Carnets sur sol

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Gustav MAHLER - Das Klagende Lied - (Gatti, ONF, Théâtre du Châtelet 2009)


1. Une lourde décision

Je ne me suis décidé définitivement à me rendre à ce concert qu'au dernier moment. Cela m'a valu de me retrouver pour pas cher dans l'une des meilleures places du théâtre, bordé d'une aristocratie économique qui était inconnue du provincial ingénu, et qui ne parlait que séjours en Côte d'Azur, de manifestations culturelles en Autriche et de mauvais temps sur New York.

L'hésitation tenait au fait que Das Klagende Lied m'était apparu difficilement digeste au disque, y compris en essayant de faire autre chose - mais après tout, il s'agit quand même d'un des compositeurs les plus orchestrelement inspirés, dont la plus-value physique en concert est considérable.

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2. Spécificités acoustiques

Surprise majeure pour moi, d'autant que j'avais déjà assisté aux Fées récemment : on entendait certes merveilleusement l'orchestre, mais presque pas les chanteurs. Markus Werba était ainsi, sans surprise, remarquablement inspiré, raffiné, nuancé, refusant toujours l'éclat évident pour la retenue expressive... mais à peine audible, comme un murmure. Et de même pour les autres chanteurs, même si Nikolaï Schukoff s'est révélé le plus sonore (de même pour la petite soprano de la Maîtrise de Radio-France, excellente et voix tout à fait projetée, mais impossible de trouver son nom sur la Toile).

Vraiment frustrant, de ce point de vue.

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3. Interprétation

Au niveau de l'exécution, tout était excellent, à tout point de vue. Inutile de s'étendre sur le fondu des cordes (quel travail de transfiguration opéré par Masur !), la présence des vents (des tubas en outre d'une douceur hors du commun). Et même si Melanie Diener n'a pas du tout l'impact que je lui supposais (l'actrice est fine, mais la voix pas très belle ni très aisée, j'imaginais une grande présence vocale), l'ensemble des chanteurs sont à saluer. En particulier Christianne Stotijn, une véritable révélation ; jeune chanteuse, mais de loin, j'imaginais au contraire une habituée du lied. La voix a cette densité légèrement mordante qu'on entend chez Kirchschlager dans ce répertoire, mais avec quelque chose de plus fauve, qui tire légèrement sur les couleurs de Fassbaender et de Ludwig. Et alors, un geste verbal fabuleux. Elle tenait le plus long rôle, celui de la narration générale, mais alors, quelle intensité dans ses récits extérieurs !

Elle a déjà sorti quelques très beaux disques de lied(un Schubert / Berg / Wolf formidable, un Mahler, un Tchaïkovsky, tout cela chez Onyx, label remarqué dans ce répertoire) et un oratorio de Frank Martin (Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke) chez Gold MDG.

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4. Programme

Voilà, tout était merveilleux, à l'exception dommageable du programme. Blumine, tout mahlerien moyen avait déjà plus d'une fois entendu ça, mais le côté aimable devient vraiment flagrant en concert : un ressassement mélodique sans réelle profondeur.

Les Lieder eines Fahrenden Gesellen [1], peut-être à cause du manque d'impact vocal et malgré l'interprétation fine de Werba (osant la voix mixte et même le fausset), sont sympathiques à entendre, mais ce n'est pas l'oeuvre la plus vertigineuse du compositeur, et lorsqu'il n'y a pas de présence physique du chanteur, on s'aperçoit que ce n'est pas si enivrant que cela.

Quant au Klagende Lied, qui avait piqué notre curiosité, puisque nous avions lu le texte écrit par Mahler (tout à fait valable dans sa tradition de ballades horrifiques, avec une petite thématique Macbeth qui domine et une histoire d'instrument magique qui n'est pas sans annoncer les métaphores schrekeriennes du type du Spielwerk), et que son écoute en revanche nous avait laissé froid, quelque chose de compact qui demandait à être entendu en espace.

De quoi s'agissait-il ?

Oh, d'une horrible choucroute à la façon des Gurrelieder de Schönberg (autre exemple de lied-oratorio avec orchestre et à personnages), à ceci près que malgré quelques innovations musicales impressionnantes pour l'époque (la musique hors scène en 3/4 tandis que l'orchestre joue en 4/4, et pas forcément dans la même tonalité), il ne se passe que très peu musicalement. Et on n'y trouvera pas de moment de grâce comme le récit de la Waldtaube.

Ici, les solistes et le choeur, tout en prenant la place du même narrateur, incarnent les personnages avec des prises de paroles très brèves, ce qui donne un relief très intéressant et bizarre : ce ne sont pas eux qui parlent directement, mais ils incarnent tout de même les personnages. Avec quelques effets intéressants dans les distributions de parole (la voix du mauvais frère réapparaît pour décrire le palais en ruine). La progression très lente nous plonge progressivement dans le marasme assez peu guilleret de cette histoire, avec de longues plages orchestrales et quelques paroxysmes pompiers assez réussis.

L'originalité du dispositif fait vraiment écouter sans ennui, d'autant qu'il était possible de se rafraîchir les idées grâce au programme de salle qui contenait le livret et au surtitrage opportun. Heureusement que le texte se confirme plutôt bon. Néanmoins, le peu de substance musicale, la grandiloquence terriblement sérieuse de cet orchestre immense, la durée de plus d'une heure, tout cela fait qu'on ne ressent pas nécessairement la nécessité impérieuse d'une réécoute une fois l'effort fait.

Bref, intéressant mais absolument dispensable.

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Et si des concertomanes chevronnés pouvaient éclairer ma lanterne sur ces mystères acoustiques...

Notes

[1] Retrouvez l'oeuvre sur CSS : présentation, version libre de droits à télécharger, place dans un panorama.


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Commentaires

1. Le samedi 31 octobre 2009 à , par Ouf1er

J'avais déjà tenté ce fameux Klagende Lied au disque sans être (du tout) convaincu, et suis retombé dessus par hasard lors de la retransmission radio avant-hier soir. J'aurais été bien en peine d'y apposer le nom de Mahler, et franchement, je n'ai écouté jusqu'au bout que par curiosité malsaine de savoir qui avait commis cet indigeste brouet musical.... (dont on comprend parfaitement qu'il ne figure pas au sommet de la liste des oeuvres les plus jouées du compositeur).

2. Le samedi 31 octobre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Et en plus, ça coûte cher à monter...

Il y a bien quelques moments, en particulier dans le premier lied, qui annoncent quelques harmonies et quelques textures de la Deuxième, mais c'est éphémère et un peu collé avec le reste. C'est en grande partie ça qui gêne, les idées musicales, même intéressantes, sont juxtaposées et pas véritablement exploitées dans leur originalité. On dirait une suite d'esquisses mises bout à bout, et effectivement, c'est assez pesant.

Je ne suis pas fou du gigantisme mastoc des Gurrelieder, mais au moins on ne peut nier qu'il y ait de la musique dedans !


A part ça, ça fait toujours plaisir d'entendre de la 'nouveauté' et très bien interprétée, alors j'étais content. D'autant que je suis allé au concert précisément parce que je n'aimais pas Das Klagende Lied. -<]:o)

3. Le samedi 31 octobre 2009 à , par Ouf1er

"D'autant que je suis allé au concert précisément parce que je n'aimais pas Das Klagende Lied."

Oui, on avait bien perçu tes tendances masochistes dans da'utres domaines..... ;-))

4. Le dimanche 1 novembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Oh, ça va, hein. C'était quand même glorieux, ce sacrifice de mes esgourdes pour l'amour de la confiance en Art.

Tragique mais glorieux.

5. Le lundi 2 novembre 2009 à , par musiciensisi

Donc, l’autre soir, nous subissions l’ouverture du cycle Mahler au Théâtre du Châtelet.
Le choix des œuvres : rien à dire ; et chacun devait s’attendre à ce qu’il allait entendre… On n’y reviendra donc pas.
La question sera : où est la Musique ?
De l’interprétation… Je m’étonne (encore) d’une certaine fuite en avant de certains critiques. Moi, je n’ai rien à gagner, ni à perdre. J’étais bien placé, Corbeille, deuxième rang ; tout pour entendre un beau concert.
Qu’avons-nous eu ? des voix quasi inaudibles ; l’un, Markus Werba, confond le « style » avec le chant : il avait beau gesticuler, prendre les pauses, et l’orchestre de faire des « pianississimo » mahlériens, seul un filet de voix se faisait entendre. Devant le micro peut-être, mais pas sur une scène. Assez fatiguant pour une oreille tendue…
Des autres comparses, seul notre ténor Nikolai Andrei Schukoff, s’en est sorti : voix claire, sonore ; Et en plus des autres chanteurs aussi heureux d’être devant nous que pour un enterrement du voisin du voisin, lui rayonnait dans la musique, respirait avec l’orchestre, suivait le chef avec un regard vif et attentif. Un plaisir bien difficilement partagé par les autres.
Parlons-en : Mme Diener ne se fait entendre que dans les forte, ce qui est bien limité ; du coup, elle paraît bêtement agressive, déplacée même au vue les paroles ; l’alto a aussi souffert d’un manque de volume à remplir la salle. Mais disons-le tout net, le pire a été la présence des deux jeunes filles de la Maîtrise de Radio-France. Quand les « professionnels » ne passaient pas la rampe, la frêle voix de cette jeune demoiselle était inaudible (l’autre a chanté trois mesures, à la tierce). Seuls les surtitres nous alertaient de l’émergence de cette fraîche voix. On peut vraiment se demander, au vue des conditions d’exécution, si l’emploi de cette voix d’enfant était véritablement judicieux. On a souffert pour elle, l’œuvre en a souffert : tout le monde est perdant. Entre le désir de « remonter » l’œuvre comme elle est écrite à la mutiler musicalement, et donner l’œuvre pour qu’elle soit musicale, il ne fallait pas hésiter…
L’orchestre est beau : mais sa direction l’a empesé. La musique parle d’elle-même, mais M. Gatti s’est employé à nous la faire comprendre juste un peu plus, pour rendre cela beaucoup plus lourd, presque grossier. Et notre chœur de Radio-France n’a pas échappé à la baguette ; attaques molles, trop rondes, fades mêmes ; les crescendo sans nuances, ni précision musicale dans l’articulation des phrasés (je ne parle pas les mots : les consonnes outrageusement « cht » parce que c’est de l’allemand, sans doute…). Pas d’envolée chargée de musique : un mur de sons, volumineux mais plat… Ennuyeux.
D’ailleurs, il suffisait de les voir tous : à peine finie la phrase, on s’assied tous pour quatre mesures, et on se relève pour… travailler… puis on se rassied, et ainsi de suite (revendication syndicale sûrement). Le partage entre public, auditeur attentif et bienveillant, et l’exécutant ne passe pas ainsi.
Je lis : le public a applaudi ! Certes, parce qu’il est poli… Pris de compassion (c’est le lieu, vraiment ? !) pour cette jeune soliste… Mais où était la musique ?
P.S. : on lit partout qu’il nous faut une salle de concert. Pourquoi tout ce foin, quand trois planches posées en biais - vous voyez le genre, pour que le son ricoche — suffiraient au Théâtre du Châlelet !! Mais où est la place de la Musique, dans tout ça ? !

6. Le lundi 2 novembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonour et bienvenue Musiciensisi,

Pour un premier message en ces lieux, quelle déception qu'il s'agisse d'un banal copié-collé même pas un brin personnalisé. Non, je n'ai pas parlé des applaudissements, loin d'être démentiels, mais pas non plus polis - mes voisins ont beaucoup frémi lors des moments spectaculaire de l'oeuvre, et on été sincèrement séduits par le style (bel et bien vocal et non gestuel comme vous le soulignez) de Werba, malgré une gêne sur la projection très faible, effectivement.

Quant au fait de n'avoir rien à perdre, je ne suis pas rémunéré pour écrire CSS, qui est mon bac à sable personnel, et je ne suis donc pas à ranger, du moins en ces pages, dans "la critique" qui serait aux ordres. J'ai payé ma place (pas cher mais bien placé), j'ai écouté et j'ai dit avant tout un mot sur l'oeuvre.

J'ai précisément posé une question - mais l'avez-vous lue ? - sur les problèmes de projection (même Schukoff n'était pas énorme, et j'ai très bien entendu la soprane enfant). Si vous êtes un habitué du théâtre, vous pouvez peut-être répondre à ma question, parce que j'avais trouvé, lors de mon précédent passage, l'acoustique tout à fait correcte, à défaut d'être flatteuse.

Par ailleurs, j'attache mes efforts en premier lieu à rendre compte des émerveillements entendus, plutôt qu'à déplorer ceux que j'aurais voulu avoir et qui n'y étaient pas. On n'aurait pas fini, et quelle tristesse de vivre ces moments de don musical comme des frustrations !


Sur vos réserves, à l'exception des problèmes très importants de projection (mais sont-ce bien les chanteurs qui sont en cause, ou bien la scène très ouverte derrière eux, ou bien notre emplacement dans le théâtre ?). Le reste me paraît en tout point exagéré (et même, souvent, je ne suis pas d'accord du tout).
Pour parler de non-musique lorsqu'on dispose d'une interprétation de cette qualité technique, qu'il faut déjà établir, ça ne va pas de soi, et particulièrement dans une oeuvre aussi longue et aussi rare, il faut quand même être sacrément sûr de soi. Soit c'est un ressenti technique qu'il faut alors démontrer, soit c'est un ressenti instinctif, et il faut peut-être s'interroger sur sa manière d'écouter la musique en cherchant les défauts avant les beautés. :)

Je peux en revanche apporter une précision : la surarticulation des consonnes finales est indispensable en allemand dans le répertoire avec orchestre très sonore, pour se faire entendre. Et c'est particulièrement nécessaire pour un choeur, si on ne veut pas noyer les mots en bouillie. Le Choeur de Radio-France était impeccable.

J'espère vous lire de façon un peu plus personnalisée en ces lieux, et je vous souhaite une bonne journée !

7. Le lundi 2 novembre 2009 à , par Jean-Charles

Si on commence à louer les cordes de l'ONF, celles du Philar vont bientôt valoir celles de Vienne ! (je ris, c'est méchant)

Sinon à la radio, la mezzo trémulait terriblement. :-/

8. Le lundi 2 novembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Je n'ai pas eu l'opportunité d'entendre Vienne sur place, c'est sûrement très impressionnant.

En attendant, celles du Philharmonique de Radio-France sont effectivement admirables, je crois qu'on avait eu l'occasion de juger sur pièces du même endroit le même jour pour le même concert.

L'ONF est méconnaissable depuis le passage de Masur. Vraiment, pour moi, une transfiguration. Je les avais entendus peu de temps après sa prise de fonction, c'était déjà de la très belle ouvrage, énergique et plus homogène, mais là, vraiment, j'ai été très agréablement surpris. Pourtant j'avais entendu l'Orchestre de l'Opéra quelques jours auparavant.
Gatti étant aussi un chef émérite, ça peut vraiment transfigurer (et durablement) des formations.

Il faut aussi voir que j'ai eu l'habitude de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dont le fondu (voire la mise en place au sein d'un même pupitre) n'est pas la vertu la plus évidente. Bon orchestre au demeurant, ce sont des professionnels, mais même avec les Pasdeloup, on change de dimension, vraiment.

Donc je n'ai pas peur de de passer pour le ravi de la crèche, c'était magnifique et j'ose le dire même si ça asseoit mal ma crédibilité de Juge.


Pour Stotijn, ça ne m'étonne pas plus que ça : il y a une différence énorme entre ce que j'ai entendu (type de voix Kirchschlager-like), ses disques (plus allégés et lumineux) et les vidéos promotions de ses disques (où c'est un peu gros et où ça vibre sévère). Variations acoustiques assez étonnantes, alors avec un micro devant la bouche en essayant de remplir cette salle bizarre, il n'est pas très étonnant que ça ait pu sonner forcé ou difforme.

Et sinon, l'oeuvre, tu as survécu ? Si j'étais resté écouter la radio, j'aurais pas pu raconter tout ça, c'est certain...

9. Le mardi 3 novembre 2009 à , par Jean-Charles

Ah oui, c'est vrai que tu connais déjà ce beau Philar. ;-)
J'ai l'impression que cet orchestre s'améliore à chaque fois que je l'entends. Sache que les deux timbaliers jouent désormais - à l'instar des grands orchestres - sur des peaux (à la place de cet affreux plastique), c'est un régal.
Avec Chung, c'est toujours tonitruant mais n'hésite pas à aller l'écouter avec Philippe Jordan dans le cycle Bartok, trop viennois peut-être mais que c'est beau. Et tu as raté les concerts Varèse l'autre jour.

Je n'arrive pas à me défaire d'une sympathie pour les musiciens de l'ONF, mais je trouve qu'il y a toujours un côté pas très net dans cet orchestre. A part les bois très stylés - les clarinettes en particulier - j'ai du mal à y trouver mon compte.
J'avoue que je n'ai jamais trouvé mon compte avec Gatti non plus et que je ne suis pas ses concerts mais je pense qu'il sera un bon directeur musical car pour tout dire je soupçonne Masur d'une surdité et on a jamais su si son bras battait la mesure ou le Parkinson... (oui je suis odieux) Masur a su souder cet orchestre et donner de la poésie aux pupitres (Haitink peut le remercier pour Pelléas) mais techniquement, il y avait encore beaucoup de travail à son départ.

Quant à l'oeuvre, j'avais oublié que Mahler avait composé cette chose mais en fond musical pour dîner, on a fait pire.

10. Le mardi 3 novembre 2009 à , par Jean-Charles

Sinon pour parler des Wiener, tu vas croire que je joue les blasés mais leurs prestations parisiennes sont souvent un peu vite expédiées, et puis Prêtre, Mehta ou Thielemann, ça ne fait pas vraiment de la dentelle.

J'avoue avoir été bien plus impressionné par l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam (!!!), la Staatskapelle de Dresde, l'orchestre du Festival Budapest* ou le Symphonique de Chicago.


* A ne pas rater à Pleyel en janvier, cet orchestre me rend dingue.

11. Le mardi 3 novembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Et tu as raté les concerts Varèse l'autre jour.

On ne peut pas être partout...
En un mois et demi, j’ai déjà fait autant de concerts qu’à l’année à Bordeaux. Même si je décroche à chaque fois des places à prix plancher, ça finit par représenter une somme en temps et en liquidités.

Concernant Masur, il y a quelques cas de sourds particulièrement inspirés ou de chefs incontestables quoique tremblants, non ?
S’il était sourd, ça ne ferait qu’ajouter à sa gloire.

Après ça, qu’il reste du travail, certainement, ce n’était pas le meilleur orchestre du monde et on peut toujours progresser. Néanmoins, lorsqu’on entend ce qu’étaient les orchestres français il y a cinquante ans, où l’orchestre de la RTF était largement inférieur à Pasdeloup aujourd’hui, voire à l’ONBA, on ne peut pas non plus considérer que ce soit le naufrage, loin s’en faut.
Je m’interroge beaucoup sur une accoutumance à la perfection et à la profusion, le même principe qui fait que les wagnériens ne sont jamais contents de leur enregistrement parce qu’Erda n’est pas tout à fait contralto ou parce que Sieglinde ne fait pas le petitschreikivabien.

C’est assez logique, c’est quelque chose que les docimologues ont depuis longtemps remarqué : on évalue par rapport à un étalon, par rapport à des extrêmes, par rapport à une moyenne. Tout cela se trouvant à l’intérieur de la sélection à juger.
Mais enfin, en termes de mise en place, de fondu, et de souplesse dans l’interprétation, je ne vois pas beaucoup d’orchestres parisiens qui soient susceptibles d’être conspués. Même les orchestres municipaux me suffisent amplement.

Il y n’a finalement, dans le monde, pas tant d’orchestres de ce niveau (à part dans les pays germaniques et scandinaves où la moindre ville d’importance moyenne dispose d’un orchestre).
Certes, pour les autres métropoles de rayonnement égal ou inférieur à Paris, on peut trouver de meilleurs orchestres, mais le point fort des Français n’a jamais été la musique, et encore moins l’orchestre, c’est connu depuis la nuit des temps. Pour compenser, on a la tragédie lyrique, le Grand Opéra et ses ballets, Debussy et la législation de droits d’auteur et voisins la plus restrictive au monde.

Sinon pour parler des Wiener, tu vas croire que je joue les blasés mais leurs prestations parisiennes sont souvent un peu vite expédiées, et puis Prêtre, Mehta ou Thielemann, ça ne fait pas vraiment de la dentelle.

Je ne crois rien du tout, je sais juste que je ne suis pas fou de leur façon personnellement, je trouve ça presque toujours un peu sur la réserve, comme s’il y avait une tradition suffisamment prégnante pour arrondir les options interprétatives des chefs. C’est frappant d’entendre le même chef dans les mêmes années dans la même oeuvre quelque part, et puis à Vienne.
A part ça, ce doit quand même être une grande expérience sonore, d’autant que le disque ou la radio doivent cacher énormément de choses. Et puis, quand les conditions sont réunies, ce peut être extrêmement impressionnant.

J'avoue avoir été bien plus impressionné par l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam (!!!), la Staatskapelle de Dresde, l'orchestre du Festival Budapest* ou le Symphonique de Chicago.

Je n’ai pas remarqué l’orchestre du Festival comme particulièrement vertigineux, mais effectivement, déjà au disque, en termes de virtuosité et dans certains cas de souplesse esthétique (Amsterdam !), c’est extrêmement impressionnant. Des orchestres que j’aime beaucoup de toute façon.

Mais concernant le Concertgebouworkest, on peut trouver qu’ils prennent parfois leurs aises dans la rondeur ou le brillant, et finalement, je crois que le Philharmonique des Pays-Bas et le Philharmonique de la Radio Néerlandaise me séduisent plus encore, par leurs capacités chambristes. Tout ce qu’ont fait Haenchen avec l’un, et Zweden avec l’autre (et bien sûr De Waart auparavant, mais ici c’est avant tout le chef qui est passionnant), me paraît digne des plus grands éloges.
Malheureusement, une fortune discographique très éclipsée par le cousin de sang royal. Il y a bien le récent Ring de 2006 de l’ex-directeur Haenchen, qui est une merveille orchestre assez inédite, mais c’est plus à la récente explosion (française ?) de sa notoriété qu’aux valeurs depuis longtemps attestées de cet orchestre, je le crains.

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