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Ensembles baroques : l'heure de la succession


A l'occasion de la radiodiffusion du spectacle d'Aix (encore disponible sur le site de France Musique), où les Arts Florissants étaient dirigés par Paul Agnew dans quelques standards de leur répertoire (Médée de Charpentier, Les Indes Galantes) ou des compositeurs familiers (Lully), difficile de ne pas songer au moment assez particulier que nous allons vivre dans les prochains mois : l'inévitable transmission des ensembles baroques.

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1. Aux origines du mouvement

Ce souhait de retour aux instruments d'époque n'était pas neuf : Henri Casadesus écrivait pour la viole d'amour (parfois sous forme de pastiches vendus avec le noms de compositeurs « d'époque » ) dans la première moitié du vingtième siècle, et Paul Hindemith avait pris position, critiqué par Adorno, pour l'usage d'instruments d'époque. Il s'était même mis à travailler le cornet pour son propre compte.

Jusqu'alors, on jouait de loin en loin les pièces baroques (Monteverdi et Haendel, mais aussi quelquefois Lully, Charpentier ou Rameau), mais avec une esthétique romantique : les harmonisations piano ne respectaient pas les chiffrages du compositeur (j'en montrerai des exemples à l'occasion d'une autre notule) et abusaient des octaves à la main gauche, conçus pour renforcer la résonance du piano - le peu d'usage d'appoggiatures et retards dans ces réalisations rendait un son harmoniquement très dur et pauvre. Et les tempi étaient ceux, même pour les sections rapides, de cantilènes uniformément lentes, une vision hiératique qui tenait d'une sorte de fantasme sur la noblesse d'une Antiquité retrouvée - pourtant aux antipodes de ce que le principe du recitar cantando et de ses divers avatars peuvent laisser supposer.

On considérait cette musique comme le fruit d'une sorte d'époque d'apprentissage imparfaite, et on la différenciait mal, il faut dire, des nombreux pastiches (Arie Antiche) mal écrits et censés imiter ce style - en n'imitant finalement que le caractère erroné qu'on lui donnait (il serait bien difficile rendre intéressants ces arie antiche, même avec instruments d'époque).

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2. Le Compositeur et le Comte

Le souhait de Hindemith peine à se réaliser : à son retour en Europe, en 1953, il prépare une production de L'Orfeo de Monteverdi pour les Wiener Festwochen, comme il avait fait en 1944 pour Yale où il enseignait. Mais sa restitution devra pour la première fois s'appuyer sur les données visuelles et sonores d'époque. Ce n'est pas trop compliqué pour les décors, mais il peine à trouver les instrumentistes et même les instruments, surtout les plus volumineux (organo di legno, régale...). C'est alors que se produit l'étincelle : dans l'orchestre de la radio viennoise (les Wiener Symphoniker), l'intendant du Konzerthaus lui signale un jeune violoncelliste au passe-temps bizarre. Avec son épouse, il a fondé un ensemble, qui n'a même pas encore de nom, et dont l'occupation est de travailler le répertoire ancien sur ces instruments qui ne sont plus joués.

La rencontre entre les deux se solde par un marché : on prêtera à Hindemith tous les instruments de la nomenclature de L'Orfeo... mais le violoncelliste sera de la partie. Hindemith n'apprécie pas cependant la verdeur du résultat, et renvoie une grande partie de l'effectif, remplaçant immédiatement les cornettistes par des cors anglais, jugeant l'improvisation des continuistes trop fantaisistes... en tant que chef d'expérience (et compositeur soucieux d'exactitude), il désirait manifestement tout de suite un résultat professionnel. Autant il est assez facile de s'adapter à une nouvelle sorte d'orgue, autant souffler correctement dans des tubes dont la facture et la technique d'usage laissent encore à désirer demande du temps.

Du haut de ses vingt-quatre ans, le pourvoyeur d'instruments fulmine sans doute à la vue de l'anéantissement de ses préparatifs, mais l'enthousiasme de la découverte de Monteverdi pour lui - et la sagesse de la prévision des retombées pour son ensemble - l'emportent.

Ceux qui ont entendu cette soirée de 1954 ne peuvent qu'être frappés par la nouveauté étonnante, même pour aujourd'hui : les couleurs instrumentales sont totalement neuves (et assez maîtrisées), le tempo global assez vif, et si les récitatifs sont vivants, les ensembles sont réellement virevoltants, avec beaucoup de rebond. Les chanteurs, eux, utilisent des voix un peu lourdes et pas très gracieuses, sans doute décontenancés par les tessitures très basses ; peu importe, l'intérêt est ailleurs les instrumentistes se montrent non seulement très engagés... mais remarquablement justes (sauf les orgues, mal harmonisés). Même les choeurs brident leur vibrato de jolie façon.

Ces qualités de couleur, de danse, d'allant se rapprochent assez fort de ce qu'accomplira notre violoncellistes - qui n'est rien de moins que le comte de La Fontaine, passé à la postérité sous l'un de ses autres patronymes, Harnoncourt.

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3. Le temps des chefs d'ensemble

L'explosion internationale se produit, comme chacun sait, avec le studio d'Harnoncourt pour la même oeuvre, enregistré au Casino Zögernitz de Vienne, à la fin de l'année 1968. Ce qui le rend si singulier, outre l'enthousiasme perceptible de chaque musicien, le sens de la danse et du drame, l'originalité et la beauté des timbres, le soin extrême de la consonance et du geste déclamatoires... ce qui le rend si singulier, c'est à mon avis la couleur particulière des timbres, car je ne crois pas que personne ait en réalité, même Harnoncourt, rejoué L'Orfeo avec cette « vraie » nomenclature (les parties orchestrées ne sont pas indiquées sur la partition, mais on dispose de la liste des instruments présents à la création).
Et cela, c'est le fruit de quinze ans de perfectionnement technique sur instruments bizarre et de maturation de la conception du chef d'ensemble depuis la soirée avec Hindemith. La qualité des appuis, par exemple, est sans commune mesure, et va fonder toute la tradition de l'accentuation baroque jusqu'à aujourd'hui, ce sens de la danse si singulier.

Je laisse de côté les cas de Claudio Scimone, Jean-François Paillard ou Neville Marriner, qui ont été des chefs d'ensemble investis dans la promotion du répertoire ancien sur petits effectifs (bien que le troisième ait surtout joué les standards), mais leur perspective était totalement différente, et leurs réalisations n'avaient jamais le souci de la restitution, avec l'impression, pour nous depuis le futur, qu'ils sont un peu passés à côté de la cause (surtout pour les deux derniers), en ne remettant finalement rien profondément en cause. Michel Corboz, plus "avancé" dans son approche, n'avait pas d'ensemble approprié, ce qui a limité l'établissement de sa présence.
Car aujourd'hui, même les détracteurs du principe des version "musicologiques" en écoutent les moins défrisantes sans déplaisir, tant la variété de lectures permet de trouver son bonheur là où la littéralité empesée des versions "traditionnelles" ne procure pas les mêmes surprises. [Je le dis d'autant plus volontiers que sur le principe, l'authenticité est un précepte tout à fait douteux, qui n'a réussi que parce qu'il a été mis au service d'imaginations hardies, qui n'en sont pas resté là.]

Eclosent donc les ensembles que nous connaissons aujourd'hui, et qui vivent en autonomie vis-à-vis des orchestres permanents. Susceptibles par définition de changer de forme selon les oeuvres, se "prêtant" les musiciens qui circulent d'un orchestre ou d'un choeur à l'autre... un nouveau monde naît. Et les grands ensembles respectables d'aujourd'hui ont désormais une vénérable histoire :

  • Concentus Musicus Wien (A. & N. Harnoncourt 1953)
  • La Grande Ecurie et la Chambre du Roy (Malgoire 1966)
  • Early Music Consort (Hogwood & Munrow 1967)
  • Collegium Vocale Gent (Herreweghe 1970)
  • La Petite Bande (Kuijken 1972 - fondée pour le Bourgeois Gentilhomme par Leonhardt)
  • Academy of Ancient Music (Hogwood 1973, succession Egarr 2006)
  • The English Concert (Pinnock 1973, succession Bicket 2007)
  • Taverner Consort and Players (Parrott 1973, puis direction Holloway, et ?)
  • Musica Antiqua Köln (Goebel 1973)
  • La Chapelle Royale (Herreweghe 1977)
  • London Classical Players (Norrington 1978)
  • English Baroque Soloists (Gardiner 1979)
  • Amsterdam Baroque Orchestra (Koopman 1979)
  • Les Arts Florissants (Christie 1979)
  • The Sixteen (Christophers 1979)
  • Tafelmusik Baroque Orchestra (Solway & Graves 1979 - dir. Lamon depuis 1981)
  • The Hanover Band (Caroline Brown 1980 - dir. par chefs invités)
  • The King's Consort (King 1980)
  • Rondò Veneziano (Reverberi 1980)
  • L'Orchestre du XVIIIe siècle (Brüggen 1981)
  • Gabrieli Consort and Players (McCreesh 1982)
  • Les Musiciens du Louvre (Minkowski 1982)
  • Accademia Bizantina (1983 - dir. Dantone & Montanari depuis 1996)
  • New London Consort (Pickett - 1985 ou un peu plus tôt)
  • Concerto Köln (sans chef 1985)
  • Il Giardino Armonico (Pianca & Antonini 1985)
  • Orchestra of the Age of Enlightenment (sans chef 1986)
  • Freiburger Barockorchester (sans chef 1987)
  • Anima Eterna Brugge (Immerseel 1987)
  • La Simphonie du Marais (Reyne 1987)
  • Le Concert Spirituel (Niquet 1987)
  • Das Neue Orchester (Spering 1988)
  • Europa Galante (Biondi 1989)
  • I Sonatori della Gioiosa Marca (sans chef - fin années 1980)
  • Collegium Musicum 90 (Hickox & Standage 1990)
  • Bach Collegium Japan (Suzuki 1990)
  • Les Talens Lyriques (Rousset 1991)
  • Academia Montis Regalis (sans chef 1994 - plus récemment De Marchi chef permanent)
  • I Barocchisti / Ensemble Vanitas (Fasolis 1995, à partir de l'ancienne Società Cameristica di Lugano fondée par Loehrer qui adorait massacrer le répertoire archaïque, au début des années 50)
  • Les Agrémens (1995 van Waas depuis 2001)
  • Orchestre Baroque de Venise (Marcon 1997)
  • Le Concert d'Astrée (Haïm 2000)
  • ... et quelques autres. Il en manque et je n'ai pas non plus cité les plus récents (dont l'avenir public est incertain), ni les plus petites formations.


Dans cette liste, un seul chef sûrement établi a laissé la main (Pinnock), d'autres ont brillamment rebondi après des périodes où ils incarnaient les has-been à la technique précaire (Malgoire, Kuijken). Il est amusant de noter que l'accomplissement médiatique ou discographique est assez décorrélé de la date de création : Malgoire, Koopman, Pinnock, Gardiner, Biondi, Haïm ont immédiatement été célébrés, alors que Goebel, Reyne ou Niquet ont eu une période d'apprentissage relativement anonyme assez longue...

La plus grande tragédie étant celle de Gian Piero Reverberi, qui n'est plus tout à fait le même depuis qu'il fut électrocuté par une lirone, lors d'une répétition de La Tancia de Francesca Caccini.

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4. La situation actuelle

A quelques très rares exceptions près, comme l'arrivée tardive d'un chef aimé des producteurs (Bruno Weil comme chef invité de Tafelmusik, Ottavio Dantone ou Guy van Waas pour leurs ensembles respectifs), on constate que les choses sont telles qu'elles ont débuté. A part Leonhardt qui est récemment parti (mais était retiré depuis longtemps), King (dont la carrière a été brisée suite à son incarcération, mais qui est toujours présent), Pinnock (qui, lui, s'est arrêté), tous sont là, plus présents que jamais (même Kuijken, du fait des menaces sur son ensemble, de nombreuses rééditions, de ses essais comme chef d'orchestre, etc.).

Presque tous. La transition a débuté en Angleterre : Richard Egarr a succédé en 2006 à Christopher Hogwood, Harry Bicket en 2007 à Trevor Pinnock. Le premier ensemble n'a plus du tout la même place internationale, et concernant le second, il était même considéré comme dépassé dès les années 90. Mais n'ayant pas beaucoup d'occasion de l'entendre ni même de retours, il difficile d'en tirer des conclusions, en fait.

Richard Hickox, lui, est resté jusqu'à son décès en 2008 à la co-direction, avec le violoniste Simon Standage, de Collegium Musicum 90, ensemble surtout célèbre pour ses disques, dont je n'ai plus aucun écho depuis... Pas de site officiel, pas de mentions de concerts... Difficile également de se prononcer sans plus ample information - et à plus forte raison, impossible de parler de l'évolution politique ou musicale de la formation.

Quant à Andrew Parrott, il a tout de bon été s'engager ailleurs (depuis 2000 chez les vénérables London Mozart Players, où son profil fait figure de révolutionnaire, succédant à Jane Glover et Matthias Bamert), ayant cédé la place avant les années 90. Là encore, n'ayant guère de nouvelles de son ensemble (existe-t-il encore ?), comment épiloguer ?

Aucun de ces ensembles, de toute façon, n'était sur le devant de la scène à l'époque de sa succession, cela ne répond donc pas vraiment à notre interrogation initiale.

D'où une vraie question : comment ces ensembles, parfois très collaboratifs, parfois très hiérarchisés, mais dans tous les cas à la fois prestigieux et fragiles, gèreront-ils le retrait de leurs fondateurs ? Beaucoup d'entre eux sont assez âgés, et pourraient souhaiter passer le flambeau prochainement. Considérant que la compétence n'est pas forcément dans ce cas le premier critère de choix, et que même la compétence ne serait pas unanimement reconnue, comment réagiront les musiciens (de façon aussi bien "politique" qu'artistique), comment réagira le public à une inévitable évolution de l'identité de ces ensembles ?

Je suis très curieux, et en même temps pas complètement rassuré, de songer aux changements qui peuvent survenir.

Il est évident que certaines personnalités ne seront vraiment pas remplaçables (Harnoncourt, Gardiner, Christie, et plus tard Minkowski) pour leurs talents de découvreurs, d'innovateurs, de pédagogues, de musicologues, d'interprètes, de chefs d'ensemble ou d'orchestre... sans eux, tout se passera peut-être très bien, mais autrement. Et personne ne sait comment ce type de formation peut réagir lorsqu'elle est soumise à un changement de chef : aucun de ces ensembles n'a fait l'expérience de se séparer complètement de son chef privilégié. Celui qui a formé le son, défini les répertoires, ménagé l'équilibre des personnalités (au besoin en imposant la sienne par-dessus toutes les autres)...
Comment évolueront donc les musiciens avec une nouvelle direction, il est impossible de le prévoir.

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5. Les Arts Florissants, laboratoire de la crise

Les Arts Florissants sont un cas d'école très intéressant. C'est à ma connaissance le seul grand ensemble où la succession soit officiellement envisagée.

Du point de vue du répertoire, c'est une très bonne nouvelle : voilà dix ans que Christie ne crée quasiment plus rien, et se contente largement de rejouer les oeuvres qu'il a exhumées, ou des oeuvres déjà connues. Dans les cinq dernières années, à part la Didone de Cavalli et Zampa d'Hérold, peu d'oeuvres inédites au disque.

Il est possible qu'il ait été désabusé par la fin brutale de son contrats et de ses projets avec Erato, lors de l'absorption de Teldec (qui possédait Erato), par Warner qui a tout simplement fermé les labels (et attendu quasiment dix ans pour commencer à faire simplement des rééditions !). Cependant, déjà, dans les derniers moments d'Erato, les projets comme Zoroastre (même si celui de Kuijken était épuisé) ou l'Enlèvement au Sérail n'avaient pas toujours la même envergure. Il faut dire qu'il avait déjà beaucoup fait, aussi bien pour le répertoire scénique que pour le répertoire sacré ou chambriste, mais la fièvre de découverte semble s'amenuiser au fil des ans.

Son « esprit » demeure néanmoins actif, ayant été assez directement à l'origine de la plupart des grands ensembles français : Minkowski, Reyne, Niquet et Rousset ont travaillé avec les jeunes Arts Florissants. Et eux-mêmes ont vu certains de leurs musiciens fonder d'autres ensembles excellents, comme Emmanuelle Haïm (Le Concert d'Astrée), ancienne claveciniste et chef de chant chez Christie et Rousset, ou Daniel Cuiller (Stradivaria, qui mériterait grande exposition discographique), ancien "konzertmeister" chez Minkowski. Et chez tous ceux-là, un intérêt tout particulier pour la musique vocale et la qualité de la déclamation qui leur est commun - et qui n'est pas aussi évident chez la plupart des autres ensembles.

On considère volontiers, du moins en France, qu'il a co-créé le mouvement baroque, alors que son ensemble arrive finalement au milieu du gué, à l'époque où les techniques sont prêtes et où il ne reste plus qu'à convaincre largement critique et public. Il est vrai en revanche que concernant le répertoire français, même si Herreweghe l'a devancé de quelques mois pour la première tragédie en musique recréée, Christie a opéré le travail fondamental. Et que son rôle considérable dans la transmission du style ne se limite pas à faire fuir (par un caractère qu'on dit difficile) les artistes qu'il a éduqués.

Légende de son vivant, il prépare donc l'avenir de son ensemble. On a vu Jonathan Cohen diriger en alternance, mais c'est aujourd'hui l'autre chef associé, Paul Agnew, plus célèbre pour le public et très impliqué dans les processus de transmission, qui semble avoir la faveur, du moins considérant le nombre de spectacles qui lui sont confiés.

Et que constate-t-on ? Je n'ai pas eu le plaisir d'entendre Jonathan Cohen diriger les Arts Flos, mais concernant Paul Agnew, je suis frappé par plusieurs aspects :
1) une servitude assez étonnante vis-à-vis du passé de l'ensemble : les mêmes, exactement les mêmes intonations sont imposées aux chanteurs que dans les disques ! et des choses très précises, du parlando non écrit, des portamenti non indiqués non plus, des notes "blanches" sur les mêmes syllabes... ;
2) une mollesse bien plus importante que chez le Christie des mauvais jours, l'orchestre ayant toujours intrinsèquement du tranchant. Ici, non, une sorte de cohésion semble manquer, alors que dans les productions dirigées par le chef historique, l'ensemble paraît le meilleur de sa catégorie.

Ce concert au programme passionnant - Pomone de Cambert / Achille & Polyxène de Lully / Albion & Albianus de Grabu / Médée de Charpentier / Les Indes Galantes de Rameau - était pourtant assez ennuyé : orchestre un peu flottant, et chanteurs extrêmement mous, d'une paresse expressive et d'une approximation prosodique que Christie ne tolère jamais. (Pourtant, sur ce chapitre, Agnew est sans doute le mieux formé pour réussir.)

Ce sont certes des débuts, et l'avenir montrera s'il est possible pour les successeurs de réussir en s'emparant d'ensembles souvent conçus pour convenir à une personnalité précise. Comme il ne s'agit pas ici de chefs d'orchestre à proprement parler, et que leur formation n'est pas liée non plus à la direction d'ensembles, nous sommes dans l'incertitude la plus complète sur l'évolution des phalanges ; à plus forte raison lorsque personne n'a été désigné pour la succession. Et je n'évoque même pas les cas comme la Petite Bande, où le retrait du chef serait sans dout el'occasion idéale des pouvoirs publics pour retirer une subvention déjà incertaine.

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Je voulais simplement soumettre cette vision d'Apocalypse aux lecteurs de CSS : les ensembles historiques vont bientôt changer de visage, c'est inévitable... et nous ne l'avons encore jamais vécu !


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Commentaires

1. Le mercredi 15 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Tadam, mais qui voilà ? Ça ne vous étonne pas, hein…

En ce qui concerne le concert d’Aix, je ne partage pas tout à fait votre avis, j’ai trouvé ça, sur le plan de l’ensemble, plutôt honnête, bien géré, programme bien construit, et vraiment de beaux moments — les extraits d’Albion and Albanius par exemple, et aussi ceux de Pomone. À mon avis, le chanteurs sont en cause de cette réussite en demi-teinte : la chanteuse, par exemple, a un timbre très aimable et beaucoup de charme, mais un style encore un peu flottant, et une justesse, euh, flottante elle aussi.

Je ne sais pas si vous aviez entendu le disque Lamentazioni dirigé par Agnew, pour ma part ça avait été une déception, absence de dramaturgie, absence de contrastes, et effectivement une certaine mollesse. Il faudrait aussi juger avec un autre concert Agnew qui avait été capté, me semble-t-il, peut-être même deux (il faut que je cherche dans mes archives, mais, The Indian Queen, c’était pas lui ?).

les mêmes, exactement les mêmes intonations sont imposées aux chanteurs que dans les disques ! et des choses très précises, du parlando non écrit, des portamenti non indiqués non plus, des notes "blanches" sur les mêmes syllabes



Mais est-ce que, en plus, ces chanteurs ne sortent pas du jardin des voix ? Par ailleurs, il me semble que ces effets que vous notez sont aussi à la mode ; peut-être pas les portamenti, mais le reste — blanchir la voix sur certaines notes, et surtout le parlando — j’ai l’impression que ça fait partie de choses quasi obligatoires, et pas forcément réussies : j’ai pour ma part une quasi horreur du parlando, je trouve ça dénaturant.

Précision sur Haïm : elle a aussi joué chez Christie. Précision sur Stradivaria : c’est un ensemble très inégal, et son chef est lui-même très inégal — pour être nantais, j’ai eu l’occasion d’entendre du bon, et du très mauvais. Cela dit, les fantaisies de Telemann pour violon seul par Cuiller sont sublimes. Et les disques Carl Philipp de Jocelyne à connaître ! surtout le dernier, Sonates pour Yukio, chez Ligia, un bijou, avec un souffle, une justesse de l’expression… J’en étais resté stupéfait.

Vous dites, à mon avis justement, que certaines personnalités seront irremplaçables, et ça me semble très vrai. C’est le cas d’Harnoncourt et ce sera le cas de ceux que vous citez, qui ont eu de vastes étendues à moissonner et de vastes monuments à bâtir. Même de très bons chefs actuels — je pense par exemple à Dantone dont les lectures musicales sont toujours d’une grande clarté — n’ont pas cette envergure. Cela dit, il y a de jeunes musiciens et de jeunes ensembles qui se sont lancé dans l’arène avec un appétit et une énergie étonnante et il pourra en sortir quelque chose d’inédit, mais sans doute de passionnant.

Je pense à une forme d’hédonisme sonore, de qualité de continuo, de maîtrise instrumentale bien plus grande que chez certains de nos immenses actuels, plus immédiate… Quand on entend le son d’ensemble comme Scherzi Musicali (Nicolas Achter a quoi, 25-27 ans ?) ou Pygmalion (Raphaël Pichon, 27 ans il me semble), il y a de quoi ouvrir grand les oreilles !

Comme vous le dites, à mon avis, ce qui nous attend, c’et des surprises. Il faudra sans doute faire le deuil de grands ensembles actuels. Il n’est pas sûr que tous, sans chefs de l’envergure des “pionniers”, puissent se maintenir en l’état — et je ne sais pas s’il faudra mieux qu’ils s’effacent, ou qu’ils se mettent à faire des choses trop médiocres.

Bon, et puis je vais bouder, vous oubliez un ensemble que j’adore et qui, il me semble, fait partie de ceux qui sont aujourd’hui de grande qualité — aussi bien en termes de réalisation que de répertoire — je parle de La Venexiana.

Bref, je ne suis pas sûr que la situation soit si apocalyptique !

(Et si je commence par un commentaire aussi long, à mon avis dans une semaine on en a à écrire des volumes...)

2. Le mercredi 15 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour !

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Le Jardin de Christie

En ce qui concerne le concert d’Aix, je ne partage pas tout à fait votre avis, j’ai trouvé ça, sur le plan de l’ensemble, plutôt honnête, bien géré, programme bien construit, et vraiment de beaux moments — les extraits d’Albion and Albanius par exemple, et aussi ceux de Pomone.

Oh, mais c'est aussi mon avis. Très honnête, même, pas indigne du tout ! Et programme chronologique absolument fascinant (Pomone, Polyxène, et même Médée qui est toujours un plaisir). Mais lorsqu'on dispose des Arts Flo, et d'un tel programme, ce ne devrait pas être juste bien, on attend un peu plus. Franchement, faire ça de Médée : toutes les inflexions était copiées sur le second studio fait à l'époque des représentations avec Villégier, mais il n'y avait aucune tension. Et quels mots mous, jamais entendu ça avec cet ensemble.

À mon avis, le chanteurs sont en cause de cette réussite en demi-teinte : la chanteuse, par exemple, a un timbre très aimable et beaucoup de charme, mais un style encore un peu flottant, et une justesse, euh, flottante elle aussi.

Laquelle ? Elodie Fonnard ou Rachel Redmond ? Je les avais bien aimées dans Atys, un peu mou (surtout Fonnard) mais joli. Dans les deux cas, cela dit, je suis d'accord, ça manque de style, de fermeté, de diction et même de justesse quelquefois (ce qui m'est bien plus indifférent, à vrai dire, surtout comparé au reste !).

Le Jardin des Voix était de toute façon dans une mauvaise moisson, je n'ai repéré vraiment aucun chanteur intéressant cette fois-ci. En 2009, il y avait au moins Emmanuelle de Negri qui avait émergé, sans être forcément extraordinaire, avec un beau sens du style, en 2007 seule Yoncheva a fait une vaste carrière mais on y trouvait de jolis brins de voix (un peu maigres quelquefois, goût Christie oblige), et puis en 2005 (Wanroij, Tortise, Sabata, Debono, Morsch, Brahim-Djelloul !) et 2002 (Staskiewicz, Mauillon, Dumaux, Fernandes), on avait de vraies brassées de voix marquantes, et qui se sont disciplinées aux préceptes de Christie. Je n'ai pas d'explication sur cette baisse tendantielle, mais elle m'intrigue (et m'attriste un peu).

Je ne sais pas si vous aviez entendu le disque Lamentazioni dirigé par Agnew, pour ma part ça avait été une déception, absence de dramaturgie, absence de contrastes, et effectivement une certaine mollesse.

Oui, c'était un peu dirigé comme du plain-chant, mais ça fonctionnait très bien comme ça dans le Leo. Le programme étant ce qu'il est (pas très expansif), ça avait beau ne pas ressembler aux Arts Flo, le résultat m'a convaincu. Christie a fait pire quelquefois.

Il faudrait aussi juger avec un autre concert Agnew qui avait été capté, me semble-t-il, peut-être même deux (il faut que je cherche dans mes archives, mais, The Indian Queen, c’était pas lui ?).

Oui, en 2011, c'était lui, mais je n'ai pas écouté ça. En revanche ses madrigaux m'ont paru assez indolents, alors que j'adore la manière de Christie, qui exalte les solistes de façon très différente des ensembles spécialistes du genre.

Mais est-ce que, en plus, ces chanteurs ne sortent pas du jardin des voix ?

Si, tous les quatre, récolte 2011.

Par ailleurs, il me semble que ces effets que vous notez sont aussi à la mode ; peut-être pas les portamenti, mais le reste — blanchir la voix sur certaines notes, et surtout le parlando — j’ai l’impression que ça fait partie de choses quasi obligatoires, et pas forcément réussies : j’ai pour ma part une quasi horreur du parlando, je trouve ça dénaturant.

Je suis prêt à tout entendre, si ça fonctionne, mais dans la scène finale de Médée, c'était l'imitation servile d'effets (déjà discutables) chez Padmore et surtout Hunt-Lieberson (je ne crois pas que ce soit elle, d'ailleurs, qui braille "infidèle" dans le studio).
Pour le reste de leur interprétation, j'aurais aimé que ça sonne maniéré-alla-Christie plutôt qu'indifférent.

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Autres figures

Précision sur Haïm : elle a aussi joué chez Christie.

Tout à fait, je me permets de me citer : " ancienne claveciniste et chef de chant chez Christie et Rousset". :)

Précision sur Stradivaria : c’est un ensemble très inégal, et son chef est lui-même très inégal — pour être nantais, j’ai eu l’occasion d’entendre du bon, et du très mauvais.

Oui, je l'ai entendu dire. Je ne l'ai pas très souvent entendu et je le déplore, mais leur Pyrame était une leçon de maîtrise et de couleurs... (et vous avez dû l'entendre plus que quiconque)

Cela dit, les fantaisies de Telemann pour violon seul par Cuiller sont sublimes.

Ah, j'aime beaucoup ces oeuvres, peut-être celles qui ont le plus ma faveur chez Telemann (que j'estime fort), je vais essayer.

Cela dit, il y a de jeunes musiciens et de jeunes ensembles qui se sont lancé dans l’arène avec un appétit et une énergie étonnante et il pourra en sortir quelque chose d’inédit, mais sans doute de passionnant.

Assurément. J'attends beaucoup des Nouveaux Caractères de Caroline Mutel et Sébastien d'Hérin, qui ont montré un appétit de découverte, une clairvoyance de distribution et une qualité de réalisation assez exemplaires à ce jour.
A ce propos, avez-vous pu entendre leurs extraits de Lavinie ? J'aurais beaucoup aimé en être, ça n'a pas été possible.

Il n’est pas sûr que tous, sans chefs de l’envergure des “pionniers”, puissent se maintenir en l’état

C'est exactement la question que je me pose, surtout considérant l'instabilité des effectifs ; pour qu'un son et une vision singulière se maintienne, il faut bien qu'il y ait une âme qui centralise les choix artistiques, ou du moins s'en porte garant. Sinon, comme créer une cohésion, avec des souffleurs en particulier qui font à la fois les Arts Flo, les Talens et le Concert Spirituel ?

Bon, et puis je vais bouder, vous oubliez un ensemble que j’adore et qui, il me semble, fait partie de ceux qui sont aujourd’hui de grande qualité — aussi bien en termes de réalisation que de répertoire — je parle de La Venexiana.

C'est vrai, j'ai manqué Cavina, alors même que j'écoutais son Couronnement hier ! Cela dit, si je l'ai admiré sans mesure dans le madrigal, et bien aimé dans Cavalli (mais je ne suis pas assez ardent cavalliste pour être le meilleur juge), je suis beaucoup moins convaincu par ses opéras de Monteverdi. L'Orfeo contemplatif est très beau, mais le Retour d'Ulysse sur scène était vraiment fragile techniquement, et pas très inspiré (même le continuo, j'étais étonné d'entendre ça), et le Couronnement, précisément, verse dans les grandes largeurs dans l'histrionisme parlando (un peu fatigant, on aimerait entendre les notes quelquefois).

Il n'empêche que j'aurais dû l'inclure, et au passage l'ensemble d'Alessandrini !

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Bref, je ne suis pas sûr que la situation soit si apocalyptique !

L'Apocalypse n'est pas une fin, c'est une transition un peu mouvementée. Bien sûr qu'il n'y aura pas de sang versé en public, mais il y a fort à parier que le paysage de ces ensembles aura changé du tout au tout dans une quinzaine d'années, et peut-être même avant.

(Et si je commence par un commentaire aussi long, à mon avis dans une semaine on en a à écrire des volumes...)

Bah, lorsque nous publierons nos oeuvres intégrales, nous choisirons de petits caractères, voilà tout.

3. Le mercredi 15 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Ça va, je suis dans l’ensemble assez d’accord, je ne vais pas multiplier ;)

Oui, je l'ai entendu dire. Je ne l'ai pas très souvent entendu et je le déplore, mais leur Pyrame était une leçon de maîtrise et de couleurs... (et vous avez dû l'entendre plus que quiconque)



Moui, alors ça ne m’a vraiment pas frappé. J’ai trouvé ça sans trop de personnalité, comme lecture… Je l’ai vu ici, c’était assez exaspérant — la mise en scène, en particulier, était pas très bien. Jeff Thompson était un peu trop histrion par moments, alors qu’à d’autres moments il y avait de très beaux piano dans l’aigu… Et puis ça manque un peu de variété dans le continuo.

À propos de La Venexiana, je ne les ai que peu entendu en direct. Je n’ai pas écouté le Couronnement (encore). Mais bien entendu, c’est dans les madrigaux — et le Cavalli — qu’ils ont fait ce qu’ils ont fait de mieux. D’ailleurs, la réussite de leur Orfeo tient peut-être à la proximité du langage de cet opéra avec les madrigaux… Ou pas, hein, puisque Cavalli…

À propos des Nouveaux Caractères, très inégaux, me semble-t-il ! Mais ils sont susceptibles de belles choses… Ça manque cependant un peu de précision, en général. Je n’ai pas entendu leurs extraits d’Énée et Lavinie, à cette époque j’étais en hypokhâgne à Paris et j’avais pas les moyens de me payer une nuit d’hôtel à Rennes.

À vrai dire, il me semblerait fastidieux d’énumérer tous les ensembles qui risquent de nous donner de bonnes surprises. Je me répète, mais j’attends très impatiemment le Dardanus prochain, aussi pour cette raison : qu’est-ce que ça va donner avec cet ensemble, qui est à mon avis — qui risque donc de changer — un des plus prometteurs actuellement.

Et puis, du côté des effectifs plus réduits, il y a Le Poème Harmonique — même si leurs Lully n’étaient pas immortels, ils ont fait des choses assez extraordinaires. Leur Cavalli, que j’ai vu à Favart, était sublime.

À propos du concert des Arts Flo’, j’ai aussi trouvé que les extraits de Médée étaient totalement ratés. D’ailleurs, si vous voulez tout savoir : j’ai tout ce concert soigneusement coupé en pistes dans mon iPod, mais j’ai viré les extraits de Médée. Peut-être simplement parce que ce n’est pas de la musique de concert, ce n’est pas, passez-moi cette drôle d’expression, de la musique de charme : c’est de la musique de drame. De ce point de vue, les chanteurs et peut-être Agnew chef aussi, ont encore beaucoup à apprendre.

Sur l’instabilité des effectifs, en effet : tout le monde joue un peu partout, mais… dans un sens, il faut bien que les musiciens mangent ! Et puis il y a quand même des piliers, dans certains cas.

Vous évoquez le Concert Spirituel : croyez-moi, ça, ça sera une succession difficile, parce que le profil de Niquet comme chef dans le milieu baroque est assez unique. Il exige beaucoup des musiciens, il les fatigue plus que tout autre — je le sais d’une violoncelliste qui a pas mal joué avec eux, et qui joue encore d’ailleurs.

De toute façon, pour résumer : c’est encore sur des points de détails que nous divergeons. Je suis tout à fait d’accord avec votre conclusion : ça va changer. Mais ça va changer progressivement, ne serait-ce que parce que Christie se retire progressivement, mais Niquet pas tellement, Rousset non plus… et que les ensembles qui formeront une sorte de relève sont peut-être déjà là.

Ce qui change aussi, c’est ce qu’on fait. Quelqu’un m’a dit, il y a dix ans, on pouvait faire des séries de concerts de grands motets français ; maintenant, ça ne marche plus. Les attentes sont autres, en termes d’effectifs aussi, et c’est à mon avis de ce point de vue-là, aussi, que le paysage, non pas va changer, mais change déjà.

4. Le mercredi 15 août 2012 à , par DavidLeMarrec

J'ai eu le luxe de me passer de mise en scène, ce peut être précieux quelquefois. :) D'accord pour Thompson, qui piaillait comme il pouvait, mais ça donnait un aspect désespéré à Ninus que j'ai beaucoup aimé, jusque dans les couacs entre registres. Dans des rôles plus galants, je l'ai ensuite beaucoup moins aimé, d'autant que la voix n'est pas très dynamiquement projetée.

Pour la Venexiana, complètement d'accord, donc.

À propos des Nouveaux Caractères, très inégaux, me semble-t-il !

Je ne les ai entendus qu'en forme, alors. Et à chaque fois dans des programmes invraisemblables.


Et puis, du côté des effectifs plus réduits, il y a Le Poème Harmonique — même si leurs Lully n’étaient pas immortels, ils ont fait des choses assez extraordinaires. Leur Cavalli, que j’ai vu à Favart, était sublime.

Pas vu cette production (j'en ai entendu aussi bien les plus grands éloges que pis que pendre). Je les aime beaucoup dans ce premier répertoire italien, en tout cas, du moins quand leurs expérimentations fonctionnent (le continuo monstrueux du Combattimento était trop lourd à gérer, surtout à ce tempo).

D’ailleurs, si vous voulez tout savoir :

Mais je n'ai rien demandé, enfin ! :)

Peut-être simplement parce que ce n’est pas de la musique de concert,

Pourtant, j'en ai entendu plusieurs versions isolées très réussies ! Et parfois de petits ensembles qui n'avaient pas les moyens techniques des Arts Florissants. Même hors sol, ça reste assez payant si on on joue une vingtaine de minutes.
Il est vrai qu'en voulant jouer différents moments de l'oeuvre, ça fonctionnait un peu moins bien, mais c'était valable pour les cinq entrées de leur soirée.


Sur l’instabilité des effectifs, en effet : tout le monde joue un peu partout, mais… dans un sens, il faut bien que les musiciens mangent ! Et puis il y a quand même des piliers, dans certains cas.

Complètement. Ce sont les supplémentaires, souvent les souffleurs, qui passent d'ensemble en ensemble, et les choristes. Il y a bien sûr une armature.

ça sera une succession difficile, parce que le profil de Niquet comme chef dans le milieu baroque est assez unique.

Elle est pour l'instant lointaine, vu ses talents (c'est rare dans le métier, et il a appris beaucoup plus vite que Minko !) comme chef d'orchestre, il deviendra peut-être chef permanent d'un orchestre de radio, qui sait !

Ce qui change aussi, c’est ce qu’on fait. Quelqu’un m’a dit, il y a dix ans, on pouvait faire des séries de concerts de grands motets français ; maintenant, ça ne marche plus. Les attentes sont autres, en termes d’effectifs aussi

En quel sens ?

5. Le jeudi 16 août 2012 à , par Jean-Christophe Pucek :: site

Bonjour David,

J'arrive tard sur ce billet que je trouve remarquable, non tellement d'un point de vue strictement temporel mais plutôt un rien en décalage après vos échanges avec Rhadamisthe qui me semblent avoir contribué à effectuer un large premier tour d'horizon de cette question particulièrement intéressante.

Il y a effectivement fort à parier que les passages de témoin des ensembles baroques que nous voyons vivre depuis maintenant une cinquantaine d'années (et hop, un coup de vieux au passage) ne vont pas se dérouler sans problèmes et je me demande d'ailleurs si certaines formations historiques se relèveront du départ de leur chef et créateur. J'ai du mal à imaginer le Concentus Musicus sans Harnoncourt ou les English Baroque Soloists sans Gardiner, quand l'exemple des Arts Florissants montre bien les défis que pose cette transmission du flambeau. Qu'on aime ou pas William Christie - et je partage complètement votre constat quant à ses dix dernières années sans grand relief -, il a su imprimer une telle marque sur son ensemble que ses successeurs vont mettre énormément de temps à s'en détacher et à proposer de la nouveauté tout en s'inscrivant dans la continuité; espérons que le public sera patient.

Il me semble que les ensembles devront faire face à deux défis majeurs. Le premier, soulevé par Rhadamisthe, est l'uniformisation galopante du répertoire proposé, due, à parts égales, à un certain embourgeoisement de « baroqueux » trop bien nourris de notoriété et préférant donc la redite au risque, mais aussi à la situation économique difficile qui pousse organisateurs de concerts et éditeurs de disques à jouer la prudence et la rentabilité immédiate : hors Vivhändel© ;-), peu de salut, puisque c'est ce duo qui, presque à lui seul, dope les ventes, Bach père représentant, quant à lui, comme je l'écrivais à l'automne dernier, une « valeur refuge pour temps de crise » (je souris en me disant qu'au moment où j'écris ces lignes, René Jacobs vient d'entrer en studio à Berlin pour graver une Saint Matthieu).

Il me semble également qu'un élément que vous ne citez pas mais qui ne sera pas sans influence sur tout ceci est la fragilisation des labels discographiques, qui ont eu une importance déterminante dans l'éclosion (songez à DHM provoquant la fondation de La Petite Bande) et la diffusion du travail des ensembles baroques : le succès d'Harnoncourt ne se conçoit pas sans l'action de Teldec, celui de Christie et de Gardiner s'est largement appuyé sur celle d'Erato, etc. Aujourd'hui, il me semble qu'aucun éditeur n'a les reins assez solides pour insuffler le dynamisme nécessaire au maintien d'un ensemble qui traverserait une phase de transition du point de vue de sa direction. Je suis convaincu que ce fait qui peut nous sembler anodin aujourd'hui pèsera de tout son poids demain.

Je crois, tout comme vous, que les mois et années à venir vont voir de sacrés bouleversements à la tête de ces ensembles qui nous sont aujourd'hui familiers, mais que ces secousses auront aussi l'avantage de favoriser l'émergence de nouveaux et talentueux musiciens dont certains, comme Nicolas Achten (je suis plus réservé sur Raphaël Pichon), ont été cités dans cette conversation (je crois également beaucoup en l'avenir de Vox Luminis ou de Correspondances, entre autres, mais il ne s'agit pas d'ensembles qui touchent à l'opéra).

Belle journée à vous.

PS : parmi les « grands » de votre liste manquent les ensembles de Jordi Savall, pour lesquels le même problème de survivance risque de se poser.

6. Le jeudi 16 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Et voilà que maintenant je vais rebondir sur deux commentaires à la fois. Oui, je ne suis pas gêné...

Tout à fait d’accord avec Jean-Christophe sur Bach et Vivhändel (© J.-C. P.) et sur l’impulsion des labels discographiques, même si, comme je l’ai déjà dit, il me semble que les grands groupes sont bien frileux (le pense à Harmonia Mundi par exemple, ou Naïve), d’autres comme les labels d’Outhere et Glossa, sont plus audacieux. Ne les oublions pas ! Si pour HM et Naïve c’est point de salut hors de Bach et Vivhändel (© J.-C. P.), Cencic et Jaroussky, pour moi c’est point de salut hors de Glossa et Outhere ;-)

nouveaux et talentueux musiciens dont certains, comme Nicolas Achten (je suis plus réservé sur Raphaël Pichon), ont été cités dans cette conversation (je crois également beaucoup en l'avenir de Vox Luminis ou de Correspondances, entre autres, mais il ne s'agit pas d'ensembles qui touchent à l'opéra)



Je ne me suis pas non plus limité à l’opéra, dont d’ailleurs Scherzi Musicali n’a approché que récemment avec La Catena d’Adone — et c’est justement ce disque qui m’a laissé assez sceptique. Pour Pygmalion / Raphaël Pichon, je n’ai pas entendu leur deuxième Bach, mais le premier m’a beaucoup plu, il y a une excellente maîtrise, me semble-t-il, des couleurs et des dynamiques. Par ailleurs, j’ai eu la chance d’entendre le chœur seul en concert ici, à la Folle Journée, et je peux vous dire que je n’étais pas le seul à être soufflé — il y avait une chef de chœur à côté de moi, elle en revenait à peine. Pour moi les deux ensembles sont à suivre, des valeurs à peu près sûres mais pas encore tout à fait sûres, justement. De même pour Correspondance, dont les deux réalisations discographiques sont très abouties — d’ailleurs, ZZT = Outhere ; pour Scherzi Musicali et Pichon, Alpha et Ricercar = Outhere.

D’ailleurs, sur cette question des labels, certes, eux n’ont pas forcément l’énergie (financière) nécessaire pour impulser, mais il y a des institutions comme le CMBV ou le Palazetto Bru Zane qui n’existaient pas et qui font tout de même des choses — quoi qu’on en pense par ailleurs.

À propos des effectifs, j’ai l’impression qu’il est plus facile de faire aujourd’hui des productions avec un ensemble musical réduit (un gros continuo et deux fois deux dessus, pour les Cavalli ou contemporains), ou alors on est subventionné par le CMBV et là, c’est plutôt il faut des effectifs énormes pour des œuvres assez ambitieuses (grands opéras comme La Toison d’or, Céphale et Procris, etc.), et que le juste milieu (enfin, juste, façon de parler) est de moins en moins répandu. Finalement, des versions comme celles d’Hugo Reyne avec un orchestre moyen ont peu de places ; c’est du moins mon impression.

je souris en me disant qu'au moment où j'écris ces lignes, René Jacobs vient d'entrer en studio à Berlin pour graver une Saint Matthieu



En effet ! Mais en même temps, il a fait pas mal de “grands classiques” de ce genre, j’attends sans patience sa Finta Giardiniera. À ce propos, deux remarques sur lesquelles je finirai. La première c’est que de toute façon, HM ne suit pas les projets plus originaux : Don Chisciotte de Conti, Cora und Alonso (version allemande, pas suédoise) de Naumann, Der geduldige Sokrates de Telemann, tout ça a été fait, et pas gravé. Ce qui est gravé c’est du Händel et du Mozart. Et du Pergolèse pour bientôt. L’autre remarque c’est que cette Matthieu risque d’être intéressante, vu le profil de Jacobs, qui me semble beaucoup plus proche finalement de la Jean. Je suis curieux d’entendre ça, même si je suis pas sûr d’adhérer à 100 %. Bon, attendons déjà la Finta — 3 ou 9 octobre, je crois.

7. Le jeudi 16 août 2012 à , par Jean-Christophe Pucek :: site

Nous nous rejoignons sur nombre de points, comme souvent, Rhadamisthe, et vous serez peut-être surpris d'apprendre que moi dont la pente incline assez peu vers l'opéra, je guette avec la même impatience que vous la sortie de la Finta Giardiniera de Jacobs.

Je tombe d'accord avec vous pour dénoncer la frilosité de nombre d'éditeurs discographiques - au crédit d'Harmonia Mundi, ce Mozart-ci n'est pas le plus fréquenté et les Sept dernières Paroles de Pergolèse sont un inédit - et pour saluer les efforts méritoires du groupe Outhere et de Glossa, comme l'action d'institutions comme le CMBV ou le Palazzetto Bru Zane, le souci étant de savoir jusqu'à quand elle va pouvoir se poursuivre, principalement pour ce qui est de la première qui me semble très malmenée quand la seconde paraît un peu plus solide.

Pour ce qui est de Pygmalion, son premier disque Bach était aussi bon que le second était moyen, et la Trauermusik de J.S. Bach (pastiche de la Saint Matthieu), entendue en concert à Sablé m'a beaucoup ennuyé. Maintenant, cet ensemble est jeune et Raphaël Pichon possède une indéniable science du chœur, ce qui nous promet de très beaux moments. Espérons.

Pour finir sur un clin d’œil voici la distribution très alléchante de la Saint Matthieu que va graver Jacobs : Sunhae Im, Bernarda Fink, Topi Lehtipuu, Werner Güra, Konstantin Wolff, Johannes Weisser, RIAS Kammerchor, Akademie für Alte Musik Berlin. C'est beau, le luxe, non ?

8. Le jeudi 16 août 2012 à , par Jérémie

D'abord en ce qui concerne Cavalli :

-- Pour ce qui est de l'Artemisia de La Venexiana, j'ai assisté au concert de Montpellier ; celui-ci avait été très mal reçu par la critique pour des raisons très spécieuses (chaleur épouvantable à l'intérieur de la salle et absence - non signalée - de surtitres en raison d'un problème technique), mais avait en réalité atteint des sommets interprétatifs. Il faudrait une notule entière pour expliquer exactement ce que Cavina a réussi ce soir là, et ce qui fait défaut à la plupart des interprètes qui attaquent Cavalli (l'un des compositeurs les plus ardus du baroque). L'enregistrement studio est malheureusement un peu moins bien : d'abord l'œuvre est livrée dans son intégralité (il n'y a plus les coupes judicieuses qu'avait fait Cavina pour la représentation live) donc l'opéra perd un peu son efficacité redoutable ; ensuite, je pense que le son est surfait, et les effets trop hyperboliques, malheureusement atténuant l'équilibre remarquable atteint lors du live et prouvant que « le mieux est l'ennemi du bien » (mais le live est parfaitement écoutable tel qu'enregitré par France Musique).

-- Par contraste, l'Egisto par Dumestre est une des productions les plus lamentables auxquelles j'ai assisté. J'ai déjà expliqué ma position de nombreuses fois, et je ne vais pas reprendre encore. Il suffit de dire que Dumestre n'a absolument pas les compétences pour attaquer une œuvre de cette difficulté. Son talent, et ce qu'il aime, c'est ces improvisations rurales. D'ailleurs on voit parfaitement qu'il jouit le plus quand il peut prendre son théorbe et improviser un chaconne, et que ces programmes les plus populaires sont ceux basés sur les programmes de musique « populaire ». Mais en tant que chef, c'est une (gentille) catastrophe. Ce qui était d'ailleurs particulièrement marquant, c'est à quel point les chanteurs (pourtant Mauillon et Auvity c'est le top du top...) étaient mal utilisés, et même brimés !!!


Pour ce qui est des Arts Florissants :

Il y a beaucoup de justesse dans ce que tu dis, David. J'aurais tendance néanmoins à penser que tu vois un peu l'arbre pour la forêt. Tu juges la réussite de ce projet de succession de Christie uniquement au travers de ce concert d'Aix, alors qu'Agnew a eu de nombreux succès - certes, sans avoir le talent de Christie, mais en exposant une base technique et musicale un peu plus solide qu'un nombre d'ensembles récents (cf. Poème Harmonique...).

Pour ce qui est du concert d'Aix, il a été moins bien réussi que ce qui aurait pu être pour un certain nombre de raisons. La première est que Agnew n'a pas encore maitrisé la composition de programmes : en effet, celui du concert était un pot-pourri un peu disjoint de choses qui ne s'enchainaient pas forcément. Pis encore, il faut savoir qu'à l'origine, ce programme était deux fois plus long, et qu'il n'a été raccourci que peu avant la représentation. Les problèmes d'interprétation que tu évoques sont dûs en parti à un manque de répétition (car ils avaient eu trop à répéter).

Enfin, sur le travail de Christie, outre la préparation de sa succession, et son travail réel pour alimenter la musique baroque plutôt que d'en être consommateur (pensez que lui forme des chanteurs chaque année - avec la prise de risque que cela implique - plutôt que de prendre systématiquement des grands noms)... ce n'est pas vrai qu'il a arrêté de déterrer, au contraire.

S'il est bien en train de connaitre une période de synthèse, où il revisite le répertoire qu'il a deterré, mais cette fois-ci avec le recul de ses ans, il explore aussi un répertoire, qui n'est plus celui des tragédies lyriques, puisqu'il a actuellement à cœur de déterrer le patrimoine d'airs de cours qui n'est connu que de manière assez parcellaire.

Je ne suis pas sûr qu'il faille mesurer l'activité d'un ensemble au nombre de nouveautés qu'il deterre, dans ce cas, 95% des ensembles au niveau mondial seraient à l'air avec un pied dans la tombe !!!



PS: Oui, on peut saluer le courage discographique d'Harmonia Mundi qui publie un Mozart (le plus inconnu des compositeurs !) par Jacobs (le plus inconnu des chefs !). Ça c'est une vraie prise de risque !!!!

9. Le jeudi 16 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

En ce qui concerne l’Egisto, au risque de passer pour un imbécile qui ne comprend rien — je ne suis pas à ça prêt —, j’ai trouvé au contraire que c’était plutôt réussi, avec un continuo inventif, une certaine sobriété.

Quand je l’ai vu c’était pas Auvity — dommage — mais Dahlin. J’ai trouvé la distribution vocale plutôt réussie, peut-être un peu brimée en effet, mais rien d’alarmant… Personnellement, je regrette beaucoup que ça n’est pas été immortalisé par un DVD, j’aurais mieux vu la mise en scène qu’en vrai en plus… Inversement, j’ai pas aimé le Cadmus qui était bien mou et coincé. Malgré Claire.

Ses programmes vraiment populaires de chanson française sont à mon avis relativement ratés. Il réussi la musique italienne faussement populaire.

À mon sens, le vrai ratage Cavalli récent, c’est la Didone de Christie, ennuyeux à en mourir.

10. Le jeudi 16 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Pour finir sur un clin d’œil voici la distribution très alléchante de la Saint Matthieu que va graver Jacobs : Sunhae Im, Bernarda Fink, Topi Lehtipuu, Werner Güra, Konstantin Wolff, Johannes Weisser, RIAS Kammerchor, Akademie für Alte Musik Berlin. C'est beau, le luxe, non ?


Pas mal en effet, je regrette juste Fink, on pourrait espérer mieux. Elle m’ennuie, à la longue… On devine Güra Évangéliste, non ?

11. Le jeudi 16 août 2012 à , par Jérémie

En ce qui concerne l’Egisto, au risque de passer pour un imbécile qui ne comprend rien — je ne suis pas à ça prêt —, j’ai trouvé au contraire que c’était plutôt réussi, avec un continuo inventif, une certaine sobriété.


Non, le continuo n'était pas inventif du tout, mais réellement affligeant. Malheureusement peu de gens comprennent ce qu'est un bon continuo. Pour ce qui est de celui de Dumestre, il y avait deux modes : le mode tutti (tous les instruments jouent en même temps) et le monde corde (juste les cordes pincées).

Il y a même eu des scandales, par exemple quand dans la lamento "Piangete occhi dolenti" de Climene (II, 6) tout le monde a entendu le Lamento de Didone à cause des harmonies qui avait accollée Dumestre. La justification étant que les partitions de l'époque contiennent une ligne de basse continue, et qu'en particulier pour les opéras du baroque vénitien, les indications/chiffrages d'harmonies sont très lacunaires, donc on serait soit-disant obligé d'inventer...

C'est archi-faux. Les harmonies sont notées quand : elles ne sont pas évidentes (en vue des pratiques contemporaines documentées dans de nombreuses autres partitions écrites en toutes notes) et ne peuvent pas être déduites des autres parties. C'est un travail musicologique que Dumestre ne comprend pas, et il s'est permis d'harmoniser à sa fantaisie, et empruntant à une œuvre composée bien longtemps après. C'est n'importe quoi, et ce n'est que l'un des symptomes d'une incompréhension totale pour la musique qu'il tente de jouer.

Et à titre personnel, je trouve impardonnable, vu les jeunes musiciens très compétents, d'embaucher des clavecinistes aussi mauvais.

Quand je l’ai vu c’était pas Auvity — dommage — mais Dahlin.


Je crois que vous faites erreur. Auvity a assuré le rôle d'Hipparco dans toutes les représentations de la tournée, et Dahlin celui de Lidio. Vous pensez peut-être à Apollon qui a été chanté par David Tricou à Paris et Reinhoud van Mechelen à Rouen.

J’ai trouvé la distribution vocale plutôt réussie, peut-être un peu brimée en effet, mais rien d’alarmant…


Au contraire, c'est alarmant dans une musique qui fait sa part belle à l'improvisation, et dont les lignes musiques sont truffées de non-dits. J'ai été scandalisé quand à deux reprises Anders Dahlin tentait d'orner une fin de ligne en pure style vénitien, quand Dumestre a continué à diriger l'orchestre à la mesure suivante, faisant rater à Dahlin son chant et le décalant par rapport à l'orchestre. C'est symptomatique d'un mauvais chef, et ce genre de tension se retrouvait chez d'autres chanteurs.

Dans une musique où la souplesse et la spontanéité sont primordiales, c'est inadmissible.

Par contraste, la seule chanteuse à laquelle Dumestre a fait attention est Lefilliatre. C'était parfaitement évident dans l'air de la deuxième scène, "I riposi de le piume", magnifiquement chanté et souple...

À mon sens le vrai ratage Cavalli récent, c'est la Didone de Christie, ennuyeux à en mourir.


Je ne pense pas que vous faites raisonnablement la part des choses, et je pense qu'en raison de sa mise-en-scène foireuse, vous avez jugé trop hâtivement cette Didone, alors que c'est une interprétation sublime — d'autant vu la complexité infinie de cet opéra. À vrai dire, je pense qu'en se frottant à l'œuvre la plus difficile de Cavalli, Christie et ses musiciens ont peut-être signé la plus belle, la plus intelligente des interprétations de ce compositeur.

Si cela vous rassure, il y a quelques années, la critique avait descendu en flamme La Calisto par Rousset au TCE à cause de la mise-en-scène de Makaieff, alors même que l'interprétation était vastement supérieure à l'interprétation-coqueluche livrée par Jacobs (qui ne saurait pas expliquer ce qu'est l'opéra vénitien si sa vie en dépendait). Et comme je l'ai dit elle a descendu l'Artemisia par La Venexiana à Montpellier pour des raisons toute aussi déconnectées de l'interprétation.

Vos commentaires me laissent à penser que vous n'aimez pas la musique de Cavalli.

Si vous aviez l'enregistrement d'Egisto, je vous proposerez de comparer certains récitatifs de l'Egisto et de la Didone, pour voir la différence de qualité.

12. Le vendredi 17 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Il ne faut pas s'absenter une journée, ici, ça bourdonne de tous côtés !

Bonsoir à tous trois !

--

Je commence par Jean-Christophe :

Au contraire ! Il n'est pas possible d'arriver tard, l'ordre chronologique n'est qu'une commodité pour trouver les actualisations, mais il y a peu de sujets qui changeraient d'aspect parce qu'ils ont été posté la veille (ou même l'an passé).

Vous avez raison pour Savall, il manque sérieusement ! Il manque Garrido aussi. J'ai essayé de tirer le fil par répertoire, et effectivement je suis totalement passé à côté de ceux aux contours plus flous et plus hispanisants. Il aurait fallu que je regarde à la fois la discographie du Messie (ce que j'ai fait, pour vérifier ce qui me manquait dans les ensembles anglais) et de l'Orfeo !
Cet ensemble est vraiment l'archétype de ce qui est susceptible d'advenir : le niveau intrinsèque de l'ensemble (très inférieur à la concurrence actuelle), l'aura assez unique du chef auprès d'un vaste public (assez au delà des seuls amateurs de musique baroque), et la composition de programmes (là aussi, très transversaux, à la limite du cross-over d'une certaine façon) vont rendre très difficile la succession d'un chef qui était la clef de voûte du système, et dont la réputation se fondait avant tout sur son passé de violiste exceptionnel. Les gens achetaient les disques de Savall parce qu'il y avait un parfum de légende dedans, un personnage sympathique, des programmes évocateurs, parce qu'il y avait Montserrat Figueras aussi (même si la justesse n'était plus au rendez-vous depuis vingt ans)... Que restera-t-il de cela après ?

Dans le cas du Concentus Musicus de Vienne, la question se pose en d'autres termes, puisque Harnoncourt, finalement, n'y passe plus beaucoup de temps. Je suppose donc que les musiciens, le reste du temps, sont embauchés dans d'autres ensembles ou jouent avec d'autres chefs. Dans le premier cas, l'ensemble (qui a de toute façon beaucoup perdu de son rayonnement international depuis la romantisation d'Harnoncourt) se dissoudra ; dans le second, il continuera son existence plus discrète. La rupture Harnoncourt y est préparée depuis longtemps.
De même pour les nombreux ensembles qui n'ont plus beaucoup d'exposition médiatique (The English Concert dont je parlais, par exemple), et où la transition, même si elle se passe bien, ne sera pas visible - elle pourrait même permettre à ces phalanges, dans un second temps, de rebondir.

Quant aux ensembles de très haut niveau comme les English Baroque Soloists, les qualités intrinsèques me paraissent telles que je ne m'imagine pas, sauf pour des raisons politiques (disputes internes, suppression de subventions au départ de Gardiner) qu'orchestre et choeur puissent sombrer si facilement. A la rigueur, je serais un peu plus réservé pour les Musiciens du Louvre, dont la succession reste lointaine, mais qui est aussi bien plus liée à une personnalité, un phrasé, une couleur précise. Leur avenir tiendrait alors à la possibilité de conserver cela avec quelqu'un d'autre (ce qui me paraît difficile), ou à faire différent mais aussi bien (retrouver un chef de génie, en somme).

Au passage, petite précision pour Christie : je ne trouve pas ses dernières années sans grand relief, tout particulièrement les très récentes (il parvient enfin à jouer les premiers italiens et Haendel de façon intéressante, et sa science du continuo s'est encore étoffée) ; mais j'y regrette l'absence de nouvelles exhumations. Certes, il y avait beaucoup d'avance, mais dix ans avec une nouveauté maximum par an, c'est un peu frustrant.

--

A propos des défis :

1)

Le premier, soulevé par Rhadamisthe, est l'uniformisation galopante du répertoire proposé, due, à parts égales, à un certain embourgeoisement de « baroqueux » trop bien nourris de notoriété et préférant donc la redite au risque, mais aussi à la situation économique difficile qui pousse organisateurs de concerts et éditeurs de disques à jouer la prudence et la rentabilité immédiate : hors Vivhändel© ;-), peu de salut, puisque c'est ce duo qui, presque à lui seul, dope les ventes, Bach père représentant, quant à lui, comme je l'écrivais à l'automne dernier, une « valeur refuge pour temps de crise » (je souris en me disant qu'au moment où j'écris ces lignes, René Jacobs vient d'entrer en studio à Berlin pour graver une Saint Matthieu).

C'est étrange, je ressens exactement le contraire sur le répertoire. Il y a quinze ans, on ne trouvait que du Händel en opéra seria. Il existait UN Vivaldi dans le commerce, et Hasse, Leo ou Jommelli n'étaient que des noms abstraits, souvent liés à l'histoire de nos castrats préférés. La situation a considérablement changé, du moins au disque. Et on pourrait en dire autant de tous les autres répertoires (pas seulement le baroque d'ailleurs) : l'explosion du nombre de labels discographiques a permis la documentation de pans entiers de la musique qui étaient délaissés par les grandes maisons.
Il y a encore cinq ans, qu'avait-on des Cantates du Prix de Rome ou des tragédies en musique de l'ère classique, du moins si l'on souhaitait des interprétations adéquates ? Et il n'était même pas évident de se procurer les partitions !

Il est devenu possible, y compris dans des secteurs encore moins "vendables" comme la musique contemporaine, de trouver quantité d'oeuvres célèbres qu'on n'avait jamais enregistrées, ou à ce point inconnues qu'on n'avait jamais vu simplement mention du seul nom du compositeur. Pour en revenir au baroque, les renaissances de Landi, Legrenzi, Destouches ou Desmarest, servies par un assez grand nombre de publications au court des années 2000, ont été assez spectaculaires, à ce qu'il m'en a semblé.

En concert, il en va bien sûr différemment. Je mets de côté Londres, Amsterdam ou Paris, où vu le nombre de salles, d'ensembles, et la variété de programmation, on trouve de tout tout le temps, c'en est presque indécent. Ailleurs que dans les très grandes métropoles, en revanche, il est sûr que les organisateurs de concert peuvent difficilement proposer autre chose que Haendel ou Vivaldi, à la rigueur Rameau. Et bien sûr Bach. %%%
A Bordeaux où j'ai longtemps vécu, le public était très friand de baroque, le seul répertoire sur lequel il pouvait être aventureux, et où l'on faisait systématiquement salle comble. Pourtant, on ne proposait, pour le baroque XVIIIe, que Haendel à l'Opéra (et une seule fois Vivaldi et Rameau). Toute l'année, Sagittarius propose exclusivement des cantates de Bach (peut-être dix concerts par an !). Une seule fois, assez récemment, j'ai pu les entendre dans du Gesualdo, c'était fête !

Donc je peux acquiescer pour le concert (mais je ne le vois pas comme une régression, le répertoire présentable pour remplir une salle est toujours limité), mais pour le disque, vraiment, je ne vois pas. Je me demande au contraire quand va cesser cet Age d'Or que je vois s'épanouir avec une certaine de frayeur : cette multitude de labels de niche est-elle viable ? Et je redoute le jour où, échaudés par des faillites en cascade, les labels restants devront revenir à Bach et Haendel (exclusivement).

Ce qui nous amène à votre second point :

2)

Il me semble également qu'un élément que vous ne citez pas mais qui ne sera pas sans influence sur tout ceci est la fragilisation des labels discographiques,

C'est vrai, je l'ai seulement effleuré à propos de l'impact de la disparition d'Erato.

Aujourd'hui, il me semble qu'aucun éditeur n'a les reins assez solides pour insuffler le dynamisme nécessaire au maintien d'un ensemble qui traverserait une phase de transition du point de vue de sa direction. Je suis convaincu que ce fait qui peut nous sembler anodin aujourd'hui pèsera de tout son poids demain.

Je vois très bien les labels abandonner ces ensembles au profit de jeunes dynamiques plus markettables, oui. Mais s'ils sont remplacés, ce ne sera qu'un moindre mal : ces musiciens d'expérience se redéploieront dans les nouveaux ensembles bien en cour. En revanche, l'impact sur les répertoires abordés est impossible à déterminer. Nos seuls phares seront les subventions des institutions avec une logique dans leur programmation, qui peuvent obliger les ensembles à défricher - mais si cela existe pour la musique française, pas de telle centralisation des plans de découvertes pour la plupart des autres domaines...

ces secousses auront aussi l'avantage de favoriser l'émergence de nouveaux et talentueux musiciens

Absolument. J'approuve tout à fait pour Achten. Concernant Raphaël Pichon, je n'en suis pas assez familier pour avoir un avis, en tout cas les avis sont pour sûr déjà partagés et passionnés à son sujet !


Merci pour votre très riche commentaire !

--

Et pour le second :

comme l'action d'institutions comme le CMBV ou le Palazzetto Bru Zane, le souci étant de savoir jusqu'à quand elle va pouvoir se poursuivre, principalement pour ce qui est de la première qui me semble très malmenée quand la seconde paraît un peu plus solide.

Malmenée financièrement ? Tout le reste étant susceptible de se soigner...

[quoe]Pour ce qui est de Pygmalion, son premier disque Bach était aussi bon que le second était moyen,Si on parle bien de la messe en fa (BWV 233) pour le second, je me suis régalé. Quels étaient les problèmes ?

13. Le vendredi 17 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Pardon, ma dernière citation a manqué : vous parlez jusqu'à "moyen", ensuite il s'agit de ma réponse.

Bonne (fin de) soirée à vous !

14. Le vendredi 17 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Pardon, Rhadamisthe, je fais tout en une seule fois, ce sera plus désordonné mais plus confortable à suivre, je crois.


au risque de passer pour un imbécile qui ne comprend rien — je ne suis pas à ça prêt —

Joli. :) Vous n'êtes pas à ça près, ou pas prêt à ça ? On sent que quelque chose s'est retenu sur votre clavier au moment d'écrire la petite concession. :)

[Ca, c'est une petite vengeance médiocre après un épisode similaire ailleurs, n'est-ce pas. :) ]

Inversement, j’ai pas aimé le Cadmus qui était bien mou et coincé. Malgré Claire.

Oh, le Cadmus était tout de même sacrément intéressant, il tirait beaucoup vers l'esthétique italienne, c'était un choix vraiment éclairant. Les danses en particuliers réussissaient. J'étais davantage réserve sur les aspects linguistiques et visuels.

(Mais s'il faut choisir, oui, je trouve Rousset plus enthousiasment dans Cadmus.)

À mon sens, le vrai ratage Cavalli récent, c’est la Didone de Christie, ennuyeux à en mourir.

Alors là, vous êtes de merveilleux miroirs, tous les deux ! Mais si j'ai dit mes doutes sur la possible nullité de l'Egisto de Dumestre, je peux affirmer haut et forme que la Didone de Christie était hallucinante de maîtrise à tous les niveaux. Lui qui était si raide d'ordinaire dans ce répertoire... transfiguré. Un continuo complètement dément, une vie remarquable... je n'avais jamais ressenti de telle jubilation pour un Cavalli (jamais de jubilation tout court, en fait).

Pas mal en effet, je regrette juste Fink, on pourrait espérer mieux. Elle m’ennuie, à la longue…

Dans ce répertoire, oui, elle est un peu lisse, si on veut vraiment chipoter (mais ça changera des altos sans mots, tassés ou grumeleux qu'on a la plupart du temps). Je voudrais qu'elle enregistre le lied dans les grandes largeurs, moi. Là elle est grande.

On devine Güra Évangéliste, non ?

On tout cas on espère. :) Enfin, je dis ça, mais je n'ai pas prévu de l'acheter, même si je suis curieux des choix de Jacobs, toujours très réfléchis et neufs. Il y a suffisamment de Saint-Matthieu comme cela. S'il fait une Saint-Jean, je me laisserai peut-être davantage tenter, son sens dramatique pourrait y être à bonne affaire.

d’autres comme les labels d’Outhere et Glossa, sont plus audacieux. Ne les oublions pas !

Oui, Outhere, avec Ramée + Ricercar + Alpha + Phi (et Aeon dans un autre genre), c'est assez impressionnant. Et puis Glossa qui est une petite révolution dans la conception de l'objet musical, à mon sens. En tout cas qui fait, pour moi qui ne suis pas du tout un fétichiste du support physique, la différence avec la dématérialisation. J'en viens à acheter l'ouvrage plutôt que le disque...

Et on peut ajouter quelques autres comme Accent, Naxos, Atma, Centaur... ce ne sont pas les labels aventureux qui manquent, ils sont juste moins bien distribués chez les disquaires. Mais avec l'Internet, le problème ne se pose plus vraiment, à part en termes de publicité, forcément plus limitée pour des niches.

Pour Pygmalion / Raphaël Pichon, je n’ai pas entendu leur deuxième Bach, mais le premier m’a beaucoup plu,

Ah, je suis dans le cas inverse, j'ai entendu le second (celui avec la messe en fa) mais pas le premier. Je l'ai beaucoup aimé également.

D’ailleurs, sur cette question des labels, certes, eux n’ont pas forcément l’énergie (financière) nécessaire pour impulser, mais il y a des institutions comme le CMBV ou le Palazetto Bru Zane qui n’existaient pas et qui font tout de même des choses — quoi qu’on en pense par ailleurs.

À propos des effectifs, j’ai l’impression qu’il est plus facile de faire aujourd’hui des productions avec un ensemble musical réduit (un gros continuo et deux fois deux dessus, pour les Cavalli ou contemporains), ou alors on est subventionné par le CMBV et là, c’est plutôt il faut des effectifs énormes pour des œuvres assez ambitieuses (grands opéras comme La Toison d’or, Céphale et Procris, etc.), et que le juste milieu (enfin, juste, façon de parler) est de moins en moins répandu. Finalement, des versions comme celles d’Hugo Reyne avec un orchestre moyen ont peu de places ; c’est du moins mon impression.

[quote]L’autre remarque c’est que cette Matthieu risque d’être intéressante, vu le profil de Jacobs, qui me semble beaucoup plus proche finalement de la Jean.

Tenez, nous nous rejoignons. :)
[/quote]

15. Le vendredi 17 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Ici aussi, je me suis essoufflé avec mes citations... Pour répondre

À propos des effectifs, j’ai l’impression qu’il est plus facile de faire aujourd’hui des productions avec un ensemble musical réduit (un gros continuo et deux fois deux dessus, pour les Cavalli ou contemporains), ou alors on est subventionné par le CMBV et là, c’est plutôt il faut des effectifs énormes pour des œuvres assez ambitieuses (grands opéras comme La Toison d’or, Céphale et Procris, etc.), et que le juste milieu (enfin, juste, façon de parler) est de moins en moins répandu. Finalement, des versions comme celles d’Hugo Reyne avec un orchestre moyen ont peu de places ; c’est du moins mon impression.

Pourtant, j'en ai entendu au CMBV - notamment, chaque année, les concerts d'extraits d'opéras du compositeur à l'honneur. Ou les jeudis musicaux à la chapelle royale. Après, les formats choisis par Reyne manquent un peu, à mon goût, d'ambition, et des ballets "purs" de Lully ou des morceaux de comédie-ballet ou de musique de circonstance, ce n'est pas forcément ce qui passionne le plus le public.

16. Le vendredi 17 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Enfin, à nous, Jérémie.

--

Pour Cavina, je n'y reviens pas : comme je le disais, je ne me sens pas assez proche de Cavalli pour avoir un avis sur l'interprétation elle-même. J'ai surtout été intéressé par la qualité du livret, parcouru par une belle tension. Musicalement, aussi bien pour le concert que pour le studio, il y a un petit quelque chose de terne, de pas complètement chaleureux, qui tient pour partie à la prise de son... je n'arrive pas vraiment à avoir d'avis.

Pour Dumestre, bien sûr, tu exagères beaucoup, on en a déjà discuté, mais je le trouve généralement très convaincant dans ce répertoire. Oui, il ne respecte pas toujours les partitions (les coupures que tu mentionnais pour Pagliardi) ou les conventions instrumentales (usage abusif et anarchique de la lirone, n'est-ce pas !), mais avec beaucoup de couleurs et de mobilité, il fait remarquablement fonctionner les partitions. Mais n'ayant rien entendu de cet Egisto, je ne puis dire. C'est bien, en l'espace de deux commentaires, on l'a au faîte et dans la géhenne... :)

Je me permets cependant de relever le faux rapport logique que tu établis dans ton argumentaire entre ses grosses ventes et ses grandes réussites (quel est le rapport ?). Comme tu le dis toi-même, ce sont des chansons populaires, donc ça se vend forcément mieux qu'un opéra obscur de Pagliardi. Demande aux disquaires à qui ils l'ont vendu, il y a eu beaucoup de cadeaux faits aux grands-mères ! (Au passage, je trouve l'album Aux marches du palais, quoique aberrant linguistiquement, d'une prégnance assez extraordinaire.)

C'est un travail musicologique que Dumestre ne comprend pas, et il s'est permis d'harmoniser à sa fantaisie, et empruntant à une œuvre composée bien longtemps après. C'est n'importe quoi, et ce n'est que l'un des symptomes d'une incompréhension totale pour la musique qu'il tente de jouer.

Cela, en revanche, oui, c'est mal. Je n'ai pas vérifié moi-même sur les partitions, mais s'il harmonise en copié-collé (et hors sol), ce n'est pas la peine d'exhumer des raretés. Néanmoins, comme personne ne l'entend, ce n'est pas si grave pour le public, vu l'absence de notoriété du genre. Lorsque Cavalli sera aussi bien documenté que Mozart, le public sera capable d'entendre ces finesses.

J'ai été scandalisé quand à deux reprises Anders Dahlin tentait d'orner une fin de ligne en pure style vénitien, quand Dumestre a continué à diriger l'orchestre à la mesure suivante, faisant rater à Dahlin son chant et le décalant par rapport à l'orchestre. C'est symptomatique d'un mauvais chef,

Là tu te places du point de vue du chef, mais les chanteurs instables, il y en a un grand nombre, et ils peuvent être . Un aussi bon chef que Slatkin s'est paraît-il complètement perdu dans une pièce aussi simple que Traviata, parce qu'il n'arrivait pas à suivre le rubato des chanteurs habitués à être suivis à leur moindre fantaisie. Je t'accorde que dans ces répertoires, le chef doit avoir cette souplesse, mais j'aimerais être sûr que la faute n'en incombe qu'à Dumestre avant de jeter définitivement l'anathème. :)

Par contraste, la seule chanteuse à laquelle Dumestre a fait attention est Lefilliatre. C'était parfaitement évident dans l'air de la deuxième scène, "I riposi de le piume", magnifiquement chanté et souple...

Précisément, ils ont l'habitude de travailler ensemble... ils ont peut-être même pu regarder ses parties en amont, vu comme ils sont inséparables...

je pense qu'en raison de sa mise-en-scène foireuse, vous avez jugé trop hâtivement cette Didone [...] Vos commentaires me laissent à penser que vous n'aimez pas la musique de Cavalli.

Eh là, tout doux, pas de procès d'intention à mes hôtes. Même si on pouvait établir avec certitude que tu avais raison, ça ne voudrait pas dire que les autres n'aiment pas sincèrement cette musique, et que les détails qui te crispent ne les dérangent pas, tout simplement (soit qu'ils ne les remarquent pas, soit qu'ils ne les jugent pas fondamentaux). Et comme il n'est même pas sûr que tu aies raison. :)


Arts Florissants

Il y a beaucoup de justesse dans ce que tu dis, David. J'aurais tendance néanmoins à penser que tu vois un peu l'arbre pour la forêt. Tu juges la réussite de ce projet de succession de Christie uniquement au travers de ce concert d'Aix, alors qu'Agnew a eu de nombreux succès

Non, non, tu mêles plusieurs choses distinctes. Ce concert était l'occasion de se poser la question - tout en disant ma déception en l'occurrence, dans un répertoire qui m'est cher et où les Arts Flo ont une place particulièrement éminente. Mais je n'ai pas écouté Agnew qu'à cet endroit (j'ai parlé ensuite dans les commentaires de ses Madrigaux de Monteverdi et de son disque sacré italien, que j'ai assez aimé d'ailleurs), et je n'en tire surtout pas de conclusions pour la suite.
Mon constat se limite au fait qu'on voit bien qu'il n'y a pas de permanence assurée, et qu'un ensemble aussi solide que les Arts Florissants peut perdre tout son cachet s'il n'est pas dirigé efficacement. J'espère bien qu'Agnew, Cohen, ou quiconque succèdera à Christie réussira l'entreprise, et plus il dirigera l'ensemble, plus la réactivité sera grande.

Très franchement, j'aurais cru qu'il était possible que les Arts Flo fonctionnent, comme le New York Philharmonic ou les Wiener Philharmoniker, en pilote automatique, en produisant une interprétation sans prise de parti énorme, mais conforme à leurs standards. Manifestement, ce n'est pas si évident que cela.

- certes, sans avoir le talent de Christie, mais en exposant une base technique et musicale un peu plus solide qu'un nombre d'ensembles récents (cf. Poème Harmonique...).

Techniquement, c'est certain - et les musiciens du circuit que j'ai rencontrés ont tous confirmé c'était techniquement l'ensemble le plus aguerri. Si cette suprématie n'est pas forcément audible au disque, on la ressent très vivement en salle - il n'y a que les Musiciens du Louvre, avec des caractéristiques très différentes, qui m'aient semblé à ce degré suprême de maîtrise.
Musicalement, reste à savoir ce qu'on désigne par là. En matière de musicalité (le fait que ça sonne naturel, allant, agréable), j'ai trouvé le Poème Harmonique plus régulier... mais je l'ai entendu dans plusieurs-dizaines-de-fois moins d'oeuvres !

en effet, celui du concert était un pot-pourri un peu disjoint de choses qui ne s'enchainaient pas forcément.

Oui, le principe était séduisant, mais pas très opérant, des bouts de trucs, et sans logique dramatique. Autant ça aurait très bien fonctionné pour du seria, et éventuellement pour l'opéra-ballet (je n'ai pas écouté la dernière entrée, consacrée aux Indes Galantes), autant pour les tragédies, ça ne peut pas aller. Encore, Médée, ça cogne dur tout de suite, mais Cambert et Lully-Collasse ?

Pis encore, il faut savoir qu'à l'origine, ce programme était deux fois plus long, et qu'il n'a été raccourci que peu avant la représentation. Les problèmes d'interprétation que tu évoques sont dûs en parti à un manque de répétition (car ils avaient eu trop à répéter).

Ca, c'est très possible, ça faisait mal dégrossi en effet. Même problème rencontré par Dumestre pour son Combattimento... Amusant de voir que cela ne s'est pas manifesté de la même façon, sans doute parce que les chefs n'ont pas fait les mêmes choix : décalages brouillons pour Dumestre, assurance tiède pour Agnew.

Enfin, sur le travail de Christie, outre la préparation de sa succession, et son travail réel pour alimenter la musique baroque plutôt que d'en être consommateur (pensez que lui forme des chanteurs chaque année - avec la prise de risque que cela implique - plutôt que de prendre systématiquement des grands noms)...

Ca, clairement. Il a abreuvé le monde baroque français à ses préceptes, et je me demande quelquefois jusqu'à quel point on n'entend pas plus, dans tous les ensembles spécialistes de musique baroque française, le style Christie que le style français. :) Au niveau du choix des voix et de l'esthétique de déclamation, c'était complètement évident jusqu'à une date récente.
Et je ne suis pas persuadé que ceux qui s'en détachent (comme Niquet qui embauche Kalinine ou Guèze) soient dans la bonne voie. :)

ce n'est pas vrai qu'il a arrêté de déterrer, au contraire.

Il n'a pas arrêté, non : il y a eu ces dernières années Landi, Hérold, Cavalli... Mais fort peu de choses par rapport à la moyenne de ce que font les ensembles spécialistes, et surtout très très en retrait de ce qu'il a fait par le passé. Je n'exige pas qu'il en fasse autant, puisqu'à ses débuts, il y avait TOUT à enregistrer - et tout le temps qu'il a gagné à ne pas rabâcher Bach, c'est peut-être ce qui a fait la différence !

S'il est bien en train de connaitre une période de synthèse, où il revisite le répertoire qu'il a deterré, mais cette fois-ci avec le recul de ses ans, il explore aussi un répertoire, qui n'est plus celui des tragédies lyriques, puisqu'il a actuellement à cœur de déterrer le patrimoine d'airs de cours qui n'est connu que de manière assez parcellaire.

Ah bon, avec son ensemble ? Je n'ai pas vu de concerts ou de disques sortir sous son égide ces dernières années, au contraire ceux que j'ai vus sont assez anciens, de la fin de l'ère Erato pour les plus récents. Après, de musiciens qu'il a formé en partie ou en totalité, oui, absolument, mais comme il les a tous formés à divers degré, on ne peut pas compter comme cela.

Je ne suis pas sûr qu'il faille mesurer l'activité d'un ensemble au nombre de nouveautés qu'il deterre, dans ce cas, 95% des ensembles au niveau mondial seraient à l'air avec un pied dans la tombe !!!

C'est une question de posture d'auditeur. En ce qui me concerne, oui, la capacité à ouvrir de nouveaux horizons compte grandement dans l'intérêt que je porte à un ensemble. Evidemment, dans les répertoires qu'on fréquente moins, on s'intéresse d'abord à la qualité d'interprétation, parce qu'on se moque un peu qu'un répertoire qu'on n'écoute que rarement ne s'étoffe pas.

Forcément, dans le répertoire baroque où la musique n'est que partiellement écrite, et ne fonctionne pas si elle est jouée seulement comme elle est notée, on ne peut pas se contenter d'un ensemble médiocre qui défriche (et peut faire beaucoup de mal aux musiques qu'il veut remettre à l'honneur !). Mais entre un ensemble extraordinaire qui ne découvre pas et un très bon ensemble qui découvre, mon intérêt ira inévitablement d'abord au second.

Harmonia Mundi

PS: Oui, on peut saluer le courage discographique d'Harmonia Mundi qui publie un Mozart (le plus inconnu des compositeurs !) par Jacobs (le plus inconnu des chefs !). Ça c'est une vraie prise de risque !!!!

Oh, tu es mesquin, juste parce que c'est HM. Glossa sort bien une trilogie Monteverdi, ce qui doit se vendre encore mieux qu'un opéra mineur (et particulièrement médiocre) de Mozart. Sortir des choses qui se vendent permet de financer le reste de la politique du label. Le tout est d'en avoir une : c'est surtout ça qui manque désormais à HM !

Il n'y a pas de quoi s'acharner, depuis dix ans Harmonia Mundi est devenu un label généraliste, qui enregistre plus de Mozart, Schubert, Chopin, Brahms, Bruckner et Mahler que de baroque. On ne parle donc plus vraiment de la même chose.

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Pour finir :

Si vous aviez l'enregistrement d'Egisto, je vous proposerez de comparer certains récitatifs de l'Egisto et de la Didone, pour voir la différence de qualité.

Le caractère éclairé (et implacable) de tes considérations sur la question m'intéresse toujours vivement, je suis très intéressé. Je t'ouvre même une notule pour ça si tu veux (soit pour que tu l'écrives, soit simplement pour ouvrir un fil de discussion spécifique là-dessus).

17. Le vendredi 17 août 2012 à , par Jean-Christophe Pucek :: site

Bonjour David,

Merci pour votre longue réponse, découverte ce matin à la fraîche. Je reviens brièvement sur quelques points.

Je vous trouve assez sévère sur le niveau des ensembles de Jordi Savall, car le dernier disque en date du Concert des Nations – Suites d’orchestre de Rameau – était plutôt de très bon niveau, du moins à mon goût. En revanche, je vous rejoins sur la question du répertoire, car si je comprends bien, pour en avoir parlé directement avec lui l’an passé, le projet humaniste de Savall, je trouve que la formule « encyclopédique » trouve aujourd’hui ses limites dans sa diffraction même, ce qui n’empêche nullement au public de suivre, puisque ses projets sont superbement présentés et que les histoires qu’ils racontent sont attirantes. Je ne sais pas quelle direction le maître catalan va donner à son travail dans la nouvelle configuration induite par la mort de Montserrat Figueras, mais je crois qu’il n’aura, après la sienne, aucun successeur naturel, parce que sa personnalité possède un rayonnement exceptionnel qui le rend irremplaçable.
Pour ce qui est du Concentus Musicus, Harnoncourt l’a récemment utilisé dans un disque de musique XIXe, le résultat n’était pas si mauvais qu’on aurait pu le craindre ; peut-être est-ce une piste pour son évolution future. The English Concert ne fait plus grand chose d’intéressant depuis des années, tout comme le Concerto Köln, autrefois si brillant et si inventif (que de découvertes on lui doit), mais qui ne s’est pas remis du départ de certains de ses membres fondateurs, dont le bouillonnant Werner Ehrhardt parti fonder L’Arte del Mondo. Les English Baroque Soloists sauveront sans doute leur peau car ils sont modulables grâce à leur avatar d’Orchestre Révolutionnaire et Romantique, une formation dont je ne comprends pas qu’elle n’ait pas encore attiré plus continûment l’attention du Palazzetto Bru Zane, quand on sait quel grand spécialiste de la musique romantique française est aussi John Eliot Gardiner.

Pour ce qui concerne le disque, je ne suis pas complètement d’accord avec vous, du moins pour Händel, qui a toujours été bien représenté au disque, dès le début des années 1980, tandis que pour la production opératique de Vivaldi, c’était effectivement une autre paire de manches. La multiplication des labels a effectivement permis d’accéder à des pans méconnus du répertoire (je pense au fantastique travail de CPO, par exemple), mais les exemples des cantates du prix de Rome ou des tragédies en musique de l'ère classique que vous citez sont éloquents : leur documentation n’est pas liée à la volonté des éditeurs discographiques, mais à celle du Palazzetto Bru Zane qui a su insuffler les moyens nécessaires pour assurer de telles renaissances. Si demain, un tel soutien vient à faire défaut, aucun label ne sera en mesure de prendre le relais, contrairement à ce qui se passait dans les années 1970-1990 jusqu’au début des années 2000. Dans le domaine de la musique baroque, j’ai bien peur que le CMBV ne soit plus très en mesure d’assurer ce rôle de soutien, les quelques parutions consacrées à Dauvergne, à paraître cet automne, marquant sans doute la fin d’une époque qui eut ses moments de gloire (Desmarets, Brossard, etc.) Espérons que l’avenir du baroque au disque ne se limite pas à des récitals finalement tous plus ou moins semblables, sauf exceptions, à de sempiternelles resucées – j’écouterai cependant La Finta Giardineria de Jacobs, car je me dis que ce chef est capable de rendre passionnante une partition qui ne l’est pas forcément, tout comme je jetterai une oreille curieuse sur sa Saint Matthieu grand luxe – ou a du grand n’importe quoi, mais qui se vend par palettes, façon Pluhar.

Un mot, enfin, sur le deuxième volume des Messes brèves de Bach par Pygmalion (oui, celui avec la BWV 233) : je l’ai trouvé pâteux avec des solistes pas très inspirés, alors que le premier volet m’avait vraiment séduit.

Très belle journée à vous.

18. Le vendredi 17 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Jean-Christophe !

Vous parlez d'un disque de Savall ; je parle du niveau de l'orchestre, ce qui dans son cas est excessivement différent. Alia Vox dispose de prises de son d'une qualité plus qu'hallucinante, hallucinatoire. Et j'aime beaucoup, moi aussi, les disques de Savall. En revanche, en vrai, on se rend compte de tout ce que la réverbération et la finition exceptionnelle du mixage masquent et subliment : son excessivement sec, pas de fondu, phrasés abrupts... Ce n'est pas indigne, mais on ne se situe clairement pas parmi les ensembles plus les plus virtuoses. Lorsqu'on a entendu les mêmes oeuvres au disque avant, je vous assure que le choc est considérable.

En revanche beaucoup de ses disques, en tant qu'objets finis et complets, sont tout à fait recommandables.

Sur le projet, j'ai jamais bien vu où il voulait en venir, mais les programmes sont séduisants, sans doute plus pour les gens extérieurs à la logique musicale, ou en tout cas sensibles également à une logique extra-musicale. La documentation que procurent ses concerts n'est pas, le plus souvent, "formelle", mais plutôt de l'ordre de l'évocation.

Pour ce qui est du Concentus Musicus, Harnoncourt l’a récemment utilisé dans un disque de musique XIXe, le résultat n’était pas si mauvais qu’on aurait pu le craindre ; peut-être est-ce une piste pour son évolution future.

Ne croyez-vous pas qu'il est plus probable que le Concentus en reste à faire du Bach à Vienne ? Il y a suffisamment de public pour tenir un rang respectable.

Les English Baroque Soloists sauveront sans doute leur peau car ils sont modulables grâce à leur avatar d’Orchestre Révolutionnaire et Romantique, une formation dont je ne comprends pas qu’elle n’ait pas encore attiré plus continûment l’attention du Palazzetto Bru Zane, quand on sait quel grand spécialiste de la musique romantique française est aussi John Eliot Gardiner.

Il existe un certain nombre de paramètres auquel on n'a pas accès à moins d'être assez intime avec les membres de ces formations : il est tout à fait possible que l'ORR ne souhaite pas perdre son indépendance de programmation (je doute que Gardiner accepte d'exhumer n'importe quel opéra qu'il ne choisirait pas, à ce stade de sa carrière)... ou que leurs tarifs soient trop peu avantageux.

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Pour ce qui concerne le disque, je ne suis pas complètement d’accord avec vous, du moins pour Händel, qui a toujours été bien représenté au disque, dès le début des années 1980,

Je n'ai pas eu le sentiment de dire le contraire, c'est même dès la fin des années 70, avec les Rinaldo (1977) et Serse (1979) de Malgoire, deux enregistrements qui restent aujourd'hui encore assez magnétiques, malgré l'absence de diminutions dans les da capo.

Si demain, un tel soutien vient à faire défaut, aucun label ne sera en mesure de prendre le relais, contrairement à ce qui se passait dans les années 1970-1990 jusqu’au début des années 2000.

C'est très possible, même si Glossa (ou Timpani) a désormais acquis une réputation suffisante auprès des mélomanes pour être suivi sans le tampon Bru Zane - Glossa a aussi fait beaucoup pour la notoriété du Palazzetto. En revanche, est-ce que ces publications seraient viables sans un soutien financier extérieur, ça reste à voir.

Je crois que ce que vous évoquez n'est pas un changement : il n'y a jamais eu le seuil critique de public pour cette musique (du moins depuis qu'elle est tombée en désuétude). Aussi, il a fallu que ce soit effectué sur la base de concerts subventionnés pour que la publication discographique soit rendue possible. Fondamentalement, le public n'était pas plus intéressé par le Prix de Rome qu'aujourd'hui, je le crains.

j’écouterai cependant La Finta Giardineria de Jacobs, car je me dis que ce chef est capable de rendre passionnante une partition qui ne l’est pas forcément,

C'est vrai, comme il a un talent pour réécrire les partitions, tout est possible. Mais dans une oeuvre de facture classique où la liberté est moindre, dont la musique est faible et le livret misérable (ou vice-versa, je ne suis plus sûr), je ne crois pas beaucoup au miracle.
Si des voix dignes de confiance me disent le contraire, j'irai entendre.

Après tout, s'il fait comme dans la Rappresentazione de Cavalieri en triplant les ritournelles de volume et en écrivant une orchestration complète, ce peut être intéressant. [Le problème étant que dans Mozart, on s'en apercevrait.]

tout comme je jetterai une oreille curieuse sur sa Saint Matthieu grand luxe – ou a du grand n’importe quoi, mais qui se vend par palettes, façon Pluhar.

Oh, c'est plutôt rare, chez Jacobs, le grand bain Pluhar. Au demeurant, j'aime assez Pluhar, ce qu'elle fait ne ressemble plus à rien, et elle ressort sans cesse les mêmes basses et les mêmes réalisations, mais elle a un son sympa et ça groove bien chez elle.

je l’ai trouvé pâteux avec des solistes pas très inspirés, alors que le premier volet m’avait vraiment séduit.

Alors il faut absolument que j'écoute le premier !


Merci pour ce passage très fourni. Je vous souhaite également une excellente journée !

19. Le samedi 18 août 2012 à , par Jérémie

Jordi Savall a donné *fabuleux* concert à Pleyel avec le programme du disque. Au contraire du disque (qui avait été, je crois, enregistré un an auparavant) déjà beau mais dont la sonorité est un peu sèche, et les articulations un peu artificielles, le concert était un miracle inespéré de la part de Savall qui a depuis longtemps perdu la main, surtout dans la musique baroque. Fabuleux du point de vue de l'interprétation (atomisant tous les récitals orchestraux de Rameau qui avait été enregistrés jusqu'alors) et du point de vue du programme : s'il y avait les inévitables Indes Galantes, il y avait aussi Naïs qui n'a quasiment jamais été jouée (d'ailleurs techniquement la comparaison avec Hugo Reyne et son orchestre qui jouait Naïs en intégralité quelques mois plus tard était cruelle), et du peu commun.

Très belle réussite, mais assez peu représentative de ce que Savall a désormais l'habitude d'offrir. Il surfe sur la vague du cross-over.

Pour ce qui est de Pluhar : contrairement à d'autres, je la respecte un minimum. Elle, elle n'a jamais prétendu faire de la musique baroque authentique. Elle fait du Pluhar, sa spécialité c'est l'improvisation, et elle ne s'en cache pas et n'en a pas honte. Je trace le parallèle avec Dumestre qui se situe globalement au même niveau, mais qui tente de se faire passer pour un chef baroque...

Une notule comparative pour mettre en valeur la Didone m'intéresserait beaucoup David !!! Et je suis ravi d'avoir pu suscité ton intérêt d'ailleurs :-) (Par contre cela attendra un peu que je finisse tu-sais-quoi ^^).

20. Le samedi 18 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Après vous avoir lus, Jean-Christophe et Jérémie, je ne pouvais évidemment faire autrement que me jeter sur Savall. C'est bien la tournée de 2010, n'est-ce pas ?

Je ne suis vraiment pas aussi enthousiaste que vous. Il faut bien sûr placer la réserve que je ne l'ai pas entendu sur place, et c'est sensiblement plus assuré que ce les deux soirées que j'avais entendues en 2002.

Néanmoins :

=> Je ne trouve pas le style furieusement réussi, l'agogique rebondit assez peu. Ce pourrait tout aussi bien être de la musique allemande, même dans les chaconnes.

=> Les cordes me paraissent tout de même très râpeuses. C'est masqué par l'ajout de textures originales par les percussions (mignon comme tout, ça crée plein de climats), mais ça ne me convainc pas complètement.

Je n'ai pas entendu Reyne dans Rameau en salle (et au disque, ce n'est vraiment pas là où il brille le plus), mais considérer que dans Rameau ça atomise Brüggen, Minkowski ou Christie, non, je ne peux pas dire ça, on n'est pas au même rang à mon sens.

Au demeurant, c'est un concert parfaitement valable que j'entends. Mais sûrement pas au faîte de ce qui est possible et de ce qui existe, de mon point de vue.

--

Complètement d'accord avec toi pour Pluhar en revanche, j'aime beaucoup chez elle l'honnêteté de la démarche : elle fait sa tambouille, et elle le fait bien d'ailleurs, sans prétentions à l'authenticité, ce qui rend son statut tout à fait singulier et plutôt sympathique. Après, dire qu'elle soit utile dans le paysage baroque... elle a très bien enregistré la Rappresentazione de Cavalieri, elle a gravé quelques chaconnes très roboratives, et puis...

Les colonnes de CSS te restent bien évidemment ouvertes. Comme je te le suggérais, je peux aussi simplement ouvrir un fil de discussion, où tu pourrais poster un extrait après l'autre, ce qui ne prendrait pas beaucoup plus de temps qu'un simple commentaire ici.

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David Le Marrec


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