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Enregistrements, domaine public - XLI - Max REGER, Quatre poèmes musicaux d'après Böcklin (Abendroth, Concertgebouw)

Vier Tondichtungen nach Arnold Böcklin Op.128

Chacun de ces quatre poèmes en musique s'attache à un tableau précis.

1. Der Geigende Eremit

L'Ermite au violon. (Huile sur toile de 1884.)

Une très paisible mélodie pour violon soliste, aux contours, comme souvent chez Reger, à la fois évidents (très peu d'accords enrichis, essentiellement des accords parfaits de trois sons) et fuyant la mémoire. Ce tempo très lent, cette orchestration dans le grave portent avec eux une profondeur singulière pour une pièce concertante.
L'atmosphère n'en est cependant pas spécifiquement religieuse ni même mystique, plutôt d'une naïveté recueillie.

Durée : 9 minutes.

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2. Im Spiel der Wellen

Dans le jeux des vagues. (Huile sur toile de 1880.)

Malgré ses débuts dansants et limpides, la noirceur de cette eau infinie envahit progressivement l'orchestre, nous narrant alors l'infortune de la jeune naïade au premier plan.

Durée : 4 minutes.

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3. Die Toteninsel

L'Ile des Morts. (Huile sur toile de 1880.)

Fruit d'une série,la toile se distingue notamment de celle, tout aussi connue et réalisée la même année, titrée Insel der Toten... (plus pessimiste, avec l'ombre courbée et le ciel chargé, que nous plaçons à la suite de celle - plus neutre, voire rayonnante - désignée par Reger) Pour finir, une autre version, plus étroite - un lieu de promiscuité, moins civilisé, dominé par le groupe central de cyprès.


Une lecture orchestrale calme, profondément affligée, mais avec pudeur, comme Reger sait si bien le faire. Quelques faibles lumières viennent éclairer le parcours, jamais ostentatoirement funèbre (point de marche ni de barcarolle idoines, par exemple).

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4. Bacchanal

(Pas de reproduction disponible.)

Etrange bacchanale, qui évoque plus une chevauchée sauvages dans des steppes désertées, culminant en un sac sauvage. On y retrouve, d'une certaine façon, la sauvagerie des brigands de Harold (chez Berlioz).

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5. Conclusions et interprétation

Tout cela ne constitue pas tant de la musique descriptive qu'une sorte de narration fantasmatique, qui n'est que partiellement, d'une certaine façon, de la musique à programme - du moins pour le spectateur qui ne dispose pour indication que du moment choisi par le peintre, et non du procès complet d'un poème, d'une référence historique, d'une légende, d'un paysage... Pour lui, il s'agit de développements qui restent partiellement abstraits ; non pas de la musique pure, mais plus des affects imaginaires qu'un programme identifiable - d'autant plus que la musique de Reger n'est jamais, par essence, une musique de contraste, et que sa continuité favorise peu l'édification mentale d'épisodes bien individualisés.

Très belle série assez homogène de peintures musicales. Ici servies par la précision toujours sobre de Hermann Abendroth, à la tête des couleurs merveilleuses du Concergebouworkest, pour un équilibre parfait avec l'écriture - plus tournée vers "la pâte" - de Reger.

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6. Téléchargement

Salle du Concertgebouw, 20 février 1941. Hermann Abendroth, Concertgebouworkest.

Point de Rapidhare.com ici : directement sur nos serveurs, en un seul fichier.
http://musicontempo.free.fr/reger_boecklin_abendroth/reger_boecklin_abendroth.mp3

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7. Annexes :



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Commentaires

1. Le mardi 8 juillet 2008 à , par Papageno :: site

Merci pour le MP3 ! Un compositeur prolifique et plus moderne qu'on ne le croit généralement. On le prend pour un épigone de Brahms alors qu'il a expérimenté des fugues pour orgue avec des sujets de 10 ou 11 sons dans les années 1900, peu avant que Schönberg formalise la série dodécaphonique.

2. Le mercredi 9 juillet 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Il a beaucoup de Brahms en effet, mais c'est un vrai décadent côté harmonies, c'est vrai, avec une recherche souvent assez retorse dans les enchaînements...

Ces Böcklin, cela dit, ne sont pas ses chefs-d'oeuvre, vraiment des poèmes symphoniques postromantiques assez traditionnels. C'est leur rareté en concert et leur couplage avec une oeuvre picturale qui en font l'intérêt, j'en conviens tout à fait.

3. Le lundi 11 mai 2015 à , par Benedictus

Bonsoir, cher David!
Bizarrement, je n’ai jamais écouté ces Böcklin (enfin, non, pas si bizarrement que ça: Böcklin, hum... - il y a longtemps, j’ai visité une grande rétrospective à Orsay, je crois que j’ai rarement vu peinture aussi affligeante); je vais peut-être m’y mettre. Ton lien ne fonctionne plus, mais dans la discographie, je vois que j’ai le choix entre N. Järvi/Concertgebouw (Chandos), Albrecht / DSO Berlin (Koch), Weigle / Dresdner Philharmonie (Capriccio) et Segerstam/Norrköping (Bis): lequel me recommanderais-tu?

4. Le lundi 11 mai 2015 à , par David Le Marrec

Soyez le bienvenu, vénérable Benedictus !

Je n'en ai pas écouté beaucoup de versions, parce que l'association n'est pas la plus extraordinaire du monde – le Reger dont je raffole, c'est celui des chœurs, des lieder et de la musique de chambre. Les vastes contrepoints pour orgue et surtout les orchestrations symphoniques bien épaisses, c'est moins enchanteur pour moi.

À vue de nez, tout ça est tentant, que des grands chefs… J'aurais envie de faire le pari de Segerstam-Norrköping pour rééquilibrer un peu le spectre sonore, mais ça manquera peut-être de maîtrise instrumentale et structurelle (pas sûr que ça te gêne pour autant) ; à l'inverse, Weigle est parfois un peu lisse dans le domaine symphonique, mais on ne fait pas meilleur bâtisseur. (Et puis, très subjectivement, c'est bien sûr vers G.Albrecht-DSO Berlin qu'irait ma première tentation, mais c'est un peu trop affectif et irrationnel pour en faire une recommandation).

Tout ça restant de l'a priori parfaitement gratuit… mais avec cette sélection, tu ne peux pas vraiment mal tomber (c'est le premier disque du Concertgebouworkest que je vois chez Chandos, je suis un peu curieux d'entendre ce que ça donne avec toute cette réverbération).

5. Le lundi 11 mai 2015 à , par Benedictus

Bravo pour ta réactivité!

Moi aussi, je raffole des chœurs, de lieder et de la musique de chambre (bien que ce soit assez compliqué pour moi, ici, de trouver les bons disques), mais quand on aime ce que j'aime en symphonique, il y a peu de chances que ce versant-là de Reger me déplaise activement...

Sinon, je vois que nos réflexions a priori sont à peu près les mêmes... En fait, non: ce sont exactement les mêmes, si ce n'est que je ne connais pas du tout Weigle; mais la tentation de l'acidité de Norköpping pour faire passer les knödel, la curiosité dubitative quant au Concertgebouw dans les cathédrales Chandos et la préférence toute personnelle pour Albrecht/DSO (à cause de tout ce qu'on leur doit dans le répertoire décadent?) - pareil pour moi.

Bon... si on parlait plutôt de Bylsma I et Navarra dans les suites de Bach? ;o)

Plus sérieusement, dès que j'ai entendu ça, je reviens en causer ici.

6. Le lundi 11 mai 2015 à , par David Le Marrec

Je craignais bien qu'en me demandant un avis, que tu ne consultes finalement que ta propre conscience – coïncidence troublante, je suis en plein dans l'acte II de Walküre en ce moment même.

Pour essayer de dire quelque chose de plus utile, on peut peut-être échanger les bonnes pièces de Reger ? Il y en a beaucoup.

Dans les lieder, j'aime tout (depuis le lyrisme simple de la jeunesse jusqu'à la sophistication plus abstraite de la maturité) – j'aime beaucoup l'album de May-Renzikowski et assez Vermillion, plus des choses isolées pour soprano et orgue (Op.19 par exemple) –, avec au sommet les duos Op.14 (cinq tartelettes).

Dans les chœurs, il y a les Trois Chœurs Op.6, les Geistliche Gesänge Op.110, les Trois Chants Op.111, mais par-dessus tout la grande fresque des 8 Geistliche Gesänge Op.138, vraiment le Mendelssohn des Trois Psaumes qui aurait fait son miel de Wagner… de grandes dimensions, ambitieux et exaltant, mais non sans simplicité. J'aimerais beaucoup entendre ça en vrai un jour (je l'ai déjà fait pour les Trois Psaumes de Mendelssohn, et pour l'Op. 111, et c'est déjà quelque chose !).

En musique de chambre, c'est simple, pour moi par-dessus tout la musique avec clarinette : Sonates avec piano (et autres pièces isolées), le Quintette.

Tu as des choses à proposer de ton côté ?

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David Le Marrec


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