Carnets sur sol

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[annonce et CR] Octuors et nonettes français (très) rares


Ce samedi (30 juin), à l'église luthérienne Saint-Marcel (Ve arrondissement de Paris), un concert au programme assez exceptionnel. On pourra y entendre plusieurs figures du premier vingtième français dont trois sur quatre ne sont que très peu enregistrés, et pour ainsi dire jamais donnés en concert.
Doivent figurer aussi plusieurs premières mondiales depuis la création...

Gustave Samazeuilh (1877-1967) est un personnage central de la période (élève de Chausson et d'Indy, conseillé par Dukas, ami de Richard Strauss, fréquentant Fauré, Enescu, Roussel, Ravel), très présent comme critique, mais c'est aussi un compositeur de son temps, dans la mouvance des héritiers de Franck et de l'impressionnisme, très intéressant. Il existe par exemple au disque Le Chant de la Mer, pour piano solo (enregistré par Marie-Catherine Girod qui excelle dans ce répertoire, de Dupont à Decaux), d'un impressionnisme parfois lisse (sorte de Debussy très romantisé), parfois tempêtueux (les tableaux de tempête évoquent assez le dernier mouvement des Clairs de lune d'Abel ), toujours virtuose (un peu à la façon du Tournemire des Préludes-Poèmes).
Ici, c'est une oeuvre manifestement d'ambition plus pastorale, Divertissement et Musette (pour nonette), où l'on peut s'attendre à retrouver les modes archaïsants très prisés dans les derniers mouvements de Le Flem ou chez Koechlin.

Sylvio Lazzari (1857-1944), compositeur surtout cité pour ses opéras, on a d'ailleurs eu l'occasion de présenter l'étonnante Lépreuse wagnero-naturaliste en ces lieux. Sa musique de chambre, peut-être plus formelle, est intéressante aussi - je n'ai pas le temps de vérifier ce soir, mais il me semble que j'en avais gardé une impression assez post-franckiste.
Ce sera l'Octuor à vents Op.20, vraiment loin du visage qu'on peut découvrir par le disque ou même les bandes inédites de la RTF...

Toujours plus rare, toujours plus fort,

ils joueront Henri Marteau (1874-1934) dont j'aurai l'occasion de parler prochainement dans le panorama du quintette avec clarinette en gestation depuis quelques mois. Marteau n'est pas le compositeur le plus mélodique ni le plus singulier de sa génération, mais il est difficile de ne pas être frappé par la recherche des parcours harmoniques, sans atteindre l'abstraction parfois difficile des oeuvres les plus arides de Chausson, d'Indy ou Vierne.
Et ce sera une Sérénade pour vents (en formation nonette).

Enfin, un peu plus classique (parce qu'avec un programme pareil, tout devient relatif !), le Nonette (pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, violon, alto, violoncelle et contrebasse) de Bohuslav Martinů (peut-être la seule oeuvre enregistrée du programme !) : on se trouve dans la veine du Martinů néoclassique, très primesautier et champêtre, avec beaucoup de recherche de couleurs (instrumentales et harmoniques) sur des mélodies simples. Ce n'est pas l'oeuvre la plus ambitieuse de son compositeur, mais elle est assez réjouissante !

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Le concert, sous la direction d'Eric van Lauwe, débutera à 19h30. (L'église se situe 24, rue Pierre Nicole. Libre participation aux frais.) Je n'ai jamais entendu les instrumentistes, mais il sont en principe de bon niveau. Avec un tel programme, faut-il ajouter que les lutins recommandent chaleureusement le déplacement pour les parisiens et associés ?

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Mise à jour du 1er juillet 2012

Malgré la conspiration démoniaque du RER B dans le coin le plus mal desservi de Paris, les lutins purent se glisser auprès des lutrins ; nous pûmes alors ouïr le programme délirant en l'église Saint-Marcel dont il était question jeudi, et dont voici le bref commentaire aujourd'hui.

Après écoute : toutes les oeuvres étaient dans une veine naïve et très consonante, donc pas toujours conforme au reste de l'oeuvre disponible au disque de chaque compositeur.

Pas de chef-d'oeuvre inestimable qui resurgisse : la pièce la plus nourrissante était bel et bien le Martinů, seule pièce du programme disponible au disque - le Samazeuilh vient depuis très peu de paraître aux Etats-Unis. Ce mélange de folklorisme (le côté Europe Centrale était remarquablement rendu, mieux que dans les versions discographiques que j'ai pu entendre) et de néoclassicisme se teinte, comme toujours avec Martinů, de petites surprises (sorties de route harmoniques, mélismes bizarres, etc.). Pas le meilleur de Martinů, mais de la belle facture très réjouissante en concert.

Même si les surprises harmoniques en étaient absentes, il y avait de beaux développements assez inspirés (dans la veine de la Suite dans le style ancien et des Chansons & danses de d'Indy, sans en atteindre tout à fait la densité) chez Lazzari et Marteau, qui méritaient en effet d'être joués.

Seul le Samazeuilh m'a paru un peu lisse, soumis avec un peu trop de sérieux à son programme d'archaïsme pastoral - mais j'ai manqué le premier mouvement à cause de l'odieux RER B.

Accueil très agréable avant et après le concert, programme de salle détaillé très bien fait (avec une remise en perspective très substantielle de ces compositeurs pas franchement superstars).

La qualité d'exécution était remarquable : sans vivre de leur pipeau, les différents instrumentistes avaient pour la plupart une formation sensiblement comparable à celle de professionnels - entendre des cornistes avec un aussi beau son, justes en permanence, et sans un pain sur un programme long d'oeuvres en recréation mondiale... on est plus proche du miraculeux que du commun. Bien sûr, la mise en place n'était pas parfaite (l'ensemble est non-permanent et était formé de musiciens d'horizons divers, qui n'avaient pas forcément beaucoup répété ensemble), mais la netteté, les équilibres et l'investissement étaient de très grande qualité.

Je serai informé d'autres manifestations par les mêmes interprètes ou organisateurs, les lecteurs de CSS seront donc avertis en cas de programmes d'intérêt comparable, et je l'espère un peu plus tôt que cette fois-ci - j'ai découvert la tenue du concert tout à fait incidemment jeudi, et il n'était pas recensé auprès de relais comme Musique-Maestro ou Concertclassic.


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Commentaires

1. Le dimanche 1 juillet 2012 à , par Ugolino le profond

Merci pour l'annonce du concert, j'avais raté la mention de ce concert très mal indiqué.
Je ne dirais pas que la qualité d'exécution était remarquable (la justesse du quatuor était délicate...) mais pour les circonstances c'était effectivement étonnant. J'ai entendu des professionnels donner largement pire.
J'ai trouvé le Lazzari un peu abscons, ca ne respire pas beaucoup. J'y ai préféré nettement le Marteau, notamment les variations finale.

J'ai tâché de deviner qui tu étais, je suis indécis sur la question ;-).

2. Le dimanche 1 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

La qualité était remarquable considérant que ce n'étaient pas des professionnels : les ensembles amateurs de ce niveau, il n'y en a pas des tombereaux, surtout qu'il faut recruter deux hautboïstes dont un cor anglais, deux cornistes, deux bassonistes... pas des instruments courants ni particulièrement faciles lorsqu'ils sont exposés.

Elle l'était aussi vu la longueur respectable du programme, sa difficulté (plusieurs fugatos assez délicats), son caractère inédit (impossible de se reposer sur l'habitude d'écoute, il faut être bon lecteur et musicien), la nature de l'ensemble (non constitué), la quantité de répétitions (faible pour certaines pièces).

Dans le détail, oui, le violoncelle n'était pas toujours juste, le contrebassiste n'était pas complètement naturel en plaçant ses contre-temps (beaucoup aimé la sècheresse dansante de la violoniste en revanche)... mais ça reste véniel, même pour un concert professionnel je serais ressorti très content malgré de petits décalages ici et là dans des articulations difficiles entre sections.

Le Lazzari avait quelques longueurs (le mouvement lent se redisait un peu longuement et inutilement), mais aussi une certaine densité, des climats, c'est probablement ce à quoi j'ai le plus adhéré dans les nouveautés du jour. Mais je te rejoins, certaines variations du Marteau étaient très réussies.

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