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Samuel Barber : Vanessa & son expérience scénique


A ce jour, peut-être la plus belle soirée de la saison. L'occasion de présenter l'oeuvre.


Tiré de l'acte II de la partition de 1958, dans le studio de Mitropoulos la même année. Successivement : Regina Resnik, Rosalind Elias, Eleanor Steber, Nicolaï Gedda, Giorgio Tozzi.


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1. L'espérance d'une entrée durable au répertoire

Je tiens Vanessa pour l'un des plus beaux opéras du répertoire, et singulièrement dans le second vingtième (1958). Dans une esthétique similaire (avec un langage essentiellement tonal, un orchestre "atmosphérique" assez rond, une prosodie un peu vaporeuse, un livret "psychologique" soigné), il mériterait une place très régulière au répertoire, et même davantage que les opéras de Britten.

Car la réussite de Vanessa ne peut se comparer qu'à très peu de pairs : ils sont rares, ces opéras qui séduisent simultanément pour la qualité de leur musique, la prégnance de leur atmosphère, les vertus littéraires de leur livret et, concernant les amateurs de voix, l'exaltation glossolalique. C'est cette rencontre singulière entre une couleur musicale et une couleur dramatique qui a bâti le succès d'opéras comme Don Giovanni ou Tosca. Malgré un sujet un peu moins grand public, il n'y aurait pourtant pas grande raison, vu la sociologie des salles d'Opéra (plus portées vers la littérature contemplative que la moyenne des consommateurs culturels), pour que l'oeuvre ne trouve pas sa place durablement sur les scènes.

Comme, néanmoins, on ne l'entend pas très souvent, et que la seule version couramment disponible chez les disquaires vient d'être rééditée par RCA sans livret, un mot sur son intrigue.


Eleanor Steber en 1937, créatrice du rôle-titre en 1958.


Pour information, le studio de Mitropoulos se trouve en libre écoute sur MusicMe.com (flux légal), et le livret se existe en ligne sur le site de la RAI (donc en principe avec des droits acquittés) ou sinon, de façon moins assurément en règle, avec ce bilingue français chez livretpartition.com.

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2. Synopsis

Il est recommandé de ne pas lire cette section si l'on souhaite découvrir l'oeuvre prochainement, certains coups de théâtre méritent d'être découverts au fil de l'écoute.

Trois personnages féminins, de trois générations différentes, vivent dans un château servi par de nombreux domestiques : la vieille baronne, sa fille Vanessa, et la nièce de celle-ci, Erika. Il est question de vingt ans d'attente pour le retour d'Anatol, mais le livret indique que Vanessa n'est que in her late thirties.

Cinq sections, chacune de longueur assez équivalente, mais réparties en trois actes dans la version de 1964 jouée à Herblay - à l'origine, c'était quatre actes. Notre librettiste Gian Carlo Menotti, dans cette création originale assez aboutie, a tout de même, en accord avec le compositeur, revendiqué l'inspiration des atmosphères des Sept Contes Gothiques d'Isak Dinesen (Karen Blixen).

I,1 : Vanessa attend fiévreusement le retour d'Anatol, qu'elle a aimé mais qui s'est marié au loin, et qu'elle a attendu vingt ans. Anatol arrive, mais il se révèle le fils du premier. Vanessa quitte la pièce et Erika fait la conversation à Anatol qui fait très vite sentir ses prétentions.

I,2 : Un mois plus tard. Erika raconte à sa grand-mère comment elle s'est donnée à Anatol, mais quelle lucidité elle a sur son absence de désintéressement. Elle le voit rire avec Vanessa qui s'éprend de toute évidence de lui, et repousse l'offre de mariage qu'il lui fait discrètement mais froidement.
Dans la version originale, ce tableau constitue l'acte II.

II : Le bal de fiançailles de Vanessa. Erika refuse de descendre pour entendre l'annonce. Lorsqu'elle arrive enfin, elle s'évanouit dans l'escalier, puis prend la fuite dans la neige.

III,1 : La chambre d'Erika, à l'aube. Vanessa se tourmente de la disparition de sa nièce, finalement rapportée. Elle est sauve, mais elle révèle à sa grand-mère que son enfant ne naîtra pas.

III,2 : Départ de Vanessa, qui part avec Anatol s'installer à Paris. Quintette moralisateur sur l'impermanence et les jeux de rôles de la destinée. Erika prend désormais la place de Vanessa, seule en charge de la vieille baronne qui ne lui parle plus non plus.

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3. Structure

La construction de l'oeuvre, aussi bien dramaturgiquement que musicalement, s'appuie sur des visions subtiles et mouvantes. Le sujet, déjà, est en décalage avec son titre : Vanessa n'est pas la jeune première, mais une quasi-quadragénaire qui conserve l'idéal des jeunes filles. En réalité, le personnage central et le plus touchant du drame est sa nièce Erika, qui est au contraire d'une grande lucidité, empreinte de dureté quelquefois comme lorsque de son refus de la demande en mariage d'Anatol, sur des motifs trop exacts pour une femme amoureuse.
Toute l'oeuvre laisse planer diverses interrogations sur la nature du sentiment amoureux et de sa construction, de la projection illusoire faite par Vanessa (Anatol Jr serait la même âme que son père à son âge) à l'évidence violente mais solennelle ressentie par Erika (se livrant sans résistance mais sans illusions au séducteur), deux postures distinctes de la légèreté (voire à l'intérêt) d'Anatol ou de la grivoiserie du Docteur. Cela se mêle à la question de l'impermanence de l'identité, et évidemment de l'âge, de la (pré)destination.

Une qualités majeures du livret réside dans son amoralité, alors que tout y est question de morale : impossible de décider qui a raison. A chaque relecture, à chaque réécoute, d'autres considérations semblent se glisser dans les interstices du texte. Anatol, l'usurpateur, le chercheur, par certains aspects, semble plus franc que ses amantes éprises d'absolu, si bien qu'on peut s'interroger sur l'égoïsme, en miroir, des deux femmes. Puis on en revient au sens plus immédiat du livret, et les responsabilités tournent à l'infini, un peu comme dans un Così fan tutte non archétypal.

La musique elle aussi communique ce trouble : assez peu mélodique, aux angles arrondis, aussi bien les lignes vocales que les atmosphères orchestrales ont quelque chose de vaporeux, alors même que leur langage reste assez concrètement tonal - les fréquentes ponctuations de vents évoquent avec insistance Britten, mais un Britten plus ferme, plus éloquent. Malgré son intrigue très réaliste, l'oeuvre semble fonctionner sur la poétique de l'évocation, et ses personnages, pourtant aptes à s'épancher en théorisation, ne produisent jamais un métadiscours clair. Pas d'archétypes, pas de propos auctorial lisible, même dans le quintette assez largement démenti par ce qui le précède et le suit.

Et cependant, le galbe prosodique demeure ferme, et la parole d'Erika en particulier possède une réelle force déclamatoire, « à l'ancienne » pourrait-on dire.


Rosalind Elias (ici en Olga d'Eugène Onéguine), créatrice du rôle d'Erika en 1958.


Dans le même ordre d'idée, la chanson Under the Willow Tree, pensée comme une sorte de tube, parcourt malicieusement l'oeuvre sous toutes formes de couleurs et d'émotions.

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4. Représentation

Dans une telle soirée, on attendait trois choses :

1) entendre l'oeuvre en action, condition forcément accomplie ;

2) une mise en scène opérante, pas trop naïve (éviter les ors inutiles), pas trop statique, ce qui était très bien réussi par Bérénice Collet dans la scénographie de Christophe Ouvrard ;

3) une Erika capable de ne pas paraître immédiatement fade face à l'ombre de Rosalind Elias.

Il faut préciser ici l'anecdote célèbre : Maria Callas fut d'abord approchée pour le rôle de Vanessa, mais déclina. Considérant ses goûts et son style vocal, j'y vois surtout le fait qu'elle n'avait pas d'affinités pour les musiques complexes (ses Wagner étant déjà extrêmement linéaires et "vocaux"), et n'aimait probablement pas particulièrement la musique de Barber. Mais on a surtout avancé le fait, sans doute exact aussi, que Vanessa n'était finalement pas, en dépit de quelques traits brillants, le rôle principal de l'opéra, et que la diva craignait de rester dans l'ombre lors de ses représentations (elle qui n'hésitait pas à recommander aux chefs, contrat à l'appui, de couper dans les parties de ses collègues récalcitrants...).

La création par Mitropoulos (ainsi que les représentations de Vienne qui suivirent et le studio) devait se faire avec une autre étoile de la scène européenne, Sena Jurinac, remplacée par Eleanor Steber - qui aurait été un premier choix évident, ne fût-ce que pour la qualité de langue. A ses côtés, la jeune Rosalind Elias en Erika, dont l'intensité du timbre et la profondeur de ton saisissent d'emblée, avec pour sommet les brefs extraits parlés de l'acte II. Il était donc périlleux de reprendre le flambeau sans pâlir.


Portrait officiel de Diana Axentii, Erika au théâtre Roger Barat d'Herblay.


Diana Axentii surpassait les espérances en la matière : sa voix dense et épanouie avait la fermeté de ligne et l'inspiration de verbe pour accomplir très-dignement les grandes interventions de son personnage. De surcroît, l'actrice combine très à propos une aisance scénique capitale pour soutenir le spectacle et une forme de pudeur, de gaucherie gracieuse qui sied parfaitement à ce personnage de jeune débutante confrontée à la fausseté de ses rêves.

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5. Orchestre OstinatO & Conservatoire d'Herblay

Commentaires pour la représentation du 26 mai 2012.

Pour cette dernière, Iñaki Encina Oyón dirigeait (à la place du directeur musical habituel, à la baguette les autres soirs, Jean-Luc Tingaud) l'orchestre-atelier OstinatO sur lequel on avait exprimé en amont quelques réserves.

Les entendre a conforté ma perplexité : il s'agit d'un orchestre qui se définit comme un lieu d'insertion professionnelle, or le niveau, aussi bien individuel que collectif, est très inférieur aux bons orchestres de conservatoires régionaux. La mise en place bien sûr, mais ne serait-ce que la justesse : toute la soirée, les cordes jouent à des diapasons différents. En plus de cela, pour de jeunes gens motivés, on a sans cesse le sentiment d'une absence d'intérêt et d'enjeu : au delà même de l'engagement, les articulations sont lâches et désordonnées.
Le résultat sonne bien davantage comme un orchestre de cacheton (très moyen d'ailleurs) que comme un orchestre de formation pour les titulaires de pupitres de demain dans les orchestres institutionnaels.

Les musiciens en semble au demeurant tout à fait conscient : dans les rues d'Herblay et sur les quais du Transilien, ils se charrient joyeusement "ah, tu trouvais que tu jouais faux ? mais non, c'était moi, derrière !". Cette candeur a quelque chose d'agréable dans ce milieu professionnel qui y est peu enclin, toutefois on aurait aimé, en tant que spectateur, un peu plus d'enjeu pendant la représentation... Et on ne peut même pas dire qu'ils faisaient la moue parce qu'ils devaient jouer des ploum-ploum donizettiens !

Toutefois, une source proche du dossier m'a indiqué que, sous la direction de Jean-Luc Tingaud, le son de l'orchestre était bien plus dense et le résultat beaucoup plus propre et cohérent, les autres soirs.

Le Conservatoire d'Herblay participait pour la musique de scène de l'acte II : tout était complètement faux et décalé, mais bien intégré à la mise en scène, ce qui produisait un aspect comique un peu en décalage avec la magnificence suggérée par le livret, et cependant très conforme aux pitreries du médecin de famille. Le tour de passe-passe était assez réussi et sympathique.

Ce qui impressionne le plus demeure la résistance - à peine croyable - de la musique de Barber, qui fonctionne totalement malgré la déroute orchestrale. Je n'aurais vraiment pas envisagé que ce type de musique, relativement touffu et "abstrait", puisse avoir une solidité comparable à Beethoven, alors que ses fondements ne sont pas aussi facilement identifiables.

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6. Chanteurs

Nul doute cela dit que cet équilibre n'aurait pas existé si le plateau n'avait pas été d'aussi haute tenue. Avec des chanteurs un peu moyens, la soirée aurait peut-être sombré. Ici, c'est tout le contraire.

J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de Diana Axentii (Erika), qui parvient à soutenir de façon captivante le rôle le plus intéressant de l'ouvrage. Le seul moment pas tout à fait réussi est, à l'acmé de la pièce, les quelques paroles parlées de la descente de l'escalier ( « His child ! » ), un peu ternes et artificielles. Tout le reste est admirable. Pour information, née en Moldavie mais formée au Conservatoire de Lyon.

En Anatol, Thorbjørn Gulbrandsøy (dont le programme de salle a banni les diacritiques !) révèle une voix limitée en puissance, mais d'une grande douceur, d'une rondeur claire et égale, une vision d'Anatol plus attachante qu'à l'accoutumée. Manipulateur presque ingénu, et en tout cas tout à fait séducteur. L'exact opposé du portrait (passionnant au demeurant) dressé par Gedda grimaçant, qui était une sorte de handsome Loge.
A l'origine, c'était un baryton clair aux couleurs très légères, mais pas dépourvu de graves, un peu le profil de Max van Egmond. Son timbre de ténor (très beau) est moins original, mais le chanteur doit de toute évidence y être plus à l'aise, moins obligé d'alléger sans cesse. La preuve tout de même qu'il est possible de choisir sa tessiture, et que les mythes de la « vraie voix » demandent à chaque fois d'être remis en perspective avec la technique utilisée. En l'occurrence, avec la luminosité particulière des voix norvégiennes, Gulbrandsøy était très bon également comme baryton.

Yun Jung Choi (Vanessa), naguère membre de l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris, s'acquitte avec une certaine assurance d'un rôle étrange, à la fois très lyrique et assez peu mélodique, sans l'assise déclamatoire qui caractérise Erika. Techniquement, le plus exigeant de la partition. La voix est celle d'un lyrique assez léger, très différent de la tradition des voix sombres censées sonner plus mûres des premières titulaires du rôle ; voix douce, placée un peu en arrière, dont la partie la plus haute, quoique tendue, demeure gracieuse. Une Vanessa qui n'a pas une épaisseur immense, mais qui existe avec talent.

Jacques Bona (Le Docteur) a sans doute perdu de sa superbe (quoique tout à fait audible, le volume semble "éteint", comme cela arrive avec les voix déclinantes), mais le timbre demeure beau, et l'acteur extrêmement sympathique. Et puis, rien qu'à son nom, toute une époque de défrichages baroques passe avec émotion.

Seule déception du plateau, Hélène Delavault (la Vieille Baronne) n'a jamais été une grande technicienne, du moins à partir de l'époque où je peux accéder en enregistrements, avec une voix toujours terne, pas impeccablement juste, qui se déchire de façon un peu hurlante. Si bien que j'avais exprimé un peu d'appréhension. Mais l'instrument est réellement en coma dépassé à l'heure actuelle : les lignes sont méconnaissables, le texte ne peut même plus être articulé tant la voix bave - pardon pour le mot indélicat, le résultat est réellement celui-ci, les notes s'étendent successivement sur plusieurs notes, en passant éventuellement par la bonne. Je répugne toujours à dire du mal, surtout des artistes francophones, toutefois j'avoue ne pas avoir trouvé de bien à dire. Non seulement on n'est pas obligé d'employer une voix qui sonne vieille pour ce rôle court et cassant, bien au contraire ; mais surtout, une voix capable de tenir les quelques notes écrites est quand même souhaitable.
A noter tout de même que, dans le quintette, ses efforts d'allègement paient, le timbre hurle moins et l'ensemble n'est pas gâché.

Et tout le monde se fondait remarquablement dans une mise en scène assez littérale, et cependant sobre et mobile, une belle réussite scénique à tout point de vue.

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7. Discographie

Pour découvrir l'oeuvre, le studio de Dimitri Mitropoulos (Steber, Elias, Gedda, Tozzi, Resnik, Met O - 1958 RCA) s'impose (en libre écoute en début de notule), aussi bien pour son atmosphère générale que pour les voix (glorieuses et expressives en diable). Et l'orchestre y est le plus naturel et le plus éloquent de tous - réellement un des grands studios de l'histoire du disque. Les représentations de Vienne (Steber, Elias, Gedda, Tozzi, Malaniuk, OP Vienne - 1958 Orfeo) sonnent plus "modernes", mais surtout moins libres et naturelles. On entend cela dit la partition sous un autre angle.
Dans ces deux versions, l'incarnation de Rosalind Elias me paraît aussi l'une des plus abouties jamais portées par un disque - malgré la magnificence vocale, le sens et l'intention suent par tous les pores de chaque phrasé.

Je n'ai pas eu l'occasion d'écouter le studio de Leonard Slatkin (Brewer, Graham, Burden, Neal Davies, Wyn-Rogers, BBC SO - 2003 Chandos), dont la distribution est extrêmement prometteuse, du moins si Graham trouve le relief nécessaire dans sa voix moelleuse. Gil Rose chez Naxos (Chickering, Andrea Matthews, Bauwens, Conrad, Dry - 2002) est assez réussie orchestralement, dans un genre plus "moderne" que lyrique, néanmoins les voix ne sont pas merveilleuses, assez contraintes.

Il n'existe pas d'autre publication officielle parvenue à ma connaissance.

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8. Bilan

Etrange soirée, donc, où la déroute voisinait avec le professionnalisme, voire l'excellence. En définitive, le plaisir d'entendre Vanessa, tout en voyant la pièce en action, l'emporte sur toute autre considération.

Et un grand merci à mon parrain de la soirée, sans la vigilance duquel j'aurais manqué l'événement !


[Au passage, j'ai lu en ligne un compte-rendu faisant des ponts avec la musique de Puccini ; rien ne me semble plus loin de l'esprit de cet opéra que du Puccini, puisque tout y refuse l'éclat (à trois ou quatre explosions orchestrales près, un peu banales), et que le drame tient tout entier dans les ombres de psychologies mal dévoilées. Rien de spectaculaire ou d'extérieur. Cette question de l'identité secrète qui se déchire me paraît beaucoup plus proche d'Ibsen que du misérabilisme vériste, des contes de Britten que des grandes fresques folkloriques.]


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Commentaires

1. Le dimanche 3 juin 2012 à , par Ugolino le profond

"La plus belle soirée de la saison", avec un orchestre à la ramasse ;-) ?

J'ai vu la première, l'orchestre était comme tu le décris, avec la moitié des cordes qui ne jouent pas dès que ca dépasse la croche. Ca tenait sans doute par les bois, qui sont certes très laids mais jouaient correctement les phrases, et par de bonnes intuitions de Tingaud. Mais il est clair que le niveau est amateur, pas pré-professionnel, et qu'il y a, même en France, des orchestres de jeunes meilleurs que ça.

Je retiens quand même surtout, outre le plateau vocal de bon niveau, la mise en scène, de l'illustratif intelligent, qui se "contente" de réaliser l'oeuvre avec finesse, sans tomber dans le décoratif, et qui ne fait jamais cheap. C'est idéal pour une première, et je trouve ca carrément mieux que ce que l'on nous sert régulièrement à l'Opéra de Paris.

Après, c'est une vraiment une œuvre magnifique, tout du moins la musique.

2. Le dimanche 3 juin 2012 à , par DavidLeMarrec

Oui, aussi étrange que ce puisse paraître, c'est ma soirée la plus captivante cette saison. Auparavant c'était plutôt le théâtre qui tenait le haut du pavé. Bien sûr, c'est indépendamment de la question de la moyenne des niveaux présents, sinon ce serait Chicago qui fournirait chaque année les meilleures soirées, non ? :)

J'ai été le premier surpris que le plateau puisse fonctionner sans problème avec cet environnement sonore peu favorable, mais je ne vais pas m'en plaindre ! Je te rejoins tout à fait sur la qualité de la mise en scène, dont il n'y a à peu près rien à dire : proche du livret mais sans matériau superfétatoire, assez épurée mais mobile, elle laisse parler les acteurs et l'oeuvre avec beaucoup d'adresse. Quoique réussie, elle est presque invisible en quelque sorte, ce qui est une prouesse qui vaut bien des innovations trop ouvertement didactiques.

Pour l'orchestre, pour une fois, je ne le défendrai pas. Ca ne ressemble pas non plus à un orchestre amateur (ou alors à un très bon orchestre amateur), dans lequel il y d'ordinaire davantage de tension, même lorsque toutes les notes sont à côté. Moi ça m'évoque plutôt les orchestres de cacheton que j'ai croisés, d'ailleurs ils font partie des orchestres qui alternaient à Compiègne du temps de Pierre Jourdan.
Effectivement, je me demande comment ça peut les préparer à la vie professionnelle, s'ils peuvent jouer aussi approximativement en public. Mettre ça dans un CV, c'est terrible, non ?

Après, c'est une vraiment une œuvre magnifique, tout du moins la musique.

Tu n'es pas convaincu par le livret ? Je le trouve vraiment excellent, amplement au niveau de la musique, ce qui n'est pas si fréquent !

3. Le dimanche 3 juin 2012 à , par Ugolino le profond

Bien sûr, c'est indépendamment de la question de la moyenne des niveaux présents, sinon ce serait Chicago qui fournirait chaque année les meilleures soirées, non ? :)


Disons que la disproportion entre les divers éléments me paraît quand même ici rédhibitoire, même si je suis globalement content de ce que j'ai vu.

Effectivement, je me demande comment ça peut les préparer à la vie professionnelle, s'ils peuvent jouer aussi approximativement en public. Mettre ça dans un CV, c'est terrible, non ?


Ca dépend où ils vont jouer ensuite. Je ne suis pas sûr que vu le niveau d'orchestre de la France ça pose un problème... le non-engagement et le cachetonage, c'est un peu la norme (je suis méchant).

Tu n'es pas convaincu par le livret ? Je le trouve vraiment excellent, amplement au niveau de la musique, ce qui n'est pas si fréquent !


Je trouve l'écriture solide et bien pensée, mais le sujet me passe très au-dessus de la tête. Je trouve ça terriblement bourgeois, d'un autre temps. La musique transcende un peu tout ça, mais pas totalement. Il faut dire que je n'aime guère Ibsen, et encore moins Blixen que je trouve à peu près sans intérêt.

4. Le mercredi 6 juin 2012 à , par DavidLeMarrec

Oui, je ne doute pas que pour d'autres (à commencer par toi, mais pas seulement), ce doit être très insuffisant, mais on est purement dans l'expression d'attentes divergentes. De mon côté, je ne suis pas particulièrement intéressé par la virtuosité des pianistes ou des orchestres, par exemple.
Ce qui me facilite singulièrement les choses, parce que toi tu te paies quand même le luxe de vouloir les deux, la confidentialité du répertoire et l'exception des interprètes. :)

Evidemment, on aurait eu un orchestre plus standard, même un des orchestres que tu fustiges (imparfaits, mais sans commune mesure tout de même...), ça aurait été encore mieux.

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Sinon, je croyais que bourgeois n'était plus une catégorie esthétique depuis une bonne vingtaine d'années ? :) Je vois ce que tu veux dire, là aussi c'est affaire de goût. L'oeuvre est assez différente d'Ibsen (même si j'y ai fait un instant allusion) et seulement vaguement liée à Blixen, mais on est bel et bien dans le domaine du drame psychologique d'intérieur : on peut trouver le principe même touchant ou vain, je l'admets.

(Je serais curieux, mais je ne t'oblige pas bien sûr, d'avoir quelques noms de livrets que tu aimes, pour voir ce que ça donne, ce doit éclairer ce manque d'affinités.)


Bonne soirée.

5. Le jeudi 7 juin 2012 à , par Ugolino le profond

Je faisais la remarque sur "la plus belle soirée de la saison". Pour ce titre-là, on peut vouloir le beurre et l'argent du beurre sans que cela soit un luxe (ceci dit, mes plus belles soirées de la saison ne sont pas sur un répertoire confidentiel, à quelques exceptions près).

Concernant les livrets que j'aime, la question est un peu compliquée, et j'évite de me la poser généralement. J'ai pas mal de lacunes de ce côté-là, l'opéra n'étant pas un genre que j'affectionne particulièrement. Je préfère écouter certains opéras en me contentant de la musique et du résumé, quitte à me rendre compte quand je suis devant la scène qu'en fait le livret est pourri ;-). De fait, je ne me penche sur le livret que si la musique m'intrigue, il y a donc peut être des bons livrets en soi que j'ai complètement raté faute d'intérêt à mes oreilles de la musique (l'opéra italien.....).
Néanmoins, en prenant en compte la relation avec la musique et l'équilibre qualitatif texte/musique, spontanément je dirais : les deux Berg, Pelleas (avec des réserves), la plupart des Britten, Le Nez et Lady Macbeth, Die Soldaten, Bliss, Resurection de Maxwell Davies, Dantons Tod de Einem, Passazhirka (avec des réserves), les Hartmann... Je trouve certains Strauss intéressants mais ca ne me passionne pas vraiment. Il y en a probablement d'autres.

6. Le samedi 9 juin 2012 à , par DavidLeMarrec :: site

Oui, oui, bien sûr, mais pour moi ce n'est pas capital : oeuvre bonne + oeuvre rare + ça fonctionne bien... ça peut faire l'affaire. Si l'interprétation introduit une certaine ardeur, je peux m'accommoder (et même mieux que ça) de défauts - on était cela dit dans un cas limite, parce qu'il fallait vraiment une excellente oeuvre pour qu'elle puisse être bouleversante... sans l'orchestre.
Naturellement, "la plus belle" ne vaut que pour les lutins de céans.

Côté livrets italiens, tu ne peux pas avoir raté beaucoup de chefs-d'oeuvre. :) Il y en a de remarquablement conçus pour le théâtre (typiquement ceux de Piave pour Verdi), mais ils n'ont pas d'intérêt vertigineux en tant que tels.
Ta liste ne me surprend pas, en fait. Je ne suis pas forcément d'accord avec Britten (je ne suis pas sûr que ce soit une majorité pour moi, même s'ils sont en général assez originaux), et je trouve Dantons Tod plutôt ennuyeux (un peu bavard et prétentieux). Je n'ai pas le recul suffisant sur Simplicius, il faudra que je m'y remette. Sinon, pour les autres (sauf Bliss, Passazhirka et Resurrection, on trouve les livrets ?), je suis d'accord, ce sont de vrais livrets marquants, que j'aime plus ou moins, mais qui dans leur genre sont des réussites.

7. Le mardi 12 juin 2012 à , par du78

L’outrance discrédite toujours un propos !

Nous n’avons non seulement pas dû voir le même spectacle mais quel étonnement à la lecture de votre sous-titre « A ce jour, peut-être la plus belle soirée de la saison. L'occasion de présenter l'œuvre. » et le reste d'un papier caniveau !

L’analyse consiste davantage à faire une comparaison avec une grande maison d’opéras que d’appréhender cette production à l’initiative d’une seule ville.
La distribution était remarquable. La mise en scène digne d’intérêt (le papier l’expédie. L’auteur doit être plutôt un critique de musique que celui d’un projet lyrique dans sa globalité) avec une présence scénique d’Hélène Delavault exceptionnelle. Pourquoi un tel tombereau de haine face à cette artiste et à cet orchestre ?
J’ai passé une très belle soirée et le résultat fut digne d’une belle maison d’opéra. Barber a été mis à l’honneur et ça doit être salué avec force. Je suis allé voir cette production suite à l’article élogieux de Marie-Aude Roux du Monde. Je ne pense pas que cette journaliste soit dans la complaisance.
En tout cas, il y a ceux qui écrivent dans des quotidiens nationaux et d’autres qui répandent des jugements de valeur sur des blogs. Continuons d’aimer l’opéra, d’aller en banlieue en voir. Bravo à cette production.

8. Le mardi 12 juin 2012 à , par Ugolino le profond

David traité de critique musical qui écrit des papiers-caniveaux remplis de haine, c'est la meilleure de l'année... à égalité avec Marie-Aude Roux qui ne serait pas dans la complaisance, quand même (quelle ode aux quotidiens nationaux, qui évidemment sont le haut-lieu de l'éthique journalistique et de la compétence !).


9. Le mercredi 13 juin 2012 à , par DavidLeMarrec

Moi j'aime bien l'amorce du commentaire. :)

En fait, j'y ai cru jusqu'à la mention de Marie-Aude Roux comme reine de la critique sauvage. Finalement, je penche plutôt pour le canular.

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