Carnets sur sol

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Matthias GOERNE

J'ai pu mettre la main sur un concert inédit Mahler-Schumann de Matthias Goerne, et tout à ma joie, je vous en propose un petit portrait.


Matthias Goerne, Christoph Eschenbach. Mahler, « Urlicht » aus Des Knaben Wunderhorn (et réutilisé dans la Deuxième Symphonie). Habituellement chanté par mezzo-soprane ou contralto, transposé pour baryton.


Matthias Goerne fait partie de cette jeune génération (débuts au début des années 90) qui a étudié avec Dietrich Fischer-Dieskau et en a hérité le sens du verbe. Mais ici nous sommes loin de l'épigone ou de l'héritier honnête, un autre monument du lied s'est manifesté, tout simplement.


Ce qui frappe d'emblée est cette voix très engorgée, assez grise. C'est ce qui lui pose des problèmes à l'opéra, n'ayant pas le temps d'habituer l'auditeur à son timbre, ou au concert, son engorgement le privant des harmoniques métalliques du formant qui permettent de passer aisément l'orchestre, se fondant trop.
Mais posons-nous pour un concert de lieder. La voix est engorgée, mais elle d'une douceur infinie, elle est grise, mais se pare de nuances infinies de gris, à un degré qui tient de la magie. Le legato est infini, l'aisance des piani bouleversante (le matériau reste exactement aussi dense pour les forti médiums que pour les pianissimi aigus, ce qui est exceptionnel), et surtout, cette présence indicible, qui enveloppe totalement l'auditeur. Toute la salle semble contenue dans le velours de sa voix.
Un magnétisme incroyable, qui interdit toute distraction, qui appelle sans cesse l'auditeur. Même un novice du lied peinerait à se départir de son attention.

Pour le mot, de même que pour les nuances (multicolores pour Fischer-Dieskau, parfois même au-delà du bon goût, dans les années 70), on note la parenté de l'attention, mais aussi la divergence de nature avec son aîné. Là où Dietrich Fischer-Dieskau propose des intentions expressives sur le mot, voire la syllabe, proposant des ruptures psychologiques subites et infiniment fines, Matthias Goerne adopte pour unité de réflexion le vers, avec une pensée en phrases, fondée sur le développement et la nuanciation d'une même idée. Une esthétique du dégradé chromatique plus que du contraste - et bien qu'il maîtrise les nuances dynamiques d'une façon totalement saisissante.


Matthias Goerne, outre sa présence invraisemblable, ses nuances infinies, son legato bouleversant[1], sa force à porter le vers, c'est aussi une imagination toujours personnelle[2] au service d'un texte, et plus encore d'une atmosphère, d'un sentiment devenus évidence.

Matthias Goerne est tout simplement l'un des tout plus grands porteurs de lied de tous les temps. Et Dieu sait que cette forme poétique gagne à être servie avec zèle.



Vous noterez que la pièce est harmoniquement calquée sur l'adagio du Concerto pour clarinette de Mozart. Saisissant, n'est-il pas ?
Toujours Matthias Goerne et Christoph Eschenbach dans ce même concert inédit du 9 mars 2004 au Carnegie Hall de New York.

Si le sujet intéresse l'un ou l'autre, je peux me lancer dans une petite discographie commentée.

(Dans l'attente, on peut toujours lire cet antique présentation de sa Belle Meunière avec Schneider.)

Notes

[1] Et il est très rare de mon point de vue qu'il ne s'agisse pas d'un simple outil technique, à la rigueur esthétique, chez un chanteur.

[2]Au point d'arriver à présenter des lectures inédites dans les pièces les plus fréquentées, parfois à contre-pied, toujours d'une grande justesse.

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Mise à jour du 10 mai 2009 :
Une vidéo informelle récente témoigne assez magistralement de ce que nous tachions d'évoquer. Où qu'on soit placé dans le théâtre, non seulement la voix semble être émise pas le corps tout entier, mais elle emplit la salle comme un oeuf, elle semble provenir de partout, sortir des murs. Et cela, sur une pièce d'exécution très simple, qui ne sollicite pas des extrêmes éclatants.




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Commentaires

1. Le jeudi 10 août 2006 à , par Laurent :: site

Ça me fait plaisir de lire un billet sur Goerne. Les voix de baryton qui ont du caractère comme la sienne me font totalement fondre de bonheur. Je ne sais pas si le qualificatif de voix “grise” est un terme technique, mais ça lui correspond merveilleusement bien. À une époque, j’écoutais en boucle l’extrait de Tannhäuser “Wie Todesahnung… O du mein holder Abendstern” de son CD “Arias” enregistré avec l’orchestre de la radio suédoise. Tiens, d’ailleurs, je viens de me le remettre…

2. Le jeudi 10 août 2006 à , par DavidLeMarrec

Non, "voix grise" n'est absolument pas technique, mais je crois que ça fait bien ressentir les couleurs discrètes de cette voix. C'est un qualificatif qui est partagé, je pense, par pas mal d'auditeurs.

Pourtant, ce CD d'airs n'est pas ce qu'il a commis de mieux... mais tu le dis : quel caractère...

Dorothea Röschmann est somptueuse dans le duo de la Flûte. Cette juvénilité, ce phrasé, cette aisance, ce sens du mot, cette présence dramatique instinctive... Voilà quelqu'un d'autre dont il faudrait chanter les louanges ! Elle n'a jamais été aussi superlative que dans cet opéra, au demeurant, et elle dit (dans les dialogues) l'allemand comme je ne l'ai jamais entendu, au point de rendre le texte de la Flûte bouleversant, ce qui n'est pas un mince miracle.

3. Le jeudi 10 août 2006 à , par Laurent :: site

Bon… Je voulais me coucher tôt, mais c’est râpé. À cause de toi, j’ai commencé à réécouter l’enregistrement de Des Knaben Wunderhorn avec le Concertgebouw/Chailly et B. Bonney.

4. Le jeudi 10 août 2006 à , par DavidLeMarrec

Il peut avoir des problèmes avec ce genre de pièces dans les grandes salles de concert (alors que dans le lied, même les soirs de méforme, c'est incroyable). Mais le disque permet un confort délicieux.

Dans ce cas, bonne réécoute ! Avec les excuses de la direction...

5. Le vendredi 11 août 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Cher David,
Je suis très admirative de votre passion pour M. Goerne, et croyez-moi, je sais ce que c'est ;-) ! Il vous rend poète et vous fait trouver des phrases qui m'ont fait pâlir d'envie, comme celle-ci : "Toute la salle semble contenue dans le velours de sa voix".
Devant votre enthousiame communicatif, j'ai honte de vous avouer que je n'ai pas encore écouté ce baryton comme il me mérite, mais ça va bien finir par arriver, alors soyez sûr que je vous en parlerai ! S.

6. Le vendredi 11 août 2006 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie,

Venant de vous, je suis très fier de recevoir les lauriers de la fanitude déraisonnée. :-)

L'impression en salle est vraiment celle-là : la voix s'étend et, comme une sphère, contient toute la salle. Rien à voir avec une projection standard qui "percute".


Pour ce qui est de l'écouter, les deux extraits que je propose vous donneront un bel aperçu de ses talents, même si la diction paraît plus floue qu'en réalité, prise de son oblige. Si vous pouvez trouver son disque Schumann avec Schneider (second Liederkreis), ou sa Belle Meunière, vous pouvez franchir le pas !

7. Le vendredi 11 août 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Après le "Petit Robert", à quand le "Petit David" ? On pourrait y lire à "fanitude" : état de celui qui est fan, qui est admirateur subjectivement enthousiaste, ex. : "les lauriers de la fanitude déraisonnée" (LeMarrec). :-)

Ah, La Belle Meunière, oui, ce serait un bon début. Merci de votre conseil ; je vais y penser sérieusement, et puisque N. Stutzmann ne l'a pas pour l'instant enregistrée, je suis encore toute ouïe ;-) !!!

8. Le vendredi 11 août 2006 à , par Le Petit David Animé

Après le "Petit Robert", à quand le "Petit David" ? On pourrait y lire à "fanitude" : état de celui qui est fan, qui est admirateur subjectivement enthousiaste, ex. : "les lauriers de la fanitude déraisonnée" (LeMarrec).

<[:o)

Le Petit Sylvie ne me paraît pas mal non plus ! Je suis preneur. Il y a les transcriptions API et SMS avec les définitions et les citations ?


Ah, La Belle Meunière, oui, ce serait un bon début. Merci de votre conseil ; je vais y penser sérieusement, et puisque N. Stutzmann ne l'a pas pour l'instant enregistrée, je suis encore toute ouïe ;-) !!!

Très beau disque, chanté façon Winterreise et avec des tempi très lents. Il n'y a que Fouchécourt/Planès qui aient pu m'en consoler.

9. Le mardi 15 août 2006 à , par Laurent :: site

Ton billet m’a poussé à acheter (et à écouter) les lieder de Schumann (op. 24 et 48) enregistrés par Goerne avec Ashkenazy. C’est tout simplement sublime !

10. Le mardi 15 août 2006 à , par DavidLeMarrec

Disque fascinant, en effet. Il y a aussi celui avec Schneider, avec les Liederkreis Op.39, le pianiste est d'une musicalité incomparable, ce qui ajoute encore à la valeur du tout. Quel dommage qu'on n'ait pas capté leur Winterreise idéal ! Brendel se vendait mieux, mais ce n'était pas un jour de forme extraordinaire.

J'ajoute d'ailleurs que le second extrait que j'ai proposé est Meine Rose de Schumann, Op.90 n°2, sur un texte de Lenau.

11. Le dimanche 20 août 2006 à , par Laurent :: site

Bon… J’ai poursuivi avec les trois cantates de Bach enregistrées avec la Camerata Academica de Salzbourg/Norrington chez Decca. Je ne sais pas ce qui m’a le plus enthousiasmé, de la voix de Goerne (même s’il m’a donné l’impression d’être parfois à la limite basse de sa “belle” tessiture) ou du velours sublime du hautbois solo (Albrecht Mayer).

J’ai encore sous le coude le Winterreise avec Brendel, toujours chez Decca. Tant pis si ce n’est pas le meilleur ; ce sera toujours mieux que rien.

12. Le mardi 22 août 2006 à , par DavidLeMarrec

Albrecht Mayer est absolument phénomal, un son sans stridence, d'un fruit incroyable. Il est actuellement hautbois solo au Philharmonique de Berlin...

Quant au Winterreise Goerne/Brendel, il est un peu décevant par rapport au potentiel de Goerne dans ce cycle, mais Brendel est nettemment moins insupportable que dans sa précédente version avec Fischer-Dieskau, et le tout reste à un très haut niveau. Sans doute une petite baisse de forme ce soir-là, ce qui est très rare chez lui, même enrhumé, il atteint les sommets.
J'ai surtout beaucoup regretté de ne pas le voir enregistrer ce cycle avec Eric Schneider, certes moins vendeur.

Je me replongerai dedans, pour vérifier, tout de même.

13. Le jeudi 18 janvier 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Bonjour David !

Je viens enfin de me pencher (un peu) sur les disques que vous m’aviez recommandés.

Bon, à chaud, je dirais que j’aime bien M. Goerne, mais que je ne suis pas très sensible à I. Bostridge.
Pour ce dernier, c’est un peu bizarre parce que j’ai repéré quelques intonations ou accentuations assez personnelles dans les pianos de die Forelle, et un « v » bien vibré dans Dioskuren… Ce sont toujours des petits « détails » que j’aime ! Par contre j’ai trouvé que ses forte étaient un peu agressifs pour mes oreilles délicates, et la fin pianissimo de Dioskuren ne m’a pas semblé super-soutenue à moins que cela soit un effet du vibrato… Quant aux sentiments (à l’émotion aussi), je comprends que ce n’est pas facile de ce prendre pour une truite, mais je n’ai pas vraiment été touchée par son chant… enfin, pour ce que j’en dis !

Pour M. Goerne, c’est bien différent. J’ai pu écouter das Wirtshaus, l’Urlicht et Meine Rose. Dans les trois morceaux j’ai été très impressionnée par les forte, très pleins et justes, ce qui n’est pas toujours le cas, peut-être plus chez les hommes que chez les femmes. Sa voix est ample, puissante, et on sent qu’il a encore de la réserve derrière. Je comprends maintenant parfaitement votre si belle image à propos de « la salle contenue dans le velours de sa voix ». Dans le Mahler (je ne vous demande pas la référence du CD…) la distance de l’enregistrement renforce l’impression « d’outre-tombe », dans les pianos comme dans les forte, la voix saisie par sa « gravité » et sa force. Je remarque aussi de magnifiques changements de registres dans l’Urlicht, avec un vibrato très présent, presque trop à mon goût dans les médium forte, ce qui me donne l’impression d’une voix un peu « grasse » et non plus pleine… Mais je suppose que le vibrato plus fort dans Mahler que dans Schubert est lié aux traditions d’interprétation. La fin de cet Urlicht est superbe, bien tenue et piano… oui, vraiment belle ! J’en viens à das Wirtshaus. Je vous remercie d’avoir choisi ce lied, je l’aime particulièrement ! Evidemment j’en ai une version très précise dans l’oreille, et ce n’est pas facile de l’oublier ;-) ! Je ne reviens pas sur les graves de M. Goerne, je les apprécie. Ici, ce que je remarque, c’est que malgré un tempo très lent (ce qui est normal), la vision du chanteur est certes dramatique mais pas réellement « désolée ». Je ne sens pas la fatigue ou l’accablement comme chez d’autres (enfin comme chez une autre en particulier). Bon, mais si j’essaye de changer mes habitudes, je trouve une vraie beauté musicale dans le chant du baryton, mais je n’ai pas l’impression qu’il me raconte une histoire… C’est sans doute parce que je ne connais pas encore son chant, mais c’est peut-être aussi parce que son expressivité est très… « retenue » ! Ce n’est d’ailleurs pas une critique, c’est bien aussi !
Les œuvres que vous m’avez proposées et que j’ai pu écouter sont toutes plutôt « lentes », alors j’aimerai bien écouter M. Goerne dans quelque chose de plus rapide, pour apprécier la souplesse de sa voix et l’agilité de sa diction dans un contexte plus « vocalisant » ou du moins plus brillant. Je me demande comment il fait pour faire bouger toute cette puissance !

Merci à vous pour ces découvertes :-) !
A bientôt, Sylvie.

14. Le samedi 20 janvier 2007 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie !

Par contre j’ai trouvé que ses forte étaient un peu agressifs pour mes oreilles délicates,

C’est assez spécial en effet, très aidé par la gorge pour pousser.

et la fin pianissimo de Dioskuren ne m’a pas semblé super-soutenue à moins que cela soit un effet du vibrato…

Il y a un tout petit accroc dans le soutien qui l’oblige à augmenter brutalement la dynamique à la fin de la tenue, mais c’est du domaine de l’infime.

Quant aux sentiments (à l’émotion aussi), je comprends que ce n’est pas facile de ce prendre pour une truite, mais je n’ai pas vraiment été touchée par son chant… enfin, pour ce que j’en dis !

Il faut aimer ces grimaces. Personnellement, grand admirateur devant l’Eternel de Siegmund Nimsgern, ça ne me gêne guère, bien évidemment !

Pour M. Goerne, c’est bien différent. J’ai pu écouter das Wirtshaus, l’Urlicht et Meine Rose. Dans les trois morceaux j’ai été très impressionnée par les forte, très pleins et justes, ce qui n’est pas toujours le cas, peut-être plus chez les hommes que chez les femmes. Sa voix est ample, puissante, et on sent qu’il a encore de la réserve derrière. Je comprends maintenant parfaitement votre si belle image à propos de « la salle contenue dans le velours de sa voix ».

Merci. :-) Ca reste tout de même à vivre en salle, parce que la voix sonne ample au disque, elle ne peut pas rendre cet enveloppement, évidemment.

Dans le Mahler (je ne vous demande pas la référence du CD…)

Non, en effet, c’est là un petit supplément que vous ai fait passer, qui provient d’un concert hélas pas édité, avec les Kindertotenlieder, la Fantaisie sur Don Juan et des extraits de Des Knaben Wunderhorn, dont cet Urlicht. Le tout accompagné par Christoph Eschenbach au piano.

la distance de l’enregistrement renforce l’impression « d’outre-tombe », dans les pianos comme dans les forte, la voix saisie par sa « gravité » et sa force. Je remarque aussi de magnifiques changements de registres dans l’Urlicht, avec un vibrato très présent, presque trop à mon goût dans les médium forte, ce qui me donne l’impression d’une voix un peu « grasse » et non plus pleine… Mais je suppose que le vibrato plus fort dans Mahler que dans Schubert est lié aux traditions d’interprétation.

Exact. Ecoutez la différence chez Nathalie, je ne l’ai jamais entendue aussi saillante ailleurs. Entre les sons blancs du Winterreise et le vibrato opulent de cet Urlicht !

La fin de cet Urlicht est superbe, bien tenue et piano… oui, vraiment belle !

Il faut préciser qu’il la prend à la hauteur de la Deuxième Symphonie et non à la hauteur du Cor Merveilleux, c’est-à-dire un ton plus bas. Mais cette capacité à soutenir les piani dans l’aigu, avec la voix exactement de la même qualité que dans les forti, pleine, c’est invraisemblable, oui. Un mi bémol 3 merveilleux.
Très rare de l'entendre pas un homme, tant cela convient à une voix de femme. Et pourtant, c'est avec Nathalie l'interprétation plus bouleversante que j'en connaisse.

J’en viens à das Wirtshaus. Je vous remercie d’avoir choisi ce lied, je l’aime particulièrement ! Evidemment j’en ai une version très précise dans l’oreille, et ce n’est pas facile de l’oublier ;-) ! Je ne reviens pas sur les graves de M. Goerne, je les apprécie. Ici, ce que je remarque, c’est que malgré un tempo très lent (ce qui est normal), la vision du chanteur est certes dramatique mais pas réellement « désolée ». Je ne sens pas la fatigue ou l’accablement comme chez d’autres (enfin comme chez une autre en particulier).

Oui, c’est une caractéristique de cet enregistrement avec Graham Johnson, un parcours plus qu’une promesse de mort. Ce n’est plus du tout, et depuis des années, la conception de Matthias Goerne, qui donne plutôt dans le contrasté, le tempêtueux et le désolé.

Bon, mais si j’essaye de changer mes habitudes, je trouve une vraie beauté musicale dans le chant du baryton, mais je n’ai pas l’impression qu’il me raconte une histoire… C’est sans doute parce que je ne connais pas encore son chant, mais c’est peut-être aussi parce que son expressivité est très… « retenue » ! Ce n’est d’ailleurs pas une critique, c’est bien aussi !

C’est le cas ici, c’est un Winterreise très étonnant. Mais ce n’est pas du tout une caractéristique habituelle de Matthias Goerne. Je trouve néanmoins cette Wirtshaus admirablement dite.

Les œuvres que vous m’avez proposées et que j’ai pu écouter sont toutes plutôt « lentes », alors j’aimerai bien écouter M. Goerne dans quelque chose de plus rapide, pour apprécier la souplesse de sa voix et l’agilité de sa diction dans un contexte plus « vocalisant » ou du moins plus brillant. Je me demande comment il fait pour faire bouger toute cette puissance !

Oh, je pense qu’il suffit d’écouter d’autres extraits du Winterreise. Ou Frühlingsnacht du Liederkreis Op.39, par exemple.

Je vous procurerai donc une petite liste, c'est entendu.

15. Le lundi 26 mars 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Bonjour David !
Pour apporter ma "pierre" à l'édifice Goerne, voici un petit compte-rendu qui j'espère vous donnera une idée pas trop "désagréable" d'une soirée où vous auriez peut-être bien aimé être ;-) ! Bonne lecture !

Paris, Salle Pleyel, vendredi 16 mars 2007, 20h00.
Matthias Goerne : baryton ; Christoph Eschenbach : piano
Robert Schumann :
Abends am Stand (Le soir au bord de la mer) op. 45 n°3
Es leuchtet meine Liebe (Mon amour brille) op. 127 n°3
Mein Wagen rollet langsam (Mon coche roule avec lenteur) op. 142 n°4
Liederkreis op. 24
Johannes Brahms :
Lieder und Gesänge op. 32
Vier ernste Gesänge op. 121

C’est avec un grand plaisir que je prends ce soir le chemin de la Salle Pleyel. Cela fait plusieurs années que je n’y suis pas retournée, et je suis heureuse de retrouver cette salle de concert dans laquelle j’ai de grands souvenirs. J’y revois Benedetti Michelangeli, Arrau ou Brendel, Giulini ou Celibidache, ou bien encore Fischer-Dieskau lors de ses adieux parisiens.

La Salle Pleyel vient de rouvrir en cette saison 2006-2007 après plusieurs années de travaux qui n’ont pourtant rien modifié de visible tant que l’on ne rentre pas dans la salle elle-même. Elle sent encore le neuf, un mélange de colle et de peinture. Le changement le plus important est que l’on est passé de l’ancienne couleur bleu pour les sièges et les murs à un rouge sombre pour les premiers et à un blanc sans âme pour les seconds. On remarque également des rangées de sièges nouvellement placées derrière la scène, ce qui me semble une première dans une salle de concert en France. Mais où sont donc cette ambiance apaisante et cette atmosphère feutrée qui donnaient son caractère particulier à cette salle, qui la distinguaient des autres ? Heureusement que le parquet en bois sombre et le bois blond des sièges et de la scène donnent un peu de chaleur ; sans eux, ces murs blancs, l’enchevêtrement de rails et de spots noirs au plafond, la sècheresse des formes des nouveaux balcons, tout cela serait bien brutal.

Il est 20h06, et sous les applaudissements d’un orchestre rempli de spectateurs, voici trois hommes qui investissent la scène par la gauche. Je mets quelques secondes à reconnaître Matthias Goerne : je ne l’ai jamais vu, ni donc entendu en vrai, et je m’aperçois que les photos des livrets de ses CD datent de quelques années ! D’autant plus grand et carré que son pianiste de ce soir est plutôt petit, le baryton salue le public avec un léger sourire, l’air étonné et le front dégagé.
Tout de noir vêtu, Christoph Eschenbach chausse ses lunettes, le jeune homme assis à sa gauche se tient prêt pour tourner les pages de ses partitions. Matthias Goerne, en simple costume noir sur une chemise blanche sans cravate, se balance d’un pied sur l’autre, regarde en l’air, puise sa force dans une concentration qu’il semble atteindre sans effort visible.

Dès les premières notes du chanteur, je suis agréablement étonnée par la puissance et la chaleur de son timbre. Je l’ai très peu écouté et ne suis guère capable de reconnaître sa voix. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que cela puisse se faire un jour.

Son chant est direct, franc, naturel. J’aime sa façon de s’adresser au public en nous regardant tranquillement : il nous rend ainsi concerné par ce qu’il nous raconte, il nous fait participer à son histoire. Cependant, lors des passages lents, son regard s’élève, et les yeux ronds, le visage lunaire, il semble chanter en rêvant, loin du lieu où il se trouve. Mais lorsque la musique s’anime, il bouge davantage, danse de droite à gauche dans le creux du piano, s’accroche à celui-ci, frôle de sa tête le couvercle de l’instrument, et on voit très nettement grâce à la poussée de ses jambes l’énergie qu’il tire du sol, puis qui monte dans son corps pour s’extérioriser dans les notes les plus aigues de sa tessiture.

C’est à mon avis dans les Lieder lents et piano que la voix pleine et chaleureuse de Matthias Goerne est la plus à l’aise. Ses beaux graves peuvent alors s’étirer tendrement et nous envelopper avec une grande douceur. Les exemples les plus frappant me semblent être de Brahms le magnifique « Du sprichst, dass ich mich täuschte » (Tu dis que je me trompe), chanté comme une longue et touchante plainte, ou encore « Wie bist du, meine Königin » (Quels délices tu répands, ô ma reine), très inspiré avec ce « wonnevoll » (délicieusement) doucement obstiné, dit merveilleusement lentement ! Je tiens encore à citer ce vers du second chant sérieux : « Und der noch nicht ist, ist besser ais alle beide », extrêmement pianissimo, très ralenti, Matthias Goerne atteint ici une rare puissance évocatrice, et le silence magistral qui règne dans la salle indique qu’il vient de nous toucher profondément. Son chant frappe par son élégance simple, par sa légèreté et l’air qui y circule avec fluidité.

Je trouve que les Lieder plus animés, dans lesquels la voix est soumise à de rapides variations de hauteur ou de puissance, conviennent moins bien au baryton (comme par exemple dans le premier des quatre chants sérieux de Brahms). Forte et piano alternent sans donner beaucoup de contraste ou d’animation à ces Lieder, je suppose que le timbre égale de Matthias Goerne sur toute son étendue est pour beaucoup dans cette impression. Cette uniformité est très perceptible dans « Lie’Liebchen, leg’s Händschen » (Ma mie, mets ta main) de Schumann : cela est chanté un peu légèrement à mon goût, pas assez appuyé, et l’ensemble séduit plus par sa beauté qu’il ne marque par son dramatisme.

Pour moi qui suis « habituée » à un chant plus « contrasté », je n’entends pas ici d’intonations « spéciales » pour souligner telle ou telle voyelle, renforcer tel ou tel trait musical saisissant ou particulièrement important pour la compréhension du texte. Aucun « i » ne me tire par l’oreille, pas même celui de « bitter » dans « O Tod, wie bitter bist du », et le baryton réaliste juste un léger vibrato sur le « ie » du dernier vers du second chant sérieux « Das under der Sonne geschieht », sans y mettre le moindre relief. Sa prononciation très peu articulée m’étonne énormément, les consonnes en fin de vers ne sont absolument pas audibles. Cette « diction » qui est pourtant tout à fait « normale » me gêne au point que je suis souvent perdue pour suivre les textes des Lieder et leurs traductions proposées par le programme.

Mon impression, on l’aura senti, est un peu mitigée. Je reconnais la beauté du chant de Matthias Goerne, j’apprécie la sincérité de son investissement et sa touchante expressivité. Cependant, je regrette son « classicisme », ce côté trop peu créatif, j’éprouve de la difficulté à me rendre nettement compte de son apport dans ces Lieder.

L’impression donnée par le public en revanche n’est pas du tout mitigée : c’est un succès ! Une belle ovation salue donc le chanteur qui donne une accolade émue à son pianiste très effacé. Il l’entraîne par la main pour sortir de la scène, et juste avant qu’il n’entre en coulisse, une fan lui tend une écharpe blanche…
Devant les manifestations du public qui ne faiblissent pas, les musiciens nous donnent généreusement deux bis. Ils ne sont hélas pas annoncés, et dans ma grande ignorance je ne saurais dire s’il s’agissait de Schumann ou de Brahms… Je pencherais pour Brahms, un Lied un peu vif, puis un second, plus lent, plus aéré, rempli de silences émouvants… C’est décidément ce que Matthias Goerne réussit le mieux !

S. Eusèbe, 25 mars 2007

16. Le lundi 26 mars 2007 à , par DavidLeMarrec

Merci Sylvie !

Je m'en occupe immédiatement, publication et réponse.


Edit : c'est fait.

17. Le dimanche 20 janvier 2008 à , par DavidLeMarrec

Annexe : Suite à la publication d'une discographie de Die Schöne Müllerin, nous proposons à titre de rappel notre ancien commentaire de l'enregistrement Goerne/Schneider pour Concertonet, à une époque, avant l'ouverture de Carnets sur sol, où nous cherchions un moyen de renouveler efficacement l'activité du domaine Operacritiques. L'article est déjà ancien, du 10 janvier 2003, publié le 13.




01/13/2003
Franz Schubert : Die Schöne Müllerin
Matthias Goerne (baryton) - Eric Schneider (piano)
Decca 520474




Après l'immense réussite des divers récitals donnés avec le Winterreise pour programme - hélas non suivis d'enregistrement, sans doute pour des questions de rentabilité, interférant et se confondant avec le bien plus faible (absence de maturité réelle, pianiste accompagnateur assez littéral) disque réalisé aux côtés de Graham Johnson - Matthias Goerne, avec son même accompagnateur, Eric Schneider, a entrepris la publication du cycle Die Schöne Müllerin. Le choix a pu surprendre ; il semblait peut-être moins évident pour cette voix grise qui apparaîtrait plus facilement comme le reflet du morne intérieur de la psyché du Wanderer.


D'emblée, ce qui frappe le plus chez Matthias Goerne est son sens de la figure musicale : la typicité rythmique, le phrasé propre à chaque Lied se chargent d'un sens, d'une vie propres à leurs contextes distincts, ce qui parvient à créer une sincère fascination dès lors que l'auditeur accepte de tendre l'oreille, de s'habituer à son timbre étrange ; il devient alors impensable de s'arrêter ou avant la fin du cycle, ou sans le prix d'un arrachement qui s'apparente de très près à une frustration redoutable.


L'aspect extérieur n'est certes guère flatteur, ni même engageant. En effet, la voix souffre d'un engorgement assez sensible pour incommoder l'auditeur, et la couleur grisâtre du timbre peu faire penser à de la monochromie - qu'elle n'est pas : cherchez dans les subtiles (et infinies) nuances de gris. Une fois cela accepté, et résolu au prix d'une écoute attentive, l'on est immanquablement séduit par le raffinement de phrasés très réfléchis, toujours au service du sens textuel. Et cette voix même que l'on trouvera difforme lors de la première considération de ses procédés d'émission se montre assez édifiante dans l'aigu, s'élargissant avec un très grand naturel, imposante, et riche et discrète, comme intériosée, dans le grave. Dans le médium enfin se concentrent toutes les possibilités de phrasés : la qualité de l'abord des modulations, de l'agencement parcimonieux du vibrato, au service de la phrase, demeurant peu envahissant, mais plus sensible que chez nombre d'interprètes masculins, grâce à son habile modification à des fins expressives. Quant aux variations dynamiques, elles sont plus habitées que chez aucun autre : tandis que les piani, acquérant discrètement leur vibrato au point de contenter le goût de la réalisation sonore, sans jamais se départir de l'intense impression de mal-être qui habitent ces pages à sa voix, communiquent une peine qui ne parvient pas à quitter ce coeur lourd, les forti revêtent quelque chose de terrifiant, telle une force ennemie et destructrice incarnée dans le malheureux locuteur. Le chant de Goerne, c'est proprement cela : une incarnation du sentiment, au moyen d'une approche toute personnelle de l'organisation du phrasé.


Toutefois, il convient de mettre en garde l'auditeur : l'on beaucoup parlé de la filiation entre Dietrich Fischer-Dieskau, que l'on pourrait presque introniser "liederophone", et "notre" Matthias Goerne. La principale relation qui les unit est, outre l'importance de premier plan accordée au Lied dans leur répertoire (priorité absolue pour le jeune Goerne, à bon escient, sa séduction timbrale se montrant assez limitée et demandant trop d'efforts d'adhésion pour s'imposer systématiquement dans des rôles de séduction scénique), la qualité, le goût suprême qu'ils n'ont cessé de désirer insuffler au genre - et leur valeur pour y parvenir.
Que l'on en s'y méprenne pas, cependant. L'approche n'a pas grand chose de commun, sinon, on l'a dit, le goût et, surtout, la pertinence. Là où son illustre aîné - qui a sans aucun doute bien plus de liens avec son autre élève Dietrich Henschel, sur le plan timbral, ainsi qu'à propos de similitudes interprétatives qui dans leur répertoire commun font parfois passer l'élève pour peu inventif - s'est illustré dans la séduction du timbre, des couleurs d'une richesse inégalée, une émission semblant presque légère, et parfaitement équilibrée, le travail au mot, voire à la syllabe près, et dépeint une fresque pleine d'irisions, de détails d'orfèvre, en s'appuyant très fortement sur le déroulement de la mélodie (jusqu'à en privilégier la forme strophique, dans certaines versions), Goerne crée lui-même son univers propre : la mélodie disparaît, elle qui réduit l'expression et cantonne dans l'immobilisme strophique (un petit défaut de Fischer-Dieskau en effet que de trop laisser, apanage de la beauté pure de son chant en plus de la force de son sens, la mélodie s'exhaler, semblable à de puissantes fragrances sonores qui créent, quoique merveilleuses, une insistance sur l'aspect répétitif des structures de nombreux Lieder) au profit de phrasés très travaillés, structurant l'oeuvre non plus dans la forme prédéterminée par le poète ou le compositeur, mais bien par son seul intérêt, son originalité ; très important, le travail de sens ne s'effectue plus au mot, mais au vers, voire à la phrase, don de forme globale, souci de la ligne qui souligne tout un état émotif, moins littéraire que vivant ; enfin, ce n'est plus la beauté de l'art de Schubert teintée d'inquiétude qui est ici représentée, mais bien l'angoisse, celle qui s'exprime chez l'être tourmenté, assortie de la sollicitation apeurée des sens désorientés pour permettre de reprendre la route. Les variations de hauteur semblent par moments décrire la recherche de l'apaisement de l'âme qui erre dans toute la tessiture afin de trouver le repos ; seule l'illumination du propos par les éclairages de l'harmonie schubertienne, toujours aussi tamisés et tempérés, jamais sans frein, nous sauvent du désespoir imprimé par cette lecture pleine de véracité - demi-évidente en ce qu'elle nécessite une confiance, renouvelable à chaque instant, dans le chemin tracé par les interprètes.


Captivant en diable, donc : une fois dépassées l'étrangeté vocale et l'apparente uniformité sombre de ce timbre, nous pouvons vous faire la promesse d'un intérêt sans cesse renouvelé, chaque Lied se trouvant figuré (essentiellement par ses caractéristiques de rythme et de phrasé, de ligne dont l'on a déjà parlé - la "lecture à la phrase") de façon originale, structuré non pas sur la forme poétique ni musicale, mais bien sur le sens, et l'importance, la ligne de chaque phrase musicale, chose assez rare et manipulée avec tant de talent, d'imagination, de juste sensibilité, de réflexion aboutie, qu'elle mérite que l'on s'y arrête pour suivre docilement les pas de ce meunier singulier. Toutefois, selon les sensibilités, l'un ou l'autre des deux artistes évoqués se trouvera investi d'une force de conviction supérieure - travail au mot ou au vers, primauté de la mélodie ou de la ligne, puissance évocatrice des termes ou violence de sourds sentiments, chacun exploitant le tout avec une dose de talent et une intensité dans la communication du sens qui leur vaut un degré semblable et complémentaire d'indispensabilité (néologisme nécessaire pour rendre pleinement l'aboutissement de ces approches).


Achevons par un hommage à Eric Schneider, qui sert d'écrin d'une musicalité incomparable, doté d'un sens de la singularité des pièces (et par conséquents de tempi chaque fois pensés pour servir le drame poétique qui se déroule dans la conscience présentée), d'une précision très incisive, d'un discours à la fois homogène et loquace qui font merveille. Ce récital n'aurait sans doute pas la même valeur sans son lumineux concours. Et l'on se prend à rêver d'une édition prochaine du Winterreise avec Goerne, paré des mêmes valeurs (ah! ce glas qui ouvre les Trockne Blumen, et sur lequel peuvent se développer toutes les nuances successivement adoptées par le chanteur, serait ici à faire pâlir le pessimisme futur de Die Krähe), déjà confirmées au concert - l'adéquation de la voix au sujet en plus, large et sombre, enveloppant jusqu'à captiver intégralement ; valeurs d'autant plus précieuses puisque les caractéristiques sus-décrites relèvent, bien au-delà de l'inspiration, de la nécessité pour réussir une approche complète de cet autre cycle de l'errance.

18. Le lundi 21 janvier 2008 à , par Morloch

Il faudrait aussi ajouter que Matthias Goerne ne se limite pas au lied, j'ai été très étonné de son aisance à changer de format pour passer à la scène d'opéra pour chanter Wolfram dans Tannhäuser, la rumeur dit également qu'il est un immense Wozzeck.

J'ai bien peur qu'on n'ait pas fini d'entendre parler de lui :)

19. Le lundi 21 janvier 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Quand je pense que j'en avais entendu, début 2003, remarquer un déclin, la voix devenant grise, affaiblie et malsaine ! :-)

Il chante énormément de lied (on n'a pas idée du nombre de récitals Mahler qu'un baryton liedersänger starisé peut être contraint de chanter...), peu d'opéra et quasiment pas d'oratorio.

Qu'il a chanté régulièrement, à part Papageno et Wozzeck, il n'y a pas grand chose. Bien sûr, il ne fait pas que cela, il y a eu l'Upupa de Henze, et puis Wolfram ou Kurwenal...
Je n'ai entendu que quelques notes de son Kurwenal, et j'étais prêt à m'effondrer. :-)


A bien y réfléchir, il ne chante qu'en allemand, à ce qu'il me semble. On doit bien pouvoir trouver des exceptions, mais il faudra bien chercher. Là, tout de suite, ne me viennent à l'esprit que les deux Da Ponte de son récital d'airs d'opéra.

Je vois une double explication (peut-être triple) pour cette absence des scènes.
1 - Le choix très net d'une carrière de récitaliste. Toujours plus confortable pour un chanteur, qui n'a pas de metteur en scène, de chef et de partenaire envahissants. Dans une certaine mesure, il peut aussi maîtriser son programme.
2 - La voix, très engorgée, ne trouve pas vraiment les harmoniques du formant (ces harmoniques métalliques spécifiques à l'opéra qui permettent de passer l'orchestre, longtemps, sans forcer) à ce qu'il me semble, ce qui pose éventuellement des problèmes de passage de l'orchestre. Hypothèse de ma part d'après ce que j'ai pu entendre sur ses problèmes supposés à passer un orchestre - je ne l'ai moi-même entendu en salle qu'avec piano.
(3 - S'il avait un physique de jeune premier ou de méchant crédible, on l'aurait sans doute beaucoup plus incité ou sollicité, j'imagine. Cela dit, avec sa notoriété, il doit suffire qu'il ajoute un rôle à son répertoire pour qu'il soit engagé. Tamare ! Tamare ! )

20. Le jeudi 14 février 2008 à , par Charlotte

Bonjour,
Je me suis trouvée par hazard sur ce site en cherchant des infos sur le parcours de Matthias Goerne.
Je ne sais pas si j'ai le droit de m'exprimer ici, toujours est-il que c'est un immense plaisir de voire qu'il n'est pas "inconnu au bataillon", car il est vrai que même dans le monde de la musique certains n'ont parfois pas même entendu parler de ce timbre ,en effet, de velours. Alors j'ai lu l'article qui a été écrit sur lui. Je ne m'attarderai plus sur ses lieder, qui sont extraordinaires tant par la voix que par l'interprétation.
Il y est ecrit, dans cet article que "C'est ce qui lui pose des problèmes à l'opéra, n'ayant pas le temps d'habituer l'auditeur à son timbre", en parlant de cet engorgement. Je suis allé récemment écouter Tannhäuser à Bastille, et je pense qu'au contraire c'est un timbre qui laisse très peu indifférent et qui nous met à son écoute. C'est d'ailleur grâce à son legato et à sa douceur (même dans les forte, qui sont bien souvent brutals chez Wagner) qu'il m'a enfin permis d'approcher la musique de Wagner que j'ai du mal à comprendre.
Voilà, c'est un vrai régal, il existe d'ailleurs un vieil enregistrement de lieder de Schubert, et en tant qu'allemande, je peux simplement dire que chaque mot est pesé, ressenti et une histoire nous est contée, véritablement.

21. Le jeudi 14 février 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour et bienvenue, Charlotte !

Non seulement vous avez le droit le plus absolu de vous exprimer ici, mais c'est toujours un plaisir de pouvoir converser, n'ayez crainte.

Je dois préciser que je ne l'ai jamais entendu en scène autrement qu'en récital avec piano, et que je me fonde sur des remarques lues à plusieurs reprises. Qui me paraissent cohérentes, puisqu'une voix assez engorgée, comme cela, résonne de façon peu métallique et doit plus se fondre dans un orchestre que le surmonter.
Mais je ne l'ai pas testé. Depuis quelque temps (dans l'intervalle de l'écriture de cette notule), j'entends au contraire du bien de sa projection. Il est vrai qu'elle m'a stupéfait en concert.


Je suis allé récemment écouter Tannhäuser à Bastille, et je pense qu'au contraire c'est un timbre qui laisse très peu indifférent et qui nous met à son écoute. C'est d'ailleur grâce à son legato et à sa douceur (même dans les forte, qui sont bien souvent brutals chez Wagner) qu'il m'a enfin permis d'approcher la musique de Wagner que j'ai du mal à comprendre.

C'est alors une excellente chose ! J'ai entendu son Wolfram via la radiodiffusion, effectivement homogène et chaleureux.


Voilà, c'est un vrai régal, il existe d'ailleurs un vieil enregistrement de lieder de Schubert,

Vous faites allusion auquel ? Il en existe un bon nombre, déjà. Tous excellentissimes, d'ailleurs.


et en tant qu'allemande, je peux simplement dire que chaque mot est pesé, ressenti et une histoire nous est contée, véritablement.

C'est aussi ce que je ressens. Avec une pensée musicale (et textuelle) qui prend pour unité le vers plutôt que le mot, c'est extrêmement personnel et réussi.


Au plaisir de vous lire à nouveau.

22. Le vendredi 15 février 2008 à , par charlotte

Bonjour,
alors d'accord, on partage bel et bien la même passion pour goerne(!).
Voila j'ai lu dans les comentaires qu'il avait chanté Du bach. Estce possible? Surprenant... (si c'est le cas , puis-je vous demander de me faire part de ces infos?).
Peut-être que vous avez raison: j'ai assisté au recital avec Eschenbach, et je pense que finalement il lui convient mieux d'être accompagné par un piano. Le piano soutient plus aisément une interprétation fine (et douce) que ne le fait un orchesrte symphonique. alors quand j'entends la finesse avec laquelle il chante Wagner (attention: je ne comprends pas assez bien Wagner pour differencier les diverses interprétations propposées), je me dis que vous avez raison, car qui a dejà osé chanter du wagner (étincellant) avec douceur? Bref, par contre il n'étai pas couvert par l'orchestre. cependant, à Pleyel, sur la production de Des knaben Wunderhorn, là il y avait en effet moins de puissance.
C'est là ou j'en viens à vous parler de Christine Schäffer qui elle aussi était sur cette production. C'est une soprane lyrrique allemande qui a également appri l'interprétation subtile("fein") du lied allemand.Elle a chanté à Salzburg, vous connaissez surement cette prod, avec la Netrebko, un Voi che sapete, avec tellement de finesse, d'ailleur tempo très lent, vraiment je vous conseille de le voire.
Ce qu'on pourrait alors repprocher à ces interpretes, serait le manque d'expression SCENIQUE, à la différence d'une Dessay, par exemple, qui est très agréable à regarder... et à écouter?? (je m'excuse) d'ailleur, agréable c'est juste!
Mais le lied demande trop de subtilité pour en théâtraliser l'interprétation (ou le rendre lourd). C'est en tout cas ce que je ressens chez ces artistes..
Voila. une dernière chose: si vous trouvez le temps de me répondre peut-être pouriez-vous alors m'éclairer sur le Bach et apparement, il y aurait aussi un enregistrement de la Winterreise?
Merci pour votre attention.

23. Le vendredi 15 février 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour Charlotte !

Voila j'ai lu dans les comentaires qu'il avait chanté Du bach. Estce possible? Surprenant... (si c'est le cas , puis-je vous demander de me faire part de ces infos?).

Tout à fait, il a chanté Jésus dans la Matthäus. C'est la version Harnoncourt III, chez Teldec, qui est la plus connue, très dramatique mais celle avec Helmut Rilling est tout à fait recommandable aussi (à tout petit prix chez Hänssler, je me demande même si ce n'est pas la version retenue par Brilliant Classics).



Il avait même sorti un récital tout Bach avec Roger Norrington, pour les cantates BWV BWV 56 ("Ich will den Kreuzstab gerne tragen"), 82 ("Ich habe genug") et 158 ("Der Friede sei mit dir").




Peut-être que vous avez raison: j'ai assisté au recital avec Eschenbach, et je pense que finalement il lui convient mieux d'être accompagné par un piano.

Quel récital avec Eschenbach ? Il se produit souvent avec lui désormais, et ils doivent réenregistrer ensemble les trois grands cycles schubertiens pour le nouvel éditeur de Goerne. Ils avaient notamment donné un récital Mahler / Schumann, miraculeux (ce sont les extraits sonores dans cette note).


car qui a dejà osé chanter du wagner (étincellant) avec douceur?

En Wolfram, Fischer-Dieskau avait fait très fort dans les années cinquante.


C'est là ou j'en viens à vous parler de Christine Schäffer qui elle aussi était sur cette production. C'est une soprane lyrrique allemande qui a également appri l'interprétation subtile("fein") du lied allemand.Elle a chanté à Salzburg, vous connaissez surement cette prod, avec la Netrebko, un Voi che sapete, avec tellement de finesse, d'ailleur tempo très lent, vraiment je vous conseille de le voire.

Oui, effectivement, Christine Schäfer est quelqu'un de très intéressant. La diction n'est pas parfaite, mais l'interprétation toujours fine, et le répertoire surprenant.

J'en ai déjà dit le plus grand bien ici même, à propos de son Winterreise (oui, les français le mettent instinctivement au masculin en pensant à la traduction "Voyage d'Hiver").


et apparement, il y aurait aussi un enregistrement de la Winterreise?

Oui, malheureusement ce n'est pas avec Schneider, comme lors de la tournée de 2000-2001 où l'on touchait à l'idéal. Le piano de Brendel est un peu chichiteux, mais on a au moins Goerne dans cette pièce majeure - en attendant qu'il réenregistre, cette fois avec Eschenbach.

Ca a été capté sur le vif, au Wigmore Hall le 8 octobre 2003.




Bonne fin de journée !

24. Le jeudi 5 juillet 2012 à , par Antoine :: site

Je suis heureux de découvrir Matthias Goerne, alors que j'affectionne habituellement les grands barytons d'opéra, Cappuccilli, Bruson, Milnes etc pour ne pas les citer. J'ai pu écouter ses lieder sur un site de musique en ligne. Effectivement, c'est assez formidable. Outre la qualité de voix, j'ai découvert un grand musicien et un grand interprète.

Par contre, par rapport aux prestations de Matthias Goerne dans l'opéra, j'ai uniquement trouvé sur youtube son intervention en tant que Papageno : http://www.youtube.com/watch?v=y82dH4ceTz4
A vrai dire, j'ai trouvé ça assez décevant et si je n'avais pas lu l'article, j'aurais passé mon chemin. Cela dit, si l'on y prête plus attention, on ne peut ignorer la qualité de legato et de rondeur. Par contre, la voix ne porte pas, et je ne suis pas sûr que cela tienne seulement à la qualité de l'enregistrement.
Quant à son interprétation de la Romance de l'Etoile décrite comme admirable, je n'ai pas réussi à trouver l'enregistrement. Je pense cependant que Matthias Goerne peut vraiment s'exprimer sur cet air en raison de l'accompagnement : seuls quelques légers accords et de discrets violons accompagnent le chanteur, si bien qu'il n'y a aucun risque de voir sa voix couverte par l'orchestre.

25. Le vendredi 6 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Antoine,

Il a chanté pas mal d'autres choses qui se trouvent plus ou moins (Kurwenal, Wozzeck, Mathis de Hindemith, Upupa de Henze...), et qui sont bien plus intéressantes que son Papageno, un rôle plus étroit et qui demande plus de mordant et moins de legato, c'est vrai. Et puis le talent comique de Goerne est discutable. :)

En revanche, pour l'avoir souvent entendu en salle, c'est au contraire une voix qui porte beaucoup, capable d'envelopper toute la salle. A Pleyel, lorsqu'il murmure du lied, on l'entend parfaitement... et lorsqu'il fort le volume, il est glorieux. Pas de problème pour être audible, même dans Wagner ou Hindemith.

Là où il peut être couvert, c'est lorsqu'il y a un orchestre très brillant, qui couvre sa voix ronde (il y en a de plus intensément chargées en harmoniques du masque) : il paraît que dans certains lieder du Cor Merveilleux de Mahler, ça s'entend un peu. Mais ce ne peut être que très ponctuellement, dans les tutti : ce n'est pas une voix italienne ultra-incisive (avec beaucoup d'harmoniques métalliques du masque), mais la projection est excellente est le volume très respectable, tout cela malgré le petit engorgement. En salle, le son semble rayonner par tout le corps, c'est assez impressionnant.

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