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Bellérophon : Le retour du dernier Lully - IV - L'interprétation d'un soir

Reproduction du commentaire très succinct posté dans le fil de la saison.

Notez que la plupart des autres tragédies lyriques citées dans ce commentaire ont leurs entrées sur CSS, une recherche par le moteur de la colonne de droite ou sur Google par un mot-clef du type "francoeur css" / "callirhoé davidlemarrec" / "lodoïska lutins" devraient fonctionner.


Concert 19 : Résurrection de Bellérophon de Lully à la Cité de la Musique

(Jeudi 16 décembre 2010.)

Présentation de l'oeuvre :
- Partie I : avanies d'un livret à six mains
- Partie II : Structure et originalités du livret
- Partie III : quelle musique ?

On n'est pas encore revenu sur l'exécution de notre dernier concert en date, en tant que spectateur : ce Bellérophon de Lully.

En quelques mots.

Les chanteurs étaient globalement extraordinaires.

Cyril Auvity (Bellérophon) a confirmé ses qualités de projection remarquablement sonores, avec une voix pourtant très claire, douce et légèrement engorgée. Il s'en donne à coeur joie dans les récitatifs véhéments ou pathétiques de Bellérophon, respirant totalement cette musique (au prix de bizarres décalages lors de la soirée versaillaise). L'impact et la beauté limpide de cette voix, mêlés, sont assez électrisants.

Jean Teitgen (Amisodar), déjà très séduisant en retransmission ou au disque (Pyrame & Thisbé de Francoeur & Rebel, par exemple), se révèle totalement ébouriffant sur scène, avec une voix à la fois noire, dense et glorieuse. La voix a des parentés avec le style Deletré, mais avec une générosité et une qualité de timbre que n'a jamais eus son aîné.
C'est par ailleurs un interprète très expressif, et non sans finesse.

Ingrid Perruche (Sténobée) prouve une fois de plus, après la Reine de Calydon dans Callirhoé que c'est dans les rôles de bas-dessus de la tragédie lyrique qu'elle trouve ses plus beaux emplois. Son rôle central mais utilitaire de jalouse très versatile dans son dualisme amour-haine prend un relief tout particulier par la grande force de conviction de sa déclamation, ménageant à merveille l'équilibre entre la nécessaire brusquerie et la qualité de timbre bien supérieure à ce qu'elle produit dans les répertoires plus tardifs.

Evgueniy Alexiev (Jobate) pèche par un peu d'accent et surtout des appoggiatures très soulignées, un timbre pas toujours très beau, mais la voix est d'une bonne présence et le personnage engagé. Robert Getchell est un complément de distribution de grand luxe avec sa maîtrise complète du registre de haute-contre.

La déception venait de Céline Scheen (Philonoé), si séduisante au disque dans les airs de cours ou encore dans Purcell, et qui sonnait toute petite et assez engorgée, d'autant plus terne face au feu des autres - dans un rôle de cruche parfaite qui s'accommode très bien de perdre son amant, mais sans l'intelligente rouerie de Sémélé - plutôt un personnage bovin, un véritable défi pour les interprètes. Céline Scheen, malgré un sourire modeste et comme gênée, n'a pas tout à fait tiré parti de ces fêlures dans la psychologie de cette bizarre héroïne, qui auraient peut-être pu concorder avec sa nature vocale.
L'aspect encourageant est que la voix, même en retransmission, ne sonne pas comme dans d'autres concerts - et que les représentations de Beaune, de source fiable, l'ont vue radieuse. Peut-être que les rôles opératiques, ou bien la période, ne lui ont pas été favorables.

Enfin, du côté des Talens Lyriques, Christophe Rousset fait le choix d'imposer une esthétique de la discrétion, avec un tapis très doux, privilégiant l'accompagnement des voix sans jamais les brusquer (mais avec apparemment des conseils très précis aux chanteurs, et notamment sa fameuse exclamation montante). Idéal pour l'expression des artistes vocaux.
C'est un choix qui implique (à l'opposé de Rhorer par exemple) de gommer les accentuations fortes, et même dans une certaine mesure les couleurs orchestrales. Le continuo, en tout cas, était en tout point idéal d'imagination efficace.

Le concert de la Cité de la Musique (et pis encore, de Versailles) n'était pas bien en place (les cordes étaient assez clairement dépassées dans les sections les plus rapides pour tenir le tempo toutes ensembels), mais la conviction et la précision des intentions rendaient cela en réalité tout à fait négligeable - et ne m'ont dérangé, ni moi ni les autres spectateurs avec lesquels j'ai pu converser.


En somme, une grande oeuvre enfin ressuscitée, une excellente interprétation : soirée considérablement mémorable.



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Commentaires

1. Le dimanche 6 février 2011 à , par Lavinie :: site

AAARGH! Et ils étaient même à Vienne et je les ai ratés, tout ça par ce que j'étais en plein dans mes examens super-stressée-j'ai-pas-le-temps-de-regarder-les-programmes-des-maisons-de-concert.
La rage!
Bon, au moins, j'ai vu deux fois Castor et Pollux aussi avec les talents lyriques/Rousset.
(mais quand même, rhâââ!)

Et sinon, Dialogues des Carmélites, avec Petibon, en avril au Theater an der Wien. Sourire!

2. Le dimanche 6 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Lavinie (ça faisait longtemps) !

La rage!

Il serait plus proportionné de parler de honte, pour ne pas dire de déshonneur. Veuillez ne plus remettre les pieds ici.


Bon, au moins, j'ai vu deux fois Castor et Pollux aussi avec les talents lyriques/Rousset.
(mais quand même, rhâââ!)

Surtout que c'est quand même assez mou Castor par Rousset... alors que Bellérophon, avec une partition pas aussi constamment inspirée, c'était électrisant !


Et sinon, Dialogues des Carmélites, avec Petibon, en avril au Theater an der Wien. Sourire!

Outre la prise de rôle de Petibon en Blanche, c'est avec un plateau de fou de surcroît : Beuron, Brunner, Breedt... ça fait rêver. Bon plaisir !

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