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L'Opéra Comique - Le Calife de Bagdad (Boïeldieu)

Après une immersion dans l'histoire du Théâtre de la Foire et de l'Opéra Comique, je vise ou révise mes classiques.





Très impressionné par l'allure de Richard Coeur de Lion de Grétry[1], par la pudeur touchante du Joseph de Méhul[2]... Jusqu'au Calife de Bagdad de Boïeldieu, une de ces oeuvres que je destinais a priori à une écoute unique, trouve grâce à mes oreilles. Tout y est pittoresque, délicat, charmant. L'intrigue est pourtant des plus communes (le prétendant travesti), et la musique fort peu inventive, restant dans les canons du consonant le plus classique. Tout au plus quelques percussions pour orientaliser le propos.

Opéra comique standard du début du dix-neuvième siècle, d'une durée d'une heure, dont une moitié de dialogues parlés. Un immense succès de l'époque, François-Adrien Boïeldieu est longtemps resté après la fin de ses activités une valeur sûre pour plaire du public de la salle Favart. Un profil-type d'oeuvres sans prétention qui ne nous parle plus guère aujourd'hui, dans une époque où les divertissements sont plus nombreux et plus acccessibles qu'une place à l'Opéra, fût-il Comique. Les standards sociaux (mariage, richesse) et moraux (adages simples et familiaux) ne sont plus à leur place pour en faire le même usage qu'autrefois. Reste la découverte curieuse de ces titres abandonnés.
Car ici, on ne trouve même pas les intrigues très adroites de Scribe ni l'aspiration au grand genre d'Auber.

On demeure dans la simplicité toute classique pour l'écriture musicale, strophique, symétrique, sans modulations brusques ; pas la moindre audace harmonique, pas le moindre début de contrepoint. Pas de génie non plus. J'imagine combien ce genre d'oeuvre doit désespérer ceux qui se passionnent pour la musique à partir seulement des langages "évolués" (Mozart plus ou moins mis de côté, ou fréquenté sous prétexte qu'il serait très original[3], les Italiens du XIXe en horreur, les baroques infréquentables hors Bach...). Et pourtant, une élégance naïve se dégage de ces oeuvres, quelque chose du plaisir simplement d'entendre dire une langue, d'entendre jouer quelques instruments plus ou moins justes, et peut-être surtout du plaisir du théâtre. Une action théâtrale, même sans imagination, même sans ampleur.

Aussi étrange que cela puisse paraître, on peut prendre plaisir à ce genre de choses.




Version écoutée :
Antonio de Almeida (1992)
Isauun Laurence Dale
Zétulbé Lydia Mayo
Lémaïde Claudine Cheriez
Késie Joëlle Michelini
Un juge Huw Rhys-Evans
Choeurs et Orchestre Camerata de Provence
Editeur : Sonpact (épuisé)

Laurence Dale incarne parfaitement dans un français à la hauteur des exigences du genre. Claudine Cheriez domine l'ensemble du plateau, avec une présence magnétique, ce qui sert avantageusement la pièce : tout le noeud dramatique tient à l'aveuglement de la mère et à son entêtement à repousser son gendre méconnu.
Les cordes ne sont pas très justes, la direction d'Almeida pas follement contrastée, mais l'esprit du genre est là, avec sa simplicité de facture, de bon aloi pour la réussite du tout.

Notes

[1] André-Ernest-Modeste.

[2] Etienne Nicolas.

[3] Parce qu'il annonce Stravinsky, par exemple...


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Commentaires

1. Le mercredi 26 avril 2006 à , par Laurent :: site

L’œuvre a été donnée en version concert à la Salle Favart (bien sûr) le 3 avril dernier (http://blog.parisbroadway.com/2006/04/le_calife_de_ba.html). D’une certaine façon, ça se regarde comme une “sitcom” télévisuelle : scénario un peu convenu mais d’autant plus efficace que les chanteurs-comédiens arrivent à le mettre en valeur. La musique n’est pas férocement originale mais se laisse tout à fait écouter. Il ne faudrait cependant pas que ça dure beaucoup plus longtemps...

2. Le mercredi 26 avril 2006 à , par DavidLeMarrec

Merci pour le lien, j'ignorais tout de cette reprise !

En effet, les talents d'acteurs dans les dialogues sont essentiels. Pour la musique, bien que simplissime quant à la facture, on peut se laisser convaincre par sa grande justesse, cependant.

J'avoue que je supporterais fort bien une durée double, même si le canon d'une heure est de toute évidence fort bien pensé.

On en jouait trois dans une soirée, à l'époque ! Dont un jeune prix de Rome, souvent.

A coupler avec l'Heure Espagnole, manière de déplaire à coup sûr à une moitié, puis l'autre du public !


Je vous trouve très sévère avec le concerto pour harpe, qui est un bijou du style postclassique, notamment le mouvement à variations. Ca change de Mozart ou Mendelssohn, et ça vaut tous les Chevalier de Saint-George du monde !

3. Le dimanche 1 février 2009 à , par joachim

Je viens d'écouter cette version du Calife de Bagdad, dont j'avais le souvenir d'un vieux vinyl des années 1960, avec Aimé Donat, Eda-Pierre, etc, et l'orchestre de la RTF dirigé par Louis Fourestier. Et curieusement, cet enregistrement Almeida semble aussi ancien, un peu "étouffé", le son des parties parlées étant beaucoup plus faible que celui des parties chantées. Quoi qu'il en soit j'ai beaucoup apprécié cette interprétation d'un petit opéra comique au ton pastoral, bien oublié de nos jours, sauf l'ouverture.

Merci pour ta pique anti Saint George, incorrigible David !

4. Le mercredi 4 février 2009 à , par DavidLeMarrec

Oui, le son d'Almeida sonne très ancien... mais... c'est un studio de 1992 (si, si).

Le son étouffé tient aussi à l'orchestre (La Camerata de Provence), un petit effectif pas extraordinairement techniquement (on entend bien dans l'Ouverture que c'est un peu faux). Ca lui donne aussi de la fraîcheur, presque touchante, cette modestie.

Ce sont de toute façon les deux seules version disponibles, Almeida avec celle de Fourestier 1963 que tu cites. Enfin, quand je dis disponible, c'est diffusées commercialement qu'il faut comprendre, parce que je pense bien que ni le Musidisc, ni le Sonpact ne sont particulièrement trouvables aujourd'hui.

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Personnellement, j'aime vraiment beaucoup cette oeuvre. Bien oubliée oui, même l'Ouverture qui est certes le morceau le plus célèbre du lot, mais pas forcément très diffusée non plus.

Cela dit, je l'entendais ce week-end en concert, dans un concert d'un jeune ensemble consacré à des raretés (à l'Opéra-Comique, précisément).

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David Le Marrec


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