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Henri Sauguet - La Chartreuse de Parme, de Paris à Marseille


L'oeuvre doit être rejouée à Marseille la saison prochaine, alors voici un extrait de l'unique captation qu'il existe, mise à l'instant en ligne par les lutins de CSS.


Le commentaire est laconique, il reprend la présentation que j'ai préparée pour la vidéo :

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1. L'oeuvre

Ce n'est pas un chef-d'oeuvre :

=> L'inspiration mélodique, comme toujours chez Sauguet, est un peu plate.

=> La prosodie, de la même façon, est plutôt neutre et grise.

=> Les procédés musicaux sont assez peu variés et surtout sans réelle ampleur dramatique, comme d'aimables scènes d'opéra comique écrites un peu négligemment.

=> Le livret d'Armand Lunel est d'un prosaïsme assez consternant, tout ce qui fait le charme de l'implicite dans le roman (l'amour qu'on devine entre Fabrice et sa tante est martelé à chaque scène...), toute sa finesse de langue (inutile d'attendre les jolis détours de langage ou les petits paradoxes émotionnels), tout l'équivoque de ses situations sont perdus...
Même le climat de scènes faciles à réussir, comme la mort de Fabrice, se retrouve passablement saboté : la mort de Fabrice, qui profère des banalités sur fond de psalmodies féminines et de glas - argentin ! -, là où on aurait espéré un postlude orchestral discret, c'est désespérant...
On est loin du sens de l'atmosphère d'un musicien pourtant régulièrement méprisé, comme l'est Ibert (cf. Le roi d'Yvetot).

=> Et les scènes les plus opératiques (notamment les véritables scènes d'ensemble, figées comme du Rossini, provoquées par les interventions de Gina à la Cour), n'ont même pas été retenues par le librettiste.

Par conséquent, je la propose puisque qu'elle fait rêver des générations d'amoureux de littérature et d'opéra français, mais on ne peut pas dire qu'en l'occurrence le rêve sorte vainqueur de la confrontation avec le réel.

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2. Rapide historique

Par relations, Sauguet avait rencontré le directeur de l'Opéra, qui lui avait fait jouer cette oeuvre (qu'il écrivait pour son délassement depuis 1927, sous la forme d'une réduction piano), et, convaincu, lui avait demandé de l'orchestrer pour la faire représenter.

A la création, on pouvait entendre rien de moins que Germaine Lubin en Sanseverina, Raoul Jobin en Fabrice et Arthur Endrèze en comte Mosca !

L'oeuvre a eu peu le temps de séduire sur la scène, étant créée le 6 mars 1939. Elle a été révisée en 1968, dix ans après le présent enregistrement capté au Théâtre des Champs-Elysées sous la direction de Manuel Rosenthal. On y entend notamment Denise Scharley dans un rôle d'amoureuse, ce qui constitue une vraie rareté !

Vendredi 10 janvier 1958 :

Célia Conti - Geneviève Moizan
Gina - Denise Scharley
Fabrice del Dongo - Joseph Peyron
Général Fabio Conti - Xavier Depraz
Comte Mosca - Claude Genty
L'Aubergiste (Théodolinde) - Claudine Verneuil
Ludovic - Jean Mollien
Le Greffier - Lous-Jacques Rondeleux
Le Maréchal des logis - Jacques Mars
Premier gendarme - Lucien Lovano
Second gendarme - André Meurant
Un geôlier - Pierre Germain
Une voix - Christiane Jaquin
Le chanteur de sérénade - Pierre Giannotti

Chœurs René Alix
Orchestre Lyrique de la RTF

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3. Moment choisi

Dans cet extrait, on entend l'arrivée de Fabrice dans sa prison, avec des choeurs de soldats sautillants qui doivent pas mal aux glou-glou des Contes d'Hoffmann...

L'un des rares moments où l'on retrouve, même dans un tout autre genre, le ton badin du roman. Et aussi l'un des rares où la musique ait un peu de relief.

Une version avec un orchestre plus présent apportera certes plus de satisfaction, et on attend donc avec beaucoup d'intérêt, en fait, les représentations marseillaises.

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Pour Marseille, ce sera en principe :

Direction musicale : LAWRENCE FOSTER
Mise en scène : RENÉE AUPHAN
Assistante : CHANTAL GRAF
Décors : BRUNO DE LAVENÈRE
Costumes : KATIA DUFLOT
Lumières : LAURENT CASTAINGT

Clélia Conti : NATHALIE MANFRINO
Gina, duchesse de Sanseverina : MARIE-ANGE TODOROVITCH
Théodolinde : SOPHIE PONDJICLIS
Fabrice del Dongo : SEBASTIEN GUÈZE
Comte Mosca della Rovere : NICOLAS CAVALLIER
Général Fabio Conti : JEAN-PHILIPPE LAFONT
Ludovic / une voix de ténor : ERIC HUCHET
Barbone : JACQUES CALATAYUD
Le Maréchal des logis / Un gendarme : ANTOINE GARCIN
Un gendarme / une voix de ténor : BRUNO COMPARETTI

La tessiture souvent centrale de Clélia devrait favoriser le médium fantastique de Nathalie Manfrino. Le rôle de Fabrice peut convenir à la crâne émission de Sébastien Guèze. Je suis plus réservé sur les pouvoirs de séduction de la voix actuelle de Marie-Ange Todorovitch. Et nous jugerons de la forme de Lawrence Foster, pas le moins fidèle défenseur de ce répertoire, mais pas toujours totalement convaincant pour autant.

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Illustration : La Chartreuse de Paradigna, près de Parme.

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Mise à jour du 29 janvier 2012 :

A l'occasion de la résurrection marseillaise, j'ajoute à la notule le récit par Sauguet (pour la radiodiffusion de 1958) de la genèse de l'oeuvre.



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Commentaires

1. Le jeudi 5 janvier 2012 à , par mArie :: site

Bonjour ! Combien de temps dure cet opéra ?

2. Le jeudi 5 janvier 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour M&Arie,

La vieille bande radio dont j'ai ici mis un extrait, seul témoignage sonore, est assez coupée, et je n'ai pas eu sous la main, à ce jour, la partition, donc je ne puis rien affirmer de ce côté. Le plus simple est de demander à l'Opéra de Marseille qui le produit en ce moment, ça dépendra aussi des coupes qu'ils pratiquent dans la partition, des entractes, voire des tempi du chef. Lorsqu'ils ont monté Salammbô de Reyer, entre les coupures et le tempo très vif, l'oeuvre durait une demi-heure à trois quarts d'heure de moins que ce que j'avais prévu.

Bonne soirée.

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David Le Marrec


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