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[Carnet d'écoutes n°111] – cycle John Adams


Et ici aussi, une collection d'instantés sans retouches, autour d'une série d'écoutes Adams… du matériel pour inviter à la découverte !


Doctor Atomic, « Batter my heart »
Vraiment une chouette pièce… j'aime beaucoup les boucles décalées qui créent de nouvelles associations mélodiques (on est assez proche de Short Ride in a Fast Machine, les glissements harmoniques qui rendent l'aspect répétitif intéressant… et le décalage avec le poème, bien sûr. Henschel s'en tire remarquablement, moins moelleux que Finley, et peut-être plus encore en maîtrise, plus franc – la mise en scène, en revanche, ne joue pas dans la même cour, Sellars réussit vraiment son effet.

Doctor Atomic, « Batter my heart ». Henschel à Strasbourg.
L'orchestre a ses limites dans cette musique, mais la beauté de la musique est vraiment saisissante : ni rengaine, ni abstraction, l'exotisme du texte… et surtout ces interludes en boucles décalées, dont les textures se mélangent au fil des réitérations. I love you
Henschel, dont on dit régulièrement qu'il est fini (et qui a ses irrégularités) tient remarquablement la tessiture très tendue, avec beaucoup d'expression.
En tout cas, une scène qui marque.

Doctor Atomic, « Batter my heart ». Finley à Amsterdam (Philharmonique des Pays-Bas).
Finley est plus vaillant mais aussi plus en force que Henschel, portrait assez différent, dans une mise en scène autrement marquante (Sellars montre sa maîtrise ici…). Le Philharmonique des Pays-Bas, qui assure la majorité des soirées à l'Opéra d'Amsterdam (où tournent les autres orchestres néerlandais : Concertgebouw, Rotterdam, La Haye, etc.) montre de quelle étoffe il est fait, d'une virtuosité et d'un éclat qui évoquent le LSO…

Doctor Atomic Symphony – St-Louis Symphony, Robertson (Nonesuch).
La matière musicale est superbe, mais je trouve ça moins fort retiré de son contexte dramatique, en bonne logique. Interprétation assez molle de Robertson et timbres un peu ternes de l'orchestre, aussi. Néanmoins l'une de rares œuvres lyriques à pouvoir survivre musicalement hors contexte.

Guide to Strange Places – St-Louis Symphony, Robertson.
Peut-être l'Adams que j'aime le plus. Dans une veine similaire aux ritournelles de Batter, avec ces pépiements et ces décalages, mais avec une véritable qualité poétique qui se passe très bien, cette fois, de texte.

Harmonielehre – San Francisco Symphony, De Waart (Nonesuch).
Côté très décadent et assez schrekerien, comme tout le monde a dit. Cela dit, pour admirable qu'il soit, c'est une œuvre qui me paraît tout de même un peu froide dans sa perfection profusive. Elle ne suscite pas beaucoup d'affects en moi en tout cas.

Chamber Symphony – London Sinfonietta, Adams
Bien.

Grand Pianola Music – London Sinfonietta, Adams
Étrange (en particulier la fin avec le piano chopinien), mais toute cette musique hétéroclite me séduit, tout est à la fois accessible et sophistiqué, familier et personnel. Très belle réussite.

Short Ride in a Fast Machine – San Francisco Symphony, Tilson-Thomas.
Prise de son un brin terne, comme souvent dans les SFSO-MTT, ça n'a pas le même impact que De Waart, par exemple (et même Alsop, c'est dire…).

Concerto pour violon – Hoppe, MDR Leipzig, K. Järvi
C'est bien, mais ça reste un concerto pour violon… De la belle musique, mais dont la matière est un peu détournée vers l'agilité digitale…


Et écouté un peu plus tard : 

♦  Century Rolls – Ax, Cleveland, Dohnányi (Nonesuch) 
Vraiment un côté piano mécanique, pas très passionnant. Dans ce genre, Grand Pianola Music me paraît autrement varié et abouti !

♦  Lollapalooza – Hallé O, Nagano (Nonesuch) 

♦  Slonimsky's Earbox – Hallé O, Nagano (Nonesuch) 
Pléthorique, stavinskien, sympa.


Le mystère des tartelettes :


Que signifie la tartelette au citron ?

D'ordinaire, sur Carnets sur sol, j'utilise le putto d'incarnat comme unité de mesure, mais lorsqu'il s'agit de contributions importées, je peux laisser les tartelettes au citron par commodité. Elles ont le même sens.

C'est une notation subjective, qui ne prend pas en compte la qualité de l'oeuvre, mais seulement le plaisir que j'ai à l'écouter. Y chercher une hiérarchisation de l'histoire de la musique serait s'exposer à de spectaculaires désillusions.
L'interprétation n'entre pas en ligne de compte, elle est au besoin précisée en commentaire.

La tartelette au citron est signe que j'ai été séduit : ce n'est pas une note sur 5 !  (Trois tartelettes, ce sont déjà des œuvres vivement recommandées.)


Une oeuvre agréable, qui n'appelle pas forcément la réécoute.
Exemple : Certaines symphonies de Vaňhal ou Stamiz ; la plupart des opéras de Donizetti.


Une oeuvre intéressante, qui méritera d'être réécoutée de temps à autre.
Exemple : La musique de chambre de Spohr, les sonates de Mozart.


Une très belle oeuvre, qui appelle des écoutes régulières.
Exemple : La Traviata. Siegfried.


Un chef-d'oeuvre, une des oeuvres importantes à connaître et à réécouter abondamment.
Exemple : La musique de chambre de Czerny. Tristan.


L'une des quelques oeuvres qui me sont extrêmement chères.
Exemple : Le Via Crucis de Liszt. La Nuit Transfigurée de Fried.


Ainsi, hormis la tartelette seule qui est un peu mitigée (oeuvre agréable mais oubliable), la seule présence de tartelettes au citron indique que j'ai aimé.
Ce n'a donc rien à voir avec les étoiles « objectives » des magazines qui donnent ou pas la moyenne aux enregistrements.

--

En revanche, exceptionnellement, il arrive que je distribue des tartelettes au citron meringué, qui est à la vraie tarte au citron ce que les persécutions nazies sont à la paix romaine. 


Je n'ai pas aimé du tout, du tout. Ça ne me parle pas.
Exemple : L'oeuvre orchestrale d'Olga Neuwirth.


C'est insupportable, grotesque, scandaleux. Et surtout ça fait mal.
Exemple : L'oeuvre pour orgue de Philip Glass.


Je suis mort.


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Commentaires

1. Le lundi 2 octobre 2017 à , par Benedictus

D’une manière générale, je trouve que les œuvres récentes d’Adams sont quand même très inégales: dans ce que j’ai entendu dernièrement, j’ai retenu un chef-d’œuvre (Scheherazade.2), des trucs bien (City Noir, Concerto pour saxophone, The Gospel According to the Other Mary - plus que bien, mais qui semble plus recycler El Niño que le prolonger), des choses assez ratées (Absolute Jest), voire limite daubesques (The Dharma at Big Sur, d’une vulgarité assez ahurissante).

2. Le mardi 3 octobre 2017 à , par Benedictus

Tiens... La première partie de mon message n'était pas passée:

Tiens, ça m’a donné l’envie de m’y replonger. Mais en fait, tu parles ici d’œuvres dont je garde un souvenir assez précis, voire réécoutées il y a peu (je note quand même Lollapalooza et Slonimsky’s Earbox).

En fait, il faudrait que je réécoute:
• Harmonium (1981): souvenir ancien mais assez clair et très positif - d’une œuvre peu personnelle, cela dit, vraiment très proche du Reich de Desert Music ou Tehillim.
• Fearful Symmetries (1988): aucun souvenir - mais vu la date et le titre, probablement quelque chose dans le ton des Two Fanfares élargies à de plus vastes dimensions.
• The Wound-Dresser (1989): excellent souvenir, œuvre plutôt ancienne mais dans une veine assez «alternative» chez Adams - si je me souviens bien, ça m’avait plutôt penser au Barber de Knoxville, comme esthétique.
• El Dorado (1991): souvenir très vague - et assez mitig: celui d’une œuvre dont la materiau ou la structure ne sont pas tellement marquant, et qui semble du coup un peu délayée et (sur)chargée d’effets d’orchestration .
• Naive and Sentimental Music (1998): souvenir assez net et très positif - la veine de Harmonielehre (que j’aime davantage que toi, apparemment), mais avec ces éléments moins consonnants, plus rugueux du Adams d’El Niño ou de Guide to Strange Places (deux œuvres que j’aime énormément).
• On the Transmigration of Souls (2002): souvenir plutôt vague et assez défavorable: ça m’avait paru plutôt être du dégoulinant poussif - et puis, bon, il y a des petits braillards ©, quoi...

Il faudrait que j’écoute:
• I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky
• Gnarly Buttons
• My Father Knew Charles Ives
• A Flowering Tree
• Son of Chamber Symphony
• Quatuor à cordes
Si tu as là-dedans des choses à me recommander ou à me déconseiller...

3. Le mardi 3 octobre 2017 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Benedictus !

Adams a toujours été très divers… et je suis loin d'avoir épuisé son legs.

Les Fearful Symmetries, c'est très minimaliste, plutôt l'ambiance des Chairman Dances, en moins sobre, un côté minéral assez violent en sus. (Je n'aime pas du tout, on est vraiment dans les boucles sèches quasi-glassisantes à la Nixon.)

Le Wound-Dresser, c'est très bien, surtout mis en lien avec le poème, mais disons que ça ne répond pas exactement à l'envie que j'ai lorsque je mets du Adams : on est vraiment dans une veine patrimoniale de mise en musique sobre d'un grand texte, comme Knoxville effectivement, une sorte de post-Delius / Barber / Britten un peu élaboré.

        « El Niño ou de Guide to Strange Places (deux œuvres que j’aime énormément). »
J'aime beaucoup El Niño, mais j'ai découvert le Guide tout récemment, probablement l'œuvre d'Adams que j'ai le plus aimé, un bijou qui cumule beaucoup de ses meilleures tendances (les boucles décalées, un minimalisme complexe dans une tonalité complexe mais consonante).

--

Donc, pour ce que tu demandes :

I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky, c'est du musical, donc il ne faut pas en attendre autre chose. Du musical sophistiqué (des ensembles très bien écrits), mais avec des voix en belting et dans le langage harmonique simple qui fait le sens du genre. Même l'intrigue s'y conforme. Adams y disparaît largement derrière le cahier des charges. J'aime beaucoup, mais d'abord parce que j'aime beaucoup le musical theatre

A Flowering Tree est très chouette. Pas le meilleur Adams, certes, mais dans un style composite qui évoque plutôt El Niño (avec moins d'originalité et des traits un peu plus agaçants, sans doute). Ça mérite d'être entendu.

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David Le Marrec


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