Carnets sur sol

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[Carnet d'écoutes n°84] – nouveau Don Quichotte, Pezzi de Doráti, Manoury choral, Brahms par Niquet, Zaïs, récitals Borghi, Nikitin et Fuchs…





A. MUSIQUE INSTRUMENTALE

« Les Sauvages » : Béatrice Martin joue les tubes du clavecin français

Les Sauvages, L'Enharmonique, L'Égyptienne de Rameau, La Marche des Scythes de Royer, la Passacaille d'Armide de LULLY arrangée par d'Anglebert…

La déesse vivante du continuo, celle qui nous a tous émerveillés dans les meilleurs soirées des Arts Florissants ces dernières années (l'invention du contrechant, toujours en accord avec la couleur du moment et le caractère du personnage, sans jamais attirer l'attention ni tenter de faire compétition avec le drame), ou dans les sonates pour violon ou en trio du premier XVIIIe, publiée un album solo consacré au répertoire français.

Je me suis jeté dessus, mais je n'y retrouve pas la même saveur – je suis même étonné d'entendre une Passacaille assez peu dansée (certes, d'Anglebert la surchage d'agréments, si bien qu'il est impossible de la traiter réellement comme du ballet), alors que son sens du déhanchement et de la nécessité dramatique est par ailleurs tellement consommé. Pas beaucoup de nouveautés sonores dans ces nouvelles lectures – sans doute son juste goût la dessert-elle pour une nouveauté dans un répertoire rebattu, où le mélomane attend un renouveau par rapport à ses habitudes.
Il faut dire que les qualités requises ne sont pas du tout les mêmes – mais j'ai tellement plus d'estime pour la pratique du continuo que je me figurais comme une évidence qu'elle exploserait la concurrence.

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Liszt – François de Paule, Sonate en si… – Roger Muraro

Un millionième album Liszt ; néanmoins la présence de Roger Muraro rend curieux, du fait de sa suprême maîtrise et de son goût immaculé dans les répertoires les plus exigeants en matière de digitalité, de climats, de couleur (Messiaen, en somme).

Et on en retrouve toutes les vertus ici, avec une maîtrise des nuances incroyable, un toucher plein et une absence d'effets : le grain et la dynamique se fondent dans les nécessités musicales. Ce n'est donc pas une version très différente de ce qu'on peut entendre par ailleurs, mais on peut difficilement espérer mieux, l'interprète servant la musique au plus haut degré sans jamais se mettre lui-même en scène, dans une musique où ce serait pourtant tout sauf un contresense indécent.

Valable aussi bien pour la Sonate en si que pour les pièces figuratives comme François de Paule joignant Messine sur son manteau – où l'exercice de sobriété est encore plus inattendu.

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Liszt, Faust-Symphonie (Ferencsik)

Pour ceux qui pouvaient trouver un peu opaque et inutilement solennelle cette symphonie, une belle médication : l'admirable Ferencsik (tout est bon chez lui, de toute façon) et l'Orchestre d'État Hongrois en donnent une lecture détaillée, tranchante, exaltant les différences de timbres et la progression dramatique. Tout cela tire, plus que jamais, du côté de Berlioz, et plus spécifiquement, de l'étrange narration par aplats de Roméo & Juliette : musique de toute évidence à programme, avec un ressort narratif, mais écrite par grandes plages contemplatives, pas du tout dans une logique « actionnelle ».

Ce n'est pas Roméo pour autant, mais c'est très beau lorsque c'est joué ainsi. Et la ressemblance n'a jamais été aussi frappante.

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Atterberg, Älven (Le Fleuve)

Déjà évoquée dans ces pages, une œuvre aux expansions infinies, qui déverse un flux de générosité sans cesse au delà de la simple beauté, et toujours en deçà de l'emphase straussienne… Sa continuité et son absence de vulgarité hissent ce chemin au creux d'une vallée tellement plus haut que l'Alpestre, à mon avis… Je ne veux surtout pas insister, mais c'est une rencontre qu'il faut faire, vraiment. (Et puis, bien sûr, la Première Symphonie, indispensable si on aime Dvořák – d'autant que c'est mieux, mâtiné d'un peu de lyrisme fin-de-siècle façon Alfvén !).

Gravé en couplage de la singulière Neuvième Symphonie par Rasilainen (avec la NDR), chez CPO.

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Chostakovitch, Sonate pour violoncelle et piano

Un Chostakovitch vraiment différent de l'ordinaire, beaucoup moins sombre, beaucoup plus formel – classique mais pas le moins du monde néo-classique. D'une grande sobriété de trait, des thèmes simples (sans le mélodisme cabossé et déceptif qui caractérise le style soviétique) qui s'épanouissent avec douceur, avec une franchise et une absence de sarcasme ou de désespoir plutôt inaccoutumés chez lui.

Écouté Yablonsky / Saranceva, et une fois de plus, les choix d'interprètes et l'espace laissé (non sans précision) par la prise de son Naxos se révèlent des conditions idéales.

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Doráti, 7 Pezzi

Des œuvres de démonstration, chacune individualisée comme une Étude, assez virtuoses et marquantes, mais pas intrinsèquement passionnantes comme les Symphonies, auxquelles l'envie de revenir se fait bien plus souvent. Dans les deux cas, se trouve chez BIS (Moshe Atzmon et Aalborg SO pour les Pezzi). Style beaucoup plus divers aussi, mais moins luxuriant (les symphonies sont marquées par une abondance soviétisante, mais marquées par des arrières-plans « décadents » et surtout parcourues par une fièvre beaucoup plus franche).

(Exact contemporain de Chostakovitch, au passage.)

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B. MUSIQUE VOCALE HORS SCÈNE

Brahms – Ein deutsches Requiem – Niquet

Avec le Brussels Philharmonic dont il est très familier et le Chœur de la Radio Flamande dont il est directeur musical, Hervé Niquet poursuit ses explorations en musique romantique. Contrairement à ses prédécesseurs sur ce chemin (Norrington, Gardiner, Spering, Herreweghe et Minkowski, principalement), Niquet ne cherche pas en général à appliquer absolument des méthodes « musicologiques » dans ses interprétations du XIXe siècle – en témoignent ses musiques pour le Prix de Rome (Saint-Saëns, Gustave Charpentier, Debussy, Dukas…) qui conservent certes la poussée cursive et l'aération du spectre qui l'ont toujours caractérisé, mais qui ne sonnent pas du tout « baroqueuses » ou « HIP ».

Il en va de même pour ce Deutsches Requiem, très traditionnel finalement, d'une douceur un peu univoque (peu de variation de climat et de douceurs) ; seule caractéristique, le tempo très allant dans les sections lentes (en particulier « Herr, lehre doch mich », spectaculairement rapide), qui renouvelle peut-être les possibilités d'interprétation, mais qui tend finalement à niveler les climats déjà assez homogènes. Le chœur est superbe néanmoins, et le fugato du mouvement pénultième (« Denn wir haben ») l'un des plus réussis jamais gravés (aération générale, netteté des lignes, souplesse des pupitres).

Une belle version, donc, mais pas fondamentalement neuve. Dans la même école, je me tourne beaucoup plus volontiers vers la poésie de Herreweghe (ou, plus radical, Norrington avec les London Classical Pleyers) ; ou bien, si je m'autorise la tradition, Maazel avec le New Philharmonia (Cotrubas, Prey, prise de son extraordinaire), Tennstedt avec le Philharmonique de Londres (Popp, Allen), Giulini avec le même orchestre à Édimbourg (Cotrubas, Fischer-Dieskau – surtout pas sa version grumeleuse avec Vienne !). Et plein d'autres (Kubelik-Radio Bavaroise, P. Järvi, Furtwängler, Harnoncourt, Solti, Previn, Nézet-Séguin, Janowski, Kreile…).

Tassis Christoyannis est l'un des plus beaux récitants barytons de la discographie (pourtant prodigue non seulement en grands barytons, mais aussi en grandes lectures : Weikl avec Solti, Allen avec Tennstedt, Hampson avec Harnoncourt et Barenboim, Fischer-Dieskau avec Giulini, Bär avec Spering…), d'une netteté, d'un feu intérieur parfaits. Vocalement éblouissant, mais jamais vocal, justement.

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Manoury, œuvres chorales

Écoute de l'album, pas très ancien mais pas encore écouté, consacré par Accentus au compositeur.

Philippe Manoury (jadis un représentant de la veine Ircam radicale, féru d'inclusions électroniques) est devenu au fil des années 90, et de façon systématique depuis les années 2000, un champion de l'intelligibilité, d'une voie parallèle à la tonalité qui en conserve néanmoins les qualités de tension-détente, de construction du discours, d'évolution organique sans nécessité de note d'intention, bref un grand compositeur qui rend tout à fait caduque les questions de chapelle – contrairement à la plupart des compositeurs en exercice (et ce n'est pas forcément un défaut, on a le droit d'avoir une esthétique spécifique, ça a existé avec la fugue, la tragédie en musique, la forme sonate, le belcanto, etc.), on n'a pas besoin de situer son courant pour suivre la logique de sa musique.

Cela reste vrai dans ces œuvres récentes pour chœur a cappella (ou peu accompagnés), mais je ne leur trouve pas la même force poétique, étrangement, que ses œuvres orchestrales de la même période. Bon disque néanmoins – mais pas au faîte de l'offre (le chœur a cappella étant, à mon sens, le domaine où les compositeurs d'aujourd'hui ont donné leur meilleure mesure – tandis qu'ils se ramassaient méchamment à l'opéra, dans le quatuor ou le lied).

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C. UN SOIR À L'OPÉRA

Don Quichotte chez la Duchesse, le retour

Après avoir râlé contre la déconstruction très contre-productive de l'œuvre par les époux Benizio (je n'ai rien contre le principe, mais l'œuvre est un tel bijou d'une telle concentration, que la distendre est forcément la trahir), diffusée sur CultureBox (captation de Versailles, avec Geslot), en voici une version, expurgée de la plupart des interruptions (issue de Montpellier, avec Gonzalez-Toro), diffusée par la Radio Autrichienne (Ö1) : http://oe1.orf.at/programm/415729 . [Information signalée par Guillaume, merci !]

Beaucoup moins précise et élancée que le studio gravé à la fin des années 80 chez Naxos, déjà par Niquet et le Concert Spirituel ; nettement moins bien chantée aussi (hors Chantal Santon-Jeffery à la place de Meredith Hall), mais tous les amoureux de l'œuvre pourront faire leur miel d'une nouvelle version, dès longtemps attendue.

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Zaïs de Rameau

Première parution intégrale depuis Leonhardt en 1977 chez STIL (dès longtemps tout à fait introuvable, je suppose). Très belle version par Rousset, très bien chantée, pas du tout molle – il y a bien quelques ruptures de tempo dans les récitatifs, qui vont vers l'alanguissement comme l'aime Rousset, et qui me paraissent toujours entraver le naturel et l'urgence en essayant de « faire chanter » ou de poétiser ce qui n'est que de la déclamation brute, en surinterprétant des changements de mesure fréquents et largement utilitaires… mais cela ne concerne finalement qu'une portion assez réduite de la version, qui se déploie avec beaucoup de naturel, sans les apprêts qu'on pourrait craindre de Rousset dans Rameau.

Reste ensuite l'œuvre elle-même, un « ballet héroïque » (de notre point de vue du XXIe, on appellerait ce genre la tragédie à ariettes…), qui ne présente pas d'intérêt majeur – de la très bonne musique comme il y en a tant chez Rameau, rien de très original à signaler (ce n'est ni Pygmalion, ni Les Boréades, sommets de sa veine « décorative »). Si on veut du nouveau Rameau très bien joué et chanté, on peut se précipiter dessus ; si l'on cherche une découverte forte, il faut privilégier d'autres disques.

Dans les parutions récentes, ce sont Les Surprises de l'Amour par Les Nouveaux Caractères qui méritent absolument le détour ; œuvre comme exécution. Les Festes de l'Hymen et de l'Amour, en revanche, ne sont pas passionnantes en tant que telles, malgré la somptueuse distribution réunie par Niquet – à tout prendre, je conseillerais plutôt Zaïs, dont la qualité musicale est plus constante, et moins fondée sur des airs à effets.

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Récital français fin XVIIIe / début XIXe de Jennifer Borghi & Guy van Waas

Le programme fascine : Gluck, J.-Ch. Bach, Salieri, Méhul, Spontini, Hérold et même Lemoyne (dont aucune intégrale n'a encore été enregistrée, et presque rien en séparé) !

On peut discuter sa construction qui n'est pas chronologique, mais l'ensemble s'articule avec bonheur (et les respirations des extraits instrumentaux d'Orphée de Gluck sont assez bienvenues), et tient ses promesses en matière de démonstration : on entend remarquablement la bascule entre la déclamation hiératique de l'âge classique (Gluck) et l'air romantique (Spontini) ; on perçoit même les points de contact entre les styles français et italien (les procédés d'accompagnement de Lasthénie d'Hérold sentent immanquablement leur Rossini-Donizetti).
Et, comme d'habitude, superbes couleurs et belles tensions des Agrémens dirigés par Guy van Waas.

J'ai néanmoins une réserve – et je suis triste de la faire – sur le chant : j'aime beaucoup Jennifer Borghi, qui a donné beaucoup de personnalité à des rôles de caractère ; on rencontre chez elle une franchise sans façon, qui ne cherche ni le gros son, ni le moelleux, et qui assume sans fausse pudeur une certaine acidité (un son légèrement nasal, presque aigre parfois), sans chercher à contrefaire le son qu'on attendrait d'une reine ou d'une amoureuse. J'aime tout ça – beau maintien scénique également.

Toutefois, et bien qu'il m'en coûte de le dire, la voix manque d'angles et surtout de netteté de diction pour rendre réellement justice à ce programme : tout est très bien chanté, mais les mots sont fuyants, pas très clairement articulés, et surtout énoncés assez indifféremment… les appuis prosodiques ne sont pas du tout mis en valeur, ni les mots expressifs, si bien que tout ce chant déclamatoire coule comme une ariette Marie-Antoinette ou un air élégiaque italien. À cela s'ajoute que les caractéristiques de la voix, qui prêtent une belle originalité aux seconds rôles, conviennent moins bien aux grandes héroïnes, où l'on attend un peu plus d'éclat et de variété. Je me déteste de faire ces réserves sur un tel programme, et de surcroît sur une artiste qui l'a tellement servi au fil de toutes ces années, mais précisément, je suis un peu déçu que dans ce contexte un plus grand soin n'est pas été apporté à l'individualité des œuvres et des épisodes dans chaque air : le programme est passionnant, mais sa réalisation ne rend pas complètement justice à la fièvre qui devrait y régner.
Je ne réclame pas Gens ou Wesseling, bien sûr, je suis un garçon raisonnable, mais un peu plus de soin prosodique chez Borghi ou une autre chanteuse plus sensible aux enjeux du bien dire et de la versatilité des climats n'aurait pas été de refus.

Recommandé en priorité à ceux qui veulent se documenter sur la période ; pour la découvrir, il faut acheter les intégrales (Les Danaïdes par Rousset, Céphale & Procris ou Andromaque de Grétry, Sémiramis de Catel…) ou se tourner vers le récital correspondant de Véronique Gens & Christophe Rousset (Tragédiennes III, de Gluck à Verdi).

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D. LE SALON DES GLOTTES

Evgeny Nikitin : Wagner Arias

Bien étrange objet que ce récital chez Naïve.

¶ Beaucoup de plages orchestrales dont on s'explique mal l'intérêt : l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège est très honorable, mais autant ces césures s'expliquent bien en concert pour la récupération du chanteur, autant sur un disque, on ne voit pas trop l'intérêt de réenregistrer une version mineure de l'Ouverture du Hollandais ou de la Marche funèbre du Crépuscule, alors qu'on aurait pu conserver cette place pour une autre scène (récit de Marke ? rêveries de Sachs ? monologue rétrospectif de Wotan ? énigmes du Wanderer ? invocation d'Erda ? refus d'Amfortas ?).

¶ Il ne contient pas seulement des « airs » (Hollandais, Étoile du Soir, Adieux) mais aussi le grand duo au début de l'acte II de Lohengrin (« Erhebe dich »), originalité bienvenue.

¶ Il parcourt des profils vocaux très différents : baryton lyrique (Wolfram), baryton dramatique (Telramund), baryton dramatique grave / baryton-basse (Hollandais), baryton-basse / basse chantante (Wotan). Ordinairement (à part d'illustres anciens aux caractéristiques très différentes d'aujourd'hui), les Wotan ne chantent plus Wolfram (très ductile) ni même Telramund (très aigu), et la majorité des anciens Wolfram ou même Telramund ne font pas du tout des Wotan. Une sorte de grande démonstration.

Mais, surtout, la bizarrerie tient dans le résultat : une fois de plus, Nikitin, l'une des voix les plus extraordinaires à entendre en salle (même dans l'immensité de Bastille, la voix sonne juvénile, claire, facile, très présente, pourvue d'un halo mystérieux, d'une sorte de tranquilité verticale, le tout sur une solide assise)… laisse entendre son peu de phonogénie. De trop près, le timbre paraît banal, et même vieillissante (vibrato pas toujours plaisant, attaques en deux temps…), l'expression minimale. Et son Ortrud, la formidable Michael Schuster, est dans un assez mauvais jour, d'une aigreur inaccoutumée.

Autrement dit, le disque n'est vraiment pas intéressant, mais il faut accourir pour l'entendre en salle. J'espère beaucoup un Wotan un de ces jours, mais je prendrais tout à fait un Wolfram ou un Telramund, pour changer de ses multiples Hollandais.

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Julie Fuchs : Yes !

Présenté comme son premier récital (en réalité, elle a déjà publié en 2012 un récital de mélodies de jeunesse de Mahler et Debussy chez Aparte), une collection d'airs légers ou d'opérette diversement ambitieux (de Rimski-Korsakov & Ravel à Christiné & Youmans, en passant par tous les intermédiaires : Poulenc, Honegger, Hahn, Weill, Messager, Yvain…), le tout paradoxalement en français (le titre est emprunté à Yvain).

Très bien organisé, un recueil vif mais musical (peu d'airs purement de caractère), où l'Orchestre National de Lille dirigé par Samuel Jean dans un style parfait brille de tous ses feux, avec une variété de couleurs et un son typiquement français (et très affiné, façon opérette) que je ne lui avait jamais entendus. Le programme tisse de façon très convaincante le lien entre la musique la plus savante (Ravel, Poulenc…) et les œuvres légères des mêmes années, parcourues du même brillant. On a tendance à les séparer dans la musicographie, mais la démonstration est réellement convaincante.
L'entourage aussi est tout sauf banal, la fine fleur du chant français d'aujourd'hui vient en renfort avec Anaïk Morel et Stanislas de Barbeyrac.

Et Julie Fuchs ? Les voix de soprano léger sont si répandues qu'il est difficile de se persuader que celles qui réussissent sont nécessairement – exactement comme les pianistes. D'ailleurs, comparé à certaines de chouchoutes, j'étais un peu réservé sur Fuchs au début (timbre un peu dur, diction moyenne pour ce type de voix, et plus joliment lyrique que réellement rompue à la déclamation). Pourtant, en la réentendant essayer un répertoire un peu plus large (« Robert, toi que j'aime », air d'Isabelle dans Robert le Diable, certes un air de colorature aiguë, mais qui réclame aussi de la largeur, à l'italienne), je lui ai trouvé un aplomb très rare chez ce type de voix, en tout cas un potentiel d'élargissement qui ne sacrifierait pas ses qualités.

Et cet album, pourtant léger, révèle les mêmes caractéristiques. La diction n'est pas excellente, un peu lâche (sans être mauvaise non plus) dès que la voix s'élève, mais tout est chanté avec beaucoup de vivacité (qui compense en expression ce que la phonation ne dit pas clairement), avec une maîtrise stylistique impressionnante – capable de (faire mine de) relâcher le soutien de la voix (en réalité la fermeté de l'émission / du timbre) pour glisser, dans les pièces les plus légères, vers une sorte d'indolence gouailleuse ou lascive (sans jamais abîmer le timbre ni la santé de l'émission).

Le tout culmine dans un « Thé pour deux » final, irrésistible.

Entre le programme réjouissant et l'exécution pleine de vie – ce grand orchestre qui sonne comme du Poulenc même dans les pièces les plus légères ! –, je suis le premier étonné d'avoir écouté plusieurs fois l'album, vraiment excellent, qui apporte un peu plus de satisfaction qu'un simple pot-pourri de chansons légères.

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E. IL RESTE…

Parmi les dernières écoutes, pas pu parler des derniers concerts : Shadows of Time par le Philharmonique de Radio-France (jubilatoire), musique syrienne traditionnelle (mais tout fraîchement composée) pour oûd et chant par Waed Bouhassoun, musique du XVIIe espagnol pour guitare et harpe baroques (duo Azuma & Johannel).

Ni de quantité d'autres disques : symphonies de Skulte, intégrale Lekeu, parcours discographique comparé de Dido and Aeneas, tournée de The Swing Project, Roland de Lully, La Toison d'or de Vogel, œuvres symphoniques de Doráti, volumes Florent Schmitt par Leo Botstein (et plein d'autres gourmandises décadentes), Parsifal pour deux pianos…
Parmi lesquels certaines nouvelles parutions intéressantes, comme Beethoven par les Jerusalem, Schubert par les Terpsycordes (montés en boyaux), le récital Cavalli de Mariana Flores, la première intégrale de Zaïs de Rameau depuis 1977, les Danaïdes de Salieri dans leur première version pleinement réussie (Rousset), Prima Donna de Wainwright, le Deutsches Requiem par Niquet et par Jansons…

Peut-être une prochaine fois.


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Commentaires

1. Le jeudi 1 octobre 2015 à , par Polyeucte :: site

Ah! Je n'avais pas vu que le récital de Jennifer Borghi était sorti... il va falloir que je succombe à l'achat de disques en dématérialisé moi... même si le comte-rendu n'est pas particulièrement enthousiaste, j'attends quand même quelque chose d'elle et du répertoire. En regardant les plages par contre, beaucoup d'interludes non?

Sinon, totalement d'accord pour Julie Fuchs... j'ai du mal par moments, mais dans Robert elle était superbe, dans Les Boréades aussi... et là je la retrouve pareil. Alors que parfois, je trouve le chant totalement vide et sans émotion, manquant aussi cruellement de poids.

2. Le jeudi 1 octobre 2015 à , par Jérémie

Après une première écoute, je ne recommanderai pas le récital Cavalli de Mariana Flores...

3. Le jeudi 1 octobre 2015 à , par David Le Marrec

@ Polyeucte : Surtout des danses d'Orphée de Gluck (peu informatives dans ce récital très aventureux, mais très réussies) et une symphonie d'Hérold pour finir (très chouette, mais là aussi, on a ça par ailleurs, et c'est un peu hors du sujet). Il y a quand même beaucoup d'airs, et d'airs très rares.
C'est intéressant, mais je trouve que même l'aspect documentaire n'est pas très réussi : les airs sont assez peu différenciés par Borghi. Il aurait été plus efficace de les confier à différents chanteurs.

Dans les Boréades, Fuchs ne m'avait pas passionné (art déclamatoire très limité, c'était joliment musical et d'une diction pas particulièrement superlative). Mais dans Robert, en effet !


@ Jérémie : Ce n'est jamais que du Cavalli, c'est vrai, mais j'entends tout de même essayer. :)
(Et puis après avoir adoré hors de toute mesure la Didon de García-Alarcón, je suis d'assez bonne humeur pour me l'infliger.)

4. Le samedi 3 octobre 2015 à , par Ouf1er

Mmmm... Schmitt par Botstein ? C'est sorti, ça ???
(Ouh, ça faisait un bail que je n'étais point passé par ici ! Honte à moi !)

5. Le samedi 3 octobre 2015 à , par Faust

Bonjour

Où mettre un petit écho d'actualité ?

Après avoir pas mal hésité, je me suis décidé à aller écouter le Philharmonique de Radio France hier soir dans un programme Wagner, Rautavaara et Holst ... Je me doute bien qu'exception faite de Rautavaara, on va se demander ici ce que j'allais faire là-bas ! D'autant que l'on n'avait rien trouvé de mieux que de projeter un film de la NASA pour illustrer les Planètes ... (Tintin, Objectif Lune ...)

Arrivé dans le hall de la Maison Ronde, catastrophe : Mikko Franck, souffrant, ne dirigera pas ...

Bien évidemment, la Maison Ronde n'avait pas jugé utile de prévenir par mail. Mais, j'ai quand même eu l'impression que le remplacement avait dû se décider assez tardivement. Chacun sait en outre que Mikko Franck annule souvent pour des raisons de santé.

Cette annulation cachait néanmoins une heureuse surprise : pour la première fois, on allait pouvoir entendre l'orchestre dirigé par Marzena Diakun, chef assistante (faut-il écrire cheffe ?) de Mikko Franck depuis le mois dernier !

Marsena Diakun est d'origine polonaise. Elle a notamment travaillé avec Salwarowski, Tracz, Chmura, Masur ou encore Griffiths, Metters, Boulez, Marsymiuk, Boreyko et Rosenberg et elle a dirigé en Pologne et aux Etats-Unis (nous dit la fiche du programme).

Après un prélude de Parsifal prudent (et, par construction, frustrant puisque l'on n'a pas l'oeuvre en entier ...), on a eu droit à un très impressionnant Angels et Visitations - ces alternances entre violence et moments plus retenus - et ensuite aux célèbres Planètes (on pouvait se passer de la projection assez statique ; la vidéo à l'opéra ou au concert est un art à part entière dont je conçois qu'il puisse aussi irriter !). Direction vive et précise et manifestement un grand accord avec l'orchestre qui l'applaudira chaleureusement à la fin. Cela me fait quand même un peu douter que le remplacement ait été décidé si tardivement que cela ! Neptune qui termine les Planètes est discrètement accompagné par la partie féminine du choeur en coulisses. Cette fin, un peu en opposition avec la force de certains des mouvements précédents, reste assez étrange. A noter que 6 jeunes musiciens du CNSMDP participaient au concert.

C'est la première fois que je retournais à l'auditorium de RF cette saison et l'acoustique est toujours la même. Cela sature un peu, par exemple dans Ratauvaara ou encore dans Mars et j'ai toujours la même impression de voir ce qui fait l'émotion dans une salle de concert sérieusement atténuée ! Acoustiquement, je continue à penser que l'on est mieux au tout haut de la salle ... Curieusement, on entendait assez mal (au second balcon) la présentation des Planètes par Mathieu Vidard et Rosine Lallemant (astrophysicienne). Pourtant, ils avaient un micro ...

Etant donné qu'un film était projeté, la moitié de la salle n'avait pas été ouverte à la location. Mais s'ils avaient tout loué, auraient-ils eu beaucoup plus de monde ? Je crains qu'ils n'aient toujours le même problème de remplissage, sauf - bien sûr - lorsque les concerts du Philharmonique ont lieu à La Philharmonie ... Mais, on reparlera sans doute de Radio France qui va continuer à avoir du mal à trouver sa place dans le nouveau paysage musical parisien.

6. Le samedi 3 octobre 2015 à , par David Le Marrec

@ Ouf1er

Bonjour majesté !

Je subodore que ça n'existe qu'en dématérialisé (vendu par œuvre), mais Botstein a fait quantité de raretés avec l'American Symphony, dont du Schmitt assez récemment : Psaume et Palais Hanté, au moins. Pas encore écouté, mais ses autres réalisations décadentes dans les mêmes conditions sont de petites merveilles, choix judicieux interprétés au meilleur niveau.

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Bonjour Faust !

Où mettre un petit écho d'actualité ?

Les carnets d'écoute récents semblent tout indiqués, mais sinon il existe une tribune libre exprès pour les hors sujets qui ne s'insèrent pas sous une notule donnée : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2007/08/06/675-carnets-sur-sol-tribune-libre .


D'autant que l'on n'avait rien trouvé de mieux que de projeter un film de la NASA pour illustrer les Planètes ... (Tintin, Objectif Lune ...)

C'était la seule chose qui me tentait dans la soirée. :)


Cela me fait quand même un peu douter que le remplacement ait été décidé si tardivement que cela !

Le boulot de l'assistant est de toute façon de maîtriser au plus près les choix du patron, donc elle a sans doute eu une place privilégiée pour prendre la suite, plutôt qu'un chef qui découvrirait les options prises et les contredirait (vu comment fonctionne l'information en la matière, purement verticale descendante) à quelques heures du concert. Mais avertir au dernier moment est tout sauf poli.


C'est la première fois que je retournais à l'auditorium de RF cette saison et l'acoustique est toujours la même. Cela sature un peu, par exemple dans Ratauvaara ou encore dans Mars et j'ai toujours la même impression de voir ce qui fait l'émotion dans une salle de concert sérieusement atténuée ! Acoustiquement, je continue à penser que l'on est mieux au tout haut de la salle ... Curieusement, on entendait assez mal (au second balcon) la présentation des Planètes par Mathieu Vidard et Rosine Lallemant (astrophysicienne). Pourtant, ils avaient un micro ...

J'y ai entendu Dutilleux (Shadows of Time), Poulenc (Litanies) et Strauss (Verklärung et Till) il y a peu : de tout en haut, c'est vraiment superbe, précis mais pas étouffé, j'ai adoré. En revanche, dans les loges de face du second balcon, c'est impressionnant, il y a juste un petit paravent, on est au premier rang… et la quantité de son est divisée par deux ! Rien qu'en écoutant le public, on se rend compte de la différence. Donc pour moi, espace ouvert systématiquement, les balcons supérieurs donc. Et là, j'aime beaucoup.


Etant donné qu'un film était projeté, la moitié de la salle n'avait pas été ouverte à la location. Mais s'ils avaient tout loué, auraient-ils eu beaucoup plus de monde ? Je crains qu'ils n'aient toujours le même problème de remplissage, sauf - bien sûr - lorsque les concerts du Philharmonique ont lieu à La Philharmonie ... Mais, on reparlera sans doute de Radio France qui va continuer à avoir du mal à trouver sa place dans le nouveau paysage musical parisien.

À ces tarifs, dans un lieu qui n'est pas identifié comme un lieu de concert par le grand public (quand même celui qui apporte les masses nécessaires pour remplir…), avec l'accueil médiocre (toujours l'œil suspicieux quand on entre, les espaces mal délimités des invités, de la manutation…), sans orchestres prestigieux (même si c'est à tort, un orchestre étranger fait toujours plus d'effet), il va être difficile d'inverser la tendance…

Peut-être qu'un événement comme la Ville Morte avec des célébrités vocales attirera un public un peu plus large… mais ce pourrait aussi être contre-productif, vu que le plus clair de la salle verra seulement le crâne ou le dos des chanteurs…


Dans l'attente, j'ai quelques soirées sympathiques de prévues ; à défaut d'être rassuré sur l'avenir de la programmation ou la juste utilisation de mes impôts, je me ferai plaisir cette saison…


Merci pour toutes ces actualités en temps réel !

David

7. Le samedi 3 octobre 2015 à , par Faust

Au 2ème balcon de face, je m'y suis retrouvé l'an passé pour le concert du National dirigé par Noseda et j'avais trouvé l'acoustique superbe. Hier, j'étais un peu plus sur le côté (loge 4). J'avais réservé une heure avant, ce qui montre d'ailleurs qu'ils font des progrès pour l'accès aux réservations ... (mais, ils doivent encore être loin de l'optimisation commerciale de l'opéra de Paris ...).

Pour vos impôts, je crains que ce ne soit sans espoir ! Mais, l'hyper concentration sur Paris est un privilège pour ceux qui y habitent.

8. Le dimanche 4 octobre 2015 à , par Ouf1er

Cher hôte !
Pour Botstein, oui, je connaissais (mais pas écouté) ces enregistrements "dématerialisés". Dommage que Telarc ait fermé boutique... Mais il nous reste les fichiers mp3.

J'étais hier au Rautavaara / Holst : Moi j'ai beaucoup aimé la présentation visuelle, relativement bien en phase avec la musique, et non bêtement plaquée. Le Rautavaara, par contre, ne m'a pas enthousiasmé, je ne trouve pas que ce soit une de ses partitions les plus inspirées.
Nous nous sommes ratés (dommage !) lors du concert d'ouverture de saison, que j'ai trouvé trés emballant (en plus de la découverte de cette magnifique salle).

9. Le dimanche 4 octobre 2015 à , par David Le Marrec

@ Faust :
Dans la loge de face, vraiment, faites la comparaison, même à un entracte, on entend spectaculairement la différence.
(Tant mieux s'ils font des progrès, ils partent de suffisamment loin pour pouvoir projeter de continuer à en faire pendant quelque temps encore.)

@ Ouf1er :
Il fallait me prévenir pour le concert d'ouverture : Sibelius par Järvi, je ne pouvais pas le manquer – et à raison. Autant le Brahms m'a laissé dubitatif sur les qualités de la salle, autant ce Sibelius, c'était une jubilation ininterrompue à peine soutenable – comme doit l'être la musique de Sibelius quand elle est bien jouée, mais on était très au delà du bien joué.

10. Le lundi 5 octobre 2015 à , par Faust

Donc, il y aurait quelques dizaines de places meilleures que les autres ?

Petit correctif : j'ai vaguement laissé entendre que des raisons de santé expliquaient sans doute l'absence de Mikko Franck. C'était oublier que la Maison Ronde est d'abord une maison de fous ... Il semblerait qu'il soit un peu agacé par Radio France (on peut le comprendre ...). Espérons tout de même qu'il reste ! L'orchestre de Paris - assez coutumier du fait - s'est séparé de Järvi (ce n'est évidemment pas pour des raisons artistiques, les seules qui seraient admissibles). Pour le National, c'est plus simple : on ne sait toujours pas qui succédera à Gatti ... Mais, après tout, nous avons l'exemple de Gérard Mortier - paix à son âme - qui avait trouvé 7 chefs (si je me souviens bien) pour diriger l'orchestre de l'opéra ! Mais, Mortier, lui, avait des raisons ...

Ce matin j'entendais sur France Musique le résultat d'une enquête de l'AFO (qui regroupe les orchestre français) sur le public. De façon involontairement humoristique (sans doute ?), le présentateur indiquait que cette enquête montrait que les conditions dans lesquelles le public est accueilli sont particulièrement importantes dans la décision d'aller ou non au concert ... Le problème de Radio France, comme vous le soulignez, c'est que le lieu n'est pas du tout perçu comme un lieu de concerts à la différence de la Philharmonie qui doit bénéficier d'une image de marque assez extraordinaire (mais n'oublions pas que l'ancienne Cité de la musique s'était forgée une belle identité). Pour l'instant, le seul progrès tangible est leur site de réservation internet (il était temps ...) !

11. Le lundi 5 octobre 2015 à , par Ouf1er

Euh, quand je parlais du "concert d'ouverture", c'était plutot celui de la saison du Philhar de Radio-France (concert Dutilleux / Strauss)... ;)

12. Le mercredi 7 octobre 2015 à , par David Le Marrec

@ Ouf1er :

En effet, ma présence était peut-être moins évidente à celui-là (je n'ai pas dû assez verbaliser mon admiration pour Shadows of Time et mon adoration pour le Poulenc sacré).

--

@ Faust :

Donc, il y aurait quelques dizaines de places meilleures que les autres ?

Non, la quinzaine de face est justement (nettement) moins bonne que toutes celles à découvert sur les côtés ! Ça doit rester bon, mais vu l'écart, je n'ai pas eu envie de tester et suis retourné dos à l'orchestre – c'était annoncé complet, et très vide, on pouvait vraiment se replacer n'importe où…


Petit correctif : j'ai vaguement laissé entendre que des raisons de santé expliquaient sans doute l'absence de Mikko Franck. C'était oublier que la Maison Ronde est d'abord une maison de fous ... Il semblerait qu'il soit un peu agacé par Radio France (on peut le comprendre ...).

C'est une suite de rumeurs, donc je ne suis plus trop sûr de ce qu'il en est vraiment, et de ce qui a été vérifié. J'ai entendu dire que c'était un conflit sur le choix de son assistant (donc pas celle qui a dirigé ?). Ça ne m'intéresse pas vraiment, de toute façon, et comme je n'ai pas la moindre influence là-dessus… mais je conserverais bien Mikko Franck si c'était possible, son tempérament s'accorde idéalement aux points fort de cet orchestre.


L'orchestre de Paris - assez coutumier du fait - s'est séparé de Järvi (ce n'est évidemment pas pour des raisons artistiques, les seules qui seraient admissibles).

On a de réels retours fiables sur la question ? Le peu que j'ai croisé des musiciens-stars de l'OP me laisse effectivement croire qu'on peut être pressé de les quitter, mais quelqu'un comme Järvi est sans doute avant tout intéressé par le potentiel artistique… C'est peut-être pour avoir un orchestre plus flexible, ou qu'il puisse refaçonner comme la NHK paraît-il un peu en perte de vitesse et de prestige…


Pour le National, c'est plus simple : on ne sait toujours pas qui succédera à Gatti ...

Jusqu'à présent, l'ONF a toujours recruté très au-dessus de sa réputation (qui, aujourd'hui, mériterait d'être bien supérieure), donc on peut être optimiste.


Mais, après tout, nous avons l'exemple de Gérard Mortier - paix à son âme - qui avait trouvé 7 chefs (si je me souviens bien) pour diriger l'orchestre de l'opéra ! Mais, Mortier, lui, avait des raisons ...

Sauf que de ces sept « invités permanents » (Dohnányi, Nagano, Salonen, Gergiev, Jurowski, Minkowski et Cambreling), très peu ont dirigé plus d'une série, et dès que Gergiev eut fait son Tristan à la troisième saison, il ne resta plus que Cambreling jusqu'à la fin !
C'était surtout une façon de faire parler de lui (en espérant que l'effet de marque reste même si les causes avaient disparu – ce qui fut le cas), et de promouvoir sans le dire son Sylvain directeur musical (ce qui aurait paru un choix décevant s'il l'avait annoncé d'emblée) – au demeurant, un bien meilleur choix que Conlon, mais l'Opéra de Paris pouvait viser un peu plus haut…


De façon involontairement humoristique (sans doute ?), le présentateur indiquait que cette enquête montrait que les conditions dans lesquelles le public est accueilli sont particulièrement importantes dans la décision d'aller ou non au concert ... Le problème de Radio France, comme vous le soulignez, c'est que le lieu n'est pas du tout perçu comme un lieu de concerts à la différence de la Philharmonie

… et loin des métros pour un public assez âgé (moi, ça m'est égal de marcher depuis Javel), et un accueil vraiment glacial, voire suspicieux. On a failli me faire ôter ma ceinture la dernière fois – ils ont hésité, et puis devant ma mine terrifiante, ils ont eu la flemme –, et à chaque fois que je croise le regard d'une hôtesse dans le hall, c'est pour m'entendre demander d'un air de réprimande où je vais [strike](manœuvrer les grands outils dans un lieu approprié, mademoiselle, mais si vous voulez venir m'aider, sentez-vous très libre)[/strike], ou qu'on me redise bien que c'est un cocktail (non délimité bien sûr, et vers lequel je ne me dirige pas), un lieu réservé, un espace de sécurité, etc.

Le personnel de salle est très aimable, mais dans le hall, on ne se sent vraiment pas bienvenu. Peut-être pire encore, pour le bien-être du public, il y a toujours plusieurs événements en même temps (ne serait-ce que le personnel qui entre et sort pour les émissions du soir), si bien qu'on ne se sent pas vraiment accueilli, comme un spectateur aime peut-être l'être (on sent qu'on est la raison d'être de la salle, que tout est fait pour notre service). Bref, de la belle musique, mais un peu sur un strapontin, comme si on nous concédait le droit de jeter un œil sur un spectacle interdit. C'est sûr que pour les gens qui vont au concert pour faire une sortie sympa, je recommanderais plutôt la Philharmonie, malgré le vestibule minusculement disproportionné.

13. Le mercredi 7 octobre 2015 à , par Faust

Vous avez raison, tout cela n'est guère intéressant. Mais, à force de maltraiter les chefs qui acceptent de diriger nos orchestres, on finira par avoir le choix entre Conlon et Cambreling ... (j'aurais plutôt mis Conlon au-dessus de Cambreling ...).

Concernant Järvi, il y a sur le net des traces de désaccords entre lui et le directeur général de l'orchestre de Paris, Bruno Hamard, passé avant par Radio France comme Didier de Cottignies le directeur artistique. Il ne semble donc pas que cela soit venu directement de l'orchestre. Assez curieusement d'ailleurs, il me semble que l'orchestre de Paris a moins le choix de son directeur musical que les deux orchestres de Radio France.

La Philharmonie est tout de même un extraordinaire succès. J'étais hier au concert des Dissonances, c'était archi rempli et le public me semble plus varié qu'à Pleyel. Au moins, ils n'ont pas de problèmes avec le chef ... mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure formule !

14. Le samedi 10 octobre 2015 à , par David Le Marrec

Oui, le caractère et les traditions ont effectivement un impact considérable dans la vie musicale, vu le caractère très interpersonnel des relations professionnelles et nominations… Metzmacher, chef de toute premier plan qui ne parvient pas à se sédentariser à cause de sa personnalité peu appréciée, paraît-il, et à l'inverse l'Orchestre de l'Opéra qui expulse les chefs, ou des membres de l'Orchestre de Paris qui persécutent leurs spectateurs, même bienveillants…

Pour moi Cambreling est nettement au-dessus de Conlon : Conlon est mou partout (Cambreling pas forcément, il a fait des choses formidables en Allemagne ces dernières années : son Enfance du Christ, par exemple, je n'ai pas entendu mieux ; après avoir fait ce qu'il a fait aux Troyens, on ne l'aurait pas cru…), a rarement quelque chose de plus à dire (alors que Cambreling, même dans ses semi-réussites dans Mozart ou Verdi, imposait au minimum une idiosyncrasie convaincue), et peut même saboter certaines œuvres (son album Schreker avec le Gürzenich, où l'on n'entend que les violons, pour une lecture superficiellement romantique, sans voix intérmédiaires – coresponsabilité avec les ingénieurs d'EMI), alors que je n'ai jamais vu Cambreling détruire quoi que ce soit.

Je ne suis pas fanatique des Dissonances, mais je les ai entendus à leurs débuts (cela dit, leurs disques ne m'enchantent pas non plus), ni esthétiquement (orchestre de chambre romantisant comme on ose de moins en moins en mettre en avant), ni techniquement (la géométrie variable s'entend dans la cohésion). Mais ils ont parfois des programmes sympathiques, et j'aime assez le patron.

Ça y est, il commence à y avoir des concerts à la Philharmonie qui remplissent plus modérément (toujours très plein, mais pas complet).

Merci pour toutes ces autres précisions !

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David Le Marrec


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