Carnets sur sol

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Saison Opéra de Bordeaux 2007-2008

Présentation et analyse de la saison par notre comité de rédaction [et ses nombreux lutins].

On y présente notamment des compositeurs, des chanteurs, des oeuvres au programme. Avec de nombreux liens pour expliciter certains points si nécessaire. Un petit carnet de route.


Le programme est désormais disponible dans son intégralité sur le site de l'Opéra.

  1. Saison Opéra
  2. Saison Récitals & Concerts (Pensez à cliquer dans les sous-menus en bandeaux bleus, en bas, pour pouvoir tout lire.)
  3. Saison Ballet





A. Remarques générales

Toujours pas de Rosenkavalier de Richard Strauss avec Delunsch/Haidan, ni les Contes d'Hoffmann dans la mise en scène de Pelly, pourtant une coproduction avec Lyon (où l'on pouvait espérer Delunsch/Minkowski). Sans parler de la Norma de June Anderson, abandonnée depuis fort longtemps.

Côté opéra, une saison vraiment de bouts de chandelles, peu de titres prestigieux, peu de raretés, et peu d'interprètes alléchants... Personne ne sera content, et tout cela confirme ce qui se dit sur les finances toujours plus désastreuses du théâtre. [Sans parler de la façon de concevoir la programmation, sur laquelle on pourrait épiloguer à loisir.] [Introduction à la lecture de l'avant-programme, que nous avions laissée par erreur (avec seulement les titres des opéras mis en scène et les concerts symphoniques, ce qui s'annonçait palot, surtout après lecture des programmes superlatifs de Paris ou Toulouse...). Depuis, se sont ajoutés certains éléments de distribution essentiels du Faust, de Bohème, le Carissimi/Charpentier, les récitals (y compris la palanquée de récitals de midi, s'il est possible de s'y rendre). Au total, CSS est donc tout à fait satisfait, et même un peu plus. La saison d'opéra est d'une imagination modérée et d'un niveau sans doute pas digne d'un Opéra National, mais les à-côtés consolent amplement. Surtout que la création proposée sera vraisemblablement de très bonne qualité.]

Une rupture avec une tradition ancienne, celle du Casse-Noisette annuel, à Noël. Peut-être n'arrive-t-on plus à remplir, tout Bordeaux y étant passé quatre fois, et ce malgré le relatif dynamisme de la fécondité française en Europe. Peut-être également que les décors tombent en ruines...




B. Détails opéra

1. La Bohème de Puccini en septembre, avec, dans le meilleur des cas, Nathalie Manfrino, Anne-Catherine Gillet et Jérôme Varnier. En scène, l'oeuvre doit être plus digeste qu'au disque, et CSS avoue penser à s'y rendre, ne serait-ce que pour entendre Anne-Catherine Gillet, qu'importent les conditions ! Beaucoup d'admiration aussi pour la présence de Jérôme Varnier. Direction par un habitué du répertoire, Marco Balderi (Butterfly à Paris) ; mise en scène assurée par l'artiste label local Laurent Laffargue (jamais très profond, mais pas de risque de dénaturation non plus).
Attention aux dates, donc !

2. Genitrix de TIHANYI László. L’opéra contemporain de l’année (obligation pour un Opéra National : un an sur deux), en novembre, à peu près seul vestige du Festival Novart, consacré à la création contemporaine « sérieuse » dans tous les domaines, et enterré en bas âge, lors de sa seconde année. Dommage, on y trouvait quelques merveilles, comme la saison Kurtág en 2004 ou comme l' "Etonnante Lettonie" en 2005.
Opéra (en français) d'après Mauriac, couleur locale oblige, et qui propose, outre le compositeur comme chef, la fameuse liedersängerin Hanna Schaer dans le rôle de Félicité.
Il s'agit là d'une très bonne nouvelle, parce que la musique de Tihanyi (51 ans le premier jour du printemps) est vraiment captivante, utilisant à la fois un langage semi-modal comme un Takemitsu, des évolutions de textures progessives à la façon de Ligeti. Pas de silence, mais des variables d'intensité par le relais de groupes d'instruments qui jouent très bien la tension-détente. Une musique assez aisée, il me semble, à ressentir.
On y entend régulièrement des instruments solistes énoncer une mélodie un peu énigmatique, rejoints par un ensemble orchestral plus fourni, qui à nouveau laisse les solistes tournants à nu, et ainsi de suite. Cette écriture en accordéon est terriblement efficace - et compréhensible d'instinct. Le sens de la tension-détente, de la mélodie ne sont pas si fréquents chez nos contemporains, il faut s'en réjouir.

3. Un Ballo in Maschera de Verdi en janvier. Mis à part Hui He, Tosca et Butterfly de bonne réputation, et Jérôme Varnier dans le petit rôle de Samuel, rien de bien saillant a priori - hélas, à Bordeaux, l'anonymat est généralement assez mauvais signe.

4. Monteverdi, Scènes et Madrigaux en février. Les tubes monteverdiens seront de la partie, avec Il Combattimento di Tancredi e di Clorinda le Lamento d’Ariana, la Lettera Amorosa... Par l'Académie Européenne de Musique dirigée par Kenneth Weiss. Une mise en scène est prévue [par précaution, craindre le pire est conseillé].
Ce répertoire est très peu pratiqué à Bordeaux, on s'en réjouira donc, malgré le caractère prévisible des titres retenus.

5. Faust de Gounod en mars. [On frôle la saison américaine, n'était un brin de musique ancienne et de contemporain non sirupeux.] Le dilemme sera terrible. D'un côté, Wookyung Kim, acclamé unanimement pour son Narraboth (Salome de Richard Strauss) à Bastille, pourtant un petit rôle. De l'autre (distribution B), Alain Vernhes, un des plus fins interprètes de l'histoire du rôle de Méphisto. Un rôle de basse à la française, assez barytonnante en bien des aspects, parfaitement à sa mesure. Et, pour la petite histoire, Marie-Thérèse Keller en Dame Marthe.

6. Idomeneo de Mozart. Une goutte de demi-originalité, bien que cet opéra soit devenu fort à la mode. On craint un peu l'ONBA, ses coups d'archets multiples et mal assortis, son son rugueux, son étrangeté stylistique à cette musique, mais pour nous réconforter, la mise en scène de Yannis Kokkos et les lumières de Patrice Trottier, auteurs d'un beau Titus, et des Rois de Fénelon (d'après Cortazar) à Bordeaux. On connaît bien Kokkos pour ses Troyens du Châtelet, parus au DVD. Généralement peu d'incidence sur le sens de l'oeuvre elle-même, mais un sens esthétique toujours admirable.
Côté chanteurs, on notera surtout Kobie van Rensburg, familier de ces rôles de ténors mozartiens "nobles", et Henriette Bonde-Hansen, qui a participé à de nombreux opéras rares (de Bizet, Kunzen, Nielsen, Wolf-Ferrari ou Hartmann), généralement dans de petits rôles.
Philippe Do et Jérôme Varnier sont hélas limités aux plus petits rôles de la partition.

7. La Vergine dei dolori ("La Vierge des Douleurs") d'Alessandro Scarlatti en juillet. Il y a quelques années, Gérard Lesne avait donné Sedecia, re di Gerusalemme du même, avec son Seminario Musicale. Ici, c'est Rinaldo Alessandrini et son ensemble Il Concerto Italiano qui propose l'oeuvre, déjà en tournée cette saison. Sara Mingardo, voix très réputée (mais plutôt tassée, mate et peu sonore, à l'expression souvent affectée) et Romina Basso (voix très ambiguë, au timbre translucide) en seront. L'oeuvre (un oratorio) sera mise en scène.
Les commentateurs ont jusqu'ici été partagés sur la qualité intrinsèque de cette oeuvre.

8. Et en concert, par l'Ensemble Sagittarius dirigé par Michel Laplénie, Jephté de Carissimi et Judith de Charpentier dans une même soirée ! (26 mai)

9. Enfin, côté opérette, la Chauve-Souris, bien sûr, de Johann Strauss II. Avec un plateau plutôt prestigieux, pour une représentation qui sera de toute évidence donnée en français (ce qui n'est pas sot pour ce genre de spectacle). Cécile Perrin, Gilles Ragon, Eric Huchet, Jean Ségani et... Nathalie Stutzmann en Olofsky !
Avec J. Ségani, E. Huchet et surtout Thomas Rösner au pupitre (jadis assistant de Hans Graf et généralement fortement plébéien, au point que le départ du maître a sonné comme une bonne nouvelle), nous laissons ces joies à d'autres.




C. Détails récitals vocaux

Très peu de récitals "officiels" cette année.

1. A tout seigneur, tout honneur, Nathalie Stutzmann sera parmi nous pour le dernier grand cycle de Schubert (elle va bien nous faire l'intégrale Alma Mahler, après ?) en janvier. Avec Inger Södergren bien sûr.
J'ai du mal à imaginer comment le naturel extrême que réclame ce cycle pourrait être réussi par notre contralto en passe de devenir la mascote de CSS, mais après tout, la version discographique de Matthias Goerne avec Eric Schneider, en en faisant un second Winterreise, a surpris tout le monde (et conquis CSS). Egalement, la version d'anthologie du duo Fouchécourt/Planès, traitant le cycle comme un vrai recueil de chansons, n'était pas nécessairement prévisible comme telle sur le papier, avec de tels interprètes - on aurait pu craindre à l'inverse la sophistication extrême. Qui sait.
Mais le disque qui ne manquera pas de paraître nous confirmera certainement dans nos pronostics...

2. Jonas Kaufmann sera aussi invité (en novembre), dans un bouquet de lieder et mélodies. Die Bürgschaft D.246 de Schubert, les Michel-Ange de Britten, et de nombreux lieder de Richard Strauss (dont quelques standards). Programme plutôt original, bien que les lieder de Richard Strauss soient souvent des oeuvres mineures dans sa production, et dans l'univers du lied en général.
Helmut Deutsch l'accompagnera. Jonas Kaufmann est fantastiquement solide et intelligent dans les rôles germaniques vaillants les plus éprouvants (se tenant intelligemment éloigné, et parfois dans des niches weberiennes et marschneriennes, du répertoire wagnérien le plus exigeant). Bien et agréablement timbré sur toute la tessiture (ce qui est plutôt exceptionnel dans ces emplois), sachant vocaliser à la perfection, d'une longueur de souffle exceptionnelle, jamais pris en défaut par les difficultés que la plupart de ses confrères résolvent à peu près, et de surcroît doté d'un sens largement honorable des mots, c'est véritablement une perle dans ces répertoires.
Toutefois, pour avoir entendu son Winterreise, le format de la voix se prête très mal, et c'est triste pour ces interprètes, aux délicatesses du lied. La voix détimbre vite, les intentions sont difficiles à communiquer. Souvenir effroyable d'un récital Seiffert/Schnitzer, l'impression de géants dans une maison de poupée - pas à cause des interprètes, mais bien de la nature de leurs voix et de leurs emplois habituels.
Le choix d'oeuvres peu visitées laisse penser que l'interprète a conscience de ce handicap et souhaite le contourner par le choix intelligent des pièces. Il aurait pu chanter Alma Schindler-Mahler, bien sûr, mais aussi An Herrn Joseph von Spaun de Schubert. Par exemple, Die Bürgschaft est une longue ballade (une des plus célèbres de Schiller), aux accents assez récitatifs et minutieux, dans le goût du premier Schubert (Die Nacht et Lodas Gespend d'après Ossian, Der Taucher d'après Schiller...). Un ténor dramatico-héroïque pourrait y faire valoir son sens du drame et son autorité vocale. La pièce dure à elle seule plus d'un quart d'heure.

3. Ce serait peu, mais l'excellent concept des Midis Musicaux se prolonge pour la troisième année, et avec des invités bien plus prestigieux.
Le principe est simple, et remporte un vrai succès : à 12h30, proposer un récital vocal de 45 minutes, le temps de la pause, pour 5€, dans le Grand-Théâtre. Les interprètes sont souvent jeunes, ou tiennent de petits rôles dans les opéras à l'affiche. Ils sont donc sans doute payés peu grassement, mais peuvent roder un programme, ou prendre une chance de se faire connaître. L'accompagnement est assuré par les répétiteurs maison (l'une excellente, l'autre plus répétiteur qu'interprète à part entière).
On se remémore quelques moments exceptionnels, comme les Ropartz de Nicolas Testé[1].
A programme :

  • Octobre : Maïra Kerey, soprano. Operabase ne recense que l'Elixir d'Amour (Adina) à Bordeaux cette saison. Accueil ni favorable ni défavorable. [CSS n'y était pas.]
  • Novembre : Cécile Perrin, soprano dramatique, habituée des rôles lourds. Aigus tonitruants presque criés, diction floue, mais un médium d'une très belle densité. Le timbre est plutôt clair, et même un peu translucide dans l'aigu, avec peu d'arêtes. Elle jouait Fidelio cette saison avec un certain bonheur (bonne actrice au demeurant), et a enregistré notamment Agathe du Freischütz et surtout Amazily du Fernand Cortés de Spontini (direction Jean-Paul Penin). Dans un programme adapté, sollicitant peu l'aigu et le forte, plutôt du lied que la mélodie française, qui réclamerait plus de clarté de la diction et plus de ductilité, ce peut être tout à fait convaincant.
  • Décembre : Choeur de l'ONBA. Chants de Noël. Le choeur de l'ONBA est d'une grande rugosité, d'une assez considérable hétérogénéité de timbres, d'une diction bien peu intelligible, avec des nuances souvent brutales. Aussi, vu le programme peu enthousiasmant, on peut ne pas se précipiter si on ne fait pas sa pause dans le coin.
  • Janvier : Daphné Touchais, soprano. (Qui n'a semble-t-il pas encore enregistré d'intégrale d'opéra.)
  • Février : Paul Gay, baryton (central). Nommé il y a quelques années pour la réception d'une Victoire de la Musique. Il participe jusqu'ici à de très vastes répertoires, pas toujours au premier plan. Un bon chanteur, légèrement rond et engorgé peut-être, mais péché véniel.
  • Mars : Jérôme Varnier, basse noble. Quand tant de basses font valoir surtout des moyens naturels, des timbres rocailleux, des idées musicales sommaires, on s'explique mal comment une telle voix, d'une vraie présence (moins phonogénique il est vrai), de si beaux phrasés, et une renommée qui n'est pas négligeable trouvent si peu d'emplois prestigieux sur les meilleures scènes. Les récitals de basse avec piano sont en outre rare, et la connaissance du répertoire français de Jérôme Varnier bonne. On peut espérer de bonnes surprises.
  • Avril : Choeur de l'ONBA à nouveau.
  • Mai : Philippe Do, ténor. Beau timbre bleu azur, bonne diction, grande technique. On se souvient de son Ituriel dans le Noé de Bizet/Halévy à Compiègne. Un extrait figure dans cet article. Un grand lyrique, faussement léger, en quelque sorte.
  • Enfin, Juin : Philippe Ermelier, baryton. Jusqu'à présent, de petits rôles, comme le Sacristain de Tosca à Liège.


Bombance ! Seule réserve, et de taille : il faut être dans le centre-ville à ces heures...




D. Concerts instrumentaux

Trop nombreux pour être tous listés ici.

Citons tout de même les Brahms de Capuçon/Caussé/Capuçon/Angelich, les choeurs anglais complétant un Requiem de Fauré par un choeur de Cambridge, le concert thématique autour des influences françaises sur Mozart par Andreas Staier (mais il n'y aura que Balbastre et Jadin en plus de Mozart), les trois dernières sonates de Beethoven par Kovacevic, la création française de The Mannheim Rocket de John Corigliano (oeuvre accessible et stimulante, assez répandue dans le monde) et dans le même concert le concerto pour violoncelle d'Elgar par le toujours original Peter Wispelwey ; le concerto pour percussion de Christopher Rouse, compositeur aux mêmes vertus, titré Der Gerettete Alberich (« Alberich sauvé »), Quatre Poèmes de Koechlin dirigés par Holliger, et plusieurs chefs de niveau conséquent.
Côté quatuor, rien de bien exceptionnel (aussi bien pour les formations jeunes que pour les programmes très conventionnels), mais nous avons désormais l'ancien concours d'Evian à domicile, et ce sera dès juillet prochain.




E. Ballet

Outre les standards de la très jolie Giselle d'Adam chorégraphiée par Petipa et revue par Charles Jude et le Don Quichotte de Minkus (par Jude), réputé pour sa vacuité musicale intégrale, on trouvera quelques invités plus prestigieux (entendre : passés par Paris et bien accueillis), comme le Roméo et Juliette de Prokofiev par Angelin Preljocaj ou le spectacle Sombrero de Philippe Decouflé.




F. Les recommandations de CSS

A voir absolument, l'opéra de Tihanyi. Et profiter d'une rare représentation Carissimi/Charpentier.
Ensuite, on pourra, selon les inclinations, assister aux Monteverdi et Scarlatti, à la Musetta de Gillet, au Méphisto de Vernhes, l'Idomenée de Kokkos/Trottier.

Côté récital, le choix original de Jonas Kaufmann, mais surtout les incontournables J. Varnier, Ph. Do, et dans une moindre mesure C. Perrin.

Pour les concerts, les couplages ne sont franchement pas audacieux, avec toujours un Beethoven dans le coin pour adoucir un quart d'heure de contemporain. On fera donc selon ses intérêts et son courage. Les Beethoven de Kovacevic, à tout le moins, ne font pas courir de risque, à défaut d'être originaux.

Notes

[1] L'article Ropartz serait, au passage, à compléter sérieusement.


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Commentaires

1. Le lundi 4 juin 2007 à , par Vartan

Nous suivrons à la lettre ces recommandations.
Le pire n'est-il pas évité ? Nous sommes au pain sec et à l'eau, mais elle reste encore de source, Monteverdi, Idomeneo, Charpentier... Et le pain est complet, Stutzmann, la Chauve-souris, Varnier.

2. Le lundi 4 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Tout à fait... je me suis aperçu un peu tard que j'avais conservé l'introduction à ma découverte de l'avant-programme, et non celle qui convenait après découverte du Carissimi/Charpentier, des midis musicaux, etc.
Mais l'ensemble du site était indisponible hier soir (maintenance de l'hébergeur, il me semble), je n'ai donc pas pu faire la modification.

C'est à présent effectué. Avec mes excuses à la direction. :)


Le plus excitant, outre la création, se trouvera dans les récitals, mais le meilleur se situe le vendredi midi...

3. Le lundi 4 juin 2007 à , par Philippe[s]

Aucun regret d'avoir quitter Bordeaux au vu de ce programme (quand on pense aux saisons passées pour les récitals et les quatuors !!). Laplénie m'a toujours ennuyé (pourtant dans mon répertoire de prédilection : les cantates de Bach).
Le Monteverdi de Weiss vient du festival d'Aix, si je ne m'abuse.
Hui He, très bien dans Tosca et Butterfly, mais entre les deux, quelle prise de poids ! (qui rendait sa Tosca un peu ridicule à son arrivée sur scène).
Je me laisserai bien tenter par Genitrix...

4. Le lundi 4 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Aucun regret d'avoir quitter Bordeaux au vu de ce programme (quand on pense aux saisons passées pour les récitals et les quatuors !!).

Oh, pour les récitals, il y a un regain qu'on n'avait pas eu depuis 2003 (Goerne-Bonney-Kirchschlager-von Otter), surtout que les récitals de midi proposent souvent des répertoires originaux, mieux vaut ça que de vieilles gloires décrépites qui ressassent les mêmes morceaux de bravoure.

Côté quatuor, il y a le concours en juillet, c'est déjà énorme. Entendre huit fois dans la même journée le dernier quatuor de Kurtág a été un grand moment, il y a deux ans ! Le programme semble très intéressant cette année.
Il y a aussi les Prazak au festival d'été, mais le programme est le même qu'il y a quatre ans, avec le Quatuor Américain de Dvořák obbligato. Et j'ai un assez mauvais souvenir de leur désinvolture, beaucoup de sons pas très propres, rien à voir avec leurs disques ou les concerts où j'ai pu les voir, mais enregistrés dans le même temps par la radio.

Dans l'intégrale-marathon des quatuors de Beethoven, de même, ils ne m'avaient pas ravi par rapport aux Parkányi ou aux Lindsay finissants. Les Prazak me semblent assurément plus phonogéniques.


Le Monteverdi de Weiss vient du festival d'Aix, si je ne m'abuse.

Exactement, une coproduction.


Hui He, très bien dans Tosca et Butterfly, mais entre les deux, quelle prise de poids ! (qui rendait sa Tosca un peu ridicule à son arrivée sur scène).

Je ne sais si c'était elle que j'avais vu dans Butterfly, mais je me souviens surtout que c'est l'une des très rares oeuvres du répertoire que je trouve un peu longues.
Je n'étais pas allé voir Tosca. Ridicule, comment cela ?


Je me laisserai bien tenter par Genitrix...

En tout cas, la musique de Tihanyi produite à ce jour est très intéressante. Mais la composition d'un opéra reste toujours une surprise, il faut adapter le langage à d'autres contraintes...

5. Le mardi 5 juin 2007 à , par Bajazet

Kaufmann chantera donc le même programme qu'à Toulouse en février. :-/

On viendra pour Idomeneo bien sûr. Bonde Hansen m'avait laissé un excellent souvenir dans La Veuve joyeuse avec Mattila, mais bon, Valencienne, ce n'est pas la mer à boire. Elle chante Pamina dans 15 jours à Toulouse avec Rensburg, je pourrai en dire plus.

J'ai entendu il y a quelques jours l'Idomeneo du Met de cet hiver, avec Rensburg, Kozena, Röschmann en Ilia surprenante (j'en reparlerai ailleurs sans doute). Hélas, la voix de Rensburg bouge désormais pas mal dans ce rôle, avec des sons plus ouverts souvent. C'était déjà un peu le cas à Nice dans ce rôle il y a 3 ans (avec l'immonde Bayo, beurk). Rien à voir avec la splendeur vocale de son Idomeneo au Cpitole en 2000. Reste heureusement un sens du style, un investissement dramatique, une intelligence peu commune du texte (les récitatifs sont extraordinaires) et quand même la bravoure dans la vocalise. Du très grand genre de toute façon, et absolument le ton et l'expression requis. C'est déjà beaucoup.

Sinon, cette saison a de quoi désoler. Il y a des décadences divines, mais là franchement…

Au fait, la mise en scène de l'oratorio de Scarlatti est assurée par la dame qui avait réalisé un spectacle à Aix autour de madrigaux de Monteverdi (Combat, la Ninfa, Altri canti d'amor) dirigé par Minkowski en marge de sa Poppée. C'était agréable (surtout en raison du cadre de la cour de l'Hôtel Maynier d'Oppède) et oublié aussitôt vu. Agnew faisait le Testo, et je ne l'ai jamais entendu aussi magistral que là.

P.S. genitrix, c'est une artiste bordelaise, n'est-ce pas ? Comme Lolo Laffargue… ^^

6. Le mardi 5 juin 2007 à , par Bajazet

J'ajoute, pour ceux qui ne l'ont pas vu en scène, que Rensburg a une présence et un ascendant impressionnants. Je n'arrive pas à savoir s'il est apparenté à une autre Rensburg afrikaner, qui est un famaux joueur de rugby. Vu la carrure, ce n'est pas impossible :-p

7. Le mardi 5 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Noble seigneu-eu-eu-eur, saaaalut !

Pardon, les "a" sont ouverts, c'est à force de chanter grand genre.


Kaufmann chantera donc le même programme qu'à Toulouse en février. :-/

Et... ?
En février dernier ?


On viendra pour Idomeneo bien sûr. Bonde Hansen m'avait laissé un excellent souvenir dans La Veuve joyeuse avec Mattila, mais bon, Valencienne, ce n'est pas la mer à boire. Elle chante Pamina dans 15 jours à Toulouse avec Rensburg, je pourrai en dire plus.

Ah oui, c'était elle. Souvenir lointain (je n'ai pas réécouté l'oeuvre en entier depuis la première diffusion du spectacle), mais plutôt bon souvenir.
Je me demande si je ne l'ai pas entendue dans du répertoire de niche, en tout cas son nom m'évoque des choses agréables (impossible de me souvenir quoi). Peut-être une confusion avec Terje Boye Hansen, mais je ne crois pas.


J'ai entendu il y a quelques jours l'Idomeneo du Met de cet hiver, avec Rensburg, Kozena, Röschmann en Ilia surprenante (j'en reparlerai ailleurs sans doute).

Ailleurs, mais pas trop loin j'espère ?
Röschmann m'avait un peu laissé sur ma faim en Vitellia par rapport à ses capacités, mais sa Suzanne au contraire était joliment pensée. La voix devient infiniment plus lisse en italien qu'en allemand, je trouve. Les consonnes deviennent étrangement molles, la caractérisation plus lâche.


Hélas, la voix de Rensburg bouge désormais pas mal dans ce rôle, avec des sons plus ouverts souvent. C'était déjà un peu le cas à Nice dans ce rôle il y a 3 ans (avec l'immonde Bayo, beurk). Rien à voir avec la splendeur vocale de son Idomeneo au Cpitole en 2000. Reste heureusement un sens du style, un investissement dramatique, une intelligence peu commune du texte (les récitatifs sont extraordinaires) et quand même la bravoure dans la vocalise. Du très grand genre de toute façon, et absolument le ton et l'expression requis. C'est déjà beaucoup.

C'est pas fini la réclame ? Ailleurs, on vend des espaces publicitaires...


Sinon, cette saison a de quoi désoler. Il y a des décadences divines, mais là franchement…

Si on compte les récitals de midi, je ne trouve pas. Il y a deux ans, c'était vraiment de la vache maigre, mais là, non, pas vraiment. A deux conditions :
- ne pas aller aux concerts symphoniques, autant que possible (abstinence intégrale cette année, pour moi) ;
- ne pas comparer avec Toulouse, Marseille ou Paris, jamais.


C'était agréable (surtout en raison du cadre de la cour de l'Hôtel Maynier d'Oppède) et oublié aussitôt vu. Agnew faisait le Testo, et je ne l'ai jamais entendu aussi magistral que là.

Oui, mais on n'aura que la mise en scène. :-))


P.S. genitrix, c'est une artiste bordelaise, n'est-ce pas ? Comme Lolo Laffargue… ^^

Oui, en quelque sorte... couleur locale. Dieu merci, la musique du Monsieur est intéressante.

8. Le mardi 5 juin 2007 à , par Bajazet

Oui, Kaufmann à Toulouse, c'était en février dernier, mais pour cause de Castor je n'y étais pas.

"La réclame"… Non mais je vous jure…

Röschmann chante Ilia de façon extrêmement mobile et véhémente, au point qu'on se dit qu'Elettra lui conviendrait mieux. Cet été à Salzbourg, elle chantait la Comtesse comme ça aussi. Ça fait merveille dans le monologue d'entrée, que je n'ai jamais entendu aussi extrordinaire. La voix est magnifique, l'éloquence sans rivale. Pour le reste, ça manque d'abandon, c'est trop "volontariste" en quelque sorte, esprit-Jacobs-es-tu-là ? Dans "Se il padre perdei", c'est même un peu à côté, je trouve, c'est trop en dehors, trop délibérément "vibrant", sans sourire, sans ce sens de la pudeur et de l'équivoque qui rend cet air inoubliable.

Mais ce monologue d'entrée, c'est une leçon exemplaire !

9. Le mardi 5 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

J'ai honte... j'aime beaucoup le monologue d'entrée de Grant Murphy, beaucoup d'éloquence aussi. (Je précise immédiatement, afin de couper court à toute raillerie malveillante, qu'elle m'insupporte partout ailleurs.)

Sans doute est-ce parce que j'ai dans l'oreille l'Ilione de Monique Zanetti lorsque j'écoute ce Mozart... Non, non, je ne rêve pas de Sandrine Piau en Elettra, soyons raisonnables, Mireille Delunsch suffit à mon bonheur.

Kaufmann, je suis dubitatif, il faudra voir si le programme lui convient bien. Voix difficile pour ce répertoire.

Enfin, Röschmann, je suis curieux. Elle peut produire de ces choses incroyables dans un texte, oui.

10. Le mercredi 6 juin 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Un petit commentaire pour que vous ne vous inquiétez pas de mon silence... ;-))) !

Merci à vous pour ce programme détaillé, mais, ah David, quelles vilaines suppositions à propos de la schöne Müllerin de N. Stutzmann ! J'espère pouvoir vous rendre plus optimiste car si tout va bien je l'aurai déjà écoutée une fois avant ce récital de Bordeaux, et bien sûr, avec votre permission, j'en parlerai ici.
Quant à la Chauve-Souris, vous m'apprenez qu'elle sera probablement chantée en français, et je me fais une joie d'entendre à nouveau N. Stutzmann dans un opéra.

11. Le mercredi 6 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Je ne doutais pas de votre offuscation. :-))

Je ne souhaite qu'être optimiste, et ce cycle étant moins joué que les autres, si l'exécution s'en avérait très intéressante à mes oreilles, je pourrais m'y risquer, en effet. Néanmoins, j'ai comme une vague idée du probable aspect de ce que cela produira. Nous verrons.

Pour Fledermaus, très franchement, avec cette distribution, il serait vraiment très étonnant que ce ne soit pas en français - ce sont tous des chanteurs estampillés "musique française" ; même avec des francophones, on aurait choisi d'autres personnes pour la version originale. Erich Huchet, tout particulièrement, constitue un signe éloquent. Mais aussi notre Nath - oui, je sais, à tort, elle chante très bien l'allemand.

12. Le vendredi 22 juin 2007 à , par Bajazet

Les opérettes viennoises sont toujours données en français dans les opéras de province (sauf sans doute en Alsace), même au Capitole ;-)

13. Le samedi 23 juin 2007 à , par Bajazet

Rensburg chante aussi Idomeneo à Strasbourg en novembre, avec Karthäuser en Ilia et Delunsch en Elettra. C'est quand même râlant que Bordeaux ne programme pas Delunsch dans le rôle.

14. Le samedi 23 juin 2007 à , par Morloch

Mais qu'est ce que Delunsch a comme relation particulière avec Bordeaux ? Je croyais que c'était une alsacienne qui hante l'Opéra Bastille ?

15. Le mercredi 27 juin 2007 à , par DavidLeMarrec

Misère, Delunsch est devenue trop chère pour nous ! J'ai cru comprendre qu'elle avait accepté un cachet réduit pour venir cette année, contre la carte blanche, et par bonté envers ses souvenirs...

Oui, car, Morloch, Delunsch est une habituée de l'opéra de Bordeaux, où elle a fait ses grandes prises de rôle : Vitellia (1999), Cleopatra (1999), Violetta (2000), Fiordiligi, Elsa, etc.
Elle a aussi chanté dans ces dernières années Thalie/La Folie de Platée (2001), Elvira de Don Giovanni (2003), Cléopâtre de Berlioz couplée avec la Voix Humaine (2007). J'en oublie sans doute.

C'est un port d'attache pour elle. Du moins avant que Mortier ne la porte à l'Opéra de Paris. Mais avant, la bonne adresse, c'était Bordeaux. :) Quel perfide, ce Mortier !

16. Le samedi 30 juin 2007 à , par Bajazet

On ajoutera à la galerie bordelaise Mimi, Héro, Armide et Eurydice de Gluck, et sauf erreur sa première Elvire en 97 (mise en scène d'Engel). En concert, elle a donné les 7 frühe Lieder avec la scène finale de Daphné. (Vitellia c'était en octobre 98.)

C'est en effet dans ces années 1996-2004 qu'elle aura beaucoup arpenté la scène de Bordeaux, parallèlement à Tours, où ses rôles furent moins nombreux (Le Roi d'Ys, Le Freischütz, Un bal masqué, sa seconde série de Traviata avant Aix, Mimi plus récemment).

17. Le samedi 30 juin 2007 à , par Bajazet

Au fait, je vous trouve bien difficile avec Paul Gay, qui est beaucoup plus qu'un "bon chanteur" à mon sens. C'est d'ailleurs à Bordeaux que je l'avais entendu, en Leone dans le Tamerlano de Haendel. C'était vraiment excellent.

18. Le lundi 2 juillet 2007 à , par DavidLeMarrec

Merci pour ces compléments. :)

J'oubliais Héro, en effet, rôle un peu court pour sa dimension démiurgique. Son duo était vraiment délicieux.

En concert, elle a donné les 7 frühe Lieder avec la scène finale de Daphné.

Je ne l'ai jamais entendue dans le lied, et je le regrette beaucoup. Dans la mélodie, peu de Vierne m'ont convaincu (la diction, l'acidité...), et les Duparc, de même, sont très tendus. Mais les Debussy qu'elle travaille en ce moment (les Proses Lyriques) sont des splendeurs ! Bien meilleure diction, et une éloquence fruitée...

(Vitellia c'était en octobre 98.)


Janvier 99, il me semble bien ! J'ai quelque bonne raison de m'en souvenir. (Le Loup et l'Agneau, vers 20-21.)


Au fait, je vous trouve bien difficile avec Paul Gay, qui est beaucoup plus qu'un "bon chanteur" à mon sens. C'est d'ailleurs à Bordeaux que je l'avais entendu, en Leone dans le Tamerlano de Haendel. C'était vraiment excellent.

Ce que j'ai entendu de lui m'a toujours satisfait, sans m'émerveiller démesurément - pas suffisamment pour aller me faire voir un nième Faust. Mais je ne souhaitais surtout pas être désobligeant, j'ai dit que c'était un bon chanteur et je le pense. C'est bien à vous de me traiter de difficile, Monsieur de la Loge d'en face !

19. Le mardi 3 juillet 2007 à , par Bajazet

Non non non, je suis formel : Vitellia, c'était en septembre-octobre 98, et c'est précisément pour ça que je n'ai pas pu me rendre à Bordeaux. Même que Delunsch avait été huée par un glandu à la première et qu'ils en avaient parlé dans le journal. Plus tard, en interview, Delunsch a évoqué la chose en disant que cela lui avait donné des idées de suicide. Poverina ! Poverina !…

David, vous écrivez "démiurgique" au lieu de "démiurgiaque", vous ne ferez jamais carrière au Monde.

20. Le mardi 3 juillet 2007 à , par DavidLeMarrec

Non non non, je suis formel : Vitellia, c'était en septembre-octobre 98,


Je n'y comprends rien, alors, j'en avais le souvenir très précis. La mémoire des dates, à mon âge, que voulez-vous.


Plus tard, en interview, Delunsch a évoqué la chose en disant que cela lui avait donné des idées de suicide. Poverina ! Poverina !…

Depuis que j'ai lu ça, j'ai toujours une certaine appréhension à l'entendre bousculée.


David, vous écrivez "démiurgique" au lieu de "démiurgiaque", vous ne ferez jamais carrière au Monde.

J'en suis heureux, je pourrai donc encore longtemps lire avec ravissement Mathilde-Anne.

21. Le vendredi 5 octobre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Pour mémoire, récital de Maïra Kerey la semaine prochaine, vendredi midi à 12h30.

Le programme est toujours indisponible, aussi CSS va entreprendre d'enquêter pour vous (et accessoirement un peu pour soi).


Pour les bordelais qui souhaiteraient se rendre à la Bohème de Laurent Laffargue, honnête metteur en scène (généralement des actualisations un peu prosaïques, quelques gratuités, certains personnages lourdement négligés, mais un certain savoir-faire théâtral), CSS recommande les représentations de dimanche ou de vendredi prochain, afin de bénéficier à la fois d'Anne-Catherine Gillet et de Jérôme Varnier, deux grandes gourmandises qui feront déplacer les lutins malgré certaines difficultés personnelles (amusantes) vis-à-vis de l'oeuvre.

22. Le lundi 8 octobre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Voici, en exclusivité mondiale sur la Toile (inutile de chercher sur le site de l'Opéra de Bordeaux, ce n'est pas affiché...), le programme de la soprane kazakhe Maïra Kerey (qui chante en alternance Musetta) pour son récital de vendredi prochain (12h30, 8 €). Qui a beaucoup interprété, outre Musetta (ses débuts en France, à Bastille, en 2003), Adina de l'Elixir d'Amour.

Mozart
=> Das Veilchen
=> Un moto di gioia

Quatre mélodies de Francis Poulenc
=> C’est ainsi que tu es (in Métamorphoses)
=> Voyage à Paris (in Banalités)
=> Hôtel (in Banalités)
=> Violon (in Fiançailles pour rire)

Rachmaninov
=> Chanson Géorgienne, "Si bien ici"

Deux mélodies du Kazakhstan

Gounod
=> Valse de Juliette (in Roméo et Juliette)

Bellini
=> Romance de Giulietta (in I Capuleti e i Montecchi)


Varié et assez appétissant.

23. Le samedi 13 octobre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Ce jour, deux remarquables concerts qui donnent à espérer une renaissance artistique de l'Opéra de Bordeaux.

Le récital de Maïra Kerey détaillé ci-dessus, et plus encore Bohème avec un plateau franchement remarquable. ONBA enthousiaste, chef précis et chanteurs épatants.

On en causerait volontiers, mais nous avons quelques autres urgences, et pour CSS, des choses plus consistantes auxquelles il faut mettre la dernière main.
Juste en faire mention si d'aventure quelqu'un souhaitait en causer.

24. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par La Baleine de Garonne

Hello, amis du plancton !
Bon, ça vient, ce compte rendu du récital de Jonas ?

25. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

On n'y était pas...


Bon, ça va, ça va, on va faire quelque chose, mais sûrement de très rapide.


En avant bouche, tout de même, le lied n'est pas idéal pour lui à cause du format de la voix (les mezza voce, qu'il utilise avec beaucoup de goût, passent par derrière, avec un effet Vickers assez étonnant), il nasalise beaucoup dans ce répertoire, mais quel programme et quel investissement... Diction impeccable, emploi de nombreuses configurations vocales au service de l'expression, jeu convaincant : vraiment admirable.

Le Grand-Théâtre était quasiment vide (parterre clairsemé et galerie même pas remplie au premier rang - le reste étant purement et simplement fermé), mais l'assistance était passablement hystérique, autant qu'elle était glaciale ce soir même pour Genitrix.


Il faudrait revenir sur tout ça, et aussi sur Yaron Herman, qui donnait cette semaine un récital en trio sur les thèmes de son dernier album. Pas pour ce soir, mais recevez nos salutations de l'aval.

26. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par La Baleine de Garonne

Rien ne presse, c'était juste pour lancer un jet.
Je sais que vous y étiez, j'ai des indics dans tous les théâtres où chante Rensburg.

Tout ce que j'ai pu savoir sur ce récital jusqu'ici, c'est "il est beaucoup plus beau que sur la photo de l'affiche".

27. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par Morloch

Il faut suivre pour comprendre vos messages codés.

Donc, pour ceux qui, comme moi, auraient du mal : récital Jonas Kaufmann / Helmut Deutsch dans un programme difficile à lire sur le site de l'opéra de Bordeaux mais qui semble être Britten, Schubert et principalement Strauss.

Puis un Génitrix de László Tihanyi, création mondiale. Ca s'est mal passé ?

28. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Baleineau de l'année :
Rien ne presse, c'était juste pour lancer un jet.

Je n'aime pas vos équivoques.

Je sais que vous y étiez, j'ai des indics dans tous les théâtres où chante Rensburg.

Tout ce que j'ai pu savoir sur ce récital jusqu'ici, c'est "il est beaucoup plus beau que sur la photo de l'affiche".

Heu, il y avait une affiche et une photo ? Ce n'était pas Jean-Manuel Candenot plutôt ? :)


En deux mots, vocalement, ça avait les défauts de son Winterreise, mais avec une diction et un sens de ce qu'il dit encore supérieur à ce qu'il déploie habituellement à l'opéra.

29. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

=> Récital Jonas Kaufmann :

Nhofszandz :
Il faut suivre pour comprendre vos messages codés.

Donc, pour ceux qui, comme moi, auraient du mal : récital Jonas Kaufmann / Helmut Deutsch dans un programme difficile à lire sur le site de l'opéra de Bordeaux mais qui semble être Britten, Schubert et principalement Strauss.

:-) Le programme est dans le billet sous lequel tu écris... Die Bürgschaft de Schubert, grand flux récitatif de jeunesse à la manière de Der Taucher (Schiller) ou Die Nacht (Ossian en allemand). J'en raffole personnellement, mais il vaut mieux comprendre un peu d'allemand d'abord, j'en conviens.
Puis Sept Sonnets de Michel-Ange de Britten, pas très intéressants, mais qui mettaient admirablement en valeur sa voix. L'oeuvre est dans le ton de la partie la plus vulgaire de Turandot, avec le même type d'orientalisme dans les deux premiers sonnets. Le texte est totalement extrait de sa forme originelle, avec des durées très variées, et tout cela sent fort la glotte italienne. Mais c'est une réelle rareté, qu'on était (que j'étais) bien content d'entendre en concert.
Enfin les Strauss :
- les Felix Dahn Op.21 ;
- le célèbre opus 27 (Heimliche Auffoderung et les trois tubes Ruhe meine Seele, Morgen et Caëcilie) ;
- entre les deux, quatre lieder isolés : Nachtgang (de l'Op.29), Sehnsucht (de l'Op.32), Freundlich Vision (de l'Op.48), Ich liebe dich (de l'op. 37).

Excellemments choisis pour leur intérêt et leur adéquation à sa voix - certes, que ne pourrait-il chanter ?

30. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

=> Genitrix :

Puis un Génitrix de László Tihanyi, création mondiale.

Merci pour les accents. :-)


Ca s'est mal passé ?

Accueil glacial comme je n'en ai jamais vu ici, un tiers de la salle applaudissait, et mollement. Les gens ne sont pas sortis furieux comme c'est souvent le cas pour le contemporain par ici, mais surtout pétrifiés. Je crois qu'il y avait beaucoup de gens que l'abondante propagande mauriacienne (campagne d'affichage tram, journaux, télévisions, y compris à l'échelle nationale) avait poussé ici. Evidemment, ils ont été un peu surpris.

Pour ma part, j'ai trouvé l'oeuvre tout à fait conforme à ses promesses, et les critiques qu'on peut lire (particulièrement celle de Pierre Gervasoni) me paraissent assez à côté du principe. Pas du tout de grands sauts d'intervalle (nettement moins que chez Wagner et R. Strauss, voire que chez Mozart...) : au contraire, des lignes peu volubiles, un texte économe et dense.

C'était opportunément surtitré (la première fois à Bordeaux pour du français, effort remarquable), mais la diction des protagonistes était parfaite (surtout Jean-Manuel Candenot et Hanna Schaer) ; l'orchestre était bien écrit pour ne pas couvrir les voix toujours dans le bas de la tessiture.


Musicalement, c'était étrange dans la mesure où la première partie ressemblait véritablement à du Tihanyi, avec ses constantes inflexions tension / détente, qui étaient très efficaces non seulement en tant que telles, mais aussi pour soutenir une action dramatique, fût-elle uniquement psychologique - car l'action en question se résume à un acte pour l'infection postpuerpérale et un acte pour ses conséquences, avec un nombre incalculable d'analepses, comme on dit (du flash-back en pagaille, pour parler clair). De très belles trouvailles aussi, comme ce violon caché dans la salle qui répond aux motifs obsessionnels orchestraux pendant le délire de la fièvre. Vraiment saisissant physiquement.

La seconde partie, elle, marque une rupture très nette. On n'a pas ce semblant de tonalité, ce babil discret d'instruments solistes qui égrennent des bribes de motifs. Une chappe sonore immobile qui enserre des existences figées. Ce devient un peu long, j'en conviens, pour moi : rien ne bouge plus, et le même univers qu'au premier acte est sans fin ressassé. La fatigue s'empare de l'auditeur comme pour une oeuvre qui ne module pas - ici, en réalité, de minuscules marches harmoniques déplacent les hauteurs, mais tout demeure si semblable...
L'effet voulu est pleinement atteint : l'impossibilité de dépasser cette relation de couple inséparable et conflictuel entre la mère et le fils quinquagénaire s'incarne dans le figement insupportable de la musique. Mais, musicalement, peu de choses se passent ; des répétitions littérales de sections musicales et de texte rendent même la chose pénible - on imagine mal écouter deux fois au disque le Credo du petit Henri (énoncé cinq fois sur la même musique irritante, en l'espace de deux scènes...).
Le public semble soulagé par les interventions parlées de la servante (en patois), qui allègent en effet de façon presque salutaire l'ensemble.
Très efficace et réussi, donc, mais en fin de compte un peu pénible pour le spectateur - la seconde partie n'a plus rien du divertissement qui traiterait de problèmes graves de façon esthétisée ; elle les concrétise tout de bon.
J’en retiens surtout l’interlude entre les deux premières scènes, avec ces motifs incisifs et ses percussions boisées assez mantovaniens.

Au total, tout de même une grande satisfaction, avec de la belle musique très bien écrite pour les voix, des effets vraiment bien pensés, sans rien d'ostentatoire. Et avec une matière difficilement passionnante à l'opéra, un résultat assez captivant.


Côté interprétation, trois interprètes essentiellement, plus le choeur de l'Opéra. Le choeur est dans un bon jour, sans doute que ses rugosités sont opportunément gommées par le fait qu'il chante (en latin) en coulisse, mais le résultat est tout à fait honorable. On ne comprend pas un mot, mais c'est du latin, après tout (on va dire).
Sevan Manoukian (Mathilde, soprano) dispose d'une bien belle voix ronde, qu'on trouverait peut-être trop molle ou trop uniforme ailleurs, mais dont la volupté est très précieuse dans une oeuvre de ce type, on prend avec plaisir. Hanna Schaer (Félicité Cazenave, mezzo-soprano) dispose de la plénitude de sa voix d'une façon stupéfiante - la voix n'a pas bougé depuis vingt ans... Toujours grande diseuse, et son français est absolument parfait, même parlé ; en écoutant ses lieder, j'étais persuadé qu'elle était germanophone ; à présent, je pense qu'elle a parlé les deux langues très tôt (ce qui est tout à fait probable, née à Bâle). Jean-Manuel Candenot (Fernand), enfin, est un authentique baryton-basse, dont les graves sonores et clairs émerveillent, vraiment hors du comme ; et riches, et parfaitement timbrés. On sent, dans l'aigu, que la voix sonne étrangement vieillie et poussée, peut-être est-ce la raison d'une carrière si discrète - parce que dans ce rôle écrit idéalement pour lui, il est véritablement stupéfiant.
Tous trois font valoir des dons d'acteurs hors du commun - y compris pour des acteurs de théâtre. Une présence suggestive pour chaque geste, le naturel pour chaque déplacement. L'illusion mimétique est parfaite - je n'avais jamais vu cela !


Mais le plus grand plaisir du spectacle provenait de la mise en scène de Christine Dormoy (qui a mis en scène pas mal de contemporain dont du Scelsi et du Sto). Aussi bien la fonctionnalité extrême du décor que la direction d'acteurs, le tout sans transposition et si beau à regarder. Le résultat confine au génie.

Pourtant, le livret de Tihanyi (assisté d'Alain Surrans, notamment pour les questions de prosodie) n'est pas franchement efficace, fait de saynètes dans un ordre chronologique totalement bouleversé, retournant inlassablement aux mêmes moments, dans une langue à plusieurs reprises maladroites. Outre l'idée très regrettable de supprimer les "e" caducs à la finale (ce qui a toujours été très laid, y compris chez Ravel, mais se révèle parfaitement absurde lorsqu'on veut donner corps à la langue et l'esprit de Mauriac !), ce sont surtout ces microfractures propres aux apprentis écrivains qu'on remarque : ces ruptures dans le registre de langue, ces bizarreries du vocabulaire qui tout à coup fissurent le pacte de l’illusion théâtrale ou romanesque, et nous rappellent désagréablement qu’il ne s’agit que d’une histoire écrite par quelqu’un. L’insistance musicale, surtout au début de l’œuvre, sur certains de ces éléments qui auraient pu passer inaperçus n’améliore pas les choses, notamment lorsque le chant s’envole joyeusement, chez la malade, sur « fausse couche » (on voit aussi des mots grammaticaux, par exemple « comme », accentués comme des termes expressifs, quelques maladresses vénielles).

En dépit de cela, le travail de Christine Dormoy rend absolument passionnant l’ensemble, plus encore que la musique.


Je reprends plus tard pour finir. Du coup, je me suis un peu répandu…

31. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par jdm

Je n'ai pas vu, je ne connais pas cette oeuvre.
Un grand article de David Le Marrec, en 'simple' commentaire !
Un texte valeureux.

David :
Je crois qu'il y avait beaucoup de gens que l'abondante propagande mauriacienne (campagne d'affichage tram, journaux, télévisions, y compris à l'échelle nationale) avait poussé ici. Evidemment, ils ont été un peu surpris.

Evidemment, s'ils ne connaissent pas Mauriac !

David :
Outre l'idée très regrettable de supprimer les "e" caducs à la finale (ce qui a toujours été très laid, y compris chez Ravel, mais se révèle parfaitement absurde lorsqu'on veut donner corps à la langue et l'esprit de Mauriac !)

Evidemment, David, toi, tu connais.

Et si je ne connais pas l'air, c'est une chanson que je connais bien.
Est-ce qu'il y aura des diffusions télévisées ? un dvd ?

maladresses vénielles

[chers lutins, ne faites pas attention, c'est un virus, c'est incurable, ce n'est pas forcément contagieux]

32. Le jeudi 29 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Merci Jdm pour ces gentillesses toujours renouvelées. Si ça prend trop de place, je serai peut-être obligé de le fourguer en entrée indépendante, mais ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler un texte léché... :-s


Evidemment, s'ils ne connaissent pas Mauriac !

Oui, enfin, imagine que tu ailles voir Alice au Pays des Merveilles mis en musique avec le sérieux indéfectible et la magie toute personnelle de Boulez - ça peut cueillir.


"

Outre l'idée très regrettable de supprimer les "e" caducs à la finale (ce qui a toujours été très laid, y compris chez Ravel, mais se révèle parfaitement absurde lorsqu'on veut donner corps à la langue et l'esprit de Mauriac !)"

Evidemment, David, toi, tu connais.

Ah, mais c'est juste une affaire d'assân, surtout que c'est de surcroît représenté à Bordeaux... Ici, on ne dit pas une feausskouch mais bien une fòsseukoucheu. Alors, qu'on prononce de façon standard le français, je n'ai rien contre, l'opéra n'est pas un art réaliste, c'est même la convention par excellence. Mais pourquoi, à ce compte-là, faire tomber de façon aussi prosaïque les "e", ce qui n'est pas l'usage, à part dans certains opéras du début du vingtième (Ravel et Milhaud en particulier) ?
Ca donne tout simplement des accents de trivialité que me paraissent esthétiquement hors de propos, et ne se justifient même pas par le contexte. Dans une famille bordelaise, de surcroît une grande famille, pourquoi parler comme la rue parisienne ? Pour couronner le tout, musicalement, ce n'est pas la prosodie très minutieuse de Ravel et Milhaud, qui pourraient revendiquer cette proximité avec le « vrai » dans leur choix de bannissement du "e".

Ca reste un détail, bien évidemment.


Est-ce qu'il y aura des diffusions télévisées ? un dvd ?

Je ne pense pas. Il n'y aura, selon toute vraisemblance, même pas de radiodiffusion. Cela dit, très honnêtement, avec le son seul, je ne crois pas que ce soit aisément digérable. Déjà que Jakob Lenz, avec sa grande richesse musicale, est un peu difficile...


"maladresses vénielles"

[chers lutins, ne faites pas attention, c'est un virus, c'est incurable, ce n'est pas forcément contagieux]


Allons, ça vaut toujours mieux qu'un gros péché mortel - qui, lui, s'attrape si on n'y prend garde.


Merci de ton passage. :)

33. Le vendredi 30 novembre 2007 à , par Morloch

Le compte-rendu intrigue et donnerait envie d'entendre, j'espère quand même qu'un radio aventureuse tentera l'expérience.

Désolé pour les accents. Genitrix c'était mal vu, mais je progresse en hongrois, tu as vu ? Pour le coup, je vais éviter de trop me prononcer sur le problème du e caduc et du e muet, cette subtilité du français parlé que nous maîtrisons tous sans le savoir mais les étrangers jamais, qui pose des problèmes d'accentuation atroces à expliquer.

Je serais curieux d'entendre Jonas Kaufmann dans un récital de lieder, ça doit être plus facile à trouver que Genitrix et je ne serais pas surpris que sa voix très nuancée fasse des merveilles.

C'était tout de même une belle semaine musicale à Bordeaux (Je trouve magnanime de daigner accorder ce qualificatif depuis Paris :) ).

Le prochain c'est le Requiem de Fauré avec du Britten et du Holst de Noël ?

34. Le vendredi 30 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Au contraire, j’étais ravi pour les accents ! :)

Le compte-rendu intrigue et donnerait envie d'entendre, j'espère quand même qu'un radio aventureuse tentera l'expérience.


Je ne sais pas – peut-être que la « coproduction » avec l’Etat, si j’ose dire, jouera en faveur d’une diffusion sur France Mu. Mais de toute façon, sans le visuel (il faudrait que je finisse, mais je suis intimidé par la splendeur du travail de Christine Dormoy), il sera difficile d’en apprécier le meilleur.

La musique de Tihanyi, cela dit, du moins pour la première partie, mérite amplement le détour. En musique instrumentale, de très belles choses aussi avaient été diffusées sur la radio hongroise il y a quelques mois, mais c’est difficile à trouver, comme tu t’en doutes. Il existe quelques disques disponibles en Hongrie.


Pour le coup, je vais éviter de trop me prononcer sur le problème du e caduc et du e muet, cette subtilité du français parlé que nous maîtrisons tous sans le savoir mais les étrangers jamais, qui pose des problèmes d'accentuation atroces à expliquer.


Dans la langue raffinée, on les prononce de toute façon.

Mais le principe est très facile : le français est systématiquement accentué sur la dernière syllabe, sauf lorsqu’il s’agit d’un « e » (c’est alors l’avant-dernière).
Inutile de leur exposer la « loi de Grammont » (non, pas celle du général), qui explique sobrement les conditions de disparition du « e » à l’intérieur des mots [en bref et abscons : pas au début d’un groupe tonique, pas avant deux consonnes, pas après un groupe combiné avec latérale ou vibrante…] : c’est la façon de parler « standard », donc du pékin d’Oïl. En Oc ou chez les gens raffinés, on prononce ces « e »… Donc la première phrase de mon paragraphe suffit. :)


Je serais curieux d'entendre Jonas Kaufmann dans un récital de lieder, ça doit être plus facile à trouver que Genitrix et je ne serais pas surpris que sa voix très nuancée fasse des merveilles.


Il détimbre un peu et nasalise beaucoup, donc la voix n’est pas dans son meilleur jour, mais l’interprète est incontestablement là.
Oui, ça doit se trouver (le Winterreise, c’était le cas, mais un peu décevant). Je ferai une recherche et je te dirai si je trouve trace de quelque chose.


C'était tout de même une belle semaine musicale à Bordeaux (Je trouve magnanime de daigner accorder ce qualificatif depuis Paris :) ).

Oui, et ça faisait un sacré moment que je n’avais pas mis le nez au concert. Depuis le début de la saison, je n’avais fait que Bohème et le récital de midi de Maïra Kerey (le même jour…).


Le prochain c'est le Requiem de Fauré avec du Britten et du Holst de Noël ?


Le prochain, c’est le récital de Cécile Perrin demain midi :

Massenet : Hérodiade – le très bel air d’entrée d’une Salomé mystique. Relativement aisé à chanter, ce serait un bon air pour changer les apprentis brailleurs de Tosti.
Massenet : Ariane – le dernier air.
Poulenc : Deux extraits de La Courte Paille
Poulenc : extrait de Deux Poèmes de Louis Aragon : Fêtes Galantes, Les Chemins de l’amour
Messager : L’Amour masqué – « J’ai deux amants »
J. Strauss II : Trois Valses.

Programme plutôt léger, mais original, n’est-ce pas ?


Merci de ton intérêt pour les lointains hommes hirsutes du Sud.

35. Le vendredi 30 novembre 2007 à , par Morloch

Ah mais je suis aveugle, tout le programme est indiqué à l'avance. Je supprimerais le choeur de l'ONBA et je prendrais les anglais qui chantent le Requiem de Fauré et des noëls anglais à la place (oui j'ai mauvais goût et alors ?) , mais sinon ça paraît attractif tout plein :)

36. Le vendredi 30 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Si tu crois que je vais aller entendre le choeur de l'ONBA... En revanche, les Anglais, comme il n'y a pas de petits affreux... :)

37. Le vendredi 30 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Je reprends et finis :

« Mais le plus grand plaisir du spectacle provenait de la mise en scène de Christine Dormoy (qui a mis en scène pas mal de contemporain dont du Scelsi et du Sto). Aussi bien la fonctionnalité extrême du décor que la direction d'acteurs, le tout sans transposition et si beau à regarder. Le résultat confine au génie.

Pourtant, le livret de Tihanyi (assisté d'Alain Surrans, notamment pour les questions de prosodie) n'est pas franchement efficace, fait de saynètes dans un ordre chronologique totalement bouleversé, retournant inlassablement aux mêmes moments, dans une langue à plusieurs reprises maladroites. Outre l'idée très regrettable de supprimer les "e" caducs à la finale (ce qui a toujours été très laid, y compris chez Ravel, mais se révèle parfaitement absurde lorsqu'on veut donner corps à la langue et l'esprit de Mauriac !), ce sont surtout ces microfractures propres aux apprentis écrivains qu'on remarque : ces ruptures dans le registre de langue, ces bizarreries du vocabulaire qui tout à coup fissurent le pacte de l’illusion théâtrale ou romanesque, et nous rappellent désagréablement qu’il ne s’agit que d’une histoire écrite par quelqu’un. L’insistance musicale, surtout au début de l’œuvre, sur certains de ces éléments qui auraient pu passer inaperçus n’améliore pas les choses, notamment lorsque le chant s’envole joyeusement, chez la malade, sur « fausse couche » (on voit aussi des mots grammaticaux, par exemple « comme », accentués comme des termes expressifs, quelques maladresses vénielles).

En dépit de cela, le travail de Christine Dormoy rend absolument passionnant l’ensemble, plus encore que la musique. »

C'est d'abord une réalisation esthétique à l'extrême, sans transposition, qui présente un décor unique à multiples significations - un splendide intérieur, dépouillé et lumineux, avec des ouvertures en plein ceintre verticales et étroites, surdimensionnées de façon saisissante mais non écrasante ; partiellement occultées, selon les moments, par des rideaux roulant également en bois - ce qui renouvelle sans cesse l'aspect du lieu. La projection vidéo, discrète et efficace, suggère la pluie au moment de la mort de la mère par un brouillage à peine distinct des teintes du fond de scène, mais étale aussi des échos des personnages filmés à la verticale lors du délire final qui s'empare de Fernand, avec des hordes de Félicité de tous âges et tous sexes qui déferlent sur le plateau. Plus subtilement encore, des lignes tracées par Mauriac, partiellement lisibles derrière les volets, apparaissent en écho aux bribes de texte exact parlé ou scandé par les personnages ; et la ferronnerie bordelaise évoque tout l'univers de cliché dans lequel se tiennent figés les personnages.
Les grands espaces, avec pour seul mobilier le lit et le double siège au I, le double siège et parfois la table basse au II, attendent seulement d'être habités par les rares personnages.

La gestion du va-et-vient temporel incessant opéré par le propos dramatique quelque peu confus de Tihanyi est admirable ; tout demeure limpide, centré autour d'un seul meuble pour chaque acte. Les personnages qui passent dans la chambre (puis dans le salon au II) sont aussi bien les souvenirs fantomatiques de la fièvre que des retours de la "narration", peu importe. Les personnages entrent et sortent de cette chambre parfois sans y être, parfois pour s'adresser à la malade, toujours avec une grande variété des déplacements et une grande clarté du propos. Il reste tout à fait évident que cette chambre et ce salon demeurent centraux et que passé et futur s'y bousculent en même temps que le présent (qui n'est pas nécessairement si présent que cela...).

Chacune de ces configurations distinctes évite la lassitude dans ces retours incessants à des situations obsessionnelles, toutes assez semblables - des conflits familiaux générés par l'égoïsme ou l'amour mal placé. Et toujours dans un grand souci esthétique, où chaque geste est à la fois élégant, signifiant et naturel - un tour de force dont on peine à se représenter les clefs dans le travail de préparation.

Moi qui redoutais la lourdeur du premier acte fondé tout entier sur l'agonie qui suit la fausse-couche, craignant des images d'une laideur complaisante, exhibant sang, visage déformé, trémoussements douteux ; au contraire. La mesquinerie repoussante de chaque personnage ne fait pas obstacle à Christine Dormoy pour présenter des tableaux d'une rare beauté, et même d'une grande noblesse - sans nulle contradiction avec le propos du livret, au demeurant.
La fièvre ? Quelques roulements tourmentés mais presque doux sur le lit central, et les rideaux soulevés par un souffle léger, voire, au moment de l'agonie, des motifs de tapisserie obsessionnels qui apparaissent discrètement, presque transparents, en projection.
Le souvenir du temps joyeux ? A genoux, la petite se met à porter son drap (immaculé) comme une robe - sans rien singer, simplement rêveuse : ce n'est pas elle mais nous qui faisons l'association d'idées, autre tour de force de la mise en scène.
Le retour du souvenir de la morte ? Une robe blanche maculée de taches de sang séché qui semblent un décor de fleurs, et toutes au-dessus de la taille, de sorte que cette équivoque pas du tout réaliste et le comportement badin du personnage laissent le spectateur à son imaginaire, sans rien imposer de sinistre ou de frivole.

Et plus que tout, la direction d'acteurs, dont on ne dira pas assez le mérite et la réussite exceptionnels - et qui habite tout l'espace disponible sur le plateau - à trois ! Tout y fait sens, rien n'est surligné.


Que dire de plus sur une mise en scène qui conjugue de façon infaillible sens esthétique aigu, précision des déplacements, naturel absolu des attitudes, capacité de sens jamais imposé, vitalité, suggestions discrètes, poésie ? On jette pêle-mêle les ingrédients d'un idéal, assurément. Qui respecte à la lettre son livret (un texte très difficile à mettre en scène, statique, pas très riche), en répare les faiblesses, fait sens et fait beau. Le tout sans transposition.

S'il y a bien quelqu'un qui triomphe dans cette belle soirée... vous saurez à qui nous pensons.




En somme, une très belle soirée ; musicalement, qui permet d'entendre en salle la musique très-digne d'intérêt de Tihanyi, dont on retrouve les principales caractéristiques au premier acte ; servie par des chanteurs-acteurs irréprochables - et même mieux que cela, enthousiasmants ; magnifiée par une mise en scène dont on a assez dit pour se taire à présent.

38. Le vendredi 30 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

J'ai finalement placé les commentaires sur Genitrix à part pour plus de commodité.

39. Le mercredi 9 janvier 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Le 25 janvier :

Le récital de Daphné Touchais (ceux qui ont connu sa Musica dans L'Orfeo de Pickett à Lyon seront impatients d'entendre son éloquence et sa fraîche musicalité se déployer ici) est finalement partagé avec Heidi Melton (un format dramatique).

Le tout accompagné par Martine Marcuz dont les Ropartz, Ibert et Massenet nous avaient ravi par leur assurance.

Daphné Touchais
Britten, Folksong arrangements, « The Salley Gardens »
Britten, Midsummer Night's Dream, air de Tytania, « Be kind and courteous »
Donizetti, Don Pasquale, air de Norina, « So anch'io la virtù magica »
Haendel, Giulio Cesare, air de Cléopâtre, « Da tempeste »
Schubert, « Suleikas zweiter Gesang »
Schubert, « Auf dem Wasser zu singen »
Massenet, Manon, scène du cours la reine

Heidi Melton
Haendel - Alcina - Ma quando tornerai
Mascagni - Cavalleria Rusticana - Voi lo sapete, o mamma
R. Strauss - Morgen
R. Strauss - Zueignung
R. Strauss - Ariadne auf Naxos - Es gibt ein Reich
Weill - My Ship
Wagner - Tannhäuser - Dich teure Halle

40. Le mercredi 9 janvier 2008 à , par Morloch

Tiens, au fait, comment étaient les petits anglais ?

41. Le jeudi 10 janvier 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

J'ai finalement déclaré forfait, trop grosse semaine de concerts...
Et surtout peu de choses qui m'attiraient, en fin de compte, dans le programme - une moitié pour le Requiem de Fauré, quelques noëls traditionnel. Le vingtième était réduit à la portion congrue, un quart du récital dans le meilleur des cas.

Je ne suis plus allé au spectacle depuis, d'ailleurs. Prochaine étape le 25, donc.

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David Le Marrec


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