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Die Gezeichneten par Nikolaus Lehnhoff - la fausse réhabilitation, I : l'influence

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Etat des lieux

Les Gezeichneten de Schreker, malgré un retour régulier sur les scènes et une reconnaissance assez unanime des esthètes (et accessoirement de la critique), demeure un opéra assez confidentiel, qui n'a pas atteint la diffusion des grands opéras de Richard Strauss - dont un grand nombre est pourtant de moindre valeur, assez objectivement.
Il est vrai qu'un nom méconnu du grand public, un opéra relativement long, un orchestre pléthorique, des rôles difficiles à tenir et une distribution très nombreuse sont des handicaps très sérieux. S'il s'agissait d'un opéra d'une heure avec quatre personnages et orchestre de chambre, on pourrait le coupler avec une version réduite de L'Heure Espagnole.

Par ailleurs, il est devenu très difficile de se procurer l'oeuvre si l'on désire trouver son livret (même pas d'Avant-Scène, naturellement...).

Un petit rappel sur la discographie, qu'on avait en partie abordée dans ces pages. D'un point de vue strictement commercial, on été publiés :

  1. Zillig 1960 en vinyle (malgré le son de radio à l'ancienne, très plat et avec les voix à l'avant, Marc-André Roberge, l'un des très rares francophones à avoir travaillé sur Schreker, la date de 1984 - réédition ?). Vu la distribution (Krebs et Lear en 60 dans de tels rôles, c'est très improbable, Stewart est assurément très jeune aussi), nous conservons notre date.
    • Version très en style, esprit un peu propre de studio, quelques coupures.
  2. Gielen 1983 (vinyle seulement).
    • Version superlative captée sur le vif. Du niveau de Zagrosek 2002 (dont il semble exister une captation vidéo).
  3. Albrecht 1984 (Orfeo)
    • Version extrêmement coupée, moyennement chantée, et (étrangement, le seul ratage connu d'Albrecht) dirigée dans une sauce postromantisante peu en sujet. Surtout, l'orchestre n'est absolument pas en place, vraiment pas à la hauteur.
    • Livret présent, en allemand seulement.
  4. De Waart 1990 (Marco Polo)
    • Très bonne version, très recommandable.
    • La question de la présence du livret n'a pas été élucidée ; en principe avec ce label, on trouve un bilingue anglais, à vérifier.
  5. Zagrosek 1992 (Decca)
    • Version-étalon, très bien distribuée, très bien enregistrée, tout à fait complète. Un petit manque d'urgence dans la direction de Zagrosek qui ne possédait pas encore l'oeuvre comme aujourd'hui, mais elle demeure détaillée et chatoyante.
    • Surtout : livret quadrilingue.
  6. Nagano 2005 (Euroarts)
    • Version aujourd'hui la seule à être correctement distribuée et un tant soit peu attractive pour l'auditeur qui voudrait découvrir Schreker - du moins vu de l'extérieur, puisque De Waart est préférable.
    • Très belle interprétation, mais coupures inadmissibles et autres problèmes qui faussent totalement la nature de l'oeuvre et l'affaiblissement considérablement, on y revient instamment.
    • Sous-titres, notamment français.


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Un problème d'offre

Ainsi, celui qui souhaiterait découvrir Schreker débuterait très naturellement par un DVD, qui atténue la difficulté de la langue étrangère, qui propose un visuel (par un grand metteur en scène d'opéra) pour entrer dans une musique inconnue et foisonnante, qui bénéficie d'excellentes critiques et qui est par ailleurs aisément disponible, nouvelle et passablement seule sur le marché.

Seulement, la critique, qui découvrait l'oeuvre ou ne l'avait pas réécoutée depuis longtemps, a omis d'informer sur quelques points fondamentaux. Peut-on lui en faire le grief, certes pas... sauf lorsqu'on présente cette version comme la version de référence, comme lu en un lieu tout à fait estimable. Certes, une version de haute volée sur le plan de l'interprétation, prestigieuse (Salzbourg, Nagano) ; mais qui n'écrase absolument pas les deux intégrales CD les plus récentes (ni Gielen et Zillig, d'ailleurs). La référence au DVD, c'est indubitable, puisque lorsqu'on est seul, on ne peut pas être second.

Par ailleurs, la mise en scène procure une idée biaisée et surtout appauvrie (en grande partie à cause des coupures, mais pas seulement) de l'oeuvre.

Alors CSS, timidement car il y a fort à douter de notre influence sur le vaste monde, détaille un peu le problème. (Récurrent dès lors qu'on ne dispose pas de critiques qui connaissent précisément le contenu, le détaillent au lieu de distribuer les bons points et dans le meilleur des cas les bons mots ; et surtout très lié au DVD, qui suppose qu'une couche de choix supplémentaires s'est jointe à une interprétation audio, et peut donc faire - parfois définitivement - écran avec l'oeuvre à la première découverte.)

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Premiers contenus

Ainsi, certains mélomanes se sont trouvés sans le savoir face à un produit différent de la partition et du livret originaux, ce qui nous a valu quelques stupéfactions en causant. Notamment sur le caractère complaisant du rapport à la sexualité, ou bien sur le manichéisme simplet autour du beau et du laid tous deux aimables. On avait l'impression qu'on nous parlait d'une refonte de Flammen (pas celui de Schreker) par Wagner librettiste.

On commence tout de suite par expédier le commentaire musical, déjà esquissé de toute façon sur ces pages, et qui ne peut qu'être tout à fait élogieux.

Robert Brubaker (Alviano Salvago) remplit une fois de plus sa mission, aussi bien scénique que musicale, avec vaillance et lyrisme, d'une voix qui sonne légère et pourtant si ferme et endurante, idéale pour ce type de répertoire. (Ce qui renforce l'admiration est que la voix n'est ni nasale ni fatiguée, ce qui est souvent la norme dans cet emploi.)
Michael Volle et sa voix brute et puissante semblent taillés pour l'enthousiasme prosaïque et brutal du chevalier Andrea Vitelozzo Tamare. Le Duc Adorno est tenu par le vétéran (c'est comme ça qu'il faut dire dans les critiques)
Robert Hale, qui a beaucoup servi à la tête des armées wagnériennes, si bien qu'on lui connaît peu de rivaux en Père des Batailles. (Parmi ses enregistrements célèbres figure aussi le Messie de Haendel par Gardiner, mais c'est une autre histoire. Que nous ne vous conterons pas, parce que l'enregistrement en question est un brin ennuyeux pour un chef-d'oeuvre.) On peut trouver au choix la voix très riche ou un peu usée (à la radio, nous avons ressenti la richesse avant de trouver de l'usure à la vidéo, tant les deux caractéristiques sont intriquées), mais l'incarnation est assez sûre.
Le Podestà Lodovico Nardi bénéficie de la très belle tenue de Wolfgang Schöne (on avait prévenu qu'on expédiait le chapitre...), en rien gêné par ses moyens un peu déclinants dans cette partie maîtrisée avec beaucoup de sûreté.
Enfin Anne Schwanewilms rayonne, déjà parfaite à l'audition, mais d'un relief extraordinaire avec l'image, très fine actrice - toujours maîtrisée, cependant comme possédée. Les maniaques de la justesse qui entendront quelques intonations un peu basses, mais elles sont liées à sa technique 'piquée', qui lui permet de chanter chaque note individuellement et ainsi d'articuler parfaitement ses phrasés allemands.

Ce n'est pas le Philharmonique de Vienne (non seulement ils sont nuls, mais en plus ils sont fainéants) qui joue ce soir-là, mais le Deutches Sinfonie-Orchester Berlin, c'est-à-dire l'ancien orchestre de radio de Berlin Ouest, mieux connu sous son ancien nom de RIAS - et pourtant, que de progrès en technique, en coloris et en répertoire depuis la déjà excellente ère Fricsay ! C'est également l'orchestre qui a enregistré magnifiquement le studio Zagrosek.
Kent Nagano, qui était en 2005 le directeur musical de l'orchestre, le dirige avec ses caractéristiques de direction habituelles : des angles très rond, un son très rebondi, mais sans jamais gommer le relief des phrasés ou l'originalité des harmonies - un style, mais en rien un aplatissement. Le résultat est superbe.

Pour chacun des titulaires que nous avons cités, nous disposons de nos références personnelles, dont aucune n'est ici - cependant il serait totalement absurde de le présenter comme une réserve, car il y a en a peu à formuler sur l'exécution musicale elle-même.

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Les Gezeichneten par Lehnhoff

Vu la vastitude qu'a pris l'affaire, mieux vaut prévoir une autre notule.


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Commentaires

1. Le mardi 24 février 2009 à , par Morloch :: site

Chouette, un roman-feuilleton, enfin ! :)

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David Le Marrec

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