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[Récital] Sandrine Piau et Suzanne Manoff dans des lieder et mélodies rares de R. Strauss, Zemlinsky, Schönberg, Chausson & Debussy

Nous avions oublié (ou est-il apparu tardivement ?) de citer un récital de premier intérêt.

Nous semblons également avoir omis Béatrice Uria-Monzon, le 21 octobre, mais la nature de cette voix et de cette diction nous font, d’expérience, recommander l’abstinence aux indécis. Œuvres peu originales, et beaucoup de transcriptions d’opéra au piano sont à craindre si elle renouvelle le format que nous connaissions.

Sandrine Piau propose le 24 mai prochain un programme thématique titré Evocation : « Mystère de femme, rêve de femme, fleur de femme » , aux résonances un peu naïves, mais pour un choix de pièces à la fois peu fréquentes et fascinantes.


Des décadents allemands :

  • Richard Strauss - Cycle « Mädchenblumen » Op.22 (quatre pièces sur des textes de Dahn)
    1. Kornblumen
    2. Mohnblumen
    3. Epheu
    4. Wasserrose
      • Ce bref cycle n’est pas inconnu, on peut par exemple l’entendre dans le merveilleux récital aixois de Stich-Randall (collection INA-Mémoire vive) ; il serait à placer dans la veine charmante de Strauss, mais sans la superficialité qu’on peut lui trouver dans d’autres pièces.
  • Zemlinsky[1], divers lieder
    1. Liebe und Frühling
    2. Das Rosenband
    3. Frühlingslied
    4. Wandl’ich im wald des Abends
    5. In der ferne
      • La génération suivante, celle du grand pédagogue Zemlinsky, qui épouse les préoccupations de la Vienne décadente avec un langage musical qui, pour être de son, n’en conserve pas moins beaucoup de traits postromantiques. Ses quatuors rappellent Brahms et Dvořák, ses symphonies Mendelssohn, Tchaïkovsky et Bruckner, et ses lieder ne sont pas très éloignés de la veine de… Loewe ! Même à l’opéra, l’écriture de celui qui est considéré comme une figure de proue des novateurs d’alors se tient raisonnablement à du poststrauss, sage (Der Zwerg, c’est-à-dire « Le Nain », d’après l’Anniversaire de l’Infante de Wilde) ou généreux et assombri (Eine Florentinische Tragödie, « Une tragédie florentine »).
  • Schönberg, Quatre Lieder Op.2
    1. Erwartung (à ne pas confondre avec la grande scène atonale homonyme, tout aussi célèbre)
    2. Schenk mir deinen goldenen
    3. Erhebung
    4. Waldsonne
      • Et voici le troisième génération des décadents, celle qui dissout la tonalité poussée dans ses derniers retranchements par l’hyperchromatisme[2]. Ici, nous disposons de pièces du jeune Schönberg, tonales mais raffinées.



A ce stade, on peut déjà s’avouer satisfait, parce qu’à défaut d’être des inconnus, ces compositeurs sont assez peu servis au récital avec piano, à part Strauss peut-être – mais pas en France. Ce sont en outre de très belles pièces.

Mais les réjouissances ne sont pas finies, puisque le programme est en quelque sorte « complété » par de la mélodie française ; ici aussi, de compositeurs importants, et même dans ce cas connus pour leurs mélodies ; mais des œuvres très peu courues, et pour ainsi dire jamais données en récital.

  • Chausson
    1. Hébé
    2. Le charme
    3. Sérénade
    4. Colibri
      • Il est vrai que Chausson est en règle générale très peu joué, et à part ses quelques Shakespeare, peu connu côté mélodie ; sans doute en raison d’une veine mélodique assez retorse, et dans une écriture qui demeure assez « terrienne », qui ne semble pas porter la modernité non plus. En outre, la tonalité de ces pièces est le plus souvent d’une mélancolie très communicative, qui peut placer les auditeurs dans un certain malaise, ce qui ne conduit pas non plus à en abuser.
  • Debussy
    1. Nuit d’étoiles
    2. Romance « L’âme évaporée »
    3. Apparition
    4. Romance
    5. Regret
    6. Fleur des blés
    7. Aquarelles
      • Green
      • Spleen
        • Essentiellement des mélodies de jeunesse, du premier tiers de son corpus. Souvent naïves, aux couleurs pastel, mais franches comme un van Gogh, avec ces juxtapositions un peu raides entre les teintes du piano et de la voix. Ce sont aussi les moins connues de cette période, moins narratives ou évocatrices que les plus courues.
        • De même, les deux Aquarelles verlainiennes constituent l’un de ses cycles les moins célèbres.
        • De toute évidence, ces mélodies ont été choisies pour convenir à une voix légère.



En somme, un récital constitué uniquement de figures musicales importantes et célèbres, mais sous des aspects qui nous sont très peu souvent présentés. On constate combien l’école « baroqueuse » a formé d’interprètes curieux et rompus au défrichage

La seule inconnue réside dans la capacité que révèlera Sandrine Piau à employer une voix aussi légère dans le cadre de la mélodie, ce qui est toujours un exercice extrêmement délicat – les voix médianes s’y prêtent naturellement mieux. Certaines cependant font néanmoins des miracles.
Lorsqu’on connaît sa musicalité extrême, son timbre adorable et son attention aux questions de diction, on se rassure très aisément, et notre compagnie de lutins est d’ores et déjà parée pour les réjouissances.
Il semble, si notre souvenir ne nous trahit pas, qu’un programme similaire est proposé cette saison à Toulouse (ou était-ce la saison passée ?).

(Le présent récital se déroule, il faut le préciser, dans notre belle province guyennaise dont nous prenons parfois en charge, faute qu'elle le soit ailleurs, la chronique culturelle sur CSS...)

Notes

[1] Orthographié fautivement sur le programme de l’Opéra, faites plutôt confiance à CSS.

[2] C’est-à-dire, pour faire rapide, simple et très schématique, que l’emploi massif de notes étrangères à la gamme finit par la brouiller, à force d’audaces.


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Commentaires

1. Le vendredi 5 octobre 2007 à , par La Moule Omnisciente

Même récital au Capitole le 10 décembre prochain.

"tonales mais raffinées" : hihihihi !
A la Modernité, la Patrie reconnaissante.

2. Le vendredi 5 octobre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Ca veut dire, vous m'aurez compris, qu'il ne s'agit pas d'un postmachin dégoulinant façon Gurre.

Evidemment, lorsqu'on écoute en boucle des anglaises décaties dans des musiques qui ignorent jusqu'à la cadence plagale, on ne se rend pas forcément compte. Vous verrez, un jour, vous en trouverez aussi sur les rivages d'Egypte.

3. Le samedi 13 octobre 2007 à , par La Moule Occitane

Au Capitole, Piau ne chantera pas les Debussy (ouf !) mais les "7 Chansons pour Gladys" de Kœchlin, que je ne connais pas mais que j'aime déjà.

(Je proteste contre les formules humiliantes qu'on nous force à écrire avant de poster !)

4. Le samedi 13 octobre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Encore plus original, en effet, on ne joue déjà jamais ces Debussy en concert, mais si on va convoquer les cycles de Koechlin, forcément...

5. Le samedi 13 octobre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

P.S. : Chez vous, ce n'est pas mieux, je suis obligé d'entrer des TKC et autres acronymes triviaux ou indécents.

6. Le dimanche 14 octobre 2007 à , par La Moule Humiliée Mais La Moule Libérée

Je vous fais remarquer que j'ai dû m'y prendre à 3 fois pour taper correctement, byzantinisme de l'objurgation oblige, la formule : lepouvoirauxlutins
On en place d'office pour moins que ça !

7. Le dimanche 14 octobre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Décidément, je suis entouré de robots ! Je m'en doutais. :-(

8. Le dimanche 14 octobre 2007 à , par La Moule Humiliée Mais La Moule Libérée

Erratum : Piau chantera aussi des Debussy à Tuluze, 4 du groupe dont vous avez donné le détail.

9. Le lundi 12 novembre 2007 à , par Gynergene

Juste une petite remarque, la pianiste is a must to!
Continuez!

10. Le lundi 12 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Merci. :-)

J'ai de bons souvenirs de Suzanne Manoff en effet.

Ce récital est à paraître au disque ce mois-ci.



Nous disposons même du Koechlin, donc. Quelle abondance !


Je compte beaucoup sur la musicalité légendaire et l'attention à la diction de Sandrine Piau ; j'espère que le naturel de Suzanne Manoff sera aussi au rendez-vous.

11. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par Admetto

Quelqu'un l'a écouté ce disque? On peut L'acheter?
Merci

12. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Oui, il vient de sortir. On le trouve déjà à 7€50 sur Amazon...

Sinon, on peut l'entendre dans sa tournée, notamment à Toulouse et à Bordeaux (dans ce dernier cas, sans les Koechlin).

Je n'en ai entendu que les extraits des sites commerciaux : évidemment un beau programme surprenant, suspendu. Ensuite, difficile de juger de la diction dans des conditions sonores aussi inconfortables, mais elle ne paraît ni excellente ni déplorable.
Le piano semble très beau, d'une clarté singulière.

On en saura plus en mai, du côté de Bordeaux...

13. Le lundi 3 décembre 2007 à , par Admetto

Ce soir aux Bouffes du Nord.
J'y vais de ce pas, je me réjouis...

14. Le lundi 3 décembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

A la bonne heure ! Un commentaire est prévu quelque part ?

(Y a-t-il les Koechlin ce soir ?)

15. Le mercredi 5 décembre 2007 à , par Admetto

A défaut de commentaire professionnel, voici le mien n'hésitez pas à l'enlevez du site s'il vous parait trop amateur(ce que je suis bien sur)

Pour ceux qui ne connaissent pas les Bouffes du Nord, une petite description s'impose.
Soir de pluie , après quelques errements sur mon scooter pour trouver le théâtre, j'arrive trempé à l'accueil
où m'attend ma place. pas mal de monde , des têtes parisiennes bien connue aux habituels quidams;
Le théâtre m'attend, inchangé depuis des années. Comme des retrouvailles avec un vieux pote qui malgré les changements du monde et de ses directeurs reste lui-même avec opiniâtreté.
Le cadre de scène tout brodé d'une parure alhambresque, le sol noir, le par terre sans aucun siège avec le piano trônant là grand ouvert, la lumière rouge, le mur du fond rouges ainsi que le cadre de scène.
Peu de lumières, les sièges qui grincent, le public en place, tout est déjà tellement chargé d'émotion que l'on se demande comment on peut écouter la musique
dans des salles modernes.
Le noir se fait, arrivent les deux artistes , Sandrine Piau dans une robe rouge de la même teinte que le théâtre, Susan Manoff Sobrement habillée en noir.
Chacun dans son rôle, la Diva et L'accompagnatrice. Jusque là on se dit que tout est respecté même si le piano grand ouvert m'inquiète connaissant la voix de Sandrine Piau.
Et puis , naissant du silence les premières notes D' hébé de Chausson s'élèvent dans le théâtre. Tout de suite, le profane que je suis à eu la sensation qu'il allait assister à un concert exceptionnel.
Un concert dédié à la couleur dans ce ventre rouge et chaud qu'est ce théâtre.
L'accord entre voix et piano est inhabituel; immédiatement j'ai su que le piano n'était pas ouvert pour sonner plus fort, mais pour exprimer toutes ses couleurs.
La suite allait me donner raison. Jamais Sandrine Piau ne fut couverte par le piano.
Ces deux artistes "chantent" comme des jumelles, le piano épousant la voix avec un synchronisme que l'on n'entends généralement que sur disque.
Deux musiciennes tout à l'écoute l'une de l'autre. On sent que le travail d'enregistrement a été si profond qu'il ne s'agit pas d'un récital rapidement monté.
La voix de Sandrine Piau que j'attendais plutôt petite et précise, me surprend d'emblée par son ampleur , sa rondeur et la chaleur de son timbre.
A nouveau nous sommes dans les rouges, et le spectre sonore dégagé emplie cette salle à la limite de la saturation.
Nous fûmes littéralement baigné de son, baigné dans le son.
Je sais, je suis trop lyrique, mais l'accord de cette salle avec ces interprètes était réellement parfait.
De Chausson elles chantèrent Hébé, le charme, Sérénade et le colibri.
Moment totalement hypnotique pour moi dont je serais bien incapable à l'instant de vous donner un compte rendu détaillé si ce n'est que je fus plongé hors du temps.
Vinrent ensuite les Mädchenblumen de Strauss. La chose d'abord la plus étonnante fut pour moi, et cela allait continuer toute la soirée à chaque changement de compositeur, l'impression que l'on avait changé de piano! Passé des lumières un peu flou de Chausson à cette incroyable précision Straussienne un son un peu plus sec plus métallique sans être plus fort!
L'accord entre les deux interprètes toujours aussi étonnant ,quasiment fusionnel . Le silence comme un écrin la sonorité du piano dans le dernier Strauss kenst du die Blumen comme une pluie de musique sur laquelle flottait la voix de Sandrine Piau , inouï! Le public d'ailleurs pourtant snob et parisien n'a pu retenir ses applaudissements entre chaque lied.
Puis vint, surprise, les intermezzi n° 1 et 2 de l'opus 118 de Brahms joué par Susan Manoff.
On se dit d'abord qu'on n'est pas venu pour ça , c'est un peu énervant, mais après tout qu'elle a été jusqu'ici tellement étonnante que pourquoi pas?
Trente seconde après on a tout oublié et on se retrouve à écouter cette musique que l'on connais pourtant par coeur comme si madame Manoff l'inventait sur l'instant.
Le deuxième intermezzo nous emmène si loin sur le terrain de l'improvisation et de la beauté du son que j'ai eu l'impression de découvrir un nouvel instrument.
Vint Debussy et ses mélodies de jeunesses la encore on se dit que l'enchaînement est hasardeux, descendre des cimes brahmsienne à la légèreté du jeune Debussy.
Et puis non , ça marche, Sandrine Piau est tellement étonnante dans cette simple perfection qu'elle met dans cette musique. Comme dans un disque, rien ne lui échappe, la voix est pure jeune d'un rayonnement incroyable.
Même si je suis moins fana des ces mélodies, je reste conquis par ce moment de musique hors du temps.

La deuxième partie Nous trouve curieux et un peu épuisé tant il nous semble impossible qu'une telle intensité puisse continuer à se dégager de ce concert.

Pourtant Vient toute une série de Zemlinsky qui finiront par nous replonger dans un univers sombre et totalement prenant.
Etonnant comme Sandrine Piau semble presque plus à l'aise encore Avec le répertoire allemand qu'avec le répertoire Français.
Aucune fatigue ne se dégage de sa voix et ses piani dans l'aigu sont miraculeux. Susan Manoff est encore une fois exemplaire ne couvrant jamais la chanteuse et passant du plus grand forte au piano en une micro seconde.
On peut se demander tout de même si ce type de répertoire ne conviendrait pas mieux, en concert, à une voix un peu plus puissante.
Suivent deux pièces pour piano solo de Zemlinsky que je ne connaissait pas du tout,Albumblatt et Intermezzo. Le parallèle avec les deux pièces de Brahms est évident et l'on comprend le pourquoi de ce choix. Pièces un peu fantomatiques, fantasque ou se mêle obscurité et clarté et qui jouées par Susan Manoff dans ce lieu recueillent l'unanimité du public.
Les Koechlin quant à eux m'ont un peu laissés sur ma faim. Même si les interprètes y font merveille, j'avoue mon peu d'intérêt pour cette musique. Donc Motus
Le concert se terminât par les quatre lieder opus 2 de Schoenberg, sublime musique qui malgré la longueur du programme arrive encore à nous captiver.
Sandrine Piau semble être chez elle avec ce compositeur comme elle l'était avec Zemlinsky. La voix est splendide sans une trace de fatigue et elle réussit à nous rendre intime avec cette musique.
Suivront trois bis généreusement offert au public: Sommer de Zemlinsky, Beau Soir de Debussy et la petite touche de crème du concert, même si l'on reste dans le mortifère comme l'a dit elle même Sandrine Piau, la Reine de Coeur de Poulenc.

Plus souvent , j'aimerais entendre des couples de musicien ainsi complice. De vrai duo ou le pianiste n'est pas qu'un faire valoir.
Il y avait hier soir quelque chose de la Magie d'un Pressler chez Madame Manoff , toujours à l'écoute, drôle parfois, donnant une impression de facilité et de simplicité qui m'a beaucoup touché.
Madame Piau quand à elle est peut-être aujourd'hui en france ce que nous avons de plus beau à entendre dans ce type de répertoire.
C'est la deuxième fois que je l'entendais en récital, vivement la troisième...
Un disque peut-il rendre compte d'une telle soirée?
J'en doute, mais je vais quand même me le procurer.

16. Le mercredi 5 décembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonsoir Admetto !

Non, au contraire, un grand merci pour ce compte-rendu ! C'est ce qui fait tout l'intérêt de ce type de plate-forme, de pouvoir deviser tout à loisir dans les commentaires.

Concernant le public, le fait qu'il soit snob et parisien ne garantit rien sur sa connaissance des usages ou sa discipline, ce sont deux choses que l'on découvre bien différentes.

Ce que vous dites de la mutation du piano pour chaque compositeur est très intéressant ; ça correspond au souvenir que j'ai de Susan Manoff, à laquelle je ne saurais attacher une esthétique ou un style particulier, si ce n'est le souvenir d'un son fin et tranchant, avec une pédale parcimonieuse.

Vint Debussy et ses mélodies de jeunesses la encore on se dit que l'enchaînement est hasardeux, descendre des cimes brahmsienne à la légèreté du jeune Debussy.

Hou-là ! Gare, vous courez des risques ! Les debussystes ne pensent pas du tout les choses comme cela. :)

Et puis non , ça marche, Sandrine Piau est tellement étonnante dans cette simple perfection qu'elle met dans cette musique. Comme dans un disque, rien ne lui échappe, la voix est pure jeune d'un rayonnement incroyable.

C'est vrai, techniquement, son assurance est impressionnante, y compris dans les difficultés attendues.

On peut se demander tout de même si ce type de répertoire ne conviendrait pas mieux, en concert, à une voix un peu plus puissante.

Zemlinsky est en effet généralement chanté par des voix plus larges, comme les "décadents" germaniques, qui viennent après une pensée wagnerienne de la voix. Mais pour Zemlinsky, la veine mélodique reste d'un romantique très "classique", et de surcroît ses mélodies ne sont jamais jouées en concert : donc on peut sans peine le confier à une voix "hétérodoxe".

Suivent deux pièces pour piano solo de Zemlinsky que je ne connaissait pas du tout,Albumblatt et Intermezzo. Le parallèle avec les deux pièces de Brahms est évident et l'on comprend le pourquoi de ce choix. Pièces un peu fantomatiques, fantasque ou se mêle obscurité et clarté et qui jouées par Susan Manoff dans ce lieu recueillent l'unanimité du public.

Oui, ce sont des choses étranges, mais manifestement, le récital était relativement long, c'est donc aussi pour ménager la chanteuse et faire briller un peu la pianiste. L'idée de faire écho ainsi est excellente, surtout que de même, les pièces pour piano de Zemlinsky ne sont jamais données en concert.
Oui, fantomatique, c'est vraiment le mot.

Je peux recommander le très beau disque de Kurt Widmer et Jean-Jacques Dünki (Cinq Poèmes de Dehmel, et pour piano seul : les Fantaisies Op.9 d'après des poèmes de Dehmel et les Ländliche Tänze Op.1). Vraiment un piano délicatement sculpté. C'est chez Jecklin, ça se trouve assez bien en ligne.


Les Koechlin quant à eux m'ont un peu laissés sur ma faim. Même si les interprètes y font merveille, j'avoue mon peu d'intérêt pour cette musique. Donc Motus


Koechlin jouit d'une très grande réputation chez à peu près tous ceux qui l'ont approché, mais j'avoue moi-même ne pas y trouver un intérêt aussi grand que chez d'assez nombreux autres du premier vingtième français (Dupont, Emmanuel, Cras, Caplet, Le Flem... la liste serait longue).


Suivront trois bis généreusement offert au public: Sommer de Zemlinsky, Beau Soir de Debussy et la petite touche de crème du concert, même si l'on reste dans le mortifère comme l'a dit elle même Sandrine Piau, la Reine de Coeur de Poulenc.

Extrait de La Courte Paille ; Cécile Perrin la donnait aussi il y a quelques jours.


Plus souvent , j'aimerais entendre des couples de musicien ainsi complice. De vrai duo ou le pianiste n'est pas qu'un faire valoir.

C'est un plaisir, c'est vrai ! Ca rend la réjouissance bien complète.


Madame Piau quand à elle est peut-être aujourd'hui en france ce que nous avons de plus beau à entendre dans ce type de répertoire.

J'attends pour en juger, mais il y a tout de même de l'excellente concurrence. Si vous entendez par "en France", chez les interprètes français eux-mêmes, il est vrai que les mieux disposés ne se spécialisent pas nécessairement dans le lied. Lorsqu'il lâche la bride, Tézier peut de belles choses (hélas, c'est difficile pour lui), et surtout, Valérie Gabaïl a pu montrer de réelles aptitudes poétiques chez Schubert.

En revanche, côté mélodie française, nous disposons d'interprètes de tout premier plan. Bien sûr des spécialistes comme Lionel Peintre, mais aussi d'autres bien inspirés, comme Nicolas Testé, dont on n'aurait pas nécessairement imaginé le savoir-faire.


C'est la deuxième fois que je l'entendais en récital, vivement la troisième...
Un disque peut-il rendre compte d'une telle soirée?
J'en doute, mais je vais quand même me le procurer.

J'en doute aussi, surtout qu'il a été enregistré avant la tournée, et que si c'est efficace financièrement pour équilibrer les comptes (tout le monde a le temps d'acheter le disque tant qu'on en parle, et cela incite à se rendre au concert ; tandis que l'inverse pousse à ignorer le concert et à oublier le disque...), c'est toujours moins convaincant artistiquement, bien évidemment. Sans compter l'électricité propre à la prestation en public sans retouche.


Merci pour ce compte-rendu, c'est un plaisir de pouvoir en savoir plus ! N'hésitez pas à nous dire votre sentiment sur le disque...

17. Le vendredi 7 décembre 2007 à , par Admetto

Bonsoir,
N'oublions quand même pas Véronique Gens et la Petibon qui sont toute deux capable des plus sublimes choses en récital.
Certes Tezier est un grand chanteur, belle voix, belle technique, capable de très beaux moments; mais je ne peux m'empêcher de le trouver parfois trop inexpressif, se contentant de bien chanter; ce qui n'est déjà pas si mal me direz vous.par contre je ne dirai rien de son pianiste bob je ne sais plus quoi qui devrait se contenter de jouer les répétiteurs en fosse d'orchestre!
Je reste peut-être trop influencé par la grande école des barytons Allemand (Prey, Diskau, Berry, Hotter)
Les autres chanteurs dont vous parlez, je ne les connais pas, mais celui dont vous donnez un extrait est vraiment par trop français pour mon goût.
Il est vrai que j'ai toujours eu du mal à supporter les Camille Maurane et autres Panzera dont je sais que la critique dit le plus grand bien.
Cécile Perrin est une grande chanteuse à qui je souhaite une grande carrière même si elle se fait rare à Paris. Je n'avais pas entendu parlé d'elle depuis longtemps et je suis heureux d'avoir de ses nouvelles.
Merci encore pour votre site que je parcours avec un grand plaisir et que je recommande à tour de bras.
ordialement


18. Le vendredi 7 décembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

N'oublions quand même pas Véronique Gens et la Petibon qui sont toute deux capable des plus sublimes choses en récital.

Evidemment, Véronique Gens, oui, c'est évident, la grâce du timbre et du style, la diction élégante. Mais elle se produit assez peu avec piano, il me semble ?
Ses récitals de mélodies, cela dit, aussi bien Fauré que Berlioz, sont toujours de franche réussite - sans parler de la tragédie lyrique où elle n'a que peu de rivales de son envergure.

Certes Tezier est un grand chanteur, belle voix, belle technique, capable de très beaux moments; mais je ne peux m'empêcher de le trouver parfois trop inexpressif, se contentant de bien chanter; ce qui n'est déjà pas si mal me direz vous.

Je partage le même sentiment ; cependant j'ai remarqué, dans les bis d'un récital assez fade (Dichterliebe uniquement soigneux, Fauré assez hors style, chantés comme les Don Quichotte à Dulcinée qui clôturaient le tout) et même pas tout à fait satisfaisant vocalement (les aigus difficile partaient systématique en arrière) un énorme potentiel expressif, qui se réveille lorsque la pression du récital se relâche sur ses épaules. Je pense que ça tient donc plus de la prudence (psychologique) que du tempérament.
Mais en l'état, je suis d'accord, ce n'est pas pleinement satisfaisant pour le récital, où sa stature vocale et son port altier ne peuvent suffire comme à l'opéra.

par contre je ne dirai rien de son pianiste bob je ne sais plus quoi qui devrait se contenter de jouer les répétiteurs en fosse d'orchestre!

Récemment, il s'était produit avec Robert Gonella, qui est répétiteur à l'opéra de Toulouse. C'était ma foi tout à fait bien. Pas particulièrement imaginatif ou profond, mais pas du tout indigne. Un accompagnateur largement correct.

Je reste peut-être trop influencé par la grande école des barytons Allemand (Prey, Diskau, Berry, Hotter)

... qui ont leurs limites aussi. Hotter, dans le lied, n'est pas plus varié que Tézier ; certes il bâtit quelque chose, mais tout passe par la plénitude de sa voix lasse. Prey n'est pas franchement fouillé non plus.
Côté allemand, on est plutôt Goerne par ici.

Les autres chanteurs dont vous parlez, je ne les connais pas, mais celui dont vous donnez un extrait est vraiment par trop français pour mon goût.

Trop français, qu'est-ce à dire ? Oui, très français comme style, mais pour interpréter ce répertoire très français, ça me paraît légitime. Non ?

Ils n'ont pas une renommée extraordinairement développée, c'est exact - encore qu'à l'opéra, Testé se soit fait un nom en France.


Il est vrai que j'ai toujours eu du mal à supporter les Camille Maurane et autres Panzera dont je sais que la critique dit le plus grand bien.

Ces chanteurs entrent dans un paradoxe fascinant propre à l'époque : diction parfaite et même superlative, mais peu à dire sur ce qu'ils interprètent. Aujourd'hui, la tendance est globalement inverse, bien que le travail sur instruments d'époque ait permis à nouveau l'épanouissement de voix très intelligibles.



Cécile Perrin est une grande chanteuse à qui je souhaite une grande carrière même si elle se fait rare à Paris. Je n'avais pas entendu parlé d'elle depuis longtemps et je suis heureux d'avoir de ses nouvelles.

Elle chantait donc Fidelio à Bordeaux la saison passée. Je pense que ses problèmes d'aigu sont pour beaucoup dans la discrétion de sa carrière - à l'opéra, on exige beaucoup de ce côté...
Elle a heureusement enregistré pas mal de choses très intéressantes avec Penin, comme le Fernand Cortez de Spontini ou le Freischütz version Berlioz.


Merci encore pour votre site que je parcours avec un grand plaisir et que je recommande à tour de bras.

Merci, c'est très gentil. :)

A bientôt.

19. Le jeudi 20 décembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Merci !

Le lien ne fonctionnera pas comme ça, vous donnez l'adresse du fichier enregistré sur votre disque dur. :)

Mais j'ai retrouvé ce dont il s'agissait, sur un site de triste mémoire. Tant qu'à faire, je préfère recommander du sérieux. (Oui, c'est fortiche.)

20. Le jeudi 20 décembre 2007 à , par Admetto

Bonjour, je suis trop nul, j'avais enregistré le fichier sur le disque dur familiale au nom de ma femme.
Peut-être pouvez vous supprimer cette entrée?
Merci pour le nouveau lien
A bientôt

21. Le jeudi 20 décembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Oui, comme votre nom apparaît, ce peut être gênant, je vais faire disparaître le commentaire. ;)

Bonne soirée !

22. Le lundi 26 mai 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

... nous avons finalement eu droit aux Koechlin !

Récital remarquable, et en effet, Suzanne Manoff s'est montrée vraiment très touchante à plusieurs reprises. Du Brahms solo vraiment poétique, et plus que tout un Koechlin bouleversant.

J'espère pouvoir en parler lorsque j'aurai un moment.

23. Le samedi 26 juillet 2008 à , par Admetto

De retour sur votre site
J'ai entendu Cécile Perin il y a quelques mois à Dijon dans Mac Beth de verdi,
elle était époustouflante!
très beau spectacle par ailleurs surtout basé sur un décors simple et beau.
A part elle, que des chanteurs inconnus qui se sont révélés de très grande qualité.
Un jeune ténor particulièrement vibrant dans Mac Duff: Charles Alves Da Cruz une voix au métal et au mordant
impressionnant ; presque trop pour le rôle d'ailleurs... A suivre.

24. Le dimanche 27 juillet 2008 à , par DavidLeMarrec

Excellent retour à vous, Admetto !


En effet, très belle distribution, ce devait être ébouriffant. Jérôme Varnier en Banco, ça fait terriblement envie - trop souvent, ses rôles sont trop courts.

André Heyboer, lui, est très solide, jusqu'à présent rien ne m'a bouleversé non plus, mais les enregistrements où je le connais sont ou de mauvaise qualité, ou de petits rôles.

Un Macduff charismatique, en effet, on aura tout vu, quelle idée ! :)


Bon dimanche à vous.

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5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




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