Carnets sur sol

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mardi 22 mai 2018

Schubert : La belle Meunière pour orchestre (Legrand / Aubin / Pagnol)


J'avais déjà exploré les lieder en traduction libre (l'esprit du poème étant respecté, pas son détail, comme cela se faisait alors) de ce film de Marcel Pagnol (1948, le premier en Rouxcolor), qui se trouvent sur disque depuis quelques années – Tino Rossi y chante Schubert en français : le Tilleul du Voyage d'hiver, la Sérénade du Chant du Cygne et une poignée de numéros de la Meunière.

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Morgengruß (n°8) : la Sérénade (même esprit, texte différent) est précédée d'une citation du n°2 (« Wohin ? ») où le Meunier cherche encore son chemin, puis d'une version exaltée du lied à venir (n°8) avec le thème doublé aux cors, puis repris accentué dans le grave des cordes. Suit un intermède écrit par Raymond Legrand, l'orchestrateur arrangeur des parties instrumentales, avant de déboucher sur le lied lui-même (arrangé par Tony Aubin).
C'est Raymond Legrand qui dirige – l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, rien que cela.

Mais en réalité, dans le film, on croise des choses (musicales) encore plus étonnantes, comme « Die böse Farbe » ou « Trockne Blumen » qui se changent en branſle villageois ; ou encore le terrible Chasseur pris en version orchestrale – tout est très habilement habillé orchestralement, beaucoup d'effets ajoutés qui rendent le résultat très naturel en musique de film ou d'orchestre.

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Introduction musicale qui accompagne les crédits liminaires : « Morgengruß » (n°8) en orchestration filmique-lyrique, puis le second thème de « Der Neugierige » (n°6, où le jeune meunier demande son avis au ruisseau), enfin le « Tilleul » du Winterreise qui permet d'enchaîner sur la scène où Schubert cause avec ses amis. (Vous noterez l'absence de cohérence chronologique, la Meunière ayant été composée avant.)

L'intrigue est peu ou prou celle du cycle, mais précédée d'un petit segment métadiégétique : Schubert vient de recevoir le fameux refus de Goethe (enfin, c'est plutôt qu'il ne lui a pas répondu, dans l'histoire réelle), est réconforté par ses amis, et pour se tirer d'affaire, leur raconte son prochain projet (ce sera l'histoire de la Meunière). Le récit-cadre n'est jamais refermé d'ailleurs, il reste tout à fait inachevé, et l'histoire se termine sans jamais y revenir, étrangement.

Bien que se déroulant dans des paysages typiquement provençaux et dit dans un français qui fleure bon le félibrige, l'action est explicitement située dans la campagne autrichienne (oui, avec ses fameuses bergeries à tuiles plates au fond de la garrigue !), et Schubert, en route pour Vienne, y croise le meunier Guillaume et, séduit par l'apparence de sa fille Brigitte, se porte volontaire comme garçon meunier, le temps de régler un différend fiscal féodal pour le compte de son hôte. Ici, même s'il est fait référence au vagabondage, ce n'est donc pas un garçon errant, mais un homme éduqué qui accepte de s'insérer dans la maison.

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Décor de garrigue typiquement tyrolien.

Contrairement à ce que suggère le cycle de poèmes de Müller, où le pauvre garçon ne semble pas avoir une chance – et où la Meunière ne semble pas tant coquette que peu intéressée par lui – ici Franz et Brigitte se retrouvent fiancés. Et les récriminations de l'apprenti meunier sont prises très au sérieux : Brigitte est en réalité une coquette superficielle qui accepte de devenir la maîtresse du seigneur des environs (il apparaît sur le thème du lied consacré au chasseur). La moralité est très dure avec elle : elle est comme sa mère qui a cornufié maître Guillaume, et en somme elle n'aimait le ruisseau confident, d'emblée, que pour s'y mirer. Le père et le fiancé partagent leur chagrin face à la fausseté de cette fille volage (hé bien).
Aujourd'hui on lirait le cycle comme une histoire de harcèlement (ce petit meunier s'emporte dans des délires assez terrifiants, se sent jaloux de son bien lorsqu'elle regarde un autre homme sans même être à lui, passe son temps à l'épier, brr…) ; Pagnol en fait tout l'inverse, un symbole de la cruauté des femmes coquettes. Question de lieux communs selon les époques, mais il est un fait que la proposition de Pagnol est assez étonnamment sombre.

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Le lied sarcastique et emporté du Chasseur (« Der Jäger », n°14), où l'on trouvait déjà les quartes, quintes et sixtes caractéristiques de l'instrument, est ici transformé en appel de cors pour chasse à courre, avant de se répandre à l'orchestre, avec un bel habillage de Raymond Legrand : les cordes trillent, le piccolo fuse, notre homme a entendu la Chevauchée des Walkyries, mais n'en fait pas un pastiche, et l'adapte dans un genre à la fois plus champêtre et plus compatible avec le matériau schubertien. Très bien conçu, car l'enrichissement du matériau d'origine, avec de nouvelles lignes musicales, n'abîme pas la qualité de ce lied pourtant conçu comme support à une déclamation très rapide et saccadée !
C'est le moment où l'intrigue bascule, et Legrand lui rend justice.

Le film se répartit essentiellement entre la séduction (réussie, contrairement à ce que suggère le cycle – en tout cas, je n'entends pas « Mein ! » autrement qu'un délire, à en juger par toutes les rebuffades qui l'entourent) et l'invitation fatale du seigneur contre lequel il n'est pas possible de lutter.

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Lorsque Brigitte s'en va au bal où l'invite le seigneur, on entend le lied où s'exprime toute la rage du meunier qui a perdu sa bien-aimée (« Die böse Farbe », la couleur maligne, n°17)… mais traité comme le son d'une fête (avec interludes de Raymond Legrand à nouveau). D'abord très joyeux lorsqu'elle monte dans la calèche, puis une véritable valse-musette, avec ses doublures de clarinette qui sonnent comme un accordéon, lorsqu'il faut faire danser le « ballet paysan » (comme l'appelle l'intendant).


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La cour du château a décidément plus d'affinités avec Saint-Martin-du-Canigou ou Saint-Michel-de-Cuxa qu'avec le baroque carinthien.

Je me demande vraiment l'intérêt que peut en tirer un vaste public (très peu de choses se passent, histoire assez banale, peu d'enjeu…) ; en revanche, si l'on aime Schubert et qu'on connaît le cycle, on prendra plaisir à noter les divergences (et si le jeune meunière avait été aimé ?), à goûter les traductions libres chantées en délectable voix de tête par Tino Rossi, à s'émerveiller des belles réorchestrations très crédibles d'autres mélodies du cycle… Pagnol a aussi laissé un certain nombre d'allusions en clin d'œil aux mélomanes – les paysans mal dégrossis échangent leur admiration en se persuadant que s'il tient « l'héritage de Mozart », il a dû recevoir de l'argent de quelque riche parent. Il y a alors un petit côté sergent García chez maître Guillaume.

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Pour « Trockne Blumen », le n°18, où le Meunier s'achemine déjà lentement vers la résignation et la mort, Legrand a là aussi fait un choix assez sarcastique, en en faisant la pavane sur laquelle Brigitte est présentée à la foule par le baron Christian. (Vous entendez un bref moment où des violons jouent dans une autre tonalité, ce ressemble fort à une erreur de montage, sinon je me demande pourquoi apparaissent des cordes soudain, alors que tout le ballet est écrit pour vents.)

Mais ma grande surprise est que cela, dans l'absolu, se regarde très bien ; rien de figé, tout coule avec une belle fluidité, et la petite histoire se laisse cueillir avec beaucoup de persuasion. Pas un grand film, certes, mais si on y ajoute la beauté curieuse des perles musicales qui s'y glissent, on ne voit vraiment pas le temps passer, contrairement à ce que je m'étais figuré.

Et, musicalement, ces mutations parfois inattendues de la matière du cycle, ces habillages « utilitaires » de ces bijoux de concision et d'évocation, disposent aussi de leur charme intriguant mais certain.

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J'ai traduit et commenté quelques-uns de ces lieder en version également chantable (mais plus fidèle aux poèmes de Müller), vous pourrez en trouver les partitions (et parfois les sons) dans la section projet lied français.

mercredi 16 mai 2018

[glottologie] – Concours Reine Élisabeth 2018 : chant


Voilà un moment que je n'avais pas proposé une séance de glottophilie pure, comme un commentaire de concours.

Comme je viens de le faire sur Classik, voici quelques impressions (jetées avec désinvolture, il faut donc filtrer l'emporte-pièce) sur les récitals de finals (et quelques-uns de demi-finale) au Concours Reine Élisabeth 2018, un des concours de chant au monde où le niveau est le plus élevé ; en tout cas un de ceux où il y a très peu de déchet quand on arrive aux demi-finales, et toujours quelques belles personnalités.

Les vidéos des finales et des demi-finales sont disponibles sur le site du concours, par cette page notamment.

Les récompensés se répartissent comme suit.
Premier Prix : Samuel Hasselhorn
Deuxième Prix : Eva Zaïcik
Troisième Prix : Ao Li
Quatrième Prix : Rocío Pérez
Cinquième Prix : Héloïse Mas
Sixième Prix : Marianne Croux

À présent, mon avis. J'ai déjà mentionné plusieurs de ces chanteurs sur Carnets sur sol, lors de concerts de ces cinq dernières années :
● Samuel Hasselhorn 1 & 2 (concerts en 2013, lors de son séjour parisien).
● Eva Zaïcik (apparemment Zaičik ?) dès 2013 également : 1, 2 (putti d'incarnat 2015-2016, déjà!), 3 ; un portrait était même prévu (mais désormais qu'elle est quasi-célèbre, ce n'est plus utile).
● Marianne Croux (dès 2014) 1 & 2 (elle s'est vraiment améliorée depuis, sa finale en atteste).
Fabien Hyon (notamment en Louis XIV).
● Aussi Dania El Zein (dont je n'ai pas dû dire trop de bien), mais dans des rôles secondaires pas nécessairement significatifs.

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Par avance, je prie les interprètes, s'ils lisent cette page, de ne pas m'en vouloir pour les formulations non filtrées (pas initialement prévues pour CSS, simplement une conversation au débotté sur un forum, mais comme j'ai tout commenté, autant en laisser une archive ici…) ; je tâche de toujours motiver et remettre en perspective mes appréciations, mais ce peut blesser, surtout lorsqu'on débute dans la carrière et touche ses premiers lauriers en même temps que ses premières critiques injustes.

Il ne faut donc pas prendre au tragique ces appréciations : je ne suis pas leur professeur de chant, je n'étais pas dans la salle (ce qui peut vraiment changer radicalement la perception, pour certaines voix), et il ne faut voir nulle recherche de malice ou d'épate à bon compte dans les formulations. C'est à mettre en regard de ma propre conception de l'intérêt du chant lyrique, de mon tropisme pour les voix claires et antérieures, etc. Même si je suis convaincu que pour des raisons fondamentales (nature communicative de l'opéra, ou simple efficacité acoustique), j'ai raison, et que certaines esthétiques sont un dévoiement frustrant de l'esprit ou du style… ce n'est que mon avis, toute subjectivité bue. Et il ne remet pas en cause le travail des artistes ; tout au plus pose-t-il des questions plus larges sur ce qu'on attend de l'opéra – avec moi, Germaine Lubin ou Joan Sutherland n'auraient pas passé les demi-finales (et probablement pas la présélection pour la première !).

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Avant l'écoute :

Je retrouve un certain nombre de chanteurs déjà entendus plusieurs fois dans cette sélection : Sunghoon Choi, Shahar Lavi et Héloïse Mas en retransmission (effectivement dans un genre un peu épais pour moi, mais c'est tout sauf déplaisant), et en vrai Samuel Hasselhorn, Eva Zaïcik, Marianne Croux, Dania El Zein, Axelle Fanyo, Fabien Hyon (dont je suis complètement fan, un ténor qui ne semble jamais aigu, toujours bien disant).

Eva Zaïcik, oui, bouleversante, partout ; à la fois une diction extraordinairement précise et une voix d'une rondeur et d'une volupté exceptionnelles, avec du volume… si elle ne se précipite pas tout de suite pour chanter Erda (ce qui n'a pas l'air son genre), elle a beaucoup à donner dans le baroque (elle est au Jardin des Voix, sort du CNSM, a participé aux petits chœurs du Concert Spirituel depuis au moins 5 ans…), dans le lied (où elle est formidable aussi), et sans doute plus tard dans des répertoires plus larges (entendue dans Paulina de la Dame de Pique, tétanisante).
Une des chanteuses en activité les plus intéressantes, à mon sens.

Samuel Hasselhorn (qui a déjà brillé dans des concours de lied) a des limites techniques : il ne sonne bien qu'en allemand et que dans le lied – manifestement un ténor qui n'a pas tout à fait trouvé sa voix. Mais dans le lied, il irradie avec un naturel et une diction fabuleux… s'il peut en vivre, on s'estimera comblés.

Axelle Fanyo (issue du CNSM il y a déjà quelques années) a un gros potentiel avec une voix large, qui sonne moins bien en retransmission (il peut manquer des harmoniques et paraître faux, même lorsque ce n'est pas le cas), et qui a encore des efforts à faire côté articulation du texte et fermeté de la ligne. Mais elle peut beaucoup si elle discipline sa vaste voix.

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Pendant & après l'écoute des épreuves :

L'accompagnement d'Alain Altinoglu transfigure l'Orchestre de la Monnaie (qui est toujours très bon, mais en feu ces soirs-là, ce qui est rare dans ce type de circonstance). Les accompagnateurs piano, dont je n'ai pas noté les noms et qui ne m'étaient pas familiers (contrairement à Daniel Blumenthal lors de précédentes éditions) étaient extrêmement impressionnants, non seulement fiables mais de très, très bons musiciens (pourquoi diable ne confie-t-on pas les récitals de piano aux chefs de chant, ils sont tellement meilleurs que les solistes ?).

Ci-après, mes commentaires, dans l'ordre de passage de la finale que je vous invite à suivre simultanément :

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Ao Li (n°3), basse ; la finale.

◊ Certes, les langues sont meilleures qu'il y a dix ans chez les compétiteurs sino-coréens, mais je suis toujours gêné (particulièrement chez les Chinois) par le placement très rugueux… ils utilisent la technique italienne d'une façon un peu dévoyée, qui cherche le son, mais qui reste en gorge, jamais de brillant, peu de timbre… D'autres aires le résolvent bien en utilisant leur propre école (les Russes !), mais pour beaucoup de Chinois (c'est de moins en moins vrai pour les Coréens, qui commencent à avoir une véritable tradition de chant lyrique européen), ça reste problématique : convaincant éventuellement, mais très rarement séduisant. Ça viendra bien sûr : on peut désormais entendre à Pékin le Ring dans un très bel allemand (et avec un Loge fantastique…).

◊ En italien, les [o] ouverts se ferment trop dans l'aigu, les [a] sont exagérément ouverts grands les graves pour faire expressif. Et son Bartolo se perd dans le sillabando, vraiment en retard (il faut le prendre plus lentement, alors !).

◊ Et son Aleko, très bien chanté, n'est pas émis de façon russe, ni très narratif, alors que c'est un moment qui dégouline de drame comme peu d'autres… J'ai l'impression de passer un peu au travers (mais c'est personnel : je supporte mal d'entendre chanter du russe mal placé, de l'italien blanchi ou du français en arrière).

◊ Je n'ai pas senti non plus la bête de scène : une face par personnage… Bien sûr, ce sont des choses qui se travaillent sur scène, d'autant qu'il a choisi un programme très dramatique et intense.

◊ Justement, le point fort, c'est le choix du programme : Ralph (Bizet), Bartolo (Rossini), Aleko, de grandes scènes très expressives qui échappent au stéréotype de l'air de concert. Et je suppose, vu son succès que la voix doit être bien sonore, ce qui est rare chez les basses chantantes.

Évidemment, outre l'affaire du goût (ils savent tous chanter, c'est ensuite la question de ce qu'on veut entendre, de leurs limites et de leur potentiel)… le fait de les entendre en vrai est capital, et peut expliquer pourquoi Untel exceptionnel n'a pas été choisi et un autre plus terne (qui sonnait de façon très présente sur place) a été distingué.

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Germán Enrique Alcántara (non classé), baryton ; la finale.

◊ Vraiment une voix de baryton très bien faite, avec de l'assise et de la clarté. Aussi l'un des très rares à pouvoir chanter l'air du Comte des Noces en concert sans se prendre les pieds dans la strette finale, agilité ET fa dièse assurés. Peut-être pas une voix au timbre très original, mais assez parfait.

◊ Clairement moins à l'aise en allemand et dans les barytons un peu plus graves, son Pierrot est un peu tassé, mais sans faiblesse sérieuse, vraiment une voix à la fois ronde et assez franche.

◊ C'est encore plus gênant en français, avec son sa « chanson romanesque » des Don Quichotte à Dulcinée, dans un français tout en arrière et vraiment tassé. À l'inverse, fantastique finition de son Riccardo des Puritains, vraiment une des plus belles versions que j'aie pu entendre (on se situe à un niveau Zancanaro de belcanto, là), avec un legato parfait, du moelleux, mais aussi un vrai mordant. Et dans le Figaro de Rossini, les aigus sont impressionnants (et lui fait du vrai sillabando impeccable.

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Sooyeon Lee (non classée), soprano ; la finale.

◊ Superbe rondeur (quoique parfois un peu en arrière et un vibrato un peu blanc qui s'ajoute), vraiment facile, elle place avec une moelleux incroyable. Mais comme le programme n'a aucun intérêt (les airs de concert de Mozart, franchement, ça mérite à peine la poubelle pour les accumuler), parce que la pauvre, elle est colorature, on est obligé d'écouter uniquement des volutes et galipettes. Elle aurait pu proposer autre chose, mais quand on est colorature, c'est là-dessus qu'on est jugée pour pouvoir tenir les emplois. (Quel ennui, tellement loin de ce que je trouve passionnant dans le chant.)

◊ Mais elle, oui, elle chante merveilleusement (dans une langue indéfinie, mais vu le répertoire, est-ce que ça a une importance). Évidemment, si on aime les récitatifs, le drame, les voix antérieures ou le relief de la langue, il faut changer de chaîne. hehe J'irai voir si elle a fait un peu de mélodie en demi-finale, ce serait intéressant.

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Eva Zaïcik (n°2), mezzo-soprano ; finale et demi-finale.

◊ On en a déjà parlé ; mais tout de même, 5 airs en 5 langues (les cinq majeures en matière d'opéra), balayant tout le spectre des styles (opéra XVIIe, oratorio XVIIIe, Rossini, opéra français XIXe, mélodie symphonique russe… !) jusqu'à la fin du XIXe (considérant qu'elle chante très bien Concepción, il y avait de quoi faire après aussi), et toujours avec un style tellement juste, sans outrance, ce médium toujours rond, jamais forcé ni tubé, cette diction parfaite (l'italien est très beau, ce n'est pas si souvent ; le russe capiteux). Et en salle, la voix passe très très bien malgré le moelleux (ou l'absence de vibrato dans le baroque).

◊ Je lui aurais clairement donné le prix, pour moi une des grandes chanteuses du moment ; et tout le monde semble s'en apercevoir, elle est dans le chœur du Concert Spirituel depuis assez longtemps (2013 au moins !), a fait le CNSM, a été sélectionnée pour le Jardin des Voix 2017, été finaliste à Voix Nouvelles, invitée dans de plus en plus de grandes productions (Lybie avec Dumestre dans Phaëton à Versailles et à Caen, le plus beau rôle féminin de l'opéra)… Excellente dans le lied également, même dans les lieder en quatuor comme les Liebeslieder de Brahms ou les Liederspiele de Schumann, où sa partie dispose toujours d'un grand relief.

◊ Malgré son aisance scénique, très émotive : elle raconte qu'elle a manqué de s'évanouir quatre fois (!) pendant la demi-finale.

Amusant (et un peu attristant) de constater la rage qui s'est abattue sur elle dans les antres glottophiles des forums maudits (que je me suis risqué, contre mon habitude, à consulter) – si j'ai bien suivi des raisonnements parfois elliptiques ou tortueux, elle ne beugle pas, c'est suspect – est-ce encore seulement de l'opéra ?

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Danylo Matviienko (non classé), baryton ; finale.

◊ Baryton assez clair. Son placement (ukrainien de l'Est) fait qu'il s'étrangle un peu en montant dans les Fahrenden de Mahler ; en revanche dans Aleko, là la voix reprend sa place naturelle, et la saveur du verbe, la tension de la ligne sont tout autres. Comme souvent, les Russes, quasiment les seuls à avoir conservé la typicité de leur école nationale (voilà un beau sujet de notule technique, les écoles nationales !), font merveille dans leur répertoire propre, et ne se privent pas de l'exploiter.

◊ Il est actuellement dans l'Académie de l'Opéra de Paris. À ce niveau de toute façon, on a rarement des cas comme Hélène Carpentier, qui ne soient pas déjà très insérés professionnellement, une propulsion pour changer de niveau de recrutement, pas pour démarrer une carrière. Michèle Losier l'avait fait (avec succès), alors qu'elle tenait les premiers rôles à Montréal, pour lancer sa carrière européenne. (Et depuis, elle a chanté les premiers rôles à Favart, au TCE, à Garnier…)

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Héloïse Mas (n°5), mezzo-soprano ; finale.

◊ Ouille, ça ne s'est vraiment pas arrangé depuis ma dernière écoute ! Totalement tubé (tellement que les attaques sont souvent un peu basses dans sa Brangäne), absolument inintelligible. Une seule voyelle, du gros vibrato, vraiment tout ce que je n'aime pas. Dans l'aigu, on sent que ça s'éclaire, mais pour moi, tout à fait ce que je n'ai pas envie d'entendre (les appels de Brangäne avec aussi peu de mots, ce n'est plus de la couverture, c'est la Princesse au Petit Pois !).

◊ L'italien non plus ne ressemble à rien – on entend bien l'accent français, mais on ne reconnaît aucun mot tellement tout est archi-couvert et patatechaudé !

◊ C'est peut-être parce que je ne l'avais entendue qu'en français : sa Carmen est bien mieux, et Sapho franchement très bien, placement plus franc du français oblige. Épais (et on ne croirait jamais une française !), mais ça fonctionne. Disons qu'elle chante tout comme on a coutume de chanter Dalila.
Mais consolation : ce sont clairement les meilleures stances de Sapho que j'aie entendues… (il faut dire que le choix, entre Catherine Ciesinski et Anita Rachvelishvili, n'est pas trop dans l'esprit du concours de poésie) Conduite remarquable de la ligne, vraiment comme un archet, et le texte, quoique toujours aussi épaissi, est bien intelligible dans ce bas-médium. Elle m'a cueilli.

Je suis sans doute mauvais juge, puisque c'est, idéologiquement, ce que j'estime être un mauvais choix à l'opéra (où l'intelligibilité doit primer sur la ligne). Beaucoup pensent autrement. (D'ailleurs le Prince Laurent s'est même levé d'enthousiasme après Sapho.)

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Rocío Pérez (n°4), soprano ; demi-finale & finale.

◊ J'aime beaucoup : la voix (là aussi, un certain rapport avec sa langue maternelle) est très franche, même un rien rugueuse, très agréable dans ces parties où l'on entend beaucoup de choses vaporeuses et vaguement informes. La véhémence de la déclamation dans la Reine de la Nuit, la netteté du trait dans Bellini, ça me plaît beaucoup. Les quelques aigus trop bas dans les piqués de la Reine de la Nuit lui ont peut-être coûté un peu (moi je m'en moque totalement, mais vu la quantité de sopranos coloratures, de loin la voix la plus présente dans l'Univers, et la nature de leur répertoire, la perfection pyrotechnique n'est pas un supplément pour qui veut réussir).

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Alex DeSocio (non classé), baryton ; la finale.

◊ Difficile d'en juger en retransmission. La voix a un grain que je trouve désagréable, mais difficile d'entendre s'il s'agit d'un forçage (dans le bas de la voix, ou le [i ] dans l'aigu) ou au contraire d'une résonance facile sans avoir à optimiser les résonateurs… les voix graves (enfin, le la3 est d'une liberté étonnante !) sont compliquées à percevoir en retransmission. Beaucoup moins de surprises chez les femmes et les ténors, en la matière.

◊ L'air de Yeletski ne sonne pas toujours très bien, assez blanchi dans les nuances douces, assez antérieur pour du russe ; et à d'autres moments au contraires, même si j'ai plutôt l'impression qu'il chante italien, il trouve vraiment une forme de justesse particulière (aidé aussi par le tapis épatant offert par Altinoglu).

◊ Il paraît un peu court et prudent dans l'air d'Enrico (Lucia), encore des choses à peaufiner avant de se lancer dans les rôles les plus exposés. Ce n'est pas grand'chose, ça doit bien sortir en répétition, mais avec l'émotion du concours ou du concert, la fatigue des voyages et des dates proches, les aventures de la climatisation, il y a des gestes qu'il faut optimiser.

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Yuriy Hadetzskyy (non classé), baryton ; la finale.

◊ Dans le Comte Almaviva, on sent bien le tropisme arrière, mais il s'en tire très bien, à coups d'allègement. De même dans le Figaro rossinien, avec un bel impact (mais l'italien devient plus étrange aussi). Le français est très en arrière et grimaçant en revanche (chanson romanesque et chanson à boire des Don Quichotte à Dulcinée).

◊ Dommage de n'avoir rien chanté en russe, je suis sûr qu'il doit être très impressionnant. Il paraît que sa demi-finale était plus belle, je vais aller vérifier cela.

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Charlotte Wajnberg (non classée), soprano ; la finale.

◊ Pourquoi commencer par un air en anglais quand la langue (que tout le monde a dans l'oreille) est aussi peu familière ? Par ailleurs, dans Mahler, la voix m'a paru étrangement éteinte, le souffle court… je crois qu'elle était authentiquement morte de trouille.

◊ Au demeurant, sur la couleur de la voix, pas fanatique de ces appuis pharyngés qui tendent à uniformiser les couleurs, à jeter un voile sur le timbre. (Et l'italien n'est vraiment pas bon non plus.)

◊ Oh mon Dieu ! Je me demandais quelle cantate anglaise elle chantait avec un accent si affreux… c'était Les Mamelles de Tirésias ! affraid
Petit effort de diction à faire, donc. (Mais sinon, choix d'airs de concert sympas : Giulietta de Bellini où l'orchestre peut briller, Rheinlegendchen, les Mamelles…)

Il paraît qu'elle était souffrante lors de la finale, ce qui tempère et explique une partie de ces impressions, notamment le faible rayonnement de la voix pour une chanteuse arrivée aussi loin dans une telle compétition.

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Samuel Hasselhorn (n°1), baryton ; demi-finale & finale.

◊ Grosse surprise que sa distinction en première place : c'est un chanteur vraiment fabuleux dans le lied (l'expression, la lumière singulière), mais dès qu'on quitte le répertoire piano et l'allemand (même pour des songs !), ils n'est plus très à l'aise, et on sent bien, dans la vidéo de la finale, combien il est concurrencé par l'orchestre et limité dans ses dynamiques et d'une manière plus générale ses options techniques.

◊ Remporter ce concours est une bénédiction pour lui : maintenant qu'il a (après avoir sillonné tous les concours de lied d'Allemagne !) une notoriété internationale, il peut espérer faire carrière comme liedersänger et chanteur d'oratorio exclusivement, façon Goerne ou Gerhaher. Très peu ont la notoriété suffisante pour cela. Sans quoi, je doute qu'il puisse réellement éclore comme soliste sur les grandes scènes (la voix est peu efficace en matière de projection, et on perçoit très bien que son Posa n'est pas ample).

 En tout état de cause, la prise de risque de récompenser un (tel) spécialiste dans un concours généraliste fait grandement plaisir ! 

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Marianne Croux (n°6), soprano ; la finale

◊ De très gros progrès dans les aigus, qui sonnent à la fois tendus (dramatiquement) et glorieux, avec une belle largeur, vraiment là où elle s'épanouit.

◊ Sinon, je n'aime toujours pas sa technique et sa matière sonore : la voix sonne à la fois mûre (une voix de soprano plutôt typée milieu-de-quarantaine) et encore verte (pas complètement timbrée dans les médiums). Je m'en moquerais assez si le texte n'était pas tout à fait inintelligible, la couleur identique dans toutes les langues (j'avais découvert La Carmélite de Hahn avec elle, pas évident de suivre !).

◊ Au demeurant, je lui trouve (ce qui n'avait pas été évident dans mes précédentes expériences) une réelle générosité, une intensité, quelque chose se passe indéniablement lorsqu'elle chante : elle aura peut-être des choses à faire dans des rôles un peu dramatiques. (Disons que je la vois plus intéressante en Chrysothemis qu'en Comtesse des Noces.)

◊ Au fait, pourquoi cet air du Rake's Progress (que je trouve assez peu passionnant, comme à peu près tout le monde) ?  Pas vraiment le moyen de briller ni de séduire l'auditoire avec de jolies mélodies, ça m'a paru un choix étonnant (mais original, et en tant que tel, forcément plus rafraîchissant qu'une millième Juliette).

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Fabien Hyon (demi-finaliste), ténor ; demi-finale

◊ Excellent dans le baroque comme dans les rôles romantiques, un ténor qui ne paraît jamais aigu, toujours parfaitement intelligible, et comme toujours détendu, toujours parlant, toujours naturel.

◊ Son choix de pièces était étrange et l'a peut-être desservi : deux lieder de Wolf et deux mélodies de Roussel, peut-être un peu abstrait, tout cela accumulé, pour des cerveaux de profs de chant et de public d'opéra ; en tout cas, à découvrir comme cela, pour un concours, ça fait beaucoup. Le seul air dramatique était tiré de l'oratorio très contemplatif du jeune Debussy (cantate du Prix de Rome) : L'Enfant prodigue. En cela, il donnait peut-être l'impression (fausse, moi je le sais, mais le jury ?) qu'il était limité dans ses choix techniques.
Car il est moins facile de convaincre instantanément avec du lied si on n'a pas une personnalité sonore très forte comme Hasselhorn — dont la victoire constitue déjà pour moi une réelle surprise, dans un concours généraliste qui favorise structurellement plutôt les voix d'opéra, même si la mélodie y occupe toujours une très belle part contrairement à la plupart des autres.

◊ Mais son élimination est sans doute surtout due à son émotion perceptible : dans son premier Wolf, les deux aigus sont mal émis (voilés, un peu forcés), alors qu'il les a complètement… Le jury jugeant ce qu'il entend, il est vrai que le résultat n'était pas techniquement irréprochable.

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Mon palmarès ?  Ça n'a pas vraiment de sens, surtout ne les ayant pas entendus dans la salle, mais à vue de nez, quelque chose comme Zaïcik / Alcántara / Hasselhorn / Hyon / Pérez.

La belle nouvelle est que tous, même ceux dont je me suis un peu plaint, chantent vraiment très bien et peuvent faire à bon droit de bien belles carrières — ce qui est plutôt rare dans les concours, où l'on voit souvent arriver assez loin des instruments pas totalement aguerris, des techniques intrinsèquement fragiles, ou tout simplement des personnalités par mûres ou pas passionnantes. Le Concours Reine Élisabeth reste décidément une belle valeur sûre pour faire de bonnes rencontres.

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Prochaines notules :  opéras rares en espagnol et en langues baltes cette année dans le monde, Eugène Bozza, Penthée de Philippe d'Orléans, La Belle meunière pour orchestre seul… Tout est prêt, ne reste qu'à les écrire…

mardi 8 mai 2018

L'aventure du plus gros pain de l'histoire du disque


1. Ontologie de la panistique

Le pain est central dans la relation du mélomane à l'exécution musicale. Il est très difficile, pour un auditeur, même éclairé, et même pratiquant l'instrument en question, de véritablement discerner l'amateur de très haut niveau, le professionnel moyen, le professionnel exceptionnel ; encore plus lorsqu'il s'agit de distribuer le mérite et le blâme dans une exécution réunissant un orchestre complet, avec un chef dont le travail est quasiment invisible le soir du concert (que leur a-t-il dit ?  que leur a-t-il fait travailler ?). Comment savoir si cette intention est le fruit de la mémoire collective de l'orchestre ou une volonté du chef, si ce dérapage est une erreur individuelle, un ricochet pour rattraper un voisin, un mauvais départ donné (par le chef d'attaque, le chef d'orchestre ?) qui a déstabilisé l'orchestre… ? 

Les mélomanes (j'y inclus les critiques, et même pour partie les professionnels lorsqu'ils sont en position d'auditeur), quand ils commentent une interprétation, désignent souvent tel ou tel comme le responsable de l'erreur, ou la source de la belle intention, mais c'est à peu près impossible à déterminer sans être réellement au cœur de l'action – d'où la grande difficulté de juger des chefs, ou des musiciens d'orchestre individuellement. [Je ne dis pas du tout que ce soit impossible, et dans certains cas ce peut même être assez évident… mais relier un instant précis à un individu, dans une exécution de symphonie ou d'opéra, est assez délicat.]

Pourtant le pain, lui, constitue précisément cet événement, ce moment où un lien tangible, objectif, se crée entre le public et les exécutants — soudain, dans cette multitude de paramètres insaissables, a fortiori pour tous les mortels qui ne connaissent pas par cœur chaque entrée, chaque harmonie, chaque valeur dans la partition, la croûte sonore se déchire, et laisse paraître une béance indubitable : les dieux invincibles ont fait une erreur, et nous pouvons prendre la mesure de leur humanité. Mieux, nous pouvons remonter à qui a commis le péché.

Même pour le plus modeste des néophytes, un pain, ça se perçoit immédiatement, ça se vit, ça se commente. Et chez les plus aguerris, on les guette : c'est Où est Charlie ?, on prouve ainsi sa valeur au monde en dénichant le petit décalage, le son un peu peu voilé… et bien sûr le bon gros pain très exposé du solo. Il permet d'appuyer sa démonstration, de prouver sa qualité de mélomane et sa clairvoyance de critique : la trompette a passé le concert à pigner, ou encore leur hautbois solo est merveilleux, même s'il a un peu pétri ce soir.
Ce n'en est ni la manifestation la plus intéressante (un pain gâche rarement une exécution, et même pas si souvent un trait ou une mélodie), ni la plus glorieuse de l'art du commentaire musical, mais il est toujours difficile de ne pas le mentionner, y compris si l'on n'en tient pas compte ni rigueur aux fautifs. À l'entracte, il y a forcément une remarque du type « et tu as entendu le trombone ténor sur la malédiction de l'anneau ? le pauvre… ».



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L'ami de tous les boulangers.
(à cause de son embouchure conique qui lui confère toute sa beauté sonore, le cor est l'un des instruments les plus rebelles et imprévisibles)



2. Qu'est-ce qu'un pain ?

Le pain est un canard pour les profanes ; toutefois les musiciens semblent lui préférer ce nom un peu moins carné et davantage gluten-friendly.

Le continuum va de l'erreur de lecture dans les musiques complexes – chez Fauré, Scriabine, Szymanowski, Koechlin, Mossolov, il est aisé d'oublier qu'un dièse n'est pas répété, ou qu'un bécarre est survenu un peu plus tôt, les harmonies étant tellement sophistiquées que l'oreille ou même le raisonnement ne permettent pas toujours, surtout si le pianiste n'a pas une formation d'écriture très aboutie en sus de sa formation instrumentale, de détecter l'erreur (il en existe en réalité beaucoup dans les disques de piano, même en studio) – à la note frippée par erreur (détimbrée, un peu basse, pas tout à fait sur le temps), jusqu'à la franche sortie de route de l'énorme fausse note au point culminant d'un solo fortissimo. Les glottophiles nomment ce dernier cas les perle nere (perles noires), et ces gourmandises, parfois drôles, s'échangent sous le manteau depuis une période qui précède même la démocratisation de l'Internet.



3. Qui fait le pain ?

(attention, il ne faut jamais donner de pain aux canards, c'est très mauvais pour eux)

Dans une représentation d'orchestre, et particulièrement avec des chanteurs en liberté, il n'est pas toujours aussi évident qu'il y paraît de saisir la source (par exemple la mystérieure disparition des cuivres dans un climax majeur de la Neuvième Symphonie de Mahler à Berlin par Bernstein… personne ne part, incroyable pour des musiciens de ce niveau dans une partition aussi courue… que s'est-il passé ?  chef d'orchestre, chef de pupitre, erreur de pagination…).

Les chanteurs sont en effet le pire facteur d'entropie possible : d'un niveau solfégique inférieur aux musiciens (il existe très officiellement, dans les Conservatoires, des modules « solfège pour chanteurs » qui ne servent pas, comme on pourrait croire, à développer une oreille plus exigeante pour pouvoir tout chanter à vue et réaliser des intervalles parfaits, mais au contraire à proposer une version allégée de la discipline, plus accessible aux cerveaux des ténors et sopranes – ne dites pas solfège pour simplets, mais solfège chanteur), ils sont aussi élevés dans l'idée que l'accompagnement, comme l'intendance, suivra (leurs intuitions géniales).
Dans le répertoire allemand, ils sont un peu obligés de se discipliner pour ne pas se perdre totalement (et le niveau solfégique empêcherait quiconque de moyennement aguerri de s'y frotter sans se ridiculiser très vite), mais chez les Italiens, ils font vraiment ce qu'ils veulent, et parviennent à se décaler ou à tromper la vigilance des pauvres musiciens de fosse, même dans du Donizetti…

Aussi, lorsque les musiciens sont dans le décor, ce peut être un effet de ricochet, prenant sa source dans une longueur écourtée (le pire à gérer), un ralentissement non prévu, un aigu tenu selon le souffle disponible et non selon des subdivisions mathématiquement justes de la mesure…



4. Démonstration : le pire pain enregistré

Soyons honnête : je dis le pire parce qu'il faut bien vendre du pixel, mais je n'en sais rien – d'autant que c'est une prise sur le vif, donc des plantages en temps réel susceptibles d'être un jour mis sur le marché, parce que la distribution est belle ou le reste de la soirée exaltant, ne sont pas si rares.

Disons seulement qu'en l'entendant, je n'en revenais pas, l'une plus spectaculaires plantades que j'aie entendues. Je vous propose de vous en amuser avec moi… et d'essayer de remonter à sa source. Prêts ?

Terrain : Arabella de Strauss, dans l'un de ses rares moments assez simples, le duo du Richtige, où l'héroïne, en compagnie de sa sœur (travestie), parle de sa vision de l'homme qu'elle veut rencontrer et épouser. Une belle mélodie régulière ; et au milieu du duo, ce moment (que je trouve extraordinaire) où la sœurette, Zdenka, explore à la fois le haut lumineux de sa tessiture de soprano lyrique léger (chanté par des coloratures, typologie de Sophie dans le Rosenkavalier), et des sentiments et couleurs beaucoup plus sombres (témoin le mi bémol mineur, et les arpèges descendantes des doublures de clarinette basse, trombones et tuba !).

Acteurs : Montserrat Caballé (Arabella), Oliviera Miljaković (Zdenka), la RAI Roma (l'orchestre romain – il en existe au moins un autre à Turin – de la Radio Italienne), Wolfgang Rennert. Captés le 1er décembre 1973.

Ce qui se passe normalement :

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Pamela Coburn, Regina Klepper (oui, celle des Faust de Wagner et des duos de Reger…), Manfred Honeck… choisi parce qu'on entend bien le détail, mais on ne fait pas significativement plus beau que ça – hélas seulement des extraits, chez Capriccio.

Ici tout est en place. Observez particulièrement ces deux moments, à 1'00'' et à 1'08''. Tout est beau.

so-hat-ja-die-prophetin.png und-ich-hinab-ins-dunkel


À présent, la version qui pane :

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Ici, l'endroit où Olivera Miljaković chante – Montserrat Caballé était réputée pour (sa paresse et) son exactitude solfégique, elle n'est pas prise en défaut ici.

Ça pique, n'est-ce pas ?  Et cela dure pendant la reprise du thème d'Arabella, assez longtemps…

Ce qui paraît incroyable, c'est qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils sont totalement hors de l'harmonie, et continuent à jouer, alors même que leur partie n'est pas indispensable dans ce qui suit. (Ils n'ont en revanche pas le conducteur complet sous leurs yeux pour vérifier où ils en sont, c'est vrai.)


Que s'est-il passé ?

Oh, bien sûr, la RAI Roma n'a jamais été réputée pour sa virtuosité, et vu le peu d'habitude de cette musique chez les orchestres italiens, dans les années 1970 (au début de l'augmentation vertigineuse du niveau des orchestres mondiaux à la fin du XXe siècle), on peut supposer que les quelques services de répétition, dans une œuvre aussi prodigue en tuilages et contrechants, laissait les musiciens un peu fébriles. Mais à l'écoute de la bande, on peut sentir d'autres causes.

Dès son entrée, on sent que Miljaković hésite sur les rythmes, jamais tout à fait exacts (pourtant, elle est très bien dans des récitatifs beaucoup plus compliqués à pulser, ailleurs dans l'œuvre, que se passe-t-il à ce moment ?  distraction quelconque ?  problème vocal ?), avec une forte tendance à raccourcir les durées – ce qui est beaucou plus périlleux pour les musiciens que l'inverse. Et à 0'55'' (« Und heifen will ich dir dazu »), alors qu'elle est doublée par les clarinettes, voyez comme elle chante les noires de façon irrégulière, les accélérant soudain ; et pas irrégulière pour faire du rubato, donner du style, plutôt cahotante, comme si elle hésitait sur l'attitude à tenir.

[à lire avec une voix de JT :] Et là, c'est le drame.

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Peut-être déstabilisés par ces fluctuations de valeurs, les trombones entrent trop tard. On entend bien que juste à la fin de la réplique (à 1'10'' ils sont doublés par la clarinette basse, le motif se perçoit très bien), ils accélèrent pour rattraper la chanteuse.

Et ils ne se remettent pas. Pour la phrase suivante, les trombones (et le tuba) forment un petit accompagnement pp en choral… ils entrent une mesure trop tard.

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C'est pour cela que sur « Dunkel », où ils sont censés jouer ce petit contrechant, le spectre orchestral est soudain vide (et pas dans la bonne tonalité).

Donc toute la fin du thème de transition, les noires plus rapides, se trouve joué (pas du tout dans la bonne tonalité !) pendant la reprise de la première mélodie du duo, chantée par Caballé !  Les la bémol qui chevauchent les la naturels, dans une mélodie simple de ce genre : bobo.

La fin du duo est par ailleurs assez nébuleuse (la suite de l'acte est bien meilleure), comme si tout le monde avait été saisi d'effroi devant la monumentalité du sabotage – mais les cors (les trombones se taisent, le tapis sonore de la reprise est assuré par les cors) sont manifestement en rythme, je ne suis pas sûr qu'il y ait d'erreur à proprement parler. Mais la partition est touffue, même à ce moment ; je peux rater quelque chose en jonglant avec ma copie numérique (il faudrait vraiment un conducteur papier pour pouvoir tout observer à la fois sur la page).

Pauvre Strauss, lui qui avait accepté la charge de superintendant de la musique du IIIe Reich, alors qu'il n'était pas favorable à la politique d'épuration raciale, essentiellement dans la perspective d'interdire aux orchestres de stations thermales (ceux moqués par Hindemith dans sa pièce pour quatuor qui figure l'ouverture du Vaisseau fantôme jouée très faux) de – mal – jouer Wagner ! Les musiciens italiens de la RAI lui ont bien rendu la monnaie de cette erreur de jugement.


Pourquoi cette sortie de route ?

C'est la question que tout le monde se posera : qu'est-ce qui leur a pris ?

À la première écoute, on se dit que les trombones sont vraiment des gougnafiers, ils devaient lire Playboy caché sur leur pupitre au lieu de compter leurs temps. Et puis, en remontant le temps, on s'aperçoit que Miljaković peine réellement à rester en rythme (et pas pendant tout l'opéra, vraiment en particulier à ce moment), en voulant compenser, ils ont pu se tromper. Le visuel, s'il existe, aiderait peut-être : mauvais départ donné par le chef, méforme passagère d'un exécutant, distraction à cause d'un événement dans le public…

Ce qui est étonnant, c'est qu'ils continuent, imperturbables, à planter leurs fausses notes – mais cela se joue sur cinq mesures, le temps de se rendre compte de ce qui ne va pas, c'est déjà fini.



5. Et pourquoi cette notule ?

Cette notule, supposément une brève de quelques lignes, avait plusieurs buts. En attendant une présentation (plus ambitieuse) de l'agencement particulier des motifs chez Richard Strauss, exemples visuels et sonores à l'appui, c'était une petite amusette introductive.

Mais elle est aussi un hommage à la poésie de l'incertitude, à la fragilité de l'exécution musicale, même par des professionnels aguerris. [Certes, dans des répertoires plus simples digitalement et moins extrêmes glottiquement, comme le baroque, on n'entend que très exceptionnellement pigner – mais c'est aussi parce que les ensembles répètent leur programme pendant plusieurs semaines, font des tournées, alors que les orchestres permanents comme ceux de radio doivent assurer un nouveau programme quasiment toutes les semaines. Par ailleurs, les tournures y sont plus prévisibles, ce qui donne, avec l'expérience, moins de possibilité de se laisser surprendre que dans un Strauss.]

Ce canard rend les musiciens humains, et on a tort de toujours le mettre en avant ; il fait partie de l'exécution, et certes, on peut l'entendre plus facilement qu'un petit décalage ou qu'un travail un peu superficiel sur les articulations et les appuis des phrasés de sa partie par tel ou tel musicien… mais la cause en est tellement élusive (et l'effet rarement gênant comme ici), parfois simplement mécanique (température du cor !), d'autres liées au rattrapage de l'erreur d'un collègue, et si peu liées à l'intérêt de l'interprétation… qu'il est bien injuste de les retenir contre les musiciens.

Au demeurant, ceux-ci sont très chatouilleux là-dessus, et certains même, contre l'évidence, soutiennent qu'ils n'en ont jamais fait – souvenir ému de Philippe Aïche (violon solo de l'Orchestre de Paris), André Cazalet (cor solo) et Jérôme Rouillard (autre corniste) se ridiculisant de la sorte en se faisant passer (pour deux d'entre eux) pour des spectateurs anonymes qui attestaient l'absence de pain (facilement grillés par leur adresse de courriel servant à l'inscription sur les forums en question). L'affaire était tout de même allée, sans qu'on sache précisément qui en était à l'origine, jusqu'aux coups de fil anonymes menaçants passés depuis le CNSM !  C'est que le pain, surtout dans l'esprit du public – et la presse ne leur avait pas fait de cadeau, malgré le tempo lentissime sans doute assez intenable pour les souffleurs, imposé par Eschenbach –, peut être infamant, et occulter leur valeur d'interprète. Un point d'honneur, en somme.

Et ils doivent être irrités, en effet, par les mélomanes qui tempêtent contre des notes « manquantes » (en particulier les aigus interpolés par les chanteurs) qui n'ont jamais été écrites, en reprochant à un interprète de ne pas être capable de les chanter, ou de mutiler la partition. Quelquefois, un son un peu voilé sur une trompette ou un cor suffit pour se faire accuser de pain – l'impression valorisante d'avoir une bonne oreille est un puissant moteur d'autosuggestion.

Ainsi, critiques pros, de webzine, en herbe, bossez vos partitions ou soyez prudents dans vos anathèmes. [Les deux simultanément, c'est encore mieux, parce que les critiques semi-érudits et tout à fait méchants sont, je crois, les plus déplaisants de tous.]
Pour le respect des artistes innocents, mais aussi pour votre propre sécurité, comme vous avez vu.



En somme, c'est beau la musique : même lorsqu'elle est fausse, elle est belle / intriguante / drôle !

Les musiciens et mélomanes la valent-ils toujours, c'est une autre question.

dimanche 6 mai 2018

La Ballade de Tomski en français – nouveau son


Je devais prendre le temps de mettre cette notule à jour depuis longtemps avec un nouvel enregistrement… fait en 2015. L'occasion de mentionner à nouveau l'entrée autour de cette traduction maison de la Dame de Pique.

Il existe également une version traduite (et chantée) du grand récit du Vampire de Marschner — où le héros de Byron/Polidori raconte comment l'on devient vampire et comment l'on dépèce sa propre famille, juste après une scène de séduction qui était pourtant un pastiche plutôt rigolard de Don Giovanni.

Je suis actuellement affairé à proposer une traduction de l'air de Boris Godounov (celle de Delines comme celle utilisée par Inghelbrecht ne me satisfaisant pas complètement), une notule verra le jour.

Par ailleurs, on peut retrouver les étapes du projet lied français dans le chapitre approprié – il ne reste plus que deux lieder pour publier l'ensemble du Winterreise, et la moitié de la Meunière est faite. Mais il faut bien partager avec le reste des sujets de CSS et la pratique musicale elle-même…

samedi 28 avril 2018

Les soirées de mai dans (Paris)


Comme naguère, vous trouverez ici le planning PDF où apparaissent tous les dates et lieux sélectionnés, quantité de petits concerts (ou au contraire de concerts très en vue) dont je ne parle pas ci-dessous.

N'hésitez pas à réclamer plus ample information si les abréviations (tirées de mon planning personnel, destiné au maximum de compacité) ou les détails vous manquent.
(Les horaires indiqués le sont parfois par défaut par le logiciel, vérifiez toujours !)



0. Rétroviseur

Auparavant, les impressions d'avril, quantité de propositions originales que nous avons pu honorer de notre vénérable présence. Cliquez pour lire les impressions succinctes sur les œuvres et les interprètes.

►#87 Atelier lyrique de Vincent Vittoz : 8 saynètes de 10 minutes bâties autour d'un seul chanteur et de partenaires scéniques. Cilea, L. Aubert, Respighi, Messiaen, Berio, C.-M. Schoenberg, Sondheim…  (CNSM)
►#88 Ives, Symphonie n°4. Orchestre de Paris (Philharmonie)
►#89 Mini-récital de Kaëlig Boché (Aubert, Kosma, Barbara, C.-M Schoenberg) tiré des ateliers lyriques #87. (CNSM)
►#90 Mendelssohn, Elias sur crincrins et pouêt-pouêts. Direction démiurgique de Pablo Heras-Casado, voilà une jeune vedette qui n'a pas atteint les couvertures de magazines par simple fantaisie moutonnière de la presse spécialisée ! (Philharmonie)
►#91 Cantates profanes et airs de cours du premier XVIIe italien : Obizzi, Marini, G. Stefani, Rovetta, Legrenzi ! Par le grand duo formé par Zachary Wilder et Josep María Martí Duran. Le disque vient de paraître, et couvre beaucoup des aspects les plus passionnants du chant profane de cette période. (Théâtre Grévin)
►#92 Philippe d'Orléans, Penthée. Le roi jaloux du jeune Bacchus et dépecé par sa mère et sa fiancée, dans une musique très hardie (et « italienne ») due au futur régent (aidé de Gervais). Une notule plus détaillée et contextualisée est en préparation. (Galerie des Batailles)
►#93 Rott, Symphonie en mi par le Philharmonique de Radio-France et Constantin Trincks, étagements tout en sobriété et maîtrise de cette œuvre folle… Vous pouvez chercher dans les archives, déjà deux ou trois autres notules sur le sujet (progressivement de plus en plus enthousiastes), et quelques projets d'autres sur des détails inspirants ouïs pendant ce concert. (Maison de la Radio)
►#94 Berlioz, Benvenuto Cellini, co-mis en scène par Terry Gilliam. Comme presque toujours à Bastille hors œuvres très subtiantielles orchestralement (Wagner, Tchaïkovski, Strauss), assez tièdement déçu. Entre l'orchestre qui joue à l'économie et la distance physique et le voisin qui joue à faire claquer ses ongles et lâche un tonitruant « pardon !! » pendant la musique lorsqu'un geste discret le lui signale, difficile de se laisser totalement emporter. (Bastille)
►#95 Masterclass de Jean Mouillère, du Quatuor Via Nova. Pédagogie à l'ancienne, disons. (Salon d'honneur du Château de La Roche-Guyon.)
►#96 Lieder de Pfitzner, Wolf (Buonarroti), Wesendonck-Lieder, Im Abendrot, par Matthias Goerne & Seong-Jin Cho. (Palais Garnier)
►#97 Henri Rabaud, Mârouf, savetier du Caire, reprise de la mise en scène Deschamps, avec l'ONBA et Minkowski. En écoutant davantage cette fois l'orchestre, que de splendeurs révélées !  Une grande œuvre, en réalité. Favart)
►#98 Zemlinsky, Maiblumen blühten überall. (Et la Symphonie Lyrique. Et la Nuit Transfigurée.) Impressions complémentaires ici et .  (Philharmonie)
►#99 Wagner, Parsifal, avec extrait sonore (Bastille)

Et quelques déambulations illustrées :
Ambleville : château, église, bourg.
La Roche-Guyon et Haute-Isle (en cours de narration) : forteresse des Rohan, boves et donjon taillés dans la craie, chapelles troglodytiques, 7 monuments classés et une longue promenade grimpant à flanc de coteau en surplomb des îles de l'Yonne.



00. Manqué !

En raison de l'expiration de mon Pass UbiQui'T, je n'ai pu tout voir, tout entendre. Voici, à titre purement indicatif, quelques autres soirées qui ont attiré mon attention, à titre de curiosité.

Eine Ballettsuite de Reger par l'ensemble orchestral d'Éric van Lauwe (à Saint-Joseph-artisan). Œuvre totalement inattendue pour du ballet, pour du Reger, pour de la musique allemande.
Contes et légendes estoniens chantés par Baquet et accompagnés par Grandet. Vous pourrez vous consoler avec un concert du genre (re)donné au Théâtre de l'Île-Saint-Louis à l'automne prochain.
Symphonies de Brahms par Brême et Paavo Järvi.
Masterclass de Gary Hoffmann (CNSM).



À présent, la prospective.

J'attire en particulier votre attention sur quelques perles. Classées par ordre de composition approximatif à l'intérieur de chaque catégorie.

(En rouge, les œuvres rarement données – et intéressantes !)
(En bleu, les interprètes à qui je ferais confiance, indépendamment du seul programme.)



A. Opéras & cantates

LULLY, Phaëton. Il est assez rare qu'on donne des opéras de LULLY en version scénique, sorti d'Armide. Et ici dans la plus belle distribution qu'on puisse souhaiter : Mathias Vidal, Eva Zaïcik, Cyril Auvity, Léa Trommenschlager !  La fine fleur du chant baroque français (je n'aurais pas mieux choisi moi-même, si vous mesurez le compliment). Version sans doute chatoyante de Vincent Dumestre avec le Poème Harmonique… et le Chœur de l'Opéra de Perm ! (musicAeterna, le terrain de jeu du méga-mégalo Currentzis)
Donné sur trois ou quatre dates, de surcroît. Seule réserve : comme c'est Lazar, il faudra sans doute souffrir le français restitué selon Green (rien d'idéologie : je le goûte au théâtre, mais il voile inutilement l'élocution à l'Opéra).

Galiard, Telemachus, une coproduction L'Oiseleur-Robidoux au Temple du Luxembourg. Pièce du début du XVIIIe anglais d'après Fénelon. Je n'ai aucune notion de ce à quoi ce peut ressembler, en toute franchise. On se situe dans l'époque assez mal documentée post-Purcell (et bien avant les faits de gloire de Thomas Arne). Sans doute plus de la déclamation pure ornée d'ariettes ; sans doute pas encore du seria haendelien…
Leurs résurrections étant en général, à l'un comme à l'autre, étonnantes et convaincantes, j'y vais en toute confiance.

Debussy, Pelléas et Mélisande dans une distribution de feu : Devieilhe, Andrieux, Buet !  Certes accompagnés par le modeste Orchestre Pelléas (qui ne m'avait pas fait forte impression, dans un tout autre répertoire). Le 2 au TCE.

Extraits d'opérettes au CRR. Le 24 à 19h, gratuit.



B. Musique chorale


Chants patriotiques de Grétry, Méhul, Dalayrac, Catel, Berlioz… et Vierne. Par le chœur Les Voix impériales (?) et l'Académie Symphonique de Paris (des amateurs de niveau honorable, je crois, mais pas vérifié). Ce ne sera pas de la grande musique, mais ce devrait être plutôt roboratif !  Le 24 aux Invalides (cathédrale).

Musiques a cappella de Grieg, Stenhammar et Sandström par Le Jeune Chœur de Paris et des élèves du CRR de Paris. Direction Willberforce et Korovitch. Le 19 au CRR.

Motets de Duruflé, Djinns de Fauré, Psaume 129 de Lili Boulanger par le Chœur de l'Orchestre de la Sorbonne, le 18.

♦ Chœurs a cappella de Mikalojus Čiurlionis, Jāzeps Vītols, Janis Zalitis, Mart Saar, Cyrillus Kreek, par le Chœur Philharmonique de Chambre d'Estonie, dirigé par Kaspars Putniņš. Le 22 au Musée d'Orsay (12h30).



C. Musique symphonique

♦ Symphonies n°2 de Beethoven et n°6 de Schubert par la classe de diction « A et B » pour « débutants » (CNSM). Parfois avec les Lauréats du CNSM, parfois non. Toujours très beau. Le 25, gratuit.

♦ Les 22 et 24, entre la Cité de la Musique et le TCE, il sera possible d'entendre les deux Sérénades de Brahms.

Elgar, Symphonie n°1 sans vibrato par Norrington. Ça va être rigolo.
(ça fonctionnait du tonnerre dans les Tallis de Vaughan Williams, alors pourquoi pas ici ?)
Joué avec assez de relief, c'est une œuvre tout à fait sympathique. Et très peu donnée en France.

Toward the Sea II de Takemitsu, la version pour flûte, flûte alto et orchestre (originellement pour flûte et guitare, refait en IIIe pour flûte et harpe). Couplage avec Die Seejungfrau de Zemlinsky. Le Philhar' de Radio-France et Vasily Petrenko devraient être parfaits là-dedans, l'expansivité décadente est leur gros point fort. Philharmonie le 4.

Les Bandar-Log de Koechlin et la Symphonie n°2 de Honegger. Le premier est très original, mais n'étant fanatique d'aucun des deux, je ne suis pas bon juge pour conseiller ou pas de s'y rendre. En tout cas dirigé par David Zinman (qui fouette bien l'Orchestre de Paris, et qui a déjà dirigé ce Koechlin, ainsi que tout le Livre de la Jungle, d'ailleurs).

Ferroud, Foules. Petite pièce orchestrale originale (comme toujours avec Ferroud). À la Maison de la Radio, couplage très traditionnel comme Krivine les aime : Cinquième de Tchaïkovski et Troisième (Concerto) de Prokofiev. Le 31 à la Maison de la Radio.

Chostakovitch, Symphonie n°11. Strauss, Métamorphoses. Par les étudiants du CRR (et des élèves de niveau supérieur du PSPBB). Difficile de pronostiquer la qualité du résultat, cela dépend grandement des élèves présents (vu un Lalo-Chabrier-d'Indy où les violonistes étaient des collégiens, donc forcément pas la même maturité…), du nombre de répétition… En général, le niveau au CRR reste correct mais pas renversant, pas du niveau professionnel de ce qu'on entend au CNSM. Néanmoins, programme souvent étonnants (concertos pour violoncelle de Lalo ou John Williams, Symphonie italienne de d'Indy…), le programme n'est actualisé que mois par mois sur le site mais il mérite d'être vérifié – leurs productions d'opéra baroque sont, elles, de niveau pro (les classes de musique ancienne font office de CNSM pour HIP).

Classe de direction d'orchestre d'Alain Altinoglu. Je n'ai pas encore le programme, mais c'est toujours remarquable (avec le fabuleux Orchestre des Lauréats du CNSM). Le 17, gratuit.



D. Musique solo et chambriste

Couperin à l'Hôtel de Soubise par les étudiants du Conservatoire du VIIe, le 30 à 12h30.

Variations Goldberg pour quatuor à cordes, par l'excellent Quatuor Ardeo, résident du Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines. Le 29.

♦ Plusieurs concerts alléchants Hôtel de Lauzun sous l'égide de Julien Chauvin, mais je ne suis pas trop sûr des conditions d'accès (voire d'accession, si soumis à l'inclusion dans la Société savante qui y loge). Notamment les Quatuors de Gounod du Quatuor Cambini qui sortent ces jours-ci au disque. Les dates sont dans l'agenda, avec le peu de détail que j'ai pu glaner.

Musique pour piano descriptive Empire (très) rare :
Oginski, Deux polonaises ;
Gurilev, Deux chants russes ;
HarteveldGrande affliction – Partant pour la Syrie ;
JadinLa Grande Bataille d’Austerlitz ;
SteibeltL’incendie de Moscou ;
◊ du Beethoven (variations sur Paisiello, Trois Grandes Marches, Sonate Les Adieux).
Par Nikolay Khozyainov, aux Grand Salon des Invalides, le 25.

Quintette pour clarinette et cordes de Baermann (le n°2 ?), un des nombreux représentants du « style Mozart » dans cet effectif, et très réussi. Couplé avec extrait du Quintette de Françaix. À Tremblay le 5 (je crois que c'est gratuit).

Ballades pour piano de Brahms. Pas son sommet pianistique, mais elles sont assez peu données en concert, j'ai l'impression. Couplées avec la Sonate n°3, par Goeffroy Couteau, à l'Amphithéâtre de la Cité de la Musique, le 26 (15h).

Fantaisie pour quatre altos de Bowen (grand symphoniste postromantique, mais jamais écouté ceci). Couplage avec du Turina et l'Octuor de Mendelssohn, musiciens de l'Orchestre de Chambre de Paris, salle Cortot le 26 à 15h.

Flûte, alto et harpe chez Takemitsu, Debussy, Ravel, Beffa. Hôtel de Soubise, le 26.

Piano balte par Mūza Rubackytė : Čiurlionis (Préludes & Nocturnes), Vītols (Préludes), Eller (Les Cloches), et Scriabine (Valse, 4 Études).

Transcriptions pour marimba. Adelaïde Ferrière, la virtuose en vue du moment, au Petit-Palais, le 24 à 12h30.



E. Lieder, mélodies & airs de cour

Saint-Saëns, Nuits persanes. Version orchestrale (avec des interludes et des mélodrames, ici arrangés pour piano) des Mélodies persanes, récemment (merveilleusement) gravées par le couple Christoyannis-Cohen (chez Aparté). Sahy Ratianarinaivo, qui a remarquablement mûri ces dernières années, les donne depuis un moment, par morceaux (aux Invalides) ou en entier (dans la classe de Jeff Cohen, précisément…). Accompagné par une spécialiste très spirituelle, Qiaochu Li, dans ce qui est possiblement le plus bel ensemble de mélodies de Saint-Saëns. Le 31 au Petit-Palais (12h30).

Chostakovitch, cycle Blok. Brahms, lieder pour soprano, (violon) alto et piano. Avec Prudenskaya, le 3 au TCE.

Classe de duos de lied & mélodie de Jeff Cohen. J'aurai les programmes assez tard, je les communiquerai lorsque (si) je les obtiens à temps. Le nombre d'étudiants a décru ces dernières années (avant, deux dates bien pleines), mais l'expérience d'un programme complet de lieder jonglant avec les langues reste toujours très singulière, d'autant qu'on y croise de très belles individualités très prometteuses (découverte en ces lieux de Raquel Camarinha ou Elsa Dreisig, pour ma part).



F. Pour le plaisir de retrouver quelques chouchous

♦ Tournée du Requiem de Verdi en Île-de-France à partir du 20, par l'ONDIF et le Chœur de l'Orchestre de Paris, association de rêve.

♦ Pas particulièrement un chouchou, mais rare, le Philharmonique d'Helsinki vient (sous la direction de la raidissime Mälkki, hélas – même dans le contemporain, elle est tellement sèche et désarticulée…) à la Seine Musicale (où les orchestres symphoniques sonnent très agressivement, hélas aussi). Dans Mahler 9, c'est quand même intriguant de les entendre en vrai, ce n'est pas tous les jours qu'on en a l'occasion.



G. Cours publics et masterclasses

David Higgs, organiste maître de la transcription (testez sa Mahler n°5, saisissante de vérité !), donne une masterclass au CNSM le 17, tôt dans la soirée. Gratuit.
♦ Les 24,25,26, journées du pianoforte au CRR de Paris. Gratuit.



C'est le temps des plaisirs et des tendres amours.

mercredi 25 avril 2018

[Carnet d'écoutes n°120] – Lassus, Crusell, Vranický, Le Prophète, Sinding, Reger, van Gilse, Bartók, Różycki, Mârouf…


Quelques écoutes très rapidement commentées et compilées sans ordre.

Découvertes intrépides

Nordheim – Quatuor– Norwegian SQ
Assez transparent, s'écoute bien, mais ne se passe pas grand'chose.

Lazzari, Symphonie en mi bémol.
(bon, en fait j'avais déjà écouté, mais il ne m'en restait aucune impression)
Entre Bizet (le scherzo) et Franck (le final, vraiment proche !). Chouette.

Tina Charles – I Love to Love
Croyez-le si vous voulez, mais je découvre. Ça ne se renouvelle pas beaucoup, mais l'alternance refrain / couplet (unique) est assez marquante !


Classiques éprouvés

Dvořák – Rusalka (acte II) – Neumann

Pavel Vranický – Symphonie en ut, « Pour la Paix avec la République Française » – Radio de Hanovre, Griffiths (CPO)
Pavel Vranický – Symphonie en ré Op.52 – Radio de Hanovre, Griffiths (CPO)
Tradi et animé, mais un peu rond et flou.
Pavel Vranický – Symphonie en ré Op.52 – Chambre Dvořák, Bohumil Gregor (Supraphon)
Là aussi, tradi, mais ça claque !
Pavel Vranický – Symphonie en ut mineur Op.11 – Chambre Dvořák, Bohumil Gregor (Supraphon)
Pavel Vranický – Symphonie en ré Op.36 – Chambre Dvořák, Bohumil Gregor (Supraphon)
Pavel Vranický – Symphonie en ut « Joie de la Nation Hongroise » – Chambre Dvořák, Bohumil Gregor (Supraphon)
Les deux symphonies en ré (sans programme) sont merveilleuses, le babillage des clarinettes dans le premier mouvement de l'opus 36, on est vraiment entre Don Giovanni et Fidelio.
À cette époque, vraiment difficile de trouver un concurrent à Mozart, mais les frères Vranický sont justement ceux qui peuvent se comparer à ses accomplissements.

Lalande – Regina Cœli – Ex Cathedra, Skidmore

Lalande – Cantate Domino – Ex Cathedra, Skidmore
Lalande – Cantate Domino – Ex Cathedra, Skidmore
Le Cantate Domino ménage des airs magnifiques, d'une ampleur rare à cette époque. L'ensemble Ex Cathedra est formidable (et je crois reconnaître la voix d'Andrew Tortise en haute-contre solo, ou de quelqu'un qui lui ressemble énormément I love you ). Bissé.


La minute glotto

O. Merikanto – Laula, tyttö – Galitzine, Dubé (bande)
Bach – « Seele deine Spezereien » –  Obalski (bande)


Sous mauvaise influence

Lassus – 9 Leçons de Ténèbres – Pro Cantione Antiqua (Musical Concepts)
Beauté ineffable, complète. Encore plus beau qu'à mon dernier passage.
Bissé :
Lassus – 9 Leçons de Ténèbres – Pro Cantione Antiqua (Musical Concepts)
Puis :
Lassus – Prophetiæ Sibyllarum– Dædalus (Alpha)
Lassus – Prophetiæ Sibyllarum– De Labyrintho (Stradivarius)
Moins enthousiasmé par l'œuvre. Dædalus un peu sec, impression d'uniformité accrue entre les pièces ; De Labyrintho plus souple (très léger accent anglais ?  voix de femme fine enfantine…).
Lassus – Motets pour le dimanche de Pâques– Pro Cantione Antiqua (Musical Concepts)
Lassus – Requiem – Pro Cantione Antiqua (Musical Concepts)
Pour les motets de Pâques, c'est peut-être l'interprétation qui les hausse, mais pour le Requiem, vraiment un bijou !

Je ne suis pas un très grand consommateur de musiques de la Renaissance, mais Dufay, Brumel et Lassus, voilà qui me laisse par terre à chaque fois.

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Un petit cycle Ludomir Różycki.

Eros i Psyche. Cet opéra de de 1916 constitue un bijou d'aspect étonnant : on peut y entendre, sans aucun effet hétéroclite, l'influence de nombreux courants. On entend passer des tournures qui font penser à Lalo (Le roi d'Ys), Massenet (Panurge), Debussy, Puccini (les moments comiques de Tosca), R. Strauss (grandes poussées lyriques, ou la fin quelque part entre Daphne, avec l'harmonie plus slave des chœurs patriotiques de Guerre et Paix de Prokofiev…). Tout cela dans une belle unité, un sens de la poussée, vraiment de la très belle musique, une synthèse de l'art européen.

¶ Air tiré de Beatrice Cenci.

¶ Poème symphonique Mona Lisa (très richardstraussien), par Wojciech Czepiel.
¶ Poème symphonique Le roi Cophetua, par Janusz Przybylski.
¶ Poème symphonique Anhelli (très richardstraussien), par Satanowski.

Et puis je vais me lancer dans les seules autres choses qu'on ait, les concertos.

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Vaughan Williams – Symphonie n°5 – Liverpool RPO, Manze (Onyx)
Vaughan Williams – Symphonie n°6 – Liverpool RPO, Manze (Onyx)
Flatte plutôt le côté étale que l'originalité de ces symphonies. Pas passionné, un peu frustré que Manze n'y déploie pas sa meilleure netteté de trait.

Mireille / Nohain – Mais pourquoi t'es-tu teinte ? – Pills & Tabet
http://youtube.com/watch?v=RkhdzmNkwY8

Larsson – Symphonie n°1 – Helsingborg SO, Manze (CPO)
Une semaine n'est pas complète sans son petit shoot CPO. Même si la poésie fonctionne moins avec orchestre qu'en quatuor, chez Larsson.

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 Massenet, Thaïs. Marseille 91 : Veltri avec Cassello, Sirera et van Dam. Très belle version (il n'y en a pas tant où l'on entend bien l'orchestre tout en restant plutôt bien chantées). 

 Massenet, Thaïs. Au Stanislavski, en russe. (acte I seulement) 
Les chœurs des cénobites par des Russes, c'est quelque chose. Shocked Sinon, l'adaptation est assez peu réussie prosodiquement (beaucoup de rythmes changés, et ça ne tombe pas toujours bien dans la langue).

 Massenet, Marie-Magdeleine. Version Loré : Command, Sebron, Lamy, Courtis. Bien sûr très lisse et gentiment sucré, mais tout est beau, et les moments de lumière sont très exaltants. (Évidemment, ce n'est pas prioritaire, mais j'y reviens de temps en temps, ne serait-ce que pour la réussite du Noli me tangere.)

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Różycki – Eros i Psyche (Operavision)
Tient toutes ses promesses. Même la naïveté du livret fonctionne très bien. I love you

Tchaïkovski – Manfred – Opéra de Munich, K. Petrenko (bande de la radio WQXR)
Lecture de feu – si on augmente bien le son, on sent le grain des cordes, et la réverbération sur les murs de la salle ! I love you
https://www.wqxr.org/story/kirill-petrenko-conducts-bayerisches-staatsorchester-live-carnegie-hall/

C.-M. Schoenberg – Miss Saigon – Salonga

Kodály – Duo violon-violoncelle – J. Fischer, Müller-Schott
Schulhoff – Duo violon-violoncelle – J. Fischer, Müller-Schott
Ravel – Sonate violon-violoncelle – J. Fischer, Müller-Schott
Halvorsen – Passacaglia, d'après Haendel– J. Fischer, Müller-Schott

Legrenzi, La Divisione del Mondo, extraits

Wagner – Das Rheingold, deuxième tableau – Solti Bayreuth 1983

Stravinski – Le Sacre du Printemps – Atlanta SO, Levi (Telarc)
J'aime beaucoup leur association, mais ce n'est pas dans le Sacre qu'elle fonctionne le mieux.

Brahms – Quatuor avec piano n°2 – Capuçon, Caussé, Capuçon, Angelich (Virgin)
Rarement donné hors des intégrales Brahms, car long (presque une heure à lui tout seul), mais le meilleur des trois, même si j'aime beaucoup le Troisième !

Crusell – Concerto pour clarinette n°1 – Kriikku, Radio Finlandaise, Oramo (Ondine)
Crusell – Concerto pour clarinette n°2 – Kriikku, Radio Finlandaise, Oramo (Ondine)
Crusell – Concerto pour clarinette n°3 – Kriikku, Radio Finlandaise, Oramo (Ondine)
Des mélodies de Mozart avec du ploum-ploum de ballet façon Boïeldieu-Adam-Hérold, vraiment délicieux, surtout le 2 !

Bartók – Concerto pour piano n°1 – Kocsis, Budapest FO, Iván Fischer (Philips)
Bartók – Concerto pour piano n°2 – Kocsis, Budapest FO, Iván Fischer (Philips)
Bartók – Concerto pour piano n°3 – Kocsis, Budapest FO, Iván Fischer (Philips)
Le Deuxième, le Deuxième… quelle orgie !
(en termes de versions, il y a plus grisant, sinon)

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Prokofiev – Symphonie n°5 – Radio Finlandaise, Oramo
Oh, à la fin du deuxième mouvement, exactement les mêmes intervalles et rythmes que le début de « I could have danced all night » !

Beethoven – Duo avec lunettes obligées
Le Duo avec lunettes obligées de Beethoven, pas du tout une œuvre anecdotique : la qualité mélodique de Mozart, l'animation des figures d'accompagnement des derniers quatuors de Haydn, et une fougue qui n'est qu'à lui.
Remarquable version en concert dans une église lusophone par ici.

van Gilse – Symphonie n°2 – Symphonique des Pays-Bas (sis à Enschede), Porcelijn
Comme quelqu'un a commis l'imprudence de nommer Jan van Gilse devant moi, me voilà reparti pour une intégrale de sa musique disponible, en débutant par la Symphonie n°2 (ce début qui innerve tout !).

van Gilse – Thijl
Par un orchestre aujourd'hui dissout, ou plus exactement fusionné, le Philharmonique d'Amsterdam (beaucoup de cas aux Pays-Bas, comme Utrecht, la Chambre de la Radio…). Pourtant, qu'est-ce qu'il était bon…
Œuvre assez radicale et étrange (le sprechgesang en néerlandais, voilà qui dépayse), plutôt sombre, pas du tout chatoyante comme le reste du van Gilse disponible, ni conformément à ce que son sujet pouvait laisser supposer. Ses contemporains néerlandais, pourtant en général plus tourmentés dans leurs symphonies, avaient pour certains une veine bien plus lyrique et lumineuse à l'Opéra. Étonnant !

Berlioz – Symphonie fantastique – Orchestre d'État de l'URSS, Oskar Fried
Après avoir (beaucoup) écouté ses compositions, je découvre Oskar Fried là où il est célèbre, comme chef.
Ourgh.
Ce n'est vraiment pas bon : cela ressemble aux orchestres de conservatoires régionaux dont les musiciens sont bons mais dont les effectifs tournent sans cesse (et manquent d'expérience).  Tout est si mou et vaguement précis…  Le niveau a incroyablement monté, et on ne peut pas parler ici d'effet Seconde guerre mondiale… qu'était-ce donc au XIXe ?  Il est vrai qu'il n'avait sans doute pas l'habitude de collaborer avec l'Orchestre d'État de l'URSS.

Mahler – Symphonie n°2 – Sk Berlin, Oskar Fried
C'est certes mieux (enfin, pour ce qu'on peut percevoir des tuilages inaudibles), mais lorsque je vois ce qu'on lit dans les critiques sur les orchestres actuels (tout en se pâmant sur l'Âge d'or perdu…), il faut vraiment se fier à son imagination plus qu'à l'écoute rigoureuse des enregistrements. Même chez ces orchestres de première ligue, on se trouve assez loin de la simple mise en place qu'on attendrait d'un orchestre pro de ville moyenne, aujourd'hui.

Beethoven – Sonates et variations pour violoncelle et piano – Karttunen
Sur crin-crin et plong-plong ; et la meilleure version du marché !

Sinding – Symphonie n°1 – Philharmonie de la Radio de Hanovre, Dausgaard
Pour ceux qui aiment la symphonie de Rott, la Symphonie n°1 de Sinding n'est pas sans point commun – l'Andante qui préfigure Parsifal et Fafner, merveilleux de surcroît, ses appels de cor du scherzo…  Je la trouvais jusqu'ici gentiment lyrique, mais non : du niveau des trois autres.
Il est vrai qu'elle est écrite assez tard, toute Première qu'elle est : 1892 – pour un compositeur né en 1856 !  Donc Parsifal est bel et bien dans l'oreille, pas une parenté fortuite d'air du temps.

Sinding – Symphonies 2,3,4 – Philharmonie de la Radio de Hanovre, Dausgaard / Porcelijn
Quelles merveilles élancées du romantisme tardif !  Une autre voie que celles de Brahms, Raff, Tchaïkovski ou Mahler.
On croit souvent que je parle de raretés pour la (ma) gloire ou par simple curiosité ; pourtant le fait est que j'écoute plus souvent les symphonies de Hamerik et Sinding que de Mendelssohn et Brahms (que j'adore), ces dernières années. Plaisir différent et renouvelé : on peut y entendre des choses qui n'existent pas dans le corpus réduit des grands compositeurs célèbres… ou même, sans ambitionner davantage, simplement y trouver des personnalités qui s'accordent mieux à la nôtre, fussent-elles moins déterminantes sur le plan de l'Histoire de la Musique.

Mozart – Symphonies 39,40,41 – CMW, Harnoncourt
Incroyable comme il parvient (et de façon cohérente) à renverser totalement le spectre (les vents priment), à mettre en avant les trouvailles d'accompagnement, à tirer tout cela vers Gluck !

Boulez – Domaines, pour clarinette et ensemble – Portal
 En 1968, c'était la création des deux versions de Domaines de Boulez (clarinette seule, puis avec ensemble sollicité dans un ordre libre). Ça n'a rien de très exaltant sur le papier, mais j'adore ce truc : babillard mais très vivant, et comme des retours audibles de matière.

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Et quelques impressions un peu plus développées.

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Meyerbeer – Le Prophète – Philharmonique d'Essen, Carella (Oehms)



Donc écouté la production d'Essen, très bonne, mais je ne suis pas très enthousiaste pour autant.

¶ Sur le plan de l'interprétation, tout le monde est impeccable, mais ça manque un peu de saveur, tout est très bien chanté (Cornetti peine quand même un peu dans son grand air du V, mais c'est très difficile). Ça suffit pour faire décoller un Verdi ; pour Meyerbeer c'est un peu plus frustrant, il faut des personnages aussi.
Et puis Carella n'était pas franchement un bon choix : il fait le même Carella voluptueux qui fonctionne très bien dans le belcanto (tout est rond et agréablemet coloré), mais là encore, on attendrait un peu plus de drame.

¶ Surtout, ce n'est pas le grand Meyerbeer des Huguenots, du III de Robert, des épisodes masculins de Dinorah… peu de sourires là-dedans, il reste surtout la pompe, et comme les interprètes ne tirent pas parti de la saveur des personnages (ce qui est à peu près impossible dans l'Africaine, mais pas dans le Prophète, où les ridicules ne sont pas absents), tout ça correspond un peu à la grande choucroute décrite par les détracteurs de Meyerbeer.

Le studio de Lewis parvient, par sa flamme particulère et son plateau de folie (McCracken, Horne, Scotto, Bastin…), à rendre l'opéra fascinant, mais par un orchestre allemand un peu gris avec un chef italien un peu contemplatif et des chanteurs valeureux mais pas très savoureux, je m'ennuie un peu. Ce n'est pas vraiment leur faute, c'est juste que j'ai besoin de davantage pour adhérer. Meyerbeer est à la fois très exigeant en termes de technique vocale (assez grands formats, grande agilité, bonne projection, grande endurance…) et très délicat quant à la juste expression et à l'épaisseur des incarnations par les chanteurs. C'est ainsi.

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Liszt – Eine Faust-Symphonie

Je vais réessayer pour la millième fois moi aussi : je n'arrive pas à y trouver d'aspérité (certes, peu de mise en valeur par l'orchestration), même dans le discours. Autant les poèmes symphoniques sont au moins rigolos et expansifs, autant là…

Si je trouve une version déviante et illuminante, je vous dis. (Sinopoli y est dans sa veine très homogène, vraiment pas ce qu'il faut ici, essayé de multiples fois ; Bernstein, il me semble aussi que ça ne m'avait pas trop impressionné.)

J'hésite entre Häselbock pour les crincrins (mais je le trouve raremen exaltant) et Chailly pour la lisibilité.

Donc, Chailly-Concertgebouworkest : ça a l'air très bien, tendu, transparent, mais trop de fondu, ça ressemble trop aux autres versions, ça ne va pas fonctionner pour moi.

Donc je suis parti sur Haselböck sur crincrins : Dieu que le son d'orchestre est hideux ! Ça grince de partout, même les bois. Mais on entend parfaitement chaque entrée, chaque détail d'orchestration, comme jamais je ne l'ai entendu dans un disque : ce qu'il me faut.

Hé bien, c'est uniformément mélodique, et pas très marquant de ce point de vue : de longues lignes étales, dont je me demande toujours à quoi elles servent. Effectivement, comme souligné par Benedictus, quelques coquetteries harmoniques surprenantes dans le mouvement de Gretchen, avec ces harpes qui jouent une harmonie étrange, parente du Binary Sunset dans A New Hope

En revanche, on peut y entendre des choses dérobées (et magnifiées) par Wagner, comme cette longue descente chromatique d'accords, comme pour le sommeil de Brünnhilde.

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Max Reger – Eine Ballettsuite.

Stupéfaction (et émerveillement) en découvrant cette Suite de ballet.

Cela ne ressemble ni vraiment à du ballet (hors la valse bien dansable), ni même à de la musique germanique…

Malgré toutes les titres pittoresques incluant Arlequin ou Pierrot & Pierrette, j'y entends beaucoup l'Oiseau de feu de Stravinski. Aussi du ballet plus léger, plus français (à la façon de ceux de Poulenc).

Impossible d'y reconnaître l'auteur un peu monumental (et assez gris) de la Suite Romantique ou des épais Böcklin !

Il y a quand même un peu de Wagner, plus furtivement, dans les harmonies ou les effets d'orchestration : retour vers les Ases dans le dernier tableau de Rheingold, duos de Walküre ou de Tristan…

Je recommande très vivement (plutôt par Suitner / Sk Berlin que par C. Davis / Radio Bavaroise ou même Zender / SWR, la différence d'animation est assez considérable). Si vous aimez Reger, bien sûr ; mais aussi si vous le détestez, puisque ça n'y ressemble en à peu près rien !


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Henri Rabaud – Mârouf, savetier du Caire

Revu à l'Opéra-Comique : Minkowski et l'ONBA, avec Bou, Santoni, Teitgen, Leguérinel, Peintre, Legay, Contaldo, Yu Shao, Bertin-Hugault…

Un extraordinaire babillage sous forme de pastiche orientalisant exubérant et complexe, ravélien en 1914, harmoniquement aussi avancé que Schreker à la même époque. Toujours stupéfiant.

Distribution de feu (Bou a encore gagné en vaillance, et quel acteur !), production Deschamps qui reste aussi réjouissante, et grande et belle surprise de l'ONBA, rajeuni et féminisé, tendu à bloc, d'une acidité si française !
(Certes, toujours la même tendance à ne pas faire la même longueur d'archet, et à finir par ne plus vibrer les notes, sur les dernières chaises… mais ça ne se percevait pas à l'oreille)

Le reste de la distribution est très adéquat, en particulier la haute stature de Teitgen qui s'acquitte parfaitement de la lourde tâche de succéder à Courjal (le timbre est un peu moins immédiatement séduisant, mais le résultat est tout aussi convaincant, comme toujours), et Lionel Peintre, avec son émission de baryton ténorisant complètement ouverte, en grande forme hier soir.


Il y a clairement un vivier à faire renaître, des œuvres beaucoup plus audacieuses et personnelles qu'il n'y paraît, dans ce début de siècle français. A. Bloch, Dupont, Hirchmann, Nouguès, Gunsbourg, Salvayre
On se trompe en le limitant à debussystes vs. tradis.

Parmi les grands moments :
∆ la folle embardée de la bastonnade (à la façon de la reprise hystérisée de Robert le Diable par Korngold (voir ici : http://carnetsol.fr/css/index.php?2010/08/20/1587-fortune-de-robert-le-diable ),
∆ les doublures exaltantes de la marche du Sultan,
∆ le grand numéro polytonal au III, façon Aladin de Nielsen,
∆ la magie de la Caravane,
∆ les pizz et staccatos omniprésents,
∆ les rythmes complexes, les harmonies surprenantes qui outrepassent de très loin le prétexte de la couleur orientale outrée,
∆ le concerto pour harpe permanent (jamais vu autant), dans opéra ou symphonie !

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[Rappel : les tartelettes sont toujours positives. Une tartelette n'appelle pas forcément la réécoute, mais leur présence indique que j'ai (subjectivement) apprécié, ce n'est pas une note sur cinq, rien à voir. Elles ne concernent que les compositions, pas les interprétations.]

À bientôt pour de nouvelles aventures !

vendredi 20 avril 2018

Les meilleures versions symphoniques de Star Wars


1. La part de Williams

Il y a assez longtemps que j'ai découvert que ce qui m'avait toujours le plus fasciné dans Star Wars, longtemps avant que je ne devienne mélomane, à l'âge où l'on est fasciné pour les cabrioles néons à la main, était le pouvoir de suggestion de sa musique. Bien sûr, l'univers est riche et cohérent, parvient très adroitement à faire référence à des cultures diverses ainsi qu'à lui-même, l'équilibre entre épopée et humour, tout ce qu'on voudra ; mais je crois que c'est réellement la musique qui, même pour les non mélomanes, fait tenir tout cela. Figurez-vous du Glass ou un discipline un peu terne d'Alfred Newman, et considérez ce que ce pourrait donner. Il n'y aurait probablement pas eu de suite.

Les thèmes wagnériens, les élans richardstraussiens, les bataillées marquées par Stravinski et Prokofiev, tout cela aboutit pourtant à un ensemble très varié stylistiquement mais cohérent, interpénétré de lui-même, largement fondé sur la technique du leitmotiv utilisée par Wagner et Strauss. À la fois limpide dans ses thèmes et atmosphères pour le grand public captivé par l'action, et remarquablement soigné et inventif dans le détail. Surtout, tout cela porte l'essentiel des atmosphères, même si les films (enfin, certains…) disposent de leurs propres considérables vertus.

Au demeurant, John Williams, très talentueux creuset du meilleur de la musique qui l'a précédé (il a même recréé, vraisemblablement sans la connaître, un des beaux passages de la Natursymphonie de Hausegger), m'impressionne moins dans ses autres œuvres : chacune a sa couleur propre, mais les thèmes ne paraissent pas à ce point tous dériver les uns des autres, ni mener aussi décidément la conduite du drame lui-même.
Il y a tout de même de belles choses à entendre en dehors des fanfares de Superman ou des hymnes d'Indiana Jones, comme son Concerto pour basson, qui sans être un chef-d'œuvre, dispose d'un charme plus spécifique que ses autres concertos (qui sont pourtant plus ambitieux).



kozena_vader
All this time, Darth Maugda was a hidden Sith Lord.



2. Star Wars sous son meilleur jour

Lorsqu'on est vraiment intéressé par la question, l'univers SW est assez peuplé en fans pour mettre la main sur les BOs complètes, incluant l'accompagnement des dialogues saccagés par le texte et les bruitages (dans la prélogie, il est vraiment difficile d'entendre la musique de certains moments), même lorsqu'il n'y a pas eu de publication officielle en disque de l'intégralité de la musique. Les partitions, intégrales ou réduites, aussi s'achètent ou s'échangent assez aisément.

Néanmoins, le plaisir de voir en action tout cela est assez particulier, et je vous suggère donc le meilleur de la très abondante offre vidéo.

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a) La plus belle Suite

La Suite traditionnelle (Fanfares d'ouverture du IV, Thème de Leïa du IV, Marche impériale du V, Salle du Trône du IV) existe en de très nombreuses versions.

La limpidité et l'élan de celle du Philharmonique de Bergen dirigé par Andrew Litton surpasse tout ce que j'ai entendu par ailleurs. C'est peut-être également lié à mon tropisme, que je ne nie pas, pour les timbres acidulés et clairs des orchestres nordiques (et en particulier norvégiens), dont Trondheim, Bergen, la Radio Norvégienne et l'Opéra d'Oslo sont les plus exaltants représentants.

La vidéo est disponible uniquement sur le site de critiques Bachtrack, qui dispose de tout un fonds établi en partenariat avec de très grands orchestres européens de première veine, simplement moins célèbres qu'Amsterdam ou Berlin : Philharmonique de Bergen, Radio Norgévienne, Chambre de la Radio Néerlandaise mais aussi, très abondamment représentés au disque, Symphonique de Göteborg (DGG, Chandos), Philharmonique Royal de Stockholm (BIS) et Gürzenich de Cologne (EMI, Oehms).
Pourquoi cacher ainsi ce fonds extraordinaire dont la visibilité doit être dérisoire par rapport aux maisons qui diffusent directement sur YouTube, comme la Radio de Francfort (ou, plus épisodiquement, le Symphonique de Trondheim) ?  En tout cas, il existe, et mérite véritablement de s'y attarder, de s'y perdre même.

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b) La Suite alternative

Encore à Bergen, où Edward Gardner (décidément, les grands chefs ne se trompent pas et s'y succèdent, comme Urbański à Trondheim…) a donné en plein air la Suite, un peu moins léchée (et puis amplifiée…), mais sous un état différent, la Marche Impériale étant incluse dans le premier numéro habituel, et le thème de Leïa étant remplacé par le thème de Rey – une des grandes réussites musicales des derniers épisodes, là aussi simplicité et typicité, même si l'imaginaire sonore de Williams semble s'être sensiblement déwagnérisé. Voyez cette présentation qui met en valeur se trois principaux motifs (le premier rythmique, les deux autres plus mélodiques).

On trouve aussi, tiré du même concert, les Suites de Harry Potter et de James Bond (incluant le générique historique et un arrangement de Skyfall !).

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c) La (très) grande Suite

Mais, plus important que tout cela, l'Orchestre National du Danemark a donné un concert constitué d'une heure (contre 15 à 30 minutes pour les Suites habituelles) de musique tirée des deux trilogies. Il existe certes orchestres plus virtuoses ou chatoyants en Europe, mais il peut tout jouer néanmoins, et se trouve dirigé par Antony Hermus, manifestement très enthousiaste – et un spécialiste des musiques germaniques décadentes.
[Vous pourrez également trouver une courte Suite de Star Trek par le même orchestre, qui juxtapose les musiques des différentes productions, depuis TOS – les ondes Martenot y sont remplacées par le chœur ! – jusqu'aux derniers films, en passant par Jerry Goldsmith évidemment.]

C'est une occasion assez rare de voir jouer certains moments emblématiques dans les films, mais peu donnés au concert : les grands affrontements (contre Darth Maul dans le I, sur la planète-fonderie dans le III), les tricots vénéneux de l'incertain thème d'Anakin (début du III), les élans lyriques des scènes d'amour sur le balcon de la Résidence d'Été de Naboo (dans le II)…

Bien sûr, j'aimerais aussi voir toutes les musiques de transition et de dialogue, comme Naxos l'a fait en reconstruisant The Sea Hawk (partition détruite) de Korngold, et cela s'écoute remarquablement en musique pure, tout autant les passages masqués, d'autant plus dans des partitions où chaque articulation est soignée (beaucoup de musiques de film peinent à survivre sans l'image, même en en conservant les meilleurs morceaux).

Je compte pour cela sur les ciné-concerts (où, certes, les dialogues et bruitages vont concurrencer pour partie la musique), et il se trouve que la Philharmonie me fait la saison prochaine la grâce (par mon chouchou l'ONDIF, de surcroît !) de programmer quatre journées de la saga (IV,V,VI,VII). Que j'ai hâte de pouvoir contempler dans leur entièreté, donc.

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d) Vieilles références

Bien sûr, John Williams, lui-même chef très compétent, demeure très fréquentable dans ses œuvres (ici, le thème de Rey par le Symphonique de Seattle, qui ne m'avait jamais frappé par son caractère si capiteux !), en particulier dans les originaux avec le LSO. On peut en particulier y savourer le timbre inimitable du cor de David Cripps, vraiment différent de ceux qu'on entend d'ordinaire, que ce soit chez les anciens ou chez les modernes.




finley windu
As powerful as Master Findu.



3. Star Wars sur sol

J'ai conscience que Williams n'a pas toujours bonne réputation auprès des mélomanes classiques ; pourtant, c'est un formidable terrain de jeu pour tous les wagnéro-straussiens, on y trouvera le même genre d'amusette.

Il a bien sûr été question de Star Wars sur CSS à de multiples reprises, sur le plan musical. Notamment autour de ses adaptations, comme ces incroyables compositions pour deux pianos à partir du matériau de Williams, ou ces réjouissants pot-pourris pour piano en costumes.

Et, bien sûr, l'hilarant hommage choral de Moosebutter (citations de répliques de Star Wars sur des musiques de Williams dont aucune n'est Star Wars), qui a été très populaire chez les chœurs américains pendant quelques années.

En attendant les nouveautés du prochain volet (il y en a toujours un prochain pas loin, forcément).

Notez bien que les illustrations sont réalisées sans trucage : simple cadrage sans aucune retouche.

mercredi 4 avril 2018

Avril périls fertiles


(Me voilà prêt à écrire un livret de Wagner – ou un titre de Boulez.)

Comme naguère, vous trouverez ici le planning PDF où apparaissent tous les dates et lieux sélectionnés, quantité de petits concerts (ou au contraire de concerts très en vue) dont je ne parle pas ci-dessous.

N'hésitez pas à réclamer plus ample information si les abréviations (tirées de mon planning personnel, destiné au maximum de compacité) ou les détails vous manquent.
(Les horaires indiqués le sont parfois par défaut par le logiciel, vérifiez toujours !)



0. Rétroviseur

Auparavant, les impressions de mars, cliquez pour lire les impressions succinctes sur les œuvres et les interprètes :

►#68 L'Amour africain de Paladilhe. Première mondiale, une Ariadne à la française autour du personnage d'un vieux Prix de Rome déprimé, farci d'ensembles facétieux. Notule complète.
►#69 Le défi (relevé) de My Fair Lady de Loewe par la Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique.
►#70 Pelléas, la pièce de Maeterlinck.
►#71 La Symphonie de Franck et Mahler n°1 sur instruments anciens français et viennois.
►#72 La Symphonie Fantastique dans les murs (égyptiens) de sa création !
►#73 La Princesse légère de Violeta Cruz, un problème d'étiquetage.
►#74 Ives et Mendelssohn (n°3) au CNSM.
►#75 Programme Schumann du LSO et Gardiner.
►#76 Rikako Watanabe, Improvisations sur de vieux poèmes japonais. Par le remarquable pianiste Tsubasa Tatsuno, également inspiré dans les Études de Debussy.
►#77 Suite algérienne de Saint-Saëns, Symphonie afro-américaine de Still, Passacaille de Tan Dun… par les étudiants de la Sorbonne.
►#78 La Messe de Bernstein, un dépaysement.
►#79 Das Rheingold par le Mariinsky. Quels chanteurs miraculeux…
►#80 Die Walküre par le Mariinsky (déjà abordé certains détails de l'œuvre à cette occasion dans la dernière notule)
►#81 Schumann 1 et le Divertimento de Bernstein par la Radio Bavaroise et Jansons (pas vraiment impressionné, étrangement).
►#82 Tchaïkovski 2 & 4 ébouriffants par l'Orchestre de l'Opéra.
►#83 Lauréats de la Fondation de France (et présentation du compositeur Eugène Bozza, Prix de Rome).
►#84 Mahler 4 par Hengelbrock.
►#85 Classe de direction de chant (opéra français XIXe, ici), d'Erika Guiomar, toujours un grand moment. Pas encore commenté en détail, c'est en cours.
►#86 Auber, Le Domino noir (Hecq-Davin)

Et quelques déambulations illustrées :
☼ balade de printemps, de Luzarches à la Malmaison (en cours de narration).



00. Manqué !

En raison de l'expiration de mon Pass UbiQui'T, je n'ai pu tout voir, tout entendre. Voici, à titre purement indicatif, quelques autres soirées qui ont attiré mon attention, à titre de curiosité.

Opéra / ballet
● Gluck, Orphée et Eurydice traduit en allemand (version Bausch, avec Hengelbrock et son ensemble).

Musique chorale ou sacrée
● Leçons de Ténèbres de Couperin à l'Oratoire du Louvre (Les Ombres, avec un duo plus équilibré que dans leur disque : Warnier, Margouët). Mais comme du fond on n'y voit rien (et que c'est cher sinon), j'ai dû m'en passer.
● Chœurs français de Paladilhe à Ravel par le Palais-Royal.
● Chœurs russes par le COSU (notamment Schnittke !).

Musique symphonique
● Musiques de plein air de Haendel par les Folies Françoises.
● Schumann n°2, Hindemith Kammermusik n°4, OP-Harding.
● Intégrale Brahms par Brême et P. Järvi au TCE.
● Sibelius n°3 par l'OPRF.
● Copland, Barber, Bernstein, Márquez, J. Williams pour cuivres aux Invalides.
● Weinberg n°4 par le Philharmonique de Varsovie et Kaspszyk (!), à la Seine Musicale. (Ça s'est contre toute attente trop bien vendu, il ne restait plus de places abordables… La Quatrième n'est certes pas la meilleure de Vainberg, loin s'en faut, mais tout de même, entendre cet orchestre en vrai dans un répertoire aussi spécialisé !)

Musique de chambre
● Récital à deux clavecins, dont du Couperin (Cuiller), à Soubise. Gratuit en plus.
● Intégrale du violon solo de Bach par K.W. Chung au TCE (annulé).
● Quatuors avec piano de Schumann et Chausson au CNSM (et étudiants de Manchester).
● Anniversaire Debussy au Ministère de la Culture.
● Trio et soprano : Wagner, Debussy, L. Boulanger, au Musée d'Orsay.
● Debussy et Durosoir pour violoncelle et harpe, CNSAD.

Airs de cour, lieder & mélodies
● Monteverdi par Desandre et Dunford, salle Cortot.
● Purcell accompagné par Achten au Théâtre Grévin.
● Purcell et Haendel par Zaïcik et le Taylor Consort.
● Lieder de Spohr avec clarinette et piano (et Cécile Achille !) au CNSM.
● Mélodies symphoniques françaises (dont du Théodore Dubois) par Piau et Chauvin à la Seine Musicale, là encore hors de prix sur les places restantes.
● Soldats musiciens (classe d'Anne Le Bozec et étudiants du Conservatoire de Manchester).
● LeMarois, musique de chambre de Franck, Chausson, Debussy, M. Emmanuel, Rochberg.

Ciné-concert
● Muets de la Première guerre accompagnés par des étudiants du CNSM

Masterclasses
● Quatuor Modigliani au CNSM.
● Gary Hoffman au CNSM.

Théâtre
● Lecture d'Empereur et Galiléen d'Ibsen au Théâtre du Nord-Ouest.



À présent, la prospective.

J'attire en particulier votre attention sur quelques perles.

(En rouge, les œuvres rarement données – et intéressantes !)
(En bleu, les interprètes à qui je ferais confiance, indépendamment du seul programme.)



A. Opéras & cantates

Gluck, Orphée & Eurydice(version de Paris traduite en allemand – apparemment version de Paris avec orchestration Berlioz aussi, les indications que je lis ne sont pas toutes cohérentes). Si jamais vous n'avez pas attentivement regardé la saison de ballet (version Pina Bausch), vous êtes peut-être passé à côté d'une version de cet opéra avec, selon les dates, Wesseling et Hengelbrock (avec son ensemble radical sur instruments anciens et non avec l'Orchestre de l'Opéra). Les extraits entendus, en revanche (série de 2014, mêmes Orphée & Eurydice, même orchestre, même chef), ne paraissent vraiment pas très tendus – plutôt le côté étique du son du Balthasar-Neumann Ensemble, et une distanciation liée au dispositif du ballet, qui semblent l'emporter en fin de compte.

Auber, Le Domino noir. Une de ses œuvres les plus célèbres – possiblement parce qu'une des plus accessibles au disque, le studio Bonynge avait été largement distribué –, et incontestablement parmi les bons Auber, une intrigue vive, une musique toujours agréable et élégante. Ce n'est pas délirant comme Les Diamants de la Couronne, ni enjôleur comme Haÿdée, cependant on demeure dans cet esprit français de quiproquos charmants. Nettement plus dense musicalement que La Muette de Portici (malgré son ambition, et son importance historique), ou que Fra Diavolo. À partir du 26 à Favart – splendide plateau, comme c'est devenu la règle dans cette maison. Jusqu'au 5.

Berlioz, Benvenuto Cellini. Le seul opéra un peu normal de Berlioz, et pourvu de fulgurances incroyables pour autant, surtout dans sa version avec récitatifs. Quels ensembles virtuoses !  L'accueil de la production Gilliam a été moins unanime à Paris qu'à Londres, mais c'est un très beau plateau, et apparemment une scène assez vivante (que ce soit trop ou bien a été sujet à débat). Je ne vais qu'à la dernière, pour que l'Orchestre de l'Opéra commence à jouer de façon un peu intéressante, donc ne m'attendez pas pour vous décider… Jusqu'au 14.

Lehár, Die lustige Witwe. Spectacle donné dans le cadre des cours de pratique scénique d'Emmanuelle Cordoliani au CNSM (accompagnement au piano par de remarquables chefs de chant), en général très féconds et agréables à voir. Sans moyens, souvent tout à fait captivant – ce qui n'est pas toujours le cas des productions dispendieuses où les vedettes de la mise en scène font joujou avec leur dispositif au lieu de s'occuper des acteurs et du texte. Et bien chanté. Et gratuit. (Les 12 et 13.)

Rabaud, Mârouf, Savetier du Caire. Une fantaisie picaresque orientalisante, un Peer Gynt des sables, dans une musique elle aussi luxuriante, hardie, assez indéfinissable, étrange sans être dépourvue de familiarité… Reprise, dans une distribution similaire, de la production qui avait été un grand succès de l'Opéra-Comique nouvelle manière (mais y a-t-il eu autre chose que de grandes réussites, dernièrement dans cette maison ?).

Atelier lyrique de Vincent Vittoz au CNSM les 5 et 6. Spectacle complet de forme variée, où le chant et le jeu sont sollicités, accompagnement au piano. Je n'ai pas encore pu obtenir le détail, mais j'ai réservé la date, toujours stimulant… Gratuit.
Mise à jour, voici. Inspiré de tableaux (dont la Nuit étoilée et la Grande Jatte), 8 petits récitals incluant Haendel, Mozart, Schubert, Loewe, Wagner, Massenet, Offenbach, Puccini, Berg, L. Aubert, Respighi, Barbara, Kosma, Messiaen, Berio, Sondheim, C.-M. Schoenberg… et Sardou (non, pas le dramaturge) !



B. Musique chorale

Motets de la famille Bach et de Kuhnau (le 3). Le meilleur de la production sacrée de Bach, riche en tuilages, mais aussi en mots et en émotions, moins formel que d'autres partitions… celle de ses ascendants et contemporains est de la même farine, vraiment réjouissante.

Mendelssohn, Elias, comme la saison passée à la Philharmonie et sur instruments anciens, cette fois avec le très capiteux Freiburger Barockorchester et Pablo Heras-Casado, qui avaient totalement renouvelé le spectre sonore des symphonies. Avec le RIAS-Kammerchor, Sophie Karthäuser, Matthias Goerne… voilà qui promet !

Clémence de Grandval, Stabat Mater. Compositrice prolifique, autrice de plusieurs opéras (dont un Mazeppa !), elle a consacré sa vie d'épouse de la bonne société à la composition. Élève de Saint-Saëns (et brièvement de Chopin pour le piano…), elle est même tardivement lauréate de plusieurs prix de composition (ce qui, en 1880 et 1890, n'est pas rien pour une femme). La Compagnie de L'Oiseleur redonne son Stabat Mater (en le chantant à un par partie avec accompagnement d'orgue, miam), après une première audition il y a quelques mois. Je n'ai pas été ébloui à la lecture de la partition, mais je leur fais confiance pour bien la servir, et pour avoir perçu des beautés simples qui m'auraient échappé – car ce n'est pas un discours hypermodulant, pour sûr, on se situe vraiment dans la veine majoritaire du style français du second XIXe, un peu lisse.

Jeunes chœurs (aguerris) de l'Orfeón Donostiarra et de l'Orchestre de Paris dans un programme essentiellement basque (mais pas de chants traditionnels), le 8.



C. Musique symphonique

La Symphonie en mi de Rott (car il en existe une autre, en la bémol, bonne mais senseiblement moins marquante), une merveille dont il a souvent été question dans ces pages (et une des œuvres les plus jubilatoires du répertoire, pour qui aime le formalisme de Brahms-Bruckner-Mahler), par Constantin Trinks, qui vient d'en enregistrer une bonne version.
Couplé astucieusement avec la Totentanz et le Premier Concerto de Liszt par Berezovsky pour assurer le remplissage. Tant que ça me permet d'avoir du Rott programmé, je marche – même si je n'aurais pas rechigné, à entendre le Quatuor en première partie (ou une petite suite de Klami…). Le 13.

Suite de Ballet de Reger, Sérénade de Glazounov, Second concerto pour violon de Chostakovitch, par l'excellent ensemble orchestral (qu'il faudra bien baptiser un jour !) d'Éric van Lauwe. À Saint-Joseph-Artisan, le 21. Libre participation.

Maiblumen blühten überall, courte mélodie (ineffable) pour sextuor et soprano, puis la Symphonie Lyrique, de Zemlinsky (une œuvre à laquelle je tâche activement de me convertir, assez convaincu en orchestration de chambre, à rester cette fois grandeur nature), avec Aga Mikolaj (une gloire du chant slave, impressionnants moyens et grande générosité) et Christopher Maltman.

Concerto pour violoncelle n°1 de Martinů (Sol Gabetta, OPRF, Franck). Une petite merveille aux accents américains, mais très différent de Dvořák évidemment, plus expérimental, presque néo- par endroit. Peu souvent donné et très beau (il n'y a pas tant de concertos pour violoncelle pas lourds-pateux, finalement). Couplé avec les Pins de Rome et les plus rares (et roboratives) Fontaines de Rome de Respighi, dans une veine moins élégante – mais paraît-il assez spectaculaire en salle. Le 6.

♦ Au sein d'un programme de tubes absolus, un extrait de Qsar Ghilâne de Florentz, un monument de chatoyance. Par les Lamoureux et Deroyer, en espérant que ce soit la minutie (pas très exubérante) de Deroyer qui prenne le pas sur la somnolence des Lamoureux devant le public du dimanche après-midi…



D. Musique solo et chambriste

Duo de guitares : Couperin, Scarlatti, Haydn (Op.2 n°2), Sor, Granados, Castelnuovo-Tedesco. La guitare polyphonique (et a fortiori à deux) est l'une des plus belles choses qui soient. Le 11.

6 Sonates pour clavecin de C.P.E. Bach, le 25. Gratuit.

Un quintette avec hautbois de Kreutzer et une pièce violon-piano de Baillot (avec Mozart et Beethoven), mais dans la cathédrale des Invalides, annonçait la brochure de début de saison (on ne devrait à peu près rien entendre). À vérifier, le 13.

♦ Le violoncelle français par Raphaël Pidoux : Duport, Franchomme, Bréval… pour une somme très modique, mais c'est le midi (le 13).

Trios de Beethoven arrangés pour alto, violoncelle et piano. Voilà qui doit donner du grain !  Le 9.

Arrangements de lieder par Liszt, pour piano solo : mélodies de Chopin, lieder de Schumann, Parsifal… et les 12 Études. Bertrand Chamayou, le 6.

Orgue : Mendelssohn (Sonate n°6), Peeters, Guillou, choral de Bach à Saint-Louis-en-l'Île.Le 8. (Gratuit, je crois.)

Till l'Espiègle de Strauss réduit pour quintette à vent (et l'Octuor de Schubert). Le 23, Bouffes-du-Nord.

♦ Œuvres pour ensemble de violoncelles : Second chant de Nyandura de Florentz, Bachianas 1 & 5 de Villa-Lobos, le classique Messagesquisse de Boulez, et une création de Nicolas Charron, à l'Amphi Bastille, le 16.

24 Préludes pour violon solo de Weinberg, et du Pärt, de Pelécsis, du Čiurlionis, et 5 pièces de Pushkarev qui accompagne au vibraphone Gidon Kremer. Désormais trop cher pour moi au Musée d'Orsay (40€ pour un concert de musique de chambre), mais programme aventureux très intriguant (d'autant que j'aime bien Vainberg et Čiurlionis).

Œuvres de Nguyen Thien Dao jouées en hommage à la Médiathèque du CNSM. Gratuit.



E. Lieder, mélodies & airs de cour

Monteverdi, Rovetta et Cavallli avec accompagnement de guitare baroque… et Zachary Wilder (ténor spécialiste passé par le Jardin des Voix, doté d'une très belle projection), le 9.

Musiques jésuites baroques latino-américaines par Kusa, Mancini et Egüez. Bárbara Kusa excelle dans ce exercice d'airs baroques aux confins du populaire, avec une technique lyrique qu'elle coule très avisément dans les autres styles. Le 4.

Airs et cantates de LULLY (Ballet royal de la Raillerie, Grotte de Versailles, Bourgeois gentilhomme, Atys), Jacquet de la Guerre, Mouret, Steffani, Caldara, Vinci… par Cécile Madelin et Paul-Antoine Bénos, deux des tout meilleurs truchements du répertoire baroque français. Le 28.

Mélodies françaises de Berlioz, Fauré, Chausson, Debussy, Hahn (dont rare Charles d'Orléans), Séverac, par Léa Desandre. Petit volume et bonne diction faits pour ce répertoire. Le 26.

Mélodies françaises célèbres, accompagnées par le piano, la flûte et le violoncelle dans diverses configurations. Beaucoup de tubes à mon gré (il a fallu acheter ça à l'aveugle), et de pièces instrumentales dont la plus-value me paraît discutable dans ce contexte (Isle joyeuse, Clair de lune piano-flûte, Gnossienne 1, Sicilienne et Élégie de Fauré en flûte/violoncelle-piano). Néanmoins, le plaisir d'entendre Anne-Catherine Gillet dans l'exercice de la mélodie me convaincra peut-être d'aller entendre ces standards (Invitation au voyage, Berceaux, Après un rêve, Heure exquise, Je te veux, Les Chemins de l'amour… à part un Massenet, un Saint-Saëns et un Dell'Acqua, rien que du très célèbre). Le 26

Lieder de Pfitzner, Wesendonck-Lieder pour baryton, par Matthias Goerne. (Et puis du Wolf et du Strauss.)  Le 22.

Canciones, notamment de Granados, par Adriana González, grande curieuse de la mélodie (et ancienne de l'Atelier Lyrique de l'Opéra). Une bonne voix par ailleurs. Le 12.

Mélodies de Čiurlionis, Tormis, Pärt et mélodies françaises, alternant avec des contes Baltes (Anne Baquet et Isabelle Grandet). Le 14.




F. Autres répertoires

♦ Nuit de l'oûd à la Cité de la Musique, du 6 au 7.



G. Pour le plaisir de retrouver quelques chouchous

♦ Trio Sōra dans Haydn 43 et Schubert 2, au Château d'Écouen. Gratuit mais déjà complet depuis un moment.

♦ Stanislas de Barbeyrac à l'Éléphant-Paname. (C'est cher, mais on vous offre la coupe de champagne. Bon.) Je ne disposais pas du programme, mais il vient d'en donner un superbe à l'Athénée (Nuits d'été et Ferne Geliebte).

♦ Paavo Järvi dans une intégrale Brahms au TCE, sans doute plutôt allégée, avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen. (Les 4 & 5.)



H. Cours publics et masterclasses

♦ L'immense violoncelliste Gary Hoffman au CNSM de 10h à 17h30 les 3 et 4. Gratuit.





I. Théâtre

Phèdre de Sénèque à partir du 29 avril, au Studio de la Comédie-Française (galerie du Carrousel du Louvre). Malgré l'horaire difficile (18h30), c'est déjà complet depuis longtemps sur toutes les dates.

Shakespeare, As You Like It jusqu'au 13 avril à Malakoff (en français).

Faust de Goethe au Vieux-Colombier à partir du 21. Pas vérifié quel état du texte, ni quelle traduction.

Hugo, Mille francs de récompense, tiré du théâtre en prose et « en liberté ». Pas là qu'on trouve le plus grand Hugo, mais il demeure toujours de solides charpentes, même dans les plus légères. À la Cartoucherie, jusqu'au 8.

L'intégrale Ibsen au Théâtre du Nord-Ouest (TNO sur le calendrier), de maintenant jusqu'à juin ! Certaines pièces sont simplement lues (par une ou deux personnes, selon les cas), mais beaucoup de très rares sur les scènes françaises sont représentées, notamment en ce mois d'avril Brand, La Ligue des Jeunes, Un ennemi du peuple… Téléchargez le calendrier de l'alternance sur leur site pour vérifier.
♦♦ J'avertis tout de même sur les conditions, que vous ne soyez pas surpris comme je l'ai été : très petits moyens (quasiment pas de décors ni d'accessoires), textes débités rapidement (une séance à 19h et une à 20h45, dans la même salle !), en général des coupures. Et surtout, des conditions sanitaires délicates : tenace odeur de tabac froid incrustée, ménage fait tous les six mois (ce n'est pas une image, on a demandé…), donc il peut y avoir, en soulevant les décors, de très importantes quantités de poussières dans l'air (suivant la date du dernier ménage). En principe, ils le font au début de chaque nouvelle série, ce doit donc être le bon moment pour y aller !
♦♦ Le TNO se décrit lui-même comme un phalanstère (qui doit plus coûter que rapporter !), il faut le voir comme une volonté militante de mettre en valeur un auteur dans son entièreté, pas en attendre la plus grande expérience de théâtre de votre vie.

Wedekind, L'Éveil du Printemps, une pièce pleine de sève, à la Comédie-Française à partir du 14.

Adaptation de Kristin Lavrandsdatter de Sigrid Undset (au TNO) – un roman à l'origine ; au Moyen-Âge, une femme déchirée entre sa liberté et sa religion.

Ménagerie de verre de Tennessee Williams au T2G (Gennevilliers), jusqu'au 2. Et à Saint-Quentin-en-Yvelines le 7. (On m'a dit que c'était bien.)



J. Expositions

Ultima Thulé, photographies du Groenland à la Maison du Danemark sur les Champs-Élysées. Gratuit, je crois.

♦ Je ne fais pas la liste de ce qui passe au Louvre, à Guimet et dans les autres grandes maisons, Exponaute le fait très bien, et aprèsle renouvellement de printemps, je n'ai encore vu à peu près aucune des nouvelles.



K. Biz & bicrave

Toutes l'année, suite à des ajustements d'emploi du temps (et quelquefois simplement pour aller à un autre concert !) je revends des places, bien placées, pas chères.

Par ici.

(En ce moment, Ives 4, Zemlinsky Lyrique, Parsifal…)



Bon défis d'avril !

jeudi 29 mars 2018

Un instant de triolisme wagnérien


L'horrible Richard Wagner

Après avoir vu Rheingold et Walküre par le Mariinsky ce week-end, et plutôt que de commenter un concert où tout le monde n'était pas, et de distribuer les bons points (c'était excellent de toute façon), l'envie d'en tirer un moment parmi d'autres, moins spectaculaire que les grands numéros de bravoure.

En effet chez Wagner, l'intérêt est presque toujours inversement proportionnel au spectaculaire et à l'évidence mélodique. Ses plus grandes beautés se dérobent dans les recoins des transitions qui nous ont paru de laborieux remplissages pendant tant d'écoutes… tandis que les fanfares pétaradantes, certes très sympathiques (je demeure assez inconditionnel de la Marche funèbre, je l'avoue), se livrent dès la première écoute et n'apportent pas nécessairement beaucoup de nouveaux plaisirs au fil des réitérations.

C'est pourquoi Wagner est à ce point une musique de mélomanes en général avertis et acharnés, les gars capables d'écouter trente-huit fois chaque version du même opéra, ou de prendre cinq avions en trois jours pour se constituer un Ring sur un week-end à travers les concerts donnés en Europe. Contrairement à Mozart qui peut vous ravir dès la première écoute (quand bien même il recèle des merveilles bien plus discrètes), ou à la plupart des autres compositeurs, qui ont tous écrit de la musique faite pour être écoutée, Wagner a conçu une musique conçue pour être défrichée, explorée, lue, jouée, redécouverte, vécue, patiemment dévoilée dans une sorte d'initiation permanente, qui converge assez bien avec le rituel religieux vendu par ses zélateurs (et Bayreuth).

C'est pourquoi, également, il est toujours si délicat de parler de Wagner aux (vrais) gens extérieurs à la Secte – au mieux, on voit le sourcil se lever (musique ésotérique de no-life), au pire on est accueilli par un vague dégoût (après tout, n'était-il pas l'ami intime de Hitler ?), et, plus embarrassant encore, comment expliquer à ceux qui aiment bien les extraits et ouvertures, que c'est un peu pourri la Chevauchée (sauf au second degré, comme c'est d'ailleurs prévu dans le flux de l'opéra, avec les chevaux épiques en train de saillir les juments sur un rythme de sicilienne…), et que l'intérêt de Wagner est justement dans le détail délicat, rien à voir avec la fanfare et le sentiment de puissance ?

Je crois que ça ne m'est pas très sympathique, cette conception d'une musique qui exclut plus qu'elle ne rassemble (considérant que le classique et l'opéra ne sont déjà pas précisément de la musique de masse…), réservée à une sorte d'élite qui maîtrise l'allemand, un minimum de mythologie, de philosophie, de notions d'harmonie et de contrepoint, une oreille un peu affinée… Il n'empêche que, lorqu'on est pris au jeu, c'est un territoire de découverte absolument sans pareil.
[Richard Strauss a cela dit poussé le jeu encore plus loin, même dans des œuvres qui peuvent paraître plus inoffensives comme Arabella, creusets de motifs combinés vertigineux dont il faudra parler à l'occasion.]



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Catherine Foster, Wolfgang Koch. Festival de Bayreuth 2014, Kirill Petrenko.
http://operacritiques.free.fr/css/images/walkuere_hautbois_cor-anglais_renonciation.png



Un instant

Celui-ci, quoique délicat est discret, est particulièrement prégnant en salle, et encore plus en concert, tandis que l'orchestre est quasiment totalement silencieux.

Les Walkyries viennent d'être congédiées, Brünnhilde vient d'entendre l'arrêt de son bannissement, elle tente de s'expliquer.

Victor Wilder le formule ainsi, encore mieux que Wagner lui-même :
Ai-je à ce point mérité qu'on me blâme
Et qu'on m'inflige un pareil châtiment ?
Suis-je, à tes yeux, une indigne, une infâme,
Qu'on me punît d'un supplice infamant ?
Ai-je commis une telle bassesse
Que sans pitié on me jette si bas ?
Ô parle, père ! Vois ma détresse,
Sans m'écouter ne me repousse pas ;
Dis-moi du moins par quelle indigne offense
Par quel forfait rempli d'horreur
Ta fille, hélas ! a perdu ta faveur ?

Et Alfred Ernst, sans changer les rythmes et sans rimes, moins poétique mais plus exact :
Si grande honte ai-je commis,
Que sur mon crime la honte tombe ainsi
Fus-je si basse, dans mon forfait,
Que jusque là tu m'abaisses ainsi ?
Ai-je à l'honneur manqué tellement,
Que tu me prennes l'honneur à jamais ?
Oh dis, Père ! Voix dans mon âme :
Calme ta fureur, dompte ta rage
Et montre-moi clair l'obscur forfait,
Qui contraint ton cœur en courroux
À maudire l'enfant le plus cher !

(On y retrouve plus clairement le ressassement simili-médiéval wagnérien.)

--

Le détail dont je voulais brièvement parler débute aux paroles en gras (partition et son ci-dessus) : moment suffocant où le hautbois et le cor anglais, quasiment seuls (discrets tapis de clarinettes, clarinette basse et basson), se livrent bataille de tuilages, dans la même tessiture (inhabituellement haute pour le cor anglais), sur un motif dérivé de la détresse et colère de Wotan, figurant dans cette scène la détresse et déréliction de Brünnhilde. Les deux timbres se mélangent en canon sur la même mélodie, avec leurs deux timbres parents et dissemblables, tandis que Brünnhilde entonne elle aussi (en un décalage syncopé) un motif lié à la renonciation, cette descente sur un accord diminué (do la fa# ré#).

Cette superposition très sophistiquée mais à nu, au milieu d'un orchestre qui se tait, c'est à la fois la beauté pure d'une mélodie et le vertige de sa saturation – malgré le tout petit effectif.

On touche là à cette essence wagnérienne discrète et ultime, de ces fulgurances qu'on ne retrouve guère avant le dernier acte de Parsifal

mercredi 28 mars 2018

Versailles 2018-2019 : le triomphe de la scène


J'avais théorisé (enfin, non, simplement constaté, mais théorisé donne tellement plus l'impression que j'ai travaillé dur…) la saison dernière l'abandon progressif du répertoire spécifique et l'entrée dans une conception plus luxueuse et moins liée au lieu. La maison s'était un peu récriée, parlant de trajectoire en cours ; la prévision de l'an prochain semble en effet équilibrer les choses.

La pré-saison vient d'être publiée, vous pouvez consulter les titres, les metteurs en scène et les chefs.

Le CMBV semble disposer de toujours moins de visibilité, peu d'opéras sont donnés sous son égide (et en plus, c'est en partenariat avec Bru Zane, comme Tarare). Il n'y aura même, pour la première fois en plus de dix ans, aucun LULLY cette année en Île-de-France, hors la révision d'Armide, son opéra le plus souvent donné, par Francœur dans les années 1770 (donc partiellement de LULLY).

En revanche, beaucoup d'opéras en version scénique, le lieu devient de moins en moins le support de concerts et de plus en plus un lieu de théâtre vivant, ce qui fait plaisir (même si, concrètement pour les amateurs de musique baroque française, cela signifie d'abord une augmentation significative des coûts !).

Côtés raretés appétissantes :
Issé, Pastorale à grand succès de Destouches, sur un livret de La Motte.
La Divisione del Mondo de Legrenzi (Rousset, Mijnssen – qui mit en scène l'Orfeo de Rossi). Legrenzi est la figure la plus inventive de l'opéra italien entre Monteverdi et Verdi ; situé aux commencements du seria, il gagne en virtuosité mais conserve la liberté formelle et le sens du texte du premier XVIIe… Un compositeur majeur de l'histoire de l'opéra italien, à mon sens.
Les Arts florissants de Charpentier (Jarry, dans la Cour de Marbre).
¶ et bien sûr Tarare de Salieri (par les Talens Lyriques, donné aussi à la Cité de la Musique), qui dispose de sa propre série sur CSS. Le seul livret d'opéra directement écrit par Beaumarchais, sur une musique de structure assez continue, et d'une assez haute inspiration. (Le meilleur opéra français du second XVIIIe, à mon gré.)  Écrit l'année de Don Giovanni, son livret a été rectifié au gré des changements de régime : Monarchie constitutionnelle, Convention, Directoire, Consulat, Empire, Restauration !

Il y aura aussi une Damnation de Faust de Berlioz franchement exaltante : Antonacci, Courjal, Les Siècles, Roth !  Sur instruments anciens, donc, et avec la meilleure hauteur de vue musicale possible. Le (très bon) ténor Bryan Register n'a pas tout à fait le même degré d'excellence et de singularité (la voix, très américaine, semble de peu d'impact en retransmission, conservée plutôt à l'intérieur du corps apparemment, mais on a des surprises, je peux me tromper), mais l'ensemble demeure extrêmement appétissant.

Au moins trois redécouvertes importantes, et une programmation scénique et vivante très alléchante. Il faut voir si les prix ne flambent pas, mais cela rend curieux sur la suite de l'évolution.

L'Opéra sans subventions


L'Opéra de Massy vient de sortir sa saison, pas inintéressante comme à l'habitude, avec, régulièrement, des titres du répertoire français défendus par la fine fleur des chanteurs français d'aujourd'hui qui peinent, pour de mauvaises raisons, à accéder aux grandes scènes.

Cette fois-ci, c'est Samson et Dalila importé de Metz, avec les mêmes chanteurs assez grisants (Kamenica, Furlan, Duhamel) et l'ONDIF, l'occasion d'entendre, ce n'est pas tous les jours, cet opéra servi en style.

Et puis on regarde les prix. En abonnement, les places au fond du théâtre, c'est 79€… Bon, bon.

On est tenté de crier au scandale, et puis on voit le tableau complet : l'Opéra est la danseuse de son maire, seule maison d'Opéra attachée à une ville d'Île-de-France, hors Paris (le cas de Versailles est un peu particulier, c'est une programmation plus occasionnelle, intégrée au château-musée). Ce n'est que la troisième ville, en population, de l'Essonne (après Évry et Corbeil), et cette inauguration d'autorité la prive sans doute de l'accès aux subventions qu'on les autres maisons de grandes villes. Avec ses moins de 50.000 habitants, la ville n'atteint pas la même masse critique que les préfectures et chefs-lieux de région qui accueillent en général les maisons régionales (Rennes, Metz, Besançon, Reims tournent plutôt autour de 200.000 habitants).

Aussi, Massy est sans doute l'un des rares lieux, en France, où le prix du billet reflète réellement les coûts de production du spectacle vivant.

Il n'empêche que, considérant l'offre parisienne voisine, on peut aller voir à la fois plus prestigieux et moins cher, ou en tout cas se choisir très exactement ce que l'on veut, sans avoir à y mettre ce prix. (Au demeurant, l'acoustique et la visibilité sont excellentes de partout dans cette salle moderne de taille moyenne, je l'admets complètement.)

Quand la dure réalité économique rend une scène secondaire, déjà en déficit de notoriété et de prestige (sans parler du fait que l'architecture générale de la ville n'incite pas exactement à la flânerie touristique pré-concert), plus chère pour le spectateur qu'une soirée à l'Opéra de Versailles, même en ne prenant pas les catégories basses…

Il y a pourtant de fort jolies choses, dont certaines moins chères : le jubilatoire Into the Woods de Sondheim, des Noces de Figaro avec des artistes français de très grande valeur (Fa, Despaux, Pancrazi, Seguin, Saint Martin, Lécroart… !), Amadigi di Gaula de Haendel (Correas), Phi-Phi de Christiné (pas un chef-d'œuvre du tout, mais une amusante bouffonnerie hellénistante – Phi-Phi, c'est Phidias – avec de légers numéros marqués par l'influence du jazz de divertissement), un Te Deum de Charpentier par le Concert Spirituel…

Un support à méditation, en tout état de cause.

vendredi 23 mars 2018

Claude DEBUSSY, auteur de 12 opéras — VI — Diane au bois de Théodore de Banville (et les coffrets-anniversaire)


1. Offre nouvelle

Je comptais en parler seulement à la fin du parcours, car c'était la seule œuvre lyrique d'assez longue durée – une demi-heure – du catalogue de Debussy (avec Le Diable dans le Beffroi composé assez étrangement par Robert Orledge en incluant les esquisses de Debussy, depuis également paru en disque), qui ne fût pas encore publiée officiellement.

Parmi le grand nombre de projets d'opéra, c'est après Rodrigue et Chimène et La Chute de la Maison Usher ce qui nous reste de plus élaboré de sa main. Le reste, ce sont deux pages pour Le Diable dans le Beffroi, des musiques de scène, et surtout des esquisses de livrets avec des partenaires divers : un Bouddha et un Orphée tribal avec Segalen, plein de projets avec Louÿs (Cendrelune, Ariane, Psyché, la Reine des Aulnes, Œdipe, Faust !) un Huon et un Chat botté avec Mourey, un Tristan d'après Bédier, notamment.

Or j'avais pu en écouter une bande, donnée dans un petit concert universitaire américain. Je comptais en toucher un mot et en faire entendre quelque chose.

Mais grand nouvelle, Warner, peut-être pour compléter son archi-intégrale Debussy (qui inclut Rodrigue & Chimène, les travaux du Prix de Rome, les versions pour piano de La Mer, Lear et autres œuvres orchestrées !), a publié en janvier un disque qui contient à la fois les parties de la Chute de la maison Usher achevées par Debussy (piano-chant, le reste ayant été reconstitué, extrapolé et orchestré magnifiquement par Robert Orledge) et les esquisses de Diane au bois, des fragments de duos pour piano et voix sur près de trente minutes, prévus pour une œuvre de nature comique qui n'a jamais abouti.

Le disque, immédiatement intégré dans l'intégrale, a aussi paru séparément. L'occasion de presser le moment de vous en parler (surtout si vous désirez investir dans un cube Debussy, considérant les prix avantageux).

Vous pouvez l'écouter intégralement, gratuitement et légalement ici.



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2. Banville et Debussy

Théodore de Banville est l'un des contemporains de Baudelaire restés célèbres, quoique plus guère lus que des spécialistes. Mais son nom est familier ; il était par ailleurs journaliste musical, goûtait la musique de Berlioz, fréquentait Gounod. C'est le poète dans lequel Debussy a baigné (il se promenait à seize ans avec un volume de ses poèmes sous le bras), et même après qu'il se fut tourné vers Verlaine et Mallarmé, il continuait de le citer régulièrement dans ses conversations privées.

Banville avait théorisé la vocation musicale de la poésie, sa potentialité de support pour une composition. Dans son Petit traité de poésie française (1872), on trouve ainsi : « Le vers est la parole humaine rythmée de façon à pouvoir être chantée, et, à proprement parler, il n'y a pas de poésie et vers en dehors du Chant. Tous les vers sont destinés à être chantés et n'existent qu'à cette condition. »  Il conseillait aussi Verlaine et Mallarmé en ce sens.

Banville est très présent dans les mélodies de jeunesse de Debussy (j'en ai compté quinze), dont la plus célèbre est probablement Nuit d'étoiles, où le style musical reste encore assez traditionnellement lyrique (malgré des audaces harmoniques déjà audibles).

Par ailleurs, avant même son Prix de Rome, Debussy se met successivement à trois projets d'opéra inspirés de comédies de Banville (au fil des notules, on en est arrivé à bien, bien plus que douze, vous aurez noté – et je n'ai pas du tout fini !).
→ D'abord Florise, en 1882, une comédie de 1870 où une actrice choisit son art plutôt que son bonheur personnel (ai-je lu : je n'ai pas eu le temps de la lire avant d'achever cette notule qui traîne déjà depuis janvier). Le peu de musique qui a dû être esquissé a été perdu.
→ Puis la même année Hymnis, une comédie lyrique de 1879 qui avait déjà sa musique de scène (de Jules Cressonnois). Trois numéros ont survécu (jamais enregistrés, les partitions dorment dans des collections privées uniquement), dont une « Ode bachique » pour deux voix et piano, tout cela dans le style de Massenet, précise Robert Orledge (ce qui paraît très logique, considérant le style de ses autres compositions d'alors) – et sans doute pas aussi capiteux que vi-vat Bacchus, sempe-er vi-iva-a-a-a-at.
→ Enfin Diane au bois.



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II,4.



3. Diane au bois

Debussy commence cette œuvre en 1883 tandis qu'il est encore élève d'Ernest Guiraud au Conservatoire, avant son Prix de Rome. Il la poursuit ensuite à la villa Médicis (jusqu'en 1886), sans jamais en faire un envoi, même fragmentaire ; sans jamais l'achever non plus, même s'il est certain, au vu de sa correspondance, qu'il en a composé plus long que ce que nous avons. Il avait pourtant formellement requis l'autorisation de Rochegrosse (le gendre que Banville, ce que je découvre à l'occasion), et manifestement fourni un assez respectable effort ; il était déjà conscient de choisir un texte inhabituel, qui requérait une nouvelle approche musicale. On est étonné, quand on connaît les postures fières du Debussy plus âgé, de lire (correspondance avec Vasnier) son désir de trouver sa voie à la façon de Wagner (en le présentant comme un modèle d'accomplissement qu'il serait ridicule d'essayer d'approcher, dans la forme comme dans la qualité), de trouver sa propre continuité, mais sans sacrifier, lui, le lyrisme à l'orchestre.

De fait, à l'écoute, on entend un héritier de Massenet, mais traité de façon beaucoup plus neuve que ses cantates, quelques miroitements typiques de son style (qu'on retrouve plus tard, sis sur une harmonie sans comparaison, dans La Mer), de beaux accords de quatre sons dans l'accompagnement ; et, aux voix, un élan mélodique plus simple, plus conforme à la norme du temps, un vrai duo romantique plutôt léger. On n'est peut-être pas si loin de Briséis de Chabrier, lyrisme vocal et sophistication discrète du matériau d'accompagnement.

Ce n'est pas le Debussy habituel, mais c'est déjà assurément personnel (et prometteur) – vous ne perdrez pas tout à fait votre temps en l'écoutant. Plus singulier en fin de compte que les cantates du Prix de Rome de Ravel (même si Alyssa est une merveille absolue) et, a fortiori, que celles de Debussy.

Debussy en a réalisé une particelle (partition orchestrée présentée de façon condensée sur quelques portées – le mot est inventé par Rameau et toujours employé en français pour short score), jamais exécutée à ma connaissance, seulement disponible dans une collection privée… tout ce que j'ai pu en lire, c'est qu'il y aurait un côté Berlioz dans ses accords très serrés du côté des basses (alors que  l'ordinaire est d'étendre le spectre).

Le sujet ?  Diane a chassé une nymphe pour avoir rompu ses vœux mais Éros, qui avait emprunté les traits du chasseur Hylas, fait de même pour Endymion… et Diane succombe à son tour. Tout cela dans une belle langue fermement versifiée, tout à fait directe et élégante. Debussy a mis en musique cette scène de l'acte II où Éros tend son second piège.



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4. Le disque et les coffrets

Warner n'a pas fait les choses à moitié : pour cette demi-heure de musique, ont été requis Natalie Pérez, Cyrille Dubois (et son français très franc, presque rugueux), Jean-Pierre Armengaud (auteur d'une très belle intégrale pour piano, très sobre et juste, chez Arts).

L'intégrale Warner pour laquelle ce disque, également disponible en séparé, a été enregistré, mérite précisément l'intérêt pour cette raison : outre que les interprétations y sont très bonnes (Martinon, Märkl, Ciccolini, Armengaud, Égorov, N. Lee, Baldwin, Ameling, Souzay), on y trouve surtout vraiment tout ce que le catalogue propose (Rodrigue & Chimène, les cantates et chœurs du Prix de Rome, la Première Suite, des orchestrations…), quitte à emprunter à d'autres maisons (Actes Sud pour le disque Roth).

Dans les coffrets des autres labels, constitués du corpus habituel, c'est sans doute Sony qui est le plus appétissant – Boulez, Tilson-Thomas, Crossley… mais je n'y ai pas regardé d'assez près. Le caractère exhaustif du coffret Warner le rend de toute façon incontournable, et les interprétations n'y sont pas vilaines. (Le coffret DGG me pose un gros problème avec l'intégrale des mélodies par Véronique Dietschy, peu de variété donc, et pas bien très chanté non plus.)



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Puisse votre soir, honorables lecteurs, se trouver illuminé par l'ardeur du charbon (propre).

mercredi 14 mars 2018

Les opéras rares cette saison dans le monde – #6 : slaves occidentaux et méridionaux


Précédents épisodes :
principe général du parcours ;
#1 programmation en langues russe, ukrainienne, tatare, géorgienne ;
#2 programmation en langues italienne et latine ;
#3 programmation en allemand ;
#4 programmation en français ;
#5 programmation en anglais.

À venir : celtiques & nordiques (irlandais, danois, bokmål, suédois, estonien), espagnols, et surtout une grosse notule sur les opéras contemporains intriguants, amusants (ou même réussis).



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Plaisante perspective de l'Opéra de Poznań, qui vient de programmer Nowowiejski.



1. Opéras slaves occidentaux : en polonais


Moniuszko, Straszny dwór (« Le Manoir hanté ») (Varsovie, Cracovie)
Moniuszko, Halka (Varsovie, Bydgoszcz)
→ Comme La Dame blanche, Le Manoir hanté (prononcez « strachné dvour ») a été un succès considérable dans la veine du fantastique comique (une mystification peu prise au sérieux), et demeure un grand classique des scènes polonaises.
→ Les deux opéras sont écrit dans un langage qui s'apparente beaucoup à ceux d'Europe occidentale, les opéras allemands légers (façon Martha de Flotow) et les opéras comiques français (beaucoup, beaucoup de convergences avec D.F.E. Auber !). Le livret du Manoir semble par ailleurs devoir beaucoup à l'influence d'Eugène Scribe, alors un modèle jusqu'en Russie.
→ Autant le Manoir me paraît assez pauvre, presque donizettien, autant Halka (sans dialogues parlés, entièrement composée), une histoire d'amour romantique et tragique assez ordinaire, dispose de beaux climats, d'une déclamation soignée, qui mérite réellement le détour – par la Pologne en l'occurrence, car si vous attendez de le voir passer au bas de votre porte…
→ Les disques existent, mais les livrets sont rarement fournis ; The Opera Platform avait diffusé une version vidéo (sous-titrée) du Manoir, si vous pouvez mettre la main dessus… Pour Halka, on trouve en ligne plusieurs versions, dont la belle Satanowski (avec Wiesław Ochman !).

Żeleński, Goplana (Varsovie)
→ Cet opéra dispose d'une entrée autonome sur CSS. Là aussi, diffusion sur The Opera Platform avec sous-titres français, qui a bien sûr se trouver quelque part.
Żeleński, de la génération suivante (né en 1837 contre 1819 pour Moniuszko), propose une musique globalement plus intéressante : le discours musical est continu, et à défaut de beaucoup moduler, l'accompagnement adopte un peu plus de variété.
Goplana (1895) raconte les manipulations des fées pour trouver un mari à leur gré, menaçant le pauvre navigateur ou manipulant le prince, à coups de sorts, de mensonges, de doubles amours, d'épreuves, de jalousies, de menaces. Cette tragédie terrible appuyée sur du vaudeville féerique (les contes slaves peuvent priser très fort le nawak) propose un véritable dépaysement, et la  musique continue, sans être très marquante, échappe à la fragmentation en numéros et coule très agréablement, le petit frisson folklorique (du sujet, mais aussi des danses) en sus.

Różycki, Eros i Psyche (Varsovie)
Cet opéra de de 1916 constitue un bijou d'aspect étonnant : on peut y entendre, sans aucun effet hétéroclite, l'influence de nombreux courants. On entend passer des tournures qui renvoient à Lalo (Le roi d'Ys), Massenet (Panurge), Debussy, Puccini (les moments comiques de Tosca), R. Strauss (grandes poussées lyriques, ou la fin quelque part entre Daphne, avec l'harmonie plus slave des chœurs patriotiques de Guerre et Paix de Prokofiev…). Tout cela dans une belle unité, un sens de la poussée, vraiment de la très belle musique, une synthèse de l'art européen.
→ Różycki a aussi écrit de la musique symphonique, des concertos, et notamment  des poèmes symphoniques sur Le roi Cophetua, ou Mona Lisa (complation très richardstraussienne) !
→ La production donnée au Théâtre Wielki (la salle de l'Opéra National de Varsovie) était de surcroît très accomplie musicalement (c'était en octobre), on peut en attraper des bouts en ligne – cet opéra est une rareté jusqu'en Pologne !

Szymanowski, Król Roger (Wrocław)
→ Malgré son statut de classique moderne, le Roi Roger n'est pas si souvent donné. Pas une rareté (une belle discographie, même), mais une œuvre à laquelle on pense moins, et que je mentionne.
→ Outre la langue, outre le livret mystico-uraniste très étrange (même sans les têtes de Mickey), il faut dire que ce n'est pas exactement une œuvre accessible : les modulations sont incessantes, la tonalité change de base à chaque mesure, sans exagérer, les appartenances sont brouillées, les lignes simultanées du contrepoint très nombreuses et complexes… et pourtant, quelque chose d'à la fois pesant et extrêmement chatoyant s'en échappe, vraiment un univers singulier, à découvrir absolument.
→ Au disque, c'est la version Kaspszyk qui met tout le monde d'accord (quoique un peu plus difficile à se procurer), sur tous les aspects (à défaut, Stryja chez Naxos a beaucoup de qualités ; ou le beau DVD Pappano). Il faut en revanche se défier de la version Rattle, sabotée par la prise de EMI complètement opaque, hélas – et puis la plupart des autres versions intègrent des chanteurs masculins polonais (et remarquablement chantants), bel atout.

Nowowiejski, Legenda Bałtyku (Poznań)
→ Autant son opéra Quo vadis ? manifeste un romantisme (même pas très post-) très traditionnel et tout à fait fluide, autant la Légende de la Baltique (où un pêcheur part à la recherche d'un royaume merveilleux au fond de la mer) s'exprime en flonflons un peu dégoulinants. Je n'ai hélas pas pu entendre l'œuvre dans son intégralité, donc ne puis procéder que par extrapolation, on y trouve sûrement de réelles beautés. Et avant qu'on voie cela hors des frontaliers de la Baltique, précisément…
→ Entre le moment de l'écriture de cette portion de la notule et sa publication, une vidéo a été captée et publiée par Operavision.eu (ex-The Opera Platform), où elle peut être visionnée gratuitement pendant six mois en haute définition et avec des sous-titres français. Occasion assez unique d'approcher cette œuvre (il doit bien exister un disque, mais pour trouver le livret, même en VO ou en anglais, sans doute pas évident du tout). En commençant à regarder, je révise mon avis : tout n'est pas conforme à l'extrait entendu, une histoire traditionnelle de prétendant pauvre qui est traitée avec un langage romantique peu original, mais bien calibré. À découvrir dans tous les cas : comme pour Goplana, l'occasion ne se représentera pas de sitôt !





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Rideau de scène, balcons et coupole de l'Opéra de Plzeň, où l'on joue Libuše.
(Le site des théâtres lyriques de
Plzeň permet des visites virtuelles assez impressionnantes.)



2. Opéras slaves occidentaux : en tchèque


La plupart évidemment en République Tchèque, d'où les indications sous forme de points cardinaux.

Smetana, Libuše à Plzeň (Ouest) et Prague.
Smetana, Les deux veuves à Liberec (Nord)
Smetana, Le Baiser à Brno (Moravie)
→ Trois titres qu'on ne voit jamais en Europe occidentale. Libuše est le plus célèbre des trois, le seul sérieux, dans une veine épique proche de Dalibor, d'un lyrisme très intense et dramatique, vraiment à découvrir.

Dvořák, Le Diable et Katia (Prague, Brno)
→ Très sympathique Dvořák comique, qui réexploite la veine des contes à base de diables amoureux ou dupés. Belle musique (mais ce n'est pas Rusalka ni Armida pour autant).

Janáček, Osud / Destin (Leeds)
Osud est un objet assez particulier : un opéra qui raconte la composition impossible d'un opéra par un compositeur tourmenté (oui, débuté en 1903, la même année que Der ferne Klang de Schreker sur cette même matrice, vraiment l'air du temps), agrémenté en son acte médian d'un horrible accident domestique bien concret, façon Jenůfa – [début spoiler] la mère qui a séparé les futurs époux pendant des années se jette par le balcon et sa fille chute avec elle en voulant la retenir [fin spoiler].
→ Mais c'est plus encore par ses circonstances de composition qu'il étonne : la suggestion d'une dame, rencontrée au spa, qui s'estimait dénigrée dans un opéra de Čelanský et demande à Janáček de composer ce contre-portrait ! Qui fait des choses pareilles ?

Janáček, Les Voyages de M. Brouček (Prague)
→ Fondé sur une nouvelle de l'écrivain emblématique Čech, Janáček voulait pousser le public à l'antipathie envers cet inculte mal dégrossi qui, par la magie de la boisson, se retrouve propulsé dans la Lune, puis, à l'acte II, au XVe siècle. Le résultat est cependant plus attendrissant qu'attendu sur le pauvre bougre totalement désorienté.
→ Dans la veine du Janáček coloré (beaucoup d'effets orchestraux, plus que de lyrisme vocal, assez récitatif), plus du côté de la Renarde que de Jenůfa ou Kat'a, une de ses œuvres les plus chatoyantes.

Martinů, Juliette ou la Clef des Songes à Wuppertal (Rhénanie) et Prague ; livret en français (il existe aussi une version traduite en tchèque, utilisée en l'occurrence à Prague).
→ De la conversation en musique dans un univers surréaliste (le personnage découvre qu'il est en réalité piégé dans ses rêves, et risque la folie s'il n'en sort pas à l'heure du réveil), avec des dimensions par moment quasiment épiques (l'orchestre lors du meurtre !). Un des plus beaux opéras jamais écrits, à mon sens : la pièce de Georges Neveux, avec ses courtes répliques, ses discontinuités, donne un terrain de jeu incroyable pour l'orchestre le plus versatile et luxuriant qui soit, avec un sens de la prosodie française toujours très précis chez Martinů.
→ Les représentations ont été données à présent… et figurent sur Operavision.eu, où l'opéra peut être vu gratuitement avec sous-titres français !

Martinů, La Passion grecque à Karlstad (Suède centre-Sud), Olomouc (Moravie) ; livret en anglais (peut-être en tchèque à Olomouc ?).
→ Son opéra le plus célèbre (écrit en anglais), mais beaucoup plus sérieux, aux couleurs très grises (une aspiration épique qui ne prend pas vraiment, comme pour son Gilgamesh), pas du tout le même charme – jamais été séduit pour ma part.
→ Il est question d'une reconstitution de la Passion, dans un village grec, où les villageois prennent peu à peu la place, pour de bon, des originaux. La résurrection en moins.

Martinů
, Ariane à Düsseldorf et Moscou (au Stanislavski).
→ Là aussi, quelles langues seront utilisées ?  (en français initialement, une autre adaptation directe, seulement avec des coupures, d'une pièce de Georges Neveux, Le Voyage de Thésée)
→ Son troisième opéra le plus célèbre, écrit dans une étonnante veine archaïsante, néo-baroque plutôt que néo-classique, mais pas naïf comme l'Orfeo de Casella, ni grinçant comme beaucoup de pièces néoclassiques… une sorte de musique ancienne fantasmée, un peu (dans un style pas du tout comparable) comme la Renaissance dans Henry VIII de Saint-Saëns. Probablement pas majeur, mais toujours plaisant.

Toutes ces œuvres sont documentées par le disque et trouvables.



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La grande salle et les spectaculaires atlantes de l'Opéra de Bratislava.




3. Opéras slaves occidentaux : en slovaque

Suchoň, Krútňavaen slovaque (Bratislava)
→ Eugen Suchoň (à prononcer Sourogne) est le seul compositeur slovaque à disposer d'une réelle notoriété, même si elle se limite largement à ceux qui s'intéressent au pays…
→ Il naît au XXe siècle (1908), meurt en 1993, mais écrit dans un langage totalement romantique traditionnel – pas particulièrement spécifique d'ailleurs.
Krútňava (1949), son œuvre la plus célèbre, est une histoire de fait divers (un meurtre dans les bois), mais qui donne lieu à des scènes de danses traditionnelles (mariage). Une sorte de Jenůfa dans un langage beaucoup plus sage et dans une atmosphère plus « nationale ». Très grand succès local, mais aussi remarqué hors des frontières.
→ Il en existe une version communisée qui était donnée pour correspondre à l'idéologie du Parti (l'enfant n'est pas du meurtrier, les méchants ne pouvant être rétribués).
→ L'autre opéra de Suchoň, Svätopluk (1959), raconte au contraire l'histoire de complots, alliances et batailles dans la Grande Moravie du IXe siècle (personnages fictifs, mais non sans lien avec l'Histoire, ai-je lu – sans l'avoir encore vérifié).
→ Voici un extrait de Krútňava (un monologue du meurtrier).




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L'élégance (fastueuse) de l'Opéra de Ljubljana, ville qui a davantage tiré sa célébrité musicale des enregistrements de l'Orchestre de la Radio (notamment les volumes de très belle qualité musicale avec Anton Nanut, multiréédités en collection économique chez Bella Musica / Amadis / Arpège / Classica Licorne…). Nouveau titre de gloire plus récent, le Philharmonique de Slovénie dans une magnifique Iolanta chez DGG conçue en écrin pour Netrebko – et cependant le plus bel orchestre que j'aie entendu à ce jour dans une salle de concert. Il existe pourtant des disques de l'Orchestre de l'Opéra, notamment Gorenjski slavček, mais évidemment peu diffusés à l'international.



4. Opéras slaves méridionaux : en slovène

Foerster, Gorenjski slavček – en slovène (Ljubljana)
→ Un des opéras majeurs du répertoire slovène. Musicalement, quelque chose de Martha de Flotow (écriture romantique germanique plutôt sur le versant léger, on a même des duos au comique de répétition assez dans le genre Barbier de Séville) mais avec des aspects plus sérieux, presque épiques, de grands finals choraux, dans un mélange qui évoque davantage Dalibor de Smetana (plus pour la langue et la déclamation que pour la couleur musicale, qui reste très allemande).
→ Moment amusant : un des interprètes se met soudain à chanter slovène avec un accent français, et c'est criant de vérité !
→ Il existe au moins un disque de 1953 (reporté en CD) avec les forces de l'Opéra de Ljubljana, qui se trouve en ligne (1h30).

Parma, Ksenija – en slovène (Ljubljana)
→ Autre opéra populaire en slovénie, court (40 minutes), une intrigue mi-vaudevillesque (des dames se sauvent dans un couvent où elles croisent un ancien amant chevalier fait moine) mi-tragique (tout finit par tourner très mal, duel et dommages collatéraux), et une musique plus dramatique et lyrique que chez Foerster ci-dessus, quelque part entre Weber et Żeleński.
→ On peut l'écouter en ligne ici. Il faut notamment entendre les beaux duos homophoniques qui apportent le duel final.
→ Tout Viktor Parma ne ressemble pas à ceci : son opérette Zaročnik v škripcih (de 1917, mais créée seulement en 2011), « Le fiancé en difficulté », est écrite dans une veine considérablement beaucoup plus légère, peut-être plus encore que le grand-œuvre de Foerster : du Suppé ou du Lehár un peu plus ambitieux. À découvrir ici par exemple.




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L'Opéra de Zagreb, atlantes et intimité. Outre Split (autant le niveau est remarquable à Zagreb, et pas seulement pour l'opéra, autant Split peut être considérée comme une destination musicale plus « provinciale »), les villes de Rijeka et Osijek, peu connues en France, disposent néanmoins de leur maison d'Opéra avec orchestre et troupes de chanteurs et de ballet !



5. Opéras slaves méridionaux : en croate

Ces opéras sont donc spécifiquement écrits dans le dialecte chtokavien de ce qu'on appelle le serbo-croate (et qui comprend quatre principales variantes elles-mêmes démultipliées en sous-variantes selon chaque région, et franchissant allègrement les frontières… balkanisation linguistique, au sens propre). Ce que nous appelons, de notre point de vue, le croate (même si cette variante chtokavienne s'étend très au delà du pays et que l'on parle majoritairement d'autres dialectes dans certaines parties de la Croatie…) ; mais cette spécificité nationale est très importante dans ce contexte d'opéras de la première moitié du XXe siècle, où servir des sujets nationaux avec une langue nationale n'a rien d'anodin, et dépasse d'assez loin le seul goût de la musique.

Zajc, Nikola Šubić Zrinjski – en croate (Zagreb)
→ Le grand opéra national, d'envergure épique, dans un langage résolument romantique malgré son époque, comme pour toutes ces nationalités, à la fois isolées et garanties contre la lassitude ou la décadence des grandes nations. (Les langages du doute pénètrent plus difficilement chez les nations qui en sont encore à l'espoir d'exister et d'être respectées !)
→ Ce n'est pas de la très grande musique, mais cela s'écoute très bien. Se trouve en ligne ici.

Hatze, Adel i Mara – en croate (Zagreb)
→ Des harmonies orientalisantes, tziganes peut-être, sur une prosodie russisante. On entend passer beaucoup de belles parentés dans cette musique, le romantisme généreux des scènes polovstiennes du Prince Igor de Borodine, le lyrisme nordique post-Vaisseau fantôme (façon Thora på Rimol de Borgstrøm), et même les grosses doublures de cordes pucciniennes (en l'occurrence très réussies). Un mélange très avenant et accessible, mais nullement vulgaire, vraiment réussi et très agréable à découvrir.
→ Superbe version de concert récente ici.

Gotovac, Ero s onoga svijeta – en croate (Zagreb)
→ Celui-ci est plus rustique – le sujet n'est d'ailleurs pas si loin d'une Cavalleria rusticana croate. Là aussi, on trouve des modes orientalisants, mais sans la même subtilité ; un lyrisme simple, sans raffinement particulier (Mascagni reste une comparaison valide). J'avoue même avoir senti la longueur (alors qu'Adel i Mara passe comme un songe, et se réécoute même très bien), lorsque la répétition des chants paysans finissent, dans leur dépouillement sommaire, à ressembler de plus en plus à du Orff.
→ On peut en trouver une production scénique (très conservatrice) donnée par l'Opéra de Split, dont les standards ne sont pas les mêmes qu'à Zagreb, clairement, mais qui se laisse écouter.



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L'Opéra Nouveau de Bydgoszcz, au centre-Nord de la Pologne (où l'on joue Halka de Moniuszko cette saison). La ville est aussi connue sous le nom allemand de Bromberg, adopté pendant l'une de ses multiples annexions prussiennes.



    Certes, ce corpus ne constitue pas l'avant-garde de la musique, et revisite, à l'exception des Tchèques, de Różycki et Szymanowski, des langages déjà connus, tandis qu'aux mêmes périodes l'Europe romane et germanique explorait les délices de l'hyperchromatisme, de l'atonalité, des séries, de la musique concrète, du spectralisme…
    Pourtant, que de merveilles à découvrir, dans cet approfondissement des langages familiers… soit pour le plaisir de la curiosité et du dépaysement (Żeleński, Nowowiejski, Parma, Zajc…) soit, pour certains d'entre eux (notamment Różycki et Hatze, comme vous avez pu voir), de véritables accomplissements en matière d'objet opéra.

Belles découvertes à vous, par le voyage ou par la magie des sons dématérialisés !

mercredi 7 mars 2018

Le Prix de Rome – I – Origines et règles


Inspiré par les récentes incursions de L'Oiseleur des Longchamps (cantate Antigone d'André Bloch en 2016 ; L'Amour africain de Paladilhe et sa complainte du Prix de Rome, la semaine dernière) et par la série discographique de Bru Zane autour des Prix de Rome (Gounod, Saint-Saëns, Gustave Charpentier, Debussy, Max d'Ollone…), plusieurs parutions discographiques (première génération avec Deshayes / Opera Fuoco) ou concerts (extraits de toutes époques par Les Solistes de Lyon avec Noël Lee), ces dernières années, je me dis qu'il n'est peut-être pas inutile de poser quelque part les principes du concours d'accès à la Villa Médicis.



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Depuis le rocking-chair dans la véranda.



1. Les sièges de l'Académie des Beaux-Arts

    Installée au sein des cinq Académies de l'Institut de France (Académie Française de 1635, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de 1663, Académie des Sciences de 1666, Académie des sciences morales et politiques de 1795), l'Académie des Beaux-Arts regroupe, à partir de 1816, les anciennes académies créées sous Mazarin (Peinture & Sculpture en 1648) et Louis XIV (Musique bien sûr, en 1669, avec Perrin, le poète prédécesseur de LULLY ; Architecture en 1671). Il existait une Académie de Danse dès 1661, mais elle fut largement dissoute dans la Musique, et son caractère peut-être moins érudit et plus pratique que les autres rendait, je suppose, sa représentation moins indispensable dans le quota de l'institution telle qu'elle fut fixée en 1816 (en réalité, l'Académie de Danse devient peu ou prou le Ballet de l'Opéra de Paris et perd son statut académique un peu avant la Révolution).

    Actuellement, l'Académie des Beaux-Arts comporte 9 sièges en peinture, 8 en sculpture, 9 en architecture, 4 en gravure, 8 en composition musicale, 6 en cinéma & audiovisuel (Polanski, Moreau, Annaud), 4 en photographie (Salgado, Arthus-Bertrand), auxquels s'ajoutent 10 membres libres (Pierre Cardin, Hugues Gall, William Christie, Patrick de Carolis) et des associés étrangers parfaitement hétéroclites (le chef des ismaéliens, Ieoh Ming Pei, la dernière épouse du Chah, Seiji Ozawa, la mère de l'émir du Qatar, Woody Allen).
    Côté composition : Petitgirard, Mâche, Canat de Chizy, Levinas, Escaich, Amy (et deux sièges vacants). on est parvenu au tour de force de ne choisir que des compositeurs secondaires représentatifs d'une certaine mode, tout en étendant le compas des dodécaphonisants dogmatiques (Amy, même si ça ne s'est jamais entendu dans ses compositions finalement très accessibles et avenantes…) jusqu'aux néo-tonals les plus flasques (Petitgirard), en passant par l'atonalité moche vaguement habillée par l'orchestration (Canat de Chizy). Au demeurant, j'aime beaucoup Mâche, Amy et certaines choses d'Escaich, mais je trouve plaisant qu'on ait distingué essentiellement des compositeurs qui sont perçus comme académiques (sauf Levinas, il est vrai), chacun dans des univers esthétiques et idéologiques assez opposés.



2. La villégiature romaine

    Les Académies (gravure & sculpture, puis architecture), avant leur réunion, et dès le XVIIe siècle, ont proposé un séjour pensionné à Rome pour permettre aux artistes de se former à la source de tout art. Au XIXe siècle, le lauréat était même exempté du service militaire, pour être certain de ne pas mettre en danger sa valeur artistique.

    Le modèle s'est étendu à un assez grand nombre de pays (1806 aux Pays-Bas via Louis Bonaparte, 1832 en Belgique – qui couronne en 1893 l'Andromède de Lekeu… du Second Prix –, 1894 aux États-Unis, 1987 au Canada) et de disciplines (gravure en taille-douce à partir de 1804, et aux États-Unis on ajouta Renaissance & Early Modern, History of Art, Landscape Architecture, Design…).

    Ce concours est initialement créé en 1663 pour la peinture et la sculpture, mais la composition musicale n'est ajoutée qu'en 1803 (il s'en est fallu de peu que la musique soit considérée comme plus mineure que la gravure en taille-douce, s'étrangleront les mélomanes).



Laparra Alyssa
Le trio des injonctions contradictoires dans Alyssa de Raoul Laparra.
(Elle emporte le Premier Grand Prix en 1903, l'année de la première participation de Ravel)



3. La musique à la remorque


    L'apparition tardive de la musique dans les compétences du cours n'est pas illogique au demeurant : la musique, en France, était essentiellement commandée par les paroisses & couvents ou par le roi et quelques grandes maisons (un sujet sur lequel on reviendra pour une prochaine notule sur la musique sacrée provinciale du XVIIe siècle on a les loisirs qu'on peut). Dans ce cadre, il n'y avait pas vraiment lieu de distinguer des musiciens qui créaient pour leur mécène local, on n'y cherchait pas la singularité stylistique ou l'absolue prédominance de l'art ; selon leur cote, les artistes obtenaient plus ou moins prestigieux / généreux patron.

    À l'aube du XIXe siècle, les institutions musicales ont pris une certaine autonomie (fin des privilèges notamment), et la pensée de la composition s'est elle aussi individualisée ; les modes de consommation des œuvres à grand effectif dépassent alors les seules commandes des puissants.

    Il n'est donc pas si fantaisiste que la nécessité de distinguer individuellement des compositeurs pour les réserver aux formes reines (et qu'ils soient ensuite repérés par les maisons d'Opéra) soit apparue à ce moment-là. Même si le souverain ne choisissait plus les titres joués à l'Opéra depuis la crise mystique un peu dédaigneuse du Louis XIV époque Maintenon, les princes avaient leurs favoris musicaux (Gluck et Sacchini pour Marie-Antoinette…), et la fin de l'Ancien Régime a sans doute rendu plus évidente la nécessité de mettre à l'épreuve les musiciens, à l'aune de leur mérite technique. Je suppose que l'Académie Royale/Nationale/Impériale de Musique a largement débattu de cela et que mes suppositions se trouvent confirmées ou infirmées de façon très explicite dans les comptes-rendus de séance où je ne suis pas allé fouiner, mon sujet étant plus bassement concret.



4. Les règles du concours : éliminatoires

    Le but de la cantate du Prix de Rome était de proposer aux candidats finalistes la possibilité d'écrire un opéra miniature, en forme de cantate dramatique – à chaque fois, une scène particulièrement intense, sorte de condensation de toute la matière d'un opéra (la rencontre, l'amour, les tourments, la mort des amants, tout peut tenir dans cette quinzaine de minutes). Puisque l'espoir était bel et bien de distinguer de futurs talents, assez spécifiquement pour l'Opéra.

Pour s'assurer de leur qualité technique et limiter le nombre de finalistes (6 maximum), le jury imposait d'abord aux candidats deux épreuves sélectives :
    ♦ une fugue pour double chœur (8 parties, donc) sur un texte latin, à écrire en loge pendant une journée – dans une pièce fermée, sans communication avec l'extérieur, comme cela se fait toujours pour les épreuves finales d'écriture aujourd'hui, au moins dans les conservatoires supérieurs de Lyon et Paris. De quoi juger des compétences contrapuntiques des candidats. Aux débuts du concours (en 1803 pour la musique, donc), on exigeait même qu'elle fût écrite en contrepoint rigoureux (c'est-à-dire selon des règles très contraignantes et harmoniquement très archaïsantes), véritable sélection de musique pure, voire de technique académique inaltérée ;
    ♦ un chœur à 6 parties accompagné par un grand orchestre sur une texte poétique imposé, qui pouvait être écrit de façon plus homophonique (c'est-à-dire par accord) et permettait davantage de juger des qualités harmoniques, de l'orchestration, voire de la sensibilité évocatrice – le concours récompensant essentiellement les qualités nécessaires à la composition pour la scène.

    Si bien des cantates se révèlent intéressantes, y compris dans leur cadre contraint, en revanche ces deux exercices représentent rarement, pour ceux que j'ai entendus ou lus – même de la part de grands compositeurs précoces – un sommet dans leur production. Réellement des épreuves éliminatoires, destinées d'ailleurs au seul jury de l'Académie des Beaux-Arts.



http://operacritiques.free.fr/css/images/didon_cantate_du_prix_de_rome_de_gustave_charpentier.jpg
Didon de Gustave Charpentier.
Toute la délicatesse d'un livret où le génie le dispute à la sobriété typographique.




5. Les règles du concours : la Cantate des lauréats

    L'épreuve finale consistait justement en la présentation de la fameuse Cantate, sur un livret unique imposé à tous les candidats. Elle devait être orchestrée, mais n'était présentée au jury qu'en réduction piano (accompagnée par le compositeur, on se demande comment fit Berlioz !).

    ♫ Au milieu du XIXe siècle, le temps de composition était de 25 jours, en loge : ils avaient des heures de visite (!) et le droit de dîner en compagnie, mais tout ce qui leur était adressé était surveillé (jusqu'au linge…) de façon à ce qu'aucune antisèche ne vienne biaiser l'évaluation des facultés créatives de chaque impétrant.
    ♫ Le format lui-même évolue : au départ à une seule voix (comme celles d'Hérold, Berlioz, Boisselot, Thomas, Alkan…), le cahier des charges finit par exiger trois voix (soprano, ténor, basse) avec des numéros obligés (un ou deux airs, un duo, un trio, une section sans accompagnement).

    Henri Dutilleux, avec L'Anneau du Roi (qu'il a toujours refusé de faire jouer, on peut espérer que la partition reparaîtra un jour), fut l'un des derniers lauréats, avant que l'examen sur dossier des candidats ne rende l'attribution de la distinction plus suspecte de collusion, et en tout cas bien moins spectaculaires – plus grand monde ne semble s'émouvoir de l'obtention du Prix, et on découvre au détour d'un entretien ou d'une biographie que tel ou tel a passé du temps aux frais des Français chez les Médicis…



6. Et puis ?

    J'aimerais en dire un peu plus sur l'évolution de l'exercice, sur les différents lauréats, sur certaines cantates proposées au concours, voire faire un tour de tout ce qui est disponible au disque (pas mal de choses, en réalité, même si on est loin, très loin de tout couvrir !) et en mentionner quelques-unes survolées en lecture et intéressantes, mais je n'ai pas le temps aujourd'hui. Partie remise !

Sources :
    Règlement de 1871 du Concours (qui s'appliquait au moins jusqu'en 1889), lisible dans les recueils de Léon Aucoc Lois, Statuts et Règlements concernant les anciennes Académies et l'Institut, librement disponibles sur Gallica.

jeudi 1 mars 2018

Émile PALADILHE – L'Amour africain, méta-opéra et parodie de Prix de Rome


(Une notule est en gestation sur le cahier des charges du Prix de Rome, mais j'aurai trop de travail cette fin de semaine pour l'intégrer à celle-ci tout de suite. Voici donc.)

Comme il est d'usage pour les concerts, je lance désormais quelques impressions sur Twitter dans le métro pour économiser du temps pour les plus vastes projets de CSS (prochaine livraison : les opéras rares slaves occidentaux et médionaux donnés cette saison).

Mais pour une rareté de ce calibre, je voudrais en laisser une trace pour le jour où Twitter déposera son bilan.

C'est purement la retranscription des cui-cuis postés sur Twitter (avec quelques améliorations et quelques ajouts), d'où l'aspect fragmenté de la progression… Je le matérialise par les petits carreaux.


Du nouveau

Une nouvelle résurrection d'Émile Paladilhe, immortel auteur des Saintes-Maries et de Patrie!, par la Compagnie de L'Oiseleur, après le rejouissant Passant.
L'histoire d'un vieux compositeur Prix de Rome déprimé, plein d'ensembles !

L'œuvre tient ses promesses de lecture : le très grand art d'un grand raffinement (syncopes, modulations,modes exotiques) qui ne s'entend qu'à peine à l'écoute : aucune ostentation, tout est calibré pour atteindre son but émotionnel sans jamais le souligner (comme chez Dubois !).

émile paladilhe amour africain
Temple du Luxembourg, le 28 février.


Livret

♦ Résumé.
♦♦ Acte I : deux anciens Prix de Rome (peinture et musique) se retrouvent à Nice chez de riches hôtes. Après avoir raconté leurs aventures, ils décident de donner l'opéra inédit du compositeur le soir même dans la villa, chacun tenant un rôle.
♦♦ Acte II : L'opéra. Le pauvre Zeïn a sauvé la vie de Nouman, qui le comble de bienfaits. Il lui offre même une somme colossale pour acheter une esclave dont il est follement épris. Mais il s'avère que ladite esclave, Moïana a été achetée le matin même par Nouman, qui en est aussi amoureux. Moïana s'est vendue de son propre gré pour subvenir aux besoins de son père et de ses sœurs ; elle est séduite par la bonté de Nouman qui lui propose (non pas la liberté, ne poussons pas les arrières-darons dans les plantes urticantes) de laisser sa famille la visiter, et tombe amoureuse. Zeïn arrive, rappelle son serment à Nouman (de lui accorder la première chose qu'il demanderait), exige, puis cède, et finalement défie en combat Nouman. Moïana s'interpose, elle est frappée et… le souper est servi. Chœur de réjouissance stéréotypé des convives, louant la jeunesse et l'amour.

Le livret d'Ernest Legouvé se fonde sur le théâtre de Mérimée mais le fait aussi apparaître en caméo à la fin de l'acte I (façon Catherine de Médicis dans Les Huguenots) !
♦♦ L'acte II est, à la façon d'Ariane à Naxos (ou de Colombe de Damase), la représentation de l'opéra composé par le personnage (Paul Delatour, Prix de Rome), dans une Arabie pittoresque faites de déserts, de serments, d'esclaves vendues par des juifs avides.

♦♦ Et sa fin est abruptement escamotée (là aussi, un procédé cher à Mérimée, par exemple dans La Partie de Tric-Trac), par l'annonce du souper – contrairement à Ariadne, la parenthèse se clôt.

♦♦ (Le début de l'acte I, avec le duo d'époux amphitryons et sa « Comtesse du Pot-au-feu », évoque aussi immanquablement le lever de rideau sur les aubergistes du Pré aux clercs d'Hérold !)


Musique

Dans les deux parties, le sujet (invités impromptus revenus d'Italie dans une villa du Cap-Nègre,puis Arabie de fantaisie) invite à tout le pittoresque possible : musique de procession, sicilienne, modes orientaux… Mais tout cela toujours de façon assez pudique, coloré mais sans ostentation, alla Paladilhe.
On y entend passer aussi beaucoup de choses familières en musique française (les harmonies du tableau de Trinquetaille dans Mireille de Gounod, le galbe des répliques d'Athanaël dans le premier tableau de Thaïs…), mais aussi du Chopin très caractéristique, contre toute attente !


Un exemple : la Complainte du Prix de Rome

Le plus amusant se trouve dans la Complainte du Prix de Rome, où les primés se plaignent d'être (comme Paladilhe, distingué à seize ans !) toujours renvoyés à ce premier succès, sans en avoir nécessairement accompli d'autres.

émile paladilhe amour africain

« Dans ma jeunesse j'ai produit
Un fruit merveilleux, magnifique,
Mais hélas, il eut ce beau fruit
Un grand défaut, il fut unique.

On ne le comparait jamais
Qu'à la pomme des Hespérides !
C'est toujours une pomme, mais…
Vieille pomme pleine de rides !

Quel est ce produit étranger ?
Une banane, une patate ?
Quel est ce produit étranger ?
Le fruit d'un nouvel oranger ?
Hélas non !  C'est… une Cantate !

émile paladilhe amour africain

Ô cantate, je te maudis !
Grâce à toi, parmi les illustres,
Pour un jour je m'épanouis !
Mais grâce à toi, depuis dix lustres
Je vis à l'état de… printemps !
Je promets, je poins… je commence…
Je suis l'aurore et l'espérance
Une aurore de soixante ans !

Hélas ! Oyez les tristes contretemps
Du sexagénaire jeune homme
Toujours à l'état de printemps,
Qu'on appelle le Prix de Rome ! »

émile paladilhe amour africain

(Vous aurez noté la rime hardie « patate / cantate ».)

Musicalement, la complainte regorge aussi de clins d'œil : elle commence par une mélodie diatonique qui évoque immédiatement le plain-chant. (Ces modèles étaient très prisés par le jury, il y avait aussi parmi les éliminatoires un chœur en contrepoint rigoureux.)

émile paladilhe amour africain

Les reprises sont bien sûr ornées, les lignes chargées de mélismes, on y entend les appels dramatiques ménagés dans les petites cantates de l'épreuve finale (tout le questionnement patate / cantate se fait sur ce modèle),

et on retrouve surtout certaines cadences harmoniques un peu figées et « rétro », typique de la « manière juste » qu'on apprend dans les classes d'harmonie (surtout à l'époque où Paladilhe a étudié : on n'apprenait pas vraiment à s'en libérer ensuite).

émile paladilhe amour africain

Contraste très amusant avec les finesses du reste de l'opéra, donc.


Les ensembles

Autre intérêt de cet opéra : une très large part est constituée d'ensembles (dont deux longs quintettes à l'acte I !), qui font avancer l'action (longs solos !), où les lignes sont vraiment individualisées, et dont l'écriture ne se contente pas du schéma harmonique prédéfini.

émile paladilhe amour africain

(Un peu comme celui de Lakmé « Quand une femme est si jolie / Elle a bien tort de se cacher », sans être aussi marquant mélodiquement, et bien sûr sans l'ineffable Mrs Bentson courant les aventures irrégulières mais amusantes.)


L'exécution

♦ Avec Aurélie Ligerot, Chloé Chaume, Sébastien Obrecht, L'Oiseleur des Longchamps, Geoffroy Bertran, un ensemble vocal ad hoc dirigé par Martin Robidoux, et Mary Olivon au piano.

Je voudrais aussi les interprètes pour leur dévouement : un assez long opéra, exigeant pour certains rôles l'Italienne Margarita épouse du compositeur, le ténor-compositeur-riche arabe, le compositeur-baryton-ami jaloux…
(puisque les personnages de l'acte I endossent les rôles de l'acte II, comme dans Colombe de Damase, comme dans Capriccio…)
Que de travail pour un seul concert dans une petite salle (de plus en plus remplie au fil des saisons, j'ai l'impression), sans rémunération…
Il ne chanteront jamais ces rôles dans un grand théâtre bon pour leur carrière (ou qui les paie, tout simplement…), et pourtant certains sont déjà bien lancés comme Aurélie Ligerot (Rozenn à Saint-Étienne dans Le Roi d'Ys, il n'y a pas si longtemps !), Sébastien Obrecht…
Il faut ajouter à cela que Benjamin Mayenobe étant souffrant, L'Oiseleur et Geoffroy Bertran (issu du chœur) ont dû se partager dans la jourée le rôle du Comte ! (Et le caractère impromptu de la chose était inaudible, vraiment.)
Et le cœur se serre d'autant plus en considérant qu'en ces circonstances d'urgence absolue, le second quintette de l'acte I, d'ambition encore plus vaste, a dû être coupé… mais l'autre a été sauvé, ainsi que l'ensemble de la présente résurrection : le plus important.

D'une manière générale, très bien chanté comme toujours. Retrouvé l'excellente soprane Chloé Chaume, belle diction, sûreté dans tous les registres, timbre très agréable,

et découvert en vrai Aurélie Ligerot, qui semblait bien sur bande, mais m'a coupé le souffle ici : superbe médium ambré ET éclat vif de l'aigu, aigus tellement faciles et ronds dans n'importe quelle nuance, trille fabuleux, suraigu surpuissant (et timbré…). Et superbe diction.
Qu'une chanteuse de sa classe, avec une belle carrière ascendante et de tels moyens, consacre de son temps à réhabiliter un répertoire qui ne lui apportera aucune rétribution en finances comme en réputation, voilà qui est beau à voir.

Le chœur, largement constitué d'élèves de Sébastien Obrecht, mettait l'accent sur la beauté de la prosodie (la marque du chef, Martin Robidoux). Luxe, là aussi, de disposer d'un véritable chœur (fût-ce à deux par partie) pour un concert aussi intime.

Enfin Mary Olivon, tellement exacte et et éloquente pour rendre justice, au piano seul, aux alliages et à l'esprit de l'orchestre prévu ; je trouve que son son, en outre, se bonifie de concert en concert (devenu très beau).

Prospective

De Paladilhe, à présent, j'aimerais voir Patrie! sur scène, versant héroïsant du legs, mais je peux toujours courir – il y a quand même la scène de l'assaut d'un clocher, il faudrait vraiment de grands moyens, ou alors carrément mandater un plasticien plus abstrait façon Castellucci.
Il en existe quelques extraits par des chanteurs de l'époque cylindrique (en particulier « Pauvre martyr obscur »), et un duo gravé par Thébault / Pruvot / Talpain dans leur stimulante anthologie du Grand Opéra français.
Pour le reste, il faut faire en attendant avec mes gros doigts et ma petite glotte.

Pour le reste, la Compagnie de L'Oiseleur annonce parmi ses projets des opéras de Boïeldieu, Chaminade, Massé, Varney, Pessard, Polignac, des oratorios de Dubois et Deslandres, et même un Mazeppa de Clémence de Grandval (1892), un Guillaume le Conquérant d'Émile Bernard (1890) et la suite du grand cycle Hahn (après les inédits Prométhée délivré avec L'Oiseleur, Nausicaa avec Viorica Cortez et Guillemette Laurens, qu'ils ont également publié sur YouTube, La Colombe de Bouddha avec Jérôme Varnier ! – tous chroniqués sur CSS, allez voir) avec La Reine de Sheba (1924). Déjà hâte.

Ils font plus de résurrections patrimoniales en un an que Bru Zane, pas forcément moins intéressantes d'ailleurs, et ils ne touchent aucune subvention. Sérieusement ?

Les angles morts de janvier-février


En bonne logique je n'ai pas mentionné, dans la précédente notule, tous les spectacles que j'aurais voulu voir et auxquels j'ai dû renoncer pour des raisons de travail / silmultanéité / imprévus / trop-plein… Il y en a quantité. Quelques exemples tirés des deux derniers mois :


Ballet
● Reprise du Daphnis de Millepied (déjà vu, très flou là où le livret est très précis – épure qui n'a plus rien d'un ballet-pantomime, en tout cas pas un ballet-pantomime intelligible).

Opéra
● Saariaho, Only the Sound Remains.

Musique chorale
● Ropartz, Bernstein et Mendelssohn par la Maîtrise de Paris (mairie du XIXe).
● Chœurs a cappella de Howells (Requiem), Britten, Whitacre, par le Chœur Calligrammes.
● Rutter, Requiem & Magnificat (CRR & Javel).

Musique symphonique
● Les Créatures de Prométhée, musique de scène intégrale, et Beethoven 8 par l'Orchestre de Chambre de Paris.
● Gounod, Symphonie pour vents par l'OPRF.
● Farrenc, Troisième Symphonie par l'OPRF, puis par Insula Orchestra.
● Sérénade pour vents d'Emil Hartmann (le galant romantique danois, pas le sombre moderne allemand), Concerto pour basson d'Henri Tomasi (ensemble orchestral d'Éric van Lauwe).
● Mahler n°2 par Larsson, Spano et l'ONF.
● Les Cinq Éléments de CHEN Qigang (une merveille de couleurs d'atmosphères, ce doit être grand en vrai !).

Quatuor à cordes
● Les Quatuors Mozart 15 et Zemlinsky 2 (la plus belle chose de tout Zemlinsky !) par le (alerte chouchou) Quatuor Arod.
● Requiem de Mozart pour Quatuor à cordes par le Quatuor Debussy (leur disque est formidable, la plus belle version qu'on puisse trouver du Requiem de Mozart, courez-y).
● Quatuor n°6 de Beethoven et celui de Debussy par le (alerte chouchou) Quatuor Akilone.
● Les Quatuors Beethoven 12, Schubert 10, Ligeti 1 par le Noga SQ.
● Masterclass du Quatuor Ébène au CNSM.

Autre musique de chambre
● Duo violoncelle-orgue de Coin-Bouvard, pour l'anniversaire de ce dernier.
● Tchaïkovski, Trio (Jansen, Maisky, Argerich).
● Piano de Chabrier, Chausson, Debussy par le (alerte chouchou) remarquable Ismaël Margain.
● Pièces pour basson et piano de Saint-Saëns et Pierné au Musée d'Orsay.
● Pièces de musique de chambre française, donc Ropartz (et Suzanne Giraud) pour clarinette et piano, CRR de Paris.
● La Mer de Debussy à quatre mains au CRR de Paris (déjà testé, splendide).
● Sonates pour ou avec violon d'Ysaÿe, Lekeu, Regards sur l'Enfant Jésus de Messiaen, et même l'Enchantement du Vendredi Saint de Parsifal pour violon et piano ! (Concert Inventio, Auditorium Bernanos.)
● Trio à cordes de Roussel et une œuvre appétissante de Nigel Keay.
● Quatuor n°15 de Chostakovitch par le Quatuor Borodine.
● L'Ascension de Messiaen et des pièces pour orgue de Florentz au CNSM.
● Masterclass de harpe au CNSM.
● Déchiffrage de pièces pour bois rares par la classe de lecture à vue du CNSM (concert annulé).

Lieder & mélodies
● Mélodies & magie par Courcier (Purcell, Mendelssohn…).
● Pièces pour orgue et voix de Gounod, Franck, Saint-Saëns, CRR de Paris.
● Mélodies de Laks, Ullmann, Saguer, (Ilse) Weber par le Forum Voix Étouffées.
● Une mélodie (légère) de Lyatochinsky (Liatochinski / Lyatoshynsky et toutes les autres combinatoires possibles) par Irina Kyshliaruk au CNSM.
● O Mensch de Dusapin avec Georg Nigl.

Baroque
● Concert de la masterclass Christie au CNSM (Blow, Haendel, Bernier).
● Textes de Descartes et Viau avec musiques de Bouteiller et Michel, « Pleurer au XVIIe siècle » (concert annulé).
● Magie baroque par Courcier, Pancrazi et van Rhijn.
● Motets de Morin par l'Ensemble Pulcinella à Beynes.
● Concert Bach de Thomas Dunford au Théâtre Grévin.
● Clavecin à quatre mains : Royer, Duphly, Barrière, Mozart.

Théâtre
● Euripide, Les Bacchantes, à Colombes.
● La Tempête de Shakespeare par Carsen (certes, surtout parce que la description que j'en ai lu m'a découragé).
● Büchner / Lenz, Les Soldats, à Malakoff.
● Les Souliers rouges, d'après Andersen, à Malakoff.
LULU Lulu de Wedekind à Malakoff.

Il y avait clairement de quoi s'occuper en ce début d'année, au détriment de n'importe quelle activité.


(Bien sûr, il y a aussi tout ce qui échappe au Pass Navigo, mais ce serait un sujet sans fin… j'étais très tenté par l'Arabella donnée à Wiesbaden, par exemple.)

lundi 26 février 2018

Courez aux chants de mars


Encore une belle référence…

Comme naguère, vous trouverez ici le planning PDF où apparaissent tous les dates et lieux sélectionnés, quantité de petits concerts (ou au contraire de concerts très en vue) dont je ne parle pas ci-dessous.

N'hésitez pas à réclamer plus ample information si les abréviations (tirées de mon planning personnel, destiné au maximum de compacité) ou les détails vous manquent.
(Les horaires indiqués le sont parfois par défaut par le logiciel, vérifiez toujours !)



0. Rétroviseur

Auparavant, les impressions de février :
►#59 La seconde Symphonie en ut de Bizet, « Roma », très mal connue, et pourtant aussi belle que la première ! (Couplage exaltant avec Printemps, et La Damoiselle Élue avec Melody Louledjian.) Voyage à travers l'Île-de-France aussi, en compagnie de l'ONDIF.
►#60 Les Cloches de Rachmaninov, extraits de La Donna Serpente de Casella.
►#61 Symphonie Italienne de d'Indy, bijou d'atmosphères et d'invention poétique, au CRR de Paris.
►#62 La Nuit Transfigurée de Schönberg et le Concerto en ré de Stravinski par la classe de chefs débutants du CNSM.
►#63 Moscou Tchéryomouchki, opérette / musical de Chostakovitch.
►#64 Audition des jeunes ensembles de chambre du CNSM : trios, quatuors, quintettes, à cordes, avec piano, à vent…
►#65 Redécouverte de Pierre-Louis Pollio (maître de chapelle à Dijon et Beauvais au milieu du XVIIIe), dont on a retrouvé les œuvres il y a peu. J'ai été très succinct, parce qu'il y avait trop à dire pour le format, sur le détail du style composite (et sur le motet de son maître Joseph Michel, remarquable).
►#66 Stanislas de Barbeyrac dans Les Nuits d'été, pour ténor !  Découverte du miraculeux pianiste Alphonse Cemin.
►#67 Mahler, Symphonie n°9, Orchestre de Paris, Harding (inclut quelques remarques sur les motifs transformatifs et les coups d'archet écrits, qui mériteraient une notule à l'occasion, mais pas tout de suite…).

Quelques lectures en images :

Et quelques déambulations illustrées :
☼ la forêt d'Écouen enneigée de nuit (on n'y voit à peu près rien, certes) ;
☼ le parc du Château de Versailles sous les frimas ;
☼ grande excursion hardie à travers les champs glacés, 20 km de neige fraîche à flanc de coteau (Presles, Nerville-la-Forêt, Maffliers, Montsoult) ;
☼ balade dans les mousses gelées émergeant de la crue de l'Yonne, sous un ciel d'une pureté immaculée (Bois-le-Roi, Fontaine-sur-Seine, Livry-sur-Seine) ;
retour à Saint-Élisabeth-de-Hongrie-du-Temple (et nouvelles de sa procédure canon).



À présent, la prospective.

J'attire en particulier votre attention sur quelques perles.

(En rouge, les œuvres rarement données – et intéressantes !)
(En bleu, les interprètes à qui je ferais confiance, indépendamment du seul programme.)



A. Opéras & cantates

Cavalli, Il Giasone, à Versailles. Tout à fait rare (et par García-Alarcón, garçon bien informé). Ensuite, je n'ai trop rien à en dire : je trouve que Cavalli appartient à la fourchette basse des compositeurs de l'époque qu'on a rejoués, et je m'explique mal l'attachement qu'on lui porte spécifiquement, ce qui me conduit à un modeste silence.

Gluck, Orphée & Eurydice (version Berlioz). Si jamais vous n'avez pas attentivement regardé la saison de ballet (version Pina Bausch), vous êtes peut-être passé à côté d'une version de cet opéra avec, selon les dates, Wesseling et Hengelbrock !

Auber, Le Domino noir. Une de ses œuvres les plus célèbres – possiblement parce qu'une des plus accessibles au disque, le studio Bonynge avait été largement distribué –, et incontestablement parmi les bons Auber, une intrigue vive, une musique toujours agréable et élégante. Ce n'est pas délirant comme Les Diamants de la Couronne, ni enjôleur comme Haÿdée, cependant on demeure dans cet esprit français de quiproquos charmants. Nettement plus dense musicalement que La Muette de Portici (malgré son ambition, et son importance historique), ou que Fra Diavolo. À partir du 26 à Favart – splendide plateau, comme c'est devenu la règle dans cette maison.

Berlioz, Benvenuto Cellini. Le seul opéra un peu normal de Berlioz, et pourvu de fulgurances incroyables pour autant, surtout dans sa version avec récitatifs. Quels ensembles virtuoses !

Wagner, Rheingold & Walküre par des chanteurs russes (et pas n'importe lesquels, après de nombreux amendements, Nikitin est annoncé en Wotan de la Première Journée !). 24 et 25 à la Philharmonie.

Debussy, L'Enfant Prodigue (couplé avec les Nocturnes et la Mer), par l'Orchestre Lamoureux (tout dépend s'ils ont travaillé…) dirigé par Michel Plasson. Avec Annick Massis et Alexandre Duhamel. Un oratorio très contemplatif et doux, très marqué par Massenet en réalité. Mais très bien fait dans son genre sulpicien. Étonnant qu'il soit donné si régulièrement !

Violeta Cruz, La Princesse légère, à l'Opéra-Comique, après le report. Paraît réjouissant.



B. Musique chorale

Chœurs du Prix de Rome de Saint-Saëns (+ sa Deuxième Symphonie) et Ravel, Saintes-Maries de Paladilhe, Bergamasque & Djinns de Fauré… par le Palais-Royal (instruments d'époque). L'esprit français !
    C'est donné dans l'extraordinaire salle néo-égyptienne de l'antique Conservatoire, où l'on entend désormais peu de concerts.

Saint-Saëns, Fauré, Poulenc, Bernstein : chœurs par Le Vaisseau d'or & Martin Robidoux. Le 5.

Messe de Bernstein (avec participation de Stephen Schwartz pour les textes, le futur auteur de la – géniale – comédie adolescente Wicked, d'après le mauvais roman prequel du Magicien d'Oz).
Un grand bric-à-brac très particulier, pas exactement recueilli, qui ne manque pas de charme. Et chanté par le meilleur chœur symphonique du monde. Les 21 et 22.



C. Musique symphonique

Divertissements de plein air de Haendel par Les Folies Françoises, un des ensembles les plus vivants du circuit, assez peu mis en valeur (ils ont fait une superbe Armide de LULLY en Autriche qui n'a pas tourné en France !).

Gossec, Symphonie Op.3 n°6 (et Concerto n°2 de Saint-Saëns, et Symphonie n°5 de Beethoven) par l'Orchestre de Picardie aux Invalides.

Berlioz, la Symphonie Fantastique donnée dans la salle de sa création !  Par les étudiants de Manchester et du CNSM réunis sous la direction de Markus Stenz.

Franck et Mahler (n°1) sur instruments anciensLes Siècles, le 5.

♦ Une reconstruction de la Symphonie en si mineur de Debussy (il en existe plusieurs, Debussy n'a laissé qu'une partition pour piano) par Colin Matthews (oui, celui qui a orchestré les Préludes, et écrit un Pluton pour compléter le cycle des Planètes de Holst). Pas une œuvre majeure, mais jolie et courte – et puis c'est tellement amusant, d'aller voir une symphonie de Debussy, avec un nom de tonalité de surcroît !  C'est un peu comme les Variations en si bémol majeur de Stockhausen ou la Messe basse en ut de Boulez, le grand frisson de la transgression… Le 1er à Radio-France.

Symphonie n°3 de Sibelius, fantastique mais peu donnée hors intégrale, ici dans le cadre de celle du Philhar'. Le 1er à Radio-France.

Symphonie concertante de Prokofiev, Ouverture de Rouslan & Loudmila, Concerto n°1 de Rachmaninov, par l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire, le 22 (Cité de la Musique ou CNSM ?). Gratuit.

Symphonie n°1 de Weinberg (1942) – il transcrivait lui-même « Vainberg » depuis le cyrillique, mais cette graphie est très peu utilisée.
    La symphonie est écrite dans un langage purement soviétique, très tonal mais où les mélodies claires et populaires ont un effet déceptif, sans cesse des modulations en cours de phrase, des sorties de route. Mais avec une limpidité et une fraîcheur qu'on ne trouve jamais chez Chostakovitch.
    C'est de surcroît un des plus beaux orchestres polonais, le Philharmonique de Varsovie, avec un des tout meilleurs chefs – il y a Antoni Wit, et il y a Jacek Kaspszyk. (C'est donné à la Seine Musicale.)

Messiaen, Des Canyons aux Étoiles. Le 16.

Bernstein, Symphonie n°3. Le 18.



D. Musique de chambre

Quatuor(s?) de Gounod par le Quatuor Cambini (instruments anciens, Julien Chauvin au premier violon) à l'Hôtel de Lauzun (le midi). Ils sont très beaux, étonnamment sophistiqués si vous avez dans l'oreille ses opéras, sa musique sacrée, ses mélodies, quoique très limpides, homophoniques et apaisés.

Dupont, Caplet, Glazounov, Bach, Beethoven, Liszt en musique de chambre à la Légion d'Honneur (le midi).

Quatuor avec piano de Chausson au CNSM, le 6. (Un bijou absolu, souvent enregistré, moins programmé.)

Sonate pour violoncelle et harpe de Durosoir, à l'Ancien Conservatoire, le 7. (Couplage avec Debussy violoncelle-piano et le Trio de Ravel.) Gratuit.

Messiaen, marathon des Catalogues d'Oiseaux par Pierre-Laurent Aimard. 10€ le concert, à la Philharmonie, le 25. Univers complètement fascinant, transfiguration d'une matière concrète et naturelle dans un langage consonant, au sein d'un système parallèle à celui (tonal) auquel nous sommes habitués.

Messiaen, Livre d'orgue. Son œuvre la plus aride, pas la plus aimée non plus, mais très rarement donnée. Le 18.

Œuvres pour orgue et violon de Rădulescu, Escaich, Gandrille. Le 23 au CNSM, gratuit.



E. Lieder, mélodies & airs de cour

Concert de clôture au colloque « Chanter l'actualité de Louis XII à Henri IV ». Hôtel de Lauzun le 22, à 18h (ajouté après génération du fichier, ne figure pas dans le PDF). Je ne me suis pas renseigné sur les conditions d'accès – ça m'intéresse vivement, mais je ne suis pas disponible à cette heure… –, vérifiez si c'est ouvert à tous, tout de même.

Dove ne vai crudele, programme d'airs de cour italiens d'Il Festino avec les solos de Dagmar Šašková. Je n'ai pas encore entendu ce programme-ci, mais leur propos est toujours très stimulant et/ou amusant, et remarquablement exécuté – accompagnements variés et calibrés, langue savoureuse.

Mélodies orchestrales françaises (dont du Théodore Dubois !) par Sandrine Piau et le Concert de la Loge Olympique. Le 23.

Lettres de soldats musiciens anglais & français, songs et mélodies, par des étudiants de Manchester et du CNSM (Classe d'Anne Le Bozec). Les 5 (soir) et 6 (midi).

Classe de direction de chant d'Erika Guiomar, toujours un événement. Il y a eu les arrangements d'œuvres lyriques (ou non) pour piano (Prélude des Gurrelieder, La Mer de Debussy, réminiscences de Thaïs…), il y a eu la soirée Hanns Eisler (que des lieder et mélodrames d'Eisler, parfois déclamés par les pianistes eux-mêmes !), et le niveau est extraordinaire, déjà de très grands artistes. Au CNSM, le 30. Je n'ai pas encore le programme. Gratuit.



F. Théâtre

Phèdre de Sénèque à partir du 29, au Studio de la Comédie-Française (galerie du Carrousel du Louvre). Même aux horaires difficiles (18h30), c'est déjà complet.

Faust de Goethe au Vieux-Colombier à partir du 21. Pas vérifié quel état du texte, ni quelle traduction.

Hugo, Mille francs de récompense, tiré du théâtre en prose et « en liberté ». Pas là qu'on trouve le plus grand Hugo, mais il demeure toujours de solides charpentes, même dans les plus légères. À la Cartoucherie, à partir du 22.

L'intégrale Ibsen au Théâtre du Nord-Ouest (TNO sur le calendrier), de maintenant jusqu'à juin ! Certaines pièces sont simplement lues (par une ou deux personnes, selon les cas), mais beaucoup de très rares sur les scènes françaises sont représentées. Téléchargez le calendrier de l'alternance sur leur site pour vérifieer.
♦♦ J'avertis tout de même sur les conditions, que vous ne soyez pas surpris comme je l'ai été : très petits moyens (quasiment pas de décors ni d'accessoires), textes débités rapidement (une séance à 19h et une à 20h45, dans la même salle !), en général des coupures. Et surtout, des conditions sanitaires délicates : tenace odeur de tabac froid incrustée, ménage fait tous les six mois (ce n'est pas une image, on a demandé…), donc il peut y avoir, en soulevant les décors, de très importantes quantités de poussières dans l'air (suivant la date du dernier ménage). En principe, ils le font au début de chaque nouvelle série, ce doit donc être le bon moment pour y aller !
♦♦ Le TNO se décrit lui-même comme un phalanstère (qui doit plus coûter que rapporter !), il faut le voir comme une volonté militante de mettre en valeur un auteur dans son entièreté, pas en attendre la plus grande expérience de théâtre de votre vie.

Pelléas et Mélisande de Maeterlinck à l'Opéra de Massy !  1er et 2. L'occasion de voir les servantes, ou la scène sur la mort de Marcellus. Il faut réserver en revanche, c'est dans le petit auditorium. Gratuit.

Lectures de Maeterlinck par Loïc Corbery dans la Coupole (le 27).

Ménagerie de verre de Tennessee Williams au T2G (Gennevilliers), à partir du 21.



G. Quelques chouchous

♦ Classe de direction d'orchestre du CNSM avec l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire, en ce moment mon chouchou sur tout Paris. Le 12.



H. Bonnes affaires

Toutes l'année, suite à des ajustements d'emploi du temps (et quelquefois simplement pour aller à un autre concert !) je revends des places, bien placées, pas chères.

Par ici.

(En ce moment, Schumann 2 avec Zimmermann et la Messe de Bernstein.)



Bon mars à vous. Mars redoutable, mars indomptable.

dimanche 18 février 2018

[Carnet d'écoutes n°119] – depuis novembre… I. Pleyel, Chopin, Herzogenberg, Stanford, Zemlinsky, Weingartner, Zhurbin, Connesson…


Quelques écoutes faites, impressions laissées çà et là depuis novembre. Image très partielle d'écoutes diverses, et commentaires parfaitement désinvoltes et informels. Si ce peut suciter des envies d'écoute…

(Rappel du code tartelettes : purement une mesure de mon intérêt personnel, sans prendre en compte les interprétations. 1 : agréable. 2 : à réécouter de temps à autre. 3 : à réécouter souvent. 4 : œuvre de chevet. 5 : parmi les grandes émotions. Et quand c'est meringué, c'est que je suis grognon.)

Hahn – Le Rossignol éperdu (II, Orient) – Ariagno
Hahn – Le Rossignol éperdu (III, Carnets de voyage) – Ariagno
Hahn – Le Rossignol éperdu (III, Carnets de voyage) – Eidi
Hahn – Le Rossignol éperdu (IV, Versailles) – Eidi
Deux lectures très différentes et complémentaires, Ariagno plus pédalée, Eidi plus sec (et il y a aussi Wild plus pianistique, ainsi qu'un quatrième que je n'ai pas encore testé). Les moments archaïsants (Noces de Joyeuse !) sont particulièrement délicieux, et d'une manière générale, on voyage sacrément dans ce cycle pudique mais ambitieux.

Ligeti – Études (livre I) – Banfield
Insupportablement métallique.
Ligeti – Études (livre I) – Aimard
Ligeti – Études (livre II) – Aimard
Rien à voir : un son très rond de soliste, une hiérarchisation des informations (là où tout était sur le même plan chez Banfield), mais aussi quelque chose de très éduqué et mesuré… pas très profusif ni débraillé pour du Ligeti. Finalement, Idil Biret reste ma référence ici.

Southam – Rivers (III-8) – Godlowska
Ça me lasse étonnamment cette fois-ci. Pourtant j'avais contre toute attente adoré ces boucles minimalistes et figuratives (accumulation de péchés mortels), lors de mes précédentes écoutes.


Charpentier – Messe de Minuit – Minkowski
Charpentier – Te Deum – Minkowski
Charpentier – Te Deum – Niquet
Qu'on ne me dise pas que j'ai des goûts inaccessibles après ça. Un peu de français gallican pêchu sur du 2-5-1, et je fonds comme Elphaba.

(Nicola) De Giosa – Don Checco (final) – San Carlo de Naples
Écrire du pré-Rossini en étant né après Verdi, c'est un peu honteux, mais ce n'est pas vilain non plus.

Nowowiejski – Legenda Bałtyku (air) – Beczała
Là aussi, au milieu du vingtième, ressemble à un opéra du milieu du dix-neuvième, glockenspiel en sus.

Sokolović – Svadba – bande d'Aix 2016
« Opéra » pour voix de femmes a cappella. Je n'ai pas trouvé la bande complète, mais j'ai adoré ça. Des frottements harmoniques très expressifs, ça évoque le meilleur de la musique chorale nordique.

Nowowiejski – Quo Vadis (scène III)
Bien mieux que la Légende balte, un romantisme bon teint tout à fait agréable.

Kuhlau Lulu (actes I & II)
Tiré du même conte de Weiland que la Flûte Enchantée (Lulu est le nom de « Tamino »), le grand opéra national danois ; on est du côté des opéras de Spohr et de Schubert, avec des tentations d'airs rossiniens, mais globalement tout palpite en grands dialogues avec chœurs et instruments, une petite merveille.

KuhlauLulu (actes II & III)
Ça baisse en intérêt dans la seconde moitié, mais tout de même remarquablement chouette, et puis cette fin avec mélodrame, puis chœur de réjouissances qui hésite entre Mozart et Hérold !

Kuhlau Elverhøj (trouvé que l'ouverture)
Son œuvre réputée la mieux accueillie, qui lui a ouvert les postes d'enseignement officiels (il n'était pas danois de naissance) ; comédie largement fondée sur des thèmes musicaux folkloriques, en réalité !

SokolovićSvadba – bande d'Aix 2016
Réécoute complète. Vraiment un petit bijou, et une œuvre vraiment différente (six femmes, pas de personnages, pas d'orchestre, que des glossolalies). C'est Machinations avec de la musique (façon chœurs nordiques).

¶ (Brett) DeanHamlet– Glyndebourne 2017
Très bien écrit.

¶ (Jay) ReiseRasputin – Helikon de Moscou
Version traduite en russe. Pas déplaisant, sans être très marquant non plus.

Vainberg – La Passagère – Francfort
Je ne l'avais jamais écouté en entier. Le dispositif double est vraiment intéressant ; dans le genre parlez-moi-des-camps-sur-mes-soirs-de-loisir, c'est autrement plus captivant que la Maison des morts de Janáček !

Tchaïkovski – Optritchnik – Provatorov
Vraiment l'un des tout plus beaux Tchaïkovski (je veux dire par là du niveau d'Onéguine et de Pikovaya Dama), qui décoiffe dans une veine plus typiquement russe !

Tous ces opéras (sauf Elverhøj) sont donnés quelque part cette saison ! 



Chopin – Valses – Ott
Comme dit dans le fil, pas du grand son, mais très finement habité, avec beaucoup de délicatesse, d'épure, d'élégance.

Chopin – Sonate n°1 – Magaloff
Chopin – Sonate n°2 – Magaloff
Chopin – Sonate n°3 – Magaloff
Chopin – Sonate n°3 – Mertanen
Chopin – Sonate n°3 – Pires
Chopin – Sonate n°1 – Magaloff
Chopin – Sonate n°2 – Magaloff
Chopin – Sonate n°3 – Magaloff
Mertanen est complètement invraisemblable de densité… Les autres aussi. J'adore les trois sonates de Chopin, finalement parmi ses œuvres auxquelles je reviens le plus désormais, peut-être aussi parce que ce sont les seules œuvres de Chopin (avec les pièces concertantes hors concertos) que je n'ai pas jouées.

Chopin – Scherzo n°1 – Magaloff (Philips)
Chopin – Scherzo n°2 – Magaloff (Philips)
Chopin – Scherzo n°3 – Magaloff (Philips)
Chopin – Scherzo n°4 – Magaloff (Philips)
Sacré corpus… et Magaloff réussit des plans et des irisations harmoniques assez incroyables.

Chopin – Rondeau à la Krakowiak – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Chopin – Polonaise brillante – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Chopin – Fantaisie sur des airs polonais – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Chopin – Variations sur Là ci darem la mano – Mertanen, Turku PO, Telaranta (Ondine)
Remarquablement joué, mais les œuvres ne sont évidemment pas du même tonnel, même si j'aime beaucoup le joli rondeau !

Chopin – Études Op.10 – Magaloff
Chopin – Études Op.25 – Magaloff
Pareil que précédemment, quel massif et quels doigts !

Dupont – Les Heures dolentes– Lemelin
Dupont – La Maison dans les dunes – Kerdoncuff
Lemelin est un peu rond pour moi, Kerdoncuff, tranchant et étagé, parfait. J'aime énormément les tourments des heures de délire du malade, ou le le début lumineux et le final venteux de la Maison.

Zhurbin, Symphonie n°2 « Giocosa », Musica Viva ChbO, Ponkin
Du soviétisme, mais léger. La Première est sympa aussi, plein d'effets, assez linéaire et rhapsodique, mais pas sans charme.

Manoury, Kein Licht
Le livret n'est pas très édifiant, plutôt une pochade qu'autre chose, mais la musique est comme toujours très belle !

Mascagni, Iris (avec Mazzola-Gavazzeni et Cura)
Réputé son meilleur opéra, et une sacrée punition !

Casella, La Donna serpente, Noseda à Turin (2016)
Ça emprunte beaucoup à Boris Godounov et à Prokofiev, mais c'est assez plat.



Haendel – Silla – Biondi
Haendel – Serse – (Chandos)
Haendel – Giulio Cesare – Minkowski (Arkiv)
Haendel – Serse – Malgoire (Sony)

I. Pleyel – Quatuor Ben.337 – Pleyel SQ Köln (CPO)
I. Pleyel – Quatuor Ben.338 – Pleyel SQ Köln (CPO)
I. Pleyel – Quatuor Ben.339 – Pleyel SQ Köln (CPO)
Mérite vraiment le détour, et excellente interprétation des Pleyel de Cologne (il y a aussi un Quatuor du même nom, également sur instruments anciens, à Paris).

Mazzoni – Antigono – Onofri (Dynamic)
Du seria classique finissant, assez réussi ; pas mal de contiguïtés avec la Clémence de Titus, musicalement.
Rossini – La Donna del Lago – Zedda (Naxos)
Assez sympa quand même, dans son genre. Au moins il y a de l'action, c'est pas comme dans Semiramide où on décompte les heures qui séparent de la folie d'Assur…

Chopin – Études Op.10 – Geniušas (DUX)
Chopin – Études Op.25 – Geniušas (DUX)
Je découvre Geniušas. On en parle de plus en plus, et depuis assez longtemps ; par ailleurs il donne régulièrement des concerts du Čiurlionis ou du Szymanowski, il méritait donc l'essai.
Et je suis très impressionné, aussi bien techniquement (le legato absolu, la hiérarchisation des sons) que sur la construction générale, très sûre. Indéniablement des moyens et une personnalité qui sortent du rang – et pourtant, je venais de me les écouter par Magaloff, qui irise en même temps qu'il construit, mon horizon à peu près indépassable… et c'est à peu près aussi bien !

Herzogenberg – Geburt Christi – (chez CPO)
Herzogenberg – Geburt Christi – Grube (chez Hänssler)
Le chœur audiblement amateur chez CPO fait un peu mal, tandis que les petits braillards de Grube sont très aguerris et fonctionnent très bien dans une œuvre qui sent plus la liturgie que le chef-d'œuvre musical. Dans ce cadre, elle fonctionne très bien.

Herzogenberg – Liturgische Gesänge – Cantissimo, Utz (Carus)
Herzogenberg – Zum Totensonntag – Cantissimo, Utz (Carus)
Herzogenberg – 4 Motette – Cantissimo, Utz (Carus)
Quand un compagnon de Brahms se met à composer avec la ferveur de l'Obikhod russe. Hallucinant. Le disque de musique a cappella que je me suis le plus passé depuis un an.

Hahn – Quintette avec piano – Orchestre de Chambre de Paris
Les thèmes, les thèmes !  Rien que les pointés exaltant du premier…

Moeran – Symphonie en sol mineur – Lloyd-Jones (Naxos)

Weingartner – Symphonie n°1 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°2 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°3 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°4 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Weingartner – Symphonie n°5 – Symphonique de Bâle, Letonja (CPO)
Je dois dire que je suis moins enthousiaste au fil des réécoutes : quelque d'un chose d'un peu gentil. Je découvrais ce type de postromantisme alternatif à l'époque où j'ai été ébloui, mais maintenant que je peux plutôt écouter Atterberg 1 & 2 ou d'Albert, je suis sans doute moins sensible à Weingartner – qui se renouvelle très peu, j'ai eu l'impression d'entendre cinq fois le même esprit, pas loin de m'impatienter sur la Cinquième…

Vaughan Williams – Symphonie n°3 – Hallé O, Elder (label Hallé)
La prise de son est toujours spectaculaire pour ce label, mais peut-être un peu trop : on finit par profiter du molleux et des timbres, et le discours n'est pas aussi urgent. Pas du niveau des meilleurs volumes de la collection (dans les Sibelius et les Wagner, il y a des tueries).

Schulhoff – Cinq pièces pour quatuor – Orchestre de Chambre de Paris
Schulhoff – Quatuor n°2 – Orchestre de Chambre de Paris

Schmitt – Dionysiaques – Norwegian Wind Band

Scappucci – 3 Canti da Rilke
Compositeur vivant, protéiforme et d'une sensibilité très directe, quoique sophistiquée. Ici, du très bon richardstraussisme… ce n'est pas la face que j'aime le moins de lui.
https://www.youtube.com/watch?v=Xp0O_StS0e8

Scott – Symphonie n°3 – BBCPO, Brabbins (Chandos)


Nielsen – Symphonie n°2 – Festival de Pärnu, P. Järvi (YouTube)
Œuvre de chevet.
Bien mieux que sa version avec Francfort, d'ailleurs.

Martinů – Symphonie n°4 – Radio de Hesse, Ozrozco-Estrada (Chaîne officielle)
Grande version limpide et vive (les superpositions bois-piano si particulières !).

Mozart – Quintette n°3 – Berthaud, Voce SQ (Alpha)
Toujours pas trop compris l'intérêt du truc (mélodie pas très marquante accompagnée en batteries…), mais joué comme ça, avec ce grain et cette netteté, ça passe très bien.
Brahms – Quintette n°2 – Berthaud, Voce SQ (Alpha)

Stanford – Symphonie n°1 – Bournemouth SO, Lloyd-Jones (Naxos)
Stanford – Symphonie n°2 – Bournemouth SO, Lloyd-Jones (Naxos)
Stanford – Symphonie n°5 – Bournemouth SO, Lloyd-Jones (Naxos)
Quelle musique apaisée. Et puis un très beau scherzo dans la 1.

ფალიაშვილი (Paliaşvili), Daisi
Une sorte de Tchaïkovski géorgien… ça fonctionne vraiment très bien, un grand plaisir à tout écouter, mais j'ai l'impression que ça parle plutôt russe sur ma bande… C'est étiqueté Tbilissi, mais comme ça a aussi été donné à Odessa et Moscou, je m'interroge.


WilliamsSuite de Star Wars – Philharmonique de Bergen, Litton
La meilleure version de tous les temps.
Williams – Grande Suite de Star Wars (d'une heure, de I à VI) – Radio Danoise
Version très longue, avec beaucoup de suppléments rarement donnés en concert (Duel of the Fates, Anakin Theme, Love on the Balcony…).
Williams – Suite renouvelée de Star Wars (thème de Rey au lieu de Leïa) – Philharmonique de Bergen, Gardner
Prévu de consacrer une notule à ces bonnes adresses.

Tout ça se trouve en vidéo en ligne (Bachtrack pour le premier, YouTube pour les deux autres).

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Mahler, Symphonie n°3

Tennstedt avec le LPO, sur le vif en 1986 (ICA).
Très habité, évidemment, sans être non plus le Tennstedt le plus extraverti. Dans le dernier mouvement, par exemple, les temps sont beaucoup plus réguliers que d'ordinaire (où beaucoup de chefs allongent la levée du quatrième temps). Mais c'est une des très belles versions, où la tension se tient très bien, sans emphase d'ailleurs.

Levine avec Chicago (1975).
Probablement la version qui colle le mieux au programme : je n'avais jamais entendu les deux premiers mouvements sonner aussi joyeux, c'est assez déstabilisant.
Pour le reste, du vrai Levine : très direct, cuivres assez en avant, pas de circonvolutions, très net. Ce n'est pasle plus mystérieux, certes, mais pour ce qui est de la technique d'orchestre, on ne fait pas vraiment mieux, et tout coule de source.
Le dernier mouvement est une merveille de dosage… même les ruptures de tempo bâtissent la tension, tout paraît d'une telle évidence…

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Spears, Fellow Travelers, Cincinnati SO (Fanfare Cincinnati)
Coup de cœur, voir là : http://carnetsol.fr/css/index.php?2017/11/22/2978--opera-amours-uranistes-chez-mccarthy.
Spears, The Bear and the Dove, par Inscape (Dorian Sono Luminus)
Spears, Requiem, dirigé par le compositeur (New Amsterdam)
Un collage étonnant (ordinaire de la messe mélangé, un poème religieux français mis en musique par Le Jeune, stratifié, puis harmonisé comme du Whitacre…). Assez sympa.

Charpentier, David & Jonathas, Antipodes O & A. Walker, avec Dahlin (ABC)
Très belle version, fin remarquablement réussie. (Moins froid et « blanc » que les versions Christie.)

Debussy, Deux Danses, Nordmann & Debussy SQ (Timpani)
Caplet, Trois Prières, Masset, Nordmann & Debussy SQ (Timpani)
Caplet, Conte Fantastique, Nordmann & Debussy SQ (Timpani)

Zemlinsky, Sinfonietta (arrangement de chambre), Storgårds (Ondine)
Zemlinsky, Sinfonietta, Philharmonie Tchèque & Beaumont (Chandos)
Zemlinsky, Symphonie en si bémol, Philharmonie Tchèque & Beaumont (Chandos)
Zemlinsky, Psaume 23, Radio de Berlin & Chailly (Decca)
Zemlinsky, Symphonie en si bémol, Radio de Berlin & Chailly (Decca)

Ropartz, Petite Symphonie, Orchestre de Bretagne (Timpani)
Ropartz, Pastorales, Orchestre de Bretagne (Timpani)
Côté assez milhaldien dans tout ça, mais sympa.

¶ récital français d'Arquez avec l'ONBA
Plus chouette que ce que j'en avais vu avec piano en récital, sans doute plus longtemps mûri aussi.

Berlioz, Les Troyens, Nelson.
Référence assez absolue, à commencer par l'orchestre.

Duruflé, Danses pour orchestre, RTF.
Duruflé, Intégrale pour orgue, Flamme.
Beau renouvellement de l'image de Duruflé, pas uniquement contemplatif similigrégorianisant.

Charpentier, Pastorale de Noël, Christie.
C'est pour ça que ça m'avait peu marqué avant Daucé : vraiment moins atmosphérique, malgré la distribution très affriolante.

Kodály, Sonate Op.8 pour violoncelle seul, Weilerstein.
Très belle interprétation, toujours pas convaincu par l'aspect très surchargé (et long !) de ce patchwork d'airs folkloriques d'aspect très sombre.

Veress, Sonate pour violoncelle seul, Queyras.
J'aime bien Veress, mais ça j'aime pas. Assez pénible dans le genre violoncelle virtuose un peu creux.

Fried, Die verklärte Nacht, Foremny
Même si l'enregistrement ne les met pas très en valeur, j'écoute de plus en plus les détails d'orchestration – la prise de parole du ténor sur la seule section de vents, ce doit être assez extraordinaire en concert. Et il faudrait le jouer au moins deux fois, l'une pour l'ivresse des paroles, des voix, du poème, l'autre pour écouter toutes les petites finesses qui jalonnent la pièce.

Beethoven, Sonate n°28, Backhaus
Beethoven, Sonate n°29, Backhaus
Beethoven, Sonate n°30, Backhaus
Beethoven, Sonate n°32, Backhaus
Dans le genre un peu dur et sans aucun effet de manche une vraie valeur sûre véritable.

Berlioz, La Damnation de Faust, Ozawa
J'avais adoré la bande de Paris (2001, avec Larmore, Sabbatini et van Dam !), mais ici, malgré la qualité du détail, c'est un peu sérieux, et McIntyre en Méphisto, non, ce n'est pas possible : sérieux, uniforme, moche, ça ne fonctionne même pas à rebours comme son Golaud. Dommage, il y a Burrows en face (et Mathis).

Steffani, Duos de chambre, Stubbs & O'Dette (avec Baráth et Forsythe).
Steffani, Cantates, Fons Musicæ (avec Zanetti et Bertin).
Vraiment très personnel comme univers, surtout les duos, et ineffable. Le disque de duos de chambre de Curtis (avec Watkinson, Esswood, Elwes, etc.) est une tuerie d'une prégnance inestimable.
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Mahler, Symphonie n°8, Nagano.
Version attirante même si Nagano arrondit comme toujours les angles, un peu tranquille ; elle additionne Dawson dans des parties très instrumentales, Matthews, Roth dans de la belle déclamation, Rootering, le DSO Berlin et le Chœur de la Radio de Berlin…
… et j'écoute Gambill ruiner tout ça avec ça voix qui pleure (et pas toujours sur la note).
Au demeurant, ce n'est pas pire que bien des ténors dans cette partie impossible, même Jovanovich n'est pas à son aise ici !  (Finalement j'y aime bien le crâne Riegel !)

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Schumann, Symphonies 1-2-3, Gewandhaus, Chailly
Assez déçu à la réécoute… et vraiment, ce que fait Mahler, en « normalisant » Schumann, est tout à fait sans intérêt : c'est aussi mal orchestré qu'avant, mais ça correspond moins à l'équilibre général. Ce n'est plus bizarre ou défectif, juste mal fait.

Schumann, Symphonies 1 & 3, WDR, Vonk
Une des très grandes intégrales (comme Zinman, Barenboim-SkBerlin, Sawallisch, Rattle, Solti…), très vive, poétique, tendue vers son but. La Radio de Cologne a déjà atteint son niveau exceptionnel actuel.

Schoeck, œuvres chorales avec ou sans orchestre, MDR Leipzig
Grosse et magnifique surprise que ces bouts d'opéra (où de Mahler, comme ce Dithyrambe !).

Un peu de glotte : Ariodante de Haendel (« Dopo notte » par Hallenberg et Curtis, lors d'un concert roumain), Prince Igor de Borodine (l'air du Prince : Putilin au Mariinsky, Azizov au Bolshoï dans la récente version révisée de Liubimov).

Schoeck, Notturno, Rosamunde SQ, Gerhaher
Merveille, dans une version très parlée, très étonnante.

Protopopov, Sonate n°3, Fikret Amirov
Zaderatski, Sonate n°2, Fikret Amirov
J'aime davantage la Première de Popov. En revanche, dans le genre erratique mais familier, la 2 de Zaderatski est très réussie !

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Cihanov, Cälil, Opéra National Tatar de Kazan
→ Musa Cälil, poète kazakh, par ailleurs auteur d'un livret d'opéra, est fait prisonnier en Pologne en 1942. Il rejoint alors la « légion nationale » Volga-Tatar formée par les prisonniers des allemands pour combattre les soviétiques sur leur propre sol. Enrôlé sous un faux nom, il infiltre l'unité de propagande, utilise ses moyens pour diffuser des tracts séditieux, prépare la rébellion, jusqu'à ce que le premier bataillon tatar parte sur le front… et abatte tous ses officiers nazis. Les mutins sont arrêtés par la Gestapo en Biélorussie, et Cälil (âgé de 38 ans) et ses compagnons, non sans laisser des carnets (Le Serment de l'Artilleur), sont guillotinés à Berlin. Dans l'opéra, tout se passe dans un camp… à côté, la Passagère de Vainberg ou Ismaïlova de Chosta, c'est bigarré comme Pinder.
→ Musicalement, ce n'est vraiment pas bon : alternance de marches simplissimes, de danses folkloriques et de mélodies lyriques à couleur locale, le tout juxtaposé, de la grosse fanfare purement au service du sujet patriotique : le poète est d'abord torturé, puis maudit par les siens lorsqu'il feint de se nazifier, puis glorifié. Bref, rien à voir avec la superbe découverte de ფალიაშვილი (Paliaşvili), pour en rester dans le domaine d'influence russe sur des langues non indo-européennes.

Prévu de redire tout cela dans une notule à part (mais la présentation a déjà été postée d

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Boris Tichtchenko

Comme les concertos pour clarinette sont à peu près les seuls que j'aime vraiment, j'ai voulu écouter.

Trois œuvres sur le disque.

Concerto pour piano.
Épouvantable : du minimalisme à base d'accords martelés (au moins, Glass, ça plane). Et long en plus, cinq mouvements.

Concerto pour clarinette.
D'une délicatesse infinie. Un délice pastoral, il n'y en a pas beaucoup d'aussi beaux dans le répertoire.

Signes du Zodiaque, pour soprano et orchestre à cordes.
À tomber. Une beauté simple, une évidence mélodique sans façon, et pour ne rien gâcher Yana Ivanilova est assez miraculeuse.

Comme Gricha, voilà que je me mets à crier « Boris, Boris ! ».
(non, je ne parle pas des Bogdanov, grands nigauds que vous êtes)

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Grisélidis de Massenet. Peut-être le meilleur Massenet, en tout cas le plus naturellement dramatique (ce qui n'est pas peu dire !).

Tchaïkovski, la Sixième de Kampen & Concertgebouw. Il y a quand même eu mieux depuis (les cordes ne sont pas très agiles comparées aux standards d'aujourd'hui), mais terriblement intense, quoique assez vif (les râles des cordes graves, brrrrr).
Je me suis bissé l'Ouverture 1812 sur le même disque, d'une énergie et d'une précision d'articulation proprement inouïes.

¶ Puis poursuivi avec les limpides poèmes symphoniques par Oslo-Jansons (les trompettes acidulées à la norvégienne dans Roméo) et Royal Philharmonic-Ashkenazy (avec la rare Élégie à Samarine).

¶ Et puis tout de même, vous devez entendre ça, les Rückert de Mahler par Norman à son sommet, à se coller à son siège.

Massenet, Grisélidis, version de la RTF avec Moizan, Mallabrera, Betti, Depraz… Quelle merveille, oui, le meilleur Massenet, je maintiens (Thaïs et Amadis sont en embuscade derrière).

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Magnard, Symphonie n°1, Malmø SO, Th. Sanderling (chez BIS).
Vraiment le type de musique dont on ne se demande pas pourquoi ce n'est pas plus joué. Non pas que ce soit mauvais, mais si austère, si peu de mélodies saillantes, de moments ou d'effets qui accrochent l'oreille…

Magnard, Symphonie n°3, Malmø SO, Th. Sanderling (chez BIS).
Bien meilleure (la meilleure des quatre, m'a-t-il toujours semblé, mais j'aime bien aussi la lumière de la 2), un beau mouvement lent, de vrais effets de progression prenants, dans le final en particulier. Version vraiment pas mal d'ailleurs, merci Malmø d'alléger la pâte (car pas trop le genre de Th. Sanderling !).

Magnard, Chant Funèbre (et le reste du disque Timpani : Hymne à la Justice, à Vénus, terne Suite dans le style ancien…). Commence vraiment de façon simple, sinistre, répétitive, mais la façon dont le même motif obstiné s'illumine peu à peu, c'est saisissant !

À mon grand désarroi, je crois que j'aime désormais les Symphonies de Magnard.

La rhétorique de la 3, la lumière de la 2, le mouvement lent complètement épuré et rétro de la 4… il n'y que la 1 où je n'aie rien trouvé de saillant. Je me suis même bissé les 2 & 3 immédiatement après écoute.

Il faut dire que la version de Thomas Sanderling (pourtant pas un modèle de clarté dans ses jeunes années) avec Malmö enlève toute l'épaisseur superflue. C'est toujours assez massif et sévère, mais pour la première fois (après avoir testé pas mal de versions, assez régulièrement), j'en perçois les beautés… et je crois que j'aime beaucoup.

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d'Indy, Fervaal. Vraiment du Wagner partout, jusque dans le livret avec les blocs de narrations rétrospectives insupportables. (Et puis la malédiction de l'amour, les appels hors scène, etc.) Des bouts entier de la Walkyrie et de Siegfried là-dedans.
Mais musique ineffable (et très bien servie, en particulier par Sophie Fournier, Philippe Rouillon et le Symphonique de Berne).

¶ Beethoven – Chansons galloises, écossaises, irlandaises – Daneman, Agnew, Harvey, J. Hantaï… (Naïve)
Que c'est frais et réjouissant ! On devrait jouer ça tout le temps…

Mendelssohn – Symphonie n°3
Harnoncourt-COE, puis Jansons-BayRSO. Le second est vraiment impressionnant, plus proche du jeune Jansons en fait : clarté des plans, et souci de la danse (le mouvement final est ralenti pour pouvoir mieux rebondir dans les articulations de ce qui est, nous disent les indications, bel et bien une danse, ce qu'on perçoit rarement).

Connesson – Flammenschrift – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Connesson – Concerto pour flûte – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Connesson – È chiaro nella valle il fiume appare – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Connesson – Maslenitsa – Bruxelles PO, Denève (DGG)
Merci à Benedictus d'avoir mentionné Flammenschrift, j'étais passé à côté du disque. Cette pièce-ci n'a pas grand intérêt (quel est le lien avec Beethoven ? sans lire la notice, pas vraiment évident), mais le reste du disque est assez formidable ; pour commencer le plus beau Concerto pour flûte du répertoire (il est vrai plutôt sinistré), et puis ce poème symphonique richardstraussien en mieux, È chiaro nella valle il fiume appare (sorte d'Alpestre en inspiré, à rapprocher d'Älven d'Atterberg).
Un délice que je me suis bissé.

Connesson – Aleph – Scottish RNO, Denève (Chandos)
Connesson – Une lueur dans l'âge sombre – Scottish RNO, Denève (Chandos)
Connesson – Supernova – Scottish RNO, Denève (Chandos)
Et puis j'ai passé le reste de mon temps d'écoute depuis à écouter du Connesson symphonique (encore déçu à la réécoute de Supernova, mais Aleph est superbe…).

Beethoven – Quatuor n°13 – Pražák SQ
Beethoven – Quatuor n°12 – Pražák SQ
Beethoven – Quatuor n°14 – Pražák SQ
D'assez bonnes œuvres plutôt bien interprétées. Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven

Haendel – Concerto à double chœur n°1 – Freiburger Barockorchester
Haendel – Concerto à double chœur n°2 – Freiburger Barockorchester
Haendel – Concerto à double chœur n°3 – Freiburger Barockorchester
Nouveauté. Sympathique, en, particulier And the Glory of the Lord dans le 1 et Glory to God dans le 2, thèmes du Messiah. Trèsbelles couleurs, sinon.

Ruders –Haendel Variations – Aarhus SO, Andreas Delfs (Da Capo)
Ruders – Concerto pour alto – Lars Anders Tomter, Aarhus SO, Marc Soustrot (Da Capo)
Ruders – Bel Canto pour violon solo – Rune Tonsgaard Sørensen (Bridge)
Ruders – Serenade on the Shores of the Cosmic Ocean – Mikko Luoma (accordéon), iO SQ
Un thème court de Water Music très vite méconnaissable, mais vraiment agréablement écrit pour l'orchestre. Le concerto pour alto s'écoute très bien, de même que le solo de violon, sans que l'un ni l'autre ne soient non plus des sommets absolus ni des nouveautés particulières (le disque Da Capo vient cependant de sortir, et le volume 6 de l'édition Bridge ne doit pas être trop vieux non plus).
En revanche, l'Océan cosmique est une addition de stridences (certes calmes) de quatuor surmontées de celles de l'accordéon. Ça fait un peu bobo, malgré les plaisantes épigraphes qui citent du Darwin ou le nom botswanais de la Voie Lactée…).

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Gounod – Le Tribut de Zamora

Écouté hier sur la Radio Danoise P2 qui le diffusait. On peut le réécouter pendant quelque temps : https://www.dr.dk/radio/p2/p2-operaaften/p2-operaaften-zamoras-hyldest .

Pas pu attraper le début, mais ça m'a semblé du niveau de Roméo, meilleur que la Reine de Saba, un grand Gounod… veine mélodique pas aussi évidente que Faust (qui est à part pour le meilleur et pour le pire…), mais un lyrisme remarquable en revanche, peut-être son œuvre la plus lyrique d'ailleurs.

Et c'est vraiment un flux de beautés, sur une intrigue de serments trahis plutôt bien faite, quelque part entre la Force du Destin, les Pêcheurs de Perles et le Trouvère…

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Schoeck – Besuch in Urach
La version orchestrale est une tuerie de chatoyances verbales, vocales, orchestrales. On devrait interdire de faire des trucs aussi beaux, ce n'est pas chrétien.
Surtout qu'avec Rachel Harnisch et Venzago à la tête du Symphonique de Berne, rien ne manque à l'orgie transfiguratoire (car, oui, c'est encore une transfiguration que ça raconte).

dimanche 11 février 2018

La finale de Voix Nouvelles


Livré quelques impressions sur chaque air de la finale (et quelques portions des finales régionales) dans les commentaires sous la notule initiale.

samedi 10 février 2018

[Carnet d'écoutes n°118] – Nouveautés Hausegger : Barberousse, 3 Hymnes à la Nuit (Keller)


hausegger

Hausegger – Barbarossa
Hausegger – 3 Hymnen an die Nacht
Begemann (baryton), Norrköping SO, Hermus


On peut écouter intégralement, gratuitement et légalement par ici – vous y trouverez l'intégralité des quatre enregistrements disponibles de Hausegger : trois disques CPO et un mp3 autoproduit par l'American Symphony Orchestra.

Le poème symphonique sur Barberousse n'est ni très figuratif, ni au sommet musicalement de Hausegger – on est loin de la Natursymphonie (Jedi-Sinfonie) ou des poèmes symphoniques du précédent album CPO (Variations sur un comptine, Fantaisie dionysiaque, Wieland le forgeron), vraiment réjouissants de bout en bout, débordant de contrechants très nourrissants, pour un postromantisme à la fois très dense, radieux et pas du tout opaque.

En revanche les 3 Hymnes à la Nuit, non pas sur du Novalis mais sur du Gottfried Keller (le poète fétiche des meilleurs cycles de Schoeck, celui du Notturno ou de Lebendig Begraben, par exemple), révèlent un aspect moins purement postromantique et plus subtilement décadent, plus chargé et inquiétants tout en conservant les mêmes qualités de lyrisme, exaltés de surcroît par le grain prégnant et la déclamation toujours splendide de Hans-Christoph Begemann (même en français, d'ailleurs).

Un cycle qui se classe sans peine parmi les plus beaux cycles de lieder orchestraux décadents (liste qui mériterait fort d'être mise à jour pour inclure quelques bijoux qui y font défaut, dont les Schoeck, précisément – et peut-être Casella).

hausegger

Je précise tout de même que, contrairement au merveilleux Symphonique de Bamberg dans l'album ci-dessus déjà dirigé par Anthony Hermus, c'est cette fois le Symphonique de Norrköping qui officie – et malgré toute la science des ingénieurs du son de CPO (amplitude et transparence les meilleures du marché), Norrköping conserve son titre de cuivres les plus acides au monde. Même pour un fanatique de cuivres soviétiques, de spectres orchestraux norvégiens (toujours acidulés) et de trompettes baroques dans mon genre, les dents grincent quelquefois, tant la franchise de leur émission a quelque chose du citron frais, le sucre en moins.

Pour autant, très bel orchestre au spectre clair et au véritable engagement, comme toujours. Mais la caractéristique n'a pas changé depuis les enregistrements de Neeme Järvi il y a un quart de siècle… toujours un des orchestres les plus typés au monde, plus facile à reconnaître que Berlin ou le Concertgebouworkest.

dimanche 4 février 2018

[Carnet d'écoutes n°116] – La Isla desolada de Tomás Marco : la cantate entre Nono et Aboulker


[Écoutable intégralement, gratuitement et légalement sur ordinateur ici.]

Parution chez Ibs d'une œuvre toute récente (2016). Il s'agit de l'adaptation d'un poème du musicien et musicologue , Luciano González Sarmento (2015). Il s'agit de l'évocation des émotions d'un naufragé (arrivée sur l'île, agitation des Ménades, désespoir de la solitude, puis l'espoir final), mâtiné de références grecques (Moires, Méduse, Naïades…), sous forme d'une sorte de méditation sur  le monde.

isla_desolada.jpg

La langue n'en est pas moche, et la musique y trouve sa voie : complètement tonale et même assez simple harmoniquement, mais sise sur des rythmes relativement sophistiqués (accompagnement du chœur et des solistes seulement par piano et percussions – timbales, marimba…), une prosodie à nu et très claire. Tout cela fonctionne assez bien pour une cantate contemporaine d'1h30 : on est un peu dans le dispositif mouvant de Prometeo de Nono, mais dans le langage naïf d'Aboulker, et le mélange prend assez bien.

Pas un chef-d'œuvre ultime, mais un voyage rafraîchissant. Il y a tellement d'œuvres contemporaines hermétiques, grandiloquentes, ou niaises, que cet équilibre-ci fait plaisir à entendre, si l'on n'est pas rétif à une simplicité un peu nue.

[Carnet d'écoutes n°115] – Mendelssohn : Symphonies 1,3,4,5 par Andrew Manze et la Philharmonie de Hanovre


[Écoutable intégralement, gratuitement et légalement sur ordinateur ici.]

Le volume réunissant les 4 & 5 vient de paraître, et je découvre par la même occasion l'existence du précédent volume (1 & 3) par cet orchestre, la NDR Radiophilharmonie Hannover (qui n'est pas la célèbre NDR de Hambourg), l'un de mes quelques chouchous en Europe (par ailleurs, et ce n'est que partiellement une coïncidence, l'intégrale des symphonies de Sinding chez CPO, c'est eux).

Quant à Andrew Manze, après avoir été violoniste baroque, soliste chez les meilleurs, il a livré une intégrale Brahms à Helsingborg qui est désormais ma version de chevet : très directe, de belles couleurs, peu de rubato,  la structure formelle comme le contrepoint s'éclairent, avec une énergie motrice permanente !

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Je n'ai pour l'heure écouté que la Troisième, mais cela se confirme : un Mendelssohn à la pulsation très régulière, à la limpidité inhabituelle (beaucoup d'intégrales ont été captées par des orchestres épais dans des cathédrales nébuleuses), où les détails des articulations rythmiques et la réalité des timbres sont très précisément rendus, non sans une belle avancée de tous les instants (le mouvement lent est en particulier très réussi, les changements de climat vraiment mis en valeur). Les fugatos paraissent plus nombreux que jamais, grâce à cette radioscopie jubilatoire !

Petite réserve : il y a peut-être un rien de raideur et de froideur (pas les timbres les plus personnels du monde, c'est sûr), accentués par la prise de son Pentatone, un peu trop proche et asséchée, comme souvent (mais plus réaliste que d'ordinaire, moins déformée par le mixage).

En tout cas, du Mendelssohn qui claque, et combien joliment !

manze

Depuis quelques années, les intégrales se sont accumulées, et rien que dans le genre nerveux, Nézet-Séguin-COE, Heras-Casado-Freiburger Barockorchester ou Poppen-Saarbrücken constituent de fantastiques références !

Par ailleurs, il reste les beaux classiques Dohnányi-Vienne (on n'a pas fait mieux…), Ashkenazy-DSOB, Litton-Bergen, Weller-Philharmonia.

Et, en séparé dans la 3, on peut aussi profiter de Szell-Cleveland, Maag-LSO ou Goodman.

samedi 3 février 2018

[Carnet d'écoutes n°114] – Sonya Yoncheva : album Verdi


Récital écoutable intégralement, gratuitement et légalement ici (sur ordinateur).

Après avoir très vite commencé, en Bulgarie, par chanter les spinti (grands ambitus de formats lyriques héroïsants, façon Tosca ou grands Verdi), Yoncheva s'est fait connaître au grand public par le Jardin des Voix de Christie (où elle chantait divinement nettement les formats baroques, aucune grosseur…), puis plus largement en remportant Operalia (avec l'air du Cours-la-Reine de Manon de Massenet, lyrique assez léger), et il me semble que sa première grande production vidéodiffusée à l'international furent ses Pêcheurs de Perles (miraculeux de précision, là encore) à l'Opéra-Comique.

Mais dès que sa notoriété fut suffisante, la voilà (avec un vague sentiment de trahison pour ceux qui espéraient en elle pour servir au plus juste le baroque ou au minimum l'opéra français romantique) retournée à ses premières amours, les très grands rôles du très grand répertoire.
(Avec, à mon sens, une déperdition technique lors de cette transition brutale : ce qui était parfait ne l'est plus vraiment.)

yoncheva

Et, de fait, on alterne entre le magnifique et quelques détails qu'il est étonnant de laisser passer en studio (comme cet aigu crié dans « D'amor sull'ali rosee » du Trouvère), pas très rassurant considérant que l'évolution d'une voix dans les rôles exigeants du romantisme tardif et sur les plus grandes scènes va invariablement dans le sens du dérèglement progressif et du déclin, fût-ce lent.

Détail amusant, Yoncheva dit écouter peu de disques avant de préparer ses rôles pour ne pas singer qui que ce soit, mais dans le bas-médium, je trouve enfin la réponse à une énigme : Callas avait une voix bulgare !  À l'aveugle, c'est exactement le même timbre très arrondit et un peu dans les joues dans certaines parties de la tessiture !
(Et, de fait, je n'y avais jamais songé, mais il y a quelque chose de slave oriental dans l'enflement des sons de Callas. De pas italien du tout, en tout cas, techniquement parlant.)

Pour le reste, très joli récital, très bien chanté, avec des airs rares – mais pas vraiment intéressants… les points forts des Verdi de jeunesse ne résident pas à vrai dire dans leurs airs de soprane. Pas d'incarnation bouleversante à signaler non plus, mais j'ai déjà dit à mainte reprise combien l'exercice du récital d'opéra, a fortiori pour un disque en studio supposé inonder le marché et préparer les directeurs d'Opéras à ses prochaines prises de rôle, me paraît formel et finalement assez éloigné de ce qui fait le prix de l'opéra – la fièvre de l'action, de la déclamation, de situations fécondées par la musique.

C'est néanmoins de la très jolie glotte !

[Carnet d'écoutes n°113] – Joseph Calleja : album Verdi


Plusieurs nouveautés emblématiques ou appétissantes viennent de paraître. Par conséquent, petite série ce week-end.





Joseph Calleja : album Verdi

On peut écouter intégralement, gratuitement et légalement ici (sur ordinateur : payant sur téléphone).

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Combien mes sentiments sont ambivalents envers Calleja !

♥ La voix est miraculeuse, une véritable émission claironnante, haute et mixée, qui n'hésite pas à paraître légèrement nasale au disque pour réellement sonner, crois-je devenir, dans les salles. On croirait retrouver le profil des grands chanteurs du passé (avec une diction tout de même un peu plus en arrière).

♥ Ce dernier disque a le mérite non négligeable, plutôt que de se limiter aux airs (rarement le plus intéressant de la musique), de proposer quantité de duos, parmi les plus belles pages de Verdi (Alvaro-Vargas, Carlo-Posa, Otello-Iagp) ; il explore aussi des franges que Calleja n'a pas forcément projet d'aborder – uniquement des rôles de ténor spinto, voire dramatique, alors que Calleja est très prudent (et sort à peine d'Edgardo et Alfredo, des rôles de format lyrique pas très lourd…).

calleja

Et pourtant… qu'est-ce que j'enrage en entendant cette expression impavide ; ce n'est pas tant une incapacité ou une pudeur que le fait qu'on entende, audiblement, qu'il se concentre sur son timbre et sa voix. Il en va de même pour le répertoire : extrêmement réduit, si bien qu'un album tiré des grands opéras de Verdi fait figure de renouvellement incroyable dans son répertoire (pourtant presque exclusivement verdien…). Quel gâchis de cantonner ce talent dans une poignée de rôles où l'on n'a pas vraiment besoin de son excellence, alors que tant de franges moins bien servies pourraient bénéficier de sa notoriété et de sa qualité. Ah, pour sûr, il ne va pas vieillir précocément, celui-là.

♠ Calleja, en fin de compte, mis à part la question du timbre (vraiment à mon goût, contrairement à l'autre) et de la personnalité (sensiblement moins fantasque), a tout du profil Pavarotti : un technicien qui ne peut que fasciner tous les amateurs de chant, sans qu'on soit bien que le chanteur en fasse réellement quelque chose. [Mais peut-on chanter aussi bien sans être obsédé en permanence, à chaque seconde de sa vie à la ville ou sur scène, pour le beau son ?]

Bref, c'est très beau, mais pas complètement palpitant (tous ces héros emportés paraissent tellement civils !), et un peu frustrant aussi, en creux du moins.
 

mardi 30 janvier 2018

Concerts : qui veut la peau de Février ?


Voilà trois ans que je fais la même blague déclinée différemment, pour janvier comme pour février, mais j'ai eu peu de succès jusqu'ici.

Comme le mois passé, vous trouverez ici le planning PDF où apparaissent tous les dates et lieux sélectionnés, quantité de petits concerts (ou au contraire de concerts très en vue) dont je ne parle pas ci-dessous.

N'hésitez pas à réclamer plus ample information si les abréviations (tirées de mon planning personnel, destiné au maximum de compacité) ou les détails vous manquent.
(Les horaires indiqués le sont parfois par défaut par le logiciel, vérifiez toujours !)



0. Rétroviseur

Auparavant, les impressions des concerts de janvier :
►#45 Messe pour les Couvents de Couperin, à la Chapelle Royale de Versailles, en hommage à Michel Chapuis (Robin, Bouvard, Desenclos, Espinasse) ;
►#46 Cours public de Philippe Berrod (Nielsen, Saint-Saëns, Weber) ;
►#47 Motets polychoraux spatialisés du XVIIe italien (et Charpentier) par l'Ensemble Correspondances ;
►#48 Psyché II de LULLY au CRR de Paris ;
►#49 Premier Requiem de Cherubini (celui pour Louis XVI) par Insula Orchestra & García-Alarcón ;
►#50 Le Christ au Mont des Oliviers de Beethoven par Rhorer ;
►#51 Cours public de Christophe Coin (Abel, Marais, Boccherini) ;
►#52 Bruckner n°3 / Orchestre de Paris / Blomstedt ;
►#53 Lieder et mélodies rares : Mayrhofer de Schubert, Wolf, Fauré, Chausson, L. Boulanger, Cras, Delage, Ullmann, Poulenc, Britten, Messiaen avec la classe d'accompagnement lyrique d'Anne Le Bozec ;
►#54 Bruckner n°2 pour orchestre de chambre (Dausgaard) ;
►#55 Un Bal masqué de Verdi avec Radvanovsky, Pretti et Piazzola ;
►#56 Onslow n°2 (et Leonskaja dans le Quatrième Concerto de Beethoven) ;
►#57 Beethoven n°2 par les Lauréats du CNSM (classe de direction d'orchestre d'Alain Altinoglu)
►#58 Tchaïkovski n°2 et Petrouchka par le Philharmonique de La Scala & Chailly

Et quelques déambulations :
en vallée de Chevreuse, avant la soirée de réveillon, dans la nuit et la boue mais avec de véritables morceaux de poésie allemande dedans ;
☼ dans les forêts, parcs et musées de Chantilly (et l'exposition Poussin) ;
détails de l'exposition Chrétiens d'Orient à l'Institut du Monde Arabe ;
détails de l'exposition François Ier et l'art flamand au Louvre ;
détails de l'exposition du paysage en dessins du début du XIXe au Louvre.



J'attire en particulier votre attention sur quelques perles.

(En rouge, les œuvres rarement données – et intéressantes !)
(En bleu, les interprètes à qui je ferais confiance, indépendamment du seul programme.)



A. Opéra

Le Pavillon des Pivoines, comme pratiquement tous les ans. (le 9)

L'Amour africain de Paladilhe, un délicieux opéra léger de la fin du XIXe, mais à la musique consistante, par l'infatiguable Compagnie de L'Oiseleur (qui fait ce que l'Opéra de Paris ne fait pas…).

Moscou, quartier des Cerises, opérette de Chostakovitch dont l'écriture très simple et légère surprend. À l'Athénée.

Saariaho, Only the Sound Remains (à Garnier).
    Comme c'est rare, j'en dis un mot tout de même. Je n'ai pas entendu la bande en entier, mais cela ressemble tout à fait à du Saariaho. Déjà très contemplative, voilà qu'elle choisit un Nô, avec quatre personnages pour deux chanteurs (un Pêcheur, un Prêtre, un Esprit, un Ange !), dont deux incarnés par un falsettiste. Autant vous dire que ça crépite de partout avec une foule d'événements et la densité d'un drame verdien.
    Ce sera donc très beau en musique de fond pendant un dîner entre amis, mais je ne suis pas sûr que s'asseoir dans une salle et attendre que ça se finisse soit un projet viable, du moins si on aime le théâtre ou la musique un peu variée.
    Consolation, il y aura Davóne Tines, un formidable baryton-basse, bête de voix et de scène.

Le Mystère de l'Écureuil bleu d'Éric Dupin.
Initialement donné uniquement en vidéo pendant la période de travaux, une jolie enquête policière dans des coulisses d'opéra loufoques, servie par de formidables jeunes interprètes issus de l'Académie de l'Opéra-Comique, sur une musique très simple et tonale : à présent redonné en version scénique, avec des spectateurs autorisés dans la salle.



B. Musique chorale

Requiem de Campra par les Talens Lyriques. Ni le meilleur de Campra, ni le répertoire qui flattera le plus la formation, mais ce n'est pas donné tous les jours, et ce devrait joliment sonner dans la Philharmonie.

Motets de Pollio, inédits du manuscrit de Beauvais, par Schneebeli dirigeant les excellents spécialistes du CRR de Paris. (Baroque français. Pas sûr même que ça existe au disque.)

Chœurs de Holst, Biebl, Ropartz, Berlioz, Bernstein, Mendelssohn et Debussy par les jeunes filles de la Maîtrise de Paris, Mairie du XIXe le 13.

Rachmaninov, Les Cloches. Une œuvre vocale et chorale tout à fait spectaculaire, dans une veine épique très proche de son Prologue de Francesca da Rimini (si vous n'avez pas essayer, on pourrait parler de démesure hugolienne dans un langage sonore tout à fait russe). Assez irrésistible. [Et ce sera avec le meilleur chœur symphonique du monde, le Chœur de l'Orchestre de Paris, avec Lungu, Popov, Vinogradov, Noseda !]
Couplage avec une rareté : des portions symphoniques de La Donna serpente de Casella… (Certes, je trouve cet opéra très mauvais – caricature d'écriture italienne fade malgré ses parentés avec Moussorgski et Prokofiev… –, mais ça change.)
Après réécoute récente, j'ai trouvé cela beaucoup plus morne que lors de mes précédentes écoutes, assez émerveillées. Le concert tranchera, mais avec Casella et le Chœur de l'Orchestre de Paris, on joue tout de même sur du velours !

Requiem, Gloria et Magnificat de John Rutter par les étudiants du CRR de Paris et le Chœur d'Air France, les 9 et 10. Rutter écrit dans un langage tout à fait tonal, non dénué d'élégance et de grâce. Vraiment accessible sans être trop fade. Assez rare en France.

Programme anglais du Chœur Calligrammes (titulaire d'un putto d'incarnat 2017 !), où figurent les grandes périodes de l'art britannique (les autres sont grandes aussi, mais très mal documentées) : Purcell (XVIIe), Howells (tournant XXe), Britten (milieu XXe), Whitacre (aujourd'hui). Encore un beau parcours, par un chœur amateur qui tient très bien la rampe malgré la difficulté supplémentaire du chant a cappella !  Les 8 et 10.



C. Musiques de scène

Ciné-concerts Bernard Herrmann avec Psycho et surtout Vertigo (qui, en réalité, doit peut-être plus à Onéguine qu'à Tristan – le postlude de la scène de la Lettre est repris de façon très proche dans la fameuse scène d'amour).




D. Musique symphonique

♦ La Troisième Symphonie de Louise Farrenc par le Philharmonique de Radio-France et Mikko Franck le 3, ou par Insula Orchestra et Laurence Équilbey, le 17.
J'en disais ceci le mois dernier :
Farrenc n'est pas une compositrice majeure à mon sens, mais en tant que rare figure féminine à avoir gagné le respect de ses pairs de son temps (sans être la sœur ou l'épouse d'un compositeur important, ni la protégée directe de gens influents, comme Louise Bertin), elle occupe une place à part.
La Troisième Symphonie n'est pas un chef-d'œuvre, mais elle remplit agréablement son office. Bizarrerie, alors qu'on ne donne généralement que les œuvres de chambre de Farrenc, et de loin en loin, elle est également programmée à la Seine Musicale, quelques semaines plus tard !
Avec l'expérience mitigée de l'association Philhar'-Franck dans Onslow 2, et mon éblouissement dans Mercadante & Cherubini avec Insula Orchestra, je conseille plutôt le second – après, le couplage est avec le triple concerto plutôt que la Cinquième de Beethoven. (Détail qui risque d'avoir raison de ma détermination, je l'avoue.)

La Première Symphonie de Vincent d'Indy par l'Orchestre du CRR de Paris, rue de Madrid.
Sans rapport avec l'éprouvant remplissage de beaucoup de ses poèmes symphoniques (ou, pis, de la redoutable Cévenole), cette symphonie sous-titrée Italienne est un régal de fraîcheur, de couleurs, de procédés personnels qui visent à l'évocation plus qu'à la démonstration. Une des plus belles symphonies françaises.
Le concert est gratuit. Concernant le niveau, Orchestre d'étudiants de CRR, donc une structure dont la composition change chaque année et dont la vocation est de procurer une expérience avant tout pégagogique ; il est tout à fait capable de jouer les œuvres, maisn'en attendez pas le même frisson qu'avec des orchestres plus professionnalisés (comme les Lauréats du CNSM).

♦ Serenade d'Emil Hartmann (le Danois, pas le contemporain allemand, du gentil romantisme sympathique) et Concerto pour basson de Tomasi (musique française très tonale du XXe) par l'ensemble d'Éric van Lauwe (deux dates).

♦ Programme CHEN Qigang, le seul élève en composition de Messiaen, et dont les qualités de chatoiements sont très réelles aussi (les Cinq Éléments sont très beaux).

♦ Classe de direction A&B (les débutants) du CNSM, le vendredi 2. J'aurai le programme en début de semaine prochaine.



E. Musique de chambre

Suites de Bach (pour violoncelle ou luth, à vérifier) par Thomas Dunford, le plus grand théorbiste de tous les temps.

Mandoline, clavecin et violoncelle dans Scarlatti, Bach, Vivaldi, Valentini et Beethoven, le 4.

L'intégrale Claude Debussy se poursuit au CRR de Paris. Avec, notamment, sa version irrésistible de La Mer pour quatre mains !

Quintette avec piano de Jean Cras dans une transcription pour quatuor & marimba, avec l'épique Quatuor Ardeo (déjà loué en ces pages lors de ses premières victoires à des concours).
    Et les concertos Été et Hiver de Vivaldi pour le même effectif. Voilà qui promet d'être grisant !
    Seules contraintes : pouvoir être à 19h30 à Saint-Quentin-en-Yvelines, et renoncer à la Première Symphonie de d'Indy le même soir.

Pièces pour violoncelle et piano de Franck (la Sonate pour violon en réalité), Shaporin, Sollima (très tonal, très simple, assez touchant) et Ducros (néo-Fauré) !  Hôtel de Soubise.

♦ Lecture à vue de pièces peu célèbres pour bois. Exercice pour la classe de lecture à vue du CNSM. Très curieux de découvrir la sélection, j'en ferai état si c'est intéressant. Le 5, mais ce débute à 18h !



F. Lieder & mélodies

Nuits d'Été de Berlioz pour ténor, et par Stanislas de Barbeyrac de surcroît, à l'Athénée (concert reporté de la saison dernière). Couplage avec la Ferne Geliebte de Beethoven.

Spanisches Liederspiel de Schumann (airs à quatre voix alternés ou en quatuor, qui forment une petite histoire, un sommet dans le legs de Schumann, assez peu joué), et Spanisches Liederbuch (le meilleur des deux) de Wolf à l'Hôtel de Soubise, le 3. Pas sûr que ce soit néanmoins le meilleur répertoire des chanteurs (tous fraîchement issus du CNSM) présents : Croux, McGown, Lagier, Fardini. (McGown est taillée pour le lied, Fardini a beaucoup de talent, en particulier dans la mélodie, mais doit encore varier son émission et soigner son allemand. Jamais entendu Lagier, dont j'ai ouï le plus grand bien.)

Roth reprogramme les stupéfiants Haï-kaï de Delage, cette fois avec Piau (après Devieilhe en décembre !), couplé à des mélodies russes et japonaises de Stravinski, notamment. (Mais c'est un peu cher, avec le tarif unique au Musée d'Orsay : 30€.)




G. Conférences

Pleurer au XVIIe siècle. Pièces françaises et anglaises de Hume, Purcell, Bouteiller, J.-F. Rebel, Couperin, Marais, Michel, lectures de textes de Viau, Descartes, Pascal, Dryden. Au CNSM.

Cours public d'Olivier Charlier (violon) au CNSM.



H. Théâtre

Les Bacchantes d'Euripide à Colombes.
♦ Une soirée Büchner/Lenz rare : Les Soldats (Malakoff).



I. Glotte

♦ Finale du concours Voix Nouvelles à l'Opéra-Comique. Un mot sur certains candidats dans la toute récente notule.



J. Quelques chouchous

Trio Sōra (Schubert 2, Haydn 43, pièce récente) le 10.

Quatuor Akilone (Debussy, 2 créations chinoises de Xu Yi et Wen Deqing).

♦ Airs de magiciennes par Éléonore Pancrazi et Marie van Rhijn le 28 midi.



Bonne chasse à vous !  (tout retour bienvenu, évidemment)

mardi 23 janvier 2018

Concours Voix Nouvelles 2018


Les demi-finales commencent cette semaine, à l'Opéra de Massy, où il est d'ailleurs possible de réserver des invitations, avant la finale payante à l'Opéra-Comique.

Je découvre à cette occasion que, si le concours reste bloqué sur les références à sa finale 2002, c'est qu'il n'a lieu que de loin en loin : 1988, 1998, 2002.

Le site met en avant un beau palmarès en effet.

– 1988, la première édition : Natalie Dessay (soprano), Valérie Millot (soprano), Anne-Sophie Schmidt (soprano), Martine Olmeda (mezzo-soprano) et Jean-François Vinciguerra (baryton-basse) ;

– 1998, la deuxième édition : Alexia Cousin (soprano), Anne-Catherine Gillet (soprano/ Belgique), Joanne Bellavance (soprano/ Canada), Élodie Mechain (alto), Stéphane Degout (baryton) et Nicolas Testé (basse) ;

– 2002, la troisième édition : Nathalie Manfrino (soprano), Hélène Guilmette (soprano), Natacha Finette-Constantin (soprano), Susan Gouthro (soprano/ Canada), Karine Deshayes (mezzo-soprano) et Florian Laconi (ténor).

C'est donc un événement, vu sa discontinuité. Il a aussi la particularité d'imposer, à chaque étape, un air sur les deux en français (oui, beaucoup d'est-ce toi Marguerite et de saintes médailles qui viennent de nos sœurs).

Le but étant de récompenser des voix emblématiques de la francophonie, quelle que soit la nationalité du candidat.
Le tout se fait sous l'égide de Raymond Duffaut, longtemps patron des Chorégies d'Orange, ce qui dit beaucoup sur le tropisme à la fois plutôt francophile et assez tourné vers les « grandes voix » – liedersänger, passez votre chemin.

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Les finales régionales ont toutes été captées par France 3 (pas forcément diffusées sur la chaîne) et sont disponibles en ligne, je suis donc allé y voir de plus près.

J'ai un peu hésité à en dire un mot pour plusieurs raisons :
∆ les chanteurs sont captés de trop près, on n'entend pas du tout l'épanouissement du son dans la salle, ce qui fausse complètement le jugement sur l'intérêt de ces voix… certaines peuvent paraître difformes de près alors qu'elles sonnent parfaitement, d'autres très belles mais complètement sèches dans un vaste espace… en se faisant un avis à partir des vidéos, on risque de passer totalement à côté de la réalité en salle ;
∆ le concours est manifestement très ouvert sur les qualifications, ce qui donne quelques prestations de jeunes interprètes manifestement morts de trouille, pas vraiment révélateur sur leur potentiel au sein d'une production d'opéra ;
∆ pour la même raison, le concours juxtapose des chanteurs aux qualifications très différentes… à côté d'une fraîche diplômée du Conservatoire de Montauban, on a Barrabé qui a remporté le concours de Marseille il y au moins 5 ans, était présente à l'anniversaire de l'ADAMI ; Bré qui est dans les chœurs d'Accentus et a chanté des solos dans les grosses productions de la Philharmonie ; Texier qui a fait des productions scéniques avec l'Atelier de l'Opéra, qui vient de chanter un des rôles importants de l'Italienne à Alger à Montpellier, et jusqu'à Alix Le Saux, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est assez bien installée : rôles secondaires dans Ory à Favart, dans Tannhäuser à Bastille, rôles principaux de l'Enfant et les Sortilèges, de la Belle Hélène et du Barbier de Séville (tout ça aux Champs-Élysées !)…
    Évidemment, ceux qui ont fait les CNSM ou les Ateliers / Académies des maisons d'Opéra, avec ce que cela suppose d'entourage et d'expérience scénique, paraissent bien plus à l'aise… mais ils sont déjà (comme Deshayes en son temps) tout à fait professionnalisés !  Pour eux, Voix Nouvelles peut donner une impulsion décisive pour passer de petit soliste à premier soliste, voire vedette nationale qui peut avoir des entretiens dans Diapason ou du moins Cadences, mais ça ne révèle rien, ces gens sont déjà très insérés dans le milieu.
    C'est dommage dans la mesure où cela brouille le message… est-ce qu'on révèle de futures vedettes encore en formation, ou est-ce qu'on donne un coup de pouce à des interprètes déjà installés ?  Les premières n'ayant pas vraiment leur chance face à la maturité artistique des autres (alors pourquoi les inviter).

    Je me suis quand même prêté au jeu pour attirer l'attention sur quelques personnalités intéressantes, sur quelques tropismes du goût actuel en matière de chant (car tous ces chanteurs filmés ont été sévèrement pré-sélectionnés, bien sûr).
    Avec toutes les réserves qu'il y a à faire considérant mon parti pris personnel (les voix en arrière qui sont jolies avec un micro mais qui mangent les mots et qu'on n'entend pas bien dans les salles, c'est à la mode, mais je n'aime pas ça), et considérant les limites techniques de l'audition de ces chanteurs pris la bouche dans le micro !

Pour plus de lisibilité, j'adopterai une cote simple, de 1 à 5 :
1. des choses à revoir avant de se lancer dans les concours les plus prestigieux ;
2. potentiellement prometteur, encore des choses à régler ;
3. très bien, quoique perfectible sur certains détails ;
4. remarquable ;
5. déjà prêt à faire une grande carrière.

J'ai fait le choix de me fonder essentiellement, pour rester dans la logique du concours, sur la technique vocale plutôt que sur la diction, l'incarnation, l'émotion transmise… toutes choses qui peuvent faire la différence sur scène, en réalité…

Et il va de soi que je commente depuis mon fauteuil quelques minutes de gens qui travaillent depuis des années, sans avoir de légitimité particulière à le faire. Mon but est essentiellement de mettre en avant quelques lignes de force dans le chant d'aujourd'hui, pas de faire le palmarès moi-même (d'autant que les jurys paraissent plutôt compétents (Furlan, Diederich, Rouits…).

J'indique aussi le lien vers les vidéos, le but étant de débroussailler un peu dans le très grand nombre de candidats visibles en ligne.
Au passage, j'aime beaucoup les encarts qui apparaissent sur l'œuvre et les interprètes, une façon de rendre l'écoute plus vivante et informative. [En revanche, étrange de justifier l'importance d'œuvres en disant simplement quelles ont été chantées par Pavarotti ou Netrebko – et dans de l'opéra français de surcroît…]

Vu la quantité de texte et d'entrées, je posterai par groupes, en commentaires. À surveiller, il y en a pour un moment.

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samedi 20 janvier 2018

Les opéras rares cette saison dans le monde – #5 : en anglais




opera house
L'opéra de Debrecen et l'étrange géométrie de son plafond.
On y donne Acis and Galatea de Haendel.




Précédents épisodes :
principe général du parcours ;
#1 programmation en langues russe, ukrainienne, tatare, géorgienne ;
#2 programmation en langues italienne et latine ;
#3 programmation en allemand ;
#4 programmation en français.

À venir : polonais, slaves occidentaux (tchèques, slovaques) & méridionaux (slovène, croate), celtiques & nordiques (irlandais, danois, bokmål, suédois, estonien), espagnols, et surtout une grosse notule sur les opéras contemporains intriguants, amusants (ou même réussis).



opera house
La salle du Pinchgut Opera a un plan en « boîte à chaussures » inhabituel pour une salle prévue pour le scénique, surtout avec ses sièges latéraux orientés à 90°.
Pinchgut est une île qui fait face à Sydney, presque entièrement occupée par son Fort Denison, à l'image d'If à Marseille. La compagnie qui a pris son nom se situe dans la ville, bien sûr, et est spécialisée dans l'exécution d'opéras du XVIIe et XVIIIe siècle sur opéra d'époque, de très bon niveau ainsi qu'en témoignent quelques disques.

On y donne Athalia de Haendel.



Opéras baroques

Pas d'Arne, rien que du Haendel, désolé – mais quelqu'un doit bien faire Blow quelque part, au moins une version de concert dans une petite salle.

Haendel, Acis and Galatea (Debrecen)
Haendel, Athalia (Pinchgut de Sydney)
Haendel, Saul (Mainz, an der Wien)
Haendel, Apollo e Dafne (Graz)
→ Trois « oratorios » (en réalité des opéras en anglais, même pas toujours sur sujet religieux) et une cantate, Apollo e Dafne – il a aussi existé une Daphne, son quatrième opéra et le dernier de sa période hambourgeoise, mais la musique en est perdue.
Acis contient des airs assez marquants et hors de l'ordinaire (les graves profonds de Polyphème ont leur célébrité chez les basses), tandis que Saul est beaucoup plus varié et mobile qu'un seriastandard,mais je trouve, étrangement, que cela ne se ressent quasiment que dans l'antique studio Harnoncourt, là où les plus informés, fût-ce Jacobs, ne parviennent pas tout à fait à rendre cette force du verbe biblique et cette atmosphère très singulière. Je ne puis donc préjuger du rendu en salle.

opera house
La salle de l'Opéra d'Edmonton, en Alberta.
On y donne HMS Pinafore de Sullivan.




Opéras romantiques

Là aussi, on aurait pu espérer les bijoux (mélanges de belcanto, de fantastique weberien et de numéros assouplis à la française…) comme Robin Hood de Macfarren, Satanella de Balfe ou Lurline (Loreleï…) de Wallace. Mais je n'ai rien vu, et il est vrai que même dans les Îles Britanniques, cette part du patrimoine reste tout à fait occultée, hélas – ceux que j'ai pu entendre valent largement les opéras d'Adam et Auber, dans un style similaire (mais plus ambitieux qu'eux, ils ont de toute évidence respiré Weber et Marschner).

Sullivan, The Pirates of Penzance (Leipzig, Ulm, Meiningen, San Diego)
Sullivan, HMS Pinafore (Edmonton en Alberta)
Sullivan, Trial by Jury (Leeds)
→ Répertoire léger mais prégnant qu'on ne joue guère hors des îles britanniques et de l'Amérique anglophone… la musique en est très consonante et formellement tout à fait simple, mais pas sans séductions mélodiques ; les livrets originaux et piquants ; l'ensemble virevoltant avec beaucoup de finesse en fin de compte – moins virtuose que Rossini, sans doute, mais aussi beaucoup moins souligné que les Offenbach : le meilleur du comique anglais.
→ À présent qu'il est ordinaire de jouer des opéras, même dotés d'une veine comique verbale significative, en langue originale – sans mentionner la généralisation de l'usage de l'anglais dans la population –, il n'y a pas vraiment de raison de ne pas en donner au moins les titres emblématiques : Penzance (qui existe en français, d'ailleurs), Pinafore, Mikado, Yeoman… en ce qui me concerne, je les trouve plus stimulants à tout point de vue (musicalement, mais surtout beaucoup plus amusants) que les petits Offenbach qu'on redonne ici et là. J'avoue cependant ne pas en être assez familier pour disposer d'une opinion sur les petits Gilbert & Sullivan, qui ne valent peut-être pas mieux !

Chadwick, Burlesque Opera of Tabasco (New Orleans)
→ George Whitefield Chadwick est un des plus beaux représentants du romantisme musical américain, à la fin du XIXe siècle (1854-1931) – de la Second New England School, comme Amy Beach. Sa Deuxième Symphonie témoigne d'une belle maîtrise de tous les aspects d'écriture, dans une veine simple et lumineuse. Mais les Symphonic Sketches sont encore plus intéressants, plus personnels – culminant dans le mouvement lent, « Noel », tout à fait dans l'esprit folklorique de la Neuvième de Dvořák !
→ Son opéra Tabasco de 1894 en témoigne. (Oui, Tabasco comme la sauce.) Intrigue minimale : : Hot-Heddam Pasha menace de décapiter son cuisinier français (en réalité un imposteur irlandais) si celui-ci ne relève pas davantage ses plats. Après une recherche désespérée à travers la ville, c'est la mystérieure fiole d'un mendiant aveugle qui fait l'affaire, en réalité une bouteille de sauce au piment Tabasco.
→ C'était au départ une simple commande locale d'une milice de Boston, à l'occasion d'une levée de fonds pour une nouvelle armurerie. Mais le succès fut grand, les droits rachetés par un producteur ambitieux, un accord passé avec l'entreprise créatrice de la sauce, ce qui a transformé la petite pièce légère en grand événement traversant le continent dans une forme de cirque extraverti (distribution de produits, immense bouteille en carton-pâte sur scène).
→ Musicalement, nous avons affaire à de la pure veine légère anglophone, quelque part entre Sullivan et Candide de Bernstein, très agréablement réussi. [Je ne crois pas qu'il en existe d'intégrale officielle, mais YouTube en fournit plusieurs extraits.]



opera house
L'Opéra de Tel Aviv évoque de l'extérieur un de ces hôtels de luxe de la côte.
On y donne A Midsummer Night's Dream de Britten.




Opéras du XXe siècle

On y trouve essentiellement des compositeurs dans une veine tout à fait tonale, artisans d'un héritage raisonnable du passé, à exceptions près (qui ne sont pas du tout de l'opéra d'ailleurs, mais figuraient dans les saisons de respectables maisons).

Je les ai laissés dans l'ordre suggéré par leurs dates de naissance.

Barber
, Vanessa (Frankfurt-am-Main)
→ Je tiens Vanessa pour l'un des opéras les plus aboutis de tout le répertoire, sa cohérence entre livret et musique, sa fluidité, sa façon de toucher simplement à la vérité du théâtre et à la beauté de la musique n'ayant que peu d'égales.
→ Une notule le présente plus amplement (ainsi que les contraintes de distribution et circostances de création).

Britten
, The Rape of Lucretia (Cologne)
→ L'opéra (le troisième de ses quinze) a l'originalité de convoquer des coryphées, mais j'aurais peu de bien à en dire. Langage sonore très gris, livret très lent (et qui fait du viol de Lucrèce un semi-rêve assez déplaisant dans ses insinuations – comme la jeune mère de Merlin, elle fait un rêve érotique, bien fait pour sa tronche), où même la scène-titre se déroule très lentement, habillé d'échanges bavards et flous… Et tout ce qui précède et suit a finalement un rapport dramatique assez lâche avec ce que devrait être l'histoire de Lucrèce – tout l'apparat romain a disparu, en tout cas. Même la prosodie, parfois le point fort de Britten, est ici noyée dans un semi-lyrisme récitatif sans grand relief. Bof.

Britten
, Gloriana (Madrid)
→ Commande de Covent Garden pour le Couronnement d'Elizabeth II, en 1953, Gloriana est une variation sur l'épisode des amours et de la mort de Robert Devereux, amant d'Elizabeth Ière. Chez Britten, Devereux est moins perdu par ses ennemis à la Cour que par ses propres faiblesses à la guerre, voire par ses propres partisans – sa mort est signée devant l'aplomb de ses soutiens, le considérant indispensable au gouvernement du royaume. Et tout cela sert de support à une méditation sur l'âge (Elizabeth est déjà mûre), sur la solitude de l'individu, sur l'avenir de tout amour et de toute vie…
→ Musicalement, le sujet est bien sûr l'occasion pour Britten d'écrire dans une langue assez claire, au besoin néoclassique, et plutôt en aplats d'accords, comme accompagné sur orgue positif. Pas forcément très saillant, mais d'une belle sobriété ; peut-être un peu régulier pour se montrer efficacement dramatique.
→ Le sujet n'est finalement pas très révérencieux, présentant cette reine déclinante, hésitante, sensible aux morsures de l'amour-propre. Mais, au demeurant, Elizabeth II n'a pas choisi son nom de règne (un souverain d'Angleterre peut changer son prénom, comme les papes) en référence à son inégalable devancière, simplement décidé de conserver son nom de baptême – peut-être plus de la modestie que de l'ambition, mais je ne suis pas assez familier des biographes de ladite majesté pour m'avancer sur le sujet.
→ Il existe une bande de la création – avec Peter Pears en jeune galant (!), mais aussi Geraint Evans en Lord (!) et Monica Sinclair en Lady (!!). Mais le son un brin ouaté accentue plutôt les limites du style de Britten, à mon sens.

Britten, A Midsummer Night's Dream (an der Wien, Tel Aviv)
→ Même si les parties amoureuses sont plus grises, le Songe de Britten, au milieu de sa carrière (1960) est l'un de ses opéras les plus coloré et inventifs, en particulier dans toutes les parties féeriques : le contre-ténor inhabituel d'Oberon, écrit pour Deller, les fanfares grêles des Elfes, les interventions parlées savoureuses de Puck… Vraiment du Britten inhabituellement bigarré, et très inspiré par endroit.

Britten, The Prodigal Son (Opéra de Chambre de Moscou)
→ Antépénultième opéra (ou assimilé) et troisième de ses paraboles pour représentation d'église, c'est aussi la moins convaincante (Noye's Fludde dispose d'un certain impact dramatique ; The Burning Fiery Furnace s'essaie à une modernité un peu plus radicale), très peu saillante à mon gré – un peu comme du mauvais Billy Budd.

Britten, Death in Venice (Stuttgart, Linz)
→ Un cas étonnant de Britten beaucoup plus germanisant, décadent même, d'un langage plus hardi (enfin, de la tonalité avec de légères touches un peu plus berguiennes, pour les années 70…) et plus romantique à la fois. Bien sûr, la déclamation très en avant et un peu indifférenciée reste toujours la sienne, mais le changement de couleur est patent, et ce n'est pas si souvent donné.

Menotti, The Medium (Berne, Chicago, New Orleans)
Menotti, The Consul (Dayton, Lawndale en Californie)
Menotti, Amahl and the Night's Visitors (Lausanne, Sofia)
Menotti, célèbre pour avoir été le librettiste (et compagnon) de Barber, a produit un grand nombre d'œuvres scéniques (2 ballets-pantomimes, 18 opéras dans tous les genres, de la piécette bouffe d'une demi-heure à l'opéra historique néo-romantique, en passant par toute une gamme de sujets et langages intermédiaires). D'un langage tout à fait tonal, mais puisant à de très nombreuses écoles, le résultat n'en est pas musicalement unique, mais toujours très opérant en tant qu'objet de théâtre musical.
Amahl est un gentil opéra pour enfants, qui existe, comme The Telephone ou The Medium, en plusieurs langues dont le français. Mais aussi en allemand, comme The Consul – qui sera donné en allemand en Allemagne et en Autriche pendant cette saison.
→ Les deux autres sont plus dramatiques, quoique intégrant des éléments plaisants, en particulier dans The Consul, son opéra le plus sombre (du moins parmi ceux enregistrés), où pourtant le comique absurde abonde, culminant dans d'improbables tours de magie (au départ minables, à la fin presque surnaturels) au sein même du Consulat.
The Consul est une histoire terrible, une tragédie bureaucratique kafkaïenne épouvantable, écrite dans un langage qui emprunte à la déclamation et aux atmosphères oppressantes de Britten, au lyrisme de Puccini, à l'harmonie de Poulenc, et pourtant traitée avec une vivacité particulière et une prédominance de l'humour. Une notule lui est consacrée.
The Medium, son œuvre la plus jouée, est probablement la plus travaillée sur le plan musical, avec une variété de textures, un travail sur l'orchestration, sur les contrastes entre scènes, sans rien céder à ses qualités prosodiques et théâtrales habituelles. C'est un rôle où ont brillé les grands mezzos déclinants mais glorieux – Mödl, Crespin, Gorr… [Vous pouvez par exemple l'aborder avec cette version en français – Metz 1994 avec Gorr, Raphanel, Zanetti !]
→ Assez peu donné sur les grandes scènes, Menotti est en revanche très régulièrement programmé dans des théâtres de taille moyenne – car, je suppose, ne réclamant pas d'orchestres immenses, n'obligeant pas à des pyrotechnies invraisemblables, et toujours très payant scéniquement. Il doit, en fin de compte, figurer parmi les compositeurs nés au XXe dont les opéras sont le plus joués. Et ce n'est que justice : sans être un compositeur majeur, chaque œuvre, prise comme un tout, fonctionne à la perfection, pas de longueurs, pas de faiblesses, surtout dans sa première période – The Saint of Bleecker Street et bien plus tard Goya, plus sérieux, ont moins de saillances. [Mon chouchou reste la courte conversation en musique The Telephone.]

opera house
À la Taschenoper (« Opéra de poche ») de Vienne.
On y donne A House Full of Music de John Cage.


Partch, Barstow: Eight Hitchhikers' Inscriptions (Buenos Aires)
→ Je l'ai vu classé dans un saison d'opéra, mais Barstow est loin de répondre à la définition stricte, ni même élargie de l'opéra : il s'agit d'inscriptions d'auto-stoppeurs lus sur une rambarde routière à Barstow, en Californie (1841).
→ Harry Partch est resté célèbre pour ses créations d'instruments ; pendant la Grande Dépression, il a vécu comme vagabond auto-stoppeur / intérimaire itinérant (hobo), et a réalisé quantité d'instruments nouveaux à partir de matériaux sommaires.
→ Cette œuvre, originellement écrite pour voix guitare adaptée, a aussi été révisée (en 1954 et 1968) pour deux voix, et des instruments propres à Partch que même la base de l'IRCAM ne nomme qu'en anglais : surrogate kithara (cithare de substitution, je dirais), chromelodeon, marimba diamant et boo. Très accessible et sympathique, mais cela ne dure que dix minutes.

Cage, A House Full of Music (Taschenoper de Vienne)
→ Je l'ai vu, de même, mentionné dans des saisons d'opéra, mais enfin, malgré quelques glossolalies (et explications parlées surimprimées), c'est plutôt une forme de poème symphonique de chambre (produit notamment avec des batteries de cuisine…). Du vrai Cage, très ludique, pas forcément intéressant musicalement.

opera house
Le Noah Liff Opera Center accueille l'Opéra de Nashville (Tennessee).
On y donne Susannah de Floyd.
(Et on y propose aussi, dès le 27 ce mois, j'en parlerai dans la notule consacrée aux créations, un très prometteur et subtil Hercules vs. Vampires !)


Floyd, Susannah (Nashville)
→ Le grand classique du patrimoine américain (avec A Streetcar Named Desire, dans le genre très différent de la conversation en musique et du théâtre d'auteur). Susannah est au contraire une histoire où les enjeux moraux et sociétaux sont très conservateurs, écrite dans un langage hors de son temps, complètement romantique, très lyrique.
→ Musique pas du tout neuve (le livret davantage, puisqu'il fait écho à une culture qui n'est pas directement européenne, mais il n'est pas fabuleux), mais très beau si on aime l'opéra dans ce qu'il peut avoir d'élancé, de simplement lyrique – un Puccini sans sophistication post-wagnérienne et sans sirop, si vous voulez. J'aime assez, je dois dire. Je l'ai déjà dit : je suis un garçon simple.

opera house
Le pittoresque orientalisant de l'Opera North, marque qui s'est imposée pour désigner l'Opéra de Leeds (phtographie de Don McPhee pour le Guardian).
On y donne Trouble in Tahihi de Bernstein.

Bernstein, Trouble in Tahiti (Amsterdam, Leeds, Semperoper de Dresde, Boston, Opera Parallèle de San Francisco… et l'Athénée à Paris)
Bernstein, On the Town (Saint-Gall)
Bernstein, A Quiet Place (Kammeroper de Vienne)
→ Trois comédies musicales : les premières, et puis la dernière, qui reprend Trouble in Tahiti en y adjoignant de nouveaux actes. Les trois sont de la très bonne comédie musical, dans un style de… comédie musicale. Ne surtout pas y chercher de l'opéra (ni même l'éclectisme de la Messe).



opera house
Intérieur coloré de du Théâtre de Saint-Gall (Sankt Gallen) en Suisse.
On y donne On the Town de Bernstein.




Ce n'est pas une année de redécouvertes particulièrement fastes en langue anglaise, mais à l'échelle du monde, il y a tout de même de quoi admirer quelques beautés.

En revanche, hors patrimoine, on verra beaucoup de créations et de reprises d'œuvres récentes (certaines intriguantes, voire terrifiantes), que je traiterai dans une notule à part… (mais d'ici à ce que je la publie, je pourrai sans doute en écouter certaines qui auront été jouées !)

mardi 16 janvier 2018

Les deux Psyché de LULLY


Psyché de LULLY constitue un cas intéressant à la fois historiquement et dramaturgiquement – un peu moins musicalement, j'y viens.

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Scène de l'enclume. Travaux des Cyclopes édifiant le palais de l'Amour pour Psyché
Version de Paul O'Dette & Stephen Stubbs chez CPO.




1. Isis ou l'Apocalypse

Lorsque LULLY et Quinault présentent leur dernière création en 1677, Isis, c'est la catastrophe : l'intrigue de la persécution de l'amante (Io, devenant par la suite Isis) de Jupiter – lequel finit, en guise de dénouement heureux, par promettre de renoncer à l'amour ! – est lue à la Cour comme la transposition mythologique de l'emprise prédatrice de la Montespan sur ses rivales.

L'interprétation est si répandue que l'œuvre est interdite et le librettiste Philippe Quinault forcé à l'exil – brièvement : en 1680, il donne Proserpine, seuls deux opéras de LULLY lui auront échappé !



falstaff_ensemble_binaire_ternaire.png



2. Genèse précipitée de Psyché II

Pour le nouvel opéra, composé à la hâte pour le remplacer (en trois semaines, semble-t-il !), on fait appel à Thomas Corneille (cadet de Pierre), qui réutilise le livret de Molière pour la tragédie-ballet Psyché de 1671 (écrite avec Quinault et Pierre Corneille pour LULLY). Cette première Psyché est antérieure à la première tragédie en musique, Cadmus (1673) ; ce n'est pas encore un opéra, plutôt une musique de scène, où des tableaux musicaux alternent avec les tirades parlées.

Le but est d'écrire un livret qui lie tous les divertissements déjà écrits par LULLY (plus de la moitié de la musique finale de cette seconde Psyché), ce qui explique le caractère moins affermi du style (qui évolue beaucoup entre Cadmus et Isis, entre Isis et Amadis), l'inclusion d'un divertissement italien, l'aspect plus décoratif des différents divertissements, nourrissant moins l'intrigue qu'ils ne s'y apposent.

Ainsi, de cette genèse compliquée provient sans doute le caractère moins serré de l'intrigue, entrecoupée de nombreux divertissements plus pittoresques que dramatiques, dont ce grand lamento italien du I, un hapax dans les tragédies en musique de LULLY.

Peut-être à cause de cela, du manque de variété des situations (Psyché est passive et victime de bout en bout), on ne peut pas y écrire les mêmes élans ni les mêmes dilemmes que chez un héros actif comme Cadmus, Admète, Thésée, Atys, Bellérophon, Cérès, Persée, Phaëton, Amadis, Angélique ou Armide… Seul Isis est ainsi fondé sur la victime principale, à ceci près que ses pérégrinations apportent beaucoup plus d'animation et de pittoresque.



psyché
Psyché ou la conspiration du fard.
Quoique les articulations de l'intrigue soient sensiblement identiques, le ton de l'opéra est complètement différent du roman de La Fontaine (et autrement sérieux), passant à côté de beaucoup des charmes du sujet.
Gravure de Raphaël Sanzio-Marc-Antoine (1939) pour le roman.



3. Synopsis

Prologue :
Cas très rare (unique dans LULLY) où le Prologue constitue non seulement une annonce directe (comme dans Atys, dont l'histoire est introduite par Melpomène en personne), mais tout de bon une partie de l'action. Flore, Vertumne et Palémon nous apprennent la jalousie de Vénus ; plus spectaculaire encore, celle-ci vient en personne annoncer son désir de se venger – seul cas que j'aie lu où un personnage du Prologue est aussi un personnage principal de l'intrigue.

Acte I :

Les sœurs de Psyché parlent du serpent qui ravage le royaume et des offrandes qu'est allé porter Psyché elle-même. On leur annonce l'oracle qui réclame le sacrifice de leur sœur. [Plainte d'un groupe en italien.] Elles se retirent sans oser l'en avertir. Malgré les plaintes de son père, Psyché se rend au sacrifice.

Acte II :

Le palais est en construction pour l'Amour qui a sauvé Psyché. Vulcain et les Cyclopes travaillent. Dispute conjugale sur la fidélité entre Vénus suspicieuse et Vulcain cornu. Psyché rencontre l'Amour, qui prend forme humaine (un chanteur ténor remplace alors la chanteuse qui chante, selon la tradition, l'Amour) tout en défendant à Psyché de chercher à le voir sous sa forme véritable.

Acte III :
Vénus tend son piège et propose la lampe fatale sous un déguisement, lampe avec laquelle Psyché, conformément au cœur du mythe, découvre l'apparence de l'Amour et le réveille par mégarde. Vénus revient se révéler et s'enorgueillir de sa victoire. Cependant, si Psyché ramène la boîte des secrets de beauté de Proserpine depuis les Enfers, elle sera pardonnée. Psyché veut se suicider dans le Fleuve, mais le dieu qui l'habite lui offre son aide pour pénétrer aux Enfers.

Acte IV :
Quoique tourmentée par démons et Furies, Psyché découvre que l'Amour a intercédé pour elle, et on lui remet le présent.

Acte V :
Psyché, soucieuse de raviver sa beauté, ouvre la boîte et s'évanouit. Vénus se moque à nouveau d'elle, mais Jupiter intervient, élevant Psyché au rang d'immortelle, ce qui satisfait soudain la déesse. Réjouissance générale.



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Persécution des Furies.



4. Implications sur le livret

Les personnages de la version de 1671 sont conservés et l'action sensiblement identique, en revanche les caractères se révèlent considérablement simplifiés ; les sœurs ne sont plus vaniteuses (ni drôles) ; le roi ne se répand plus en de nobles discours théoriques sur la douleur… tout est réduit à sa plus simple expression. On est passé du théâtre parlé au format beaucoup plus concis du livret d'opéra.

Ce caractère stéréotypé de l'expression théâtrale lyrique avait été théorisé par Quinault : il est indispensable de comprendre le texte, aussi, si un mot échappe, il faut que les expressions puisent dans des formules figées, faciles à retrouver même si la diction fait défaut.

Il est à noter que Fontenelle a ensuite, comme pour Bellérophon l'année suivante (où s'était en plus incrusté Boileau), revendiqué la paternité du livret délégué par son oncle Thomas Corneille après en avoir élaboré le plan. Il est un fait que l'œuvre n'a pas paru dans l'édition d'époque du théâtre complet de Th. Corneille, tandis que celle, plus tardive, forcément, de Fontenelle, les inclut.
[Au demeurant, ils peuvent bien se les disputer par postérité interposée : ce ne sont des livrets à la gloire ni de l'un ni de l'autre, surtout Psyché, considérant les chefs-d'œuvre qu'ils ont par ailleurs produits : Médée pour le premier, Énée & Lavinie pour le second…]



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5. Moments musicaux

Malgré l'atmosphère de plainte un peu uniforme, l'assemblage disparate des numéros musicaux (même s'il est abusif, pour le LULLY d'après Cadmus, de parler de numéros, les alternances entre récitatif et airs étant de plus en plus lissées), la qualité moindre de l'inspiration, Psyché a ses beaux moments :

► Acte I :
    ● Trio de plaintes « Pleurons » (les sœurs Aglaure & Cidippe, et Lycas, qui apporte la nouvelle), le plus bel ensemble de l'œuvre – pas le plus original de LULLY, mais très poétiquement réalisé sur une durée respectable.
    ● La longue plainte italienne (une femme affligée, et deux hommes affligés qui la rejoignent par moment). Je n'aime pas beaucoup ce passage très décoratif, mais ce fut un hit à l'époque (justement l'un des arguments de vente de Psyché tragédie en musique que cette reprise de l'un des succès de Psyché tragédie-ballet) ; par ailleurs son décalage avec la langue générale, sa durée le rendent très remarquable. Le seul import italien dans un opéra de LULLY (on en trouve plus tard – 1693 – dans Médée de Charpentier, en revanche).
    ● L'échange entre Psyché et le roi, qui lui annonce la nouvelle. À mon sens (mais les réguliers savent combien mon goût est déviant) le grand moment fort de l'œuvre, très bien écrit – la situation bien sûr, mais aussi les mots pudiques et intenses du père, le courage stoïque de Psyché –, et, également, le récitatif le plus animé, le plus mélodique de toute l'œuvre.

► Acte II :
    ● L'atelier des Cyclopes, avec ses figuralismes d'enclumes, un moment aussi unique dans le corpus que le fameux Chœur du Froid d'Isis.
    ● La scène de ménage la plus violente de LULLY : Vénus vient quereller Vulcain qui se met au service d'une autre femme, sa rivale, en lui bâtissant un palais alors qu'elle aurait dû mourir ; mais celui-ci lui jette à la figure qu'elle a beau jeu de se sentir lésée après l'avoir si souvent complaisamment cornufié. Ce dure un petit moment.
    ●● Il faut attendre les retrouvailles de Cham et de sa femme partie avec un ange déchu dans une nouvelle Sodome (!) dans Noé de Halévy & Bizet, ou le vingtième siècle, avec des situations réalistes de jalousie domestique, comme Intermezzo de R. Strauss ou Von Heute auf Morgen de Schönberg, pour rencontrer un tel emportement conjugal. [Il y a bien quelques maris vengeurs chez Martin y Soler ou Rossini, mais c'est dans un cadre plus formel de retour à l'ordre, et non pour goûter le simple plaisir de la vaisselle brisée – ici, rien n'est résolu, pur échange de noms d'oiseaux.]
    ●● Elle semble faire écho à celle d'Isis, où Mercure badine avec Iris pour la détourner de sa mission, causant tous deux à demi-mot d'amour avant de s'aviser du stratagème et d'en retourner à leurs devoirs concurrents, boudant. Néanmoins, contrairement à Isis, cette scène ne me paraît pas musicalement particulièrement marquante, ni même aussi savoureuse dans les mots.

► Acte III :
    ● De même que le monstre et le sauvetage de Psyché ont été étrangement abandonnés dans l'interstice entre les actes I et II (alors que la tragédie en musique est précisément conçue pour accueillir le merveilleux invraisemblable et le théâtre à machines !), la scène-clef de la lampe (et les doutes qui la précèdent) apparaît comme particulièrement peu spectaculaire, y compris dans son traitement musical.
    ● On retrouve cette confrontation mi-tragique mi-comique (elle existe aussi dans le dépit jaloux de Sangaride & Atys à l'acte IV d'Atys) dans la nique que fait Vénus à sa rivale, à la fin de l'acte III, avec des réponses non dénuées d'insolence chez Psyché, ce qui allège quelque peu la solennité du moment (elle tente de se suicider juste après, tout de même). Au demeurant, il ne se passe pas grand'chose musicalement ici.

► Acte IV :
    ● Le trio des Furies est très réussi, court, uniquement un numéro musical, mais écrit dans la meilleure veine des ensembles LULLYstes. LULLY a écrit une scène de ce genre infernal pour tous ses opéras, sous des formes diverses (remplacés par la malédiction de Mars à la fin du III de Cadmus). Celle-ci, à défaut d'être probante dramatiquement (collage assez maladroit d'une mission sans lien avec l'intrigue, rien que pour ménager un acte – très court d'ailleurs – dans les Enfers), se distingue musicalement.

► Acte V :
    ● Belle chaconne finale – uniquement instrumentale, mais déjà témoin du style de la maturité, non sans parenté avec celle à venir de Phaëton (1683).



psyché
Itinéraire bis suggéré par La Fontaine : au lieu du Fleuve, la barque de Charon.



6. Raisons d'une absence

On peut comprendre que, considérant qu'on ne disposait pas avant l'intégrale en cours de Rousset, culminant en 2010 par l'indispensable résurrection par Les Talens Lyriques de Bellérophon (qui n'avait pas été joué depuis 1911 à Rouen, semble-t-il !), ni avant les deux disques d'O'Dette & Stubbs (Thésée et Psyché II, donnés quelquefois, jamais gravés), de la totalité des opéras de LULLY, cette Psyché, probablement le moins bon opéra de LULLY, ait été négligée par les ensembles spécialistes. Thésée avait au moins pour lui d'être l'opéra le plus joué en France jusqu'au premier tiers du XVIIIe siècle – et de débuter de façon complètement extraordinaire (avant de devenir irrémédiablement ennuyeux pendant quatre actes, trouvé-je).

Les arguments pour monter Psyché, dans un secteur de niche où il y avait de toute façon beaucoup de chefs-d'œuvre à jouer, étaient raisonnablement moindres.

À ce jour, on n'a eu que Malgoire en 1987 à Aix (à une époque où Malgoire jouait le baroque français de façon que nous trouvons peu musicologique aujourd'hui), O'Dette & Stubbs à Boston en 2007 (d'où émane le disque CPO, avec tout de même Carolyn Sampson, Karina Gauvin, Mireille Lebel et Olivier Laquerre) et des extraits à l'église luthérienne Saint-Pierre à Paris en 2010 par l'ensemble semi-pro Les Muses s'aMusent (j'y étais !). Christie n'a joué, en 1999, que Psyché I. Il manquait donc vraiment une version complète contrairement aux Muses et un peu plus ardente qu'O'Dette & Stubbs.

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Adieux de Psyché.



7. Un projet et une représentation au CRR de Paris

Cette notule vient après avoir entendu, non pas le disque O'Dette / Stubbs (tout à fait valable et valeureux, mais assez peu incarné : déclamation peu mise en avant, voix banales, maintien raide des récitatifs, couleurs un peu grises), mais après une représentation donnée au CRR de Paris par des étudiants du CRR en chant et danse, avec un orchestre issu des CRR de Paris et Versailles, mais aussi du Pôle Supérieur de Boulogne-Billancourt et du Conservatoire Départemental d'Orsay – c'est-à-dire quelques-uns des meilleurs lieux de formation à cette musique (le CRR de Cergy et à plus petite échelle le Conservatoire d'arrondissement de Paris VIIe font aussi ce travail de spécialisation et de formation de la future élite baroque française).

Préparés par Patrick Cohën-Akenine, dirigés par Stéphane Fuget, avec mise en scène (Manuel Weber), chorégraphie (Sabine Ricou), gestuelle et prononciation restituées (Lisandro Nesis), c'était un travail très complet qui était offert. Mieux qu'un travail, une véritable représentation de niveau professionnel.

Double défi que celui de produire un travail de cette qualité, et de le mettre au service d'une œuvre par essence plus difficile. Avec les niveaux en présence, on pouvait s'assurer un succès facile avec un Giulio Cesare ou un Don Giovanni. Merci d'avoir été au bout de la démarche.



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Début du fugato de l'Ouverture – à cinq parties, caractéristique de l'écriture à la française, prévue pour les 5 familles de violon.



8. Moyens instrumentaux

Car c'est une immersion totale : les jeunes musiciens jouent sur les 24 Violons du Roy (d'où la présence capitale de Patrick Cohën-Akenine) prêtés par le CMBV, c'est-à-dire avec les 6 dessus, 4 hautes-contre, 4 tailles, 4 quintes et 6 basses de violon, tous différents des violons, altos et violoncelles actuels, avec une tenue par ailleurs plus basse de l'instrument comme des archets ; même les basses de violon voient leur prise d'archet avancée un peu plus vers le centre de la baguette. Avec cela, un continuo de 2 violes de gambe et 1 basse de violon, avec jusqu'à 4 théorbes dans les tutti (1 en temps de récitatif) et bien sûr clavecin et orgue positif.

Je n'aime pas trop ce dispositif, qui privilégie le fondu par rapport à l'instrumentarium traditionnel plus aéré, où les lignes paraissent plus indépendantes, mais ce trait n'était finalement que peu audible, eu égard à la qualité de l'exécution.



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Déploration de Lycas et des sœurs.



9. Moyens scéniques

Sur scène aussi, restitution : rhétorique gestuelle d'époque et, c'est plus frustrant, la prononciation restituée du français – autant j'aime beaucoup la discipline qu'elle implique dans la pensée de la langue parlée (je ne rechigne pas moi-même, on vous le dira, à réciter Saint-Amant en public en prononciation Louis XIII), autant dans la musique chantée, où le compositeur a déjà contraint le galbe de la parole, elle ajoute surtout à l'inintelligibilité, et conduit les voix à décentrer leur placement. Alors qu'on dispose de jeunes artistes francophones qui pourraient nous proposer un français limpide, le résultat est généralement un peu grimaçant, sauf chez quelques rares spécialistes.

Mais cette représentation est aussi l'aboutissement d'un parcours de formation : les instrumentistes pourront être amenés à jouer sur des copies d'instruments assez différents de leur cui-cui traditionnel et les chanteurs n'échapperont pas, un jour ou l'autre, à une production en restitué.

Plus gratifiant pour le public, véritable travail sur les agréments et ornements chez les chanteurs, très abouti, avec de véritables diminutions très belles et cohérentes, des accents expressifs maîtrisés comme chez les meilleurs spécialistes, bravo.
[Ayako Yukawa (Vénus) osait ainsi un chant presque parlé, représentatif de ce qu'on peut lire des écrits du temps sur la façon des Français de ne pas vraiment chanter.]



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Vulcain exhorte les Cyclopes au Palais d'Amour.



10. Quelques chanteurs

Autre point très positif : aucun chanteur médiocre (on avait un peu souffert précédemment avec des voix diversement abouties, dont un ténor pas du tout en maîtrise qui tenait les rôles exposés de haute-contre dans du Campra…), tous (issus pour la plupart des classes d'Isabelle Poulenard et Howard Crook, je suppose) maîtrisent les principes du chant, et un certain nombre que je vais saluer en particulier peuvent même espérer une très belle carrière, au moins dans ce répertoire !

        ∆ Claire-Élie Tenet (Psyché) était annoncée souffrante, et en effet, elle devait s'accommoder d'une émission voilée qui n'irradiait pas comme dans la récente Messe en si mineur de Lioncourt ; je crois néanmoins que la voix a des qualités a faire valoir dans un répertoire plus lyrique – ductile avant d'être déclamatoire. J'ai hâte de la réentendre dans son état

    ∆ Apolline Ray-Westphal (Vertumne et l'Amour), très finement focalisée, claire, sonore, bien incarnée dans le détail des mots, un régal et une voix déjà prête pour la carrière dans ce répertoire.

    ∆ Aussi remarqué Anaelle Le Goff (Cidippe, la seconde sœur), superbe halo vocal dans une tessiture pourtant très basse pour un soprano. Reste à affermir la déclamation (mais la diction est saine, en réalité, et parvenir à maintenant la liberté des voies aussi bas, chapeau).

    ∆ Je n'aime pas beaucoup l'interminable plainte italienne ; d'autant plus impressionné par la densité (du timbre, de l'expression) de Marie Théoleyre qui magnétise cette scène.

    ∆ Chez les Messieurs, trois basses assez exceptionnelles : le noble Fleuve de Guillaume Vicaire, l'Affligé et la Furie d'Antoine Amariutel (voix de basse complètement timbrée, il est prêt techniquement, on va se l'arracher, ces voix sont rares), le Roi d'Eudes Peyre, très sûr, mais avec un aigu allégé et éclairci, qui lui permet de phraser avec plus d'expression, idéal ici, dans ce récitatif – plus beau moment de tout l'opéra.
        On était loin des natures généreuses et mal domestiquées des habituels étudiants basses. Et vu la disette de ce type de voix dans ce répertoire… je me souhaite de les revoir.

    Enfin, Maxim Jermann, ténor prometteur pour ce répertoire : l'aigu, quoique facile, se pare de belles résonances pharyngées façon Auvity… Les notes (dans une tessiture haute très difficile) sont sans tension ; un véritable caractère vocal se dégage, c'est précieux (et rarissime chez les ténors).

J'espère les réentendre souvent – c'est qui est arrivé à Eugénie Lefebvre et Hasnaa Bennani peu de temps après une superbe production du Pouvoir de l'Amour (opéra-ballet de Royer) du CRR – où je les avais aussi distinguées.

Ce spectacle sera redonné à la salle des fêtes de Saint-Prix (Val d'Oise) dimanche 21 janvier. LULLYstes, allez-y.

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Adieux de Psyché.



11. Le son

Conclusion : il nous manquait une version pleinement représentative de cette œuvre non sans pièges –  que nous pouvons considérer avoir désormais (en dépit du raccourcissement de l'acte V, d'où disparaissent Mars, Mome, Silène et les Satyres !).

[C'est mal, j'en conviens mais je me suis fait une copie à fins personnelles, hors de question de ne pas pouvoir réécouter ça !]


Comme je n'ai pas eu de réponse des concernés pour diffusion d'extraits (dommage, tout à leur gloire) et que je n'aurai pas le temps avant quelques jours de les retirer et remplacer si jamais c'est le drame, ce seront des extraits du disque CPO. Il faudra donc vous déplacer pour entendre leurs voix.

Et merci à P. L. et Érik sans qui, malgré ma veille minutieuse, ce moment immanquable aurait échappé !



psyché
Chez La Fontaine, Psyché – plus futée – apaise Cerbère pour entrer aux Enfers, dont la mythologie fait finalement un véritable moulin (Orphée y part en balade, Pollux va y faire son marché, sans parler d'Alcide qui y passe son temps libre pour une raison ou une autre).



12. Sur Carnets sur sol

Je vous invite bien sûr à vous replonger dans les notules LULLY, en particulier celle qui récapitule les caractéristiques dramaturgiques, les moments forts musicaux et les versions discographiques de tous ses opéras.

Il existe aussi deux entrées consacrées à d'autres Psyché : inédit d'Ambroise Thomas et ballet de César Franck.

dimanche 14 janvier 2018

[fuites] Opéra de Paris 2018-2019, la saison officielle


Sur le (mirifique) forum Classik, on trouve la saison 2018-2019 de l'Opéra de Paris apparemment officielle et tirée des brochures (présentation au public à la fin du mois). Avec les distributions assez complètes, manifestement (que je ne recopie pas ici, je vous laisse aller regarder).

C'est apparemment tiré d'un autre site (d'un forum où je ne vais plus, je soupçonne), ces informations circulent vite, donc je ne vais pas recopier ce qui a déjà été formalisé ailleurs, juste les titres et quelques remarques.

► 17 titres.
► 1 opéra baroque (début XVIIIe), 2 opéras classiques (Mozart), 13 opéras romantiques, 2 opéras du XXe (dont Rusalka, créée en… 1901), 1 opéra du XXIe.
► 9 en italien (plus de la moitié !), 2 en allemand (grosse chute), 3 en français, 2 en russe, 1 en tchèque.
► 0 LULLY, 2 Mozart, 1 Rossini, 2 Donizetti, 4 Verdi, 1 Wagner, 0 Puccini, 0 R. Strauss

Considérant que les opéras relativement rares sont des reprises (Iolanta, Rusalka), que Lady Macbeth de Mtsensk a été donnée il y a une dizaine d'années (et finalement régulièrement à Paris, où Chung, Gergiev et Haenchen, au moins, l'ont dirigée depuis les années 90), sont surtout rares l'oratorio de Scarlatti, et Les Huguenots (et, par essence, la création de Jarrell).

L'Opéra de Paris n'a clairement pas décidé de jouer au pionnier, mais la plupart des titres sont à mon gré, et c'est tout de même un peu plus varié et aventureux que la saison en cours (certes, pour trouver moins aventureux, après, il fallait aller à Des Moines).

Les distributions sont globalement très belles, et les nouvelles productions données à des metteurs en scène en vue (même si Bieito, Guth, Warlikowski, Tcherniakov ont eu leurs mauvais soirs, notamment à l'Opéra de Paris). D'ailleurs toujours les mêmes metteurs en scène à la mode (Castellucci revient aussi, et on aura van Hove), aucune nouvelle production dans le genre tradi, le but est clairement de changer l'image de la maison.
[À mon humble avis, outre qu'il est dommage de ne pas laisser le choix au public, ces metteurs en scène font trop de productions par an pour avoir le temps de produire, après des débuts très prometteurs, un travail qui soit de la même qualité partout. Les premières production de Guth et Bieito étaient d'une autre force que celles d'aujourd'hui… Tcherniakov, c'est différent, c'est pile ou face.]

    → Pour ma part, la plupart de tout cela me tente. Et malgré la distribution en volapük héroïsant, les Huguenots sont dirigés par Michele Mariotti, capable d'exalter les contenus fins des accompagnements et de maintenir la tension, presque le plus important.
    → L'autre grande nouvelle, c'est la Bérénice de Jarrell (annoncée depuis longtemps, mais confirmée), l'un des rares compositeurs vivants capables d'écrire un véritable opéra cohérent dans un langage du XXIe siècle (son Galileo genevois avait été une splendeur, farci d'ensembles richardstraussiens dans un langage atonal-polarisé).

La liste :

A. Scarlatti – Il primo omicidio (« Le premier meurtre »)
Mozart – Don Giovanni
Mozart – Die Zauberflöte
Rossini – La Cenerentola
Donizetti – L'Elisir d'amore
Donizetti – Don Pasquale
Meyerbeer – Les Huguenots
Berlioz – Les Troyens
Verdi – La Traviata
Verdi – La Forza del destino
Verdi – Simone Boccanegra
Verdi – Otello
Wagner – Tristan und Isolde
Tchaïkovski – Iolanta
Dvořák – Rusalka
Chostakovitch – Lady Macbeth de Mtsensk (dans sa version révisée Katerina Ismaïlova, je crois)
Jarrell – Bérénice

La folie des réservations pour juillet 2019 dans les salles parisiennes va donc bientôt débuter…

David Le Marrec


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