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Pourquoi les compositeurs vivants n'ont-ils pas d'amis ?


1. Le préjudice

A l'occasion des Victoires de la Musique Classique et des commentaires qui ont suivi la soirée, Patrick Loiseleur se récrie (non sans raison, même s'il y a quelques dommages collatéraux) contre la condescendance facile et le rejet massif qui frappe le compositeur vivant, forcément veule et laid.
Veule ? Car servilement soumis à une idéologie. Laid ? Car bling blang blong.

Je crois que crois que cela tient beaucoup à une forme de lien social (paraît-il typiquement français) : on râle pour créer une forme de connivence, de sujet de conversation. De même qu'on râle contre les Victoires de la Musique Classique tous les ans, et que tous les ans, alors qu'on sait que ça ne va pas nous plaire, on regarde, pour pouvoir ensuite dire à quel point c'était affreux (pas la bonne heure, pas les bonnes personnes, pas le bon ton).
Il y a même des circonstances dans la vie quotidienne où ne pas râler avec les autres peut vous faire passer pour... ronchon.

Je concorde donc tout à fait avec le billet de Patrick Loiseleur, qui trouve cela un peu facile et mesquin, surtout quand c'est pour se limiter à des sobriquets stériles, utilisés par des gens qui n'ont jamais cherché à vérifier ce qu'ils recouvrent :

On a même inventé des néologismes pour mieux les rabaisser: "néo-tonals", "(post-)sériels", "minimalistes", "répétitifs", "bruitistes"... quel que soit leur style, une chose est sûre: ils ne trouveront pas grâce [...]

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2. Les causes

Mais, comme il est tout de même amusant d'avoir mauvais esprit, on peut se demander s'ils ne l'ont pas un peu cherché. A mon (humble) avis, il y a de toute façon quelques raisons structurelles pour lesquelles les compositeurs contemporains sont des cibles évidentes (faciles, et d'une certaine manière légitimes) :

1) Par définition, chez les contemporains, la sélection ne s'est pas faite. Il y a quantité de compositeurs de premier plan qui ne sont plus joués, mais on ne trouve guère d'imposteurs chez ceux qui ont été distingués par la postérité... Evidemment, le taux de satisfaction est moindre si on écoute de la musique d'aujourd'hui, qui est non triée.

2) Les esthétiques dominantes de la musique contemporaine, dans l'imaginaire collectif et dans les concerts, sont particulièrement arides et souvent habillées de concepts verbeux inutiles, ce qui crée chez ceux qui ne passent pas leur vie à explorer le classique cette impression (qui n'est pas infondée).
Quand on dit "musique contemporaine", on ne pense pas immédiatement à Daniel-Lesur, au dernier Górecki ou à Aboulker... Et quelque part, on a du mal à les penser dans cette catégorie : Daniel-Lesur est plutôt un "attardé" debussy, Górecki compose de la variété new age, et Aboulker de la musiquette pour enfants, ce n'est pas de la musique d'aujourd'hui tout ça ! [Je précise, pour éviter toute confusion, que j'aime beaucoup ces trois compositeurs, malgré ces griefs qu'on peut leur faire et que je ne leur fais pas.] D'ailleurs, dans ma liste, il y a deux morts (encore frais, certes).

3) Même chez les compositeurs qui, disons, restent plus proches des traditions modales, le coefficient d'accessibilité reste la plupart du temps bien moindre que pour n'importe quelle oeuvre d'avant 1900.

Je conviens tout à fait que ce rejet est triste, mais il s'explique - et c'est pour partie la faute des compositeurs, on ne peut pas exiger des gens qu'ils passent leur vie à écouter de la musique pour arriver à suivre ! Il existe des tombereaux de compositeurs de valeur jamais joués mais dont les partitions libres de droits attendent, en une quantité telle que même les mélomanes les plus répertorivores ne pourront pas en deux vies en épuiser les seuls chefs-d'oeuvre... Alors, pourquoi passer tout son temps libre à décrypter des esthétiques absconses et contradictoires, qui, même en triomphant de leurs difficultés, apportent moins de plaisir qu'une bête symphonie de Mannheim ?
Il y a là un vrai sacerdoce, qu'on ne peut exiger du mélomane qui écoute ponctuellement du classique (comprenez : pas plus d'une heure par jour sans rien faire en même temps...).

Certes, il serait à ce compte-là plus judicieux de se taire, mais la nature humaine étant ce qu'elle est, il ne faut pas négliger l'attraction du plaisir de parler de ce que l'on ne connaît pas.

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3. Les conséquences

Tout cela est accentué par les séquelles des guerres idéologiques musicales des années soixante : il n'existe pas, à ce jour, de liste non partisane qui fasse autorité sur les grands compositeurs et les grandes oeuvres d'après 1960. Chacun a sa propre mesure de ce qui est rétrograde ou abscons, naïf ou moche.

Tout cela explique pourquoi il est devenu facile de dire du mal des compositeurs (comme pour les metteurs en scène à l'Opéra...) : on active des clichés qui sont vérifiables par une fréquentation superficielle de cette frange du répertoire. Ils restent des clichés (donc réducteurs, trompeurs, injustes), mais à moins de s'y pencher sérieusement, on n'y voit que du feu.

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4. L'exemple de Philippe Manoury

Il en était question dans Le Journal de Papageno, aussi je reprends ici aussi le fil des méditations.

Pour s'intéresser plus spécifiquement sur Manoury : j'aime beaucoup son style d'aujourd'hui, il a effectivement une science d'orchestre consommée, un très beau talent de coloriste, et contrairement à beaucoup d'autres de la même chapelle, on sent quelque chose de fortement discursif dans ses oeuvres.

Mais il traîne aussi son boulet, le fléau de la musique contemporaine (le plus terrible, juste après le livret-pourri) : les oeuvres qu'on trouve au disque sont pour large partie celles de ses débuts, lorsqu'il ne maîtrisait pas encore bien les alliages acoustique / électronique, et qui sonnaient assez comme du bricolage... Aussi, la réputation d'expérimentateur avant-gardiste médiocre lui est largement demeurée.
C'est le cas pour un très grand nombre de compositeurs d'aujourd'hui, malheureusement : les bonnes oeuvres ne sont pas forcément enregistrées.
Manoury est même plutôt bien loti, puisque dans ces toutes dernières années, j'ai l'impression qu'il a eu la possibilité d'enregistrer un bon nombre de nouvelles (bonnes) choses. Mais jusqu'au début des années 2000, on trouvait surtout des oeuvres qui avaient quinze ou vingt ans d'anciennetés (et qui n'étaient pas bonnes !).

Là aussi, le serpent se mord la queue : réussissant souvent mal la musique de chambre (plus difficile, surtout pour les langages "non-polarisés"), alors que c'est la moins chère à enregistrer... ils paient leur façon de n'être intelligibles que sous la forme de couleurs, de flux, de textures... puisque leurs chefs-d'oeuvre orchestraux ne sont pas forcément disponibles au disque.

C'est une généralisation ici encore, mais elle explique pour partie l'injustice que le billet de Patrick Loiseleur signale très bien.

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De toute façon, la musique, c'est nul.


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Commentaires

1. Le mercredi 29 février 2012 à , par Ugolino Le Profond

"Pourquoi les compositeurs vivants n'ont-ils pas d'amis ?"

Parce qu'ils froncent les sourcils.

2. Le mercredi 29 février 2012 à , par Papageno :: site

Cher David,

Les causes que vous explicitez ressemblent davantage selon moi à des symptômes d'une cause plus profonde, un déclin de la musique occidentale (comment l'appeler autrement) qui se replie sur son passé et boude ses créateurs. Les salles de concert et d'opéra qui du temps de Beethoven étaient des lieux de création sont devenus des lieux de conservation du patrimoine. En deux siècles on est passé d'une proportion de 95% de musique vivante et 5% de répertoire à la proportion inverse.

Bien sûr les compositeurs ont leur part de responsabilité dans cette situation. Surtout depuis qu'avec les festivals et académies du type Darnstadt, la composition est devenue une sorte de concours Lépine où il s'agit d'épater les autres compositeurs, non de rendre la vie plus facile aux interprètes et encore moins de faire plaisir au public (quelle drôle d'idée). La vogue des compositeurs-musicologues sur le modèle de Ligeti qui écrivent des partitions injouables mais ne se présentent jamais sur scène n'a pas arrangé les choses.

Mais maintenant que le divorce est consommé, les compositeurs, même ceux qui voudraient se montrer conciliants et caresser le public dans le sens du poil, partent avec un handicap considérable. On les regarde par principe avec méfiance, voire avec une franche hostilité. Bien au-delà du fait qu'ils doivent faire leurs preuves et c'est bien naturel, beaucoup de musiciens considèrent que le fait même d'écrire de la musique aujourd'hui est une absurdité. C'est un peu comme si les libraires cessaient de promouvoir le "roman de la rentrée" pour nous vendre uniquement Balzac et Stendhal...

C'est mauvais pour les compositeurs, bien sûr, mais aussi pour la musique et musiciens. Car rester immobile dans un monde qui bouge, c'est régresser. Ceux qui se demandent comment et pourquoi amener un public plus nombreux et sociologiquement divers à l'opéra devraient également se demander comment renouveler le genre et y intégrer les thèmes actuels (dans les livrets) ainsi que les musiques populaires d'aujourd'hui. Pour faire en somme ce que faisaient les directeurs d'opéra à l'époque où le genre était encore vivant.

3. Le mercredi 29 février 2012 à , par Ugolino Le Profond

Je n'ai pas envie de rentrer dans le débat, mais juste une remarque : il est des plus curieux de sortir comme exemple de "compositeur-musicologue" Ligeti, qui n'a peu ou pas laissé de textes sur sa musique ou sur celle des autres et a composé une musique tout à fait jouable par les musiciens, alors que l’initialement défendu Manoury baigne lui dans depuis 30 ans dans les recherches de l'IRCAM et produit (certes moins que d'autres) des écrits et de la "musique de recherche" injouable sans les dispositifs informatiques de l'IRCAM (ce qui est quand même loin de "rendre la vie facile aux interprètes", il me semble).

(ceci dit, merci du message qui m'a poussé à aller voir ce que Manoury avait pu écrire : j'ai pu lire dans ses textes des imbécilités à se taper la tête contre les murs, du genre qui me font douter du fait que Manoury soit vraiment d'un "tout autre niveau intellectuel" que les rédacteurs de Resmusica)

4. Le jeudi 1 mars 2012 à , par Ouf1er

à Papageno :

"Les salles de concert et d'opéra qui du temps de Beethoven étaient des lieux de création sont devenus des lieux de conservation du patrimoine. "

Si encore c'était vrai, ce serait une consolation : on pourrait y entendre le "patrimoine". Au lieu de ça, on entend 1/1000 du "patrimoine", avec, en gros 200 oeuvres du répertoire lyrique (et encore, je suis généreux) rabachées en boucle, et 200 du répertoire symphonique....

Mais il faut reconnaitre qu'il y a ne serait-ce que 100 ans, le marché de la musique n'était pas "explosé" comme aujourd'hui entre "musique classique" et "musiques autres"... Aujourd'hui, 95% (au moins) de la "création musicale" concerne la "musique non-classique", et donc on ne peut pas analyser les choses sous le même angle que sous celui d'il y a un siècle.

5. Le jeudi 1 mars 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir à tous trois !


Ugolino :
"Pourquoi les compositeurs vivants n'ont-ils pas d'amis ?"

Parce qu'ils froncent les sourcils.

C'est vrai, mais ils froncent les sourcils parce que la musique c'est nul. (Sinon ils souriraient comme un danseur de claquette ou comme un escrimeur de spectacle.)


--

Papageno :
Les causes que vous explicitez ressemblent davantage selon moi à des symptômes d'une cause plus profonde, un déclin de la musique occidentale (comment l'appeler autrement) qui se replie sur son passé et boude ses créateurs. Les salles de concert et d'opéra qui du temps de Beethoven étaient des lieux de création sont devenus des lieux de conservation du patrimoine. En deux siècles on est passé d'une proportion de 95% de musique vivante et 5% de répertoire à la proportion inverse.

C'est vrai, mais je crois que c'est le type d'oeuvre qui est produit qui est avant tout en cause : à l'origine, la musique "classique" était réservée à l'élite, c'était un attribut de l'aristocratie (ou de la liturgie). La partie de la musique "classique" qui a eu une réception bourgeoise et populaire, ça a été presque exclusivement l'opéra (puis, au XIXe, les bluettes instrumentales de salon). Et les opéras qui ont eu une fortune populaire, c'était l'opéra comique, le belcanto, le grand opéra... pas précisément les genres les plus denses musicalement (en tout cas pour les deux premiers).

A partir du moment où les oeuvres ne sont pas immédiatement accessibles (ça vaut tout autant pour à peu près tous les quatuors !), elles ne peuvent toucher qu'un public un peu motivé, donc un public de niche.


Bien sûr les compositeurs ont leur part de responsabilité dans cette situation. Surtout depuis qu'avec les festivals et académies du type Darnstadt, la composition est devenue une sorte de concours Lépine où il s'agit d'épater les autres compositeurs, non de rendre la vie plus facile aux interprètes et encore moins de faire plaisir au public (quelle drôle d'idée).

De toute façon, à partir du moment où on se prive de la pratique amateur (quand on songe qu'on vendait aux particuliers des réductions d'opéras entiers au début du XXe, et que c'était jouable...), on perd de précieux relais. Une musique qui n'est ni jouable ni intelligible à moins d'être spécialiste pose des problèmes, puisque contrairement aux sciences, le but de la musique est d'être diffusé (et pas de produire autre chose...).

Cela dit, j'ai l'impression que le but est plus d'épater les politiques, avec les notes de programmes prétentieuses qui montrent à quel point l'oeuvre résume tout, rend hommage au passé, ouvre la voie de l'avenir, exalte la beauté de l'Humain ou met en lumière la noirceur du Monde... Les compositeurs sont beaucoup moins dupes de ces habillages.


La vogue des compositeurs-musicologues sur le modèle de Ligeti qui écrivent des partitions injouables mais ne se présentent jamais sur scène n'a pas arrangé les choses.

Ligeti me paraît une très mauvaise cible, précisément parce qu'il écrit des choses jouables (ses Etudes sont difficiles, mais pas du tout inaccessibles, plus faciles que les Impromptus de Chopin à mon avis...), ou alors des oeuvres très immédiates, où la plastique sonore remplace la forme musicale habituelle.
Il fait clairement passer l'écriture de la musique dans une autre dimension, un peu moins féconde peut-être, mais totalement différente et très intelligible dans un bon nombre d'oeuvres.

Et quand il écrit de la musique sur les vieux patrons (ses quatuors ou ses choeurs sur Hölderlin, par exemple), il démontre une véritable maîtrise.


Mais maintenant que le divorce est consommé, les compositeurs, même ceux qui voudraient se montrer conciliants et caresser le public dans le sens du poil, partent avec un handicap considérable. On les regarde par principe avec méfiance, voire avec une franche hostilité. Bien au-delà du fait qu'ils doivent faire leurs preuves et c'est bien naturel, beaucoup de musiciens considèrent que le fait même d'écrire de la musique aujourd'hui est une absurdité. C'est un peu comme si les libraires cessaient de promouvoir le "roman de la rentrée" pour nous vendre uniquement Balzac et Stendhal...

Oui, tout à fait d'accord. Le problème demeure que vu la diversité (et la difficulté) des esthétiques sur le marché, il est assez pénible, pour la majorité des auditeurs, de faire le tri.

En cela, c'est très injuste pour ceux qui méritent la diffusion (et encore plus pour ceux qu'on n'écoutera même pas, parce qu'ils sont "contemporains").


Ceux qui se demandent comment et pourquoi amener un public plus nombreux et sociologiquement divers à l'opéra devraient également se demander comment renouveler le genre et y intégrer les thèmes actuels (dans les livrets) ainsi que les musiques populaires d'aujourd'hui.
Pour faire en somme ce que faisaient les directeurs d'opéra à l'époque où le genre était encore vivant.

Ce n'est pas forcément le meilleur modèle : l'opéra, il y a un siècle et demi, c'était vraiment l'équivalent du cinéma aujourd'hui. On utilisait les thématiques à la mode, dans des canevas assez fixes, et on faisait tourner l'oeuvre pendant des semaines, en misant sur le nom des stars de la glotte. Ca n'empêchait pas d'écrire des chefs-d'oeuvre dans ce cadre, mais on ne peut pas dire que la forme les favorisait intrinsèquement. :) C'est surtout intéressant aujourd'hui parce qu'avec la distance, on fait aussi de l'histoire en même temps que de la musique... et par-dessus tout on a le choix, on peut alterner les esthétiques, ce qui n'était pas le cas autrefois, où l'on était limité selon sa décennie et sa ville...

Et on aura beau faire, du chant avec des voix épaisses faute de micro, un orchestre sans batterie pour surpulser, des compositions qui incluent des modulations raffinées, un livret un peu subtil... ça ne sera jamais grand public.

L'opéra grand public avec des thèmes actuels et des musiques populaires, ce n'est ni plus ni moins que la comédie musicale, qui remplit très bien la place que tenait l'opéra autrefois, et qui est un genre très divers et vivant.

La problème de l'opéra d'aujourd'hui n'est à mon avis pas du tout d'être "actuel" (d'ailleurs les comédies musicales qui marchent bien ne sont pas forcément sur des thématiques d'aujourd'hui) : ''Anna Nicole'' de Turnage (très beau musicalement au demeurant) n'est pas écrit dans un langage musical particulièrement accessible et ne s'adresse pas vraiment au public d'ingénus de l'opéra.
Déjà, si les compositeurs évitaient les livrets prétentieux écrits par des copains pas très habiles, et respectaient un minimum la prosodie au lieu de tout déstructurer pour leurs besoins musicaux, ça donnerait peut-être quelque chose de lisible et d'écoutable.

Aperghis, qui est vraiment très versé dans l'expérimentation, réussit assez bien pour cette raison, parce qu'il prend au sérieux son texte, qui n'est pas qu'un prétexte.


Mais concernant le classique en général : en fin de compte, je trouve plus intéressant un art-musée où l'on peut choisir à sa guise qu'un art-instantané où seul est disponible ce qui est à la mode... D'autant plus que la création, même si elle est désormais totalement marginalisée, existe toujours.

6. Le lundi 5 mars 2012 à , par Cololi

Mais concernant le classique en général : en fin de compte, je trouve plus intéressant un art-musée où l'on peut choisir à sa guise qu'un art-instantané où seul est disponible ce qui est à la mode... D'autant plus que la création, même si elle est désormais totalement marginalisée, existe toujours.



C'est intéressant.
Je suis d'accord, dans le sens où par exemple les spectateurs du 19° qui écoutaient du Verdi, du Wagner ... et ils ne pouvaient pas écouter du baroque ... alors pour le coup c'est plus que dommage.
Après il serait possible de remplacer Traviata/Carmen/Bohème à l'opéra et les symphonies de Beethov/Brahms/Mahler au concert par des créations et des découvertes du passé. Là ça serait passionnant.
Et pourquoi diable les concerts baroque et la musique de chambre sont aussi discrets médiatiquement ?
Car je suis désolé mais dans ces 2 domaines ... il y a plein de choses qui ne sont pas jouées sans arrêt (contrairement à l'opéra et concert).

Et pourquoi diable les classiques du passé parleraient moins aujourd'hui ? C'est surtout de moins du vue un argument pour certains milieux dit "intellectuels" qui ne connaissent/comprennent rien à la musique et veulent faire croire que tout ce qui n'est pas variété / pop qu'ils écoutent est ringard. Et non ceux là ne vont pas écouter les concerts de musique contemporaine.

Par contre la où je peux souscrire à ce qui est dit plus haut, c'est que la création mériterait plus de place. Mais il faut bien dire que les luttes politiques extrêmement radicales qui ont suivi la guerre n'ont pas aidé ... et on commence tout juste à voir qu'on va enfin passer à autre chose.

7. Le mercredi 7 mars 2012 à , par aymeric :: site

N'avoir accès aux œuvres contemporaine que par les enregistrements ou presque n'est pas une infranchissable barrière non plus.
J'ai beau ne les connaitre que sur CD, Aaron-Jay Kernis, Phillippe Hersant, Therry Escaich, Guillermo Gregorio ou Dmitri Yanov-Yanovsky - pardonnez l'inélégante exhibition de noms propres - passent aussi souvent sur ma platine d'auditeur dilettante (comprenez : plus d'une heure par jour mais en faisant souvent quelque chose d'autre en même temps...) que d'autres de leurs collègues plus anciens et reconnus par la postérité.

8. Le mercredi 7 mars 2012 à , par DavidLeMarrec

Ave Cololi !

Cololi :
Après il serait possible de remplacer Traviata/Carmen/Bohème à l'opéra et les symphonies de Beethov/Brahms/Mahler au concert par des créations et des découvertes du passé. Là ça serait passionnant.

C'est déjà le cas au disque et dans les grandes capitales culturelles. Evidemment, ça suppose de ne pas acheter seulement chez les majors (et même là, on peut trouver quantité de choses !), et comme je le disais dans une notule du jour, de ne pas prendre un abonnement dans une seule salle.

La diffusion en ligne permet de contourner le filtre "grand public" du disquaire, mais pour le concert, il est sûr qu'à Bordeaux, tu n'as pas trop le choix, il faut te résigner à entendre des tubes en concert. (Ce qui n'est pas forcément désagréable non plus, il y a quantité d'oeuvres majeures qui méritent d'être entendues en vrai, car différentes du disque - particulièrement dans l'après-1880).


Et pourquoi diable les concerts baroque et la musique de chambre sont aussi discrets médiatiquement ?

Le baroque, c'est plutôt parce que tu n'y prêtais pas attention, parce que c'est quand même super tendance, ce qui doit se vendre le mieux en classique après le romantisme larmoyant... :)

La musique de chambre, en revanche, c'est plus difficile : moins impressionnant à voir (du moins pour le néophyte, parce qu'en vrai, je trouve un quatuor à cordes plus éloquent comme spectacle qu'un orchestre), et souvent les compositions sont beaucoup plus formelles. Or il est beaucoup plus facile d'accéder à une pièce descriptive qu'à une forme-sonate...


C'est surtout de moins du vue un argument pour certains milieux dit "intellectuels" qui ne connaissent/comprennent rien à la musique et veulent faire croire que tout ce qui n'est pas variété / pop qu'ils écoutent est ringard.

Ca existe ? Chez certains étudiants, je veux bien, mais chez les gens qui vendent des livres ?

Tout existe, oui, sans doute, mais je ne crois pas que ce soit une tendance...


la création mériterait plus de place.

Elle existe et elle est diffusée, pourtant. Il y a quantité de pièces contemporaines créées en concert (même à Bordeaux, et tu as plusieurs ensembles spécialistes dans la région), et au disque bien plus qu'on n'en peut écouter.

La question est plutôt celle de la possibilité de digestion du public. Ca pose ou la question de son éducation, ou la question des langages employés. (Et bien évidemment les deux.)

9. Le mercredi 7 mars 2012 à , par DavidLeMarrec

Aymeric :
N'avoir accès aux œuvres contemporaine que par les enregistrements ou presque n'est pas une infranchissable barrière non plus.
J'ai beau ne les connaitre que sur CD, Aaron-Jay Kernis, Phillippe Hersant, Therry Escaich, Guillermo Gregorio ou Dmitri Yanov-Yanovsky - pardonnez l'inélégante exhibition de noms propres - passent aussi souvent sur ma platine d'auditeur dilettante (comprenez : plus d'une heure par jour mais en faisant souvent quelque chose d'autre en même temps...) que d'autres de leurs collègues plus anciens et reconnus par la postérité.

De toute façon, l'accès par le concert seul, au delà d'un certain degré de complexité (donc pour tout ce qui vient à partir de Wagner et Debussy...), est vraiment difficile. L'essentiel, d'une certaine façon, oui, c'est le disque.

Je soulignais plutôt le problème des oeuvres choisies (souvent de la musique de chambre pour des raisons financières), qui reflètent souvent un état très antérieur des compétences du compositeur - beaucoup se sont très fortement améliorés dans le délai d'une dizaine d'années qui les séparent de la composition des oeuvres enregistrées.

Car il faut ensuite qu'un chef puis un orchestre les travaillent pour les jouer, qu'on décide de faire un disque s'il y a du succès et des financements, qu'on retravaille (pas toujours les mêmes personnes) pour le disque, qu'on l'enregistre, qu'on le diffuse... Le temps que vous ayez accès à ce disque (on ne l'achète pas souvent le premier jour, et on ne l'écoute pas forcément le premier soir de l'achat), vous avez souvent accès à des oeuvres pas aussi abouties que celles que produit à cette date un compositeur par définition encore vivant.
Je veux dire par là que les choix des oeuvres n'est pas forcément optimal (c'est celle qui a été commandée par tel ou tel orchestre, pas forcément sa meilleure).

En plus de cela, j'ai l'impression qu'avant la période récente (milieu des années 2000), les parutions ont été moins généreuses pendant une dizaine d'années, et qu'il fallait allait chercher des parutions faisant la promotion de jeunes compositeurs pour entendre des gens devenus célèbres. Bref, qu'il y avait comme un fossé temporel.

C'est peut-être une illusion, qui se sera dissipée du fait de l'accès par la Toile (effectivement, mon rayon contemporain n'est plus saturé de Glass désormais !), mais je l'ai en tout cas douloureusement vécu, en ne trouvant que des disques reflétant une période moins mature d'un compositeur que j'avais aimé à la radio pour sa production récente...

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