Carnets sur sol

   Nouveautés disco & commentaires | INDEX (partiel) des notules | Agenda des concerts & comptes-rendus


Le disque du jour - XXXV - Franz SCHUBERT - Die Schöne Müllerin ('La Belle Meunière') - Jorma Hynninen, Ralf Gothóni (Ondine)




On avait déjà évoqué la beauté étonnante de la version de Jorma Hynninen et Ralf Gothóni pour le Winterreise.
Toutefois c'était une question de sensibilité personnelle, il faut aimer ce désert ascétique, ces textes très articulés mais sans le moindre histrionisme expressif, cet accent bizarre.

Pour la Belle Meunière, en revanche, il me semble qu'on peut considérer leur lecture comme fondamentale - bien qu'ensuite, évidemment, le goût de chacun parlera en leur faveur ou défaveur.

--

1. Un enregistrement

Tout d'abord Jorman Hynninen, la voix voilée, usé, dispense de superbes intentions sans se soucier de sa voix. Il conte son histoire, sans prêter garde au timbre un peu fêlé, avec beaucoup de sentiment et de simplicité. C'est bien ce que l'on attend ici.

Mais surtout, le piano de Ralf Gothóni est incroyablement incisif, et pour tout dire parfaitement fulgurant. Les notes sont d'une incisivité incroyable. On se situe dans le goût de ce que fait Helmut Deutsch avec Jonas Haufmann en concert (Bruxelles 2004, par exemple), avec beaucoup d'insolence joyeuse, un grand rebond de la danse. Gothóni parvient à un tranchant supérieur, avec une netteté incroyable des attaques et des contrechants. Il fait ainsi apparaître des bourdonnements hallucinants et même des chants d'oiseaux survitaminés dans Mein !, avec des changements de texture en un instant, du piano comme les lutins n'en avaient jamais entendu ni même rêvé.


Mein !, fortement compressé, avec donc un relief largement émoussé par rapport au disque original.


Le cas est d'autant plus impressionnant que l'accompagnement de ce cycle ne paraît pas si extraordinaire sur le papier à musique : inspiré, mais il ne pourrait pas exister seul comme celui du Winterreise - sans les figuralismes hallucinés du Schwanengesang aussi. La fascination est telle qu'on n'a plus guère besoin d'écouter le chanteur que pour les mots, toute l'expression passe déjà par le piano - du Wagner, quoi.

Tout cela est aussi dû à l'incroyable captation Ondine : rarement entendu un piano aussi bien servi par les ingénieurs.

--

2. ... dans une discographie

Comme le disque de studio a beaucoup inhibé Deutsch dans son récital avec Kaufmann, c'est vraiment, dans l'esthétique exaltée et combattive, la version qui s'impose, de très loin. (Largement devant Fassbaender selon les lutins, ne serait-ce qu'à cause de la différence de qualité entre les pianistes - Aribert Reiman dispose d'un son toujours très dur et cassant.)

Après, on pourra s'émouvoir du ton sans nul doute plus fidèle d'Olaf Bär et Geoffrey Parsons, beaucoup plus volkslied, un babillage léger-amer que j'aime énormément, très proche de l'esprit des poèmes.

Les lutins de CSS s'aperçoivent au passage que les versions qui les enthousiasment le plus sont toutes très bien accompagnées : Planès et Deutsch en concert, Gothóni et Baldwin au disque (et puis Breitman ou Schneider, qui ne sont pas vilains non plus).
Comms si la qualité du pianiste était bien plus importante que dans le Winterreise - déterminante même (sans doute parce que la partie est un peu moins géniale et variée).

A propos de discographie, on peut renvoyer à l'ancienne que nous avions produite, mais qui serait à mettre à jour grandement, puisque Hynninen / Gothóni, Bär / Parsons, Souzay / Baldwin et Sanford Sylvan / David Breitman, toutes versions qui n'y figuraient pas faute d'avoir été écoutées, y brilleraient désormais au firmament.
On en reparlera donc sans doute quelque jour prochain.


--

Autres notules

Index classé (partiel) de Carnets sur sol.

--

Trackbacks

Aucun rétrolien.

Pour proposer un rétrolien sur ce billet : http://operacritiques.free.fr/css/tb.php?id=1552

Commentaires

1. Le vendredi 18 juin 2010 à , par Revitol :: site

Je ne suis pas bon en français .. Je m essaie de traduire littéralement mon commentaire de l'anglais au français. Ainsi, il pourrait ne précise du son, mais il serait assez compréhensible. Je suis désolé pour cette .. Votre message est sur tous les super mais je n'ai pas vraiment comprendre la conclusion de base de votre poste? Voulez-vous me dire en mots simples .. Merci

2. Le samedi 19 juin 2010 à , par DavidLeMarrec

Pour ceux qui veulent un résumé : le baryton, avec une voix un peu fatiguée, est très expressif ; le pianiste est formidable à tout point de vue ; il faut acheter ce disque c'est un ordre.

Mais à cet habile spam pour la vente de produits pharmaceutiques (dont j'ai supprimé l'adresse destinée à augmenter artificiellement sont référencement), il n'y a qu'une réponse, celle d'être vigilant face au filtrage des lutins imperméables à l'arrosage :

Ajouter un commentaire

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte.
Vous pouvez en revanche employer la syntaxe BBcode.

.
David Le Marrec

Bienvenue !

Cet aimable bac
à sable accueille
divers badinages :
opéra, lied,
théâtres & musiques
interlopes,
questions de langue
ou de voix...
en discrètes notules,
parfois constituées
en séries.

Beaucoup de requêtes de moteur de recherche aboutissent ici à propos de questions pas encore traitées. N'hésitez pas à réclamer.



Invitations à lire :

1 => L'italianisme dans la France baroque
2 => Le livre et la Toile, l'aventure de deux hiérarchies
3 => Leçons des Morts & Leçons de Ténèbres
4 => Arabelle et Didon
5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




Recueil de notes :
Diaire sur sol


Musique, domaine public

Les astuces de CSS

Répertoire des contributions (index)


Mentions légales

Tribune libre

Contact

Liens


Antiquités

(22/5/2009)

Chapitres

Archives

Calendrier

« juin 2010 »
lunmarmerjeuvensamdim
123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930