Carnets sur sol

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mardi 30 juillet 2019

Les plus beaux débuts de symphonies – I : van Gilse n°2


Débuter une œuvre en étant captivé. C'est parfois à cela que tient l'adhésion ou le dégoût : une fois interpellé, on écoute vraiment.

Très jolie idée du chef (et carnettiste) Kenneth Woods, que je reprends à mon compte (grâce à la veille de Frédérique Reibell, merci !). J'approuve au demeurant certains de ses choix – Mozart 29 et Elgar 1, quoique pas les plus grandes symphonies jamais écrites, restent, assurément, tout à fait saisissantes dès leur premier instant ! –, que je réinvestirai peut-être à mon tour.

Contrairement à lui en revanche, j'envisage plutôt de le proposer les extraits un à un, sous forme de série… Comme je n'ai pas encore décidé le temps qu'elle durera, autant commencer plutôt par celles que j'aime le plus, sans prétendre, bien sûr, établir un classement.

(J'avais songé à proposer les plus belles fins de symphonie, mais ce qui me vient spontanément est finalement très conventionnel : Mozart 41, Beethoven 2-3-5-7, Schumann 2-4, Mendelssohn 4-5, Tchaïkovski 3-5, Brahms 1-4, Mahler 1-2-3-7-8-9, van Gilse 3, Chtcherbatchov 2, Chostakovitch 5… Peu de découvertes en perspective. Par ailleurs les ressorts sont souvent les mêmes : tension, volume, progression, grandiose… les débuts sont plus variés.)



Van Gilse 2

[[]]
Premier mouvement.
Orchestre Symphonique des Pays-Bas
(contre toute logique sis à Enschede),
David Porcelijn


a) Pas à pas

Quelle est la recette de ce début merveilleux ?

→  0'00 à 0'09 : basson seul, sur un thème assez simple, ascendant, suspendu, interrogatif. Petit fond de timbales avec baguettes douces, très discret, pour un peu de tension et d'intimité.
→  0'10 à 0'18 : même thème, mais par les deux bassons et les deux clarinettes, avec du contrechant, plus d'épaisseur, et la clarté des clarinettes. On s'habitude au thème, qui a déjà changé d'aspect rien que par l'instrumentation.
→  0'19-0'28 : le hautbois apparaît, comme un rai de lumière (on retrouve cet effet dans la variation pour les vents du final de l'Héroïque, ou pour l'entrée d'Arabella), en prolongeant le thème, en deux parties comme dans les symphonies classiques (question-réponse). Mais sa fin n'est pas résolue, remonte en question, et on enchaîne.
→  0'29-0'35 : entrée de la trompette piano, qui repose la fin de la question.
→  0'35-0'49 : récapitulation du thème des 18 premières secondes, au cor, soutenu par un trémolo de cordes (l'archet bouge très vite sur une même note répétée). La trompette pendant ce temps continue de jouer et glisse sur des notes conjointes, en mouvement contraire (descendant), comme dans les tuilages des symphonies de Mahler.
→  0'49-0'57 : petite transition descendante du hautbois + clarinettes-bassons, tandis que le cor reproduit un morceau du mouvement ascendant du thème.
→  0'57-1'04 : appoggiature (petit retard harmonique, léger frottement qui fait attendre l'accord qui « sonne bien ») des cors, clarinette solo qui reste dans l'esprit du thème, entrée des cordes en soutien en accord.
→  1'04-1'36 : sur trémolos de cordes, le basson reprend la première partie du thème, puis un écho d'attente (pas vraiment la suite du thème, mais dans le même esprit) lorsqu'il est progressivement rejoint par le second basson, les deux clarinettes, l'ensemble du pupitre de bois (avec timbales) dans un halo.
→ 1'37 : début du mouvement rapide, lancé par la clarinette agile et volubile, avec des cordes en contrepoint, qui évolue dans une atmosphère sonore plus martiale, sorte de marche lyrique plus proche de R. Strauss (et Borgstrøm).



rai_hautbois_arabella_partition.png
L'entrée lumineuse du hautbois (sur une équivoque harmonique) qui précède Arabella dans l'opéra homonyme.



b) Pourquoi ?

Pourquoi ce début est-il saisissant / émouvant ?

Je vois plusieurs raisons :

Il est d'abord fondé sur un motif très simple, facilement identifiable. Une mélodie diatonique (sans altérations de la gamme traditionnelle), familière, qui entre immédiatement dans l'oreille.

∆ La structure de cette minute et demie est très simple, et tourne autour du même matériau unique, de plus très court. Elle empile progressivement tout l'orchestre à partir de solos de plus en plus étoffés, de changements de pupitres pour énoncer le thème : on est ainsi immédiatement baigné dans la matière mélodique de l'œuvre, sans avoir besoin de chercher à repérer le thème dissimulé quelque part au bout de la cinquième minute et énoncé par une voix intermédiaire.

∆ La forme très brève, en question (la mélodie remonte, sans se poser), et la façon de réutiliser la matière de départ sans toujours la reformuler de façon identique (plein de bouts parents ou altérés du motif circulent dans cette introduction), en ajoutant des contrechants, en changeant les alliages, évitent la lassitude du thème qu'on martèle.

Immédiatement saisi, facilement intéressé, lisible mais jamais identique, sophistiqué sans ostentation : pour moi l'un des plus beaux débuts de toute la littérature symphonique.



Sachez qu'il existe une notule entièrement consacrée à l'œuvre de Jan van Gilse.

Sentez-vous très libres de nommer vos propres chouchous !

David Le Marrec

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