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Yniold et l'enfant

Une discussion avec le noble ZeVrai en est venue à aborder la question de la distribution d'Yniold à une voix d'enfant. On renvoie à cette conversation pour les réserves de CSS sur l'emploi en règle générale de ce type de voix, qu'on peut cependant résumer comme suit :

justesse approximative, manque de soutien [1], stridences, rigueur rythmique pas encore acquise, et surtout manque de maturité pour camper de façon convaincante des personnages.

A cela il faut ajouter que peu de chanteurs professionnels ont suivi ce parcours (à part Cyril Auvity), et que cette formation place un grand poids sur les épaules d'enfants, les jette hors du monde (avec des concerts à des heures indues pour chanter cinq minutes de choeur dans la Troisième de Mahler...), avec paraît-il pour contrepartie la gloire et la musique. A voir.

Bref, CSS n'est pas enthousiaste du tout sur l'emploi d'enfants, mis à part dans des cas extrêmement précis comme la multitude piaillante de Werther (qui ne peut décemment pas être confiée à un choeur de femmes) - ou alors en choeur, pour tout un répertoire du XXe siècle que Tony Ramón a merveilleusement enseigné à la Maîtrise de Radio-France (les trois Petites liturgies de la Présence divine de Messiaen, pour prendre un exemple tout à fait célèbre).




En solo, en vérité, il n'existe à peu près qu'un seul cas où nous ne substituerions pas une voix de femme à l'enfant : Yniold. Et encore, avec Amel Brahim-Djelloul et Colette Alliot-Lugaz (chez Armin Jordan [2]), la question ne se pose plus vraiment, puisque l'ambiguïté est parfaite, mais avec une voix parfaitement travaillée.

Parce que dans ce cas précis, l'agacement (surtout avec ses lignes vocales brutalement ascendantes et perçantes, ses incompréhensions, ses réponses pleurnichardes en boucle) crée une forme d'empathie avec le personnage irrité du père - comme on l'a plusieurs fois évoqué ici même, Golaud représente d'une certaine façon la mesure humaine du drame, en tout cas le personnage le plus incarné, crédible et attachant. Tandis que le couple amoureux demeure hors du monde, beaucoup plus évanescent, moins caractérisé. Moins de détail psychologique dans leurs motivations, bonnes ou mauvaises.
Dans la scène de violences en III,4, ce tandem irritationYniold-empathieGolaud se révèle très précieux. Nous-mêmes, nous nous chargeons du poids moral de ces violences, nous sommes impulsivement soulagés de voir l'enfant châtié pour son attitude agaçante - et effrayés de notre consentement tacite.




De surcroît, le rôle est généralement bien chanté par les petits solistes. Que ce ne soit pas toujours propre n'a pas grande gravité : en réalité, la ligne est extrêmement bien pensée par Debussy pour répondre à cette nature vocale.

Ainsi, une fois n'est pas coutume, CSS recommande l'emploi de voix d'enfant pour Yniold. Car il faut conserver toute cette maladresse pour nous irriter, toute cette fragilité pour nous effrayer. Une voix trop travaillée, trop sûre, trop mature ne parvient pas à rendre cette richesse d'affects qui traverse la dernière scène du troisième acte - comme le loup dans la forêt.

Notes

[1] C'est-à-dire que le souffle vient insuffisamment "porter" la voix.

[2] Version pas passionnante par ailleurs, inutile de se jeter dessus. Elle est en tout état de cause épuisée.


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Commentaires

1. Le samedi 1 mars 2008 à , par Xavier

Ah, on est d'accord!
Je pensais que tu allais recommander une voix de femme...
Et j'ajoute que pour l'aspect scénique, c'est plus crédible: voir la version Davis/Vick par exemple.

2. Le samedi 1 mars 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Eh non, il faut croire que je n'ai pas tant l'esprit de système qu'il semble. -<]:o)

Effectivement, pour l'aspect scénique, c'est la même chose : la maladresse et la fragilité, essentielles ici.


Mais c'est vraiment parce qu'Yniold est (quasiment) plus efficace mal chanté que je dis ça, qu'on ne cherche pas à me refourguer les petits braillards dans les cantates de Bach !

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