être mieux.

11. Le jeudi 12 décembre 2019 à , par DavidLeMarrec

Il me semblait que sa musique vocale restait du postromantisme assez riche tout de même (pas uniquement du gentil lyrisme), avec des apports XXe audible, mais je ne suis plus trop sûr de ce que j'ai entendu (lu ?) à la vérité…

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