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Phaëton de LULLY par Rousset à Beaune en ligne via Arte selon Klari


(Des fois, on rêverait que le français fût une langue casuelle.)

La vidéo est disponible sur Arte Live Web (comme celles de Written on Skin de Benjamin ou de David & Jonathas par Christie). Bien filmée, très bien captée pour l'équilibre sonore (alors que la basilique de Beaune n'est vraiment pas l'endroit le plus commode pour ce faire !).


L'oeuvre a des moments parmi les plus inspirés de tout Lully (tout ce qui concerne Lybie et Epaphus), alternant avec un très grand nombre de moments pittoresques assez hétéroclites, mais très bien caractérisés par la musique.

La comparaison avec Minkowski est hautement intéressante, Rousset y exalte aussi (et avec plus de finesse que dans un studio Minkowski du début des années 90) le caractère purement français, mais avec beaucoup de rondeur. Les moments d'action sont plus contemplés que vécus, mais cette qualité poétique réussit grandement aux moments de caractères qui, dans cet opéra, excèdent d'assez loin les seuls divertissements. Malgré une forme de douceur indolente, la danse n'est jamais abandonnée et le contenuo est admirable - les deux clavecinistes remplissent l'harmonie très densément, habitent quelques vides de la partition par des effets ou ornements bienvenus, caractérisent et suivent remarquablement (oui, paradoxe) les chanteurs.
D'une certaine façon, cette soirée ressemble plus à son Cadmus donné dans les même lieu à l'aube des années 2000 (un rien de raideur dans le maintien, mais toujours dansant) qu'à son Persée (terne) de studio.

En revanche, je suis frappé, malgré son timbre qui évoque plus les rôles de caractère, par la similitude technique entre Emiliano Gonzalez-Toro et Cyril Auvity - émission très pharyngée et droite. (Je précise qu'il s'agit d'une observation, pas d'un reproche : j'aime.)

Visionnage donc recommandé, d'autant que c'est dans l'ensemble plutôt bien chanté. Spectable repris à la salle Pleyel en octobre prochain.

Incidemment, l'édition critique utilisée est celle du fulgurant double-geek Nicolas Sceaux (programmation ET musicologie) qui, bien que ce ne soit pas son métier, offre (gracieusement !) des éditions d'une rigueur et d'une lisibilité au niveau des meilleures maisons.

Merci à J. d'avoir signalé la parution de la vidéo !



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Commentaires

1. Le mardi 31 juillet 2012 à , par klari :: site

Ouais, j'aurais volontiers ajouté "en ligne", à la fin du titre :-p

2. Le mardi 31 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Très juste.

3. Le mardi 31 juillet 2012 à , par Jules Biron :: site

Merci David, merci Klari,

J'aime toujours autant cette musique, mais les versions de concert c'est toujours pas mon truc...! J'ai jeté une oreille, tu parles de rondeur, mais en même temps l'orchestre est assez incisif, ce qui m'étonne de Rousset que j'ai toujours trouvé mou, pâteux. C'est une bonne surprise !

4. Le mardi 31 juillet 2012 à , par klari :: site

je fais "tilt" après la bataille ! je viens d'écouter Auvity à Stuttgart, dans Platée. Moi avoir beaucoup aimé. je ne suis pas certaine de savoir ce que tu entends par émission pharyngée et droite, mais j'ai beaucoup aimé ce que j'ai entendu, ainsi que son très chouette jeu d'acteur.

5. Le mardi 31 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Oui, Jules, c'est incisif (Rousset a eu un vide au milieu des années 2000, mais c'est fini !), mais au sein de phrasés (et de tempi) très moelleux.

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Sinon, Klari, droite, c'est sans vibrato (je fais mon auto-promo, mais en tant que violoniste, hein...). J'ai pourtant entendu "droit" utilisé aussi pour le violon, c'est seulement le fait du mimétisme de vilains glottopathes ?

Pour pharyngée, c'est simplement que la résonance (et la couleur) du son se fabrique dans le pharynx. :)

En gros, pour chanter, il faut : souffle (poumons) + vibration (larynx) + résonance.

La résonance peut se faire dans la bouche, en arrière (pharynx), au-dessus (fosses nasales arrières), au-devant (os du crâne, fosses nasales avant). Donc en gros, je veux dire par "pharyngé" que le son se fait au fond, derrière la bouche, ça s'entend nettement, comme s'ils n'arrivaient pas à fermer leur mâchoire.

Est-ce un peu plus clair, Klari ?


6. Le mardi 31 juillet 2012 à , par klari :: site

"mais en tant que violoniste, hein...", ah oui, mais on n'en parle pas, c'est tout. On joue, point, et de temps en temps, un chef, ou un chef de pupitre s'énerve et clame "bon, vibrez telle et telle note".

En effet, il ne vibre pas, ou si peu que ça ne se perçoit pas, et j'aime beaucoup.

Hum, ok, pour pharyngé, c'est un peu plus clair, merci de tes explications. Mais un peu seulement : qu'est ce qu'on entend dans un son pharyngé qu'on n'entend pas dans un son poumoné/crânié/bouchu (ou l'inverse) ?

7. Le mardi 31 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Je ne peux pas te révéler quelques millions d'années d'affinage de la production vocale (que bien sûr je maîtrise à la perfection) en deux cents caractères, hein !

Les sons "pulmonaires" n'existent pas, c'est à partir du larynx qu'on commence à avoir un son.

Pour caricaturer, si tu as un son dans le crâne ou à l'avant, ça sonne assez métallique (c'est ça qui permet de passer un orchestre romantique, du moins chez les hommes), comme ceci par exemple, tout ce machin qui "grésille".

A l'inverse, ici, Auvity et Gonzalez-Toro font résonner l'arrière de la bouche, tu entends bien que ça vient du "fond", n'est-ce pas, comme s'ils bâillaient démesurément ? C'est de là que vient ce côté légèrement plaintif de la voix d'Auvity (ça vient aussi d'ailleurs, mais prenons un sujet à la fois).
C'est surtout vrai pour le Gonzalez-Toro, car Auvity "est" en fait plutôt au fond de la bouche que dans le pharynx.

8. Le jeudi 2 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

J’ai suivi en direct sur Arte Live Web ce Phaéton. (Voir mon compte Twitter où j’ai la manie de commenter, parfois, ce que j’entends…)

Il m’a semblé que la distribution était assez nettement dominée par Isabelle Druet, très émouvante et très juste dans l’émotion.

Je trouve qu’il y a tout de même une différence immense entre Auvity et Gonzalez-Toro : le charme (je viens d’en parler à propos de Kožená/Rattle, c’est encore une de mes manies visiblement). Je trouve les interprétation de Gonzalez-Toro assez froides. C’est bien chanté, tout ça, mais… ça ne vit pas. Son monologue à l’acte III par exemple, je n’ai strictement rien ressenti.
Alors qu’Auvity, je suis très réceptif à une forme de sensualité qui se dégage de sa façon de chanter. Il m’a semblé qu’il était quelque peu en difficulté avec les aigus du Soleil à la fin IV, mais quelle vacherie aussi que ce rôle où on passe son temps entre fa et si bémol ! Je ne suis pas très objectif à son propos, c’est un timbre et une façon de lancer la voix qui me touchent, qui me séduisent.
Je trouve que Gonzalez-Toro a surtout une ressemblance avec Robert Getchell...

Je n’ai pas réécouté la version de Minko’, mais je me souviens de tempi, chez lui, un peu trop pressants. Je pense que je ne lui ai jamais pardonné une chaconne beaucoup trop rapide, par exemple. Avec Rousset, j’ai eu le sentiment de profiter de la musique, enfin !

Et encore deux mots. Ah, j’ai été content de voir la mention de Nicolas Sceaux, que je connais un tout petit peu (j’utilise LilyPond aussi, à un niveau moindre, et j’utilise en particuliers plusieurs fonctions qu’il a écrites) et j’ai eu aussi un tout petit peu l’occasion de collaborer avec lui. Ses éditions sont en effet excellentes, à mon avis aussi, et même meilleures que celles de certaines maisons prestigieuses et chères qui vendent à prix excessif des partitions imprimées en trop petit et trop fin, et qui plus est pas franchement bien espacé ni élégant (je ne citerai pas le titre d’un opéra-ballet que j’ai payé quelque chose comme 45 €...).
Et l’autre mot : comme vous j’ai été frappé par la qualité de la prise de son ! Un délice. J’ai regretté de ne pas avoir un petit vin de là-bas pour accompagner le tout, tenez.

9. Le vendredi 3 août 2012 à , par DavidLeMarrec

J’ai suivi en direct sur Arte Live Web ce Phaéton. (Voir mon compte Twitter où j’ai la manie de commenter, parfois, ce que j’entends…)

En effet, comme j'ai pu le remarquer chez vous, vous semblez un maître de l'aphorisme !
Le format Twitter est tellement contraignant...

Il m’a semblé que la distribution était assez nettement dominée par Isabelle Druet, très émouvante et très juste dans l’émotion.

Je n'ai pas eu cette impression, mais je n'aime pas Isabelle Druet. Je l'ai vue souvent en concert (elle est devenue incontournable dans ce répertoire, et même présente dans d'autres...), elle est assez irrégulièrement désagréable, cette voix un peu rauque, cette façon de projeter la voix en acidifiant le timbre (jusqu'à l'aigreur), je n'aime pas du tout. Même les accents expressifs sont cognés. Je la ressens comme assez antithétique de tout ce qu'appelle ce répertoire - voix délicates (car en deçà du passage), phrasé élégant...
Néanmoins, dans ce rôle de harpie pleurnicharde, je l'ai trouvée valeureuse, parmi ses meilleures soirées. Peut-être que le contraste avec Jennifer Smith, présente depuis vingt ans dans toutes les oreilles par le studio Minko, lui a été assez favorable, parce que c'est un seuil d'acidité difficile à surpasser.

Pour Auvity, il faut voir aussi le chemin parcouru, l'abandon immense qu'il met maintenant dans ses compositions théâtrales - il en a fait, des héros aimables de cette esthétique, depuis Agénor ! Gonzalez-Toro n'aura sans doute jamais cette électricité, et le timbre est un peu moins lumineux et singulier, mais il débute à peine dans les premiers rôles, ayant dû renoncer à Bellérophon
: le Dardanus de l'an passé devait être son premier grand rôle solo avec un grand ensemble.

Bien d'accord pour le rôle meurtrier du Soleil. Auvity était tendu tout simplement parce qu'il chante de façon ouverte tout le temps, en misant sur les allègements, un mode d'émission qu'on pourrait décrire comme mixte... il n'a jamais eu beaucoup d'aigu, parce que la voix n'est pas construite pour ces extrêmes, mais vraiment pour les médiums et médiums aigus (encore que, le si bémol en accord 390 Hz, ce soit assez accessible pour un ténor...) qui caractérisent les rôles du baroque, et singulièrement les héros de tragédies lyriques d'avant les années 40-50. [Pour le répertoire sacré, c'est différent, certains rôles de haute-contre ne sont quasiment accessibles qu'en fausset, ou par des ténors de la plus haute virtuosité dans le maniement de la voix mixte renforcée.]
Contrairement à ce qu'on dit souvent, la haute-contre n'est absolument pas, dans l'absolu, un tessiture aiguë pour un ténor dans la tragédie en musique, bien au contraire. Mais si l'on veut chanter sans sombrer désagréablement, ça fait quand même des tessitures un peu tendues.

Je trouve que Gonzalez-Toro a surtout une ressemblance avec Robert Getchell...

Je ne l'ai pas entendu en vrai, mais c'est assez différent d'Auvity en termes d'impact, alors. J'aime beaucoup Getchell, mais la voix percute très peu comparé à Auvity dont la projection est de premier ordre.


Je n’ai pas réécouté la version de Minko’, mais je me souviens de tempi, chez lui, un peu trop pressants. Je pense que je ne lui ai jamais pardonné une chaconne beaucoup trop rapide, par exemple. Avec Rousset, j’ai eu le sentiment de profiter de la musique, enfin !

Le studio de Minkowski a quelque chose d'un peu expérimental. Beaucoup d'angles et de contrastes, et puis des moments qui semblent un peu figés. Pas une lecture très souple en tout cas. Je n'ai pas eu l'impression qu'il pressait (mais j'aime les lectures vives, où le mot ou le drame l'emportent plus facilement sur l'hédonisme musical), Rousset est en revanche bien plus lent que la moyenne.
Instrumentalement, j'admets tout à fait que je suis bien captivé par Rousset, qui a pleinement profité de vingt ans supplémentaires d'expérience dans la gestion du continuo - et résolution de ses propres problèmes comme chef d'ensemble.


Et encore deux mots. Ah, j’ai été content de voir la mention de Nicolas Sceaux, que je connais un tout petit peu (j’utilise LilyPond aussi, à un niveau moindre, et j’utilise en particuliers plusieurs fonctions qu’il a écrites) et j’ai eu aussi un tout petit peu l’occasion de collaborer avec lui. Ses éditions sont en effet excellentes, à mon avis aussi, et même meilleures que celles de certaines maisons prestigieuses et chères qui vendent à prix excessif des partitions imprimées en trop petit et trop fin, et qui plus est pas franchement bien espacé ni élégant (je ne citerai pas le titre d’un opéra-ballet que j’ai payé quelque chose comme 45 €...).

Mais si, mais si, il faut citer. Les éditions du CMBV ou des Abbesses sont en général très lisibles, de mon point de vue. Mais il est vrai que vu les prix, je me contente d'éditions romantiques ou de fac-similés mis en ligne (à saisir éventuellement sous LilyPond).

Et l’autre mot : comme vous j’ai été frappé par la qualité de la prise de son ! Un délice. J’ai regretté de ne pas avoir un petit vin de là-bas pour accompagner le tout, tenez.

D'autant meilleure en contraste avec les prises de son habituelles d'Arte Live Web pour ce type d'oeuvre... le morcellement très artificiel du son dans Bellérophon n'était pas très agréable.

10. Le vendredi 3 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

En l’occurrence (je rebondis sur le dernier point évoqué), c’était une édition du CMBV. Les leurs sont assez inégales.

Je ne saurais répondre à tout. Je me suis posé la question du diapason de Rousset pour Phaéton, je n’ai pas vérifié ce que c’était, peut-être bien 415, qui est assez couramment pratiqué aujourd’hui, envers 392, pour le français… Cela dit, ce que vous dites sur la hauteur des rôles doit être, il me semble, un peu relativisé : il reste une étude à faire selon les chanteurs, et gageons qu’entre celui qui chantait ce qui est écrit en ut 2 dans la Revente des habits de ballet et de comédie et le rôle de Thésée (écrit en ut 4) dans l’opéra de Lully, et encore les rôles de Jélyotte, il y a de la différence.

En ce qui concerne la vivacité, je n’ai pas trouvé que Rousset était lent, et je me souviens avoir trouvé que Minko’ était trop rapide… Mais j’ai tendance à aimer les lectures qui savent préserver un certain hédonisme, sans toutefois perdre trop de vue le drame — pas lentissime, mais point trop pressées.

Vous le savez déjà, mais je ne partage pas du tout votre point de vue sur Isabelle Druet, qui malgré les aspérité de la voix, m’a bien plu dans son rôle. Par ailleurs, je ne trouve pas que Théone soit une harpie pleurnicharde. Pleurnicharde, à la limite, mais sûrement pas harpie. En fait je trouve que c’est le rôle de Phaéton qui est celui d’un petit con…

Gonzalez-Toro faisait Dardanus dans la production de l’ensemble Pygmalion, n’est-ce pas ? Si c’est le cas, je suis à peu près sûr qu’il alternait avec Bernard Richter, et j’espère vivement que ce sera Richter dans le disque — j’adore Richter.

11. Le samedi 4 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !

On n'est pas obligé de répondre à tout, bien sûr. Vous me faites la bonté de venir causer chez moi, alors j'entretiens la palabre, mais il n'y a aucune obligation d'épuiser le sujet. Evidemment !

CMBV :
Celles que j'ai lues sont confortables à la lecture, soignées quand il y a le matériau pour (comme la Didon de Desmarest où il ne restait qu'à recopier Ballard en clefs modernes). Même lorsqu'ils s'inspirent de copies manuscrites du genre atelier Philidor, comme pour le motet de Bernier sur lequel je travaille en ce moment, le résultat est lisible - même si plus pénible pour le continuiste, mais ce n'est pas leur faute évidemment.
Lesquelles vous ont paru peu recommendables ? Vu les prix et la disponibilité croissante en ligne, je ne leur commande pas énormément.

Pour le diapason et les tessitures :
=> Même à 440, la plupart des rôles de tragédie d'avant Rameau sont tout à fait chantable par n'importe quel ténor central. Il y a quelques exceptions avec des rôles un peu plus tendus comme le Soleil précisément, le Sommeil dans Atys, ou certains moments ici et là, comme le grand récit de Ninus dans le Pyrame de Francoeur & Rebel (mais je me demande s'il n'a pas été ajouté, précisément, lors des révisions tardives, il faudrait vérifier dans la monographie correspondante). En revanche, dans la musique religieuse et les cantates, les rôles de haute-contre sont de vrais rôles hors tessiture (périlleux même à 392, car presque en permanence au delà du passage), qui ont sans doute nourri un peu plus les confusions avec les contre-ténors...
=> A partir de Rameau, oui, les rôles ténorisent bien plus franchement, l'ambitus et même le centre de gravité n'ont plus grand rapport. Je parle vraiment des périodes qui précèdent.
=> Effectivement, il est amusant de voir, à chaque fois, qu'on doit se préparer au pire selon la clef employée. Lorsqu'on passe d'ut 4 à ut 3, parfois pour un même rôle, on commence à frémir.

Isabelle Druet :
Précisément, j'ai bien aimé pour une fois, même si j'aurais sans doute plus pris de plaisir avec quelqu'un d'autre, je n'ai rien à redire. Evidemment que Phaëton est détestable, mais c'est ce changement bizarre qui fait tout l'intérêt de cette tragédie-là : il a les attributs du héros, la jeunesse, l'amour de la goire, et même la tessiture, et pourtant c'est un la première haute-contre repoussoir. En plus, il ne fait que suivre la conduite recommandée, en sacrifiant tout à la gloire - peut-être au détriment de l'honneur, en l'occurrence, ce qui devrait lui causer quelques scrupules, j'en conviens.

Gonzalez-Toro :
Oui, c'était avec Pichon. Pour Richter, j'aime énormément aussi, mais plus que dans le baroque où la voix est un peu glorieuse et homogène, c'est dans le XIXe (particulièrement français bien sûr, chez Adam ou Hérold) que je l'admire le plus. Pour une fois qu'on a un Léopold et peut-être même un Raoul, on n'a pas envie de le laisser filer pour chanter des chansonnettes où il n'y a pas besoin de voix pour plaire au public.
(C'était la minute glottophile de CSS.)

12. Le samedi 4 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Bon, puisqu’il faut nommer, nommons : l’édition du Carnaval et la Folie du CMBV me paraît détestable. Et globalement, celles que j’ai pu voir en bibliothèques m’ont parues correctes ou un peu agréables, mais uniquement parce que c’était du bon papier et une impression de qualité ; l’aspect proprement typographique (choix des fontes, tailles et surtout rapports entre les éléments, espacements, répartition sur la page) ne m’a pas franchement subjugué, alors qu’il m’arrive souvent de regarder avec contentement le résultat imprimé (sur une bonne machine laser) de certaines de mes partitions faites avec LilyPond ; pour peu qu’on mette le texte en plus dans une fonte un peu plus délicate que celle par défaut (surtout le gras pour les titres, c’est assez agressif), ça peut devenir franchement joli.

Richter est doté, me semble-t-il, d’un beau timbre mis en valeur par un beau phrasé. Cela fait merveilles chez Mozart, par exemple. Pour le reste, je ne l’ai entendu ni chez Hérold ni chez Adam… Personnellement, je lui saurais gré de chanter du Hérold ou du Adam, du baroque ou du Mozart, plutôt que du Meyerbeer (je n’en ai pas entendu avec lui), du Saint-Saëns ou du Gustave Charpentier (il est dans les coffrets sur le prix de Rome de ces deux compositeurs que je n’estime guère).

13. Le samedi 4 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Effectivement, problème que je n'ai pas ressenti pour les partitions que j'ai parcourues, et pourtant j'étais assez sensible, jusqu'à une date récente (à force de déchiffrer directement sur du Ballard, du Philidor, ou pis, ses propres gribouillages pour essayer de déployer au clair telle ou telle réalisation, on finit par ne plus être aussi regardant !), à la clarté, puisque je ne joue jamais sans ma partition sous le nez.
Mais je suis bien d'accord, LilyPond rulz. Il faut vraiment un degré suprême de maîtrise avec Sibelius pour obtenir un résultat équivalent. Je me suis souvent fait la réflexion, en voyant les impressions des Abbesses, qu'il leur manquait cette petite élégance désuette qui fait le charme des fontes LilyPond.

Oui, le timbre de Richter est très beau, mais l'émission peut être un peu dure et épaisse dans les rôles les plus graves. C'est pourquoi je trouve qu'il s'épanouit mieux dans les tessitures plus en hauteur, le timbre s'illumine de très jolie façon. Dans tous les cas, j'en conviens, le musicien est admirable. Vu son répertoire très spécialisé, je n'espérais pas qu'il émerge triomphalement, avant bien sûr qu'il obtienne Atys, et que tout change pour lui en matière de notoriété. Avant, quand je parlais de Richter, ça n'évoquait rien à personne, on ne trouvait même pas de disques de lui. Maintenant, on ne compte plus admirateurs. Voir le talent récompensé, et assez rapidement, c'est un vrai plaisir - quand son admiration préexiste à celle des autres, on a presque l'impression d'avoir contribué à son émergence, fatuité tout à fait infondée mais très agréable à ressentir.

Je ne crois pas qu'il ait chanté Meyerbeer, c'était une suggestion schématique pour rester dans le XIXe français, avec des tessitures un peu aiguës - il a même le volume nécessaire pour chanter des choses un peu plus larges que les ténors coloratures. Mais il fait bien mieux que de rechanter du Meyerbeer avec talent, il partition à nombre d'exhumations...
Pour ma part j'aime beaucoup certaines choses de Saint-Saëns, dont la production, au sein d'un même genre, peut varier de la plus timide platitude à la grande inspiration. Dans sa musique de chambre, par exemple, quelle distance considérable entre l'académisme souffreteux de la Sonate pour hautbois (jolie mais totalement transparente) et le charme délicat du Quatuor avec piano Op.41 (à rapprocher des productions de Dubois et Castillon) !
Le disque Glossa correspondant est passionnant par son sujet, oui, mais je partage votre avis sur le caractère modérément passionnant des oeuvres proposées.

Pour le Gustave Charpentier, il en va autrement : je ne suis pas un inconditionnel, par goût, du compositeur (qui écrit tout de même de la très bonne musique), mais entendre une version orchestrée et très habitée de sa Didon a radicalement changé mon opinion sur l'oeuvre, dont j'ai apprécié les saveurs crypto-tristaniennes, auxquelles la pauvreté de la réduction piano ne rendait absolument pas justice. En revanche la Vie du poète où intervient Richter, quoique pas sans substance, me séduit moins, c'est vrai.

De toute façon, pour l'heure, à part Mozart où, vu l'abondante concurrence, personne n'est indispensable, il a vraiment choisi (ou eu la chance) des engagements passionnants, qui lui convenaient à merveille et qui mettaient en valeur sa carrière. Equation rarement observée !

14. Le dimanche 5 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Je suis totalement d’accord avec vous en ce qui concerne Richter, ses choix de répertoire, etc. J’ai pu, par chance, récupérer quelques enregistrements radios, par exemple une Veuve Joyeuse où il fait merveilles — Jennifer Larmore qui chante les duos avec lui, beaucoup moins. Il faudrait un jour que je prenne le temps d’écouter ‘Zampa’ par Christie : je viens de voir qu’il y avait un rôle… J’avais jeté une oreille, et, mon dieu, est-il possible de débiter des dialogues avec tant de platitude et de niaiserie ?

C’est vrai aussi que ses aigus sont très beaux, et qu’il y a dans cette zone de sa voix une certaine tension qui contribue, à mon avis, à la clarté de la ligne de du phrasé : c’est cela qui va plutôt bien à Mozart. Ce que j’ai entendu de son Tamino salzbourgeois très récent m’a séduit, et idem pour le Così du TCE. Ce sont des rôles où finalement on a tellement entendu de monde, et non de moindres voix, qu’il me semble difficile de ravir l’auditeur !

15. Le dimanche 5 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour !

Alphonse (de Zampa) est vraiment le rôle où, à ce jour, son talent explose le mieux, à mon avis : aussi bien pour la couleur du timbre que pour l'électricité des phrasés et l'éclat de la diction.

Je ne suis pas d'accord (du tout) pour les dialogues, qui sont extrêmement réussis à mon sens, très travaillés, vraiment déclamés de façon sonore et avec beaucoup d'à-propos. Richter n'a pas autant de brio que Pezzino ni surtout Ordonneau dans l'exercice, mais il faut dire que le rôle est assez délicat à manoeuvrer côté texte... c'est un jeune premier, et pas beaucoup plus. Dans ce contexte, il dit avec un certain panache, et d'une voix bien timbrée, c'est déjà beaucoup.

En revanche, oui, tout à fait d'accord sur les aigus, il a chanté un certain nombre de rôles assez légers et / ou aigus à ses débuts (Tracolin du Toréador par exemple), qui révélaient, plus que de la tension, une forme de brillant. J'ai craint qu'il ne fasse carrière dans Rossini, à ce moment-là, et ça aurait été un joli gâchis, vu que ce qui le rend vraiment singulier tient dans la couleur de son français, et dans une forme d'inspiration des phrasés qui trouverait moins dépanouissement dans le Rossini serio.

Très beau Tamino à Salzbourg, oui, mais le rôle étant ce qu'il est, il n'y en a pas beaucoup qui peuvent se vanter de m'avoir bouleversé dans ce rôle. Ou alors il faut une substance vocale telle qu'elle émeuve directement, comme Dermota par exemple. Je n'ai pas entendu son Ferrando en revanche, et j'avoue ne pas être totalement tenté, ce n'est pas un peu solide et un peu en gorge ?

16. Le dimanche 5 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Je vous avouerai que j’avais été excédé par les dialogues au début. Je verrai ce que ça donnera à une écoute plus sérieuse. Ça fait un bout de temps que je dois écouter cette œuvre !

En ce qui concerne le Ferrando de Richter, j’avais mis un extrait sur mon tumblr. Voici le lien : http://rhadamisthe.tumblr.com/post/24085277881/wolfgang-amadeus-mozart-cosi-fan-tutte
Je suis transporté par « le voci d’amor » qui fait (si vous voulez regarder dans Lily ce que ça fait, ça devrait être directement compilable…)
\relative a' { \clef "G_8" \partial 4
as4 | es2 d f4 | as2. g4 | g4( f) es d | as'2.
}

(Vous risquez, d’ailleurs, de voir des choses peu jolie sur le tumblr ces temps-ci ; j’essaie de faire de la mise en page ce que je veux, mais ça ne semble pas encore tout à fait décidé à m’obéir…)

Mais je n’ai aucune objectivité, j’écoute quasiment tout ce que je trouve avec lui.

Vrai que le rôle de Tamino n’est guère trop fascinant. Enfin l’air du portrait est tout de même beau.

Ah vous aimez Dermota, moi aussi ! Et Wunderlich ? Évidemment, c’est classique, mais pour moi c’est un des très grands Taminos. Richter leur ressemble un peu, je trouve : ce n’est pas une voix légère, alors qu’on a tendance parfois à confier le rôle à des voix qui le sont un peu trop (avec Christie par exemple, Blochwitz, je ne suis pas convaincu du tout). Ou bien j’ai une version avec Simoneau aussi (version que j’ai surtout parce qu’il y a Lisa della Casa), de même cela ne me transporte guère.

17. Le lundi 6 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Oui, à retenter, surtout que l'oeuvre est réjouissante, en tout cas si on est sensible à ce romantisme badin.

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L'air du portrait m'ennuie, mais il faut dire que la Flûte, à part le duo Pamina / Papageno, je n'en conserverais pas beaucoup de moments impérissables. Ce n'est pas moche, mais pour du Mozart, ça se limite beaucoup à de jolies mélodiettes strophiques, assez loin de la maîtrise qu'il avait montré dans ses Da Ponte, à mon sens.

Merci beaucoup pour l'extrait de Ferrando, je ne l'avais pas vu chez vous ! Je suis très impressionné par la beauté de la partie supérieure de la résonance... c'est certes robuste, mais d'une intensité assez exceptionnelle. Je ne suis pas sûr que ça rende aussi bien compte du personnage que des voix plus intrinsèquement limitées (j'aime beaucoup Rainer Trost ici, par exemple), mais c'est assez exaltant, incontestablement.

En revanche le timbre se perd un peu dans la vocalisation, on n'entend plus que la partie arrière de la voix, et moins les harmoniques faciales, ça ne produit pas exactement un détimbrage, mais une sorte d'engourdissement du timbre. Il chantait Ah lo vegg'io ?

Je ne mets pas du tout Wunderlich sur le même pied : la voix ne m'émeut pas en tant que telle, et je le trouve toujours trop musicien, pas assez diseur. Soit dit dans le cadre de la discographie exceptionnelle de la Flûte et des autres répertoires où il a officié, bien sûr ! Il n'y a guère que dans le Chant de la Terre que je le trouve réellement inimitable. Pour Tamino, en plus, la voix sonne un peu large par rapport à l'expression plus placide que d'autres.
... et au contraire, Blochwitz est probablement (je dis cela sans vérifier lesquels j'ai pu entendre) le Tamino que j'aime le plus, on retrouve chez lui la finesse de l'excellent chanteur de lied qu'il est. Il perd en grande partie ce charme en italien, mais dès qu'il figure dans une oeuvre en allemand, c'est un premier choix pour moi. :)

Ma remarque sur la "substance" de Dermota était peut-être obscure, mais je parlais plus d'une couleur spécifique, immédiatement évocatrice (cette sorte de virilité mélancolique), que de la largeur de la voix, qui est une question assez peu importante au disque où l'impact physique n'a pas le même rôle. Pour Tamino, le choix est de toute façon permis, il y a des choses très chouettes aussi bien chez Hadley que chez Winbergh !

18. Le lundi 6 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

J’avoue que j’aime beaucoup la Flûte moi ; histoire personnelle aussi, puisque ça a été le premier opéra que j’ai eu, et que j’ai donc beaucoup écouté, j’avais (et j’ai toujours) la partition. Je vous trouve tout de même dur avec la musique ! L’air de Pamina, par exemple, me semble être très beau. Le récitatif avec l’Orateur (on l’appelle comme ça en français ? ça fait longtemps que j’ai pas regardé une traduction, même si mon allemand est loin loin loin d’être bon) aussi. Et j’ai une grande affection pour le finale de l’acte II. Non dans l’ensemble ça me paraît d’une réputation pas du tout usurpée, bien du niveau des Da Ponte. Je ne dirais pas la même chose de la Clemenza, que j’ai réécouté récemment avec un enthousiasme modéré.

Nous n’avons pas du tout les mêmes goûts, en tout cas, en matière de ténors dans ce répertoire. Et puis tout de même, il y a du texte, chez Wunderlich, on est loin de la bouillie de Netrebko par exemple (pour prendre une chanteuse qui, à mon sens, est un sommet en matière de non-articulation).

Mais globalement, je dois dire que la version Christie de la Flûte m’ennuie, je trouve ça d’un intérêt extrêmement secondaire, c’est un peu mou, un peu plat. Sur instruments d’époques, ma prédilection ira bien sûr à Jacobs, d’autant que Marlis Petersen, j’aime beaucoup. D’ailleurs, elle comme Richter (et comme Dermota et Della Casa d’ailleurs) ont une qualité assez difficile à décrire et à laquelle je suis extrêmement sensible : l’aristocratie. C’est évidemment très vrai de Lisa della Casa, qui en est peut-être même le parangon. Richter, je dirais un peu moins que les autres ; comme Wunderlich, d’ailleurs — ils ont un côté trop sympa, je crois.

Le Così était, comme c’est souvent le cas, amputé de l’air « Ah, lo vegg’io »…

En tout cas j’ai écouté les deux premiers actes de Zampa, oui, bon, c’est charmant, je ne suis pas subjugué non plus. La prise de son est un peu maladroite, je trouve. Et puis bon dieu, il s’en passe des choses, mais en même temps c’est prévisible ! Ça ressemble beaucoup à Fra Diavolo, à cela prêt que Fra Diavolo a quelque chose d’un peu plus pétillant.

19. Le lundi 6 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Il n'y a rien à avouer, je crois être le marginal dans cette histoire... Je ne dis pas non plus que ce soit moche ou mauvais, mais je ne trouve pas Mozart très doué dans le singspiel. Il ne trouve pas vraiment de solution au morcellement des numéros musicaux, et écrit des bluettes entre les dialogues. Si je voulais provoquer un peu, je dirais que c'est (presque) plus proche de Richard Coeur de Lion que des Noces. Mais effectivement, il y a de très belles choses : l'Ouverture, l'entrée de Tamino, les deux airs de la Reine... Mais quelque chose n'accroche pas, chez moi. Je crois aussi que ça tient à la couleur harmonique (beaucoup d'accords diminués, alors que je suis plus sensible aux harmonies "appoggiaturées").
En revanche, la Clémence est un bijou du seria, que je trouve absolument captivant, alors même que c'est le genre musical que j'écoute le moins volontiers.

Pour les goûts chez les ténors mozartiens, ma foi, je serais assez en peine de théoriser les miens, il n'y a pas beaucoup de rôles passionnants chez Mozart dans cette tessiture (à part les récitatifs d'Ottavio et les ensembles de Ferrando...). Mais je suppose que si j'essayais de voir les constantes, ce seraient sans doute des formats relativement souples (pas forcément des liedersänger, tout dépend de la qualité de leur italien), et plutôt des chanteurs récents (à partir des années 90, disons, des gens confrontés au baroque musicologique). Mais je ne suis pas sûr que l'hypothèse soutienne l'examen réel de ce qui me plaît...
Mais Wunderlich est très très bien, évidemment : simplement, dans le cadre de la discographie de la Flûte, il n'est pas vraiment le plus incarné. Il y a toujours cette forme de modestie chez Wunderlich : il n'est pas neutre, ni même tiède, mais se contente de porter le texte, sans réelle plus-value d'engagement à mon sens. Pour un chanteur de cette renommée, il me manque quelque chose.
La comparaison avec Netrebko est intéressante, parce qu'elle confronte deux univers totalement opposés : l'émission très articulée d'antan (mais avec un investissement expressif souvent limité) aux machins invertébrés d'aujourd'hui (mais extrêmement soignés vis-à-vis de la psychologie des personnages). Netrebko est une horreur côté articulation et couleur vocalique, mais elle a pour elle un engagement théâtral assez extraordinaire, qui fait que je l'admire beaucoup alors même qu'elle incarne tout ce que je déteste sur le strict plan vocal.

J'abonde pour la Flûte de Christie, son Mozart le plus compassé (le seul qui m'ait vivement intéressé est son Requiem). Néanmoins j'en sauve Blochwitz. :)

L'aristocratie... oui, c'est difficile à définir. Je ne la sens pas du tout chez Petersen, que j'apprécie au demeurant. Chez Richter, oui, il joue très bien la morgue des hobereaux, mais je ne suis pas persuadé que ce soit une composante intrinsèque de son tempérament musical ou dramatique. Pour Dermota, accordé sans réserve ; pour Della Casa, oui, mais ce qui fait la différence chez elle, pour moi, tient plutôt à une forme de candeur juvénile, d'ardeur naïve - son plus beau rôle pour moi, c'est Chrysothemis. Ce qui n'empêche pas qu'elle conserve toujours cette qualité d'élégance qui la place toujours au-dessus du commun.
La catégorie est difficile à définir : par exemple Mattila en récital, les poses ne sont pas très raffinées... alors qu'elle peut avoir un port de princesse sur scène. Et la voix, sans l'image, n'a pas forcément une caractéristique "sociale" particulière. Quelle est la part du visuel et du sonore, dans ces questions ? Della Casa en Elvira ou en Comtesse des Noces, est-ce que ça sonne réellement aristocratique ?

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(Tant pis pour l'air, qui est sans intérêt de toute façon, mais je me disais que Richter pouvait peut-être, justement, essayer d'en tirer quelque chose.)

Pour Zampa vs. Diavolo, je ne conviendrai de rien du tout. :) La musique de Fra Diavolo, déjà, est d'une inoffensivité insigne - ça s'écoute très bien, mais il n'y a rien de particulièrement intéressant. La construction musicale de Zampa est d'une autre trempe. (Et j'en aime beaucoup le poème dramatique, assez atypique tout de même, avec notamment son pastiche filé de Don Juan !) Et son caractère frénétique mais prévisible (moi je n'avais rien vu venir du tout) peut s'apparenter au charme des vieux films de pirates. Mais c'est l'un des opéras que j'ai le plus écoutés, alors... (Mais tout de même, comparer Hérold et Auber en faveur d'Auber !)

20. Le lundi 6 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Ah je n’en démordrai pas, j’ai trouvé, dans son genre, Fra Diavolo plus réussit que Zampa. Cela dit, je conviens, après écoute du dernier acte, que ce dernier justement est très réussi ; je pense que c’est surtout à lui que tient la réputation de l’œuvre. Et autant j’avais à peu près tout vu venir dans Zampa — ils avaient à peine dit que Zampa était un voleur et que le frère d’Alphonse avait disparu que je savais que ça serait le même et que ça serait à l’acte III que ça se révèlerait. Avec le titre, on sait que ce sera la statue qui sera la clef du dénouement, etc. Donc autant j’avais tout vu venir, autant dans Fra Diavolo je n’avais pas du tout, du tout vu venir qu’il serait arrêté à la fin. Il était tellement sympa ! Et les deux anglais, et les deux comparses de Diavolo, ils sont géniaux ! J’ai une amie thésarde qui adore Auber, comme moi, ça me console un peu, sinon je me serais demandé si j’avais pas une sorte de tare gustative. Bon, d’avoir apprécié le dernier acte de Zampa me sauve un peu aussi, non ?

L’aristocratie, difficile et sans doute subjectif ! Il y a, dans mon appréciation, une part de posture du chanteur (vis-à-vis du public, en terme de répertoires, etc.), une part de façon de chanter, et une part de timbre.
Évidemment, je ne suis pas tout à fait d’accord pour Lisa della Casa. D’abord, je l’adore, je n’ai aucune subjectivité avec elle (vous direz : avec elle non plus). Mais tout de même ! Arabella ? la Maréchale ? la Comtesse du Capriccio ? Il y a là-dedans un naturel, ça respire, et en même temps c’est du grand chant, et une grande dame.
Cela dit, j’aime sa Chrysothémis, bien entendu, même si la prise de son est un peu précaire — et fatigante du coup. En ce qui concerne les Mozart, je les connais finalement moins. Son Elvira me semble moins aristocrate que ses personnages de Strauss, par exemple, mais la vraie aristocrate du Don Giovanni, c’est Anna ; j’ai le grand air, « Non mi dir », évidemment elle le réussit fort bien.

L’idée d’élégance me semble en effet centrale pour l’aristocratie.

Petersen, j’aime vraiment beaucoup. Il y a quelque chose qui fait que quand on l’entend, non, ça ne peut pas vraiment être une paysanne par exemple. Je n’ai pas encore écouté sa Lulu, je précise.

Bon, Netrebko, disons-le tout net, moi je n’aime pas trop. Le timbre est beau, certes. Mais je ne supporte pas la bouillie, et a fortiori en russe — le jour où elle a raté son récital d’airs russes, je pense qu’elle s’est quasiment condamnée à mes yeux. Vous me direz, ça ne lui fait pas grand-chose. Hé bien tant mieux pour elle, et pour moi aussi. Mais beaucoup de chanteurs se damnent avec leur russe, je suis exigeant dessus. Heureusement, Mattei, lui, prononce parfaitement bien et son Onéguine est fabuleux.

De toute façon, Netrebko chante surtout du bel canto, et je n’en écoute quasiment pas (ou plutôt : plus), ça m’ennuie. Beaucoup. Comme ça, c’est réglé.

Je vois cependant bien ce que vous voulez dire pour Wunderlich dans la Flûte, il y a quelque chose d’un peu réservé en effet, je dirais d’un peu lisse en fait. J’aime bien ses interventions pour la beauté plastique plus qu’autre chose. Je suis beaucoup plus séduit, avec lui, par son Dichterliebe par exemple, même si moins qu’il y a un ou deux ans. Quant à son Mahler, je n’avais pas assez de recul pour en juger… et dieu sait si j’en aurai un jour, tant j’écoute peu cette œuvre ! Ce n’est pas que je n’aime pas, mais disons qu’on ne passe pas à travers Das Lied von der Erde comme à travers Shéhérazade : difficile d’écouter deux ou trois fois (donc versions) dans la journée !

Bon, encore deux choses. (Ces commentaires sont monstrueux.)

La première est d’ordre musical. Avez-vous vu passer récemment un disque de motets de Campra par Les Folies Françoises, avec Jean-François Lombard, Jean-François Novelli et Marc Labonnette ? (C’est chez Cypres.) Je suis curieux de votre avis là-dessus.

Le second n’est pas d’ordre musical. En bas de votre site, il n’y a pas de bouton pour aller sur les pages précédentes et voir les autres articles chronologiquement. Sauf si j’ai mal vu. C’est dommage, ça permet de flâner agréablement… Par ailleurs, si vous avez la main dessus, et c’est aussi une question de goût, mais je pense que le texte des notules (et des commentaires aussi, hein, vu qu’on y passe aussi du temps) pourrait être plus gros. Enfin en général tout le texte, globalement c’est écrit petit chez vous ! Je ne dis pas qu’il faut que ça soit énorme, mais pour moi (c’est subjectif), ce serait plus confortable en un peu plus gros.
Et puisque vous faites partie des lecteurs de mon tumblr, si vous utilisez un navigateur comme Chrome, Firefox, Safari ou Opera, vous devriez normalement voir un changement dans la présentation ! (C’était une page de publicité.)

21. Le mardi 7 août 2012 à , par DavidLeMarrec

A bavard, bavard et demi.

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Fra Diavolo

Ah je n’en démordrai pas, j’ai trouvé, dans son genre, Fra Diavolo plus réussit que Zampa.

Peut-être aussi que ce n'est pas exactement le même genre. Zampa conserve une petite composante sérieuse, on nous joue de la tragédie sans en être dupe. Alors que les enjeux sont plus minces dans Fra Diavolo.

Et autant j’avais à peu près tout vu venir dans Zampa — ils avaient à peine dit que Zampa était un voleur et que le frère d’Alphonse avait disparu que je savais que ça serait le même et que ça serait à l’acte III que ça se révèlerait. Avec le titre, on sait que ce sera la statue qui sera la clef du dénouement, etc.

Ah, ça oui, d'accord, de même qu'en allant voir une comédie on se doute que ça "finit bien", mais les détours de l'intrigue sont assez imprévisibles, à ce qu'il m'a semblé.

Donc autant j’avais tout vu venir, autant dans Fra Diavolo je n’avais pas du tout, du tout vu venir qu’il serait arrêté à la fin. Il était tellement sympa !

Le sujet étant ce qu'il est, il était difficile de finir autrement : l'Opéra-Comique où l'oeuvre est créée, a quand même une tradition de public familial, même si progressivement (et singulièrement sous l'impulsion de Scribe) leur caractère édifiant devient beaucoup plus discutable.
C'est vrai, cela dit, que de ce fait ça finit assez rudement, considérant ce qu'il advient du Pezza historique après son arrestation !

Et les deux anglais, et les deux comparses de Diavolo, ils sont géniaux !

Ce n'est vraiment pas les personnages de caractère que je trouve les plus amusants dans la période (moi je suis plus du côté de Corentin de Ploërmel...), et leurs parties musicales sont assez peu passionnantes...

J’ai une amie thésarde qui adore Auber, comme moi, ça me console un peu, sinon je me serais demandé si j’avais pas une sorte de tare gustative. Bon, d’avoir apprécié le dernier acte de Zampa me sauve un peu aussi, non ?

Je ne voudrais pas vous effrayer, mais aimer Auber sera considéré par beaucoup comme une tare gustative. En revanche, lot de consolation, Hérold ne vous voudrait pas beaucoup plus d'indulgence. :)
Une fois qu'on a admis que le bon goût était une hiérarchie assez secondaire, puisqu'il proclame une forme d'expression comme intrinsèquement supérieure aux autres, de façon assez changeante selon les milieux et les moments, on se porte très bien d'aimer ce qui nous chante. Il suffit de voir comment les fans de Verdi regardent les amateurs de variété, comment les wagnériens regardent les verdiens, comment les vingtiémistes regardent les romantiques... A moins de limiter son champ d'investigation à Webern (effectivement au-dessus de tout soupçon de facilité, à part en ce qui concerne la durée), il est difficile de ne pas être suspect à un moment où l'autre d'aimer quelque chose de facile ou de ridicule.

Le gros avantage, quand on aime Adam, Hérold, Meyerbeer ou Auber, c'est qu'on est certain d'avoir mauvais goût, ce qui apporte une certaine paix d'esprit.

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[b}L. Della Casa[/b]

Évidemment, je ne suis pas tout à fait d’accord pour Lisa della Casa. D’abord, je l’adore, je n’ai aucune subjectivité avec elle (vous direz : avec elle non plus). Mais tout de même ! Arabella ? la Maréchale ? la Comtesse du Capriccio ? Il y a là-dedans un naturel, ça respire, et en même temps c’est du grand chant, et une grande dame.

Ne comptez pas sur moi pour dire du mal de Della Casa dans Strauss. (Ah si, peut-être sur Madeleine qui reste un peu en deçà...) Mon propos se limitait à dire qu'elle m'émeut davantage dans les rôles juvéniles comme Chrysothemis, Octavian ou Zdenka que dans les aristocrates plus affirmées comme la Maréchale ou Arabella... rôles dans lesquels je la trouve néanmoins fantastique. :)


Cela dit, j’aime sa Chrysothémis, bien entendu, même si la prise de son est un peu précaire — et fatigante du coup.

Vraiment ? Au contraire, je trouve qu'on entend tellement mieux que dans nombre de studios : l'orchestre est très nettement capté. Quelle édition ? Chez Orfeo, à part la petite sècheresse inhérente à la prise sur le vif, ça me paraît vraiment impeccable - mais je ne suis pas audiophile.


En ce qui concerne les Mozart, je les connais finalement moins. Son Elvira me semble moins aristocrate que ses personnages de Strauss, par exemple, mais la vraie aristocrate du Don Giovanni, c’est Anna ; j’ai le grand air, « Non mi dir », évidemment elle le réussit fort bien.

Son Anna est effectivement beaucoup plus intéressante, à mon sens, que son Elvira. Mais il faut dire aussi qu'en restant en allemand, elle ne perd rien de sa couleur habituelle, alors que l'italien la blanchit toujours un peu.

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A. Netrebko

Bon, Netrebko, disons-le tout net, moi je n’aime pas trop. Le timbre est beau, certes. Mais je ne supporte pas la bouillie, et a fortiori en russe — le jour où elle a raté son récital d’airs russes, je pense qu’elle s’est quasiment condamnée à mes yeux. Vous me direz, ça ne lui fait pas grand-chose. Hé bien tant mieux pour elle, et pour moi aussi. Mais beaucoup de chanteurs se damnent avec leur russe, je suis exigeant dessus. Heureusement, Mattei, lui, prononce parfaitement bien et son Onéguine est fabuleux.

Je trouve le timbre de Netrebko, que je n'ai jamais entendu en salle cela dit, assez moche, justement à cause de cet aspect opaque et flou. La contrepartie est vraiment dans la crédibilité de l'engagement. Dans certains répertoires (en français, où les lignes sont moins univoquement mélodiques généralement, ou dans le belcanto où au contraire elle surajoute à une écriture déjà lisse), c'est rédhibitoire tout de même, mais dans certaines oeuvres payantes théâtralement comme l'Elixir ou Traviata, je suis très convaincu, même sans l'image (mais moitié moins !).

De toute façon, Netrebko chante surtout du bel canto, et je n’en écoute quasiment pas (ou plutôt : plus), ça m’ennuie. Beaucoup. Comme ça, c’est réglé.

Mais pas tant que cela, en fait : dans les rôles récents, on n'a qu'Adina, Giulietta et Bolena. Le reste, c'est Mozart, Offenbach, Massenet, Bizet, Tchaïkovski, Puccini... Après, comme sa carrière internationale est relativement récente et qu'elle ne multiplie pas les prises de rôle, ça reste un répertoire limité, donc on a forcément l'impression de voir revenir les mêmes titres.

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F. Wunderlich

Je suis beaucoup plus séduit, avec lui, par son Dichterliebe par exemple, même si moins qu’il y a un ou deux ans.

Ah oui, Dichterliebe, c'est son plus beau disque à mon sens. Comme toujours, le mot n'est pas complètement premier, mais le timbre n'a jamais été aussi beau, et la justesse de chaque phrasé, c'est un petit bijou ! Pas vraiment mon genre (trop "musical"), toutefois un sommet ! Il y a tellement d'excellentes versions que je ne l'écoute pas souvent, mais il y aurait lieu de m'en blâmer, je l'admets.


Quant à son Mahler, je n’avais pas assez de recul pour en juger… et dieu sait si j’en aurai un jour, tant j’écoute peu cette œuvre ! Ce n’est pas que je n’aime pas, mais disons qu’on ne passe pas à travers Das Lied von der Erde comme à travers Shéhérazade : difficile d’écouter deux ou trois fois (donc versions) dans la journée !

Néanmoins on perçoit immédiatement qu'il ne le chante pas comme les autres, de façon lourdement épique, n'est-ce pas ?

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Le reste

La première est d’ordre musical. Avez-vous vu passer récemment un disque de motets de Campra par Les Folies Françoises, avec Jean-François Lombard, Jean-François Novelli et Marc Labonnette ? (C’est chez Cypres.) Je suis curieux de votre avis là-dessus.

Je suis très enthousiaste sur les Folies Françoises d'ordinaire, mais ce disque les fait passer à un degré supérieur de maîtrise instrumentale : on retrouve ce son un peu étroit mais très fruité, généreux et tendu, avec une aisance que je ne leur soupçonnais pas. Et les chanteurs, qui ne sont pas forcément les meilleurs de leur catégorie, sont aussi particulièrement en forme, captés dans un équilibre très confortable avec l'ensemble instrumental, très limpide et présent. Pour ne rien gâcher, les oeuvres sont très convaincantes et les intermèdes d'orgue magnifiques (Saint-Michel-en-Thiérache !). A certains moments, le continuo est exécuté directement sur les jeux de fond du grand orgue, avec un résultat très spectaculaire.
Je crois qu'on peut dire que j'aime.

J'hésite précisément à en parler dans la section "disque du jour", j'évite de le faire pour des nouveautés qui ont forcément droit à leur promotion, sauf si j'ai le sentiment d'avoir un élément spécifique à apporter.

Le second n’est pas d’ordre musical. En bas de votre site, il n’y a pas de bouton pour aller sur les pages précédentes et voir les autres articles chronologiquement. Sauf si j’ai mal vu. C’est dommage, ça permet de flâner agréablement…

Non, ça n'existait pas sur cette version de Dotclear. Il doit être possible de l'ajouter, mais peu de lecteurs doivent remonter au delà de la vingtaine de notules en première page. Sinon, il faut passer par les archives par mois, tout simplement.

Par ailleurs, si vous avez la main dessus, et c’est aussi une question de goût, mais je pense que le texte des notules (et des commentaires aussi, hein, vu qu’on y passe aussi du temps) pourrait être plus gros. Enfin en général tout le texte, globalement c’est écrit petit chez vous ! Je ne dis pas qu’il faut que ça soit énorme, mais pour moi (c’est subjectif), ce serait plus confortable en un peu plus gros.

Oui, j'ai la main dessus, mais là aussi, j'ai laissé les recommandations par défaut d'une spécialiste de la question. Il faut dire qu'à l'époque où Carnets sur sol a été mis en ligne pour la première fois, les résolutions en 800px étaient les plus fréquentes, donc la police apparaissait plus large.

Je crains en outre, en élargissant la police, de rendre moins lisible l'ensemble, avec des paragraphes qui occuperaient un écran entier - peu commode pour se repérer. Mais c'est à essayer, cela dit. Si je ne l'adopte pas, il vous reste la commande de zoom.

Et puisque vous faites partie des lecteurs de mon tumblr, si vous utilisez un navigateur comme Chrome, Firefox, Safari ou Opera, vous devriez normalement voir un changement dans la présentation ! (C’était une page de publicité.)

Oui, j'ai remarqué le changement de police (beaucoup plus élégant !). [J'utilise le plus souvent Opera, le seul à disposer d'une véritable navigation au clavier.]

Bonne journée !

22. Le mardi 7 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Bon, je vais aussi faire des titres. Je commencerai par la fin, mais ensuite je ne remonterai pas forcément dans l’ordre.

La présentation. Je comprends votre méfiance vis-à-vis d’une police plus grande ; à vrai dire, pour beaucoup de sites à textes, maintenant je zoome ; mais j’ai jugé que je pouvais aussi dire ce que j’en pensais. Je crois que peu d’écrans ont une résolution à 800 maintenant… Certes, cependant, il y a les petits, genre eeePC. Bon, de toute façon ce n’est pas mon site, vous faites bien ce que vous voulez, ce n’était qu’un avis !

Campra et les Folies françoises. À vrai dire, je dois chroniquer ce disque. Pour l’instant, je suis peu enthousiaste, en particulier sur l’équilibre entre les voix… J’ai cependant été séduit par le superbe orgue de Saint-Michel-en-Thiérache… J’ai encore à écouter pour me faire un avis plus complet.


Je reconnais par ailleurs que les deux anglais ont des parties musicales inintéressantes, mais le livret les met en valeur. Dans la version donnée à l’Opéra-Comique il y a quelques années, je les trouvais très réussis, avec toutes ces fausses fautes, ça agit très bien sur moi !

Elektra. À vrai dire, j’ai une copie d’une vieille édition dont le son est lointain… Peut-être qu’on trouve mieux ! Je suis assez exigeant là-dessus. Bien sûr, je peux écouter des trucs où ça fait un boucan épouvantable, si ça en vaut la peine, mais de temps en temps, j’aime aussi venir à une version plus récente, de bonne qualité bien sûr, pour le plaisir hédoniste du confort des oreilles ! Enfin bon, je crois qu’Ariadne par Sinopoli et Elektra par Solti, c’est quand même loin d’être mauvais dans l’absolu !

En ce qui concerne Elektra, j’ai une particulière dilection pour la version Karajan avec Varnay et Mödl, qui est assez brûlante.

Hérold, Auber &co. Ce qui m’a surpris dans la fin de Fra Diavolo, c’est que finalement, il était plutôt sympa comme bandit. Mais bien sûr que ça pouvait difficilement finir autrement, socialement parlant. Disons que dans Fra Diavolo, j’oublie assez facilement que c’est daté et je me laisse emporter, parce qu’il y a un côté tourbillonnant de la musique. C’est pas du champagne, mais enfin, c’est tout de même du pétillant, tout ça. Je n’ai pas du tout ressenti la même chose avec Zampa, qui est en effet plus sombre. Je dois dire aussi que si les dialogues m’avait fait une si mauvaise impression, je crois que c’est à cause de Petibon, qui déblatère son texte avec platitude, enfin cela m’est insupportable ! Déjà que je ne l’aime pas…

Vous savez, en matière de mauvais goût, moi, j’aime Hasse, hein… Et je parle bien du Hasse avec pom-pom-pom-pom répété à l’infini à la basse, suivi d’une transition à la dominante pas du tout discrète avec un pont à la tadida-ta-ta-tam, et ensuite roucoulades et ploum-ploum. Bien sûr, j’aime aussi les airs lents dans lesquels il fait de belles choses (« Piange quel fonte », par exemple, que Genaux chante beaucoup), et le Piramo e Tisbe, mais ça, c’est de moins mauvais goût. Mais disons que je ne mets pas ça tout à fait sur le même plan que Joh. Seb. Bach, par exemple. D’ailleurs je ne mets pas non plus Auber sur le même plan que Berlioz.

Mais vous avez raisons : les amateurs de tel ou tel sous-domaine toisent ceux du domaine voisin avec sévérité, moi-même je ne suis pas tendre avec Verdi, Puccini, Massenet, ou, plus près de “chez moi”, Vivaldi. Je pense qu’au fond, ça fait un peu partie du jeu : on a des goûts solidement ancrés dans nos entrailles (même s’ils peuvent évoluer), on les vit, on les porte, et on les défend. C’est de bonne guerre.

Ce que je déteste par-dessus tout, ce sont les gens qui prétendent ou décide que tout se vaut et qui nie ce que je disais plus haut ; on peut aimer Hasse ou Auber tout en reconnaissant que ce n’est pas non plus ce qui s’est fait de plus riche et de plus passionnant dans l’histoire de la musique. D’ailleurs, même si j’aime Hasse, vous trouveriez sur mon iTunes une playlist aimablement baptisées « débilités », où il est pas mal représenté (Gluck aussi, et Arne aussi, et Joh. Chr. Bach aussi). En revanche, quand on vient me dire que tel nouvel opéra de Vivaldi qu’on vient de nous sortir avec une brochette de stars c’est « génial », évidemment, ça m’énerve au plus haut point. Moi je dis, à ce compte-là, prenons Oklahoma ou Cinderella de Rodger et Hammerstein, mettons là-dessus le nom de Vivaldi en gros, un peu de Villazón-Damrau-DiDonato, et on aura, je pense, de quoi montrer que tout de même, Vivaldi, c’est génial. Et entre nous — ou pas entre nous d’ailleurs, tout le monde le sait : je préfère Oklahoma et Cinderella.

23. Le mardi 7 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Mince, il y a un bout qui est pas au bon endroit. Le passage sur les deux Anglais devrait être juste avant « Vous savez, en matière… ».

24. Le mercredi 8 août 2012 à , par DavidLeMarrec

mais j’ai jugé que je pouvais aussi dire ce que j’en pensais.

Tout à fait, et je suis d'accord que selon la résolution, c'est un peu petit. Mais disons que je n'ai pas, jusqu'à présent, ajusté l'ergonomie du site avec l'inflation du potentiel matériels...

À vrai dire, je dois chroniquer ce disque. Pour l’instant, je suis peu enthousiaste, en particulier sur l’équilibre entre les voix… J’ai cependant été séduit par le superbe orgue de Saint-Michel-en-Thiérache… J’ai encore à écouter pour me faire un avis plus complet.

L'équilibre, en quel sens ? Parce que la prise de son les éclate un peu trop pour le fondu ?

[Au passage : une chronique pour qui ?]

À vrai dire, j’ai une copie d’une vieille édition dont le son est lointain… Peut-être qu’on trouve mieux ! Je suis assez exigeant là-dessus. Bien sûr, je peux écouter des trucs où ça fait un boucan épouvantable, si ça en vaut la peine,

De ce côté, ça m'est totalement égal. Sauf lorsque l'équilibre instrumenal est vraiment important : si on n'entend pas bien l'orchestre dans Götterdämmerung ou Pelléas, ou pour de la musique de chambre, ça me dérange davantage.
Je confirme donc que la bande radio d'Orfeo telle que présentée dans la réédition Mythologies (début des années 2000) est très propre.


mais de temps en temps, j’aime aussi venir à une version plus récente, de bonne qualité bien sûr, pour le plaisir hédoniste du confort des oreilles ! Enfin bon, je crois qu’Ariadne par Sinopoli et Elektra par Solti, c’est quand même loin d’être mauvais dans l’absolu !

Le problème de l'Elektra de Solti, c'est surtout qu'au niveau de la déclamation, Nilsson n'est pas le sommet de l'art. Sinon, le reste est très bien et surtout l'un des très rares enregistrements (le seul que j'aie trouvé avec Sawallisch) sans coupures !
Ariadne par Sinopoli, je ne suis pas totalement emporté par toute la distribution, mais orchestralement, difficile de faire plus passionnant.


En ce qui concerne Elektra, j’ai une particulière dilection pour la version Karajan avec Varnay et Mödl, qui est assez brûlante.

Un des enregistrements d'Elektra que j'aime le moins. Varnay y est en assez vilain état, la voix bouge pas mal, et pas joliment... comparé à l'énergie et à la densité de son incarnation chez Reiner, on ne trouve vraiment pas sur les mêmes cîmes. Même Mödl ne m'y a pas transporté, alors que j'aime beaucoup sa Nourrice par exemple.

Dans la version donnée à l’Opéra-Comique il y a quelques années, je les trouvais très réussis, avec toutes ces fausses fautes, ça agit très bien sur moi !

Ca m'avait laissé assez froid, mais le comique de caractère n'a jamais eu beaucoup d'effet sur moi. Dans son genre, oui, c'est sympathique.

Ce qui m’a surpris dans la fin de Fra Diavolo, c’est que finalement, il était plutôt sympa comme bandit.

Oui, mais avec assez peu de substance... il faut attendre l'air de l'acte III pour comprendre qui il est, très peu de temps avant son arrestation. Le livret est vraiment bizarrement bâti, c'est quasiment une cavatine... d'adieu.


Vous savez, en matière de mauvais goût, moi, j’aime Hasse, hein… Et je parle bien du Hasse avec pom-pom-pom-pom répété à l’infini à la basse, suivi d’une transition à la dominante pas du tout discrète avec un pont à la tadida-ta-ta-tam, et ensuite roucoulades et ploum-ploum. Bien sûr, j’aime aussi les airs lents dans lesquels il fait de belles choses (« Piange quel fonte », par exemple, que Genaux chante beaucoup), et le Piramo e Tisbe, mais ça, c’est de moins mauvais goût. Mais disons que je ne mets pas ça tout à fait sur le même plan que Joh. Seb. Bach, par exemple. D’ailleurs je ne mets pas non plus Auber sur le même plan que Berlioz.

Qu'importe les plans ! J'aime beaucoup Hasse aussi, même si je ne pratique plus beaucoup ce répertoire ; pour la couleur élégiaque, il est le seul à se comparer avec Haendel, en tout cas dans ceux qui me sont connus - il y a tellement de publications et surtout tellement de compositeurs inédits ! Le hiérarchiser avec Bach alors qu'on a surtout des opéras de Hasse me paraît un peu périlleux. La hiérarchie sur le plan de la qualité musicale, oui, indubitablement, mais pour le reste, on a bien le droit de prendre son plaisir où on veut.
De toute façon, la plupart du temps, il est plus judicieux d'isoler les oeuvres : Haÿdée vaut bien Béatrice & Bénédict, et il n'est pas impossible que certaines oeuvres sacrées de Hasse surpassent des cantates de Jean-Séb. Et surtout d'être conscient du terrain sur lequel on hiérarchise : c'est un truisme, mais suivant les critères, on n'obtient pas les mêmes résultats.


les amateurs de tel ou tel sous-domaine toisent ceux du domaine voisin avec sévérité, moi-même je ne suis pas tendre avec Verdi, Puccini, Massenet, ou, plus près de “chez moi”, Vivaldi. Je pense qu’au fond, ça fait un peu partie du jeu : on a des goûts solidement ancrés dans nos entrailles (même s’ils peuvent évoluer), on les vit, on les porte, et on les défend. C’est de bonne guerre.

Oh oui, on s'habitue très bien à cela. Comme j'ai tendance à fréquenter des domaines "incompatibles", je ne m'offusque pas d'entendre les amateurs de musique de chambre tempêter après le désordre musical ou la glottophilie de l'opéra (ils ont raison) ni les wagnériens toiser les verdiens pour leur tolérance harmonique (ils ont raison), ni les verdiens toiser les wagnériens pour leur snobisme emberlificoté (ils ont raison). A force d'être systématiquement rabaissé indirectement par des interlocuteurs qui partagent une passion commune sans forcément se douter qu'on en a d'autres, une sorte de nivellement se produit, de relativité sans doute.


Ce que je déteste par-dessus tout, ce sont les gens qui prétendent ou décide que tout se vaut et qui nie ce que je disais plus haut ; on peut aimer Hasse ou Auber tout en reconnaissant que ce n’est pas non plus ce qui s’est fait de plus riche et de plus passionnant dans l’histoire de la musique.

Cette affaire est compliquée, de mon point de vue. Non, tout ne se vaut pas (l'affirmation même que des choses différentes puissent être égales est absurde). En revanche, "tout" représent un ensemble trop différent pour être comparé, du moins objectivement. Critère à critère, oeuvre à oeuvre, des choses sont possibles : une Passion de Bach est plus complexe harmoniquement qu'une Passion de Haendel, deux opéras de Massenet sont plus différents entre eux que deux opéras de Lully, etc. Mais après, dire que Bach est supérieur à Schubert, ou même à Auber, c'est un jugement tellement brutal et "hors sol" que je ne vois pas comment le confirmer ou l'infirmer, sauf sur le terrain du goût personnel.
En matière d'art, l'affichage de la subjectivité est souvent, en fin de compte, une forme de politesse. On se remet à sa propre place, sans décréter qu'Untel (présent sur toutes les grandes scènes) "ne sait pas jouer du violon" ou que Telcompositeur est une imposture, à coup de théories plus ou moins englobantes et bancales.

Ca ne signifie pas néanmoins que tout se vaille, et si on s'enthousiasme pour telle ou telle chose, leur singularité n'y est pas étrangère...


En revanche, quand on vient me dire que tel nouvel opéra de Vivaldi qu’on vient de nous sortir avec une brochette de stars c’est « génial », évidemment, ça m’énerve au plus haut point.

Oh, il y a des choses très chouettes chez Vivaldi. Quand on songe que même en discutant avec des mélomanes chevronnés, jusqu'au début des années 2000 (avant la Bartoli-Révolution), on pouvait entendre "Vivaldi n'a jamais composé d'opéra" ou "n'a jamais fait qu'Orlando Furioso"... la conscience même que ce compositeur de hits interstellaires avait passé une grande partie de son temps à écrire de la musique scénique profane n'était pas évidente chez beaucoup de monde. Par conséquent, que le fait de découvrir une production lyrique dans le même goût ait suscité une petite hystérie, je n'en suis pas étonné, d'une certaine façon c'était légitime.
Ensuite, Vivaldi est-il plus intéressant que Haendel ou Hasse... Je ne lui trouve pas la même variété de coloris, mais comme eux, il a pleinement réussi certaines oeuvres (c'est Motezuma qui m'impressionne le plus).

Moi je dis, à ce compte-là, prenons Oklahoma ou Cinderella de Rodger et Hammerstein, mettons là-dessus le nom de Vivaldi en gros, un peu de Villazón-Damrau-DiDonato, et on aura, je pense, de quoi montrer que tout de même, Vivaldi, c’est génial. Et entre nous — ou pas entre nous d’ailleurs, tout le monde le sait : je préfère Oklahoma et Cinderella.

Ce n'est pas le même type de groove et de charme, assurément.


P.S. : Se déplacer pour le Devin du Village, respect.

25. Le mercredi 8 août 2012 à , par DavidLeMarrec

(J'ai la réponse à ma question, sur Muse Baroque, bien sûr...)

26. Le mercredi 8 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Que de matière, que de matière ! Il y a beaucoup de choses, me semble-t-il, qui sont finalement des débats de goûts — où nous ne serions pas vraiment d’accord, voire pas du tout —, et beaucoup d’autres qui ne prêtent pas vraiment à discussion — où nous serions un peu plus d’accord !

L’Elektra de Karajan avec Varnay et Mödl (et Wächter et King, il y a même Lucia Popp dans un petit rôle de 5. Magd) a été mon premier contact avec l’œuvre, contact relativement halluciné... Peut-être que vocalement Varnay n’est est pas à son sommet, je ne sais pas, je l’ai finalement peu écoutée. En tout cas, Mödl fait de Clytemnestre quelque chose d’assez bouleversant, terrible et en même temps triste… Pour moi c’est une des grandes incarnations de Mödl ! Il y a une tension dramatique immense dans cette version, je trouve.

Bon, Mödl, je n’ai pas entendu des milliers de choses non plus. Je n’ai pas ce fameux Götterdämmerung dirigé par Keilberth, chez Testament, paraît-il dans un son superbe et avec un casting de grands à leurs sommets — je crois sur parole un ardent wagnérien qui me l’a dit — et à vrai dire j’ai quelque réticence devant le prix de la chose, vu que je vais sans doute l’écouter une fois, et ensuite une fois tous les dix ans… Je ne suis pas, moi, un ardent wagnérien ;)

Ce que je trouve agaçant, avec Vivaldi, c’est qu’on nous sorte une intégrale totalement superflue, et encore des choses en plus autour, alors qu’il y a plein d’opéras de Vivaldi qui n’ont, à mon avis, pas grand intérêt, que ça fini par être toujours la même chose, et qu’à côté de ça de nombreux autres compositeurs sont laissés de côté, même dans un genre bel canto. Quand on pense, par exemple, que le seul grand opéra de Hasse qui ait la faveur d’un enregistrement, c’est Cleofide dans la vieille version de Christie… Ou quand on pense que Der Geduldige Sokrates n’a fait l’objet que d’une version discographique — vieille et molle — alors que Jacobs en a donné une lecture saisissante… Et je ne parle même pas du domaine français. Eh bien quand on pense, ou du moins quand je pense tout ça, je me dis, à quoi bon encore des opéras de Vivaldi ? Je pense que l’engouement pour Vivaldi est caractérisé du manque de goût : on a trouvé d’un musicien déjà célèbre des œuvres à exhumer, alors on fait le tout, sans prendre le soin de choisir ; or il ne peut y avoir de goût que s’il y a un choix, quel qu’il soit, mais il faut préférer telle chose à telle autre, et j’ai l’impression, avec Vivaldi, qu’on n’a rien préféré du tout, on s’est engouffré dans une possibilité comme si elle était la seule. Évidemment, ça m’agace d’autant plus que je n’aime pas les opéras de Vivaldi, pour ce que j’en ai entendu — et j’en ai beaucoup entendu.

Ma chronique sera en effet pour Muse Baroque, tout comme celle du Devin, qui se tenait ma foi fort bien, bien mieux que ce que j’avais imaginé — alors que je connaissais déjà l’œuvre. J’ai eu la chance d’assister, de plus, aux « confidences » qui précèdent les concerts à la Chabotterie (c’est-à-dire une sorte de conférence un peu improvisée pour le public qui souhaite y assister et être “préparé” au concert), et c’était plutôt intéressant, car l’idée — dont je me ferai l’écho dans mon “papier” virtuel — a été avancée que finalement, ça n’est pas si mal que ça, qu’il y a même de fort jolis endroits, et qu’on ne pardonne rien parce que c’est Rousseau. Mathias Vidal aussi a dit ce que j’ai toujours pensé, à savoir que le pire dans cette histoire n’est pas la musique de Jean-Jacques, mais le texte. À suivre dans une prochaine chronique, donc…

27. Le mercredi 8 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

un P.S. : J’ai mis l’Elektra dont nous parlions. Effectivement, Varnay, c’est, euh... pas en bon état. Vous n’avez pas fait un truc sur la disco d’Elektra ?

28. Le jeudi 9 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Oui, quand on parle de généralités, on en revient forcément à la question des goûts... On peut parler précisément du langage d'un compositeur ou des composantes d''une oeuvre, mais ça devient plus délicat dès qu'il s'agit de traverser, comme nous l'avons fait depuis quelques jours, les genres dans leurs grandes largeurs. Et je ne parle même pas des questions d'interprétation qui, par essence, relèvent du personnel, presque de l'intime.

Hasse et la France

Quand on pense, par exemple, que le seul grand opéra de Hasse qui ait la faveur d’un enregistrement, c’est Cleofide dans la vieille version de Christie…

Ah bon ? On ne peut pas considérer Piramo (La Stagione Frankfurt) ou Marc'Antonio (Ars Lyrica Houston) comme des opéras valables ? Piramo, certes, c'est un peu plus pastoral (mais du point de vue de l'expression théâtrale et musicale, je ne vois pas de différence majeure), mais Marc'Antonio... En plus, ce sont deux très bons enregistrements, bien plus palpitants que la morne Cleofide de Christie : le Piramo est très honorable, mais le Marc'Antonio est excellemment joué et chanté, de magnifiques couleurs orchestrales - on y trouve le dynamisme à la mode, mais sans le côté staccato sempre un peu pénible qu'on trouve chez Spinosi ou Sardelli. Bois magnifiques. Au niveau de l'intérêt, Piramo ne m'a pas renversé, mais Marc'Antonio est du niveau de Cleofide, ça vaut mieux que beaucoup de Vivaldi ! Ca s'approche beaucoup du Haendel italien le plus inspiré.
Le premier se trouve chez Capriccio, le second, plus difficile à trouver, chez Sono Luminus (mais il doit être correctement distribué à l'étranger, il a quand même été nommé pour un Grammy !).

Pour finir, un label (manifestement pirate) a publié un Attilio Regolo (un livret sympa de Métastase) avec Martina Borst, Derek Lee Ragin, Markus Schäfer et Michael Volle !

Si vous en doutiez encore, vous avez bien fait de venir sur CSS. :)


alors que Jacobs en a donné une lecture saisissante…

Jacobs faisant énormément de neuf chaque saison, son label (en plus en perte de vitesse) ne peut pas non plus tout immortaliser. Heureusement que les radios européennes veillent ! Le Don Chisciotte de Conti était un grand moment. Je me demande d'ailleurs si ça n'a pas été vidéodiffusé par la télévision néerlandaise, à l'occasion de la reprise de la production.

Et je ne parle même pas du domaine français.

Pour le domaine français, la question me paraît différente, c'est vraiment une autre niche. Avec le CMBV, on bénéficie de remises en valeur assez ordonnées, bien documentées, bien remises en perspectives, radiodiffusées, avec pas mal de parutions discographiques. Franchement, j'ai beau me jeter sur toutes les nouveautés de tragédie en musique, et bidouiller pour ma pomme celles qui n'ont pas encore paru, je trouve que même en se limitant au disque, on est très bien servi. Avec souvent une très bonne qualiuté éditoriale. J'aimerais pouvoir bénéficier de la même chose pour le Grand Opéra ou d'éditions aussi soignées pour les décadents germaniques. Et je ne parle pas de mes rêves d'anthologies de nations injustement méprisées (il existe des bijoux dans l'opéra romantique norvégien ou serbe...).
Non, franchement, le baroque français est bien servi. Il y a quinze ans, la documentation discographique était très fragmentaire, limitée à quelques grands noms, mais aujourd'hui et au train où continuent d'aller les choses, je me considère comme satisfait. A fortiori pour les franciliens, on pourrait faire une saison riche rien qu'avec les oeuvres dramatiques baroques françaises !


Germaneries

Si c'était un premier contact avec Elektra, je ne discute plus. C'est une expérience tellement exceptionnelle qu'on reste très facilement imprégné de certaines inflexions, de certaines réussites propres à "sa" version.

Pour Mödl, je situerais le sommet dans son Isolde (un port d'impératrice), dans sa Sieglinde de 55, voire dans sa Brünnhilde du Crépuscule en 53 (l'énergie, le mot, tout y est, en revanche on entend assez mal l'orchestre, dirigé avec beaucoup de sens du drame par Keilberth, mais pas toujours exact, même si davantage que chez Krauss ou bien sûr Knappertsbusch). Mais il y a aussi le Fidelio de 50 avec Furtwängler (et Schwarzkopf en Marzelline), sa Nourrice, et tant d'autres choses. Sa Clytemnestre est très bonne dans l'absolu (j'aime tout ce qu'a fait Mödl, à l'exception de ses récitals de lied des années soixante, un peu ternes à cause de la voix qui s'est grandement lassée), mais elle ne m'avait pas paru en tête de la discographie - il faut dire qu'à l'époque, j'écoutais beaucoup les deux Clytemnestre de Höngen, donc le standard était assez haut.

Je ne suis pas persuadé que les publications de Testament vaillent leur prix. Par exemple le fameux Ring stéréo de 1955, dont on a fait tant de bruit (et qui a mon avis, vu la date tardive de réédition, au delà des 50 ans de droits voisins, est libre de droits !), est certes bien plus nettement capté, mais les chanteurs n'y sont pas meilleurs (même un peu moins bons, à mon goût) qu'en 52 ou 53. On trouve d'autres soirées de 55 moins chères chez d'autres labels.
Franchement, vu la quantité de bons Ring, on n'est pas obligé d'écouter précisément celui-là. Il y en a plein d'autres avec les mêmes chanteurs ou des générations adjacentes (Keilberth 52, Keilberth 53, Furtwängler 50, Kempe 60...) qui sont tout aussi intéressantes, pour ne pas dire plus.

Ce que j'ai écrit sur la discographie d'Elektra est très sommaire, c'était au détour d'un mot sur les coupures. J'ai bien quelque chose de plus détaillé, mais je n'en étais pas satisfait et je ne l'ai jamais achevé ni publié (il est tellement facile d'être réducteur, lorsqu'on motive des choix de versions...). Je pourrais éventuellement vous le transmettre par courriel si cela vous intéresse.


Vivaldi et les petits pois

Je suis bien sûr d'accord sur l'obsession Vivaldi, mais on ne peut pas exiger non plus des interprètes (qui ont des impératifs économiques) qu'ils soient plus vertueux que les spectateurs qui ne viennent pas... Et même les spectateurs, peut-on leur reprocher de s'occuper de leurs enfants en rentrant du travail, plutôt que d'écouter 100% de la production discographique mondiale ? Structurellement, on est amené à voir plus de productions de compositeurs célèbres que de compositeurs méconnus - ce qui est aussi une cause de leur célébrité, et la boucle est bouclée. :)

Evidemment, il est dommage qu'on nous réserve les superproductions à Vivaldi plus ou moins intéressants alors que tant de compositeurs ne sont pas joués du tout ou pas enregistrés, et auraient précisément besoin de ces grands moyens pour émerger. Il n'y a pas, je crois, d'institut pour le seria comparable au CMBV ou à Bru Zane (la vie du mélomane amateur de ces périodes a totalement changé depuis l'ouverture de ces institutions !).

Je pense que l’engouement pour Vivaldi est caractérisé du manque de goût : on a trouvé d’un musicien déjà célèbre des œuvres à exhumer, alors on fait le tout, sans prendre le soin de choisir ;

Oui, totalement. L'effet de collection (comme chez Naïve) fonctionne comme les boîtes de conserve de l'hypermarché : des études ont montré que les consommateurs ressentaient davantage l'avie d'acheter un objet sous forme de tas, de pyramide, d'ensemble organisé. Presque personne n'achète les intégrales en multiples volumes (les Chopin d'El-Bacha, les Schubert de Johnson... qui les a tous pris un à un ?) ; mais le fait d'entreprendre la somme donne un relief, une crédibilité à l'ensemble. Si bien qu'on va trouver le paradoxe de gens qui vont acheter le volume des oeuvres les plus célèbres dans une intégrale (dont le principe est précisément de faire entendre le reste !).

Là encore, je partage votre point de vue mais j'aurais du mal à blâmer les décideurs, il faut bien vendre, et les consommateurs de niche sont par définition non seulement captifs mais surtout très minoritaires.

Au passage, qu'est-ce qui vous déplaît chez Vivaldi ? Pour ma part, je lui trouve moins le sens de l'émotion dramatique, ses airs sont souvent un peu déconnectés, exactement le truisme du Vivaldi-artificier. Mais c'est une question de degré et pas vraiment une différence profonde de nature avec les "sentimentaux" que sont Haendel et Hasse.


Le Devin et les Chabottés

tout comme celle du Devin, qui se tenait ma foi fort bien, bien mieux que ce que j’avais imaginé — alors que je connaissais déjà l’œuvre.

Oui, mais c'était avec Louis de Froment, n'est-ce pas ? Joué avec un peu de considération stylistique, c'est forcément meilleur ! Je n'ai jamais trouvé cette oeuvre aussi exécrable qu'on l'a écrit (souvent par réflexe) ; nul doute cependant qu'elle doit prendre une autre dimension avec Reyne. J'avais été frappé par mon changement d'opinion tout à fait radical sur L'Amant Jaloux entre le disque d'Edgar Doneux (quasiment inécoutable) et la vie, la qualité même de la musique une fois sur scène avec lee style adéquat. Ce n'est pas le Grétry fulgurant d'Andromaque ou Céphale, mais c'est autre chose que Richard Coeur de Lion ou le Tableau Parlant - pour ces deux-là, en revanche, j'ai joué la partition et c'est mauvais (ou plus exactement très, très fade).


et qu’on ne pardonne rien parce que c’est Rousseau.

Comme je n'ai rien à lui pardonner (même s'il est un félon à la solde du Coin de la Reine, quasiment tous les lettrés passés à la postérité s'y trouvaient, les fous), je n'ai pas particulièrement pris en compte que c'était lui. Mais forcément, pour l'auteur du Contrat Social, la bluette fait désordre, et pour ceux qui ont lu ses pamphlets musicaux, le manque d'ambition parallèle du compositeur fait sourire. (Tant de passion déployée pour finalement écrire de la musique de fond...)

29. Le vendredi 10 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

À propos du Devin, j’ai aussi la version, chez CPO, d’Andreas Reize, sur instruments anciens, mais molle, et qui rate quelques passages. Je soutiens maintenant qu’il y a deux ou trois passages dans le Devin qui sont de bonne qualité. Le reste…

Hasse. Je connais le disque de Piramo e Tisbe de la Stagione, bien fade à mon sens — j’ai un live de Biondi avec Genaux qui est de meilleure qualité. Marc’ Antonio e Cleopatra, j’ai aussi un live avec Genaux, dir. Jacobs, que j’avais avant que le disque ne paraisse, donc je ne me suis pas précipité sur le disque, car l’œuvre ne me passionne pas du tout. Et tous deux sont des sérénades. Certes, Piramo est une des œuvres les plus atypiques de Hasse, avec vraiment de beaux passages, mais je ne parlais que des grands opéras.

J’ai quelque part, il me semble, le live d’Attilio Regolo. J’en ai aussi un de L’Olimpiade, et encore quelques autres, mais à chaque fois je trouve que c’est finalement pas emballant, par mollesse, par sagesse, par prise de son franchement calamiteuse dans certains cas… Et au demeurant je ne parlais que des disques.

Soit dit en passant, j’aimerais mieux que les firmes de disques fasse les raretés de Jacobs que des énièmes Werther et Carmen… Mais vous dites tout à fait ce qu’on en peut dire, à propos de Vivaldi : rien ne suivrait, sans doute, du côté du public.

Götterdämmerung. Bien sûr, ce n’est peut-être pas la version à avoir, mais enfin, elle me tentait, j’y pensais… C’est juste un Crépuscule de 1955, qui s’ajoute au Ring complet avec Varnay — et là, c’est Mödl. Bon, je ne l’ai pas encore reçu !

Le baroque français. Je ne suis pas tellement d’accord avec vous : le CMBV fait de plus en plus de choses de la deuxième moitié du XVIIIe, s’associant en cela avec le Palazetto Bru Zane. Alors Dauvergne et Joh. Chr. Bach, c’est très sympa, hein, mais moi j’attends aussi du Campra (c’est scandaleux qu’il n’y ait pas de vraie intégrale, et de qualité, de L’Europe galante qui est un chef d’œuvre !), du Desmarest, du Colin de Blamont, du Destouches (Issé en particulier) et du Mouret (je veux Les Fêtes de Thalie)… Je connais vos réserves vis-à-vis d’Antoine Houdar de La Motte, que pour ma part j’aime assez — inversement, je suis très sceptique sur Pierre-Charles Roy, que vous vous aimez bien. Il reste énormément à entendre !

Et puis Grétry, hein, n’est pas si bien servi que ça, quand on y pense, sur la totalité des œuvres, nombreuses sont celles qui restent dans l’ombre. J’aimerais, par exemple, un Raoul Barbe-Bleue, Aucassin et Nicolette, Denys le tyran… Même le Tableau parlant, avec le style adéquat et des musiciens inventifs, cela doit être joli (ce que j’en ai lu ne m’a pas déplu, et l’ouverture dans le disque de Piau et Corréas me plaît bien). Pour ne parler que de Grétry, d’ailleurs, parce que rayon F.A.D. Philidor, c’est pire.

Alors oui, on a eu des Lully, un Campra (Le Carnaval de Venise, qui ne m’a pas entièrement convaincu), mais pour le reste, quand on voit la pléthore d’opéras de Händel et Vivaldi qui paraissent, il y a de quoi rester sur sa faim.

J’oubliais notre immense Rameau. Où est Le Temple de la Gloire ? Zaïs ? (La version Leonhardt, vu à quoi ça ressemble, je ne sais pas si ça compte…) Les Surprises de l’amour ? Les Fêtes de Polymnie ? Les Dieux de l’Égypte ? Quand on a un compositeur du génie de Rameau, doit-on le laisser ainsi dormir dans des bibliothèques ?

30. Le samedi 11 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Ah, CPO, s'ils tenaient leur catalogue accessible facilement, ça éviterait de rater des trucs... quel est leur business model pour pouvoir sortir plusieurs enregistrements par semaine qui doivent être achetés par quinze personnes en moyenne ? Le Devin devait être leur hit de l'année...

Marc’ Antonio e Cleopatra, j’ai aussi un live avec Genaux, dir. Jacobs, que j’avais avant que le disque ne paraisse, donc je ne me suis pas précipité sur le disque, car l’œuvre ne me passionne pas du tout. Et tous deux sont des sérénades.

Ah, pour Piramo j'ai "intermezzo tragico". A part la distribution en deux actes, il y a des différentes notables entre Marc-Antoine et le reste de sa production opératique ?

Certes, Piramo est une des œuvres les plus atypiques de Hasse, avec vraiment de beaux passages, mais je ne parlais que des grands opéras.

Oui, mais précisément, quelle est la frontière entre ceux-ci et ceux-là ?

J’ai quelque part, il me semble, le live d’Attilio Regolo. J’en ai aussi un de L’Olimpiade, et encore quelques autres, mais à chaque fois je trouve que c’est finalement pas emballant, par mollesse, par sagesse, par prise de son franchement calamiteuse dans certains cas… Et au demeurant je ne parlais que des disques.

Regolo a bien paru en disque. Mais il est très possible que ce soit peu adéquat du point de vue de l'interprétation, je signalais juste son existence, en pure perte vu votre collection. :)


Soit dit en passant, j’aimerais mieux que les firmes de disques fasse les raretés de Jacobs que des énièmes Werther et Carmen… Mais vous dites tout à fait ce qu’on en peut dire, à propos de Vivaldi : rien ne suivrait, sans doute, du côté du public.

Exactement : un mauvais Werther se vendra cinq fois plus que si on avait fait une captation de Françoise de Rimini de Thomas, pourtant inédit complet de premier intérêt représenté avec de beaux moyens scéniques et musicaux.

C’est juste un Crépuscule de 1955, qui s’ajoute au Ring complet avec Varnay — et là, c’est Mödl. Bon, je ne l’ai pas encore reçu !

Oh, ce sera sans nul doute très bon, je ne dis pas le contraire. Je croyais que vous hésitiez à passer à l'achat, d'où mon avis pondéré sur sa nécessité. A présent que c'est fait, je peux vous en féliciter.

Je vais passer à un autre message pour le baroque français...

31. Le samedi 11 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Je ne suis pas tellement d’accord avec vous : le CMBV fait de plus en plus de choses de la deuxième moitié du XVIIIe, s’associant en cela avec le Palazetto Bru Zane. Alors Dauvergne et Joh. Chr. Bach, c’est très sympa, hein,

Sympa ou pas (moi, c'est plutôt Desmarest ou La Coste que je voudrais entendre, en tout cas la génération Campra), c'était tout de même une période qui n'était absolument pas documentée à la scène ou au disque. Les Dauvergne, Sacchini, Grétry, Catel viennent combler un manque documentaire majeure.

Effectivement, le style est très différent, et il n'y a pas que des chefs-d'oeuvre absolus - je vais passer mon tour pour le Renaud de Sacchini la saison prochaine, tous les extraits que j'en ai entendus m'ont paru d'une assez grande platitude, comme la plupart de ce que j'ai entendu de lui, souvent mal joué il est vrai. A part Chimène, je n'ai rien à sauver, à vrai dire.

Mais peut-on leur porter grief de faire leur travail de documentation ?

Là où je vous rejoins, c'est qu'ils ont manqué leur année Campra (jusqu'à annuler des concerts sans prévenir le public qui s'est retrouvé devant le château fermé, sans rien d'annoncé sur le site...), même sur le choix des oeuvres. Pourquoi le Carnaval de Venise et pas les Festes Vénitiennes qui ont marqué sans commune mesure leur temps ? Pas à cause du titre, j'espère. :)

Moi j'aurais plutôt voulu Hippodamie, qui contient de très belles pages, mais tant qu'à faire du ballet.

Il y aura bien des journées Collasse, je suppose ? Là aussi, il manque Thétis, et la partition est assez appétissante. J'aimerais beaucoup entendre Enée & Lavinie aussi, le livret est tellement beau...

mais moi j’attends aussi du Campra (c’est scandaleux qu’il n’y ait pas de vraie intégrale, et de qualité, de L’Europe galante qui est un chef d’œuvre !)

Je suppose que vous avez la version Christie d'Ambronay ? A défaut d'être officielle, elle tient son rang, même si la réalisation de la prononciation restituée n'est pas idéalement élégante.

du Desmarest, du Colin de Blamont, du Destouches (Issé en particulier) et du Mouret (je veux Les Fêtes de Thalie)…

Je veux bien moi aussi. Surtout Issé, qui aurait aussi dû avoir les honneurs du disque plus tôt eu égard à son importance.

Je connais vos réserves vis-à-vis d’Antoine Houdar de La Motte, que pour ma part j’aime assez — inversement, je suis très sceptique sur Pierre-Charles Roy, que vous vous aimez bien.

C'est intéressant. Sur quels aspects plus précisément ?

Oui, je ne me suis pas privé de médire du pauvre La Motte, avec l'anachronisme honteux du goût d'aujourd'hui. Ses livrets fonctionnent peut-être très bien comme usine à divertissements, Omphale réussit le tour de force d'écrire une tragédie contenant presque exclusivement des divertissants. C'est en soi une performance, cependant on ne peut pas dire que la tension dramatique y règne en maître, et cet aspect m'est cher. Même son théâtre parlé ne m'a pas ébloui, il n'y a guère que ses fables et sa préface rigolote de l'Iliade qui aient trouvé grâce à mes yeux.
S'il faut en parler plus sérieusement, je suis bien conscient que vu son statut en son temps, je manque quelque chose d'important.

Pour Roy en revanche, j'ai plus de difficulté à imaginer les problèmes, mais il est vrai que j'ai peu eu l'occasion de converser avec ses contempteurs. Je ne vous lirai qu'avec plus de gourmandise.


Il reste énormément à entendre !

Complètement, mais le tableau commence à être beaucoup plus net sur les différents styles. Mais quand on n'a qu'une poignée d'oeuvres par style, bien sûr, ce n'est pas suffisant quand on aime. Le corpus étant cependant plus homogène qu'à l'époque romantique, c'est suffisant pour toucher d'assez près l'identité des styles, à mon sens.


Et puis Grétry, hein, n’est pas si bien servi que ça, quand on y pense, sur la totalité des œuvres, nombreuses sont celles qui restent dans l’ombre.

Si on parle d'absolu, on tombera forcément d'accord : je voudrais avoir au moins deux versions de chaque opéra jamais écrit, particulièrement dans les genres qui m'intéressent le plus vivement. Mais en rapport avec les possibilités de travail (et surtout de financement !) des quelques ensembles spécialisés, ou avec les capacités d'absorption du public, on a déjà été bien servis. Et cela continue, beaucoup de petits Grétry sont joués par des ensembles amateurs ou semi-pros. Liège va redonner deux pièces en une saison (dont Guillaume Tell !). On peut considérer que Grétry, dans cette perspective, que Grétry a eu sa part raisonnable.

Le problème auquel on va se heurter sera de toute façon l'inégalité de la production.

Même le Tableau parlant, avec le style adéquat et des musiciens inventifs, cela doit être joli

Oui, joli, et bien écrit dans le cadre d'ariettes. Mais à peine plus substantiel que F.A.D. Philidor, musicalement.


mais pour le reste, quand on voit la pléthore d’opéras de Händel et Vivaldi qui paraissent, il y a de quoi rester sur sa faim.

Il suffit de comparer les tirages des disques. L'opéra italien à colorature est plus chatoyant, moins exigeant. Ca peut s'écouter en musique pure (assez peu lisent les livrets, même parmi les chevronnés que j'ai rencontrés), alors que si on ne maîtrise pas un minimum le français, et si on ne tient pas compte du livret, comment apprécier la tragédie en musique ? Ca limite donc à un public, et en particulier francophone, même si pas seulement, qui a davantage la patience du wagnérien ou de l'ami du lied que le profil de l'amateur d'opéra italien.


Pour Rameau, j'ai tort, mais je ne ressens pas de manque. Après tout, vous seriez bien d'accord pour un peu de Francoeur ou Brassac, à la place ?

32. Le dimanche 12 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Collasse, on peut rêver à mon avis… Je trouve que le centre de musique baroque devient un peu centre de musique classique. Moi aussi, j’aimerais entendre Thétis et Pélée.

Euh, du Francœur à la place de Rameau ? Je ne crois pas. Je suis gourmand de Rameau, à vrai dire… Mais disons que si on avait une vision plus riche, discographiquement parlant (et en concert, aussi, si ça peut être en plus radiodiffusé, c’est parfait), de la période 1687–1733, peut-être que je me plaindrais moins de la pénurie ramiste. Car il faut reconnaître que certaines œuvres sont mal servies — je pense à Castor, entre la version fade de Christie et la version inabouttie de Rousset (avec mise en scène plate d’Audi)…

En ce qui concerne L’Europe galante, j’ai encore mieux qu’Ambronay-Christie, où la distribution vocale est fort inégale, j’ai un live de Minko’ qui est très correct, avec Fouchécourt et Smith entre autres… Je l’écoute souvent dans mon iPod.

Pour Roy, je trouve les vers assez mauvais, en fait, enfin je n’ai jamais été tellement convaincu par ses opéras, alors que je trouve que finalement, La Motte et Danchet, ça se tient bien. Prenez L’Europe justement, c’est assez original en son temps, certes, mais aussi plusieurs entrées finissent mal, par un monologue d’un personnage qui a perdu.

Quand on y regarde d’un peu près, Callirhoé par exemple c’est pas à crier au génie, je trouve. La musique n’est pas fascinante, le livret délaie pas mal, et puis « Barbares, voulez-vous qu’on vous la sacrifie », c’est plus drôle que dramatique. Certes, la fin est réussie, mais enfin, il m’en faut un peu plus. J’avais dû en parcourir un autre qui ne m’avait pas non plus ébloui...

Certes, on n’est pas tout à fait au niveau de médiocrité de La Bruère (Dardanus…) ou de Cahusac. Mais lisez l’entrée d’Ovide et Julie dans Les Amours déguisés, il y a là de jolies galanteries, on dirait presque du Marivaux, juste avant l’arrivée du divertissement ! Après, évidemment, il faut des dansettes et des chansonnettes.

Disons, voilà, que La Motte a au moins le mérite d’avoir pondu quelques très bons livrets, dont celui de L’Europe galante, alors que je ne connais pas de très bon livret de Roy.

C’est vrai qu’à l’étranger, le baroque français est difficilement exportable — alors que Grétry, Joh. Chr. Bach, Sacchini, le sont un peu plus. Tant pis, on attendra… en 2014 il y aura pas mal de Rameau.

« La patience du wagnérien » est une qualité que je n’ai pas vraiment, ce Götterdämmerung que j’attends avec impatience dans ma boîte aux lettres va être un genre de test : je ne crois pas avoir réécouté l’œuvre entier depuis que j’ai vu la version Boulez/Chéreau.

33. Le dimanche 12 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Je vous accorde qu'en jouant Grétry, le CMBV était un peu hors-sol. :) Mais structurellement, vu que les genres musicaux et les ensembles qui en jouent sont très proches voire identiques, cela se conçoit. En tout cas cette année Grétry a marqué un renouvellement de l'image du compositeur encore plus profond que celui de Vivaldi au début des années 2000. Certes, avec moins d'impact auprès des disquaires et du grand public, mais tout de même : si le CMBV fait du hors sujet de cette qualité, je veux bien qu'ils programment des journées Schulhoff.


Castor

Ah non, je disconviens totalement pour Christie, l'une des versions discographiques les plus abouties de tragédie en musique, de mon point de vue. Considérant l'ardeur orchestrale et les qualités hallucinantes des chanteurs (chacun étant le meilleur qu'il y ait jamais eu dans sa catégorie !), je peine à trouver la fadeur. Le studio d'Atys, ok, mais Castor ?

En revanche, oui, Rousset était indolent, même si moins que pour l'impossible Zoroastre, et Audi totalement perdu, incapable d'habiter les grands espaces scéniques laissés par cette musique. A défaut, c'était quand même assez bien chanté - même si à ce tempo, il est difficile de faire sentir une véritable poussée dramatique, les récitatifs se changeant en ariosos...

Roy & La Motte

D'accord sur le vers de Roy, qui n'est pas le plus extraordinairement sonnant - mais il se rachète considérablement par la meilleure concision de la profession, ce qui n'est un petit mérite pour un librettiste. C'était d'ailleurs avant tout ce que les gens du XVIIIe continuaient d'admirer chez Quinault ! Je ne trouve pas, cela dit, que La Motte et Danchet lui soient supérieurs de ce point de vue, au contraire.

Quoi qu'il en soit, j'aime beaucoup Danchet moi aussi, et c'est en bonne logique, il est assez parent de Roy, l'autre librettiste majeur des tragédies très sombres du début des années 1700.

Prenez L’Europe justement, c’est assez original en son temps, certes, mais aussi plusieurs entrées finissent mal, par un monologue d’un personnage qui a perdu.

Je n'aurai garde de nier l'originalité de l'Europe ; cependant les pièces à entrées ont par essence un peu moins de substance dramatique, les situations étant réduites à peu de chose, à plus forte raison lorsqu'il faut y intégrer des divertissements.
Je ne suis pas très original sur ce chapitre, mais dans la production de cette période, je me tourne plus volontiers vers la tragédie que vers les ballets lyriques, précisément à cause de cette différence d'intensité dramatique - et souvent une originalité du vers qui va de pair. Cela explique aussi pourquoi je suis moins sensible à Rameau que je le devrais - son tempérament est trop musical.

En tout cas, dans le cadre du ballet, je suis beaucoup plus intéressé par ce que j'ai lu ou essayé sur les partitions d'Issé ou des Eléments (encore plus, mais ce n'est pas une surprise, n'est-ce pas) que par l'Europe Galante ou le Carnaval de Venise. Je suppose que cela tient aussi au langage de Campra, dont le hiératisme mélodique convient mieux à la musique sérieuse (tragique ou sacrée).

Callirhoé

Quand on y regarde d’un peu près, Callirhoé par exemple c’est pas à crier au génie, je trouve. La musique n’est pas fascinante, le livret délaie pas mal

Comparé à tous les autres opéras de la période, même si les actes III et IV sont un peu facultatifs dramatiquement, on reste dans la densité maximale. Dans les trois autres actes, chaque réplique apporte une information nouvelle. Même dans la Médée de Th. Corneille, qui contient pas mal d'enjeux simultanés, on s'installe régulièrement dans la redite d'une idée, comme il est habituel et même normal, particulièrement pour du théâtre chanté. Là, j'ai du mal à voir.


Musicalement, je vois difficilement comment être réticent, là aussi je suis curieux. Harmoniquement, sans être dans l'hystérie des récitatifs Idoménée, ça bouge de façon bien mobile, c'est davantage contrapuntique que la concurrence comme toujours chez Destouches, il y a de petits italianismes sympas comme les batteries de cordes soutenant la vocalisation de Corésus (plus un choeur qui s'approche davantage des Enfers de Castor que des standards lullystes). Et par-dessus tout, la qualité de la prosodie, avec des consonances extraordinaires, des durées à la fois exactes et éloquentes. Je n'entends pas ce savoir-faire là au même niveau chez Desmarest ou Campra, ni même dans la plupart des autres Destouches.
Je craignais d'être déçu en ouvrant la partition, de trouver des tournures finalement un peu standardisées mais bien habillées par Niquet - ce fut tout le contraire.

J’avais dû en parcourir un autre qui ne m’avait pas non plus ébloui...

Je ne vais pas vous étonner en vous recommandant Philomèle. Je n'ai pas trouvé mieux, dans ce répertoire ; Hippodamie et Sémiramis ne sont pas tout à fait du même niveau.

Certes, on n’est pas tout à fait au niveau de médiocrité de La Bruère (Dardanus…) ou de Cahusac.

C'est difficile à comparer aux trois autres, on est déjà dans une autre esthétique, plus décorative. La Motte, malgré sa galanterie, reste "narratif". Et puis j'aime bien le Zoroastre de Cahusac ; c'est mal construit, mais il y a de l'ambiance.


Mais lisez l’entrée d’Ovide et Julie dans Les Amours déguisés, il y a là de jolies galanteries, on dirait presque du Marivaux, juste avant l’arrivée du divertissement ! Après, évidemment, il faut des dansettes et des chansonnettes.

Les trois entrées sont très belles, d'ailleurs : la qualité de détail "psychologique" est très inhabituelle, y compris en comparant à la tragédie. En revanche, je n'ai pas lu la musique à ce jour.


Disons, voilà, que La Motte a au moins le mérite d’avoir pondu quelques très bons livrets, dont celui de L’Europe galante

S'il faut faire un choix, je suis davantage impressionné par Scanderberg - les jolis monologues désespérés (avec des vers au sommet non plus) ne compensent pas tout à fait la platitude du reste de chaque entrée...


Sacchini[, le sont un peu plus.

Non, vraiment ? Sacchini peut se vendre ? Je veux dire, à part sur le malentendu que ce serait un compositeur à coloratures... Il cumule tout de même les défauts, avec un verbe mou ET une veine mélodique fade.


Tant pis, on attendra… en 2014 il y aura pas mal de Rameau.

C'est bien, comme ça on aura dix Platée et cinq Dardanus. Joie. Les anniversaires, si ça pouvait plutôt servir à faire entendre ceux qu'on n'entend pas, ce serait bien.


« La patience du wagnérien » est une qualité que je n’ai pas vraiment, ce Götterdämmerung que j’attends avec impatience dans ma boîte aux lettres va être un genre de test : je ne crois pas avoir réécouté l’œuvre entier depuis que j’ai vu la version Boulez/Chéreau.

Hou-là, effectivement ça fait un moment si vous étiez dans la salle. Notez bien qu'il est plus difficile d'être patient lorsqu'on écoute les versions les moins aguerries orchestralement. :)

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34. Le dimanche 12 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Questions de goûts, encore ;)

En tout cas, une réponse facile d’abord : « C'est bien, comme ça on aura dix Platée et cinq Dardanus. Joie. Les anniversaires, si ça pouvait plutôt servir à faire entendre ceux qu'on n'entend pas, ce serait bien. » Ce sera le cas. Il y aura normalement deux Castor il me semble (sans doute les deux versions différentes, d’ailleurs), Le Temple de la Gloire, Les Surprises de l’amour, Les Fêtes de l’Hymen et de l’amour ou les dieux de l’Égypte, peut-être bien Zaïs, peut-être bien Acante et Céphise. Enfin pas mal de nouveaux ! J’oublie toujours ce qui m’a été dit au CMBV, mais leur but était en grande partie de compléter, de faire ceux qui n’ont pas tellement été faits — surtout que comme vous le dites, Dardanus est déjà très honoré — Minkowski y a fait peut-être son meilleur disque d’opéra, et Pichon l’a gravé pour une parution à la rentrée, plus une autre version que je ne connais pas, avec Paul Agnew… De même, Platée est devenu une espèce de all-times-favorite, de manière peut-être un peu excessive.

Par ailleurs, si vous ne le saviez pas, nous aurons aussi, soit l’an prochain, soit en 14, des Indes galantes par Hugo Reyne.

À propos des Amours déguisés, je prêche pour ma paroisse puisque le librettiste est mon aimable Fuzelier, qui a fourni quelques très bons livrets — je pense justement aux Indes, par exemple, ou si on fait abstraction de l’obligation de divertissements, les intrigues sont bien ficelées, les personnages intéressants… Huascar, tout de même ! Je pense aussi aux Fêtes grecques et romaines, et surtout au Carnaval du Parnasse, opéra-ballet à action suivie qui contient de bonnes petites piques.

Je trouve le livret de la Médée de Corneille et Charpentier assez mal foutu, trop bordélique justement…

Pour Destouches, je ne sais pas, je trouve que c’est une musique sans grand charme. La qualité de la prosodie ne m’a pas sauté aux oreilles… Il n’y a rien qui m’ait fait me dire, « Ah, voilà de belle musique ! » Je trouve par exemple chez Desmarest un je ne sais quoi qui fait qu’on a l’impression de rebondir, musicalement, d’avancer vers quelque chose qui se renouvelle, alors que dans Callirhoé, j’ai l’impression que la musique reste un peu toujours semblable à elle-même.

Campra, c’est autre chose. Il y a une espèce de retenue, en effet — ce que vous appelez hiératisme —, qui, me semble-t-il, fait qu’on est jamais dans le débridé, dans l’extravagant, mais en même temps les mélodies sont admirables, et la construction musicale est assez fine. Je suis assez d’accord : il n’est sans doute pas bon dans le trop léger, mais justement, L’Europe galante n’est pas un opéra-ballet si léger que ça…

En ce qui concerne le CMBV, je suis tout à fait d’accord avec vous : le travail qu’ils ont fait sur Grétry a été de grande qualité, tout comme celui qu’ils ont fait sur Dauvergne, d’ailleurs. Néanmoins, j’ai le sentiment que cela se fait un peu au détriment de la première moitié du XVIIIe siècle, et idéalement, un poil plus d’équilibre sur la totalité du siècle me ravirait — car j’aime aussi énormément Grétry, en fait !

Sur Castor, je n’en démordrai pas : la version de Christie, pour le dire tout net, m’emmerde. Je trouve que c’est sans vivacité, sans vie même, voire sans âme. L’orchestre est placide, lisse, les chanteurs honnêtes mais sans plus… On dirait que tout le monde, dans ce disque, se dit « Bon, c’est de la belle musique, inutile d’y mettre du nôtre, la partition fait le boulot. » Je conviens que les chanteurs sont excellents, mais ils sont tous meilleurs ailleurs. J’attends vraiment quelque chose de plus riche, comme lecture. Je crois que c’est rendez-vous en 2014… ou en 2013, d’ailleurs, puisqu’il me semble que Pichon fera son Castor dans l’an prochain à Beaune. J’ai bien hâte d’entendre son Dardanus, je suis curieux d’entendre ce que ça donnera ! Pourvu que ça ne soit pas Gonzalez-Toro dans le rôle titre… mais il me semble bien que sur les photos de l’enregistrement, c’était Richter. En plus, ça sera la version de 44, avec l’air de la prison.

Je ne vous contredirai pas pour Sacchini, ça ne me passionne pas non plus… Si vous avez écouté La Toison d’or de Vogel à la radio (ce que j’ai fait), vous aurez pu vous apercevoir que c’est assez ennuyeux aussi. C’est tout le temps la même chose, et on dirait du Gluck qui se répèterait, ou qui répèterait un exercice.

Euh, pas de risque que j’aie été dans la salle pour Boulez/Chéreau, j’étais même pas né. Bon, tout de même, Keilberth à Bayreuth, c’est pas mauvais pour l’orchestre, j’imagine. Enfin je verrai quand je l’aurai.

35. Le lundi 13 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Oui, question de goûts, et qui poursuivent leurs divergences.


Rameau

Minkowski y a fait peut-être son meilleur disque d’opéra

Dans le sens où il aurait changé le plomb en or, peut-être. Et encore, dans cette veine, Amadigi est tout de même très très fort, rendre passionnants des récitatifs de seria !
Mais je suis davantage impressionné par Ariodante ou Iphigénie ; en revanche pour le répertoire baroque français, oui, c'est peut-être ce qu'il a fait de mieux, la plupart de ses autres studios ont quelque chose d'un peu cassant. [Au passage, pour moi, la plus belle réussite de Minkowski, c'est Oberon de Weber à Anvers !]

plus une autre version que je ne connais pas, avec Paul Agnew…

Oui, Walker chez ABC, une valeur sûre, son [i]David & Jonathas est très beau. Ca ne fait pas dans l'originalité, mais c'est vivant et respectueux du style - on est plus proche de l'esthétique des Arts Flo que des studios Lully d'O'Dette, par exemple.

De même, Platée est devenu une espèce de all-times-favorite, de manière peut-être un peu excessive.

L'alliance de la direction de Minkowski à l'époque où il avait atteint sa pleine maturité et de la mise en scène de Pelly, pas forcément subtile, mais qui mettait bien en valeur la loufoquerie du livret, a sans doute eu encore plus d'importance que l'oeuvre elle-même.
Ah si, il y a quand même un tour de chant pour colorature, généralement ça aide à passer à la postérité. :)


Par ailleurs, si vous ne le saviez pas, nous aurons aussi, soit l’an prochain, soit en 14, des Indes galantes par Hugo Reyne.

Non, je le découvre par vous. Dommage que Reyne s'enferre dans des projets ou modestes, ou assez loin de mes préoccupations, j'aime énormément son travail sur le vif - et même en studio, il a progressé, si on considère son Atys assez passionnant par rapport à Isis et Amadis, un peu ternes (sans parler des petites difficultés de la Naissance d'Osiris).
En l'occurrence, les Indes m'intéressent assez peu, même si je ne doute pas que Reyne y fasse merveille.

Fuzelier

À propos des Amours déguisés, je prêche pour ma paroisse

Oui, j'avais noté cela. :) Mais c'est à juste titre. A l'autre bout de sa carrière, j'aime beaucoup Sancho Pança gouverneur de l'île de Barataria, que vous avez dû avoir la joie de lire, et ne me dites pas qu'il tire le meilleur parti du poème de Roy !

Je n'aurai pas la même complaisance pour les Indes : soit, je veux bien garder Huascar. Le reste, je m'en dispense très bien - c'est peut-être le premier turc-généreux à l'opéra (?), mais il fait suffisamment école pour qu'on puisse l'entendre chez d'autres. :)
Dans les Indes, ce sont surtout les danses qui sont bonnes (prends ça Fuzelier !).

Je vous passe néanmoins le Carnaval du Parnasse : le vers est bien plat, mais la construction espiègle m'a plu.


Charpentier, Desmarest, Campra, Destouches

Je trouve le livret de la Médée de Corneille et Charpentier assez mal foutu, trop bordélique justement…

A cause des redites, ou d'autre chose ? Il est vrai que beaucoup de portes s'ouvrent sans être toujours bien refermées (Oronte) - avouerai-je que cela me plaît assez ?


La qualité de la prosodie ne m’a pas sauté aux oreilles…

Prenez le premier récitatif avec la Reine dans Callirhoé, ou bien l'entrée d'Alcide dans Omphale. Les quantités de la langue y sont exaltées d'une façon peu commune, avec un moelleux et une souplesse supérieurs même à Lully.

Il n’y a rien qui m’ait fait me dire, « Ah, voilà de belle musique ! »

Je voudrais citer quelque chose, mais je pourrais vanter chaque scène des deux premiers actes. :) Prenez par exemple le duo homophonique de la cérémonie, je n'en ai pas entendu de tels depuis Phaëton, ou les choeurs en contrepoint du I ("Régnez à jamais"), et bien sûr les imprécations de Corésus avec accompagnement de choeur. Sans avoir la prétention d'avoir tout écouté et tout lu de la période, je n'ai pas rencontré ces choses dans d'autres partitions antérieures (et pas forcément postérieures non plus).

Je trouve par exemple chez Desmarest un je ne sais quoi qui fait qu’on a l’impression de rebondir, musicalement, d’avancer vers quelque chose qui se renouvelle

Desmarest a pour lui de très belles couleurs harmoniques qui donnent vraiment de l'épaisseur émotionnelle à son propos, mais je le sens davantage dans sa musique sacrée. Mais à l'opéra, je n'en ai pas entendu / lu assez pour avoir une opinion sérieuse : en entier, seulement Didon (que je trouve fantastique, mais très lullyste) et Vénus & Adonis (mais tellement mollement jouée par Rousset que je ne m'y retrouve pas). J'ai parcouru quelques autres partitions (Théagène, Circé), mais pas de façon suffisamment étendue pour avoir une opinion globale sur son style. En tout cas il est moins neuf, moins aventureux, sans les italianismes de Campra ou de Destouches.
(Ce n'est pas forcément un reproche, Desmarest est sans doute celui des trois dont, musicalement, je me sens le plus proche.)

j’ai l’impression que la musique reste un peu toujours semblable à elle-même.

L'interprétation de Niquet (à plus forte raison le studio, aux tempi beaucoup moins contrastés) peut donner ce sentiment. La musique, ça me paraît très difficile à défendre partition en main. En revanche, d'une oeuvre à l'autre, oui, Destouches se renouvelle moins que Campra - et se montre moins inégal que Desmarest.

Campra, c’est autre chose. Il y a une espèce de retenue, en effet — ce que vous appelez hiératisme —, qui, me semble-t-il, fait qu’on est jamais dans le débridé, dans l’extravagant, mais en même temps les mélodies sont admirables, et la construction musicale est assez fine.

D'accord pour l'harmonie. Toutefois pour la mélodie, ce n'est pas seulement de la retenue, il y a comme une forme de plafonnement, de libération de la parole qui ne se fait jamais dans les registres supérieurs, comme si les chanteurs interpolaient vers le bas l'acmé de phrases qui, à un moment, devraient monter. Et cela, quel que soit le répertoire : théâtre lyrique, cantates, petits ou grands motets. C'est un sentiment étrange, qu'il faudrait que j'aille creuser un de ces jours - merci, un sujet de notule ! L'impression est particulièrement saillante pour ses voix graves.

Je suis assez d’accord : il n’est sans doute pas bon dans le trop léger

En plus, dans le trop léger, il est furieusement italien. Pouah, pas de ça chez nous !


Rameau

Sur Castor, je n’en démordrai pas : la version de Christie, pour le dire tout net, m’emmerde. Je trouve que c’est sans vivacité, sans vie même, voire sans âme.

C'est amusant, c'est mon opinion (moins radicale cependant, je les écoute avec beaucoup de plaisir) sur un certain nombre de studios Christie de cette époque (comme Atys ou les Indes), mais je ne le sens pas du tout pour Castor. Au contraire, la tension est si bien tenue (pour entendre une direction aux noeuds lâches, on peut se référer à Rousset), les chanteurs si superlatifs qu'il s'agit pour moi d'un des meilleurs disques de tous les temps, sans doute même, en termes d'interprétation, le meilleur disque de tragédie lyrique. :)

Je conviens que les chanteurs sont excellents, mais ils sont tous meilleurs ailleurs.

Si vous voulez dire que Mellon est meilleure dans Chabrier, Gens meilleure dans Verdi, Crook meilleur dans Bach et Corréas meilleur dans Fauré, c'est un point de vue que je suis prêt à défendre avec vous. Néanmoins, ils restent au plus haut niveau d'excellence dans ce studio. Ici, pour une fois, je ne me sens pas trop marginal, je crois que les pluviomètres cumulés de "Tristes apprêts" ou de "Séjours de l'éternelle paix" témoigneraient en ma faveur.

J’attends vraiment quelque chose de plus riche, comme lecture.

Gardiner n'était pas mal non plus, même si c'était malheureusement 54. Mais il se tirait très bien de cette contrainte, avec des divertissements jubilatoires comme il est le seul à savoir les produire, dans une explosion de couleurs.

J’ai bien hâte d’entendre son Dardanus, je suis curieux d’entendre ce que ça donnera ! Pourvu que ça ne soit pas Gonzalez-Toro dans le rôle titre… mais il me semble bien que sur les photos de l’enregistrement, c’était Richter. En plus, ça sera la version de 44, avec l’air de la prison.

J'ai entendu des commentaires assez réservés sur ce Dardanus, que je n'ai pas encore entendu - et plus aussi sur Gonzalez-Toro, mais je me méfie de l'amateur de baroque, trop habitué aux timbres agréables, le côté un peu grimaçant de EGT, que je trouve attachant, pourrait être rédhibitoire pour beaucoup.


Vogel

Si vous avez écouté La Toison d’or de Vogel à la radio (ce que j’ai fait), vous aurez pu vous apercevoir que c’est assez ennuyeux aussi. C’est tout le temps la même chose, et on dirait du Gluck qui se répèterait, ou qui répèterait un exercice.

Je n'ai pas encore tout entendu, mais pour l'heure, cela m'a paru considérablement plus engeant que que Gluck ou du Piccinni, ça m'a davantage évoqué, avec encore des aspects différents, le Grétry sérieux ou Catel.

Au passage, en y songeant, vous avez raison, encore une coproduction CMBV / Bru Zane. Ce n'est ni baroque ni romantique, cela dit, donc...

Keilberth

Bon, tout de même, Keilberth à Bayreuth, c’est pas mauvais pour l’orchestre, j’imagine.

Si on veut que toutes les notes soient là et en place, si, c'est assez mauvais, mais comme 100% des Bayreuth avant 1960 (Kempe). En revanche, dans ce cadre-là, Keilberth est le plus exact de tous, et du point de vue du résultat, sa lecture est extrêmement convaincante. On n'entend néanmoins pas aussi bien l'orchestre que par la suite puisque les prises de son d'époque favorisent les chanteurs et les placent exagérément au premier plan.
Entendons-nous bien : j'aime beaucoup cette version*, c'est même une de celles que je recommanderais en priorité. Mais quand on n'écoute pas souvent le Ring, on ne profitera ici que des voix...

* [Cela dit, je précise que je n'ai écouté que la Walkyrie (très souvent !) dans ce cycle-là de Keilberth : je me fonde sinon sur ses versions de 52 avec Varnay, 53 avec Mödl, et l'autre cycle de 55 avec Varnay. Il y a donc peut-être des différences substantielles.]

36. Le lundi 13 août 2012 à , par DavidLeMarrec

Je retire ce que j'ai dit pour Vogel. J'arrive 'à la fin, et en effet, on a même droit à un sous-"J'ai perdu mon Eurydice", beaucoup de Gluck Canada-dry dans la seconde partie... La première moitié du premier acte est assez magnifique, des récitatifs assez originaux, d'un galbe superbe, mais à partir du moment où les choeurs entrent en seconde moitié d'acte I, l'oeuvre s'essouffle considérablement et devient assez banale à vrai dire. Avec des sonneries de trompettes à chaque fois parmi les plates de tout le marché.

Cela dit, je l'ai écouté avec plaisir et le réécouterais volontiers - mais vous aviez raison, on est dans le simili-Gluck si on considère l'ensemble de la pièce. Dommage, il y a pourtant de jolies trouvailles disséminées là-dedans.

Je crois aussi que l'oeuvre est desservie par le choix de Marie Kalinine, que Niquet semble beaucoup aimer (extraits de Renaud de Sacchini, Médée de Georges Hüe), mais qui est à mon sens tout à fait inadaptée à ce répertoire, avec le grain très épais, l'émission furieusement basse et surtout la diction très floue.

37. Le mardi 14 août 2012 à , par rhadamisthe :: site

Wagner

Cela dit, je précise que je n'ai écouté que la Walkyrie (très souvent !) dans ce cycle-là de Keilberth : je me fonde sinon sur ses versions de 52 avec Varnay, 53 avec Mödl, et l'autre cycle de 55 avec Varnay. Il y a donc peut-être des différences substantielles.



Parlons-nous bien de la même chose ? D’après ce que j’ai compris du wagnérien qui me l’a recommandé, le Götterdämmerung que j’ai commandé (et que j’espère recevoir aujourd’hui), de Keilberth Bayreuth 1955 avec Mödl en Brünnhilde, est en fait une soirée publiée seule, pas dans un Ring, mais comme une sorte de complément au Ring de Keilberth Bayreuth avec Varnay. Bon, de toute façon, je n’ai pas encore d’avis dessus, et pour cause. Ça m’intéressait d’entendre Mödl dans ce rôle, et ce disque-là, celui-là précisément, m’a été recommandé. On verra la séduction que ça opère sur moi… Il sera sans doute temps d’entendre d’autres versions si j’en ai ensuite l’envie.

J’ai tout de même l’impression qu’avec Wagner, comme avec d’autres œuvres très fréquentées de la discographie, il y a tellement de références que dire « ceci est la version à connaître » n’a pas de sens — il y en a beaucoup d’excellentes, et finalement, peut-être faut-il surtout que chacun (qui ait envie de ce répertoire) trouve la/les version(s) qui correspondent à ses attentes.

Évidemment, ça n’est pas très wagnérien de dire ça : les wagnériens préfèrent se taper dessus pour savoir si Mödl était mieux en 53 ou en 55 et quel est le meilleur acte II de Tristan avec Flagstad et Melchior en 1936 ou 37 — vous savez, cette “version” où il y a pour une soirée acte I et II, et pour l’autre II et III. Bref, moi, ça ne me fascine pas au point de me torturer autant.


Rameau

Dans les Indes, ce sont surtout les danses qui sont bonnes (prends ça Fuzelier !).



Ah, je ne trouve pas, moi ; finalement ce que j’aime le plus, ce sont généralement les airs, les chœurs… Je pense qu’effectivement l’entrée des Incas est vraiment la plus réussie, mais que c’est tant du point de vue du livret que de la musique, d’un bout à l’autre.

Dans le sens où il aurait changé le plomb en or, peut-être.



Dardanus, le livret est peut-être du plomb, mais la musique est déjà de l’or… En ce qui concerne les lectures de Minko’, je trouve que l’ensemble a une belle dynamique, mais pas excessivement pressée, la distribution est équilibrée et intéressante, je ne vois pas grand-chose à reprocher à cet enregistrement, alors que j’ai déjà évoqué mes réserves sur Phaéton, par exemple. Peut-être bien qu’il y a aussi de belles choses dans les Händel, j’y suis un peu moins sensible, et la concurrence est plus rude — même si, dans le cas d’Ariodante, elle ne l’est pas encore tellement…

J'ai entendu des commentaires assez réservés sur ce Dardanus, que je n'ai pas encore entendu - et plus aussi sur Gonzalez-Toro, mais je me méfie de l'amateur de baroque, trop habitué aux timbres agréables, le côté un peu grimaçant de EGT, que je trouve attachant, pourrait être rédhibitoire pour beaucoup.



Oui, j’ai entendu aussi des avis un peu réservés, cela dit, j’attends de juger par moi-même. Jusqu’ici, ce que j’ai entendu de Raphaël Pichon et de son ensemble m’a toujours paru plus qu’honnête, et très à mon goût — lectures finalement assez hédonistes, en général, très soignées… Normalement dans le disque ce sera Richter et pas Gonzalez-Toro. En ce qui concerne ce dernier — ça nous ramène d’ailleurs à Phaéton — c’est une façon de chanter, de ne quasiment pas phraser, de tout faire de manière extrêmement propre mais finalement un peu figée, qui me déplaît.

Sur Castor, j’ai dit ce qu’il m’en semblait. Moi je ressens quelque chose de froid, de très en place mais de parfaitement plat… Bien sûr, il y a de beaux passages, mais, je ne sais pas, il manque vraiment une énergie, un souffle, et puis du corps aussi à l’orchestre et au continuo.


Fuzelier

Dans les Indes, ce sont surtout les danses qui sont bonnes (prends ça Fuzelier !).



Vous savez, je ne défendrais pas toute œuvre de Fuzelier avec ardeur. Par exemple j’ai entièrement tapé Arion, beh je peux vous dire que je me suis emmerdé. Il y a je ne sais combien de fois “hélas”…

A l'autre bout de sa carrière, j'aime beaucoup Sancho Pança gouverneur de l'île de Barataria, que vous avez dû avoir la joie de lire



Parlons-nous bien, là encore, de la même chose ? Le Sancho Pança de Fuzelier est une petite œuvre foraine des années 1710. Ça ne m’a pas laissé un souvenir impérissable…

Si vous voulez lire du très bon Fuzelier, je ne vois que La Matrone d’Éphèse de publiée qui soit vraiment une bonne pièce. Pour le reste, j’en ai transcrit des tonnes, et je vois à peu près quelles sont, à mon sens, ses meilleures pièces, mais elles ne sont pas (encore) publiées.

Je vous passe néanmoins le Carnaval du Parnasse : le vers est bien plat, mais la construction espiègle m'a plu.



Les vers m’ont semblé honnêtes, et puis il y a de bonnes plaisanteries dans le rôle de Momus. J’ai lu des vers de bien moindre qualité dans des petits poèmes de circonstance…

Campra & co et Vogel

Je crois qu’on touche vraiment des questions de goûts. Je me sens tout à fait à l’aise avec Campra, et pas vraiment avec Destouches, où j’ai l’impression constante de quelque chose de bien honnête, mais sans grand charme et sans grande inventivité.

C’est-à-dire que ça me fait comme Vogel : au début, je trouve ça très bien, et en fait, il n’y a pas de renouvellement, c’est trop pareil. Pour Vogel, j’ai assez vite eu le sentiment que ça allait, musicalement, tourner en rond. J’ai l’impression de compositeurs qui n’ont pas un sens aigu de la dramaturgie musicale, qui consiste à ménager — et j’insiste : musicalement — une progression et des surprises.

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David Le Marrec


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