Carnets sur sol

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dimanche 9 décembre 2018

Une décennie, un disque – 1710 – l'empire de l'opera seria


1710


rinaldo_jacobs.png

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« Venti, turbini, prestate
Le vostri ali a questo piè ! »
Renaud (Vivica Genaux
) court sauver Almirène,
la fille de Godefroy et sa promise, enlevée par Armide,
en commençant par un duel épique contre un bassoniste insolent.


Compositeur : Georg-Friedich HÄNDEL (1685-1759)
Œuvre : Rinaldo
Commentaire 1 : Outre son statut historique particulier (cf. infra), Rinaldo est aussi l'un des meilleurs titres de tout Haendel, et de tout le répertoire de seria. Galerie de tubes très variés et brillants, sur un livret nettement plus caractérisé que la moyenne, qui évite notamment les statismes (et les plaintes omniprésentes…) de Giulio Cesare, son opéra le plus joué avec Alcina. Le rôle-titre est particulièrement bien servi, avec sa rage (« Abbrucio, avvampo » et ses allitérations, « Il tricerbero » en unisson), ses élans (« Venti, turbini » avec concertato de basson), ses éclats (« Or la tromba ») et bien sûr sa grande plainte, une des plus senties de tout Haendel (« Cara sposa »). De même pour les méchants – airs d'Armida avec hautbois obligé, duos de clavecins solos, d'Argante avec trompettes et timbales… À cela s'ajoutent des inhabituelles Sirènes en duo, mage chrétien, symphonies de bataille ; on ne fait pas plus varié dans ce répertoire, et au meilleur niveau d'inspiration.

Interprètes : Vivica Genaux, Inga Kalna, Miah Persson, Lawrence Zazzo, Christophe Dumaux, James Rutherford, Dominique Visse, Freiburger Barockorchester, René Jacobs (Harmonia Mundi, 2003)
Commentaire 2 : Ce n'est à la vérité pas un véritable disque coup de cœur comme les autres, davantage un document incontournable. Mes disques de seria fétiches (Haendel-Ariodante-Minkowsi,Vivaldi-Motezuma-Curtis, Graun-Cleopatra-Jacobs…) renvoyaient tous à des dates où d'autres disques, d'autres genre me paraissaient plus fondamentaux. Mon choix s'expliquera mieux après lecture, plus bas, de la mise en perspective discographique, mais il se résume assez simplement : la version Jacobs est la plus instructive dans le cadre d'un parcours découverte, car les chanteurs exécutent de réelles diminutions très riches lors des reprises (Jacobs les écrit très précisément, à rebours de l'esprit improvisé d'époque, mais cela assure aussi une réelle richesse qu'on ne retrouverait pas si aisément – et à en juger par les traités d'époque, Jacobs, pourtant assez radical, se montre plutôt économe en réalité), et même les instrumentistes dans certaines ritournelles.
    Par ailleurs, pour qui voudrait aborder ce répertoire, la variété des timbres instrumentaux (usage très généreux des flûtes à bec, du violon solos, des archiluths) peut rompre la possible monotonie. Chanteurs par ailleurs remarquables : Genaux, moelleuse et agile comme personne, la jeune Persson, ou encore le timbre délicieux de Lawrence Zazzo (l'un des rares falsettistes dotés d'un minimum de fruité et de diction). Jacobs ajoute aussi quantité d'effets, de bruitages, qui ne sont pas arbitraires mais inspirés des témoignages sur les représentations.
    C'est donc une très belle version, au-dessus de tout reproche, même si, passé l'enchantement de la découverte, je lui trouve un petit côté contrôlé et « studio », guère dansant ni furieux, accentué par la prise de son un peu confortable, qui présente pas les instruments d'époque comme à distance, sans toute leur franchise rugueuse.

Un peu de contexte : a) la naissance de l'opera seria
    Lorsque, à Florence, la Camerata Bardi projette de redonner vie au principe de la tragédie musicale à la grecque, le projet est celui d'une parole mélodieuse, rehaussée de musique pour plus d'expression. Et, de fait, dans les premières décennies de l'opéra, hors quelques ariettes où la musique prend clairement le pouvoir (rien que chez Monteverdi, on peut songer à « Vi ricordi, o boschi ombrosi » d'Orfeo, « Lieto camino » d'Ulisse ou « Pur ti miro » de Poppea), la musique demeure sobre, essentiellement une notation de rythmes et de hauteurs sur une harmonie assez simple, sorte de déclamation codifiée, avec un ambitus et des effets, grâce au chant, simplement exagéré par rapport à la déclamation parlée standard.
    Pourtant, très vite, la fascination pour la voix humaine et ses possibilités (d'ambitus, de couleur, d'agilité) va conduire vers une pente plus hédoniste, jusqu'à devenir l'exact inverse du recitar cantando, une fête purement musicale et vocale, où l'agilité est reine, sur des textes-prétextes où les héros de l'Antiquité et des romans de chevalerie s'expriment dans les mêmes métaphores stéréotypées. Dans un premier temps, la génération de Legrenzi (dernier quart du XVIIe siècle) propose des œuvres où la musique est en même temps plus variée et audacieuse qu'auparavant (témoin l'oratorio de Falvetti que je recommandais pour la décennie 1580).
    Mais, au bout du compte, les opéras d'Albinoni en témoignent dès les années 1690, le XVIIIe siècle voit le triomphe de l'air à da capo (qui persiste jusque dans le style classique et, d'une certaine façon, dans le belcanto romantique) : deux strophes courtes, dont la première, reprise, est ornée de variations spectaculaires (appelées diminutions car les traits sont en général plus rapides et donc les durées des notes plus courtes). Les récitatifs ne sont que des ponts utilitaires destinés à faire progresser l'action, tandis que les airs clos (qui peuvent régulièrement côtoyer les 10 minutes sur 8 vers à partir des années 1730), qui expriment les émotions paroxystiques des personnages constituent le clou du spectacle ; au moins autant à cause de leur virtuosité technique (longueur de souffle ou rapidité des coloratures) que de leur expressivité exacerbée.

Un peu de contexte : b) Haendel à Londres
    Lorsque Händel (Handel pour les anglophones, Haendel pour les francophones) arrive à Londres en 1710, après avoir déjà fait ses preuves en Allemagne et étudié en Italie, Bononcini vient de composer et de faire représenter le premier opéra intégralement en italien jamais donné sur une scène anglaise. Le jeune compositeur propose alors son Rinaldo, dès 1711, qui lui fait immédiatement une place de choix sur la scène britannique, et contribue à y installer le seria italien pour longtemps – puisque c'est paradoxalement par lui que l'opéra en langue s'impose, à partir des années 1730, comme un divertissement de premier plan (il en a toujours existé, mais sans le prestige des productions italiennes, à ce qui m'en a semblé dans mes lectures – je ne suis pas spécialiste de la question).
    Rinaldo n'est pas le seul à emprunter à la matière médiévale, mais il appartient à la minorité d'opéras qui y puisent au lieu des figures historiques de l'Antiquité romaine ou, déjà moins nombreux, mythologiques grecques. Il en existe un certain nombre d'exemples postérieurs (Ricardo Primero, Amadigi, divers Orlando…), mais je ne suis pas certain qu'il y en ait beaucoup avant. En tout cas le livret fut sujet de débat – puisque régidé non à partir de l'original, mais d'une traduction anglaise du Tasse.
    De surcroît, sa matière use d'une source assez récente et non d'un véritable roman de chevalierie (la Jérusalem délivrée de Tasso), qui a déjà fait les beaux jours de l'opéra français (Tancrède de Danchet & Campra – 1,2).

Alternatives discographiques :
    Le choix est assez étendu au disque, et dans de bonnes versions. Pour autant, le choix est difficile. Si l'on laisse de côté les versions anciennes loin du style (où brille par exemple Marilyn Horne, mais dans un entourage moins glorieux, et dans un style qui paraît désormais tellement monumental, assez lourd et plat à la fois), on a vu éclore depuis le renouveau baroqueux un assez solide nombre d'intégrales valables de Rinaldo, sans même mentionner les bandes de concert aisément disponibles.
    Mon véritable coup de cœur va à l'une des premières intégrales d'opéra sur instruments anciens, où je retrouve un esprit similaire au fameux Orfeo de 1969 d'Harnoncourt : certes, on a appris depuis, et fait plus mobile… pourtant il y a là une ferveur, un frémissement de la rédécouverte, une sorte de vérité de l'émotion, du plaisir, qui me rendent cette version plus présente et touchante qu'aucune autre (ou presque, j'y reviens). Malgoire en 1977, avec des grains de voix comme on n'en fait plus : Watkinson, Scovotti, Cotrubas (!), Esswood, Brett, (Ulrik) Cold, Arapian ! La grande réserve pour l'auditeur qui voudrait explorer le répertoire transversalement comme dans cette série, c'est que les da capo ne sont pas variés (et une reprise est même coupée à cause du manque de place sur le vinyle !), ce qui fait perdre de vue l'un des piliers de ce répertoire, la fascination pour la virtuosité et l'inventivité vocales : Malgoire vaut en lui-même comme un merveille, mais je doute qu'il ouvre les portes de la compréhension de ce répertoire.
    Très habité et fonctionnel, Hogwood (avec Daniels, Orgonašová, Bartoli, Fink, Taylor, Finley…), que j'ai écarté un peu pour la même raison : les da capo sont timidement ornés. Plus récent, Kevin Mallon manque un peu de contrastes mais reste irréprochable stylistiquement, et sans falsettistes (c'est son Israel in Egypt qui est fabuleux !). Plusieurs DVDs également (dont Harry Bicket avec David Daniels, très réussi musicalement, mais le visuel bigarré de Christopher Alden peut incommoder, et j'ai essayé de parler de disques ici).
    Il existe cependant une version quadrature du cercle, sans falsettistes (pas vraiment adaptés à ce répertoire, et en tout cas pas du tout les équivalents physiologiques et vocaux des castrats), avec diminutions étourdissantes, chanteurs inspirés, continuo généreux, musiciens survoltés, et un sens du texte sans effet mais toujours électrisant ; Václav Luks, qui a été capté, mais pas commercialisé. La vidéo se trouve néanmoins en ligne, et c'est peut-être par là que vous devriez commencer.
   

dimanche 2 décembre 2018

Tarare de Beaumarchais & Salieri – V – Tarare et les religions


Pour rappel : épisodes I & II (livret, onomastique, création, reprises, place politique), III (pourquoi écouter Tarare ?), IV (impressions après les représentations.

http://operacritiques.free.fr/css/images/tarare_atar.png
Esquisse de costume d'Atar pour la création.

Une chose me frappe aussi, dont je n'ai pas fait état jusqu'ici : je ne parviens pas trop à déterminer si Atar est lui aussi hindou, ou musulman. Il est d'abord sultan, donc un titre de souverain musulman, mais les termes orientaux étant utilisés avec beaucoup de libéralité, il pouvait être considéré comme sultan hindouiste par Beaumarchais. Cependant il parle aussi avec beaucoup de distance de la pratique religieuse de ses sujets, et du grand prêtre – « le plus vil animal est nourri de ta main » (je le comprends comme une référence au respect des animaux, dont les porcs).

Cela rajoute une couche de complexité à un tableau très complexe, où il est difficile de déceler une thèse hors de celle explicitée dans le prologue. Certes, Calpigi, chrétien, passe l'opéra à dispenser ses bienfaits et à tâcher de réparer les torts de son maître ; cependant il n'est qu'un personnage secondaire, et c'est un eunuque – donc, on peut le supposer, pas exactement un modèle absolu pour la plupart des spectateurs. Tarare, lui, le modèle de vertu, est hindou, et prie Brahma sur scène (« Ô Brama, tire-moi de cette nuit profonde ») ou l'invoque en sa colère (« Brama ! BramaAAAA ! »). Aux yeux d'un auteur du XVIIIe assez violemment anticlérical (le grand-prêtre est l'emblème du cynisme de tous les gens de pouvoir), une religion aux dieux multiples doit apparaître comme une superstition plus divertissante que respectable, cependant, et on sent bien la sympathie exercée par la figure chrétienne de Calpigi.

Pourtant le royaume est menacé par des hordes d'envahisseurs, qui se révèlent de « sauvages chrétiens » (donc des chrétiens qui pillent et tuent, ou du moins apparaissant en armes plus qu'en charité). Je me demande s'il faut les percevoir comme l'antithèse d'Atar, comme des Européens qui vont apporter les Lumières et mettre à bas la tyrannie… mais le temps qu'ils arrivent, c'est Tarare, qui a fait vœu de les pourfendre, qui est au pouvoir. Alors, vont-ils renverser le souverain éclairer Tarare ? Ou bien va-t-il repousser les chrétiens qui sont alors bel et bien une figure du barbare ?

Ce flou est assez stimulant, et procure des arrières-plans assez riches, très inhabituels à l'opéra. (Quel plaisir aussi qu'un auteur ne nous tienne pas la main pour déterminer le bien du mal, et ce malgré des personnages qui sont clairement des archétypes !)

Indécent décembre


Encore une fois, sélection personnelle dont le ressort est souvent la rareté ou la bizarrerie. Pour une sélection plus transversale et moins triée, l'Offi et Cadences sont assez complets (tout en ratant certaines de mes propositions, considérant les recoins où je râcle des pépites et ma veille généralisée des clubs interlopes). Et bien sûr France Orgue pour les concerts de pouêt-pouêts à tuyaux, ce n'est pas exhaustif, mais de très loin ce qu'on trouve de plus complet !



1. Rétroviseur & remise de prix

Faute de temps, repoussé à une prochaine notule qui les rassemblera dès que possible, peut-être simultanément avec les concerts de décembre. La publication de cette notule ayant pris une semaine de retard par rapport aux prévisions, voici venu le temps des ris, des chants, de la… :



2. Sélection officielle

Cette fois, j'ai tout mis, plus commode pour vous je suppose, sur un PDF avec des pastilles de couleur.

En violet : immanquable.
En bleu : très rare et/ou prévisiblement exaltant.
En vert : tentant (distribution ou rareté).

Et comme je n'ai relevé que ce qui m'intéressait personnellement (et pas tout ce qui m'intéressait, d'ailleurs), le reste aussi est conseillé / conseillable. Comme d'habitude : issu de mon agenda personnel, n'hésitez pas à demander le
sens des abréviations ou les programmes complets.

http://operacritiques.free.fr/css/images/2018_decembre.pdf


26 (novembre)
Bacilly : second XVIIe, auteur d'un traité de chant. Le seul auteur dont nous soient parvenues, je crois, les diminutions écrites pour les reprises des airs. Et elles sont très abondantes et rapides, à un point qu'on n'imagine pas – il faut se figurer Bartoli qui aurait un peu trop forcé sur le Romanée Conti. Une notule lui avait été consacrée à l'occasion d'un précédent concert, en 2010 (un disque a paru depuis).


28 (novembre)
Tarare. Multiples notules, donc celle de mercredi. N'y revenons pas, mais allez-y.

29 (novembre)
Bernstein, Songfest. Recueil de mélodies orchestrales assez lyriques (un brin sirupeuses sans doute, très sympathiques). Couplage avec le Concerto pour violon n°1 de Martinů (pas aussi fondamental que son Premier Concerto pour violoncelle dans ses deux états, mais toujours du bel orchestre à entendre) et un peu de Barber.
Lotti, Giove in Argo. Mieux connu (si l'on peut dire) pour sa musique sacrée (un Requiem en majeur…), plus archaïsante et sophistiquée, c'est ici un opéra seria tendance pastorale. Cela ressemble à du Haendel pastoral ( donc pas le plus grand Haendel). Mais dirigé par García-Alarcón avec les chanteurs du CNSM, ce peut être très bien dans le cadre original du Grand-Palais. C'est gratuit mais ce doit être complet. (Sinon il vous reste la possibilité de solliciter mon intercession. Mandats cash international acceptés,  offres en nature envisageables.)

30 (novembre)
Les Leçons de Couperin par Lombard, Champion et Correas. Très rarement donné pour ténors, et par quels ténors, deux spécialistes, dont Jean-François Lombard, qui n'a pas d'égal dans la musique sacrée française – un vrai ténor, mais qui monte avec souplesse dans des registres habituellement tenus par des contre-ténors (comme s'il bâtissait sa voix pleine à partir du mécanisme léger et non l'inverse).
Déjà entendus dans un programme similaire (avec Poulenard à la place de Champion). C'est un peu loin, mais c'est l'occasion de visiter l'une des extraordinaires églises d'Étampes (même c'est c'est en priorité Notre-Dame et Saint-Basile qu'il faut voir, et qu'aucune église n'est ouverte à la visite le même jour !!).

1er
Musique baroque mexicaine : beaucoup de compositeurs espagnols, tels qu'ils ont pu être joués pour les festivités de l'inauguration de la cathédrale de Mexico en 1667.
→ Inspiré de la pièce d'origine, une version pour un seul acteur du Procès de Monsieur Banquet, dans le château d'Écouen. Gratuit sur réservation (ce doit être complet à présent, j'aurais dû prévenir le mois précédent).
→ Un peu cher pour une œuvre pas si rare (45€ en dernière catégorie, où l'on voit cependant fort bien), mais Pygmalion de Rameau est une merveille absolue, l'Atelier de Toronto de très bonne tenue, le metteur en scène Pynkoski fait de très belles choses avec peu de moyens. Si vous ne connaissez pas, ça se tente.

2
Symphonie n°1 de Zeegant « Chemin des Dames », également une Messe co-écrite avec Karol Kurpiński (dont on donne aussi un poème symphonique « varsovien »), diverses œuvres polonaises et françaises des XIXe & XXe très rares. Pas de la musique très saillante en revanche, de jolies choses très traditionnelles, malgré les sous-titres. Dans l'acoustique infâme de la cathédrale des Invalides, pas persuadé du caractère indispensable de l'expérience.
Marin Marais au théorbe seul. Buraglia a des difficultés de projection, mais c'est un fin musicien, et il n'y aura aucun enjeu de ce genre dans cette petite cave. Réservation indispensable en revanche, microscopique jauge (une trentaine de personnes musiciens compris).

4
Hofstetter fait des miracles hors des répertoires habituels de ce spécialiste du baroque : ses Verdi sont passionnants (très peu de rubato, droit au but, très fins), je suis très curieux de ses Haydn, en plus une symphonie peu donnée.

5
Bernstein & Copland. Très original, avec en particulier la Missa brevis de l'un, le Lincoln Portrait de l'autre (avec Lambert Wilson, qui excelle dans ces exercices de récitant, contrairement à la plupart des autres vedettes qui s'y frottent). Radio-France n'a vraiment pas proposé grand'chose d'original cette saison, mais pour Bernstein, les choses ont été faites très sérieusement.

6
Antigone en ukrainien & russe. Je me méfie assez du théâtre à l'Athénée, où je n'ai jamais eu de bonnes expériences (en général assez statique et expérimental), mais il y a là une réelle motivation à réentendre cette intrigue rebattue sous des apprêts sonores nouveaux !

7
Symphonie n°1 de Méhul par Insula Orchestra & l'Akademie für alte Musik Berlin, sans chef. (Couplé avec la Cinquième de Beethoven). Méhul est souvent désigné comme le Beethoven français, non sans fondement, même si le langage de ses symphonies demeure à la fois plus français (mélodies galantes, ruptures d'une logique plus dramatique que musicale) et plus typé classique. Rarissime en concert, des œuvres assez abouties et qui seront indubitablement très bien servies !
Extraits du Grand Macabre. Pas forcément avenant, discutable san sdoute, mais incontestablement original et déstabilisant.

12
Mélodies finlandaises (Kuula, O. Merikanto, Melartin, Sibelius !), par Galitzine et Dubé (excellents musiciens). Programme rodé depuis plus de six mois, troisième ou quatrième fois qu'il est donné dans cette salle au fil des mois.

13
Rilke-Lieder de Clemens Krauss, le chef d'orchestre créateur d'opéras de Richard Strauss, co-auteur du livret de Capriccio… Il écrivait donc aussi des lieder orchestraux. Certes, reste de programme plus traditionnel, et Petra Lang n'incarne pas forcément la grâce la plus absolue qu'on peut espérer dans ce type de page, mais comme j'ignorais même que cela existât jusqu'à la publication du programme, je me garderai bien de bouder (et j'irai !).
13 & 15
→ Programme de noëls espagnols (Guastavino, etc.) qui n'attire peut-être pas l'attention, mais par le Chœur Calligrammes, putto d'incarnat du meilleur concert deux saisons de suite (!), il faut faire confiance au goût musical très sûr des chefs pour le choix des pièces, ainsi qu'à la qualité de la réalisation des choristes.
13 au 16
Pratthana, spectacle de Toshiki Okada (auteur-metteur en scène de Five Days in March), en thaïlandais. Évocation de l'histoire de la Thaïlande au XXe siècle à travers des scènes sensuelles entre couples devisant. Assez intriguant, mais après avoir trouvé Five Days assez décevant sur l'arrière-plan censé transcender les détails du quotidien (certes, ça parlait de la guerre en Irak, mais juste parce qu'ils traversaient une manifestation pour aller jusqu'au train, sans s'y mêler). Par ailleurs, je trouve que le thaïlandais n'a pas l'empire immédiatement physique du japonais sur des corps d'acteurs, et les extraits disponibles laissent percevoir que ce n'est pas très impérieusement déclamé non plus. Pas sûr que ce soit bien, donc, mais avouer que c'est terriblement tentant.

14
Quintettes de Koechlin et de Caplet aux Invalides… mais à 12h15, donc réservé à ceux qui travaillent à proximité et ont des horaires flexibles, ou aux retraités, ou aux étudiants qui sèchent. Je me demande aussi si le programme copieux annoncé sous-entend l'exécution d'une partie seulement du Quintette du grand Charles.
Le Nozze di Figaro à Massy, par une équipe de jeunes chanteurs de qualité. Rien d'immanquable (pas de chouchous absolus hors Matthieu Lecroart, mais en Bartolo seulement), mais un beau spectacle en perspective. Il y a trois dates. Je n'ai pas vérifié, mais il me semble qu'il s'agit de la production de Saint-Céré, où les récitatifs sont remplacés par des dialogues issus de la pièce de Beaumarchais.
14 & 15
→ Sibelius 2 et Nuit sur le Mont Chauve par l'excellent orchestre Ut Cinquième.
14,15,16
→ « Carnaval baroque » à Versailles, par le duo de géniaux metteurs en scène Cécile Roussat et Julien Lubeck. Pot-pourri de musiques du XVIIe (italiennes surtout, je crois – au moment où cette notule a été préparée, il y a plus d'une semaine, je ne disposais pas d'informations précises sur le programme) par le Poème Harmonique.

15
Quatuor n°1 de Jadin (je n'ai pas noté lequel des deux, mais du classicisme sophistiqué, plutôt hardin, mérite le détour). L'Orchestre de Chambre de Paris est l'un des rares orchestres permanents (probablement le seul en France, en tout cas) à avoir une réelle culture de la musique de chambre, et à tenir son rang dans l'exercice extraordinairement exigeant du quatuor à cordes, très différent de la culture d'orchestre (j'ai toujours été très déçu, comparé à des formations considérées moyennes de quatuor, par le résultat vraiment global des quatuors issus d'orchestres, que ce soit l'Opéra, le National de France, l'Orchestre de Paris…).

16 à 27
Hamlet de Thomas. Chef-d'œuvre qui réussit la conversation d'un matériau spécifique (le drame emblématique de Shakespeare) en un opéra à la française très cohérent et réussi. Il existe une série autour de l'œuvre sur CSS, réunie dans ce chapitre. Distribution au cordeau, comme toujours à l'Opéra-Comique.

19
Cendrillon d'Isouard, suite de la série des contes lyriques explorés par la Compagnie de l'Oiseleur (Le petit Chaperon rouge de Boïeldieu, La Colombe de Bouddha de R. Hahn, Brocéliande de Bloch, La Belle au bois dormant de Lioncourt). Des découvertes fulgurantes (André Bloch !) et à chaque fois des surprises devant des œuvres qui changent notre perception de ce qui était réellement joué à une époque, et qui se limitent, même en sollicitant abondamment le disque, à quelques titres épars, pas forcément représentatifs – car on garde, évidemment, ceux qui sont parmi les meilleurs et/ou ont une certaine personnalité. En exhumant d'autres bijoux qui, pour diverses raisons (conditions de création défavorables, évolution du goût…) n'ont pas pu se maintenir à l'affiche jusqu'à nous, la Compagnie de L'Oiseleur effectue un travail salutaire, d'intérêt public.
    [Ils sont par ailleurs à la recherche de partenariats avec des collectivités, prêts à explorer le répertoire propre à une ville, à une région, à un auteur, à une thématiques… Ils ne bénéficient d'aucune subvention, donc tout contact, tout donateur permettrait, vu les miracles qu'ils font sans aucun financement, outre de vivre un peu plus décemment de leur art, de décupler leur potentiel de défrichage. Denk' es, o Seele.]
    Ce que j'ai entendu d'Isouard, le grand compositeur emblématique de Malte, ne m'a jamais paru jusqu'ici excéder l'ordinaire de l'opéra comique tardif… Mais je n'ai pas lu cette partition, et ce ne serait pas la première fois que je serais surpris par les trouvailles de L'Oiseleur (témoin le récent Massé, un coup de tonnerre dont je parlerai très prochainement, dès que j'aurai pu en enregistrer quelques extraits).
    Distribution de voix amples et sonores, assez différentes des voix plus fines présentes dans les dernières productions ; pas mon esthétique, mais enfin, de grandes professionnelles (Marie Kalinine !) à qui l'ont peut faire confiance pour la maîtrise technique… et évidemment l'engagement, toute cette entreprise philantropique étant largement, pour les interprètes, à fonds perdus.
Programme de Noël baroque français avec l'ensemble de Reinoud van Mechelen. Ce qui est un peu rond et homogène pour moi à l'opéra ou dans les cantates peut bien fonctionner, surtout dans l'acoustique diffuse de la Chapelle Royale. (N'hésitez pas à regarder les tarifs, Versailles n'est pas hors de prix – 25€ en dernière catégorie, qui reste décente, ici, et il existe même moins cher pour d'autres concerts.)

20
→ Aliénor Feix, voix peu ample mais très adroite dans le lied, dans un programme original et grisant : Donizetti, Tchaïkovski, Cilea, Zemlinsky, Hahn, Schreker, Lili Boulanger, Séverac, au milieu de choses plus traditionnelles, Mozart, Schubert, Duparc, Fauré, Poulenc… Le midi.
→ Déambulation dans Orsay avec des micro-concerts des lauréats de la Fondation Royaumont… des valeurs extrêmement sûres.
Les Fâcheux de Molière avec musique de scène à la Sorbonne.
→ Un nouveau concert du duo Gens-Manoff. Très, très hautement recommandable pour le programme comme l'interprétation – c'est en revanche un peu cher pour du récital de mélodies. Enfin, pas cher si on a l'habitude des premières catégories dans les grandes salles, mais cher si on a l'habitude de prendre de l'entrée de gamme… 35€ tarif unique.
20 jusqu'à janvier
Opérettte Azor de Gabaroche. De l'opérette très légère, avec accompagnement façon mickeymousing, ce devrait être parfait pour les fêtes de fin d'année.

21,22,23
Marivaux, Le Triomphe de l'Amour mis en scène par Podalydès. La recommandation tient au fait que c'est Christophe Coin qui assure la musique, et que ses montages dans La mort de Tintagiles étaient l'une des choses musiques les plus bouleversantes que j'aie entendues… Évidemment, ici, il ne pourra pas se reposer sur la beauté du répertoire Bartók-Kurtág pour violon-violoncelle, mais on peut lui faire confiance pour laisser beaucoup de place à la musique, et de façon intelligente.

4-5 janvier
Star Wars IV & V en ciné-concert, c'est-à-dire l'intégralité de la musique jouée, par l'ONDIF en plus !  L'occasion de s'immerger complètement dans les inspirations prokovio-richardstraussiennes de John Williams, et d'entendre enfin tous ces détails masqués par le bruit des dialogues et bruitages, et pas reproduits sur disque (enfin, cela dépend des épisodes). J'aurais bien signé pour une version avec le film en muet, craignant que la sono ne concurrence un peu trop l'orchestre – moi je serais venu, même et plus encore sans la projection !  Mais en attendant une proposition conforme à mes souhaits, une grande symphonie sur les motifs de Star Wars, voire un opéra, ou simplement des portions musicales qui excèdent les tubes et les Suites d'orchestre existantes… je m'en satisferai très bien.

… et toutes les autres choses qui apparaissent sur l'agenda. Remplissez votre fin d'année, ainsi qu'on en fait sur l'Avon, comme il vous plaira. 

jeudi 29 novembre 2018

Tarare de Beaumarchais & Salieri – IV – après l'épreuve de la salle


(Voyez aussi les épisodes I & II, plus étayés, ou III.)

L'écoute hier soir de l'œuvre en salle, en conditions réelles, a mis en valeur certaines lignes de force et confirmé ce qui ne restait qu'à l'état d'intuition.

¶ L'œuvre frappe d'abord par sa variété de moyens : un nombre incalculable de figures d'accompagnement, d'astuces harmoniques, de types de climats mélodiques, qui se succèdent à un rythme effréné. Les airs sont très courts et immédiatement enchaînés, voire interrompus, si bien que l'on ne peut presque plus parler de numéros – l'intégration est encore plus forte que chez Meyerbeer, il me semble !  L'étape suivante, c'est Wagner, et encore, il existe quasiment des airs et duos ceints de récitatifs dans Die Walküre
Harmoniquement aussi… les fausses cadences de l'air séditieux de Calpigi, c'est stupéfiant, ou les enchaînements entre sections.

¶ De même pour le livret, il se passe un milliard de choses à la minute, si bien qu'en le réécoutant inlassablement depuis toutes ces années, en le voyant en action deux fois en une semaine, je parviens seulement à me familiariser avec certains détails – en particulier les relations complexes entre l'eunuque Calpigi et le sultan Atar (le second maudit et pourchasse sans cesse le premier, sans jamais le châtier), la disposition du ballet interrompu de l'acte III (avec l'échelle de soie et les lumières du sérail…), les quiproquos accumulés dans le sérail au IV (chacun se faisant passer pour un autre qui peut être, ultimement, lui-même, et croyant avoir été joué en jouant celui qui voulait l'empêcher de le jouer), qui n'arrvient pas simultanément, mais tombent en cascade à chaque réplique.
    Par ailleurs, un des rares livrets réellement drôles – l'exposition, très concise, pose tout de suite la haine paradoxale du sultan (exécrant être trop bien servi) en des termes délicieux, dont la bouffonnerie ne retire rien à l'impressionnante cruauté (ni au désarroi attendrissant du méchant). À ce titre, Beaumarchais ose des choses très rares avant le XXe siècle, comme cet esclave qu'on croit récurrent et qui, après une réplique anodine, est immédiatement occis par son prince – manière qu'on fasse comprendre qu'on badine volontiers avec la mort. Glaçant, surtout juxtaposé à cette esthétique encore gluckiste.

¶ Dans la longueur des phrases (et l'abstraction de leur propos, même hors des Prologue / Épilogue dans les nuées limbiques), on sent l'homme de théâtre pas du tout rompu aux exigences spécifiques de l'opéra. Certaines des punchlines font huit vers avec inversions et enchâssements… avec l'extension de la temporalité par le chant, les éventuels mots qu'on manque et l'attention qu'on porte à la musique, dur de tout suivre à la première écoute !  On y reconnaît d'ailleurs très bien la syntaxe du Beaumarchais du Mariage… Salieri s'en tire admirablement au demeurant, mais c'est un cas assez unique de livret manifestement « amateur » (alors que les amateurs ont toujours été légion dans le métier !) avant que les compositeurs ne commencent à écrire les leurs (Wagner, hélas… puis pas mal de monde au XXe, hélas aussi).

Le nom de Tarare (en principe une interjection dubitative ou agacée) tourne dans toutes les bouches en permanence, on ne peut pas faire une imprécation, un souhait, une action sans le mentionner, sous toutes les formes, sous tous les cris, avec au sommet l'acte II où les soldats le brament (les initiés riront) avec joie, ce serait l'équivalent de faire chanter extatiquement : « Gnagnagnagna ! Gnagnagnagna ! » (à peu près la signification de l'interjection Tarare !). C'était le défi que Beaumarchais s'était lancé en conservant le nom du personnage d'Antoine Hamilton (où Tarare est un conseiller du Prince, d'abord rusé avant que d'être bienveillant) : il souhaitait, par son caractère et à force d'invocations, réussir à faire aimer ce nom ridicule du public. Musique irrésistible de Salieri  aidant – qui ne laisse jamais passer son nom sans le faire trompetter –, c'est très réussi, si j'en juge le nombre de spectateurs qui chantaient ces répliques-là en quittant le théâtre. J'avais rarement vu un public aussi chantant en sortant d'un spectacle – et très certainement jamais pour une œuvre pré-1800 !
    Aussi étrange que ce puisse paraître, cette particularité est peut-être ce qui fait la différence entre une belle œuvre (qui regorge de mélodies irrésistibles, certes) et un chef-d'œuvre aussi prégnant que Tarare, dont le nom tournoie et vous habite longtemps après l'écoute… Un peu comme pour Pelléas : on vous dit un mot et vous avez envie de chanter la réplique qui correspond (ce qui ne se produit pas avec des tubes d'un genre différent, comme Traviata ou Carmen). Hé bien ici, on vous cite le titre et quatre ou cinq répliques viennent chanter à votre bouche…

¶ Quelques autres remarques, davantage dans le détail, mais des aspects qui m'ont réellement frappé en salle :
→ D'ordinaire, les récits de hors-scène servent à compenser l'action qu'on ne peut montrer, ici ils s'y ajoutent (après avoir montré un assassinat anodin au début du I, on a bien compris que la bienséance…), avec une science du dévoilement progressif chez Beaumarchais et une ardeur étourdissante chez Salieri. Récit de l'enlèvement d'Astasie, du combat de Tarare contre le ravisseur, de l'introduction pas si secrète dans le sérail… Nombreux, longs et virtuoses.
Le goût du métatextuel, là aussi rare à l'opéra, même pour les œuvres plus récentes. Ainsi il est fréquent que les numéros obligés reçoivent une forme d'explication dramatique : le ballet monté à la hâte pour couvrir l'enlèvement, commenté par Calpigi « On croirait voir ce spectacle de France / Où tout va bien pourvu qu'on danse », ou bien l'ariette-conseil de Spinette (un format très utilisé chez LULLY, cf. les suivantes d'Armide), qui justifie sa répétition par le risque que son mari ne l'ait pas bien comprise.
→ Enfin, je n'avais pas rêvé, il y a bel et bien des motifs récurrents – une première dans l'histoire de l'opéra, je crois – en tout cas un, celui des astuces bienveillantes de Calpigi pour secourir Tarare, motif léger et dansant qui n'apparaît que lorsque le premier dévoile son véritable visage secourable au second (trois ou quatre occurrences, assez en évidence, mais pas identiques, adaptées à la musique du contexte, vraiment du letimotive !).
 


Je n'ai jusqu'ici rien dit de précis sur la distribution, d'abord parce que je n'avais vu que la générale (et il n'est pas convenable de communiquer des observations sur une séance de travail, en particulier pour les chanteurs, qui chantaient le lendemain, et dans une salle très différente), ensuite parce qu'elle est assez idéale, tout simplement – mes contre-propositions n'auraient été, en toute honnêteté, pas spécialement meilleures dans le cas où elles auraient aussi bien réussi.

Je ne dis donc un mot que sur quelques détails, ceci n'est pas un compte-rendu, une critique ou je ne sais quoi, juste quelques réflexions sur les choix de distributions ou détails qui m'ont marqué.

Le choix de Karine Deshayes (dont la voix est devenue assez large et ronde) a dû coûter cher en cachet pour un rôle aussi court et secondaire, bien qu'il soit le centre de l'intrigue (Astasie, l'épouse de Tarare enlevée par le sultan)… mais c'était un coup de maître, les plaintes et cris un peu stéréotypés (dont le grand « Tarare ! » à la fin, un aigu à cru saisissant comme en écrivent plus tard Verdi et Wagner) de cette victime archétypale deviennent immédiatement farouches et plus grands que nature, c'est absolument parfait.

Lorsque, à l'époque des Horaces, on avait annoncé Tarare en 2018, j'avais rêvé Mathias Vidal et surtout Bernard Richter (qui, vu ses engagements dans des premiers rôles à Vienne, ne doit plus être très intéressé par le pré-1800, ni dans les gammes de prix envisageables…). Cyrille Dubois est un excellent choix, mais dans une cette distribution idéale, je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre, en filigrane, l'héroïsme que j'avais d'abord imaginé pendant plusieurs mois – Cyrille Dubois a toujours ce côté gentil garçon, ce qu'est Tarare assurément (et qui réussissait magnifiquement même dans un rôle aussi complètement romantique que Gérard de Coucy chez Halévy), mais il me manque, je crois, l'aspect impressionnant du guerrier invincible, charismatique du personnage. Il est si aimable, si poli, si modeste, qu'il séduit absolument, mais qu'on ne ressent pas pourquoi tout le monde semble aussi impérieusement pressé de mettre son nom à la bouche.
    Il semblait un peu ému, aussi, et la voix n'a réellement éclaté que dans les grands reproches de l'acte V, où il était saisissant d'assurance et de vérité.
    Par ailleurs, qu'on ne se méprenne pas : c'est un commentaire sur un détail de ce que j'ai senti, plus relié à l'œuvre qu'à l'interprète : Tarare, en plus de la partition, appelle dans l'imaginaire quelqu'un qui soit jeune, beau, vaillant, délicat, tout à la fois philosophe et athlète, doté de ce je-ne-sais-quoi qui fascine tout le monde… je ne prétends pas que ce soit la faute des interprètes s'ils n'ont pas à la fois la voix souple, le timbre clair, la couleur héroïque, la taille haute et le torse bronzé !  À cela s'ajoute que j'ai Howard Crook dans l'oreille, et que c'est possiblement le ténor que j'aime le plus dans toute la musique enregistrée…
    S'il faut parler spécifiquement de Cyrille Dubois, alors je soulignerais avant tout la diction parfaite, le style ciselé  (ces appoggiatures sans vibrato où le timbre se colore légèrement, pour mettre en valeur la tension mélodique et harmonique), du grand art.

Enguerrand de Hys, en eunuque adjuvant, ose ajouter de la nasalité à son timbre, ce qui est osé (risque d'être catalogué comme ténor de caractère, alors qu'il chante superbement les lyriques et la mélodie), mais lui permet simultanément d'être mieux audible et de jouir d'une plus grande palette expressive sur les mots, dont il fait un usage foisonnant et irrésistible. Je lui tire mon chapeau, vraiment. (Et son timbre, quoique pas à la mode, est très beau comme ça.)

Jubilation absolue et univoque, comme à chaque fois, avec Jean-Sébastien Bou en Atar : rien qu'en se mouvant dans l'étroit réduit de son pupitre, il possède la scène… La déclamation emportée, la générosité du son jusque dans le murmure, la finesse des intonations (mordant, drôle, à la fois distant sur lui-même et immédiatement crédible), la rondeur du timbre qui passe cependant très bien grâce à une assise sur un métal solide et absolument pas agressif, il incarne l'absolu de ce que peut être un baryton d'opéra. Chaque spectacle le confirme, et Atar lui fournit un rôle à sa mesure, très long, très exubérant, très drôle et très généreux vocalement.

De même, je suis frappé par les progrès des Talens Lyriques et l'absence totale de lien avec ce qu'ils ont pu être, depuis Bellérophon (1,2,3) à peu près (2010) : ils avaient la réputation (exagérée, mais pas tout à fait sans cause) d'une certaine indolence, malgré le grand sens du style de Rousset (les danses ont toujours été les plus élégantes du marché…). Leur Persée chez Ambroisie en témoigne, même si Didon de Desmarest, Cadmus et Roland montre que, sous des apparences peut-être plus ternes que la concurrence, la finesse était patente.
Dans les années 2010, grand virage donc : à ces qualités s'ajoutent, et de plus en plus, l'ardeur et la couleur. Ce que j'ai entendu hier soir, avec ses cordes d'une chaleur, d'un grain, d'une sûreté hors du commun, était absolument renversant. Les cors aussi, qui étaient réputés peu fiables, n'ont rien mis à côté, et avec quelles iristations, alors qu'ils étaient très généreusement sollicités.

Tandis que les Musiciens du Louvre, à force de XIXe, ont beaucoup perdu en personnalité, que le Concert Spirituel, toujours très intéressant, a pris un profil sonore moins adapté au XVIIe (il continue d'être remarquable dans le XVIIIe), et que d'une manière générale les chefs baroques qui ont eu du succès semblent avoir vécu comme une promotion de pouvoir jouer du Beethoven et du Brahms (Harnoncourt, Gardiner, Minkowski, Niquet, Hengelbrock, Poppen, Manze…) ou se content un peu de rejouer sans cesse le répertoire qu'ils ont exhumé (Christie), je sais infiniment gré à Christophe Rousset d'être resté fidèle, malgré sa célébrité croissante, à la mise en valeur de ce répertoire, à continuer de créer de nouvelles œuvres – alors qu'on le sait, structurellement, si on publie un Don Giovanni, on trouve tout de suite son public, et avec beaucoup moins de préparation nécessaire (ne serait-ce que constituer et payer le matériel d'orchestre !)… jouer de l'inédit réclame beaucoup plus de travail pour moins de succès. Et quelles œuvres !  Outre l'intégrale LULLY manifestement en cours – on n'avait pas de Bellérophon, et on avait si cruellement besoin d'une Alceste, par exemple, sans compter l'intérêt des volumes réenregistrés, comme Armide ! –, qui d'autre a donné inlassablement ces titres inédits, dont la dernière proposition fut cette intégrale des opéras français de Salieri ?



Une œuvre totalement atypique (et une des plus intéressantes de tout le répertoire, je trouve) + une interprétation d'une qualité délirante + un disque assuré, finalement il n'en faut pas beaucoup pour rendre David content, n'est-ce pas ?

J'espère avoir l'occasion de revenir sur quelques détails plus musicaux (notamment ces affaires d'enchaînements, d'harmonies, de leitmotive), ayant déjà quelques idées de titres pas du tout provocateurs – « [guerre des gangs] Salieri a peut-être tué Mozart, mais Wagner lui a tout volé ».
Cependant, en attendant, j'ai un programme de décembre à publier… et au autre chef-d'œuvre, cette fois du XIXe, à présenter – Paul & Virginie de Massé, une découverte assez incroyable. La notule est presque achevée, j'attends l'autorisation de publier des extraits (sinon il faudra un petit délai pour que je les enregistre moi-même).

mardi 27 novembre 2018

Une trilogie bretonne maritime – III – Paul LE FLEM (1881-1984)


Rapide notice pour compléter un petit tableau débuté il y a plusieurs années.

Paul Le Flem appartient à cette trinité bretonne de compositeurs contemporains de Debussy, chacun d'importance et doté de son langage propre – avec Ropartz (piano, violon-piano, mélodies, opéra) et Cras (quintette, chambre, mélodies, opéra). À la vérité, il en existe d'autres (Paul Ladmirault !), mais ils sont encore moins bien documentés au disque.

Le Flem a vécu plus de cent ans, et traversé beaucoup d'esthétiques à travers sa vie ; on connaît surtout par le disque sa première période, du début du XXe siècle, très « française », marquée par d'Indy, la recherche harmonique subtile (dans la lignée de Fauré et d'Indy), mais pas radicale comme Debussy ou Ravel. Sa marque distinctive serait l'usage du folklore de façon encore plus franche que ses compères bretons, n'hésitant à l'inclure de façon beaucoup plus directe (final de la Première Symphonie, du Quintette piano-cordes…).

Pour autant, il a aussi eu sa période dodécaphonique. (Cependant je n'ai pas réussi à trouver quoi que ce soit d'enregistré, même sous le manteau. Ce doit pourtant exister, mais pas à ma portée.)



Au disque :

Par ordre de priorité (à mon très humble goût / avis). On peut tous les écouter (après inscription gratuite et installation éventuelle d'un bloqueur de publicité) sur Deezer : https://www.deezer.com/search/le%20flem/album, où je crois qu'il ne manque à peu près rien de sa discographie depuis l'ère du CD. [Rectifications et compléments très bienvenus.]


Quintette piano-cordes.
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(Alain Jacquon & Louvigny SQ, Timpani)
Riche et lumineux, parcouru de folklore, dans l'esprit du Quintette de Cras, de la Sonate violon-piano n°2 de Ropartz, de celle de Koechlin, ou du final de son Quintette.


Symphonie n°1.
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(Orchestre de Bretagne & Claude Schnitzler, Timpani)
Projet très d'indyste de l'inclusion du folklore, mais avec une forme beaucoup plus rigoureuse et stimulantes que les poèmes symphoniques (ou symphonies, d'ailleurs) très rhapsodiques de d'Indy. Particulièrement atmosphérique et entraînant, sans négliger une véritable richesse de langage (plutôt du côté Copland, dans le mouvement que Debussy – ou alors celui de Printemps ! –, indépendamment des couleurs typiquement françaises).


Sonate violon-piano.
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(Philippe Koch & Alain Jacquon, Timpani)
(Annick Roussin & Marie-Catherine Girod, Accord)
Un peu moins marquante que le Quintette, mais dans un genre similaire, très belle et engageante. Petit faible pour Koch-Jacquon, plus net de trait, mais deux excellentes versions.


Symphonie n°4.
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(Rhénanie-Palatinat, Marco Polo)
Dans un style très différent de la Première, ici on est du côté des couleurs bigarrées de Martinů (qu'il connaissait bien !), avec une harmonie plus néoclassique et audacieuse à la fois.


Aucassin & Nicolette.
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(Orchestre des Pays de Savoie & Chaslin, Timpani)
Inspiré des formats médiévaux, une petite histoire chantée où la parole prévaut, des vignettes qui n'ont pas énormément, je trouve, de prégnance musicale, et qui valent avant tout par leur atmosphère générale.


Sept pièces enfantines.
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(Girod, Accord)
(Giorgio Koukl, Marco Polo)
Des pièces charmantes, très dépouillées, très délicates et poétiques – en cela plus proche des Cras que des considérables Ropartz.


¶ Divers poèmes symphoniques en couplage avec les précédents albums.


¶ Une poignée de mélodies.
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(par Madalen & Yvon Le Marc'hadour, Gérard Pondaven, BNF dématérialisée)
Très peu de pièces (dont Clair de lune de Verlaine), chantées dans un style emphatique vraiment passé de mode (et des voix assez moyennes), difficile de se faire une opinion. Ça ressemble à de la mélodie française début XXe.



Petite notule en attendant la parution (en cours) de l'agenda de décembre et d'une plus vaste notule autour de Paul & Virginie, opéra majeur du XIXe siècle français, étrangement resté occulté quand son compositeur ne l'est pas totalement.
Et, bien sûr, la reprise du parcours Une décennie, un disque, dès la première occasion.

mercredi 21 novembre 2018

Le seul opéra de Beaumarchais, le meilleur opéra de Salieri : Tarare remis au théâtre


Voici que reparaît le dernier Salieri en français qui restait à jouer dans une version récente (il existe peut-être une ébauche de version française de La Grotta di Trofonio, mais a priori une simple traduction, et probablement pas achevée), après le postgluckiste (en mieux) Les Danaïdes et l'atypique Les Horaces (avec ses Entractes qui font avancer l'action en sortes d'étranges spin-off sacrés).

Mais Tarare en est, à mon sens, le plus remarquable – et aussi l'un des opéras de langue française les plus marquants de tout le répertoire.

http://operacritiques.free.fr/css/images/tarare_4_nature_puissants.png

Jeudi à Versailles, samedi à Vienne (Theater an der Wien), mercredi à la Cité de la Musique, et le 9 décembre à Caen. Tout cela avant la publication d'une intégrale chez Aparté.

CSS a déjà consacré un (début de) série à l'œuvre, où vous pourrez trouver des éléments sur sa genèse, les principes de son livret, sa réception triomphale, ses adaptations au fil des régimes politiques…

Je compte écrire quelques notules supplémentaires, notamment autour de son aspect durchkomponiert étonnant, de son harmonie mouvante… mais en attendant, une fois n'est pas coutume, un véritable résumé.

[[]]
Gian Paolo Fagotto, Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Frédéric Chaslin. Palais de la musique et des congrès de Straasbourg, 1991.



Pourquoi faut-il aller voir Tarare ?

♥ Il s'agit du seul livret d'opéra écrit par Beaumarchais. Il est assez étonnant, avec un Prologue et un Épilogue allégoriques, où la Nature tient des propos absolument séditieux qui ont étrangement été validés par la critique, sapant tout le principe du mérite et de la naissance, donc de l'aristocratie, donc de la monarchie française. Salieri se tire assez remarquablement de phrases longues au contenu franchement abstrait. Le reste est une intrigue de sérail plus traditionnelle, mais garnie de rebondissements assez incroyables, à un rythme que n'osait pas même Le Mariage de Fiago !

Tarare fut l'un des plus grands succès de l'histoire de l'Opéra de Paris. Créé en 1787, il est repris par tous les régimes successifs : monarchie constitutionnelle, Convention, Consulat, Restauration… et jusqu'en 1841 (à Hambourg !). À chaque fois, la fin est amendée : le tyran se tue initialement, ou bien règne en s'amendant et prêtant sermant sur le Livre de la Loi (1790), ou n'a pas de successeur (1795). La Convention extorque des modifications à Beaumarchais, mais sous le Consulat, après sa mort, les ajustements se poursuivent.
Dans la version de 1790, Tarare libère les brahmines et les bonzes, permet le divorce des héros, accorde sa protection aux nègres (l'affranchissement, à la lecture du livret, m'a paru plus ambigu), ce qui nous vaut une magnifique ariette dans le style proto-banania qui ne passerait plus très bien la rampe de l'opinion publique…
(vous pourrez lire tout cela plus en détail, avec les visuels d'époque, dans la notule précédemment mentionnée)

♥ Le rythme dramatique y est effréné, les actions virevoltent, les mouvements y sont presque toujours vifs, les modulations nombreuses, les procédés d'accompagnement très variés (beaucoup de pizz aux violons, par exemple). On ne peut pas s'y ennuyer.

♥ La partition regorge de tubes (« De quel nouveau malheur », « J'irai, oui j'oserai », « Va, l'abus du pouvoir suprême », « Saluons tous la belle Irza ») et de moments irrésistibles (beaucoup d'ensembles et de chœurs aux mélodies très marquantes).

♥ Elle met aussi en valeur les voix, avec des écarts vocaux assez inhabituels pour l'époque, presque de l'écriture pour spinto, en particulier chez Astasie, ou le seul moment réellement sérieux de Calpigi, son air sédicieux et ménaçant « Va, l'abus du pouvoir suprême ».

♥ La structure même de la partition est tout à fait inhabituelle, novatrice, fascinante : les numéros et les récitatifs restent certes audiblement séparés, mais il sont imbriqués, comme dans du Meyerbeer… beaucoup n'ont pas vraiment de début ni de fin, mais s'enchaînent directement – le nombre de demi-cadences qui ne se résolvent qu'une fois la suite lancée !  On peut vraiment rapprocher cette conception de ce que fait Meyerbeer dans les années 1820-1830, et qui inspire évidemment Wagner par la suite. J'ai même repéré des motifs récurrents attachés à des personnages (Calpigi sûr, Astasie à vérifier, peut-être une simple coïncidence sur un motif assez simple). Je ne crois pas que ça existe ailleurs à cette date.

♥ Enfin, et ce n'est pas rien, s'il existait déjà un DVD avec Jean-Claude Malgoire (Howard Crook, Jean-Philippe Lafont), très réussi mais inégal (les voix féminines et les parties allégoriques sont complètement inintelligibles), ce que j'ai entendu à la générale laisse présager un disque qui règlera complètement la question, avec la meilleure équipe imaginable : Wanroij, Deshayes, Hys, Dubois, Bou, Christoyannis, Boutillier, Martin, grands spécialistes de la déclamation française, tous sous leur meilleur jour – Jean-Sébastien Bou était en feu ! 
Quant aux Talens Lyriques, à qui je pourrais tout pardonner tant ils sont à peu près les seuls à être restés fidèles au défrichage de ce répertoire malgré leurs succès (les Arts Florissants rejouent les mêmes titres qu'ils ont découverts il y a trente ans, les English Baroque Soloists et les Musiciens du Louvre font du XIXe, je pardonne au Concert Spirituel parce qu'il joue certes du XIXe, mais tout aussi inédit), ce qui est sans doute moins valorisant en termes de remplissage et de couverture critique que de faire des Don Giovanni ou des Fidelio, mais remplit un rôle inestimable d'épiphanie du répertoire… ils se montrent sous leur meilleur jour, colorés, mordants, ardents, exaltant chaque pièce dans une course effrénée. Non seulement ils sont les meilleurs serviteurs du répertoire, mais ils sont aussi devenus, je crois, le meilleur truchement de l'esprit de ces musiques.
Comme les enregistrements Aparté ont lieu après les représentations avec l'expérience du concert et que les prises de son sont toujours superlatives, je vous laisse pressentir vos bonheurs à venir.



Tout ceci est loin de couvrir l'ensemble des mérites de Tarare, mais que vous y alliez pour la place historique, l'originalité dramatique, la nouveauté de la musique, les jolies mélodies, les notes aiguës, les beaux gosiers ou les crincrins hystériques… chacune de ces catégories, seule, peut mériter le déplacement, ou l'investissement dans le disque (délai d'un an environ).

dimanche 18 novembre 2018

[Carnet d'écoutes n°122] – les hits de la rentrée : Marx, Diepenbrock, Schjelderup, Alpaerts, Ascanio, de Boeck, Popov…


Comme c'est désormais l'usage régulier et périodique, vous trouverez ici quelques impressions éparses, laissées en vrac, tirées d'expériences d'écoute depuis trois mois, et livrées sans apprêt. Simplement manière d'avoir trace de certains compositeurs dont je n'ai pas le temps de parler dans une notule à part, mais qui méritent peut-être votre attention… Évidemment, quand c'est pour confesser que j'ai écouté un opéra de Vivaldi ou une symphonie de Brahms, ça revêt un intérêt qui se limite au mieux au people, mais je n'ai pas ébarbé, j'ai mis pêle-mêle toutes les choses que j'ai pu trouver de vaguement rédigées.

À propos de la cotation :
Les binettes se lisent comme les tartelettes au citron ou les putti : elles ne concernent que les œuvres, pas les interprétations (en général choisies avec soin, et détaillées le cas échéant dans le commentaire). Ces souriards ne constituent en rien une note, et encore moins un jugement sur la qualité des œuvres : ils indiquent simplement, à titre purement informatif, le plaisir que j'ai pris à leur écoute. Je peux avoir modérément goûté l'écoute de chefs-d'œuvre et jubilé en découvrant des bluettes, rien de normatif là-dedans.
1 => agréable, réécoute non indispensable
2 => à réécouter de temps en temps
3 => à réécouter souvent
4 => œuvre de chevet
5 => satisfaction absolue
Un 2 est donc déjà une bien bonne note, il ne s'agit pas de le lire comme une « moyenne » atteinte ou non.

Pour cette livraison, vous trouverez en outre quelques sélections discographiques.

A. Suggestions discographiques

LE CRÉPUSCULE DES DIEUX

(Non, je vais très bien, merci.)

On demandait une bonne version de la troisième journée du Ring de Wagner.

Dans les enregistrements anciens, Keilberth 52 (avec Varnay-Aldenhoff-Uhde) ou 53 avec (Mödl-Hotter-Windgassen) sont plus vivants et propres que ceux que tu cites. Il y a même une version stéréo chez Testament de 55, très vantée (je trouve personnellement que la distribution est moins bonne et que la netteté de la prise met plutôt en valeur les défauts, mais c'est incontestablement plus confortable pour le son).
Plus sophistiquée au niveau de la direction d'orchestre, très fouillée, il y a Kempe 1960 (avec une distribution qui tourne beaucoup entre les différentes journées, la jointure entre la période des années 50 avec Uhde et Varnay et 60 avec Hines et Nilsson).
Hors de Bayreuth, Furtwängler à la Scala en 1950 : c'est un bazar innommable à l'orchestre, les chanteurs ne sont pas forcément intéressants ni dans leur meilleur jour (Frantz, Svanholm, Flagstad…) mais il se dégage un enthousiasme, une atmosphère d'épopée humaine très touchante.

Il y a surtout eu beaucoup de versions récentes de très, très grande qualité. 
♦ Sawallisch a une distribution particulièrement formidable et une tenue parfaite (mais n'apporte peut-être pas beaucoup de neuf vu que tu en as déjà beaucoup ; c'est une version de base parfaite, sans défauts). Dans un genre similaire, il y a Levine ; mais tu as déjà Haitink dans la veine du gentil-studio, un peu mou pour Walküre, très bien pour le reste.
♦ Neuhold pour la fluidité (avec des chanteurs confidentiels à l'époque et surtout un orchestre de moindre niveau), c'est celle que j'écoute le plus parmi les versions commercialisées, parce que tout coule avec un élan incroyable, surtout le Crépuscule, mais je te la déconseille, trop mon genre et pas assez le tien. Tout sauf luxueux, déjà.
♦ Weigle, de même, l'une des lectures les plus fouillées orchestralement, mais vocalement, il faut un peu s'accrocher par endroit (Bullock on s'habitude, moins pour les Filles du Rhin, et certainement pas pour Lance Ryan). Pas pour toi non plus. 
♦ Schønwandt à Copenhague (DVD), équilibre parfait, avec Theorin au moment où sa carrière explose. N'existe pas en CD, mais là aussi irréprochable en tout point. 
♦ Haenchen (version SACD) avec le Philharmonique de Pays-Bas, d'un chambrisme incroyable jusque dans le Crépuscule. La distribution (Watson, Andersen, Dohmen) est solide sans être particulièrement spectaculaire, mais orchestralement, gigantesque claque. 
♦ Thielemann à Vienne, chez DGG, très bel équilibre entre les voix et l'orchestre, à mon avis ce qu'il te faut.

Et plein d'autres très bien, mais il faut choisir. 

Pour te changer de tes références un peu anciennes, je te recommande donc en priorité Haenchen II (le I est un DVD) et Thielemann-Vienne (il existe une version de Bayreuth, moins luxueuse).
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MENDELSSOHN – ELIAS (sur crincrins)

Grande nouvelle qui fera plaisir
à ceux qui ont été exaltés ou rendus curieux par la récente version Heras-Casado avec le Freiburger Barockorchester, formidable tournée – dont j'ai eu confirmation de première main qu'elle ne sera pas publiée chez Harmonia Mundi comme les symphonies. Sad

J'avais manqué la sortie de deux versions discographiques sur crincrins & pouêt-pouêts d'Elias : Hengelbrock avec le Balthasar-Neumann Ensemble (et son Chœur) qui me tente mais ne sera probablement pas ma référence personnelle, et Rademann avec l'Akademie für alte Musik Berlin (l'orchestre de Goebel), et le le RIAS Kammerchor comme pour Heras-Casado. Je viens d'essayer cette seconde.

Jolie claque à l'écoute : peut-être moins de galbe, que chez Heras-Casado, mais pour ce qui est du spectre sonore, on retrouve des équilibres comparables, très stimulants. Grande version. Le Chœur de la RIAS m'a aussi paru plus limpide, et les solistes sont encore meilleurs (Petersen, Lioba Braun, Schmitt, Oliemans), d'une éloquence extraordinaire. Le choix d'Oliemans, vrai baryton central, liedersänger un peu sombre, était un coup de génie : cet Élie certes moins paternel envoie du texte ! Et la ligne est splendide.

Ça fuse un peu moins qu'Heras-Casado, en tout cas tel qu'on pouvait le sentir en concert et avec le visuel, mais pour ce qui est de la discographie, vraiment très au-dessus, pour moi, de toutes les autres versions HIP parues : McCreesh, Hagel, Herreweghe, même Bernius. Décidément, Rademann est une véritable référence un peu partout ! (Son Allegro-Penseroso-Moderato est une tuerie aussi, ainsi que ses Bach.)

J'ai un peu recensé, pour mon usage personnel, les versions disponibles. Il y en a beaucoup (et je n'ai pas beaucoup poussé les recherches, donc il en reste).

En allemand
Dohnányi 1966
Sawallisch I, Gewandhaus (Adam)
Masur, IsraelPO (A. Miles)
Conlon, Gürzenich (A. Schmidt)
Pappano, Monnaie (van Dam)
Sawallisch, BayRSO (Volle)
Rilling, Gächinger Stuttgart (W. Schöne)
Märkl, MDR Leipzig (R. Lukas)
Budday (Lika)
Cambreling, Museum Frankfurt (Lika)
Fohhmann-Borggrefe

En allemand sur crincrins
Herreweghe, Champs-Élysées (Peteri Salomaa)
Hagel, Capella Weilburgensis (Mertens)
Bernius (Carus)
Hengelbrock, Balthasar Neumann (Nagy)
Rademann, Akademie für alte Musik Berlin (Accentus Music)

En anglais
Sargent, Liverpool (John Cameron) 
Sargent, Liverpool (James Johnson) 
Frühbeck de Burgos, New Philharmonia (Fischer-Dieskau)
Krips, LPO (Michael Cunningham) 
Marriner, ASMF (Allen) 
Hickox, LSO (W. White)
Gilbert, NYP (Finley)
Psalm & Wisdom (ensemble évangélique japonais ?)
R.Harvey, KalamazooSO

En anglais sur crincrins
Daniel, Age of Enlightenment (Terfel)
McCreesh, Gabrieli Players (Keenlyside)

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Beethoven, Symphonie n°9

Mes chouchous ne surprendront personne, ce sont aussi ceux que je cite régulièrement pour les intégrales.


¶ Dohnányi & Cleveland, vraiment une intégrale extraordinaire partout ; mais chez Telarc, donc épuisé et plus distribué depuis assez longtemps à présent. Certains volumes apparaissent un peu aléatoirement sur Deezer et YouTube. Pour les disques, il faut être plus patient.
Du tradi, mais vif et une petite harmonie extraordinaire (Cleveland à son faîte).

¶ Wand & DSO Berlin. Comme tous les disques du dernier Wand avec l'ex-RIAS, une hauteur de vue structurelle et une vigueur d'exécution rares. Si on veut du Beethoven grand format, on ne peut pas être mieux servi. 

¶ Karajan & Berlin 77. Malgré son côté très ample et rond, il y a dans cette intégrale une personnalité et une furie qui s'accorden très bien, et le meilleur volet en est cette Troisième. 

¶ Dausgaard & Chambre de Suède. Cordes modernes, cuivres anciens, conception HIP mais pas sans chair, la quadrature du cercle, et tout est toujours très vif, emporté et maîtrisé dans cette intégrale, celle que j'ai le plus écouté ces dernières années. Quadrature du cercle peut-être, mais qui penche un peu plus du côté baroqueux (peu de fondu dans le spectre).

Hors commerce, j'ai énormément écouté Minkowski (la plus belle variation aux bois du final, de toutes ! – le léger ralenti du hautbois, complètement ineffable dans ce qui est déjà le plus beau moment de tout Beethoven) et Urbański & Trondheim (à la fois tradi et HIP, on ne fait pas mieux calibré, et ces timbres irrésistibles !). Si jamais l'un ou l'autre grave cela, restez attentifs. Smile

Sinon, Gardiner, Böhm & BayRSO, Solti 74, Zinman, Immerseel, Hogwood, et dans une moindre mesure à mon goût Leibowitz & RPO, Järvi & Brême, Kabasta, Maag & Veneto, de Vriend & Enschede, Norrington & Stuttgart, Weingartner, Markevitch & NBC, Monteux & Concertgebouw, les grandes références ne manquent pas.

Si on écarte les versions molles (le premier mouvement, écrit en valeurs longues et orchestré de façon un peu opaque, peut vite s'empâter si on ne respecte pas la vivacité du tempo prévu), on a très vite beaucoup, beaucoup de satisfactions. Je ne crois pas avoir jamais entendu les mouvements II ou IV ratés !

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B. Quelques nouveautés

21) Donc, Mahler 6 par Currentzis. Ces cordes acérées (sans sécheresse) ! Cette ardeur dévastatrice (loin de son impavidité fréquente) ! Cette lisibilité ! Ces cuivres tranchants ! Jamais entendu ça, ça emporte tout ! Seule petite réserve : on n'entend presque pas les bois.
(donc pas très coloré) On y retrouve pour la première fois chez lui l'élan russe (et ces cuivres pas du tout occidentalisés !), l'intensité aussi des buveurs de Bodka.


22) Comme je suis quelqu'un d'important (à n'en pas douter), j'ai déjà dans les mains le récital d'Elsa Dreisig à paraître le 5 octobre, et incluant une merveilleuse scène finale de Salomé dans sa version française – où brillent Montpellier et Schønwandt, quel bon-son !



23) Belle version du drame naturaliste terrible (dans la veine de L'Attaque du Moulin de Bruneau operacritiques.free.fr/css/index.php?… ou de La Lépreuse de Lazzari operacritiques.free.fr/css/index.php?… ).

Quel est cet orchestre ? Vais me mettre en quête. Beaucoup de studios avec de peu célèbres chez les majors (Cagliari, Navarre, Montpellier, Philharmonie Slovène…), sans doute pour limiter les coûts – on ne les acquiert pas pour les orchestres, et souvent largement bons.

Bonne version, où le couple n'est pas à son meilleur individuel, mais reste très valeureux (et merci d'enregistrer ça !). Je n'ai jamais été saisi comme cela par un rire… l'éclat final est terrifiant, Kurzak pourra finir sa carrière dans le doublage d'horreur.



24) Ascanio, du Saint-Saëns galant (ambiance Proserpine) mais dans un contexte historique un brin burlesque, sur les frasques de Cellini. Délicieux, et grande équipe (Gauvin, Hubeaux, Tilquin, Richter, Lapointe, Teitgen, Tourniaire !).




25) On peine à le croire, mais il est encore possible de produire de l'inouï dans Don Giovanni. Simone Toni est un ancien hautboïste avec Europa galante, et avec son ensemble Silete venti!, il propose une lecture sans équivalent.
Le principe se résume facilement : cordes presque inaudibles (une par partie ?), pianoforte qui domine le spectre, tempi les plus rapides possibles, tout le temps. On comprend très vite comment ça fonctionne, et pas de surprise, c'est tout le temps comme cela. Donc : aucun legato, chaque temps fort est appuyé comme un accord, un Don Gio percussif comme un Gluck joué par Spinosi, probablement assez loin de ce qu'on faisait à l'ère classique.

Honnêtement ? C'est pas très joli et assez monotone, on finit par s'ennuyer (et manquer des beautés mélodiques et harmoniques à force de sforzandos), mais il fallait oser, c'est assez amusant, dans le genre oh-Currentzis-est-un-tradi-mou.
En revanche c'est globalement très bien chanté et de façon très expressive (quel boulot sur les récitatifs !), mention spéciale pour la plus belle Zerline de tous les temps, qui a un vrai ton de paysanne et une voix à fondre : Lucía Martín-Cartón (déjà dans Alceste !).

Point faible, version de Prague : pas de Dalla sua pace, de Mi tradì ni bien sûr de Per queste tue manine. Point fort, la mort (chœur en voix naturelles contrefaites, terrifiant), on entend tous les contrechants, ça explose de partout, c'est très impressionnant.

À la réécoute, on entend tout dans l'engloutissement car le chef décale légèrement les accords de l'orchestre après le début des syllabes de Giovanni : cela permet d'entendre le timbre et le texte, l'air de rien. Du grand art.

À titre informatif, du Commandeur à la damnation :
Karajan-DG 8'02

Barenboim-I 7'55
Mitro 7'39
Krips 7'12
Muti 7'11

Fricsay 6'55
Marriner 6'38
Furtie-53 6'34
Nézet 6'31

Rhorer 6'15
Solti-II 6'08
Currentzis 6'06
Klemperer 6'02

Gardiner 5'22
Jacobs 5'15  
Harding 5'00

Toni 4'23


En effet.

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Beethoven, nouvelle intégrale Blomstedt / Gewandhaus chez Accentus
Quand à Blomstedt-Gewandhaus, j'ai commencé à écouter sur le conseil de F.R.. (8 & 9 pour l'instant)… Et en effet. Shocked Rien à voir avec sa jolie version avec Dresde, très réussie dans le genre tradi, mais tout de même très moelleuse, pas très détaillée, un brin molle çà et là. Très bonne référence de base, mais pas du tout un grand aboutissement de la discrographie. 
Parti pris totalement contraire à Leipzig : certes, la pâte reste cette d'un grand orchestre, et les vents ne sont pas forcément mis en valeur, mais c'est un festival de respirations et de détachés. Je n'ai jamais entendu le premier mouvement le 9 aussi fascinant, tenir à ce point un discours, plutôt qu'être une ouverture en forme de happening.
Et on y entend très bien l'orchestre de Chailly !

Je vais tout écouter, je ne sais pas s'il y aura de la place pour y revenir souvent dans le milliard d'intégrales existantes et excellentes, mais pour l'instant, ce que j'ai entendu ne souffre aucune réserve, c'est même la quadrature du cercle : ample, rond, et pourtant parfaitement limpide et élancé. bounce
[...]
Écouté aussi les 3, 4 et 6. Pour mon usage personnel, ça privilégie vraiment trop les cordes (et rien de très neuf quand on a déjà plein de versions), mais c'est superbe et très vivant, assurément.

(En définitive j'ai davantage aimé la version Chailly avec le même orchestre, plus coloré, et prise de son plus détaillée.)

Mais bon, c'est parce qu'on a 984267382094732641 versions qu'on se permet de faire la fine bouche, je serais enchanté de voir ça en concert, ou même de n'avoir que cette intégrale assez irréprochable et plutôt enthousiasmante.
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3. Playlist du trimestre
 
¶ J'essaie en ce moment d'écluser le fonds CPO (impossible) et la vaste collection Grande guerre (quarantaine de volumes de raretés) chez Hortus. Ce soir : mélodies autour de Verdun par Françoise Masset, « Prescience, conscience » par Marc Mauillon. Et la toujours merveilleuse Anne Le Bozec !
J'ai cru pleurer pour Octobre d'Henry Février, bouleversant (Masset). Et je suis toujours aussi fan du /Noël des enfants qui n'ont plus de maison/ de Debussy, qui me rend si jovial, en plus par cette voix ! (Mauillon)

Alerte rouge ! Plein de publications Salieri sont passées sous mon radar, dont La Scuola de' Gelosi que j'attendais depuis si longtemps… et par L'arte del mondo, donc très très vivant (chez DHM). J'ai déjà commencé l'écoute. Et c'est très très bien.
(vous le verrez plus loin, hors l'ouverture, j'ai été très déçu de ne pas y trouver grand'chose)

¶ Křenek – Pot-pourri – Philharmonique de Hanovre, Takao Ukigaya Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Mendelssohn – Elias – Petersen, L. Braun, M. Schmitt, Oliemans ; Akademie für alte Musik Berlin, Rademann (Accentus Music) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Au sommet de ce qu'on peut y faire dans le genre HIP. J'en ai parlé dans le fil adéquat. 

¶ (Joseph) Marx – Rhapsodie pour quatuor piano-cordes – avec Triendl au piano (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ (Joseph) Marx – Scherzo pour quatuor piano-cordes – avec Triendl au piano (CsPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ (Joseph) Marx – Ballade pour quatuor piano-cordes – avec Triendl au piano (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Vraiment très chouette tout cela, et cette ballade intensément lyrique !

¶ (Joseph) Marx – Quartetto in modo antico – Thomas Christian Ensemble (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ (Joseph) Marx – Quartetto in modo classico – Thomas Christian Ensemble (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ (Joseph) Marx – Quartetto in modo chromatico – Thomas Christian Ensemble (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très sympathique, surtout le dernier évidemment.

¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – Nagy, Balthasar Neumann Ensemble, Hengelbrock (DHM) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – A. Schmidt, Chœurs Düsseldorf & Gürzenich Cologne, Conlon (EMI) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – Lika, Frankfurt Vocalakademie, Figuralchor & Museum O, Cambreling (Arte Nova) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – Lika, Budday (K&K) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – van Dam, Monnaie, Pappano (Forlane) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – R. Lukas, MDR Leipzig, Märkl (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – Adam, Leipzig Radio Ch & Gewandhaus O, Sawallisch I (Philips) Very HappyVery Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – W. Schöne, Gächinger Kantorei Stuttgart, Rilling (Hänssler) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Elias (prologue, ouverture, premiers chœurs) – Oliemans, RIAS kCh & Akademie für alte Musik Berlin, Rademann (Accentus Music) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Trouvé Hengelbrock nettement moins intéressant que Rademann ou Heras-Casado : vraiment très vertical, peu de liant, ça sonnerait déjà archaïsant pour du Gluck… 
Par ailleurs, difficile de revenir à mes anciennes amours après ce bain de HIP : la Radio de Leipzig m'a paru étonnamment opaque avec Sawallisch, Rilling presque mou… 

¶ (Joseph) Marx – Herbstsymphonie – American SO, Botstein (AmSO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ (Joseph) Marx – Herbstsymphonie – American SO, Botstein (AmSO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Bissée. Des moments où je ne vois pas trop où va cette profusion un peu gratuite, et d'autres élans richardstraussiens et superpositions schrekeriennes que je trouve tout à fait irrésistibles.

Il n'existe toujours pas de version CD, mais celle-ci est la première version un peu officielle : l'American Symphony (qui officie sur la Côte Est, dans la grande banlieue Sud-Ouest de New York, disons) publie énormément de ses concerts avec Botstein, en général de très grandes raretés bien décadentes, de tous pays. Mais ce n'est pas disponible en disque : pour des raisons évidentes de stock et de distribution, vu la rareté du corpus, ce n'est disponible qu'en numérique en ligne. Mais cela existe, capté professionnellement et légalement. C'est déjà beaucoup.


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Trucs banals

¶ Album Richardot / Daucé Very Happy Very Happy

¶ Lalo – Ouverture du Roi d'Ys – BBCPO, Tortelier (Chandos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Lalo – Ouverture du Roi d'Ys – Orchestre des Concerts du Conservatoire Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Williams – Star Wars Suite – Indianapolis SO (bande vidéo) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Brahms – Symphonie n°2, final – Indianapolis SO, Urbański (bande vidéo) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Brahms – Symphonie n°4 – Gewandhaus, Chailly (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Brahms – Ouverture tragique – Gewandhaus, Chailly (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Brahms – Ouverture académique – Gewandhaus, Chailly (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Brahms – Variations sur thème de Haydn – Gewandhaus, Chailly (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile

¶ Brahms – Symphonie n°1 – Helsingborg SO, Manze (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Brahms – Symphonie n°2 – Helsingborg SO, Manze (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Brahms – Symphonie n°3 – Helsingborg SO, Manze (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Brahms – Symphonie n°4 – Helsingborg SO, Manze (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Brahms – Ouverture tragique – Helsingborg SO, Manze (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Brahms – Ouverture académique – Helsingborg SO, Manze (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Brahms – Variations sur thème de Haydn – Helsingborg SO, Manze (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile

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Chœurs décadents

¶ R. Strauss – Die Tageszeiten– Rundfunkchor Berlin, Janowski (PentaTone) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ R. Strauss – 3 Männerchöre– BBC Singers, King's College, Cleobury Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Je crois que c'est la première parution intégrale et de l'un et de l'autre, sur deux disques différents, alors que ce sont des merveilles, certes, incomparablement moins complexes que les grands Rückert (Abend, Deutsche Motette, Putzzimmer…). Ce repos de midi… I love you 

¶ Marx – Herbstchor an Pan – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Marx – Morgengesang – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Marx – Berghymne – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Marx – Ein Neujahrshymnus – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Marx – Herbstchor an Pan – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos)
¶ Marx – Morgengesang – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos)
¶ Marx – Berghymne – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos)
¶ Marx – Ein Neujahrshymnus – Apollo Voices, BBCSO & Ch, Bělohlávek (Chandos)
(bissés)

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Lieder orchestraux décadents

¶ Marx – Lieder orchestraux – Brewer, BBCSO, Bělohlávek (Chandos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile

¶ Diepenbrock – Hymnes à nuit de Novalis– Begemann, St. Gallen SO, Tausk (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Diepenbrock – Der König in Thule– Begemann, St. Gallen SO, Tausk (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Diepenbrock – En sourdine– Begemann, St. Gallen SO, Tausk (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Diepenbrock – Hymne aan Rembrandt – Westbroek, Symphonique de la Radio des PB, Spanjaard (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Quelle petite merveille de lyrisme, avec assez peu de retenue. Je n'ai pas vérifié quand ça a été capté, mais Westbroek y apparaît en pleine gloire. 
¶ Diepenbrock – Hymne aan Rembrandt – Westbroek, Symphonique de la Radio des PB, Spanjaard (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Bissé. 

¶ Strauss – Salomé, scène finale – Dreisig, Montpellier SO, Schønwandt (Warner) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Oui, ça ne paraît que le 5 octobre, mais quand on a des relations… Une merveille, en particulier de transparence orchestrale et d'élan, avec toute la fraîcheur de ce lyrique léger. Magnifique. 

¶ Schoeck – Besuch in Urach – Shirai, Höll Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Schoeck – Besuch in Urach – Harnisch, Symphonique de Berne, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schoeck – Besuch in Urach – Harnisch, Symphonique de Berne, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schoeck – Besuch in Urach – Harnisch, Symphonique de Berne, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
(Trissé, comme d'habitude.) Dans mon top 3 des œuvres que je voudrais entendre en vrai (hors inédits, bien sûr).

¶ d'Albert – Die Seejungfräulein – MDR Leipzig, Märkl (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ d'Albert – Die Seejungfräulein – Kasyan, Osnabrück SO, H. Bäumer (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile


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Célébrations chrétiennes décadentes

¶ Diepenbrock – Missa in die festo – Chœur de la Radio des PB (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Diepenbrock – Te Deum – Concertgebouworkest, Beinum (licence Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Diepenbrock – Te Deum – Concertgebouworkest, Beinum (licence Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
(bissé) Le premier Diepenbrock que j'aie entendu, avec Elektra, à une époque où on ne trouve à peu près que cela… Œuvre très pudique et séduisante.

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Orchestre décadent

¶ Diepenbrock – Hymne pour orchestre – St. Gallen SO, Tausk (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Diepenbrock – Elektra – Bamberg SO, Hermus (CPO) Very Happy Very Happy Smile
¶ Diepenbrock – De Vogels – Bamberg SO, Hermus (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Diepenbrock – Marsyas – Bamberg SO, Hermus (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy

¶ d'Albert – Ouverture d'Esther – MDR Leipzig, Märkl (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très beau romantisme tardif élancé.
¶ d'Albert – Prélude de Die toten Augen – MDR Leipzig, Märkl (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Étonnamment debussyste !
¶ d'Albert – Suite de Cendrillon – MDR Leipzig, Märkl (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy

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Quatuors décadents

¶ d'Albert – Quatuor n°2 – Reinhold SQ (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ d'Albert – Quatuor n°1 – Reinhold SQ (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ d'Albert – Quatuor n°2 – Reinhold SQ (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ d'Albert – Quatuor n°1 – Reinhold SQ (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
Bissés, comme d'habitude.

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¶ Schoeck – Sommernacht – Berne SO, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schoeck-W.Honegger – Sonate pour clarinette basse et piano (version concerto) – Berne SO, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Smile
¶ Schoeck – Suite tirée de Penthesilea – Harnisch Berne SO, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schoeck – Besuch in Urach – Harnisch Berne SO, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
(Pour les autres bijoux du genre, je renvoie Benedictus à ma dernier Playlist, avec des Diepenbrock et d'Albert lyriques assez grisants. colors )

¶ Hausegger – Aufklänge – Bamberg SO, Hermus (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Hausegger – Dionysische Fantasie – Bamberg SO, Hermus (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Hausegger – Wieland der Schmiedt– Bamberg SO, Hermus (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile

¶ Atterberg – Quatuor n°2– Stenhammar SQ (CPO) Very Happy Very Happy
¶ Atterberg – Quatuor n°3– Stenhammar SQ (CPO) Very Happy Very Happy Smile
¶ Rangström – Quatuor n°2– Stenhammar SQ (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy

¶ R. Strauss – Beim Schlafengehen– Dreisig, Louveau (bande) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Schubert – Im Frühling – Dreisig, Louveau (bande) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Mendelssohn – Symphonie n°3– Birmingham CSO (Chandos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très tradi, un peu mou par rapport à ce qui se fait de mieux (tutti bien opaques).

¶ Irgens-Jensen – Tema con variazioni– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Irgens-Jensen – Partita sinfonicai– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Irgens-Jensen – Suite Baldvines Arming– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Irgens-Jensen – Symphonie en ré mineur– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Irgens-Jensen – Rondo marziale– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Irgens-Jensen – Passacaglia– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
J'aime toujours beaucoup cette symphonie (quelle explosion dans l'Andante !), mais le reste, que j'avais peu écouté, est très bien aussi. Pas forcément assez complexe pour Arnaud, mais il y a là deux belles variations symphoniques. Wink La Passacaille est tout de même bien sympa !

¶ Schjelderup – Brand– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Schjelderup – Symphonie n°2– Trondheim SO, Aadland (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Symphonie très figurative (avec des sous-titres façon Pastorale, évoquant des paysages norvégiens), mais c'est bien Brand qui retient l'attention, évidemment. Pas beaucoup d'éclats, mais des aplats redoutables. bounce

¶ Mendelssohn – Quatuor n°1– Escher SQ (BIS) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
BIS, la meilleure maison pour écouter du quatuor. I love you La réécoute confirme une intégrale qui se hisse tout en haut de la discographie, au moins du niveau des Ysaÿe ou des Henschel…

¶ Francky Vincent – Lieder variés– Les Bikinis de Francky Vincent (CPO)

¶ Alfvén – Symphonie n°1– DSO Berlin, Borocwicz (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy 
C'est bien, mais tradi, il est vrai que le DSOB n'a jamais été un monument de séduction timbrale, cependant j'espérais plus de transparence et d'allant. Même N.Järvi-Göteborg font mieux, en matière de tension (sans parler de Willén et Westerberg). 
¶ Alfvén – Drapa– DSO Berlin, Borocwicz (CPO) Very Happy Very Happy Smile


Et la minute glottophile : 
¶ François Juno – L'an 1999
¶ François Juno – L'an 1999
¶ François Juno – L'an 1999
¶ François Juno – L'an 1999
¶ François Juno – L'an 1999
Je suis totalement jaloux de son fausset, comment ça envoie ! École Visse agréée.

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Meyerbeer, Le Prophète, Toulouse 2018
https://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/le-prophete-de-meyerbeer-au-theatre-du-capitole-a-toulouse-271753

Merci pour le conseil !

Je n'étais pas enthousiaste pour Flor (Carmen et Requiem en ut de Cherubini, certes anciens, épais), mais force est d'admettre qu'il met remarquablement en valeur l'orchestration et joue cela avec un véritable charisme. L'orchestre semble avoir combiné les vertus de l'ère Plasson (connaissance du style) avec celles de Sokhiev (vigueur, rondeur sans opacité), vraiment splendide.

Côté voix, excellente surprise aussi. Pas pour Aldrich, prévisiblement très incarnée (mais qui s'adapte tout de même remarquablement à la tessiture très basse de Fidès, interpolant même un fa2 !), mais Osborn est dans un grand jour en effet (beaucoup de nuances, moins d'essais de passer en force qui éliment le timbre, et le suraigu toujours aussi facile alors que son répertoire a complètement changé) ; j'ai adoré la Berthe de Fomina, ronde mais très intelligible, moelleuse mais non sans tranchant, innocente et glorieuse à la fois, vraiment splendide.
Quant aux Anabaptistes (Atxalandabaso, Dear, Ivashchenko), on n'a probablement jamais eu un aussi bon trio, clarté mordante du ténor Atxalandabaso (mi-caractère, mi-menaçant), profondeur de la basse 2 (j'ai l'impression que Dear, toujours aussi profond et moelleux, tient les parties de Zaccharie, les plus graves, et non Mathisen, dans les trios ?), et Ivashchenko dont on connaissait l'impact et le charisme, mais qui se révèle aussi très décente en français (prononciation, émission, style, il y a mieux mais ça passe vraiment bien).

La mise en scène fonctionne vraiment, peut-être pas assez sarcastique à mon goût, mais elle vit raisonnablement, et montre les deux faces de la médaille, avec un peuple ambigu, des Anabaptistes qu'on ne sait aventuriers ou fanatiques, etc. Ce qui ne fonctionne pas très bien au disque (les hésitations infinies de Jean à partir) se résolvent facilement sur la scène.

Beaucoup de coupures (la plupart des reprises, plusieurs transitions, pour l'instant pas de pièce entière – j'en suis au III), mais hors du studio Lewis, on n'a jamais eu une version de telle qualité sous la main, où tout le monde est bon, où l'orchestre vit…

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Hier, en voiture avec un ami ; il m'avait chargé de préparer la playlist, donc vous retrouverez quelques Marrec-hits. (Je précise ne pas l'avoir maltraité avec du classique interlope, c'est un ancien membre très actif du forum Classik.)

¶ Fried – Die verklârte Nacht– Rügamer, Foremny (Capriccio) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ van Gilse – Symphonie n°2– PBSO, Porcelijn (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ François Juno – L'an 1999 – Coideubeaux SO, E. Coideneuphe (Enfant) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Borgstrøm – Thora på Rimol– Stene, Bjørkøy, Moe, Trondheim SO, Terje Boje Hansen (Simax) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schoeck – Besuch in Urach– Harnisch, Berne SO, Venzago (Musiques Suisses) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Hindemith – Canon Othmar Schoeck, Schoeck, Schoeck, Schoeck, Schoeeeeeck– Rundfunkchor Berlin (Wergo) Very Happy Very Happy Very Happy Very HappySmile

Aujourd'hui :
¶ Tchaïkovski – Sérénade pour cordes – Saito Kinen O, Ozawa (Philips) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Dvořák – Sérénade pour cordes – Saito Kinen O, Ozawa (Decca) Very Happy Very Happy
¶ Wolf – Sérénade pour cordes – Saito Kinen O, Ozawa (Decca) Very Happy Very Happy Smile
¶ Bartók – Divertimento pour cordes – Saito Kinen O, Ozawa (Decca)
(en cours)
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Ça faisait un moment que je n'avais pas posté les dernières écoutes, pardon, je vais fatiguer votre doigt de scroll

Mais comme j'ai écouté ou réécouté plein de trucs mentionnés récemment, ça sert de follow-up

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Cycle Børresen

¶ Børresen – Sextuor à cordes– Copenhagen Classic (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Børresen – Quatuor n°2– Copenhagen Classic (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Børresen – Quatuor n°2– Copenhagen Classic (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
(Bissé.)
¶ Børresen – Symphonie n°1– Saarbrücken RPO, Ole Schmidt (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Version formidable de plus, aérée et élancée comme les embruns (oui, c'est la 2 qui évoque la mer, je sais), merveilleux.
¶ Børresen – Sérénade pour cor et orchestre – HAN Xiaoming, Saarbrücken RPO, Ole Schmidt (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Sobre et radieux, calibré pour moi. 
¶ Børresen – Symphonie n°2– Saarbrücken RPO, Ole Schmidt (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Børresen – Symphonie n°3– Saarbrücken RPO, Ole Schmidt (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Børresen – Hvis du har varme Tanker– Rosvaenge, Seidler-Winkler Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Børresen – Symphonie n°1– Saarbrücken RPO, Ole Schmidt (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Børresen – Sérénade pour cor et orchestre – HAN Xiaoming, Saarbrücken RPO, Ole Schmidt (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Børresen – Thèmes folkloriques nordiques– Saarbrücken RSO, Ole Schmidt Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Børresen – Mod døden– Chambre Otrobothnienne, Juha Kangas Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Børresen – Mod døden– Chambre Otrobothnienne, Juha Kangas Very Happy Very Happy Very Happy Smile

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Cycle Casella

¶ Casella – Serenata – Orchestre Haydn de Bolzano, Alun Francis (CPO) Very Happy
Oui, bon, heu. À quoi bon àquoibonner ?
¶ Casella – Concerto pour quatuor à cordes – Orchestre Haydn de Bolzano, Alun Francis (CPO) Very Happy
Ça sonne peut-être bien pour quatuor à cordes, mais dans cet arrangement pour orchestre à cordes, que c'est mou pour ne pas dire grand'chose 
¶ Casella – Divertimento per Fulvia– Orchestre Haydn de Bolzano, Alun Francis (CPO) Very Happy Smile

¶ Casella – Symphonie n°3– Symphonique de Rome, La Vecchia (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
Pas aussi riche que la 2, mais un côté néo- et babillard assez sympa (avec ce bon gros rondeau-final), comme du bon Honegger.
¶ Casella – Elegia eroica– Symphonique de Rome, La Vecchia (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Casella – Suite en ut– Symphonique de Rome, La Vecchia (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Vraiment beau (cite beaucoup Mahler 1, au demeurant).
¶ Casella – Pagine di guerra– Symphonique de Rome, La Vecchia (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
Avec programme inclus pour chaque mouvement. Figuratif, assez sympa, ça pourrait faire son effet en salle. 
¶ Casella – Concerto pour orchestre– Symphonique de Rome, La Vecchia (Naxos) Very Happy Very Happy
Bien. 

¶ Casella – Triple concerto – Berlin RSO (Capriccio) Very Happy Very Happy Very Happy
Agréable.

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Cycle Musikalische Exequien

¶ Schütz – Musikalische Exequien – American Bach Players Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schütz – Musikalische Exequien – Collegium Vocale, Herreweghe (Phi) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schütz – Musikalische Exequien – Vox Luminis, Meunier Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schütz – Musikalische Exequien – La Petite Bande, Kuijken (Accent) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schütz – Musikalische Exequien – Rademann (Carus) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schütz – Musikalische Exequien – Akadêmia, Lasserre Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schütz – Musikalische Exequien – The Sixteen (Coro) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Mon chouchou est de loin Kuijken, mais les ABP, Rademann et Lasserre sont très bien aussi ; au contraire Herreweghe et surtout Christophers vraiment vaporeux et mous, plutôt à éviter. J'en reparle dans les prochaines heures / jours sur CSS. 

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Cycle Leçons de Ténèbres de Couperin

¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Laurens, Sluis, Monteilhet, Müller, Boulay II (Erato) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
On fait accompagnements plus originaux désormais, et pourtant celui-ci est assez parfait (la gambe de Marianne Müller !), sans parler du contrepied incroyablement réussi de Guillemette Laurens dans la Première Leçon. Je crois que c'est la version que j'aime le plus, contre toute attente. Surprised
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Monoyos, Zanetti, Monteilhet, Lasla, Coudurier (BNL) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Celle-ci aussi a vieilli, et avec moins de contreparties, assurément. Pourtant elle conserve un véritable charme (et quels interprètes !).
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – K. Blase, Haller, Gester (Parlement de Musique) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Une de celles dont on n'attendrait rien, et pourtant une de mes chouchoutes. Je crois que personne n'a aussi bien réussi la Deuxième Leçon.
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Leclair, Warnier, Perret, Mandrin (Ambronay) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Une version du bon goût, de l'équilibre parfait, très allante, musicologique, incluse avec du plain-chant. Serait la version de départ à conseiller.
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Greuillet, Desrochers, Foulon, Vernet (Ligia) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Accompagné de grandes orgues d'époque, un délice.
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Zomer, Grimm, Laarhoven, Fentross, Delft, dir. Fentross (Channel Classics) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Lecture très lente, mais Zomer étant l'éloquence même (elle excelle aussi bien dans le seria que dans l'air de cour français), tout fonctionne.
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Gerstenhaber, Révidat, XVIII-21, J.-Ch. Frisch (K617) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très étrange version, Frisch accompagne les Leçons sur les grands jeux (pourquoiiiii ?), mais c'est assurément dépaysant, et vu la qualité des gens en présence, fonctionne assez bien. 
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Zanetti, Masset, Dupouy, J. Dunford, Holland (Hérisson) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Voilà une version qui devait être absolument étourdissante en vrai ! Au disque, Zanetti déclinante et le timbre mûr de Masset (inaltéré depuis des années : elle sonne toujours jeune en vrai, et toujours vieille au disque, c'est ainsi…) donnent l'impression trompeuse d'un manque de fluidité, il y a un petit quelque chose qui manque d'abandon.
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Bennani, Lefilliâtre, Dumestre (Alpha) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Seulement survolé celle-là, beaucoup de parutions récente, et a version italianisante et colorée de Dumestre n'était pas celle qui m'attirait le plus. À réécouter. 
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Sampson, Kielland, Sayce, S. Heinrich, R. King (Vivat) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Nouvelle parution. Très bien, un peu appliquée, mais irréprochable.
¶ Couperin – Leçons de Ténèbres du Mercredi (pour le Jeudi saint) – Santon, Magouët, Blanchard, Sartre Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Le plus bel accompagnement de toute la discographie, incroyablement organique et vivant, très riche et sans épate, vraiment un sommet. Mais bon sang, pourquoi inviter des voix lourdes et pas très gracieuses, qui peuvent convaincre dans une action scénique, mais prévisiblement pas pour du son pur ? En plus, Chantal Santon est dans un bon jour, le timbre ne dévisse pas du tout… simplement ce n'est pas une voix qu'il faut ici, on entend les coutures du timbre, les anfractuosités de la charpente… je ne comprends pas. Ce ne sont pas les excellents sopranos légers qui manquent, dans n'importe quel chœur baroque, et je doute que Santon ou Magouët fassent écouler des disques rien que sur leur nom… Sad

Il faudra un jour que je fasse une discographie complète de cette œuvre, les listings sont prêts, mais dès que je veux le faire, il y a plusieurs nouveautés qui surgissent…

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Cycle Trios de Mendelssohn

¶ Mendelssohn – Trio n°2 – Kavakos Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Mendelssohn – Trio n°2 – Perlman-Ma-Ax (Sony) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Mendelssohn – Trio n°2 – Trio Yuval (Centaur) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Mendelssohn – Trio n°2 – Trio Grieg Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Mendelssohn – Trio n°2 – Julia Fischer, Müller-Schott, Gilad Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile

Et plus tard dans la semaine : 

¶ Mendelssohn – Trio n°2– J. Fischer, Müller-Schott, J. Gilad (PentaTone) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
(écouté le final une grosse dizaine de fois tandis que j'écrivais l'arrangement pour voix & piano…) Quelle netteté d'exécution, quelle apothéose !
¶ Mendelssohn – Trio n°2 (final)– Trio ATOS sur le vif(YouTube) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Trio n°2 (final)– Trio d'étudiants coréens (YouTube) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Nettement moins intéressant que leur studio CPO. 
¶ Mendelssohn – Trio n°1– J. Fischer, Müller-Schott, J. Gilad (PentaTone) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Je les trouve un peu plus prudents ici. 
¶ Mendelssohn – Trio n°2– Trio ATOS (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mendelssohn – Trio n°1– Trio ATOS (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très vive, beaucoup de danse et de respiration, de délicatesse, tout paraît effleuré, virevoltant. Un peu l'inverse du splendide lyrisme sérieux de Julia Fischer. Moins parfait peut-être, mais un gros choc lorsque je l'ai découvert, devenu ma référence (oui, devant les Grieg, Stern, les Mendelssohn, les Bienvenue, les Munich, Julia Fischer…).
Tout ça le nez dans la partition (le 2, moins séduisant, est beaucoup mieux écrit en réalité).

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Cycle Castelnuovo-Tedesco

¶ Castelnuovo-Tedesco – Quintette piano-cordes n°1 – M.P. Bianchi, Quatuor Aron (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Castelnuovo-Tedesco – Quintette piano-cordes n°2 – M.P. Bianchi, Quatuor Aron (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Comme c'est fauréen ! cheers Très belle surprise, écriture riche et subtile, pour un compositeur dont la réputation se résume largement à celle d'amusettes pour gratouilleurs.

¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture Julius Cæsar– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture The taming of the Shrew– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture Antony and Cleopatra– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture A Midsummer Night's Dream– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture The Tragedy of Coriolanus– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Voir le fil concerné.

¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture Julius Cæsar– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture The taming of the Shrew– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture Antony and Cleopatra– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture A Midsummer Night's Dream– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture The Tragedy of Coriolanus– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Voir le fil concerné.

¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture A Midsummer Night's Dream– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Castelnuovo-Tedesco – Ouverture The Tragedy of Coriolanus– West Australian SO, Andrew Penny (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Voir le fil concerné.

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Le reste

¶ Rubinstein – Symphonie n°2– Moscou SO Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Sous-titrée l'Océan, effectivement beaucoup d'effet de resac. Et vraiment intéressante, vivante, subtile. Du grand Rubinstein – on ne produisait pas quantité de musique aussi nourrissante en Russie dans les années 1850 !

¶ Schindler-Mahler – Lieder – Ziesak-Huber Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Au sein d'un récital plus vaste. On y entend certains lieder qu'elle n'avait pas faits avec Garben, et surtout on l'entend avec Huber. bounce 
¶ Schindler-Mahler – Lieder – Ziesak, Vermillion, Elsner, Garben Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Schindler-Mahler – Lieder – Sabine Ritterbusch Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Lassus – Lamentations de Jérémie – Huelgas, van Nevel Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Lassus – Lamentations de Jérémie – Chapelle Royale, Herreweghe (HM) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Lassus – Lamentations de Jérémie – Collegium Regale, Cleobury Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Trois excellentes versions (un faible pour la rondeur de Herreweghe, j'en suis le premier étonné).

¶ Marenzio & Friends – La Pellegrina – Bertin, Novelli,n van Dyck… ; Collegium Vocale, Capriccio Stravagante, Sempé (Paradizo) Very Happy Very Happy Very Happy
La version Huelgas étant indisponible depuis longtemps, j'avais manqué cette nouvelle parution salutaire, qui vaut bien la précédente version d'ailleurs ! Les fameux intermèdes de 1589 qui préludent à l'invention de l'opéra par la Camerata Bardi.

¶ Mozart – Trio K. – Mutter, Müller-Schott, Previn (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile

¶ Stenhammar – Concerto pour piano n°2 – Niklas Svielöv, Malmö SO, Mario Venzago (Naxos) Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Stenhammar – Concerto pour piano n°1 – Niklas Svielöv, Malmö SO, Mario Venzago (Naxos) Very Happy Very Happy Smile
Conseillé par Frédérique. Très planant, heureusement que Venzago anime tout avec netteté. Beaux concertos très bien exécutés, qui échappent à la pure virtuosité. 

¶ Verdi – Aida (extraits) – vidéo de la dernière série de Stockholm, avec Christina Nilsson, Dalayman, Defabiani, Morandi(Operavision.eu) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Ouille. Entre le ténor qui pousse tout ce qu'il peut, Dalayman toute pâteuse… je n'ai pas osé m'aventurer très loin.

¶ Verdi – La Traviata (extraits)– vidéo de la dernière série d'Oslo (Operavision.eu) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Vraiment pas mal chanté, par des gens peu connus chez nous. 

¶ Braunfels – Quatuor n°1– Auryn SQ (CPO) Very Happy Smile
¶ Braunfels – Quatuor n°2– Auryn SQ (CPO) Very Happy Smile
Je n'ai jamais adoré ce corpus, Braunfels a vraiment des œuvres où il ne livre pas le meilleur de lui-même. Ça m'a donné une furieuse envie de réécouter les appels de la Huppe, mais j'ai d'abord du CPO à finir (je suis en train d'écouter l'intégralité du catalogue qui m'intéresse…).

¶ Bruch – Quatuor n°1– Mannheimer SQ (CPO) Very Happy Very Happy
¶ Bruch – Quatuor n°2– Mannheimer SQ (CPO) Very Happy Very Happy
Un peu déçu lors de mes dernières réécoutes : plus schubertien et plus gentil qu'il m'avait d'abord semblé. 

¶ O. Lindberg, Madetoja, Børresen, Bull, Kajanus – mouvements lents pour cordes– Ostrobothien ChbO, Kangas Very Happy:D Very Happy Smile
Børresen et Oskar Lindberg très réussis, notamment.

¶ (Hans-Günter) Brodmann – Musica Sacra / Percussion Fantasies (CPO) Smile
Imitation de bruits d'Afrique, avec percussions traditionnelles, oiseaux, passage d'avions. Bon, heu, sans doute intéressant si on ne sort jamais de chez soi et qu'on habite dans une rue très calme.

¶ Cannabich – Sinfonie Concertanti Op.7– Camerata Köln (CPO) Very Happy Smile
En fait de Symphonies concertantes, ce sont des quintettes avec flûte, vraiment pas le meilleur de sa production. Interprétation étrangement pastel et timide, d'ailleurs.
¶ Cannabich – Les Fêtes du Sérail– L'arte del mondo, Werner Ehrhardt (Ludi Musici) Very Happy Smile

¶ The Mountain Goats – Love, Love, Love Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Guédron / Le Blanc / Le Roy – Album « Cœur », airs de cour– Lefilliâtre, Le Levreur, Goubioud, Mauillon (Alpha) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Le plus bel album d'airs de cour, voilà. Vous en trouverez une recension (centrée sur Guédron) et un extrait sur Carnets sur sol, dans la série Une décennie un disque (lien dans la signature).

¶ Stravinski – L'Oiseau de feu (Suite pour piano) – Ralf Gothóni Superstar (Ondine) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Stravinski – L'Oiseau de feu (Suite pour piano) – Piemontesi Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
Tour de force de virtuosité (invraisemblable), et surtout de musique, où l'arrangement de Guido Agosti permet de retrouver très exactement les textures de l'orchestre avec un seul piano solo. Assez souvent enregistré, vois-je, et un peu déçu qu'il n'ait fait que Kachtcheï / Berceuse / Final, j'aurais voulu en entendre davantage. bounce 

¶ Stravinski – Le Sacre du Printemps (pour cinq pianos)– The 5 Browns (Steinway) Very Happy Very Happy 
¶ Stravinski – Le Sacre du Printemps (pour cinq pianos)– The 5 Browns (Steinway) Very Happy Very Happy 
Pas fabuleux enregistrement, pas très bien capté d'ailleurs.

¶ Tchaïkovski – Roméo & Juliette– Chapelle d'État Svetlanov, V. Petrenko (site de la Philharmonie de Moscou) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très chouette.
¶ Tchaïkovski – Roméo & Juliette– Tchèque PO, Bychkov (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Manque un peu de relief pour moi (contrairement à la très belle symphonie en couplage).
¶ Tchaïkovski – Roméo & Juliette– Berlin, Maazel (DGG) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Francesca Caccini – La liberazione du Ruggiero dall'isola di Alcina – Romabarocca, Lorenzo Tozzi (Bongiovanni) Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Francesca Caccini – La liberazione du Ruggiero dall'isola di Alcina – Huelgas, van Nevel (DHM) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Francesca Caccini – La liberazione du Ruggiero dall'isola di Alcina – Sartori (Glossa) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Détails sur l'œuvre et la discographie disponibles sur Carnets sur sol dans les prochaines heures. 

¶ Meyerbeer – Le Prophète (I,II,III) – Fomina, Aldrich, Osborn, Ivashchenko ; Capitole de Toulouse, Flor (CultureBox) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
Voir le fil concerné.

¶ Beethoven – Symphonie n°8– Gewandhaus O, Blomstedt (Accentus) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Beethoven – Symphonie n°9– Fujimura, Elsner, Gerhaher ; Gewandhaus O, Blomstedt (Accentus) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Beethoven – Symphonie n°6– Gewandhaus O, Blomstedt (Accentus) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Beethoven – Symphonie n°3– Gewandhaus O, Blomstedt (Accentus) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Beethoven – Symphonie n°4– Gewandhaus O, Blomstedt (Accentus) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Voir le fil concerné.

¶ Henze – Suite des Bassariden– Gürzenich O, Stenz (Phoenix) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Henze – Nachtstücke und Arien– Claudia Barainsky, Gürzenich O, Stenz (Phoenix) Very Happy Very Happy 
¶ Henze – Symphonie n°8– Gürzenich O, Stenz (Phoenix) Very Happy Very Happy Very Happy
Voir le fil concerné.

¶ Mendelssohn – Concerto pour violon – Chouchane Siranossian, Anima Eterna, Jakob Lehmann (Alpha) Very Happy Very Happy Very Happy 
Parti pris de jouer selon ce qu'on sait des jeux d'époque. Donc pas de vibrato, beaucoup de glissandos pour fluidifier les phrasés. Le début est vraiment horrible, le violon crie (tellement détimbré et poussif que ça donne l'impression d'être un peu faux), figurez-vous Carmignola en train de jouer le Concerto de Sibelius…
En revanche dans les traits rapides, et même dans l'andante, beaucoup de charme, les couleurs sont comme ravivées. 
Orchestralement, un peu frustrant : jolis bois anciens, mais on n'entend pas bien le détail, tout paraît très pâle (et Lehmann accentue chaque début de mesure, ce qui marche bien dans Rameau ou Cherubini, mais Mendelssohn fait en sorte qu'il y ait d'autres possiblités, tout de même). 
Mais intéressant.

¶ Mendelssohn – Octuor à cordes– Chouchane Siranossian, Anima Eterna, Jakob Lehmann (Alpha) Very Happy Very Happy Very Happy 
Mêmes caractéristiques : spectre allégé, aigu étriqué et lyrisme difficile, détails un peu flous. Étant donné la nature moins agile de l'écriture mélodique, j'entends moins les contreparties positives que dans le concerto, mais ça change et c'est quand même très chouette.

¶ Brahms – Vier ernste Gesänge– Groissböck, Huber (Decca) Very Happy Very Happy Smile
¶ Wagner – Wesendonck-Lieder– Groissböck, Huber (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Étonné par la mobilité expressive de Groissböck, encore plus que pour son Schwanengesang, Bertram a raison ! Voilà qui me fait très agréablement mentir sur l'adéquation des basses au lied. Il faut dire que le piano éloquent, évocateur, passionnant de Gerold Huber occupe toute l'attention nécessaire et complète très bien la sobriété du chant. Néanmoins, Groissböck ne semble pas tassé ou amoindri, il entre vraiment avec franchise dans le texte et les atmosphères, là où Talvela, Bastin, Moll, Polgár semblaient chanter un peu sur la pointe des pieds. 
¶ Mahler – Rückert-Lieder– Groissböck, Huber (Decca) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Il ose même alléger pour les lieder plus légers, je suis impressionné (et séduit).
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¶ Schubert – Der Schwanengesang – Groissböck, Huber Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Très vivant, très bien déclamé, superbe. Je suis frappé, à nouveau, par la sobriété et l'adéquation de cette voix pourtant ample à la fine expression du lied. Un très grand Schwanengesang, sans effet de manche ni monotonie.

¶ Massenet – Sapho – Doria, Sirera, Orchestre de la Garde Républicaine Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Très chouette, de très beaux moments. Sirera est vraiment épatant, quelque part entre le moelleux de Vanzo et le mordant de Théruel. I love you

¶ Berlioz-Rechsteiner – Symphonie fantastique pour orgue – Rechsteiner Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Très bel arrangement, très bien réalisé, qui rend plutôt justice à l'original, à défaut de l'égaler.

¶ Verdi – Rigoletto (en français) – Esposito, Sirera, Opéra de Toulon, Jacques Blanc (bande de salle de 1979) Very Happy Very Happy Very HappyVery Happy Smile
Esposito sort des aigus incroyables, alors qu'elle n'est pas loin de la fin de sa carrière, et que je ne devinais pas du tout qu'elle les avait. Les chanteurs bissent plusieurs fois les morceaux de bravoure (Sì vendetta ou La Donna è mobile), cette fois en italien. Très amusant !
Le baryton est clairement en deçà, assez fatigué, mais sacrée soirée, on en voudrait des comme ça sur les grandes scènes d'aujourd'hui !
(J'ai découvert à l'occasion que Jacques Blanc, longtemps directeur des chœurs à Bordeaux, et que j'avais même vu dans la fosse pour Turandot, est le fils d'Ernest !)

¶ Berlioz-Rechsteiner – Symphonie fantastique pour orgue – Rechsteiner Very Happy Very Happy Very Happy Smile

¶ Mondonville – Cœli enarrant : « In sole posuit » – Correas, Ensemble Baroque de Limoges, Coin Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Mondonville – Cœli enarrant : « In sole posuit » – Correas, Ensemble Baroque de Limoges, Coin Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Le plus beau moment du plus beau motet de Mondonville, par la plus belle voix du monde. Suspension universelle !

¶ Schütz – Musikalische Exequien – Kuijken Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
De loin la meilleure version, je confirme mon impression de la dernière playlist.

¶ Lalo – Le Roi d'Ys, acte I – Eda-Pierre, Rhodes, Dupouy, RTF, Marty (bande radio de 1978) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Assez déçu, tout ça est très opaque chez ces dames (et Marty n'a jamais été un chef bien passionnant). 

¶ Charpentier – La Pierre philosophale – Boston Baroque, Stubbs & O'Dette Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Charpentier – Les Arts Florissants – Les Arts Florissants Very Happy Very Happy Very Happy

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¶ Paray – Messe de Jeanne d'Arc – Paray (Mercury) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Très tradi mais très chouette (on sent qu'il a écouté la Solemnis de Beethoven !).

¶ Lalo – Ouverture du roi d'Ys – Boston SO, Munch Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
La version recommandée par Mélo. Et, de fait, si ce n'est pas la plus lyrique, elle est en revanche d'une ardeur irrésistible !
(Avec la partition … beaucoup de cuivres, pour une partition française de cette époque, 4 trompettes, 4 cors, 4 trombones, tuba.)

¶ Lalande – Te Deum – Aedes, Poème Harmonique, Dumestre Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Réconcilié avec l'œuvre, la plus jouée du compositeur et une de celles que j'aimais le moins, que ce soit avec Colléaux ou Christie.

¶ ? – Single Ladies – Beyoncé Very Happy 
La voix est tellement trafiquée en post-prod' qu'on ne profite plus vraiment du timbre.
¶ ? – If I Were a Boy – Beyoncé Very Happy Smile
J'ai l'habitude de l'entendre dans des bandes de concert, et en studio, ça surexpose plutôt les petites zones un peu plus ternes du timbre, sans l'abattage (et les diminutions folles !) de la scène.

¶ Bizet – Les tringles des sistres tintaient – Beyoncé Very Happy Smile
Avec un bon compositeur, c'est tout de suite mieux ! (Mais vraiment pas le meilleur moment de l'adaptation, un peu trop tape-à-l'œil, j'aime davantage les épigrammes du bar.)

¶ (François) Juno – L'an 1999 quoi de beau quoi de neuf – François Juno Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Ça ça met la pêche.

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Cycle Flamand

¶ (Florent) Alpaerts – Capriccio – Radio Flamande, Tabachnik (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Très primesautier, très sympa.
¶ (Florent) Alpaerts – Pailleter – Radio Flamande, Tabachnik (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Du postromantisme dans le langage, mais l'orchestration a beaucoup de points communs avec les décadents (col legno, bois mis à l'honneur, etc.). Très persuasif.
¶ (Florent) Alpaerts – Romanza pour violon et orchestre – Radio Flamande, Tabachnik (Etcetera) Very HappyVery Happy Very Happy
Très romantique, pas très original, mais réussi. 
¶ (Florent) Alpaerts – Zomer-Idylle – Radio Flamande, Tabachnik (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Agréable, plutôt pastoral comme le titre le laisse supposer
¶ (Florent) Alpaerts – James Endor Suite – Radio Flamande, Tabachnik (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Un petit bijou dont mouvements vont de l'Entrée du Christ dans Bruxelles au cortège infernal du Sabbat ! Pas de spectaculaire extérieur néanmoins, tout ce passe dans les qualités d'évocation poétique d'un langage raffiné. 

¶ (Florent) Alpaerts – Quatuor n°4 – Saint John SQ (Leaf Music) Very Happy Smile
Très terne, très formel, vraiment rien de saillant, de particulièrement intéressant, sans être même particulièrement joli. Je suis passé à côté.

¶ (August) de Boeck – Rhapsodie dahométane (je crois) – Radio Flamande, Soustrot (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ (August) de Boeck – Concerto pour violon – Ning Kam, Radio Flamande, Soustrot (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy
Beau concerto pour violon romantique, beau thèmes. Rien de neuf, mais si on aime celui de Brahms, vraiment à entendre. 
¶ (August) de Boeck – Nocturne Séparation – Ning Kam, Radio Flamande, Soustrot (Etcetera) Very Happy Very Happy Very Happy
Rien de très saillant pour l'instant chez ce compositeur, mais de l'agréable romantisme. 

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¶ von Einem – Der Prozeß – Della Casa, Lorenz, Poell, Berry, Opéra de Vienne, Böhm (1953, Orfeo) Very Happy Smile
On est loin des élans (certes un peu gris) de Dantons Tod, ici tout est à base d'ostinatos gris, de faibles accompagnements sur lesquels se greffe un récitatif passe-partout. Du piano façon Ariane à Naxos mais au service d'une écriture de type sous-sous-Hindemith. On pourrait dire que c'est en rapport au sujet, et pourtant tout paraît vraiment couler tranquillement, pas de blancs, pas de contrastes, pas de surprises, pas d'errance, juste un opéra bavard qui se déroule à son rythme d'opéra.
Il reste la consolation de la Leni de Della Casa, évidemment I love you (Lorenz, dont je suis inconditionnel d'ordinaire, est vraiment très débraillé, et très vocal, pour Joseph K.).
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Cycle Paul Paray

¶ Lalo – Ouverture du roi d'Ys – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Lalo – Namouna, Suite n°1 – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Barraux – Offrande à une ombre – Detroit SO, Paray 

¶ Chausson – Symphonie – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Chausson – Symphonie – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
(Sacrée version, sèche et méchante… si on ne trouve pas Svetlanov, c'est vraiment la version à posséder !) Et je suis toujours aussi fou de l'œuvre, pas réécoutée depuis longtemps.

¶ Ibert – Escales – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Smile
Voilà qui procure un relief très vindicatif à ces jolies fresques un peu inoffensives !

¶ Ravel – Rhapsodie espagnole – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy
¶ Ravel – Alborada del Gracioso – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy 
¶ Ravel – Pavane pour une infante défunte – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy 
 Ravel – La Valse – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Ravel – Le Tombeau de Couperin – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Je n'écoute que très rarement de Ravel symphonique, tout ça ne me touche absolument pas, sauf la Valse. bounce Mais Paray rend vraiment sera, avec sa violence et sa crudité, très intéressant. Le Tombeau de Couperin est ravivé et vivant comme une fresque pompéienne. I love you
¶ Bizet – Ouverture Patrie – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Bizet – Arlésienne, Suite 1 – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Smile
Paray ravive les couleurs, mais le Carillon, vraiment raide et très bruyant, je me demande ce qu'il lui a pris. 
¶ Bizet-Guiraud – Arlésienne, Suite 2 – Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy
Pareil, assez raide, bof. Déjà que ça reste de la musique de scène en morceaux…
¶ Saint-Saëns – Symphonie n°3 – Dupré, Detroit SO, Paray Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Ma version chouchoute : la seule où on entend tout aussi bien. Certes, la prise Mercury est comme toujours très sèche, il ne faut pas en attendre d'effet-cathédrale, et les volatines ne sont pas exécutées avec la netteté des orchestres d'aujourd'hui, mais l'essentiel, la lisibilité, dans une pièce à l'orchestration assez épaisse, est préservée, et avec quelle vivace apertise !
(Ajout : Ouille, je n'avais pas souvenance que les violons ahanaient à ce point sur la justesse dans l'adagio, ça fait bobo aussi exposé dans un moment supposé ineffable.)
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¶ Schumann – Manfred, ouverture – Cleveland, Szell (CBS) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Bonne version. 

¶ Wagner – Voyage de Siegfried – Philharmonia, Klemperer (EMI) Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Wagner – Marche funèbre du Crépuscule – Philharmonia, Klemperer (EMI) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Wagner – Prélude de Tristan – Philharmonia, Klemperer (EMI) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Wagner – Ouverture des Maîtres – Philharmonia, Klemperer (EMI) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Charpentier – Le malade imaginaire – Zanetti, Rime, Visse, Crook, Christie (EMI) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Nettement supérieur aux musiques de scène de LULLY, vraiment une débauche de finesses dramatiques, et l'équipe, chanteurs (Visse !) comme acteurs (qui chantent aussi) est absolument extraordinaire. Le latin gallican permet de donner toute sa saveur au sabir médicinal.

¶ Hofhaimer, Neusiedler, Banchieri, Haydn… – World's Oldest Playable Organ vol.2 – Basilique de Valère (1390 !) Very Happy Very Happy Very Happy
Je n'ai pas étudié ce qu'il en était, mais sans doute beaucoup de refontes : les équilibres des registres sont très proches de l'esthétique baroques, avec des anches un peu plus nasillardes à la façon de la régale, mais des fonds flûtés vraiment pleins pour un instrument médiéval, me semble-t-il.
Programme varié et progressif, incluant l'étrange Der Juden Tantz de Neusiedler, pleine de fausses notes ! (les juifs jouaient-ils avec langages utilisant les tiers de ton ? 
ou est-ce juste pour se moquer d'instruments rudimentaires / désaccordés / piailleurs ?)

¶ Popov – Symphonie n°1 – Orchestre d'État de l'URSS, Provatorov (Olympia) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Je présente solennellement toutes mes excuses à Popov pour l'avoir comparé à (du bon) Chostakovitch : sa musique, à part d'être audiblement soviétique, n'a guère de points communs (il n'y a que la Coda qui ressemble à un final de Chosta, en mieux), et se révèle d'une densité très supérieure. On baigne dans de la musique dont la violence, les sarcasmes, la surcharge ne sont jamais un but en eux-mêmes, toujours intégrés dans un discours d'une richesse incroyable. 
¶ Popov – Symphonie n°2 – Radio URSS, Provatorov (Olympia) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Plus lyrique, farcie des grands thèmes russes (au moins dans les mouvements vifs extrêmes), très bien intégrés, pas simplement en citation, elle culmine dans le Largo qui chante comme un climax de Tchaïkovski, mais dans des couleurs XXe et soviétisées. Très, très belle aussi. 
¶ Popov – Symphonie n°6 – Radio URSS, Edvard Chvzhel (Olympia) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Moins convaincu par son caractère très disparate, même si le final qui déborde de citations est en définitive aussi nourrissant qu'amusant.

¶ LULLY, Alceste (actes III,IV,V), Rousset (Aparté). Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ LULLY, Alceste (actes III,IV,V), Rousset (Aparté). Bissés. Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ LULLY, Amadis (acte I), Rousset (Aparté) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy


¶ Rubinstein, Symphonie n°2, Chapelle d'État de Russie, Golovchin (Delos) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Vraiment très beau et raisonnablement suggestif. 
¶ Rubinstein, Symphonie n°2, Ministère de la Culture d'URSS, Mansurov (Melodiya) Very Happy Very Happy Very Happy
Orchestre plus typé, mais la lecture ou l'édition de la symphonie m'ont moins passionné. 
¶ Rubinstein, Symphonie n°4, Philharmonie Slovaque, Stankovsky (Naxos) Very Happy Very Happy
L'orchestre de Košice (Cassovie) est vraiment terrible, c'est pas possible d'écouter ça quand on a le choix. (Période des débuts de Naxos, où les prises de son et les orchestres laissaient à désirer.)
¶ Rubinstein, Symphonie n°4, Chapelle d'État de Russie, Golovchin (Delos) Very Happy Very Happy
Nettement mieux. Mais quoique notée dramatique, la symphonie, hors son final-rengaine, est bien peu marquante. 

¶ Kallstenius, Dalarapsodi, Radio Suédoise (Swedish Society Discofil) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Kallstenius, Sångoffer, Olle Persson, Radio Suédoise (Swedish Society Discofil) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Kallstenius, Symphonie n°2, Radio Suédoise (Swedish Society Discofil) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Kallstenius, Symphonie n°1, Helsingborg, Beermann (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Kallstenius, Sinfonietta n°2, Helsingborg, Beermann (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy 
¶ Kallstenius, Musica Sinfonica, Helsingborg, Beermann (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Kallstenius, En Serenad i sommarnatten, Stockholm RPO, Westerberg Very Happy Very Happy Very Happy

¶ Lindberg, Från de stora skogarna, Stockholm RPO, Westerberg Very Happy Very Happy Very Happy

¶ H. Andriessen, Fantaisie Symphonique, PBSO d'Enschede, Porcelijn (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ H. Andriessen, Libertas venit, PBSO d'Enschede, Porcelijn (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ H. Andriessen, Capriccio, PBSO d'Enschede, Porcelijn (CPO) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

Et entre temps, je suis allé au concert écouter : 

¶ Stanford, Concerto pour clarinette, van Lauwe (Saint-Joseph-Artisan) Very Happy Very Happy 
¶ Stanford, Symphonie n°7, van Lauwe (Saint-Joseph-Artisan) Very Happy Very Happy 
Par des semi-pros épatants. (Moi j'aurais plutôt voulu les 1, 2 ou 6, ou mieux le Stabat Mater, mais je ne vais pas faire mon difficile).
Playlist du week-end sous forte influence forumesque.

Samedi

Album Gimadieva (Momento immobile) Very Happy Very Happy
Un peu décevant. Voyez le fil concerné.
Mahler 2, Rattle Berlin Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Je n'ai, étrangement, pas été du tout capté. C'est transparent, mais aussi un peu impavide.
Récital Rebeka (Spirito) Very Happy Very Happy
Là, une leçon sur tous les plans, même dans les Donizetti médiocres. Et déjà, un album qui propose des scènes entières incluant partenaires, ça se respecte. Voir le fil concerné.
Récital Schubert par Boesch & CMW Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très belles couleurs, très bien chanté – même si ça reste toujours mieux avec piano. L'Inachevée dans le couplage n'est pas bouleversante, dans le genre HIP Dausgaard et surtout Venzago sont autrement subversifs.

Wagner, La Malice des hommes passe celle des femmes, ou la joyeuse famille Ours Very Happy Very Happy Very Happy
Les chœurs font vraiment peur tellement c'est sommairement rienzien, mais le reste ménage de belles choses (plus Liebesverbot que Götterdämmerung ou même Vaisseau, hein).

Fauré, Cantique de racine, Cambridge Singers, Rutter Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Rheinberger, Abendlied, Cambridge Singers Very Happy Very Happy Very Happy

Handel-s Messiah for 4, Ensemble Odd Size Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Bidouillage sur la moitié du Messie, pour violon, violoncelle et guitare baroques, les parties de basse sont dites, du chant en suédois (How Beautiful Are the Feet), en sprechgesang de cabaret allemand (Why Do the Nations) ou comme du gospel, ils s'amusent et ces pièces sont ravivées, totalement discutable (et pas du tout respectueux), mais j'ai adoré.
Haendel, Messiah, 1h de version trompette-orgue, très bien. Avec Dorthe Zielke. Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

The Way We Do It, de Fully Charged. Aucun intérêt.

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Dimanche

Ça attendait depuis un moment, et sous l'impulsion de Benedictus :
Butterworth, A Shropshire Lad, Bostridge Pappano Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Stephan, Ich will dir singen ein Hohelied, Bostridge Pappano Very Happy Very Happy Very Happy
Weill, 4 Whitman Songs, Bostridge Pappano Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy 
Mahler, extraits du Wunderhorn, Bostridge Pappano Very Happy Very Happy Very Happy Smile
J'en parle dans le fil Bostridge. 

Haydn, Symphonie n°95, Capella Coloniensis, Weil Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Haydn, Symphonie n°95, Petite Bande, Kuijken Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
L'une des symphonies de Haydn que j'aime le plus. bounce J'aime beaucoup aussi Fey, il faut que je réécoute Harnoncourt et Szell, et vu qu'il existait du Brüggen (et une autre version Kuijken avec l'Enlightenment).

Asafievextraits de La Fontaine de Bakhtchisaraï. Bolsoi, Kopylov Very Happy Very Happy
Chtcherbatchov, Symphonie n°2, American SO, Botstein Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

Zeegant, Symphonie n°1 « Chemin des Dames », Orchestre de Hulencourt (Laon 2014) Very Happy Very Happy
Assez peu saillant, agréable.

Album de mélodies par Masset & Le Bozec dans la collection Hortus sur la Grande guerre : Pierné, Ladmirault, La Presle, Février, Hahn, Caplet, Vellones, Bruneau, Pillois, Scotto, Halphen !
Toujours sur les conseils d'Anaëlle : 
¶ Album Hortus sur la Grande guerre « Prescience, conscience » par Marc Mauillon et Anne Le Bozec. Halphen, 
Février
 (Octobre, dans l'album Masset consacré à Verdun, est à faire pleurer les pierres), Kelly, Butterworth (splendidement chanté), Fauré, Jürgens, Farrar, Devaere, Hahn, Stephan, Schulhoff, Debussy (l'irrésistible Noël des enfants qui n'ont plus de maison). Very Happy Very Happy Very Happy à Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy .

Puis de Mélo : 
¶ Britten, War Requiem, Kegel 89 (en allemand). Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Très ample et lent, peu contrasté, je trouve que ça passe assez à côté du sujet. Une des rares versions plutôt ratées (Gardiner est hors-concours évidemment Confused ), mais ça faisait longtemps que je devais l'écouter, merci (quand même).
Manière de l'écouter dans de bonnes conditions, j'essaie cette version qui me restait à tenter : 
¶ Britten, War Requiem, Brewer, Griffey, Finley ; Masur LPO 2005 Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
L'orchestre a un très beau médium très coloré et les chanteurs sont excellents. Pour la poussée d'ensemble, je trouve le lyrique de sa version avec New York plus marquant. Il faut dire que ce n'est pas le choix luxueux qui manque : Giulini, Pappano, Britten studio, au premier chef, mais aussi Ančerl, Ozawa, Hickox, Rattle, Shaw, Shafer, Zweden… on ne manque pas de grandes versions. (Par ailleurs Jansons, Britten 62, Noseda, Rilling ou Brabbins sont très réussis, même s'ils ne me touchent pas aussi fort.)

Enfin, suivant ma fantaisie : 
¶ Salieri, Les Horaces, Rousset Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Dupré, Poème Héroïque, Jeremy Filsell (Guild) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
¶ Dupré, Entrée, Canzone et Sortie, Jeremy Filsell (Guild) Very Happy Very Happy Very Happy Smile
¶ Dupré, Les Nymphéas, Jeremy Filsell (Guild) Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Du Dupré tonal et lyrique (même avisément impressionniste dans les Nymphéas). Je n'avais jamais écouté ces œuvres je crois, et ça passe tout ce que j'ai entendu de son catalogue ! bounce

=> Autre album Mauillon / Le Bozec, À nos morts ignorés (Les musiciens et la Grande guerre, Vol. 15). Reynaldo Hahn : nos morts ignorés (1915) - Rudi Stephan (1887-1915) : Pantherlied, In Nachbars Garten, Am Abend, Abendlied. - Albert Roussel : Light, A Farewell (1918) - André Caplet : La Croix douloureuse (1916), Détresse (1918) - Ivor Gurney (c-1) : In Flanders, Severn Meadows, All night under the moon (1917). - Claude Debussy : Berceuse héroïque (1914) - Fernand Halphen (1872-1917) : Le jour succombe - Lili Boulanger (1893-1918) : Dans limmense tristesse (1918) - Nadia Boulanger : Soir dhiver (1914-1915) - Georges Antoine (c-1) : Wallonie (1917) Marches Oh what a lovely war (1917), Roses of Picardy (1916). Very Happy Very Happy Smile
Très bien, mais moins de pièces marquantes (assez déçu par Stephan et Gurney, notamment), et même Mauillon est en deçà de ce qu'il fait, en allemand et en anglais notamment, dans l'autre album. 

=> Strauss, Salomé (scène finale), Dreisig / Montpellier / Schønwandt Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Quelle version !

=> LULLY, extraits d'Alceste, Isis, Amadis, Armide, Schneebeli. Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
Quel beau disque !

=> Liszt, Dante-Symphonie, Les Siècles / Roth Very Happy Very Happy
Quelques bons moments, mais je trouve ça toujours aussi décousu et peu subtil.  Heureusement qu'il y a un grand orchestre coloré et une prise de son détaillée !

=> Liszt, Orpheus, Les Siècles / Roth Very Happy Very Happy
Agréable.


 Paër, Concerto pour orgue, Hauk Very Happy Smile
Joli.
 Langlais, Choral médiéval, Hauk Very Happy Smile

 Martin, Monologues de Jedermann, Wilson-Jonhson, A. Jordan Very Happy Very Happy Very Happy
Superbe version, bien plus mobile que la très hiératique version historique de DFD. Du pur Martin : rien qui accroche d'emblée, mais tellement de jolies choses dans le détail. L'œuvre à laquelle je suis le plus revenu, après sa fameuse Messe à double chœur. bounce 
 Martin, Monologues de Jedermann, Fischer-Dieskau, Martin Very Happy Very Happy Very Happy

 Britten, War Requiem, Giulini Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Déçu par la version à la réécoute.
 Dvořák, Requiem, Ančerl Radio Berlin Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
(Ma version de chevet.)

¶ Damrau, Arie di bravura, Mozart, Salieri, Righini. Very Happy Very Happy Smile
Sans surprise, c'est Salieri qui est à la fois le plus virtuose et le plus passionnant. bounce

 Salieri, La Scuola de' Gelosi, L'arte del mondo (DHM) Very Happy Very Happy Very Happy
Je découvre avec retard la parution de cet opéra que j'attendais pourtant depuis 2003 (et la gravure d'un extrait par Bartoli). Par cet ensemble en plus, ça vit ! Ça commence très bien pour l'instant…

Les pénitences du Samedi


 Salieri, La Scuola de' Gelosi, Arte del mondo Very Happy
À part l'Ouverture, pas grand'chose à glaner. 

 Stockhausen, Donnerstag aus »Licht«  (acte I) Very Happy Very Happy Very Happy 
… où je devais me rendre ce soir, mais devant le trop-plein de boulot, je réécoute l'intégrale DG. 

 Dutilleux, Chansons de Bord, Maîtrise de RF Very Happy Very Happy Smile
 Daniel-Lesur, Chansons populaires à 3 voix, Maîtrise de RF Very Happy Very Happy
 Britten, The Golden Vanity, Maîtrise de RF Very Happy Smile

 Scarlatti, Sonates volume 1, Hantaï Very Happy Very Happy 

 Stockhausen, Samstag aus Licht (extraits)
J'aime décidément moins que le Jeudi, très poétique, lyrique même.

 Salieri, Suites pour vents (Trofonio, Axur, Palmira, Consortium Classicum Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Belles pièces, mais version assez molle, déçu d'eux.
 Salieri, Concerto pour flûte & hautbois, Nicolet, Holliger, Academy of Saint-Martin-in-the-Fields, Sillito Very Happy Very Happy
 Cimarosa, Symphonie concertante pour flûte & hautbois, Nicolet, Holliger, Academy of Saint-Martin-in-the-Fields, Sillito Very Happy 
 Stamitz, Concerto pour flûte & hautbois, Nicolet, Holliger, Academy of Saint-Martin-in-the-Fields, Sillito Smile
Vraiment une punition, ça, un Stamitz médiocre joué avec le hautbois braillard de Holliger et le crincrin poussif de l'ASMF même pas dirigé par Marriner…

 Scarlatti, Sonates, Rondeau Very Happy
Clavecin dur, capté de trop près. Moi ça m'évoque, en fait de « français », plutôt Bach et Royer – je traduis pour ceux qui ne m'interprètent pas couramment : c'est pénible.
Pas la faute de l'artiste, juste que ces sonates mises bout à bout pour clavecin et avec un clavecin capté durement, ouille.

Et j'ai fini ni mon boulot day-job, ni mes notules en cours. Il faut vraiment que me décide à écouter un truc de bien aujourd'hui pour ne pas terminer ronchon. (Bon, les Salieri pour vent et le Sto, c'était quand même très bien…)

J'ai fait un peu mieux ce soir : 


 Le Sueur, Paul & Virginie, Niquet, pas réécouté depuis dix ans. Very Happy Very Happy

 Rzewski, El Pueblo unido, Hinterhuber. Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Smile


Voilà quelques suggestions pour occuper sagement le temps que quelques autres notules paraissent !

lundi 12 novembre 2018

Nabucco – ou pourquoi Verdi est différent


(→ voir aussi la notule sur la rupture de Rigoletto)


1. La place de Nabucco

Nabucco, bien que le troisième opéra seulement de Verdi, demeure l'un des plus originaux de son auteur ; certes, c'est déjà 1842, il a dans les 29 ans lors de la création, et Meyerbeer, Marschner, avaient déjà triomphé dans des formats autrement complexes. Néanmoins, à l'échelle de l'Italie, son œuvre est complètement différente de ce qui s'écrivait alors – essentiellement, pour le peu auquel j'ai eu accès (et je jurerai donc de rien, je suis trop souvent amené à dire qu'à force de se cantonner à quelques compositeurs, les histoires de la musique véhiculent facilement des représentations trompeuses du goût musical du temps), des opéras belcantistes, avec de grandes cantilènes aux mélodies très conjointes, des enchaînements harmoniques simplissimes, peu de modulations, des récitatifs assez banals, un rythme dramatique très lent, tout l'intérêt tournant autour des airs suspendus ou emportés, et peu d'ensembles.

Nabucco est presque tout l'inverse, et a dû stupéfier le public à un point qu'on ne mesure pas, un peu comme Cadmus de LULLY ou la première Iphigénie de Gluck.

La forme en est assez originale :
sujet biblique, un fait pas inédit mais rare à l'Opéra en ces temps, et celui-ci, la destruction du Temple et la déportation à Babylone, en particulier ;
intrigue très fragmentée, répartie dans beaucoup de lieux sur des durées assez courtes, deux tableaux par acte, souvent dans un jeu intérieur / extérieur ;
ambiance monumentale et lieux très fastueux (le Temple de Salomon, les appartements de Nabuchodonosor, la ville de Babylone…) ;
pas d'intrigue amoureuse (le triangle amoureux est expédié en un duo de moins de cinq minutes à l'acte) ;
→ beaucoup de scènes de foule, d'ensembles vocaux ; autant ils étaient depuis longtemps la norme dans le genre bouffe, autant dans le genre sérieux, on privilégiait d'ordinaire airs et duos, alors que cette partition déborde de scènes récitatives foisonnantes, de grands chœurs assez travaillés, et d'ensembles concertati où tous les solistes ont leur partie thématique !

L'écriture musicale se démarque aussi totalement de l'habitude :
→ Certes, on retrouve les airs bipartites en cantilène / cabalette (récitatif du personnage, cantilène méditative, scène récitative où l'action avance, cabalette exaltée ou furieuse énoncée deux fois, avec une petite intervention vaine de l'assistance entre les deux itérations), mais d'une part ils ne représentent qu'une minorité de la partition – pas d'air pour le ténor, un air de forme AA' seulement pour la jeune première (qui n'est qu'un rôle secondaire) – , d'autre part ils sont vraiment différents. Que ce soit par l'accompagnement (la prière de Zaccaria) ou par le type d'ornement (premier air d'Abigaille, air de Fenena).
→ L'accompagnement orchestral, sans constituer une part essentielle, procède de formules assez variées. Par ailleurs Verdi y ajoute quelques détails personnels : le couple cymbale-grosse caisse (qu'il abandonne heureusement dans les opéras suivants éloignés du prétexte du faste assyro-babylonien), l'usage inhabituellement étendu et thématique des trombones (à commencer par le choral des premières mesures de l'Ouverture !), le cor anglais solo qui dialogue avec Abigaille à la fin de l'ouvrage (procédé qui n'est pas inédit, mais dénote un effort), et surtout cet incroyable accompagnement à six violoncelles de la prière de Zaccaria, qui témoigne d'une réelle réflexion sur le son, et offre des lignes plus contrapuntiques qu'à l'ordinaire – contrairement à la légende, Verdi a travaillé à l'orgue sur l'écriture de fugues durant toute sa formation… il n'a rien d'un génie mélodique spontané mais inculte, comme en attestent, plus tard, certains ensembles particulièrement riches du Requiem ou de Falstaff.

Et dans tout cela, je n'ai pas mentionné l'évidence et la véritable raison pour laquelle l'œuvre s'est toujours maintenue au répertoire : sa veine mélodique irrésistible, quasiment au sommet à chaque instant… Et jusque dans les scènes intermédiaires et les récitatifs.
La preuve, mes moments fétiches ?  L'entrée des Prêtres venus proposer un pacte à Abigaïl, la malédiction des Lévites sur le traître Ismaël, les quelques paroles après le foudroiement de Nabucco, et la toute fin après la mort de la méchante… Des bouts de récitatifs et d'ensemble, très courts, mais à la prégnance incroyable. Qui n'excluent nullement l'attrait des airs eux-mêmes, fulgurants aussi (tous les airs et ariosos de Zaccaria, la grande scène d'Abigaille, celle de Nabucco…).

il maledetto non ha fratelli

Dès Oberto, son premier opéra, Verdi a montré qu'il était différent, avec en particulier une veine héroïque, un sens de l'urgence dramatique et un relief des récitatifs qui étaient inconnus jusqu'alors des compositeurs d'opéra italiens. (Car l'héroïsme rossinien passait essentiellement par la virtuosité, là où, chez Verdi, c'est la ligne mélodique et la mise en valeur de la tension des aigus qui crée, de façon à la fois plus hiératique et naturelle, cette impression de puissance ou de lutte.)
Dans Nabucco, il offre déjà une œuvre qui ne ressemble plus à aucune autre – avant de revenir pendant quelques années à des formats plus « conservateurs » (comme Giovanna d'Arco, I Masnadieri, La Battaglia di Legnano…), d'où émergeront progressivement des œuvres de conception de moins en moins identifiable aux traditions belcantistes : Ernani, Attila, Macbeth, Il Corsaro, Luisa Miller et bien sûr Stiffelio (un monument à la hauteur des trois suivants de la « trilogie populaire »).

Pour d'autres jalons, je vous renvoie notamment à la notule qui explore en quoi Rigoletto constitue une rupture assez radicale, en réalité, avec tout ce qu'a été l'opéra italien avant lui. (Rupture préparée, bien sûr, par ces opéras de Verdi à la recherche d'une autre voie.)



2. Une représentation (Rustioni)

Un petit mot sur le concert donné à Lyon et au Théâtre des Champs-Élysées, la soirée n°40 de cette saison – puis quelques conseils discographiques.

Amartuvshin Enkhbat Nabucco 
Anna Pirozzi Abigaille 
Massimo Giordano Ismaele
Riccardo Zanellato Zaccaria 
Enkelejda Shkoza Fenena
Martin Hässler Le Grand Prêtre de Belos
Grégoire Mour Abdallo
Erika Baikoff Anna

Daniele Rustioni direction 
Orchestre de l’Opéra national de Lyon
Chœurs de l’Opéra national de Lyon 
direction Christoph Heil

L'Orchestre de l'Opéra de Lyon m'a toujours paru – peut-être parce qu'il joue beaucoup de répertoire plus facile ? ou bien parce qu'il a été dirigé par beaucoup de très bons chefs – plus virtuose et à son aise que l'Orchestral National de Lyon (que j'aime assez, mais qui n'a pas le même relief).

Les Chœurs ne sont pas tout à fait de la même envergure (pas beaucoup de brillant ni de couleurs ; diction italienne un peu lourde sur les finales, à la française), mais ils ont pour eux une douceur qui fait souvent défaut aux chœurs d'opéra, et un goût de la nuance qui, la non plus, n'est pas la norme dans ce répertoire.

Daniele Rustioni, outre qu'il impulse une énergie considération à une partition qui ne peut que la recevoir favorablement, fait preuve d'un soin infini à suivre ses chanteurs, se tournant régulièrement vers eux pour vérifier où en est leur rubato (puisque les chanteurs, particulièrement dans l'opéra romantique italien, ne font jamais vraiment les rythmes écrits…) et donner le départ juste à l'orchestre, retenant ou animant du geste ses troupes pour coller parfaitement à chaque phrasé du soliste. Il ne fait pourtant pas qu'accompagner, et prend véritablement la peine de travailler les lignes et les nuances à l'intérieur de ces figures qui, certes variées par Verdi, ne sont pas supposées attirer l'attention. Et il ne le fait pas ; simplement, dès qu'on y prête l'oreille, on y trouve toujours des nuances très exactes, des phrases très délicatement articulées.
Grand chef de fosse assurément, et manifestement (pour ce qu'on peut en juger dans l'accompagnement grande guitare d'un Verdi de jeunesse) grand chef tout court. Voilà qui donne encore plus envie d'aller entendre la superbe et rarissime Enchanteresse de Tchaïkovski – même au disque, accrochez-vous pour trouver, surtout si vous voulez le livret !

Du côté des chanteurs, superbe distribution sans faille et même de très haute volée, avec le petit amusement que j'ai dû réévaluer tous les protagonistes (que je n'avais entendu qu'au disque ou en retransmission), qui sonnent assez différemment en salle !

Riccardo Zanellato est le perdant de l'exercice ; basse que je suis toujours avec beaucoup d'intérêt, et portant sur ses épaules le rôle finalement principal (possiblement le plus présent, et en tout cas le seul héros), il semble fatigué et chanter derrière un voile, largement concurrencé en volume par l'orchestre. Les graves sont très audibles et naturels, le timbre beau, mais le volume lui manque pour être toujours audible et conserver sa majesté et sa préséance face aux autres chanteurs considérables qui l'entourent. À mon avis enrhumé ou épuisé, si j'en juge par sa prestation beaucoup plus assurée sur le disque capté avec Mariotti. C'était superbe quand même ; juste un peu petit pour être confortablement entendu (et les fa# un brin escamotés).

Anna Pirozzi aussi paraissait moins définitive peut-être qu'en retransmission (mais le temps a passé et je l'avais entendue dans des rôles plus inhumains), l'impact sonore n'étant pas aussi perceptible ; pour autant, on est fasciné, surtout lorsque la voix s'est bien chauffée, par la coïncidence assez exacte de son tempérament avec le rôle : la virtuosité inhumaine sollicitée par le rôle ne semble jamais réfléchie, mais aller de soi, découler du personnage. Elle ose des contre-ut pianissimi, dévale ses gammes gigantesques sans rien détimbrer en haut, ni en bas, rien escamoter au milieu, et campe fièrement son personnage parmi les plus combattifs de toute la littérature lyrique. La voix n'a pas forcément un impact physique énorme, mais elle passe très bien et épouse toutes les situations, l'élégiaque comme l'héroïque, avec la même aisance. Le public, qui devait pourtant majoritairement la connaître, était médusé.
J'ai été frappé, par ailleurs, par la ressemblance des médiums avec ceux de Caballé (pas les graves, mieux timbrés que son aînée, ni des aigus, plus francs et plus efficaces).

J'aimais déjà beaucoup Massimo Giordano en retransmission, mais ne lui trouvais pas une très belle voix. En salle, c'est tout le contraire, de belles moirures sombres, rien de cette charpente un peu blanche que je lui reprochais en l'entendant par le truchement des micros ; certes, il emploie une lourde machinerie pour une projection qui n'est pas colossale, mais l'entend bien, et surtout l'artiste est d'une expressivité assez extravertie, procurant un véritable relief à un personnage qui ne passe pas beaucoup de temps en front de scène. On peut sans doute y trouver à redire stylistiquement (tendance à chanter des notes plus hautes qu'écrites, à ajouter des accents), mais le résultat est tellement juste en tant que totalité chant & texte, que je n'aurai vraiment rien à retrancher de cette incarnation.

Enfin Amartuvshin Enkhbat, qui remplaçait Leo Nucci.
    Les remplacements sont souvent de bonnes nouvelles pour moi, les vedettes pas toujours adaptées ou parfois fatiguées sont souvent l'occasion de profiter de gens choisis pour leurs seuls talents vocaux (Stikhina remplaçant Netrebko, Kaune remplaçant Harteros, Oropesa remplaçant Damrau, etc.). En l'occurrence, vraiment pas. 
    Enkhbat incarne assez bien ce que je n'aime (ou n'aimais) pas chez beaucoup de chanteurs chinois, coréens (ou en l'occurrence mongols), qui semblent ne pas bien comprendre le principe de l'émission lyrique : la voix est épaisse, mais reste en gorge, il n'y a pas de résonance frontale, de clarté, de franchise du son. Ça fait viril / pâteux, mais ça reste dans le corps (et pour ceux chez qui ça sort bien, c'est agressif). 
    C'est dommage, parce que la culture lyrique s'est répandue dans ces pays et on a désormais des titulaires qui maîtrisent très bien la langue, le style, et l'esprit de la voix. Mais il y a peu de bonnes clefs de fa émanant de ces régions, pour l'instant.
    Les retransmissions que j'ai entendues de lui ne font pas du tout envie… (Mais il y a tout le reste, l'œuvre, Pirozzi, l'orchestre, Rustioni…)
Puis, à propos de Seng-Hyoun Ko  :
    Ah, lui justement je n'aime pas du tout, j'y trouve vraiment les défauts de ces écoles, comme s'ils reproduisaient la lettre de la technique (son non amplifié) sans en comprendre l'esprit (mordibezza, squillo, chiaroscuro, aperto-coperto, toutes ces délicatesses de la théorie italienne). Enkhbat a un peu le même type de couleur, mais semble aussi plus tassé (ce doit faire moins de bruit).
Ce n'était pas tout à fait un a priori, puisque j'avais réellement écouté attentivement ce qu'il produisait dans Verdi. Mais en vrai, en salle, son succès s'est expliqué de façon éclatante – et je me soumets bien volontiers à la publicité du ridicule afin d'illustrer le décalage qui existe chez certaines voix entre le disque et la scène (ce qui explique une bonne part des déceptions en entendant certaines vedettes du disque, ou l'agréable surprise lorsqu'on découvre en salle une voix dont le succès nous avait toujours paru un peu mystérieux).
    Quoi qu'il en soit, dès l'entrée d'Enkhbat, j'ai au contraire entendu une maîtrise de la technique italienne et du grand style du belcanto comme peu de chanteurs l'ont dans sa tessiture : voix sonore qui émane d'une résonance équilibrée (pas très frontale, mais nullement en arrière), égale sur toute la tessiture (en timbre comme en puissance), legato et longueur de souffle infinis, attaques mordantes mais son qui reste doux (la fameuse morbidezza !), du très grand art.
    Quelques détails le séparent de la perfection : l'italien, d'abord (accentuation correcte, mais voyelles floues et pas totalement exactes, pas très expressif), l'homogénéité ensuite (la conséquence logique de l'égalité absolue des registres, cela rend le timbre plus monochrome et l'expression plus lisse). Pour finir, une tendance, pour cette voix bâtie sur son médium, à blanchir dans l'aigu (pas dans les grands aigus interpolés, totalement glorieux, mais dans les fin de ligne des cantilènes). Vraiment minime. En réalité, jusque dans ses défauts, le timbre, la technique et l'attitude générale m'ont évoqué de façon frappante… Renato Bruson !  Pas mon modèle, clairement mais tout de même un grand représentant de l'art du chant, assez incontesté.

Il faut aussi aussi féliciter le metteur en scène, qui a assuré, dans une habile mise en abyme, l'illusion que les figures historico-légendaires de Babylone se mouvaient sur le plateau d'un théâtre, auprès d'un orchestre dont l'effectif épouse exactement celui prévu pour l'opéra !



3. Pistes discographiques

Afin de consoler ceux qui n'ont pu en être, il existe désormais une grande version moderne dirigée dans le même style énergique et exact que Rustioni (mais avec encore pl:us de finesse et de caractérisation, je trouve), par Michele Mariotti à Parme (2012, chez C Major, en DVD ou en CD). Avec Nucci qui fit défection, Zanellato en meilleure forme, et Theodossiou en Abigaille.

Sinon, dans les témoignages plus anciens, le DVD de Nello Santi à Garnier en 1979 est assez stupéfiant, et en CD il y a bien sûr Gui avec la toute jeune Callas (1949) d'avant la tendance à interpréter au stabilo et les sons gonflés, quelques coupures et un son moyen, mais un témoignage emporté assez irrésistible. J'aime beaucoup aussi, dans cette génération, Previtali avec le méchant Silveri. Autres témoignages qui ne visent pas à la subtilité mais convainquent sans peine,  Oren avec Bruson à Vérone fonctionne très bien, et bien sûr le luxueux studio de Sinopoli (si l'on n'est pas allergique aux cymbales).

Parmi les disques couramment disponibles, Gardelli et surtout Muti manquent singulièrement d'entrain, surtout pour une partition qui déborde de luttes et de fanfares !

samedi 3 novembre 2018

Innovant novembre




Encore une fois, sélection personnelle dont le ressort est souvent la rareté ou la bizarrerie. Pour une sélection plus transversale et moins triée, l'Offi et Cadences sont assez complets (tout en ratant certaines de mes propositions, considérant les recoins où je râcle des pépites et ma veille généralisée des clubs interlopes). Et bien sûr France Orgue pour les concerts de pouêt-pouêts à tuyaux, ce n'est pas exhaustif, mais de très loin ce qu'on trouve de plus complet !



1. Rétroviseur

En cliquant sur les liens, mon avis (égrené en général sur le fil Twitter de CSS dans les heures suivant le spectacle, voire dès l'entracte) apparaît. Je m'efforce autant que possible de remettre aussi les œuvres en perspective et de poser des questions plus larges que le bon / pas bon du soir donné, aussi j'espère que les retardataires et les absents y trouveront quelques satisfactions tout de même.

Les ♥ mesurent mon émotion (depuis « ça va, c'est joli » jusqu'à l'extase), non la qualité des spectacles. Des spectacles que j'ai trouvés remarquables m'ont touché avec modération, tandis que d'autres plus bancals ou moins exceptionnels m'ont bouleversé. C'est ainsi.
Quant à ♠ : j'ai pas du tout aimé.

♥ Agréable, mais je ne suis pas entré dans le spectacle.
♥♥ Intéressant.
♥♥♥ Excellent.
♥♥♥♥ Merveilleux.
♥♥♥♥♥ Événément marquant dans une vie de spectateur.

♠ J'aime pas.
♠♠ Je déteste.
♠♠♠ C'est scandaleux !  (encore jamais attribué)
♠♠♠♠ J'ai hué le metteur en scène et vais lui défoncer sa race à la sortie.

► #12 Extraits de tragédies en musique (LULLY, Charpentier, Destouches, Rameau) pour soprano (Eugénie Lefebvre) et deux clavecins, dans la merveilleuse église (juxtapositions XIe-XVIe) d'Ennery. Un délice d'éloquence et de contrepoints : grand, grand concert. ♥♥♥♥♥
► #13 Révélation de Léonora Miano (pièce mythologique évoquant les traites négrières) mis en scène par Satoshi Miyagi en japonais à la Colline, avec un orchestre de 11 percussionnistes. Un univers très étonnant. (avec des morceaux de mythologie et d'onomastique dans mon commentaire) ♥♥♥
► #14 Rarissime exécution en concert du Quintette piano-cordes de Jean Cras, les chants de marin les plus modulants que l'on puisse rêver !  (avec quelques extraits de partition) ♥♥♥♥♥
► #15 Bérénice de Michael Jarrell à Garnier. Grande déception – je n'y retrouve ni le sens dramatique de Cassandre (qui n'était certes pas un opéra), ni le contrepoint lyrique de Galileo (qui n'était certes pas sis sur des alexandrins français).  ♠
► #16 Symphonie n°7 de Stanford (et Concerto pour clarinette), Éric van Lauwe. Très belle interprétation, œuvres pas au faîte du catalogue de Stanford. ♥♥
► #17 Tristan und Isolde : Serafin, Schager, Gubanova, Goerne, Pape ; Viola, Sellars, ONP, Jordan. ♥♥♥ (ça en mérite davantage, mais je connais tellement l'œuvre que l'effet de surprise n'est pas le même, et du fond de Bastille…)
► #18 Grétry, Le Jugement de Midas. CRR de Paris. ♥♥♥♥
► #19 Destouches, Issé. Wanroij, Santon, E. Lefebvre, Vidal, Collardelle, Lecroart, Dolié, Barolz ; Chantres, Les Surprises, Camboulas. ♥♥ (parce que c'est une nouveauté… mais pas palpitant, la faute au livret, et sans doute aussi un biais d'interprétation défavorable au drame, à la danse, à la déclamation)
► #20 Orgue à la Madeleine par Matthew Searles : Franck, (Samuel) Rousseau, Saint-Saëns, Tournemire, Demessieux… Programme français assez incroyable, autour des chorals et de l'improvisation transcrite (celles de Saint-Saëns et Tournemire sont incroyables !). ♥♥♥♥♥
► #21 Quatuor a cappella Bonelli, dans Josquin, Palestrina, Victorian, Mendelssohn, Sullivan, bruckner, Debussy, Peterson-Berger, Duruglé, Kodály, Poulenc, gospels… à un par partie !  Fulgurant, la technique parfaite, et jusque dans les langues !  ♥♥♥♥♥
► #22 Maeterlinck, La Princesse Maleine, Pascal Kirsch. ♥♥♥♥♥
► #23 Bernstein, Candide. Swanson, Devieilhe, Rivenq, Amiel, Saint-Martin, Courcier, Koch. Opéra de Marseille, Robert Tuohy. ♥♥♥♥
► #24 Toshiki Okada, Five Days in March (en japonais). ♥♥
► #25 Meyerbeer, Les Huguenots. Oropesa, Jaho, Kang, Testé… Kriegenburg, ONP, Mariotti. ♥♥♥♥♥
► #26 Berlioz, La Mort de Cléopâtre (Richardot), Symphonie fantastique, ORR, Gardiner. ♥♥♥♥
► #27 Debussy, Pelléas et Mélisande, version piano. Lanièce, Dominguez, Degout, Dear… Martin Surot. ♠ (c'est terrible, encéphalogramme plat… vraiment dangereux à présenter après si peu de répétitions… et pas du tout aimé ce que faisaient les chanteurs, alors même que j'ai adoré Lanièce jusqu'ici, mais il change sa voix, et beaucoup aimé Dear, mais dans des rôles plus opératiques…)
► #28 Haendel, Serse. Fagioli, Kalna, Genaux, Aspromonte, Galou, Andreas Wolf, Biagio Pizzuti. Il Pomo d'oro, Emelyanychev. ♥♥♥♥ (interprété comme cela, quel plaisir !)
► #29 Baroque viennois (Kerll, Fux, Conti, Schmelzer) par le Consort Musica Vera. Une brassée de découvertes ! ♥♥♥♥
► #30 Emond de Michalik. ♥♥♥♥♥ (en cours de commentaire, revenez plus tard)
► #31 Magnard, Hymne à la Justice, par les Clés d'Euphonia. (Et Ravel main gauche, Strauss Tod und Verklärung.) ♥♥ (Magnard passionnant et très réussi, j'étais dans de moins bonnes dispositions pour écouter le reste du programme.)

Et quelques déambulations illustrées d'octobre :
☼ La Forêt de Rambouillet traversée du Sud au Nord, du Palais du Roi de Rome jusqu'aux Étangs de Hollande.
☼ La Forêt d'Armainvilliers, ses arbres remarquables et vestiges archéologiques.
☼ Baillet-en-France, Chauvry, Béthemont, Villiers-Adam… villages autour de la Forêt de l'Isle-Adam

Château de Rambouillet.
Palais du Roi de Rome.

† Église XIIe-XVIe d'Ennery, premier gothique et flamboyances prolychromes.
† Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise.
Église Saint-Lubin de Rambouillet (avec vidéo-test d'acoustique).
† Cathédrale Saint-Louis de Versailles.
Sainte-Marie des Batignolles.
† Saint-Joseph-Artisan.
† Saint-Nicolas-des-Champs
† Temple de Port-Royal.

Expo Miró au Grand-Palais

Pour ceux qui ne sont pas mis en lien, vous les trouverez épars sur cette page.



2. Distinctions

Quelques statistiques :
● 20 concerts en octobre (oui, c'est beaucoup) dans 18 lieux différents dont 6 où je n'avais jamais mis les pieds. C'est plutôt bien d'y parvenir encore, après dix ans de loyaux services dans la région.

putto incarnat
Quelques ovations musicales :
Putto d'incarnat de l'exhumation : Consort Musica Vera pour le Requiem de Kerll, Ferey & Sine Qua Non pour le Quintette piano-cordes de Cras, Matthew Searles pour l'ensemble de son programme.
Putto d'incarnat œuvre : Les Huguenots de Meyerbeer, Callirhoé (extraits) de Destouches, Requiem de Kerll, Quintette de Cras, Médée (extraits) de Charpentier.
Putto d'incarnat claviers : Clément Geoffroy (à deux clavecins + continuo Issé), Matthew Searles (registration et souplesse).
Putto d'incarnat orchestre : Orchestre Révolutionnaire et Romantique (couleurs et cohésion dans Berlioz), CRR de Paris et environnants pour Grétry (quel engagement !).
Putto d'incarnat direction : Mariotti (animer ainsi cet orchestre, et rattraper l'air de rien les décalages des chanteurs dans les grands ensembles des Huguenots, du grand art), Ph. Jordan (Tristan).
● Une belle moisson de chanteurs exceptionnels (et je pèse mes mots) : Morgane Collomb (Kerll), Fanny Soyer (quatuor a cappella), Eugénie Lefebvre (Médée, Callirhoé, Amélite, Hespéride d'Issé), Marion Vergez-Pascal (quatuor a cappella), Bo Skovhus (Bérénice), Mathieu Lecroart (Issé), Biagio Pizzuti (Serse), Andreas Wolf (Serse), Adrien Fournaison (quatuor a cappella)… auxquels nous décernons volontiers un putto d'incarnat 2018.
● et les Putti d'incarnat de l'injustice critique, pas forcément adorés comme ceux choisis précédemment, mais réellement admirés, excellents, au-dessus de la désapprobation et que j'ai pu lire ou entendre de façon récurrente à leur encontre : Ermonela Jaho, Martina Serafin, Yosep Kang, Il Pomo d'oro… Courage les petits, vous êtes des grands !

putto incarnat
Quelques saluts théâtraux :
Putto d'incarnat théâtre : Maleine de Maeterlinck (pour le texte et sa vie sur scène, pas pour la mise en scène qui l'abîme en certains endroits), Edmond de Michalik (une sorte de vaudeville à références littéraires, très accessible et tout à fait jubilatoire à chaque instant).
Putto d'incarnat acteurs : Haruyo Suzuki (voix d'Inyi dans Révélation), Bénédicte Cerutti (la Reine étrangère dans Maleine), Cécile Coustillac (la Nourrice semi-comique dans Maleine), Nicolas Rivenq (quel anglais remarquable en narrateur-Pangloss de Candide).

Autant dire que je ne suis pas assuré que novembre soit du même tonnel…



3. Sélection des raretés et événements

En rouge, les interprètes qui méritent le déplacement.
En gras, les œuvres rares.
Et donc combiné : œuvres rares et tentantes (déjà écoutées, ou quelquefois simplement significatives / prometteuses).

Vendredi 2
→ Auditorium de Vincennes : Hymne à la Justice de Magnard (+ Tod & Verklärung, Ravel gauche). Les Clefs d'Euphonia. Libre participation.
→ Gaveau : Schütz, Erlebach, Theile, Ritter, Tunder par l'Arpeggiata.

Samedi 3
→ 16h, Saint-Gervais. Intégrale des motets de Couperin #4 par l'Ensemble Marguerite Louise (Gaëtan Jarry). Libre participation.
→ 18h, Royaumont, Masterclass Immler & Deutsch avec Garnier & Oneto-Bensaid (putto d'incarnat novembre 2017), Boché (putto d'incarnat mai 2018 et juin 2018) & Vallée… 18h, sur inscription.
→ Saint-Merry, violoncelle roumain & français.
→ Maison de la Radio, Esther de Racine avec la musique de scène d'origine de Moreau.
→ Auditorium de Vincennes : Hymne à la Justice de Magnard (+ Tod & Verklärung, Ravel gauche). Les Clefs d'Euphonia. Libre participation.

Dimanche 4
→ 14h30, Péniche Over the Rainbow : des succès de comédie musicale sous la direction de l'ancien grand chanteur-baroque-français Luc Coadou.
→ 15h, Saint-Germain-des-Prés : Concert baroque & musique ancienne coréenne.
→ 16h, Auditorium de Vincennes : Hymne à la Justice de Magnard (+ Tod & Verklärung, Ravel gauche). Les Clefs d'Euphonia. Libre participation.
→ 17h Temple Saint-Pierre (Paris XIX), Reincken au clavecin et Pachelbel à l'orgue par Clément Geoffroy (putto d'incarnat de septembre 2018 et octobre 2018). 55 rue Manin, gratuit.

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Lundi 5
→ Philharmonie, création de CHEN Qigang, Capitole, Sokhiev.

Mardi 6
→ 12h30 puis 19h, CNSM : ECMA, Académie de Musique de Chambre Européenne, le lieu chaque année de mes grands coups de cœur et de mes nouveaux chouchous !  J'y ai découvert avant tout le monde les Akilone, Hanson, Arod, Sōra, Zadig, lorsqu'ils étaient encore élèves…
→ 12h30, Orsay, masterclass de la Fondation Royaumont, cf 3 novembre.
→ Opéra de Versailles, Berlioz, Damnation de Faust. Antonacci, Vidal, Courjal, Les Siècles, Roth. Alerte glottique !  Mathias Vidal a remplacé en catimini (le déjà très bon) Bryan Register. On se retrouve donc avec le plus beau plateau jamais réuni pour cette œuvre. Hélas, il ne reste plus que des places à 80€, car tout était déjà parti…

Mercredi 7
→ Temple du Luxembourg : Massé, Paul & Virginie ; Compagnie de L'Oiseleur. T. Rousseau, G. Laurens, Ratianarinaivo, Qiaochu Li… Massé n'a pas écrit que les pièces légères Les Noces de Jeannette (grand succès d'alors) ou Galathée (qui a bénéficié, il y a longtemps, des rares honneurs du disque) ; voici un de ses drames plus sérieux, qui met en relation ces héros emblématiques de la littérature française avec leurs lecteurs, avec de beaux
ensembles consonants mais riches. Hâte d'entendre cela en action !  Libre participation.
→ Philharmonie : Tippett, A Child of Our Time ; Connolly, Padmore, Relyea, OP, Adès. Oratorio très réussi (style brittenien en mieux), son œuvre emblématique.
→ Philharmonie : Armand Couperin, Dandrieu… par Béatrice Martin, Olivier Baumont, Claire Antonini, et Julien Cigana à la déclamation en français restitué (il n'y a pas plus savoureux que lui !).
→ Odéon : Début des Femmes Savantes mises en scène par Braunschweig.

Jeudi 8
L'une des journées les plus riches de l'année !
→ 18h, Musée d'Orsay : Lauréats de la Fondation Royaumont (dont les membres de la masterclass du 3 novembre) répartis dans le musée !
→ 19h, CNSM : Ouverture du Fliegende Holländer, Concerto pour violon et orchestre à vents de Weill, Concerto pour violon n°2 de Bartók. Orchestre des Lauréats du Conservatoire. Gratuit.
→ Mairie du IIIe : Quintette piano-cordes de Durosoir (et celui de Franck) par l'Ensemble Syntonia (putto d'incarnat 2017). Gratuit ?
→ Philharmonie : Tippett, A Child of Our Time ; Connolly, Padmore, Relyea, OP, Adès. Oratorio très réussi (style brittenien en mieux), son œuvre emblématique.
→ Orsay : Immler-Deutsch dans Schreker, Grosz, Gál, Wolf, Berg. Rarissime et exaltant mais cher pour un récital de lied (35€).
→ Invalides : Requiem de Farr, Élégie pour cordes et harpe de Kelly. Pas des chefs-d'œuvre intersidéraux, mais plaisants et rarissimes.
→ Seine Musicale : Haydn, Symphonie n°102, une Symphonie de CPE Bach, Concerto pour piano n°20 de Mozart. Insula Orchestra, Christian Zacharias.
→ Philharmonie : Louis & François Couperin par Rousset.
→ CRR de Paris : Debussy, Pelléas ; la formation n'est pas claire, j'avais compris Pascal Le Corre au piano, mais je vois qu'à présent des élèves instrumentistes sont crédités. Gratuit.
→ Ivry : Les Justes de Camus.

Vendredi 9
→ TCE : Verdi, Nabucco ;  Opéra de Lyon avec Anna Pirozzi, Leo Nucci… Les meilleurs titulaires d'aujourd'hui, pour un opéra d'un accomplissement remarquable, certes un tube, mais guère donné en France.
→ Chapelle Royale de Versailles : Moulinié, Cantique de Moÿse & Requiem, motets Louis XIII de Formé et Bouzignac. 18€.
→ Philharmonie : Durosoir, Amoyel, Britten, Debussy, Bach sur une copie du violoncelle de fortune de Maurice Maréchal, dans les tranchées. Par Emmanuelle Bertrand.
→ CRR de Paris : Debussy, Pelléas ; la formation n'est pas claire, j'avais compris Pascal Le Corre au piano, mais je vois qu'à présent des élèves instrumentistes sont crédités. Gratuit.
→ Massy : Samson & Dalila, production de Metz (Kamenica, Furlan, Duhamel).
→ Chelles : Sopro, pièce de Tiago Rodrigues en portugais, autour de la figure d'une souffleuse (réellement souffleuse). Donné également jusqu'à mi-décembre au Théâtre de la Bastille, dépêchez-vous, la plupart des dates sont complètes.

Samedi 10
→ 15h, Cortot : Septuor de Saint-Saëns (OCP)
→ 18h, Gargenville (aux Maisonnettes, l'ancienne maison de Nadia & Lili Boulanger), concert viole de gambe / clavecin. 8€.
→ 20h, Église écossaise : violon-piano de Janáček, Sonate pimpante de Rodrigo, Beethoven 9.
→ 20h30, La Chapelle-Gaillard : Lambert, Jacquet, Marais, Dandrieu, etc. Entrée libre. Réservation conseillée.
→ Début de Nel paese d'inverno (en italien) de Silvia Costa, plasticienne qui a été l'assistante de Castellucci.

Dimanche 11
→ Ivry : Les Justes de Camus.
→ 21h, Philharmonie : Chœurs de Caplet (Messe à 3), Reger, Schönberg, Ravel, Poulenc, Fujikura. Chœur de Chambre du Québec, Sequenza 9.3, Chœurs de l'Armée Française. Déplacé à 21h pour cause d'Armistice. Complet mais vérifiez sur la Bourse aux Billets (ou demandez-moi, je risque de revendre ma place…).

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Lundi 12
→ CNSM : programme de chambre au Salon Vinteuil du BDE.
→ Athénée : Mirianashvili.
→ 21h, Théâtre de la Bastille : Sopro, pièce de Tiago Rodrigues en portugais, autour de la figure d'une souffleuse (réellement souffleuse).Jusqu'à mi-décembre,la plupart des dates sont complètes.

Mardi 13
→ Toute la journée : masterclass de Gary Hoffman (violoncelle) au CNSM.
→ 14h, CRR : masterclass publique sur les vaudevilles du XVIIIe siècle.
→ 18h, CNSM : pièces du compositeur récemment disparu Nguên Thiên Dao.
→ 20h, Colline : début du Lazare de Castellucci.
Chœur Calligrammes (putto d'incarnat du concert de l'année en 2017 et 2018 !), programme « Noël espagnol des trois Amériques » : Guastavino, Susa, Galindez, Valera, Corona (pardon, en vérifiant le lieu, je vois que c'est évidemment en décembre)

Mercredi 14
→ 14h, CRR : masterclass publique sur les vaudevilles du XVIIIe siècle.
→ 19h, CNSM : concert de thèse, Paganini au piano. Liszt, Busoni, Michael Zadora, Ignaz Friedman.

Jeudi 15
→ 18h30, Favart : Stockhausen, Donnerstag aus Licht. L'opéra totalisant qui regroupe une large part de sa production sera (partiellement) donné cette année : Jeudi à l'Opéra-Comique, et plus tard dans la saison Samedi à la Philharmonie !  Ici, c'est avec mise en scène, une expérience qui vous convaincra diversement (ensemble très hétéroclite, mais atonal bien sûr), à ne pas rater, au moins pour connaître cet objet étrange.
→ 19h, CNSM : cours public d'improvisation de musique indienne
→ Orsay : pièces à thématiques circassiennes de Satie (Parade !), Stravinski, Rota, Debussy (orchestrations de Children's Corner) etc., par le Secession Orchestra dirigé par Clément Mao-Takacs.
Chœur Calligrammes (putto d'incarnat du concert de l'année en 2017 et 2018 !), programme « Noël espagnol des trois Amériques » : Guastavino, Susa, Galindez, Valera, Corona (pardon, en vérifiant le lieu, je vois que c'est évidemment en décembre)
→ Philharmonie : Monologues de Jedermann de Frank Martin par Goerne, un des grands cycles vocaux du XXe siècle (assez récitatif et dramatique, comme les Vier dramatische Gesänge de Gurlitt ou les Häxorna de Rangström). Couplé avec la Dante-Symphonie de Liszt, fameuse et très enregistrée mais peu donnée en concert.

Vendredi 16
→ Invalides (salon) : pièces à deux pianistes de Saint-Saëns, Debussy, Rachmaninov, Chostakovitch. Avec Jean-Philippe Collard.
→ Philharmonie : Vivier, Grisey (Les Chants du Seuil), EIC, Louledjian (très remarquée la saison dernière dans la Damoiselle Élue – quelle diction, quelle présence !).

Samedi 17
→ 16h30 Épinay-sous-Sénart : baroque des Andes.
→ 18h, Écouen : Jodelle, Cléopâtre captive. Rare représentation de cette pièce fondamentale du patrimoine français. Gratuit sur réservation, dans le cadre merveilleux du château !
→ 18h30, Favart : Stockhausen, Donnerstag aus Licht. Voir jeudi pour commentaires.

Dimanche 18
→ 16h, Maison de la Radio : Chœurs de Schubert, Mendelssohn, Brahms par le Chœur de Radio-France. Ma dernière expérience, il y a près de dix ans, avait été très peu concluante (techniques lourdes qui s'accommodent mal de cette forme délicate), mais Sofi Jeannin (et désormais Martina Batič ?) les a beaucoup assouplis pendant son bref intérim.

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Lundi 19
→ Toute la journée au CNSM : masterclasses du Quatuor Ébène. Gratuit.
→ 19h, CNSM : Symphonies 1 de Beethoven et 9 de Schubert, par les Lauréats du Conservatoire (multi-putto d'incarnat ces dernières années). Gratuit sur réservation.
→ 20h, Villette : début des représentations de l'épisode du Mahābhārata vu par Miyagi, avec son orchestre de percussions (et en japonais), gros succès à Avignon…

Mardi 20
→ 19h, Bondy : Chansons de Bord de Dutilleux (bijoux !), Chansons de la Pointe de Manac'h, Kodály, Ligeti, Fujiwara, par la Maîtrise de Radio-France. Gratuit.
→ 19h, CNSM : Concertos baroques de Jiranek, Heinichen, Reichenauer, Bentner et Zelenka ! Gratuit.

Mercredi 21
→ 20h30, Bal Blomet : pièces d'Anthiome, Berlioz, Saint-Saëns, Fauré. Ambroisine Bré et l'Ensemble Contraste. 22€.

Jeudi 22
→ 12h30 Petit-Palais : récital de lied & mélodie par Kaëlig Boché (double putto d'incarnat au dernier semestre !) et Jeanne Vallée.
→ 20h, Invalides : Programme varié très étonnant. Pièces héroïques pour orgue et cuivres de Widor et Dupré, extraits de Janáček (Glagolitique, Tass Boulba), Bartók, Pärt, Nilović, Eötvös, Rhapsodie pour clarinette et orchestre de Debussy… !
→ 20h, Opéra Royal de Versailles : Salieri, Tarare. Un des plus hauts chefs-d'œuvre de l'histoire de l'opéra, l'un des plus grands succès de l'Opéra de Paris également. J'en avais présenté le livret et le contexte ici. Équipe de dingue menée par Dubois, Bou, Rousset… Donné également à la Cité de la Musique.
→ 20h, Maison de la Radio : Bernstein, Divertimento, Halil, Riffs ; Dusapin, Morning in Long Island. ONF, Sirvend.
→ 20h, Fondation Singer-Polignac : Lauréats du prix Boulanger. Est-ce public ?  (souvent, non, mais je n'ai pas vérifié ici, étant déjà pris…)
→ 20h, T2G : Début des représentations de la pièce de Hideto Iwaï (en français).
→ Maison du Japon : « Jetons les livres ». Théâtre en japonais, viol / pop / onirique / trash. Pas pour moi, mais doit être assez surprenant.
→ 20h30, Philharmonie : Koechlin, Vers la Voûte étoilée (très jolie pièce, pas son chef-d'œuvre, mais on ne le joue jamais, c'est déjà bien…) et autres programmes stellaires d'Adès, Holst, Ives, R. Strauss. Orchestre de Paris, Pierre Bleuse (absolument formidable dans le récent album d'airs français de Julien Behr).
→ 21h, Théâtre de Saint-Louis-en-L'Île : mélodies de Kuula, O. Merikanto, Sibelius, Melartin, par Sophie Galitzine (une bonne voix) et Jean Dubé (oui, le Jean Dubé !). Programme déjà rodé au moins depuis le début d'année.

Vendredi 23
→ 19h, CRR de Paris : Orchestre d'harmonie de la Région Centre dans Roger Boutry (Concerto pour violoncelle et ensemble à vent), et arrangements : Lili Boulanger (D'un matin de printemps), Debussy (Fêtes des Nocturnes) et Bernstein (Suite de Candide). Gratuit.
→ 20h30 : Début de La Naissance de la tragédie de Kuvers.

Samedi 24
→ 15h, Cortot : quatuor à vent. Français, Villa-Lobos, Rossini, Beethoven, Poulenc, Jolivet
→ Tout l'après-midi, MAHJ  : Intégrale des Quatuors avec piano de Mendelssohn (œuvres de prime jeunesse, pas le plus grand Mendelssohn, mais déjà très belles et jamais données) avec le Trio Sōra, Mathieu Herzog, et culminant en fin de journée dans une transcription de la Première Symphonie avec le Quatuor Akilone (et un piano) !
→ 20h30, Saint-Joseph-Artisan : Automn de Delius, première audition française de ce mouvement de suite symphonique. Programme un peu moins aventureux que d'ordinaire (après un tout-Stanford !). Couplage avec le Second Concerto de Brahms. Excellent orchestre d'Éric van Lauwe. Libre participation.

Dimanche 25
→ 12h, Garnier : Quatuors de compositeurs d'opéra. Grétry n°3, Verdi, Meyerbeer Quintette avec clarinette.
→ 16h, Saint-Joseph-Artisan : Automn de Delius, première audition française de ce mouvement de suite symphonique. Programme un peu moins aventureux que d'ordinaire (après un tout-Stanford !). Couplage avec le Second Concerto de Brahms. Excellent orchestre d'Éric van Lauwe. Libre participation.
→ 16h, Chapelle royale de Versailles : Couperin, extraits de la Messe pour les Couvents par Desenclos, et motets par l'Ensemble Marguerite Louise.
→ 17h, Le Pecq : Garnier & Oneto-Bensaid (laquelle fut multi-putto d'incarnat et vient de sortir son premier disque, entièrement des transcriptions de sa main ! ♥) Dans Schubert, Duparc, Poulenc…

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Lundi 26
→ Toute la journée, CNSM : masterclasses du Quatuor Modigliani. Gratuit.

Mardi 27
→ Uniquement des événements déjà cités.

Mercredi 28
→ 19h, CNSM : Concert (de chambre) de l'Association de musique Sainte-Cécile, sorte de remise de prix organisée par d'anciens du CNSM, une des plus anciennes associations culturelles de France. Je ne dispose pas du programme, mais en principe ce sont des gens plutôt bons –  et c'est dans ces murs que je vis régulièrement mes plus belles expériences de musique de chambre !
→ 20h30, Philharmonie : Salieri, Tarare. Un des plus hauts chefs-d'œuvre de l'histoire de l'opéra, l'un des plus grands succès de l'Opéra de Paris également. J'en avais présenté le livret et le contexte ici. Équipe de dingue menée par Dubois, Bou, Rousset… Donné également à Versailles la semaine précédente.
→ 20h30, Philharmonie : Intégrale des airs de cour de Couperin (très peu donnés, même pas sûr d'en avoir déjà entendu !) + divertissements, Sempé.

Jeudi 29
→ 19h, CNSM : orgue de Reger, Escaich, Bach.
→ 20h, Maison de la Radio : Martinů (Concerto pour violon n°1), Bernstein (Songfest, une grande cantate assez réussie), Barber (Adagio & ouverture pour The School for Scandal). ONF.
→ 20h30, Grand-Palais : Lotti, Giove in Argo, étudiants du CNSM, García-Alarcón. Gratuit sur réservation. On dispose de très peu de choses de ce compositeur vénitien (et essentiellement de la musique sacrée, très bien faite). On est à (1718) à l'époque du premier seria, mais on peut parier pour que ce soit plutôt du haut de gamme musical, avec peut-être une forme plus libre, que de la pure ostentation vocale. Mais c'est pur pari de ma part…

Vendredi 30
→ Fin de l'exposition des étonnantes gravures de Georges Focus à l'École des Beaux-Arts.
→ 20h, Maison de la Radio : Symphonie n°2 de Bernstein, OPRF, Vasily Petrenko. Je trouve personnellement cette symphonie particulièrement sinistre et insipide, mais elle est incontestablement rarement donnée.
→ 20h, Opéra Royal de Versailles : première des trois représentations d'Actéon de Charpentier et Pygmalion de Rameau, par l'Atelier Tafelmusik de Toronto. Mise en scène toujours adroite avec peu de moyens de Pynkoski.
→ 20h30, Philharmonie de Paris : Manfred de Tchaïkovski. Orchestre des Jeunes de Roumanie, Mandeal. Très peu joué en France et difficile à réussir, alors par de petits jeunes enthousiastes, c'est tentant !

Samedi 1er décembre
→ 17h30, Écouen, Le Procès de Monsieur Banquet (théâtre). Aménagement d'une pièce allégorique du XVIe siècle, interprété par un seul comédien.

Dimanche 2 décembre
→ 17h, Invalides : Jacques Alphone de Zeegant et Karoł Kurpinski, une Messe, et une Symphonie Chemin des Dames !



Mon agenda étant déjà totalement occupé, je n'ai pas vérifié les récitals d'orgue, mais si vous êtes intéressés, France Orgue fait une grande partie du travail pour vous !

Courage pour vivre votre (meilleure) vie au milieu de toutes ces tentations afférentes !

jeudi 1 novembre 2018

Tout doit disparaître


Je dispose de deux invitations pour la masterclass de Christian Immler et Helmut Deutsch à Royaumont (18h) où je devais me rendre ce samedi, avec des duos chant-piano assez extraordinaires (Boché & Vallée, Garnier & Oneto-Bensaid…).

Si intéressé, dites-le moi par commentaire ou courriel.

jeudi 25 octobre 2018

Une décennie, un disque – 1700 – La naissance de la cantate française


1700


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Trois extraits significatifs :
¶ grand récit accompagné dans Pyrame & Thisbé (Fouchécourt) ;
¶ air concertant dans La Muse de l'Opéra (Rime) ;
¶ air d'imprécations & de morale dans La mort d'Hercule (Rivenq).


Compositeur : Louis-Nicolas CLÉRAMBAULT (1676-1749)
Œuvre : Cantates profanes françaises – (Orphée, 1710 ; Pirame & Tisbé, 1713 ; La mort d'Hercule, 1716 ; La Muse de l'Opéra, 1716)
Commentaire 1 : Chez Clérambault comme chez les autres, la cantate est une action dramatique très resserrée, partagée entre des récitatifs brefs, assez mélodiques, et des airs qui explorent des émotions galantes, des désespoirs pathétiques, ou proposent des moralités amères ou piquantes. (En général des propos assez stéréotypés sur l'Amour.)
    Bien qu'il utilise volontiers les airs concertants avec contrepoint de dessus instrumental (violon ou flûte) obligé, et soit un exemple de contrepoint et d'audace harmonique à l'italienne (en matière de langage musical), Clérambault ressortit au style français de la cantate : ses récitatifs sont très vivants et sophistiqués, parfois de réelles scènes convoquant un ou deux instruments mélodiques en sus du chanteur, et le format des airs varié, aussi bien des airs italiens ABA' que des airs de forme AA', ou de grands ariosos assez libres.
    Le choix de cet album couvre la plus grande variété possible de voix (dessus, haute-contre, basse-taille) et de caractères ; le lyrisme d'Orphée (sans doute la cantate française la plus enregistrée et donnée, depuis cet album), le récit haletant (et les splendides ariettes) de Pirame, le ressentiment amer au Mont Œta et ses maximes désabusées, le cas particulier de la cantate sans drame et très figurative La Muse de l'Opéra, qui liste tous les épisodes attendus sur scène (trompettes de triomphe, tempête, sommeil, Enfers…).

Interprètes : Noémie Rime, Jean-Paul Fouchécourt, Nicolas Rivenq ; Les Arts Florissants (Hiro Kurosaki & Bernadette Charbonnier aux violons, Éric Bellocq à l'archiluth, Élisabeth Matiffa à la basse de viole, William Christie au clavecin) ; William Christie
Label : Harmonia Mundi – « Musique d'abord »  (1990)
Commentaire 2 : Outre que je tiens Pirame et Tisbé pour la plus belle cantate de tous les temps et que je souhaitais l'inclure dans la sélection (il en existe trois autres bonnes versions, avec Ragon, Lesne, Wilder), il faut dire qu'on trouve assez difficilement de bons disques de cantates. Très souvent trop vocaux, pas très tendus, on entend de jolis timbres et un continuo riche, mais le drame et la multiplicité des personnages imposent rarement leurs présence, même chez des artistes d'ordinaire très aguerris. Par ailleurs, les deux tiers sont chantés par des anglophones dont la phonation est tout simplement douloureuse à des oreilles françaises (ainsi, malgré les très beaux programmes, impossible de recommander les disques Centaur autrement qu'en mode découverte à tout prix).
    Ainsi, en plus du panorama très complet qu'il propose, ce disque constitue surtout un témoignage capital de l'art le plus élevé de la déclamation française. Non seulement chaque mot est articulé, mais l'intensité, l'expression fine de chaque syllabe est dosée… Les vers, servis par la musique mais aussi par la parole, prennent alors, bons ou mauvais, une intensité hors du commun. C'est ce travail qui ne se fait plus que marginalement dans le baroque et qui manque cruellement, en particulier pour le répertoire français qui met toujours le poème à l'honneur. J'espère que les jeunes artistes pas encore totalement en pleine lumière mais qui excellent dans ce répertoire (Cécile Madelin, Eva Zaïcik, Paul-Antoine Benos…) serviront de norme pour une nouvelle génération.
     À cela s'ajoute la singularité extrême des timbres – Rime au bord du cri, Fouchécourt planant sur ces accents naïfs, et le grain d'une nonchalance non sans âpreté, si français, de Rivenq… Côté continuo, j'admets qu'on a fait plus riche et varié depuis, mais le goût est assez parfait, altier et limpide (Bellocq est particulièrement admirable).

Un peu de contexte – a) La naissance de la cantate :
    En ce début de siècle, le foisonnement de styles, qui s'étend à de plus en plus de nations et de genres, rend le choix difficile – je devais initialement présenter une Passion nord-allemande tellement méconnue qu'on n'en connaît pas l'auteur… Mais comment passer devant l'événement qui agite toute la France ?  En 1706, Jean-Baptiste Morin, maître de chapelle à Orléans et Chelles, ayant connu quelque succès pour ses petits motets, publie le premier recueil de cantates françaises.
    Le format existait en Italie dès le début du XVIIe siècle (Carissimi !), et Morin doit se justifier et s'excuser de son audace dans sa préface, où il souligne à quel point il écrit bel et bien de la musique française et ne fait pas entrer le loup ultramontain dans la bergerie gallicane – ce qui était, à en juger par la proximité des formes et le nombre de cantates italiennes qui seront ensuite écrites par des compositeurs français, objectivement faux. Quoi qu'il en soit, le genre connaît un engouement immédiat, et tous les musiciens un peu ambitieux en produisent plusieurs livres : Campra, Bernier, Montéclair, Clérambault, Jacquet de La Guerre s'en emparent dans les années qui suivent, et la cantate conserve sa vitalité par-delà les années 1720 (moins nombreuses dans les années 1730, mais Lefebvre en écrit jusque dans les années 1740).

Un peu de contexte – b) Concurrences de formats :  
    La forme est théorisée par le poète Jean-Baptiste Rousseau, une figure singulière réputée pour sa misanthropie active – battu par La Motte pour l'élection à l'Académie Française (un peu la honte, c'est vrai), il perd la mesure et écrit des couplets vengeurs allant jusqu'au blasphème, ce qui lui vaut notamment, avant l'exil, d'être rossé par La Faye, capitaine aux gardes, qui était poète à ses heures et à qui on avait attribué ces vers – à ne pas confondre avec La Fare (qui était protecteur de Rousseau, au contraire), lui aussi poète et capitaine des gardes de Philippe d'Orléans, et même son librettiste pour les « opéras du Régent », j'en parlerai bientôt.
    Ce personnage profondément antipathique et supérieurement amusant avait proposé une transposition simple de la forme de la cantate italienne (alternance récit-air-récit-air-récit-air). Chez Morin, Bernier, Batistin (Stuck), la musique est aussi tout à fait conforme à l'usage transalpin : le récitatif est toujours en 4/4 et les airs, assez longs, systématiquement à da capo (couplet central et reprise ornée de la première partie).
    Pourtant, dès Campra (1708, deux ans plus tard !), la forme prend plus de liberté, aussi bien dans l'enchaînement assoupli des récits et airs (chez Clérambault, les récits plus « arioso », de forme cursive mais plus chantés, accompagnés de figuralismes, etc., sont monnaie courante) que dans la forme musicale même, avec des airs de types divers, en général plus courts, et des récitatifs de type LULLYste (changements de mesure constants, selon les besoins du vers et de l'expression de la déclamation, beaucoup de ruptures).

Un peu de contexte – c) Pourquoi Clérambault :  
    Bien que son premier livre de cantates date de 1710 (et que les suivants, également représentés sur ce disque, appartiennent à cette décennie), j'ai fait le choix de considérer que certaines d'entre elles avaient probablement été élaborées au cours de l'année 1709 : la cantate est un engouement de la décennie 1710, mais surtout un événément fondamental de la décennie 1700, et cela me permet commodément de proposer au moins un titre d'opéra seria dans le parcours, qui apparaîtrait dans le cas contraire étrangement défectif.
    Pour autant, les bons disques de cantates sont rares et Clérambault m'en semble (sa fortune discographique et en concert laisse supposer que je ne suis pas seul à le sentir ainsi) le représentant le plus inspiré, ce qui m'a poussé à une entorse de six mois afin de présenter un disque exceptionnel.

Alternatives discographiques :
    Elles ne sont pas légion. Pour Clérambault, les témoignages déjà mentionnés de Poulenard-Ragon-Amalia, Lesne-Seminario, Wilder-Bostonades.
    Je n'ai réussi à mettre la main sur aucun disque de Morin (pas un compositeur immense dans le reste de son legs au demeurant, ceci expliquant sans doute cela), même s'il y en a forcément. Je trouve Campra et Montéclair assez raides, peu mélodiques, pas très marquants – et les disques Christie ne sont pas du tout aussi bien chantés et dits qu'ici. Jacquet de La Guerre, l'une des représentantes les plus intéressantes du genre, est jouée quelquefois en concert (Le sommeil d'Ulysse essentiellement), encore assez mal servie au disque, deux cantates par ci, deux autres par là. Les deux seuls à être correctement prononcés sont deux avec Isabelle Desrochers, sans être électrisants non plus malgré les grandes qualités, la science du répertoire et la voix parfaitement adéquate de la chanteuse (privilégiez le disque Alpha, meilleur accompagnement).
    Que reste-t-il ?  Les cantates de Bernier par Gérard Lesne (même si sa technique est celle d'un contre-ténor et non d'une haute-contre, ce qui le conduit souvent – je n'ai pas vérifié dans ce disque-ci – à transposer les pièces), expressivement chantées et très bien accompagnées, avec un beau choix. Aussi un disque largement consacré à Lefebvre, compositeur méconnu qui écrit anachroniquement ses cantates (passées de mode) en 1740 dans le style 1710, qui doit paraît ces jours-ci par Eva Zaïcik et le Taylor Consort – entendus en concert, les cantates sont très complètes et marquantes, et les interprètes assez fabuleux.

samedi 20 octobre 2018

Une décennie, un disque – 1690 – la zone d'influence de Grigny


1690


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Dialogue sur les grands jeux, l'Amen conclusif de l'hymne Veni Creator Spiritus.

Compositeur : Nicolas de GRIGNY (1672-1703)
Œuvre : Prermier Livre d'orgue – 1699
Commentaire 1 : Cet unique legs de Grigny (mort à l'orée de sa trentaine) constitue aussi l'un des massifs les plus passionnants de la musique d'orgue française avant la fin du XIXe siècle… Écrit dans les formes canoniques (grande messe d'une part ; 5 hymnes plus brèves d'autre part, composées pour des fêtes spécifiques), il s'en distingue cependant par sa qualité musicale exceptionnelle.
    Harmonie plus audacieuse (son univers sonore est sensiblement plus colorée que ses contemporains ; et ces marches harmoniques très inhabituelles dans le langage d'orgue français d'alors pour faire progresser un thème !), contrepoint sophistiqué (ces nombreux mouvements fugués qui paraissent s'épanouir sans contrainte mélodique), lignes de basse originales (des fusées assez libres dans les Dialogues jusqu'à l'opposé, l'immense b